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Sur L'amour: Charles Bukowski

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com

Charles Bukowski

Sur l’amour
Édité par Abel Debritto
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Romain Monnery
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Du même auteur au Diable vauvert

Sur l’écriture, anthologie, 2017


Tempête pour les morts et les vivants, poésie, 2019,
2021
Sur l’alcool, anthologie, 2020
There’s no business, nouvelle illustrée
par R. Crumb, 2020
Bring me your love, nouvelle illustrée
par R. Crumb, 2021

Titre original : On Love

ISBN : 979-10-307-0457-0

© Linda Lee Bukowski, 2016.


Published by arrangement with Harpercollins publishers.
© Éditions Au diable vauvert, 2022, pour la traduction française

Au diable vauvert
La Laune 30600 Vauvert

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la mienne

Elle est roulée en boule,


je sens la grande montagne vide
de sa tête,
mais elle est en vie. Elle bâille,
se gratte le nez,
tire la couverture.
Bientôt je l’embrasserai pour lui souhaiter
bonne nuit et on s’endormira.
Et l’Écosse est loin d’ici
et sous nos pieds les
rongeurs s’activent,
j’entends des moteurs dans la nuit
et dans le ciel une main
blanche tournoie :
bonne nuit, trésor, bonne nuit.
7
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escale

Faire l’amour au soleil, à la lueur du matin,


dans une chambre d’hôtel
au-dessus de l’allée
où de pauvres hommes se disputent des bouteilles ;
faire l’amour au soleil,
faire l’amour près d’un tapis plus rouge que notre
sang,
faire l’amour pendant que les p’tits gars vendent
des gros titres
et des Cadillac,
faire l’amour sous une photo de Paris
près d’un paquet de Chesterfields entamé,
faire l’amour là où d’autres hommes – pauvres
imbéciles –
travaillent.
9
Ce qui me sépare de cet instant…
à leur échelle se compte peut-être en années,
mais dans mon esprit ça n’est qu’une phrase –
il y a tant de jours
où la vie s’arrête, se dérobe et s’assoit,
où la vie attend comme un train sur les rails.
je passe devant l’hôtel à 8 heures
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et à 5 heures ; il y a des chats dans les allées,


des bouteilles, des clochards,
je lève les yeux vers la fenêtre et me dis
je ne sais plus où tu es,
et sur le chemin je me demande où
la vie s’en va
quand elle s’arrête.
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le jour où j’ai balancé une


liasse de billets par la fenêtre

alors j’ai dit : tu peux prendre tes oncles et tantes


pleins aux as,
tes pères, tes grands-pères
et tout leur pétrole infect,
leurs sept lacs
et leur dinde sauvage,
leur buffle
et tout l’État du Texas,
sans oublier tes gueulantes de corbeau,
tes promenades du samedi soir,
ta bibliothèque à deux pièces,
tes conseillers véreux,
tes artistes à la mords-moi-le-nœud –
tu peux prendre tout ça, 11
ton journal hebdomadaire,
tes fameux aspirateurs,
tes pantacourts ignobles,
tes chats qui gueulent,
ton abonnement à Life,
et tu peux te les fourrer, bébé,
tu peux te les fourrer là où je pense.
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je peux toujours manier une pioche et une hache


(je pense)
et peux me faire
25 dollars pour un combat en quatre rounds
(peut-être) ;
bien sûr, j’ai 38 ans,
mais un peu de teinture suffira à balayer le gris
de mes cheveux ;
et je peux toujours écrire un poème (parfois),
n’oublie pas ça, et quand bien même
ils ne rapportent rien,
c’est toujours mieux que d’attendre la mort et le
pétrole,
tirer sur la dinde sauvage,
et se languir de voir le monde
commencer.

d’accord, elle m’a dit, fous le camp,


clochard.
Sur l’amour

quoi ? j’ai répondu.

12 fous le camp. tu as dépassé


les bornes.
j’en ai marre de tes coups de gueule :
il faut toujours que tu te comportes
comme un personnage
dans une pièce d’O’neill.
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mais je suis différent, bébé,


j’y peux
rien.

tu es différent, très bien !


Seigneur, prouve-le-moi !
ne claque pas
la porte
en partant.

mais, bébé, j’aime ton


fric !

tu n’as jamais dit une seule fois


que tu m’aimais !

qu’est-ce que tu veux :


un menteur ou un
amant ?

tu n’es ni l’un ni l’autre ! dehors, clochard,


dehors !
13
… mais bébé !

retourne chez O’neill !

j’ai pris la porte,


l’ai refermée tout en douceur et suis parti,
en me disant : tout ce qu’elles veulent
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c’est un Indien en bois


qui remue la tête
et se tient au coin du feu

sans trop faire de boucan ;


mais tu commences à te
faire vieux, gamin :
la prochaine fois
tiens-toi plus
à carreau.
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je goûte aux cendres


de ta mort

les fleurs déversent


une eau soudaine
dans ma manche,
une eau soudaine
froide et propre
comme de la neige.
tandis que les épées
des tiges acérées
s’enfoncent
dans tes seins
et les rochers
doux et sauvages
bondissent
et 15
nous bloquent le passage.
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l’amour est un morceau


de papier déchiré

toute la bière était empoisonnée et le cap’taine est


tombé raide,
le second et le cuisto aussi,
plus personne pour attraper la voile,
le N. Wester déchirait les draps comme des ongles
de pied,
on tirait sur la corde comme des dingues,
le taureau la déchirant à moitié,
et pendant ce temps-là dans le coin
un vaurien avait attiré une garce avinée (ma femme)
et la limait
comme si de rien n’était,
et le chat crapahutait dans le garde-manger
sans me quitter des yeux 17
dans un cliquetis de vaisselle
avec des ornements de fleurs et de vignes
jusqu’à ce que je n’en puisse plus
que j’attrape le bordel
et le balance
par-dessus
bord.
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à la putain qui m’a pris


mes poèmes

certains disent qu’on devrait tenir le poème


à distance du remords personnel,
rester abstrait, et on ne peut pas leur donner tort,
mais doux Jésus :
12 poèmes envolés sachant que je ne garde pas de
copies et tu as aussi
mes peintures, mes meilleures ; c’est irrespirable :
essaierais-tu de m’écraser comme les autres ?
pourquoi n’as-tu pas pris mon fric ? c’est ça la norme,
on attend que l’ivrogne ferme l’œil et on lui fait
les poches.

la prochaine fois, prends mon bras gauche ou un


billet de cinquante, 19
mais pas mes poèmes :
je ne suis pas Shakespeare,
mais c’est juste qu’un jour
il n’y en aura plus, abstrait ou n’importe ;
il y aura toujours de l’argent, des putains, des
ivrognes
jusqu’à la dernière bombe,
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mais comme l’a dit le Seigneur,


en croisant les jambes,
je vois bien que j’ai fabriqué un tas de poètes,
mais de la poésie
pas tant que ça.
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godasses

des godasses dans le placard comme des lys de


Pâques,
mes godasses criant de solitude,
au moment même où d’autres godasses se baladent
là dehors
tels des chiens sur des avenues,
et fumer seul ne suffit pas.
j’ai reçu une lettre d’une femme à hôpital,
l’amour, me dit-elle, l’amour,
encore des poèmes,
mais je n’écris pas,
je ne me comprends pas,
elle m’envoie des photographies de l’hôpital
vu du ciel,
mais je me souviens d’elle en d’autres temps,
d’autres nuits, 21
pas encore mourante,
des talons aiguilles acérés comme des dagues
posées près des miennes,
comme ces nuits mémorables
peuvent mentir aux collines,
comme ces nuits finissent par ressembler
à mes godasses dans le placard
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surplombées par des manteaux et des chemises


douteuses,
et je regarde les murs, le vantail, je regarde
par le trou de la porte, et je n’écris
pas.
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un vrai truc, une brave femme

ils écrivent toujours sur les taureaux, les toreros,


ceux qui ne les ont jamais vus,
et pendant que j’arrache les toiles d’araignées pour
atteindre mon vin,
le foutu bourdonnement des bombardiers détruit
la quiétude, et je dois écrire une lettre à mon prêtre
au sujet d’une pute de la 3e rue
qui n’arrête pas de gueuler mon nom à 3 heures
du matin ;
depuis les vieux escaliers, le cul plein d’échardes,
et je pense aux poètes de livre de poche ainsi qu’au
prêtre, penché sur la machine à écrire comme
une machine à laver, et regardez, regardez, les
taureaux continuent de crever,
ils les élèvent et les éliminent
comme le blé dans les champs, 23
et le soleil est noir comme de l’encre, de l’encre
noire,
et ma femme me dit Brock,
pour l’amour du Ciel,
la machine à écrire toute la nuit,
comment tu veux que je dorme ? et je rampe
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jusqu’au lit, dépose un baiser sur ses cheveux,


pardon, pardon, pardon,
parfois je m’enflamme je ne sais pas pourquoi.
un ami à moi m’a dit qu’il allait écrire sur
Manolete…
qui ça ? personne, ma douce, quelqu’un de mort
comme Chopin, notre vieux facteur ou un chien,
rendors-toi, rendors-toi,
et je l’embrasse et lui caresse la tête,
une brave femme,
et la voilà bientôt qui s’endort et j’attends
le matin.
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coup d’un soir

la dernière conquête suspendue à mon oreiller


attrape la lumière du jour dans la brume de l’alcool.

j’ai été le chiot d’un prude qui me fouettait quand


le vent remuait des brins d’herbe que l’œil pouvait
voir bouger et toi
tu étais une
fille du couvent observant les nonnes épousseter
le sable de Las Cruces sur les robes du Seigneur.

tu es
le bouquet
d’hier si tristement
dépouillé. j’embrasse tes pauvres
seins et mes mains cherchent l’amour
dans cet appartement miteux d’Hollywood qui sent 25
le pain, le gaz et la misère.

on emprunte des chemins gravés dans nos


mémoires,
les mêmes vieilles marches lisses avec des centaines
de centimètres, 50 amours, 20 ans.
on nous accorde un minuscule été, et
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puis c’est
de nouveau l’hiver
et tu traverses la pièce
dans un bruit lourd et bizarre
et la chasse d’eau retentit, un chien aboie,
une portière claque…
tout s’est inéluctablement envolé, absolument
tout,
semble-t-il, alors j’allume une cigarette et
j’attends la malédiction la plus ancienne
de toutes.
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l’espièglerie de l’expiration

je suis, au mieux, la délicate pensée d’une main


délicate qui s’accroche à une corde, et lorsque
sous l’amour des fleurs je me tiens immobile,
tandis que l’araignée s’abreuve à l’heure verdoyante,
sonnent des cloches grises de boisson,
laisse dire une grenouille,
une voix est morte,
laisse les bêtes du garde-manger
et les jours qui ont trouvé ça détestable,
les épouses contraires d’un chagrin sans faille,
des plaines de petite capitulation
entre Mexicali et Tampa ;
les poules disparues, les cigarettes grillées, les
miches tranchées,
et pour éviter qu’on prenne ça pour une tristesse
ironique : 27
plonge l’araignée dans le vin,
presse les fines parties du crâne dont sortait un
pauvre éclair,
fais-en moins qu’un baiser perfide,
oblige-moi à danser
toi qui es bel et bien morte,
je suis un plat pour tes cendres,
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je suis un poing pour ton air.

le truc le plus violent concernant la beauté,


c’est s’apercevoir qu’elle a disparu.
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l’amour est une forme


d’égoïsme

évanouis, la trompe d’eustache et le lierre au vert


flamboyant comme la promenade qu’on a faite ce soir
avec le ciel grimpant sur nos oreilles et dans nos
poches pendant qu’on discutait de choses sans
importance
avec en arrière-plan le tramway qui hurlait sa
couleur
dont on ne saurait définir autrement qu’un détail
de l’aube
occupés qu’on était à parler de sexe sous paralysie,
évanoui, le feu rouge, évanouie la trompe d’eustache !
révolus sont les jours, envolé le lierre au vert
flamboyant
comme les mots sans importance qu’on s’est dits 29
ce soir ;
x 12, Cardinal et Or
or or or or or !
tes yeux sont d’or
ta chevelure est d’or
ton amour est d’or
ta sépulture est d’or
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et les rues défilent comme des gens qui marchent


et les cloches sonnent comme des cloches qui
sonnent ;
ta voix est d’or et tes mains sont de l’or
et tous les enfants marchent
et les arbres poussent et les idiots vendent des
journaux
34 256 780 000 oh pendant que toi tu es
trompe d’eustache
feu rouge
lierre d’un vert
flamboyant
cardinal et or
comme les mots qu’on s’est dits ce soir
s’en sont allés
au-dessus des arbres
en dessous du tramway
et j’ai refermé le livre
avec le lion rouge vif
près du portail en or.
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pour Jane : avec tout l’amour


que j’avais, ce qui ne suffisait pas

je ramasse la jupe,
je ramasse les perles noires
étincelantes
cette chose qui bougeait jadis
autour de la chair,
et je traite Dieu de menteur,
tout ce qui bougeait ainsi
ou connaissait
mon nom
je le dis
ne saurait mourir
au sens où on entend généralement la mort,
et je ramasse
sa belle 31
robe,
alors que sa beauté s’est envolée,
et je parle
à tous les dieux,
les dieux juifs, les Dieux-Christ,
bribes de choses idiotes,
idoles, pilules, pain,
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brasses, risques,
capitulations savantes,
rats dans la sauce de ces deux devenus dingues,
sans avoir eu l’ombre d’une chance,
savoir d’oiseau-mouche, chance d’oiseau-mouche,
je m’appuie là-dessus,
je m’appuie sur tout ça
et je sais,
sa robe sur mon bras :
mais
ils ne me
la rendront pas.
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pour Jane

225 jours sous terre


et tu en sais plus que moi.

ils ont pris ton sang depuis longtemps.


tu es une brindille sèche dans un panier.

ça marche donc comme ça ?

dans cette chambre


le temps de l’amour
crée toujours des ombres.

quand tu es partie
tu as presque tout
emporté.
33
je m’agenouille dans la nuit
devant des tigres
qui ne me laisseront pas en paix.

ce que tu étais
n’arrivera plus
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les tigres m’ont trouvé


et je m’en fous.
avis de congé

les cygnes noyés dans l’eau de cale,


décroche les panneaux,
essaie les poissons,
protège la vache
du taureau,
la pivoine du soleil,
prends les baisers lavande de ma nuit,
mets les symphonies à la rue
comme des mendiants,
prépare les clous,
fouette le dos des saints,
assomme les grenouilles et les souris pour le chat,
brûle les peintures captivantes,
pisse sur l’aube,
mon amour
est mort. 35

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