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Introduction à la géométrie algébrique

Ce document présente les notions de base de la géométrie algébrique à travers le formalisme des schémas. Il introduit notamment les concepts de spectre d'un anneau, de faisceaux, de morphismes de schémas et développe certaines de leurs propriétés.

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Introduction à la géométrie algébrique

Ce document présente les notions de base de la géométrie algébrique à travers le formalisme des schémas. Il introduit notamment les concepts de spectre d'un anneau, de faisceaux, de morphismes de schémas et développe certaines de leurs propriétés.

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Géométrie algébrique, M2, Orsay

David Harari

2008/2009

Table des matières


1. Notions de base sur les schémas 4
1.1. Spectre d’un anneau . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
1.2. Notion de faisceau . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
1.3. Le faisceau structural sur Spec A . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.4. Schémas-définition générale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15

2. Morphismes de schémas 20
2.1. Généralités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
2.2. Points d’un schéma . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
2.3. Immersions ouvertes et fermées . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
2.4. Morphismes finis et de type fini . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
2.5. Recollements, produits fibrés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32

3. Quelques propriétés générales des schémas 38


3.1. Espaces topologiques noethériens . . . . . . . . . . . . . . . . 38
3.2. Schémas noethériens . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
3.3. Schémas réduits, intègres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42

4. Dimension 47
4.1. Dimension d’un anneau . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
4.2. Dimension d’un schéma . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
4.3. Dimension et schémas de type fini sur un corps . . . . . . . . 52
4.4. Dimension et morphismes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54

5. Morphismes séparés, propres, projectifs 58


5.1. Morphismes séparés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
5.2. Morphismes propres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
5.3. Critères valuatifs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64
5.4. Morphismes projectifs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65

1
6. Quelques propriétés locales 67
6.1. Schémas normaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
6.2. Schémas réguliers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71
6.3. Morphismes plats . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
6.4. Morphismes étales, morphismes lisses . . . . . . . . . . . . . . 82

7. Premières propriétés des OX -modules 85


7.1. Notion d’OX -module et d’OX -module cohérent . . . . . . . . . 85
7.2. Images directes et inverses . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 89
7.3. Suites exactes et faisceaux quasi-cohérents . . . . . . . . . . . 91
7.4. Faisceaux quasi-cohérents sur Proj S . . . . . . . . . . . . . . 92
7.5. Faisceaux amples et très amples . . . . . . . . . . . . . . . . . 97

8. Cohomologie des faisceaux 101


8.1. Rappels d’algèbre homologique . . . . . . . . . . . . . . . . . 101
8.2. Cohomologie d’un schéma affine noethérien . . . . . . . . . . . 107
8.3. Un théorème de Serre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109

9. Quelques calculs explicites 111


9.1. Cohomologie de Čech . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 111
9.2. Le théorème de comparaison . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 112
9.3. La cohomologie de l’espace projectif . . . . . . . . . . . . . . . 114
9.4. Application aux morphismes projectifs . . . . . . . . . . . . . 117

[Link] et faisceaux inversibles. 119


10.1. Diviseurs de Weil sur un schéma . . . . . . . . . . . . . . . . . 119
10.2. Diviseurs de Cartier . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 122
10.3. Diviseurs et faisceaux inversibles . . . . . . . . . . . . . . . . . 124
10.4. Faisceau canonique et dualité de Serre . . . . . . . . . . . . . 126
10.5. Courbes, théorème de Riemann-Roch . . . . . . . . . . . . . . 127
10.6. Formule de Hurwitz . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 130

Les démonstrations en petits caractères sont celles qui n’ont pas été faites
en détails en cours par manque de temps.

Introduction : pourquoi les schémas ?


Classiquement, la géométrie algébrique est l’étude des sous-ensembles de
l’espace affine ou de l’espace projectif définis par des équations polynomiales

2
à coefficients dans un corps k (ex. k = R, C, Q...) ; ce sont les ”variétés
algébriques” affines ou projectives :

Pi (x1 , ..., xn ) = 0 1 ≤ i ≤ r

(où les Pi sont des polynômes : cas affine)

Pi (x0 , x1 , ..., xn ) = 0 1 ≤ i ≤ r

(où les Pi sont des polynômes homogènes : cas projectif).


On peut définir ensuite des variétés algébriques plus générales en recol-
lant des variétés affines suivant des cartes, comme on le fait en géométrie
différentielle ou analytique sur R ou C. Toutefois, sur un corps quelconque,
on doit se contenter d’une topologie assez grossière, la topologie de Zariski,
dans laquelle les fermés sont grosso modo les sous-ensembles définis par des
équations polynomiales supplémentaires. Or si on prend ce point de vue, on
se heurte assez vite à des difficultés :
a) Quand le corps de base k n’est pas algébriquement clos, des équations
très différentes peuvent définir le même ensemble (ex. x2 + 1 = 0 et x + 1 = x
sur R donnent ∅) ; en termes plus mathématiques, il n’y a pas de théorème
des zéros de Hilbert satisfaisant.
b) On aimerait avoir un moyen rigoureux de traiter les questions de
”multiplicités”, par exemple dire que sur un corps algébriquement clos, deux
courbes planes de degrés m, n se coupent en mn points (dont certains peuvent
éventuellement être confondus) ; en gros, l’équation x2 = 0 ne doit pas cor-
respondre à la même chose que x = 0.
c) On a souvent envie de parler de point suffisamment général ; typi-
quement si on regarde la famille de coniques affines (paramétrées par t)
x2 − y 2 − P (t) = 0 (où P est un polynôme non nul), on voudrait dire que
pour un t général, cette conique est non dégénérée. Formaliser cette notion
n’est pas évident a priori, surtout si on travaille sur un corps fini, auquel cas
il n’y a pas identification entre polynômes et fonctions polynômes.
d) Enfin, si on veut notamment faire de l’arithmétique, il n’y a pas de rai-
son de se limiter aux ensembles définis sur un corps. Regarder des équations
sur Z, et pouvoir les réduire modulo p est très utile. Le problème est que
si on se limite aux définitions classiques des variétés algébriques, on est
embêté si on veut montrer qu’on peut faire ces opérations de façon intrinsèque
(indépendante des équations choisies pour définir notre variété).
Le langage des schémas, introduit par Grothendieck à la fin des années
50, permet de mieux comprendre toutes ces questions (et bien d’autres !). Son
principal avantage est qu’il fournit un cadre unifié complètement général pour

3
traiter des questions purement géométriques (sur un corps algébriquement
clos), arithmétiques (sur Z ou Q), réelles, ou encore pour étudier les familles
de variétés.

1. Notions de base sur les schémas


Par convention, tous les anneaux seront supposés commutatifs, et avec
un élément unité. De même, ”corps” signifie corps commutatif (non réduit à
{0}). On considère également que l’anneau nul n’est pas intègre (autrement
dit A n’est pas un idéal premier de A). 1

1.1. Spectre d’un anneau


De même qu’un ouvert homéomorphe à Rn est le constituant élémentaire
d’une variété topologique, les spectres d’anneaux vont être les constituants
élémentaires des schémas.

Définition 1.1 Soit A un anneau. On appelle spectre de A et on note Spec A


l’ensemble des idéaux premiers de A.

Exemples : a) Spec {0} = ∅


b) Spec Z est l’ensemble des (p) avec p premier, union (0).
c) Si k est un corps, Spec k = {(0)}.
d) Spec (k[t]) est l’ensemble des (P ) avec P irréductible, union (0).
e) Spec (k[t]/t2 ) est réduit à un point (l’idéal engendré par la classe de t).

Définition 1.2 Pour tout idéal I de A, on pose V (I) = {℘ ∈ Spec A, ℘ ⊃ I},


et pour f ∈ A, on pose D(f ) = Spec A \ V (f A) = {℘ ∈ Spec A, f 6∈ ℘}.

Noter que si I ⊂ J, alors V (J) ⊂ V (I).

Proposition 1.3 a) On munit Spec A d’une topologie (dite topologie de Za-


riski) en prenant pour fermés les ensembles de la forme V (I) avec I idéal de
A.
b) Les D(f ) pour f ∈ A forment une base de cette topologie.
1
En anglais, ”field” signifie corps commutatif, et un anneau intègre (commutatif) se
dit ”integral domain”.

4
Démonstration : a) On note déjà que V (A) = ∅ T et V ({0}) = Spec
P A.
D’autre part si (Ir ) est une famille d’idéaux de A, on a r V (Ir ) = V ( r Ir ),
car dire qu’un idéal
P premier ℘ contient tous les Ir revient à dire qu’il contient
l’idéal engendré r Ir . Enfin si I et J sont deux idéaux de A, on a V (I) ∪
V (J) = V (I ∩ J) = V (IJ) : en effet il est immédiat que V (I) et V (J)
sont inclus dans V (I ∩ J) et V (IJ) vu que I (ou J) contient IJ et I ∩ J ;
réciproquement si un idéal premier ℘ ne contient ni I ni J, on peut trouver
a dans I et b dans J avec a 6∈ ℘ et b 6∈ ℘, donc ab (qui est dans IJ et I ∩ J)
n’est pas dans ℘ vu que ℘ est premier.
b) Par définition D(f ) est ouvert. Si maintenant U est un ouvert et ℘ ∈ U,
alors U s’écrit U = Spec A\V (I), avec ℘ 6⊃ I ; on a donc f dans I avec f 6∈ ℘,
d’où U ⊃ D(f ) ⊃ {℘}.

Remarques : a) On appelle parfois les D(f ) les ouverts principaux et


les V (f A) les fermés principaux. Intuitivement, les points de V (f A) corres-
pondent à l’équation ”f = 0” et ceux de D(f ) à f 6= 0. Noter que pour tout
k > 0, on a D(f ) = D(f k ).
b) Dire que le singleton {℘} est fermé est équivalent à dire que ℘ est
un idéal maximal de A : en effet si ℘ est maximal, on a {℘} = V (℘) ;
réciproquement si {℘} = V (I) pour un certain I, alors ℘ est le seul idéal
premier qui contient I, donc il est maximal vu que tout idéal est contenu
dans un idéal maximal. On voit qu’on a ici affaire à une topologie qui n’est
pas du tout séparée au sens usuel.
Exemples : a) Soit A1k = Spec (k[t]) la droite affine sur k. Il y a plusieurs
types de points sur A1k . Le point η = (0) n’est pas fermé, et son adhérence
est même Spec (k[t]) tout entier. On dit que c’est le point générique de A1k .
Comme k[t] est principal, les autres points sont fermés2 . Certains sont de la
forme (t − a) avec a ∈ k, donc correspondent à des points usuels de la droite
affine sur k, mais si k n’est pas algébriquement clos, d’autres points fermés
sont plus compliqués. Par exemple sur A1R , on a des points comme (t2 + 1),
qui correspond à ”t2 + 1 = 0”, mais notre définition prend maintenant en
compte l’idéal premier correspondant, pas seulement les solutions dans le
corps de base R.
b) On a de même dans Spec Z le point générique η = {0} et les points
fermés (p) pour p premier. Plus généralement pour tout anneau intègre A,
l’espace topologique Spec A admet l’idéal nul comme point générique.
2
Notons qu’il suffirait ici que les idéaux premiers non nuls soient maximaux ; c’est ce
que l’on appelle être de dimension 1 pour un anneau intègre. Par exemple un anneau
principal a cette propriété.

5
c) Soit n un entier > 0. On définit l’espace affine de dimension n sur k
comme Ank := Spec (k[t1 , ..., tn ]). Si k est algébriquement clos, le théorème des
zéros de Hilbert dit que ses points fermés sont de la forme (t1 − a1 , ..., tn − an )
avec (a1 , ..., an ) dans k n , donc ils correspondent aux points ”usuels” mais on
a vu que sur un corps quelconque, ce n’était déjà plus le cas pour n = 1. Par
ailleurs il y a des points non fermés, par exemple sur A2k le point générique
η = (0), mais aussi des points de la forme (f ) avec f irréductible dans k[t1 , t2 ]
(”point générique de la courbe f (t1 , t2 ) = 0”).
d) On peut aussi considérer Spec (k[t1 , ..., tn ]/I), où I est un idéal en-
gendré par des polynômes Pi : c’est la variété affine sur k définie par les
équations ”Pi = 0”.

Définition 1.4 Si I est un idéal de A, on note I = {x ∈ A, ∃n ∈ N∗ , xn ∈
I} le radical de I. Rappelons qu’on a
√ \
I= ℘
℘∈Spec A,℘⊃I

En particulier V (I) = V ( I) donc deux idéaux distincts peuvent définir le
même fermé
√ de Spec A. Plus généralement on a V (I) ⊂ V (J) si et seulement
si J ⊂ I.

La proposition suivante fait le lien entre homomorphisme d’anneaux et


application continue entre leurs spectres.

Proposition 1.5 Soit ϕ : A → B un homomorphisme d’anneaux. La for-


mule g(℘) = ϕ−1 (℘) définit une application g : Spec B → Spec A. De plus g
est continue.

Démonstration : Déjà g est bien définie car l’image réciproque d’un


idéal premier par un homomorphisme d’anneaux est un idéal premier.3 On
a g −1 (V (I)) = V (J), où J est l’idéal engendré par ϕ(I) : en effet ℘ ∈
g −1 (V (I)) ⇔ g(℘) ∈ V (I) ⇔ (∀x ∈ I, ϕ(x) ∈ ℘) ⇔ ϕ(I) ⊂ ℘. Donc
l’image réciproque d’un fermé par g est un fermé et g est continue.

Exemples : a) Si I est un idéal de A et ϕ : A → A/I la surjection


canonique, alors g : Spec (A/I) → Spec A induit un homéomorphisme de
Spec (A/I) sur le fermé V (I) de Spec A.
3
Noter que la même propriété n’est pas vraie en remplaçant ”premier” par ”maximal”.
C’est cette remarque qui, historiquement, a conduit les mathématiciens à considérer tous
les idéaux premiers pour définir le spectre, et pas seulement les idéaux maximaux.

6
b) Soit f ∈ A, on note Af le localisé de A par rapport à la partie multi-
plicative (1, f, f 2, ...). Si ϕ : A → Af est le morphisme de localisation, alors
g : Spec (Af ) → Spec A induit un homéomorphisme de Spec (Af ) sur l’ouvert
D(f ) de Spec A.
Pour l’instant, Spec A est seulement un espace topologique : par exemple
ceci ne permet pas de distinguer les Spec k pour des corps k différents,
ou encore Spec (k[t]/t2 ). Pour aller plus loin, il faut mettre une structure
supplémentaire sur Spec A, qui va être un faisceau.

1.2. Notion de faisceau


Dans ce paragraphe, on va rappeler les définitions et propriétés essentielles
des faisceaux.

Définition 1.6 Soit X un espace topologique. Un préfaisceau F (de groupes


abéliens) est la donnée pour tout ouvert U d’un groupe abélien F (U), et pour
toute inclusion d’ouverts V ⊂ U d’un homomorphisme (dit homomorphisme
de restriction) ρU V : F (U) → F (V ), vérifiant les conditions suivantes :
i) F (∅) = {0} et ρU U = idU .
ii) Pour tous ouverts U, V, W avec W ⊂ V ⊂ U, on a ρU W = ρV W ◦ ρU V .

On définit de même préfaisceau d’anneaux, d’algèbres sur un corps ou un


anneau fixé etc. Un élément s ∈ F (U) s’appelle une section de F sur U. On
notera souvent s|V pour ρU V (s).

Définition 1.7 On dit qu’un préfaisceau F est un faisceau si les deux condi-
tions suivantes (dites ”de recollement”) sont vérifiées :
i) (Unicité) Si U est un ouvert de X et (Ui ) un recouvrement ouvert de
U, alors toute section s ∈ F (U) qui vérifie s|Ui = 0 pour tout i vérifie s = 0.
ii) (Existence) Avec les notations ci-dessus, si des si ∈ F (Ui ) sont données
avec (si )|Ui ∩Uj = (sj )|Ui ∩Uj pour tous i, j, alors il existe s ∈ F (U) (unique si
i) est vérifiée) telle que s|Ui = si pour tout i.

De façon plus compacte, la condition de faisceau signifie que la suite


Y Y
0 → F (U) → F (Ui ) → F (Ui ∩ Uj )
i i,j

(où la première flèche est s 7→ (s|Ui ) et la deuxième (si ) 7→ ((si )|Ui∩Uj −


(sj )|Ui∩Uj )) est une suite exacte. En gros, un faisceau est un préfaisceau qui
est ”entièrement déterminé par des conditions locales”.

7
Exemples : a) Si X est un espace topologique, on obtient un faisceau
en prenant pour F (U) les applications continues de U dans R, avec les res-
trictions évidentes.
b) Si X = Rn (ou plus généralement une variété différentielle sur R), on
définit un faisceau en prenant pour F (U) les applications C 1 (ou C k , C ∞ ...)
sur l’ouvert U.
c) Si A est un groupe abélien fixé, on obtient un faisceau (dit faisceau
constant associé à A) sur X en prenant pour F (U) l’ensemble des applications
localement constantes de U dans A. Attention, si on posait F (U) = A, on
n’obtiendrait en général qu’un préfaisceau, pas un faisceau (considérer un U
non connexe, réunion de deux ouverts non vides disjoints).

Définition 1.8 Soit F un préfaisceau sur X et x ∈ X. On définit la tige 4


Fx de F en x comme la limite inductive des F (U) pour U ouvert contenant
x.

En d’autres termes, un élément de Fx est une paire < U, s > avec U


voisinage ouvert de x et s ∈ F (U), étant entendu qu’on identifie < U, s >
et < V, t > s’il existe un voisinage ouvert W de x inclus dans U ∩ V tel que
s|W = t|W . Dans les exemples a) et b) ci-dessus, c’est la notion qui correspond
à celle de germe de fonctions définies au voisinage de x.

Remarques : a) Si B est une base d’ouverts de X, on peut définir un


faisceau F sur X en se contentant de définir F (U) pour U dans B, à condition
bien sûr de respecter les conditions de compatibilité des restrictions et les
conditions de recollement5 . En effet pour définir F (U) quand U est un ouvert
Q U par des Ui de B, et de prendre pour F (U)
quelconque, il suffit de recouvrir
l’ensemble des familles (si ) ∈ i F (Ui) telles que (si )|Ui ∩Uj = (sj )|Ui ∩Uj pour
tous i, j (avec les homomorphismes de restriction évidents).
b) Si F est un préfaisceau (resp. un faisceau) sur X, on peut le restreindre
en un préfaisceau (resp. un faisceau) sur tout ouvert U (en gardant les mêmes
applications de restriction associées aux ouverts inclus dans U).
c) Si F est un préfaisceau sur X, on peut restreindre s ∈ F (U) en sx ∈ Fx
(”restriction à la tige en x”) pour tout x de U. Si de plus F est un faisceau,
deux sections s et t sur U coı̈ncident si et seulement si pour tout x de U, on
a sx = tx .
4
”stalk” en anglais ; on peut aussi dire ”fibre” au lieu de tige, malgré les risques de
confusion avec une autre notion que nous rencontrerons plus loin.
5
On suppose ici pour simplifier que B est stable par intersection, ce qui sera le cas dans
tous les exemples que nous considèrerons.

8
Définition 1.9 Soit X un espace topologique. Un morphisme de faisceaux
sur X (ou de préfaisceaux sur X) ϕ : F → G est une famille de morphismes
ϕU : F (U) → G(U) (pour U ouvert de X) satisfaisant la condition de com-
patibilité suivante : pour toute inclusion d’ouverts V ⊂ U, le diagramme
ϕ(U )
F (U) −−−→ G(U)
 
 
y y
ϕ(V )
F (V ) −−−→ G(V )
est commutatif, où les flèches verticales sont données par les restrictions.

Remarques : a) Tout morphisme de faisceaux (ou de préfaisceaux) F → G


induit un morphisme Fx → Gx sur chaque tige.
b) Pour définir un morphisme de faisceaux ϕ : F → G, on peut se conten-
ter de définir ϕU : F (U) → G(U) pour U faisant partie d’une base d’ouverts
donnée de l’espace topologique X, à condition bien sûr que les ϕU ainsi définis
soient compatibles aux restrictions.
On a maintenant envie de définir les notions de noyau, image, conoyau...
d’un morphisme ϕ : F → G de faisceaux. Une difficulté est que la définition
naturelle, consistant à définir ces notions directement à partir des ϕU :
F (U) → G(U), marche bien pour le noyau, mais ne donne en général qu’un
préfaisceau (pas un faisceau) dans les autres cas.
Définition 1.10 Si ϕ : F → G est un morphisme de faisceaux sur un
espace topologique X, alors on définit un faisceau (noté ker ϕ) en posant
(ker ϕ)(U) = ker(ϕ(U)), les restrictions étant induites par celles de F (ainsi
ker ϕ est un sous-faisceau de F ).
En particulier on dit que ϕ est injectif si ker ϕ est le faisceau nul, et c’est
équivalent au fait que pour tout x de X, le morphisme ϕx : Fx → Gx induit
sur les tiges soit injectif. Pour l’image ou le conoyau, on a besoin de savoir
définir à partir d’un préfaisceau un faisceau dont les tiges sont les mêmes.
Pour cela, on dispose de la construction suivante :
Proposition 1.11 Soit F un préfaisceau sur un espace topologique X. Alors
on définit un faisceau`F + sur X en prenant pour F + (U) l’ensemble des ap-
plications s : U → x∈U Fx telles que pour tout x de U, s(x) ∈ Fx , et
d’autre part s coı̈ncide avec une section de F au voisinage de x. Le faisceau
F + vérifie (F + )x = Fx pour tout x de X et il est équipé d’un morphisme de
préfaisceau F → F + vérifiant la propriété universelle suivante : tout mor-
phisme de F dans un faisceau G s’étend de manière unique en un morphisme
de faisceaux de F + dans G.

9
Par exemple le faisceau constant de groupe A est le faisceau associé au
préfaisceau F (U) = A.
On a alors :

Définition 1.12 Si ϕ : F → G est un morphisme de faisceaux, on définit


l’image et le conoyau de ϕ comme les faisceaux associés aux préfaisceaux
U 7→ Im (ϕ(U)) et U 7→ coker (ϕ(U)).

On a alors que Im ϕ est un sous-faisceau de G et coker ϕ est le quotient


de G par Im ϕ, i.e. le faisceau associé à U 7→ G(U)/(Im ϕ)(U). D’autre part,
on a bien alors : coker ϕ = 0 si et seulement si Im ϕ = G, et c’est équivalent à
dire que tous les ϕx : Fx → Gx induits sur les tiges sont surjectifs (attention,
ceci n’implique pas que ϕ(U) : F (U) → G(U) soit surjectif6 pour tout U).
Un isomorphisme de faisceaux est un morphisme qui est à la fois injectif et
surjectif, ou encore qui induit un isomorphisme sur les tiges, ou encore qui
admet un morphisme réciproque. De même une suite de faisceaux sera exacte
si et seulement si la suite induite sur les tiges est exacte.
Pour finir ce paragraphe, on va définir deux opérations sur les faisceaux
qui permettent de changer d’espace :

Définition 1.13 Soit f : X → Y une application continue entre espaces


topologiques. Pour tout faisceau F sur X, on définit l’image directe f∗ F par
f∗ F (V ) = F (f −1 (V )) (pour tout ouvert V de Y ) ; c’est un faisceau sur Y .

Remarque : La tige de f∗ F en f (x) n’est pas en général Fx (prendre une


application constante par exemple 7 ). On a toutefois un homomorphisme
canonique de (f∗ F )f (x) vers Fx : en effet si s est une section de F sur f −1 (V )
avec f (x) ∈ V , alors il existe par continuité de f un ouvert U de X contenant
x tel que f (U) ⊂ V , soit U ⊂ f −1 (V ), ce qui permet de restreindre s à U.
L’image inverse f −1 G d’un faisceau G sur Y est une notion plus com-
pliquée (et moins utile) : on la définit en prenant le faisceau associé au
préfaisceau qui à U associe la limite inductive des G(V ) pour V ouvert conte-
nant f (U). Le point à retenir est que la tige de f −1 G en x ∈ U est alors Gf (x) .
6
Prendre par exemple X = C∗ , pour F le groupe additif des fonctions holomorphes et
pour G le groupe multiplicatif des fonctions holomorphes ne s’annulant pas ; puis considérer
le morphisme de F vers G donné par l’exponentielle.
7
Même f injective ne suffit pas : considérer l’identité entre X muni de la topologie
discrète et X muni de la topologie grossière ; la formule est valable si on suppose de plus
que f est stricte, i.e. f induit une application bicontinue de X sur f (X).

10
1.3. Le faisceau structural sur Spec A
Le but dans ce paragraphe est de construire un faisceau d’anneaux OX
sur l’espace topologique X = Spec A, tel que pour tout ℘ ∈ Spec A, la tige
(OX )℘ soit le localisé A℘ de A par rapport à la partie multiplicative A \ ℘,
et pour tout f de A, la restriction du faisceau OX à l’ouvert D(f ) soit
isomorphe à OY avec Y = Spec Af . On rappelle qu’on note Af le localisé de
A par rapport à la partie multiplicative {1, f, f 2, ...}. On aura en particulier
Γ(X, OX ) := OX (X) = A.
On va d’abord définir l’anneau OX (D(f )) et les applications de restric-
tion OX (D(f )) → OX (D(g)) quand D(g)p⊂ D(f ). On pose OX (D(f )) = Af .
Si D(g) ⊂ D(f ), cela signifie que g ∈ (f ) donc on peut écrire g m = f b
avec m > 0 et b ∈ A. Ainsi f est inversible dans Ag et on obtient un homo-
morphisme de restriction Af → Ag via l’application canonique (provenant
de la définition de la localisation ; cela revient à envoyer af −n sur abn g −mn ),
qui est un isomorphisme si D(f ) = D(g) (car dans ce cas g est inversible
dans Af et on a une flèche analogue dans l’autre sens). Ainsi OX (U) et les
applications de restriction OX (U) → OX (V ) sont bien définis quand U, V
sont deux ouverts principaux de Spec A avec V ⊂ U.
Comme les ouverts principaux forment une base B pour la topologie de
Spec A, il suffit maintenant pour construire le faisceau OX , de montrer le

Lemme 1.14 Soit (Ui ) un recouvrement de U ∈ B par des ouverts princi-


paux. Alors si on se donne des si ∈ OX (Ui ) avec (si )|Ui ∩Uj = (sj )|Ui∩Uj pour
tous i, j, il existe une unique section s ∈ OX (U) telle que s|Ui = si pour tout
i.

Noter que si Ui = D(f ) et Uj = D(g) sont principaux, alors Ui ∩ Uj =


D(f g) l’est aussi.

Preuve du lemme : On peut se limiter à U = Spec AS(quitte à remplacer


A par
P un localisé
T Af ). Posons Ui = D(fi ), alors U = i Ui se traduit par
Pi ) = ∅, i.e. l’idéal engendré par les fi est A tout entier.
V ( i (fi )) = i V (f
On écrit alors 1S∈ i∈F (fi ) avec
S F fini. Notons que Ppour tout entier k > 0,
on a alors U = i∈F D(fi ) = i∈F D(fik ), soit 1 ∈ i∈F (fik ).
On commence par l’assertion d’unicité. Soit s ∈ A avec s|Ui = 0 pour
tout i de F . Cela signifie que l’image de s dans Afi est nulle, et on peut donc
trouver
P un m > 0 avec fimP s = 0 pour tout i de F (vu que F est fini). De
m
1 ∈ i∈F (fi ), on tire s ∈ i∈F (sfim ) = {0}.
Soient maintenant des si dans OX (Ui ) = Afi avec la condition de recol-
lement du lemme. On peut trouver m > 0 tel que si = bi fi−m pour tout i de

11
F , où les bi sont dans A. La condition de recollement donne que les images
de si et sj dans Afi fj = coı̈ncident, donc il existe r > 0 tel que

(bi fjm − bj fim )(fi fj )r = 0 (1)

pour
P tousm+r i, j de F . Comme on l’a vu plus haut, on peut aussi écrire 1 =
j∈F aj fj avec aj ∈ A. On cherche d’abord s ∈ A telle que pour tout i
de F , l’image de (sfim − bi ) dans Afi soit nulle. Pour i ∈ F , on a :
X
(sfim − bi ) = sfim − aj fjm+r bi
j∈F

Posons X
s= aj bj fjr
j∈F

alors X
(sfim − bi ) = aj fjr (bj fim − bi fjm )
j∈F

et la relation (1) donne que pour tout i de F , on a (sfim − bi )fir = 0. On


obtient donc fim+r s = bi fir , ce qui montre que s|Ui = si dès que i ∈ F car
l’image de (sfim − bi ) dans Afi est nulle comme on voulait.
Si maintenant j est quelconque, les restrictions de s|Uj et sj à Ui ∩ Uj sont
les mêmes pour tout i de F : en effet la première est aussi la restriction de
s|Ui = si à Ui ∩ Uj . Ceci implique sj = s|Uj à cause de l’unicité vue plus haut
car chaque Uj est recouvert par les Ui ∩ Uj avec i ∈ F .

Le faisceau OX sur X = Spec A s’appelle le faisceau structural de X.


Notons que l’on peut maintenant par exemple distinguer entre Spec k, Spec L,
Spec (k[t]/t2 ) (où k et L sont des corps) : comme espaces topologiques ils sont
tous réduits à un point mais si on regarde l’anneau Γ(X, OX ) des sections
globales, on obtient respectivement k, L, k[t]/t2 . Ainsi on a maintenant tenu
compte aussi bien du corps de base que des éventuelles ”multiplicités”.

Proposition 1.15 Soit X = Spec A et ℘ ∈ X. Alors la tige OX,℘ du faisceau


OX en ℘ est isomorphe à l’anneau local A℘ .

Démonstration : L’ouvert D(f ) contient ℘ ssi f 6∈ ℘. Il s’agit donc de


vérifier que l’homomorphisme canonique

ϕ : lim Af → A℘
−→
f 6∈℘

12
est un isomorphisme. La surjectivité est évidente avec la définition de A℘ et
Af . Si maintenant af −n a une image nulle dans A℘ , alors il existe g 6∈ ℘ avec
ga = 0 ce qui implique que l’image de af −n dans Af g est nulle, donc aussi
son image dans la limite inductive des Af pour f 6∈ ℘.

Remarque : On aurait pu définir directement OX (U) pour un ouvert ` quel-


conque U de X = Spec A comme l’anneau des fonctions s : U → ℘∈U A℘
qui vérifient s(℘) ∈ A℘ pour tout ℘ ∈ U et s’écrivent localement sous la forme
a/f avec a, f ∈ A, mais les propriétés sont alors plus difficiles à vérifier.

Définition 1.16 Un espace localement annelé (ou en abrégé espace annelé)


est un couple (X, OX ) où X est un espace topologique et OX un faisceau
d’anneaux (dit faisceau structural de X) sur X tel que pour tout x de X,
OX,x soit un anneau local. Si Mx est l’idéal maximal de OX,x , on appelle
OX,x /Mx le corps résiduel de x.

D’après ce qu’on vient de voir, Spec A muni de son faisceau structural est
un espace annelé.
Exemples : a) Sur Spec Z, le corps résiduel du point générique est Q,
celui de (p) est Z/pZ.
b) Sur X = Ak1 = Spec (k[t]), le corps résiduel du point générique est
k(t), celui de (P ) (où P est un polynôme irréductible) est k[t]/(P ), qui est
une extension finie de k.
c) Plus généralement si A est un anneau, le corps résiduel de ℘ ∈ Spec A
est Frac (A/℘). Si A est intègre, le corps résiduel du point générique (corres-
pondant à l’idéal (0)) est Frac A.
Grosso modo, un schéma va être un espace annelé qui est partout locale-
ment isomorphe à un spectre. Pour définir cela précisément, on a besoin de
la notion de morphisme entre espaces annelés.

Définition 1.17 Un morphisme d’espaces annelés (X, OX ) → (Y, OY ) est


une paire (f, f # ) où f : X → Y est une application continue et f # : OY →
f∗ OX un morphisme de faisceaux sur Y , tels que pour tout x de X, l’homo-
morphisme induit
fx# : OY,y → OX,x
soit local, où y = f (x).

Rappelons qu’un morphisme A → B entre anneaux locaux est local si l’image


de l’idéal maximal de A est incluse dans celui de B ; c’est équivalent à dire que
l’image réciproque de l’idéal maximal de B est l’idéal maximal de A. D’autre

13
part fx# est bien défini via l’homorphisme canonique (f∗ OX )y → OX,x (voir
la remarque après la définition 1.13).
On définit de manière évidente la composée de deux morphismes d’espaces
annelés, et d’isomorphisme d’espaces annelés.

Définition 1.18 Un schéma affine est un espace annelé qui est isomorphe
à Spec A (muni de son faisceau structural) pour un certain anneau A.

Par exemple, un ouvert D(f ) de Spec A, muni de la restriction du faisceau


structural de Spec A, est un schéma affine (isomorphe à Spec (Af )). Une
variété affine sur un corps k est un schéma affine isomorphe à Spec A, où A
est une k-algèbre de type fini (i.e. de la forme k[t1 , ..., tn ]/(Pi ), où les Pi sont
des polynômes).
Le très important résultat suivant montre qu’on a un foncteur A →
Spec A, qui définit une antiéquivalence de catégories entre les anneaux com-
mutatifs et les schémas affines.

Theorème 1.19 A tout homomorphisme d’anneaux ϕ : A → B, on peut


associer un morphisme naturel8 d’espaces annelés (f, f # ), de telle sorte que
l’application correspondante

Φ : Hom(A, B) → Mor(Spec B, Spec A)

soit bijective.

Démonstration : Soient X = Spec B et Y = Spec A. On a déjà défini


f : X → Y associée à ϕ via f (℘) = ϕ−1 (℘). En particulier on a f −1 (D(g)) =
D(ϕ(g)) pour tout g de A, et ϕ induit un homomorphisme OY (D(g)) = Ag →
Bϕ(g) = (f∗ OX )(D(g)). Ces homomorphismes étant clairement compatibles
aux restrictions, on obtient un morphisme de faisceaux f # : OY → f∗ OX vu
que les D(g) forment une base d’ouverts de Y . D’autre part si ℘ ∈ Spec B, le
morphisme induit Aϕ−1 (℘) → B℘ sur les tiges est bien local par construction.
On a donc bien associé à ϕ un morphisme Φ(ϕ) d’espaces annelés. L’appli-
cation Φ est injective car l’application OY (Y ) = A → OX (X) = B induite
par Φ(ϕ) est ϕ (c’est le cas g = 1 dans la construction ci-dessus).
Il reste à prouver la surjectivité de Φ. Soit donc (f, f # ) un morphisme
d’espaces annelés entre X = Spec B et Y = Spec A. En prenant f # sur les
sections globales, on obtient un homomorphisme ϕ : A → B et tout revient
8
”Naturel” signifie fonctoriel, i.e. la composition de deux homomorphismes d’anneaux
correspond à la composition dans l’autre sens des deux morphismes d’espaces annelés
correspondant.

14
à montrer que (f, f # ) coı̈ncide avec Φ(ϕ). Soit donc ℘ ∈ Spec B, alors on a
par hypothèse des homomorphismes locaux

f℘# : OY,f (℘) = Af (℘) → OX,℘ = B℘

tels que le diagramme suivant soit commutatif


ϕ
A −−−→ B
 
 
y y
f℘#
Af (℘) −−−→ B℘

L’hypothèse que f℘# est local donne alors ϕ−1 (℘) = f (℘), après quoi le
résultat est évident.

1.4. Schémas-définition générale


Définition 1.20 Un schéma est un espace annelé (X, OX ) admettant un
recouvrement ouvert (Ui ) tel que chaque (Ui ) (avec la restriction de OX ) soit
un schéma affine.

Par analogie avec le cas des variétés affines, on appelle souvent OX (U)
l’anneau des fonctions régulières sur U et OX (U)∗ le groupe multiplicatif des
fonctions inversibles sur U. Un morphisme de schémas est un morphisme
entre les espaces annelés correspondant.

Remarques : a) Si U est un ouvert d’un schéma X, alors U (muni de la


restriction de OX ) est aussi un schéma. Supposons en particulier que X =
Spec A et U = Spec B soient affines ; alors, pour tout f de A, D(f ) ∩ U
n’est autre que l’ouvert principal D(g) de U, où g est l’image de f par
l’homomorphisme A → B associé à l’inclusion U ⊂ X via le théorème 1.19.
b) Les ouverts affines (c’est-à-dire ceux qui sont isomorphes à un schéma
affine) forment une base de la topologie d’un schéma. En effet ceci résulte de
ce que les D(f ) forment une base de la topologie de Spec A, et chaque D(f )
est isomorphe à Spec Af .
c) Si X est un schéma, U un ouvert de X et f ∈ OX (U), on peut évaluer
f en x en prenant l’image de la restriction fx ∈ OX,x dans le corps résiduel
k(x) de x. Par exemple l’évaluation
√ en (T 2 + 1) de T ∈ OX (X) pour X =
Spec (R[T ]) est l’élément −1 de C = R[T ]/(T 2 + 1) (noter qu’ici on ne
peut pas distinguer entre i et −i car on n’a pas fixé l’isomorphisme de k(x)
avec C).

15
d) Un ouvert d’un schéma affine n’est pas forcément affine. Par exemple
si X = A2k = Spec (k[t1 , t2 ]) et U = X − {(0, 0)} (cela signifie qu’on enlève
le point correspondant à l’idéal (t1 , t2 )), alors U n’est pas affine.

U est réunion des deux ouverts U1 = D(t1 ) et U2 = D(t2 ) de U . En particulier


OX (U1 ) = (k[t1 , t2 ])t1 et OX (U2 ) = (k[t1 , t2 ])t2 . Alors U ne peut pas être affine
car l’inclusion i : U → X n’est pas un isomorphisme, tandis que l’homomorphisme
OX (X) → OX (U ) induit sur les sections globales en est un : en effet on a une suite
exacte (qui vient de la propriété de faisceau de OX ) :

0 → OX (U ) → OX (U1 ) × OX (U2 ) → OX (U1 ∩ U2 ) × OX (U2 ∩ U1 )

où la première flèche est donnée par les restrictions et la deuxième par (f1 , f2 ) 7→
(f1 − f2 ). On voit alors que les éléments de OX (U ) doivent être des fractions
rationnelles dont le dénominateur est à la fois une puissance de t1 et de t2 , donc
ce sont des polynômes. Ainsi si U était affine, le théorème 1.19 serait contredit.

On vient de voir un premier exemple de schéma qui n’est pas affine. On


va maintenant construire une classe importante de schémas qui en général ne
seront pas affines : tout comme Spec A, pour un anneau A a été défini pour
avoir l’analogue des variétés affines, on va définir un schéma Proj B, pour
tout anneau gradué B, qui va fournir l’analogue des variétés projectives.
L
Soit B = d≥0 Bd un anneau gradué. Cela signifie que chaque Bd est un
groupe abélien et qu’on a la condition Bd .Be ⊂ Bd+e . Les éléments de Bd sont
dits homogènes de degré d. L’exemple typique est B = A[x0 , ..., xn ] (où A est
un anneau), en prenant pour Bd les polynômes homogènes de degré d. Un
idéal I de B est dit homogène
Ls’il est engendré par des éléments homogènes.
Cela revient à dire que I = d≥0 (I ∩ L Bd ), auquel cas (B/I) est gradué par
(B/I)d = Bd /(I ∩ Bd ). On note B+ = d>0 Bd . On remarquera aussi que le
radical d’un idéal homogène est encore homogène.

Définition 1.21 On note Proj B l’ensemble des idéaux premiers homogènes


de B qui ne contiennent pas B+ .

On va voir que Proj B peut être muni d’une structure de schéma ; l’espace
projectif Pnk correspondra alors à Proj (k[x0 , x1 , ..., xn ]). Intuitivement on doit
travailler avec des idéaux homogènes parce que le point (x0 , ..., xn ) de l’espace
projectif est le même que (λx0 , ..., λxn ) si λ ∈ k ∗ . La condition de ne pas
contenir B+ correspond au fait que (0, ..., 0) n’est pas un point de l’espace
projectif.
La construction du schéma Proj B est très analogue à celle de Spec A. On
définit la topologie en prenant pour fermés les ensembles V+ (I) pour I idéal

16
homogène de B, où V+ (I) est l’ensemble des ℘ de Proj B contenant I. On a
les propriétés :

V+ (B+ ) = ∅ V+ (I) ∪ V+ (J) = V+ (IJ) = V+ (I ∩ J)


\ X
V+ ({0}) = Proj B V+ (Ir ) = V+ ( Ir )
r

(on utilise notamment le fait qu’un idéal homogène I ne contenant pas B+ est
premier ssi pour tous a, b homogènes, la condition ab ∈ I implique a ∈ I ou
b ∈ I). Les ouverts principaux de Proj B sont les D+ (f ) = {℘ ∈ Proj B, f 6∈
℘} pour f élément homogène de B. Les D+ (f ) forment une base de la topo-
logie.9

Remarque : Si on fait l’hypothèse supplémentaire que B est engendrée,


en tant que B0 -algèbre, par les éléments homogènes de degré 1 (c’est le cas
si B est l’anneau gradué A[x0 , ..., xn ] des polynômes homogènes à coefficients
dans un anneau A), alors les D+ (f ) avec f homogène de degré 1 recouvrent
Proj B.10

On construit le faisceau structural OX de X = Proj B en imposant le


même type de conditions que dans le cas affine. On veut obtenir les deux
propriétés suivantes :
i) La tige OX,℘ de OX en ℘ est isomorphe à B(℘) , où B(℘) est l’ensemble
des éléments homogènes de degré zéro dans le localisé de B par rapport aux
éléments homogènes non dans ℘. Explicitement les éléments de B(℘) s’écrivent
a/b avec a, b homogènes de même degré et b 6∈ ℘.
ii) L’anneau des sections OX (D+ (f )) sur D+ (f ) est isomorphe à B(f ) ,
sous-anneau de Bf constitué des éléments homogènes de degré zéro, où l’on
a gradué Bf par la formule deg(x/f k ) := deg x − k deg f . Ainsi B(f ) est
l’ensemble des a/f N , avec a homogène de degré N deg f .
Pour pouvoir définir le faisceau structural de X = Proj B, on a besoin de
propriétés de la localisation qui sont résumées dans le lemme suivant :

Lemme 1.22 Soient B un anneau gradué et f un élément homogène de


degré > 0 de B. Alors :
a) L’application
u : ℘ 7→ (℘Bf ) ∩ B(f )
9
On peut se limiter aux f Sde degré > 0 car si une famille (fi ) d’éléments homogènes
engendre B+ , alors D+ (f ) = i D+ (f fi ).
10
Attention, cela ne signifie pas pour autant qu’ils forment une base de la topologie.

17
est une bijection de D+ (f ) sur Spec (B(f ) ). Un idéal homogène I de B est
inclus dans ℘ si et seulement si u(I) (défini par la formule ci-dessus en
remplaçant ℘ par I) est inclus dans u(℘).
b) Si g est un élément homogène de degré > 0 de B avec D+ (g) ⊂ D+ (f ),
alors on a un homomorphisme canonique d’anneaux B(f ) → B(g) , qui est un
isomorphisme si D+ (g) = D+ (f ).

Démonstration : a) Notons déjà que u est bien définie car si ℘ ∈ D+ (f ), alors


℘Bf est un idéal premier de Bf , donc son image réciproque ℘Bf ∩ B(f ) dans B(f )
aussi. On note ρ : B → Bf l’homomorphisme de localisation, qui est compatible
avec les graduations de B et Bf .
Montrons la surjectivité de u. Notons r le degré de f . Soit Q dans Spec B(f ) .
Alors QBf est un idéal homogène depBf (parce que les éléments de Q sont p ho-
mogènes de degré zéro). Son radical QBf l’est donc aussi, et ℘ := ρ−1 ( QBf )
est un idéal homogène de B qui ne contient pas f . On remarque aussi que les
éléments homogènes de degré
p zéro de QBf sont les éléments de Q. La difficulté
consiste à montrer que QBf est premier. Pour cela, on note que si a, b sont
homogènes dans Bf avec ab ∈ QBf , alors (ar f − deg a )(br f − deg b ) est homogène de
degré zéro et appartient à QBf , donc il appartient à Q. Comme Q est premier, on
a par exemple ar f − deg a ∈ Q et ar ∈pQBf comme on voulait. Ainsip℘ est premier
comme image réciproque par ρ de QBf ; d’autre part u(℘) = QBf ∩ B(f ) ;
p
or tout élément x homogène de degré zéro dans QBf vérifie : pour un certain
k > 0, xk ∈ QBf et xk est homogène de degré zéro, d’où xk ∈ Q soit x ∈ Q car Q
est premier. Finalement u(℘) = Q et u est bien surjective.
Pour montrer la dernière assertion de a), on remarque que si ℘ ∈ D+ (f ) et
I est un idéal homogène de B avec u(I) ⊂ u(℘), alors pour tout x homogène
dans I, on a (xr /f deg x ) ∈ u(I) d’où (xr /f deg x ) ∈ u(℘) ⊂ ℘Bf , ce qui implique
xr ∈ (℘Bf ∩ B) = ℘, puis x ∈ ℘ vu que ℘ est premier. Si maintenant u(℘) = u(℘′ )
avec ℘, ℘′ dans D+ (f ), on obtient ℘′ ⊂ ℘ en faisant I = ℘′ , puis ℘′ = ℘ en
échangeant les rôles. D’où l’injectivité de u.
b) Si D+ (g) ⊂ D+ (f ), on peut écrire gn = f b avec b ∈ B, et on peut supposer
b homogène quitte à le remplacer par l’une de ses composantes homogènes. On en
déduit un homomorphisme canonique B(f ) → B(g) obtenu en envoyant a/f N sur
abN /gnN . Si D+ (f ) = D+ (g) c’est un isomorphisme (on le voit en échangeant les
rôles de f et g).

Remarque : Si deg f = 1, la preuve du lemme ci-dessus est assez simple :


en effet on construit directement
Lune application réciproque à u en envoyant
Q sur l’idéal homogène ℘ = d ℘d , où ℘d est l’ensemble des éléments x
homogènes de degré d de B tels que (x/f d ) ∈ Q.

18
Theorème 1.23 Soit X = Proj B. Pour tout f homogène de degré > 0,
on pose OX (D+ (f )) = B(f ) et pour D+ (g) ⊂ D+ (f ), on définit des homo-
morphismes de restriction OX (D+ (f )) → OX (D+ (g)) via le lemme 1.22, b).
Alors
a) La condition ci-dessus définit un faisceau OX sur X, tel que pour tout
f ∈ B+ , l’espace annelé D+ (f ) (muni de la restriction de OX ) soit isomorphe
à Spec (B(f ) ). En particulier Proj B est un schéma.
b) La tige OX,℘ est isomorphe à B(℘) pour tout ℘ de Proj B.

Démonstration : a) Remarquons d’abord que la topologie sur Proj B est


la topologie induite par celle de Spec B. En Tdeffet si g ∈ B s’écrit g = g0 +...+gd
avec gi ∈ Bi , alors V (g) ∩ Proj B = i=1 V+ (gi ) donc D(g) ∩ Proj B =
Sd
i=1 D+ (gi ) d’où le résultat vu que les D(g) forment une base d’ouverts de
Spec B.
Considérons alors, pour f homogène de degré > 0, l’application u :
D+ (f ) → Spec (B(f ) ) définie au lemme 1.22. D’après ce qui précède, cette ap-
plication est continue vu que c’est la restriction à D+ (f ) ⊂ D(f ) ≃ Spec Bf
de l’application Spec Bf → Spec B(f ) associée à l’inclusion B(f ) → Bf .
D’autre part u est bijective et fermée d’après le lemme 1.22 a), elle est donc
bicontinue. Enfin, comme u est compatible aux restrictions, les conditions de
recollement pour OX sont bien vérifiées sur l’ouvert D+ (f ) car elles le sont
sur Spec (B(f ) ) d’après le lemme 1.14. Comme les D+ (f ) forment une base
de la topologie de X, on a bien défini un faisceau OX sur X et par définition,
la restriction de OX à D+ (f ) fait de D+ (f ) un espace annelé isomorphe à
Spec (B(f ) ).
b) La tige OX,℘ est la limite pour f 6∈ ℘ des OX (D+ (f )) = B(f ) . Ainsi
cette tige est B(℘) par le même argument que dans le lemme 1.15.

Remarques : a) On n’a plus du tout OX (X) = B pour X = Proj B. Par


exemple en recouvrant Pnk := Proj k[x0 , ..., xn ] par les ouverts affines D+ (xi ),
on voit que OX (X) = k si X = Pnk . On verra plus tard comment on peut
”récupérer” B à partir de Proj B.
b) Au passage, on voit que la tige B(℘) est aussi le localisé (B(f ) )u(℘) dès
que ℘ ∈ D+ (f ) via le lemme 1.15 et le théorème 1.23.
c) On aurait pu aussi définir le faisceau
` OX sur X = Proj B en prenant
pour OX (U) les fonctions s : U → ℘∈U B(℘) vérifiant : pour tout ℘ de U,
s(℘) ∈ B(℘) , et au voisinage de tout ℘ de U, s provient d’un élément de B(f )
pour un certain f .

19
Définition 1.24 Une variété projective sur un corps k est un schéma de la
forme Proj B, avec B quotient de k[x0 , ..., xn ] par un idéal homogène (ou
encore par l’idéal engendré par une famille finie de polynômes homogènes).

2. Morphismes de schémas
2.1. Généralités
Un morphisme f : X → Y entre deux schémas11 est simplement un
morphisme entre les espaces annelés sous-jacents. En particulier, si x ∈ X et
y = f (x), alors f induit un homomorphisme local entre les anneaux locaux
OY,y et OX,x , et donc aussi un homomorphisme (nécessairement injectif) entre
corps résiduels k(y) ֒→ k(x). Notons aussi que si U est un ouvert de X, tout
morphisme X → Y induit par restriction un morphisme U → Y (attention
cela ne marche pas avec un fermé au lieu d’un ouvert) ; par exemple on a un
morphisme d’inclusion canonique U → X induit par restriction de l’identité.

Remarques : On vérifie immédiatement à partir de la définition d’un


morphisme d’espaces annelés les deux propriétés suivantes, qui sont souvent
utiles en pratique :
a) Soit f : X → Y un morphisme de schémas et U un ouvert de Y . Si
f (X) ⊂ U, alors il existe un unique morphisme de schémas g : X → U tel
que f = i ◦ g, où i : U → Y est l’inclusion canonique (attention, il n’y a pas
d’analogue en remplaçant l’ouvert U par un fermé).
b) Si X et Y sont deux schémas et (Ui ) est un recouvrement ouvert de
X, alors se donner un morphisme f : X → Y est équivalent à se donner des
morphismes fi : Ui → Y tels que pour tous i, j, les morphismes de schémas
Ui ∩ Uj → Y induits par fi et fj coı̈ncident.
c) Tout point x ∈ X induit un morphisme canonique Spec OX,x → X : en
effet si X = Spec A, ce morphisme provient juste de la localisation A → A℘ en
l’idéal premier ℘ correspondant à x ; dans le cas général, il suffit de considérer
un ouvert affine U = Spec A contenant x (le morphisme obtenu fU ne dépend
pas du choix de U, car si U et V sont deux ouverts affines contenant x, alors
il existe un ouvert affine W contenu dans U ∩ V et contenant x ; alors fU et
fV coı̈ncident par construction avec fW ). On a également un morphisme de
schémas Spec (k(x)) → X (via la surjection canonique OX,x → k(x)).
11
Pour ne pas alourdir les notations, on notera toujours X pour (X, OX ), f pour (f, f # )
etc.

20
2.2. Points d’un schéma
Définition 2.1 Soit S un schéma fixé. Un S-schéma (ou schéma sur S)
est un schéma X, équipé d’un morphisme X → S (qu’on appelle mor-
phisme structural, S étant sous-entendu). Un morphisme de S-schémas (ou
S-morphisme) est un morphisme X → Y qui est compatible avec les mor-
phismes X → S et Y → S.

Quand X et Y sont des S-schémas, on notera MorS (X, Y ) l’ensemble des


morphismes de S-schémas de X vers Y .
Le cas où S = Spec A est affine est particulièrement intéressant. On
abrègera souvent dans ce cas ”Spec A-schéma” en ”A-schéma”.

Définition 2.2 Soient A un anneau et X un A-schéma. Soit B une A-


algèbre12 . Un B-point de X est un élément de MorSpec A (Spec B, X). On
notera souvent alors X(B) l’ensemble des B-points de X (l’anneau A étant
sous-entendu).

Exemples : a) Soient k un corps et L une extension de corps de k. Alors


se donner un L-point d’un k-schéma X revient à se donner un point x de
X (l’image ensembliste du morphisme Spec L → X), plus un k-morphisme
de corps du corps résiduel k(x) de x vers L. L’ensemble des k-points de X
s’identifie donc à l’ensemble des points de X de corps résiduel k.
b) Considérons la situation précédente avec X = A1R = Spec (R[T ]).
Alors il y a deux C-points de X dont l’image est x = (T 2 + 1) car le corps
résiduel de x est R[T ]/(T 2 + 1) ≃ C, et il y a deux plongements de C dans
C. En quelque sorte, ces deux C-points correspondent à i et −i, tandis que
considérer seulement les points sur l’espace topologique A1R ne permet pas
de distinguer i de −i.
c) Soit k un corps, on pose k[ε] = k[T ]/(T 2 ). Se donner un k[ε]-point
d’un k-schéma X revient à se donner x ∈ X, plus un k-homomorphisme
local u : OX,x → k[ε]. C’est équivalent à se donner un point x de X de corps
résiduel k(x) = k et un k-homomorphisme Mx /M2x → k, où Mx désigne
l’idéal maximal de OX,x . En effet la k-algèbre OX,x s’écrit k × Mx (parce que
X est muni d’une structure de k-schéma et x a pour corps résiduel k(x)) et
tout élément de M2x s’envoie sur 0 par u (parce que u est un homomorphisme
local). Le dual du k-espace vectoriel Mx /M2x s’appelle l’espace tangent de
X en x. Ainsi un k[ε]-point de X consiste en la donnée d’un x ∈ X de corps
12
Rappelons qu’une A-algèbre est un anneau B équipé d’un homomorphisme (pas
forcément injectif) ϕ : A → B. En particulier B est alors muni d’une structure de A-
module via a.b := ϕ(a)b.

21
résiduel k et d’un vecteur tangent en x. Cela correspond bien à l’idée qu’on
se fait d’un ”développement limité au premier ordre” pour obtenir un vecteur
tangent.
d) Soit k un corps. On pose Gm = Spec (k[T, T −1 ]) (”groupe multipli-
catif”). Alors on a un foncteur A → Gm (A) de la catégorie des k-algèbres
dans la catégorie des groupes abéliens car Gm (A) ≃ A∗ . Comme k-schéma,
Gm est isomorphe à l’ouvert A1k \ {0} = D(T ) de la droite affine, mais il
possède une structure supplémentaire, dite de schéma en groupes. De même
les A-points de l’espace affine Ank correspondent au groupe additif k n .

2.3. Immersions ouvertes et fermées


Contrairement au cas des variétés différentielles réelles (ou analytiques
complexes), il n’y a pas de notion naturelle de sous-schéma (ni d’ailleurs
d’image schématique d’un morphisme de schémas). On peut seulement parler
de sous-schémas ouverts ou fermés, la deuxième notion étant comme on va
le voir plus difficile que la première.

Définition 2.3 Soit X un schéma. Un sous-schéma ouvert de X est un ou-


vert U de X, équipé de la restriction du faisceau OX à U. Une immersion
ouverte est un morphisme de schémas X → Y qui induit un isomorphisme
de X sur un sous-schéma ouvert de Y .

Par exemple si A est un anneau et f ∈ A, alors le morphisme de schémas


Spec Af → Spec A induit par l’homomorphisme de localisation A → Af est
une immersion ouverte. Si X = A1Z/pZ , le morphisme de Frobenius F : X →
X, t 7→ tp (induit par l’homomorphisme d’anneaux ϕ : t 7→ tp de Z/pZ[t]
dans lui-même) n’est pas une immersion ouverte, bien que l’application en-
sembliste F soit l’identité (l’image réciproque d’un idéal premier de Z/pZ[t]
par ϕ est lui-même) ; en effet ϕ n’est pas surjectif.
La raison pour laquelle la notion de sous-schéma fermé est plus compliquée
est qu’il faut définir la structure de faisceau sur le fermé en question, et il
n’y en a pas de canonique (ceci est à rapprocher du fait que si I est un idéal
d’un anneau A, alors les ensembles fermés V (I) et V (J) sont les mêmes dès
que I et J ont même radical).

Définition 2.4 Une immersion fermée est un morphisme de schémas f :


X → Y tel que :
i) f induit un homéomorphisme de X sur un fermé de Y .
ii) Le morphisme de faisceaux f # : OY → f∗ OX associé à f est surjectif.

22
Typiquement, cela signifie que f ressemble localement à un morphisme
Spec (A/I) → Spec A (voir l’exemple a) à la fin de la section 1.1.). Le mor-
phisme de Frobenius F vu plus haut n’est pas une immersion fermée car ϕ
n’induit pas une surjection au niveau des anneaux locaux k[t]℘ → k[t]℘ si
℘ est un idéal premier de k[t] (par exemple si ℘ est le point générique, ϕ
n’induit pas une surjection de k(t) sur k(t)).

Définition 2.5 Un sous-schéma fermé d’un schéma Y est un schéma X,


équipé d’une immersion fermée i : X → Y , où l’on identifie deux paires
(X, i) et (X ′ , i′ ) s’il existe un isomorphisme de schémas g : X → X ′ avec
i′ ◦ g = i.

La notion la plus commode est donc celle de fermé X de Y muni d’une


immersion fermée X → Y qui fait de X un sous-schéma fermé de Y . Par
exemple Spec (A/I) est un sous-schéma fermé de Spec A d’espace topolo-
gique sous-jacent V (I), mais V (I) a en général plusieurs structures de sous-
schéma fermé. Par exemple si x est un point fermé de A1k , alors Spec (k[ε])
et Spec k sont deux sous-schémas fermés de A1k d’espace sous-jacent x ; ils
correspondent respectivement au ”point double” x et au ”point simple” x.
De même, considérons le fermé F = V (T1 ) du plan affine A2k . La structure
de sous-schéma fermée donnée par l’idéal (T1 ) correspond à une droite, celle
donnée par (T12 ) à une droite double, et celle donnée par (T12 , T1 T2 ) à une
droite avec l’origine doublée. Ceci dit, il y a toujours une structure ”mini-
male”√ de sous-schéma fermé sur V√(I), qui correspond à prendre celle donnée
par I (auquel cas l’anneau A/ I n’a pas de nilpotents non triviaux). On
l’appelle structure réduite (on verra une généralisation de cette notion à la
section 3.).
Il se trouve qu’en fait tout sous-schéma fermé de Spec A est affine :

Theorème 2.6 Soit X = Spec A un schéma affine et soit j : Z → X une


immersion fermée. Alors Z est affine. De plus Z est le sous-schéma fermé
Spec (A/J) pour un certain idéal J de A.

En particulier une immersion fermée est un morphisme affine, i.e. l’image


réciproque de tout ouvert affine est un ouvert affine. Notons aussi que l’idéal
J tel que Z = Spec (A/J) est unique (si on a un isomorphisme de A/J sur
A/J ′ compatible avec les surjections canoniques, alors J = J ′ ).
Malgré la simplicité de l’énoncé, la preuve du théorème 2.6 est assez
longue (parce qu’il ne suffit pas de montrer que Z = V (J) ensemblistement).
Nous la décomposerons en plusieurs lemmes.

23
Lemme 2.7 Soient X un schéma et f ∈ OX (X). On note Xf l’ensemble
des points x de X telle que la restriction fx de f à la tige OX,x soit dans

OX,x (autrement dit l’évaluation f (x) ∈ k(x) est non nulle). Alors
a) L’ensemble Xf est un ouvert de X.
b) Supposons en outre que X vérifie la condition suivante :
(*) X peut être recouvert par un nombre fini d’ouverts affines Ui , tels que
chaque Ui ∩ Uj admette également un recouvrement affine fini.
Alors l’homomorphisme de restriction OX (X) → OX (Xf ) induit un iso-
morphisme de OX (X)f sur OX (Xf ).

Noter que (*) est automatiquement vérifiée si X est affine (auquel cas
Xf = D(f ) et la conclusion du lemme est évidente).

Démonstration : a) Si x ∈ Xf , alors par définition de OX,x il existe un


voisinage ouvert U de x et un g ∈ OX (U) tels que (f|U ).g = 1, d’où U ⊂ Xf ;
ainsi Xf est ouvert.
b) Notons que la restriction de f à OX (Xf ) est inversible : en effet on
définit son inverse en recollant les sections g définies comme en a) sur un
recouvrement ouvert de Xf . Ainsi la restriction OX (X) → OX (Xf ) induit
un homomorphisme OX (X)f → OX (Xf ). Recouvrons X par un nombre fini
d’ouverts Ui satisfaisant (*). Alors Xf est recouvert par les Vi := Ui ∩ Xf , qui
ne sont autre que les ouverts principaux D(f ) de Ui (pour simplifier on notera
désormais encore f la restriction de f à tout ouvert de X). Ainsi OX (Ui )f =
OX (Vi ). En utilisant le fait que OX est un faisceau, que la tensorisation
⊗OX (X) OX (X)f est exacte (la localisation est un homomorphisme plat ; cf
[L], corollaire 2.11 page 10) et commute avec les sommes directes (donc avec
les produite finis), on obtient un diagramme commutatif dont les lignes sont
exactes :

Q Q
0 −−−→ OX (X)f −−−→ i OX (Ui )f −−−→ i,j OX (Ui ∩ Uj )f
  
  
y y y
Q Q
0 −−−→ OX (Xf ) −−−→ i OX (Vi ) −−−→ i,j OX (Vi ∩ Vj )

La flèche verticale du milieu est un isomorphisme, donc celle de gauche est


injective. Or pour cette injectivité, on a seulement utilisé le fait que X était
recouvert par un nombre fini d’ouverts affines. D’après (*), chaque Ui ∩ Uj
possède également cette propriété, donc on en déduit que la flèche verticale
de droite est également injective. Par chasse au diagramme, la flèche verticale
de gauche est alors surjective, et le lemme est démontré.

24
La proposition suivante, conséquence du lemme précédent, est un critère
souvent utile pour montre qu’un schéma est affine.

Proposition 2.8 Soit X un schéma. On suppose qu’il existe une famille


finie d’éléments f1 , ..., fr de OX (X) vérifiant : les ouverts Xfi sont affines et
l’idéal engendré par les fi est OX (X). Alors X est affine.

Démonstration : Posons A = OX (X) et Ai = OX (Xfi ). Comme l’idéal


engendré par les fi contient 1, les Xfi recouvrent X (pour tout x de X,
l’une au moins des sections fi ne s’annule pas en x). D’après le lemme 2.7,
Ai s’identifie à Afi (les hypothèses de ce lemme sont bien vérifiées vu que
chaque Xfi est affine et les Xfi ∩ Xfj sont donc des ouverts principaux d’un
ouvert affine). On définit alors un morphisme de schémas u : X → Spec A
en définissant pour chaque i la restriction de u à Xfi comme le morphisme
induit par l’homomorphisme de restriction A → Ai (il est immédiat que les
conditions de recollement sont bien vérifiées). Le schéma Spec A est recouvert
par les ouverts D(fi ), et l’image réciproque par u de D(fi ) est Xfi . D’autre
part le morphisme induit u : Xfi → D(fi ) est un isomorphisme puisque
Ai = OX (Xfi ) est précisément Afi . Finalement u est un isomorphisme de X
sur Spec A.

Preuve du théorème 2.6 : On va montrer que Z satisfait le critère


de la proposition précédente. On remarque d’abord que si V = D(g) est
un ouvert principal de X = Spec A, alors j −1 (V ) est l’ouvert Zh , où h est
l’image de g par l’homomorphisme d’anneaux ϕ : A → OZ (Z) induit par j
(en effet si z ∈ Z, alors (ϕ(g))(z) 6= 0 équivaut à g(j(z)) 6= 0). Comme Z
peut être recouvert par des ouverts affines et s’identifie (via j) à un sous-
espace topologique de X, on peut le recouvrir par des ouverts affines de
la forme j −1 (Up ), où les Up sont des ouverts de X. Chaque Up est réunion
d’ouverts principaux (Upk ) de X, et chaque j −1 (Upk ) est alors affine (comme
intersection de l’ouvert affine j −1 (Up ) avec un ouvert du type Zh ) tout en
restant du type Zh puisque Upk est principal.
En recouvrant ensuite l’ouvert X − j(Z) par des ouverts principaux de
X, on obtient un recouvrement de X par des ouverts principaux Vl = D(gl ),
tels que chaque j −1 (Vl ) soit affine et du type Zhl pour un certain hl ∈ OZ (Z).
On peut de plus supposer qu’il y a un nombre fini de Vl par quasi-compacité
du schéma affine X. Comme les Vl recouvrent X, l’idéal engendré par les

25
gl contient 1 donc l’idéal engendré par les hl est OZ (Z) tout entier. Ainsi,
d’après la proposition 2.8, Z est bien affine.
Posons Z = Spec B. Il reste à prouver que l’homomorphisme ϕ : A → B
associé à j est surjectif. Soit X ′ = Spec (A/ ker ϕ). Alors comme ϕ induit
un morphisme injectif ϕ̄ de A/ ker ϕ sur B, le morphisme j s’écrit j = i ◦ θ,
où i : X ′ → X est l’immersion fermée associée à la surjection canonique
A → A/ ker ϕ et θ : Z → X ′ est associé à ϕ̄. On va montrer que θ est un
isomorphisme de schémas, ce qui montrera que ϕ̄ est un isomorphisme, donc
que ϕ est surjectif.
Il est immédiat que l’application θ est injective et fermée car j induit un
homéomorphisme de Z sur un fermé de X. Pour montrer que θ est bijective, il
suffit de montrer que son image est dense. Or ceci résulte du lemme suivant :

Lemme 2.9 Soit ψ : C → D un homomorphisme d’anneaux. Si ψ est injec-


tif, alors le morphisme associé g : Spec D → Spec C vérifie : g(Spec D) est
dense dans Spec C. La réciproque est vraie si le radical de C est nul.

Supposons pour l’instant le lemme démontré. Il suffit alors de voir que θ#


est un isomorphisme de faisceaux, ou encore que pour tout idéal premier ℘
de B, l’homomorphisme (A/ ker ϕ)ϕ̄−1 (℘) → B℘ est un isomorphisme. Mais ce
dernier point est clair vu que A/ ker ϕ s’injecte dans B, et Aϕ−1 (℘) se surjecte
sur B℘ parce que j est une immersion fermée.

Preuve du lemme 2.9 : Supposons ψ injectif. Soit D(f ) un ouvert non


vide de Spec C. Alors f n’est pas nilpotent, donc ψ(f ) non plus car ψ est
injectif. De ce fait, il existe un idéal premier ℘ de C qui ne contient pas
ψ(f ). Alors g(℘) = ψ −1 (℘) ne contient pas f , ce qui fait que g(℘) est dans
D(f ) ∩ g(Spec D). Comme les D(f ) forment une base d’ouverts de Spec C,
on a bien montré la densité de g(Spec D).
En sens inverse, si ψ n’est pas injectif, alors son noyau N est non nul. Tous
les éléments de g(Spec D) sont alors des idéaux premiers de C qui contiennent
N, i.e. g(Spec D) ⊂ V (N). Supposons de plus que le radical de C est nul.
Alors V (N) est un fermé strict de Spec C donc g(Spec D) n’est pas dense.

2.4. Morphismes finis et de type fini


On commence par une notion générale :

26
Définition 2.10 On dira qu’une propriété (P) des morphismes est locale
sur la base si la condition suivante est satisfaite :
soit f : X → Y un morphisme ; alors f vérifie (P) si et seulement si : Y
admet un recouvrement ouvert affine (Vi ) vérifiant que tous les morphismes
fi : f −1 (Vi ) → Vi induits par f vérifient (P).

Par exemple, on vérifie immédiatement que les notions d’immersions ou-


vertes et fermées sont locales sur la base. Nous allons voir dans ce paragraphe
des exemples importants de propriété locale sur la base.
Rappelons qu’un espace topologique X est quasi-compact si de tout re-
couvrement ouvert de X, on peut extraire un sous-recouvrement fini. Par
exemple on a vu dans la preuve du lemme 1.14 de la section 1 que Spec A
était toujours quasi-compact. Du coup un schéma est quasi-compact si et
seulement s’il est réunion finie d’ouverts affines. Cette notion admet une
version relative :

Définition 2.11 Un morphisme de schémas f : X → Y est quasi-compact


si l’image réciproque de tout ouvert affine est quasi-compact.

L’énoncé suivant montre que la propriété ”quasi-compact” est locale sur


la base.

Proposition 2.12 Soit f : X → Y un morphisme de schémas. On suppose


que Y admet un recouvrement affine (Vi ) tel que chaque f −1 (Vi ) soit quasi-
compact. Alors f est quasi-compact.

Démonstration : Soit V un ouvert affine de Y , chaque V ∩Vi est recouvert


par des ouverts affines Vik , principaux dans Vi . On peut alors recouvrir V (qui
est quasi-compact) par un nombre fini de Vik et il suffit de montrer que chaque
f −1 (Vik ) est quasi-compact.
Recouvrons alors chaque f −1 (Vi ) par un nombre fini d’ouverts affines Uij ,
alors f −1 (Vik ) est réunion d’un nombre fini de Uijk := f −1 (Vik )∩Uij , avec Uijk
ouvert principal de Uij (car c’est l’image réciproque de Vik par le morphisme
Uij → Vi induit par f ; or Uij et Vi sont affines avec Vik principal dans Vi ).
En particulier Uijk est affine et f −1 (Vik ) est bien quasi-compact.

Définition 2.13 Un morphisme de schémas f : X → Y est localement de


type fini si pour tout ouvert affine V de Y , et tout ouvert affine U de f −1 (V ),
l’homomorphisme OY (V ) → OX (U) induit par la restriction f : U → V fait
de OX (U) une OY (V )-algèbre de type fini.

27
La proposition suivante montre que ”localement de type fini” est aussi
une propriété locale sur la base.

Proposition 2.14 Soit f : X → Y un morphisme de schémas tel que Y soit


recouvert par des ouverts affines Vi , avec chaque f −1 (Vi ) réunion d’ouverts
affines Uij tels que OX (Uij ) soit une algèbre de type fini sur OY (Vi ). Alors f
est localement de type fini.

Démonstration : On aura besoin du

Lemme 2.15 Soient A un anneau et B une A-algèbre.


a) On suppose que Spec B est réunion d’ouverts principaux D(bi ) avec
bi ∈ B et Bbi A-algèbre de type fini. Alors B est une A-algèbre de type fini.
b) Si Spec B → Spec A est une immersion ouverte entre schémas affines,
alors B est une A-algèbre de type fini

Supposons pour l’instant le lemme démontré. Soit V = Spec A un ouvert


affine de Y . Comme on l’a vu plus haut, on peut recouvrir V par des ouverts
affines Vik (principaux dans Vi ), et f −1 (V ) par des ouverts affines Uα (= Uijk ),
qui ne sont plus ici forcément en nombre fini mais ont la propriété que OX (Uα )
est de type fini sur OY (Vik ), donc aussi sur A = OY (V ) d’après le lemme 2.15
b). Soit alors U = Spec B un ouvert affine de f −1 (V ). Tout x de U admet un
voisinage D(bi ) dans U avec D(bi ) ⊂ Uα pour un certain α. Alors Bbi est de
type fini sur OX (Uα ) par le lemme 2.15 b), donc aussi sur A par transitivité.
On conclut en appliquant le lemme 2.15 a).

Preuve du lemme 2.15 : a) On peut supposer qu’il n’y a qu’un nombre


fini de Bbi par quasi-compacité de Spec B. Chaque Bbi est engendrée comme
A-algèbre par un nombre fini d’éléments aij /bi , aij ∈ B. On a donc une sous
A-algèbre de type fini C de B contenant les bi et telle que Cbi = Bbi pour
tout i (on prend l’algèbre engendrée par les bi et les aij ). D’autre part les
D(bi ) recouvrent Spec B, d’où une écriture
m
X
1= bi b′i
i=1

avec b′i ∈ B. Soit alors D la A-algèbre engendrée par C et les b′i , elle est de
type fini sur A.
PmMontrons
k
que B = D. Pour tout entier k, il existe des di,k dans D avec 1 =
i=1 bi di,k (en élevant l’égalité précédente à la puissance mk). Maintenant

28
tout élément b de B vérifie une identité duPtype bki b = bki ci avec ci ∈ C vu
que Bbi = Cbi . finalement on obtient b = m k
i=1 (bi ci )di,k donc b ∈ D. Ainsi
B = D ce qui termine la preuve de a).
b) On peut voir Spec B comme un ouvert de Spec A. On recouvre alors
Spec B par des ouverts principaux D(ai ) de Spec A. Ces ouverts sont aussi
les D(bi ) dans Spec B, où bi est l’image de ai dans B. Alors Bbi = Aai est de
type fini sur A et on applique a).

Remarque : On peut simplifier un peu (cf. [L], page 88) la preuve de la


proposition 2.14 si on connaı̂t le lemme suivant :

Lemme 2.16 a) Soit X un schéma affine. Soit U un ouvert principal de X


et V un ouvert principal de U. Alors V est un ouvert principal de X.
b) Soit X un schéma. Soient U et V deux ouverts affines de X. Alors
tout point x de U ∩ V admet un voisinage W qui est un ouvert principal à la
fois de U et de V .

Démonstration : a) Soit X = Spec A. Si U = D(f ) = Spec Af , alors V


s’écrit Spec Bg avec B = Af et g ∈ B. En écrivant g = a/f n avec a ∈ A, on
obtient V = D(af ).
b) Soit W ⊂ (U ∩ V ) un ouvert principal de U contenant x. Soit W ′ ⊂ W un
ouvert principal de V contenant x. Alors W ′ est aussi principal dans W (car W
est un ouvert affine de V ), donc dans U d’après a).

Définition 2.17 Un morphisme de schémas est dit de type fini s’il est loca-
lement de type fini et quasi-compact.

D’après ce qui précède, c’est une propriété locale sur la base.

Exemples : a) Soient X un schéma et x ∈ X. Alors le morphisme


Spec OX,x → X induit n’est pas en général de type fini, car la localisation
A → A℘ d’un anneau A par rapport à un idéal premier ℘ ne fait pas de A℘
une A-algèbre de type fini.
b) D’après la proposition 2.14, un morphisme Spec B → Spec A est de
type fini ssi l’homomorphisme d’anneaux A → B correspondant fait de B
une A-algèbre de type fini.
c) Une variété algébrique affine ou projective sur un corps k est un schéma
de type fini sur Spec k (toujours d’après la proposition 2.14).

29
d) Une immersion ouverte est localement de type fini car si f ∈ A, la
A-algèbre Af est de type fini (engendrée par 1/f ). Sans hypothèse sur A,
un ouvert U ⊂ Spec A peut ne pas être quasi compact donc l’immersion ou-
verte correspondante peut ne pas être de type fini (on verra que ce problème
disparaı̂t si A est noethérien ; du coup d’après la proposition 2.18, b), et
l’exemple c) ci-dessus, tout k-morphisme entre k-variétés projectives ou af-
fines est de type fini.).

Proposition 2.18 a) La composée de deux morphismes de type fini (resp.


localement de type fini, quasi-compact) est de type fini (resp. localement de
type fini, quasi-compact).
b) Soient f : X → Y et g : Y → Z deux morphismes. Si g ◦ f est
localement de type fini, alors f est localement de type fini.

Démonstration : a) Soient f : X → Y et g : Y → Z des morphismes. Si


f et g sont quasi-compacts, alors pour tout ouvert affine W de Z, g −1 (W ) est
réunion d’un nombre fini d’ouverts affines Vi , et chaque f −1 (Vi ) est réunion
d’un nombre fini d’ouverts affines Uij ; finalement (g ◦ f )−1 (W ) est réunion
d’un nombre fini d’ouverts affines (les Uij ) donc g ◦ f est quasi-compact.
Supposons maintenant que f et g sont localement de type fini. Reprenons
les notations ci-dessus (avec la seule différence que les Vi et les Uij ne sont plus
forcément en nombre fini). L’hypothèse implique maintenant que OY (Vi ) est
de type fini sur OZ (W ), et OX (Uij ) est de type fini sur OY (Vi ), donc OX (Uij )
est de type fini sur OZ (W ). On conclut alors avec la proposition 2.14 en
recouvrant Z par des ouverts affines.
b) Via la proposition 2.14, on se ramène comme ci-dessus au cas où tous
les schémas sont affines. L’énoncé vient alors du fait que si on a des homo-
morphismes d’anneaux A → B → C, alors C de type fini sur A implique a
fortiori que C est de type fini sur B.

Définition 2.19 Un morphisme f : X → Y est dit affine si pour tout ouvert


affine V de Y , l’ouvert f −1 (V ) est affine. Il est dit fini s’il est affine et si de
plus pour tout ouvert affine V de Y , OX (f −1 (V )) est fini sur OY (V ) (i.e. est
un OY (V )-module de type fini).

La proposition suivante dit que les propriétés ”affine” et ”fini” des mor-
phismes sont locales sur la base.

30
Proposition 2.20 Soit f : X → Y un morphisme de schéma. On suppose
que Y peut être recouvert par des ouverts affines (Vi ) tels que chaque Ui :=
f −1 (Vi ) soit affine. Alors :
a) Le morphisme f est affine.
b) Si de plus chaque OX (Ui ) est un OY (Vi )-module de type fini, alors le
morphisme f est fini.

Démonstration : a) Soit V = Spec A un ouvert affine de Y . Chaque V ∩ Vi


peut être recouvert par des ouverts (Vij ) qui sont de la forme D(fij ) dans V avec
fij ∈ A. On peut également supposer que Vij est principal dans Vi d’après le
lemme 2.16 13 . Comme V est quasi-compact, un nombre fini de Vij le recouvrent.
Maintenant l’image réciproque U de V par f est recouverte par un nombre fini
d’ouverts Uij := f −1 (Vij ). Chaque Uij est un ouvert affine principal de Ui :=
f −1 (Vi ) (parce que Vij est principal dans Vi ) ; d’autre part, avec les notations de
la proposition 2.8, Uij est aussi de la forme Ubij pour un certain bij de OU (U )
(où bij est l’image de fij ∈ OV (V ) par l’homomorphisme ϕ : OV (V ) → OU (U )
induit par f ). Comme V est recouvert par les Vij , les fij engendrent l’idéal OV (V )
donc les bij engendrent l’idéal OU (U ). On conclut en appliquant le critère de la
proposition 2.8.
b) Avec les notations ci-dessus, on a maintenant en plus que OX (Ui ) est un
module de type fini sur OY (Vi ). Comme Uij est l’image réciproque dans Ui de
l’ouvert principal Vij ⊂ Vi , on a aussi que OX (Uij ) est de type fini comme OY (Vij )-
module. Posons U = Spec B. On est donc ramené à montrer que si Spec A est
recouvert par un nombre fini de D(ai ) tels que chaque Bbi soit un Aai -module de
type fini (où bi = ϕ(ai )), alors B est un A-module de type fini.
Soit (βij ) une famille finie de générateurs du Aai -module Bbi et soit C le sous
A-module de B engendré par les bi et les βij .On a donc Bbi = Cbi pour tout i.
Si maintenant b ∈ B, alors il existe k > 0 tel que pour tout i on ait bki b = bki ci
P
avec ci ∈ C. Comme les D(ai ) recouvrent Spec A, on peut écrire 1 = i αi aki avec
P
αi ∈ A. Alors b = i ϕ(αi aki )ci est bien dans C.

Exemples : a) Une immersion fermée est finie d’après le théorème 2.6 et


la proposition précédente (noter que si j : Z → X est une immersion fermée,
alors pour tout ouvert V de X le morphisme induit j −1 (V ) → V est aussi
une immersion fermée).
b) Une immersion ouverte n’est pas en général un morphisme fini, car
Af n’est pas un A-module de type fini. Il ne suffit donc pas que les fibres
ensemblistes de X → Y soient finies pour que le morphisme de schémas
correspondant soit fini.
13
On peut éviter le recours à ce lemme en vérifiant d’abord qu’un morphisme de la forme
Spec B → Spec A est bien affine, ce qui se fait encore en utilisant la proposition 2.8.

31
c) Les schémas équipés d’un morphisme fini vers Spec k sont les Spec A,
où A est une k-algèbre de dimension finie. Plus généralement un morphisme
Spec B → Spec A est fini si et seulement si l’homomorphisme associé A → B
fait de B un A-module de type fini.

2.5. Recollements, produits fibrés


Dans ce paragraphe, nous allons voir de nouvelles façons de fabriquer des
schémas. On commence par un lemme de recollement général :
Lemme 2.21 Soit S un schéma. Soit (Xi )i∈I une famille de S-schémas. On
se donne des sous-schémas ouverts (Xij )j∈I de Xi et des S-isomorphismes
fij : Xij → Xji avec : fii = Id, fij (Xij ∩Xik ) = Xji ∩Xjk , et fik = fjk ◦fij sur
Xij ∩ Xik (pour tous indices i, j, k). Alors il existe un S-schéma X, unique à
isomorphisme près, équipé de SS-immersions ouvertes gi : Xi → X telles que
gi = gj ◦ fij sur Xij avec X = i gi (Xi ). On dit que X est le recollement des
Xi selon les Xij (ou via les fij ).
(Notons qu’en prenant S = Spec Z, on a le même énoncé sans faire inter-
venir de schéma de base S).

Remarques : Les observation suivantes découlent immédiatement du


lemme 2.21 :
a) Le cas le plus courant consiste à recoller deux schémas X1 et X2 via
un isomorphisme f : U1 → U2 entre des ouverts respectifs de U1 et U2 (on
−1
prend X1 = X11 , X2 = X22 , U1 = X12 , U2 = X21 , f12 = f = f21 dans les
notations du lemme). Un autre cas intéressant est celui où tous les Xij sont
vides : le schéma X obtenu est alors l’union disjointe des Xi . Par exemple
l’union disjointe de Spec A et Spec B est isomorphe à Spec (A×B) (attention
l’union disjointe d’un nombre infini de schémas affines n’est plus affine, car
elle n’est même plus quasi-compacte).14
b) On peut caractériser le recollement X par la propriété universelle sui-
vante : pour tout S-schéma Z et toute famille de S-morphismes ui : Xi → Z
vérifiant ui = uj ◦ fij sur Xij , il existe un unique S-morphisme u : X → Z
tel que ui = u ◦ gi .
c) Si Z est un S-schéma, alors se donner un S-morphisme u : Z → X
est équivalent à se donner un recouvrement ouvert (Zi )i∈I de Z et des S-
morphismes ui : Zi → Xi tels que ui (Zi ∩ Zj ) ⊂ Xij et uj = fij ◦ ui sur
14
L’union disjointe d’une famille de schémas correspond toujours à leur coproduit dans
la catégorie des schémas, mais le coproduit d’un nombre infini de schémas affines n’est pas
le même dans la catégorie des schémas et dans celle des schémas affines !

32
Zi ∩ Zj . C’est cette dernière propriété qui permet souvent de définir des
morphismes à valeurs dans un recollement (par exemple dans la construction
du produit fibré ci-dessous).

Preuve du lemme 2.21 : On définit d’abord l’espace topologique X en


`
prenant le quotient de l’union disjointe Xi par la relation d’équivalence x ∼ y
si x ∈ Xi , y ∈ Xj et y = fij (x). On a alors des injections continues et ouvertes
gi : Xi → X avec gi = gj ◦ fij sur Xij . Posons Ui = gi (Xi ) et OUi = (gi )∗ OXi ,
alors les restrictions de OUi et OUj à Ui ∩ Uj coı̈ncident. On peut donc définir un
faisceau OX sur X par (OX )|Ui = OUi , ce qui donne à X une structure de schéma
et fait des gi des isomorphismes de schémas de Xi sur Ui . Soit enfin hi le composé
de gi−1 et de Xi → S. Alors hi et hj ont même restriction à Ui ∩ Uj , ce qui permet
de définir un morphisme X → S, compatible avec les structures de S-schémas sur
les Xi . L’unicité de X est évidente.

On va maintenant pouvoir définir le produit fibré X ×S Y de deux S-


schémas X et Y . Ensemblistement, ce ne sera pas tout à fait le produit fibré
usuel car on veut par exemple que le produit fibré (au-dessus de Spec k)
m+n
de deux espaces affines Am n
k × Ak soit Ak . Or déjà pour m = n = 1,
l’ensemble sous-jacent du produit n’est pas exactement le produit des en-
sembles sous jacents : on ne récupère pas les points génériques des courbes
de A2k (correspondant aux idéaux premiers (P ), ave P irréductible) comme
élément du produit ensembliste. Par contre, le produit fibré correspond bien
au produit au niveau des Z-points (au sens du paragraphe 2.2.) : on aura
(X ×S Y )(Z) = X(Z)×Y (Z) pour tout S-schéma Z, où X(Z) := MorS (Z, X)
(avec des notations similaires pour Y et X ×S Y ). Par exemple les k-points
(i.e. les points ”usuels”) de Akm+n seront bien obtenus comme les éléments
de l’ensemble Am n
k (k) × Ak (k).
On arrive donc à la définition du produit fibré W = X ×S Y par la pro-
priété universelle suivante : c’est un S-schéma, muni de deux S-morphismes
(”projections”) p : W → X et q : W → Y , tel que pour toute paire f, g de
S-morphismes f : Z → X et g : Z → Y , il existe un unique S-morphisme
Z → W (noté (f, g)) tel que f = p ◦ (f, g) et g = q ◦ (f, g).15

Theorème 2.22 Le produit fibré X ×S Y existe, et est unique à isomor-


phisme unique près. Si X = Spec A, Y = Spec B, S = Spec C, alors

X ×S Y = Spec (A ⊗C B)
15
Il s’agit donc du produit dans la catégorie des S-schémas.

33
les projections étant induites par les C-homomorphismes canoniques A →
A ⊗C B et B → A ⊗C B.

Preuve du théorème : L’unicité est évidente via la propriété universelle.


L’existence se fait par étapes en utilisant le lemme de recollement.
Étape 1 : cas où X, Y, S sont affines. Soit X = Spec A, Y = Spec B, S =
Spec C, posons W = Spec (A⊗C B). Pour vérifier la propriété universelle avec
un schéma Z, il suffit de le faire quand Z est affine : en effet Z est recouvert
par des ouverts affines Zi , et ensuite les différents morphismes Zi → W
se recollent grâce à l’unicité dans la propriété universelle. Or, quand Z est
affine, le résultat est immédiat vu la propriété universelle qui définit le produit
tensoriel et l’antiéquivalence de catégories A → Spec A (théorème 1.19 de la
section 1).
Étape 2 : Si (X ×S Y, p, q) existe, alors aussi Y ×S X (échanger les rôles
de p et q), et également U ×S Y pour tout ouvert U de X (il suffit de prendre
p−1 (U) avec les restrictions de p et q à cet ouvert de X ×S Y ).
Étape 3 : Cas où S, Y sont affines et X quelconque. On recouvre X par
des ouverts affines (Xi ). D’après l’étape 1, on dispose des produits fibrés
(Xi ×S Y, pi , qi ). On a alors des S-isomorphismes fij : p−1 i (Xi ∩ Xj ) →
p−1
j (X i ∩X j ) car p −1
i (X i ∩X j ) et p −1
j (X i ∩X j ) vérifient tous deux la propriété
universelle de (Xi ∩ Xj ) ×S Y . L’unicité de l’isomorphisme (pour la propriété
universelle liée à (Xi ∩ Xj ∩ Xk ) ×S Y ) implique également fik = fjk ◦ fik .
Le lemme de recollement permet alors de définir W = X ×S Y comme le
recollement des Xi ×S Y selon les fij . Les projections pi et qi induisent des
projections p : W → X et q : W → Y , et on vérifie immédiatement que
(W, p, q) convient.
Étape 4 : Cas où S est affine avec X et Y quelconque. La construction
est exactement la même que dans l’étape 3 en recouvrant Y par des ouverts
affines (Yi), vu que par symétrie et par l’étape 3 on sait que chaque X ×S Yi
existe.
Étape 5 : Cas général. On recouvre S par des ouverts affines (Si ). Soient
f : X → S et g : Y → S les morphismes structuraux. Posons Xi = f −1 (Si ) et
Yi = g −1 (Si ). Alors Xi ×Si Yi existe par l’étape 4. Comme Si est un ouvert de
S, on voit immédiatement (cf. remarque a) du paragraphe 2.1.) que Xi ×Si Yi
vérifie la propriété universelle pour être Xi ×S Yi. On obtient alors X ×S Y
en recollant les Xi ×S Yi le long des (Xi ∩ Xj ) ×S (Yi ∩ Yj ).

Quand S = Spec A est affine, on notera souvent X ×A Y au lieu de


X ×Spec A Y . Si de plus B est une A-algèbre, on notera X ×A B pour X ×Spec A

34
Spec B.
Les propriétés suivantes découlent immédiatement de la propriété univer-
selle du produit fibré :

Proposition 2.23 a) Soient X et Y des S-schémas. Alors X ×S S ≃ X et


X ×S Y ≃ Y ×S X.
b) Soient X, Y , Z des S-schémas. Alors (X ×S Y )×S Z ≃ X ×S (Y ×S Z).
c) Soient X et Y des S-schémas et soit Z un Y -schéma. Alors

(X ×S Y ) ×Y Z ≃ X ×S Z

d) Si U est un ouvert de X, alors U ×S Y est l’image réciproque de U


par la projection p : X ×S Y → X.
e) Si U est un ouvert de S tel que f (X) ⊂ U (où f : X → S est le
morphisme structural), alors X ×S Y = X ×U YU , où YU est l’image réciproque
de U par le morphisme structural g : Y → S.

Exemples de produits fibrés : a) Soit X = Spec (k[t1 , ..., tn ]/(P1 , ..., Pr ))


une variété affine sur un corps k. Alors pour toute extension de corps L/k,
le schéma X ×k L est la variété affine définie par les mêmes équations po-
lynomiales, cette fois-ci sur le corps L. Le même principe s’applique à une
variété projective sur k. Notons que les L-points de X ×k L sont en bijection
avec ceux du L-schéma X à cause de la propriété d’adjonction du produit
tensoriel :
Homk (A, L) = HomL (A ⊗k L, L)
valable pour toute k-algèbre A. Ceci est vrai pour un k-schéma X quelconque
via la propriété universelle du produit fibré.
b) Plus généralement si A est un anneau, B une A-algèbre et X est le
schéma affine Spec (A[t1 , ..., tn ]/(P1 , ..., Pr )), alors X ×A B est le schéma affine
Spec (B[t1 , ..., tn ]/(P1 , ..., Pr )) ; de même si on remplace Spec par Proj (en
prenant des polynômes Pi homogènes).
c) Prenons pour X un Z-schéma 16 . Alors on peut considérer les schémas
X ×Z Z/pZ pour les différents nombres premiers p. Si X est défini par
des équations polynomiales à coefficients dans Z, cela revient à réduire ces
équations modulo p, tandis que regarder X ×Z Q revient à regarder ces
équations dans Q. On a ainsi mis une structure de schéma sur les fibres
du morphisme X → Spec Z. Comme on va le voir, cette construction est
générale.
16
Comme tout anneau est de manière unique équipé d’une structure de Z-algèbre, tout
schéma est canoniquement un Z-schéma ; mais le cas intéressant pour la construction qui
suit est celui où le morphisme X → Spec Z est de type fini.

35
Définition 2.24 Soit f : X → Y un morphisme de schémas. Soit y un
point de Y de corps résiduel k(y). La fibre de f en y est le k(y)-schéma
Xy := X ×Y Spec (k(y)).

Si par exemple Y est le spectre d’un anneau intègre A, la fibre au point


générique s’appelle la fibre générique de f ; c’est un schéma sur le corps des
fractions de A.
La proposition suivante identifie topologiquement la fibre Xy à la fibre
ensembliste f −1 (y).

Proposition 2.25 La projection p : Xy → X induit un homéomorphisme


de Xy sur f −1 (y).

Démonstration : On note d’abord que pour tout ouvert V de Y contenant


y, on a Xy = (X ×Y V ) ×V Spec (k(y)) = f −1 (V )y ce qui permet de supposer Y =
Spec A affine. Ensuite pour tout ouvert U de X, on a p−1 (U ) = U ×Y Spec (k(y))
ce qui permet de prendre également X = Spec B affine. Alors le morphisme f :
X → Y vient d’un homomorphisme u : A → B. Soient ℘ l’idéal premier de
Y correspondant à y et k(℘) son corps résiduel. La projection p est induite par
l’homomorphisme ϕ : B → B ⊗A k(℘). Or ϕ est le composé de la localisation
ϕ1 : B → B ⊗A A℘ et de la surjection canonique ϕ2 : B ⊗A A℘ → B ⊗A k(℘). La
proposition 1.5. de la section 1. dit alors que p est un homéomorphisme de Xy sur
l’ensemble des idéaux premiers I de B qui contiennent u(℘)B et ne rencontrent
pas u(A − ℘). Cela signifie précisément que u−1 (I) = ℘, ou encore f (I) = ℘.

On va maintenant voir une notion importante liée au produit fibré :

Définition 2.26 Soient S un schéma et X un S-schéma. Pour tout S-schéma


S ′ , on dit que le S ′ -schéma X ×S S ′ est obtenu à partir de X par change-
ment de base via le morphisme S ′ → S. On dit qu’une propriété (P) des
morphismes de schémas est stable par changement de base (ou se conserve
par changement de base) si pour tout morphisme X → Y vérifiant (P) et
tout Y -schéma Y ′ , le morphisme induit X ×Y Y ′ → Y ′ vérifie aussi (P).

Proposition 2.27 Les propriétés suivantes des morphismes se conservent


par changement de base :
a) Morphismes de type fini (resp. quasi-compacts, localement de type fini,
affines, finis).
b) Immersions ouvertes.
c) Immersions fermées.

36
Démonstration : a) Soient f : X → Y et g : Y ′ → Y des morphismes.
Recouvrons Y par des ouverts affines Yi = Spec Ci ; chaque g −1 (Yi ) est lui-
même recouvert par des ouverts affines Vij = Spec Aij , ce qui entraı̂ne que
Y ′ est recouvert par les Vij . L’image réciproque de Vij par le morphisme
f ′ : X ×Y Y ′ → Y ′ (déduit de f et g) est X ×Y Vij = Xi ×Yi Vij , où
Xi = f −1 (Yi) (la dernière égalité résulte de la proposition 2.23, e).
Supposons f localement de type fini. Alors Xi peut être recouvert par
des ouverts affines Xij = Spec Bij , avec Bij algèbre de type fini sur Ci . Ceci
implique que (f ′ )−1 (Vij ) est recouvert par les Xij ×Yi Vij = Spec (Bij ⊗Ci Aij ),
avec (Bij ⊗Ci Aij ) algèbre de type fini sur Aij . La proposition 2.14 implique
alors que f ′ est localement de type fini. Si maintenant f était supposé quasi-
compact, alors un nombre fini de Xij recouvre Xi , donc un nombre fini de
Xij ×Yi Vij recouvre (f ′ )−1 (Vij ) et f est quasi compact d’après la proposi-
tion 2.12. On en déduit alors le résultat pour f de type fini, vu que cela
signifie quasi-compact et localement de type fini.
Enfin, si f est supposé affine, on sait alors que chaque Xi est affine donc
aussi chaque Xi ×Yi Vij , ce qui montre que f ′ est affine avec la proposition 2.20
a). Si de plus f est fini, alors Xi = Spec Bi avec Bi module de type fini sur
Ci , ce qui implique que Bi ⊗Ci Ai est un Ai -module de type fini ; alors f ′ est
fini avec la proposition 2.20 b).
b) Soient f : X → Y une immersion ouverte et g : Y ′ → Y un morphisme.
Alors X ×Y Y ′ → Y ′ induit un isomorphisme de X ×Y Y ′ sur p−1 (f (X)), où
p : Y ×Y Y ′ → Y est la première projection.
c) Soient f : X → Y une immersion fermée et g : Y ′ → Y un morphisme.
On veut montrer que f ′ : X ×Y Y ′ → Y ′ est une immersion fermée, propriété
qui est locale sur la base. Il suffit donc de montrer que pour y ′ ∈ Y ′ , il existe
un ouvert V ′ de Y ′ contenant y ′ tel que (f ′ )−1 (V ′ ) → V ′ soit une immersion
fermée. On se ramène ainsi au cas où Y ′ = Spec A et Y = Spec C sont affines ;
alors, d’après le théorème 2.6, X s’écrit X = Spec (C/I) pour un certain idéal
I de C, d’où X ×Y Y ′ = Spec (A/IA) et f ′ est bien une immersion fermée.

Corollaire 2.28 Soient X et Y deux schémas de type fini sur un schéma S.


Alors X ×S Y est de type fini sur S.

En effet le a) de la proposition précédente dit que X ×S Y est de type


fini sur Y , et la composée de deux morphismes de type fini est de type fini
d’après la proposition 2.18

Corollaire 2.29 Soit f : X → Y un morphisme de type fini. Alors pour


tout y de Y , la fibre Xy est de type fini sur le corps k(y).

37
Attention, même si X et Y sont des k-variétés affines ou projectives, k(y)
n’est en général pas une k-algèbre de type fini 17 donc Xy n’est pas forcément
de type fini sur k.

3. Quelques propriétés générales des schémas


3.1. Espaces topologiques noethériens
Définition 3.1 On dit qu’un espace topologique X est noethérien si toute
suite décroissante de fermés est stationnaire (ou encore toute suite croissante
d’ouverts est stationnaire). C’est équivalent à dire que toute famille non vide
de fermés (resp. d’ouverts) de X a un élément minimal (resp. maximal)
Le lien avec les anneaux nothériens est le suivant :
Proposition 3.2 Soit X = Spec A avec A noethérien. Alors X est un espace
topologique noethérien.
Attention, la réciproque est fausse. Il existe des anneaux intègres qui n’ont
qu’un seul idéal premier non nul et qui ne sont pas noethériens (”anneaux de
valuation de hauteur > 1”), par exemple l’anneau des entiers d’une clôture
algébrique de Qp .

Démonstration : Une suite décroissante de fermés de X est de la forme


V (I1 ) ⊃ V (I2 ) ⊃ ... ⊃ V (In ) ⊃ ...

Quitte à remplacer chaque In par son radical, on peut supposer que In = In
pour tout n. Alors la suite d’idéaux (In ) est croissante, et comme A est
noethérien elle est stationnaire, d’où le résultat.

Proposition 3.3 a) Un ouvert (resp. un fermé) d’un espace topologique


noethérien X est lui-même noethérien.
b) Un espace topologique X est noethérien si et seulement si tout ouvert
de X est quasi-compact.
On observera qu’un espace topologique quasi-compact n’est pas forcément
noethérien : prendre X = Spec (k[Ti ]i∈N ) et la suite de fermés (V (In )), où In
est l’idéal engendré par T1 , ..., Tn . Ici l’ouvert U = X − {x}, où x est le point
correspondant à l’idéal premier engendré par les Ti , n’est pas quasi-compact.
En particulier l’immersion ouverte U → X n’est pas de type fini.
17
Attention à ne pas confondre avec la notion de corps de type fini : par exemple k(T )
est un corps de type fini sur k, mais pas une k-algèbre de type fini.

38
Démonstration : a) Soit U un ouvert ; il s’agit de montrer que toute suite
croissante d’ouverts de U est stationnaire. Or les ouverts de U sont les ouverts
de X inclus dans U ; on conclut avec l’hypothèse que X est noethérien. Le
même argument vaut pour un fermé F en considérant des suites décroissantes
de fermés de F (qui sont aussi des fermés de X).
b) Supposons XSnoethérien. Soit (Vj )j∈J un recouvrement ouvert de X.
Alors la famille des j∈F Vj pour F sous-ensemble fini de J admet un élément
maximal, qui fournit un recouvrement ouvert fini de X. Ainsi X est quasi-
compact et d’après a), il en va de même de tout ouvert de X. En sens inverse,
supposons que tout ouvert de X soit quasi-compact. Si (Ui ) est alors une suite
croissante d’ouverts de X, la réunion U des Ui est un ouvert de U, donc est
quasi-compacte, donc U peut être recouvert par un nombre fini de Ui , ce qui
signifie bien que la suite (Ui ) est stationnaire.

Définition 3.4 On dit qu’un espace topologique non vide X est irréductible
si pour toute décomposition X = X1 ∪ X2 avec X1 et X2 fermés, on a
X1 = X ou X2 = X. C’est équivalent à dire que deux ouverts non vides ont
une intersection non vide.

On voit immédiatement par récurrence sur r que si X est irréductible et


s’écrit comme réunion de fermés X1 , ..., Xr , alors l’un des Xi est égal à X.
On verra un peu plus loin la condition pour que Spec A soit irréductible (cela
marche notamment si A est intègre).

Proposition 3.5 Un ouvert non vide d’un espace topologique irréductible


est encore irréductible. Si X est un espace topologique dont un ouvert dense
est irréductible, alors X est irréductible.

Démonstration : Si U est un ouvert non vide de X, alors deux ouverts


non vides U1 , U2 de U sont aussi des ouverts de X, donc leur intersection est
non vide si X est irréductible. En sens inverse si U est supposé irréductible
et dense et V1 , V2 sont des ouverts non vides de X, alors les ouverts U1 ∩ U
et U2 ∩ U sont non vides (par densité de U) dans U, donc leur intersection
est non vide (par irréductibilité de U).

La propriété ”irréductible” est nettement plus forte que connexe, et n’a


aucun intérêt si X est un espace séparé (=de Hausdorff) au sens usuel (seuls
les singletons sont irréductibles et de Hausdorff). Elle est par contre essen-
tielle quand on travaille avec des schémas. On a notamment l’énoncé suivant :

39
Theorème 3.6 Soit X un espace topologique noethérien.
S Alors tout fermé
Y de X s’écrit comme une réunion finie Y = ri=1 Yi , où chaque Yi est un
fermé irréductible de X et Yi 6⊃ Yj si i 6= j. La décomposition est unique à
permutation près.

On dit que les Yi sont les composantes irréductibles de Y .

Démonstration : a) Existence : s’il existait un fermé de X ne s’écrivant


pas comme réunion finie de fermés irréductibles, on pourrait en choisir un
(disons Y ) minimal. Mais alors Y n’est pas irréductible et s’écrit Y = Y1 ∪Y2 ,
où Y1 et Y2 sont des fermés stricts de Y . Par minimalité de Y , Y1 et Y2
ont chacun une décomposition comme réunion d’un nombre fini de fermés
irréductibles, d’où une contradiction vu qu’alors Y est réunion de tous les
fermés intervenant dans l’une de ces deux décompositions.
Quant à la condition Yi 6⊃ Yj si i 6= j, elle s’obtient en enlevant certains
des Yi si nécessaire.
S S
b) Unicité : si Y = ri=1 Yi = si=1 Yi′ sont deux telles décompositions, on
a s
[
Y1 = (Yi′ ∩ Y1 )
i=1

Comme Y1 est irréductible, cela signifie en particulier que Y1 est l’un des
(Yi′ ∩ Y1 ), par exemple pour i = 1, ce qui signifie Y1 ⊂ Y1′ . Par symétrie Y1′
est un sous-ensemble de l’un des Yj , donc forcément j = 1 vu la condition
imposée et Y1 = Y1′ . On a donc montré que pour tout indice i, il existe un
unique indice j tel que Yi′ = Yj , et vice-versa par symétrie, d’où l’unicité
voulue.

Remarque : Sans l’hypothèse que X est noethérien, on peut encore (via


le lemme de Zorn) écrire X comme union de ses sous-espaces irréductibles
maximaux, qui sont fermés car l’adhérence d’un sous-espace irréductible reste
irréductible. Ces sous-espaces irréductibles maximaux sont appelés les com-
posantes irréductibles de X, mais on n’a pas leur finitude en général.

3.2. Schémas noethériens


Définition 3.7 Un schéma X est localement noethérien s’il peut s’écrire
comme réunion d’ouverts affines Spec Ai , où chaque anneau Ai est noethérien.
On dit que X est noethérien s’il est localement noethérien et quasi-compact.

40
Si un schéma X est noethérien, alors il est réunion d’un nombre fini de
Spec Ai (avec Ai noethérien), qui sont des espaces topologiques noethériens
via la proposition 3.2. On en déduit immédiatement que l’espace topologique
sous-jacent à X est noethérien mais la réciproque est fausse ; en effet on a vu
que Spec A pouvait être un espace topologique noethérien sans que l’anneau
A soit noethérien, ce qui fournit un contre-exemple via le théorème 3.11 plus
bas.

Proposition 3.8 Soit U un ouvert d’un schéma noethérien X. Alors U est


un schéma noethérien.

Démonstration : Le localisé d’un anneau noethérien est noethérien ; on


voit alors (en recouvrant X par des ouverts affines) que tout point de U a
un voisinage ouvert du type Spec A avec A noethérien, donc U est locale-
ment noethérien. Il est quasi-compact comme ouvert de l’espace topologique
noethérien X (proposition 3.3).

Proposition 3.9 Soit X un schéma noethérien. Alors une immersion ou-


verte de but X est de type fini.

En effet on a déjà vu qu’une immersion ouverte était localement de type


fini. Comme tout ouvert de X est quasi-compact, 18 une immersion ouverte
de but X est un morphisme quasi-compact.

Proposition 3.10 Soient S un schéma et X, Y des S-sché[Link] suppose


que X est noethérien et de type fini sur S. Alors tout S-morphisme f : X →
Y est de type fini.

Démonstration : D’après la proposition 2.18 b), il suffit d’avoir f quasi-


compact. Or, c’est automatique quand X est noethérien puisque tout ouvert
de X est alors quasi-compact.

Toute variété affine ou projective sur un corps k (ou plus généralement


tout schéma de type fini sur un anneau noethérien) est un schéma noethérien
via le théorème de transfert de Hilbert. Ainsi la plupart des schémas que
nous rencontrerons seront noethériens. Le corollaire 3.10 implique : tout k-
morphisme entre variétés affines ou projectives sur un corps k est de type
fini.
18
Il suffirait ici que l’espace topologique X soit noethérien.

41
Theorème 3.11 Le schéma X = Spec A est noethérien si et seulement si
l’anneau A est noethérien.
En particulier si un schéma X est localement noethérien, alors tout ouvert
affine Spec A de X vérifie : A est noethérien.

Démonstration : Il s’agit de montrer que si X = Spec A est recouvert par


des ouverts affines Spec Ai avec chaque Ai noethérien, alors A est noethérien.
Quitte à raffiner le recouvrement, on peut supposer que chaque Ai est de
la forme Afi avec fi ∈ A et Afi noethérien (car le localisé d’un anneau
noethérien est noethérien, et un ouvert de Spec Ai de la forme D(g) avec g ∈
A est également principal dans Spec Ai ). Comme Spec A est quasi-compact,
on peut aussi supposer qu’il n’y a qu’un nombre fini d’indices i.
Soit ϕi : A → Afi l’homomorphisme de localisation. Pour tout idéal I de
A, on a
\r
I= ϕ−1
i (ϕi (I)Afi ) (2)
i=1
En effet l’inclusion ⊂ est claire. Réciproquement si b est un élément de l’in-
tersection, on a un entier n > 0 tel que l’image de b dans Afi soit de la forme
ai /fin avec ai ∈ I pour tout i. Alors, il existe un entier m > 0 tel que
fim (fin b − ai ) = 0
pour tout i, ce qui signifie que fim+n b ∈ I. On obtient alors b ∈ I vu que
l’idéal engendré par les fim+n est A tout entier (en effet Spec A est la réunion
des D(fi ), qui sont aussi les D(fim+n )), ce qui permet d’écrire 1 comme
combinaison linéaire à coefficients dans A des fim+n .
Soit maintenant (Ij ) une suite croissante d’idéaux de A. Pour tout i,
la suite (ϕi (Ij )Afi ) d’idéaux de Afi est stationnaire car Afi est noethérien.
Comme il n’y a qu’un nombre fini d’indices i, la formule (2) nous dit que (Ij )
est stationnaire.

3.3. Schémas réduits, intègres


La propriété suivante est purement locale.
Définition 3.12 Soit X un schéma. On dit que X est réduit si tous les
anneaux locaux OX,x pour x ∈ X sont réduits (i.e. n’ont pas d’élément
nilpotent non nul).
Proposition 3.13 Un schéma X est réduit si et seulement si pour tout ou-
vert U de X, l’anneau OX (U) est réduit.

42
Démonstration : Supposons tous les OX (U) réduits. Alors tout point
x de X est inclus dans un ouvert affine Spec A avec A anneau réduit. Si ℘
est l’idéal premier de A correspondant à x, il s’agit de voir que OX,x = A℘
est réduit. Or, si f /g ∈ A℘ est nilpotent, il existe h 6∈ ℘ et m ≥ 1 tels que
hf m = 0, d’où (hf )m = 0 et hf = 0 vu que A est réduit. Ainsi f /g est nul.
En sens inverse, si X est réduit, alors un élément nilpotent f ∈ OX (U)
possède une restriction fx à OX,x nulle pour tout x de U. Comme OX est un
faisceau, f est nul.

Exemples : a) Le schéma Spec (k[t]/t2 ) n’est pas réduit. D’après la


proposition précédente, le schéma Spec A est réduit ssi A est un anneau
réduit.
b) Si A est un anneau, on dispose du quotient Ared de A par son nilradi-
cal, qui est réduit ; on a une surjection canonique A → Ared qui donne une
immersion fermée Spec (Ared ) → Spec A. Les schémas Spec (Ared ) et Spec A
ont même espace topologique sous-jacent. Cette construction se généralise :
pour tout schéma X, on a un schéma Xred , équipé d’une immersion fermée
Xred → X, qui possède le même espace topologique sous-jacent que X
(prendre pour OXred le quotient du faisceau OX par le faisceau N défini par :
N (U) est l’ensemble des sections s ∈ OX (U) dont la restriction sx ∈ OX,x
est nilpotente pour tout x de U).
c) Si I est un idéal d’un anneau A, l’unique structure de sous-schéma

fermé réduite sur le fermé V (I) de Spec A correspond à Spec (A/ I). Cette
unicité permet par recollement de généraliser ceci à tout fermé F d’un schéma
X : il existe toujours une et une seule structure réduite de sous-schéma fermé
sur F .
Définition 3.14 Un schéma X est dit intègre s’il est à la fois irréductible
et réduit.
Il s’agit d’une propriété globale ; il ne suffit pas que les anneaux locaux de
X soient intègres pour avoir X intègre19 (prendre la réunion de deux droites
parallèles dans le plan affine, soit Spec (k[x, y]/x(x − 1))).
Exemples : a) Si A est un anneau intègre, le schéma Spec A est intègre
(voir proposition 3.15 ci-dessous). Ainsi si R est un anneau intègre, alors
l’espace affine (sur R) AnR = Spec (R[x1 , ..., xn ]) est intègre.
b) Les schémas Spec (k[x, y]/x3 ) et Spec (k[x, y]/xy) ne sont pas intègres
(le premier n’est pas réduit, le second n’est pas irréductible).
19
Ce problème n’arrive pas si l’espace topologique X est connexe et noethérien car
l’anneau local en un point d’intersection de deux composantes irréductibles ne peut pas
être intègre.

43
c) Soit k un corps (ou plus généralement un anneau intègre). L’espace
projectif Pnk = Proj (k[x0 , ..., xn ]) est intègre : il possède en effet un ouvert
irréductible et dense (l’ouvert D+ (x0 ) par exemple), qui est isomorphe à
l’espace affine Ank , donc il est irréductible. D’autre part il est réduit car il est
recouvert par les ouverts affines réduits D+ (xi ), i = 0, 1, ..., n.
La proposition suivante permet de savoir quand un schéma affine est
irréductible ou intègre :

Proposition 3.15 Soit X = Spec A.


a) Un fermé Y = V (I) de X est irréductible ssi le radical de I est pre-
mier. En particulier X est irréductible ssi A possède un unique idéal premier
minimal (qui est alors le nilradical de A).
b) X est intègre ssi A est intègre.
c) Si A est noethérien20, les composantes irréductibles de X sont les V (℘i )
avec ℘i idéal premier minimal de A.

Démonstration : a) Supposons I premier. √ Alors une décomposition

V (I) = V (J1 ) ∪ V (J2 ) (= √V (J1 J2 )) implique I ⊃ J1 J2 ; comme I est
premier, ceci implique que I contienne J1 ou J2 , donc V (I) = V (J1 ) ou
V (I) = V (J2 ). Ainsi V√(I) (qui est non vide) est irréductible.
En sens inverse, si I (qu’on peut supposer différent de√A, sinon V (I)
√=
∅) n’est pas premier, alors on peut trouver a, b non dans I avec ab ∈ I.
Alors V (I) est réunion des deux fermés stricts V (aA)∩V (I) et V (bA)∩V (I).
b) résulte immédiatement de a) et de la proposition 3.13. c) vient de
a) et de ce que les composantes irréductibles d’un schéma sont ses fermés
irréductibles maximaux.

Remarque : Soient X un schéma noethérien et Y un sous-schéma fermé


de X. On peut décomposer Y sous forme de la réunion de ses composantes
irréductibles Yi ; mais en général il n’y a pas de structure canonique de sous-
schéma fermé sur chaque Yi . Ceci correspond au fait algébrique suivant : dans
un anneau noethérien A, tout idéal I s’écrit comme intersection d’un nombre
fini d’idéaux primaires21 Qi ; les Qi dont le radical ℘i est un idéal premier
minimal (dans l’ensemble A = {℘1 , ..., ℘n }) sont bien déterminés, mais pas
forcément les autres (voir [Mat], chapitre 3).
20
Cette hypothèse est inutile si on a défini les compsantes irréductibles en toute
généralité.
21
Un idéal Q d’un anneau A est primaire√ si tous les diviseurs de zéros de A/Q sont
nilpotents ; cela implique en particulier que Q est premier.

44
On peut quand même parler de la multiplicité d’une composante irréductible :
une telle composante est de la forme V (Qi ) = V (℘i ) avec ℘i minimal dans
A, et on prend alors la longueur de l’anneau artinien22 localisé de A/Qi en
l’idéal premier ℘i /Qi ; la multiplicité est 1 ssi ce localisé est un corps, i.e. ssi
Qi = ℘i . On peut dire dans ce cas que la composante irréductible contient un
ouvert non vide qui est intègre, malgré l’absence de structure de sous-schéma
fermé canonique sur cette composante.

Proposition 3.16 Soit X un schéma. Alors X est intègre ssi OX (U) est
intègre pour tout ouvert non vide U de X.

Démonstration : Si OX (U) est intègre pour tout ouvert non vide U de


X, on a déjà vu que X était réduit. D’autre part, si U1 et U2 sont deux
ouverts disjoints, alors OX (U1 ∪ U2 ) = OX (U1 ) × OX (U2 ) par définition d’un
faisceau ; cet anneau ne peut être intègre que si OX (U1 ) ou OX (U2 ) est nul,
i.e. si U1 ou U2 est vide23 .
En sens inverse, supposons X intègre. Soit U un ouvert non vide de X.
Supposons qu’il existe f, g dans OX (U) avec f g = 0. Alors le sous-ensemble
Y de U constitué des x tels que l’évaluation f (x) ∈ k(x) de f en x soit nulle
est un fermé de U d’après le lemme 2.7, a). La même chose vaut pour le sous-
ensemble Z de U constitué des x tels que l’évaluation g(x) ∈ k(x) soit nulle.
Comme le corps résiduel k(x) est intègre, le fait que f g = 0 implique que
U = Y ∪ Z. Or U est irréductible, donc par exemple U = Y . Cela signifie que
pour tout ouvert affine V = Spec A de U, la restriction de f à OX (V ) = A
est nilpotente (car elle est dans tous les idéaux premiers de A). Comme X
est réduit, ceci montre que f = 0 car la restriction de f à tous les ouverts
affines de U est nulle, et OX est un faisceau.

Proposition 3.17 Soit X un schéma irréductible. Alors l’espace topologique


X contient un unique point η dont l’adhérence est X. On l’appelle le point
générique de X. Si de plus X est intègre, l’anneau OX,η est un corps, appelé
corps des fonctions de X, qui est le corps des fractions de OX (U) pour tout
ouvert affine non vide U de X.
22
Un anneau commutatif A est artinien si toute suite décroissante d’idéaux de A est
stationnaire. C’est équivalent à A noethérien et de dimension de Krull zéro.
23
Si X est un schéma, on a OX (U ) 6= 0 pour tout ouvert non vide U : en effet U contient
un ouvert affine non vide V = Spec A, avec A 6= 0 ; alors la restriction OX (U ) → OX (V )
envoie l’unité 1U de OX (U ) sur celle de A, qui est non nulle ; ainsi 1U n’est pas nul.

45
Démonstration : Si X = Spec A est affine, la proposition 3.15 montre
que X possède un unique point η dont l’adhérence est X (correspondant à
l’unique idéal premier minimal de A qui est le nilradical de A). Si maintenant
X est un schéma irréductible quelconque, un point générique doit en parti-
culier être dans tout ouvert affine non vide U de X, donc doit être le point
générique de U ce qui montre déjà l’unicité. Réciproquement, si U = Spec A
est un ouvert affine non vide (donc irréductible) de X dont on note η le point
générique, alors tout ouvert non vide V de X vérifie U ∩ V 6= ∅ (parce que
X est irréductible) donc U ∩ V contient η vu que c’est un ouvert non vide
de U.
Si maintenant X est intègre, on vient de voir que η est le point générique
de U = Spec A, donc il correspond à l’idéal nul de A et OX,η = OU,η = Frac A.

Soit X un schéma sur un corps k (dont on note k̄ une clôture algébrique


fixée). Quand X est intègre (resp. réduit), il est intéressant de s’intéresser à
la propriété correspondante pour Xk̄ := X ×k k̄. 24

Définition 3.18 Soit k un corps. Soit X un schéma sur k (=un Spec k-


schéma). On dit que X est géométriquement intègre25 (resp. géométriquement
irréductible, géométriquement réduit) si X ×k k̄ est intègre (resp. irréductible,
réduit).

Pour toute k-algèbre A, l’application canonique A → A ⊗k k̄ est injective


(prendre une base du k-espace vectoriel A). De ce fait, si U et V sont deux
ouverts non vides de X, leurs images réciproques par la projection Xk̄ → X
sont non vides. Ceci implique que si X est géométriquement irréductible, il
est en particulier irréductible, et de même pour réduit ou intègre.

Remarque : Soit L/k une extension de corps et X un L-schéma. On


peut aussi considérer X comme un k-schéma en composant le morphisme
structural X → Spec L avec Spec L → Spec k. Il faut faire attention que
la propriété ”intègre” ne dépend que du schéma X, mais ”géom. intègre”
dépend du corps de base. Par exemple soit k = R et L = C. Alors le schéma
Spec C est géométriquement irréductible sur C mais pas sur R.
24
Par exemple si k = Q et Xk̄ est intègre, le théorème de Lang-Weil dit que pour presque
tout nombre premier p, X(Qp ) est non vide. Ceci est faux si on suppose juste X intègre,
ex. X = Y − {(0, 0)} avec Y = Spec (k[x, y]/x2 + y 2 ).
25
On dit parfois absolument intègre

46
Proposition 3.19 Soit X un k-schéma intègre de corps des fonctions K avec k
parfait.26 Les propriétés suivantes sont équivalentes :
i) X est géométriquement intègre.
ii) L’anneau K ⊗k k̄ est intègre (i.e. reste un corps).
iii) Le corps k est algébriquement fermé dans K.
iv) Pour toute extension finie L de k, X ×k L est intègre.

Démonstration : L’équivalence de ii) et iii) est un fait algébrique bien connu,


et ces propriétés sont équivalentes au fait que pour toute extension finie L de k,
l’anneau K ⊗k L reste un corps. Il nous suffit donc de démontrer le

Lemme 3.20 Soit L/k une extension algébrique de corps. Alors X ×k L est intègre
si et seulement si K ⊗k L est un corps.

Posons XL = X ×k L. Soit U = Spec A un ouvert affine de X et UL := U ×k L.


Alors OXL (UL ) = A ⊗k L s’injecte dans K ⊗k L. Ainsi, si K ⊗k L est intègre, alors
OXL (UL ) est intègre et UL est donc intègre. Comme les ouverts affines de XL du
type UL recouvrent XL , on obtient déjà que XL est réduit. D’autre part, si Ω est
un ouvert non vide de XL , sa projection π(Ω) sur X contient un ouvert non vide
de X (il suffit de le vérifier quand X est affine) ; on en déduit que si U est un
ouvert affine non vide (donc dense) de X, alors π −1 (U ) = UL est un ouvert dense
de XL . Ainsi XL possède un ouvert dense et irréductible, il est donc irréductible.
En sens inverse, si XL est intègre, alors si U = Spec A est un ouvert affine de X,
on a K ⊗k L = Frac A ⊗k L, qui est intègre comme localisé de A ⊗k L = OXL (UL ).

Remarques : a) Si X ×k L est intègre, son corps des fonctions est K ⊗k L vu


que A ⊗k L s’injecte dans Frac A ⊗k L.
b) On peut montrer que si X est un k-schéma réduit, alors X ×k L reste réduit
pour toute extension algébrique séparable L de k. Cela résulte de ce que si F est
une extension de corps de k, alors F ⊗k L reste un anneau réduit (il suffit de le
vérifier pour L/k finie, auquel cas L = k[T ]/P avec P polynôme séparable ; alors
F ⊗k L = F [T ]/P est encore réduit). Par contre si on prend k = Z/pZ(T ), L =
Z/pZ(T 1/p ), le schéma Spec (k[X]/X p − T ) est réduit mais non géométriquement
réduit.

4. Dimension
4.1. Dimension d’un anneau
Rappelons d’abord quelques définitions classiques :
26
Si k n’est pas parfait, il peut arriver que iii) n’implique pas ii).

47
Définition 4.1 Soit A un anneau. Soit ℘ un idéal premier de A. La hauteur
ht ℘ de ℘ est le plus grand entier n (dans N ∪ {+∞}) tel qu’il existe une
suite strictement croissante d’idéaux premiers de A :

℘0 ⊂ ... ⊂ ℘n = ℘

Définition 4.2 Soit A un anneau non nul. La dimension de Krull (ou di-
mension) dim A de A est le sup (dans N ∪ {+∞}) des ht ℘ pour ℘ idéal
premier de A.

En particulier si ℘ est un idéal premier, alors ht ℘ est la dimension dim A℘


du localisé de A en ℘ car les idéaux premiers de A inclus dans ℘ sont en
bijection avec les idéaux premiers de A℘ via l’application I 7→ IA℘ .
Exemples : a) La dimension d’un corps k, de l’anneau k[t]/t2 , d’un
produit fini de corps (ou plus généralement d’un anneau artinien) est zéro.
b) La dimension de Z (plus généralement d’un anneau principal, ou d’un
anneau de Dedekind) est 1.
c) Si A est un anneau noethérien, alors la dimension de A[X1 , ..., Xn ] est
dim A + n ([Mat], th. 22 p. 83).
d) Il y a des anneaux de dimension 1 non noethériens (par exemple l’an-
neau des entiers de Qp ), et aussi des anneaux noethériens qui ne sont pas de
dimension finie ([Nag]).
e) Soit R un anneau de valuation discrète (i.e. un anneau principal qui
n’admet qu’un idéal premier ; en particulier c’est un anneau local) ; par
exemple on peut prendre R = k[[t]] où k est un corps (on peut fabriquer
des exemples similaires avec R = Zp ). Soit A = R[X]. Alors dim R = 1
et dim A = 2. Soit ℘ l’idéal premier (tX − 1) de A. Alors ht ℘ = 1 mais
A/℘ ≃ R[1/t] est un corps, donc est de dimension nulle. Ainsi on n’a pas
dim(A/℘) + ht ℘ = dim A en général. On va voir (th. 4.4) que la situation
est meilleure pour les algèbres de type fini sur un corps.
On va maintenant rappeler sans démonstration quelques résultats fonda-
mentaux d’algèbre commutative liés à la dimension. Le premier (malgré son
nom usuel) est dû à Krull.

Theorème 4.3 (Cohen/Seidenberg) Soit A → B un morphisme injectif


d’anneaux. On suppose que B est entier sur A (par exemple B est un A-
module de type fini). Alors
a) Le morphisme associé Spec B → Spec A est surjectif.
b) On a dim A = dim B.

48
Voir [Mat], théorème 5 p. 33. Le b) est une conséquence du ”going-up” :
dans cette situation, si ℘1 , ℘2 sont deux idéaux de A avec ℘1 ⊂ ℘2 , et ℘′1 est
un idéal de B au-dessus de ℘1 , alors il existe un idéal ℘′2 de B au-dessus de
℘2 avec ℘′1 ⊂ ℘′2 (il faut aussi montrer que si une inclusion entre idéaux de
B est stricte, l’inclusion entre leurs intersections avec A l’est également).
Le résultat suivant est le lemme de normalisation d’E. Noether pour sa
première partie ; la deuxième est une conséquence d’un raffinement de ce
lemme ([Mat], cor 1. p. 91 et cor 3. p. 92) :

Theorème 4.4 Soit A une algèbre de type fini sur un corps k. Alors :
a) Il existe des éléments y1 , ..., yr de A, algébriquement indépendants sur
k, tels que A soit entier sur k[y1 , ..., yr ]. En particulier dim A = r.
b) Supposons en outre A intègre. Alors dim A est le degré de transcen-
dance degtr (K/k) du corps des fractions K de A sur k. De plus pour tout
idéal premier ℘ de A, on a

dim A = ht ℘ + dim(A/℘)

4.2. Dimension d’un schéma


La dimension d’un schéma non vide27 X est un invariant grossier, mais
très important. Il n’est lié qu’à la structure topologique de X.

Définition 4.5 Soit X un espace topologique non vide. La dimension dim X


de X est le sup (dans N ∪ {+∞}) des entiers n tels qu’il existe une suite
strictement croissante de fermés irréductibles de X :

Y0 ⊂ Y1 ⊂ ... ⊂ Yn

Proposition 4.6 Soient A un anneau et X = Spec A. Alors dim X =


dim A.

Démonstration : D’après la proposition 3.15, un fermé irréductible de


Spec A est de la forme V (℘) avec ℘ premier. Or pour des idéaux premiers
℘, ℘′ de A, l’inclusion V (℘) ⊂ V (℘′ ) est équivalente à ℘′ ⊂ ℘, d’où le résultat.

Proposition 4.7 Soit X un espace topologique. Alors :


a) Pour tout sous-ensemble Y de X (équipé de la topologie induite), on
a dim Y ≤ dim X.
27
Par convention, la dimension du vide est −∞, comme celle de l’anneau nul.

49
b) Supposons X irréductible et de dimension finie. Soit Y un fermé de
X. Si dim X = dim Y , alors X = Y .
c) Si X est noethérien, la dimension de X est le maximum des dimensions
de ses composantes irréductibles.
d) Si (Ui ) est un recouvrement ouvert de X, alors dim X est le sup des
dim Ui .

Démonstration : a) Soient Y1 et Y2 deux fermés irréductibles de Y et


soient X1 , X2 leurs adhérences respectives dans X (en particulier Xi ∩ Y =
Yi ). Alors X1 et X2 sont des fermés irréductibles de X. Si Y1 est strictement
inclus dans Y2 , alors X1 est strictement inclus dans X2 d’où le résultat.
b) Soit
Y0 ⊂ ... ⊂ Yr
une suite strictement croissante de fermés irréductibles de Y avec r = dim X.
Comme X est lui-même irréductible et contient Y (donc Yr ), on a X = Yr
d’où X = Y .
c) Soient Y1 , ..., Yr les composantes irréductibles de X. Soit Y un fermé
irréductible de X. Alors r
[
Y = (Y ∩ Yi )
i=1

ce qui implique qu’il existe i tel que Y = Y ∩ Yi , i.e. Y ⊂ Yi . De ce fait toute


suite décroissante de fermés irréductibles de X est contenue dans l’un des Yi ,
ce qui donne immédiatement le résultat.
d) D’après a), la dimension de chaque Ui est au plus celle de X. Si main-
tenant
Y0 ⊂ ... ⊂ Yr
est une suite strictement croissante de fermés irréductibles de X, alors on
choisit x ∈ Y0 ; l’un des ouverts Ui (noté U) contient x, et

Y0 ∩ U ⊂ ... ⊂ Yr ∩ U

est une suite strictement croissante (en effet Yi − Yi−1 est, pour tout i, un
ouvert non vide du fermé irréductible Yi, donc il rencontre l’ouvert non vide
Yi ∩ U de Yi ) de fermés irréductibles de U. Ainsi dim Ui ≥ r d’où le résultat.

Exemples : a) Si X est un schéma irréductible de dimension zéro, alors


il est réduit à un point : en effet si x ∈ X, l’adhérence de x dans X est
un fermé irréductible (comme adhérence d’un sous-espace irréductible), donc

50
cette adhérence est X ; or on a déjà vu qu’un schéma irréductible ne possédait
qu’un point générique.
b) Soit X un schéma noethérien de dimension zéro. Alors X est réunion
finie de ses composantes irréductibles, qui sont chacune de dimension zéro
donc réduites à un point. Ainsi l’ensemble sous-jacent à X est fini, et comme
chaqueQpoint de X est ouvert et fermé, on voit que X est isomorphe à
Spec ( x∈X OX,x ). Ainsi X est union disjointe d’un nombre fini de spectres
d’anneaux locaux artiniens. Si X est seulement supposé de dimension zéro,
il n’est plus forcément vrai que l’ensemble sous-jacent à X est fini (prendre
une union disjointe infinie de Spec k). D’autre part X peut être un ensemble
fini sans être de dimension zéro (prendre le spectre d’un anneau de valuation
discrète).
c) La dimension de Ank est n, de même que celle de Pnk (qui est recouvert
par des ouverts affines isomorphes à Ank ). Si R est un anneau noethérien,
alors la dimension de AnR et de PnR est dim R + n.
d) La dimension d’un schéma X est la même que celle du schéma réduit
associé Xred .
e) Si Y = V (℘) est un fermé irréductible de X = Spec A (avec ℘ premier),
alors dim Y = dim(A/℘) car les idéaux premiers de A/℘ sont les idéaux
premiers de A qui contiennent ℘, et un fermé irréductible V (℘′ ) de X (avec
℘′ premier) est inclus dans V (℘) si et seulement si ℘′ ⊃ ℘.
f) La dimension d’un ouvert dense de X peut être strictement plus petite
que celle de X, même si X est un schéma affine intègre. Par exemple si
X = Spec A avec A anneau de valuation discrète (prendre A = k[[t]] ou
A = Zp ), on obtient un ouvert dense U de X en enlevant le point fermé ℘ de
X. Alors U est isomorphe au spectre du corps des fractions de A, donc est
de dimension zéro, tandis que X est de dimension 1. Là encore, on verra au
paragraphe suivant que la situation est meilleure pour les schémas de type
fini sur un corps.

Définition 4.8 Soient X un espace topologique et Y un fermé irréductible


de X. La codimension codim (Y, X) de Y dans X est le sup des entiers n tels
qu’il existe une suite strictement croissante de fermés irréductibles :

Y0 = Y ⊂ Y1 ⊂ ... ⊂ Yn

Par exemple la codimension de V (℘) dans Spec A est la hauteur ht ℘


pour tout idéal premier ℘ de A. Comme on l’a vu, on n’a alors pas forcément
dim X = dim Y + codim (Y, X), même si A est intègre. Par contre il résulte
immédiatement de la définition que dim X ≥ dim Y + codim (Y, X).

51
4.3. Dimension et schémas de type fini sur un corps
Dans tout ce paragraphe, k désigne un corps. Le théorème suivant est le
résultat principal de cette section. Il relie la dimension d’un schéma intègre
X de type fini sur k au corps des fonctions de X.

Theorème 4.9 Soit X un schéma intègre de type fini sur k dont on note K
le corps des fonctions. Alors :
a) X est de dimension finie, égale au degré de transcendance degtr(K/k)
de K sur k.
b) Pour tout ouvert non vide U de X, on a dim X = dim U.
c) Pour tout point fermé P de X, on a dim X = dim OX,P .

Démonstration : b) résulte de a) vu que U et X ont le même corps des


fonctions. Pour démontrer c), on peut supposer X affine grâce à b). Dans ce
cas, il suffit d’appliquer le théorème 4.4, b).
Il reste à montrer a). Pour cela on se ramène à X = Spec B affine via la
proposition 4.7, d). On obtient alors le résultat via le théorème 4.4, b).

Notons que si X est un schéma irréductible (mais pas forcément réduit)


de type fini sur k, on peut calculer sa dimension en appliquant le théorème
précédent à Xred puisque la dimension d’un schéma ne dépend que de son
espace topologique sous-jacent. En particulier, le b) reste valable tel quel.
Pour s’affranchir de l’hypothèse que X est irréductible, on dispose de la
proposition 4.7, c). On obtient notamment que tout schéma de type fini sur
k est de dimension finie.
On dit qu’un schéma noethérien X est pur (ou équidimensionnel) si toutes
les composantes irréductibles de X ont la même dimension (finie). Voici une
conséquence du théorème 4.9 qui ne suppose pas X intègre.

Proposition 4.10 Soit X un schéma de type fini sur k. Alors :


a) Pour tout ouvert non vide U de X, on a dim U = dim X si U est
dense, ou encore si X est pur.
b) Si X est pur, tout fermé irréductible Y de X vérifie

dim Y + codim (Y, X) = dim X


S
Démonstration : a) On écrit la décomposition X = ri=1 Yi de X comme
réunion de ses composantes irréductibles. Soit U un ouvert non vide de X,

52
alors il rencontre l’un des Yi . Équipons Yi de sa structure réduite de sous-
schéma fermé de X. On a alors dim Yi = dim(U ∩ Yi ) car U ∩ Yi est un
ouvert non vide du schéma intègre (et de type fini sur k) Yi et on applique le
théorème 4.9. Si X est pur, on a dim X = dim Yi donc dim X = dim(U ∩Yi ) ≤
dim U, soit dim X = dim U d’après la proposition 4.7, a).
Supposons maintenant U dense (X n’étant plus forcément pur). Alors U ren-
contre tous les Yi car chaque Yi contient l’ouvert (non vide) complémentaire
de la réunion des autres Yj . Alors dim(U ∩ Yi ) = dim Yi comme on l’a vu plus
haut, et le résultat provient de la proposition 4.7 , c).
b) Comme Y est contenu dans l’une des composantes irréductibles de
X, qui sont par hypothèse toutes de même dimension, on peut supposer X
irréductible. Soit U un ouvert affine de X qui rencontre Y , alors on a vu
que dim X = dim U et dim Y = dim(Y ∩ U). D’autre part codim (Y, X) =
codim (Y ∩ U, X) car u : Z 7→ Z ∩ U est une bijection croissante des fermés
irréductibles de X contenant Y sur les fermés irréductibles de U contenant
Y ∩ U : en effet si Z est un fermé irréductible contenant Y , alors Z est
l’adhérence de Z ∩ U (d’où l’injectivité de u) ; d’autre part si F est un fermé
irréductible de U contenant Y ∩ U, son adhérence Z est un fermé irréductible
de X contenant Y et tel que Z ∩ U = F , d’où la surjectivité de u. On se
ramène ainsi à X = Spec A avec A intègre (quitte à remplacer A par Ared ).
Dans ce cas Y = V (℘) avec ℘ idéal premier de A, et la formule résulte du
théorème 4.4 b), puisque dim Y = dim(A/℘) et codim Y = ht ℘.

Remarque : L’hypothèse X pur est nécessaire pour le b) (prendre la


réunion disjointe d’une droite et d’un point dans le plan affine).
Voici un dernier résultat spécifique aux schémas de type fini sur un corps :

Theorème 4.11 Soit X un schéma de type fini sur k. Soit E l’ensemble des
points fermés de X. Alors E est dense dans X.

Ceci est faux en général (prendre le spectre d’un anneau de valuation


discrète). Noter aussi que l’ensemble des points de corps résiduel k peut être
vide si k n’est pas algébriquement clos (ex. X = Spec (R[x, y]/x2 + y 2 + 1)
sur k = R).

Démonstration : Quitte à décomposer X, on peut supposer qu’il est


irréductible, puis intègre (en le remplaçant par Xred ). Soit U = Spec A un
ouvert affine non vide de X. Alors en choisissant un idéal maximal ℘ de A,
on obtient un point x de X qui est fermé dans U. Mais alors x est fermé dans

53
tout ouvert affine V = Spec B de X contenant x : en effet OV,x = OU,x et le
théorème 4.9 dit que cet anneau est de dimension dim X = dim A = dim B.
De ce fait l’idéal ℘ correspondant à x dans Spec B vérifie dim(B/℘) = 0
d’après le théorème 4.4 b), donc l’anneau intègre B/℘ est un corps et ℘ est
un idéal maximal de B. Comme les ouverts affines recouvrent X, le point x
est bien fermé dans X. 28

4.4. Dimension et morphismes


Ici encore, les résultats ”intuitifs” sont faux si on ne fait aucune hypothèse
sur les schémas considérés. Par exemple on peut avoir un morphisme surjec-
tif de X vers Y avec dim X < dim Y : prendre X = Spec (k((t)) × k) et
Y = Spec (k[[t]]), avec le morphisme g induit par l’homomorphisme k[[t]] →
k((t)) × k, f (t) 7→ (f (t), f (0)). Alors X et Y sont tous deux des ensembles
à deux éléments, et g envoie bijectivement l’ensemble X sur l’ensemble Y ;
pourtant dim X = 0 (X est l’union disjointe de deux points fermés) tandis
que dim Y = 1 (Y est le spectre d’un anneau de valuation discrète).
Un cas très favorable est celui d’un morphisme fini et surjectif :

Theorème 4.12 Soit f : X → Y un morphisme fini et surjectif entre


schémas. Alors dim X = dim Y .

Sans l’hypothèse de surjectivité, le résultat est clairement faux ; il suffit


de prendre pour f une immersion fermée.

Démonstration : Comme un morphisme fini est affine, on se ramène


immédiatement au cas où X = Spec B et Y = Spec A sont affines, en re-
couvrant Y par des ouverts affines et en utilisant la proposition 4.7, d). On
peut alors supposer A et B réduits, quitte à les remplacer respectivement
par Ared et Bred . Pour conclure avec le théorème 4.3, il suffit de montrer
que l’homomorphisme ϕ : A → B associé à f est injectif, ce qui résulte du
lemme 2.9.

On aimerait maintenant relier la dimension des fibres d’un morphismes


f : X → Y aux dimensions de X et Y . Il faut d’abord noter que sans
28
On aurait pu aussi utiliser une forme du théorème des zéros de Hilbert qui dit que x
est fermé dans Spec A si et seulement si le corps résiduel k(x) de x est une extension finie
de k (cf. remarque après la définition 1.24) ; ceci dit ce théorème se déduit du lemme de
normalisation...

54
hypothèse sur les schémas X et Y , on ne peut obtenir qu’un énoncé local.
Le théorème suivant va dans ce sens, mais ne donne qu’une inégalité ; il sera
précisé et (démontré) dans le chapitre sur les morphismes plats (le lecteur
impatient pourra consulter le théorème 19 p. 79 de [Mat]).
Pour tout schéma X et tout point x de X, on note dimx X la dimension
de l’anneau local OX,x .

Theorème 4.13 Soit f : X → Y un morphisme de schémas localement


noethériens. Soient x ∈ X et y := f (x). On note Xy la fibre29 de f en y.
Alors
dimx X ≤ dimy Y + dimx Xy

Grosso modo : ”localement, la dimension de la fibre est au moins la


différence des dimensions de X et de Y ”. On verra qu’il y a égalité quand f
est un morphisme plat. La forme la plus courante d’utilisation du théorème
précédent est l’énoncé suivant (qui sera généralisé au chapitre 6) :

Proposition 4.14 Soit f : X → Y un morphisme de k-schémas intègres


et de type fini sur un corps k. Soit y un point fermé de Y . Alors toute
composante irréductible de la fibre Xy de f en y a au moins pour dimension
dim X − dim Y .

Démonstration : Notons que Xy est un schéma de type fini sur le corps k(y)
(le morphisme f est de type fini par la proposition 2.18, b) et on applique la pro-
position 2.27). Soient F une composante irréductible de Xy et F1 , ..., Fs les autres
composantes irréductibles de Xy . Alors le complémentaire U de la réunion des Fi
dans Xy est un ouvert non vide de Xy ; il contient donc (d’après le théorème 4.11)
un point fermé x de Xy . On a alors dimx Xy = dimx U car U est un ouvert du
schéma Xy avec x ∈ U ; on a aussi dim U = dimx U d’après le théorème 4.9
(appliqué à Ured ) car U est un schéma irréductible de type fini sur k(y). Enfin
dim U = dim F car F (muni de sa structure réduite) est un schéma intègre de type
fini sur k(y), dont U est un ouvert non vide.
D’autre part Xy est un fermé de X (comme image réciproque du fermé {y}
par f ), donc x est également fermé dans X. Le théorème 4.9 donne alors dim X =
dimx X et dimy Y = dim Y . En appliquant le théorème 4.9, on obtient

dim X ≤ dim Y + dim F

29
Rappelons que cette fibre s’identifie comme espace topologique à f −1 (y). Si y est
un point fermé, c’est clair car dans ce cas Xy → X est une immersion fermée par la
proposition 2.27, c).

55
Remarque : Soit f : X → Y un morphisme dominant (i.e. l’image de
f contient le point générique de Y ) entre schémas intègres de type fini sur
un corps k. Soit η le point générique de Y , supposons la fibre générique Xη
intègre. 30 C’est un schéma de type fini sur le corps des fonctions K de Y
(mais pas sur k en général), et son corps des fonctions L est le même que
celui de X. Le théorème 4.9 et la formule

trdeg(L/k) = trdeg(L/K) + trdeg(K/k)

donnent alors dim Xη = dim X − dim Y . Il faut bien noter que bien que X et
Xη aient même corps des fonctions, ils n’ont pas même dimension. Le point
est qu’on peut les écrire comme schémas de type fini sur un corps, mais pas
le même.

Exemple : Si on ne fait pas d’hypothèse supplémentaire, l’inégalité peut


être stricte dans le théorème 4.13 et le corollaire 4.14. Prenons par exemple
pour Y le plan affine A2k et pour X le sous-schéma fermé de A2k ×k P1k =
P1k[x1,x2 ] défini par l’équation

x1 y1 = x2 y0

où x1 , x2 sont les deux coordonnées dans A2k et (y0 : y1 ) les coordonnées
homogènes dans P1k . En d’autres termes, X est le fermé V+ (x1 y1 − x2 y0 ) de
P1k[x1,x2 ] . On dit que X est l’éclaté de A2k en P = (0, 0). Soit f : X → Y le
morphisme obtenu par restriction de la première projection. Alors f induit un
isomorphisme de X −f −1 ({P }) sur Y −{P }, ce qui fait que les deux schémas
intègres X et Y ont pour dimension 2 ; mais f −1 ({P }) est isomorphe à la
droite projective, qui est de dimension 1 et non zéro. Un tel éclatement f est
un exemple typique de morphisme qui n’est pas plat.
Pour finir cette section, donnons une définition importante liée au corps
des fonctions d’un schéma intègre X. Rappelons que ce corps est l’anneau
local de X en son point générique ; c’est aussi le corps des fractions de A
pour tout ouvert affine Spec A de X, ou encore le corps des fractions de tout
anneau local OX,x avec x ∈ X.

Définition 4.15 Soient X et Y deux schémas intègres de type fini sur un


corps k. On dit que X et Y sont k-birationnels si leurs corps des fonctions
sont k-isomorphes.
30
En fait ceci est automatique car un ouvert affine U de Xη s’écrit comme le spectre
d’une limite inductive d’anneaux Ai intègres (vu que X est intègre), donc U reste intègre ;
par contre Xη n’est pas forcément géométriquement intègre sur le corps des fonctions de
Y , ex. X : x2 − ty 2 = 0, que l’on envoie sur la droite affine via la coordonnée t.

56
Par exemple, Ank et Pnk ne sont pas isomorphes (leurs anneaux de sections
globales ne sont pas isomorphes) mais ils sont k-birationnels. Si X et Y
sont k-birationnels, alors dim X = dim Y via le théorème 4.9 a). On a la
caractérisation :

Proposition 4.16 Soient X et Y deux schémas intègres de type fini sur un


corps k. Alors X et Y sont k-birationnels si et seulement s’il existe un ouvert
non vide U de X et un ouvert non vide V de Y tels que U soit k-isomorphe
à V .

Démonstration : Si on peut trouver U et V comme dans l’énoncé, alors


leurs anneaux locaux au point générique sont k-isomorphes, donc X et Y sont
k-birationnels. En sens inverse, supposons que X et Y soient k-birationnels. Pour
trouver U et V satisfaisant les propriétés voulues, on peut supposer que X =
Spec B et Y = Spec A sont affines. On a alors un k-isomorphisme ϕ : K → L, où
K = Frac A et L = Frac B. Comme A est une algèbre de type fini sur k, on peut en
choisir des générateurs a1 , ..., an . Posons bi = ϕ(ai ) ∈ K. On peut alors trouver g
dans B tel que tous les bi soient dans Bg = B[1/g] (en chassant les dénominateurs
des bi ). Quitte à remplacer B par B[1/g] (ce qui revient à remplacer X par un
ouvert non vide de X), on est donc ramené au cas où ϕ(A) ⊂ B. Soient (b1 , ..., bn )
un système de générateurs de la k-algèbre B. Alors, il existe f dans A tel que
ϕ(A[1/f ]) contienne tous les bi (chasser les dénominateurs des antécédents des bi
par ϕ). Alors, en posant h = ϕ(f ), on obtient que ϕ induit un k-isomorphisme de
A[1/f ] sur B[1/h], d’où un k-isomorphisme de l’ouvert non vide D(h) de X sur
l’ouvert non vide D(f ) de Y .

On en déduit par exemple que si X est la conique affine x2 + y 2 + 1 = 0


sur R, alors X n’est pas R-birationnelle à la droite affine A1R (en effet tout
ouvert non vide de A1R possède un R-point, tandis que X n’en a pas) mais
X ×R C devient C-birationnelle à A1C (en effet X ×R C est isomorphe à la
variété affine d’équation uv + 1 = 0, elle même isomorphe à la droite affine
privée d’un point).

Remarque : On dit parfois qu’un k-schéma de type fini est k-rationnel


s’il est k-birationnel à l’espace projectif (ou affine). Le terme de variété ra-
tionnelle désigne en général un k-schéma de type fini X tel que X ×k k̄ soit
birationnel à l’espace projectif. Si X est un k-schéma de type fini de dimen-
sion n, on dit que X est k-unirationnel s’il existe un k-plongement de son
corps des fonctions dans k(T1 , ..., Tn ). Le théorème de Lüroth dit qu’en dimen-
sion 1, k-unirationnel est équivalent à k-rationnel (et celui de Castelnuovo
dit que le même résultat vaut en dimension 2 sur un corps algébriquement

57
clos de caractéristique zéro). Par ailleurs deux courbes non singulières pro-
jectives qui sont k-birationnelles sont k-isomorphes (voir commentaire après
le théorème 6.5).

5. Morphismes séparés, propres, projectifs


Les notions usuelles d’espace topologique séparé (i.e. vérifiant l’axiome
de Hausdorff) et d’espace topologique compact ne sont pas adaptées aux
schémas. En effet, le spectre d’un anneau est toujours quasi-compact, mais
pratiquement jamais séparé. On aimerait pourtant dire qu’en un certain sens,
l’espace affine sur C est séparé mais pas compact car c’est ce qui se passe
si on regarde l’ensemble de ses points complexes avec la topologie usuelle ;
de même on voudrait une notion qui rende compte du fait que les points
complexes de l’espace projectif forment un espace compact pour la topologie
usuelle. C’est ce qui motive l’introduction de la notion de variété algébrique
séparée ou propre ; comme on veut une notion assez générale, on va définir
cela dans un contexte relatif, c’est-à-dire pour les morphismes, pas pour les
schémas.

5.1. Morphismes séparés


Définition 5.1 Soit f : X → Y un morphisme de schémas. Le morphisme
diagonal associé à f est le morphisme ∆X/Y : X → X ×Y X induit par
(IdX , IdX ), le produit fibré étant relatif au morphisme f .

Noter que le morphisme diagonal est toujours (ensemblistement) injectif


par définition du produit fibré. On le notera parfois simplement ∆.

Définition 5.2 On dit que f est un morphisme séparé si ∆ est une immer-
sion fermée. Si S est un schéma, un S-schéma X est dit séparé (S étant
sous-entendu) si le morphisme structural X → S est séparé.

Bien noter que c’est une notion relative (un schéma est toujours séparé au-
dessus de lui-même !). On dira parfois qu’un schéma est séparé s’il est séparé
au-dessus de Spec Z (dans l’ancienne terminologie, on appelait préschémas
les schémas tels que nous les avons définis, le terme de schéma étant réservé
aux schémas séparés).

58
Remarque : Attention si x ∈ X ×Y X, la condition que les deux projec-
tions de x soient égales ne suffit en général pas à dire que x est dans l’image
du morphisme diagonal ; prendre par exemple X = Spec C, Y = Spec R.
Alors X ×Y X = Spec (C ⊗R C) = Spec (C × C) est un ensemble à deux
éléments, ce qui fait que le morphisme diagonal ne peut pas être surjectif.
Pourtant les deux projections de tout point de X ×Y X sont les mêmes vu
que X est un ensemble à un élément.

Proposition 5.3 Tout morphisme entre schémas affines est séparé.

Démonstration : Soit X = Spec B, Y = Spec A, tout morphisme X → Y


vient d’un homomorphisme d’anneaux A → B ; par définition du produit
fibré, le morphisme diagonal ∆ : X → X ×Y X est induit par l’homomor-
phisme d’anneaux ϕ : B ⊗A B → B qui envoie b ⊗ b′ sur bb′ . Comme ϕ est
clairement surjectif, ∆ est bien une immersion fermée.

Définition 5.4 Soit k un corps. Une k-variété 31 (algébrique) est un schéma


séparé et de type fini sur k.

D’après la proposition précédente, le spectre d’une k-algèbre de type fini


(i.e. une k-variété affine) est une k-variété algébrique. On verra un peu plus
loin qu’il en va de même dans le cas projectif.

Remarque : Si l’image du morphisme diagonal ∆ est fermée, alors le


morphisme f est séparé. En effet dans ce cas ∆ induit une bijection bicontinue
de X sur ∆(X) via la formule p ◦ ∆ = idX , où p est la première projection
(l’image d’un fermé F par ∆ est le fermé p−1 (F ) ∩ ∆(X)) ; la condition sur la
surjectivité du morphisme de faisceaux associé à ∆ vient de la proposition 5.3.

Proposition 5.5 La propriété d’être un morphisme séparé est locale sur la


base : plus précisément si f : X → Y est un morphisme tel que Y soit
recouvert par des ouverts Yi tels que les restrictions f −1 (Yi ) → Yi soient des
morphismes séparés, alors f est un morphisme séparé. En particulier tout
morphisme affine est séparé.
31
Cette définition n’est pas universelle ; certains auteurs requièrent par exemple qu’une
k-variété soit intègre, voire géométriquement intègre.

59
Démonstration : Soit f : X → Y un morphisme. Si (Yi) est un recou-
vrement ouvert de Y et Xi := f −1 (Yi ), alors X ×Y X est recouvert par les
ouverts Xi ×Yi Xi . Si chaque morphisme Xi → Yi est séparé, alors l’image
diagonale de Xi dans Xi ×Yi Xi est fermée, donc l’image diagonale de X dans
X ×Y X l’est également : en effet Xi est l’image réciproque de Xi ×Yi Xi par
le morphisme diagonal ∆X/Y et ∆X/Y (X) ∩ (Xi ×Yi Xi ) est alors fermé dans
Xi ×Yi Xi pour tout i. On conclut avec la remarque précédente.

Voici un critère de séparation au-dessus d’un schéma affine :

Proposition 5.6 Soient S = Spec C un schéma affine et X un S-schéma.


Les assertions suivantes sont équivalentes :
i) X est séparé sur S.
ii) Pour tous ouverts affines U, V de X, l’ouvert U ∩ V est affine et
l’homomorphisme canonique

ϕU V : OX (U) ⊗C OX (V ) → OX (U ∩ V )

est surjectif.
iii) Il existe un recouvrement (Ui ) de X par des ouverts affines tel que
pour tous i, j, l’ouvert Ui ∩ Uj soit affine et l’homomorphisme canonique

OX (Ui ) ⊗C OX (Uj ) → OX (Ui ∩ Uj )

soit surjectif.

Démonstration : Soit ∆ : X → X ×S X le morphisme diagonal. Soient


U et V deux ouverts affines de X. Alors U ×S V est affine par définition du
produit fibré : c’est le spectre de OX (U) ⊗C OX (V ). On a ∆−1 (U ×S V ) =
U ∩ V et l’homomorphisme ϕU V correspond à la restriction de ∆ : U ∩ V →
U ×S V . Si X est séparé sur S, alors ∆ est une immersion fermée (donc
également sa restriction U ∩ V → U ×S V ) et ii) résulte de ce que pour tout
anneau A, les sous-schémas fermés de Spec A sont de la forme Spec (A/I)
avec I idéal de A. Comme il est trivial que ii) implique iii), il reste à montrer
que iii) implique i). Ceci résulte immédiatement du fait que la propriété
d’immersion fermée est locale sur la base, vu que X ×S X est recouvert par
les Ui ×S Uj .

Exemples : a) Un morphisme non séparé est quelque chose de pathologique ;


en pratique tous les morphismes que nous rencontrerons seront séparés. Mon-
trons néanmoins comment exhiber un morphisme qui n’est pas séparé. Soit

60
k un corps, posons X1 = X2 = A1k , U1 = U2 = A1k − {P }, où P est le point
fermé correspondant à l’origine. Soit X le schéma obtenu en recollant X1 et
X2 le long de U1 et U2 (l’isomorphisme U1 → U2 utilisé étant l’identité). On
dit que X est la ”droite affine avec deux origines”. 32 Alors X n’est pas séparé
sur Spec k : en effet prenons pour U l’image de X1 dans X et pour V l’image
de X2 dans X ; alors U ∩ V est isomorphe à U1 , donc OX (U ∩ V ) = k[t, 1/t],
tandis que OX (U) = OX (V ) = k[t], donc le i) de la proposition 5.6 n’est pas
vérifié.
b) Pour tout anneau A, l’espace projectif PnA = Proj (A[T0 , T1 , ..., Tn ]) est
séparé : en effet, on le recouvre par les ouverts D+ (Ti ), qui vérifient la condi-
tion iii) de la proposition précédente vu que D+ (Ti ) ∩ D+ (Tj ) = D+ (Ti Tj ).
La proposition ci-dessous (a) et b)) montre que plus généralement, un A-
schéma de la forme Proj (A[T0 , T1 , ..., Tn ]/I) (où I est un idéal homogène) est
séparé (en tant que sous-schéma fermé de PnA ). En particulier une k-variété
projective est bien une k-variété ( !).

Proposition 5.7 a) Les immersions ouvertes et fermées sont séparées.


b) La composée de deux morphismes séparés est séparée.
c) Les morphismes séparés sont stables par changement de base.
d) Si g ◦ f est séparé, alors f est séparé. En particulier un k-morphisme
entre deux variétés algébriques est séparé.

Démonstration : a) résulte du fait que pour une immersion ouverte ou


fermée, le morphisme diagonal est un isomorphisme.
b) On écrit

X ×Z X = (X ×Y Y ) ×Z (Y ×Y X) = X ×Y (Y ×Z Y ) ×Y X

On voit alors que le morphisme diagonal ∆X/Z : X → X ×Z X se décompose


en ∆X/Y : X → X ×Y X = X ×Y Y ×Y X et

idX × ∆Y /Z × idX : X ×Y Y ×Y X → X ×Y (Y ×Z Y ) ×Y X

(cette dernière notation signifie qu’on considère le morphisme obtenu à partir


de ∆Y /Z par les changements de base successifs ×Y X et X×Y ). On en déduit
le résultat vu que les immersions fermées sont stables par composition et par
changement de base.
c) C’est immédiat en utilisant encore le fait que les immersions fermées
sont stables par changement de base.
32
On ne confondra pas ceci avec la ”droite affine avec un point double”, qui est le schéma
affine Spec (k[x, y]/(x2 , xy)).

61
d) Soient f : X → Y et g : Y → Z avec g ◦ f séparé. Le morphisme
g induit un morphisme h : X ×Y X → X ×Z X avec h ◦ ∆X/Y = ∆X/Z .
Montrons que
∆X/Y (X) = h−1 (∆X/Z (X))
ce qui prouvera que l’image de ∆X/Y est fermée, donc que f est séparé.
L’inclusion ⊂ est claire. Soit donc s ∈ X ×Y X tel que h(s) = ∆X/Z (x)
pour un certain x ∈ X. Soit t = ∆X/Y (x). Soient U, V, W des ouverts affines
contenant respectivement x, f (x), g(f (x)), avec U ⊂ f −1 (V ) et V ⊂ g −1 (W ).
Alors h(s) = h(t), mais la restriction de h : U ×V U → U ×W U est une
immersion fermée via la construction du produit fibré dans le cas affine (si
D est une C-algèbre et A une D-algèbre, alors l’homomorphisme canonique
A ⊗C A → A ⊗D A est surjectif). Comme par construction on a s et t dans
U ×V U (les deux projections de s et t sur X sont x, car h(s) = ∆X/Z (x) et
t = ∆X/Y (x)), on obtient s = t comme on voulait.

La propriété d’être séparé correspond à une sorte d’”unicité de la limite”.


Voici un énoncé dans ce sens :

Proposition 5.8 Soient S un schéma, X un S-schéma réduit, et Y un S-


schéma séparé. Soient f et g deux S-morphismes de X vers Y qui coı̈ncident
sur un ouvert dense U de X. Alors f = g.

Démonstration : Soit ∆ : Y → Y ×S Y le morphisme diagonal. Soit h le


morphisme (f, g) de X dans Y ×S Y . Alors ∆ ◦ f = (f, f ) donc ∆ ◦ f coı̈ncide
avec h sur U. Il en résulte que U ⊂ h−1 (∆(Y )), et comme h−1 (∆(Y )) est
fermé dans X vu que Y est séparé sur S, on obtient X ⊂ h−1 (∆(Y )), ce qui
montre que les applications ensemblistes f et g sont égales. Pour montrer
que les morphismes f et g sont égaux, on peut maintenant supposer que
X = Spec B et Y = Spec A. Soient alors ϕ, ψ les homomorphismes de A vers
B associés respectivement à f , g. Soit a ∈ A, posons b = ϕ(a) − ψ(a). On
sait que la restriction de b ∈ OX (X) à OX (U) est nulle. Ainsi U ⊂ V (bB).
Par conséquent V (bB) = Spec B puisque V (bB) est fermé et dense. Ainsi b
est nilpotent, donc nul vu que X est réduit. On en tire ϕ = ψ.

5.2. Morphismes propres


On va maintenant définir l’analogue de la notion de compacité.

62
Définition 5.9 Un morphisme f : X → Y est dit fermé s’il envoie tout
fermé sur un fermé. Il est dit universellement fermé si pour tout changement
de base Y ′ → Y , le morphisme correspondant X ×Y Y ′ → Y ′ reste fermé.
Définition 5.10 Un morphisme de schémas f : X → Y est dit propre s’il
est de type fini, séparé, et universellement fermé. Un S-schéma est dit propre
si son morphisme structural est propre.
Exemples : a) Une immersion fermée est propre, mais pas une immersion
ouverte en général.
b) La droite affine sur un corps k n’est pas propre. En effet la projection
A2k = A1k ×k A1k → A1k n’est pas fermée, l’image du fermé xy = 1 étant
A1k − {0}. On verra que toute k-variété projective est propre.
Theorème 5.11 Soit f : X → Y un morphisme fini. Alors f est propre.

Démonstration : On a déjà vu que f était de type fini, et comme il est


affine il est séparé. Montrons que f est fermé. Comme f est affine, il suffit de
le faire quand X = Spec B et Y = Spec A. Soit ϕ l’homomorphisme A → B
associé à f . On peut supposer ϕ injectif, quitte à remplacer A par A/ ker ϕ,
vu que f se factorise par l’immersion fermée Spec (A/ ker ϕ) → Spec A. On
a alors, pour tout idéal I de B :
f (V (I)) = V (ϕ−1 (I))
En effet il suffit pour cela de montrer que si ℘ est un idéal premier de A
contenant J := I ∩ A, alors il existe un idéal premier de B au-dessus de ℘ et
contenant I ; mais ceci résulte de la surjectivité de l’application Spec (B/I) →
Spec (A/J) qui vient du théorème de Cohen/Seidenberg.
On conclut en utilisant le fait que les morphismes finis sont stables par
changement de base (proposition 2.27).

Remarque : On a une sorte de réciproque : si Spec B → Spec A est


propre, alors B est un A-module de type fini. Ainsi un morphisme qui est à
la fois affine et propre est fini. On peut aussi en déduire que si X est propre
et réduit sur un corps k, alors OX (X) est un k-espace vectoriel de dimension
finie, voir [L], pp. 104-105.
Proposition 5.12 a) La composée de deux morphismes propres est propre.
b) Les morphismes propres sont stables par changement de base.
c) Si g ◦ f est propre et g est séparé, alors f est propre. En particulier
un k-morphisme entre k-variétés propres est propre.

63
Démonstration : D’après la proposition 5.7 et les assertions correspon-
dantes sur les morphismes de type fini, il reste juste, pour a) et b), à vérifier
le caractère ”universellement fermé”. C’est clair pour b). On en déduit a) en
remarquant que la composée de deux applications fermées est fermée, et en
utilisant b).
Montrons c). Soient f : X → Y et g : Y → Z des morphismes avec
g ◦ f propre et g séparé. Alors f est la composée de h = (idX , f ) (qui est une
immersion fermée vu que g est séparé, car h s’obtient par changement de base
à partir du morphisme diagonal Y → Y ×Z Y ) avec la seconde projection
X ×Z Y → Y , qui est propre via b). D’après a), f est propre.

5.3. Critères valuatifs


Pour avoir de nouveaux exemples de morphismes propres, il est utile de
disposer d’un critère pratique. C’est l’objet de ce paragraphe. Rappelons
d’abord la définition suivante :

Définition 5.13 Soit R un anneau intègre de corps des fractions K. On dit


que R est un anneau de valuation si pour tout x de K − {0}, on a : x ∈ R
ou x−1 ∈ R.

Soit R un anneau de valuation. Alors (cf. [Bki]) il existe un groupe


abélien33 totalement ordonné (Γ, +) et une application v : K − {0} → Γ (la
valuation), qu’on étend à K en posant v(0) = +∞, vérifiant les propriétés
suivantes :
– v(x) ≥ 0 ssi x ∈ R.
– v(xy) = v(x) + v(y)
– v(x + y) ≥ min(v(x), v(y)).
En particulier les éléments inversibles de R sont ceux de valuation nulle,
et R est un anneau local (l’idéal maximal est l’ensemble ℘ des éléments de
valuation > 0). Noter que le spectre d’un anneau de valuation peut néanmoins
être ”gros” (cf. [L], exercice 3.26. p. 113).
D’autre part, un anneau de valuation est noethérien ssi c’est un anneau
de valuation discrète34 ; on a alors Γ = Z. On a déjà vu que Zp et k[[t]] (avec
k corps) étaient des anneaux de valuation discrète. L’anneau des entiers de
Qp est de valuation, mais n’est pas de valuation discrète (on peut dans ce
cas prendre Γ = Q), bien qu’il soit de dimension 1.
33
On peut prendre Γ = K ∗ /R∗ avec la relation d’ordre x ≥ y ssi x/y ∈ R.
34
Attention, si par exemple Γ = Z2 avec l’ordre lexicographique, on n’a pas un anneau
noethérien bien que le groupe ordonné Z2 soit ”discret” au sens usuel.

64
Le théorème suivant permet souvent (malgré son apparente complexité)
de vérifier qu’un morphisme est propre. Notons qu’il ne marche bien que dans
un cadre noethérien. L’idée est qu’un morphisme de type fini f : X → Y est
propre ssi (pour tout anneau de valuation R de corps des fractions K) tout
K-point de X se relève de façon unique en un R-point (on peut ”chasser les
dénominateurs”), le tout étant considéré au-dessus de Y .

Theorème 5.14 (Critère valuatif de propreté) Soit f : X → Y un


morphisme de type fini avec X noethérien. Alors f est propre si et seule-
ment si la condition suivante est vérifiée : soit R un anneau de valuation de
corps des fractions K ; pour tout diagramme commutatif :
Spec K −−−→ X
g
 
 f
iy y
Spec R −−−→ Y
(où i est induit par l’inclusion R → K), il existe un unique prolongement
Spec R → X du morphisme g qui fait commuter le diagramme.

La preuve étant hautement technique, nous renvoyons à [H], pp 101-102.


Il existe un critère similaire pour ”séparé”, la condition étant alors qu’il existe
au plus un prolongement Spec R → X du morphisme g qui fait commuter le
diagramme. Notons qu’on peut aussi retrouver rapidement la proposition 5.7,
le théorème 5.11 et la proposition 5.12 en utilisant les critères valuatifs.

5.4. Morphismes projectifs


Pour tout schéma Y , on pose

PnY = PnZ ×Z Y

où PnZ = Proj (Z[X0 , ..., Xn ]).

Définition 5.15 On dit qu’un morphisme de schémas noethériens f : X →


Y est projectif s’il possède une factorisation f = p ◦ i, où i : X → PnY est une
immersion fermée, et p : PnY → Y est la projection.

Par exemple si A est un anneau et S = A[X0 , ..., Xn ]/I le quotient de


l’anneau gradué S ′ = A[X0 , ..., Xn ] par un idéal homogène I, alors le mor-
phisme naturel Proj S → Spec A est projectif ; en effet le morphisme cano-
nique Proj S → Proj S ′ = PnA est une immersion fermée.

65
Le critère valuatif va nous permettre de montrer aisément le théorème
suivant, l’idée étant qu’on peut toujours chasser les dénominateurs quand on
travaille avec des polynômes homogènes. Pour une preuve directe, voir [L],
th. 3.30 p. 108.

Theorème 5.16 Un morphisme projectif de schémas noethériens est propre.

Démonstration : La propreté est stable par changement de base et par


composition, et une immersion fermée est propre. Il suffit donc de montrer que
la projection π : X = PnZ → Spec Z est propre. On écrit X comme réunion
des ouverts affines Vi = D+ (Xi ) ≃ Spec (Z[X0 /Xi , ..., Xn /Xi ]). chacun est
isomorphe à l’espace affine de dimension n sur Z, donc π est de type fini.
On va appliquer le critère valuatif (seule l’existence est à montrer, car on
sait déjà que PnZ est séparé sur Spec Z). Soit donc R un anneau de valuation
de corps des fractions K et soit v : K ∗ → Γ la valuation correspondante. On
considère un diagramme commutatif
Spec K −−−→ X
 
 
y y
Spec R −−−→ Spec Z
et on cherche une flèche Spec R → X compatible. Soit ξ ∈ X l’image de
Spec K ; on peut supposer qu’il est dans tous les Vi , sinon on se ramène à
PZn−1 (en effet PnZ −Vi est isomorphe à PZn−1). Cela signifie que chaque Xi /Xj
est inversible en OX,ξ , donc a une image non nulle (notée encore Xi /Xj ) dans
le corps résiduel k(ξ).
Le K-point donné par le diagramme correspond à une inclusion de corps
θ : k(ξ) → K. Posons fij = θ(Xi /Xj ) ∈ K ∗ . Pour étendre le K-point en un
R-point, on cherche à définir un homomorphisme

Z[X0 /Xl , ..., Xn /Xl ] → R

(pour un l bien choisi) en envoyant chaque Xi /Xl sur fil . Ceci est possible
dès que tous les fil sont dans R, i.e. dès que v(fil ) ≥ 0 pour tout i. Comme
fil = (fi0 /fl0 ), il suffit d’avoir v(fi0 ) ≥ v(fl0 ) pour tout i, i.e. de choisir un l
avec v(fl0 ) minimal.

Remarque : Décider si un morphisme propre est projectif est en général


difficile. Il se trouve que :

66
Toute courbe (=schéma de dimension 1) propre sur un corps k est pro-
jective sur k.
Toute surface (=schéma de dimension 2) propre et non singulière sur un
corps k est projective sur k, mais il y a des contre-exemples avec des surfaces
singulières.
En dimension au moins 3, il y a des variétés propres et non projectives
sur k, par exemple certaines variétés toriques.

6. Quelques propriétés locales


Dans cette section, on va s’intéresser aux propriétés locales des schémas et
des morphismes. La notion de schéma régulier est la généralisation naturelle
de celle de variété non singulière. Celle de schéma normal, moins forte, signifie
qu’on n’est pas trop loin d’une telle variété. La notion de morphisme plat,
sans être très intuitive, s’avère fort utile en pratique ; celle de morphisme lisse
est l’analogue de celle d’application submersive en géométrie différentielle ;
c’est en quelque sorte la version relative de la régularité.

6.1. Schémas normaux


Définition 6.1 On dit qu’un anneau A est normal s’il est intègre35 et s’il
est de plus intégralement clos dans son corps des fractions K := Frac A (i.e.
tout élément de K qui annule un polynôme unitaire à coefficients dans A est
dans A).

Exemples : a) Tout anneau factoriel est normal.


b) Les anneaux noethériens de dimension ≤ 1 et normaux sont les an-
neaux de Dedekind. Les anneaux de Dedekind factoriels √ sont les anneaux
36
principaux . Par exemple Z[i] est principal, mais pas Z[i 5]. Les anneaux
de Dedekind locaux sont les anneaux de valuation discrète.

c) L’anneau Z[ −3]√n’est pas normal (en effet
√ √ son corps des fractions√ est
Q( −3), et 1/2(−1 + −3) est entier sur Z[ −3] sans être dans Z[ −3]).
d) Rappelons que tout anneau intègre A est l’intersection des localisés
A℘ pour ℘ idéal maximal de A (cela résulte immédiatement de ce que tout
idéal propre de A est contenu dans un idéal maximal). On en déduit aisément
qu’un anneau intègre A est normal si et seulement si tout ses localisés S −1 A
35
Certains auteurs demandent seulement que les localisés A℘ de A pour ℘ premier soient
des anneaux intègres et intégralement clos.
36
Il est commode de considérer les corps, qui sont de dimension zéro, comme des anneaux
de Dedekind (resp. de valuation discrète).

67
sont normaux (ou encore si tous les A℘ , avec ℘ idéal maximal de A, sont
normaux).
Définition 6.2 Un schéma X est dit normal en x ∈ X si l’anneau local
OX,x est normal. Il est dit normal s’il est intègre et normal en chacun de ses
points.37
D’après ce qui précède, un schéma affine Spec A est normal si et seulement
si l’anneau A est normal.
Exemples : a) L’espace affine et l’espace projectif sur un corps k sont des
schémas normaux car k[X1 , ..., Xn ] est un anneau factoriel, donc normal. Plus
généralement l’espace affine ou projectif sur un anneau normal est normal
(si un anneau A est normal, alors A[X1 , ..., Xn ] est normal, cf. [Mat], prop.
17b) p.116).
b) Soit X la courbe affine donnée par l’équation y 2 − x3 = 0. Alors X
n’est pas un schéma normal. En effet, dans l’anneau A = k[x, y]/(y 2 − x3 ),
la classe de y/x est un élément de K = Frac A qui est entier sur A (il annule
le polynôme T 2 = x) sans être dans A. De même la courbe y 2 = x2 (x + 1)
n’est pas un schéma normal. Ces exemples sont liés à la présence d’un point
singulier en (0, 0), voir le paragraphe suivant.
Rappelons la proposition suivante (cf. [L], lemme 1.13 p. 118) :
Proposition 6.3 Soit A un anneau noethérien et normal, de dimension au
moins 1 (i.e. qui n’est pas un corps). Alors
\
A= A℘
℘∈Spec A,ht ℘=1

(tous les anneaux étant considérés ici comme sous-anneaux du corps des frac-
tions de A).
Cette proposition signifie en quelque sorte que dans Spec A, une fonction
définie ”en codimension 1” est définie partout si A est normal. Voici une
version ”globale” de ce résultat :
Corollaire 6.4 Soit X un schéma normal et noethérien. Alors si F est un
fermé de X dont toutes les composantes irréductibles sont de codimension au
moins 2, la restriction
OX (X) → OX (X − F )
est un isomorphisme.
37
Certains auteurs ne demandent pas que X soit irréductible pour être normal, mais en
pratique cette définition est plus simple. Elle est automatique si X est de plus supposé
connexe et noethérien.

68
Démonstration : Comme X est intègre, il suffit de montrer la surjectivité
car OX (X) et OX (X − F ) sont tous deux des sous-anneaux du corps des
fonctions de X. On se ramène immédiatement au cas F irréductible (quitte
à décomposer F et à appliquer plusieurs fois la proposition). Si alors U est
un ouvert affine de X qui rencontre F , alors on a déjà vu (preuve de la
proposition 4.10, b)) que codim (F ∩ U, U) était égale à codim (F, X). On se
ramène alors à X affine via la condition de faisceau sur OX , en recouvrant
X par des ouverts affines.
Si maintenant X = Spec A, avec A normal et noethérien, on a F = V (I)
avec I premier. Alors tout idéal premier ℘ de A de hauteur 1 est dans X −F :
sinon on aurait ℘ ⊃ I, et comme I est de hauteur codim F (cf. exemple après
la définition 4.8), ℘ serait de hauteur au moins 2. Le résultat découle alors
de la proposition précédente.

On retrouve par exemple que si U est le plan affine A2k privé du point
(0, 0), alors OX (U) = OX (X).

On dit qu’un point x d’un schéma intègre X est de codimension r si


l’adhérence de {x} (qui est un fermé irréductible) est de codimension r.
C’est équivalent à dire que l’anneau local OX,x est de dimension r (en effet
la codimension de {x} ∩ U dans U est dim OX,x pour tout ouvert affine U
contenant x, voir commentaire après la définition 4.2), i.e. que dimx X = r .

Theorème 6.5 Soit S un schéma noethérien. Soient X, Y des S-schémas


de type fini, avec Y propre sur S et X normal. Soient U un ouvert non
vide de X et f : U → Y un morphisme de S-schémas. Alors il existe un
ouvert V ⊃ U de X, contenant tous les points de codimension 1 de X, et
tel que le morphisme f se prolonge de manière unique à V . En particulier si
dim X = 1, alors f s’étend de manière unique à X tout entier.

Notons que la conclusion signifie que toutes les composantes irréductibles


du fermé X − V sont de codimension au moins 2 (puisque le point générique
de chacune de ces composantes est de codimension au moins 2), autrement
dit f se prolonge sur un ouvert dont le complémentaire est ”petit”. On peut
vérifier aussi que la conclusion vaut (voir preuve ci-dessous, notamment le
lemme 6.6) si on part seulement d’un S-morphisme f : Spec K → Y , où K
est le corps des fonctions de X. En particulier on obtient que deux courbes
(=schémas de type fini et de dimension 1) intègres, propres et normales sur
un corps k sont isomorphes dès qu’elles sont k-birationnelles (voir aussi la
proposition 4.16).

69
Démonstration : L’unicité vient de ce que Y → S est séparé et X réduit,
ce qui permet d’appliquer la proposition 5.8. Soit η le point générique de X,
alors η ∈ U d’où un morphisme fη : Spec K → Y induit par f , où K est
le corps des fonctions de X. Soit x ∈ X un point de codimension 1 de X.
Alors OX,x est un anneau normal noethérien de dimension 1, qui est donc de
valuation discrète puisqu’il est local. D’après le critère valuatif de propreté
(noter que X et Y sont noethériens car de type fini sur S), le S-morphisme
fη s’étend en un S-morphisme fx : Spec OX,x → Y . On a alors

Lemme 6.6 Soient S un schéma et X, Y des S-schémas avec Y de type fini


sur S. On suppose X intègre ou S localement nothérien. Soit x ∈ X. Alors
tout S-morphisme de Spec OX,x dans Y s’étend en un S-morphisme d’un
ouvert de X contenant x vers Y .

Démonstration : Il suffit de le voir quand X, Y , et S sont affines (en choisis-


sant un ouvert affine de S contenant l’image de x, puis en considérant les images
réciproques de cet ouvert dans X et Y , qui contiennent respectivement un ouvert
affine contenant x et un ouvert affine contenant l’image de x ∈ Spec OX,x dans
Y ). Supposons donc X = Spec B, Y = Spec A, S = Spec C. On doit montrer que
tout C-homomorphisme ϕ de A dans B℘ (avec ℘ ∈ Spec B) se factorise par un
C-homomorphisme de A dans Bb pour un certain b ∈ B (avec b 6∈ ℘). Si B est
intègre, on choisit une famille finie c1 , ..., cr de générateurs de la C-algèbre A, puis
b ∈ B−℘ tel que tous les ci vérifient ϕ(ci ) ∈ Bb , alors ϕ(A) ⊂ Bb et on a le résultat.
Si C est noethérien, on écrit A = C[T1 , ..., Tn ]/I, avec I engendré par un nombre
fini de polynômes P1 , ..., Pr . Les images c1 , ..., cn de T1 , ..., Tn par ϕ vérifient alors
Pj (ci ) = 0 dans B℘ pour tout indice j. Comme il n’y a qu’un nombre fini d’indices
i, j, on peut alors trouver b ∈ B − ℘ et n > 0 tels que bn Pj (ci ) = 0 dans B pour
tous indices i, j, ce qui permet d’étendre ϕ en un C-homomorphisme A → Bb .

Reprenons la preuve du théorème. On peut donc étendre fx en un S-


morphisme (noté gx ) d’un ouvert Ux de X contenant x vers Y . Les restrictions
de f et gx à U ′ := Ux ∩ U coı̈ncident au point générique, donc sur tout ouvert
affine Spec R de U ′ tel que l’image de U ′ par f et gx soient inclus dans
un même ouvert affine Spec A de Y (l’homomorphisme A → R associé est
le même car R est un sous-anneau de K). Ainsi f et gx coı̈ncident sur un
ouvert non vide de U ∩ Ux , donc sur U ∩ Ux (par la proposition 5.8) parce que
Y est séparé sur S et X est réduit. Si maintenant x′ est un autre point de
codimension 1 de X, alors le même argument montre que gx′ coı̈ncide avec f
et gx resp. sur U ∩ Ux′ et Ux ∩ Ux′ . Le résultat en découle.

70
Soit A un anneau intègre de corps des fractions K. Rappelons que la
fermeture intégrale de A dans K (ou clôture intégrale de A) est l’ensemble
des éléments de K qui sont entiers sur A. On définit de même la fermeture
intégrale de A dans L quand L est une extension finie de corps de K.
Soit X un schéma intègre de corps des fractions K. Quand X = Spec A,
le schéma X ′ = Spec B, où B est la clôture intégrale de A, est l’unique
X-schéma normal vérifiant la propriété universelle suivante : pour tout mor-
phisme dominant f : Y → X avec Y normal, il existe un unique morphisme
f ′ : Y → X ′ tel que f = π ◦ f ′ (le point est que l’hypothèse que f est do-
minant signifie quand Y est affine que l’homomorphisme OX (X) → OY (Y )
est injectif). Ceci permet par recollement de définir la normalisation (ou le
normalisé) X ′ de tout schéma intègre X, qui est l’unique X-schéma normal
satisfaisant cette propriété universelle.

Exemple : Soit X = Spec (Z[ −3]). √
Alors X n’est pas normal ; son
′ −1+ −3
normalisé est le schéma X = Spec (Z[ 2 ]). En général calculer explici-
tement la normalisation d’un schéma n’est pas aisé.
On peut de même définir, pour toute extension finie L du corps des fonc-
tions K de X, la normalisation de X dans L : c’est le schéma normal XL
de corps des fonctions L, équipé d’un morphisme π : XL → X qui étend le
morphisme canonique Spec L → X, et tel que le morphisme π soit entier ;
ce dernier point signifie que π est affine et que OXL (π −1 (V )) est entier sur
OX (V ) pour tout ouvert affine V de X. Bien entendu quand X = Spec A est
affine, alors XL = Spec BL , où BL est la fermeture intégrale de A dans L.
Pour L = K, la normalisation de X dans L n’est autre que le normalisé X ′
défini ci-dessus.

Remarque : Il peut arriver que le morphisme de normalisation X ′ → X


(resp. le morphisme XL → X ci-dessus) ne soit pas fini. C’est ce qui motive
l’introduction de la notion d’anneau japonais (resp. universellement japonais
ou de Nagata), voir [Mat], chapitre 12. Ces problèmes ne se produisent pas
quand on travaille avec des schémas de type fini sur un corps (grâce au lemme
de normalisation de Noether), cf [L], p.121.

6.2. Schémas réguliers


Soit A un anneau local noethérien d’idéal maximal M. Alors on peut
regarder M/M2 comme un espace vectoriel sur le corps résiduel k = A/M.
On a toujours dimk M/M2 ≥ dim A ([Mat], (12J) pp. 77-78 ou [L], cor
5.14. p. 71), ce qui implique en particulier que dim A est finie vu que M est
engendré par un nombre fini d’éléments.

71
Définition 6.7 On dit qu’un anneau local A est régulier s’il est noethérien
et si on a l’égalité
dimk M/M2 = dim A
où M est l’idéal maximal de A et k son corps résiduel. D’après le lemme
de Nakayama, il est équivalent de dire que M peut être engendré par dim A
éléments.

Un anneau local régulier est automatiquement intègre (cf. [L], prop. 2.11
p. 129 ou [Mat], th. 36 p. 121). Plus précisément, on a le résultat difficile
suivant ([Mat], p.139 et p. 142) :

Theorème 6.8 a) Si A est un anneau local régulier et ℘ ∈ Spec A, alors A℘


est régulier.
b) Tout anneau local régulier est factoriel.

Définition 6.9 On dit qu’un schéma X est régulier en x si l’anneau local


OX,x est régulier. On dira que X est régulier s’il est régulier en tout point.
Les points x de X en lesquels X n’est pas régulier sont dits singuliers.

Exemples : a) Tout anneau de valuation discrète est régulier. Par


conséquent, tout schéma normal localement noethérien de dimension 1 est
régulier. Plus généralement, supposons que X soit un schéma normal et lo-
calement noethérien. Alors tout point de codimension 1 de X est régulier ;
ainsi, si l’ensemble des points singuliers de X est fermé38 , chacune de ses
composantes irréductible est de codimension au moins 2.
b) Tout schéma régulier et intègre est normal d’après le théorème 6.8
b). La réciproque est fausse en dimension ≥ 2 : considérer le schéma affine
Spec (k[x, y, z]/x2 −yz) (qui n’est pas régulier en (0, 0, 0) via le théorème 6.13
ci-dessous).

Proposition 6.10 Soit X un schéma noethérien qui est régulier en ses


points fermés. 39 Alors X est régulier.
38
C’est le cas si X est un schéma de type fini sur un corps ou sur Z, cf. remarque à la
fin de ce paragraphe.
39
On fera attention au fait qu’un schéma non noethérien peut ne pas contenir de point
fermé, cf. [L], exercice 3.27 p. 114.

72
Démonstration : Pour tout point x de X, l’adhérence F de x (qui est
un fermé irréductible) contient un point fermé y (on peut obtenir y comme
fermé irréductible minimal non vide de F : si un tel fermé G contenait plus
d’un point, l’un d’eux ne serait pas le point générique de G et son adhérence
contredirait la minimalité de G). Alors OX,x est un localisé de OX,y : en
effet si U = Spec A est un ouvert affine de X contenant y, on a x ∈ U car
U ∩ F contient le point générique de F comme ouvert non vide de F . Si
℘ et ℘′ sont les idéaux premiers de A correspondant respectivement à x, y,
on a alors ℘ ⊂ ℘′ parce que y est dans l’adhérence de {x}, ce qui montre
que A℘ = OX,x est un localisé de A℘′ = OX,y . Le théorème 6.8, a) dit alors
que OX,x est régulier. Ainsi X est régulier (le même argument marche avec
”normal” à la place de régulier).

Définition 6.11 Soit X un schéma. L’espace tangent de X en un point


x ∈ X est le dual TX,x du k(x)-espace vectoriel Mx /M2x = Mx ⊗OX,x k(x).
Un morphisme localement de type fini40 de schémas f : X → Y induit une
application k(x)-linéaire Tf,x entre les espaces tangents TX,x et TY,y ⊗k(y) k(x).
On dit que Tf,x est l’application tangente de f en x.

D’après ce qui précède, on a toujours dimk(x) TX,x ≥ dim OX,x , avec égalité
si et seulement si le point x est régulier. Par exemple si x est un point fermé
d’un schéma pur de type fini sur un corps, il est régulier si et seulement si
son espace tangent est de dimension dim X, ce qui correspond bien à l’idée
qu’on se fait d’un point non singulier d’une variété. Montrons un lemme qui
sera utile dans la suite pour se ramener à un calcul de dimension sans avoir
à localiser :

Lemme 6.12 Soient A un anneau et M un idéal maximal de A. Alors :


a) Les A-modules A/M ⊗A M et M/M 2 sont isomorphes.
b) les A-modules M/M 2 et MAM /M 2 AM sont isomorphes.

Démonstration : a) On définit un homomorphisme ϕ de A-modules de


(A/M) ⊗A M dans M/M 2 par la formule ϕ(ā ⊗ m) = am pour a ∈ A et
m ∈ M. En prenant P a = 1, on voit que ϕ est surjectif. Si d’autre part
un
P élément u = i (āi ⊗ mi ) de (A/M) ⊗A M est dans ker ϕ, alors x :=
2 ′
i ai mi ∈ M d’où 1̄ ⊗ x = 0 dans (A/M) ⊗A M vu que pour m, m dans
′ ′
M, on a 1̄ ⊗ mm = m̄ ⊗ m = 0. On obtient donc u = 0.
40
Cette hypothèse sert à assurer que le dual de (My /M2y ) ⊗k(y) k(x) est bien TY,y ⊗k(y)
k(x) ; on pourrait aussi supposer seulement que Y est localement noethérien.

73
b) D’après a) Il suffit de montrer que l’application naturelle de A/M dans
AM /MAM est un isomorphisme (on tensorise ensuite par M au-dessus de A),
i.e. est surjective puisque A/M est un corps. Or, pour tout s ∈ A − M, on
peut écrire 1 = as + m avec a ∈ A et m ∈ M, d’où s−1 = a dans AM /MAM
et on a bien la surjectivité voulue.

On aimerait maintenant un critère concret pour tester la régularité d’un


point sur une variété définie par des équations. C’est l’objet du théorème
suivant :

Theorème 6.13 (Critère jacobien) Soient k un corps et X la k-variété


affine Spec (k[T1 , ...Tn ]/(F1 , ..., Fr )), où les Fi sont des polynômes. Soit x un
point fermé de X de corps résiduel k. Alors X est régulier en x si et seulement
si la matrice jacobienne
∂Fi
Jx = ( (x))1≤i≤r,1≤j≤n
∂Tj
est de rang n − dimx X.
∂Fi ∂Fi
On a noté abusivement ∂T j
(x) la valeur de ∂Tj
au point de k n = Ank (k)
correspondant à l’image de x dans Ank . Notons aussi que si X est pur, alors
dimx X = dim X (proposition ) puisque x est un point fermé de X.

Remarque : On verra dans le paragraphe sur les morphismes lisses que


si x est un point fermé de corps résiduel k(x), alors le fait que le rang de Jx
(vue comme matrice à coefficients dans k(x)) soit n−dimx X implique encore
que x est régulier ; la réciproque est vraie si k(x) est une extension séparable
de k, mais pas en général (prendre k = Z/pZ(u) et X = Spec (k[T ]/T p − u) ;
alors l’unique point de X est régulier vu que X est le spectre d’un corps,
mais la matrice jacobienne est nulle).

Preuve du théorème 6.13 : Posons Y = Ank , alors X est équipé d’une


immersion fermée f : X → Y donnée par les Fi . Soit x un point de X de
corps résiduel k, posons y = f (x). Soit J l’idéal maximal de k[T1 , ..., Tn ]
correspondant à y. Montrons un lemme (qui ne concerne que Y ) :

Lemme 6.14 Soient E le k-espace vectoriel k n et E ∗ son dual. Soit D l’ap-


plication de k[T1 , ..., Tn ] dans E ∗ définie par
Xn
∂P
D(P )(t1 , ..., tn ) = (y)ti , P ∈ k[T1 , ..., Tn ], (t1 , ..., tn ) ∈ k n
i=1
∂Ti

74
a) La restriction de D à J induit un isomorphisme de J/J 2 sur E ∗ .
b) L’espace tangent TY,y est isomorphe à E (donc Y est régulier en y).

Démonstration : a) Comme y est un point fermé de Y de corps résiduel


k, l’idéal J est de la forme (T1 − a1 , ..., Tn − an ) avec y = (a1 , ..., an ) (via
le théorème des zéros de Hilbert). On obtient alors le résultat en écrivant le
développement de Taylor au premier ordre en y = (a1 , ..., an ) d’un polynôme
de A := k[T1 , ..., Tn ] : tout polynôme P de A s’écrit de manière unique
Xn
∂P
P = P (a1 , ..., an ) + (a1 , ..., an )(Ti − ai ) + Q
i=1
∂Ti

avec Q ∈ J 2 .
b) Le résultat découle de a) et du lemme 6.12 appliqué à l’anneau A =
k[T1 , ..., Tn ] et à son idéal maximal J.

On peut maintenant finir la preuve du théorème 6.13. Soit I l’idéal de


A = k[T1 , ..., Tn ] engendré par les Fi et M = J/I l’idéal maximal de A/I
correspondant au point x de X = Spec (A/I). On a une suite exacte de
k-espaces vectoriels

0 → I/(I ∩ J 2 ) → J/J 2 → M/M 2 → 0

Seule l’exactitude au milieu n’est pas évidente. Si π est la projection A →


A/I, alors M = π(J) et M 2 = π(J 2 ). Ainsi un élément j de J a une image
nulle dans M/M 2 si et seulement si π(j) = π(j2 ) avec j2 ∈ J 2 , ce qui signifie
j = j2 + i avec i ∈ I. L’exactitude voulue en découle.
En utilisant l’isomorphisme du lemme précédent a), on obtient une suite
exacte
0 → D(I) → E ∗ → M/M 2 → 0
On obtient que dimk M/M 2 = n − dimk D(I) ou encore, via le lemme 6.12,
que dimk TX,x = n − dimk D(I). Or D(I) est engendré par les lignes de Jx
donc dimk TX,x = n − rg Jx , ce qui prouve que X est régulier en x si et
seulement si n − rg Jx = dimx X, d’où le résultat.

Remarque : Si on ne fait aucune hypothèse, il n’est pas vrai que l’en-


semble des points réguliers d’un schéma X soit ouvert. C’est ce qui motive
l’introduction de la notion d’anneau ”J − 1” ou ”J − 2”. En particulier les
anneaux excellents ont cette propriété, ainsi que celle d’être de Nagata, voir

75
[Mat], chapitre 13. Toute algèbre de type fini sur un corps (ou sur Z) a cette
propriété, ce qui fait que l’ensemble des points réguliers d’un schéma de type
fini sur un corps est toujours ouvert. Voir aussi [L], cor. 2.40 p. 343.

6.3. Morphismes plats


Soit A un anneau. Rappelons qu’un A-module M est plat si le foncteur
. ⊗A M est exact à gauche ; l’exactitude à droite étant automatique, c’est
équivalent à dire que si M1 → M2 est un homomorphisme injectif de A-
modules, alors l’homomorphisme correspondant M1 ⊗A M → M2 ⊗A M reste
injectif. Un homomorphisme d’anneaux A → B est dit plat s’il fait de B un
A-module plat.
On sera amené dans ce paragraphe à admettre un certain nombre de
propriétés classiques des modules plats, pour lesquelles nous renvoyons à [L],
chapitre 1 ou [Mat], chapitre 2.

Exemples : a) Tout A-module libre est plat (c’est toujours le cas si A


est un corps).
b) Z/nZ n’est pas plat sur Z. En fait, sur un anneau principal, plat est
équivalent à sans torsion.
c) La platitude est locale : M est plat sur A si et seulement si pour tout
℘ de Spec A, le module localisé M℘ = M ⊗A A℘ est plat sur A℘ . D’autre part
un homomorphisme d’anneaux ϕ : A → B est plat si et seulement si pour
tout ℘ ∈ Spec B, l’homomorphisme Aϕ−1 (℘) → B℘ est plat.
d) Si M est de type fini sur A avec A noethérien, alors M est plat si et
seulement si c’est un module projectif (=facteur direct d’un libre). Il revient
au même de dire que pour tout ℘ de Spec A, le module M℘ est libre sur
A℘ (plus généralement, sur un anneau local, plat est équivalent à libre). Si
de plus A est intègre, c’est encore équivalent à : pour tout ℘ de Spec A, la
dimension de M ⊗A k(℘) sur le corps résiduel k(℘) est la même.
e) Le composé de deux homomorphismes plats est plat.
f) Si M est plat sur A et si B est une A-algèbre, alors M ⊗A B est plat
sur B.

Définition 6.15 Un morphisme de schémas f : X → Y est plat en x ∈ X si


l’homomorphisme induit OY,y → OX,x (où y = f (x)) est plat. Le morphisme
f est dit plat s’il est plat en tout x de X. Il est dit fidèlement plat s’il est
plat et surjectif.

La proposition suivante se déduit immédiatement des propriétés des ho-


momorphismes plats entre anneaux :

76
Proposition 6.16 a) Les immersions ouvertes sont des morphismes plats
(mais pas les immersions fermées en général).
b) Le composé de deux morphismes plats est plat.
c) La platitude est stable par changement de base.

On a d’autre part le théorème suivant ([Mat], th.4 p. 33) :

Theorème 6.17 Si ϕ : A → B est un homomorphisme plat entre anneaux,


alors ϕ satisfait le ”going-down” : si ℘1 et ℘′1 sont deux idéaux premiers de
A avec ℘1 ⊂ ℘′1 , alors pour tout idéal premier ℘′2 de B au-dessus de ℘′1 , il
existe un idéal premier ℘2 de B au-dessus de ℘1 avec ℘2 ⊂ ℘′2 .

(C’est une conséquence facile du fait qu’un morphisme plat entre spectres
d’anneaux locaux est fidèlement plat).
Il n’est en général pas évident de déterminer si un morphisme est plat. Le
cas fini est toutefois plus facile, via le résultat cité plus haut sur les modules
de type fini. Un morphisme fini f : X → Y (avec Y noethérien) est plat si
et seulement si pour tout ouvert affine V = Spec A de Y , l’image réciproque
f −1 (V ) = Spec B est telle que B est un A-module localement libre (i.e. pour
tout ℘ de Spec A, B ⊗A A℘ est libre sur A℘ ), c’est-à-dire projectif. Si de
plus Y est intègre, cela revient à dire que pour tout y de Y , la fibre Xy est
le spectre d’un k(y)-espace vectoriel de dimension41 constante d (qui est le
rang du module projectif ci-dessus). Voir [Mil], th. 2.9. p. 11.
On a d’autre part le théorème plus difficile suivant ([Mat], chapitre 6, th.
46) :

Theorème 6.18 Soit f : X → Y un morphisme fini et surjectif entre


schémas réguliers. Alors f est plat.

Exemples : a) L’hypothèse de surjectivité est nécessaire pour avoir le


théorème précédent (considérer une immersion fermée).
b) L’hypothèse de régularité est également nécessaire42 : si on prend pour
X la réunion de deux plans se coupant en un point P de A4k et Y = A2k , on
obtient un morphisme fini f : X → Y en envoyant chaque plan de X isomor-
phiquement sur Y (voir [H], II.9., exercices, pour des équations explicites).
Ce morphisme n’est pas plat car pour y ∈ Y autre que f (P ), la fibre en y est
41
Attention, on ne confondra pas ici avec la dimension du schéma Xy , qui est nulle vu
que Xy est fini sur le spectre d’un corps.
42
On peut affaiblir un peu les hypothèses en supposant seulement que X est Cohen-
Macaulay.

77
le spectre d’un k(y)-espace vectoriel de dimension 2, tandis qu’en y = f (P ),
cette dimension est 1.
c) Soit A un anneau noethérien, intègre, non normal. Supposons le mor-
phisme de normalisation f : Spec B → Spec A fini43 . Alors d’après ce qui
précède, f n’est pas plat (sinon ce serait un isomorphisme puisque la fibre
générique est isomorphe au spectre du corps des fractions de A et B).

Dans le cas d’un morphisme qui n’est pas fini, la situation est plus com-
pliquée. Le théorème 6.17, joint au théorème de Chevalley (qui dit que l’image
d’un constructible par un morphisme de type fini entre schémas noethériens
est constructible ; voir problème sur mon site web ou [Mat], chapitre 2 pour
les détails) permet d’obtenir la condition nécessaire suivante :

Proposition 6.19 Soit f : X → Y un morphisme de type fini et plat entre


schémas noethériens. Alors f est une application ouverte (i.e. l’image de tout
ouvert par f est un ouvert).

On en déduit :

Corollaire 6.20 Soit f : X → Y un morphisme de type fini et plat entre


schémas noethériens. On suppose Y irréductible. Alors tout ouvert non vide U
de X domine Y (i.e. f (U) est dense dans Y ). En particulier toute composante
irréductible de X domine Y .

En effet une composante irréductible d’un schéma noethérien contient un


ouvert non vide (le complémentaire de la réunion des autres composantes),
dont l’image est alors un ouvert non vide de Y qui contient ainsi le point
générique.
Obtenir une condition suffisante de platitude est plus difficile. Voici une
réciproque du corollaire précédent dans un cas particulier :

Theorème 6.21 Soit f : X → Y un morphisme de schémas avec X réduit


et Y noethérien, régulier, intègre et de dimension 1. On suppose que toute
composante irréductible de X domine Y (par exemple X est intègre et f est
non constant). Alors f est plat.
43
Cette dernière hypothèse est en fait inutile.

78
Démonstration : Soient x ∈ X et y = f (x). On peut supposer que y est
un point fermé de Y (sinon c’est le point générique et la platitude en x est
claire). Soit π une uniformisante de l’anneau de valuation discrète OY,y . Alors
l’image t de π dans OX,x n’est dans aucun idéal premier minimal de OX,x ,
sinon y serait l’image du point générique d’une composante irréductible de
X, donc serait le point générique de Y . Or on a le lemme :
Lemme 6.22 Soient A un anneau réduit et a un élément de A qui est un
diviseur de zéro. Alors a appartient à un idéal premier minimal de A.
Supposons le lemme démontré. Alors, comme X est supposé réduit, on en
déduit que t n’est pas diviseur de zéro dans OX,x . Ainsi OX,x est sans torsion
sur OY,y , c’est-à-dire plat puisque OY,y est un anneau principal.
Il reste à démontrer le lemme. Comme a est diviseur de zéro, l’application
de localisation A → Aa n’est pas injective. Soit I son noyau, on a alors
V (I) 6= Spec A car A est réduit. Cela implique que l’ouvert D(a) de Spec A
n’est pas dense car il est inclus dans le fermé strict V (I). En particulier
Spec A possède une composante irréductible44 dont le point générique η n’est
pas dans D(a) ; alors η correspond à un idéal premier minimal ℘ de A avec
a ∈ ℘.

Contre-exemples : Les hypothèses sur Y du théorème précédent sont


assez restrictives, mais ne peuvent pas être relâchées. En effet :
a) On ne peut se passer de l’hypothèse Y régulier dans le théorème : un
contre-exemple est fourni par le morphisme de normalisation pour le spectre
d’un anneau intègre, noethérien, de dimension 1 et non normal.
b) Soit Y = A2k et X l’éclaté de Y en (0, 0) (cf. exemple à la fin de
la section 4.). Alors le morphisme associé f : X → Y n’est pas plat parce
que la dimension de l’une des fibres est trop grande (voir le théorème 6.23
ci-dessous). Ici le problème vient de ce que Y n’est pas de dimension 1.
La principale conséquence de la platitude est que la dimension des fibres
d’un morphisme plat ”est la bonne”. Plus précisément, on a le raffinement
suivant du théorème 4.13 :
Theorème 6.23 Soit f : X → Y un morphisme plat de schémas localement
noethérien. Soient x ∈ X et y := f (x). On note Xy la fibre de f en y. Alors
on a :
dimx Xy = dimx X − dimy Y
44
à condition d’utiliser le lemme de Zorn, on a bien que tout point est contenu dans
une composante irréductible. Le lecteur pourra s’il préfère supposer X noethérien dans le
théorème 6.21.

79
(Rappelons que sans l’hypothèse de platitude on a juste l’inégalité ≥).

Démonstration : Pour faire la démonstration, on va admettre le résultat


d’algèbre commutative suivant (cf. [L], 5.15. p. 72) :

Theorème 6.24 Soit A un anneau local noethérien. Soient M l’idéal maxi-


mal de A et f ∈ M. Alors dim(A/f A) ≥ dim A − 1, avec égalité si f
n’appartient pas à l’un des idéaux premiers minimaux de A.

On déduit ce théorème du Hauptidealsatz de Krull, qui permet d’ailleurs aussi


de prouver l’inégalité dim A ≤ dimk M/M2 : si a n’est pas inversible dans
un anneau noethérien A, alors les idéaux premiers minimaux parmi ceux qui
contiennent a sont de hauteur ≤ 1, et exactement 1 si a n’est pas diviseur
de zéro. Le Hauptidealsatz entraı̂ne immédiatement qu’on a égalité dans le
théorème 6.24 dès que f est un élément de M qui n’est pas un diviseur de
zéro.
Pour montrer le théorème, on peut supposer Y = Spec A affine. Quitte à
faire le changement de base par Spec OY,y → Y , on peut même supposer45
que A est un anneau local noethérien, avec y point fermé de Y . On raisonne
alors par récurrence sur dim Y (qui est finie via l’inégalité précitée).
Pour dim Y = 0, le schéma Y est réduit à un point vu que A est local ;
ainsi X et Xy ont même espace topologique sous-jacent et la formule est
claire dans ce cas.
Supposons le résultat vrai pour dim Y = d et montrons-le pour dim Y =
d + 1. Quitte à remplacer Y par Yred et X par X ×Y Yred , on peut supposer
Y réduit. Soit alors t un élément de A qui n’est ni inversible, ni diviseur de
zéro. L’existence d’un tel t est assurée par le fait que la réunion des idéaux
premiers minimaux de A n’est pas tout l’idéal maximal M de A (on montre
facilement par récurrence sur r que la réunion de r idéaux premiers d’un
anneau ne peut contenir un idéal I que si l’un de ces idéaux contient I) et
par le lemme 6.22. Notons encore t l’image de t dans B = OX,x . On a alors

dim(A/tA) = dim A − 1 dim(B/tB) = dim B − 1

la dernière égalité résultant de ce que t ne devient pas un diviseur de zéro


dans B vu que B est plat sur A (tensoriser par B l’homomorphisme injectif
de multiplication par t dans A).
45
On utilise ici que l’anneau local en x de la fibre Xy est OX,x /My OX,x , ce qui se voit
en supposant X et Y affines et en utilisant que la localisation commute avec le produit
tensoriel.

80
Soit alors Y ′ le sous-schéma fermé Spec (A/tA) de Y , et X ′ := X ×Y Y ′
(c’est un sous-schéma fermé de X). Comme t ∈ M, le point y est dans Y ′ et
le point x est donc dans X ′ avec Xy′ = Xy . De plus dimx X ′ = dim(B/tB) et
dimy Y ′ = dim(A/tA). Par hypothèse de récurrence appliqué au morphisme
plat (par changement de base) X ′ → Y ′ , on a donc

dimx Xy′ = dimx X ′ − dimy Y ′

d’où

dimx Xy = (dimx X − 1) − (dimy Y − 1) = dimx X − dimy Y

Remarque : La même preuve montre l’inégalité (i.e. le théorème 4.13)


sans hypothèse de platitude. Quand X et Y sont réguliers, on a une sorte de
réciproque du théorème 6.23, cf. [H], exercice 10.9.

Corollaire 6.25 Soient k un corps et f : X → Y un morphisme surjectif et


plat entre schémas de type fini sur k. On suppose Y irréductible et X pur.
Alors pour tout point y de Y (fermé ou non), la fibre Xy est pure avec

dim Xy = dim X − dim Y

Démonstration : Soit y ∈ Y . Soit Z une composante irréductible de la


fibre Xy . Comme cette fibre est un schéma de type fini sur le corps résiduel
k(y) de y, on peut choisir (théorème 4.11 et preuve du corollaire 4.14) un
point fermé x de Z qui n’est dans aucune autre composante irréductible de
Xy (et on peut également supposer que x n’est que dans une composante
irréductible Xi de X). On a alors

dim OX,x = dim OXi ,x = dim Xi − dim {x}

d’après la proposition 4.10 car dim OXi ,x est la codimension de {x} dans Xi .
Comme X est pur, on obtient dim OX,x = dim X − dim {x}. On a de même
dimx Z = dim Z via le choix de x et dim {y} = dim Y − dim OY,y . D’après le
théorème 6.23, on a dimx Z = dim OX,x − dim OY,y et on est donc ramené à
prouver que {x} et {y} ont même dimension.
Or x est le point générique de {x} (vu comme schéma intègre de type fini
sur k quand on l’équipe de sa structure réduite) d’où

dim {x} = trdegk k(x) = trdegk k(y)

81
la dernière égalité résultant de ce que k(x) est algébrique sur k(y) parce que
x est un point fermé de Xy de corps résiduel k(x) (le corps résiduel de x est le
même sur X et sur Xy vu que l’anneau local de Xy en X est OX,x /My OX,x ).
Ainsi dim {x} = dim {y} comme on voulait.

Remarque : Sans l’hypothèse de platitude, on obtient seulement (comme


on l’avait déjà vu) que toute composante irréductible de Xy est de dimension
au moins dim X − dim Y .

6.4. Morphismes étales, morphismes lisses


La notion de morphisme lisse est une version relative de celle de schéma
régulier. Dans ce paragraphe, on va se contenter des premières propriétés
liées à la lissité (une étude plus approfondie nécessite l’utilisation du faisceau
des différentielles, cf. [H], II.8 et III.10). On commence par une notion plus
forte :

Définition 6.26 Soit f : X → Y un morphisme de type fini entre schémas


localement noethériens. Soient x ∈ X et y := f (x). On dit que f est non
ramifié46 en x si l’image de l’idéal maximal My de OY,y dans OX,x engendre
l’idéal maximal MX,x de OX,x , avec de plus l’extension de corps k(x)/k(y)
finie séparable. On dit que f est étale en x si f est plat et non ramifié en x.
On dit que f est non ramifié (resp. étale) s’il est non ramifié (resp. étale) en
chacun de ses points.

Le quotient OX,x /My OX,x est aussi OXy ,x ; ainsi le fait que My OX,x =
MX,x implique que pour tout point x de la fibre Xy , l’anneau local OXy ,x est
un corps. Comme Xy est de type fini sur k(y), cela signifie que la fibre Xy
est finie et réduite (c’est le spectre d’un produit fini de corps) ; en particulier
l’extension k(x)/k(y) est automatiquement finie. On obtient donc

Proposition 6.27 Soit f : X → Y un morphisme de type fini entre schémas


noethériens. Alors f est non ramifié si et seulement si pour tout y de Y , la
fibre Xy est finie sur k(y), réduite, et l’extension finie k(x)/k(y) est séparable
pour tout x de Xy .

Exemples : a) Une extension de corps est non ramifiée (donc étale) si


et seulement si elle est finie et séparable.
46
net dans le langage des EGA.

82
b) Soit L une extension finie de Qp . Alors la notion usuelle d’extension
non ramifiée correspond au fait que le morphisme Spec OL → Spec Zp soit
non ramifié au sens de la définition 6.26. La situation est similaire pour une
extension finie de corps de nombres.
c) Une immersion fermée est non ramifiée. Une immersion ouverte est
étale. Les morphismes étales et les morphismes non ramifiés sont stables par
composition et changement de base.
d) Soit X le schéma affine Spec (k[x, y]/(y 2 − x)) et Y = A1k où k est
un corps de caractéristique différente de 2. Le morphisme f : (x, y) 7→ x
de X vers Y est étale partout sauf en (0, 0) (la fibre en 0 est isomorphe à
Spec (k[ε])). Noter que la fibre en a est le spectre d’un corps si a n’est pas
un carré dans k, isomorphe à Spec (k × k) sinon.

Voici une propriété importante des morphismes étales :

Proposition 6.28 Soit f : X → Y un morphisme étale entre schémas


noethériens. Soit x ∈ X et y = f (x). Alors :
a) On a dim OX,x = dim OY,y .
b) L’application tangente TX,x → TY,y ⊗k(y) k(x) est un isomorphisme.

Démonstration : Le a) résulte de la proposition 6.27 et du théorème 6.23.


Pour le b), on note qu’en posant A = OY,y et B = OX,x , on a d’après le
lemme 6.12 a) :

(My /M2y ) ⊗k(y) k(x) = (My ⊗A k(y)) ⊗k(y) k(x) = My ⊗A k(x)

et (Mx /M2x ) = Mx ⊗B k(x) ; comme f est non ramifié, on a Mx = My B et


comme f est plat on a My ⊗A B ≃ My B d’où Mx ⊗A k(x) = My ⊗A k(x).
Finalement (My /M2y ) ⊗k(y) k(x) ≃ Mx /M2x . C’est ce qu’on voulait.

Définition 6.29 Soit X un schéma de type fini sur un corps k. Soit k̄ une
clôture algébrique de k. On dit que X est lisse sur k si Xk̄ = X ×k k̄ est
régulier.

Par exemple, l’espace affine et l’espace projectif sur un corps k sont lisses
sur k. La lissité peut se tester via le critère jacobien (théorème 6.13 ) appliqué
à Xk̄ .

Proposition 6.30 Soit X un schéma de type fini sur un corps parfait k.


Alors X est lisse sur k si et seulement si X est un schéma régulier.

83
Démonstration : Soit x un point fermé de X, on peut choisir un point
fermé x′ de Xk̄ au-dessus de x. On va montrer que X est régulier en x
si et seulement si Xk̄ est régulier en x′ . Il suffit de le faire quand X =
Spec (k[T1 , ..., Tn ]/(P1 , ..., Pr )) est affine.
On commence par le cas où x a pour corps résiduel k. Les matrices ja-
cobiennes Jx et Jx′ sont alors les mêmes. D’après le théorème 6.23 appliqué
au morphisme plat Xk̄ → X (dont la fibre en x est de dimension zéro), on a
aussi dimx X = dimx′ Xk̄ . Le critère jacobien (théorème 6.13) donne alors le
résultat dans ce cas.
Passons au cas général. Soit k1 = k(x) le corps résiduel de x, qui est
une extension finie séparable de k. Soit x1 un point fermé de X1 = X ×k k1
au-dessus de x. D’après ce qui précède, il suffit de montrer que x1 est régulier
si et seulement si x est régulier. Mais ceci résulte de la proposition 6.28 car
comme k1 /k est finie séparable, la projection X1 → X est étale.

Remarque : Notons qu’on a montré un résultat un peu plus précis : X


est régulier en x ssi Xk̄ est régulier en x′ , où x′ est un point fermé de Xk̄
au-dessus de x. D’autre part, si X est lisse, X est régulier sans hypothèse
sur k. Cela résulte de ce que si f : X → Y est un morphisme plat et de type
fini entre schémas noethériens, la régularité de X implique celle de Y , voir
[Mat], 21D, théorème 51 (on peut aussi faire une preuve directe en adaptant
le critère jacobien au cas d’un point fermé quelconque).

Définition 6.31 Soit f : X → Y un morphisme de type fini entre schémas


localement noethériens. Soient x ∈ X et y = f (x). On dit que f est lisse en
x s’il est plat en x et si la fibre Xy est lisse sur k(y). On dit que f est lisse s’il
est lisse en tout point de X, lisse de dimension relative n si de plus toutes
les fibres non vides de f sont pures de dimension n.

Ainsi étale signifie exactement lisse de dimension relative zéro.

Theorème 6.32 Soit f : X → Y un morphisme lisse entre schémas locale-


ment noethériens. Supposons Y régulier. Alors X est régulier.

Démonstration : Soient x ∈ X et y = f (x). Posons m = dim OX,x et


n = dim OY,y . D’après le théorème 6.23, on a dimx Xy = m − n. Comme la
fibre Xy est lisse sur k(y), elle est en particulier régulière en x et on peut
engendrer l’idéal maximal de OXy ,x par m − n éléments b′n+1 , ..., b′m . Comme
OXy ,x = OX,x /My OX,x , on peut relever les b′i en des bi de Mx . On complète
avec des générateurs a1 , ..., an de My (en utilisant la régularité de OY,y ) pour

84
obtenir une famille de m générateurs de Mx avec les bi et les images des ai
dans OX,x .

Corollaire 6.33 Les morphismes lisses sont stables par changement de base
et composition.

7. Premières propriétés des OX -modules


Tout comme un schéma est obtenu en recollant des spectres d’anneaux,
un OX -module (X étant un schéma) va être un faisceau obtenu en recollant
des modules sur les OX (U) pour U ouvert affine de X. Cette généralisation
s’avère très fructueuse, par exemple pour étudier les plongements projectifs
des schémas ou pour caractériser les schémas affines au moyen de propriétés
cohomologiques. Ces dernières seront abordées à partir du chapitre 8.

7.1. Notion d’OX -module et d’OX -module cohérent


Définition 7.1 Soit X un schéma. Un OX -module (ou faisceau de modules
sur X) est un faisceau de groupes abéliens F sur X tel que pour tout ouvert
U de X, F (U) soit un module sur l’anneau OX (U), avec de plus compatiblité
entre les applications de restriction F (U) → F (V ) et OX (U) → OX (V ) si
V ⊂ U.

Un morphisme d’OX -modules est un morphisme F → G de faisceaux tel


que pour tout ouvert U de X, l’homomorphisme de groupes F (U) → G(U)
soit un homomorphisme de OX (U)-modules. Le noyau, l’image, et le conoyau
d’un tel morphisme sont alors des OX -modules. On définit de même la notion
de sous OX -module et de quotient d’un OX -module par un sous OX -module,
ou encore la somme directe d’une famille d’OX -modules. Un faisceau d’idéaux
sur X est un sous OX -module du faisceau structural OX .
Le produit tensoriel F ⊗OX G (ou simplement F ⊗ G si OX est sous-
entendu) est le faisceau associé au préfaisceau U 7→ F (U) ⊗OX (U ) G(U). Sa
fibre en un point P est FP ⊗OX,P GP . Un OX -module est libre (resp. libre de
(I) r
rang r) s’il est isomorphe à OX pour un certain ensemble I, (resp. à OX ),
localement libre (resp. localement libre de rang r) si X peut être recouvert
par des ouverts Ui tels que pour tout i, la restriction de F à Ui soit libre
(resp. libre de rang r). Un faisceau inversible est un faisceau localement libre

85
de rang 1 ; cette terminologie vient de ce que pour un tel F , le faisceau
G = HomOX (F , OX ) vérifie47 que F ⊗ G est isomorphe à OX .

Définition 7.2 Soit f : X → Y un morphisme de schémas. L’image directe


d’un OX -module F est le faisceau f∗ F , la structure de OY -module étant
donnée via le morphisme de faisceaux d’anneaux f # : OY → f∗ OX .
L’image inverse d’un OY -module G est définie par f ∗ G = f −1 G⊗f −1 OY OX .
Ici f −1 G est le faisceau associé au préfaisceau U 7→ limV ⊃f (U ) G(V ) et le
morphisme de faisceaux f −1 OY → OX vient de f # .

Soient A un anneau et M un A-module. Posons X = Spec A. On définit


un OX -module M f sur X exactement par le même procédé que pour définir
le faisceau structural OX . En particulier on a Mf(D(f )) = Mf = M ⊗A Af
pour tout f de A, et M f℘ = M℘ = M ⊗A A℘ pour tout ℘ de Spec A.
La proposition suivante résume les propriétés de base du foncteur M 7→
f.
M

Proposition 7.3 Soit X = Spec A un schéma affine.


L L
a) Pour toute famille (Mi ) de A-modules, on a ( Mi )e = fi
M
b) Pour tous A-modules M, N, on a (M ⊗A N) = Me f ⊗O N. e
X
e) =
c) Si f : Spec B → Spec A est un morphisme de schémas, alors f∗ (N
g
(A f = (M ⊗A B)e pour tout A-module M et tout B-module N, où
N) et f ∗ (M)
A N désigne N vu comme A-module.
d) Une suite de A-modules L → M → N est exacte si et seulement si la
suite correspondante de OX -modules Le→M f→N e est exacte.

Démonstration : a) et c) découlent immédiatement des définitions. b)


vient de ce que le produit tensoriel commute avec la localisation et de ce
que les ouverts principaux forment une base de la topologie de X. Enfin,
d) résulte de ce qu’une suite de A-modules L → M → N est exacte ssi la
suite localisée L℘ → M℘ → N℘ est exacte pour tout idéal premier ℘ de A
(”seulement si” vient de la platitude de A℘ sur A ; ”si” vient de ce qu’un
A-module P est nul si tous ses localisés aux idéaux premiers de A sont nuls
car alors pour tout x de P , l’annulateur de x n’est contenu dans aucun idéal
maximal de A).

47
Il s’agit ici du Hom interne : si F et F ′ sont deux faisceaux, alors le faisceau
Hom(F, F ′ ) est défini par Hom(F, F ′ )(U ) = Hom(F|U , F ′ |U ), ce dernier terme n’étant
pas la même chose que Hom(F(U ), F ′ (U )) en général.

86
Définition 7.4 Soit X un schéma. On dit qu’un OX -module F est un fais-
ceau quasi-cohérent si X peut être recouvert par des ouverts affines Ui =
fi
Spec Ai tels que pour tout i, la restriction de F à Ui soit isomorphe à M
48
pour un certain Ai -module Mi . Quand X est noethérien , on dit que F est
cohérent si on peut de plus prendre chaque Mi de type fini sur Ai .

Proposition 7.5 Soit X un schéma et F un OX -module. Alors F est quasi-


cohérent si et seulement si tout point x de X admet un voisinage ouvert U
tel qu’on ait une suite exacte de faisceaux sur U du type :
(J) (I)
OU → OU → F|U → 0

Si X est noethérien, alors F est cohérent ssi on peut de plus prendre l’en-
semble d’indices I fini (ou encore les ensembles d’indices I et J tous deux
finis49 ) dans la suite exacte ci-dessus.

Démonstration : Si F est quasi-cohérent, alors pour tout point x de X,


on peut trouver un ouvert affine U = Spec A de X et un A-module M tel que
f pour un certain A-module M. En
la restriction de F|U soit isomorphe à M
écrivant M comme quotient d’un module libre par l’image d’un module libre,
on obtient que F|U est quotient d’un OU -module libre via la proposition 7.3.
d). Supposons réciproquement que tout x de X admette un voisinage ouvert
U tel qu’on ait une suite exacte du type
(J) α (I)
(OX )|U → (OX )|U → F|U → 0

On peut supposer U affine. En posant M = coker (α(U)), la proposition 7.3,


f avec F|U car on a une suite exacte
a)et d) identifie alors M
(J) (I) f→ 0
(OX )|U → (OX )|U → M

(J) (I) α(U )


vu que OX (U) → OX (U) → coker (α(U)) → 0 est exacte.
La preuve de l’énoncé avec F cohérent est identique en remarquant que
sur un anneau noethérien, un sous-module d’un module de type fini est de
type fini.

48
On se limitera pour cette notion au cas noethérien, sinon il faudrait remplacer ”de
type fini” par ”de présentation finie” dans la définition.
49
Notons que ces définitions ”locales” sont les définitions originales, dues à Serre, des
faisceaux cohérents et quasi-cohérents.

87
Le théorème suivant (joint à la proposition 7.3) montre que sur un schéma
affine X = Spec A, on a une équivalence de catégories entre faisceaux quasi-
cohérents et A-modules (resp. faisceaux cohérents et A-modules de type fini
si A est noethérien).

Theorème 7.6 Soit X = Spec A un schéma affine et F un OX -module


quasi-cohérent. Alors il existe un A-module M tel que F ≃ M f. Supposons de
plus A noethérien ; alors M est de type fini si et seulement si F est cohérent.

Remarque : A isomorphisme près, le A-module M est déterminé par F :


c’est F (X).

Démonstration : Soit F quasi-cohérent sur X. On recouvre X par un


nombre fini d’ouverts affines (Ui ) tels que F|Ui = F (Ui )e. On va montrer que
pour tout f ∈ A, l’homomorphisme canonique

F (X)f = F (X) ⊗A Af → F (D(f ))

est un isomorphisme, ce qui montrera que F est isomorphe à F (X)e. Ceci est
tout à fait analogue à la preuve du lemme 2.7, b).
Posons Vi = Ui ∩ D(f ) = D(f|Ui ). On a un diagramme commutatif dont
les lignes sont exactes (la première en vertu de la platitude de A → Af ) :
L L
0 −−−→ F (X)f −−−→ i F (Ui )f −−−→ i,j F (Ui ∩ Uj )f
  
α γ β
y y y
L L
0 −−−→ F (D(f )) −−−→ i F (Vi ) −−−→ i,j F (Vi ∩ Vj )

Comme F|Ui ≃ F (Ui )e, l’application γ est un isomorphisme. En particulier


α est injective. Mais en appliquant alors ce résultat à chaque Ui ∩ Uj (qui
est lui-même affine car X est affine, donc séparé sur Spec Z ce qui permet
d’appliquer la proposition 5.6.), on obtient que β est injective. Par chasse au
diagramme, α est un isomorphisme.
Supposons maintenant A noethérien. Si M est un A-module de type fini,
f est cohérent par définition. Réciproquement, si F = M
alors M f est cohérent,
alors on recouvre X par un nombre fini d’ouverts affines principaux D(fi )
tels que chaque F (D(fi )) = Mfi soit un module de type fini sur Afi . Comme
Mfi = M ⊗A Afi , on peut trouver un sous-module N de type fini de M tel
que Mfi = N ⊗A Afi pour tout i. Alors le morphisme canonique N e →M f est
un isomorphisme car sa restriction à tout D(fi ) en est un.

88
Corollaire 7.7 Soient X un schéma et F un OX -module. Alors F est quasi-
cohérent si et seulement si pour tout ouvert affine U de X, on a F (U)e = F|U .
Si X est noethérien, alors F est cohérent si on a de plus (pour tout ouvert
affine U) F (U) de type fini sur OX (U).

Corollaire 7.8 a) Le noyau, l’image, et le conoyau d’un morphisme de fais-


ceaux quasi-cohérents sont encore quasi-cohérents.
b) Une somme directe de faisceaux quasi-cohérents est un faisceau quasi-
cohérent.
c) Le produit tensoriel de deux faisceaux quasi-cohérents est un faisceau
quasi-cohérent.
Quand X est noethérien, a) et c) valent en remplaçant quasi-cohérent par
cohérent ; de même pour b) si on se limite aux sommes directes finies.

Exemples : a) Tout faisceau localement libre est quasi-cohérent. Tout


faisceau localement libre de type fini sur un schéma noethérien est cohérent.
b) Si i : Y → X est une immersion fermée (avec X et Y noethériens),
alors i∗ OY est cohérent sur X. C’est un cas particulier du théorème 7.10
ci-dessous car une immersion fermée est un morphisme fini ; on peut le voir
directement en remarquant que si X = Spec A, alors Y = Spec (A/I) et A/I
est un A-module de type fini.
c) Si X est un schéma intègre de corps des fonctions K, alors le faisceau
constant K est quasi-cohérent, mais pas cohérent si X n’est pas réduit à un
point.
d) Soient X = Spec A avec A intègre, et U un ouvert strict de X. Soit j
l’immersion ouverte de U dans X. Alors l’OX -module j! OU (qu’on ne confon-
dra pas avec j∗ OU ) 50 n’est pas un faisceau quasi-cohérent sur X. En effet
(j! OU )(X) est le sous-module de OX (X) = A constitué des s dont la restric-
tion s℘ ∈ A℘ à tout ℘ 6∈ U est nulle. Comme A est intègre et X − U est non
vide, on obtient que (j! OU )(X) = 0 alors que (j! OU ) n’est pas le faisceau nul.
S’il était quasi-cohérent, le théorème 7.6 serait ainsi contredit.

7.2. Images directes et inverses


Il est naturel de se demander si l’image directe ou l’image inverse d’un
faisceau quasi-cohérent (resp. cohérent) est encore un faisceau quasi-cohérent
(resp. cohérent). Pour l’image inverse, tout se passe bien :
50
Rappelons que si F est un faisceau sur U , alors j! F est le faisceau associé au préfaisceau
V 7→ F(V ) si V ⊂ U , V 7→ {0} sinon ; en particulier on a (j! F)x = Fx si x ∈ U et
(j! F)x = 0 si x 6∈ U .

89
Proposition 7.9 Soit f : X → Y un morphisme de schémas. Si G est un
OY -module quasi-cohérent (resp. cohérent avec X, Y noethériens), alors f ∗ G
est un OX -module quasi-cohérent (resp. cohérent).

Démonstration : On se ramène immédiatement à X = Spec B et Y =


Spec A car si U et V sont des ouverts respectifs de X et Y avec f (U) ⊂ V ,
alors f ∗ G|U n’est autre que g ∗ (G|V ), où g : U → V est la restriction de f .
D’après le théorème 7.6, on a G = M f pour un certain A-module M (avec M
de type fini si G est supposé cohérent), d’où f ∗ G = (M ⊗A B)e, ce qui donne
le résultat.

Pour l’image directe, les choses sont plus compliquées. Sans hypothèse
forte, on ne peut espérer que l’image directe d’un faisceau cohérent soit
cohérent car si l’on prend f : Spec B → Spec A, un A-module peut être
de type fini sur B mais pas sur A. On verra plus tard que la situation est
meilleure pour un morphisme propre. Pour l’instant, on va se contenter de
montrer :

Theorème 7.10 Soit f : X → Y un morphisme de schémas. On suppose


X noethérien. Si F est un faisceau quasi-cohérent sur X, alors f∗ F est
quasi-cohérent. Si F est cohérent avec f fini et Y noethérien, alors f∗ F
est cohérent.

Démonstration : Le cas f fini est facile car comme f est affine, on peut
supposer X = Spec B et Y = Spec A, auquel cas la propriété résulte de ce
que pour tout B-module M, on a f∗ (M f) = (A M)e, avec M de type fini sur
A dès qu’il l’est sur B puisque B est un A-module de type fini.
Dans le cas général, on peut seulement supposer que Y = Spec A est af-
fine. Soit g ∈ A, on note h son image dans B := OX (X). Alors f∗ F (D(g)) =
F (Xh ), où Xh est l’ouvert de X constitué des points x tels que h(x) ∈ k(x)
soit non nul (cf. lemme 2.7, a)). Mais F (Xh ) est canoniquement isomorphe
à F (X)h par le même argument51 que dans la preuve du théorème 7.6. Fi-
nalement on obtient un isomorphisme de f∗ F (D(g)) sur F (X) ⊗B Bh =
F (X) ⊗A Ag (on a Bh = B ⊗A Ag ), ce qui montre que f∗ F est isomorphe à
F (X)e. Le résultat en découle.

51
L’important est que chaque Ui ∩ Uj soit quasi-compact avec (Ui ) recouvrement de X
par un nombre fini d’ouverts affines. Cela marcherait aussi avec f séparé et quasi-compact,
sans l’hypothèse X noethérien car alors Ui ∩ Uj resterait affine.

90
Exemple : Soient X un schéma et Y un sous-schéma fermé de X,
associé à une immersion fermée i : Y → X. Le faisceau d’idéaux FY associé
à Y est le noyau du morphisme d’OX -modules OX → i∗ OY . D’après ce
qui précède, FY est quasi-cohérent, et si X est noethérien FY est cohérent.
Réciproquement tout faisceau quasi-cohérent d’idéaux sur X est de la forme
FY pour un certain sous-schéma fermé Y : en effet on prend pour Y le
support52 du faisceau quotient OX /F ; il suffit alors de vérifier que (Y, OX /F )
est un sous-schéma fermé, et pour cela on peut supposer que X = Spec A,
auquel cas cela résulte du théorème 7.6 qui dit que F = Ie pour un certain
idéal I de A (noter que (A/I)℘ est non nul si et seulement si ℘ ⊃ I). On
retrouve en particulier que les sous-schémas fermés de Spec A correspondent
bijectivement aux idéaux I de A via I 7→ Spec (A/I).

7.3. Suites exactes et faisceaux quasi-cohérents


Le résultat suivant est important, mais sa démonstration la plus naturelle
repose sur la cohomologie des faisceaux. Nous allons donc pour l’instant nous
limiter à l’énoncer. Le lecteur pourra vérifier que sa démonstration ultérieure
n’utilise aucun résultat qui en dépend.
Theorème 7.11 Soit X un schéma affine. Alors pour toute suite exacte
0→F →G→H→0
d’OX -modules avec F quasi-cohérent, la suite des sections globales
0 → F (X) → G(X) → H(X) → 0
est exacte.
Il est possible de donner une preuve directe de ce résultat via le lemme
suivant, qui est une variante du lemme 7.15 prouvé plus bas : si s est une
section de H sur un ouvert principal D(f ), qui se relève en une section t de
G(D(f )), alors il existe n > 0 tel que f n .s se relève en une section de G sur
X tout entier. On verra aussi que la propriété du théorème 7.11 caractérise
les schémas affines parmi les schémas noethériens.
Corollaire 7.12 Soit X un schéma et soit
0→F →G→H→0
une suite exacte de OX -modules. Si deux des faisceaux F , G, H sont quasi-
cohérents, alors le troisième l’est aussi. La même propriété vaut avec cohérent
si X est noethérien.
52
Le support d’un faisceau F sur X est l’ensemble des points x de X tel que Fx 6= {0}.

91
Démonstration : la seule chose qui reste à démontrer est que si F et H
sont quasi-cohérents (resp. cohérents avec X noethérien), alors G est quasi-
cohérent (resp. cohérent). Le corollaire 7.7 permet de se ramener au cas où
X = Spec A est affine. D’après le théorème 7.11 et la proposition 7.3 d), on
a un diagramme commutatif de faisceaux dont les lignes sont exactes :

0 −−−→ F (X)e −−−→ G(X)e −−−→ H(X)e −−−→ 0


  
  
y y y
0 −−−→ F −−−→ G −−−→ H −−−→ 0
où les flèches verticales viennent de l’homomorphisme canonique

F (X)f = F (X) ⊗OX (X) OX (X)f → F (D(f ))

pour tout ouvert principal D(f ) de X. Si F et H sont quasi-cohérents, alors la


première et la troisième flèche verticale sont des isomorphismes, donc aussi la
deuxième, ce qui montre que G est quasi-cohérent. Si F et H sont cohérents,
alors G l’est aussi car une extension d’un module de type fini par un module
de type fini est encore de type fini.

7.4. Faisceaux quasi-cohérents sur Proj S


De manière analogue au cas d’un schéma affine Spec A, on a une cor-
respondance entre les faisceaux quasi-cohérents sur Proj S et les S-modules
gradués, mais celle-ci est plus compliquée. L’un des buts de ce paragraphe
est d’arriver à la description des sous-schémas fermés de Proj S quand S est
un anneau de polynômes.
Dans tout ce paragraphe, S désigne un anneau gradué vérifiant : S est
engendrée comme S0 -algèbre par une famille finie d’éléments de S1 . Typique-
ment, S peut être un quotient de l’anneau gradué A[X0 , ..., Xn ] avec S0 = A.
L
Soit M = n∈Z Mn un S-module gradué (i.e. Sn .Mm ⊂ Mn+m ). On
définit un OX -module M f sur Proj S de la même façon 53 qu’on a défini OX
(en remplaçant partout S par M). En particulier M f℘ = M(℘) pour tout
℘ ∈ Proj S, et M f|D (f ) = Mg (f ) pour tout élément homogène f de S ; ici M(℘)
+
désigne le sous-module des éléments homogènes de degré zéro du localisé de
M par rapport aux éléments homogènes non dans ℘, et M(f ) est le sous-
module des éléments de degré zéro du localisé Mf . Ainsi M f est un faisceau
53
On fera attention que la notation est la même que pour le faisceau associé à un A-
module sur Spec A ; le contexte permet en général de ne pas confondre.

92
quasi-cohérent sur X (puisque les D+ (f ) forment une base de la topologie),
et il est cohérent si on suppose de plus X noethérien et M de type fini sur
S. Il faut noter que contrairement au cas f
L affine, le faisceau
L M ne détermine
pas le module M : par exemple si M = n≥0 Mn et N = n≥n0 Mn pour un
certain n0 > 0, alors M f=N e car M(f ) = N(f ) pour tout élément homogène f
de S+ . Pour pallier cette difficulté, on est amené à introduire des faisceaux
tordus.

Définition 7.13 Soit X = Proj S. Pour tout n ∈ Z, on pose OX (n) = S(n), g


où S(n) désigne le module gradué S avec la graduation ”décalée” suivant la
formule S(n)d = Sn+d . Pour tout OX -module F , on pose de même F (n) =
F ⊗OX OX (n).

Proposition 7.14 Le faisceau OX (n) est inversible. Pour tout S-module


g = M(n)
gradué M, on a M(n) f ; par exemple OX (m) ⊗ OX (n) = OX (m + n).

Démonstration : Comme S est engendré par S1 comme S0 -algèbre, les


D+ (f ) avec f de degré 1 recouvrent Proj S (en effet l’idéal de S engendré par
les f de degré 1 est S+ tout entier). Pour vérifier que OX (n) est inversible,
il suffit donc de voir que pour tout f ∈ S1 , le S(f ) -module S(n)(f ) est libre
de rang 1. Or on obtient un isomorphisme de S(n)(f ) sur S(f ) en envoyant
s sur f −n s. De même, le second énoncé vient de ce que (M ⊗S N)(f ) =
M(f ) ⊗S(f ) N(f ) pour tout f de S1 .

On aimerait maintenant décrire les faisceaux quasi-cohérents et cohérents


sur Proj S. On ne peut pas comme dans le cas affine utiliser seulement les
sections globales du faisceau OX puisque par exemple pour X = Pnk , on n’ob-
tient que les constantes. Par contre on va voir que l’utilisation des faisceaux
tordus va donner ce qu’on veut.
Le lemme suivant est crucial. Si L est un OX -module inversible, on notera
Ln pour L⊗n , et de même sn pour s⊗n , si s est une section de L sur X. On
note également Xs l’ouvert de X constitué des x tel que sx OX,x = Lx . Notons
que dans le cas L = OX , cette notation est cohérente avec celle du lemme 2.7.

Lemme 7.15 Soit X un schéma noethérien.54 Soient F un faisceau quasi-


cohérent sur X et L un faisceau inversible sur X. On fixe des sections f ∈
F (X) et s ∈ L(X).
a) Si la restriction de f à Xs est nulle, alors il existe n > 0 tel que
f ⊗ sn = 0 dans (F ⊗ Ln )(X).
54
Cela marcherait aussi avec X séparé et quasi-compact.

93
b) Soit g ∈ F (Xs ). Alors il existe n0 > 0 tel que pour tout n ≥ n0 ,
g ⊗ (sn|Xs ) se relève en une section de (F ⊗ Ln )(X).

Démonstration : On commence par recouvrir X par un nombre fini


d’ouverts affines X1 , ..., Xr tels que la restriction de L à chaque Xi soit le
faisceau libre engendré par un élément ei de L(Xi ) ; on peut alors trouver
hi ∈ OX (Xi ) tel que si = hi ei , où si est la restriction de s à Xi . Ainsi Xs ∩ Xi
est simplement l’ouvert principal D(hi ) de Xi .
Prouvons a). L’hypothèse implique que la restriction de f à D(hi ) ⊂ Xi
est nulle. Ainsi il existe n > 0 tel que la restriction fi de f à Xi vérifie
hni fi = 0 : en effet ceci résulte immédiatement de F|Xi = F (Xi )e (c’est ici
que l’on utilise le fait que F est quasi-cohérent). Alors la restriction à Xi de
f ⊗ sn est
fi ⊗ sni = hni fi ⊗ eni = 0
Ainsi f ⊗ sn est nulle puisque sa restriction à tous les Xi est nulle.
Prouvons b). On peut trouver m > 0 tel que pour tout i, la restriction gi
de g à D(hi ) = Xs ∩ Xi ⊂ Xi vérifie hm i gi = fi avec fi ∈ F (Xi ) (toujours
parce que F|Xi = F (Xi)e). Posons ti = fi ⊗ em m
i ∈ (F ⊗ L )(Xi ). Alors ti et
tj coı̈ncident sur Xs ∩ Xi ∩ Xj car la restriction de ti à D(hi ) = Xi ∩ Xs est
hm m m m
i gi ⊗ ei = gi ⊗ si = (g ⊗ s )|D(hi ) . D’après a) appliqué à chaque Xi ∩ Xj
(qui est noethérien55 ), il existe q > 0 tel que la restriction de (ti − tj ) ⊗ sq
à Xi ∩ Xj soit nulle. En posant n0 = m + q, on voit alors que pour n ≥ n0 ,
les sections ti ⊗ sq+n−n0 de (F ⊗ Ln )(Xi ) se recollent en une section t de
(F ⊗ Ln )(X) dont la restriction à Xs coı̈ncide avec celle de g ⊗ sn , vu que sa
n−m
restriction à chaque Xs ∩ Xi est (gi ⊗ sm i ) ⊗ si = gi ⊗ sni .

Définition 7.16 Soit X un schéma. On dit qu’un OX -module F est en-


gendré par ses sections globales s’il existe une famille (si ) dans F (X) telles
que pour tout x de X, la famille (si )x engendre Fx . Il est équivalent de dire
que F est un quotient d’un OX -module libre.

Par exemple OX (−1) n’est pas engendré par ses sections globales si X
est l’espace projectif sur un corps k car la seule section globale est nulle. Un
faisceau quasi-cohérent sur un schéma affine est engendré par ses sections
globales d’après le théorème 7.6

Définition 7.17 Soient X un schéma projectif sur un anneau A et i : X →


PdA une immersion fermée. On pose alors OX (n) = i∗ OPdA (n) (l’immersion i
55
Notons que si X était supposé séparé, on saurait même que Xi ∩ Xj est affine.

94
étant sous-entendue). Si F est un OX -module, on pose aussi F (n) = F ⊗OX
OX (n).

Theorème 7.18 Soient X un schéma projectif sur un anneau noethérien A


et F un faisceau cohérent sur X. Alors il existe un entier positif n0 tel que
pour tout n ≥ n0 , le faisceau F (n) est engendré par un nombre fini de ses
sections globales.

Démonstration : Pour une immersion fermée f : X → PdA , on sait que


f∗ F est cohérent par le théorème 1.13, et d’autre part f∗ (F (n)) = (f∗ F )(n).
Comme les sections globales de f∗ (F (n)) sur PdA sont celles de F (n) sur X,
il suffit de montrer le théorème pour X = PdA .
On recouvre alors X par les ouverts affines Ui = D+ (Ti ). Alors chaque
F (Ui ) est engendré par un nombre fini de sections gij . D’après le lemme 7.15
(appliqué à L = OX (1), s = Ti , g = gij , ce qui donne Ls = Ui ), on peut
trouver n0 > 0 tel que pour n ≥ n0 , chaque gij ⊗ Tin soit la restriction à Ui
d’une section globale de F (n). Comme F (n)(Ui ) est engendré par les gij ⊗Tin ,
le théorème est prouvé.

On en déduit le

Corollaire 7.19 Soit X un schéma projectif sur un anneau A noethérien et


F un faisceau cohérent sur X. Alors il existe m ∈ Z et r ≥ 1 tels que F soit
un quotient de OX (m)r .

Démonstration : On choisit n entier tel que G := F (n) soit engendré par


un nombre fini de sections globales. On obtient ainsi F (n) comme quotient
N
de OX , d’où le résultat en tensorisant par OX (−n).

Nous retrouverons les faisceaux inversibles et leur lien avec les plonge-
ments projectifs au paragraphe suivant.
Pour avoir l’analogue projectif du théorème 7.6, on introduit maintenant
un module gradué associé à un OX -module sur Proj S.

Définition 7.20 Soit X = Proj S. Pour tout OX -module F , on définit le


S-module gradué : M
Γ∗ (F ) = Γ(X, F (n))
n∈Z

95
Noter que si s ∈ Sd et t ∈ Γ(X, F (n)), alors on peut voir s comme une section
globale de OX (d), donc s.t ∈ Γ(X, F (n+d)) a un sens vu que OX (d)⊗F (n) =
F (n + d).

Proposition 7.21 Soit X = Proj S, où S est un anneau gradué engendré


par un nombre fini d’éléments de S1 comme S0 -algèbre. Soit F un faisceau
quasi-cohérent sur X. Alors F est isomorphe à Γ∗ (F )e.

Démonstration : Soit s ∈ S1 . Posons M = Γ∗ (F ) et U = D+ (s). On va


définir un isomorphisme canonique ϕs de M(s) sur F (U). Soit s−n t ∈ M(s)
avec t ∈ F (n)(X). La restriction de t à U s’écrit de manière unique sn ⊗g avec
g ∈ F (U) car (sn ) est une base de OX (n)(U) sur OX (U). On pose ϕs (s−n t) =
g. On applique alors le lemme 7.1556 au faisceau inversible L = OX (1) et à
sa section globale s (en particulier Ls = U). D’après le b), l’application ϕs
est surjective : en effet si g ∈ F (U), il existe m > 0 tel que g ⊗ sm se relève
en une section t0 de F (m)(X) et on a alors ϕs (s−m t0 ) = g. De même, le a)
du lemme 7.15 donne que ϕ est injective. On définit ainsi57 un isomorphisme
de M f sur F vu que les D+ (s) avec s de degré 1 recouvrent X.

Dans le cas d’un anneau de polynômes, on sait de plus décrire Γ∗ (OX ) :

Proposition 7.22 Soient A un anneau et S = A[T0 , ..., Td ] l’anneau gradué


associé. Soit X = Proj S. Alors Γ∗ (OX ) = S.

Démonstration : Il s’agit de montrer que OX (n)(X) = Sn si n ≥ 0 et


OX (n)(X) = 0 si n < 0. On peut supposer d ≥ 1, le cas d = 0 étant trivial.
Soit B := A[T0 , ..., Td , T0−1, ..., Td−1 ]. Alors une section globale de OX (n)(X)
est en particulier un élément f de B qui est dans T1n OX (D+ (T1 )), donc f
n’a pas de T0 au dénominateur ; comme f est aussi dans T0n OX (D+ (T0 )), on
voit que f doit être un polynôme homogène de degré n si n ≥ 0, et f = 0 si
n < 0. Réciproquement un tel f est bien dans OX (n)(X).

En combinant ceci avec la proposition 7.21, on obtient enfin la description


des sous-schémas fermés de Proj S quand S est un anneau de polynômes
homogènes :
56
Les hypothèses sont bien satisfaites car X est séparé, et quasi-compact vu que S1 est
engendré par un nombre fini d’éléments de S0 donc un nombre fini de D+ (s) recouvrent
X.
57
Pour être complet on vérifiera que si s′ ∈ S1 , alors ϕs et ϕs′ coı̈ncident sur l’ouvert
affine D+ (s) ∩ D+ (s′ ) = D+ (ss′ ), bien que ss′ ne soit pas de degré 1.

96
Theorème 7.23 Soient A un anneau, S = A[T0 , ..., Tn ] et X = Proj S.
Alors tout sous-schéma fermé Z de X est de la forme Proj (S/I), où I est
un idéal homogène de S. En particulier, tout schéma projectif sur A est de
la forme Proj T , où T est une algèbre homogène de type fini sur A.

Démonstration : Soit I le faisceau d’idéaux correspondant à Z. Alors I


est quasi-cohérent. Posons I = Γ∗ (I) ; la proposition 7.21 dit que I = I.e Or
I est un sous-module homogène de Γ∗ (OX ) parce que le foncteur ”sections
globales” est exact à gauche et le foncteur de décalage est exact. Ainsi I est
un idéal homogène de S d’après la proposition 7.22, d’où le résultat.

7.5. Faisceaux amples et très amples


La notion de faisceau inversible ample sur un schéma est étroitement liée
aux morphismes de ce schéma vers les schémas projectifs. On a tout d’abord
la proposition simple suivante qui relie morphismes vers PdA et faisceaux
engendrés par leurs sections globales :
Proposition 7.24 Soient A un anneau et Y := PdA = Proj (A[T0 , ..., Td ]).
Soit X un A-schéma.
a) Soit f : X → Y un morphisme de A-schémas. Alors f ∗ OY (1) est un
faisceau inversible sur X, engendré par d + 1 sections globales.
b) Réciproquement, si L est un faisceau inversible sur X engendré par
s0 , ..., sd , alors il existe un unique A-morphisme f : X → Y tel que L ≃
f ∗ OY (1) et f ∗ Ti s’identifie à si via cet isomorphisme.

Démonstration : a) Le faisceau OY (1) est engendré par les sections glo-


bales T0 , ..., Td+1 , qui induisent par définition des sections globales s0 , ..., sd+1
de f ∗ OY (1). Comme pour tout x de X d’image y par f , la fibre (f ∗ OY (1))x
est OY (1)y ⊗OY,y OX,x , il est immédiat que les fibres de s0 , ..., sd+1 en x en-
gendrent (f ∗ OY (1))x .
b) Avec les notations du lemme 7.15, le schéma X est recouvert par les
ouverts Xsi (sinon il existerait x tel que toutes les restrictions si,x soient
dans Mx Lx , et ces si,x ne pourraient pas engendrer Lx ). Pour tout i, on
définit alors fi : Xsi → D+ (Ti ) via l’homomorphisme d’anneaux qui envoie
Tj /Ti sur sj /si (intuitivement cela signifie juste qu’on envoie le point de
”coordonnées” homogènes (s0 , ..., sd ) sur (t0 , ..., td )). Les morphismes fi et
fj se recollent alors en f : X → Y qui vérifie clairement les conditions
demandées. L’unicité est évidente.

97
Définition 7.25 Soit A un anneau noethérien. Une immersion (A étant
sous-entendu) X → PdA est la composée u ◦ j d’une A-immersion ouverte
j : X → X ′ et d’une A-immersion fermée u : X ′ → PdA . On dit qu’un
morphisme f : X → Spec A est quasi-projectif s’il existe une immersion
i : X → PdA tel que f = p ◦ i, où p : PdA → Spec A est la projection.

Notons que les immersions propres sont les immersions fermées. La no-
tion d’immersion peut aussi se voir de façon un peu différente via le lemme
suivant :

Lemme 7.26 Soient A un anneau noethérien et Y := PdA . Soit u : X →


U une immersion fermée et j : U → Y une immersion ouverte. Alors le
morphisme i := j ◦ u est une immersion de X dans Y .

Démonstration : L’OY -module i∗ OX est un faisceau quasi-cohérent sur Y


d’après le théorème 7.10. De ce fait le noyau de f # : OY → f∗ OX est un faisceau
quasi-cohérent d’idéaux sur Y , correspondant à un sous-schéma fermé58 Z de Y .
Soit g : Z → Y l’immersion fermée correspondante. Le fermé Z est le support de
OY / ker f # (cf. exemple après le théorème 7.10) ce qui fait que l’image ensembliste
de f est incluse dans Z (si y = f (x) avec x ∈ X et y ∈ Y , alors l’homomorphisme
d’anneaux OY,y → (f∗ OX )y induit par f # n’est pas nul vu que l’anneau OX,x est
non nul). D’autre part on a vu que OZ = OY / ker f # , ce qui fait (en factorisant f #
par son noyau) qu’il existe un morphisme v : X → Z tel que f = g ◦ v. Enfin f (X)
est dense dans Z : en effet si Spec A est un ouvert affine non vide de Z et Spec B un
ouvert affine de X dont l’image est incluse dans Spec A, alors Spec B → Spec A est
dense car A → B est injectif par construction et le lemme 2.9 s’applique (Toutes
ces propriétés sont d’ailleurs des propriétés générales de l’adhérence schématique,
cf. [L], exercice 2.3.17.).
Maintenant comme u est une immersion fermée et j une immersion ouverte, le
morphisme de faisceaux f # est surjectif, ce qui fait que v # est un isomorphisme.
Ensemblistement v(X) = f (X) est dense dans Z ; en particulier f (X) est ici dense
dans Z∩U mais il est aussi fermé dans Z∩U car f (X) est fermé dans U . Finalement
v(X) = Z ∩ U est bien un ouvert de Z et v est une immersion ouverte.

Définition 7.27 Soit f : X → Spec A un morphisme. On dit qu’un faisceau


inversible L sur X est très ample (relativement à f ) s’il existe une immersion
i : X → PdA telle que L ≃ OX (1) := i∗ OPdA (1).

De façon équivalente, L est très ample s’il est engendré par un nombre
fini de sections globales telles que le morphisme X → PdA associé comme
58
On dit que Z est l’adhérence schématique de i(X) dans Y .

98
dans la proposition 7.24 soit une immersion (en particulier cela implique que
f est quasi-projectif). D’autre part, un A-schéma est projectif si et seule-
ment s’il est propre sur Spec A et admet un faisceau très ample pour le
morphisme structural (mais il peut y avoir plusieurs faisceaux très amples
non isomorphes).
L’inconvénient de la définition d’un faisceau très ample est qu’elle dépend
du morphisme f . On a souvent intérêt à travailler avec la notion un peu plus
faible (mais ”absolue”) suivante :

Définition 7.28 Soient X un schéma noethérien et L un faisceau inversible


sur X. On dit que L est ample si pour tout faisceau cohérent F sur X, il
existe un entier n0 ≥ 1 tel que pour tout n ≥ n0 , le faisceau F ⊗ L⊗n soit
engendré par ses sections globales.

Exemples : a) D’après le théorème 7.18, un faisceau très ample associé


à un morphisme propre X → Spec A est ample. Cette propriété reste en fait
vraie si le morphisme X → Spec A est seulement supposé de type fini sur un
anneau noethérien A ; ceci se démontre en se ramenant au cas propre, via le
fait (non trivial) que si X est un schéma noethérien, U un ouvert de X et F
un faisceau cohérent sur U, alors il existe un faisceau cohérent sur X dont la
restriction à U est F (cf. [H], p.154 et exercice II.5.15, ou encore l’examen
du 01/02/2008 sur mon site web).
b) Tout faisceau inversible sur un schéma affine est ample car tout faisceau
cohérent est engendré par ses sections globales.
c) Si L est ample, alors Ln est ample pour tout n > 0 par définition.
Réciproquement s’il existe n > 0 tel que Ln soit ample, alors L est ample
car si F est un faisceau cohérent sur X, alors il existe pour chaque F ⊗ Li
(0 ≤ i ≤ n − 1) un entier ni tel que F ⊗ Li ⊗ Lrn soit engendré par ses
sections globales si n ≥ ni . Alors N = max ni vérifie que F ⊗ Ls est engendré
par ses sections globales si s ≥ N.
d) Si X = PdA , alors le faisceau OX (n) est très ample (resp. ample) si et
seulement si n > 0 : en effet pour n ≤ 0, OX (−1) ⊗ OX (mn) = OX (mn − 1)
n’est pas engendré par ses sections globales si m > 0 (la seule section globale
est la section nulle) donc OX (n) n’est pas ample si n ≤ 0 ; mais si n > 0,
N −1
on obtient une immersion fermée i : X → PA telle que i∗ O(1) = O(n) en
considérant le morphisme associé (comme dans la proposition 7.24) aux sec-
tions globales constituées des monômes unitaires de degré n de A[T0 , ..., Td ],
d
où N := Cn+d .
L’avantage de la notion ”ample” est que c’est en quelque sorte une version
stable de très ample via le théorème suivant :

99
Theorème 7.29 Soit X un schéma de type fini sur un anneau noethérien
A. Soit L un faisceau ample sur X. Alors il existe m > 0 tel que Lm soit très
ample (relativement au morphisme structural X → Spec A).
On commence par prouver :

Lemme 7.30 Soit x ∈ X. Il existe n > 0 (dépendant de x) et une section


s ∈ Ln (X) tel que Xs (défini comme dans le lemme 7.15) soit un voisinage
ouvert affine de x.

Démonstration : Soit U un ouvert affine de X contenant x tel que la


restriction de L à U soit libre. On écrit le fermé X − U comme associé à
un faisceau d’idéaux I. Pour tout n ≥ 1, le faisceau I ⊗ Ln s’identifie (par
platitude locale de Ln sur OX ) au sous faisceau ILn de Ln . Par amplitude
de L, on en déduit que ILn est engendré pour n assez grand par ses sections
globales. En particulier il existe une section globale 59 s de ILn (X) ⊂ Ln (X)
telle que sx engendre (ILn )x = Lnx (rappelons que x 6∈ X − U). Ainsi x ∈ Xs .
D’autre part Xs ⊂ U car si y ∈ Xs , alors (ILn )y rencontre l’ensemble des
générateurs de Lny (via sy ) donc y ne peut pas être dans X − U. En écrivant
L|U = eOU et s|U = eh avec h ∈ OX (U), on obtient que Xs est l’ouvert affine
principal D(h) de U, donc Xs est affine.

Preuve du théorème 7.29 : Comme X est noethérien, on peut le re-


couvrir par un nombre fini de Xsi comme dans le lemme précédent. On peut
également supposer que si ∈ Ln (X) pour un n indépendant de i (quitte à
remplacer les si par des puissances), et même que n = 1 (car si on prouve
la propriété voulue pour Ln , on l’aura pour L). On sait que OX (Xsi ) est en-
gendré comme A-algèbre par une famille finie (fij ) parce que X est de type
fini sur A et Xsi est affine. D’après le lemme 7.15 b) appliqué à L et F = OX ,
il existe r ≥ 1 tel que chaque fij ⊗ sri soit la restriction à Xsi d’une section
sij de Lr sur X.
Maintenant les sri engendrent Lr (car les Xsi recouvrent X) donc a for-
tiori aussi les sri et les sij . Ceci permet de définir un morphisme π : X →
Proj (A[Si , Sij ]) comme dans la proposition 7.24. L’homomorphisme corres-
pondant O(D+ (Si )) → OX (Xsi ) est surjectif car il envoie Sij /Si sur fij . Ainsi
π est une immersion fermée de X dans l’ouvert U ⊂ Proj (A[Si , Sij ]) réunion
des D+ (Si ), ce qui montre via le lemme 7.26 que π est une immersion et Lr
est très ample.
59
Bien que ILn ne soit a priori pas un faisceau inversible, il est localement libre de rang
1 en x ce qui suffit à l’engendrer en x par une seule section globale.

100
Corollaire 7.31 Soit f : X → Spec A un morphisme de type fini avec A
noethérien. Alors f est quasi-projectif si et seulement s’il existe un faisceau
ample sur X.

Notons la force de la notion de faisceau ample qui, bien qu’absolue, permet


de déduire des renseignements sur le morphisme f . Si on suppose de plus f
propre, le corollaire dit que f est projectif si et seulement si X admet un
faisceau ample. Noter aussi que le fait que f soit séparé fait partie du résultat
(et non des hypothèses).

Démonstration : Supposons qu’on ait un faisceau ample L sur X. Alors


d’après le théorème 7.29, il existe n > 0 tel que Ln soit très ample, ce qui
implique par définition que f est quasi-projectif. Réciproquement, si X est
quasi-projectif, le faisceau OX (1) (associé à une immersion X → PdA ) est très
ample, donc ample.

8. Cohomologie des faisceaux


Il y a plusieurs façons de définir la cohomologie des faisceaux sur un
schéma X. Nous prendrons ici la définition via les foncteurs dérivés, qui a
l’avantage d’être très générale et bien adaptée pour les questions théoriques.
Son inconvénient 60 est qu’elle n’est pas adaptée pour faire des calculs ; on
aura donc besoin également de la définition par la cohomologie de Čech.

8.1. Rappels d’algèbre homologique


Dans ce paragraphe, on va se borner à rappeler sans démonstration quelques
résultats d’algèbre homologique. Une bonne référence est [W]. On travaille
dans une catégorie abélienne A. Le lecteur non familier avec cette notion
pourra supposer qu’il s’agit d’une des catégories suivantes (qui seront les
seules qui nous intéresseront) :
– La catégorie Ab des groupes abéliens.
– La catégorie Mod(A) des modules sur un anneau A.
– La catégorie Ab(X) des faisceaux de groupes abéliens sur un espace
topologique X.
60
Outre le fait que faute de temps, on devra admettre les résultats généraux d’algèbre
homologique...

101
– La catégorie Mod(X) des OX -modules sur un espace annelé (par ex.
un schéma) X.
– La catégorie Qco(X) des faisceaux quasi-cohérents sur un schéma X.
– La catégorie Coh(X) des faisceaux cohérents sur un schéma X.

Définition 8.1 Un complexe A• dans une catégorie abélienne A est une


famille d’objets Ai , i ∈ Z et de morphismes (appelés cobords) di : Ai → Ai+1
tels que di+1 ◦ di = 0 pour tout i (si les objets ne sont précisés que sur un
certain intervalle, ex. i ≥ 0, on pose Ai = 0 pour les autres i). Un morphisme
de complexes f : A• → B • est une famille de morphismes f i : Ai → B i qui
commutent avec les cobords di .

Définition 8.2 Le i-ième objet de cohomologie d’un complexe A• est défini


par hi (A• ) = ker di /Im di−1 . Si f : A• → B • est un morphisme de complexes,
il induit une flèche naturelle hi (f ) : hi (A• ) → hi (B • ). Si

0 → A• → B • → C • → 0

est une suite exacte courte de complexes, on a des flèches naturelles δ i :


hi (C • ) → hi+1 (A• ) qui donnent naissance à une longue suite exacte
δi
... → hi (A• ) → hi (B • ) → hi (C • ) → hi+1 (A• ) → ...

Définition 8.3 On dit que deux morphismes de complexes f, g sont homo-


topes (et on écrira f ∼ g) s’il existe une famille de morphismes k i : Ai → B i−1
(ne commutant pas forcément avec les di ) tels que f − g = dk + kd. Si f ∼ g,
les morphismes hi (f ) et hi (g) induits sur la cohomologie sont les mêmes. Deux
complexes A• et B • sont homotopes s’il existe des morphismes f : A• → B •
et g : B • → A• tels que f ◦ g et g ◦ f soient homotopes à l’identité (dans ce
cas la cohomologie des deux complexes est la même).

Définition 8.4 Soient A et B deux catégories abéliennes. Un foncteur co-


variant F : A → B est dit additif si pour tous objets A, A′ de A, l’appli-
cation induite Hom(A, A′ ) → Hom(F (A), F (A′)) est un homomorphisme de
groupes abéliens. Un tel F est dit exact à gauche (respectivement à droite)
si pour toute suite exacte

0 → A′ → A → A′′ → 0

dans A, la suite 0 → F (A′ ) → F (A) → F (A′′ ) (respectivement la suite


F (A′ ) → F (A) → F (A′′ ) → 0) est exacte. On a des définitions analogues
pour les foncteurs contravariants.

102
Exemples : a) Dans une catégorie abélienne A, le foncteur Hom(A, .)
(où A est un objet de A) est covariant et exact à gauche de A dans Ab. Le
foncteur Hom(., A) est contravariant et exact à gauche.
b) Si A est un anneau et M un A-module, le foncteur N → N ⊗A M est
covariant et exact à droite de Mod(A) dans Mod(A). Dire que M est plat
signifie que ce foncteur est exact.

Définition 8.5 Un objet I d’une catégorie abélienne A est injectif si le fonc-


teur Hom(., I) est exact. On dit que A a assez d’injectifs si tout objet est
isomorphe à un sous-objet d’un objet injectif. Si c’est le cas, tout objet A
admet une résolution injective, i.e. il existe un complexe I • (défini en degrés
i ≥ 0) et un morphisme A → I 0 tels que tous les objets de I • soient injectifs
et qu’on ait une suite exacte

0 → A → I 0 → I 1 → ...

(deux résolutions injectives sont homotopes).

Définition 8.6 Soit A une catégorie abélienne avec assez d’injectifs. Soit
F : A → B un foncteur covariant exact à gauche. Les foncteurs dérivés (à
droite) Ri F, i ≥ 0 sont définis de la manière suivante : pour tout objet A de
A, on fixe une résolution injective I • de A et on pose

Ri F (A) = hi (F (I • ))

(c’est indépendant de la résolution choisie à isomorphisme de foncteurs ad-


ditifs près). Le foncteur F est isomorphe à R0 F et on a Ri F (I) = 0 si I est
injectif.

Les foncteurs dérivés ont les propriétés suivantes :


a) Pour toute suite exacte

0 → A′ → A → A′′ → 0 (3)

on a des morphismes naturels δ i : Ri F (A′′ ) → Ri+1 F (A′ ) qui induisent une


longue suite exacte
δi
... → Ri F (A′ ) → Ri F (A) → Ri F (A′′ ) → Ri+1 F (A′ ) → ...

b) Si on se donne un morphisme de la suite exacte courte (3) dans une


autre suite exacte courte 0 → B ′ → B → B ′′ → 0, alors les δ i induisent un

103
diagramme commutatif61
δi
Ri F (A′′ ) −−−→ Ri+1 F (A′ )
 
 
y y
δi
Ri F (B ′′ ) −−−→ Ri+1 F (B ′ )

c) Si (J j )j≥0 est une famille d’objets acycliques pour le foncteur F (i.e.


tels que Ri F (J j ) = 0 pour tout i > 0) induisant une résolution

0 → A → J 0 → J 1 → ...

d’un objet A, alors pour tout i ≥ 0, on a Ri F (A) ≃ hi (F (J • )) (ainsi on


peut calculer les foncteurs dérivés en utilisant des résolutions acycliques, pas
forcément injectives).
Un résultat général d’algèbre 62 ([W], 2.3.) dit que si A est un anneau,
alors tout A-module est isomorphe à un sous-module d’un A-module injectif.
On en déduit :

Proposition 8.7 la catégorie Mod(X) possède assez d’injectifs sur tout es-
pace annelé X.

Démonstration : Soit F un OX -module. Pour tout x ∈ X, Q on peut plonger


la tige Fx dans un OX,x -module injectif Ix . Posons alors I = x∈X j∗ (Ix ), où
j : {x} → X est l’inclusion et Ix est vu comme faisceau constant sur {x}.
Soit maintenant G un OX -module, alors (dans Mod(X)) on a Hom(G, I) =
Q
HomOX,x (Gx , Ix ). On on déduit un morphisme de faisceaux F → I qui est injectif
(il l’est sur les tiges). D’autre part le foncteur Hom(., I) est exact dans Mod(X)
car c’est le produit (pour x ∈ X) du composé de G 7→ Gx (qui estt exact) et de
HomOX,x (., Ix ) qui est également exact par injectivité de Ix . Finalement on a bien
plongé F dans l’OX -module injectif G.

En particulier la catégorie Ab(X) des faisceaux de groupes abéliens sur


un espace topologique X possède assez d’injectifs (considérer X comme un
espace annelé avec le faisceau constant Z). Cela justifie la définition suivante :
61
Les propriétés a) et b) font de la famille (Ri F )i≥0 un δ-foncteur tel que R0 F ≃ F ,
qui est même universel.
62
Le point est que HomAb (A, I) est un A-module injectif dès que I est injectif (c’est
le cas par exemple d’un groupe divisible) dans Ab, ex. I = Q/Z ; or tout A-module M
se plonge dans un produit de modules de la forme Hom(A, Q/Z) vu que tout module est
quotient d’une somme directe de modules isomorphes à A et que l’application canonique
A → Hom(Hom(A, Q/Z), Q/Z) est injective.

104
Définition 8.8 Soient X un espace topologique et Γ(X, .) le foncteur de sec-
tion globale de Ab(X) dans Ab. Les foncteurs de cohomologie sont les fonc-
teurs dérivés à droite H i(X, .) := Ri Γ(X, .). Pour tout faisceau de groupes
abéliens F , on dispose donc des groupes de cohomologie H i (X, F ).

On a donc pour toute suite exacte courte 0 → F → G → H → 0 de


faisceaux sur X une longue suite exacte

0 → F (X) → G(X) → H(X) → H 1 (X, F ) → H 1 (X, G) → H 1 (X, H) → ...

Noter que même si X et F ont des structures supplémentaires (par exemple


X est un schéma et F un OX -module quasi-cohérent), les groupes de co-
homologie sont à prendre en considérant les catégories Ab(X) et Ab. On
va cependant voir qu’on obtient la même chose en remplaçant Ab(X) par
Mod(X) si X est un espace annelé.

Définition 8.9 Un faisceau F sur un espace topologique est flasque si pour


toute inclusion d’ouverts V ⊂ U, l’homomorphisme de restriction F (U) →
F (V ) est surjectif.

Noter que par compatibilité des restrictions, il suffit de vérifier la condi-


tion quand U = X. La proposition suivante rappelle les propriétés classiques
des faisceaux flasques (vérification facile).

Proposition 8.10 a) Un produit de faisceaux flasques est flasque.


b) Le quotient d’un faisceau flasque par un faisceau flasque est encore
flasque.
c) L’image directe d’un faisceau flasque par une application continue reste
flasque.
d) Une suite exacte courte de faisceaux dont le noyau est flasque induit
une suite exacte au niveau des sections globales sur tout ouvert U de X.

Proposition 8.11 a) Soit (X, OX ) un espace annelé. Alors tout OX -module


injectif est flasque.
b) Soit X un espace topologique. Alors tout faisceau flasque (de groupes
abéliens) F est acyclique pour le foncteur Γ(X, .).

On peut en particulier appliquer le a) à tout espace topologique X en le


considérant comme un espace annelé pour le faisceau constant Z ; on obtient
que dans Ab(X), tout objet injectif est flasque.

105
Démonstration : a) Si j : U → X est l’inclusion d’un ouvert U de X
dans X, on notera GU = j! (OX |U ) l’extension par zéro de la restriction de
OX à U. Soient F un OX -module injectif et U, V deux ouverts de X avec
V ⊂ U. On a un morphisme injectif de faisceaux d’OX -modules GV → GU ,
d’où par injectivité de F une surjection Hom(GU , F ) → Hom(GV , F ) (où les
Hom sont pris dans Mod(X)). Comme Hom(GU , F ) = F (U) (cela résulte
immédiatement de ce que pour tout anneau A et tout A-module M, on a
HomA (A, M) = M) et Hom(GV , F ) = F (V ), F est flasque.
b) On écrit une suite exacte dans Ab(X) :

0→F →I→G→0

avec I injectif. D’après a), I est flasque donc comme F est supposé flasque
le quotient G l’est également. Comme I est injectif on a H i (X, I) = 0 pour
i > 0 ; comme F est flasque, la suite

0 → F (X) → I(X) → G(X) → 0

est exacte. La longue suite exacte donne alors H 1 (X, F ) = 0 et H i (X, F ) ≃


H i−1 (X, G) pour i > 1, d’où le résultat par récurrence sur i vu que G est
également flasque.

Corollaire 8.12 Soit X un espace annelé. Alors les foncteurs dérivés du


foncteur Γ(X, .) de Mod(X) dans Ab coı̈ncident avec les foncteurs de coho-
mologie H i (X, .)

En effet si on travaille dans Mod(X), les résolutions injectives sont des


résolutions flasques, donc des résolutions acycliques pour le foncteur Γ(X, .)
de Ab(X) dans Ab. On obtient donc les mêmes foncteurs dérivés.

Noter que si X est un espace annelé et A = Γ(X, OX ), les groupes


i
H (X, F ) ont une structure naturelle de A-module pour tout OX -module F
(en effet on peut calculer la cohomologie en prenant des résolutions dans
Mod(X)). Par exemple si X est un schéma sur un anneau B, tous les
H i (X, F ) ont une structure naturelle de B-module.

Theorème 8.13 (Grothendieck) Soit X un espace topologique noethérien


de dimension finie n. Alors si i > n, on a H i (X, F ) = 0 pour tout faisceau
de groupes abéliens F .

106
Pour une preuve, voir [H],, th. III.2.7. On utilise notamment le fait que sur
un schéma noethérien, la cohomologie commute avec les limites inductives
([H], III.2.9), par exemple avec les sommes directes. On a aussi besoin du fait
suivant (qui nous sera également utile plus tard) :

Proposition 8.14 Soit X un espace topologique. Soit Y un fermé de X,


on note j : Y → X l’inclusion. Alors pour tout faisceau F sur Y , on a
H i (Y, F ) = H i (X, j∗ F ).

Démonstration : Dans ce cas particulier, le foncteur j∗ est exact de Ab(Y )


vers Ab(X). D’après la proposition 8.11, l’image directe d’une résolution injective
est une résolution flasque, donc acyclique et on utilise alors le fait qu’on peut
calculer la cohomologie avec n’importe quelle résolution acyclique.

8.2. Cohomologie d’un schéma affine noethérien


Le résultat essentiel de ce paragraphe est l’annulation des H i (X, F ) (i >
0) pour tout faisceau quasi-cohérent F sur un schéma affine noethérien X
(le résultat vaut encore sans l’hypothèse noethérien, voir [EGA 3], 1.3.1.). Le
point principal consiste à montrer que si I est un A-module injectif, alors le
faisceau Ie est flasque sur Spec A. On commence par quelques préliminaires
algébriques.

Theorème 8.15 (Krull) 63 Soient A un anneau noethérien, M ⊂ N des


A-modules de type fini et a un idéal de A. Alors pour tout n > 0, il existe

n′ ≥ n tel que an M ⊃ M ∩ an N.

Pour une preuve, voir [Mat], th. 15 p.68.

Lemme 8.16 Soient A un anneau noethérien, a un idéal de A, et I un A-


module injectif. Soit J le sous-module de I constitué des éléments x tels que
an .x = 0 pour un certain n > 0. Alors J est injectif.

Démonstration : Il suffit de montrer ([W], 2.3.1. p. 39, ”critère de Baer”)


que pour tout idéal b de A et pour tout homomorphisme ϕ : b → J, il existe
un homomorphisme ψ : A → J qui étend ϕ. Comme A est noethérien, b est de
type fini, ce qui implique qu’il existe n > 0 tel que tout élément de J soit annulé
par an ; en particulier ϕ(an b) = an ϕ(b) = 0. D’après le théorème 8.15 appliqué à
′ ′
b ⊂ A, il existe n′ ≥ n tel que an b ⊃ b ∩ an . Alors ϕ(b ∩ an ) = 0 et ϕ se factorise
63
Ce théorème est parfois appelé théorème d’Artin-Rees.

107
′ ′
par b/(b ∩ an ). Comme I est injectif, l’application induite ϕI : b/(b ∩ an ) → I

s’étend en un homomorphisme ψ ′ : A/an → I. Mais l’image de ψ ′ est incluse dans

J (elle est annulée par an ) donc elle induit une flèche ψ : A → J qui étend ϕ.

Lemme 8.17 Soit I un module injectif sur un anneau noethérien A. Alors


pour tout f de A, l’homomorphisme de localisation θ : I → If = I ⊗A Af est
surjectif.

Démonstration : Pour tout i > 0, on note bi l’annulateur de f i dans


A. Comme la suite des bi est croissante, elle est stationnaire, disons à partir
d’un entier r > 0. Soit alors x ∈ If , on peut écrire x = θ(y)/f n avec y ∈ I
et n ≥ 0. On a un homomorphisme de A-modules ϕ de (f n+r ) dans I qui
envoie f n+r sur f r y (ceci a un sens car l’annulateur de f n+r est br ). Comme
I est injectif, ϕ s’étend en un ψ : A → I. Posons z = ψ(1), alors f n+r z = f r y
donc θ(z) = x.

Proposition 8.18 Soit I un module injectif sur un anneau noethérien A.


Alors Ie est flasque sur X = Spec A.

Démonstration : Soit Y l’adhérence du support de I. e S’il est vide, il est


immédiat que Ie est flasque. On va raisonner par ”récurrence noethérienne”
sur Y , c’est-à dire qu’on va montrer le résultat sous l’hypothèse : pour tout
A-module injectif J tel que l’adhérence du support de Je soit strictement
incluse dans Y , le faisceau Je est flasque. Cela suffit à conclure (sinon on
obtiendrait une contradiction en prenant J ne vérifiant pas la propriété, et tel
que l’adhérence du support de Je soit minimal). Faisons donc cette hypothèse,
et montrons que pour tout ouvert U de X, la restriction I(X) e e
→ I(U) est
surjective.
Si Y ne rencontre pas U, il n’y a rien à démontrer car I(U)e = 0. Sinon,
on choisit un ouvert principal D(f ) de X inclus dans U et rencontrant Y .
Posons Z = X − D(f ). Soit s ∈ I(U),e e
sa restriction s′ à I(D(f )) = If se
e ′
relève en un t ∈ I = I(X) d’après le lemme 8.17. Soit t la restriction de
e
t à I(U), e
alors s − t′ a une restriction nulle à I(D(f )), donc est dans le
e
sous-groupe ΓZ (U, I) des sections à support dans Z (i.e. nulles en dehors de
Z). Il nous suffit donc de montrer que la restriction ΓZ (X, I) e → ΓZ (U, I)
e est
surjective. Mais J = ΓZ (X, I)e n’est autre que le sous-module de I = Γ(X, I) e
correspondant à a = (f ) comme dans le lemme 8.16 : en effet (par définition
e dire que la restriction d’une section à D(f ) est nulle signifie qu’elle
de I),

108
est annulée par une puissance de f . Ainsi J est un A-module injectif, et
l’adhérence du support de Je est strictement inclus dans Y vu que Z ∩ Y est
un fermé strict de Y . Par hypothèse de récurrence, Je est flasque et comme
Je(U) = ΓZ (U, I),
e on a le résultat.

Theorème 8.19 Soient A un anneau noethérien et X = Spec A. Alors pour


tout faisceau quasi-cohérent F sur X, on a H i (X, F ) = 0 pour tout i > 0.

En particulier ce théorème fournit (enfin !) une preuve du théorème 7.11.

Démonstration : Soit M = F (X), on a donc F = M f par le théorème 7.6



Soit 0 → M → I une résolution injective (dans la catégorie des A-modules)
de M. D’après la prop. 7.3, la suite de faisceaux 0 → M f → Ie• est exacte.
D’après la proposition 8.18, ceci est une résolution flasque de F , donc acy-
clique d’après la proposition 8.11. On peut donc utiliser cette résolution pour
calculer les H i(X, F ). Or, quand on applique le foncteur Γ(X, .), on retrouve
la suite exacte 0 → M → I • , d’où le résultat.

8.3. Un théorème de Serre


Il s’agit de la réciproque de l’énoncé précédent.

Theorème 8.20 (Serre) Soit X un schéma noethérien. Les assertions sui-


vantes sont équivalentes :
i) X est affine.
ii) H i (X, F ) = 0 pour tout i > 0 et tout faisceau quasi-cohérent F .
iii) H 1 (X, F ) = 0 pour tout faisceau cohérent d’idéaux F .

Démonstration : i) implique ii) d’après le théorème précédent et ii)


implique trivialement iii). Supposons donc iii) et montrons i). On montre
d’abord :

Lemme 8.21 Soit X un schéma noethérien vérifiant iii). On peut recouvrir


X par des ouverts affines Xf avec f ∈ A := Γ(X, OX ).

Rappelons (cf. lemme 2.7) que Xf désigne l’ensemble des points x de X


tels que l’évaluation f (x) ∈ k(x) soit non nulle.

109
Démonstration : Il suffit de montrer que tout point fermé P a un voi-
sinage ouvert du type Xf comme dans l’énoncé. En effet si x ∈ X, alors
l’adhérence {x} contient un point fermé de X (cf. preuve de la proposi-
tion 6.10). Pour un tel P , on choisit un ouvert affine U contenant P et on
pose Y = X − U. On a alors une suite exacte d’ OX -modules :

0 → IY ∪{P } → IY → i∗ OP → 0

où pour tout fermé F , on note IF le faisceau d’idéaux associé à F (muni


de sa structure réduite) et i est l’immersion fermée {P } → X (ici {P } est
également muni de sa structure réduite, correspondant au faisceau constant
k(P )). Ainsi i∗ OP est le faisceau dont toutes les fibres sont nulles sauf celle en
P qui est le corps résiduel k(P ). En appliquant l’hypothèse iii), la suite exacte
de cohomologie donne que la flèche Γ(X, IY ) → Γ(X, i∗ OP ) est surjective.
On peut donc relever 1 ∈ Γ(X, i∗ OP ) en un élément f de Γ(X, IY ) ⊂ A.
Ainsi l’image de f dans k(P ) est 1, et P est donc dans Xf . D’autre part
Xf est affine car c’est l’ouvert principal D(f) ¯ de U, où f¯ est l’image de f
dans Γ(U, OU ) : en effet aucun point de X − U = Y n’est dans Xf puisque
f ∈ Γ(X, IY ).

Preuve du théorème 8.20 : Comme X est quasi-compact, on peut


recouvrir X par un nombre fini d’ouverts affines Xf1 , ..., Xfr comme dans le
lemme. Pour montrer que X est affine, il suffit (proposition 2.8) de montrer
que l’idéal engendré par les fi est A. On définit un morphisme de faisceaux
r r
α:O PXr → OX en envoyant (pour tout ouvert U de X) (a1 , ..., ar ) ∈ OX (U)
sur i=1 fi ai . Alors α est surjectif car les Xfi recouvrent X (donc en chaque
point x de X, la restriction de l’un au moins des fi à OX,x est inversible).
Soit F le noyau de α, on a donc une suite exacte
r
0 → F → OX → OX → 0

On peut alors écrire une filtration de F :


r−1
F ⊃ F ∩ OX ⊃ ... ⊃ F ∩ OX

où les quotients successifs sont des faisceaux cohérents d’idéaux de OX . En


écrivant la suite exacte de cohomologie avec l’hypothèse iii), on obtient par
récurrence sur i que H 1 (X, F ∩ OX i
) = 0 pour 1 ≤ i ≤ r. En particulier
1 r
H (X, F ) = 0, et α induit une surjection de Γ(X, OX ) sur Γ(X, OX ), i.e.
l’idéal engendré par les fi est A.

110
9. Quelques calculs explicites
Dans cette section, on va utiliser la cohomologie de Čech pour calculer
la cohomologie de l’espace projectif. La principale application est la finitude
sur A des groupes de cohomologie d’un faisceau cohérent pour un schéma
projectif sur un anneau noethérien A.

9.1. Cohomologie de Čech


On va rappeler ici la construction classique de la cohomologie de Čech.
Soient X un espace topologique et U = (Ui )i∈I un recouvrement ouvert de
X (on suppose l’ensemble I bien ordonné). Pour toute famille finie i0 , ..., ip
de I, on notera Ui0 ,...,ip l’intersection Ui0 ∩ ... ∩ Uip .
Soit maintenant F un faisceau de groupes abéliens sur X. On définit un
complexe C • (U, F ) de groupes abéliens comme suit. Pour tout p ≥ 0, on
pose Y
C p (U, F ) = F (Ui0 ,...,ip )
i0 <...<ip

Un élément α de C p (U, F ) est donné par une famille αi0 ,...,ip de F (Ui0 ,...,ip )
pour tout (p + 1)-uple i0 < ... < ip . On définit le cobord d : C p → C p+1 par
la formule usuelle
p+1
X
(dα)i0,...,ip+1 = (−1)k (αi0 ,...,îk ,...,ip+1 )|Ui0 ,...,ip+1
k=0

Remarque : Il est parfois commode de définir αi0 ,...,ip pour tout p + 1-


uple i0 , ..., ip de I. On pose αi0 ,...,ip = 0 si l’un des indices se répète, et
αi0 ,...,ip = (−1)ǫ(σ) ασ(i0 ),...,σ(ip ) sinon, où σ est la permutation qui réordonne
les indices. La formule pour dα est alors correcte dans tous les cas.

Définition 9.1 Soient X un espace topologique et U un recouvrement ou-


vert de X. Pour tout faisceau de groupes abéliens F sur X, on définit le
p-ième groupe de cohomologie de Čech de F , relativement au recouvrement
U, par la formule
Ȟ p (U, F ) = hp (C • (U, F ))

Attention on n’a pas en général de suite exacte longue de cohomologie de


Čech64 associée à une suite exacte courte de faisceaux (considérer le recouvre-
ment consitué d’un seul ouvert, quand le foncteur de sections globales n’est
64
Le point est que la cohomologie de Čech correspond à des foncteurs dérivés dans la
catégorie des préfaisceaux et non des faisceaux.

111
pas exact), car la suite de complexes de Čech associée ne reste pas forcément
exacte. Notons que par définition d’un faisceau, on a Ȟ 0 (U, F ) = Γ(X, F )
pour tout faisceau F et tout recouvrement U.

9.2. Le théorème de comparaison


Le principal résultat qui va nous être utile sur la cohomologie de Čech
est qu’elle coı̈ncide avec la cohomologie définie par les foncteurs dérivés si
l’on travaille avec un recouvrement affine sur un schéma noethérien et séparé
et avec un faisceau quasi-cohérent.65 Pour cela, on va définir une version
”faisceautisée” de la cohomologie de Čech. On pose
Y
C p (U, F ) = f∗ (F|Ui0 ,...,ip )
i0 <...<ip

où f désigne l’inclusion Ui0 ,...,ip → X. Les cobords d : C p → C p+1 sont définis
comme ci-dessus, ce qui donne un complexe C • (U, F ) de faisceaux sur X tel
que Γ(X, C p (U, F )) = C p (U, F ). Alors, on a une résolution de F :

0 → F → C 0 (U, F ) → C 1 (U, F ) → ...

La flèche F → C 0 (U, F ) est définie via les flèches naturelles F → f∗ (F|Ui ).


L’exactitude du premier cran vient alors de ce que F est un faisceau. L’exac-
titude du complexe C • pour p ≥ 1 peut se vérifier en montrant que sur le
complexe obtenu en se restreignant en une fibre, l’identité est homotope à
zéro (cf. [H], lemme III.4.2 pour plus de détails).

Proposition 9.2 Soient X un espace topologique et U un recouvrement ou-


vert de X. Alors pour tout faisceau flasque de groupes abéliens sur X, on a
Ȟ p (U, F ) = 0 si p > 0.

Démonstration : On utilise la résolution 0 → F → C • (U, F ). Tous


les faisceaux C p (U(F )) sont flasques (car cette notion est stable par produit,
restriction à un ouvert, et image directe). D’après la proposition 8.11, on peut
utiliser cette résolution pour calculer les groupes de cohomologie H p (X, F ).
On obtient
H p (X, F ) = hp (Γ(X, C • (U, F )) = Ȟ p (U, F ))
Mais comme F est flasque, les groupes H p (X, F ) sont nuls pour p > 0, d’où
le résultat.

65
Plus généralement cela marche dès que le faisceau n’a pas de cohomologie en degré
> 0 sur les ouverts Ui0 ,...,ip associés au recouvrement, comme la preuve le montrera.

112
Lemme 9.3 Soient X un espace topologique et U un recouvrement ouvert.
Alors pour tout p ≥ 0 on a une application naturelle (fonctorielle en F )

Ȟ p (U, F ) → H p (X, F )

Démonstration : Soit 0 → F → I • une résolution injective de F dans


Ab(X). D’après le théorème de comparaison ([W], th. 2.2.6 et 2.3.7), on a
un morphisme de complexes (unique à homotopie près) C • (U, F ) → I • qui
induit l’identité sur F . On obtient alors l’application voulue en appliquant
les foncteurs Γ(X, .) et hp .

Theorème 9.4 Soit X un schéma noethérien et séparé. Soit U un recouvre-


ment ouvert affine de X et F un faisceau quasi-cohérent sur X. Alors pour
tout p ≥ 0, on a des isomorphismes

Ȟ p (U, F ) → H p (X, F )

Démonstration : L’énoncé est clair pour p = 0. Pour le cas général, on


aura besoin du

Lemme 9.5 Soient X un schéma noethérien et F un faisceau quasi-cohérent


sur X. Alors F se plonge dans un faisceau flasque et quasi-cohérent.

Démonstration : On recouvre X par un nombre fini d’ouverts affines


Ui = Spec Ai et on pose F|Ui = M fi . chaque Mi se plonge dans un Ai -module
L e
injectif Ii . Soit fi : Ui → X l’inclusion, posons G := i (fi )∗ (Ii ). On a un
morphisme injectif de faisceaux F|Ui → Iei , d’où un morphisme de faisceaux
F → (fi )∗ (Iei ) pour tout i. On en déduit un morphisme de faisceaux F → G,
qui est injectif (parce que les Ui recouvrent X). D’autre part, les Iei sont
flasques d’après la proposition 8.18 donc G est flasque comme produit de
faisceaux flasques. Il est quasi-cohérent d’après le théorème 7.10.

D’après le lemme, on peut donc écrire une suite exacte

0→F →G→R→0 (4)

avec G flasque et quasi-cohérent. D’après la proposition 5.6, les ouverts Ui0 ,...,ip
associés au recouvrement U sont tous affines car X est supposé séparé.

113
Comme F est quasi-cohérent, la suite exacte de cohomologie donne, avec
le théorème 8.19, une suite exacte

0 → F (Ui0 ,...,ip ) → G(Ui0 ,...,ip ) → R(Ui0 ,...,ip ) → 0

et en prenant les produits, on obtient une suite exacte de complexes de Čech :

0 → C • (U, F ) → C • (U, G) → C • (U, R) → 0

qui donne naissance à une longue suite exacte de cohomologie de Čech.


Comme G est flasque, la proposition 9.2 dit qu’il n’a pas de cohomologie
de Čech en degré > 0, d’où des isomorphismes

Ȟ p (U, R) → Ȟ p+1 (U, F )

En utilisant les applications du lemme 9.3, le cas p = 0, et la suite exacte


de cohomologie associée à (4) on obtient l’isomorphisme voulu pour p = 1.
Comme R est quasi-cohérent par le corollaire 7.8, on conclut par récurrence
sur p.

9.3. La cohomologie de l’espace projectif


Soient A un anneau noethérien et S l’anneau gradué A[x0 , ...xr ]. On pose
X = Proj S.

Theorème 9.6 Soit X = PrA .


a) On a H i (X, OX (n)) = 0 pour 0 < i < r et n ∈ Z.
b) Le groupe H r (X, OX (−r − 1)) est isomorphe à A.
c) Pour tout n ∈ Z, l’application naturelle

H 0 (X, OX (n)) × H r (X, OX (−n − r − 1)) → H r (X, OX (−r − 1)) ≃ A

est un accouplement parfait de A-modules libres de type fini.

Notons que pour i > r, on a H i (X, F ) = 0 pour tout faisceau quasi-


cohérent F : en effet on peut calculer ces groupes via la cohomologie de Čech
associée à un recouvrement affine (théorème 9.4), qui est ici triviale en degré
> r parce que X admet un recouvrement par r + 1 ouverts affines.

114
Démonstration
L : Soit F le faisceau quasi-cohérent défini par F :=
O
n∈Z X (n). Sur un espace topologique noethérien, la cohomologie com-
mute avec les sommes directes, on va donc calculer la cohomologie de F
pour obtenir celle des différents OX (n) (via la graduation de F ). En parti-
culier H 0 (X, F ) = Γ∗ (OX ) est isomorphe à S (proposition 7.22). Notons que
tous les groupes de cohomologie qui interviennent ici peuvent être considérés
comme des A-modules. Pour calculer la cohomologie de Čech de F , on va
utiliser le recouvrement U de X par les ouverts affines Ui = D+ (xi ) ; cela don-
nera le résultat via le théorème de comparaison 9.4. Ici pour toute famille
d’indices i0 , ..., ip , l’ouvert Ui0 ,...,ip est juste D+ (xi0 ...xip ), ce qui fait qu’on a
F (Ui0 ,...,ip ) ≃ Sxi0 ...xip
(en effet pour tout f homogène dans S, OX (n)(D+ (f )) est constitué des
éléments de degré n du localisé Sf ) et de plus la graduation sur F correspond
via cet isomorphisme à la graduation naturelle sur Sxi0 ...xip . Finalement le
complexe de Čech C • (U, F ) est donné par
Y Y
Sxi0 → Sxi0 xi1 → ... → Sx0 ...xr

la graduation de tous les A-modules étant compatibles avec celle de F . On


traite alors les différents cas séparement.
Preuve de b) : Le groupe H r (X, F ) est le conoyau de la dernière flèche
du complexe de Čech :
Y
dr−1 : Sx0 ...x̂k ...xr → Sx0 ...xr
k

On peut voir Sx0 ...xr comme un A-module libre de base xl00 ...xlrr avec les li
dans Z. L’image de dr−1 est le sous-module libre engendré par les éléments
de la base pour lesquels au moins l’un des li est positif ou nul. On peut donc
voir H r (X, F ) comme le A-module libre de basePles xl00 ...xlrr tels que tous
les li soient < 0, la graduation étant donnée par li . En particulier le seul
monôme de degré −r − 1 est x−1 0 ...x −1
r , ce qui fait que H r (X, OX (−r − 1))
est un A-module libre de rang 1, ce qui prouve b).
Preuve de c) : D’après la description de H r (X, F ) ci-dessus, on a
H r (X, OX (−n−r −1)) = 0 si n < 0, et on savait déjà que H 0(X, OX (n)) = 0
0
si n < 0. Ainsi si n < 0, l’énoncé est trivial. Pour n ≥ 0, H P (X, OX (n)) a
une base constituée des monômes xm 0
0
...x mr
r avec m i ≥ 0 et m i = n. On a
0 r
un accouplement naturel de H (X, OX (n)) avec H (X, OX (−n − r − 1)), à
valeurs dans H r (X, OX (−r − 1)), défini par
(xm mr l0 lr m0 +l0
0 ...xr ).(x0 ...xr ) = x0
0
...xrmr +lr

115
étant entendu que ximi +li = 0 si mi + li ≥ 0. On a donc bien un accouplement
parfait, la base duale de (xm mr −m0 −1
0 ...xr ) étant (x0
0
...xr−mr −1 ).
Preuve de a) : On procède par récurrence sur r. Pour r = 1, il n’y a rien
à démontrer, supposons donc r ≥ 2. La localisation du complexe C • (U, F )
par rapport à xr donne le complexe de Čech de F|Ur sur Ur par rapport au
recouvrement affine (Ui ∩ Ur ). Ce complexe donne donc la cohomologie de
F|Ur sur Ur (d’après le théorème de comparaison 9.4), qui est nulle d’après
le théorème 8.19. Comme la localisation est un foncteur exact, on en déduit
que le localisé de H i (X, F ) en xr est trivial, autrement dit tout élément de
H i (X, F ) pour i > 0 est annulé par une puissance de xr . Il suffit donc de
montrer que la multiplication par xr est injective sur H i (X, F ) ; on peut voir
cette multiplication comme un homomorphisme entre les A-modules gradués
H i (X, F (−1)) et H i(X, F ) (noter que F (−1) est le même faisceau que F
mais avec la graduation décalée d’un cran).
La suite exacte de S-modules gradués
.x
0 → S(−1) →r S → S/(xr ) → 0

donne la suite exacte de faisceaux

0 → OX (−1) → OX → i∗ OH → 0

où H est l’hyperplan xr = 0 et i : H → X désigne l’immersion fermée


correspondante. En tensorisant par OX (n) puis en prenant la somme directe,
on obtient une suite exacte

0 → F (−1) → F → FH → 0
L
où FH = n∈Z i∗ (OH (n)). On obtient donc une longue suite exacte de co-
homologie

... → H i (X, F (−1)) → H i (X, F ) → H i (X, FH ) → ...

où la flèche H i(X, F (−1)) → H i(X, F ) est la multiplication par xr .


Le schéma H est isomorphe à Pr−1 A ; on peut donc lui appliquer l’hy-
pothèseLde récurrence en notant aussi (proposition 8.14) que H i (X, FH ) =
H i (H, n OH (n)). Ainsi H i(X, FH ) = 0 pour 0 < i < r − 1. On ob-
tient alors que la multiplication par xr est injective sur H i (X, F ) pour
1 < i < r. Il reste juste à traiter à part le cas i = 1. Pour cela, on
note que H 0 (X, F ) → H 0 (X, FH ) est surjective vu que H 0 (X, F ) = S et
H 0 (X, FH ) = S/(xr ). La longue suite exacte donne alors le résultat.

116
9.4. Application aux morphismes projectifs
La principale application du calcul de la cohomologie des O(n) sur PrA est
le théorème suivant (qui vaut plus généralement pour un morphisme propre,
voir [EGA3], 3.2.1.).

Theorème 9.7 Soient A un anneau noethérien et X → Spec A un mor-


phisme projectif. Soit F un faisceau cohérent sur X. Alors :
a) Pour tout i ≥ 0, le A-module H i(X, F ) est de type fini.
b) Soit j : X → PrA une immersion fermée. Alors il existe un entier n0
tel qu’on ait H i (X, F (n)) = 0 pour tout i > 0 et tout n ≥ n0 .

Démonstration : Soit j : X → PrA une immersion fermée. On a vu que


j∗ F était un faisceau cohérent sur PrA (th. 7.10). D’autre part d’après la
proposition 8.14, 66 on a H i(X, F ) = H i (PrA , j∗ F ). Il suffit donc de prouver
a) et b) quand X = PrA . Le théorème 9.6 donne le résultat voulu pour tout
faisceau de la forme OX (q) avec q ∈ Z, donc aussi pour toute somme directe
finie de tels faisceaux. On a aussi que si i > r alors pour tout n ∈ Z on
a H i (X, F (n)) = 0 (pour tout faisceau quasi-cohérent F ) vu que X = PrA
est recouvert par r + 1 ouverts affines. Ainsi pour le b), il suffit de montrer
que pour chaque i > 0, il existe un entier n0 (dépendant éventuellement de
i) tel que H i(X, F (n)) = 0 pour n ≥ n0 . On montre maintenant les deux
assertions par récurrence descendante sur i.
Supposons donc a) vrai pour i + 1 > 0 et montrons-le pour i. D’après le
corollaire 7.19, on a une suite exacte

0→R→E →F →0

où E est une somme directe finie de faisceaux de la forme O(q), et R est
encore cohérent. La longue suite exacte de cohomologie s’écrit :

... → H i (X, E) → H i (X, F ) → H i+1 (X, R) → ...

or H i+1 (X, R) est de type fini sur A par hypothèse de récurrence et il en va


de même de H i (X, E) comme on l’a vu plus haut. Comme A est noethérien,
on obtient bien que H i (X, F ) est de type fini.
Pour b), on utilise la même suite exacte que l’on tensorise par OX (n). On
obtient une longue suite exacte

... → H i (X, E(n)) → H i (X, F (n)) → H i+1 (X, R(n)) → ...


66
Attention, ceci n’est pas vrai pour un morphisme propre j quelconque.

117
Par hypothèse de récurrence les H i+1 (X, R(n)) sont nuls pour n assez grand,
et de même pour les H i (X, E(n)) d’après ce qu’on a vu plus haut. Ainsi
H i (X, F (n)) = 0 est nul pour n assez grand.

Remarque : Si A → A′ est un homomorphisme plat d’anneaux et X est


un A-schéma noethérien et séparé, alors pour tout faisceau quasi-cohérent F
sur X, on a H i(X ′ , f ∗ F ) ≃ H i (X, F ) ⊗A A′ , où X ′ = X ×A A′ et f : X ′ → X
est la projection. En effet on peut calculer H i (X, F ) comme Ȟ i(U, F ) pour un
recouvrement affine U de X. Alors U ′ = f −1 (U) est un recouvrement ouvert
affine de X ′ , et le complexe de Čech de X ′ pour f ∗ F est C • (U, F ) ⊗A A′ ; on
en déduit le résultat par platitude de A. Ceci s’applique en particulier pour
une extension de corps k ′ /k : on obtient dimk H i(X, F ) = dimk′ H i (X ′ , f ∗ F )
quand F est un faisceau cohérent sur une k-variété projective X.

Corollaire 9.8 Soient X et Y des schémas noethériens et f : X → Y un


morphisme projectif. Alors pour tout faisceau cohérent F sur X, le faisceau
f∗ F est cohérent sur Y .

Là encore, ce résultat reste vrai en remplaçant ”projectif” par ”propre”.


Notons aussi qu’on obtient de manière similaire que Ri f∗ (F ) est cohérent
pour tout i ≥ 0, où les Ri f∗ sont les foncteurs dérivés du foncteur f∗ de
Ab(X) vers Ab(Y ). On utilise pour cela que pour Y affine, on a Ri f∗ (F ) =
H i (X, F )e, [H], prop. III.8.5.

Démonstration : La question étant locale sur Y , on peut supposer Y =


Spec A avec A noethérien. On sait déjà (th. 7.10) que f∗ F est quasi-cohérent
f avec M = Γ(Y, f∗ F ) = Γ(X, F ), qui est un A-module
sur Y , i.e. f∗ F = M
de type fini d’après le théorème 9.7. Ainsi f∗ F est cohérent.

Corollaire 9.9 Soient k un corps et X un schéma projectif sur k. On sup-


pose X géométriquement intègre sur k. Alors Γ(X, OX ) = k.

Démonstration : Soit f : X → Spec k un morphisme projectif. Alors


Γ(X, OX ) est une k-algèbre L de dimension finie d’après le théorème 9.7.
Comme X est intègre, L est intègre (proposition 3.16) donc c’est un corps qui
est une extension finie de k. En particulier le corps des fonctions de X contient
L comme sous-corps. Ceci implique L = k d’après la proposition 3.19.

118
Corollaire 9.10 Soit X un schéma propre sur un anneau noethérien A. Soit
L un faisceau ample sur X. Alors pour tout faisceau cohérent F , il existe un
entier n0 tel que pour tout n ≥ n0 et tout i > 0, on ait H i (X, F ⊗ Ln ) = 0.

(On a une réciproque, voir [H], prop. III.5.3).

Démonstration : D’après le théorème 7.29, il existe m > 0 tel que Lm soit


très ample. Comme X est propre sur Spec A, on peut trouver une immersion
fermée X → PrA tel que Lm = OX (1). On applique alors le théorème 9.7 à
F , F ⊗ L, ..., F ⊗ Lm−1 .

10. Diviseurs et faisceaux inversibles.


Faute de temps, ce dernier chapitre est assez allusif. On se reportera à
[H] (II.6, II.7, III.7, IV.1, IV.2) pour plus de détails.

10.1. Diviseurs de Weil sur un schéma


Il y a plusieurs notions de diviseurs sur un schéma. La plus générale est
celle de diviseur de Cartier, qui est étroitement liée aux faisceaux inversibles
(ou encore aux fibrés en droites) mais la plus intuitive est celle de diviseur
de Weil.
Dans tout ce paragraphe, on va travailler avec des schémas X vérifiant la
condition :
(*) X est noethérien, intègre, séparé, et régulier en codimension 1.
La dernière condition signifie que pour tout point x de codimension 1
(i.e. OX,x est de dimension 1), l’anneau OX,x est régulier (donc est de va-
luation discrète vu que X est supposé noethérien). Par exemple tout schéma
noethérien, séparé et normal vérifie (*).

Définition 10.1 Soit X un schéma vérifiant (*). Un diviseur premier sur X


est un sous-schéma fermé intègre67 de codimension 1 de X. Un diviseur de
Weil sur X est un élément du groupe abélien libre Div X engendré par les
diviseurs premiers. Un tel diviseur est dit effectif s’il s’écrit comme somme
formelle à coefficients ≥ 0 de diviseurs premiers.
67
ou encore un fermé irréductible de codimension 1, vu qu’il y a une unique structure
réduite dessus.

119
P
Ainsi un diviseur s’écrit D = Y nY Y avec nY ∈ Z, la famille (nY ) étant
presque nulle et indexée par les sous-schémas fermés intègres de codimension
1. Si maintenant K est le corps des fonctions de X et Y est un diviseur
premier, alors on a une valuation vY : K ∗ → Z (correspondant à la valuation
discrète sur OX,ηY , où ηY est le point générique de Y ).

Définition 10.2 Soit f ∈ K ∗ . Le diviseur de f est l’élément de Div X défini


par X
Div f = vY (f )Y
Y

Les diviseurs de la forme Div f avec f ∈ K ∗ sont dits principaux.

Notons que Div f est bien un élément de Div X via le

Lemme 10.3 Soit f ∈ K ∗ . Alors vY (f ) pour presque tout diviseur premier


Y.

Démonstration : Soit U = Spec A un ouvert affine de X tel que f ∈ A, alors


seul un nombre fini de diviseurs premiers ne rencontrent pas U car X est noethérien
(donc X − U est réunion d’un nombre fini de composantes irréductibles, qui sont
de codimension au moins 1). On se ramène ainsi au cas X = Spec A avec f ∈ A.
Alors vY (f ) ≥ 0 pour tout diviseur premier Y , et vY (f ) > 0 implique Y ⊂ V (f A),
avec V (f A) fermé strict de Spec A vu que f 6= 0 et A est intègre. Ainsi V (f A)
ne contient qu’un nombre fini de fermés irréductibles de codimension 1 (toujours
parce que A est noethérien).

Définition 10.4 Le groupe des classes de diviseurs Cl X de X est le quotient


de Div X par le groupe Div 0 X des diviseurs principaux. Deux diviseurs D1
et D2 sont dits linéairement équivalents (ou rationnellement équivalents) si
D1 − D2 est principal.

Le groupe Cl X est un invariant en général assez difficile à calculer.


Exemples : a) Si A est un anneau de Dedekind, alors Cl (Spec A) est le
groupe des classes d’idéaux usuel Cl (A). Il est fini pour l’anneau des entiers
d’un corps de nombres (ou du corps des fonctions d’une courbe sur un corps
fini), mais pas en général.
b) Soit A un anneau noethérien et factoriel. Alors Cl (Spec A) = 0 (en par-
ticulier Cl (Ank ) = 0 si k est un corps). En effet un anneau intègre noethérien
est factoriel si et seulement si tout idéal premier de hauteur 1 est principal
(cela résulte du Hauptidealsatz, cf. [Mat], p. 141). Les diviseurs premiers de

120
Spec A sont les Y = V (℘) avec ℘ premier de hauteur 1, et si ℘ est engendré
par f ∈ A, alors Div f = 1.Y (il n’y a pas d’idéal premier non nul de hauteur
1 strictement inclus dans ℘). Réciproquement si A est un anneau normal
avec Cl (Spec A) = 0, alors A est factoriel via la proposition 6.3
c) Les diviseurs premiers de Ank sont les fermés de la forme V (f ) avec f
polynôme irréductible. En effet comme k[T1 , ..., Tn ] est factoriel, ses idéaux
premiers de hauteur 1 sont principaux.
d) On déduit de c) que les diviseurs premiers de Pnk sont les fermés de
la forme V+ (f ) avec f polynôme homogène irréductible. En effet si Y est un
tel diviseur premier, alors son intersection avec l’ouvert D+ (T0 ) ≃ Ank est de
la forme Z = V (g), où g(T1 , ..., Tn ) est un polynôme irréductible, et Y est
alors l’adhérence de Z dans Pnk , i.e. le fermé V+ (f ), où f ∈ k[T0 , T1 , ..., Tn ] est
l’homogénéisé de g. Le degré de f s’appelle le degré (noté deg Y ) du diviseur
premier Y ⊂ Pnk (il est bien défini car f est unique à une constante multi-
plicative près). Il faut bien noter qu’il ne s’agit pas d’une notion intrinsèque
associée au schéma intègre Y : le degré dépend du plongement projectif.

Proposition 10.5 Soient X = Pnk et H l’hyperplan T0 = 0 (i.e. H =


V+ (T0 )). Alors :
a) Tout diviseur D de degré d est linéairement équivalent à dH.
b) Soit K le corps des fonctions de X. Pour toute fonction f ∈ K ∗ , on a
deg f = 0.
c) La fonction deg induit un isomorphisme de Cl X sur Z.

Démonstration : Comme le degré du diviseur H est 1, l’assertion c) est une


conséquence immédiate de a) et b). Soit g ∈ k[T0 , ..., Tn ] un polynôme homogène
de degré d, on le factorise en un produit de polynômes irréductibles homogènes

g = g1n1 ...grnr

Chaque gP 68
i définit un diviseur premier Yi de X de degré di = deg gi ; définissons
Div g := i ni Yi . Alors le degré de Div g est d. Comme une fonction f de K est ∗

le quotient g/h de deux polynômes homogènes de même degré, on obtient b) vu


que le diviseur de f est clairement Div g − Div h.
Montrons enfin a). Soit D un diviseur de degré d, on peut écrire D = D1 − D2 ,
avec D1 et D2 effectifs de degrés respectifs d1 et d2 . D’après la description des
diviseurs premiers de Pnk , on peut écrire D1 = Div g1 et D2 = Div g2 avec g1 et g2
polynômes homogènes non nuls. Alors D − dH = Div f , où f = g1 /T0d g2 est dans
K ∗.
68
Comme g n’est pas un élément de K ∗ , Div g n’est pas défini a priori.

121
Remarques : a) Le même type de raisonnement montre que le groupe
des classes de diviseurs de P1k ×k P1k est Z ⊕ Z, ce qui montre en particulier
que P1k ×k P1k n’est pas isomorphe à P2k , bien que ces deux variétés soient
projectives, lisses et k-birationnelles. Attention, il n’est pas vrai en général
que Cl (X ×k X) soit isomorphe à Cl X ⊕ Cl X pour une k-variété projective
et lisse X ; par contre on a Cl (A1X ) = Cl (X) pour tout schéma X vérifiant
(*), voir [H], prop II.2.6 et exercice IV.4.10.
b) Il est facile de voir que si U est un ouvert non vide d’un schéma X
vérifiant (*), alors on a un homomorphisme surjectif de restriction Cl X →
Cl U, dont le noyau consiste en les classes des diviseurs dont le support est
dans Z := X − U. Si Z est irréductible, ce noyau est le sous-groupe de
Cl X engendré par 1.Z. On en déduit par exemple que si Y est une courbe
irréductible de degré d dans P2k , alors Cl (P2k − Y ) = Z/dZ.
Dans le cas des courbes, on dispose d’une notion de degré ”intrinsèque” :

Définition P10.6 Soit X une courbe propre, lisse et intègre sur un corps k.
soit
P D = i ni Pi un diviseur de Weil sur X. On définit le degré deg D =
i [k(Pi ) : k], où k(Pi ) est le corps résiduel de Pi .

Notons que k(Pi ) est bien une extension finie de k car un diviseur premier
Pi est ici simplement un point fermé de X. L’hypothèse que X est propre
permet de voir (cf. [H], corollaire II.6.10) que le diviseur d’une fonction est de
degré zéro, d’où un homomorphisme deg : Cl X → Z. Cet homomorphisme
n’est pas forcément surjectif si k n’est pas algébriquement clos (prendre une
conique sans k-point). D’autre part son noyau peut être gros (si X est une
courbe elliptique, ce noyau est E(k), cf. [H], th. IV.4.11).

10.2. Diviseurs de Cartier


C’est une notion moins intuitive, mais qui a l’avantage d’être définie pour
tout schéma. Grosso modo un diviseur de Cartier doit être partout localement
le diviseur d’une fonction.
Pour tout anneau A, on note K(A) l’anneau de fractions total de A :
c’est le localisé de A par rapport à la partie constituée des éléments de A qui
ne sont pas diviseurs de zéro. Pour tout schéma X, on définit le faisceau K
associé au préfaisceau U 7→ K(OX (U)). On a de même les faisceaux K∗ et
O∗ obtenus en prenant les inversibles respectivement pour K et pour OX .

Définition 10.7 Un diviseur de Cartier sur X est une section globale du


faisceau de groupes multiplicatifs K∗ /O∗ . Un tel diviseur est dit principal s’il
est dans l’image de l’application canonique Γ(X, K∗ ) → Γ(X, K∗ /O∗ ). On

122
note CaCl X le quotient du groupe des diviseurs de Cartier par les diviseurs
principaux.

Ainsi se donner un diviseur de Cartier revient à se donner un recouvre-


ment ouvert (Ui ) de X et des éléments fi de Γ(Ui , K∗ ) tels que la restriction
de fi /fj à Γ(Ui ∩ Uj , K∗ ) soit dans Γ(Ui ∩ Uj , O∗ ) pour tous i, j.
On dit qu’un schéma est localement factoriel si tous ses anneaux locaux
sont factoriels. C’est par exemple le cas pour un schéma régulier (cf. [Mat],
th. 48 p. 142). Attention cela n’implique pas qu’on ait un recouvrement affine
par des spectres d’anneaux factoriels : par exemple une courbe elliptique sur
un corps infini k est un schéma régulier, mais pour un ouvert affine Spec A,
le groupe Cl (A) est toujours infini donc A ne peut pas être factoriel.

Theorème 10.8 Soit X un schéma intègre, noethérien, séparé et localement


factoriel. Alors on a une bijection entre le groupe Div X des diviseurs de Weil
et le groupe Γ(X, K∗ /O∗ ) des diviseurs de Cartier, dans laquelle les diviseurs
de Weil principaux correspondent aux diviseurs de Cartier principaux. Ainsi
les groupes Cl X et CaCl X sont isomorphes.

Démonstration : Comme X est intègre, K est juste le faisceau constant K,


où K est le corps des fonctions de X. Soit D = (Ui , fi ) un diviseur de Cartier,
où (Ui ) est un recouvrement ouvert de X et fi ∈ K ∗ . Pour tout diviseur de Weil
premier Y de X, on pose vY (D) = vY (fi ), où on a choisi i tel P que Yi rencontre
Ui ; ceci est bien défini car fi /fj est inversible sur Ui ∩ Uj . Alors Y vY (D) est un
diviseur de Weil, la somme étant finie parce que X est noethérien (on a vu que
pour chaque fi , seul un nombre fini de Y satisfont vY (fi ) 6= 0, et d’autre part X
est recouvert par un nombre fini de Ui ).
En sens inverse, soit D un diviseur de Weil et x ∈ X. Alors on dispose de la
restriction69 de Dx de D à Spec (OX,x ). Comme OX,x est factoriel, son groupe des
classes est nul et Dx est principal. On peut donc écrire Dx = Div fx avec fx ∈ K ∗ .
Alors D et Div fx ont la même restriction à Spec (OX,x ), donc ils ne peuvent
différer qu’aux diviseurs premiers figurant dans leur écriture et qui ne contiennent
pas x. Comme il y a un nombre fini de tels diviseurs premiers, il existe un voisinage
ouvert Ux de x tel que D et Div fx aient même restriction à Ux . On obtient alors
un diviseur de Cartier en recouvrant X par les Ux : en effet sur Ux ∩ Ux′ , fx /fx′
est inversible en tout point de codimension 1, donc inversible vu que X est normal
(cf. [L], lemme 1.13 p. 118).
Il est immédiat que ces deux constructions sont inverses l’une de l’autre et que
les diviseurs de Weil principaux correspondent aux diviseurs de Cartier principaux.

69
Plus précisément, le morphisme Spec (OX,x ) → X est plat, ce qui fait que l’image
inverse d’un diviseur de Weil reste un diviseur de Weil.

123
Remarque : Si on suppose que X vérifie (*) (sans être localement fac-
toriel), on obtient une bijection entre diviseurs de Cartier et diviseurs de
Weil D localement principaux (i.e. tels que X puisse être recouvert par des
ouverts Ui avec chaque D|Ui principal). Par exemple si X est le cône affine
xy −z 2 = 0, le diviseur de Weil Y : y = z = 0 n’est pas un diviseur de Cartier
car si A := k[x, y, z]/(xy − z 2 ), l’idéal premier ℘ = (y, z) ne devient pas prin-
cipal dans le localisé de A en (x, y, z). On peut montrer que Cl X = Z/2Z
tandis que CaCl X = 0 ([H], exemples II.6.5.2. et II.6.11.3).

10.3. Diviseurs et faisceaux inversibles


La notion d’OX -module localement libre de rang n est l’analogue70 de
la notion usuelle de fibré vectoriel de rang n. En particulier les faisceaux
inversibles correspondent aux fibrés en droites. On va voir que ceux-ci sont
étroitement liés aux diviseurs. Rappelons que le produit tensoriel L ⊗ M
de deux faisceaux inversibles est encore inversible, et que pour tout faisceau
inversible L, le faisceau M = Hom(L, OX ) vérifie L ⊗ M = OX . Cela justifie
la définition suivante :

Définition 10.9 Le groupe de Picard Pic X d’un schéma X est le groupe


des classes d’isomorphismes sur X pour la loi ⊗.

Par exemple pour tout anneau local R, on a Pic (Spec R) = 0 car les
faisceaux localement libres de type fini sur Spec R correspondent aux R-
modules plats de type fini ([Mil], th. 2.9. p. 11) et tout module plat de type
fini sur un anneau local est libre ([Mat], prop. 3G p. 21).
Soit D = (Ui , fi) un diviseur de Cartier sur X. On définit un faisceau
inversible L(D) (ou OX (D)) sur X comme le sous OX -module de K engendré
par fi−1 sur chaque Ui ; ceci a bien un sens car fi /fj est inversible sur Ui ∩ Uj .
Par exemple si X = PdA et D correspond à une section hyperplane, alors
L(D) n’est autre que OX (1).

Proposition 10.10 a) L’application D 7→ L(D) est une bijection entre les


diviseurs de Cartier et les sous faisceaux inversibles de K.
b) On a L(D1 − D2 ) ≃ L(D1 ) − L(D2 ) pour tous diviseurs de Cartier D1 ,
D2 .
c) Le diviseur D1 − D2 est principal si et seulement si les OX -modules
L(D1 ) et L(D2 ) sont isomorphes.71
70
On peut formaliser cette analogie, voir [H], exercice II.5.18.
71
au sens : isomorphes comme OX -modules abstraits, en oubliant que ce sont des sous-
faisceaux de K.

124
Démonstration : a) Soit L un sous-faisceau inversible de K et soit (Ui ) un
recouvrement ouvert de X tel que la restriction de L à chaque Ui soit libre de rang
1. Soit gi ∈ K∗ (Ui ) un générateur de L sur Ui et soit fi = gi−1 . Alors D = (Ui , fi ) est
un diviseur de Cartier (deux générateurs de L sur Ui ∩ Uj diffèrent par un élément
de OX (Ui ∩ Uj )∗ ). On obtient ainsi une application entre sous-faisceaux inversibles
de K et diviseurs de Cartier, qui est clairement la réciproque de D 7→ L(D).
b) Si D1 est défini localement par fi et D2 par gi , alors L(D1 −D2 ) est engendré
localement par fi−1 gi , donc les sous OX -modules L(D1 − D2 ) et L(D1 ).L(D2 )−1 de
K sont égaux. Or le second est isomorphe au produit tensoriel L(D1 ) ⊗ L(D2 )−1 .
c) D’après b), il suffit de montrer que D est principal si et seulement si L(D)
est isomorphe à OX . Si D est principal défini par f ∈ Γ(X, K∗ ), alors L(D) est
globalement engendré par f −1 , donc il est bien isomorphe à OX . Réciproquement
si on a un tel isomorphisme, alors l’image de la section globale 1 ∈ OX (X) donne
un élément de Γ(X, K∗ ) dont l’inverse définit un diviseur de Cartier principal.

Corollaire 10.11 Pour tout schéma X, l’application D 7→ L(D) induit un


homomorphisme injectif entre CaCl X et Pic X.

Il peut arriver que cette application ne soit pas surjective car un faisceau
inversible ”abstrait” n’est pas nécessairement isomorphe à un sous-faisceau
de K ; cependant ces situations sont assez pathologiques. En particulier on a
la proposition suivante :

Proposition 10.12 Soit X un schéma intègre. Alors la flèche CaCl X →


Pic X définie ci-dessus est un isomorphisme.

Démonstration : Ici K est juste le faisceau constant K, où K est le corps


des fonctions de X. Soit L un faisceau inversible sur X, posons L′ = L ⊗ K.
Sur tout ouvert U qui trivialise L, on obtient que L′|U est constant égalà K. Par
irréductibilité de X, L′ est constant ce qui permet d’exprimer L′ comme un sous-
faisceau du faisceau constant K via l’application canonique L → L ⊗ K.

Ainsi pour un schéma noethérien, intègre, séparé et localement factoriel,


les trois notions (diviseurs de Weil, diviseurs de Cartier, faisceaux inversibles)
coincı̈dent. Si D est un diviseur de Weil, il faut alors penser le faisceau L(D)
comme sous faisceau de K correspondant aux ”fonctions dont la valuation en
chaque diviseur premier est au moins le coefficient correspondant de −D”.
Si par exemple X est donné par des équations homogènes Pi (T0 , ...Td ) = 0

125
dans PdA , alors le faisceau OX (1) n’est autre que L(D), où D est le diviseur
obtenu en coupant X par une section hyperplane qui ne contient pas X.72
Pour tout schéma X, on peut aussi parler des diviseurs de Cartier effec-
tifs : ce sont ceux que l’on peut définir par une famille (Ui , fi ) telle que les
fi soient des sections de OX sur Ui . Ils correspondent aux diviseurs de Weil
effectifs si on est dans les conditions d’application du théorème 10.8. Si D
est un diviseur de Cartier effectif, alors le sous-schéma fermé Y qui corres-
pond au faisceau d’idéaux localement engendré (sur Ui ) par fi n’est autre
que L(−D).

Corollaire 10.13 Soit k un corps. Alors tout faisceau inversible sur X = Pnk
est isomorphe à O(r) pour un certain r ∈ Z.

Démonstration : Un générateur de Cl X est un hyperplan, qui correspond


au faisceau inversible O(1). Le résultat découle alors de la proposition 10.5,
du théorème 10.8, et de la proposition 10.12.

10.4. Faisceau canonique et dualité de Serre


Pour tout morphisme de schémas X → Y , on peut définir le faisceau des
différentielles relatives ΩX/Y en ”faisceautisant” la construction classique du
module des différentielles ΩB/A quand B est une algèbre sur un anneau A.
En particulier ΩX/Y = Ωg B/A quand X = Spec B et Y = Spec A. Quand X
est une variété sur un corps k, on notera ΩX/k pour ΩX/Spec k .

Définition 10.14 Soit X une variété géométriquement intègre lisse sur un


corps k. On définit le faisceau canonique ωX comme la puissance extérieure
n-ième ∧n ΩX/k du faisceau des différentielles. Le faisceau tangent de X est
défini comme le dual TX = Hom(ΩX/k , OX ) du faisceau des différentielles.

Ainsi ωX est un faisceau inversible sur X. Un diviseur canonique est un


diviseur de Cartier correspondant (il est bien défini à un diviseur principal
près).

Définition 10.15 Soit X une variété géom. intègre, projective et lisse sur
un corps k. Le genre géométrique de X est l’entier pg = dimk Γ(X, ωX )
72
Noter que l’image inverse d’un faisceau inversible est toujours définie, mais pas celle
d’un diviseur de Weil ou de Cartier ; cf [H], exercices II.6.2. et II.6.8.

126
On montre facilement en utilisant le théorème et le corollaire que le genre
géométrique est un invariant birationnel.
Exemples : a) Soit X = Pnk avec n > 0. Alors ωX = OX (−n − 1) : en
effet on a une suite exacte ([H], th. II.8.13)
0 → ΩX/k → (OX (−1))n+1 → OX → 0
et dans cette situation la puissance extérieure maximale du faisceau du milieu
est le produit tensoriel des puissances extérieures maximales du noyau et du
conoyau. Ainsi pg (Pnk ) = 0.
b) Plus généralement, si Y est une hypersurface lisse de degré d dans Pnk
(n ≥ 2), on a ωY = OY (d − n − 1) ([H], exemple II.8.20.3). Par exemple
pour n = 2 et d = 3, Y est une courbe elliptique pour laquelle on trouve
pg (Y ) = 1. Ainsi une telle courbe n’est pas rationnelle.
Le théorème de dualité de Serre relie la cohomologie d’un faisceau loca-
lement libre F à celle de son dual F ˇ := Hom(F , OX ) (pour une preuve et
des généralisations, voir [H], II.7).
Theorème 10.16 (Serre) Soit X un schéma pur de dimension n, projectif
et lisse sur un corps k. Soit F un faisceau localement libre sur X. Alors on a
une dualité naturelle de k-espaces vectoriels entre H i (X, F ) et H n−i(X, F ˇ ⊗
ωX ) pour tout entier i avec 0 ≤ i ≤ n.
(Noter que F ˇ ⊗ωX = Hom(F , ωX )). Par exemple on obtient que H n (X, ωX )
est toujours isomorphe à k (ce qui n’a rien d’évident a priori !). Pour X = Pnk ,
on peut vérifier directement le résultat à partir des calculs déjà faits pour les
faisceaux O(q).

10.5. Courbes, théorème de Riemann-Roch


Dans toute la suite, le terme de courbe sur un corps k désignera un
schéma de type fini sur k, géométriquement intègre et de dimension 1. Si
X est une courbe projective 73 et lisse sur un corps k, le théorème de dua-
lité de Serre dit que son genre géométrique pg (X) = dimk H 0 (X, ωX ) est
aussi dimk H 1(X, OX ). On peut interpréter ceci comme l’égalité du genre
géométrique avec le genre arithmétique pour une courbe projective et lisse ; le
genre arithmétique d’un k-schéma projectif de dimension r est défini comme
pa (X) = (−1)r (χ(OX ) − 1)), où
Xr
χ(OX ) = (−1)i (dimk H i(X, OX ))
i=0
73
Il se trouve que toute courbe propre sur un corps k est projective, cf. [H], exercice
III.5.8. ; nous n’utiliserons pas ce fait.

127
est la caractéristique d’Euler-Poincaré du faisceau OX . Pour une courbe pro-
jective et lisse X, on parlera donc simplement du genre de X.
Notons enfin que deux courbes projectives, lisses et k-birationnelles sont
isomorphes via le théorème 6.5.
Pour une courbe projective
P et lisse X sur k, rappelons
P que le degré d’un
diviseur de Weil D = i ni Pi est défini comme i ni [k(Pi ) : k] ; ce degré
ne dépend que de la classe d’équivalence de D dans Cl (X). D’autre part
l’application D 7→ L(D) induit un isomorphisme entre Cl (X) et Pic X.
La proposition suivante donne une description plus concrète du k-espace
vectoriel H 0 (X, L(D)) ; elle est valable en toute dimension. Si X est une
variété projective, lisse et géométriquement intègre sur un corps k et L un
faisceau inversible sur X, on définit pour toute s ∈ Γ(X, L) son diviseur
des zéros (s)0 de la manière suivante : sur tout ouvert U de X tel qu’on
ait un isomorphisme ϕ : L|U ≃ OU , on a ϕ(s) ∈ Γ(U, OU ) ; on prend alors
le diviseur de Cartier effectif D = (U, ϕ(s))U associé à un recouvrement
ouvert trivialisant L. Ceci est bien défini car sur chaque ouvert U, ϕ est bien
déterminé à multiplication par un élément de Γ(U, OU )∗ près.

Proposition 10.17 Soit X une variété projective, lisse, et géométriquement


intègre sur un corps k. Soient D0 un diviseur sur X et L := L(D0 ) le faisceau
inversible correspondant.
a) Pour toute section globale non nulle s ∈ Γ(X, L), le diviseur des zéros
(s)0 est effectif et linéairement équivalent à D0 .
b) Tout diviseur effectif linéairement équivalent à D0 est de la forme (s)0
pour une section s dans Γ(X, L).
c) Deux sections s, s′ de Γ(X, L) ont même diviseur des zéros si et seule-
ment si elles diffèrent par unc constante multiplicative près.

Démonstration : a) Une section s correspond à un élément f du corps des


fonctions K de X. On écrit D0 comme un diviseur de Cartier (Ui , fi ) avec fi ∈
K ∗ . Alors L(D0 ) est engendré localement par fi−1 , d’où un isomorphisme local
ϕ : L(D0 ) → O (la multiplication par fi ). On obtient que D = (s)0 est défini par
(Ui , fi f ), ce qui donne D = D0 + (f ).
b) Si D est effectif et D = D0 + Div f , alors comme Div f + D0 est effectif, f
induit une section globale de L(D0 ) dont le diviseur des zéros est D.
c) Si (s)0 = (s)′0 , alors les fonctions f, f ′ de K correspondant respectivement
à s, s′ vérifient Div (f /f ′ ) = 0. Ainsi f /f ′ ∈ Γ(X, OX
∗ ). Mais Γ(X, O ∗ ) = k ∗ car
X
X est géométriquement intègre sur k (corollaire 9.9). Ainsi f = λf ′ avec λ ∈ k∗ ,
d’où le résultat.

128
Ainsi l’ensemble (qui peut être vide) | D0 | des diviseurs effectifs linéairement
équivalents à D0 est en bijection avec (Γ(X, L(D0 )) − {0})/k ∗, i.e. avec les
points rationnels d’un espace projectif sur k. On dit que c’est un système
linéaire complet.
Soient X une courbe projective et lisse sur k. Pour tout diviseur D de X,
on pose l(D) = dimk H 0 (X, L(D)).
Lemme 10.18 Si l(D) 6= 0, alors deg D ≥ 0. Si l(D) 6= 0 et deg D = 0, on
a D ≃ 0 (i.e L(D) ≃ OX ).

Démonstration : Si l(D) 6= 0, il existe un diviseur effectif D ′ linéairement


équivalent à D ; ainsi deg D = deg D ′ ≥ 0. Comme D ′ est effectif, son degré
est nul si et seulement si D ′ = 0, donc deg D = 0 implique D ≃ 0.

Le théorème de Riemann-Roch (joint au lemme précédent) permet sou-


vent d’obtenir des renseignements essentiels sur dimk L(D). On notera ωX =
ΩX/k le faisceau canonique sur X et K un diviseur canonique sur X.
Theorème 10.19 (Riemann-Roch) Soit X une courbe projective et lisse
de genre g sur un corps k. Soit D un diviseur sur X. Alors
l(D) − l(K − D) = deg D + 1 − g

Démonstration : Le diviseur K − D correspond au faisceau inversible


ωX ⊗L(D)ˇ. Le théorème de dualité de Serre dit alors que H 0 (X, ωX ⊗L(D)ˇ)
est dual de H 1 (X, L(D)). Il s’agit donc de montrer l’égalité
χ(L(D)) = deg D + 1 − g
Si D = 0, la formule est vraie car H 0 (X, OX ) = k par le corollaire 9.9 et
dimk H 1 (X, OX ) = g par définition.
Soit P un point fermé de X. Il suffit maintenant de montrer que la formule
est vraie pour D si et seulement si elle est vraie pour D + P . On regarde P
comme un sous-schéma fermé de X (avec sa structure réduite), alors i∗ OP
(où i est l’immersion fermée correspondante) est un faisceau dont le support
est {P } (la fibre en P étant le corps résiduel k(P )) ; d’autre part le faisceau
d’idéaux correspondant à P est L(−P ). On a donc une suite exacte
0 → L(−P ) → OX → i∗ OP → 0
d’où par tensorisation par le faisceau inversible L(D + P ), une suite exacte
0 → L(D) → L(D + P ) → i∗ OP → 0

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Maintenant par additivité de la carcatéristique d’Euler-Poincaré, on obtient
χ(L(D)) + [k(P ) : k] = χ(L(D + P )) car χ(i∗ OP ) = dimk H 0 (X, i∗ OP ) =
dimk H 0 (Spec (k(P )), OP ). Comme deg(D + P ) = deg D + [k(P ) : k], le
résultat en découle.

Exemples : a) Soit D un diviseur de degré > 0 sur une courbe projective


et lisse X. Alors dim | nD |= n. deg D − g pour n assez grand. En effet
l(K − nD) = 0 dès que deg K < n. deg D.
b) Sur une courbe projective lisse de genre g, le degré du diviseur ca-
nonique K est 2g − 2. En effet, en prenant D = K dans le théorème de
Riemann-Roch, on obtient g − 1 = deg K + 1 − g.
c) Si X est une courbe elliptique, son genre est 1 (on peut d’ailleurs
prendre ceci comme définition d’une courbe elliptique en imposant la condi-
tion supplémentaire X(k) 6= ∅). Dans ce cas deg K = 0 d’après b). Comme
l(K) = g = 1, on en déduit que K ≃ 0.
d) Soit X une courbe elliptique, fixons un point rationnel P0 sur X. Soit
Pic 0 X le sous-groupe de Pic X correspondant aux diviseurs de degré zéro.
Alors P 7→ L(P − P0 ) est une bijection entre l’ensemble des points rationnels
de X et Pic 0 X (ce qui permet de définir correctement une structure de
groupe abélien sur X(k) dont l’identité est P0 ). Soit en effet D un diviseur
de degré zéro. Le théorème de Riemann-Roch pour D + P0 donne

l(D + P0 ) − l(K − D − P0 ) = 1

Ici l(K − D − P0 ) = 0 car deg(K − D − P0 ) = −1. Ainsi l(D + P0 ) = 1, ce


qui signifie qu’il existe un unique diviseur effectif linéairement équivalent à
D + P0 d’après la prop. 10.17. Comme son degré doit être 1, il s’agit d’un
k-point P de X. Ainsi on a un unique point rationnel P tel que D ≃ P − P0 .
e) On peut aussi montrer qu’un diviseur D est très ample si deg D ≥
2g + 1, et ample si et seulement si deg D > 0 ([H], cor. IV.3.2.). Cela fournit
notamment des exemples de diviseurs (ou de faisceaux inversibles) amples
qui ne sont pas très amples.

10.6. Formule de Hurwitz


Soit f : X → Y un morphisme fini entre deux courbes projectives et
lisses sur un corps k. On aimerait relier le genre des courbes X et Y à la
ramification de f . Rappelons que le degré de f est le degré de l’extension de
corps des fonctions [k(X) : k(Y )]. L’indice de ramification d’un point P de X
d’image Q est l’indice de ramification de l’extension d’anneaux de valuation

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discrète OX,P /OY,Q , i.e. la valuation d’une uniformisante de OY,Q dans OX,P
(en particulier le rang de POX,P sur OY,Q est ep [k(P ) : k(Q)] et pour tout
point Q de Y , on a d = f (P )=Q eP [k(P ) : k(Q)]). Ainsi si k(Q) est parfait,
alors f est non ramifié en P si et seulement si eP = 1. On dit que Q est un
point de branchement de f s’il existe un point ramifié P de f avec f (P ) = Q.
On dit que la ramification en P est modérée si Car k est zéro ou ne divise
pas eP , sauvage sinon. On dit que f est séparable si l’extension k(X)/k(Y )
est séparable.
Theorème 10.20 (Hurwitz) Soit f : X → Y un morphisme fini séparable
de courbes projectives et lisses sur un corps k. Soit d le degré de f . Alors si
f n’a pas de ramification sauvage, on a
X
2g(X) − 2 = n(2g(Y ) − 2) + (eP − 1)[k(P ) : k]
P ∈X

Pour une preuve détaillée, voir [H], IV.2.4. L’idée consiste à exprimer le
faisceau ωX en fonction de ωY et du faisceau ΩX/Y . En termes de diviseurs,
on obtient
KX ≃ f ∗ K Y + R
P
où R = P ∈X long(ΩX/Y )P .P est le diviseur de ramification. Quand il n’y a
pas de ramification sauvage la longueur de (ΩX/Y )P est eP − 1. On obtient la
formule en prenant les degrés, compte tenu du fait que deg KX = 2(g(X)−2)
et deg KY = 2(g(Y ) − 2) via le théorème de Riemann-Roch.

Références
[Bki] N. Bourbaki : Algèbre commutative, (Éléments de mathématique, Fasc.
30), chapitre 6.
[H] R. Hartshorne : Algebraic Geometry, Springer-Verlag, 1977.
[L] Q. Liu : Algebraic Geometry and Arithmetic Curves, Oxford University
Press, 2002.
[Mat] H. Matsumura : Commutative Algebra, Benjamin/Cummings Publi-
shing Co. Inc. 1980.
[Mil] J.S. Milne : Étale Cohomology, Princeton University Press 1980.
[Nag] M. Nagata : Local rings, [Link], 1962.
[Spr] T.A. Springer : Linear algebraic groups, second edition, Birkhäuser
1998.
[W] C. Weibel : An introduction to homological algebra, Cambridge Univer-
sity Press, 1994.

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