1
ADMINISTRATION DE LA REVUE
Direction
Arsène DJAKO, Professeur Titulaire à l'Université Alassane OUATTARA (UAO)
Secrétariat de rédaction
Joseph P. ASSI-KAUDJHIS, Professeur Titulaire à l'UAO
Konan KOUASSI, Maître de Conférences à l'UAO
Dhédé Paul Eric KOUAME, Maître-Assistant à l'UAO
Yao Jean-Aimé ASSUE, Maître-Assistant à l'UAO
Zamblé Armand TRA BI, Maître-Assistant à l'UAO
Kouakou Hermann Michel KANGA, Assistant à l’UAO
Comité scientifique
HAUHOUOT Asseypo Antoine, Professeur Titulaire, Université Félix
Houphouët Boigny (Côte d'Ivoire)
ALOKO N'Guessan Jérôme, Directeur de Recherches, Université Félix
Houphouët Boigny (Côte d'Ivoire)
AKIBODÉ Koffi Ayéchoro†, Professeur Titulaire, Université de Lomé (Togo)
BOKO Michel, Professeur Titulaire, Université Abomey-Calavi (Benin)
ANOH Kouassi Paul, Professeur Titulaire, Université Félix Houphouët Boigny
(Côte d'Ivoire)
MOTCHO Kokou Henri, Professeur Titulaire, Université de Zinder (Niger)
DIOP Amadou, Professeur Titulaire, Université Cheick Anta Diop (Sénégal)
SOW Amadou Abdoul, Professeur Titulaire, Université Cheick Anta Diop
(Sénégal)
DIOP Oumar, Professeur Titulaire, Université Gaston Berger Saint-Louis
(Sénégal)
WAKPONOU Anselme, Professeur HDR, Université de N'Gaoundéré
(Cameroun)
KOBY Assa Théophile, Maître de Conférences, UFHB (Côte d'Ivoire)
SOKEMAWU Koudzo, Professeur Titulaire, UL (Togo)
2
EDITORIAL
La création de RIGES résulte de l’engagement scientifique du Département de
Géographie de l’Université Alassane Ouattara à contribuer à la diffusion des
savoirs scientifiques. RIGES est une revue généraliste de Géographie dont
l’objectif est de contribuer à éclairer la complexité des mutations en cours issues
des désorganisations structurelles et fonctionnelles des espaces produits. La
revue maintient sa ferme volonté de mutualiser des savoirs venus d’horizons
divers, dans un esprit d’échange, pour mieux mettre en discussion les problèmes
actuels ou émergents du monde contemporain afin d’en éclairer les enjeux
cruciaux. La dynamique paysagère, la gestion foncière, la distribution des produits
vivriers, l’insécurité urbaine, les migrations, l’intégration des gares routières dans le
tissu urbain, le développement local, les questions sanitaires ont fait l’objet
d’analyse dans ce présent numéro. RIGES réaffirme sa ferme volonté d’être au
service des enseignants-chercheurs, chercheurs et étudiants qui s’intéressent
aux enjeux, défis et perspectives des mutations de l’espace produit, construit,
façonné en tant qu’objet de recherche. A cet effet, RIGES accueillera toutes les
contributions sur les thématiques liées à la pensée géographique dans cette
globalisation et mondialisation des problèmes qui appellent la rencontre du
travail de la pensée prospective et de la solidarité des peuples.
Secrétariat de rédaction
KOUASSI Konan
COMITE DE LECTURE
KOFFI Brou Emile, Professeur Titulaire, UAO (Côte d'Ivoire)
ASSI-KAUDJHIS Joseph P., Professeur Titulaire, UAO (Côte d'Ivoire)
BECHI Grah Félix, Maître de Conférences, UAO (Côte d'Ivoire)
MOUSSA Diakité, Maître de Conférences, UAO (Côte d'Ivoire)
VEI Kpan Noël, Maître de Conférences, UAO (Côte d'Ivoire)
LOUKOU Alain François, Maître de Conférences, UAO (Côte d'Ivoire)
TOZAN Bi Zah Lazare, Maître de Conférences, UAO (Côte d'Ivoire)
ASSI-KAUDJHIS Narcisse Bonaventure, Maître de Conférences, UAO
(Côte d'Ivoire)
KOFFI Yao Jean Julius, Maître de Conférences, UAO (Côte d'Ivoire).
3
Sommaire
BOUKPESSI Tchaa, ADRIKA Nafiou, KOUMOI Zakariyao
Dynamique de la végétation et état actuel de la flore du plateau de l’Adélé (Centre- 7
Togo)
Sylvestre Abiola CHAFFRA, Toussaint Olou LOUGBEGNON, Jean Timothée
Claude CODJIA
25
Analyse de la distribution de l’avifaune du Bénin en relation avec les différents
écosystèmes : essai cartographique et perspectives de conservation des habitats
d’intérêt écologique
KOFFI Kan Emile, KOUASSI Kouamé Julien, ETTIEN Zénobe N’dadja
50
Mutations paysagères dans la forêt classée de Foro-Foro (Centre, Côte d’Ivoire)
dans une région en crise
OUREGA Kouessi Remi Stephane, KONAN Kouadio Eugène, KOLI BI
Zuéli
65
Occupation de l’espace dans un contexte d’évolution démographique dans la sous-
préfecture de Korhogo (Côte d’Ivoire)
BA Aïcha Idy Seydou Wally, DIOUF Adama Cheikh, CISSOKHO
Dramane
77
Analyse des modes de gestion foncière dans le delta du fleuve Sénégalo : exemple des
communes de Diama, Gandon et Ronkh
Moussa TOURE, Siaka DOUMBIA
88
Analyse de la gestion coutumière des espaces agricoles dans le cercle de Dioïla au
Mali
KONAN Kouamé Hyacinthe
105
La gestion participative, une solution à l’orpaillage clandestin au nord de la Côte
d’Ivoire
THIOR Mamadou, SANE Tidiane, MBALLO Issa, BADIANE Alexandre,
SY Oumar, DESCROIX Luc 118
Contraintes à la production rizicole et reconversion socioéconomique dans la
commune de Diembering (Sénégal)
Codjo Clément GNIMADI 133
Rôle des coopératives de producteurs d’ananas dans la réduction de la pauvreté dans
la commune d’Allada au sud du Bénin
4
DIALLO Mary, COULIBALY Katchenin Aminata, ASSUÉ Yao Jean-
Aimé 148
Contributions des femmes rurales aux ressources des ménages dans les Sous-
préfectures de Boundiali et de Siempurgo (Nord, Côte d’Ivoire)
KOUMAN Kouassi Alain, KOUASSI Patrick Juvet, GOGBE Téré
162
Action municipale et développement de la ville de Man (ouest de la Côte d’Ivoire)
Lamourdja BIALI, Iléri DANDONOUGBO, Komi N’KERE
179
Les facteurs de l’insécurité à Lomé dans un contexte de croissance urbaine
KAKOU Golly Mathieu, KOUAME Carine Natacha, AMAND M’boh
Serge 197
La gare routière de Bonoua et ses implications socio-économiques et
environnementales
GBANFLIN N’dri Amos, ALOKO-N’guessan Jérôme
214
Insertion des gares routières spontanées dans le tissu urbain de Yopougon (Abidjan,
Côte d’Ivoire)
Ibrahima Faye DIOUF, Mamadou Bouna TIMERA, Papa SAKHO
231
Migration de retour des diplômés sénégalais de France et investissement citoyen au
Sénégal
SAMAKE Charles, FOFANA Sory Ibrahima
245
Analyse des déterminants de la mortalité des enfants de 0 à 5 ans dans la commune
rurale de Miena/cercle de Koutiala (Mali)
KOUAME Koffi Fiacre, KOUAME Dhede Paul Éric, LOUKOU Alain
François, DJAKO Arsène 261
Les disparités d’usage éducatif du smartphone dans les établissements secondaires
de la région de la Marahoué (Centre-Ouest, Côte d’Ivoire)
MAFOU Kouassi Combo
278
Migrations agricoles à Bonon: de la fin des mouvements d’aller-retour à la
sédentarisation des populations
YEBOUE Konan Thiéry St Urbain
293
Problématique de la consommation du riz importé dans les bassins de production du
riz local du centre de la Côte d’Ivoire
5
Philippine SONON, Abou-Bakari IMOROU
312
Santé publique et sciences sociales : quels apports, quelle convergence pour la
compréhension des difficultés d’appropriation de l’offre contraceptive biomédicalisée
à Zè (Sud-Bénin) ?
6
Revue Ivoirienne de Géographie des Savanes, Numéro 7 Décembre 2019, ISSN 2521-2125
OCCUPATION DE L’ESPACE DANS UN CONTEXTE D’EVOLUTION
DEMOGRAPHIQUE DANS LA SOUS-PREFECTURE DE KORHOGO (COTE
D’IVOIRE)
OUREGA Kouessi Remi Stephane, Doctorant, LAMINAT de l’Institut de
Géographie Tropicale (IGT), Université FHB de Cocody-Abidjan,
Email : ouregasteph@[Link]
KONAN Kouadio Eugène, Maitre de conférences, LAMINAT de l’Institut de
Géographie Tropicale (IGT), Université FHB de Cocody-Abidjan,
Email : enzokkeugene@[Link]
KOLI BI Zuéli, Professeur titulaire, LAMINAT de l’Institut de Géographie Tropicale
(IGT), Université FHB de Cocody-Abidjan,
Email :Z_kolibi@[Link]
Résumé
La dynamique de l’occupation de l’espace par les activités humaines prend
aujourd’hui de l’ampleur en Côte d’Ivoire. Korhogo, localité située au Nord-Est de la
Côte d'Ivoire n’échappe pas à cette règle. L’étude consiste à mettre en relation la
dégradation du milieu naturel et la croissance démographique dans la sous-
préfecture de Korhogo. Pour atteindre cet objectif, cette étude se repose sur le
traitement des images satellites pour cartographier les types d’affectation au sol dans
le champ d’étude pendant la période de1989, 2006 et 2017.
La recherche menée sur ces paysages montre l’évolution de l’occupation du sol dans
à Korhogo entre 1989 et 2017. L’analyse des résultats révèle un changement au
niveau des types d’occupation du sol. Ce changement se traduit par la perte des
espaces naturels au profit des espaces humanisés. La superficie d’espace naturel est
passée de 11633,5 hectares en 1989 à 14611,51en 2017. La dynamique du paysage est
expliquée par l’extension des superficies agricoles et des zones d’habitation résultant
de la pression démographique.
Mots-clés :Télédétection, Pression anthropique, Occupation du sol, Mutation,
Korhogo, Côte d’Ivoire.
Abstract
Nowadays the dynamic of the space occupation by the human activities grows in
size in Ivory Coast. Korhogo an area situated in the north-east of that country is
unfortunately in that case. Our study will consist in making a link between the
population growth and the space evolution. To reach our goal we are going to focus
on the treatment of the satellite picture in order to map the type of posting to the sol
in our study during the period of 1989, 2000 and 2017.
65
Revue Ivoirienne de Géographie des Savanes, Numéro 7 Décembre 2019, ISSN 2521-2125
The research done on these landscapes shows the growth of the sol occupation in
Korhogo between 1989 and 2017. The results of the analysis reveals a change about
the kind of sol occupation. And this change is noticed through the naturals pace loss
in aid of humanized spaces. The natural space which was 11633,5 hectare in 1989 has
been 14611,51 in 2017. The landscape dynamicis due to the agricultural supercies
extension and to the habitation area caused by the population growth.
Key words : Remotesensing, anthropic forcing, sol occupation, mutation, Korhogo,
Ivory Coast.
Introduction
La question des relations entre la croissance de la population et les transformations
de l’environnement fait depuis longtemps l’objet de débats tranchés (Picouet et al.,
2004 cités par J. E. Bidou, 2018, p.1). Selon O. Dollfus, les groupements humains qui
transforment et organisent l’espace, le font en fonction de leur système économique,
de leur structure sociale et des techniques dont ils disposent, mais surtout de leur
projet de société et de leur objectif. L’auteur poursuit pour dire que l’action humaine
tend à transformer le milieu naturel en milieu géographique, c’est-à-dire un milieu
façonné par l’entreprise des hommes au cours de l’histoire (O. Dollfus, 1973, p.350).
Dans la zone dense de Korhogo, le milieu naturel subit davantage de transformation
sous le poids de l’occupation humaine. Ainsi, il importe de s’interroger dans quelle
mesure, la transformation du milieu naturel à Korhogo est-elle tributaire de la
pression humaine ? Quels sont les traits caractéristiques de l’occupation de l’espace à
Korhogo de 1989 à 2017 ? Quel est le rapport entre la pression humaine et la
dégradation du milieu naturel à dans la sous-préfecture de Korhogo ?
L’objectif de cette étude est de mettre en relation la dégradation du milieu naturel et
la croissance démographique dans la sous-préfecture de Korhogo. Il s’agit de
manière spécifique de caractériser à l’aide des techniques de la télédétection, la
dynamique de l’occupation du sol et de déterminer les principaux facteurs de
dégradation du milieu naturel par l’étude des activités humaines dans le champ
d’étude.
1- Matériel et Méthode
1.1 Présentation de la zone d’étude
La zone d’étude est située dans la sous-préfecture de Korhogo et de façon
préciseentre9 ° 27 et 9 ° 28 de latitude nord et entre 5 ° 37 et 5°46 de longitude ouest.
Elle est caractérisée par un relief de type semi-accidenté avec un vaste ensemble de
plateaux, surmontés par endroit de quelques élévations isolées que sont les dômes
granitiques et les collines. La région de Korhogo est caractérisée par un climat
tropical de transition selon la Classification de Köppen. Il s’agit d’un climat très
66
Revue Ivoirienne de Géographie des Savanes, Numéro 7 Décembre 2019, ISSN 2521-2125
chaud et très sec. Sa végétation est de type savane boisée, arborée, arbustive et
herbeuse.
Carte n°1 : Carte de localisation de l’espace d’étude
1.2 Méthodologie
1.2.1 Données
Trois types de données sont utilisés dans cette étude. Il s’agit des images satellites,
des données démographiques et des données issues des enquêtes de terrain. Les
données satellites sont constituées par une image Landsat 4 TM de 1989, une image
Landsat 5 TM de 2006 et une image Landsat 8 OLI de 2017, toutes de scène 197-53.
Ces données permettent de voir l’évolution au niveau des types d’occupation du sol.
Les données démographiques concernent des chiffres de population issus
duRGPH1988, 1998 et2014. Elles permettent d’évaluer le poids de l’homme sur le
milieu. Enfin, les données issues des enquêtes de terrain sont des données obtenues
après entretiens auprès des populations. Elles renseignent sur les véritables
problèmes auxquels sont confrontées les populations.
67
Revue Ivoirienne de Géographie des Savanes, Numéro 7 Décembre 2019, ISSN 2521-2125
1.3 Traitement
Le traitement des données a essentiellement reposé sur le traitement des images
satellites, le traitement cartographique dans un environnement SIG. Le traitement
des images dans un premier temps a consisté, à faire des opérations préliminaires
pour l’amélioration radiométrique afin d’augmenter la lisibilité des images et de
faciliter leur interprétation et une meilleure extraction de l’information. Ensuite, la
classification numérique des images à partir de la classification hiérarchique par
étapes successives ou classification hiérarchique pseudo-dirigée a été effectuée (J. M.
Fotsing, 1998 cité par G. T. Wafo, 2005, p.3381). Le choix de cette méthode repose sur
la forte hétérogénéité des éléments d’occupation du sol dans la zone d’étude et la
grande probabilité de confusion de certaines composantes telles que les plantations
d’anacardiers/manguiers et la savane arborée/boisée.
L’algorithme de classification utilisé est le «maximum de vraisemblance» qui se
présente comme étant le meilleur de la classification dirigée (F. Bonn et G. Rochon,
1993 cité par K. E. Konan(2013, p.4).Sept classes d’occupation du sol ont été retenues
(la forêt, les plantations d’anacardiers/manguiers, les cultures annuelles/jachère,
l’eau, la savane arborée/boisée, la savane arbustive/herbeuse et l’habitat /sol nu).
Les classes semblables c’est-à-dire celles ayant des contenues géographiques pouvant
être regroupées dans un même type d’occupation du sol ont été fusionnées.
Le traitement cartographique a consisté à transférer la base des données numériques
issue de la collecte et du traitement des images dans un environnement SIG pour son
exploitation. Ainsi, les cartes ont été regroupées entre elles afin de synthétiser les
données spatiales ou à extraire une information spatiale. Aussi, les taux
d’accroissement des types d’occupation du sol, les pourcentages et les superficies
occupées par les différentes classes ont-ils été calculés.
Le traitement des données démographiques a reposé sur des calculs géostatistiques
pour analyser l’évolution démographique et la pression foncière dans la zone
d’étude. Il s’agit des accroissements et des taux d’accroissement globaux de la
population sur la période de 1988 à 2014.
2- Résultats
2.1 Les états successifs de l’occupation du sol
2.1.1 Un territoire dominé par les espaces naturels en 1989
En 1989, la zone d’étude est dominée par les espaces naturels. Parmi ces espaces
naturels, ce sont les savanes arbustives et herbeuses qui occupent une grande
proportion avec 10870,5 ha ; soit 46,17 % de la surface [Link] se localisent dans la
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Revue Ivoirienne de Géographie des Savanes, Numéro 7 Décembre 2019, ISSN 2521-2125
partie Est de la zone d’étude avec une présence sur de petites superficies au Sud-
ouest et au Nord (Carte n° 2).
Carte n°2 : Carte d’occupation du sol de Korhogo en 1989
Concernant les espaces humanisés pendant cette période, les secteurs d’habitat et de
sol nu sont les plus dominants (4987,6 ha) ; ce qui représente un taux de 21,18 % de la
superficie totale (Tableaun°1). Les espaces humanisés sont présents au Centre de la
zone d’étude et sur quelques surfaces au Sud et au Nord-ouest.
2.1.2 Une diminution des espaces naturels au profil des espaces humanisés en 2006
En 2006, on observe une diminution des espaces naturels au profil des espaces
humanisés. En effet, on a une superficie de 12076,1 ha en 2006 au niveau des espaces
humanisés ; soit un taux de 51,29 % contre une superficie d’espaces naturels s’élevant
à11467 ha pour un taux d’occupation de 48,7 %(Tableaun°1). Les espaces humanisés
en 2006 sont dominés par l’habitat/ sol nu et les plantations de manguiers et
d’anacardiers. Ils se rencontrent en grande partie au Centre puis à l’Ouest et au Sud-
ouest sur quelques superficies. Quant aux secteurs naturels dominés par la savane
arbustive et herbeuse, ils occupent l’Est et le Nord de la zone d’étude (Carte n°3).
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Revue Ivoirienne de Géographie des Savanes, Numéro 7 Décembre 2019, ISSN 2521-2125
Carte n°3 : Carte d’occupation du sol de Korhogo en 2006
2.1.3 Une hausse des superficies des espaces humanisés en 2017
En 2017, les espaces humanisés connaissent toujours une hausse de leurs superficies
avec 14611,51 ha (62 % de la superficie totale de la zone d’étude). Il s’agit de l’habitat
et du sol nu avec 44,18 % de la superficie totale. Les espaces humanisés connaissent
une augmentation allant du centre vers la périphérie de l’espace d’étude.
Au niveau des espaces naturels, on note dans l’ensemble une régression des
superficies. Ces espaces enregistrent une superficie de 8931,7 ha ; soit un taux de 38
% de la superficie totale. Le type d’espace naturel ayant connu une régression de sa
superficie est la savane arbustive et herbeuse. En 2017, ces espaces se localisent à
l’Est, au Nord-ouest et au Nord de la zone d’étude (Carte n°4).
L’augmentation des superficies de plantations d’anacardiers et de manguiers
s’explique par le fait que compte tenu des difficultés rencontrées dans le secteur du
coton, les paysans s’intéressent de plus en plus aux cultures de la mangue et de
l’anacarde, d’où l’augmentation de ces cultures dans la zone d’étude. Aussi, la
croissance de la population de la sous-préfecture de Korhogo impose un besoin en
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Revue Ivoirienne de Géographie des Savanes, Numéro 7 Décembre 2019, ISSN 2521-2125
habitation. On assiste donc à l’extension de la ville dans sa périphérie à travers la
construction de nouveaux logements.
Carte n°4 : Carte d’occupation du sol de Korhogo en 2017
2.2 Des transformations spatiales opérées sous le poids de la croissance
démographique
2.2.1 Transformation spatiale de la sous-préfecture de Korhogo
Les types d’occupation du sol connaissent une variation de leurs superficies sur la
période de 1989 à 2017 (Tableau n°1).
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Revue Ivoirienne de Géographie des Savanes, Numéro 7 Décembre 2019, ISSN 2521-2125
Tableau n°1 : Répartition des types d’occupation du sol en 1989, 2006 et 2017
Thèmes Superficie Proportions Superficie Proportions Superficie Proportions
1989 (ha) 1989 (%) 2006 (ha) 2006 (%) 2017 (ha) 2017 (%)
Forêt 672,3 2,85 91,4 0,38 53,9 0,22
Savane arborée/ 213,7 0,90 2470,3 10,49 5674,1 24,10
Boisée
Savane arbustive/ 10870,5 46,17 8840,7 37,55 3174,6 13,48
Herbeuse
Plantation 2069,2 8,78 4481,3 19 1870,7 7,94
d’anacarde/manguier
Culture/Jachère 4576,7 19,43 1783 7,57 2338,5 9,93
Habitat/Sol nu 4987,6 21,18 5811,77 24,68 10402,31 44,18
Eau 153,3 0,65 64,6 0,27 53,9 0,22
Total 23543 100 23543 100 23543 100
Source : Ourega, 2017
De 1989 à 2017, les espaces humanisés enregistrent une augmentation de superficies
dans l’ensemble. Ils occupent 11633,5 ha soit 49,41 % en 1989 et 14611,51 ha en 2017 ;
soit 62 % de la superficie totale de l’espace d’étude. Ces statistiques se répartissent
entre les secteurs de cultures et jachères, l’habitat et sol nu et les plantations de
manguiers et d’anacardiers. Dans le détail, les cultures et jachères couvrent 19,43 %
de la superficie totale en 1989 et 9,93 % en 2017. Les zones occupées par l’habitat et le
sol nu enregistrent respectivement 4987,6 ha en 1989 et 10402,31 ha en 2017; soit des
taux de 21,18 % et 44,18 % de la superficie totale en 1989 et 2017. Les secteurs
d’habitations et de sol nu connaissent une forte augmentation de leurs superficies de
1989 à 2017. Quant aux espaces occupés par les plantations de cultures pérennes
(plantations de manguiers et d’anacardiers), ils passent de 2069,2 ha en 1989 à 1870,7
ha en 2017. Soit des taux respectifs de 8,78 % et 7,94 % des zones humanisées. Il faut
noter que ces plantations connaissent une prolifération de leurs superficies entre 1989
et 2006 (4481,3 ha pour une proportion de 19%) avant de voir leur diminution en
2017. Les superficies de cultures et jachères connaissent une diminution de leurs
espaces (4576,7 ha en 1989 et 2338,5 ha en 2017) ; soit 39,34 % en 1989 16 % en 2017.
Concernant les espaces naturels, on note plutôt une régression de superficies entre
1989 et 2017. Les superficies de forêt passent de 672,3 ha en 1989 à 53,9 ha en 2017 ;
soit des taux respectifs de 2,85% et 0,22% de la superficie totale. Les savanes
arborée/boisées et les savanes arbustives/herbeuses présentent respectivement 213,7
ha et 10870,5 ha en 1989 contre 5674,6 ha (24,10%) et 3174,6 ha (13,48%)en 2017.
Les changements opérés dans la zone ce sont donc faits au profil des espaces
humanisés. Parmi les types d’occupation au niveau de ces espaces, les secteurs
d’habitat et du sol nu sont prédominants dans la zone.
72
Revue Ivoirienne de Géographie des Savanes, Numéro 7 Décembre 2019, ISSN 2521-2125
2.2.2Korhogo: un milieu confronté à une forte pression anthropique
De 1998 à 2014, la population du département de Korhogo est passée de 453.006
habitants à 536 851 habitants selon les données de l’INS lors des deux derniers
recensements, soit une densité moyenne de 32,6 habitants au km² en 1998 et de 43
habitants au km² en 2014. Cette augmentation de population en majorité agricole
entraine une saturation foncière (Gachet et al., 1993 cité par M. T. Demaze, 2008, p.1).
Cette situation met la pression sur les réserves de terres préservées pendant
plusieurs années.
Le volume élevé de la population au niveau de Korhogo fait que la zone d’étude
connait une pression humaine aussi élevée. En effet, la population de la sous-
préfecture de Korhogo est passée de 112863 habitants en 1988 à 247312 habitants en
2014 selon les données issues du RGPH 1988 et 2014 (Planche n°1). Selon l’INS, la
sous-préfecture de Korhogo connait un fort taux d’accroissement de sa population.
Le taux d’accroissement global en est de 95% entre 1988 et 2014.
Planche n°1 : Répartition de la population dans la sous-préfecture de Korhogo de 1988 à
2014
1988 2014
Source :RGPH 1988, 2014Editeur: Ourega, 2019
L’emprise humaine est le résultat des densités de population. Les secteurs plus
peuplés et à forte croissance démographique enregistrent plus de pression humaine.
Ainsi, la dégradation du milieu naturel est très accentuée dans les secteurs de forte
croissance démographique. Aussi, on assiste à une saturation foncière, cause de la
croissance élevée de la population paysanne. La transformation des types
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Revue Ivoirienne de Géographie des Savanes, Numéro 7 Décembre 2019, ISSN 2521-2125
d’occupation du sol est à l’image de la pression humaine exercée sur le milieu
naturel, l’agriculture ayant pour conséquence la transformation du milieu.
L’agriculture était pratiquée essentiellement à l’aide de méthodes traditionnelles
dans les années 1980. En effet, es anciennes méthodes agricoles et la faible densité de
population pendant cette époque limitaient la consommation des espaces agricoles,
en moyenne 4 ha (conseil régional de Korhogo, 2007). De nos jours par contre, la
croissance démographique élevée et les nouvelles techniques agricoles entrainent
l’exploitation sur des surfaces plus grandes. Au niveau du coton, le département de
Korhogo connait un taux de croissance annuel de 18,96 %de 1971 à 1982 (Le Guen,
2002, p.20) contre 37,89 % des superficies cultivées selon le recensement national de
l’agriculture de 2001 de la région des savanes (conseil régional de Korhogo, 2007).
Au même titre que l’agriculture, l’habitat occupe une place de choix dans la
transformation du paysage. On assiste de plus en plus à l’extension des zones
d’habitation au niveau de la ville de Korhogo à travers la création de nouveaux
quartiers en zones périphériques. Ainsi, la superficie de la ville de Korhogo estimée à
2458 ha en 1988 (RGPH 1988) est passée aujourd’hui à plus de 70000 ha (RGPH 2014).
3- Discussion
Cette étude a permis de montrer que la zone d’étude subit une forte pression
anthropique à partir des images satellites et des données des enquêtes de terrain. La
régression des superficies des espaces naturels entre 1989 et 2017 est en rapport avec
la croissance démographique dans la zone d’étude. En effet, l’augmentation de la
population de la sous-préfecture de Korhogo pousse celle-ci à l’acquisition de
nouvelles terres pour l’agriculture et la construction de logements. On constate donc
la transformation d’espaces anciennement occupés par d’autres types d’occupation
du sol devenus en 2017 des zones d’habitation ou d’espaces agricoles.
Cette étude corrobore avec une étude menée par A. Kangah (2006, p.177) sur les
paysages des savanes Sub-Soudanaises dans le Centre et le Nord de la Côte d’Ivoire.
A travers cette étude, il a pu démontrer que l’augmentation des densités de
peuplement entraine une accentuation de la pression humaine sur les paysages déjà
humanisés et la mise en valeur de nouveaux paysages. Aussi, E. R. Hellier (2009, p.1)
dans une étude menée dans l’agglomération Dijonnaise en France, confirme que le
développement urbain contribue à la pression anthropique sur les ressources
naturelles.
Cependant, si la croissance démographique est le principal facteur de la régression
du milieu naturel, il faut noter d’autres facteurs favorisant la dégradation des
paysages. J. E. Bidou et al. 2018, p.48) dans une étude réalisée dans le Nord du Bénin
montrent que l’évolution du couple environnement/société ne peut être envisagée à
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la seule mesure de la croissance démographique. Selon eux, il existe d’autres
déterminants, dont les politiques publiques.
Conclusion
Cette étude a permis de faire une analyse de la dynamique des types d’affectation au
sol des paysages de Korhogo entre 1989 et 2017. L’analyse a révélé des changements
importants des différents types d’occupation du sol dans l’espace d’étude. En effet,
les superficies des espaces humanisés y sont plus élevées que celles des espaces
naturels. Ces changements s’expliquent par la pression humaine dans cet espace.
Cette pression résulte de la forte croissance démographique dans la zone d’étude. Au
regard de la pression humaine engendrée par la croissance de la population, on
pourrait assister à l’avenir à une dégradation plus poussée du milieu naturel.
Cependant, si la croissance de la population et l’évolution de l’occupation du sol sont
liées, le couple société/milieu naturel pourrait être envisagé aussi en dehors de la
croissance démographique. Il pourrait bien exister d’autres facteurs déterminants à la
base de la dégradation de l’environnement.
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