III. Explication de texte n°1 : V.
Hugo, Les Contemplations, Livre I « Aurore », Poème XIX « Vieille chanson
du jeune temps ». [Texte pour l’oral]
Introduction :
Le livre I des Contemplations : « Aurore », est, tout comme l’indique son titre, le livre des commencements, des
débuts, des premières fois, des balbutiements.
Lorsqu’il publie son recueil en 1856, le poète est âgé de 54 ans. Il revient rétrospectivement sur des épisodes de sa
jeunesse, comme dans « Vieille chanson du jeune temps », poème dans lequel il raconte comment, à l’âge de 16 ans, il
a manqué une occasion de vivre une histoire d’amour avec une jeune femme nommée Rose. « Vieille chanson d’un
jeune temps » n’est pas le seul poème du Livre I à raconter l’histoire d’un échec amoureux. On peut le relier à « La
Coccinelle » (poème XV) qui raconte le souvenir d’un baiser raté.
Dans « Vieille chanson d’un jeune temps », l’échec de la rencontre amoureuse se lit d’emblée dans le titre du
poème. En effet, ce titre repose sur une antithèse : autrement dit, une opposition, une contradiction. Toutefois, ce que
le titre met en évidence n’est pas tant la question de l’amour que celle de la « chanson » = du lyrisme, de l’expression
musicale du sentiment amoureux.
Problématique : Nous montrerons donc comment le récit rétrospectif de l’échec amoureux dissimule en
réalité un éloge de la poésie lyrique.
Découpage du poème :
1ère partie : v 1 à 16 : L’entrée dans les bois, un amour compromis.
2ème partie : v 17 à 28 : Les tentatives de Rose et la passivité du poète.
3ème partie : v.29 à 36 : L’échec d’un amour, fin du poème
1ère partie : v 1 à 16 : L’entrée dans les bois, un amour compromis
Le poème s’ouvre sur les deux jeunes gens qui entrent dans un « bois » (v.2) – La Nature devient, à partir
de ce moment, le témoin privilégié des 1ers émois amoureux, elle devient un lieu qui permet l’éclosion de l’amour.
Mais… la construction des deux premiers vers vient, d’emblée séparer le poète et Rose : « Je ne songeais
pas à Rose ; Rose au bois vint avec moi » qui relègue le poète à une extrémité du vers, et la jeune fille à l’autre.
De plus, le 1er vers présente une phrase négative : « je ne songeais pas à Rose » qui montre que la jeune
fille n’occupe même pas les pensées du poète. Phrase négative.
Au vers 3, pourtant, un espoir de réunification se dessine : le poète utilise le pronom personnel « nous » à
l’ouverture du vers. Les deux jeunes gens se « parlent » enfin.
2ème partie : v 17 à 28 : Les tentatives de Rose et la passivité du poète.
Le « nous » du vers 3, qui laissait présager une réunion des jeunes gens, disparaît dès le début du 2 ème quatrain au
profit d’une alternance entre les références au « je » et les références au « elle » - Ils ne sont plus jamais réunis :
- Anaphore du pronom personnel « je » aux vers 1, 2, 3 / Déterminant possessif « son » au vers 4.
- Pronom personnel élidé « j’ » aux vers 11 et 12 / « Rose » au vers 13.
- Pronom personnel tonique « moi » au vers 13 / Pronom personnel « elle » au vers 14 / « Rose » nommée
au vers 15 / Pronom objet « me » au vers 16.
RQ : Le pronom personnel tonique : peut se combiner avec un autre pronom personnel (ex : Moi, je préfèrerais aller
au restaurant) + c’est un procédé d’emphase (mise en relief, insistance).
La distance entre les amants se lit donc dans l’emploi des pronoms qui leur sont liés mais aussi dans les
images qu’utilise le poète. Au vers 5, la comparaison « comme les marbres » montre bien le comportement
peu propice à la séduction du jeune homme.
En effet, le jeune homme n’est pas tourné vers la jeune fille… mais vers la Nature qui l’environne :
- Vers 7 : « je parlais des fleurs, des arbres »
- Vers 11 : « j’écoutais les merles »
1
-Vers 6 « je marchais » et vers 11 : « j’allais » - poète qui se présente rétrospectivement comme un jeune
homme dont la dynamique consiste à parcourir les bois, la Nature. Il est occupé à déchiffrer la
nature (poème VIII, Livre III), ce qui l’empêche de comprendre la jeune fille : « son œil semblait dire
« Après ? » » (v.8) : Verbe « semblait » qui trahit son doute, son incapacité à comprendre les appels de la
jeune fille.
Pourtant : la nature entière le pousse à regarder du côté de Rose ! En effet, le prénom de Rose s’inscrit partout
dans la nature qui les entoure ! Rose et la Nature ne font qu’un : topos romantique, harmonie femme / Nature.
- Elle porte le nom d’une fleur
- « la rosée » (v.9) – qui en plus est personnifiée : elle ressemble à une femme portant des bijoux.
- « les rossignols » (v.12)
Aveugle et sourd aux appels que lui lancent la Nature ET la jeune fille, le fosse se creuse entre les deux
amants… Cela se lit notamment dans l’antithèse employée au 4 e quatrain : « morose » / « brillaient ».
La jeune fille, malgré tout, ne se décourage pas encore… Le poète n’a pas su interpréter ses regards (v.8), mais peut
être sera-t-il sensible à son corps gracieux de jeune fille ?
Le 5ème quatrain comporte une dimension picturale : Aux bruits qui prédominaient dans les quatrains
précédents (chants des oiseaux) s’ajoutent ici des couleurs : « Rose » ; « mûre » ; « blanc » Contraste entre
la blancheur du bras et la « mûre », noire.
Toutefois… Le poète ne semble pas plus sensible à ce tableau puisque le quatrain se clôt sur une nouvelle
phrase négative : « je ne vis pas son bras blanc » (v.20).
Il faut garder en tête qui le poète raconte ce souvenir à l’âge de 54 ans. Avec l’expérience, il perçoit ce qu’il n’avait
pas su voir à l’époque…
Harmonie entre la Nature et l’homme. Ici, les bois sont « sourds » surdité, un sens défaillant // le poète
semble aveugle « je ne vis pas » + confirmé par le titre du poème qui suit … « A un poète aveugle » (XX).
Nouveau mouvement dans le poème : Rose enlève sa chaussure et met son pied dans l’eau. La progression du
poème se fait grâce aux actions de la jeune fille. Le poète, lui, est de plus en plus passif. Au début : « je
marchais » ( v.6) ; « j’allais » (v.11) VS « je la suivais » (v.30)
Face à ce nouvel acte, de plus en plus sensuel, le poète ne réagit toujours pas… On retrouve, à nouveau, une
phrase négative : « je ne vis pas son pied nu » (v.28). Cette phrase négative entre alors en résonnance avec « je
ne vis pas son bras blanc » (v.20) Création d’un refrain qui participe à la musicalité, au lyrisme du poète.
3ème partie : v.29 à 36 : L’échec d’un amour, fin du poème
« Je ne vis qu’elle était belle / qu’en sortant des grands bois sourds » (v.33-34) : L’emploi de la négation
(= je ne vis QUE au moment où nous sortions des bois qu’elle était belle) montre bien ici que le poète a retrouvé la
vue… trop tard.
Le poète est de plus en plus passif. Au début : « je marchais » (v.6) ; « j’allais » (v.11) VS « je la suivais »
(v.30)
Le poète ne parvient pas à s’exprimer : « Je ne savais que lui dire » alors que Rose, communique : «
sourire » ; « soupirer »
Pour souligner l’échec de la rencontre, V. Hugo nous donne à entendre la voix de Rose – discours
rapporté directement : « Soit, n’y pensons plus » (v.35). Déception de la jeune femme mise en valeur.
Le poème se clôt sur une antithèse (=une opposition) entre d’une part l’idée de rupture, de fin véhiculée
par la négation « n’y pensons plus » et d’autre part l’idée de permanence véhiculée par l’adverbe « toujours » (v.36).
Poème cyclique :
- S’ouvre au moment où ils entrent dans les bois / se ferme quand