0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
114 vues28 pages

La philosophie : amour du savoir et vie

La philosophie est définie comme l'amour de la sagesse et la recherche de la vérité à travers une réflexion rationnelle sur le monde, la connaissance et l'existence humaine. Elle existe depuis l'Antiquité et peut être conçue comme une activité intellectuelle mais aussi comme un mode de vie.

Transféré par

frtg
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats DOCX, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
114 vues28 pages

La philosophie : amour du savoir et vie

La philosophie est définie comme l'amour de la sagesse et la recherche de la vérité à travers une réflexion rationnelle sur le monde, la connaissance et l'existence humaine. Elle existe depuis l'Antiquité et peut être conçue comme une activité intellectuelle mais aussi comme un mode de vie.

Transféré par

frtg
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats DOCX, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

La philosophie, du grec ancien φιλοσοφία / philosophía (composé de φιλέω / philéô, « aimer », et

de σοφία / sophía, « sagesse, savoir »)1, signifiant littéralement « amour du savoir » et


communément « amour de la sagesse », est une démarche qui vise à une compréhension du
monde et de la vie par une réflexion rationnelle et critique. Cette réflexion n’est pas pour autant le
propre d’un homme en particulier mais de tout homme dans sa dimension proprement humaine
même si certains penseurs en ont fait le cœur de leur activité. C'est une recherche de la vérité
qui est guidée par un questionnement sur le monde, la connaissance et l'existence humaine2. Elle
existe depuis l'Antiquité en Occident et en Orient, à travers la figure du philosophe, non
seulement en tant qu'activité rationnelle mais aussi comme mode de vie. L'histoire de la
philosophie permet d'appréhender son évolution.
Ancrée dès ses origines dans le débat d'idées partagées lors du dialogue entre un maître et ses
disciples dans les différentes écoles philosophiques, la philosophie peut se concevoir comme
une activité de création, de méditation, de définition et d'analyse de concepts tels que le bien,
le mal, la beauté, la justice. Elle peut aussi être envisagée comme une quête de vérité, de liberté,
de sens, de conscience, bref, une quête du bonheur. Du point de vue de la théologie chrétienne
à qui elle est associée dans sa démarche, son objectif devrait être tourné vers la contemplation
de la vérité et la recherche de la finalité dernière et du sens de la vie3.
Chez Aristote, la sagesse est la science des premiers principes et des premières causes4. C'est
une définition sur laquelle s’appuieront les aristotéliciens à l'époque médiévale pour fonder
la philosophie première.
Au sens moderne et pour une partie des philosophes contemporains, la philosophie n’est pas un
savoir, ni un ensemble de connaissances, mais une démarche de réflexion sur les savoirs à
disposition5. Elle est devenue une discipline des sciences humaines6. En ce sens, la philosophie
contemporaine se rapproche beaucoup d’une dynamique épistémologique.
Le champ d'étude de la philosophie peut embrasser un ensemble de disciplines telles que
les sciences humaines et sociales, les sciences formelles et les sciences naturelles, auxquelles
elle est historiquement liée.
La philosophie a engendré des domaines d'études fondamentaux tels la logique,
l'éthique (philosophie morale), la métaphysique, et l'épistémologie (philosophie des
sciences et théorie de la connaissance). Au cours du temps, ces branches de la philosophie ont
vu naître des ramifications comme celles de la philosophie politique, la philosophie du droit,
l'esthétique (philosophie de l'art), l’ontologie, la philosophie de l'esprit, l’anthropologie
philosophique, ou la philosophie du langage, entre autres.

Étymologie[modifier | modifier le code]


Étymologiquement, le mot français philosophie dérive du grec ancien φιλοσοφία, composé de
φιλεῖν, « aimer » et σοφία, « la sagesse, le savoir », c'est-à-dire littéralement : l’amour de la
sagesse ou l’amour du savoir7. Selon le philosophe Roger-Pol Droit, « cette étymologie peut dire
des choses différentes. En grec, sophia signifie aussi bien la connaissance que la sagesse.
Et philô signifie aimer mais aussi désirer. Vous pouvez donc traduire philosophie par « désir de
connaissance ». Mais aussi par « amour de la sagesse ». Dans le premier cas, vous tirez la
philosophie du côté de la science. Dans le second cas, du côté de l’existence et du bonheur.
Présente dans la racine grecque elle-même, cette dualité a accompagné toute l’histoire de la
philosophie »8.
À noter que le mot φιλοσοφία fait effectivement partie du lexique du grec ancien, où l'on trouve
des usages attestés dès l'Antiquité. Il s’agit donc d’une sémantique de construction, comme pour
le terme utopie9, néologisme couramment forgé dans la langue française.
Les termes φιλόσοφος (philosophos) et φιλοσοφεῖν (philosophein) apparaissent en quelques
occurrences chez les penseurs présocratiques10 Héraclite, Antiphon, Gorgias et Pythagore, mais
aussi chez d'autres penseurs comme Thucydide ou Hérodote, contemporains de Socrate. En la
matière, un écho d’Héraclide du Pont révélerait que le premier penseur grec à s’être qualifié lui-
même de « philosophe » aurait été Pythagore11. Toutefois, c'est la pratique dans les dialogues de
Platon qu'en a fait Socrate, qui a ordonné le type de questionnement et de recherche sur la
raison qui a constitué jusqu'à aujourd'hui la philosophie12.
La philosophie est définie à plusieurs reprises par Platon comme étant en opposition avec le
désir humain : « philo-nikos (amour de la victoire), et philo-sómatos (amour du corps) philo-
hèdonos (amour du plaisir sensationnel) ». Pour lui, elle s'exerce plutôt dans la partie sur-
humaine des êtres humains, c'est-à-dire dans une pratique intellectuelle pure, et elle est
synonyme de φιλομαθία (philomathia) : « amour de la connaissance »13. Par ailleurs, elle est une
tendance vers une sagesse et un savoir intangible, et en ce sens elle relève d'un désir
permanent : ainsi, Socrate, lors de son procès rapporté dans l'Apologie de Socrate, affirme ne
pas être sage, et également ami de la sagesse14. Il aurait considéré plus tard sa condamnation à
mort comme une chance ultime de séparation de son âme, qui de par sa constitution
intellectuelle propre lui aurait permis de contempler un savoir post-mortem15.
« Désir de connaître et amour du savoir, ou philosophie, c'est bien une même chose ? »
— Platon, La République, II, 376b
« La philosophie n'est rien d'autre que l'amour de la sagesse. »
— Cicéron
Dans une optique similaire, Emmanuel Levinas écrit, dans la préface de Totalité et Infini : « la
philosophie elle-même ne se définit-elle pas, en fin de compte, comme une tentative de vivre en
commençant dans l'évidence, en s'opposant à l'opinion des prochains, aux illusions et à la
fantaisie de sa propre subjectivité ? »16.

La philosophie comme mode de vie[modifier | modifier le


code]

Jean-Léon Gérôme, Diogène, 1860. Portrait romantique qui


représente aussi le chien (en grec « κύων ») qui a donné son nom au cynisme.
La philosophie s’est comprise très tôt comme une manière de vivre et non pas uniquement
comme une réflexion théorique. Autrement dit, être philosophe, c’est aussi vivre et agir d’une
certaine façon et non pas seulement se confronter à des questions abstraites17. L’étymologie du
terme « philosophie » indique bien que le philosophe est celui qui tend vers la sagesse, qui
cherche à vivre comme il le faut et plus particulièrement qui recherche le bonheur18. La
philosophie, entendue comme mode de vie, met l'accent sur la mise en application dans sa
propre vie des résultats de la réflexion philosophique. L’idée que la philosophie est une manière
de vivre a aussi pu amener certains philosophes à imaginer que, pour cette raison, ils devaient
guider les autres et les aider à mener correctement leurs existences. La philosophie, d’éthique
personnelle, pouvait se faire projet collectif voire politique. Ces ambitions « collectives » de la
philosophie prennent différentes formes. Une véritable communauté de vie pouvait se constituer
autour d'un philosophe. Ceci explique en partie la naissance dans l’Antiquité d’écoles
philosophiques (autour d’Épicure, de Platon ou d’Aristote par exemple). Depuis les
présocratiques et surtout à partir de Socrate, toute une tradition a défendu cette conception de la
philosophie comme un mode de vie. Citons entre autres
les Stoïciens19, Platon, Aristote, Épicure, Descartes20, Spinoza21, Sartre ou Russell. Mais ces
derniers sont loin d’exclure l’idée que le philosophe s’intéresse à des problèmes théoriques. La
« sagesse », ou plus exactement la sophia, que souhaite appréhender le philosophe est aussi un
savoir et une connaissance. Le philosophe, dans la lignée de la tradition fondée par Socrate, sait
comment il doit vivre ; il peut justifier ses choix et son mode de vie. Socrate par exemple, dans
les dialogues socratiques de Platon, exige de ses interlocuteurs qu’ils soient à même de donner
le logos de leur jugement de valeur et de leur choix, c’est-à-dire de les justifier rationnellement.
Cette exigence de rationalité peut même amener à donner des fondements authentiquement
scientifiques à la philosophie. Bien sûr la définition de la philosophie en tant que modus
vivendi (mode de vie) ne peut prétendre être suffisante pour définir la philosophie dans son
ensemble. Bien des philosophes ont compris la philosophie comme un travail intellectuel et non
comme un mode de vie : c'est le cas dans le monde universitaire et de la recherche de nos jours.
Il en va tout autrement, en Inde notamment. Le point de vue occidental ne peut s'appliquer aux
concepts philosophiques en vigueur dans cette partie du monde, bien qu'il y eût tentative
d'assimilation à l'époque romaine, en particulier avec Plotin. L'on sait que lors des conquêtes
d'Alexandre le Grand (vers -325), les Grecs furent frappés par l'ascétisme hindou et le
dénuement qui en résultait22. D'où leur appellation, fausse, de « gymnosophistes » (de gumno,
« nu »). Ces ascètes pratiquaient les préceptes des Upanishads. À cette confrontation d'idées
philosophiques intervient l'ethnophilosophie.
Maurice Merleau-Ponty dans sa leçon inaugurale au Collège de France, intitulée Éloge à la
philosophie, laisse entrevoir une conception de la philosophie comme mode de vie23.
Pour Pierre Hadot, dans La philosophie comme manière de vivre24 : « Le vrai philosophe n'est
pas celui qui parle, mais celui qui agit [au quotidien] »25. « Il y aurait place à nouveau dans notre
monde contemporain, pour des philo-sophes (sic), au sens étymologique du mot c'est-à-dire des
chercheurs de sagesse, qui, ne renouvelleraient pas le discours philosophique, mais
chercheraient […] une vie plus consciente, [plus cohérente (dit plus loin)], plus rationnelle, plus
ouverte sur les autres et sur l'immensité du monde. […] discours et vie [philosophiques au
quotidien] sont inséparables »26. « la concentration sur l'instant présent, l'émerveillement devant
la présence du monde, le regard d'en haut [concept qui lui est familier, et qu'il décline aussi
en point de vue de Sirius] porté sur les choses, la prise de conscience du mystère de
l'existence »27, « s'efforcer à l'objectivité, à l'impartialité de l'historien et du savant, et aussi se
détacher de son Moi pour s'ouvrir à une perspective universelle »28, « d'ouvrir notre cœur à tous
les êtres vivants et à la nature entière dans sa magnificence »29.
Selon Georges Politzer, la philosophie du matérialisme scientifique, en devenant dialectique,
s'identifie à une pratique au quotidien30. Un des fondements de cette philosophie est la liaison
étroite entre la théorie et la pratique. C'est, pour lui, ce qui sépare le matérialisme des
philosophes totalement idéel (domaine de la pensée), non idéaliste autant que faire se peut, du
matérialisme marxiste qui est aussi praxique (dans le but de l'action, vie privée ainsi que vies
sociale et politique).

La philosophie occidentale[modifier | modifier le code]


Article détaillé : Philosophie occidentale.

Paul
Gauguin, D'où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? (1897/98).
Définition[modifier | modifier le code]
La philosophie contemporaine occidentale, issue d’une tradition multiple, se présente sous des
formes variées : tradition herméneutique et postkantienne en Allemagne, philosophie
analytique dans les pays anglophones et dans une grande partie de l’Europe,
tradition phénoménologique en Europe continentale31. Certains remettent fortement en cause la
tradition philosophique et ses présupposés telle la philosophie féministe,
la déconstruction de Derrida ou de Heidegger. Ces courants forment autant de pratiques
différentes et d'opinions divergentes sur la nature de la philosophie, qui interdisent de donner une
définition unique acceptable par tous. S'il y a aujourd'hui plusieurs traditions philosophiques,
aucune ne peut prétendre résumer l'activité philosophique à elle seule, ni décrire l'activité
philosophique de façon consensuelle.
Les difficultés à définir la philosophie sont en outre de nature épistémologique, car il est difficile
de délimiter rigoureusement méthodes, thèmes et objets de la philosophie. Historiquement, elle a
pu en effet s'inspirer d'autres disciplines (des mathématiques, voire des sciences positives).
Pourtant, elle n'a jamais réussi à développer une méthode ou un ensemble de méthodes qui
auraient réussi à s'imposer parmi les philosophes (comme la méthode expérimentale s'est
imposée en physique et en chimie par exemple). En outre les amalgames entre la philosophie et
d'autres disciplines sont de plus favorisés par une tradition de philosophes aux intérêts très
divers. Ainsi Aristote aura été aussi bien logicien, que philosophe ou naturaliste. Déterminer le
philosophe par sa fonction sociale n'est donc pas aisé. La plupart des activités autrefois
appartenant à la discipline sont devenues aujourd'hui autonomes (psychologie, sciences
naturelles, etc.), et la part propre de la philosophie s'est réduite.
Mais il est également délicat de déterminer l'essence de la philosophie occidentale, soit parce
que son statut dans la société est lui-même difficile à cerner, soit qu'elle a été ramenée à d'autres
disciplines apparemment proches. Dès l'Antiquité, par exemple, Socrate était confondu dans Les
Nuées d'Aristophane avec les sophistes, que Platon nous présente pourtant comme ses
adversaires dans ses dialogues.
Emmanuel Kant ramenait le domaine de la philosophie à quatre questions : « Que puis-je
savoir ? Que dois-je faire ? Que m’est-il permis d’espérer ? Qu’est-ce que l’homme ? »5.

Les méthodes de la philosophie occidentale[modifier | modifier le


code]
On peut dans une première approche, délimiter en creux un certain nombre de méthodes et de
principes heuristiques qui caractérisent au moins en partie la philosophie.
Délimitations négatives de la méthode[modifier | modifier le code]
D'une part la philosophie ne recourt pas à la méthode expérimentale. La philosophie, en effet, à
la différence de la physique, de la chimie ou de la biologie, n'a jamais vraiment intégré le
processus d’expérimentation dans son outillage heuristique. Ceci est évident pour la philosophie
antique et médiévale qui ne connaissait pas l'expérimentation. Même les grands philosophes qui
se sont illustrés comme scientifiques (Descartes, Pascal, Leibniz pour ne citer qu'eux) ont
toujours distingué leur travail dans le domaine scientifique et dans le domaine philosophique.
Certains philosophes comme Kant ou Wittgenstein32 ont même vu dans l’absence
d’expérimentation en philosophie une caractéristique épistémologique essentielle de cette
discipline et ont refusé toute confusion avec les sciences expérimentales33.
D’autre part la philosophie n'est pas, par essence, une science reposant sur l'observation
empirique à la différence de la sociologie ou des sciences politiques par exemple. Il ne faut
naturellement pas croire que la philosophie peut ignorer les données empiriques les plus
évidentes. Mais traditionnellement la philosophie ne veut pas se limiter à un simple catalogue de
faits et entreprend pour cela un vrai travail de théorisation voire de spéculation. Ainsi, par
exemple, même si Aristote a recueilli les constitutions des cités grecques de l'époque, il a voulu
dans La Politique et dans l’Éthique à Nicomaque analyser les structures de la cité d'un point de
vue théorique.
Enfin, la philosophie, à la différence des mathématiques ou de la logique formelle, ne s’est jamais
décidée à travailler uniquement au moyen de symboles formels, bien que Leibniz ait pu rêver
résoudre les problèmes philosophiques au moyen d’un calcul logique universel34. Et si la
philosophie analytique contemporaine est impensable sans la logique mathématique, elle utilise
encore massivement le langage naturel.
Caractéristiques de la méthode de la philosophie[modifier | modifier le code]

Le philosophe par Rembrandt.


Malgré les difficultés que comporte cette entreprise, il est possible de distinguer certaines
grandes caractéristiques positives de la méthode philosophique. La philosophie se comprend
comme un travail critique. C'est une de ses définitions les plus courantes. Cette critique n’est
cependant jamais purement et simplement négative. Elle a pour but de créer de nouvelles
certitudes et de corriger les fausses évidences, les illusions et erreurs du sens commun ou de la
philosophie elle-même. Socrate, par exemple, interrogeait ses contemporains et les sophistes
afin de leur montrer leurs contradictions et leur incapacité à justifier ce qui leur semblait évident35.
Descartes36 est à l'époque moderne le meilleur représentant de cette conception de la
philosophie, car, selon lui, seul un doute radical et général pouvait être le fondement d'une
pensée parfaitement rigoureuse et indubitable.
La philosophie est souvent caractérisée comme un travail sur les concepts et notions, un travail
de création de concepts permettant de comprendre le réel, de distinguer les objets les uns des
autres et de les analyser, mais aussi un travail d'analyse des concepts et de leurs ambiguïtés37.
Elle a très tôt38 reconnu les problèmes que posent les ambiguïtés du langage. De nos jours la
philosophie analytique donne elle aussi une grande place à ce problème.
En outre, à la différence des sciences, la délimitation des méthodes et du domaine de la
philosophie fait partie de la philosophie elle-même. Chaque penseur se doit d'indiquer quels
problèmes il souhaite éclairer, et quelle sera la méthode la plus adaptée pour résoudre ces
problèmes. Il faut en effet bien voir qu'il y a une unité profonde des problèmes philosophiques et
de la méthode philosophique. Il ne faut donc pas voir l'instabilité des méthodes et des thèmes
philosophiques comme une faiblesse de la discipline, mais plutôt comme un trait caractéristique
de sa nature. Ainsi, la philosophie est une sorte de retour critique du savoir sur lui-même, ou plus
précisément une critique rationnelle de tous les savoirs (opinions, croyances, art, réflexions
scientifiques, etc.), y compris philosophiques - puisque réfléchir sur le rôle de la philosophie c'est
entamer une réflexion philosophique39.

Adorno et Horkheimer : deux représentants de la critique


marxiste de la rationalité moderne.
Enfin, la philosophie est une discipline déductive et rationnelle. Elle n'est pas simple intuition ou
impression subjective, mais demeure inséparable de la volonté de démontrer par des arguments
et déductions ce qu’elle avance : elle est volonté de rationalité. C'est même la rupture
des présocratiques avec la pensée religieuse (mythologie) de leur époque, et leur rapport aux
dieux grecs qui est considérée traditionnellement comme le point marquant de la naissance de la
philosophie. Ce souci de démontrer et de livrer une argumentation se retrouve au cours de toute
l'histoire de la philosophie. Qu'on songe aux discussions éristiques durant l'Antiquité, à l'intérêt
que portent les philosophes à la logique depuis Aristote, mais aussi, au Moyen Âge, au souci de
donner à la philosophie la rigueur démonstrative des mathématiques (comme chez Descartes ou
Spinoza) ou à l'importance qu'accorde la philosophie analytique de nos jours à la rigueur et à la
clarté argumentatives. Malgré cette tendance profonde, la philosophie contemporaine a vu se
développer une critique radicale de la raison, que ce soit chez Nietzsche, Heidegger, ou
encore Adorno : la rationalité même s'est donc trouvée mise en débat par la philosophie40.

Les branches de la philosophie occidentale[modifier | modifier le


code]
La philosophie est loin d’être un domaine de connaissances bien délimité au sens où les
problèmes auxquels elle se confronte sont d’une extrême variété. Elle étudie de nombreux
objets, certains proches, c'est pourquoi sa subdivision en différentes branches est problématique
et relève de l'arbitraire. De plus, si des pans entiers de la philosophie sont apparus au XXe siècle,
certains domaines se sont détachés très nettement de la philosophie à l'époque moderne. La
physique, par exemple, était considérée comme appartenant à la philosophie
jusqu’au XVIIIe siècle. Mais le détachement n'est pas toujours aussi net ; ainsi la science politique,
considérée comme une ancienne branche de la philosophie devenue autonome, entretient un
dialogue permanent avec la philosophie politique (qui n'est donc pas morte). De même, la
biologie, qui a longtemps été entravée par son appartenance à la philosophie avec les
thèses finalistes, mécanistes, et vitalistes, revient par une porte dérobée. En effet, au début
du XXIe siècle le développement des biotechnologies a pour corollaire l'apparition d'un nouveau
champ d'étude philosophique : la bioéthique.
Malgré ces difficultés, les branches suivantes se distinguent aujourd'hui car chacune a un objet
propre bien délimité qu'elle soumet à des questionnements spécifiques (et notamment ceux
indiqués ici) :

 la métaphysique et ses diverses branches (« Qu'est-ce que la réalité ? », « Y a-t-il


des réalités immatérielles ? », « Dieu existe-t-il ? », « L'âme existe-elle ? Est-elle
immortelle ? Incorporelle ? ») ;
 l'ontologie, rattachée ou non à la métaphysique selon les interprètes (« Qu'est-ce que
l'être ? », « Pourquoi y a-t-il de l'être plutôt que rien ? ») ;
 la philosophie de la religion, partiellement rattachée à la métaphysique puisqu'elle
tente de définir le divin et pose la question de l'existence de Dieu, qu'elle double
d'une interrogation sur la nature du sacré en général ;
 la philosophie morale ou l'éthique : discipline pratique et normative permettant de
définir la meilleure conduite pour chaque situation: (« Quelle est la fin des actions
humaines ? », « Le bien et le mal sont-ils des valeurs universelles permettant de
définir cette fin ? ») ;
 la philosophie de l'art ou l'esthétique (« Qu'est-ce que le beau ? », « Qu'est-ce que
l'art ? ») ;
 la philosophie de l'esprit (« Quelles sont les relations entre corps et esprit ? »,
« Comment fonctionne la cognition ? ») ;
 la phénoménologie, dont la méthode est de partir des expériences humaines pour
appréhender la réalité telle qu'elle se donne, à travers les phénomènes ;
 la philosophie de la logique ;
 la philosophie politique (« D'où peut provenir la légitimité du pouvoir ? », « Quel est le
meilleur régime politique ? », « La morale peut-elle et doit-elle guider l'action
politique ? ») ;
 la philosophie du droit (« Quelles sont les relations entre droit et justice ? »,
« Comment naissent les normes juridiques ? », « Selon quels critères faut-il les
juger ? ») ;
 la philosophie de l'action (« La liberté est-elle illusoire ? ») ;
 la philosophie du langage (« Quelle est l'origine du langage ? », « En quoi le langage
se distingue-t-il d'autres systèmes de communications ? », « Quelles relations
entretiennent langage et pensée ? ») ;
 la philosophie de l'histoire (« L'histoire est-elle régie par des lois, une nécessité, ou
est-elle le fruit abscons de la contingence ? ») ;
 l'épistémologie qui est littéralement l'étude de la science et la connaissance. Aussi
appelé théorie de la connaissance ou gnoséologie;
 la gnoséologie (« D'où provient la connaissance ? ») ;
 la théorie de la connaissance (« Qu'est-ce que la vérité ? »).

Histoire de la philosophie occidentale[modifier | modifier


le code]
Article détaillé : Histoire de la philosophie.

Représentation de la sagesse (1635) : « Sapiens


Dominabitur Astris ». Traduction libre du texte : « Qui acquiert la sagesse sera maître des
astres. ».
Si la philosophie a une longue histoire, il convient de distinguer la pratique de la philosophie de
l'étude simple des doctrines passées. Parfois atténuée, voire effacée, cette distinction est
pourtant cruciale. Nombre de penseurs en appellent aux philosophies antérieures pour les
appuyer, s'en inspirer, ou encore les critiquer : il y a là un appel à l'histoire et à un fond culturel
commun, mais ça ne fait pas de la philosophie une discipline historique. La pratique
philosophique n'étant pas uniquement une glose sur la philosophie des époques précédentes, il
faut la distinguer de l'histoire de la philosophie.
L’histoire de la philosophie consiste à tenter de reconstruire, de comprendre, d’interpréter, voire
de critiquer, les positions et thèses de penseurs comme Platon, Thomas d’Aquin, Hegel, etc. Il
s'agit moins d'évaluer la pertinence philosophique ou l'intérêt actuel de ces philosophes que de
savoir ce qu'ils ont vraiment dit, et de restituer leurs pensées dans leurs contextes d'apparition.
Ce travail d'étude porte également sur des courants philosophiques (le scepticisme antique,
le néokantisme), ou des questions débattues au cours de l’histoire (le dualisme de l’âme et du
corps, la querelle des universaux) appartiennent elles aussi à l’histoire de la philosophie.
Quelque
s philosophes importants de la zone européenne selon leur lieu de naissance.
Frise chronologique[modifier | modifier le code]

Philosophie antique[modifier | modifier le code]


Article détaillé : Philosophie antique.
Période grecque[modifier | modifier le code]
La philosophie grecque a connu trois grandes périodes41 :

 la période présocratique (fin du VIIe siècle av. J.-C.), précédant Socrate (certains
d'entre ces Présocratiques furent des contemporains de ce dernier), qui comprend
tous les penseurs et leurs conceptions du monde. Ils sont considérés comme les
fondateurs de la tradition philosophique occidentale ;
 la période grecque classique (Ve siècle av. J.-C.), qui commence
avec Socrate à Athènes et se poursuit avec Platon, Diogène et Aristote. Ce même
siècle est également celui de la sophistique représentée par Gorgias et Protagoras,
entre autres ;
 après les conquêtes d'Alexandre le Grand, vient ce que l'on a nommé la période
hellénistique : Épicure, les stoïciens ou les sceptiques qui sont les penseurs les plus
importants de cette époque.

L'École
d'Athènes (détail d'une fresque de Raphaël), représentant les différentes écoles de l'Antiquité
grecque : on reconnaît, au centre, Platon montrant le ciel du doigt (allusion à sa Théorie des
Idées) et Aristote montrant la terre (allusion à son souci d'ancrer la philosophie dans la
connaissance des faits empiriques).
La philosophie grecque se caractérise par le fait qu'elle est dominée par l'éthique, par la question
« comment bien vivre ? » et plus particulièrement par celles de la vertu et du bonheur.
L'importance de ce thème apparaît évidente à la lecture des dialogues de Platon, des textes
d'Aristote, des Stoïciens ou d'Épicure. La conséquence de cette tendance est que la philosophie
était comprise comme une façon de vivre et non pas uniquement comme un discours théorique
(même si ce dernier ne saurait être ignoré, naturellement) ce qui est particulièrement frappant
chez un Socrate, un Diogène ou chez les Stoïciens.
Les deux autres grands domaines de la recherche des penseurs antiques sont d'une part
la cosmologie et la physique (ce qu'on a longtemps nommé philosophie naturelle), d'autre part
la théorie de la connaissance parfois liée à la logique. Ainsi, la question fondamentale qui
occupait les philosophes présocratiques était la question du principe de toute chose. Au travers
d'un mélange d'observations empiriques et de spéculations, ils tentèrent de comprendre la nature
et ses phénomènes. Ainsi, le premier philosophe connu, Thalès, tenait l'eau pour le principe de
toute chose. Platon dans le Timée (livre dont l'influence fut primordiale au cours de l'histoire de la
philosophie) cherche lui aussi à expliquer la naissance du monde, et imagine un démiurge qui
aurait créé notre univers en reproduisant le Modèle éternel que sont les Idées. Enfin, la
Physique d'Aristote, tout comme la lettre à Hérodote d'Épicure ou la physique stoïcienne
montrent le vif intérêt des anciens pour la connaissance de la nature (φυσις, physis).
La théorie de la connaissance et la logique étaient elles aussi essentielles pour les philosophes
de l'Antiquité. Les Sophistes défendent souvent une thèse qu'on peut qualifier de relativiste car
elle revient à nier l'existence d'une connaissance objective et universellement valable. « Rien
n'est vrai (en soi). Pour chacun la chose apparaît, telle qu'elle apparaît, selon les circonstances et
l'environnement »42. Tel est le sens de la célèbre formule : la personne humaine est la mesure de
toute chose. Platon, à la suite de Socrate qui affirmait l'existence d'une science objective des
valeurs et des normes morales, développe une théorie de la connaissance explicitée dans la
République et le Théétète. Platon fait en effet la distinction entre la simple opinion (ou doxa,
empirique et sans fondement) et le véritable savoir philosophique, qui ne peut être acquis que
par un long parcours d'apprentissage des mathématiques, de la dialectique et de ce qu'on
appelle la théorie des Idées43. Épicure, quant à lui, développe toute une théorie empiriste de la
connaissance afin de déterminer les critères que doit remplir une connaissance pour être vraie.
Enfin, aussi bien Aristote que les Stoïciens ont fondé une logique formelle, sous la forme,
respectivement, de la syllogistique et d'une logique des propositions.
Rome et l'Antiquité tardive[modifier | modifier le code]

Double hermès de Socrate et de Sénèque. Ce double


portrait représente Socrate (à droite) et Sénèque (à gauche).
Les Romains, dominant petit à petit le contour de la mer Méditerranée (la Mare nostrum),
s'approprient ensuite l'héritage grec des différents courants philosophiques. Certains auteurs
romains nous ont légué à travers le temps des principes et concepts de philosophie grecque qui
aujourd'hui manquent par faute de textes originaux ou de copies : c'est le cas
de Lucrèce (Ier siècle av. J.-C.), avec son œuvre poétique De rerum natura, explicitant
l'épicurisme (seules trois lettres d'Épicure nous sont parvenues), malgré le rejet de la poésie par
les Épicuriens. Il est en effet probable qu'il ait eu sous les yeux des traités aujourd'hui perdus44.
Nous devons probablement à Cicéron, philosophe de première importance, d'avoir sauvé le
poème de Lucrèce. Premier écrivain ayant rédigé des ouvrages philosophiques en latin, Cicéron
ne peut être rattaché à aucune école, faisant preuve d'éclectisme, mais il a toutefois largement
contribué à répandre la philosophie stoïcienne et épicurienne dans le monde romain.
Les Stoïciens sont représentés par deux grands hommes de pouvoir : Sénèque (Ier siècle) et Marc
Aurèle (IIe siècle). Le premier de ces deux personnages est célèbre d'une part de sa proximité
(qui lui sera fatale) avec l'empereur Néron, d'autre part parce qu'il est considéré comme le
représentant plus complet du stoïcisme (bien que s'en émancipant), notamment par l'entremise
de ses œuvres, à savoir deux de ses Dialogues (De Brevitate vitæ, De la brièveté de la vie ; De
Vita beata, Sur la vie heureuse). Le second Stoïcien est Marc Aurèle, empereur romain. Influencé
par Épictète, il développe dans son fameux Pensées à moi-même les plus hautes valeurs qui
doivent relever de l'être humain : sagesse, justice, courage et tempérance.
Le néoplatonisme, mouvement fondé par Plotin (IIIe siècle), voulait concilier la philosophie de
Platon avec des idées conceptuelles de l'Égypte et de l'Inde45. Il y eut deux phases concernant le
néoplatonisme durant l'Antiquité, et une autre plus locale lors de la Renaissance. De consonance
bien plus mystique que les Idées platoniques, Plotin voit la philosophie comme un cheminement
de l'âme vers le principe de transcendance du Bien, donnant pour but à ce système, l'union avec
le principe premier, originel, Dieu.
Augustin d'Hippone, ou saint Augustin (IVe siècle), personnage le plus important pour la
propagation du christianisme après saint Paul, laisse une abondante trace écrite qui sera d'une
influence décisive sur le devenir de l'Occident, et de ce point de vue, sur de nombreux
philosophes et théologiens. Sa pensée, l'augustinisme (nommée ainsi après sa mort), consacre
l'idéalisme platonicien.

Philosophie médiévale[modifier | modifier le code]


La philosophie médiévale d'Occident et du Proche-Orient sont issues du même courant. Ce sont
les penseurs musulmans et chrétiens, puis entre musulmans eux-mêmes, qui en cherchant des
arguments convaincants vont faire appel à la philosophie antique. Du Moyen-Orient,
principalement musulman, vont naître plusieurs écoles de pensée et de méthode qui seront
reprises plus tard en Occident, alors que les sociétés musulmanes finiront par étouffer les idées
originales nées durant cette période46.
La philosophie médiévale en Occident est caractérisée par la rencontre du Christianisme et de la
philosophie. La philosophie médiévale est une philosophie chrétienne, à la fois dans son intention
et par ses représentants qui sont presque tous des clercs. Un thème fondamental constant est à
partir de là aussi le rapport entre la foi et la raison. Mais ceci ne signifie pas que la pensée se
manifeste désormais selon une unité dogmatique. Le conflit des directions philosophiques entre
elles d'une part et les condamnations de thèses par les autorités ecclésiastiques d'autre part,
montrent bien que la pensée se déploie sur des voies très autonomes et divergentes.
Malgré sa grande diversité et sa longue période de développement, elle se manifeste cependant
une certaine unité dans la présentation des questions philosophiques : discussion des auteurs du
passé, confrontation avec les Saintes Écritures et les textes des Pères de l'Église, afin
d'examiner toutes les facettes d'un même problème, dont à la fin l'auteur proposait la résolution.
La première période coïncide avec l'Antiquité : la Patristique (du IIe au VIIe siècle environ) est
caractérisée par les efforts des Pères de l'Église (patres) pour édifier la doctrine chrétienne à
l'aide de la philosophie antique, et de l'assurer ainsi à la fois contre le paganisme et contre
la gnose. Le représentant de la philosophie chrétienne le plus important et ayant eu le plus
d'influence dans l'Antiquité est saint Augustin. Son œuvre, influencée par le néoplatonisme, est
une des principales sources de la pensée médiévale.
Après la fin de l'Antiquité, les textes transmis sont, durant des siècles, conservés et recopiés
dans les monastères. Pourtant, paradoxalement, la pensée philosophique perd son autonomie et
sa force propre. La date symbolique de 529 apr. J.-C. voit la fermeture de l'École
néoplatonicienne d'Athènes ordonnée par Justinien. Les maîtres de
l'Académie (Damascios, Simplicios de Cilicie, Priscien de Lydie, Eulamios de Phrygie, Hermias
de Phénicie, Diogène de Phénicie, Isidore de Gaza) décident d'aller chercher asile à la cour du
roi des Perses à Ctésiphon puis à Harran où se maintient une secte philosophico-religieuse se
réclamant du néo-platonisme et de l'hermétisme. La conversion des philosophes de l'École
néoplatonicienne d'Alexandrie au christianisme marque la disparition de cette école en 541 apr.
J.-C.
La période qui s'ouvre à partir du IXe siècle est appelée généralement la scolastique. L'appellation
de Scolastiques (scola équivaut à école) désignent ceux qui s'occupent scolairement des
sciences, et particulièrement les professeurs qui travaillent dans les écoles des diocèses ou de la
cour fondée par Charlemagne, et plus tard, dans les Universités. Mais avec le terme de
scolastique, c'est avant tout une méthode qui est évoquée. Les questions sont examinées et
résolues rationnellement suivant le pour et le contre. Ce qui caractérise la scolastique, c'est un
retour aux textes anciens, leur analyse critique et leur message.
Les Universités, fondées à partir du XIIe siècle, deviennent le centre de la vie intellectuelle. Le
développement du savoir dans les quatre facultés fondamentales suivantes : philosophie
(Septem artes liberales), théologie, droit, et médecine. Les « disputationes » qui ont lieu dans les
Universités suivaient le strict schéma de la méthode scolastique. À la fin, sa sclérose formelle, fut
le point de départ de la critique qui se réalisa à la Renaissance contre cette forme de philosophie.
Les sources antiques auxquelles s'abreuve la scolastique sont avant tout : saint Augustin ; la
tradition néoplatonicienne (avec ici les écrits d'un auteur inconnu qui se nomme Denys
l'Aréopagite) ; Boèce qui transmet la logique aristotélicienne ; plus tard, l'ensemble des textes
d'Aristote.
On distingue les périodes suivantes :

 au cours de la première scolastique (XIe au XIIe siècle) débute l'élaboration de la


méthode proprement scolastique. À ce moment se propage la querelle
des Universaux qui est aussi le thème du siècle suivant. La question est de savoir si,
à toutes les déterminations universelles (genres et espèces, par exemple l'espèce
humaine) correspond une réalité indépendante de la pensée, ou si elles n'existent
que dans la pensée en soi. L'influence du monde arabe est très importante pour le
développement futur de la philosophie. Dans les années 800-1200, la culture
islamique a permis la transmission de la philosophie et de la science grecques. C'est
de cette manière qu'une plus grande partie d'écrits que celle dont disposait le Moyen
Âge chrétien devint accessible. Ce fut le cas des œuvres complètes d'Aristote.
 la nouvelle réception d'Aristote imprègne l'image de la haute scolastique
(environ XIIe au XIIIe siècle). Aucun penseur ne parvient à une connaissance complète
des principes d'Aristote. C'est sur ce point que s'opposent la pensée franciscaine,
orientée vers l'Augustinisme, et la pensée aristotélicienne des dominicains. Thomas
d'Aquin a repris la vaste entreprise systématique visant à l'union de l'aristotélisme et
de la pensée chrétienne. Le caractère antinomique de certains enseignements
d'Aristote avec le dogme chrétien conduisit, de la part de l'Église, à une interdiction
temporaire de certains écrits et à la condamnation d'une série de thèses
philosophiques. Avec Maître Eckhart, la tradition de la mystique médiévale parvint à
son apogée ; il s'agit de la voie vers la contemplation intérieure et de l'union avec le
divin.
 les représentants plus lointains sont Henri Suses, Jean Tauler et Jean Gerson dans
la scolastique tardive (XIVe siècle), qui s'impose avec Guillaume d'Occam et la critique
des systèmes métaphysiques des anciennes écoles (via antiqua). La nouvelle voie
(via moderna, appelée aussi le nominalisme) va de pair avec un épanouissement des
sciences naturelles (Nicolas d'Oresme, Jean Buridan) (Atlas de la philosophie, Livre
de poche).
Philosophie islamique[modifier | modifier le code]
Articles détaillés : Kalâm et Philosophie islamique.
Les sources de la philosophie islamique proviennent à la fois de l'islam en lui-même
(Coran et Sunna) ainsi que de la philosophie grecque, iranienne préislamique et indienne.
C'est en cherchant à affiner la doctrine de l'islam et à interpréter correctement les hadiths, tout en
extrapolant sur les questions religieuses qui n'avaient pas été explicitement tranchées dans le
Coran, que naît la méthode de l'ijtihad. Avec elle s'ouvrent les premiers débats philosophiques et
théologiques en islam, notamment entre les partisans du libre arbitre ou Qadar (de
l'arabe : qadara, qui a le pouvoir), et les djabarites (de djabar : force, contrainte), partisans
du fatalisme.
La théologie en islam doit répondre à des interrogations concernant la théodicée, l'eschatologie,
l'anthropologie, la théologie négative et la religion comparée. Plusieurs courants philosophiques
existent en terre d'islam :

 la philosophie hellénistique de l’islam (falsafa) ;


 la théologie dialectique (kalâm) ;
 le soufisme, théorie ésotérique de l'islam ;
 les écoles littéralistes (Atharisme comme pour le madhhab Hanbalisme).
La Madhhab motazilite est née d'une opposition aux vues traditionnelles des musulmans
partisans du califat. Puis, s'intéressant aux attaques que subissait l'islam de la part des non-
musulmans, ces Motazilistes devinrent rapidement obsédés par le débat avec les autres
théologies et courants de pensée à l'intérieur de l'islam lui-même.
Le calife Al-Mamun fait du motazilisme la doctrine officielle en 827 et crée la Maison de la
sagesse en 832. Très rapidement, la philosophie grecque est introduite dans les milieux
intellectuels persans et arabes. L'École péripatétique commence à avoir des représentants parmi
eux : ce fut le cas d'Al-Kindi, d'Al-Farabi, d'Ibn Sina (Avicenne), et d'Ibn Rushd (Averroès).
Ceux qui cherchaient par une démonstration philosophique à conforter et démontrer le bien-
fondé de leur foi religieuse ont été recrutés par Hunayn ibn Ishaq, un arabe chrétien qui dirige
la maison de la sagesse dans les années 870. Ils ont collecté, traduit et synthétisé tout ce que le
génie des autres cultures grecque, indienne, perse ont pu produire avant d'entreprendre les
commentaires sur ces œuvres. C'est ce travail qui forme les bases de la philosophie musulmane
du IXe et Xe siècle. Ceux qui utiliseront cette méthode dite Ilm-al-Kalâm basée sur
la dialectique grecque seront appelés mutakalamin. En réponse au motazilisme, Abu al-Hasan al-
Ash'ari, initialement un motaziliste lui-même, développe le Kalâm et fonde l'école de
pensée acharite qui s'appuie sur cette méthode. Ainsi le kalâm et la falsafa influenceront
plusieurs madhhabs.
Sous le califat des Abbassides, un certain nombre de penseurs et de scientifiques, et parmi eux
de nombreux musulmans non-sunnites ou des non-musulmans (en particulier des lettrés
chrétiens syriaques, ceux-ci les ayant auparavant traduits du grec en syriaque, puis en arabe47),
jouent un rôle dans la transmission à l'Occident des savoirs grec, indien, et d'autres sagesses
préislamiques, mésopotamiennes et perses. Trois penseurs spéculatifs, les deux Persans al-
Farabi et Avicenne, et l'Arabe al-Kindi, combinent l'aristotélisme et le néoplatonisme avec
d'autres courants dans l'Islam. Ils furent considérés par beaucoup comme déviants par rapport à
l'orthodoxie religieuse, et certains les jugèrent même comme des philosophes non-musulmans.
Les ismaéliens ne sont pas à l'écart de l'influence de la philosophie néoplatonicienne et plusieurs
penseurs collaborent pour produire à Basra une encyclopédie : la Ikhwan al-Safa.
Le XIIe siècle voit l'apothéose de la philosophie pure et le déclin du Kalâm. Cette suprême
exaltation de la philosophie doit être attribuée, pour une large part au Persan Al-Ghazali et au
Juif Juda Halevi. En émettant des critiques, ils ont produit par réaction un courant favorable à la
philosophie par une mise en cause des concepts et en rendant leurs théories plus logiques et
plus claires. Ibn Bajjah et Averroès ont produit les plus belles œuvres de la pensée islamique.
Averroès clôt le débat par son œuvre d'une grande hardiesse. La fureur des orthodoxes est en
effet telle que le débat n'est plus possible. Les orthodoxes s'en prennent sans distinction à tous
les philosophes et font brûler les livres. Le débat se poursuivra, mais en Occident, par
l'intermédiaire des Juifs.
D'aucuns considèrent Ibn Khaldoun comme le dernier grand penseur de ce temps philosophique
islamique ; il vécut au XIVe siècle. Il fut avec son grand-œuvre Al-Muqqadima (en particulier sa
brillante introduction) en avance sur son époque et l'inventeur de la sociologie.
Philosophie chrétienne[modifier | modifier le code]
La philosophie trône parmi les sept arts libéraux —
illustration extraite de l'Hortus deliciarum de Herrad von Landsberg (XII siècle).
e

Article détaillé : Philosophie médiévale.


Souvent caricaturée et décriée, la philosophie médiévale s'étend sur la vaste période qui sépare
la philosophie antique tardive de la philosophie moderne. Bien loin de se résumer à l'image
négative qu'a aujourd'hui la scolastique, elle présente toute une variété de penseurs
d'inspirations sensiblement différentes48.
D'une part le Moyen Âge est une des périodes les plus fécondes en ce qui concerne la logique.
Certaines lois logiques ont été connues dès le Moyen Âge (par exemple Pierre
d'Espagne connaissait déjà ce qu'on appellera plus tard la loi de De Morgan) avant d'être ensuite
oubliées. C'est surtout la philosophie de la logique qui connut un développement important. Les
penseurs médiévaux se concentrèrent plus particulièrement sur la célèbre Querelles des
Universaux, dont le point de départ fut une remise en cause de la théorie des
Idées platoniciennes. Elle fut animée entre autres par Abélard49, Albert le Grand et Guillaume
d'Ockham.
D'autre part le Moyen Âge fut aussi un âge de redécouverte de la philosophie antique à partir
du XIe siècle50. La traduction en latin du corpus aristotélicien modifiera ensuite grandement la
donne, et contribuera à réaffirmer Aristote comme l'un des philosophes les plus influents de
l'histoire. Mais cette redécouverte ne sera possible que par l'intermédiaire des Syriaques de la
Mésopotamie et de la Syrie, désireux de s'instruire et souhaitant qu'ils servent à l'exégèse des
textes religieux. Les conquérants arabes se virent remettre les ouvrages traduits, ce qui permit le
passage des œuvres en Occident51. La tradition de commentaire des textes est aussi très
présente : le commentaire des Sentences de Pierre Lombard sera pour longtemps un exercice
canonique de l'époque. Quant aux commentaires d'Aristote par saint Thomas d'Aquin,
au XIIIe siècle, ceux-ci feront longtemps autorité et constitueront un modèle du genre.
Enfin, la philosophie médiévale est très liée à l'Église, et les réflexions philosophiques ont
souvent un fond religieux et théologique plus ou moins prégnant. Les philosophes du Moyen Âge,
qui avaient tous reçu une formation en théologie, se basaient sur les textes bibliques et tentaient
souvent de concilier les enseignements de la Bible avec les écrits des philosophes antiques.
Cette réconciliation prit la forme d'une subordination de la philosophie à la théologie, ou plutôt
d'une complémentarité, les Vérités révélées des Écritures primant sur la « lumière naturelle » de
la Raison, l'une n'allant jamais contre l'autre. La grande synthèse de la foi et de la raison, c'est-à-
dire d'Aristote, de la théologie et de la Révélation fut réalisée au XIIIe siècle, notamment par des
penseurs comme Thomas d'Aquin.
Philosophie juive[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Philosophie juive.
Deux réactions eurent lieu chez les Juifs face à la philosophie grecque : alors que les Juifs restés
en Judée se rebellaient contre l'hellénisation, d'autres s'installaient en terre grecque,
à Alexandrie, et produisaient des penseurs qui, à l'exemple de Philon, n'hésitaient pas à
confronter les deux langages.
Représentant typique du judaïsme hellénisé d'Alexandrie, Philon ne parle probablement pas
l'hébreu. Il rêve de concilier religion et philosophie, révélation et raison : la philosophie est le
moyen de défendre et de justifier les vérités révélées du Judaïsme. Celles-ci sont pour lui fixées
et déterminées, et la philosophie permet d'en approcher.
La Bible hébraïque est pour lui un ouvrage de législation religieuse parsemé de leçons
d'éthique, Moïse un précurseur de Solon ou Lycurgue, les commandements bibliques hébraïques
inculquent à la personne humaine les fondements du stoïcisme, et accordent son rythme aux
rythmes cosmiques et universels. Le Shabbat vise à abolir toute barrière sociale, la casheroute à
enseigner la modération et la frugalité.
Il fallut l'expansion du monde de l'Islam pour que la philosophie revienne frapper en force aux
portes du monde juif. Elle avait désormais un tout autre visage :

 d'un côté, les Mutazilites s'en faisaient un outil afin d'étudier rationnellement les
Textes sacrés ;
 de l'autre côté, le néoplatonisme avait été adapté puis adopté : l'émanationnisme, la
perfection infinie de l'Un, la montée de l'âme, etc., sont des thèmes très proches des
croyances religieuses, permettant de s'essayer à la fois à la spéculation rationnelle et
à la spéculation mystique.
L'un des penseurs les plus marquants du Judaïsme, Juda Halevi, se leva alors pour combattre la
philosophie. Cependant, Juda Halevi ne cessa de se « mouvoir dans l'univers mental de ses
adversaires » pour les contrer, alors que son contemporain, Abraham ibn Dawd Halevi tentait
d'introduire ses contemporains aux idées Aristote.
L'aristotélisme trouva son représentant dans le géant de la philosophie juive, Maïmonide. Il
changea littéralement le champ de vision du Judaïsme. Il fut l'« Aigle de la Synagogue », qui
écrivit le Commentaire sur la Mishna et le Mishné Torah, le « Prince des Médecins » et surtout un
des plus grands érudits que connut le Judaïsme. Auteur du Guide des Égarés dont le but est de
résoudre la difficulté qui se présente à l’esprit d’un juif croyant, concurremment nourri de réalités
philosophiques, Maïmonide a réussi à expliquer les anthropomorphismes bibliques, à dégager la
signification spirituelle cachée derrière les significations littérales et à montrer que le spirituel était
la sphère du divin.

Philosophie dite moderne (1492-1789)[modifier | modifier le code]


Cette section a besoin d'être recyclée (décembre 2016).
Une réorganisation et une clarification du contenu sont nécessaires. Améliorez-
le ou discutez des points à améliorer.

Article détaillé : Philosophie moderne.


René Descartes (1596-1650).
Par « philosophie moderne », il faut entendre les courants philosophiques qui se développent au
cours de ce que les historiens appellent l'Époque moderne (1492-1789). Globalement, on peut
distinguer la philosophie humaniste de la Renaissance et celle des Lumières.
L'humanisme (XVe siècle au XVIIe siècle)[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Humanisme (philosophie).
L’Humanisme est un courant de pensée qui apparaît pendant la Renaissance. Il consiste à
valoriser l’Humanité, à la placer au centre de son univers. Dans cette optique, le principe de base
de cette théorie est que la personne humaine est en possession de capacités intellectuelles
potentiellement illimitées. La quête du savoir et la maîtrise des diverses disciplines sont
nécessaires au bon usage de ces facultés. Il prône la vulgarisation de tous les savoirs, même
religieux : pour certains humanistes, la parole divine doit être accessible à toute personne,
quelles que soient ses origines, sa langue ou sa catégorie sociale.
Ainsi, cet Humanisme vise à lutter contre l’ignorance, et à diffuser plus clairement le patrimoine
culturel, y compris le message religieux. Cependant l’individu, correctement instruit, reste libre et
pleinement responsable de ses actes dans la croyance de son choix. Les notions de liberté (ce
que l'on appelle le « libre arbitre »), de tolérance, d’indépendance, d’ouverture et de curiosité
sont de ce fait indissociables de la théorie humaniste classique. L'Humanisme désigne toute
pensée qui met au premier plan de ses préoccupations le développement des qualités
essentielles de l'être humain.
La liste des philosophes d'inspiration humaniste comprend aussi bien Pétrarque que Léonard de
Vinci, Jean Pic de la Mirandole, Charles de Bovelles, Montaigne, et bien plus tard Thomas
Jefferson ou encore Albert Schweitzer ; ceci pour indiquer la longue portée, jusqu'à nos jours, de
ce courant philosophique.
Les Lumières et l'avènement de la philosophie moderne (XVIIe et XVIIIe siècles)
[modifier | modifier le code]
Elle est, d'une part, l'héritière de la pensée antique en bien des
points. Descartes, Spinoza, Leibniz ou Hume (pour ne citer qu'eux) sont loin d'avoir rompu tout
lien avec la philosophie des Anciens[réf. nécessaire]. Ils la connaissaient parfaitement[réf. nécessaire] et leur
ont notamment emprunté leur vocabulaire. Mais d'autre part, les Modernes ont souvent compris
leur propre travail comme une amélioration[réf. nécessaire] de ce que les philosophes de l'Antiquité
avaient déjà accompli, ce qui les conduisit parfois à s'opposer à ces derniers.
Cette tentative « d'améliorer » la philosophie antique apparaît clairement dans la philosophie
politique, une des grandes caractéristiques de la philosophie moderne étant en effet d'avoir
renouvelé celle-ci. Machiavel ou Hobbes ont tous deux voulu fonder la philosophie
politique comme science, en la séparant nettement de l'éthique (alors que cette dernière et la
politique étaient inséparables chez les trois grands penseurs de l’Antiquité qu'étaient Socrate,
Platon et Aristote). En outre, aussi bien Spinoza et Hobbes que Machiavel ont cherché à fonder
la philosophie politique sur l'étude de la personne humaine telle qu'elle est — et non telle
qu'elle devrait être comme le faisaient les Anciens.
Mais la philosophie moderne, au sens où nous l'avons délimitée, comprend aussi, dès la fin
du XVIIe siècle, la philosophie des Lumières et
le libéralisme : Locke, Rousseau, Diderot, Voltaire entre autres. Le mot « philosophe » y prend le
sens nouveau de « membre du parti philosophique » au fur et à mesure que se dessine une
philosophie politique qui privilégie la démocratie, la tolérance et la souveraineté du peuple, que
ce soit dans le Traité théologico-politique de Spinoza, le contrat social de Rousseau ou dans les
deux traités du gouvernement civil de Locke.

David Hume (1711-1776).


L'autre grande caractéristique de la philosophie moderne est l'importance qu'y joue la science,
même s'il faut remarquer que la philosophie du XVIIe siècle privilégie plutôt les mathématiques et
la physique (mécaniste), alors que les philosophes du XVIIIe siècle se tournent davantage vers la
biologie. Les penseurs menaient en effet souvent une carrière de savant, ou nourrissaient en tout
cas un vif intérêt pour la science. Leibniz et Descartes, notamment, étaient de grands savants, de
même qu'un siècle plus tard Diderot développa des réflexions annonçant le transformisme. Du
point de vue de la méthode, la philosophie s'inspire alors soit des mathématiques (tels Descartes
et Spinoza), soit de la physique (Hobbes) ; ou bien elle tente de fonder une méthode applicable à
tous les domaines du savoir : philosophie, physique, mathématiques, etc., par exemple pour
Leibniz. La méthode de la philosophie s'inspire donc souvent de celle des sciences ou des
mathématiques.
Enfin, en ce qui concerne la théorie de la connaissance, il est traditionnel de distinguer deux
grands courants : le rationalisme (avec Descartes, Leibniz et Spinoza) et l'empirisme (Hume et
Locke). De façon très schématique, les rationalistes affirment l'existence d’une connaissance
indépendante de l'expérience, purement intellectuelle, universellement valable et indubitable. Les
empiristes, eux, affirment que toute connaissance procède de l'induction et de l'expérience
sensible. Ce sont souvent aussi des sceptiques (par exemple Hume) qui affirment qu'il n'existe
aucune connaissance universellement valable, mais seulement des jugements nés de l'induction
et que l'expérience pourra réfuter.
Kant défend une position originale dans cette discussion. Il affirme en effet à la fois la nécessité
de l'expérience mais aussi des concepts et des formes de la sensibilité a priori pour la
constitution de la connaissance. Sa thèse combine donc à la fois l'empirisme et le rationalisme.
Kant, qui nie à la différence des rationalistes la possibilité d'une connaissance ne reposant pas
sur l'expérience, distingue par la suite les choses en soi (connues sans le recours de l'empirie) et
les choses pour nous (telles que nous les connaissons). Les premières sont inconnaissables
pour nous : Dieu, la liberté et l'âme.
Philosophie contemporaine[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Philosophie contemporaine.
Le XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Adolph von Menzel, Le laminoir en fer (1872/75).


La révolution industrielle provoqua une révolution dans les conditions de vie qui devait
amener un bouleversement de la pensée philosophique, économique et politique.
La philosophie du XIXe siècle se divise en des directions si différentes qu'elles ne se laissent pas
ramener à un seul et unique concept. Elle comprend la philosophie romantique, l'Idéalisme
allemand, le positivisme, la pensée socialiste et matérialiste de Marx, Feuerbach ou Proudhon,
le pragmatisme ainsi que nombre de penseurs difficiles à classer
tels Schopenhauer, Nietzsche et Kierkegaard ou encore plus tard Chestov.
Une partie de la philosophie et surtout de la philosophie allemande se comprend comme un
dialogue critique mais aussi constructif avec la pensée kantienne : ce fut le cas de l'Idéalisme
allemand, de Schopenhauer et de Nietzsche. Le but avoué étant de reprendre ce qui semblait le
plus intéressant dans la philosophie de Kant et de la débarrasser de ce qui semblait être des
restes d'une métaphysique dépassée.
Les courants philosophiques marqués par l'empirisme ont pris une autre direction comme le
positivisme de Comte qui voulait dépasser la pensée métaphysique uniquement au moyen des
sciences empiriques c'est-à-dire sans recourir aux explications métaphysiques. En
Angleterre Bentham et Mill développèrent l'utilitarisme qui soumettait l'économie et l'éthique à un
rigoureux principe de comparaison des avantages et des inconvénients et qui avec l'idée d'un
bien-être pour tous (le principe du « plus grand bonheur au plus grand nombre ») joua un rôle
fondamental.
L'économie et la philosophie politique furent marquées par Marx, Engels ou Proudhon ou
encore Hume et Adam Smith. Les deux premiers voulaient modifier profondément les conditions
de vie des ouvriers par un bouleversement des structures économiques et politiques de leur
époque que les philosophes avaient pour tâche de conceptualiser.
Il est en revanche difficile de classer toute une série de philosophes
tels Schopenhauer, Kierkegaard et Nietzsche. Schopenhauer mettait en avant la puissance et la
domination de la volonté sur la raison en s'inspirant des Upanishads, principes philosophiques
constituant pour partie la pensée indienne des Veda, alors en vogue dans certaines universités
européennes. Sa vision du monde pessimiste, profondément marquée par l'expérience de la
souffrance, témoigne d'une influence védique et de l'idée bouddhiste de nirvāna. Nietzsche qui
tout comme Schopenhauer accordait une grande importance aux arts, se désignait lui-même
comme un immoraliste. Pour lui les valeurs de la morale chrétienne traditionnelle étaient
l'expression de faiblesse et d'une pensée décadente. Il analysa les idées de nihilisme,
de surhomme, et de l'éternel retour de la répétition sans fin de l'histoire. Kierkegaard était en bien
des points un précurseur de l'existentialisme. Il défendait une philosophie imprégnée de religion
et représentant un individualisme radical qui dit comment on doit se comporter en tant qu'individu
singulier dans les différentes situations concrètes.
Le XXe siècle[modifier | modifier le code]
Frege, fondateur de la logique moderne
La philosophie du XXe siècle se caractérise elle aussi par une importante variété de doctrines,
dominées globalement par deux grandes familles de pensée : la philosophie analytique et la
phénoménologie.
La philosophie analytique, philosophie dominante de la seconde moitié de ce siècle, qui prend
racines en Allemagne avec Frege, en Autriche avec Moritz Schlick et Rudolf Carnap, au
Royaume-Uni avec Russell et Whitehead, et en Pologne avec l'École de Lvov-
Varsovie (Tarski, Kotarbiński, Leśniewski, Łukasiewicz), est majoritaire dans l'ensemble des pays
anglophones et dans une grande partie de l'Europe (Autriche, Allemagne, Pologne, Suisse, pays
scandinaves, etc.). Elle se caractérise par un usage important de la logique mathématique et plus
généralement par une grande attention portée au langage comme source d'illusions et
de paralogismes. Elle a abouti à une reprise d'ensemble de nombreux problèmes philosophiques
traditionnels tels que la nature de l'esprit et ses rapports au corps (voir philosophie de l'esprit), les
problèmes relatifs à la nature de l'action (voir philosophie de l'action), l'essence et la fonction du
langage naturel et formel (cf. la philosophie du langage et la philosophie de la logique). Ses
représentants les plus importants sont Russell, Frege, Whitehead, Wittgenstein, Tarski,
Leśniewski, Łukasiewicz, Ajdukiewicz, Davidson,
Kenny, Austin, Searle, Ryle, Hintikka, Vuillemin52.
L'autre grande tradition philosophique du XXe siècle est la phénoménologie, fondée par Husserl,
dont les successeurs sont Heidegger, Sartre, Merleau-
Ponty, Ingarden, Stein, Patočka, Ricœur ou Levinas. Pour Husserl, la phénoménologie est la
science des phénomènes, c'est-à-dire la science des « vécus » de la conscience, s'opposant en
cela au réalisme naïf (ou « attitude naturelle ») qui prétend faire la science des objets du monde
extérieur. Il s'agit d'une science apriorique, ou « eidétique », c'est-à-dire d'une science qui décrit
les essences des vécus de la conscience53. Elle aura ainsi pour objets, entre autres, la
connaissance (Husserl), l'imagination (Sartre), la perception (Merleau-Ponty), l'existence
humaine (Heidegger), la volonté (Ricœur).
Husserl, fondateur de la phénoménologie
Le début du XXe siècle marque également le début de la psychanalyse, fondée par Freud, qui
apporte une conception nouvelle de l'homme, contredisant la représentation traditionnelle de la
conscience humaine : la psychanalyse fournit en effet un modèle théorique du psychisme humain
impliquant la domination de l'inconscient sur la conscience, ainsi qu'une méthode d'investigation
de ce dernier. Freud dit lui-même de sa discipline qu'elle constitue la troisième blessure
narcissique de l'humanité. Même si Freud était un médecin neurologue, et non un philosophe, les
conséquences philosophiques de sa doctrine (notamment sur la question de la liberté et de la
responsabilité, et sur la place des pulsions et de la sexualité dans les conduites humaines) sont
d'une telle ampleur que la plupart des philosophes du XXe siècle se sont intéressés à ses idées,
pour les critiquer ou pour s'en inspirer (comme, en France, Alain, Sartre, Deleuze et Derrida54).
Sous l'influence des travaux du philosophe allemand Martin HeideggerN 1, s'est développé dans la
seconde partie du XXe siècle, surtout en France, la philosophie poststructuraliste et
la déconstruction, qui reposent sur la remise en cause des concepts classiques de la
métaphysique occidentale, par exemple ceux de « sujet » et « objet », de « sens », de « raison »,
de « conscience », mais encore sur un dépassement des conceptualités de la première moitié
du XXe, psychanalytiques, phénoménologiques, linguistiques, etc. Les principaux représentants
de cet « anti-courant » de pensée sont Michel Foucault, Gilles Deleuze, Félix Guattari,
et Jacques Derrida. Si l'unité de ces pensées pose problème, par leur forme même, qui les
empêche de « faire école », les Américains les regardent comme un courant français original
auquel ils ont donné le nom de French theory, et les regroupent plus globalement dans
la philosophie postmoderne55.
Martin Heidegger ouvre aussi la voie à l'herméneutique philosophique, qui a comme tâche de
mettre en lumière les anticipations de sens de la compréhension de l'existence du Dasein.
L'herméneutique est reprise par l'élève d'Heidegger, Hans-Georg Gadamer, qui s'intéressera
plutôt à la compréhension à travers les sillons tracés par l'art, l'histoire et le langage. Du côté de
la France, l'herméneutique sera représentée par Paul Ricœur.
La philosophie politique du XXe siècle, quant à elle, se caractérise d'une part par l'intérêt qu'elle
porte aux phénomènes totalitaires (Voegelin, Arendt, Schmitt, Aron)56, et d'autre part par l'examen
et la discussion des théories du contrat social développées aux XVIIe et XVIIIe siècles, avec
notamment la théorie de la justice de Rawls (1971), abondamment commentée.
L'idée d'absurde est par ailleurs développée par Albert Camus au travers de plusieurs ouvrages
dont un essai philosophique : Le mythe de Sisyphe ; cette pensée atypique dans la philosophie
pose la question du suicide comme question fondamentale avant toute autre et, en écartant cette
éventualité, préconise la révolte comme alternative.
Les concepts (récursivité, émergence, etc.) issus des sciences (système complexe,
neurosciences, biologie, etc.) obligent les différents courants philosophiques à se réactualiser.
Exemple : le matérialisme contemporain est devenu évolutionniste, émergentiste57…
Si la recherche philosophique n'est pas remise en question par l'essor des sciences naturelles et
humaines, l'enseignement de la philosophie à l'école, lui, n'est pas épargné. Ainsi, l'UNESCO, qui
déclarait en 1954 que « l'enseignement des idées philosophiques a eu dans l'histoire et a encore
aujourd'hui une grande importance — que ce soit directement ou indirectement — pour
l'institution de la démocratie, pour le renforcement des droits de l'homme et pour la sauvegarde
de la paix »58, constate en 1993 que « l’enseignement de la philosophie est le premier touché par
la crise de la raison dans les différents pays d'Europe. Il est assuré, en effet, qu’il faut enseigner
les mathématiques, la grammaire, une langue ou une autre, donner une éducation physique. Il
n’est, par contre, pas évident qu’il faille enseigner la philosophie »59. Ce constat est renforcé par
le fait qu'il ne soit obligatoire d'étudier la philosophie au lycée qu'en France, en Italie, en
Espagne, et au Portugal60.

Les philosophies asiatiques[modifier | modifier le code]


La philosophie chinoise[modifier | modifier le code]
Cette section a besoin d'être recyclée (janvier 2016).
Une réorganisation et une clarification du contenu sont nécessaires. Améliorez-
le ou discutez des points à améliorer.

Article détaillé : Philosophie chinoise.


La philosophie chinoise diffère radicalement de la philosophie grecque, tellement que l'on peut
s'interroger sur l'association des termes de l'expression « philosophie chinoise ». Dès l'origine les
chemins divergent, se rejoignant seulement au XXe siècle : les formes linguistiques sont très
différentes (la linguistique chinoise n'est pas basée sur le logos, au contraire du grec ancien) ; la
pensée chinoise s'appuie plus volontiers sur un esprit de synthèse que sur un esprit d'analyse ;
sur la résolution des problèmes que sur la définition des concepts ; sur l'exemplarité que sur la
démonstration ; sur la fluidité de l'esprit que sur la solidité des arguments.
La pensée chinoise est donc intéressante dans le sens où elle nous permet de découvrir des
entrées originales, inconnues pour la philosophie occidentale.
Le confucianisme[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Confucianisme.
Confucius.
Le confucianisme est la voie principale de la philosophie chinoise et n'a connu que de rares
mises à l'écart. Toute éducation se fondait en premier lieu sur les livres formant le « Canon
confucianiste » : dont le Shi Jing ou Livre des Poèmes, le Yi Jing ou Livre des Mutations,
les Annales de Lu, les Entretiens de Confucius et le livre de Mencius. Presque toute la production
savante en Chine peut s'interpréter comme une suite de commentaires sur ces œuvres vénérées
comme étant l'essence de l'esprit chinois. Presque tous les mouvements de pensée confucianiste
se présentaient comme ayant renoué avec la vraie pensée du Sage. Entre les « réalistes »
comme Xun Zi et les partisans de son pendant « idéaliste » Mencius, plus tard entre Wang
Yangming et Zhu Xi, des tendances ont émergé et débattu de la pensée du maître, enrichissant
la philosophie de nouveaux concepts et de nouvelles interprétations. C'est la lignée
de Mencius que Zhu Xi va privilégier et ses commentaires seront ceux considérés comme
orthodoxes, c'est-à-dire comme références, par les examinateurs impériaux des dynasties Ming
et Qing (la dernière).
Le néo-confucianisme[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Néo-confucianisme.
Le néo-confucianisme désigne un développement tardif et éloigné du confucianisme, mais
possède des racines autres que celle du confucianisme. Il commença son développement sous
la dynastie des Song et parvint à sa plus grande expansion sous celle des Ming. On en retrouve
des traces dès la dynastie des Tang.
Ce courant de pensée eut une grande influence en Orient, particulièrement en Chine, au Japon
et en Corée. Zhu Xi est considéré comme le plus grand maître néo-confucianiste des Song,
tandis que Wang Yangming est le plus fameux des maîtres professant sous les Ming. Mais il
existe des conflits entre les écoles de ces deux penseurs.
Le taoïsme[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Taoïsme.
道 dào « la Voie », calligraphie 草書 câoshū « herbes folles », un
style très libre influencé par le taoïsme.
Le taoïsme, une religion, une philosophie61 ?
Le terme « taoïsme » recouvre des textes, des auteurs, des croyances et pratiques, et même des
phénomènes historiques qui ont pu se réclamer les uns des autres, répartis sur 2 500 ans
d’histoire.
La catégorie « Taoïsme » est née sous la dynastie Han (200 av. J.-C. à 200), bien après la
rédaction des premiers textes, du besoin de classer les fonds des bibliothèques princières et
impériales. Dào jiā (道家) ou dào jiào (道教), « école taoïste », distingue à l’époque une des
écoles philosophiques de la période des Royaumes combattants (500 av. J.-C. à 220 av. J.-C.).
École est ici à entendre dans son sens grec, voire pythagoricien, d’une communauté de pensée
s’adonnant aussi à une vie philosophique ; n'y voir qu’un courant intellectuel est un anachronisme
moderne. Mais cette école ne fut sans doute que virtuelle, car ses auteurs, dans la mesure où ils
ont vraiment existé, ne se connaissaient pas forcément, et certains textes sont attribués à
différentes écoles selon les catalogues.
Durant la période des Trois Royaumes (220-265), les termes dào jiā (道家) et dào jiào (道教)
divergent, le premier désignant la philosophie et le second la religion. Car la catégorie a vite
englobé des croyances et pratiques religieuses d’origine diverse : « le taoïsme n’a jamais été une
religion unifiée et a constamment été une combinaison d’enseignements fondés sur des
révélations originelles diverses […] il ne peut être saisi que dans ses manifestations
concrètes »62.
Le taoïsme est-il une philosophie ou une religion ? Les deux, peut-on dire. Les conceptions
antiques du Zhuangzi (Tchouang Tseu) et du Dao De Jing (Tao Te King) sont évoquées car ces
textes continuent d’inspirer la pensée chinoise, ainsi que l’Occident, avec des thèmes comme
le Dao, la critique de la pensée dualiste, de la technique, de la morale ; dans un éloge de la
nature et de la liberté. On trouvera aussi un exposé sur les pratiques taoïstes, concentré sur
le Moyen Âge chinois (les six dynasties, 200-400). La période permet de révéler des
techniques mystiques, des idées médicales, une alchimie, des rites collectifs. Leur élaboration a
commencé bien avant et s’est poursuivie ensuite, mais ce moment permet d’en offrir un tableau
plus riche, et plus attesté. Il en résulte un panorama large, fondé sur des textes et des
commentaires récents, afin que chacun puisse se faire son idée du taoïsme comme cela se fit
par le passé, mais en privilégiant les sources les plus significatives, les plus évocatrices.
Le néo-taoïsme[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Xuanxue.
Xuanxue 玄學, Hsuan Hsue ou néo-taoïsme désigne un courant de pensée philosophique et
culturel chinois. Celui-ci s'est créé lors du démantèlement de l'empire Han, au IIIe siècle de notre
ère. Les philosophes de ce courant ont développé une interprétation métaphysique cohérente
du Dao De Jing, du Zhuangzi et du Yi Jing, dans laquelle le dao, identifié au wu (rien ou vide), est
l’origine ontologique de toutes choses. Leurs commentaires et éditions ont vite fait autorité et
exercé une influence déterminante sur la façon dont ces ouvrages seront interprétés par les
générations ultérieures.
Sa composante culturelle essentielle est le qingtan (« pure conversation »), sorte de joute
oratoire codifiée dont les thèmes, souvent philosophiques, évitaient les sujets brûlants de la
politique contemporaine. À cette pratique était associé un style de vie individualiste, hédoniste et
anti-conformiste.
Les Cent Écoles[modifier | modifier le code]
Sous cette désignation, on retrouve quantité de doctrines, avec, entre autres :

 le légisme de Shang Yang ou Han Fei Zi, qui est une doctrine purement politique,
très autoritaire, ressemblant fort au totalitarisme.
 le moïsme ou mohisme, fondé par Mo Zi (Mo-tseu), né en réaction au confucianisme.
 l'École des Noms, ou des Logiciens, s'intéresse au langage et aux relations logiques
qu'il décrit, dans le but de convaincre.
La philosophie japonaise[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Philosophie japonaise.
La philosophie japonaise (en japonais 日本哲学, Nihon tetsugaku) se situe dans le prolongement
de la philosophie chinoise, le plus généralement par l'importation, via la Corée, de la culture
chinoise durant le Moyen Âge. Le Japon s'est en effet approprié le Bouddhisme et le
Confucianisme. La religion traditionnelle nippone, le Shintoïsme, est entrée en dialogue avec ces
différentes traditions importées. Pour cette religion il existe des divinités ou esprits,
appelés Kami 神, qui se retrouvent dans tout objet naturel (chute d'eau, arbre…), phénomène
naturel (arc-en-ciel, typhon…), objet sacré… On peut mettre en parallèle les huacas incas pour
mieux cerner ce que représentent les Kami.
Les budō 武道 (bu, la guerre ; do, la voie) sont des arts martiaux (judo, karaté, aïkido)
d'inspiration bouddhiste zen.

La philosophie indienne[modifier | modifier le code]

Tôt le matin sur le Gange


Article détaillé : Philosophie indienne.
On définit classiquement deux sortes de philosophies indiennes : les philosophies āstika (आस्तिक
en devanāgarī), qui suivent les Veda (hindouisme…) et les philosophies nāstika (नास्तिक) que
sont le jaïnisme, le bouddhisme et le Cārvāka, qui les rejettent. Pour ces dernières, on se
reportera aux articles qui les concernent63.
Les différentes écoles āstika[modifier | modifier le code]
On distingue traditionnellement six écoles orthodoxes que sont le Mīmāṃsā, le Nyāya,
le Sāṃkhya, le Vaiśeṣika, le Vedānta et le Yoga de Patañjali64. Ces écoles sont aussi connues
sous le terme sanskrit darśana qui signifie « point de vue doctrinal »65.
Le Nyâya[modifier | modifier le code]
L'école de Nyâya (en sanskrit न्याय, nyāya) de spéculation philosophique est basée sur un texte
appelé le Nyâya Sûtra. Il a été composé par Gautama Aksapada (à ne pas confondre
avec Siddhârtha Gautama, le fondateur du bouddhisme), vers le IVe ou Ve siècle av. J.-C. La
contribution importante apportée par cette école est sa méthode. Elle est basée sur un système
de logique qui a été plus tard adopté par la plupart des autres écoles indiennes (orthodoxes ou
non), de la même manière qu'on peut dire que la science, la religion et la philosophie
occidentales sont en grande partie basées sur la logique aristotélicienne.
Le Vaiçeshika[modifier | modifier le code]
Le système de Vaisheshika (ou Vaiçeshika, en sanskrit वै शेषिक , vaiśeṣika),
fondé par la sage Kanada, postule un pluralisme atomique. Suivant les préceptes de cette école
de pensée, tous les objets de l'univers physique, les substances matérielles, sont réductibles à
un certain nombre d'atomes, sauf les cinq substances immatérielles : le temps, l'espace, l'éther
(âkâsha) l'esprit et l'âme. Les atomes constitutifs des substances matérielles sont les atomes de
feu, de terre, d'air et d'eau.
Le Sāṃkhya[modifier | modifier le code]
Le Sāṃkhya (sanskrit en devanāgarī : सांख्य) est généralement considéré comme le plus vieux
des systèmes philosophiques indiens66, il aurait été fondé au VIIe siècle av. J.-C. par Kapila, ou
trois siècles plus tôt, selon A. Daniélou. Il s'agit, historiquement, de la première description
connue du modèle complet de l'univers et des constituants de l'homme sous forme de principes,
à la fois scientifique et métaphysique. Sa philosophie considère l'univers comme se composant
de trois réalités éternelles que sont le principe de l'espace (âkâsha), le principe de l'intelligence
(Puruṣa), le principe de la nature (Prakriti) et de vingt-deux autres principes. C'est à partir du
principe de la nature influencé indirectement par Purusa et ses trois qualités inhérentes que
sont sattva, rajas et tamas en déséquilibres que se développe la création entière.
Le Vedānta[modifier | modifier le code]
L'école d'Uttara Mimamsa (nouvelle recherche), généralement connue sous le nom
de Vedānta (en sanskrit वेदअन्त, vedānta), se concentre sur les enseignements philosophiques
des Upaniṣad plutôt que sur les injonctions ritualistes des Brâhmanas. Mais il y a plus de cent
Upanishads qui ne forment pas un système unifié. Leur systématisation a été entreprise par
Badarayana, dans un travail appelé Vedānta Sūtra.
La manière obscure dont les aphorismes des textes du Vedānta sont rédigés laisse la porte
grande ouverte pour une multitude d'interprétations. Cela a entraîné une prolifération des écoles
du Vedānta. Chacune de ces dernières a interprété à sa façon les textes et a produit sa propre
série de sous-commentaires — tout en prétendant être seule fidèle à l'original.
Les différentes écoles nāstika[modifier | modifier le code]
On distingue traditionnellement trois écoles non orthodoxes que sont le jaïnisme,
le bouddhisme et le Cārvāka.
Le jaïnisme[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Jaïnisme.
Le « Jaïnisme » est une philosophie indienne basée sur la non-violence (ahimsa) ou respect de
toute vie (humaine, animale, végétale) et sur la tolérance (anekantavada) ou reconnaissance de
la multiplicité des points de vue. Il implique trois grands principes que sont :

 la vision juste des réalités (tattvas),


 la conduite juste,
 la connaissance juste.
Son principal grand maître philosophique et spirituel ou 24° Tirthankara a été Vardhamana
dit Mahavira (le grand héros) qui a vécu en Inde aux VIe et Ve siècles av. J.-C.67.
Le bouddhisme[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Bouddhisme.
Le bouddhisme est l’un des grands systèmes de pensée et d’action orientaux, né
en Inde au VIe siècle av. J.-C. Il est fondé sur les Trois Joyaux : les bouddhistes déclarent prendre
refuge dans le Bouddha, le fondateur du bouddhisme, dans le Dharma, la doctrine du Bouddha,
et dans le Sangha, la communauté des adeptes68.
À l’origine, le bouddhisme n’est pas vraiment une philosophie ou une religion, mais une « leçon
de choses » (dhamma en pali, dharma en sanskrit), ce terme désignant à la fois la réalité, sa loi,
et son exposé. De plus lorsqu’on parle de dharmas on désigne diverses lois naturelles
particulières.

Articles détaillés : Philosophie bouddhiste et Dharma.


Les quatre nobles vérités qui sont à l’origine du bouddhisme sont :

 la vérité de la souffrance ou de l’insatisfaction inhérente,


 la vérité de l’origine de la souffrance engendrée par le désir et l’attachement,
 la vérité de la possibilité de la cessation de la souffrance par le détachement, entre
autres,
 et finalement la vérité du chemin menant à la cessation de la souffrance, qui est
la voie médiane du noble sentier octuple.
Cependant ces enseignements classiques, et de portées spirituelles plutôt que philosophiques,
ne sont que le point de départ de ce qui deviendra une riche pluralité de traditions philosophiques
et religieuses. Après tout le bouddhisme avait « conquis » l'ensemble de l’Asie, du Japon jusqu’à
l’Afghanistan, intégrant ou s’adaptant à ces différentes cultures. En philosophie particulièrement,
tout le spectre des positions et options possibles a, à un moment ou l’autre, été l’objet
d’élaborations et de débats. Il a donc connu son « réalisme », son « atomisme », son
« nominalisme », etc.
L’hindouisme, qui partage un certain arrière-plan philosophique avec le bouddhisme, présente lui
aussi une telle variété. Pareillement, et à l’instar de la scolastique occidentale, toute philosophie
s’inscrit dans le cadre de la religion. Plus précisément, les philosophies bouddhistes ne perdent
jamais de vue les préoccupations sotériologiques.
Au terme de ce processus historique, il ne subsiste plus que deux grandes écoles
philosophiques, particulièrement dans le bouddhisme dit du mahāyāna69, ce sont
le Cittamātra (esprit seulement, rien qu'esprit), et le Madhyamaka (voie du milieu).

Articles détaillés : Cittamātra, Madhyamaka, Vacuité et Tathāgatagarbha.


Le Cārvāka[modifier | modifier le code]
Article détaillé : chârvâka.

La philosophie perse[modifier | modifier le code]


Articles détaillés : Zoroastrisme, Manichéisme (religion) et Mazdakisme.
Il existe d'antiques relations entre les Veda indiennes et les Avesta mèdes. Les deux principales
familles philosophiques traditionnelles indo-iraniennes étaient déterminées par deux différences
fondamentales : dans leurs implications sur la position de l'être humain dans la société et leur
vision du rôle des femmes et des hommes dans l'univers. La première charte des droits humains
(droits fondamentaux de la personne humaine) par Cyrus II (dit aussi Cyrus le Grand) est vue
comme un reflet des questions et pensées exprimées par Zarathoustra, et développées dans les
écoles de pensée zoroastriennes.

 Le zoroastrisme dérive du nom de Zoroastre déformé par les Grecs aux dépens du
véritable nom, Zarathoustra. Son autre appellation, le mazdéisme, dérive quant à lui
du nom du dieu vénéré, Ahura Mazdā. Ce courant de pensée fut fondé au cours
du Ier millénaire av. J.-C.
 Le manichéisme est une religion syncrétique apparue au IIe siècle de notre ère, dont
le nom provient de son fondateur, Mani.
 Le mazdakisme est un courant religieux fondé au Ve siècle. Il doit son nom à son
fondateur, Mazdak.

La philosophie africaine[modifier | modifier le code]


Article détaillé : Philosophie africaine.
S'il faut dire que l'expression a posé un problème du même acabit que celui constaté avec
l'expression « philosophie chinoise », il faut reconnaître que le débat sur la philosophie africaine
a beaucoup évolué à la fin du 20e et au début du 21e siècle. Le terme de « philosophie africaine »
est donc utilisé de différentes manières par différents philosophes. Bien qu'une majorité de
philosophes africains étudient dans des domaines tels que la métaphysique, l'épistémologie, la
morale et la philosophie politique, une question qui accapare nombre d'entre eux se situe sur la
nature de la philosophie africaine elle-même. Un des points centraux du désaccord est sur le
terme « africain » : désigne-t-il le contenu de la philosophie ou l'identité des philosophes ? La
philosophie africaine puise à la fois dans l'héritage traditionnel du continent, notamment dans
l'enseignement de l'Égypte pharaonique, et dans l’héritage de la philosophie occidentale.

Place des femmes en philosophie[modifier | modifier le


code]

Mary Wollstonecraft (1759–1797) était une philosophe et


écrivaine britannique.
Bien que les hommes aient généralement dominé le discours philosophique, les femmes
philosophes se sont engagées dans cette discipline tout au long de l'histoire. La liste des femmes
philosophes à travers l'histoire est vaste. Parmi les exemples anciens, citons Hipparchia (active
vers 325 avant J.-C.) et Arété de Cyrène (active aux 5e-4e siècles avant J.-C.). Certaines femmes
philosophes ont été acceptées au cours des époques médiévale et moderne, mais aucune n'a
fait partie du canon occidental avant les 20e et 21e siècles. Parmi ces dernières on trouve : G. E.
M. Anscombe, Hannah Arendt, Bell Hooks, Simone de Beauvoir, Simone Weil et Susanne
Langer sont entrées dans le canon70,71,72.
Au début des années 1800, certains collèges et universités du Royaume-Uni et des États-Unis
ont commencé à admettre des femmes, produisant ainsi davantage de femmes universitaires.
Néanmoins, les rapports du ministère américain de l'éducation des années 1990 indiquent que
peu de femmes se retrouvent en philosophie et que la philosophie est l'un des domaines des
sciences humaines où la proportion de femmes est la plus faible, les femmes représentant entre
17 % et 30 % du corps enseignant de philosophie selon certaines études.
Parmi les philosophes éminentes du 21e siècle on trouve : Judith Butler, Gayatri Chakravorty
Spivak, Martha Nussbaum, Onora O'Neill et Nancy Fraser, Julia Kristeva, Nell Noddings, Carol
Gilligan, et Donna Harraway73,74

Vous aimerez peut-être aussi