Philo DM HEGEL
L’extrait étudié est issu du Propédeutique philosophique d’Hegel, philosophe allemand, où est
interrogé la différence entre la vengeance et la punition. Il tente de répondre à la question suivante : La
vengeance est-elle plus juste que la punition ?
L’auteur défend l’idée selon laquelle la punition est plus juste que la vengeance puisque la
vengeance résulte de la subjectivité de la victime, le jugement étant troublé par les émotions.
L’auteur construit son argumentation en 3 moments : Tout d’abord, (l.1 à 2) il définit et faire
la distinction entre la vengeance et la punition. Puis (l.3 à 6), il justifie sa thèse en expliquant par une
énumération d’arguments pourquoi la vengeance n’est pas la solution à la justice. Ainsi, (l.6 à 9) il
explique ce qui se passe dans la société lorsque le droit s’effectue par la vengeance.
Tout d’abord, Hegel (l.1 à 2) fait la distinction entre la vengeance et la punition. En effet, il
nous exprime que la vengeance « est une réparation obtenue par un acte de la partie lésée » (l.1 à 2)
contrairement à la punition qui est « l’œuvre d’un juge » (l.2). On comprend alors que la différence
entre la vengeance et la punition est la neutralité. La partie lésée, c'est à dire la victime ne pourra pas
être objective dans la mesure où ses sentiments vont se mélanger avec son jugement et ne pourra pas
être objectif alors que le juge dont le métier est de faire respecter la loi pour maintenir en stabilité la
société est impartiale dans son jugement. On peut ainsi faire le parallèle avec l'allégorie de la justice
qui est représentée par une femme avec les yeux bandés tenant ainsi dans ses mains un glaive et une
balance, symbole d'impartialité puisque la justice est la même pour tous, personne ne peut l'influencer
d'où le symbole des yeux bandés et de la balance pour pouvoir peser le pour et le contre c'est à dire le
camp de la victime comme le camp de l'accusé. Dans ce passage, Hegel nous définit la forme de la
réparation qui peut être la vengeance ou la punition comme nous avons dit précédemment et ces deux
formes de réparation résultent toutes les deux d'un crime ou d'un délit effectué par un individu. Par
exemple, si on me vole ma voiture et qu’ensuite à mon tour je vais voler la voiture de la personne qui
m'a volé, j'ai ainsi effectué une vengeance. Mais si, au lieu de voler sa voiture à mon tour je vais porter
plainte et que je laisse faire la justice et que la justice le condamne, il s'agit ici de l'œuvre d'un juge et
c'est donc une punition.
Nous avons donc établi, avec Hegel, la distinction entre la vengeance et la punition. Ainsi,
après avoir défini les termes, Hegel va prendre position entre ces 2 formes de réparation et va justifier
son choix en donnant des arguments. Hegel estime donc que la réparation doit s’effectuer à titre de
punition.
Bien plus que définir les termes, Hegel va prendre part à cette distinction et défendre la
punition (l.3 à 6). Selon Hegel, la réparation doit s'effectuer à titre de punition car « dans la vengeance,
la passion joue son rôle et le droit se trouve ainsi troublé ». La victime ou le proche de la victime qui
se venge ne peut pas être objectif puisqu'il s'agit de cette même personne qui a subi une offense. Le
jugement ne pourra donc pas être objectif puisque les émotions, les sentiments vont être pris en
compte et ainsi la réparation sera disproportionnée comparé à la faute commise et le droit se trouvera
donc troublé. On comprend alors que la vengeance n'a pas la forme du droit, c'est à dire que ce n'est
pas quelque chose d'objectif et juste mais la vengeance a contrario est quelque chose « d'arbitraire »
comme le dit Hegel. En effet, le droit va se baser sur les lois qui sont établies et avec le procès qui aura
lieu avec la défense de la victime mais également la défense de l'accusé le juge pourra appliquer le
droit qui régit notre société avec un jugement qui est juste. En se vengeant, on oublie l'universalité de
la loi.
Nous avons établi, avec Hegel, que la punition était plus adéquate pour infliger une réparation
que la vengeance puisque dans la punition les sentiments ne prennent pas part au jugement. Comme
tel, que se passe-t-il lorsque c'est la vengeance qui est utilisée ?
C’est à cette question que répond Hegel (l.6 à 9). Lorsque la vengeance est utilisée une
première fois, c'est un cycle de vengeance infini qui s'enclenche menaçant l’équilibre même de la
société. Si par exemple mon frère décidé de tuer la personne qui a volé mon téléphone, un autre proche
de la personne, le coupable m’ayant volé, pourrait à son tour vouloir se venger de mon frère et le tuer à
son tour. Ainsi tout le monde serait à la fois une victime et à la fois coupable. On se lancerait alors
dans un cycle de violence et de vengeance infinie qui troublerait l’ordre de notre société. On serait
dans ce qu’on appelle la loi du talion c'est à dire le principe « d’œil pour œil dent pour dent » qui
consiste à rétablir l'équilibre sans égard pour la justice. Dans ce schéma, tout le monde pense
individuellement et non collectif C'est pourquoi on comprend l'importance d'avoir une organisation
supérieure à l'individu qui applique une loi universelle et non une loi qui est singulière pour chaque
individu, sinon il est impossible de tourner la page et de rendre justice. Que ce soit pour garantir
l'ordre dans la société ou moralement pour l’individu la vengeance n'est pas la solution. La vengeance
est moralement humiliante pour celui qui la subit comme pour celui qui l'a commis puisque lorsqu'on
agit par vengeance nous savons à l'intérieur que ce n'est pas la solution et par conséquent cela nous
donne une estime de soi peu haute.
En définitive, nous avons établi, avec Hegel, que la vengeance n'est pas la solution pour
réparer un acte mais il faut plutôt opter pour la punition qui sera l'œuvre d'un juge, le juge qui est un
individu neutre et objectif pouvant faire appliquer la loi. Si on laisse s’installer la vengeance dans
notre société, on risque de créer un cercle de vengeance et de violence qui entrainera la perte de notre
société comme nous la connaissons.