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Pedagogie
FNL
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TRE
Didactique généraleTABLE DES MATIERES
Introduction
Chapitre 1 Conceptions de I'apprentissage
et pratiques denseignement
1 La conception constructiviste
Les sources théoriques de la conception constructiviste de l’apprentissage
Les préconceptions des éléves
Vanalyse des erreurs des éléves
Le processus d’apprentissage selon le constructivisme
Le réle de I'enseignant et la notion de «situation-probléme»
2 La conception «socioconstructiviste >
Le conflit sociocognitif
La perspective de Vygotsky
Implications didactiques et prolongements de la conception de Vygotsky
Pour conclure: les écarts entre constructivisme et socioconstructivisme
3 Les apports du cognitivisme
Introduction
Les formes de connaissance
La mémoire a long terme
Mémoire a court terme et mémoire de travail
Conclusion
Chapitre 2 Les compétences
1 L’approche par objectifs
Les origines de la Pédagogie par Objectifs (PPO)
Les grands principes de la Pédagogie par Objectifs
La pedagogie par objectifs est-elle une pédagogie?
La pédagogie de maitrise
2 Vapproche par compétences
Origine de la notion de compétence en éducation
influence du monde du travail
Quiest-ce qu'une compétence en éducation?
Pourquoi la notion de compétence rencontre-t-elle un tel succ’s?
3 De l'approche par objectifs a l'approche par compétences
4 Le débat sur la notion de compétence
Les intéréts pédagogiques et didactiques de la notion de compétence
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86((60)
TABLE DES MATIERES:
Les critiques
Des réponses aux critiques
Les dangers de la notion de compétence
5S Conclusions
Les implications pédagogiques de la notion de compétences:
la gestion de I’incertitude
Chapitre 3. Savoirs et disciplines scolaires
1. Les savoirs scientifiques
La démarche scientifique
Savoirs et problématisation
La question de la validation des savoirs
Quelques conséquences pour I’enseignement
2 Les disciplines scolaires
La notion de transposition didactique
Textualité des savoirs et difficultés des élves
3. Conclusion
Conclusion
Bibliographie
Index
Table des matiéres
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97
102
102
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134
140
144
147
151
157
159INTRODUCTION
Enseigner est un métier difficile. Ceux qui le contestent sont rares. Mais I'essentiel
est que ceux qui en conviennent saisissent bien les conséquences de ce constat.
La premiére d’entre elles est qu’on ne peut enseigner sans avoir été formé A ce
métier. L’idée, longtemps tenue pour une évidence, selon laquelle il suffisait de
bien connaitre un savoir pour étre d’emblée capable de l’enseigner, ne peut plus
aujourd'hui étre sérieusement défendue. La difficulté a faire accéder des adoles-
cents a des savoirs a fait désormais l'objet d’assez de témoignages, d’articles, de
livres et de films pour que I'opinion publique en soit convaincue.
Mais ce qui est ainsi rendu public, ce sont surtout les aspects relationnels de ce
métier: comment mettre au travail des adolescents, comment obtenir d’eux quiils
obéissent @ un minimum de ragles, comment amener chacun d’eux a respecter
les autres, comment affirmer son autorité, Ce qui est moins mis en scéne dans le
spectacle public, c’est ce qui est pourtant I’essentiel: comment faire pour que les
éléves apprennent, cest-a-dire s‘approprient réellement un ensemble de savoirs
difficiles, qu’il s‘agisse d'histoire, de chimie, de géologie, de mathématiques, de
biologie, etc.? Comment faire aussi pour quills développent des compétences
tres exigeantes telles que comprendre et parler une ou plusieurs langues étrange-
res, lire et comprendre des textes de différents types, résoudre des problémes de
mathématiques, de physique, etc., analyser et commenter des documents, rédiger
des textes argumentatifs ou narratifs, des résumés, des synthéses, des rapports
d'observation? Car I’école n’aurait aucune légitimité a faire peser, dans la durée,
de lourdes contraintes sur les enfants et les adolescents, si elle n’avait pour mission
de transmettre des savoirs et des compétences, c/est-a-dire une culture et, plus
encore, de faire que cette culture soit émancipatrice et débouche sur la faculté de
penser par soi-méme.
Et du coup, comment faire pour que cette culture soit transmise a tous les l&-
ves, et non pas seulement a ceux qui sont de « bons» éléves? Si on veut que I’école
soit autre chose qu’une machine a fabriquer des inégalités ou a les reproduire, la
mission de l’enseignant est d’arriver @ ce que tous les éleves qui lui sont confiés
apprennent.
Crest cette mission que le présent ouvrage entend prendre au sérieux. Bien
entendu, cela passe par la formation initiale et continue des enseignants. Celle-ci
est l'objet d’une abondante littérature. On y admet généralement que le futur®
INTRODUCTION
enseignant doit recevoir une formation approfondie sur le ou les savoirs qu'il aura a
enseigner. On estime également qu’une mise en pratique du futur enseignant, sous
la forme de stages, est indispensable, car c'est la pratique et la réflexion sur elle qui
sont susceptibles d’engendrer I'indispensable savoir d’expérience. Pour notre part,
nous sommes évidemment d’accord avec ces deux exigences.
Mais nous pensons également que le futur praticien doit s’étre approprié un
savoir spécifique sur 'enseignement et les conditions d’apprentissage, savoir qui
ne peut pas étre construit par I'apprenti enseignant sur la base de sa courte expé-
rience. Ce savoir comprend évidemment la didactique de la discipline scolaire que
le professeur enseignera, mais pas seulement. Il comporte également des considé-
rations issues de la psychologie, de la sociologie, de la philosophie, de I’histoire de
Venseignement et, bien entendu, des connaissances accumulées par les praticiens
et qu’on appelle la pédagogie. Que ce savoir soit indispensable, qu'il soit nécessai-
rement composite, qu'il doive étre exposé en liaison avec les recherches qui l’ont
engendré, voici les trois points sur lesquels nous voudrions nous expliquer:
1) Tout d’abord, ce savoir sur I’enseignement dont nous disons qu'il est indispen-
sable a la formation des professeurs n’est pas a notre sens un savoir d’action ni ce
qu’un praticien peut tirer de la réflexion sur son expérience. Il est bien un savoir au
sens le plus classique du terme, c’est-a-dire un ensemble de discours sur la réalité
qui ont été mis a I'épreuve de la recherche. En affirmant cela, nous ne rejoignons
pas I'idée selon laquelle une pratique pourrait se réduire a étre ‘application de
régles qu'un savoir déterminerait d’une maniére univoque. II y a trop d’hétéro-
généité entre discours et action pour qu'il en soit ainsi (cf. Rey, 2000) et un pro-
fessionnel est celui a qui, face a chaque situation singuliére, il appartient de juger
de lopportunité de mettre en ceuvre telle régle ou telle autre. Cependant, des
savoirs sont indispensables, non pas en ce quiils disent ce qu'il convient de décider
& chaque moment de la pratique, mais parce qu’ils apportent au professionnel
une catégorisation de la réalité. Toute compétence exige une interprétation des
situations. Pour interpréter erreur d’un éléve, les difficultés récurrentes d’un autre,
le désintérét d'une classe pour un cours, pour interpréter aussi sa propre facon de
conduire une lecon, le professeur a besoin d’un systéme de catégories.
Celles-ci peuvent étre empruntées a la pensée commune ou pénétrées des
conceptions et des préjugés que posséde a titre individuel l’enseignant. Nous trou-
vons préférable qu’elles proviennent des recherches scientifiques: telle est la rai-
son d’étre de ce petit livre qui voudrait livrer aux futurs professionnels les savoirs
indispensables sur l’enseignement. Comme le fait remarquer Bourdoncle (1993),
un professionnel est quelqu’un qui peut «professer» les raisons des décisions qu'il®
INTRODUCTION
prend dans son activité, c’est-a-dire en rendre compte publiquement en s’ap-
puyant sur un savoir.
2) Mais ce savoir est nécessairement composite, car il doit emprunter & plusieurs
champs scientifiques. Tout savoir scientifique procéde d'une réduction de la réa-
lité: il consiste retenir d’elle les seuls aspects qui peuvent s’énoncer selon la logi-
que d’un texte (Rey, 2003). Ainsi, il rend compte de lignées causales qui sont
forcément limitées. La réalité de I'enseignement est toute autre: n’importe quelle
situation s‘explique par une multiplicité de facteurs et y est surdéterminée, ou plu-
t6t peut se laisser découper selon des régimes de conceptualisation qui sont divers
sans s‘exclure mutuellement. Ainsi, toute situation dans laquelle des éléves tentent
d’apprendre appelle une lecture relevant de la psychologie cognitive; mais, parce
qu‘elle discrimine souvent les éléves selon leur origine sociale, elle a des implica-
tions sociologiques; elle est aussi la tentative heureuse ou malheureuse pour met-
tre en ceuvre une stratégie didactique; prise dans une institution qui est I’école, elle
est dépendante de I’histoire de celle-ci et de la forme scolaire; elle s'explique aussi
par la finalité qui lui est assignée, acquisition d'un savoir ou d’une compétence et,
comme telle, elle engage des considérations sur ce qu’est une action adéquate ou
une pensée vraie; elle est sous-tendue par des prises de position sur la mission de
Vécole et des choix de valeur, etc. Ainsi le savoir sur ’'apprentissage et l’enseigne-
ment que nous entendons exposer ici sera nécessairement multidimensionnel, car
pour en rendre compte une multiplicité de champs conceptuels est nécessaire,
Nous le marquerons en parlant indifféremment de savoir ou de savoirs.
3) Enfin, les savoirs que nous présenterons ici seront systématiquement rattachés
a la recherche. Il ne s‘agira pas de présenter les résultats de celle-ci comme sls
étaient absolument véridiques et stabilisés pour I’éternité. Au contraire, nous nous
attacherons a montrer en quoi le contenu de ces savoirs est dépendant des pro-
blématisations et des méthodologies a partir desquelles il a é&é construit. Nous
n’éluderons pas les incertitudes et les incomplétudes qui lui sont propres. Nous
soulignerons les divergences entre les différents champs scientifiques et les contro-
verses au sein de chacun d’entre eux. Si idée de rendre universitaire la formation
de tous les enseignants a bien pour but d’en améliorer la qualité et non pas d’en
réduire les coats, alors c’est bien celui de mettre en contact les futurs enseignants
avec la recherche, c’est-a-dire avec une pratique de réinterrogation incessant. Ces
savoirs qui doivent prendre leur place dans la formation des enseignants n‘ont pas
pour but de former des militants. Au contraire, "exposé que nous allons en tenter
ici vise a susciter chez eux une attitude de defiance vis-a-vis d’eux-mémes et deINTRODUCTION
Vopinion premigre, de la pensée qui se veut définitive alors qu’elle n’est que le
produit de la mode.
IIn‘est pas question pour nous de juxtaposer, dans une présentation successive, des
exposés propres a chaque champ scientifique sollicité. Nous partirons au contraire
de quelques grandes questions qui sont au centre de la pratique enseignante et
que nous développerons en trois chapitres:
— Le premier sera consacré & faire un état des savoirs et des problémes concer-
nant le processus d’apprentissage en milieu scolaire et les conditions qui lui
sont favorables.
= Le deuxime chapitre tentera une approche de la notion de compétence,
qui est une des formulations possibles pour définir ce que I’école a mission
de transmettre. Nous examinerons ses ambiguités ainsi que les possibilités
et les difficultés qu’elle ouvre sur le plan didactique.
= Dans le troisigme chapitre, nous explorerons la notion de savoir, autre
grande catégorie sous laquelle on définit ce que I’école doit faire acquérir.
Nous envisageons d’abord d’une maniére générale, puis sous la forme spé-
cifique des disciplines scolaires.CHAPITRE 2
LES COMPETENCES
IM MAIRE
Uapproche par objectifs
approche par compétences
De I'approche par objectifs a I'approche par compétences
Le débat sur la notion de compétence
Conclusions
ARWN
Faire apprendre des compétences aux éléves semble étre devenu la priorité de
nombreux systémes éducatifs. Terme peu usité jusqu’a la fin des années 1980 dans
le monde scolaire, la compétence s‘est rapidement imposée, depuis lors, aux tra-
vers des référentiels qui indiquent ce que I'on attend des éléves a certains moments
de leur cursus. De référentiels ou programmes rédigés en termes d'objectifs, les
enseignants sont maintenant confrontés a des référentiels de compétences.
Au-dela du succés de cette notion, il apparait important dans ce chapitre de
tenter d/apporter des éléments de réponses aux principales questions qu'elle sou-
lave. Qu’est-ce qu’une compétence? Quelle est lorigine de cette notion? Quelles
sont les raisons de son succés? Quels sont ses intéréts? Quelle est la différence
entre une approche par objectifs et une approche par compétences? Quels sont
ses limites et ses dangers?
Sans occulter le débat parfois vigoureux que la notion de compétence sus-
cite aujourd'hui dans les milieux éducatifs et auprés de certains enseignants, nous
essayerons de mettre en évidence les conséquences pédagogiques et didactiques
qu'elle induit ou qu’elle souhaite induire auprés des enseignants.
Ce chapitre est divisé en quatre parties. Dans la premiere partie, nous résume-
rons les grands principes de la pédagogie par objectifs qui a pendant de nombreu-
ses années été la référence dans la construction des programmes scolaires. Dans la
seconde partie, nous interrogerons la notion de compétence et essayerons dans la36
LES COMPETENCES
troisiéme partie de mettre en évidence ce qui la différencie de la notion d objectif.
Enfin, nous terminerons ce chapitre en rentrant dans le débat parfois virulent que
la notion de compétence induit dans les milieux de la recherche et dans les milieux
scolaires.
1 LAPPROCHE PAR OBJECTIFS
Vanalyse des programmes et référentiels des trente derniéres années dans la plupart
des systémes scolaires nous montre que la plupart d’entre eux jusqu’aux années
1990 étaient construits suivant le principe de l’approche par objectifs communé-
ment appelée pédagogie par objectifs. Méme sila tendance générale des systémes
éducatifs est dintroduire une approche par compétences, de nombreux éléments
issus des principes de la pédagogie par objectifs continue a influencer le monde
de lécole.
Les origines de la Pédagogie par Objectifs (PPO)
Dans une note de synthése portant sur la pédagogie par objectifs (PPO), Hameline
(1979) décrit les origines de ce courant. Pour cet auteur, la PPO est une «his-
toire essentiellement américaine ». Le monde du travail (taylorisme), la psychologie
béhavioriste et dans une moindre mesure le mouvement de |’éducation nouvelle
semblent étre les trois courants de pensée qui ont influencé considérablement la
PPO.
A. Influence du monde du travail
La pédagogie par objectifs trouverait ses premiéres origines dans l'histoire du
management pédagogique influencé principalement par I'Ecole de Chicago. Das la
fin du XIX° siecle, un courant se dessine pour adopter en pédagogie les régles du
Scientific Management. C’est le titre donné a un ouvrage de Rice publié en 1914 et
qui regroupait un ensemble d’articles qu'il avait publiés depuis 1896
Toutefois, et ceci est sans aucun doute important dans la problématique qui nous
anime, ce serait sous I'influence de Taylor (The principles of Scientific Management,
1911 cité par Hameline 1979) et de Organisation Scientifique du Travail (OST)
que l'entrée par les objectifs va progressivement étre définie,
Taylor est considéré comme le promoteur de lorganisation scientifique du tra-
vail (Larousse 2004). Elaboré a la fin du XIX° siécle pour répondre au constat queLAPPROCHE PAR OBJECTIFS
les ouvriers ne travaillaient pas de maniére efficace et productive, le cadre de I'or-
ganisation scientifique du travail reposait sur quatre principes:
= Une séparation au sein de la fonction de production entre les fonctions de
conception et d’organisation du travail et la fonction opérationnelle propre-
ment dite: en ce sens, le mode de production était établi en amont par des
services spécialisés qui avaient pour mission d’organiser de maniére scien-
tifique le mode de production qui serait adopté par I’entreprise. En aval, il
ne restait plus aux services opérationnels qu’a appliquer les recommanda-
tions faites par le bureau des méthodes ('ouvrier devient alors un simple
exécutant);
Une organisation du mode de production fondée sur un modéle répétitif
de taches élémentaires simples: le travail étant décomposé selon des taches
faciles et rapides a exécuter, I'ouvrier était limité dans son travail a la réalisa-
tion d’un nombre minimum de taches spécialisées;
— Une organisation de la production fondée sur la succession des taches élé-
mentaires: d’un point de vue organisationnel, V'entreprise organisait sa
production dans I'espace de maniére a faciliter I'exécution de ces taches
élémentaires (le poste de travail doit étre ergonomique afin de faciliter le
travail de ouvrier);
— Une rémunération des salariés fondée sur le critére de la productivité,
Clest-a-dire que le respect des normes de production définies par le bureau
des méthodes devait étre un élément valorisant de la rémunération du
travailleur.
Mais une autre influence, toujours issue de l'organisation du travail, va marquer la
PPO. D’aprés Hameline (1979), chez Tyler, le management moderne de la période
post-taylorienne aurait également exercé une influence considérable. «les tra-
vaux de Elton Mayo (1924) et toute la suite que leur donnera la psychologie sociale
industrielle ont montré qu‘une des conditions de la productivité était lintérét et Vinté-
ressement des “producteurs” aux tdches de production. Une nouvelle génération de
‘managers prend a son compte le principe que l’exploitation des ressources humaines
posséde un caractére spécifique : la participation aux objectifs est aussi importante que
1a participation aux bénéfices, elle est valorisante pour exécutant. »
En 1950, Tyler écrit dans Basic Principles Curriculum and Instruction que « la fagon
la plus utile de formuler des objectifs est de les exprimer en des termes qui identi-
fient & la fois le comportement qu'il convient d'observer chez l’étudiant et le champ
dans lequel ce comportement doit se manifester» (Hameline, 1979). D’une certaine
maniere, la PPO était née. Pour Tyler, la formulation d’objectifs est un moyen dans
7$8
LES COMPETENCES
Vaménagement du curriculum et dans |’optimalisation de son rendement. Par la
suite, un ensemble d’auteurs (Hida Taba, R.F. Mager, C. Clarck cité par Hameline,
1979) fixent la doctrine au début des années 1960.
D’aprés Hameline (1979), R.B. Miller, psychologue militaire passé a industrie
aurait également exercé une influence sur la doctrine en préconisant l'application
de I’Analyse des Taches au domaine de l'apprentissage (Analysis and specification
of Behavior for Training, 1962).
B, Influence de la psychologie behavioriste
Pour Hameline, les principes développés par Tyler se conjuguent facilement avec
les présupposés béhavioristes qui marquent la psychologie américaine depuis le
début du siécle. Celle-ci se retrouvait d’ailleurs dans la dé marche mise en place par
Taylor dans son cadre de l'organisation scientifique du travail.
Le béhaviorisme, un courant psychologique a forte teinte expérimentale, estime
fondamentalement que les phénoménes mentaux, parce qu’internes, ne peuvent
étre directement soumis a la preuve scientifique et que seuls les comportements
observables sont des données fiables qui peuvent permettre la découverte de prin-
cipes, de régles et des lois du comportement humain.
Le béhaviorisme a grandement imprégné la conception de I'enseignement et
de lapprentissage. Les psychologues béhavioristes ont fait en sorte que le pro-
duit des activités humaines soit privilégié comme objet d’analyse. Ainsi, dans ce
contexte, l’enseignant analyse davantage la performance de I’éléve que les stra-
tégies ou les processus qui lui permettent d’atteindre ce niveau de performance.
Etant donné que seuls les comportements observables et mesurables sont étudiés
et que ces observations doivent conduire a la découverte de principes et de lois,
les béhavioristes ont décomposé de maniére minutieuse les comportements et les
séquences d’apprentissage.
Tyler, en 1950, en écrivant comme nous I'avons déja énoncé que la facon la
plus utile de formuler des objectifs est de les exprimer en des termes qui identifient
4 la fois le comportement qu’il convient d’observer chez I’étudiant et le champ
dans lequel ce comportement doit se manifester s‘inscrivait directement dans ce
paradigme.
C. Vinfluence de l'éducation nouvelle
Pour Mialaret (1991), la PPO serait également une réaction contre I'unique intérét
porté a la mati@re a enseigner aux dépens de I'intérét nécessaire porté a celui qui
apprend. Pour argumenter ce propos, cet auteur se référe également a Hameline
qui écrivait en 1979: «La centration sur 'apprenant est, somme toute, un héritagee |
CHAPITRE 3
SAVOIRS ET DISCIPLINES SCOLAIRES
S@MMAIRE
1 Les savoirs scientifiques
2 Les disciplines scolaires
3. Conclusion
Les conditions d’apprentissage et les exigences correspondantes pour I’enseigne-
ment dépendent fortement de ce qu’on veut faire apprendre. Nous avons vu, au
chapitre précédent, qu’une formulation possible de ce qu’on veut faire acquérir
a école consiste parler de compétences. Mais chacun sait qu'une autre déno-
mination de ce qu'il y a a transmettre, plus traditionnelle pour l'enseignement
secondaire, parle de savoirs.
Cette notion de savoir a été l'objet de débats trés vifs depuis deux décennies
dans univers de la pédagogie. L'un d’entre eux tournait autour de l'idée que ce qui
devait étre au centre de I’école n’était pas le savoir, mais I’éléve. Les tenants de cette
position voulaient ainsi orienter les préoccupations des enseignants vers les besoins
et les difficultés des éléves plutét que sur le souci de «boucler le programme».
Ensuite, dans une perspective légerement différente, mais proche, certains ont
affirmé que lenjeu de I’école n’était pas tant de faire apprendre une grande quan-
tité de savoirs, que de faire «apprendre a apprendre», autrement dit de permettre
acquisition de quelques solides instruments intellectuels qui permet
a l’individu, au cours de sa vie, d’acquérir les savoirs dont il aurait besoi
D’autre part, on a voulu voir dans la définition de ce qui devait se transmettre &
lécole en termes de compétences une exclusion des savoirs. C'est ainsi que beau-
coup d’enseignants ont compris l'injonction a travailler par compétences, ce qui
a entrainé chez eux une forte résistance a cette injonction. L'idée est en tout cas
propagée que compétences et savoirs s’excluaient mutuellement. Le présent cha-((08)
SAVOIRS ET DISCIPLINES SCOLAIRES
pitre sera l'occasion de voir en quoi tout savoir implique des compétences et que
est seulement dans un sens trés réducteur des mots «savoir» et « compétence»
qu’ils s‘opposent.
Mais quoi qu’ll en soit, ce débat entre compétences et savoirs a été l'occasion
de réanimer un autre débat, trés ancien celui-ci, qui porte sur I'utilité des savoirs
transmis par I’école. C’est la une question fréquemment posée I'école par les
acteurs sociaux qui lui sont extérieurs: parents d’éléves, employeurs, responsa-
bles politiques, économistes. Elle surgit inévitablement dans l'univers pratique des
enseignants, car elle est émise d'une maniére constante et pressante par les éleves:
«A quoi ¢a sert, ce que vous nous faites apprendre? ».
Il est donc indispensable de s‘interroger sur ce qu’est un savoir. Nous le ferons
d'abord en examinant ce qu'il en est dans le domaine oi les savoirs sont construits,
Cest-a-dire dans la pratique scientifique (en donnant au mot «science» un sens
général qui inclut les sciences humaines et non pas seulement les sciences de la
nature). Puis nous examinerons la forme particuligre que prennent ces savoirs
lorsqu’ils sont enseignés a I’école, sous le nom de «disciplines scolaires ». Ce sera
occasion d’esquisser une réflexion non pas sur I'utilité des savoirs, mais plutét sur
les raisons pour lesquelles I'école en vise l'acquisition et sur les difficultés que cela
entraine pour les éléves.
1 LES SAVOIRS SCIENTIFIQUES
Il arrive qu‘on appelle «savoir» la connaissance d’une information. Ainsi peut-on
savoir que Rome est la capitale de I'Italie ou que l'eau bout a 100°, Cet usage n’a
rien diillégitime dans la vie courante. En revanche, il peut susciter des réserves
lorsqu’ll se traduit en pratique d’enseignement, c’est-a-dire lorsque un enseignant
se borne a livrer aux éléves des listes dinformations en estimant les faire accéder
ainsi a du «savoir». Car il parait difficile d’appeler «savoir» une énumération de
données factuelles, du moins si I'on considére que le savoir scolaire a quelque
chose & voir avec un savoir scientifique. Mais alors quelles sont les caractéristiques
d'un savoir scientifique ?
‘On peut en donner une premiére approximation qui constitue en quelque
sorte la conception courante de la science, mais que nous devrons remettre en
cause. Dans le cadre de cette premiére conception, on peut d’abord faire le constat
qu'un savoir a caractére scientifique ne consiste jamais a énoncer un fait unique,
ni dailleurs une juxtaposition de faits. II rassemble sans doute une multiplicité de
faits, mais en établissant entre eux des liens. Ces liens peuvent étre divers: lien deLES SAVOIRS SCIENTIFIQUES
similitude permettant de subsumer une diversité de faits sous un concept, liens
d'inclusion, liens de causalité, etc. En tout cas, dans cette premiere présentation, la
marque du savoir scientifique serait de dégager, a travers une multiplicité de faits,
des régularités. Le savoir y apparait comme caractérisé par un processus de généra-
lisation. C’est ainsi que les chercheurs feraient émerger, a partir de I'observation de
faits, une loi qui les régit. La découverte de telles lois aurait l'intérét de permettre
de prévoir certains faits a partir du constat d’autres, ce qui ouvre sur des utilisations
technologiques. Elles permettraient en outre d’inférer du constat de certains faits
d'autres faits que nos organes des sens ne nous permettent pas d’observer directe-
ment parce que trop lointains ou trop petits.
Cette premiere présentation de ce qu’est un savoir scientifique semble livrer a
la fois le principe de validation du savoir et la description des phases successives du
travail du chercheur, c’est-a-dire de la démarche scientifique:
Elle en livre le principe de validation: un savoir est un ensemble d’affirmations
qui reposent sur des preuves, autrement dit qui ont traversé des épreuves de vérité,
Et ce que cette premiére présentation dit, c'est que ces preuves sont constituées
par des faits observés, Le savoir est vrai parce qu’il est conforme aux faits, et méme
parce qu'il émerge de observation des faits. Ce sont eux qui donneraient son
caractére d’objectivité au savoir. Or nous verrons que ce principe de validation
pose probléme.
Cette premiare présentation de ce qu’est un savoir propose du méme coup
une description de la démarche scientifique: le chercheur serait celui qui, grace a
observation, rassemble d’abord un grand nombre de faits relevant d’un domaine
donné, puis qui a partir d’eux induit la loi qui les régit. Or nous allons voir que la
démarche scientifique ne se déroule généralement pas sur ce modéle et méme
quil y a une quasi impossibilité a ce qu’elle se déroule ainsi.
La démarche scienti
ique
Si la présentation courante de la science que nous venons de résumer a raison
d'affirmer qu’un savoir ne consiste pas a énumérer des faits, en revanche elle a
tort de dire que la démarche scientifique part de faits. Deux ensembles de raisons
s‘opposent a une telle position:
1) La premiére est que les faits, méme si on les nomme souvent des «données»,
ne sont en réalité jamais donnés. C’est le chercheur qui doit les collecter et méme,
G