EMBOLIE PULMONAIRE
I-Introduction : II-Épidémiologie : III-Facteurs de risque : À
retenir +++
La maladie veineuse thromboembolique (MVTE) Pathologie fréquente et grave
s’exprime sous deux formes cliniques principales : Incidence : La maladie veineuse
la thrombose veineuse profonde (TVP) et l’embolie Maladie thromboembolique thromboembolique
pulmonaire (EP) veineuse (MTEV) : estimée à (MVTE) est la
Embolie pulmonaire : obstruction brusque, 1,5 cas/1000 conséquence d’une
partielle ou totale, d’une artère pulmonaire ou Embolie pulmonaire : 0,5 interaction :
d’une de ses branches par un embole le plus cas/1000 Facteurs de risque
souvent fibrino-cruorique provenant de la L’incidence de l’EP augmente : liés au patient,
circulation veineuse Avec l’âge habituellement
Une véritable urgence pouvant mettre en jeu le En milieu hospitalier : 1% à 2 permanents
pronostic vital : 25 à 30 % de mortalité en TVP proximales : 50 % se Facteurs de risque
l’absence de traitement compliquent d’EP liés à
La prise en charge repose sur : une stratégie Postopératoire : mortalité par l’environnement,
diagnostique avec évaluation de sévérité et EP de 0,2 à 0,5 % même si habituellement
approche thérapeutique codifiés, ainsi que la prophylaxie temporaires
prévention de récidive
1/ Facteurs de risque fort 2/ Facteurs de risque modéré 3/ Facteurs de risque faible
Fracture au membre Chirurgie arthroscopique Traitement hormonal Alitement > 3 jours
inférieur du genou substitutif Diabète
Hospitalisation pour Maladie auto-immune Fécondation in vitro Hypertension
insuffisance cardiaque ou Transfusion sanguine Contraception artérielle
Cathéter veineux central Post partum
fibrillation /flutter atrial Immobilité en
Cathéter et électrode Infection (en particulier
(3 mois précédents) position assise :
intraveineux pneumonie, infection urinaire,
Prothèse de hanche ou Chimiothérapie infection par le virus VIH) voyage prolongé en
de genou Insuffisance cardiaque Maladie intestinale voiture ou avion
Traumatisme majeur ou insuffisance inflammatoire Age avancé
Infarctus du myocarde (3 respiratoire Cancer : risque le plus élevé Chirurgie
mois précédents) Stimulateur de en cas de cancer métastase) laparoscopique :
Antécédent de maladie l’érythropoïèse AVC cholécystectomie
thromboembolique Oestrogénothérapie Thrombose veineuse Obésité
veineuse substitutive (selon la superficielle Grossesse
formulation) Thrombophilie
Lésion médullaire Varices
IV-Physiopathogénie :
Conséquences :
Triade de Virchow : une Hémodynamique : L’obstruction brutale de la circulation pulmonaire par
association de trois facteurs des caillots modifie plusieurs paramètres mécaniques et métaboliques
favorisant la thrombose veineuse Altération de la contractilité du ventricule droit puis du dédit cardiaque
Étiologie : L’embol est souvent Hypertension pulmonaire
Fibrino-cruoriques (Virchow) +++ Répercussions : plus précoce et plus marqué en cas de cardiopathies ou
Stase sanguine : immobilisation BPCO
Lésion endothéliale FX : Respiratoire :
traumatisme, chirurgie Réduction des échanges (hypoxie, hypocapnie et alcalose par
Thrombophilie 6 à 7 % : cancer, hyperventilation réactionnelle)
inflammation, trouble hémostase Effet shunt redistributif
Aussi : carcinomateux, graisseux, Effet espace mort
gazeux, amniotique, septique Infarctus pulmonaire et hémoptysies
Réaction pleurale type inflammatoire
V-Stratégie diagnostique :
1. Aspects radio-cliniques : À retenir ++++
A/ Symptômes cliniques B/ L’examen clinique C/ RX du thorax
Douleur thoracique de Tachypnée souvent Atélectasie en bande
type pleurale Tachycardie moins constante Ascension de la coupole
Dyspnée souvent brutale Signes de thrombose veineuse diaphragmatique
mais parfois progressive Signes d’insuffisance cardiaque droite : Opacité triangulaire à base pleurale :
État de choc : avec ou (turgescence jugulaire, reflux hépato- infarctus pulmonaire
sans signes d’insuffisance jugulaire) Un épanchement pleural
cardiaque droite Auscultation pulmonaire : souvent Signe de Westermarck : hyperclarté
Expectorations normale ; foyer de crépitants localisé en localisée du parenchyme
hémoptoïques, fièvre cas d’infarctus pulmonaire Grosse artère pulmonaire
L’examen clinique peut être normal Une radiographie normale
2. Probabilité clinique : À retenir ++++
L’évaluation clinique est recommandée afin
de baser la stratégie diagnostique sur la
probabilité clinique, évaluée :
Le jugement clinique
Un algorithme de prédiction validé
Règle PERC : Pulmonary Embolism Rule-
out Criteria
Âge ≥ 50 ans ? La règle PERC est considérée comme négative
Fréquence cardiaque ≥ 100 battements par minute ? lorsque la réponse à chacune des 8 questions
Oxymétrie de pouls (SpO2) < 95 % en air ambiant ? est négative
Épisode d’hémoptysie ?
Œdème unilatéral d’un membre inférieur (asymétrie à l’évaluation visuelle) ?
Prise d’un traitement oestrogénique ?
Antécédent personnel de thrombose veineuse ou d’embolie pulmonaire ?
Hospitalisation pour traumatisme ou chirurgie sous anesthésie générale dans les 4 semaines précédentes ?
Score clinique validé :
Score de Wells
Score de Genève révisé
3. Les examens complémentaires : À retenir +++
A. Le dosage des D-Dimères : est recommandé en B. Angioscanner thoracique :
ambulatoire ou au service d’urgence lorsque la Permet de poser diagnostic d’EP : si
probabilité clinique est basse ou intermédiaire ou l’EP l’angioscanner mee défaut de
improbable ; seuil ajusté sur l’âge (âge x 10 μg/L chez les perfusion segmentaire ou plus
patients âgés de plus de 50 ans proximale chez un patient qui a une
En cas de probabilité clinique d’EP basse ou d’EP probabilité clinique intermédiaire
improbable : un taux normal de D-dimères exclut une EP ou élevée
En cas de probabilité intermédiaire, si le dosage des D- Permet de rejeter le diagnostic d’EP : si l’angioscanner
dimères est négatif des examens supplémentaires est normal chez un patient qui a une probabilité
peuvent être envisagés clinique élevée ou une EP probable
Le dosage n’est pas recommandé en cas de probabilité En cas de défaut de perfusion sous segmentaire isolé :
clinique élevée des tests d’imagerie supplémentaires pour confirmer
Valeur prédictive négative l’EP
C. Scintigraphie pulmonaire de D. Échographie de compression des membres E. Tomographie
ventilation-perfusion : inférieurs : d’émission
Élimine le diagnostic d’EP si la Permet de retenir le diagnostic de MTEV (et monophotonique de
scintigraphie de perfusion pulmonaire d’EP) si mee d’une TVP proximale ventilation-perfusion
est normale Une TVP distale doit faire réaliser des (SPECT)
Permet de retenir le diagnostic d’EP si examens supplémentaires pour confirmer l’EP
la probabilité d’EP à la scintigraphie de L’évaluation de la sévérité de l’EP : si critère
ventilation-perfusion est élevée diagnostique
EP suspectée avec instabilité hémodynamique EP suspectée sans instabilité hémodynamique
Quand l’EP suspectée est à haut risque, du fait de la présence L’utilisation de critères validés pour le
d’une instabilité hémodynamique, une échocardiographie au lit diagnostic d’une EP
ou un angioscanner pulmonaire en urgence sont recommandés Chez les patients qui ont une probabilité
Il est recommandé qu’une anticoagulation IV par héparine non clinique d’EP intermédiaire ou élevée,
fractionnée, incluant un bolus ajusté sur le poids, soit l’initiation d’une anticoagulation est
commencée sans délai chez les patients qui ont une suspicion recommandée sans délai, alors que le
d’EP à haut risque processus diagnostique est en cours
4. Évaluation de la sévérité d’une embolie pulmonaire et risque de décès précoce :
Diagnostic différentiel :
VI-Traitement : À retenir ++++
Devant les douleurs thoraciques : éliminer une cause
Buts : cardio-vasculaire
Éviter l’extension de la thrombose Syndrome coronarien aigu
Prévenir les récidives Tamponnade
Moyens : Dissection aortique
Anticoagulants Devant une dyspnée : éliminer une cause respiratoire
Thrombolytiques Pneumopathie
Interruption de la veine cave inférieure OAP
Embolectomie chirurgicale Épanchement liquidien ou aérien pleural
Indications : Exacerbation asthme
1/ Anticoagulation 2/ Thrombolytiques
Elle est recommandée, avec pour objectif de prévenir Restaure la perfusion pulmonaire
à la fois un décès prématuré et une récidive de MVTE La résolution rapide de l’obstruction pulmonaire
La durée standard de l’anticoagulation est d’au moins entraîne une prompte réduction de la pression et des
3 mois résistances artérielles pulmonaires avec une
À la phase aiguë l’anticoagulation est parentérale amélioration concomitante de la fonction VD
(HNF, HBPM ou fondaparinux) pendant les 5 à 10
premiers jours
Le traitement AVK doit être commencé pendant le
traitement par héparine
L’héparinothérapie peut être suivie de
l’administration :
Des anticoagulants oraux directs (AOD) : Dabigatran
ou édoxaban, l’apixaban ou le rivaroxaban
Des AVK
3/ Les filtres dans la veine cave inférieure
En cas d’EP aiguë et de contre-indication absolue à une
anticoagulation
En cas de récidive d’EP malgré une anticoagulation
thérapeutique
Contre-indications des traitements anticoagulants :
Contre-indications absolues Contre-indications relatives
AVC hémorragique ou d’origine inconnue, quelle Accident ischémique transitoire dans les mois précédents
que soit son ancienneté Traitement anticoagulant oral
AVC ischémique dans les 6 mois précédents Grossesse et première semaine post-partum
Altération ou néoplasme du système nerveux Point de ponction non compressible
central Ressuscitation traumatique
Traumatisme majeur, intervention chirurgicale, Hypertension artérielle réfractaire (TA systolique > 180
traumatisme crânien dans les trois semaines mmHg)
précédentes Atteinte hépatique avancée
Hémorragie gastro-intestinale dans le mois Endocardite infectieuse
précèdent Ulcère gastroduodénal actif
Risque hémorragique connu
Traitement à la phase aiguë de l’embolie pulmonaire à haut risque :
Anticoagulation par héparine non fractionnée, incluant l’injection d’un bolus à la dose ajustée sur l’âge, sans
délai
Une thrombolyse systémique est recommandée ; une embolectomie pulmonaire chirurgicale ou un traitement
percutané : si échec ou contre-indication à la thrombolyse
Traitement de la défaillance ventriculaire droite
Traitement à la phase aiguë de l’embolie pulmonaire à risque bas ou intermédiaire :
Initiation de l’anticoagulation : Anticoagulation orale : Si détérioration
Recommandée sans délai, AOD : (apixaban, dabigatran, édoxaban ou hémodynamique :
pendant que le processus rivaroxaban), un AOD est recommandé de Une thrombolyse de
diagnostique est en cours préférence à un AVK (sauf grossesse/allaitement, sauvetage est
Si l’anticoagulation est insuffisance rénale sévère, syndrome des recommandée
commencée par voie parentérale, antiphospholipides) Alternative : une
une HBPM ou le fondaparinux est AVK : un chevauchement avec l’anticoagulation embolectomie
recommandé plutôt que parentérale est recommandé jusqu’à ce qu’une INR chirurgicale ou
l’héparine non fractionnée à 2,5 (2,0-3,0) soit atteinte percutanée
Type et durée de l’anticoagulation après une embolie pulmonaire :
En l’absence de cancer En cas de cancer actif
Une anticoagulation thérapeutique pendant au moins 3 mois est Une HBPM par voie sous-cutanée à dose ajustée sur le
recommandée chez tous les patients qui ont une EP poids doit être envisagée pendant les 6 premiers mois
La discontinuation d’une anticoagulation orale thérapeutique est plutôt qu’un AVK
recommandée après 3 mois en cas de première EP/ MTEV
L’édoxaban doit être envisagé comme une alternative à
secondaire à un facteur de risque transitoire/réversible majeur
une HBPM par voie sous-cutanée à dose ajustée sur le
Une anticoagulation orale à vie est recommandée en cas de récidive
de MTEV non liée à un facteur de risque transitoire/réversible poids chez les patients qui n’ont pas un cancer gastro-
majeur intestinal
Une anticoagulation orale par un AVK à vie est recommandée en cas Le rivaroxaban doit être envisagé comme une alternative
de syndrome des antiphospholipides à une HBPM par voie sous-cutanée à dose ajustée sur le
Une anticoagulation orale à vie doit être envisagée en cas de premier poids chez les patients qui n’ont pas un cancer gastro-
épisode d’EP sans facteur de risque identifiable intestinal
Une anticoagulation orale à vie doit être envisagée en cas de premier Une anticoagulation prolongée (au-delà de 6 mois) doit
épisode d’EP associé à un facteur de risque persistant autre qu’un
être envisagée à vie ou jusqu’à ce que le cancer soit guéri
syndrome des antiphospholipides
Une anticoagulation orale à vie doit être envisagée en cas de premier
La prise en charge d’une EP découverte incidemment doit
épisode d’EP associé à un facteur de risque transitoire/ réversible être similaire à celle de la prise en charge d’une EP
mineur symptomatique si elle atteint des branches segmentaires
Si une anticoagulation orale prolongée par un AOD est décidée, une ou plus proximales, plusieurs vaisseaux sous-segmentaires
dose réduite d’apixaban (2,5 mg 2 fois par jour) ou de rivaroxaban ou un seul vaisseau sous-segmentaire en association avec
(10 mg par jour) doit être envisagée après 6 mois d’anticoagulation une TVP prouvée
thérapeutique
Après une EP aigue, les patients ne doivent pas être perdus de vue Détecter et traiter une comorbidité ou un “simple”
Il convient de rechercher : déconditionnement
Des signes de récidive de MTEV, un cancer Une imagerie de suivi n’est pas recommandée en routine
Une complication hémorragique de l’anticoagulation chez un sujet asymptomatique, mais peut être envisagée
Rechercher une dyspnée ou une limitation fonctionnelle : exclure chez les patients qui ont des facteurs de risque de
une HTPTEC (hypertension post embolique chroniques) développement d’une HTPTEC