Déterminants
Déterminants
Déterminants
Objectifs
– Étudier le groupe des permutations de [[1..n]]. Définir les notions : de cycles, de transpositions, de décomposi-
tion en produit de cylces, de signature.
– Définir les notions d’applications n-linéaires et leurs propriétés éventuelles (symétrique, antisymétrique, alter-
née). Développement suivant une base.
– Définir l’application déterminant d’une famille de vecteurs dans une base, étudier les propriétés.
– Définir le déterminant d’un endomorphisme, étudier ses propriétés.
– Définir le déterminant d’une matrice carrée, étudier ses propriétés. Notion de comatrice et propriétés.
– Établir les formules de Cramer.
Sommaire
I) Le groupe symétrique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
1) Décomposition des permutations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
2) Signature . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
II) Applications n-linéaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
1) definition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
2) Développement suivant une base . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
III) Déterminant dans une base . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
1) Formes n-linéaires en dimension n . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
2) Déterminants de n vecteurs dans une base . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
3) Propriétés du déterminant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
IV) Déterminant d’un endomorphisme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1) definition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
2) Propriétés du déterminant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
V) Déterminant d’une matrice carrée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1) definition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
2) Propriétés du déterminant d’une matrice carrée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
3) Développement suivant une ligne ou une colonne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
4) Comatrice . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
VI) Applications . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1) Systèmes linéaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
2) Orientation d’un espace vectoriel réel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
VII) Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
I) Le groupe symétrique
1) Décomposition des permutations
D ÉFINITION 23.1
.
. Soit En = [[1..n]] , avec n ∈ N∗ , on note Sn l’ensemble
. des permutations de En , c’est à dire l’ensemble
des bijections de En vers lui-même. On rappelle que (Sn , ◦) est un groupe de cardinal n! (non abélien
dès que n > 3), ce groupe est appelé groupe symétrique de type n .
. THÉORÈME 23.2
. .
. Toute permutation est un produit de transpositions.
2) Signature
X Exemple(s): Signature d’une transposition, si σ = (a b) avec a < b ∈ En , alors Iσ = 2(b − a) − 1, donc ε(σ) = −1.
Application : calcul de la signature d’une permutation. Pour calculer la signature d’une permutation σ, il
suffit de connaître sa décomposition en produit de transpositions : σ = τ1 ◦ . . . ◦ τk , on a alors ε(σ) = ε(τ1 ) ×
. . . ε(τk ) = (−1)k .
An est parfois appelé groupe des permutations paires car c’est l’ensemble des permutations qui
s’écrivent comme produit d’un nombre pair de transpositions.
. THÉORÈME 23.5
. .
n!
Le groupe alterné An est de cardinal .
. 2
D ÉFINITION 23.6
.
Soient E et F deux K-espaces vectoriels et f : En → F une application. On dit que f est n -linéaire
. lorsque f est linéaire par rapport à chacune de . ses variables (les autres étant fixes), c’est à dire :
∀ x 1 , . . . , x n ∈ E, ∀ i ∈ [[1..n]] , l’application f i : E → F définie par :
D ÉFINITION 23.7
.
Soit f : En → F une application n -linéaire, on dit que f est :
– symétrique : lorsque ∀ σ ∈ Sn , ∀ x 1 , . . . , x n ∈ E : f (x σ(1) , . . . , x σ(n) ) = f (x 1 , . . . , x n ), autrement dit,
. changer l’ordre des vecteurs ne change pas le résultat. .
– antisymétrique : lorsque ∀ σ ∈ Sn , ∀ x 1 , . . . , x n ∈ E : f (x σ(1) , . . . , x σ(n) ) = ε(σ). f (x 1 , . . . , x n ), autrement
dit, échanger deux vecteurs change le signe du résultat.
– alternée : lorsque ∀ x 1 , . . . , x n ∈ E, s’il existe i , j ∈ [[1..n]] tels que i 6= j et x i = x j , alors f (x 1 , . . . , x n ) =
0, autrement dit, si deux des vecteurs sont égaux alors le résultat est nul.
. THÉORÈME 23.6
. .
. Il y a équivalence entre antisymétrique et alternée.
∑
f (x 1 , . . . , x n ) = a j 1 ,1 · · · a j n ,n f (e j 1 , . . . , e j n ).
16 j 1 ,..., j n 6p
Avec α = f (e 1 , . . . , e n ) (ce qui détermine entièrement f ), et les scalaires a i , j étant les coefficients de la matrice
du système (x 1 , . . . , x n ) dans la base B.
Si σ parcourt Sn , alors σ−1 aussi, on peut donc écrire :
∑
∀x 1 , . . . , x n ∈ E, f (x 1 , . . . , x n ) = α ε(σ)a 1,σ−1 (1) a 2,σ−1 (2) . . . a n,σ−1 (n)
σ−1 ∈Sn
∑
=α ε(σ)a 1,σ(1) . . . a n,σ(n) .
σ∈Sn
∑
Posons ∀x 1 , . . . , x n ∈ E, f 1 (x 1 , . . . , x n ) = ε(σ)a 1,σ(1) . . . a n,σ(n) , alors on vérifie que f 1 est une forme n-
σ∈Sn
linéaire alternée sur E et que f 1 (e 1 , . . . , e n ) = 1 (en particulier f 1 est non nulle). De plus, le raisonnement
précédent montre que toute forme n-linéaire alternée sur E est de la forme f = α f 1 avec α ∈ K, on peut
donc énoncer :
. THÉORÈME 23.7
. .
Si dim(E) = n , alors l’ensemble des formes n -linéaires alternées sur E est un K-espace vectoriel de
n
. dimension 1 (droite vectorielle), c’est en fait un s.e.v de l’ensemble des applications de E vers K.
D ÉFINITION 23.8
.
L’application f 1 définie ci-dessus est appelée déterminant dans la base B, elle est notée detB.
. .
C’est donc une forme n -linéaire alternée sur E, qui constitue une base de l’ensemble des formes n -
linéaires alternées sur E, plus précisément, c’est l’unique forme n -linéaire alternée sur E qui vérifie :
detB(e 1 , . . . , e n ) = 1.
3) Propriétés du déterminant
Soit E un K-espace vectoriel de dimension n et B = (e 1 ; . . . , e n ) une base de E.
– L’application detB est une forme n-linéaire alternée, donc :
– elle est linéaire par rapport à chaque variable, par exemple :
D ÉFINITION 23.9
.
. Soit E un K-espace vectoriel et soit B = (e 1 , . . . , e .n ) une base de E, soit u ∈ L (E), on appelle détermi-
nant de u le scalaire, noté det(u) et défini par : det(u) = detB(u(e 1 ), . . . , u(e n )). Ce scalaire est indépen-
dant de la base B choisie.
2) Propriétés du déterminant
– Soit u ∈ L (E), soit B une base de E, alors :
D ÉFINITION 23.10
.
. L’application det : GL(E) → K∗ est un morphisme . de groupes, son noyau est donc un sous-groupe
de GL(E), ce sous-groupe est appelé groupe spécial linéaire et noté SL(E). On a donc : SL(E) = {u ∈
GL(E) / det(u) = 1} = {u ∈ L (E) / det(u) = 1}.
D ÉFINITION 23.11
.
Soit A = (a i , j ) ∈ Mn (K), et soit u l’endomorphisme de Kn canoniquement associé à A, on appelle
déterminant de A le déterminant de u et on pose
. .
det(A) = det(u) = det(C1 (A), . . . , Cn (A)),
B
D ÉFINITION 23.12
.
. L’application : det : GLn (K) → Kn , est un morphisme
. de groupes, donc son noyau est un sous-groupe
de GLn (K), celui-ci est appelé groupe spécial linéaire de type n sur K, on le note SLn (K), on a donc :
SLn (K) = {A ∈ Mn (K) / det(A) = 1}.
∑
n
En posant γi , j (A) = detB(C1 , . . . , C j −1 , e i , C j +1 , . . . , Cn ), on a alors det(A) = a i , j γi , j (A), c’est le développe-
i =1
ment de det(A) suivant la colonne j .
D ÉFINITION 23.13
.. .
Le scalaire γi , j (A) est appelé cofacteur (i j ) de la matrice A, c’est le déterminant de la matrice A dans
laquelle la colonne j a été remplacée par le i -ième vecteur de la base canonique de Kn .
D ÉFINITION 23.14
.
. Soit A ∈ Mn (K), on appelle mineur (i j ) de la matrice
. A, le déterminant ∆i , j (A) de la matrice Ai , j
obtenue par suppression de ligne i et de la colonne j de A. Le lien entre cofacteur et mineur est :
γi , j (A) = (−1)i + j ∆i , j (A).
∑
n
det(A) = a i , j (−1)i + j ∆i , j (A).
i =1
Développement suivant la ligne j : comme une matrice A ∈ Mn (K) a le même déterminant que sa trans-
posée, développer det(A) suivant la ligne j revient à développer det(tA) suivant la colonne j , ce qui donne
∑
n
det(A) = (tA)i , j (−1)i + j ∆i , j (tA), mais ∆i , j (tA) = ∆ j ,i (A), ce qui donne finalement :
i =1
∑
n
det(A) = a j ,i (−1)i + j ∆ j ,i (A).
i =1
4) Comatrice
D ÉFINITION 23.15
.. .
Soit A ∈ Mn (K), on appelle comatrice de A la matrice de Mn (K) dont les coefficients sont les cofac-
teurs γi , j (A). Notation : Com(A) = (γi , j (A))16i , j 6n .
1 t
A−1 = Com(A).
det(A)
VI) Applications
1) Systèmes linéaires
a 11 x 1 + . . . + a 1p x p = b 1
..
C’est un système de la forme (S) : . , où les scalaires x 1 , . . . , x p sont les in-
a x +...+ a x
n1 1 np p = b n
connues.
Le système (S) peut s’interpréter de plusieurs façons :
x
1 b
1 a 11 · · · a 1n
. . . ..
.
– Sous forme matricielle : (S) ⇐⇒ AX = B où X = . , B = . , et A = . . . .
, A est la
xp bn a n1 · · · a np
matrice du système.
– Sous forme linéaire : soit u ∈ L (Kp , Kn ) l’application linéaire canoniquement associée à A, soit x ∈ Kp
le vecteur de coordonnées (x 1 , . . . , x p ) dans la base canonique, et soit b le vecteur de Kn de coordon-
nées (b 1 , . . . , b n ), on a alors (S) ⇐⇒ u(x) = b.
– Sous forme vectorielle : soient v 1 , . . . , v p les vecteurs colonnes de A, on a (S) ⇐⇒ x 1 v 1 +. . .+ x p v p = b,
c’est une équation vectorielle dans Kn .
∑
n
det(Di ) = x k det(C1 , . . . , Ci −1 , Ck , Ci +1 , . . . , Cn )
k=1
det(C1 , . . . , Ci −1 , B, Ci +1 , . . . , Cn )
∀ i ∈ [[1..n]], x i = .
det(A)
D ÉFINITION 23.17
.. .
On dit que la base B est en relation avec la base B0 lorsque la matrice de passage a un déterminant
strictement positif, on note alors BS B0 .
2 CRAMER Gabriel (1704 – 1752) : mathématicien français qui s’est intéressé aux systèmes linéaires et à la théorie des détermi-
nants.
. THÉORÈME 23.9
. .
. La relation S est une relation d’équivalence, et il n’y a que deux classes d’équivalence.
D ÉFINITION 23.18
.
. Orienter l’espace vectoriel E c’est choisir une des. deux classes d’équivalence, que l’on appelle classe
des bases directes, l’autre étant alors appelée classe des bases indirectes. Il n’y a donc que deux orien-
tations possibles.
. À retenir : le déterminant de la matrice de passage entre deux bases directes (ou deux bases indirectes) est
strictement positif. Le déterminant de la matrice de passage entre une base directe et une base indirecte est
strictement négatif.
VII) Exercices
F Exercice 23.1
Calculer les déterminants suivants :
¯ ¯
¯ ¯
¯ ¯ ¯ ¯ ¯1 1 1 1 1¯¯
¯ ¯ ¯ ¯ ¯
¯x 1 2 3¯ ¯x y z t¯ ¯ ¯
¯ ¯ ¯ ¯ ¯1 1¯¯
¯ ¯ ¯ ¯ ¯ 2 1 0
¯y 0 1 2¯¯ ¯1 2 1 0¯¯ ¯ ¯
¯ ¯ ¯ ¯
a) ¯ ¯ b) ¯ ¯ c) ¯0 1 1 0 1¯¯ .
¯ ¯ ¯ ¯ ¯
¯z 1 −1 1¯ ¯1 1 m 0¯ ¯ ¯
¯ ¯ ¯ ¯ ¯1 0 1 0 2¯¯
¯ ¯ ¯ ¯ ¯
¯t 2 1 3¯ ¯0 1 2 1¯ ¯ ¯
¯ ¯
¯3 1 1 0 3¯
F Exercice 23.2
Calculer le déterminant de la matrice A ∈ Mn (K) dans les cas suivants :
a) a i j = 1 − δi j . b) a i j = b − aδi j c) a i j = |i − j |.
a +b si i = j
ab si j = i + 1 j −1
d) a i j = e) a i j = Cp−i +1 , où p > n. f) a i j = sin(i + j ).
1 si i = j + 1
0 sinon
F Exercice 23.3
a) Soit B une base d’un K-espace E de dimension n, soit λ ∈ K, soit p 6 n, soit x 1 , . . . , x n , e ∈ E,
montrer que detB(x 1 + λe, x 2 + λe, . . . , x p + λe, x p+1 , . . . , x n ) est un polynôme en λ de degré au
plus 1.
λ1 a · · · a
..
.. ..
b . . .
Soient a, b ∈ C distincts, pour λ1 , . . . , λn ∈ C, on pose : A = . .
.. .. ... a
b · · · b λn
b) Pour x ∈ C, on pose P(x) = det(B) où B = (a i j + x). Montrer que P(x) est un polynôme de degré
1 au plus 1. Calculer P(−a) et P(−b).
c) En déduire det(A).
F Exercice 23.4
B C
a) Soit A = ∈ Mn (K) avec B ∈ Mp (K), D ∈ Mn−p (K) et C ∈ Mp,n−p (K).
On−p,p D
Ip C B Op,n−p
i) Montrer que A = A0 × A00 avec A0 = et A00 = .
On−p,p D On−p,p In−p
0 00
ii) Calculer det(A ) et det(A ), en déduire que det(A) = det(B) × det(D).
A1 ∗ ··· ∗
.. .. ..
0 . . .
b) Soit A une matrice triangulaire par blocs, c’est à dire A = , où les ma-
. .. ..
.. . . ∗
0 ··· 0 An
∏
n
trices Ai sont carrées, montrer que det(A) = det(Ai ).
i =1
F Exercice 23.5
Soit E un espace de dimension n, B une base de E et u ∈ L (E), pour (x 1 , . . . , x n ) ∈ En , on pose
f (x 1 , . . . , x n ) = detB(u(x 1 ), x 2 , . . . , x n ) + . . . + detB(x 1 , . . . , x n−1 , u(x n )). Montrer que f = tr(u). detB.
F Exercice 23.6
Soit A ∈ Mn (K), soit B = (e 1 , . . . , e n ) la base canonique de Kn , on note c 1 , . . . , c n les vecteurs colonnes
de A.
∑
a) Montrer que det(A) = a i 1 a j 2 detB(e i , e j , c 2 , . . . , c n ).
16i , j 6n
¯ ¯
¯ ¯
∑ ¯ a
i 1 +i 2 ¯ i 1 1
a i12¯
b) En déduire que det(A) = − (−1) ¯ × ∆(i ,i ),(1,2) (A) où ∆(i ,i ),(1,2) (A) dé-
¯ ¯ 1 2 1 2
16i 1 <i 2 6n ¯a i 1 a i 2 ¯
2 2