Comment Ecrire Une Histoire
Comment Ecrire Une Histoire
Leçon 2:
Tu te demandes souvent par quoi commencer l'écriture de ton roman ? La réponse
est dans ce cours.
Tu penses peut-être que l'inspiration suffit, et qu'il faut s'asseoir devant ta feuille, at-
tendant que la muse de l'écriture veuille bien faire un tour par chez toi ?
Malheureusement, celle-ci, à l'instar du père-noël, oublie souvent tes petits souliers
?
Je vais te redonner espoir : non, l'inspiration ne suffit pas. Les bonnes idées non
plus. Elles ne sont que de petits coups de pouce au démarrage, pas une réelle mé-
thode.
Je vais t'expliquer par quoi commencer, mais avant toute chose, j'aimerais que tu
comprennes ceci : considère un roman comme une entreprise : son écriture à pro-
prement parler (la rédaction des phrases qui vont le composer), n'est en réalité
qu'une partie de ce projet.
Imagine que tu souhaites lancer une boulangerie, l'idée ne te viendrait pas de com-
mencer par vendre du pain. Il te faudra d'abord préparer des tas de choses avant
même d'ouvrir ta boutique.
Pour un roman, c'est pareil : on commence d'abord par élaborer sa structure, et
celle-ci, au contraire de ce que tu pourrais peut-être penser, ne commence pas par
la création de toute ton histoire.
Peut-être as-tu déjà les grandes lignes de l'histoire, mais la structure, c'est-à-dire le
déroulement, l'architecture, la disposition des chapitres, tout ça vient bien après
ceci :
La création détaillée et complète de ton personnage principal.
Lorsque tu lis des romans, tu penses avoir adoré l'histoire, alors qu'en réalité, tu as
adoré tout ce qui est arrivé à ce personnage.
Donc, en tant que débutant en écriture littéraire, il est tout à fait normal que tu aies
imaginé qu'il fallait commencer par "tout ce qui est arrivé", plutôt qu'à "ce person-
nage".
Or, réfléchis bien, si JK Rowling écrivait la suite d'Harry Potter, il est maintenant
père, et il lui arrive à nouveau un tas de choses avec Ron et Hermione, ne penses-
tu pas que les gens se jetteraient dessus comme sur des morceaux de pain en pé-
riode de famine ?
C'est que les gens se sont attachés à des personnages. Peu importe les nouvelles
choses qui vont leur arriver !
Tu te dis peut-être, oui mais c'est un univers de sorciers, tout le monde a envie d'al-
ler à l'école des sorciers, c'est pour ça ! Tu aurais raison, il y a de ça, mais dans ce
cas, explique-moi le succès de la trilogie Millenium, dans laquelle rien de magique
n'arrive ?
C'est grâce à ses personnages forts : une hackeuse surdouée autiste se bat contre
des psys pervers, des néo-nazis, et son propre père mafieux.
Harry Potter est un orphelin maltraité par sa famille d'adoption, seul survivant au
monde d'un sortilège de mort, Hermione, une surdouée qui semble avoir lu tous les
livres à l'âge de 11 ans, et Ron est le mal-aimé d'une famille immense composée
uniquement de gens roux.
Toi aussi, il te faut un personnage fort, avec des caractéristiques intéressantes.
C'est par ça que tu dois commencer.
Si tu réfléchis d'abord à l'histoire, celle-ci sera fade, car comment imaginer une si-
tuation originale, sans savoir qui et pourquoi elles ont été provoquées ?
Regarde comment l'histoire de Pinocchio a pu être créée :
L'écrivain ne s'est pas dit : tiens, je vais transformer un enfant en âne et le faire
manger par une baleine. Il s'est dit : et si je créais un personnage qui est une ma-
rionnette de bois, qu'est-ce qui pourrait lui arriver ? Rien du tout s'il reste une ma-
rionnette, n'est-ce pas ? Alors faisons-le se transformer un vrai petit garçon. Et
comment cela serait-il possible, et pour quelle raison cela arriverait-il ? Disons qu'il
a été créé par un homme qui n'a pas d'enfants, mais désirerait plus que tout en
avoir un. Tous les jours, il prie pour avoir un enfant. Une fée a entendu sa prière et
transforme sa marionnette en garçon. Et après ? Et bien, comme ce n'est pas un
enfant bien élevé (il n'a pas été élevé du tout puisqu'il est né à l'âge de 6 ans ou
environ), il ne connaît rien de la vie, de ses dangers et fait un tas de bêtises n'est-
ce pas ? Quelle bêtise pourraient déboucher sur de véritables catastrophes ?
Tu vois comme une caractéristique de personnage va avoir pour conséquences un
tas d'événements ?
Néanmoins, pour que des choses puissent arriver à ton personnage, il faut qu'il
possède des caractéristiques fortes.
Ton personnage, pour être intéressant, doit avoir :
Et c'est à partir de lui que l'on va dérouler tout ce que je vais t'enseigner ensuite.
Donc, tu as un personnage fort, avec une compétence hors-norme, un vilain dé-
faut et un passé sombre ?
Parfait !
À présent, il va falloir lui donner un arc de transformation.
Un arc de transformation, c'est le chemin parcouru par ton personnage entre le
début du roman et la fin.
Bien que cela soit souvent le cas (thrillers, romances, etc), l'arc n'a pas à être
positif.
Ton personnage commence avec un conflit interne, directement lié à :
1.son désir
2.sa compétence
3.sa faille
Pour reprendre l'exemple de Pinocchio, le conflit interne est révélé par la voix de
Jimmy Cricket. Pinocchio aurait bien envie de désobéir, et se bat contre la voix
de sa conscience. Résultat, lorsqu'il ment, son nez s'allonge. Cela ne pourrait
pas être possible si c'était un véritable petit garçon ! Il est encore une marion-
nette, et s'il ment, fait des bêtises, il redeviendra une marionnette inerte au lieu
d'être un véritable humain, son désir.
Imaginons que ton personnage soit le chirurgien le plus réputé de la ville (sa
compétence). Malheureusement, il est alcoolique (sa faille).
Quels sont les problèmes causés par sa faille ? Il peut avoir été radié, suite à
une erreur qui a tué un patient lors d'une opération. Conséquences : il a perdu
son emploi, sa femme l'a quitté et il ne voit plus ses enfants. Un désir assez lo-
gique serait de tout récupérer n'est-ce pas ?
L'arc narratif sera l'évolution de ce chirurgien depuis l'opération ratée jusqu'à la
fin de l'histoire, qui se déroulera selon des péripéties, qui surviendront grâce à
ce que je vais t'apprendre demain !
Leçon 4
Tu te dis peut-être que ton personnage principal commence à se sentir seul.
C'est tout à fait vrai, seul, il ne risque pas de lui arriver grand chose !
Il lui faut donc d'autres personnages pour interagir avec lui.
Ce sont ces personnages qui vont faire en sorte que l'aventure puisse avoir lieu.
On les appelle des archétypes, car on les retrouve dans toutes les épopées de-
puis l'antiquité.
Tous ces personnages doivent avoir leur propre arc narratif, c'est-à-dire un
conflit intérieur, un désir, et une évolution positive ou négative.
Voici donc les différents archétypes de personnages qui vont donner à ton lec-
teur le sentiment de réellement participer à une aventure avec ton héros :
L'antagoniste
Un mot un peu compliqué, mais qui va prendre tout son sens dans quelques ins-
tants.
L'antagoniste, c'est l'autre de ton roman. C'est-à-dire dans un roman
d'amour, l'être aimé, dans un polar, c'est le tueur, dans un roman de fantasy,
c'est le grand mage noir, etc.
L'antagoniste peut signifier ennemi ou non ! L'important est qu'il soit le person-
nage représentant le négatif de ton héros. Quand je dis négatif, ce n'est pas le
contraire de positif, mais dans le sens d'une photographie en négatif. Ses
ombres sont la lumière de l'autre.
Reprenons l'exemple du chirurgien. Quel AUTRE serait intéressant à créer, pour
qu'il arrive des choses incroyables à ton personnage principal ? Ici, comme il
s'agit plutôt d'un polar ou d'un drame, on va plutôt lui donner un ennemi qu'une
amoureuse (ou un amoureux).
Un ennemi, dans une histoire, est celui que l'on doit combattre pour parvenir à
aboutir sa quête. Donc, par extension, cet ennemi a comme désir de mettre des
bâtons dans les roues au héros.
Il est le revers complet du héros, donc : disons qu'il est un homme qui a raté ses
études de médecine (j'aurais pu aussi choisir un autre chirurgien nul, mais je
préfère aller vraiment à l'opposé) et il ne boit jamais.
Quel est le profil d'une personne qui a raté ses études de médecine et ne boit
jamais ?
J'imagine un homme frustré, et qui aime tout contrôler. (Il ne boit même pas un
verre de vin, cela lui fera perdre le contrôle).
Comment cet homme pourrait être dans la vie du chirurgien. Voyons, il a raté
ses études et aime prendre le contrôle...Son père ?
Nous voilà avec un antagoniste !
Alors, là il devient plutôt facile d'imaginer pourquoi :
1.Le fils boit = Parce qu'il a été élevé par un homme extrêmement rigide et
contrôlant.
2.Il est devenu chirurgien : Parce que son père a transféré sur lui ses
propres désirs de réussite (la médecine)
Et quel est le drame ici ? Et le désir du personnage ? Quelle évolution pourrait
suivre le personnage ?
1.Il n'a pas suivi sa propre voie, résultat, il boit, résultat il se fait radier !
2.Il souhaite récupérer toute sa vie (mais comment, puisqu'il a été radié ?)
3.Il réalisera qu'il n'est pas fait pour être chirurgien mais (autre chose),
rencontrera une personne qui l'aime pour qui il est (son ancienne femme
l'a épousé pour sa situation et l'a lâché dès qu'il perd son emploi...)
Vous comprenez maintenant qu'à partir de seulement 2 personnages, nous
avons une trame qui commence à se dessiner ?
Vous avez vu apparaître ci-dessus un potentiel personnage et c'est bien celui-ci
que nous allons voir maintenant :
L'adjuvant
L'adjuvant est le personnage qui soutient le héros et l'aide dans sa quête. Il peut
aussi s'agir d'un groupe, perçu comme une entité unique (Ron et Hermione par
exemple).
Ici, je choisis comme adjuvant la femme qu'il va épouser à la fin.
Donc, puisqu'elle l'aide dans sa quête, qui est, je le rappelle : retrouver sa vie
d'avant, sa femme, ses enfants, comment pourrait-elle survenir dans sa vie et
l'aider à tout cela ?
J'imagine que c'est la responsable du groupe des alcooliques anonymes où il
s'est inscrit.
Il faudra aussi développer les caractéristiques de ce personnage, qui ne sont
pas le négatif du héros, mais son complément.
Ici, il est un chirurgien réputé, et elle est psychothérapeute réputée. Il boit, et elle
est une ancienne alcoolique, qui a réussi non seulement à se débarrasser tota-
lement de la boisson, mais en plus à soutenir les autres dans cette démarche.
Récapitulons :
Un chirurgien qui boit, à cause de son enfance passée auprès d'un homme ty-
rannique et frustré. Il se rend ivre à une opération, et tue un patient. Il est radié
et perd sa femme et ses enfants. Il se rend aux AA, et rencontre une femme qui
va l'aider et le soutenir.
Que manque-t'il ? Une aventure pardi ! :) Pour cela, faisons intervenir...
Le destinateur/émetteur
Le destinateur ou émetteur a pour but de donner une mission à un personnage.
Personnage qui semble être dans l'histoire, le seul à pouvoir accomplir cette
mission. Cette mission débouchera sur une aventure, qui lui permettra d'évoluer.
Dans Le seigneur des anneaux, il s'agit de Gandalf qui demande à Frodon de
partir détruire l'anneau.
Comme l'aventure, la mission qui se déroule doit directement être liée à la com-
pétence exceptionnelle (et à la faille) du personnage, et aller dans le sens de
son évolution.
Qui viendrait trouver notre homme, et lui demanderait d'opérer alors même qu'il
a été radié ? Car oui, on ne va pas venir le solliciter pour aller chercher le trésor
du temple perdu, il est chirurgien.
Je pense que dans un pays en guerre par exemple, où les conditions sanitaires
sont graves, et le manque de médecin est un vrai problème, il pourrait être ame-
né à devoir opérer quelqu'un, étant le seul sur place à pouvoir le faire.
Pourquoi se retrouve-t-il dans un pays en guerre ? Réfléchissons, j'ai dit qu'il al-
lait aux réunions des alcooliques anonymes, mais cela pourrait être en réalité,
une cure de désintoxication new-age dans un pays réputé pour ses plages, mais
où pourrait potentiellement se déclencher une révolution ? En Birmanie, en Co-
lombie, à voir !
Donc notre émetteur survient, et lui demande d'opérer en pleine jungle.
Comment se retrouve-t-il en pleine jungle ? Qui est exactement l'émetteur ?
Comment la femme responsable de la cure en vient-elle à le suivre dans ses
aventures ? Comment son père va-t-il l'empêcher d'aboutir à cette quête ?
lecon 5
Aujourd'hui, je vais te montrer comment structurer ton roman, afin que tu
puisses décider de ce qui arrive à tes personnages.
Voici le schéma narratif classique (et qui marche vraiment à tous les coups) :
Situation initiale : On présente le quotidien du personnage, le contexte qui a per-
mis ce quotidien.
Élément perturbateur : Ce qui survient et fait s'enchaîner les conséquences pour
le personnage.
Péripéties : Les tentatives du personnage pour aboutir à sa quête/mission, et les
obstacles qu'il rencontre. Elles vont crescendo...
Climax : ...jusqu'au point où l'on se dit que là, vraiment, tout est fichu, mais le
héros se relève et triomphe (Harry Potter, Le Seigneur des anneaux)! Ou dans
le cas d'un arc narratif négatif, jusqu'au moment où on comprend que le person-
nage principal va non seulement mal finir, mais qui plus est, ne pourra plus ja-
mais revenir en arrière. (Rosemary's baby, Lolita).
Dénouement : Ce qui arrive après la victoire ou la défaite. Tous les conflits sont
résolus, tous les arcs narratifs sont aboutis.
À partir de ce schéma, voyons ce qui pourrait se passer pour notre ami chirur-
gien :
Situation initiale : Il est chirurgien, a une femme qui ne l'aime pas vraiment, deux
enfants, et il boit. Il a grandi auprès d'un père tyrannique et frustré.
Élément perturbateur : Il opère une personne et la tue. Il est radié, et sa femme
le quitte.
Péripéties :
Ici se situe la plus grande partie du roman. Donc, sachant que notre héros a un
désir (retrouver sa vie), une mission à accomplir : opérer un petit garçon qui a
été blessé par une balle, et un homme qui lui met des bâtons dans les roues :
son père, il faut réfléchir à comment articuler tout ceci pour que ce soit possible.
Ce travail est une forme d'association libre (si je te dis oiseau et paradis, tu
penses à ? Perroquet, ange, colibri, etc).
Ici c'est pareil, si je te dis : un père qui l'empêche d'opérer un petit garçon d'une
balle ? Comment s'y prend-il ?
Il y a plein de pistes de réflexion ici :
Est-ce que son père serait dans le pays ? (Dans ce cas il aurait choisi ce
pays pour se soigner, pour être plus proche de son père qui a pris sa re-
traite en Thaïlande, aux Philippines...etc ?)
Est-ce qu'il doit appeler son père régulièrement, qui le descend, le mé-
prise, etc. au point que ça lui donne envie de boire à la fin de chaque ap-
pel ?
Est-ce que son père a un rôle dans la guerre sur place ? Des intérêts fi-
nanciers, il vend des armes, de la drogue ?
Il lui fait croire qu'il est sur son lit de mort (alors qu'il a juste eu une at-
taque) et le force à revenir auprès de lui ?
Tu comprends qu'ici, je ne peux pas prendre de décision définitive en cinq mi-
nutes ? Parce que ce travail va être ton plus gros travail : décider des péripé-
ties, et comment elles surviennent. Cela peut te prendre plusieurs semaines de
réflexion !
Mais te rends-tu compte à quel point cela peut aller vite de développer un
pitch de livre, lorsqu'on est parti de personnages ? Après, rien ne t'empêche de
changer d'avis sur tes personnages, de te rendre compte que finalement, tu vas
choisir comme antagoniste quelqu'un d'autre, ou un autre adjuvant, ou choisir un
autre pays...
L'important est que tu essayes de suivre les principes fondamentaux de la
construction du roman, tu seras beaucoup moins perdu ! S'il FAUT que ton anta-
goniste soit le côté face de ton héros (qui représente le côté pile), alors tu vas
commencer à réfléchir de manière constructive, au lieu de partir dans tous les
sens.
N'oublie pas que tes péripéties doivent aller crescendo, c'est-à-dire que les bâ-
tons dans les roues qui se présentent à ton personnage, doivent être de plus en
plus gros.
Passe du temps à remplir ce "formulaire" de schéma narratif, écrire et réécrire le
résumé de ton roman, en respectant cette structure, au lieu de rédiger des
tonnes d'extraits de chapitres qui ne seront jamais terminés !
Voici d'autres archétypes de personnages, pour t'aider à faire avancer ton his-
toire :
Le métamorphe : on ne sait pas s'il est bon ou mauvais, il change. Il peut
trahir ou devenir une bonne personne (Rogue dans HP, Cypher dans Ma-
trix)
Le trickster : Il est là pour alléger la profondeur du héros. Il est en général
comique, maladroit, etc. (Ron ou Luna Lovegood dans HP, le fou dans la
Nuit des rois de Shakespeare, Perceval dans Kaamelott)
Le gardien du seuil : Il est un méchant (en général associé à l'ennemi), ou
une personne qui représente un obstacle à franchir dans les péripéties.
(Quirell dans HP, La femme au chapeau qui coupe la parole, dans Les
prénoms Épicènes de Nothomb)
Le bouc émissaire : Il est là pour prendre la charge à la place du héros,
utile en cas de blocage (Tous les films et livres où un des personnages
meurt pour laisser le héros survivre et aboutir sa quête)
Ces archétypes peuvent être mélangés ! Votre héros peut tout à fait être un
trickster (M. Cousin dans Gros-Câlin de Romain Gary, Hercule Poirot dans les
romans d'Agatha Christie).
Leçon 6
Aujourd'hui, je vais t'expliquer comment créer l'architecture de ton roman, c'est-
à-dire dans quel ordre tu dois placer tes chapitres afin de créer du rythme et du
suspense.
Créer l'architecture d'un roman n'est pas facile, car il faut pouvoir avoir une vi-
sion d'ensemble, mais c'est encore plus difficile si l'on ne possède pas l'outil
adéquat pour le faire.
Tu peux très bien te fabriquer un grand panneau que tu accroches au mur, et
coller et décoller des post-its, relier des images et des textes avec des fils
rouges, mais tout le monde n'est pas forcément à l'aise avec cette manière de
faire (sans compter le fait que pour ton voisin d'en face, tu as l'air d'un psycho-
pathe), et il n'est pas forcément plus économique.
C'est pourquoi je voudrais te présenter l'outil idéal et que j'utilise depuis des an-
nées pour rédiger mes livres : Scrivener.
Scrivener est un logiciel d'écriture, un outil vraiment pratique pour pouvoir écrire,
classer ses chapitres, avoir une vision d'ensemble de ses résumés de chapitres,
bref, selon moi, c'est un outil indispensable pour tout écrivain du XXIème
siècle. Tu verras que tu seras ébloui par les capacités de ce logiciel !
Passons aux explications concernant l'architecture.
Si le schéma narratif correspond à la chronologie réelle de l'histoire, l'architec-
ture de ton roman, elle, te permet de raconter cette histoire à ton lecteur dans
l'ordre qui te convient.
Imagine que tu rencontres une nouvelle personne : vos conversations, au fur et
à mesure, dévoilent la personne que tu es, ton histoire, tes rêves, etc.
Il serait très étrange que tu racontes ta vie sous forme de CV non ? Bonjour, je
me présente, je suis Samuel Leboucher, je suis né à Melun le 17 août 1987, de
mes zéro à un an, j'étais un bébé très calme...Tu aurais l'air d'un super psycho-
pathe.
Et bien imagine que ton roman soit ta vie, et ton lecteur, une personne que tu
rencontres : raconte-lui de telle manière à lui donner envie d'en savoir plus sur
toi, au fur et à mesure de vos rencontres.
Tu as bien compris : raconte ton roman de telle manière à donner envie à
tes lecteurs de continuer à le lire.
Quelle architecture donner à ton roman ?
Il n'y a aucune limite à l'imagination, tu peux le raconter vraiment dans l'ordre
que tu veux ! Tu peux raconter la fin au début, et revenir en arrière par la suite,
tu peux raconter le début de chaque personnage dans son coin, et rassembler
tout le monde à la fin, tu peux raconter le milieu, puis le début, puis la fin, c'est
vraiment LIBRE.
Tu es bien-entendu libre de tout raconter dans l'ordre chronologique, mais sois
certain de bien faire des ellipses : c'est-à-dire de sauter les périodes qui ne
servent pas à faire avancer l'intrigue. Par exemple, si ton personnage doit cher-
cher un trésor, et que pendant 1 an, il erre dans la steppe sans rien trouver, tu
pourras raconter une année en une phrase: Il erra encore une année dans la
steppe sans rien trouver.
Et ne raconte pas du tout ce qui n'a rien à voir. Exemple : si ton héros cherche
un trésor, inutile de raconter ses repas, le coup de téléphone qu'il passe à sa
soeur pour son anniversaire, ce qu'il met dans sa valise, etc.
Voici ce que je te conseille de faire avec Scrivener (mais si tu veux utiliser du
papier, fais la même chose avec du papier) pour avoir une vision d'ensemble
claire sur l'architecture idéale de ton roman :
Une fois le résumé créé en suivant le schéma narratif (situation initiale, élément
perturbateur, etc.), divise tout en chapitres très courts (on ne rédige toujours
pas, juste le résumé des événements).
Les chapitres courts se lisent vite, et donnent ainsi envie à ton lecteur d'en lire
"encore un". Comment savoir où commencer et finir un chapitre ? C'est très
simple : chaque chapitre représente une mini-histoire, qui a une situation initiale,
un élément déclencheur, une ou plusieurs péripéties et un dénouement.
Exemple :
Situation initiale : L'inspecteur F sort du commissariat pour aller chez le juge.
Élément déclencheur : Il voit le criminel de l'autre côté de la rue, et se met à lui
courir après.
Péripéties : Il entre dans un immeuble, F le suit, il monte les escaliers, F monte
les escaliers, il sort sur le toit, F sort sur le toit, il saute d'un toit à l'autre, F sort
son arme, vise, tire et le rate, etc.
Dénouement : Le criminel a échappé à F.
Crée une page dans ton dossier de recherches par exemple, que tu
appelles : Liste des chapitres, et mets- les sous forme de liste à puces par
exemple, les uns sous les autres, dans l'ordre, sans les numéroter (changer les
numéros constamment au fur et à mesure de tes changements d'avis serait une
plaie !).
Cette liste, tu n'y toucheras que si tu souhaites changer des choses plus tard,
mais pas pour le moment.
Ensuite, crée une page pour chacun de tes chapitres, auxquels tu donnes un
titre temporaire qui te fera comprendre de quoi il s'agit en un coup d’œil (tous les
titres se voient dans la bibliothèque sur la gauche du logiciel) : Arrivée de Méla-
nie, Découverte cadavre, Farid court après le criminel, etc.
Puis, dans la barre à droite, tu as une section "synopsis", où tu peux écrire le ré-
sumé du chapitre. Sans surprise, écris le résumé du chapitre (en 2 lignes max,
exemple : F court après le criminel sur les toits. Le criminel s'échappe.)
Une fois tous les synopsis et titres remplis (ne t'inquiète pas, tu pourras toujours
faire des modifications par la suite, c'est pour t'organiser), mets-toi en mode "vi-
sion d'ensemble" et regarde toutes les petites fiches contenant le titre et son ré-
sumé au-dessous, apparaître devant toi.
Tu peux ainsi faire glisser-déposer tes chapitres, pour créer en directe, et obser-
ver à quoi ressemble ton architecture.
Ne te soucie pas de l'écriture pour le moment, il existe plein de manières de dire
à ton lecteur "et maintenant nous sommes revenus à ce moment de l'histoire".
Ne regarde que l'effet donné. Tu peux réfléchir à cet ordre librement : Ah oui, ça
serait bien que le lecteur découvre cette chose d'abord, et ne comprenne pas de
quoi il s'agit, je pourrai le révéler plus tard comme ça, et ça créera du suspens !
Cette partie peut prendre aussi beaucoup de temps, ne te précipites pas. Si tu te
perds, que tu te dis que tu n'y arrives pas, sache que c'est le cas de tous les
écrivains, ils galèrent avec leur plan, et tous n'ont pas l'esprit de synthèse ! C'est
un travail difficile, qui demande d'y mettre de l'énergie et du temps, et parfois,
certaines décisions se prennent hyper rapidement, on a le sentiment que tout se
débloque ! Pense à ton architecture comme à un puzzle avec beaucoup de
pièces. Ne balance pas toutes les pièces de la table parce que tu es persuadé
qu'il "manque le coin supérieur droit" (alors qu'il est sous la table).
Lecon 7
Ouf ! Tu es arrivé à l'étape de la rédaction de ton roman.
Comprends-tu maintenant pourquoi c'est si difficile pour beaucoup d'écrivains
débutants ?
Eh oui, ils commencent par cette étape ! Et ce n'est pas la seule erreur qu'ils
font, comme tu vas le comprendre dans ce cours.
Cette étape, bien qu'elle soit la plus longue (il faut écrire ton livre tout de même),
sera la plus agréable et la plus facile de toutes.
Pourquoi ?
Parce que tu vas l'écrire sans te soucier du style. Tu vas juste écrire ton his-
toire, racontant les faits, comme tu le peux.
Lecon 8
Tu as écrit ton livre ! Il n'est pas publiable en l'état, mais tu es fier d'avoir rédigé
tout ça, et tu as bien raison : beaucoup d'écrivain n'arrivent jamais à cette étape,
faute d'avoir une méthode.
Désormais commence un travail difficile, mais ce n'est plus le même difficile
qu'avant.
Avant, tu te disais que c'était difficile d'écrire un roman, mais ce que tu ressen-
tais vraiment c'était :
Lecon 9
Aujourd'hui, je vais t'apprendre ce que tout bon écrivain doit connaître : l'art de
la stylistique.
Maîtriser le style est avant tout une affaire de connaissance de certaines règles.
Plus tard, lorsque tu connaîtras ces règles, tu développeras progressivement ton
propre style, c'est-à-dire ta propre langue et ta poésie.
Mais ne fais surtout pas les choses dans l'autre sens, sinon tu resteras l'un de
ces fanfarons, qui passent leur vie sur les groupes d'écriture sur les forums et
sur Facebook, à juger tout le monde et à essayer de refourguer leur livre imbu-
vable, persuadés d'être un potentiel Goncourt incompris ("Je n'ai pas besoin de
règles car je suis un artiste moâââ").
Apprends à écrire, comme le pianiste fait ses gammes, sois patient, cela de-
mande de la rigueur, de la passion, et du temps. Mais si tu aimes écrire, tu ver-
ras, tu y prendras beaucoup de plaisir !
Pour commencer, je vais t'apprendre à faire de bonnes descriptions.
L'enseignement ne sera pas long, c'est de l'appliquer qui va te demander du
temps. Mais cela fera toute la différence entre "Je ne comprends rien" et "Je
comprends mais je dois m'y coller".
Une bonne description s'insère dans le récit : décrire les campagnes et les
villes, comme on le faisait à l'époque de Balzac, ne marche plus. De plus, tu
dois comprendre une chose : à l'époque des auteurs que l'on appelle aujourd'hui
les grands classiques, il n'y avait pas la télé, ni internet. Les gens avaient besoin
des descriptions pour pouvoir s'imaginer la scène (et comme ils n'étaient pas sa-
turés d'images constamment, ils aimaient ça). D'autre part, les écrivains étaient
payés au mot. À ce tarif, Balzac prenait un paragraphe par pot de fleur, et Proust
aimait nous expliquer sur 5 pages comment se retourner dans son lit.
L'art de la description tel que je vais vous l'apprendre n'a rien de nouveau, et ce
n'est certainement pas moi qui l'ai inventé : cela remonte à Homère, le plus
grand auteur de l'antiquité.
Pour écrire une bonne description, il faut tout simplement l'insérer dans une ac-
tion. Fais bouger la chose, et tu la décriras.
Par exemple, tu veux dire que Marie, ton personnage, a de longs cheveux et
qu'elle est en train de manger des céréales :
Marie prit une cuillère de céréales dans son bol et la porta à sa bouche. Elle re-
cracha sa bouchée en toussant. Elle avait ingurgité sans faire exprès une
grande mèche de cheveux.
Pour écrire de bons dialogues, c'est pareil : Insère-les dans tes actions.