Descottes Bernard - Miel Et Cicatrisation
Descottes Bernard - Miel Et Cicatrisation
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Par le Pr Descottes .................................................. ........................................................................................... ............. UNAF
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Miel et
cicatrisation
'EsT A L'INITIATIVE du professeur Descottes que
nous avons commencé cette étude en 1984
dans le service de chirurgie digestive, à la
suite d'un article relatif à l'utilisation du miel et du
sucre dans le processus de cicatrisation.
A la fin de l'année 1984, nous avons utilisé,
d'une façon empirique, le miel chez une patiente
d'une vingtaine d'années qui était atteinte d'une
Intervention de l'équipe d'infirmières du grosse pathologie viscérale et qui présentait une
professeur Descottes au colloque de Lyon : perte de substance très importante avec un abcès
de paroi . Grâce à l'utilisation du [Link] nous avons
Martine Mazeau, Nathalie Alifat, pu résorber sa plaie en 8 jours. C'était une utili-
Cl. Durand, sous la direction de sation tout à fait empirique, sans étude .
Gyslaine Pautard (service de chirurgie A la suite de cette première utilisation et grâce
viscérale et transplantation, à la qualité des résultats obtenus, nous nous
CHU Dupuytren de Limoges). sommes mis à utiliser le miel pour faire nos pan-
sements et ensuite nous avons commencé une
étude.
Cette étude repose sur 500 cas de patients qui
étaient porteurs de plaies diverses en chirurgie di-
gestive . Nous avions comme plaies des kystes sa-
crocoxygiens, des emplacements de colostomie,
des plaies accidentelles, parfois des ulcères vari-
queux ou des escarres.
Les résultats, dans leur grande majorité, étaient
satisfaisants et mettaient en évidence le grand
pouvoir cicatrisant du miel. En effet, dans 90 %
des cas, la fermeture des plaies se faisait de façon
spectaculaire en quelques jours . Les patients chez
qui l'on observait pas ou peu d'évolution vers une
cicatrisation rapide étaient souvent des patients
dénutris.
Nous avons travaillé dans un service de soins
intensifs, donc nous avions des patients dénutris
voire cachectiques, le plus souvent alités sous ali-
mentation parentérale, c'est-à-dire par perfusion,
sans aucune alimentation à côté .
Nous avons pris des photos régulièrement, lors
de la réfection de ces pansements et cela nous a
permis de conforter cette affirmation .
Je vais vous faire un bref récapitulatif de l'his- crétions provenant
toire du miel pour vous montrer que nous n'avons de parties vivantes
pas la primeur dans l'utilisation du miel, cela s'est de plantes qui se
fait depuis bien longtemps et c'est en parallèle trouvent sur elles.
avec ce que vous a raconté tout à l'heure M . Elles le butinent, le
Astruc. transforment, le
A travers l'histoire, les abeilles et les hommes combinent avec
ont fait route ensemble depuis très longtemps, de des matières spé-
nombreux millénaires. Des traces de cueillette de cifiques propres,
miel ont été répertoriées sur des peintures ru- l'emmagasinent et
pestres, notamment en Espagne. le laissent mûrir
dans les rayons de
la ruche.
L'histoire du miel suit
L'appauvrisse-
l'histoire de l'homme
ment de ce nectar
Parmi les produits de la ruche, c'est le miel qui en eau et sa Gyslaine Pautard, infirmière
le premier a fait la conquête de l'homme, bien sûr concentration en responsable de l'équipe.
on pouvait s'en servir de nourriture essentielle- sucre qui va de
ment. pair, reposent sur les principes de la trophallaxie,
Les Egyptiens connaissaient parfaitement le qui caractérise tous les insectes sociaux, les
miel. Ils s'en servaient mélangé à de la propolis abeilles comme les fourmis.
pour embaumer les morts pour son effet anti-pu-
tréfiant. Ils l'utilisaient également pour les panse- Qu'est-ce que la trophallaxie ?
ments des blessures, le soin des yeux ou pour
améliorer l'état vasculaire . On retrouve aussi l'uti- C'est ce qui consiste en l'échange de la nour-
lisation du miel dans la civilisation grecque à riture entre les abeilles. Une butineuse arrive à la
l'époque de Périclès, on a retrouvé dans des ruche, le jabot plein de nectar, elle régurgite celui-
fouilles que chaque habitant avait une ou plu- ci qui est absorbé par une abeille restant dans la
sieurs ruches, donc c'était vraiment l'abeille do- ruche, laquelle remplit son propre jabot puis le ré-
mestique. gurgite à son tour sur la langue d'une de ses
Le miel servait en outre à la nourriture des en- sœurs et ainsi de suite .
fants et l'on note aussi qu'Hippocrate l'employait Donc, cette circulation du nectar d'abeille en
dans de nombreuses préparations médicales. abeille concentre peu à peu le nectar en sucre en
On retrouve aussi l'ut'ilisation du miel dans le éliminant l'eau, et au fur et à mesure que le sucre
Coran qui loue ses vertus pour soigner furoncles, devient prépondérant, le nectar devient miel.
ulcères et comme diurétique et comme purgatif.
En Afrique également, le miel a toujours joué Composition du miel
un rôle prépondérant dans l'alimentation et dans
la pharmacopée, où il est employé comme laxa- Il est composé de 75 à 80 % de glucides, de
tif, pour soigner des brûlures, des plaies infectées, 18 à 20 % d'eau, et jusqu'à 5 % de substances
des morsures de serpent, etc. restantes; et ce sont ces substances qui sont aussi
intéressantes pour la cicatrisation.
Donc, à travers l'histoire, le miel a souvent été
le symbole de vie, de soin, de fertilité . Vous y trouvez des protéines, des sels miné-
raux, des oligo-éléments, des vitamines (je ne vous
Aujourd'hui, on peut dire effectivement que,
les énumère pas mais il y a toute sorte de vita-
grâce à des médecines plus douces qui sont de
mines), des acides organiques, des enzymes et di-
plus en plus recherchées, le miel retrouve droit de
verses substances que l'on retrouve comme le pol-
cité.
len, des substances aromatiques et antibiotiques .
Le miel est essentiellement composé de sucres,
Que savons-nous du miel ? beaucoup de sucres simples : fructose et glucose
Le miel est la denrée produite par les abeilles à 70 % , et de 5 à 10 % de sucres composés
mellifiques à partir du nectar des fleurs ou des sé- comme le saccharose, et un nombre important •
: 1
On peut préciser que notre étude a débuté en En 1934, le professeur Zeiss le premier attire
utilisant des miels toutes fleurs et qu'elle se ter- l'attention sur la possibilité d'une action anti-bac-
mine actuellement par l'utilisation, surtout, du térienne spécifique du miel provoquée par des
miel de thym. substances présentes dans le produit naturel .
A la suite de cette recherche que nous avons Et plus tard, en 1936, Gabert confirme ce ré-
faite, nous avons compulsé différentes publica- sultat par des analyses bactériologiques plus fines
tions et on en a extrait les principales pour vous et il conclut que le miel est antiseptique .
montrer que, déjà, au début du siècle et tout au Enfin, ce sont les professeurs Dold et Ziao, en
long de notre époque, le miel a été utilisé. 1937, qui ont démontré, in-vitro, l'activité anti-
bactérienne des miels et ont nommé inhibine le
Parmi les recherches intéressantes, signalons en
facteur responsable de cette action.
Allemagne celles des professeurs Zeiss et Krunitz
qui ont traité au miel avec succès des milliers de Ils ont prouvé que l'inhibine arrêtait la crois-
sance des bacilles notamment typhiques, paraty-
phiques, des staphylocoques dorés et blancs, du
bacille dysentérique, du pyocyanique, etc.
Avec ses collaborateurs, Dold a trouvé égale-
ment que l'inhibine était thermo et photolabile.
Les auteurs ont démontré enfin que le miel était
dépourvu de cette inhibine, donc il fallait la
rechercher ailleurs .
étude avec la participation d'un médecin, chef au Et, sur le plan bactériologique, le miel s'est ré-
bureau d'hygiène . vélé bactériostatique (comme on le savait déjà)
En 1996, elle a utilisé une méthode pour re- mais tout particulièrement sur le staphylococus-
chercher la flore bactérienne dans les miels que aureus, sur l'échelle de Chiacolie et sur les enté-
nous lui proposions. robactéries .
C'est une méthode de comptages par colonies Cette activité anti-bactérienne est apparue va-
qui sont obtenus à 3° suivant la norme iso48-33 riable selon le type de miel utilisé mais à peu de
et sur 50 miels que nous avions mis en culture, 6 çhoses près.
étaient négatifs et la charge bactérienne des 44
Les miels les plus actifs se sont révélés être le
autres était comprise entre 40 et 60 unités for-
miel de thym, de lavande et d'eucalyptus et le
mant colonies .
miel toutes fleurs à prédominance de châtaignier.
Il y a une grande variété, certains miels conte-
naient peu de bactéries, d'autres beaucoup plus, Nous habitons dans le Limousin, il y a beau-
et les germes les plus souvent isolés appartenaient coup de châtaigniers, donc on peut avoir un miel
au genre bacillus. toutes fleurs à base de châtaignier mais nous
n,.avons pas de miel de thym, même s'il y a du ser-
Pour notre étude actuelle, nous avons souhaité
polet sauvage.
arriver à un comptage de colonies très très bas et
actuellement, nous sommes à 10 voire 7 selon les Le miel de thym vient du Sud de la France . Ac-
miels que nous recevons. tuellement, quand nous le recevons, il subit une
Il est souhaitable de garder une charge bacté- analyse bactériologique, ensuite, il est conditionné
rienne la plus basse possible. Il reste donc aux spé- en pot stérile opaque de 75 ml et distribué dans
cialistes d'en déterminer le seuil et il paraît indis- les différents services selon les besoins.
pensable de créer une norme pour l'usage médi- Le pot est ensuite nettoyé, renvoyé à la phar-
cal. macie qui le stérilise et qui le réutilise pour re-stoc-
On a commencé à faire une charte d'exploita- ker le miel.
tion du miel pour extraire le miel de la façon la
Il y a donc une énorme différence entre ce que
plus propre possible .
l'on faisait au début, à la fin des années quatre-
De plus, pour ajouter à cette étude, une jeune vingts, et ce qu'on fait maintenant, en raison de
femme de Limoges, Mlle Guillon, a fait une thèse la pression de certains médecins qui font partie
en pharmacie sur le pouvoir antibactérien des du comité d'éthique et qui ne reconnaissent pas,
miels, ce qui a éclairé pas mal nos recherches. bien sûr, le miel comme un médicament.
Ce n'est effectivement pas un médicament. Il
LA PROPOLIS ? faut donc se protéger d'une certaine façon et
rendre l'étude de plus en plus pointue pour utili-
Un revenu en plus ! ser un miel qui soit le plus « stérile » possible, en
sachant que la stérilité du miel, ça n'existe pas .
RÉCUPÉREZ-LA, Je vais vous présenter dans un premier temps
nous lachetons !
;'(.t{ ·..
notre technique de pansement et dans un
deuxième temps, je vous présenterai quelques cas
concrets.
APICJ. \runE Donc, cette connaissance progressive de l'effet
o·o t...[Link] ''•'.i"
thérapeutique du miel dans la cicatrisation s'est
associée à la mise au point, par l'équipe infirmière
SARL du service, d'une technique de pansement.
La technique de pansement est déterminée par
39110 les résultats de l'examen de la plaie et doit favo-
LA CHAPELLE/FURIEUSE riser les trois stades du processus physiologique
Tél. 03 84 73 81 62 de la cicatrisation.
Fax : 03 84 37 81 99 Les trois stades sont :
• La détersion.
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La technique de pansement sera différente Télécopie os 55 05
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en fonction du stade. p, a. oescorre·s
Adjoint ;
Pr 0 . VALLEIX
Dans de très rares cas, nous avons·étê ·«Jamais. Aucune réaction d'intolérance
contraints de suspendre le traitement, · de ·type allergique, locale, eczématisation
pour cause de surinfection. autour de la plaie, ou générale.
En chirurgie digestive, les màlàdes sont Je dois vous dire qu'aujourd'hui,
souvent problématiques sur le plan infec- d'autre part, on réfléchit à l'utilisation de
tieux. Si l'infection généralisée est trop la propolis, comment /'utiliser sur les pan-
importante, et que notre méthode ne sements, sous forme de pommade, par
fonctionne pas, nous avons recours à exemple.
d'autres [Link]~ · ·
Mais,' généralement; .notre méthode est
a
· Notre laborantin déjà fait l'ébauche
d'une étude, à partir d'informations ve-
très concluat;1 te. » nant du Brésil.
. ! "