Comportement des Dalles en Béton
Comportement des Dalles en Béton
Spécialité : GENIE-CIVIL
Sophia LIMAM
“La science présente beaucoup de danger, mais il faut lutter contre ces dangers non pas
par moins de science mais par davantage de science, une science qui puisse aussi créer sa propre
éthique.” (Jean d’Ormesson , 2015)
2.8.6 Comparaison des modèles de calcul EC2, ACI 318-14 et Fib Model Code 2010
122
L’influence des épingles sur le comportement au cisaillement des dalles est étudiée par
la variation de son taux dans les dalles expérimentées. ........................................................... 189
4.9.2 Evaluation des niveaux du Fib Model Code 2010 ........................................ 206
Terrien, 1980 [210], Mazars et al. 1990 [211], Ramatani, 1990 [212], Gerard, 1996
[213] ..................................................................................................................................... 215
Abréviations
ACI relatif à la norme américaine ACI 318, 2014
AFCEN relatif au code nucléaire AFCEN-ETC-C 2010
ANF relatif à l’Annexe Nationale Française de l’Eurocode 2
CDP Concrete Damaged Plasticiy (ABAQUS)
CSCT relatif à la théorie de la fissure critique de cisaillement: Critical Shear crack
Theory
CSA relatif à la norme canadienne CSA A23.3, 2004
EC2 relatif à la norme européenne Eurocode 2, 2005
EF éléments finis
ETC-C EPR Technical Code for Civil Works
FPZ Fracture Process Zone
MCFT relatif à la théorie du champ de compression modifié
MC relatif au fib-Model Code 2010, 2012
SCM Smeared Cracking Model (ABAQUS)
SIA relatif à la norme suisse SIA 262, 2003
SMCFT Simplified Modified Compression Field Theory
Chapitre 1: Introduction
Les structures en béton armé sont apparues dès la fin du 19ème siècle. La maniabilité, coût
et caractéristiques mécaniques de ce matériau mixte a permis la démocratisation de ce type
d’édifices durant tout le siècle dernier pour en faire le principal modèle de construction. Les
bâtiments en sont d’ailleurs de fidèles témoins avec un squelette généralement constitué d’éléments
verticaux de type poteaux et voiles et d’éléments horizontaux : les poutres et les dalles.
Les dalles, généralement en béton armé, sont des plaques horizontales des bâtiments
formant à la fois les plafonds et les planchers des différents étages. Elles doivent ainsi supporter
leurs poids propres ainsi que des charges d’exploitation (équipements, personnes…) et des charges
accidentelles (vent, séismes, neiges etc…).
L’expérience et les recherches du siècle dernier ont permis une assez bonne maîtrise du
dimensionnement de ces dalles en béton armé car elles représentent un composant architectural
classique. Ceci se traduit d’ailleurs par l’élaboration et l’amélioration de divers codes de calcul
dont l’Eurocode 2. Néanmoins, certaines catégories d’édifices comme les installations nucléaires
où les planchers épais sont soumis à des chargements atypiques (charges d’exploitation localisées
et importantes, efforts horizontaux dus aux risques sismiques, chute d’objets et équipements lourds
etc…). Ils nécessitent une attention toute particulière se traduisant par un dimensionnement
optimisé alliant les impératifs lourds de réglementation et de sûreté aux prescriptions techniques et
contraintes économiques.
La thèse présentée, apporte un éclairage sur le phénomène de cisaillement induit par ces
charges localisées près des appuis appliquées sur les dalles épaisses en béton armé en particulier
celles renforcées avec des armatures d’effort tranchant appelées épingles. En effet, comme cela va
être développé par la suite, le cisaillement présente bien des désagréments aux structures et doit
être contrôlé en priorité par rapport à d’autres types de sollicitations comme la flexion.
Deux toits d'entrepôts des bases aériennes de l'Ohio et de Géorgie se sont fissurés et se sont
écroulés sous l'effet combiné de la charge, du rétrécissement du béton et des effets thermiques
respectivement en 1955 et 1956. La présence de joints d’expansion défectueux a conduit par
ailleurs les poutres constitutives du toit, à fonctionner comme des unités indépendantes de 122m
de long. Ces défaillances ont certes entraîné les dégâts matériels cités mais ont également conduit
à des exigences plus strictes dans le Code de construction de l'ACI. En effet les versions antérieures
du code supposaient que dans les structures d'entrepôt, le béton seul, sans épingles, était supposé
reprendre le cisaillement ce qui n’est plus le cas dès lors que le béton est fissuré (“Failures Due to
Shear | Strength Of Materials | Reinforced Concrete” n.d.).
Suite au séisme de Kobe en Janvier 1995 ( Figure 1-1), plusieurs colonnes incluant les
piliers de ponts ont connu des ruptures en cisaillement dues à un manque d’armatures d’effort
tranchant influençant directement la ductilité de ces éléments(MACHIDA and ABDELKAREEM,
n.d.).
Figure 1-1 Rupture des piliers d’un pont à Kobe au Japon suite à un séisme en 1995
Les résultats d'une enquête sur la cause technique de l'effondrement partiel d'un parking
d'aéroport en cours de construction par une société néerlandaise basée à Bam en Mai 2017ont été
publiés(Ashwell, 1996).
Le garage de stationnement a été construit en utilisant des planchers Bubble Deck, qui se
composent de dalles de plancher en béton préfabriqué et contiennent des bulles en plastique de
faible poids. Après avoir été installés sur le site, ils ont été recouverts de béton.
L'étude a montré que la résistance au cisaillement de l'interface entre les dalles de béton
préfabriquées était insuffisante pour transmettre la traction, ce qui a compromis la capacité
structurelle du plancher.
Figure 1-2 Effondrement partiel d'un aéroport aux Pays-Bas sous contraintes de cisaillement
L'effondrement d’un balcon s'est produit en juin 2017 dans un ancien immeuble à Hong
Kong (“Hong Kong Completes Investigation into Balcony Collapse” 2017).L'enquête a révélé que
la conception structurelle originale du balcon était généralement en ordre, mais que la résistance
au cisaillement de l'une de ses poutres en porte-à-faux avait été réduite en raison d'une diminution
de la résistance du béton de sa valeur initiale d’environ 53%, d’une réduction de la section efficace
de l'armature en acier par carbonatation et d’un manque prolongé d'entretien.
De plus, des charges supplémentaires ont été imposées créant une augmentation de 44% de
la charge permanente.
L'effondrement a finalement été déclenché par la rupture par cisaillement de la poutre en
porte-à-faux.
Figure 1-3 Effondrement d'un balcon en cisaillement à Hong Kong en Juin 2017
3
Le comportement au cisaillement des structures en béton armé a souvent été reporté par de
nombreuses études.
En ce qui concerne les centrales nucléaires, le comportement des structures de confinement
des réacteurs nucléaires sous des charges de cisaillement a été étudié depuis la seconde moitié du
siècle dernier. La plupart de ces études se sont concentrées soit sur le comportement au cisaillement
des enceintes de confinement des réacteurs en raison de la pression interne et de la charge de choc,
soit sur le comportement au cisaillement des dalles épaisses représentatives des structures
offshores.
La configuration d'un récipient de réacteur en béton précontraint (PCRV) est typiquement
celle d'un cylindre avec des dalles à extrémité plate comme c’est d’ailleurs le cas dans les centrales
nucléaires de Fessenheim et St Laurent en France ou du Dungeness B qui se situe en Grande
Bretagne. Les dalles d'extrémité sont nettement plus épaisses que celles qui seraient rencontrées
dans la construction de dalles conventionnelles, avec des rapports d'envergure allant généralement
de 2 à 3.5 Cheung et al, (Cheung, Gotschall, and Liu 1975)) (Langan et Garas, (Langan and Garas
1970)).
Sous pression interne, les dalles d'extrémité sont soumises à de fortes contraintes de flexion
et de cisaillement. Bien que des ruines en flexion de dalles d'extrémité de PCRV aient été rapportés
dans des études de modèles menées à l'Université de l'Illinois (Paul et al. 1969), la plupart des
dalles de fin conventionnelles connaissent des ruptures en cisaillement (Lang an and Garas 1970).
Des programmes expérimentaux (Brown and Perry 1982) (Berriaud et al. 1979), (F. H. Wittmann
and Boulahdour 1981), (Berriaud et al. 1978), (Woodfin and Sliter 1981), (Sliter, Chu, and
Ravindra 1983), (Brandes, Limberger, and Herter 1985), (Dulac and Giraud 1981) ont été menés
pour prédire la capacité de cisaillement locale des structures du réacteur sous des charges d'impact.
Cependant, ces résultats expérimentaux ne sont pas applicables aux conditions de charge de
cisaillement statique en raison d’effets dynamiques non négligeables. L'étude expérimentale de
Brian Watt Associates (Brian Watt Associates, Inc. 1981) représente la seule étude majeure sur la
résistance au cisaillement des structures offshore. La résistance au cisaillement des sections de
dalles et de coques épaisses représentatives des structures extracôtières de l'Arctique a été analysée.
Une structure bien dimensionnée, si soumises à des charges trop importantes, doit connaître
une rupture en flexion. Ce genre de structures donne des signaux d’alarme (fissures, flèche)
contrairement à celles qui sont sous-dimensionnées en cisaillement et qui peuvent avoir des
ruptures brutales et soudaines, empêchant alors le développement de signaux avant-coureurs. Les
dalles ainsi que les poutres sont des éléments pouvant être soumis à du cisaillement. Ainsi, pour le
cas particulier des dalles épaisses dans les bâtiments nucléaires, une bonne compréhension du
comportement de ce type d’éléments sous sollicitation d’effort tranchant entraîne un
dimensionnement efficient. En effet, assurer la sécurité de la structure est primordial : il faut
garantir une rupture en flexion qui puisse autoriser des solutions d’évacuation voire de réparation.
Cependant, les aspects économiques et pratiques ne peuvent certainement pas être négligés dans le
cadre de budget et moyens alloués. Ainsi, le dimensionnement d’une structure doit correspondre à
l’optimisation des calculs analytiques et numériques dans le dessein d’assurer les exigences citées.
En conséquence, dans le but de privilégier une rupture en flexion, il faut pouvoir éviter les
ruptures en cisaillement qui peuvent se passer lorsque des valeurs élevées de contraintes de
cisaillement ont lieu. Les armatures d’effort tranchant, qui sont l’objet de cette thèse, jouent un rôle
de liaison entre la traction et la compression des sections soumises au cisaillement et assurent que
ces deux aspects agissent comme dans une structure en treillis (Collins, 2008 (Collins, Bentz, and
Sherwood 2008)). Ils permettent, suivant différents dispositifs, une meilleure résistance au
cisaillement et une plus grande ductilité des éléments en béton armé (dalles ou poutres).
Ces éléments de renforcement ont été introduits au début du 20 ème siècle par l’ingénieur
français François Hennebique (Figure 1-4) mais la compréhension du mécanisme de cisaillement
intrinsèque à leur fonctionnement n’a commencé que vers les années 1960. En effet, pendant les
années 50, l’American Concrete Institute ne préconisait l’utilisation d’épingles que lorsque la
contrainte causée par les charges d’exploitation dépassait 0.03𝑓𝑐′ . Cette surestimation de la
résistance au cisaillement des structures en B.A a eu pour regrettable résultat la rupture des poutres
larges des entrepôts d’AIR FORCE. Ceci a amené les révisions proposées par l’ACI-ASCE
Committee 326 qui forme la base du code ACI pour le calcul du cisaillement (Collins, 2008
(Collins, Bentz, and Sherwood 2008)). Dans le contexte actuel des bâtiments nucléaires en France,
les épingles positionnées dans les dalles en B.A permettent d’améliorer la résistance au
cisaillement. En revanche, assurer une sécurité maximale des éléments en incorporant un taux
important d’armatures d’effort tranchant pose de nombreuses difficultés dont la mise en œuvre ou
coulage du béton qui conduit à une répartition hétérogène de ces constituants à savoir la pâte
cimentaire et les granulats et complique également le positionnement des ancrages des différents
équipements. Aussi, les méthodes de calcul analytiques concernant le dimensionnement des dalles
épaisses au cisaillement sont très diverses et souvent complexes en raison des incertitudes
concernant les mécanismes de cisaillement et leurs synergies. Dans le contexte français, des
disparités existent entre l’annexe française et les recommandations de l’EUROCODE 2. Toutes ces
raisons, mettent en lumière la problématique des dalles en béton armé avec armatures d’effort
tranchant soumises à une sollicitation de cisaillement.
Le récent événement qui date de Mars 2016, où un générateur de plus de 400 tonnes s’est
effondré sur la dalle du bâtiment réacteur de la centrale de Paluel en Seine-Maritime a mis en
évidence la nécessité d’identifier les comportements de ces structures sous sollicitation de
cisaillement. La chute d’objet sur dalle par une hauteur assez faible, peut être considéré d’un point
de vue quasi-statique car la vitesse au sol n’est pas suffisamment élevée pour ne pas négliger les
effets dynamiques.
Figure 1-4 Plans d'éléments en béton armé dont des armatures d'effort tranchant selon le système
Hennebique
Les paramètres qui le définissent ( critère de plasticité, règle d’écoulement) et son application dans
le logiciel ABAQUS Implicit et Explicit.
A l’aide du logiciel ABAQUS Explicit, un calcul numérique aux éléments finis basé sur le
modèle Concrete Damage Plasticity est présenté dans le Chapitre 6: Résultats numériques. Les
différents paramètres de discrétisation sont également détaillés y compris les types d’éléments de
maillage utilisés, l’énergie de fissuration 𝐺𝑓 , l’angle de dilatation 𝜓 etc…
9 dalles ont été modélisées et comparées aux résultats expérimentaux, et analytiques issus
du Chapitre 4:. La modélisation offre l’avantage d’observer l’évolution de l’endommagement et
comparer non seulement les courbes charges-flèches mais également l’endommagement
numérique aux profils de fissuration des dalles réelles.
Le Chapitre 7: Conclusions et perspectives, résume les résultats obtenus et les principales
conclusions à retirer de cette étude. Par conséquent, des perspectives de recherche et
d’approfondissement sont suggérées également dans ce chapitre final.
Chapitre 2: Bibliographie
Dans ce chapitre, un état de l’art des connaissances actuelles concernant le cisaillement des
dalles et poutres est présenté en mettant l’accent sur les paramètres étudiés lors des tests réalisés
sur dalles épaisses.
2.1 Historique
Il est nécessaire de réaliser un bref historique des avancées scientifiques concernant les
structures soumises au cisaillement afin de comprendre la nécessité de maîtriser le comportement
de ces éléments sous sollicitation d’effort tranchant ainsi que les différents points de vue sur les
mécanismes en œuvre.
L’étude du cisaillement a débuté depuis la fin du 19ème siècle avec les travaux de Ritter et
Mörsch sur l’analogie de comportement entre des treillis métalliques et des structures en béton
armés soumis tous deux à des sollicitations d’effort tranchant (Fédération Internationale du Béton
(fib 2010)).
Au début du 20ème siècle, Talbot (Arthur N. Talbot 1909) a établi certains paramètres
influençant le cisaillement à savoir : la résistance du béton, le rapport de la distance entre l’appui
et la hauteur utile et le taux d’armatures longitudinales.
Par la suite plusieurs campagnes d’essais ont été menées pour établir des formules
empiriques permettant le dimensionnement des poutres au cisaillement (Mylrea 1934), (Moretto
1945). Avec la multiplication des données expérimentales, (Clark 1951) a pu déterminer la
première formule empirique de dimensionnement au cisaillement jugée suffisamment pertinente
pour des poutres avec et sans armatures d’effort tranchant.
Durant les années 50, l’ACI ne préconisait l’utilisation d’épingles que lorsque la contrainte
causée par les charges d’exploitation dépassait 0.03fc′ (Figure 2-2).
Les ruptures de poutres larges dans les entrepôts d’Air-force ont montré que ces méthodes
de calcul étaient hasardeuses, et cela a amené les révisions proposées par l’ACI-ASCE Committee
326 qui forment la base du code ACI pour le calcul en cisaillement. Ces changements avaient
pour but de prendre en compte non seulement la résistance du béton mais également le moment
10
M
coexistantρ d. Ce paramètre a été pris en compte parce qu’il était admis que la contrainte de
V
rupture v devrait baisser lorsque la contrainte longitudinale de l’acier fs augmente. Cette dernière
M
correspond approximativement àρ v.
Vd
Dans les 25 années après 1960 un travail considérable a été conduit sur les mécanismes
par lesquels les poutres en B.A fissurées transmettent le cisaillement. Fenwick et Paulay (Collins
et al. 1996) ont montré que le moment fléchissant des aciers peut changer soit en raison de la
traction qui varie le long des aciers longitudinaux : il s’agit de l’action poutre, soit par l’effet du
bras de levier interne. Le mécanisme issu de ce bras de levier est dénommé par ailleurs, l’action
d’arche (Figure 2-1). Il se résume à un transfert de charge vers la zone d’appui. Il a été démontré
qu’en raison de l’incompatibilité géométrique des 2 mécanismes, l’action poutre étant
typiquement plus rigide que l’action d’arche, à peu près tout le cisaillement serait porté par
l’action poutre jusqu’à l’échec du mécanisme. Après la rupture du mécanisme de poutre, les
contraintes sont redistribuées, le mécanisme d’arche restant peut porter des contraintes de
cisaillement encore plus élevés.
Action d'arche
Action poutre
Figure 2-1 Schéma action poutre et action d'arche
11
Figure 2-2 Diagramme d’évolution des méthodes de conception de cisaillement (Collins et al. 1996)
Les années suivantes les études se sont focalisées sur les paramètres influençant la
résistance au cisaillement comme par exemple celui de l’engrènement des granulats (Moody et al.
1955), (Watstein and Mathey 1958), (Jose J. Rodriguez 1959) et (Baldwin, Jr, and Viest 1958)).
Le model code CEB-FIB de 1978, se basant sur ce mécanisme, a démontré que les largeurs de
fissures pouvaient être calculées (Olesen 2008) et servir à réaliser le dimensionnement de poutres
soumises à l’effort tranchant, tandis que Vecchio et Collins ont développé la théorie modifiée des
champs de compression (Modified Compression Field Theory) (Bower and Viest 1960) qui utilise
des relations d'équilibre mécanique, de compatibilité et de contrainte-déformation pour analyser le
comportement de poutres sous cisaillement.
Dans les années 1960, Kani et al (Jose J. Rodriguez 1959) ont effectué 362 essais de
cisaillement sur des poutres en béton sans épingles dans le but de modifier systématiquement toutes
les variables majeures influençant le cisaillement en particulier la résistance caractéristique du
béton et le taux d’armatures longitudinales. A partir des années 70 les études qui ont suivi se sont
12
concentrées sur la quantification des effets de ces divers paramètres en variant la géométrie des
éléments étudiés.
A titre d’exemple plusieurs recherches se sont focalisées sur les poutres épaisses (Liu and
Mihaylov 2016), (Lubell et al. 2004) et l’influence du rapport a/d (défini au chapitre 2.2.5) sur le
cisaillement. Les poutres larges (Mohammadyan-Yasouj et al. 2015) et les dalles (Sherwood et al.
2006), (Lantsoght, Veen, and Walraven 2013) ont également été passées en revue. En comparant
les poutres continues aux poutres simples Rodriguez 1959 (Jose J. Rodriguez 1959), l’intérêt des
conditions d’appui a été mis en évidence. Enfin, l’utilisation d’armatures d’efforts tranchants
(Angelakos, Bentz, and Collins 2001), (Eric J. Tompos and Robert J. Frosch 2002), (Zdenek and
T. Kazemi 1991)et (Serna-Ros et al. 2002) ou même plus récemment de fibres carbone ou
métalliques (Talboys and Lubell 2014), Cucchiara et al., 2004(Cucchiara, La Mendola, and Papia
2004), (Keller, Kenel, and Koppitz 2013) ont été documentées dans la littérature.
Malgré la présence d’une documentation riche sur le cisaillement des éléments en béton
armé, il apparaît clairement que la bibliographie des dalles épaisses soumises au cisaillement
demeure plus récente et moins fournie que celle des poutres.
L’étude des dalles en B.A avec armatures d’effort tranchant soumises au cisaillement qui
est le sujet de cette thèse a débuté durant les années 70 (N. M. Hawkins 1974). Elle répond aux
besoins d’établir des codes de calcul basés sur des données expérimentales notamment celui de
l’ACI 318-71. En effet les épingles et autres armatures d’effort tranchant ont été utilisées depuis
les années 1930 sans un cadre de calcul réglementaire précis. Ces campagnes d’essais devaient
également traduire le rôle de ces épingles dans l’augmentation de la ductilité de ces dalles.
Les études suivantes ont permis par exemple d’établir l’efficacité des épingles selon leurs
types d’ancrage (Ghali,1989) quand les dalles sont soumises à du cisaillement ou du
poinçonnement.
L’introduction du calcul aux éléments finis des dalles avec et sans épingles sous flexion et
poinçonnement a eu lieu vers la fin des années 90 en se basant sur des éléments coques pour éviter
l’utilisation d’éléments 3D étant alors complexes et chronophages (Polak 1998).
Durant les années 2000 les publications réalisées se sont largement focalisées sur le
poinçonnement comme variante du cisaillement. Elle concerne en particulier les connections
colonne-dalle ou colonne poutre (Einpaul et al. 2016), Albuquerque et al., (Albuquerque, Melo,
and Vollum 2016), (Saarenheimo, Tuomala, and Calonius 2015)... Pour ce qui est du cisaillement
13
simple des dalles et poutres avec armatures d’effort tranchant, la littérature est moins importante et
porte sur l’efficacité des différents types de renforcement en cisaillement et leur mise en œuvre
(Dilger 2017), (Soltani, Indurkar, and Ross 2016).
Un intérêt particulier a également été apporté aux cisaillements des structures avec
ouvertures (Pachalla and Prakash 2017), (Genikomsou and Polak 2017)).
Il existe un sujet pour lequel les publications sont très limitées en revanche et il s’agit des
dalles soumis à la fois au cisaillement et à un effort axial, les rares études menées dans ce sens se
sont focalisées sur le cas des poutres.
2.2 Cisaillement
Dans ce chapitre, la contrainte de cisaillement sera définie. L’objectif est de pouvoir
reconnaître un mode de rupture en cisaillement en comparaison avec une rupture par flexion ou par
poinçonnement. Ceci sera notamment démontré à travers les mécanismes qui favorisent le
cisaillement par rapport à d’autres types de ruine ainsi qu’à la fissuration.
Le cisaillement est ainsi une contrainte générée par un effort tranchant qui s’applique
parallèlement à la section considérée contrairement aux contraintes de type compression ou traction
qui lui sont perpendiculaires.
L’équilibre d’un élément 3D (Figure 2-3) soumis à un effort de contact exige l’égalité des
contraintes associées à deux faces perpendiculaires : 𝜎12 = 𝜎21 , 𝜎23 = 𝜎32 et 𝜎13 = 𝜎32 . C’est
14
𝜎𝐼 0 0 (2)
𝜎= 0 𝜎𝐼𝐼 0
0 0 𝜎𝐼𝐼𝐼
Figure 2-4 Lignes courantes des contraintes principales : rouges pour la traction et vert pour la
compression avec schématisation des effets de contraintes sur un élément isolé d’une poutre fléchie
2.2.2 Flexion
15
On parle d’une flexion pure lorsqu’un unique moment fléchissant M est appliqué sur un
élément, c’est-à-dire que l’effort tranchant V est considéré nul. Ceci est observable, par exemple,
dans les essais de flexion 4 points.
Cependant, dans la majorité des configurations, la flexion est couplée au cisaillement.
Ainsi, la question qui se pose est de savoir quelle sollicitation est responsable de la ruine de la
structure :
Lorsque la flexion est prépondérante, la ruine de l’élément est décrite comme ductile, c’est-
à-dire qu’au voisinage de la charge maximale, de grandes déformations ont lieu avec une
absorption significative d’énergie et une faible augmentation de charge. En déplacements ceci se
traduit par une flèche de plus en plus importante au droit de la charge (Figure 2-6).
Dans les cas les plus représentatifs, la ruine intervient par plastification des aciers
longitudinaux en raison d’une traction excessive au niveau de la membrane inférieure de la poutre
ou de la dalle. Ce cas général connaît donc une rupture ductile caractéristique du comportement
des aciers sous traction (“Tensile Properties” n.d.) (Figure 2-6).
16
Figure 2-6 Diagramme Contraintes-Déformations des aciers laminés à chaud (Roux 2011b)
Ce cas de figure présente des fissures qui démarrent au niveau de la fibre inférieure et se
propagent verticalement.
Figure 2-7 Schéma de rupture en flexion d'une poutre sous flexion 4 points
17
Le poinçonnement est une variante du cisaillement. Il est, à juste titre, nommé parfois
cisaillement bidirectionnel. Tout comme le cisaillement, le poinçonnement est un mode de rupture
fragile sous l’effet de l’effort tranchant d’une charge localisée comme un poteau par exemple.
Le poinçonnement se singularise, en revanche, par son profil de fissuration. En effet, à la
suite de ce type de sollicitations, un écaillage irrégulier de la surface du béton est observé donnant
des fissures radiales partant du centre du chargement. Le cône de poinçonnement est donc seul
indice d’une rupture par poinçonnement (Figure 2-10).
18
Figure 2-9 Profil de fissuration de dalles sous poinçonnement (Teng et al. 2018)
a) b)
Figure 2-10 Mécanisme de rupture (cône de poinçonnement)
Comme décrit par (NANA, 2017), le poinçonnement, tout comme la flexion sont des
sollicitations qui peuvent se coupler au cisaillement et engendrer des cas de figure intermédiaires
avec des profils de fissurations mixtes.
19
𝒂𝒗
2.2.4 Rupture en cisaillement : influence du rapport 𝒅
En comparaison avec une rupture en flexion, la ruine par cisaillement est brutale et fragile.
Celle-ci a lieu sans signe avant-coureur ce qui peut entraîner de lourds dégâts.
Typiquement, la fissuration la plus importante est diagonale, elle s’étend en général de la
zone de charge vers l’appui :
Figure 2-11 Rupture d'une poutre en béton armé avec armatures d'effort tranchant sous sollicitation
d’effort tranchant (Zakaria et al., 2009 (Zakaria et al. 2009))
20
Figure 2-12 Rupture en cisaillement d'une poutre en appui simple sous effort tranchant (Cucchiara, La
Mendola, and Papia 2004)
Charge
av
Appui
𝐚𝐯
Figure 2-13 Schéma explicatif du rapport 𝐝
On distingue plusieurs cas de figures établis par (ASCE-ACI Committee 445 1998) selon
𝑎𝑣
la valeur du rapport :
𝑑
av
• < 1 : Dans ce premier cas la distance de la charge à l’appui est faible ou
d
l’élément en question est considéré profond. Cela conduit à ce qu’on appelle l’effet
d’arche et qui est le mécanisme définit par Fenwick et Paulay (Collins, Bentz, and
Sherwood 2008) et qui se résume par le transfert des charges directement en
direction de l’appui à travers une bielle de compression. Plus la pente de la bielle de
compression est abrupte plus le transfert de charge est important (Lantsoght, Veen,
and Walraven 2012). Dans ce cas la fissure de rupture forme une ligne qui joint la
zone de charge à la zone d’appui et l’origine de la rupture est souvent due à une
21
Figure 2-14 Poutre en béton armé simplement appuyée sous sollicitation d'effort tranchant avec
𝒂𝒗
(𝑮𝟑) = 𝟎. 𝟗𝟏
𝒅
av
• 1< < 2.5 : Lorsque le rapport est compris entre ces deux valeurs, un mécanisme
d
transitoire entre l’effet d’arche et l’effet poutre a lieu en particulier pour les
structures de type poutres. (G. Kani 1979) a tenté de l’expliquer au travers de son
diagramme (Figure 2-15)
compression.
La campagne d’essais menée par (Cucchiara, La Mendola, and Papia 2004) permet de
valider ces valeurs. Ainsi, une série B de poutres en béton armé est soumise à un chargement décrit
𝑎𝑣
sur la Figure 2-16. Toutes ces poutres ont un rapport 1 < = 2 < 2.3.
𝑑
Le mode de rupture observé sur cette poutre correspond bien aux prédictions émises par
Kani à savoir :
- Un effet d’arche dominant la rupture avec des fissures diagonales caractérisant le
fendage du béton le long de la fissure prédominante. Après l’atteinte de la charge ultime,
il a été relevé une augmentation rapide de la largeur de fissure correspondant à une perte
soudaine de la capacité de résistance ne permettant aucun enregistrement significatif
dans la branche post-pic de la courbe charge-flèche.
- Le profil de fissuration de la poutre B10 (Figure 2-14) illustre également une perte
d’adhérence aciers-béton des armatures longitudinales inférieures puisque la fissure
principale longe ces aciers à l’approche de la zone d’appui.
23
Figure 2-17 Poutre en béton armé simplement appuyée sous sollicitation d'effort tranchant avec
𝒂𝒗
𝒅
(𝑩𝟏𝟎) =𝟐
𝑎𝑣
• 2.5 < < 6 Le mécanisme prépondérant répond dans ce cas à un effet poutre où
𝑑
le mode d’action gouvernant est une traction diagonale où les fissures de flexion
initialement près de l’appui, se propagent diagonalement en direction de point
d’application de charge. Il se peut comme dans le cas précédent que la fissure
s’étende également en direction de l’appui le long des armatures longitudinales.
La série A de la campagne d’essais où le rapport choisi cette fois-ci est de : 2.5 <
𝑎𝑣
= 2.8 < 6 permet de valider ce cas de figure (Figure 2-18).
𝑑
En effet, dans la poutre A10 l’effet poutre prévaut dans le mécanisme de rupture et
la ruine est causée par le dépassement de la résistance en traction, suivi par des
fissures inclinées qui deviennent instables et se rapprochent la zone de compression.
Figure 2-18 Poutre en béton armé simplement appuyée sous sollicitation d'effort tranchant avec
𝒂𝒗
(𝑨𝟏𝟎) = 𝟐. 𝟖
𝒅
𝑎𝑣
Lorsque le rapport est plus proche de 6, les fissures atteignent la zone de compression.
𝑑
𝑎𝑣
• > 6 : Le seul mécanisme gouvernant est un mécanisme de poutre. Ainsi seule la
𝑑
traction présente dans les aciers longitudinaux (de flexion) entraîne la rupture. Le
mode de ruine observé est donc celui de la flexion avec des fissures initiées sur la
fibre inférieure de la structure et se propageant verticalement (Figure 2-7).
24
𝑎𝑣
En ce qui concerne les dalles, le rapport régit le mécanisme de rupture en cisaillement de
𝑑
manière similaire puisque la variation de ce rapport permet de d’obtenir les profils de fissurations
décrit précédemment.
La résistance au cisaillement des éléments dalles et poutres est régie par divers
mécanismes qui jouent un rôle dans la reprise de contraintes et leur transmission vers les appuis.
Ces mécanismes travaillent en général dans la matrice complexe qu’est le béton armé. Il est
important pour la suite de rappeler que le béton est physiquement composé d’un squelette
granulaire et d’une matrice cimentaire lui servant de liant. D’un point de vue mécanique, le béton
présente une résistance caractéristique en compression qui peut varier de 20 MPa à plus de 90 MPa
pour des bétons à haute performance. En revanche, sa résistance en traction est nettement inférieure
𝑓
puisqu’elle présente un rapport 𝑓𝑐 ≥ 10 (CIMbéton 2008) et les méthodes analytiques de calcul tel
𝑡
que l’ACI-318 (Committee 318 and Institute 2008) considèrent 𝑓𝑡 ≈ √𝑓𝑐 . Cette faiblesse conduit
les constructeurs à avoir recours à des armatures en acier qui reprennent ainsi les contraintes de
tension.
La prise du béton ainsi que ces contraintes externes conduisent à la formation de fissures
qui jouent un rôle primordial dans le mécanisme de résistance au cisaillement comme cela sera
détaillé par la suite (Collins et al. 1996).
Les mécanismes qui rentrent en jeu dans la résistance au cisaillement sont les suivantes
(Figure 2-19) :
• La résistance du béton non fissuré au cisaillement appelée : 𝑉𝑐𝑧 .
• La résistance établie par le mécanisme des tractions résiduelles sur les fissures générées par le
cisaillement/flexion : 𝑉𝑐𝑡 . Sur le schéma 𝑉𝑐𝑡 + 𝑉𝑐𝑧 = 𝑉𝑐𝑏
• La résistance générée par les armatures longitudinales à travers l’effet de goujon : 𝑉𝑑
• L’engrainement ou imbrication des granulats : 𝑉𝑎𝑔
• L’action d’arche à travers les bielles de compression et la transmission des efforts vers les
appuis : 𝐶𝑎 .
• L’action d’arche responsable de la traction existant au niveau des aciers longitudinaux : 𝑇𝑎
25
Figure 2-19 Les différents mécanismes de résistance au cisaillement d'une structure en béton armé avec
armatures d'effort tranchant (Lubell, Bentz, and Collins 2009)
Pour des poutres sans armatures d’effort tranchant. A la suite de la formation des premières
fissures de cisaillement, la littérature admet les pourcentages de contribution de chaque mécanisme
suivants (Committee 426 1973) :
Tableau 2-1 Répartition des pourcentages de contribution selon les mécanismes de résistances
Mécanisme de résistance au cisaillement Pourcentage de contribution
Effet de goujon 𝑉𝑑 15-25%
Contribution de la zone comprimée du béton 𝑉𝑐𝑏 20-40%
Engrènement des granulats 𝑉𝑎𝑔 33-50%
26
combinée de l’effet de goujon et des granulats atteint près de 90% de la résistance au cisaillement
𝑎 𝑎
avec et sans armatures d’effort tranchant lorsque = 2, elle décroît pour des valeurs de plus
𝑑 𝑑
𝑎
élevées atteignant 50% pour 𝑑 = 6.
Bien qu’elle fut longtemps considérée comme étant l’unique mécanisme de reprise des
contraintes de cisaillement (Arthur N. Talbot 1906),(Bresler and Scordelis 1963), le béton non
fissuré ne reprend que de manière limitée les contraintes de cisaillement. Dans les régions non
fissurées d'un membre, la contrainte de cisaillement est transférée par les lignes de contraintes
principales du béton comme présentées précédemment. L'intégration des contraintes de
cisaillement sur la profondeur de la zone de compression permettent de calculer la valeur cette
composante.
Dans une structure mince sans compression axiale, ce mécanisme ne contribue pas de
manière significative à la capacité de l’élément à résister car la zone de compression est
relativement petite (ASCE-ACI Committee 445 1998).
27
L’engrènement des granulats est l’un des mécanismes de résistance du béton. Puisque la
résistance de la pâte de ciment est inférieure à celle des granulats, les fissures traversent la pâte de
ciment et contourne les particules des granulats. Alors, un nouveau mécanisme de résistance se met
en place : la friction et la collision de ces granulats qui forment la lèvre de fissure entravent le
déplacement tangentiel induit par les contraintes de cisaillement (Joost C. Walraven 1980).
La résistance au cisaillement induite par ce mécanisme dépend :
- La rugosité des surfaces de fissures qui dépend de la composition du mortier de béton
(Millard and Johnson 1984).
- La nature de la roche composant ces graves : alluvions ou granulats légers (Sneed 2016).
- Les dimensions des granulats (Deng, Yi, and Tang 2017) (Bazant and Sun 1987).
- Du déplacement du cisaillement à travers la fissure (Lantsoght Eva O. L. et al. 2016), et de
l’ouverture de fissure (Muttoni and Fernández Ruiz 2008b).
Figure 2-20 a) Contact entre la matrice et les granulats b) contraintes appliquées (Joost C. Walraven
1980)
28
Figure 2-21 Equilibre des mécanismes poutre et arche (Kim, and White 1999)
29
Figure 2-22 Les différents mécanismes de l'action poutre selon Paulay et al (Paulay, Park, and Phillips
1974)
30
Historiquement, le rôle des armatures d’effort tranchant dans une structure en béton armé a
toujours été assimilé à celui d’un treillis. Cette analogie est la base des modèles de calculs
réglementaires. Les procédures de dimensionnement actuelles estiment la capacité au cisaillement
ultime des poutres minces en B.A avec épingles, 𝑉𝑢 en simplement ajoutant la contribution du béton
à celle des épingles :
𝑉𝑢 = 𝑉𝑐 + 𝑉𝑠
𝑉𝑠 est simplement déterminé en se basant sur le modèle treillis parallèle avec 45%
d’inclinaison des fissures de cisaillement :
𝐴𝑣 𝑓𝑦 𝑑
𝑉𝑠 = = 𝜌𝑣 𝑓𝑦 𝑏𝑤 𝑑
𝑠
31
Les études expérimentales de Mphonde (Mphonde, 1989), Russo et Puleri (Russo and
Puleri, 1997) ont montré que l’ajout d’épingles améliorait la résistance du béton au cisaillement et
souvent conduisait à une valeur de 𝑉𝑐 plus importante que celle calculée par les considérations
d’équilibre du modèle treillis 45°.
Chana (Chana, 1987) a suggéré que le mécanisme de rupture en cisaillement des poutres
en B.A avec armatures d’effort tranchant est fondamentalement différent de celui des poutres non
renforcées en effort tranchant, et c’est pour cela que 𝑉𝑐 et 𝑉𝑠 influent l’un l’autre.
En ajoutant simplement ces paramètres pour déterminer la résistance au cisaillement
nominale des poutres en B.A avec épingles peut induire une erreur significative et n’a pas encore
été prouvée valide.
Figure 2-23 Les modèles de treillis de Mörsch et Ritter (Grandić, Šćulac, and Štimac Grandić 2015)
Néanmoins, le modèle actuel permet de valider le premier rôle des épingles à savoir la
liaison entre la traction des aciers longitudinaux et la compression du bloc de béton en flexion et
32
assure que ces deux aspects agissent en un unique bloc (Collins (Collins, Bentz, and Sherwood
2008)).
Dans la suite, l’implication des épingles dans les différents mécanismes de résistance au
cisaillement est mise en évidence.
Figure 2-24 Influence des épingles sur le mécanisme de transfert des tractions résiduelles dans le béton
33
Figure 2-25 Courbe montrant l'évolution de la résistance au cisaillement due à l'engrènement des
granulats dans un béton sans armatures en fonction de l'ouverture de fissure (NEN Committee 351001
1995)
Les armatures d’effort tranchant, en particulier les épingles, jouent ce rôle de couture qui permet
de mieux contrôler l’ouverture des fissures.
Une étude a été menée dans ce sens. Il s’agissait de connaître l’impact de l’espacement des épingles
sur la largeur des fissures de poutres soumises au cisaillement (ZAKARIA, 2009). Les résultats de
la campagne expérimentale démontrent que pour une même déformation mesurée au niveau des
épingles, l’ouverture des fissures décroît à mesure que l’espacement entre les épingles diminue.
Ainsi, plus l’espacement entre les épingles est réduit (taux d’armatures d’effort tranchant plus
élevé), plus la zone de béton contrôlée par chaque épingle est petite : effet de confinement crée
entre l’épingle et le béton environnant. Ainsi l’ouverture des fissures est mieux limitée.
34
Figure 2-26 Effet de l'espacement des épingles sur l'ouverture de fissures: en bleu l'espacement choisi est
de 100 mm et en rouge l'espacement choisi est de 200mm
Plusieurs campagnes d’essais ont été réalisées sur des poutres soumises à un chargement
uniforme pour prouver l’influence des épingles sur l’effet de goujon (Poli, Prisco, and Gambarova
1993). La technique utilisée consistait en la mesure de la contrainte de traction verticale appliquée
par l’armature longitudinale Vu (équivaut l’effet de goujon) à différentes distances « t » de la
première épingle. La Figure 2-27 traduit les résultats de ces tests.
La courbe obtenue démontre la forte influence que peut avoir une épingle à proximité du
plan de cisaillement, sur l’effet de goujon. Ainsi, en augmentant le confinement du béton, les
épingles l’empêchent de se désolidariser de l’armature longitudinale. Toutefois, on peut remarquer
aussi que l’influence est rapidement amortie avec la distance, ainsi un espacement des épingles
trop important rendrait ce mécanisme négligeable.
35
Figure 2-27 Evolution de l'effet de goujon en fonction du rapport t/db avec t la distance à la première
épingle et db le diamètre de l'armature longitudinale (Poli, Prisco, and Gambarova 1993)
[Link] Influence des armatures d’effort tranchant sur la ductilité des structures
Les épingles apportent un dernier mécanisme de résistance au cisaillement qui est
l’amélioration de la ductilité de la structure (Said and Elrakib 2013). Cet avantage est primordial
puisque les ruptures en cisaillement sont fragiles et brutales tandis qu’un comportement ductile
laisse place à des déformations importantes et une meilleure absorption d’énergie (Husain and Eisa
2017) .
36
Figure 2-28 Profil de fissuration poutres larges sous chargement de cisaillement avec différentes
dispositions d'armatures d'effort tranchant (Mohammadyan-Yasouj et al. 2015)
37
Force (kN)
200
A01:Rupture
ductile
100 A00:Rupture
fragile
Avec épingles
Sans épingles
5 10 20 30
Déplacement
(mm)
Figure 2-29 Courbes charge-flèche de deux poutres similaire telles que : A00 est sans épingle et A01 avec
épingles (Cucchiara, La Mendola, and Papia 2004)
38
Une campagne expérimentale menée par Moody et Viest a été réalisée au milieu des années
1950 sur près de 136 poutres afin de tester les rôles de différents paramètres dont la résistance en
compression du béton (Figure 2-30).
Les résultats des essais témoignent que l’augmentation de la résistance en compression a
de l’influence lorsque celle-ci demeure inférieure à environ 25 MPa (4000 Psi). Cette valeur
représente actuellement une résistance en compression courante dans le génie civil et employer des
résistances plus faibles est plutôt rare. De ce fait, selon Moody, augmenter la résistance en
39
compression des éléments de génie civil contemporains ne permettrait pas d’améliorer la résistance
au cisaillement.
Figure 2-30 Résistance au cisaillement des poutres en fonction de la résistance en compression en Psi1
Des poutres en béton armés avec épingles dont la résistance caractéristique du béton varie
entre 39 MPa et 80 MPa ont été testées sous sollicitation d’effort tranchant. Le Tableau 2-2 détaille
les charges maximales obtenues dans chaque test. L’augmentation de la résistance au cisaillement
suite à l’utilisation d’un béton haute performance est très faible dans le cas des poutres AL2W et
AL2H puisqu’elle ne dépasse pas 7%. Le cas des poutres AS3-N et AS3-H confirme cette tendance,
puisque l’utilisation d’un béton à résistance normale ou un BHP n’affecte pas la résistance au
cisaillement : la variation est nulle cette fois-ci.
1
2000 𝑃𝑠𝑖 ≅ 27. 5 𝑀𝑃𝑎
40
Tableau 2-2 Les résultats expérimentaux des travaux de Sarsam et al. (Sarsam and Al-Musawi 1992)
Les travaux d’Angelakos s’accordent avec celles de Sarsam dans la mesure où augmenter
la résistance en compression du béton n’influe pas sur la résistance au cisaillement dans une
structure, ceci va d’ailleurs à l’encontre des codes analytiques qui prennent en compte ce paramètre
dans leurs formules respectives.
Figure 2-31 Courbes charge-flèche de poutres avec différentes résistances en compression du béton
(a/d=2.75)
41
D’autre part, les BHP sont connus pour leur faible porosité qui leur confère une meilleure
résistance en compression. De ce fait, selon Nana (NANA, 2017), l’engrènement des granulats est
diminué et sa contribution est substituée partiellement par la résistance augmentée en compression
du béton.
Les travaux de Ismail et al (Ismail, Guadagnini, and Pilakoutas 2017)
Les essais supervisés par Ismail et al consistaient en des tests de chargement en cisaillement
de poutres profondes (a/d<2.5). Les résultats de ses essais sont résumés dans la Figure 2-32.
A l’inverse des résultats d’Angelakos et de Sarsam, les travaux d’Ismail montrent une réelle
influence de la résistance en compression du béton sur la résistance en cisaillement. Cependant,
ces conclusions ne sont pas contradictoires avec celles obtenues précédemment. En effet, il est
intéressant de noter qu’au regard des études précédentes, les tests étaient réalisés sur des poutres
𝑎
avec un rapport 𝑑 ≥ 2.5. Ceci n’est pas le cas ici. On remarque d’ailleurs sur la Figure 2-32, que
plus le rapport a/d est faible plus l’influence de la résistance en compression est importante. De
surcroît, dans les cas de poutres profondes, le mécanisme de cisaillement prioritaire est celui d’effet
d’arche. Par conséquent, les contraintes de compression excessives contribuent à la ruine de la
structure.
En résumé, les différents travaux analysés tendent en général à vouloir négliger l’influence
de la résistance en compression du béton au profit d’autres mécanismes. Ceci demeure vrai lorsque
le rapport a/d est suffisamment élevé. Lorsque le rapport a/d devient très inférieur à 2, cette
supposition n’est plus valable et la résistance en compression du béton a une réelle influence sur la
résistance au cisaillement de la structure en question.
42
espacées est plus favorable que le cas d’aciers aux diamètres plus conséquents mais plus espacés
parce que cela permet de réduire l’ouverture de fissure mais également d’augmenter la résistance
au cisaillement.
Les travaux de Lubell (Lubell Adam S., Bentz Evan C., and Collins Michael P. 2009)
La campagne d’essais présente des éléments de type poutres et poutres larges avec des taux,
sections et résistance élastique et plastique des aciers longitudinaux qui varient. Les spécimens ont
été soumis à des essais de flexion 3 points en appui simple.
Tableau 2-3 Données expérimentales des poutres testées par Lubell (Lubell Adam S., Bentz Evan C.,
and Collins Michael P. 2009)
d 𝛒𝐥 fc Vu
Poutre bw (mm) w/d h (mm) L (mm) a/d
(mm) (%) (MPa) (kN)
AT-
252 439 0.57 471 2600 2.96 0.904 38.5 113
2/250B
AX7 704 287 2.45 335 2080 3.62 1.04 41.0 249
AX6 703 288 2.44 338 2080 3.61 1.73 41.0 281
AW1 1170 538 2.17 590 3700 3.44 0.79 36.9 585
AW4 1168 506 2.31 590 3700 3.66 1.69 39.9 716
44
- Plus le taux d’armatures longitudinales est faible plus les fissures de flexion
apparaissent tôt. Ces poutres-là, ont un comportement moins rigide et une flèche
plus importante à la rupture. Ceci est lié à la propagation des fissures de flexion qui
est requise pour atteindre l’équilibre de résistance entre le bloc de compression et la
traction dans les aciers (Figure 2-33).
- Un taux d’armatures longitudinales plus élevé conduit effectivement à une
résistance au cisaillement plus élevée. Ceci est vérifié dans le cas où on augmente
la section des aciers tout comme celui où on réduit la largeur de poutre (Figure
2-34).
Figure 2-34 Courbes charge-flèche des différentes poutres testées en cisaillement (Lubell Adam S.,
Bentz Evan C., and Collins Michael P. 2009)
45
Dans son article, Tompos rassemble les données test ayant permis l’élaboration du
code ACI 318-02.
Il s’agit d’une composition de résultats de 194 tests sur poutres rectangulaires. Malgré cela, les
données ne semblent pas représentatives de la réalité. En effet, alors que 1% de renforcement
longitudinal est commun dans le génie civil, moins de 10% des données d’essai originales
provenaient de poutres avec 1% ou moins d’armatures longitudinales. En outre, parmi les poutres
avec 1% ou moins d’aciers longitudinaux, il y a eu un unique cas de rupture avec une résistance
inférieure à 2√𝑓𝑐′ 𝑏𝑤 𝑑
En vue des défauts de représentativité de ces essais, Tompos se base sur des études plus
récentes pour établir une nouvelle base de données à partir de 18 sources ((Collins and Kuchma
1999),(Zdenek and T. Kazemi 1991),(Frosch 2000), (Rajagopalan and Ferguson 1968) etc…). Ces
données provenaient de poutres rectangulaires en appui simple, soumises à une charge concentrée
ou répartie, et poutres avec et sans armatures d’effort tranchant. En limitant la résistance en
46
compression du béton à environ 55 MPa et en excluant des valeurs de a/d <2.5il évite les cas des
poutres avec un potentiel transfert du cisaillement par l’intermédiaire de l’action d’arche.
Tous les spécimens inclus ont connu une rupture en cisaillement. L’ensemble des données
comprend 414 résultats de tests. Les données sont triées suivant la hauteur utile.
Plusieurs observations peuvent être faites à partir de la Figure 2-36. La plus évidente étant
l’effet indésirable que le taux d’armatures longitudinales inférieur à 1% a sur la résistance au
cisaillement : on note une importante réduction de la résistance au cisaillement dès l’instant où le
taux d’armatures passe en dessous de la barre d’environ 1.25%. La Figure 2-36 indique également
que l’effet préjudiciable des faibles taux d’armatures longitudinaux est exacerbé par la taille de la
poutre. Dans l’ensemble, des poutres plus profondes, représentées par les points triangulaires, ont
les résistances de cisaillement les plus basses.
Ainsi il apparaît qu’une hauteur utile importante induit une diminution drastique de la
résistance au cisaillement en raison de l’effet d’échelle. De surcroît, les résistances de cisaillement
les plus faibles ont été relevées sur les spécimens les moins élancés avec une résistance au
cisaillement inférieure à √𝑓𝑐′ 𝑏𝑤 𝑑. Enfin il est nécessaire de noter que, bien que l’effet d’échelle
soit observé sur la Figure 2-36, une importante dispersion existe dans les données. Ce faisant,
l’influence des armatures longitudinales sur la résistance au cisaillement n’est plus à prouver.
47
En résumé, l’analyse de ces deux campagnes d’essais permet d’établir les conclusions
suivantes :
• L’augmentation du taux d’armatures longitudinales permet en effet d’observer une
amélioration de la résistance au cisaillement notamment grâce à l’effet de goujon.
• Le taux d’armatures longitudinal et la disposition de ces armatures participent à
l’allure du profil de fissuration. Une répartition dense des armatures permettrait
d’obtenir des fissures de flexion plus nombreuses et plus fines ainsi qu’une surface
de rupture plus nette.
• L’effet d’échelle a une réelle influence sur l’efficacité du mécanisme de résistance
au cisaillement des aciers.
48
Qing et son équipe ont testé plusieurs poutres sous sollicitation d’effort tranchant dans le
but d’obtenir des ruptures en cisaillement. Dans leur étude ils ont utilisé différentes tailles
maximales de granulats pour quantifier l’effet de ce paramètre sur la résistance au cisaillement. Ils
ont également fait varier le rapport a/d et la longueur de poutre. Tous les autres paramètres sont
identiques y compris la section transversale (Taylor, 1972) . Les poutres utilisées ne contiennent
pas d’armatures d’effort tranchant.
Tableau 2-4 Données expérimentales et résultats des essais (Deng, Yi, and Tang 2017)
𝑎
Série Spécimen 𝑎𝑔 (mm) 𝑑(mm) 𝐿(mm) 𝑎(mm) 𝑉𝑐𝑟 (kN) 𝑉𝑢 (kN)
𝑑
B2.2-10-1 10 360 2000 800 63.0 101.5
B2.2-20-1 20 360 2000 800 61.0 101.5
2.2
B2.2-31.5-1 31.5 360 2000 800 81.4 108.0
N°1 B2.2-40-1 40 360 2000 800 66.7 123.2
B3.0-10-1 10 360 2000 1100 51.3 79.0
B3.0-20-1 3 20 360 2000 1100 62.8 81.5
B3.0-31.5-1 31.5 360 2000 1100 72.8 92.4
49
50
Figure 2-37 Effet de la taille des granulats sur la résistance au cisaillement ultime nominale: (a) et (b)
données de cette étude; (c) des données de Taylor (Taylor 1972); et (d) les données de Sherwood
(Sherwood, Bentz, and Collins 2007)
Zdenek et Bazant (Bazant and Sun 1987) se sont également basés sur plusieurs études afin
d’établir la possible liaison entre la taille des granulats et la résistance au cisaillement d’une poutre
notamment celles de Walraven (J. C. Walraven 1978b), de Leonhardt (Leonhardt and walther
1962), de Kani (G. N. J. Kani 1967) et celle de Chana (Chana 1981). Ils ont conclu qu’il y a réelle
influence de la taille des granulats sur la résistance au cisaillement.
51
Dans cette partie, l’effet d’échelle et celui du rapport d’élancement à la hauteur utile seront
abordés. Bien que ces deux paramètres soient liés par l’étude de la variation de la hauteur efficace
d, il est important de les distinguer. L’effet d’échelle conserve le rapport a/d tout en variant la
hauteur efficace d. Il est causé par la libération d’énergie de déformation de la poutre à la zone
fissurée durant la propagation de la zone fissurée : plus la structure est large plus l’énergie libérée
est importante (Bazant and Sun 1987).
Le rapport a/d a clairement une influence capitale sur la résistance au cisaillement. Diverses
recherches se sont focalisées sur ce paramètre indispensable du cisaillement en particulier à cause
de son impact sur les différents mécanismes de résistance comme cela a été mentionné
précédemment (2.2.4, 2.4.1, 2.4.2 et 2.4.3) à travers l’activation ou pas de l’effet d’arche.
Talbot (A. N. (Arthur N. Talbot 1909) fut le premier à constater le rôle du ratio longueur
de poutre sur profondeur dans le cisaillement grâce aux tests réalisés sur 106 poutres sans armatures
d’effort tranchant. Ce rôle a été affiné par la suite par Clark (Clark 1951) en introduisant le rapport
a/d dans la formule de calcul du cisaillement. Dès lors, ce paramètre fut une manière de prendre en
considération l’effet de la traction des armatures longitudinales de flexion. Malheureusement, il
n’a pas pu être défini pour des cas de charges généralisés. Ce handicap a été dépassé au début des
années 50 quand des chercheurs de l’Université de l’Illinois ont exprimé ce rapport sous la forme
𝑀
de 𝑉𝑑 et qui est un précurseur de la formule actuelle de l’ACI 318-14.
52
Figure 2-38 Variation de la contrainte de rupture en cisaillement en fonction du rapport a/d (𝟏𝑴𝑷𝒂 ≅
𝟏𝟒𝟓 𝒑𝒔𝒊)
Les résultats du diagramme montrent clairement que l’influence du rapport a/d est incontournable
𝑎
lorsque 𝑑 < 2.5, au-delà ce paramètre n’a pas ou peu d’impact sur la charge ultime. En effet, une
𝑎 𝑎
poutre avec un rapport = 5.35 perd 16% de résistance au cisaillement lorsque le rapport 𝑑 =
𝑑
𝑎
3.02. En revanche, une poutre ayant un rapport = 1 a une résistance au cisaillement 128%
𝑑
𝑎
supérieure à une poutre avec 𝑑 = 2. Cet impact est bien sûr lié à l’activation de l’effet d’arche avec
transmission des contraintes aux appuis à travers les bielles de compression. D’autre part, pour un
𝑎
même rapport 𝑑, une hauteur utile moins importante connaît des valeurs de résistance au
cisaillement légèrement inférieures, ceci est sans doute dû au fameux effet d’échelle ou coefficient
de sécurité selon Kani. Ce phénomène explique que lorsque les dimensions d’un spécimen sont
plus importantes, la probabilité d’existence d’un défaut l’est également. Ainsi, une fissuration
précoce peut avoir plus facilement lieu dans des spécimens massifs. De surcroît, il est judicieux de
rappeler, que des spécimens massifs en béton sont plus sujets à la fissuration en raison du gradient
thermique lors de la prise du béton.
53
Figure 2-39 Variation du rapport du moment ultime sur le moment de flexion en fonction de d et du
rapport a/d
𝑀
Dans la Figure 2-39, Kani introduit le rapport 𝑀 𝑢 (avec 𝑀𝑓𝑙 le moment de flexion de la poutre et
𝑓𝑙
𝑎 𝑎
𝑀𝑢 le moment de résistance ultime). Plus le rapport 𝑑 est important plus 𝑟𝑢 est proche de 1. Pour 𝑑 ≥
Bon nombre de campagnes expérimentales ont été réalisées à la suite de celles de Kani qui ont
𝑎
confirmé que la résistance au cisaillement augmentait lorsque le rapport diminue notamment
𝑑
celles de Zwiyer (Zwoyer and Siess 1954), Berg (Berg 1962), Fung Kew (Kong, Robins, and Cole
1970) puis celle de Smith (K. N. Smith and Vantsiotis 1982). Dans ce dernier article cité, Smith
𝑎
observe une claire augmentation de la fissuration diagonale lorsque 𝑑 diminue, cela est accompagné
55
des poutres ainsi que d’évaluer l’interaction de ce paramètre avec d’autres mécanismes comme il
a été précédemment mentionné.
En ce qui concerne l’effet d’échelle, la bibliographie est riche d’une base de données
expérimentales est analytique importante et diversifiée.
Les premières sont celles présentées par Taylor (Taylor 1972) et Kani (G. N. J. Kani 1967)
qui montrent effectivement la diminution de résistance au cisaillement en fonction de la profondeur
de poutre.
D’autres chercheurs se sont intéressés au sujet, dont Walraven et Lehwalter (Walravena and
Lehwalter 1994), Tan et Lu (Tan and Lu 1999), Zhang et Tao (Zhang Tao, Visintin Phillip, and
Oehlers Deric John 2016), Sneed et Ramirez (Sneed and Ramirez 2010) etc… Tous affirment que
l’effet d’échelle conduit à la réduction de la résistance au cisaillement des poutres.
Ci-dessous quelques travaux brièvement présentés avec les observations les plus
pertinentes émises par leurs auteurs respectifs.
56
constant avec la 𝑙𝑒 la longueur de la zone de charge. Le taux d’armatures d’effort tranchant varie
entre 𝜌𝑣 = 0 et𝜌𝑣 = 0.3%
L’effet d’échelle est bien observé dans les résultats de ces essais. Walraven a d’ailleurs
attribué la cause de ce mécanisme à la croissance des ouvertures de fissures avec l’augmentation
de la hauteur utile. En effet, des fissures plus larges diminuent le transfert des contraintes de traction
à travers les fissures diagonales. De ce fait, les mécanismes de résistance comme l’engrènement
des granulats sont dégradés.
En revanche, il ne semble pas y avoir de corrélation entre l’effet d’échelle et l’influence des
armatures d’effort tranchant. Ces essais indiquent qu’ils sont indépendants.
Travaux de Tan et Lu (Tan and Lu 1999)
12 poutres en B.A ont été testées en cisaillement par Tan et Lu. 4 valeurs du rapport a/d ont
été choisies :
57
Tableau 2-5 Valeurs de a/d suivant chaque série (Tan and Lu 1999)
Série I II III
a/d 0.56 0.86 1.13
La hauteur d varie quant à elle entre 440mm et 1560mm. La longueur de la zone de charge
est constante et égale à 250mm.
n’a pas augmenté proportionnellement avec la profondeur (Figure 2-44). De ce fait, les approches
basées sur une progression linéaire de la résistance au cisaillement sont à rejeter.
58
L’effet d’échelle par rapport à la largeur de fissure diagonale est atténué une fois que la
profondeur de la section atteint 1067mm La largeur maximale de la fissure diagonale à un
pourcentage donné de la charge maximale appliquée a tendance à augmenter au fur et à mesure que
la profondeur du spécimen passe de 584mm à 1067mm. Cela n’est plus observé pour des
profondeurs de poutres plus élevées.
59
Figure 2-45 Ouverture de fissure maximale pour des spécimens dont a/d=1.85 et 𝝆𝒗 = 𝝆𝒉 = 𝟎. 𝟐%
En résumé les travaux présentés montrent que bien que l’effet d’échelle soit un réel
𝑎
paramètre influant de la résistance au cisaillement. Il dépend aussi du rapport et est sans doute
𝑑
2.
60
Dans cette partie, seront présentés les paramètres influençant la résistance au cisaillement
des armatures d’effort tranchant.
Le chargement est appliqué au milieu de chaque poutre de la campagne. Toutes les poutres
sont appuyées à chaque bord.
Les résultats montrent clairement que l’augmentation du diamètre des épingles permet
d’obtenir une meilleure résistance au cisaillement. Ainsi pour la série des poutres N, une
augmentation de 6% est à relever lorsque le diamètre des épingles passe de 8mm à 9.5mm.
L’augmentation est plus importante avec des taux de plus de 70% et 49% pour des poutres de types
M et H. L’évolution des écarts entre les contraintes des résistances au cisaillement normalisées sont
dues à la valeur de la résistance caractéristique du béton en compression. Comme expliqué
précédemment, utiliser un béton à haute performance ne permet pas d’améliorer d’une manière
conséquente le cisaillement puisque lorsqu’ils sont employés le mécanisme d’engrènement des
granulats est fortement réduit à cause des fissures lisses qui traversent le squelette granuleux au
lieu de le contourner. De ce fait, la résistance au cisaillement reprise par les armatures d’effort
tranchant est plus importante à la fissuration d’autant plus qu’ils s’avèrent plus efficaces en raison
de la faible porosité du béton.
Plus les épingles ont un diamètre important plus ils supportent des efforts conséquents, ils
confèrent ainsi une meilleure résistance au cisaillement.
Moody (R. C. Elstner et al. 1955)
Moody (R. C. Elstner et al. 1955) a étudié le comportement de poutres avec différents types
et taux d’épingles soumises à du cisaillement.
Spécimen 𝑏𝑤 𝑑 𝑎 𝜌𝑙 𝑎 Epingles 𝑃𝑢 𝑉𝑢
𝑑
(𝑚𝑚) (𝑚𝑚) (𝑚𝑚) % Diamètre Espacement 𝑘𝑁 /√𝑓𝑐′
𝜙 (𝑚𝑚) 𝑠 (𝑚𝑚)
62
Les poutres font une longueur de 4673mm. Elles sont chargées en 4 points et simplement
appuyées. Les poutres 1-t, 1-11a, et 1-12a contiennent des épingles verticales, tandis que les poutres
1-14a et 1-15a sont renforcées avec des épingles inclinées.
a a a a a
Les résultats des essais montrent une augmentation de la résistance au cisaillement de près
de 57% lors d’ajout d’épingles verticales. En augmentant le diamètre, la résistance maximale
semble plafonner. En effet, le taux d’armatures au cisaillement est fortement élevé puisqu’il varie
entre 0.52% et 2.14% pour les poutres avec épingles. De ce fait, l’augmentation du diamètre ne
semble plus avoir d’influence lorsque les poutres 1-11a et 1-12a puis 1-14a et 15-a sont comparées.
Diminuer l’espacement a permis, en revanche, d’améliorer notoirement la résistance au
cisaillement puisqu’une augmentation de la résistance de près de 56% est observée.
En résumé, le diamètre des épingles est un paramètre incontestable de la résistance au
cisaillement des spécimens avec épingles. En revanche, il apparaît qu’augmenter la section au-delà
d’une certaine valeur n’améliore plus la résistance au cisaillement. Il serait alors conseillé de
diminuer l’espacement.
Ainsi, à proximité de l’appui, Kani explique que par l’effet d’arche les contraintes sont
directement transmises à l’appui : la mise en place de renforts est inutile (zone I Figure 2-47).
Au voisinage, de la zone de charge, des armatures d’effort tranchant seront d’utilité limitée
puisque l’on retrouve nécessairement des contraintes de flexion qui se traduisent par une faible
zone de compression et un ancrage des aciers d’effort tranchant réduit (zone V Figure 2-47).
Figure 2-47 Schéma des zones pouvant nécessiter l'ajout d'armatures d'effort tranchant
Kani a confirmé ses hypothèses par des essais où des poutres similaires ayant un rapport
𝑎
d’élancement 𝑑 = 3 sont testées (Tableau 2-7). Il faisait varier pour chaque spécimen le paramètre
𝑢 qui représente la distance entre le point de charge et la localisation de l’épingle. Il s’avère que
lorsque l’épingle est placée près de l’appui, avec 2𝑑 < 𝑢 < 3𝑑, la contribution de l’épingle est
faible. En diminuant la valeur de 𝑢, la résistance au cisaillement de l’épingle devient plus concrète
puisque la contrainte ultime augmente de près de 39% lorsque 𝑢 varie de 2.01𝑑 à 1.24 𝑑. Passée
cette valeur, la résistance décroît, ainsi pour 𝑢 = 0,5𝑑 (spécimen 681) la contrainte ultime est
réduite de plus de 22% par rapport au spécimen 686.
64
Figure 2-48 Influence de la localisation de l'épingle sur la résistance au cisaillement (G. N. J. Kani 1969)
Tableau 2-8 Propriétés des poutres (Eric J. Tompos and Robert J. Frosch 2002)
Spécimen 𝑏𝑤 𝑑 𝑎 𝑠 𝜌𝑣 𝑉𝑢𝑙𝑡 𝑉𝐶𝑟𝑎𝑐𝑘 𝑉𝑐𝑟𝑎𝑐𝑘
𝑑 √𝑓𝑐′ 𝑏𝑤 𝑑
(𝑚𝑚) (𝑚𝑚) (𝑚𝑚) (kN) (kN)
V 36-2 457 851 3 165.1 0.084 487.5 346.1 0.136
V 36-3 457 851 3 371.5 0.084 511.5 332.7 0.131
65
66
45°
Elstner and Hognestad 1956), Anderson (J. . Anderson 1963)). Il est hautement efficace et
économique lorsqu'il est combiné avec d'autres types de renforcements, telles que des épingles
comme montrées par Broms (Broms 2000).
Différents types d'épingles ont également été testés pour des dalles : des étriers continus
(Figure 2-50 b)), qui ont d'abord été évalués par Seible et al. (Seible, Ghali, and Dilger 1980), et
des étriers inclinés (Figure 2-51b). En général, les armatures d’effort tranchant fermées et les
étriers continus ne sont pas courants car ils entravent les installations de barres d'armatures
longitudinales et transversales. En revanche, les épingles ouvertes offrent plus de polyvalence à la
fois la conception et la construction. Cependant, ils ont tendance à augmenter les coûts parce qu'ils
sont laborieux en termes de production et d'installation.
Les recherches menées au Brésil par Melo et al.(Melo, Coelho, and Oliveira 2000), Andrade
(ANDRADE 2000) et Trautwein (Trautwein 2001) présentent les résultats des essais sur dalles
avec des épingles ayant des inclinaisons de 45º et 60º par rapport au plan de la dalle. Ces derniers
ont montré d'excellentes performances structurelles en raison d’un meilleur ancrage au béton, mais
leur utilisation est limitée car elle n’est pas pratique.
Les différences de performance entre les types d’armatures d’effort tranchant ont été
analysées par plusieurs études : Kani (G. N. J. Kani 1969) Mohammadyan-Yasouj
(Mohammadyan-Yasouj et al. 2015), Cucchiara (Cucchiara, La Mendola, and Papia 2004),
Narayanan (Narayanan and Darwish 1987a), Ferreira (Ferreira et al. 2016), Soltani (Soltani,
Indurkar, and Ross 2016) et Gayed (Gayed and Ghali 2004).
Certaines de ces investigations sont détaillées ci-dessous :
en fonction du type de renforts qu’ils contiennent respectivement : des épingles verticales, des
épingles inclinées ou des barres relevées.
P
a
u
45°
Figure 2-52 Schéma explicatif des paramètres d'armatures de cisaillement (cas des poutres B avec
épingles inclinées)
Les résultats de la campagne d’essais traduisent que lorsqu’une seule armature de
cisaillement est ajoutée, choisir des éléments non verticaux comme les barres relevées et les
épingles inclinées permet une augmentation de la contrainte ultime de près de 45% (cas de la poutre
A1 par rapport à B1). Cet accroissement est observé quel que soit le rapport a/d mais il dépend
fortement de la proximité de l’élément de renforcement du point de charge. En effet, lorsque
69
l’épingle verticale est proche de la zone de charge, l’ancrage est faible. Les éléments inclinés
couvrent une distance horizontale qui leur permet un meilleur ancrage.
En revanche, lorsque les épingles sont placées dans une zone suffisamment éloignée de la
zone de charge, il s’agit du cas de la deuxième épingle pour les poutres A3 et A4, la différence de
résistance au cisaillement entre les poutres équipées d’armatures inclinées et celles avec des
armatures verticales n’est plus observée.
De manière générale, les barres relevées présentent les meilleurs résultats en termes de
performance.
Les travaux de Mohammadyan-Yasouj (Mohammadyan-Yasouj et al. 2015)
L’équipe de Mohammadyan-Yasouj a effectué des recherches concernant les poutres larges
équipées de différents types d’armatures d’effort tranchant : les épingles et les barres relevées.
Les propriétés géométriques des spécimens sont similaires, seuls peuvent varier la
disposition et le taux d’armatures d’effort tranchant (Tableau 2-10).
70
Figure 2-53 Courbes charge-flèches des différentes poutres larges testées (Mohammadyan-Yasouj et al.
2015)
L’utilisation des barres relevées (spécimen WB2) a permis une augmentation de charge
d’environ 51%, avec une plus grande ductilité par rapport à la poutre WB1 en raison d’une flèche
maximale plus grande également. La mise en place d’épingles (spécimen WB5) permet une
augmentation de 45% de la résistance au cisaillement, mais celle-ci est moins importante que celle
permises par les barres relevées, grâce à leur inclinaison. Quand les deux solutions sont utilisées
(spécimen WB5), l’augmentation de la résistance au cisaillement n’est que de 5% par rapport au
cas WB2. De ce fait, la contribution des armatures d’effort tranchant est limitée pour des taux de
renforcement importants.
• Les goujons
Soltani (Soltani, Indurkar, and Ross 2016) s’est intéressé à l’étude de poutres et dalles
équipées de rails de goujons et leurs comportement lorsqu’elles sont soumises à du cisaillement. Il
les a comparées à des poutres et dalles avec épingles verticales (Figure 2-54).
71
Figure 2-54 Sections transversales des poutres et dalles (1 in=25.4mm) (Soltani, Indurkar, and Ross
2016)
Les paramètres d’études sont le taux d’armatures longitudinales, le rapport d’élancement
𝑎
et le taux d’armatures d’effort tranchant en faisant varier l’espacement.
𝑑
Les poutres B sont simplement appuyées, les dalles S sont portées sur une unique direction.
Les éléments munis de goujons sont désignés par R et ceux équipés d’épingles par S.
Espacement Type
𝜌𝐿 𝑏𝑤 ℎ 𝑎 𝑉𝑢
Spécimen 𝑎 longitudinal de
% (𝑚𝑚) (𝑚𝑚) (𝑚𝑚) (𝑘𝑁)
𝑑 𝑠 (𝑚𝑚) rupture2
SR6 0.18 559 229 558 2.7 152 269 C.F
2
C .F : cisaillement en flexion, F : flexion, C.C : cisaillement en compression
72
Les résultats expérimentaux montrent que les épingles verticales présentent de meilleures
performances en général que les rails de goujons et permettent d’atteindre des ruptures en flexion.
Par ailleurs, l’auteur explique que les goujons ont atteint leur limite élastique 𝑓𝑦𝑅 = 355 𝑀𝑃𝑎 qui
est inférieure à celle des épingles 𝑓𝑦𝑆 = 496 𝑀𝑃𝑎 ce qui explique la meilleure résistance au
cisaillement des éléments équipés d’épingles. Ceci entre autres, met en lumière l’importance de la
limite d’élasticité dans la résistance au cisaillement conférée par les armatures d’effort tranchant.
En revanche, Soltani développe que la configuration des épingles permet une meilleure résistance
à la torsion.
En comparant des poutres munies de goujons à double tête à des poutres avec épingles à
travers des essais de cisaillement, Gayed et Ghali (Gayed and Ghali 2004) indiquent que la
résistance au cisaillement et la ductilité est légèrement améliorée avec les goujons. Ils concluent
que ce type de renforcement est un substitut adéquat aux épingles dans le renforcement des
spécimens au cisaillement.
73
- Une distance plus petite entre les fibres par rapport à celle entre les épingles, impliquant
une efficacité plus grande dans le mécanisme d’arrêt de fissures et une meilleure
distribution des fissures de traction.
Narayanan et Darwish (Narayanan and Darwish 1987b) ont observé que le profil de
fissuration qui se développe dans les poutres armées en fibres sollicitées en cisaillement est
similaire à ce qui est observé dans les poutres en B.A avec des épingles. Cette remarque vient de
la comparaison entre les performances des poutres armées uniquement en épingles et de poutres
sans épingles avec du béton fibré dans un pourcentage équivalent à celui des épingles :
l’amélioration de la charge maximale de cisaillement n’est pas significative mais la résistance
correspondant à l’apparition de la 1ere fissure augmente remarquablement. Les fibres ont comme
rôle de transformer la rupture brutale en une rupture plus ductile. Cela est lié à une amélioration de
l’effet de goujon et l’effet d’arche dans le spécimen (dû à la résistance à la traction offerte par les
fibres qui traversent la section fissurée). La modélisation de ces éléments a démontré les paramètres
jouant dans ces fibres à savoir :
également, qu’à condition d’un dosage suffisant (taux >2%), les fibres peuvent se substituer
aux épingles car elles autorisent une bonne dissipation d’énergie. Néanmoins, coupler les
deux solutions offre l’avantage d’une déformation plus importante post élastique.
En résumé, il existe divers types d’armatures d’effort tranchant, qui possèdent chacun d’eux
des avantages et des inconvénients dans leurs performances, leurs productions, leurs coûts et leurs
mises en œuvre.
Dans la suite, les épingles seront l’unique type d’armature d’effort tranchant abordé puisque
les dalles testées dans le cadre de la campagne expérimentale étaient équipées d’épingles verticales.
74
[Link] Influence de la largeur de section sur la contrainte de cisaillement : cas des charges
linéiques
En 1962, Diaz de Cossio (Committee 326 1962) a présenté une critique de l’ACI 326, qui
𝑏𝑤
ne prend pas en compte le rapport parce que les essais pris en compte par l’ACI ne comptaient
𝑑
𝑏𝑤
que des éléments rectangulaires avec des rapports de 0.5. Il a testé 22 éléments dalles avec des
𝑑
largeurs qui varient de 4 à 8 fois l’épaisseur. Il a conclu que la force de cisaillement est
correctement représentée par une contrainte nominale de cisaillement d’environ 0.33√𝑓𝑐 ′ pour des
sections situées à d/2 jusqu’à 0.75 𝑑 de la zone chargée. Une légère augmentation en force peut
être à prévoir dans les dalles travaillant dans les 2 directions.
75
Kani (M. Kani, Huggins, and Wittkopp 1979) a vérifié expérimentalement si une poutre
étroite avec une largeur bw = 254mm se comportait différemment par rapport à une poutre 4x
plus large (𝑏𝑤 = 1016𝑚𝑚). 4 pairs de poutres avec des rapports de l’élancement à la hauteur a/d
différents ont été testées. Les résultats donnaient des écarts variant de 10% en dessus et en dessous
en moyenne. Ainsi, augmenter la largeur du spécimen ne semble pas influer sur la contrainte de
cisaillement selon Kani.
En 2004, Lubell (Lubell et al. 2004) compare des résultats d’essais sur poutres étroites et
poutres larges à caractéristiques similaires. L’écart entre les contraintes de cisaillement est inférieur
à 2%. Cette étude confirme la conclusion de Kani qui stipule que la résistance au cisaillement est
directement proportionnelle à la largeur de poutre.
Sherwood et al (Sherwood et al. 2006) a testé 9 bandes de dalles en béton sous chargement
linéique en 3 points pour vérifier si les aspects du cisaillement ne sont pas conservatifs quand ils
sont appliqués aux dalles épaisses et larges. Encore une fois, la largeur n’affecte pas la contrainte
de cisaillement en rupture pour les dalles unidirectionnelles et les poutres larges. La présence
d’armatures transversales inférieures n’a d’ailleurs pas influencé la résistance au cisaillement.
Gurutzega (Gurutzeaga et al. 2015) de son côté, a rassemblé des données expérimentales
𝑏𝑤
de près de 79 dalles testées au cisaillement et a analysé l’influence du rapport . Le graphique
𝑑
obtenu (Figure 2-55) n’a pas permis d’observer l’effet de ce paramètre, il aurait même tendance à
confirmer les auteurs précédents qui nient l’implication de la largeur dans la contrainte de
cisaillement.
76
Plus récemment, Conforti et al (Conforti, Minelli, and Plizzari 2017) s’est intéressé au
𝑏
rapport 𝑑 de manière plus globale. En rassemblant les données issues de sa campagne expérimentale
avec ceux récoltés dans la littérature d’essais de chargements linéiques, il a comparé les résultats
𝑏
de près de 40 spécimens dont varie entre 0.12 et 6.67 (Figure 2-56) a permis d’effectuer les
𝑑
observations suivantes :
𝑏
- Lorsque est inférieur à 1 l’évolution de la résistance au cisaillement est faiblement
𝑑
observée.
𝑏
- Lorsque 1 < 𝑑 < 3 une augmentation d’environ 25% de la résistance au
nombreuses et plus étroites dans la partie centrale de l'élément par rapport aux parties externes,
garantissant un mécanisme de transfert de cisaillement plus efficace par engrènement des granulats.
b
Cela permet aux membres avec > 1 d'atteindre une capacité de résistance au cisaillement plus
d
élevée.
77
𝒃
Figure 2-56 La résistance au cisaillement normalisée en fonction du rapport 𝒅
cisaillement qui peut augmenter de près de 25%. En revanche, la transition entre poutres larges et
dalles se fait sans aucun gain dans la contrainte de résistance au cisaillement.
Bien que la largeur ne semble pas influer sur la contrainte de cisaillement, il est important
de définir son implication dans l’effort résistant en entier.
• Définition et pertinence
La largeur effective 𝑏𝑒𝑓𝑓 a été introduite par Goldbeck en 1917 (Goldbeck 1917). Elle
représente selon l’auteur, la largeur de dalle qui devrait être utilisée dans les formules de poutres
rectangulaires lorsqu’appliquées aux dalles. En d’autres termes, elle est largeur qui supporte
effectivement la charge appliquée. Pour cela, il considère la largeur vérifiant que l’effort résistant
78
causé par une contrainte maximale distribuée sur toute une longueur soit égal à l’effort résistant
induit par des contraintes variables sur toute la largeur réelle (Figure 2-57). Du fait de la faible
largeur des poutres par rapport à la hauteur utile, celle-ci apparaît entièrement dans les formules de
calcul. Cependant pour les dalles avec des charges concentrées près de l’appui, la résistance au
cisaillement « poutre » doit être calculée en prenant en compte une largeur effective 𝑏𝑒𝑓𝑓 .
vmax
v(x)
beff
b
Figure 2-57 Principe de largeur effective beff: surface sous la courbe de contrainte v(x) sur une longueur
b égale à celle générée par 𝒗𝒎𝒂𝒙 avec beff
Les études récentes concernant les dalles sont essentiellement concentrées sur les charges
linéiques qui ont un comportement similaire à celui des poutres et que les codes de calcul
conduisent à une approximation.
Regan (Lantsoght, Veen, and Walraven 2012) (1982) a suggéré que les dalles sous charges
concentrées près de l’appui ont une plus grande résistance au cisaillement en se basant sur les
formules de cisaillement des poutres.
Lantsoght (Lantsoght, Veen, and Walraven 2013) a réalisé une étude comparative entre le
𝑎
rapport et la largeur effective. Quand la distance appui-charge 𝑎 diminue, le rapport 𝑎/𝑑 est
𝑑
79
de définir un 𝑎/𝑑 moyen plus important ce qui conduit à une réduction de l’effet d’augmentation
de 𝑎 sur la résistance au cisaillement.
Quand le rapport 𝑎/𝑑 décroît, la résistance au cisaillement augmente fortement.
Il y a une influence claire de la largeur b sur la quantité de cette augmentation. L’auteure
compare les résultats à la méthode de calcul analytique de l’EC2 qui suggère d’utiliser le facteur 𝛽.
𝑎
Dans les essais menés, l’augmentation de la résistance due à la réduction du rapport pour les
𝑑
dalles ne dépasse pas 26% alors que le calcul 𝐸𝐶2 propose une résistance au cisaillement 2 fois
plus grande. Le fait est que le facteur 𝛽 est un facteur empirique basé sur des résultats de tests de
poutres rectangulaires de hauteur effective comprise entre 250 mm et 400 mm, d’un taux
d’armatures longitudinales 𝜌 compris entre 1% et 3% (Regan (Said and Elrakib 2013)) et d’une
résistance en compression de 20 à 40 MPa.
Pour les dalles, une méthode plus appropriée prendrait en compte les différents éléments.
Selon l’ACI 318-14, il serait convenable d’utiliser une analyse linéaire ou un modèle bielle-tirant
pour les éléments avec charges concentrées dont la distance à l’appui est inférieure à 2 fois la
hauteur.
Lantsoght (Lantsoght, Veen, and Walraven 2013) a abordé la pertinence de l’utilisation de
la largeur efficace par le billet de l’étude de la taille de la plaque de charge. Celle-ci influe sur la
largeur effective issue de la propagation de charge calculée selon l’annexe française.
Il a d’ailleurs été démontré par Furuuchi et al (Furuuchi et al. 1998) et Regan (P. E. Regan
and Rezai-Jorabi 1988)qu’il y a bien une augmentation de la résistance au cisaillement pour une
augmentation de la largeur de zone de charge. Une augmentation de la surface de charge de 100%
a engendré une augmentation de la charge de ruine d’environ 16%.
Pour ce qui est du profil de fissuration, les poutres ont présenté des fissures horizontales
traversant l’élément d’un côté libre vers l’autre.
Les dalles présentent une redistribution transversale de la charge puisqu’elle se propage
dans la direction transversale, ainsi plus l’élément est large plus la propagation est importante.
Aussi, lorsque la taille de la zone de charge est augmentée le phénomène de propagation
transversale est décuplé, ceci signifie que l’augmentation de la zone de charge améliore la
résistance au cisaillement d’autant plus que l’élément est large.
80
[Link].1 Calcul
La résistance au cisaillement des dalles est calculée suivant une certaine largeur 𝑏𝑒𝑓𝑓 .
3 modèles sont illustrés dans la (Figure 2-59) : a) en supposant un angle de propagation de
45° à partir du centre selon l’annexe autrichienne (NEN Committee 351001 1995); (b) en supposant
un angle de propagation de 45° à partir des coins éloignés de la charge selon l’annexe française de
l’EC2 (Roux 2011a); (c) en supposant un angle de propagation de 60° à partir des coins éloignés à
une distance 𝑑𝑙 ≤ 𝑎𝑣 √2 de l’appui selon le fib Model Code 2010 (Sigrist et al., n.d.).
81
Appui Appui
beff,a beff,b
45°
45°
a) b)
Charge Charge
Appui
dl [Link]
égal av v 2 av a
60°
Charge
beff,c
c)
Figure 2-59 Largeur effective (a) beff selon l’annexe autrichienne (NEN Committee 351001 1995); (b)
beff selon l’annexe française (Roux 2011a) ; (c) beff selon le fib Model Code 2010 (Sigrist et al., n.d.)
Lantsoght (Lantsoght, Veen, and Walraven 2013) a proposé une comparaison entre
l’annexe française et néerlandaise.
Les données bibliographiques rassemblées par l’auteur permettent de comparer 2 dalles
similaires : A et B dont les largeurs respectives sont de 500 mm et 650mm (Tableau 2-11).
La dalle B connaît une augmentation de 25% de la résistance au cisaillement par rapport à la
dalle A en raison de la redistribution transversale. Ce phénomène est bien celui qui permet d’obtenir
une résistance au cisaillement des dalles plus importante que celle des poutres. En réalité, la
𝑏
contrainte de résistance au cisaillement 𝑣𝑐 évolue peu lorsque le rapport est supérieur à 3, de ce
𝑑
fait c’est sa redistribution transversale qui engendre une meilleure résistance totale au
cisaillement 𝑉𝑐 . Concrètement, la redistribution transversale se traduit par la variation du rapport
𝑎
d’élancement 𝑑, comme expliqué par Lantsoght (Lantsoght et al. 2014). En effet, le chemin de
82
Appui
a2/d a/d
a1/d O
Charge
Figure 2-60 Variation du rapport d'élancement a/d pour une dalle soumise à une charge concentrée avec
𝒂𝟏 𝐚
𝒅
= 𝐝 𝐜𝐨𝐬 𝛀 (Lantsoght et al. 2014)
Tableau 2-11 Propriétés des dalles proposées par Lantsoght (Lantsoght, Veen, and Walraven 2012)
𝑏𝑒𝑓𝑓 Augmentation de la
Largeur b 𝑏𝑒𝑓𝑓 Annexe autrichienne Annexe résistance dalle B/ dalle A
Dalle
(mm) (a)(mm) française
(a) (b) Réelle
(b)
660 limitée
A 500 510 limitée à 500
à 500
5 30 25
660 limitée
B 650 510
à 650
La méthode de l’annexe française est plus pertinente car plus proche du réel.
Il est également important de noter l’effet d’augmentation de résistance par redistribution
transversale jusqu’à la valeur limite correspondant à la largeur transversale.
En récapitulant, la largeur des spécimens a peu d’influence sur la contrainte de résistance
au cisaillement. Les dalles ont tendances à se comporter similairement aux poutres lorsque la
charge appliquée est linéique, ainsi la résistance au cisaillement peut être considérée directement
proportionnelle à la largeur de l’élément. En revanche, les cas des charges concentrées nécessitent
l’introduction d’un nouveau paramètre qui est la largeur effective. Ainsi, lorsque la largeur réelle
83
Les armatures transversales sont le plus souvent utilisées dans les dalles et poutres larges
où le moment de flexion de l’axe faible n’est plus négligé.
En ce qui concerne le cisaillement unidirectionnel leur influence est peu considérée. En
effet, dans les codes réglementaires tels que l’ACI 318-14 et l’EC2, seul le taux d’armatures
longitudinales fait figure même dans le cas des dalles.
Néanmoins, des campagnes expérimentales ont été réalisées pour identifier l’éventuelle
influence de ce paramètre sur la résistance au cisaillement des poutres larges et dalles.
Les travaux de Gurutzega et al (Gurutzeaga et al. 2015)
Des poutres et dalles sont soumises à une charge linéique uniformément répartie sur la
largeur de chaque spécimen est appliquée jusqu’à rupture.
Tableau 2-12 Données expérimentales et résultats des dalles testées par Gurutzega et al (Gurutzeaga et
al. 2015)
Spécimen bw (mm) d a h (mm) L (mm) a/d Aciers long 𝐀ciers trans fc (MPa) Vu (kN)
(mm) (mm)
S1 2000 213 625 250 2000 2.94 7ϕ25/316 Φ8/200 37.4 566
S2 2000 213 625 250 2000 2.94 7ϕ25/316 - 37.4 521
S3 2000 217 625 250 2000 2.88 17ϕ16/119 Φ8/200 37.4 513
S4 2000 217 625 250 2000 2.88 17ϕ16/119 - 37.4 600
A la suite des essais Gurutzega a regroupé ses résultats avec ceux de Sherwood et Collins (Collins,
Bentz, and Sherwood 2008) en sélectionnant les cas de dalles vérifiant les conditions suivantes :
𝑎 𝑏𝑤
> 2.5, > 2 et le mode de rupture doit être celui du cisaillement. La Figure 2-61 expose cette
𝑑 𝑑
base de données.
84
Figure 2-61 Cisaillement normalisé en fonction de la hauteur utile d, du taux d'armatures longitudinales ρl
et du rapport s/d (s étant l’espacement entre les armatures longitudinales)
Lantsoght et son équipe ont réalisé une batterie d’essais de cisaillement de dalles sous
chargement concentré portées sur une unique direction.
Dans le cas de dalles similaires, les résultats de Lantsoght indiquent qu’augmenter le taux
d’armatures transversales n’a pas d’influence sur la résistance au cisaillement en particulier
lorsqu’il s’agit de dalles portées sur une direction avec un chargement linéique puisqu’elles ont
tendance à se comporter comme des poutres. En revanche, les armatures transversales améliorent
le profil de fissuration de ces dalles avec des fissures plus fines et plus étendues. Ainsi, l’ajout
d’armatures transversales conduit à une meilleure distribution des contraintes le long de la largeur
de dalle.
Si l’influence des épingles est longitudinalement similaire entre les poutres et les dalles
puisqu’elles permettent essentiellement d’augmenter la résistance au cisaillement et la ductilité des
spécimens (Lubell et al. 2004), il est nécessaire de connaître l’incidence de ce type de renforcement
sur la redistribution transversale de la résistance au cisaillement.
Pour ce fait, ce paragraphe se focalisera sur l’effet de l’espacement transversal des épingles
sur le comportement des poutres larges et dalles qui impacte directement la résistance au
cisaillement des spécimens larges.
Les recommandations de l’espacement longitudinal des épingles sont clairement détaillées
dans les codes de dimensionnement comme celui de ACI 318-08 (Committee 318 and Institute
2008), le code canadien CSA A23.3-04 (Canadian Standards Association 2004) ou encore
l’AASHTO LRFD (AASHTO LRFD Bridge Design Specifications 2008) avec un espacement
variant entre 0.5𝑑 et 0.63𝑑 . En revanche, aucun d’eux ne s’est intéressé à l’espacement transversal
des armatures d’effort tranchant. Seul l’EC2 mentionne de disposer les épingles selon un même
espacement longitudinal et transversal de 0.7𝑑.
Peu de campagnes expérimentales se sont intéressées à ce sujet.
Hsiumg et Frantz (Hsiumg and Frantz 1985) ont analysé le comportement de spécimens
𝑏𝑤
dont le rapport variaient entre 0.33 et 1. Les auteurs ont noté que des déformations plus
𝑑
importantes dans les épingles intérieures ont été relevées mais l’espacement de ces armatures
86
𝑑
d’effort tranchant à travers la largeur allant de à 𝑑 n’a pas permis de discerner les changements
4
dans la résistance au cisaillement ultime ou même des différences dans les ouvertures de fissures.
Serna-Ros et al (Serna-Ros et al. 2002) ont testé des poutres de 750 mm de largeur et
250mm de hauteur avec différentes dispositions des épingles. Il a conclu que la résistance prédite
par l’ACI 318 peut être améliorée notamment en ajustant la contribution 𝑉𝑠 des épingles avec les
𝑑 𝑑
taux √𝑠 et √𝑠 .
𝐿 𝑤
Tableau 2-13 Propriétés et résultats de la campagne expérimentale de Lubell (Lubell, Bentz, and Collins
2009)
Taux
𝜌𝐿 𝑏𝑤 ℎ 𝑑 d’espacement 𝑉𝑢
Spécimen 𝑎 transversal
% (𝑚𝑚) (𝑚𝑚) (𝑚𝑚) (𝑘𝑁)
𝑑 𝑠𝑤
𝑑
AW2 1.68 1172 591 507 3.65 2.13 818
AW3 1.69 1165 593 509 3.63 1.57 837
AW4 1.69 1168 590 506 3.66 - 725
87
Les poutres AW2 et AW3 ont des caractéristiques similaires sauf pour le taux d’épingles
de cisaillement transversales. Ainsi une diminution de l’espacement des armatures de 27% conduit
à un gain de résistance au cisaillement d’environ 2.3% pour les cas de chargement concentré. Ce
gain est considéré faible par l’auteur en raison de l’espacement trop important entre les épingles
transversales pour les deux poutres. Ainsi, pour le cas du spécimen AW5, la résistance augmente
d’environ 18% en comparaison avec la poutre AW2, lorsque l’espacement est réduit de près de
66% ce qui correspond à peu près aux recommandations de l’EC2. D’ailleurs, cette augmentation
de résistance est supérieure à celle observée entre AW2 et AW4 (poutre sans armatures d’effort
tranchant) qui est de moins de 13%.
Le même phénomène est observé dans le deuxième groupe de poutres, cependant l’auteur
relève un gain moyen de 10% de charge lorsque le chargement et les appuis sont distribués.
Les courbes de charges-flèches (Figure 2-62) permettent d’observer un autre aspect
d’influence des épingles. Il s’agit de l’augmentation de la ductilité. Contrairement à la valeur
maximale de la résistance au cisaillement, même un espacement important 𝑠𝑤 = 2.13 𝑑, entraîne
une amélioration conséquente de la ductilité. C’est-à-dire qu’au voisinage de la charge de rupture,
le spécimen connaît de grands déplacements synonymes d’une absorption d’énergie en post-pic.
88
Figure 2-62 Courbes charges-flèches des poutres larges AW2, AW3, AW4, AW5, AW6, AW7 et AW8
La résistance au cisaillement des poutres en béton armé a été largement étudiée au cours
des dernières décennies. La recherche sur la résistance au cisaillement dans le cas des poutres avec
efforts de compression ou traction axiale, est toutefois, relativement limitée.
Les premiers travaux sur la résistance au cisaillement du béton armé de poutres soumises à
des charges axiales ont paru à la fin des années 50, avec les études de Baldwin et Viest (Baldwin,
Jr, and Viest 1958) et de Siess et De Cossio (Cossio and Siess 1960).
89
La force de compression axiale dans les épreuves de ces premières études, cependant, était
faible avec des valeurs de contraintes axiales habituellement inférieures à 0,05𝑓𝑐′ . Elle n’a eu de ce
fait qu’un faible effet sur la résistance au cisaillement des spécimens. D’importants résultats
expérimentaux sur ce sujet ont été publiés plus tard dont celles de Mattock (Mattock 1969),
(Mattock and Wang 1984) et celle de Haddadin (Haddadin, Hong, and Mattock 1971) sur la
résistance au cisaillement de Poutres en T renforcées avec des armatures d’effort tranchant.
Plusieurs expériences ont été menées par la suite, telles que la thèse de Gupta (P Gupta 1995), mais
sans édition complète des données d’essai.
D’un point de vue analytique, les formules proposées sont soit semi empiriques comme
celles de l’ACI 318 ou de l’EC2, soit basée sur la théorie du champ de compression modifié
(MCFT) comme celle du CSA canadien.
Afin de démontrer l’influence que peut avoir un effort axial sur le cisaillement des
spécimens, deux études sont présentées :
Les travaux de Collins et Adebar (Adebar and Collins 1996)
Collins et Adebar (Adebar and Collins 1996) ont mené une campagne expérimentale au
nombre de 27 poutres soumises à la fois à un chargement transversal, un effort axial et un moment
de flexion variant linéairement. 25 poutres avaient une section identique de 290mm de largeur pour
310mm de hauteur. L’élancement des poutres était d’environ 1.6m.
8 des 25 poutres testées étaient renforcées en cisaillement avec des goujons à double tête
ayant un diamètre de 8mm. Les variables sont : l’effort axial appliqué N (positif, il correspond à
de la compression et négatif à de la traction) et l’espacement des armatures d’effort tranchant.
90
Tableau 2-14 Propriétés et résultats des essais sur poutres issus de la campagne expérimentale de
Collins et Adebar avec (Adebar and Collins 1996)
Apparition Contrainte
Effort Normal/Effort tranchant de fissures ultime
𝜌𝐿 𝜌𝑆
Spécimen 𝑁/𝑉 𝑉𝑐𝑟 𝑉𝑢
% %
𝑏𝑤 𝑑 𝑏𝑤 𝑑
(𝑀𝑃𝑎) (𝑀𝑃𝑎)
ST3 1.95 0 0 1.01 1.51
ST4 1.95 0 0.11 1.12 2.22
ST6 1.95 0 0.28 1.05 2.37
ST7 1.95 0 0.36 1.0 3.86
ST9 1.95 -4 0 0.52 0.98
ST10 1.95 -8 0 0.29 0.92
ST11 1.95 -16 0 - 0.68
ST12 1.95 -32 0 0.09 0.66
ST13 1.95 -16 0 0.18 0.92
ST14 1.95 1 0 1.12 1.42
ST15 1.95 3 0 2.02 2.19
ST19 1.95 0 0.20 1.23 2.82
ST20 1.95 -4 0.20 0.50 2.50
ST21 1.95 -2 0.20 0.49 2.67
Il est évident que lorsqu’un effort de traction axiale est appliqué la résistance au cisaillement
ultime diminue. A titre d’exemple, les poutres ST3 et ST9 sont similaires sauf qu’un effort normal
de traction proportionnel à la force transversale est appliqué dans le cas de ST9. La contrainte
ultime est diminuée de 35% tandis que la contrainte de fissuration est réduite de 49%.
La traction contribue en effet à une fissuration précoce avec des ouvertures de fissures plus
importantes. Elle réduit les mécanismes de résistance au cisaillement qui dépendent du profil de
fissuration comme l’imbrication des granulats, le transfert de traction des fissures et l’effet de
goujon. L’application de la traction a cependant pour avantage d’augmenter la ductilité des
éléments comme cela a été démontré par Bhide et Collins (Bhide and Collins 1989a) (Figure 2-64).
91
Collins (Adebar and Collins 1996) a remarqué que lorsqu’une poutre est soumise à un effort
axial de traction les fissures tendent à devenir de plus en plus verticales et la ruine a lieu dès lors
que les fissures diagonales apparaissent. Il note aussi que pour un effort axial important, 3 types de
fissures se sont formé au voisinage de la rupture : d’abord les fissures de flexion verticales
(magenta), les fissures de cisaillement inclinées (bleu et noir) et qui longent les armatures
longitudinales par effet de goujon et puis des fissures verticales résultant de la traction pure (rouge)
(Figure 2-63).
ST13
Figure 2-64 Influence de la traction sur les déformations d'élément soumis au cisaillement (Bhide and
Collins 1989a)
L’application d’un effort de compression conduit évidemment aux résultats inverses : en
comparant le cas des poutres ST3 et S15, une augmentation de la résistance au cisaillement ultime
de 45% est réalisée. La contrainte de fissuration est améliorée quant à elle de 100%.
92
La compression retarde en premier lieu l’apparition des fissures, puis contrôle leur
ouverture de manière booster l’efficacité des mécanismes dépendants de la fissuration. Cependant,
appliquer un effort axial de compression réduit la ductilité et conduit à une rupture plus fragile.
Collins a également remarqué que les armatures d’effort tranchant contribuent à amortir
𝑁
l’effet de la traction sur les poutres. Ainsi, pour un taux de charge 𝑉 = −4, la perte de contrainte
de résistance au cisaillement entre les poutres ST3 et ST9 est de 35%, tandis que ce pourcentage
est réduit à 11.3% lorsque les poutres ST19 et ST20 sont comparées. Ces dernières sont renforcées
avec un taux d’armatures de cisaillement de 0.2%. Le même phénomène est d’ailleurs observé en
compression grâce aux résultats de la campagne expérimentale de Haddadin (Haddadin, Hong, and
Mattock 1971) concernant les poutres en T.
Ces résultats prouvent encore que la résistance au cisaillement conférée par des armatures
d’effort tranchant 𝑉𝑠 n’est pas indépendante de la résistance 𝑉𝑐 d’une poutre sans renforcement au
cisaillement.
Les travaux de Zararis (Zararis and Zararis 2009)
Zararis a regroupé les données des campagnes expérimentales de Mattock (Mattock 1969),
Mattock (Mattock and Wang 1984) et Haddadin (Haddadin, Hong, and Mattock 1971). Ceci a
permis de confirmer les résultats de Collins (Adebar and Collins 1996) qui affirment que
l’application d’un effort axial de traction détériore la résistance au cisaillement tandis qu’un effort
axial de compression l’accroît (Figure 2-65).
Grâce à une plage de données importante et diversifiée, Zararis avance dans son article que
l’effet de l’effort axial est indépendant des paramètres comme le taux d’armatures longitudinales 𝜌𝐿
𝑎
, le rapport d’élancement 𝑑, la résistance en compression du béton 𝑓𝑐′ et la contrainte de résistance
des épingles 𝜌𝑠 𝑓𝑦𝑦 . Il émet cependant une réserve concernant les poutres renforcées au cisaillement
et celles qui ont une résistance caractéristique du béton élevée. La Figure 2-65 montre que
l’influence de l’effort normal est atténuée quand la résistance caractéristique du béton est élevée et
accentuée lorsque des armatures d’effort tranchant sont ajoutées. Ceci est sans doute vrai pour le
cas de la résistance𝑓𝑐′ , puisqu’avec une résistance en compression du béton plus élevée la porosité
du béton est plus faible, ce qui empêche la formation des fissures. En conséquence, un effort axial
positif ou négatif a un impact limité sur la résistance au cisaillement des spécimens.
93
En se basant sur la Figure 2-65, Zararis montre que pour les poutres rectangulaires, avec
armatures d’effort tranchant, l’influence de la compression est accentuée grâce à la présence
d’épingles en particulier pour des valeurs de compression variant entre 0 et 20%. Au-delà le gain
de résistance devient plus faible.
La Figure 2-65 traduit également que la résistance au cisaillement est plus fortement
dégradée par un effort axial de traction, qu’elle n’est améliorée par un effort de compression de
même valeur en raison des caractéristiques mécaniques du béton.
94
Figure 2-65 Effet d'un effort axial sur les poutres en cisaillement avec : a) poutres avec un béton à haute
résistance b) poutres avec béton à résistance normale et renforcées en épingles c) Poutres en T avec
épingles et résistance normale du béton
En résumé, l’effort axial appliqué sur un spécimen en béton armé de type poutre ou dalle
peut soit améliorer la résistance au cisaillement (effort de compression) soit la dégrader (effort de
traction). L’interaction des armatures d’effort tranchant avec l’effort axial n’a pas été clairement
établie par la communauté scientifique. Le contraire a même été avancé par Zararis, en énonçant
95
l’indépendance des deux paramètres. Toutefois, il émet une réserve pour le cas de la compression
où les épingles stimulent cet effort.
Figure 2-66 Profil de fissuration des poutres continues soumises au cisaillement (Yang, Chung, and
Ashour 2007)
96
D’autres types de codes analytiques se fondent sur des modèles théoriques qui seront
présentés par la suite. Les avantages et inconvénients des uns et des autres seront mis en revue. Un
97
accent sera mis sur le calcul de la résistance au cisaillement conférée par les armatures d’effort
tranchant.
En testant des éléments en béton armé soumis au cisaillement pur dans un système
spécialement conçu, Vecchio et Collins (Collins, Bentz, and Sherwood 2008) ont développé la
théorie modifiée du champ de compression (MCFT). Elle découle de la théorie des champs de
compression tout en prenant en compte les contraintes principales de traction dans le béton. Le
MCFT se base sur les équations d’équilibre, de compatibilité et la relation contrainte-déformation
pour prédire la réponse au cisaillement d’éléments en B.A. Pour les éléments ayant uniquement
des armatures longitudinales, la théorie prédit que la rupture a lieu quand la contrainte de
cisaillement requise pour l’équilibre au niveau de la fissure atteint le cisaillement maximal pouvant
être transmis par l’engrainement des granulats.
[Link] Hypothèses
Selon Vecchio et Collins (Vecchio and Collins 1986) le MCFT se base sur les hypothèses
suivantes :
- Pour chaque état de déformation il existe uniquement un seul état de contrainte.
- Les contraintes et déformations peuvent être considérées en termes de moyennes
quand prises dans des zones ou distances suffisamment larges pour contenir
plusieurs fissures.
- La théorie des champs de compression néglige la traction dans le béton fissuré. Ce
modèle prend en compte les contraintes entre les fissures et emploie
expérimentalement les moyennes de contraintes et de déformations pour le béton
fissuré.
[Link] Conditions
Le MCFT est également fondé sur 2 conditions :
La condition de compatibilité ou géométrie : une déformation du béton amène une
même déformation de l’acier (adhérence complète) (Figure 2-67 et Figure 2-68). En
combinant linéairement les différentes équations, les auteurs démontrent:
98
𝜖𝑥 + 𝜖2 (2.8-1)
tan2 𝜃 =
(𝜖𝑦 + 𝜖2 )
𝜖1 = 𝜖𝑥 + 𝜖𝑠 + 𝜖2 (2.8-2)
𝛾𝑥𝑦 = 2 (𝜖𝑥 + 𝜖2 ) cot 𝜃 (2.8-3)
L’ouverture de fissures à utiliser doit être la moyenne des ouvertures de fissures sur toute
la surface.
Elle peut être prise comme étant le produit de la déformation de traction principale et de
l’espacement de fissure 𝑠𝜃 . L’angle 𝜃 traduit l’inclinaison des fissures de cisaillement qui sont en
général diagonales.
𝑤 = 𝑠𝜃 𝜖1 (2.8-4)
1 (2.8-5)
𝑠𝜃 =
sin 𝜃 cos 𝜃
𝑠𝑥 + 𝑠𝑦
99
Figure 2-67 Distribution des contraintes et déformations au niveau d’un élément fissuré avec un angle
d’inclinaison de fissure 𝜽
Localement, au niveau des fissures (Figure 2-68) les conditions d’équilibre donnent :
100
𝑓𝑐′ 𝜖2 𝜖2 2 (2.8-13)
𝑓2 = [2 ( ′ ) − ( ′ ) ]
0.8 + 170𝜖1 𝜖𝑐 𝜖𝑐
Et √𝑓𝑐′ (2.8-14)
𝑓1 = 0.33
1 + √500 𝜖1
f sy f sy
1 2
f sx
fc1
f sx
fc1
vxy vxy
fx fx
? ?
2
vxy 1 b) vxy
a) fy
fy
Figure 2-68 Comparaison des contraintes au niveau d'une fissure : a) moyennes b) locales (Vecchio and
Collins 1986)
Pour les bétons normaux, la fissuration a lieu à l’interface entre la pâte de ciment et les
granulats. La fissure rugueuse résultante peut transférer le cisaillement à travers l’engrènement des
granulats. La relation entre le cisaillement à travers la fissure𝑣𝑐1 , l’ouverture de fissure 𝑤 et la
contrainte de compression 𝑓𝑐1 a été expérimentalement étudiée par bon nombre de chercheurs dont
Walvaren (Joost C. Walraven 1981) qui a établi la relation suivante :
2
𝑓𝑐1 (2.8-15)
𝑣𝑐𝑖 = 0.18 𝑣𝑐𝑖𝑚𝑎𝑥 + 1.64 𝑓𝑐1 − 0.82
𝑣𝑐𝑖𝑚𝑎𝑥
0.18√𝑓𝑐′ (2.8-16)
𝑣𝑐𝑖𝑚𝑎𝑥 =
24 𝑤
0.31 + 𝑎 + 16
𝑔
101
Dans les cas de béton à haute performance, l’influence des engrènements de granulats est
diminuée, de ce fait, Bentz (Bentz 2000) propose de réduire 𝑎𝑔 à zéro.
Dans les formules basées sur la MCFT, la contrainte de cisaillement de rupture décroît
lorsque la largeur de fissure inclinée augmente. Alors cette contrainte ultime diminue lorsque la
déformation de traction dans les aciers longitudinaux augmente, ce qui est appelé l’effet
déformation.
La résolution des équations de la MCFT est fastidieuse manuellement. Elle nécessite un
programme de calcul tel que Response 2000, développé par Evan Bentz l’Université de Toronto
sous la direction de Collins (Bentz 2000). Il s’agit d’un programme d'analyse qui calcule la relation
charge-déformation pour des poutres en béton armé uniforme soumis à une charge de cisaillement.
Metwally (Metwally 2012) a étudié les résultats expérimentaux issus de plusieurs campagnes sur
des 534 poutres armés et les a comparé aux calculs analytiques réalisés à travers Response 2000.
Il a conclu que les calculs de ce programme basé sur la MCFT sont pertinents avec un rapport
𝑉𝑒𝑥𝑝
moyen 𝑉 = 1.05%.
𝑐𝑎𝑙𝑐
Afin d’éviter la pénibilité de la MCFT, une simplification a été proposée par Bentz (Bentz,
Vecchio, and Collins 2006) qui se base sur certaines approximations, comme négliger la contrainte
verticale dans la zone de flexion, limiter les valeurs de déformations et celles de la valeur maximale
de résistance au cisaillement. Ceci a permis l’introduction d’un facteur 𝛽 qui dépend de la
déformation au niveau des aciers longitudinaux ainsi que de l’espacement des fissures 𝑠𝑥𝑒 . Un des
autres avantages de cette variante du MCFT est la simplification de l’angle d’inclinaison des
fissures 𝜃 .
102
3
American Association of State Highway and Transportation Officials Load and Resistance Factor Design
103
L’AASHTO présente une intéressante option qui le diffère de la plupart des modèles
analytiques :
Lorsque le spécimen ne contient pas la quantité minimale d’armatures d’effort tranchant, 𝛽
vaut :
35 (2.8-19)
𝑠𝑥𝑒 = 𝑠𝑥
𝑎𝑔 + 16
Avec 𝑠𝑥 représente le minimum entre la hauteur utile 𝑑 et l’espacement maximal entre les
couches horizontales des armatures longitudinales.
Et
L’effort normal, si appliqué est inclus dans la déformation des aciers longitudinaux
(2.8-20).
D’où
𝑉𝑐 = 𝛽 √𝑓𝑐′ 𝑏𝑤 𝑑 (2.8-21)
104
Pour ce qui est de la résistance au cisaillement des épingles, sa valeur est similaire pour
tous les modèles de calcul pour les poutres à savoir :
𝑑𝑡 𝑑𝑙
remplacé par √𝑠 .
𝑤𝑡 𝑠𝑤𝐿
Pour vérifier la pertinence du code AASHTO LRFD, une large base de données
expérimentale de poutres avec (718) et de poutres sans (160) épingles a été étudiée par Kuchma et
al (Kuchma et al. 2008). Tous les spécimens étudiés ont connu une rupture en cisaillement sans
𝑉𝑒𝑥𝑝
effet d’arche prédominant. Les auteurs ont rassemblé les rapports 𝑉 moyens et leurs écarts-types
𝑐𝑜𝑑𝑒
respectifs qui correspondent aux codes AASHTO LRFD (AASHTO LRFD Bridge Design
Specifications 2008), ACI 318-02 (Committee 318 and Institute 2002) et CSA A23.3-04 (Canadian
Standards Association 2004).
105
Tableau 2-15 Comparaisons des résultats expérimentaux et analytiques (Kuchma et al. 2008)
Méthode analytique Poutres sans épingles Poutres avec épingles
Moyenne Ecart-type Moyenne Ecart-type
AASHTO LRFD 1.39 0.266 1.27 0.224
ACI 318-02 1.54 0.418 1.35 0.277
CSA A23.3-04 1.27 0.282 1.19 0.218
L’AASHTO LRFD et le CSA A23.3-04 (modèles basés sur la SMCFT) présentent les
résultats les plus appropriés. Ils cernent le comportement des poutres au cisaillement avec la
meilleure précision grâce à un écart-type faible en comparaison avec l’ACI 318-02. Cet écart-type
se conserve d’ailleurs dans les cas des poutres en B.A avec et sans épingles (Kuchma et al. 2008).
En revanche, tous les modèles analytiques sont plus conservatifs pour les poutres sans
épingles. L’explication qui peut être avancée, est que la contribution des armatures d’effort
tranchant dans la résistance au cisaillement du béton 𝑉𝑐 est sous-estimée, de ce fait l’écart entre les
valeurs expérimentales et les valeurs analytiques st réduit pour les poutres avec épingles.
La théorie de la fissure de cisaillement critique (CSCT) a été présentée la première fois par
Muttoni en 1991 (Muttoni and Schwartz 1991) pour définir le comportement des dalles sans
armatures d’effort tranchant soumises au poinçonnement. Les formules issus de la CSCT
définissent la rupture en cisaillement par la formation de la fissure critique qui se propage à travers
la bielle de compression inclinée limitant sa résistance et ne permettant pas au spécimen d’atteindre
sa capacité en flexion (Muttoni and Fernández Ruiz 2008a).
Muttoni a proposé un critère de défaillance en termes d'un cisaillement moyen qui estime
la résistance de cisaillement maximale pour une largeur de fissure critique donnée. La théorie se
base sur les hypothèses suivantes (Muttoni and Fernández Ruiz 2008b) :
106
(2.8-26)
𝐸𝑠 𝐸𝑐
𝐶𝑓𝑙𝑒𝑥 = 𝑑 𝜌𝑠 (√1 + 2 − 1)
𝐸𝑐 𝜌𝑠 𝐸𝑠
Cette formule est applicable dans le cas de spécimens en béton armé (résistance
caractéristique du béton normale) soumis à un chargement linéaire ou concentré. Muttoni (Muttoni
and Fernández Ruiz 2008b) a comparé les résultats expérimentaux de 150 poutres sous chargement
concentré aux calculs analytiques (Figure 2-70). Il estime obtenir une bonne approximation du
comportement expérimental. Appliquer un effort axial ou utiliser un BHP nécessite quelques
ajustements que propose d’ailleurs l’auteur.
𝑎
En revanche, ce modèle ne semble pas prendre en compte de manière fiable le rapport 𝑑
𝑎
puisque dans le cas où 1 ≤ 𝑑 ≤ 3 les résultats sont trop conservatifs contrairement à ceux de
𝑎
(Figure 2-70) où 𝑑 > 2.9.
107
𝑽𝑹
Figure 2-70 Comparaison des résultats expérimentaux avec les résultats de calcul CSCT : en
𝒃 𝒅 √𝒇′𝒄
𝒅
fonction de 𝝐
𝟏𝟔+𝒂𝒈
Dans le cas des dalles, Muttoni et al (Muttoni and Fernández Ruiz 2008a) distingue le cas
des dalles portées sur un sens et celui des dalles portées sur 2 sens. Dans le premier cas, le
cisaillement calculé est similaire à celui des poutres où l’ouverture de fissures dépend de la
déformation dans les armatures longitudinales tandis dans le cas des dalles portées sur 2 sens
l’ouverture des fissures 𝑤 est proportionnel cette fois-ci à l’angle de rotation de dalle 𝜓 tel que :
𝑉𝑅 3 (2.8-27)
=
𝑏 𝑑 √𝑓′𝑐 𝑑
4 (1 + 15 𝜓 16 + 𝑎 )
𝑔
A noter que dans le cas des dalles portées sur 2 sens, Muttoni considère que leur
comportement s’apparente à celui du poinçonnement.
Le CSCT est notamment utilisé dans le code suisse SIA 262 (2003) (Code 2003) et ses
versions récentes. Il est également la base du Fib Model Code 2010 (Sigrist et al., n.d.).
Le Fib Model Code 2010 se base sur une combinaison de CSCT, SMCFT et de résultats
empiriques. Ses auteurs, Sigrist, Muttoni et al (Sigrist et al., n.d.), décrivent les avantages de ce
modèle comme suit:
108
- Les règles basées sur des modèles comme le CSCT peuvent être expliquées,
comprises et justifiées avec les principes physiques et ont le potentiel d’être
développés ultérieurement.
- Le modèle fournit une plate-forme cohérente pour la conception dans diverses
situations (avec/sans armatures d’effort tranchant, utilisation de fibres etc…).
- Le CSCT fournit des équations de conception simples qui sont largement vérifiées
par rapport aux résultats expérimentaux et permettent l’utilisation d’une approche
de niveau d’approximation (LOA) pour la conception et l’analyse, conformément
aux principes généraux du Model Code 2010.
Tableau 2-16 Distribution des niveaux d'approximation (LOA) selon la nature des spécimens
Type de spécimen LOA de base LOA simplifié LOA supérieur
(modélisation aux
éléments finis)
Sans armatures de II I III
cisaillement
Avec armatures de III I et II IV
cisaillement
109
Les auteurs ont décrété un LOA de base plus élevé dans le cas des spécimens avec armatures de
cisaillement. Les niveaux inférieurs présentent en effet des résultats très dispersés comme en
témoignent les graphiques (Figure 2-71):
Figure 2-71 Comparaison des résultats expérimentaux et analytiques du fib Model Code 2010 selon
plusieurs niveaux d'approximation (LOA I, II et III) pour des spécimens sans (a) et avec (b) épingles
La formule générale de la résistance du béton au cisaillement selon le fib Model Code 2010
est la suivante :
𝑘𝑣 √𝑓𝑐𝑘 𝑏𝑤 𝑑 (2.8-29)
𝑉𝑅𝑑,𝐶 =
𝛾𝑐
Le fib Model Code 2010 introduit le facteur 𝑘𝑣 qui prend en compte la déformation et l’effet
d’échelle. La détermination de ce paramètre dépend du niveau d’approximation choisi :
110
M 1 ∆𝑒 (2.8-30)
( ED + 𝑉𝐸𝐷 + 𝑁𝑢 (2 ± 2 ))
𝑑
𝜖𝑥 =
2𝐸𝑆 𝐴𝑠
Le passage du LOA (II) au LOA (III) introduit le terme 𝑉𝑅𝐷𝑚𝑎𝑥(𝜃𝑚𝑖𝑛 ) qui fait référence à
l’écrasement des bielles de compression suivant un angle d’inclinaison 𝜃𝑚𝑖𝑛 et remplace le terme
𝑘𝑎𝑔 qui prend en compte la taille des granulats.
Lorsque des épingles sont utilisées pour augmenter la résistance au cisaillement, le fib recommande
de rajouter le terme suivant à la résistance 𝑉𝑅𝑑,𝐶 du béton :
𝐴𝑠𝑤 (2.8-31)
𝑉𝑅𝑑,𝑠 = 𝑧 𝑓𝑦𝑤𝑑 (cot 𝜃)
𝑠
La mécanique des ruptures a été introduite par Griffith en 1924 (A. Griffith 1924), à travers
la comparaison des comportements à la rupture de matériaux fragiles comme le verre, les câbles et
plaques métalliques. Griffith a remarqué que la contrainte de rupture théorique différait de celle
expérimentale à cause d’un phénomène de flambement causé par des rayures, des défauts et des
imperfections diverses. Les résultats de sa campagne expérimentale ont permis d’établir un lien de
111
1 4
proportionnalité entre la contrainte de rupture et . La campagne de Griffith a également montré
√𝑎
l’effet d’échelle sur la contrainte ultime d’un matériau fragile comme le verre (Alan Arnold Griffith
1921) ce qui a donné naissance à la mécanique de rupture élastique linéaire (Linear Elastic Fracture
Mechanics). Ce modèle se base sur plusieurs paramètres que sont le facteur d’intensité de résistance
au sommet de la fissure K, le critère de propagation de fissure et les propriétés de fissuration du
béton. Une seconde approche de la mécanique de rupture se base quant à elle sur le critère d’énergie
qui lie l’extension d’une fissure à l’énergie fournie au matériau.
L’application de la mécanique de la rupture aux spécimens en B.A soumis au cisaillement
a été initiée par Reinhardt (Reinhardt 1981) pour prendre en compte l’effet d’échelle sur la
résistance au cisaillement. Il a été démontré que l’effet d’échelle impliqué par la mécanique linéaire
élastique de rupture est trop important pour le béton et que la rupture brutale des structures en béton
sont mieux décrites par des mécaniques de rupture non linéaire, en raison de l’existence d’une zone
large de fissuration sur le front de rupture. Par conséquent, l’effet d’échelle est considérablement
plus faible.
Dès lors, plusieurs chercheurs ont pris le relais d’analyser le comportement des poutres en
B.A en utilisant cette approche dont Kim et White (W. Kim and White 1991), Bazant (Bažant and
Yu 2005) Jenq et al (Jenq and Shah 1990) etc… Actuellement, il est accepté que la mécanique des
ruptures est considérée comme une méthode rationnelle pour appréhender le comportement des
spécimens au cisaillement.
En 1984, Bazant (Bažant Zdeněk P. 1984) a développé la formule d’effet d’échelle en se
basant sur la mécanique des ruptures. Ensuite, Bazant et Kim ont étudié l’effet d’échelle sur la
résistance au cisaillement des poutres en béton armé, en considérant la contribution de l’effet
d’arche et de l’action poutre. Les auteurs expliquent que l’effet d’échelle est causé par la libération
d’énergie de déformation dans la zone fissurée durant la propagation de la fissure: plus la structure
est large plus l’énergie libérée est importante.
En 2003, Bazant et Yue ont présenté une nouvelle formule qui prend en compte la résistance au
cisaillement de poutres en B.A sans armatures d’effort tranchant :
4
2a longueur de la fissure/défaut telle que : 𝐾 = 𝜎√𝜋𝑎
112
(2.8-32)
𝑓𝑐′
𝑉𝑐𝑟 = 𝛽 √
𝑑
1+
𝑑0
2 1
𝜌 3 𝑑 3
Avec 𝛽 = 0.457 et 𝑑0 = 37.28 (𝑓′ ) (𝑎 )
𝑐
Figure 2-72 𝐥𝐨𝐠 𝒗𝒄𝒂𝒍𝒄 = 𝒇(𝐥𝐨𝐠 𝒗𝒆𝒙𝒑 ) ∶ Comparaison de 𝐥𝐨𝐠 𝒗𝒄𝒂𝒍𝒄 selon formule de Bazant et Kim
(2.8-32) avec 𝐥𝐨𝐠 𝒗𝒆𝒙𝒑 une base de données de 461 poutres en B.A sans armatures d’effort tranchant
La formule de Bazant semble convenir pour prédire la résistance au cisaillement de poutres
sans armatures d’effort tranchant (Figure 2-72) puisque le rapport moyen est de 0.952.
Afin d’adapter la formule aux cas des poutres avec épingles, Bazant a ajouté un composant
𝑉𝑠 à la résistance totale au cisaillement. Bien que l’auteur ait admis l’existence d’une influence de
la résistance au cisaillement des épingles sur la résistance au cisaillement du béton 𝑉𝑐 , celui-ci
considère qu’elle peut être négligée et que la résistance ultime au cisaillement est :
𝑉𝑢 = 𝑉𝑐 + 𝑉𝑠 (2.8-33)
113
𝑓𝑦𝑣 (2.8-34)
𝑉𝑠 = 𝐴𝑣 (sin 𝛼 + cos 𝛼)
𝑏𝑠
Avec 𝛼 l’angle entre l’axe horizontal et les épingles.
Bazant ne distingue pas entre les poutres et les dalles subissant du cisaillement à une
direction (one-way shear). En revanche il propose une formule différente pour le poinçonnement
(Bazant and Cao 1987) bien que la base de données expérimentales ne permet ni d’affirmer ni
d’infirmer la validité de cette formule, en raison de la dispersion des résultats. L’auteur souligne
que les dalles épaisses sous poinçonnement ont des comportements qui se rapprochent de la
mécanique de rupture élastique linéaire.
De ce fait, trouver une formule qui sied au comportement des dalles sous cisaillement est
envisageable mais nécessite plus d’investigations.
Gastebled et May (Gastebled and May 2001) se sont basés sur les observations
expérimentales de Chana (Chana 1988). Dans ses tests effectués sur des poutres en cisaillement,
Chana a remarqué que lorsque le béton se désolidarise des armatures longitudinales, une chute de
la rigidité a lieu accompagnée d’une ouverture soudaine et une propagation des fissures de
cisaillement diagonales et de ce fait, d’une rupture fragile (Figure 2-73). Cette remarque a permis
à Gastebled et May de supposer que seule l’énergie dissipée issue de la dissociation des aciers
causée par la propagation de fissures de traction dans le béton au voisinage des armatures
longitudinales (Mode I de l’énergie de rupture) est responsable de la résistance au cisaillement.
En déterminant de manière semi-empirique le positionnement de la fissure, l’expression de
la résistance au cisaillement de Gastebled et May se traduit comme suit (Gastebled and May 2001):
1 2
0.416 𝑑 3 1 (2.8-35)
𝑉𝑐𝑟 = (𝑎 ) 𝜌 6 (1 − √𝜌 )3 √𝐸𝑠 𝐺𝑓
√𝑑
114
Figure 2-73 Déformation d'une armature longitudinale selon Gastebled et May (Gastebled and May
2001)
Cette formule utilise explicitement l’énergie de fissuration qui 𝐺𝑓 qui peut être calculée
avec la formule issue de Fib Model Code 2010 (Sigrist et al., n.d.) :
𝑓𝑐 0.7 (2.8-36)
𝐺𝑓 = ( )
10
Vu
(MPa)
1.6
1.4
1.2
0.8
EXP
0.6 Bazant
Gastebeld
et May
10 15 20 25 30 35 40 45
f'c (MPa)
Figure 2-74 Comparaison des résultats expérimentaux selon la méthode de Bazant et de Gastebeld
et May
Xu (Xu, Zhang, and Reinhardt 2012) a comparé les résultats expérimentaux de poutres
soumises au cisaillement aux résultats analytiques issus de la formule de Bazant et de Gastebeld et
115
May. Les résultats montrent clairement que l’approche de Bazant de la mécanique de rupture est
plus pertinente (Figure 2-74).
Par la suite, Xu a proposé une modification de la formule de Gastebeld et May, mais celle-
ci demeure moins pertinente que la formule de Bazant.
Avec
0.18
𝐶𝑟𝑑 , 𝑐 =
𝛾𝑐
2
𝑘 = min { 200
1+√
𝑑
𝑁𝐸𝐷 (2.8-38)
𝜎𝑐𝑝 = min { 𝐴𝑐
0.2 𝑓𝑐𝑑
L’équation (2.8-37) est basée sur les facteurs admis comme étant les plus influents comme
le taux d’armatures longitudinales, la résistance en compression du béton, et la hauteur utile d.
116
A noter que pour le calcul des poutres et dalles sans redistribution transversale, l’équation
(2.8-37) est utilisée. Néanmoins, le terme 𝜈min(𝐸𝐶2) est largement réduit :
Ce qui suppose que lorsque le taux d’armatures longitudinal est faible dans ce type de
structures, la résistance minimale au cisaillement l’est également.
Il est à noter que pour un taux d’armatures longitudinales nul, la résistance au cisaillement
s’annule dans cette formule, ceci constitue un défaut à prendre en considération dans l’EC2.
L’EC2 distingue le cas des charges concentrées près des appuis, puisque la résistance au
cisaillement est augmentée, par rapport à des éléments dont le rapport 𝑎/𝑑 est plus grand (page
52). Lorsque des charges sont appliquées sur la face supérieure de l'élément, à une distance 𝑎𝑣 du
bord de l'appui telle que 0.5𝑑 ≤ 𝑎𝑣 ≤ 2𝑑, la contribution de cette charge à l'effort tranchant peut
𝑎
être multipliée par un facteur de réduction 𝛽𝐸𝐶2 = 2𝑑𝑣 .
L’annexe française FD P 18-717. Eurocode 2, 2013, propose une approche différente pour
le calcul de 𝑣𝑚𝑖𝑛 qui permet de prendre en considération la redistribution transversale des efforts
dans le cas des dalles. Celle-ci a été développée grâce à des résultats d’une campagne expérimentale
menée par Montabroud et Limam en 2005 (Montabroud and Limam 2005). Ces essais ont été
𝑎 𝑎𝑣
réalisé sur des dalles minces ( 𝑑𝑣 = 2), ainsi l’effet du paramètre n’a pas pu être testée.
𝑑
Lorsque l’élément étudié contient des armatures d’effort tranchant, l’Eurocode propose un
calcul qui dépend de l’angle d’inclinaison des bielles de compression qui varie entre 21.8° ≤ 𝜃 ≤
68.2°. En effet, plus l’angle d’inclinaison est faible plus le nombre d’épingles activées est
important. Cette approche se base sur l’analogie du treillis de Mörsch composé de bielles inclinées
générant un effort de compression et de tirants (Figure 2-75). Il prend en considération également
l’éventuelle inclinaison des armatures d’effort tranchant.
117
Figure 2-75 Schéma explicatif du principe de treillis de Mörsch avec 𝟒𝟓 < 𝜶 < 𝟗𝟎 l’angle d’inclinaison
des armatures d’effort tranchant, et 𝟐𝟏. 𝟖 < 𝜽 < 𝟔𝟖. 𝟐 l’angle d’inclinaison des bielles de compression
𝐴𝑠𝑤 (2.8-42)
𝑉𝑅𝑑,𝑠 = 𝑧 𝑓𝑦𝑤𝑑 (cot 𝛼 + cot 𝜃) sin 𝛼
𝑠
La résistance au cisaillement des épingles dépend donc de leur section totale 𝐴𝑠𝑤 , de
l’espacement 𝑠, de la hauteur z ( en général 𝑧 ≅ 0.9𝑑), de l’angle d’inclinaison des épingles 𝛼 et
de l’angle d’inclinaison des bielles de compression 𝜃.
L’angle 𝜃 est pris initialement égal à 45°. Durant le chargement l’angle des bielles de
compression a tendance à diminuer selon les résultats d’essais de Walraven (J. C. Walraven and
Al-Zubi 1995). L’auteur explique qu’au début de la charge de cisaillement les poutres ne sont pas
fissurées de manière à ce que la direction de la contrainte principale soit de 45° (ligne 1). Ensuite,
à la formation de fissures de cisaillement inclinées, la direction de la contrainte principale diminue
(ligne 2), de ce fait un nouvel équilibre s’installe avec des épingles qui reprennent les efforts dans
leur phase élastique( ligne 3) . Lorsque les renforcements au cisaillement commencent à plastifier,
la rotation des bielles permet l’activation d’un nombre plus important d’épingles, en parallèle avec
la contrainte de compression du béton. La plastification des armatures d’effort tranchant ou
l’écrasement des bielles entraîne la ruine de l’élément (ligne 4).
De ce fait, pour éviter une rupture par écrasement des bielles de compression, les auteurs
de l’EC2 exigent de vérifier que la charge appliquée soit inférieure à :
cot 𝜃 + cot 𝛼 (2.8-43)
𝑉𝑅𝑑,𝑚𝑎𝑥 = 𝑏𝑤 𝑧 𝜈1 𝑓𝑐𝑑
1 + cot 2 𝜃
118
Figure 2-76 Schéma de rotation des bielles de compression mesurées dans la section de poutres avec
armatures d’effort tranchant (J. C. Walraven and Al-Zubi 1995)
Le choix de l’espacement des armatures d’effort tranchant et leur disposition est également
encadré par l’EC2. Le code européen préconise un calcul de l’espacement maximal des épingles,
qui dépassé, devrait fortement réduire l’influence de armatures sur la résistance au cisaillement
comme cela a été démontré précédemment.
L’EC2 conseille également l’utilisation d’un taux minimal d’armatures d’effort tranchant
même lorsque la résistance au cisaillement du béton semble être suffisante pour reprendre les
sollicitations en cisaillement.
Un taux maximal est d’ailleurs également prôné pour des questions de mise en œuvre qui
incluent par exemple le coulage du béton. Il est également destiné à ce que la résistance d’une
structure dépasse largement la charge à laquelle la fissure diagonale se produit. C’est pour cela
qu’il dépend essentiellement de la résistance caractéristique du béton et la limite d’élasticité des
épingles:
√𝑓𝑐𝑘 (2.8-44)
𝜌𝑤 =
𝑓𝑦𝑘
119
D’autres codes plus anciens, comme les British Standards (1989) (Standard 1985) et le code indien
(1965) (Indian Standards Institution 1965) ne considèrent que la limite d’élasticité des épingles.
Cependant, des modèles de codes plus récents, comme l’ACI 318-14 (ACI Committee 318 2014),
l’AASHTO LRFD (AASHTO LRFD Bridge Design Specifications 2008), et le code canadien CSA
(Canadian Standards Association 2004) préconisent comme l’Eurocode 2 l’ajout de la résistance
en compression du béton. Ceci est bien justifié car selon une étude Roller et Russell en 1990 (Roller
2005) a démontré que le taux minimal d’épingles devait augmenter en fonction de la résistance en
compression du béton.
Par ailleurs, une étude menée par Johnson et Ramirez en 1989 (Johnson 2011) et confirmée par
Rao et al en 2015 (Rao and Injaganeri 2013) conseille de prendre en compte également le rapport
𝑎
et le taux d’armatures longitudinales 𝜌𝑙 puisque la résistance au cisaillement des structures en
𝑑
Tout comme l’EC2, l’ACI 318-14 est un modèle de calcul analytique et empirique. Il
compile les résultats expérimentaux d’essais de cisaillement sur 194 poutres comme proposée par
I. [Link] Bresler et MacGregor en 1967 (Bresler and MacGregor 1967) .
Pour renseigner la résistance au cisaillement du béton seul, il considère les paramètres que
sont : la résistance en compression du béton 𝑓𝑐 , la hauteur utile 𝑑 et le taux d’armatures
longitudinales 𝜌𝐿 . Ce paramètre n’est pas pris en compte de la même manière que pour l’EC2, car
M
il est considéré à travers le moment coexistant ρ Vd. Il correspond à la contrainte 𝑓𝑠 existant dans
𝑉𝑢 𝑑 (2.8-46)
𝑉𝐴𝐶𝐼 = (0.16𝜆√𝑓𝑐 + 17𝜌𝑙 ) 𝑏 𝑑 ≤ 0.29𝜆√𝑓𝑐 𝑏𝑤 𝑑 [SI − Unités]
𝑀𝑢 𝑤
120
Afin de prendre en considération l’aspect pratique, les auteurs de l’ACI 318-14 présentent
une version simplifiée de l’équation qui répond aux besoins des ingénieurs :
Pour le cas des structures soumises à effort normal, l’ACI distingue le cas des éléments
sous sollicitations de traction ou de compression.
𝑁𝑢 (2.8-48)
𝑉𝐴𝐶𝐼_𝑇𝑟𝑎𝑐𝑡𝑖𝑜𝑛 = 0.17 (1 + ) √𝑓𝑐 𝑏𝑤 𝑑 ≥ 0
3.5𝐴𝑔
𝑁
𝑉𝐴𝐶𝐼_𝐶𝑜𝑚𝑝𝑟𝑒𝑠𝑠𝑖𝑜𝑛 = 0.17 (1 + 14𝐴𝑢 ) √𝑓𝑐 𝑏𝑤 𝑑 (2.8-49)
𝑔
▪ Méthode détaillée:
𝑉𝑢 𝑑 0.29𝑁𝑢 (2.8-50)
𝑉𝐴𝐶𝐼_𝐶𝑜𝑚𝑝𝑟𝑒𝑠𝑠𝑖𝑜𝑛 = (0.16√𝑓𝑐 + 17𝜌𝑙 ) 𝑏 𝑑 ≤ 0.29√𝑓𝑐 𝑏𝑤 𝑑√1 +
𝑀𝑚 𝑤 𝐴𝑔
(4ℎ−𝑑)
Où 𝑀𝑚 = 𝑀𝑢 − 𝑁𝑢 ≤ 0 et ℎ est l’épaisseur totale de l’élément. 𝑀𝑢 est le moment
8
Lorsque des armatures d’effort tranchant de type épingles sont mis en œuvre l’ACI
Committee 318 propose une équation similaire à celle de l’EC2 dans le chapitre [Link].4 dans
l’ACI 318-14 Building Code Requirements (ACI Committee 318 2014) . En effet, la résistance au
cisaillement des armatures d’effort tranchant est tout simplement superposée à la résistance au
cisaillement conférée par le béton. Il se base sur les résultats expérimentaux de Ramirez et al (N.
121
S. Anderson and Ramirez 1989) et les tests de Stuttgart en cisaillement de Leonhardt (Leonhardt
1962).
Contrairement à l’EC2, l’ACI 318-14 présuppose que l’angle d’inclinaison des bielles de
compression est de 45°.
En ce qui concerne le taux minimal d’armatures d’effort tranchant, l’ACI 318-14, tout
comme l’EC2 prend uniquement en considération la résistance en compression du béton 𝑓𝑐𝑘 et la
limite d’élasticité des épingles 𝑓𝑦𝑘
𝑓𝑐𝑘 𝑏𝑤 𝑠 𝑏𝑤 𝑠 (2.8-52)
𝐴𝑠𝑤 = ( 0.33 )≤
35 𝑓𝑦𝑘 𝑓𝑦𝑘
2.8.6 Comparaison des modèles de calcul EC2, ACI 318-14 et Fib Model Code 2010
122
Tableau 2-17 Comparaison des différentes procédures analytiques pour le calcul du cisaillement des
poutres
𝑉𝑡𝑒𝑠𝑡 720 dalles sans épingles 85 poutres avec épingles
𝑉𝑐𝑎𝑙𝑐 EC-2 ACI 318-14 MC10 EC-2 ACI 318-14 MC10
Eq (2.8-53) LOA (II) Eq (2.8-54) LOA(III)
Moyenne 1.07 1.22 1.31 1.52 1.26 1.21
Médiane 1.03 1.22 1.27 1.53 1.25 1.22
Ecart Type 0.249 0.349 0.272 0.377 0.240 0.209
5ème 0.75 0.64 0.97 0.91 0.9 0.92
centile5
Pour le cas des poutres sans épingles, il s’avère que l’EC2 présente les résultats les moins
conservatifs, avec une excellente moyenne de 1.07 et un écart-type de 0.249. L’ACI 318-14 et le
Model Code 2010 sont plus conservatifs.
Dans, le cas des poutres avec épingles, l’EC2 devient très conservatif avec une moyenne de
1.52, dépassant largement les codes ACI 318-14 et le Fib Model Code 2010. Ce dernier présente
les résultats les plus précis en utilisant le niveau de base (III) avec une moyenne de 1.21.
Le 5ème centile permet de distinguer les modèles les plus sûrs, bien que les coefficients de
sécurité soient à prendre en compte aussi. Généralement, il est admis qu’un coefficient proche de
0.85 est considéré comme un niveau de sécurité approprié. Le Fib Model Code 2010 possède les
valeurs la plus élevées (0.97 dans le cas des poutres sans épingles et 0.92 dans le cas des poutres
avec épingles).
Le coefficient de détermination R², est un indicateur qui permet de juger la qualité d’une
régression linéaire simple. Il mesure l’adéquation entre le modèle et les données observées ou
5 𝑉𝑡𝑒𝑠𝑡
5ème centile : Valeur du rapport à laquelle 95% des résultats sont supérieures
𝑉𝑐𝑎𝑙𝑐
123
encore à quel point l’équation de régression linéaire est adaptée pour décrire la distribution des
points. Plus il se rapproche de 1 plus les valeurs se resserrent autour de la droite de régression.
Comme dans le cas du centile à 5%, le Fib Model Code 2010 présente le coefficient de
détermination le plus élevé (Figure 2-77). Ainsi, il peut être présenté comme étant le modèle de
calcul le plus fiable et donc pertinent pour les poutres avec et sans épingles.
Marì et al (Marí et al. 2014) a également repris une base de données rassemblant les
résultats expérimentaux issus de plusieurs campagnes d’essais, notamment celles de Kani (M.
124
Kani, Huggins, and Wittkopp 1979), Walraven (J. C. Walraven 1978b), Mphonde (Mphonde and
Frantz 1984) et Roller et al (Roller 2005). Il a étudié la variation des résultats expérimentaux en
𝑎
fonction de paramètres tels que : la hauteur utile 𝑑, le rapport 𝑑, le taux d’armatures
Tableau 2-18 Comparaison des différentes procédures analytiques pour le calcul du cisaillement des
dalles sans épingles
𝑉𝑡𝑒𝑠𝑡 79 dalles sans épingles
𝑉𝑐𝑎𝑙𝑐 EC-2 ACI ACI 318-14 MC10 MC
318-14 Eq (2.8-56) LOA (I) LOA (II)
Eq
(2.8-55)
125
126
A travers les résultats des travaux et études largement commentés dans ce chapitre, d’une
part les paramètres agissant sur la contrainte de cisaillement sont :
• La résistance caractéristique du béton en compression.
• Le taux d’armatures longitudinales et transversales.
• L’effet d’échelle et le rapport a/d (élancement de la l’élément).
• La largeur des spécimens
• La taille des granulats.
• Les armatures d’effort tranchant y compris le type de renforts, leur
espacement et leur taux.
• L’effort normal de compression ou de traction.
Et d’autre part les résistances conférées par les épingles interagissent avec les autres
mécanismes, en dehors de l’effort normal car les avis ne sont pas unanimes sur ce point.
Différents codes de calcul analytiques trouvent tous leur source dans le modèle treillis
proposé par Ritter et Mörsch (Mörsch 1908), (A. N. (Arthur N. Talbot 1909) qui est décrit dans ce
chapitre.
Vecchio et Collins ont ensuite développé la théorie modifiée du champ de compression
(MCFT). Les équations de la MCFT, étant fastidieuses, Benz a proposé une simplification
(SMCFT) qui se base sur un certain nombre d’approximations.
De cette forme simplifiée est né le modèle américain, le code AASHTO LRFD qui
a été développé pour la conception des tabliers de ponts.
L’intérêt du code AASHTO c’est qu’il prend en considération l’influence des épingles sur
la résistance du béton au cisaillement.
La théorie de la fissure de cisaillement critique (CSCT) a été présentée la première fois par
Muttoni en 1991 (Muttoni and Schwartz 1991) pour définir le comportement des dalles sans
armatures d’effort tranchant soumises au poinçonnement.
Basée sur les mêmes hypothèses que la SMCFT, la CSCT est considérée comme étant une
variante de la MCFT.
Ensuite d’autres modèles dont les résultats ont été largement commentés dans ce chapitre .
Il s’agit du Fib Model Code 2010 qui se base sur une combinaison de la CSCT, la SMCFT puis
l’Eurocode 2 et la norme américaine ACI 318-14 qui sont résultats empiriques. En 2013, Marì et
127
al (Marí et al. 2014) a comparé différents graphiques de paramètres avec courbes analytiques de
l’EC2, l’ACI 318-14 et Fib Model Code 2010 et a conclu que le Fib Model Code 2010 est le plus
fiable.
128
Les dalles épaisses avec épingles sous sollicitation de cisaillement à proximité de l’appui
est le sujet d’étude de cette thèse. Comprendre leur comportement nécessite sans aucun doute des
tests permettant de récolter des résultats pertinents et précis. Ceci est d’autant plus nécessaire que
la bibliographie ne permet pas de mettre clairement en évidence les synergies des différents
paramètres influençant la résistance à l’effort tranchant. Aussi, cette campagne expérimentale a été
conçue dans le dessein de se rapprocher du modèle nucléaire tout en respectant les cadres technique
et financier établis d’un commun accord entre EDF SEPTEN et le laboratoire GEOMAS de l’INSA
de Lyon.
La totalité des tests réalisés peut être divisée en 2 catégories :
▪ 18 dalles sans épingles en variant les paramètres qui sont : la résistance en
compression du béton, le ratio d’élancement av/dl, le taux d’armatures
transversales, le taux d’armatures longitudinales, la taille des granulats, la
longueur de la plaque de chargement, l’effort normal de compression ou de
traction.
▪ 32 dalles avec épingles en variant les paramètres qui sont : la résistance en
compression du béton, le ratio d’élancement av/dl, le taux d’armatures
transversales, le taux d’armatures longitudinales, la taille des granulats,
l’effort normal de compression ou de traction et le taux d’armatures d’effort
tranchant (épingles).
Dans le cadre de sa thèse Serge Auguste Nana s’est focalisé sur les dalles sans épingles
(NANA 2017). Elle a permis de mettre en exergue l’influence des paramètres cités sur les dalles
épaisses sans épingles. L’objectif de cette thèse est de s’intéresser à la 2 ème catégorie, celles des
dalles épaisses avec épingles.
129
130
La série II a été configurée de manière à analyser l’interaction des épingles avec les
armatures longitudinales et transversales. En effet, les armatures d’effort tranchant empêchent le
béton de se fracturer autour des aciers longitudinaux et transversaux ce qui préserve le mécanisme
de l’effet de goujon ([Link]).
La série III a été conçue pour étudier l’effet d’un effort axial sur la résistance au cisaillement
et vérifier l’existence d’une interférence des aciers d’effort tranchant sur l’effort axial comme cela
a été démontré par Collins (Bhide and Collins 1989a) (2.6).
La série IV se focalise sur l’influence de l’engrènement des granulats par la variation de la
taille du diamètre maximal des granulats et son interaction avec le mécanisme de résistance des
aciers d’effort tranchant. Dans la bibliographie étudiée ([Link]), les épingles contrôlent les
ouvertures de fissures ce qui entraîne la préservation du mécanisme d’imbrication des granulats.
L’objectif d’analyse de cette série est donc de valider ou d’infirmer ces études.
Les spécimens ont une même formulation de béton et une géométrie similaire, ainsi qu’un même
ferraillage supérieur, mais ils diffèrent sur les paramètres suivants : les taux d’armatures
longitudinales et transversales, le taux d’épingles, l’épaisseur des dalles, la taille maximale des
granulats, l’effort axial de compression ou de traction et la longueur de la plaque de charge.
Toutes les dalles ont les dimensions suivantes (4mx2.6mx30cm), excepté S17 et S17C qui
font 35cm.
Dans la réalité, les dalles des réacteurs nucléaires ont une épaisseur qui peut atteindre 1m
et leur surface dépassent souvent les dimensions choisies expérimentalement. Pour des questions
de techniques de coulage et de manutention la longueur et largeur des dalles sont limitées.
( (
a) Conditions aux limites
[Link] b)
Les dalles sont toutes simplement appuyées sur leurs pourtours. Le système d’appui
se compose de trois parties (Figure 3-2) : Une poutre métallique en I de dimensions 200x200mm
est posée à même la dalle du hall d’essai. Ensuite, un rond en Duraluminium AU4G de diamètre
40mm est positionné en appui sur la poutre métallique. Entre le rond et la dalle, une plaque
métallique de 80x12mm est mise en place. Avant de poser la dalle sur l’appui, un lit de mortier est
mis en place sur la plaque d’appui afin d’assurer un contact régulier et garantir l’uniformité de
l’appui.
132
150
200 av=560 Charge
Epaisseur 675
80
200 200
Figure 3-2 Système d'appui [unités en mm]
[Link] Chargement
Le chargement s’effectue à l’aide d’un vérin de 200 tonnes solidaire à un portique. La
charge est transmise par l’intermédiaire d’une plaque qui répartit la charge sur une surface de
dimensions (600 mm x 300 mm) pour toutes les dalles, excepté S17 et S17C dont les dimensions
de la zone de charge ont été réduites (500 mm x 300 mm). Le chargement a lieu de manière quasi-
statique avec une vitesse d’environ 0.4mm/min. La charge est appliquée jusqu’à la rupture
complète de la dalle.
d’effet d’arche et de poutre qui se traduit par l’évolution des fissures de flexion en fissures
diagonales de cisaillement sans qu’il n’y ait transmission complète des efforts aux appuis,
𝑎𝑣
phénomène observable si avait été pris autour de 1.
𝑑𝑙
𝑎𝑣
La variation du paramètre permet toutefois d’étudier son influence sur le mode de
𝑑𝑙
rupture. La thèse de Serge Nana (NANA 2017) qui s’est focalisée sur le dalles épaisses en B.A
𝑎𝑣
sans armatures d’effort tranchant, a permis de conclure que réduire le rapport (en augmentant
𝑑𝑙
[Link] Instrumentation
Le système VISHAY 5000 a été choisi pour l’acquisition et la synchronisation des voies de
mesures. Le traçage de l’évolution des données se fait progressivement au cours de l’essai avec
une fréquence de 5Hz.
La mesure des déplacements est réalisée à l’aide de capteurs de 6 capteurs LVDT (Linear
Variable Differential Transformer) positionnés stratégiquement sur la face supérieure de chaque
dalle. Le capteur L1, de 100 mm de course, et situé au centre de la zone de charge, mesure le
déplacement du vérin. Les capteurs L4 et L5, situés également à proximité de la zone de charge,
ont une course de 100 mm, tandis que les capteurs L2, L3 et L6 qui sont positionnés à proximité
des zones de fissuration diagonale (près de l’appui) ont une course plus faible de 50mm (Figure
3-6 Figure 3-4 et Figure 3-3).
134
L4
L1
L2 L5 L3
L6
Figure 3-4 a) Jauges de déformations des armatures longitudinales et transversales : dalle S4; b) Jauges de
déformation des épingles: dalle S17C
135
7 cm 7 cm
: Jauges de SG6
SG3
déformation 45° 70°
LG6 LG8 LG13
LG9 LG12 des épingles
LG5 LG7 6 cm 9 cm
LG10 LG11 LG14
Figure 3-5 Emplacement des jauges de déformation sur les armatures longitudinales, transversales et sur
les épingles
La mesure de la force : la valeur de l’effort tranchant transmis à la dalle est mesurée à
l’aide d’un capteur force situé à l’extrémité du vérin. Sa capacité se limite à 2000kN avec une
erreur de mesure de 0.3%. Pour plus de précision, la pression au sein du vérin peut être relevée et
permet donc vérifier l’exactitude des données transmises par le capteur (Figure 3-6).
Figure 3-6 Positions des différents systèmes d’acquisition : essai de la dalle S15
136
137
200
300 200 150
75 20T 20T 20T 20T 20T 20T
300
2600
138
300 650
Connecteurs
430
4000
430
30
30
370
75 Ø30
Vérin 23T Ø63
Barre Ø30
30 185
30
160 115
Tige fileté
Rd30-Ø39,5 85
60 Ø22
Douilles
75 85
Ø50
Rotation
libre Mortier 200
80
30 5
140 12
200 Ø40
129 15 115
30
200
Barre Ø30
Vérin 23T 75
15
200
200
139
140
de poussée lorsque la traction est appliquée (Figure 3-11). Un tube creux de 11.5mm d’épaisseur
et de 63mm de diamètre remplace les barres dans le plan.
Comme des ruptures locales peuvent avoir lieu lors de l’application de la traction, un soin
particulier a été apporté au dispositif de ces dalles. La résistance du béton dans la zone où est
appliquée la tension a été vérifiée sur un des blocs. Une charge maximale de traction de 34
tonnes a été mesurée sur l’un des six points d’application de l’effort normal. Une méthode de
renforcement par un système de serrage dans la zone d’application de l’effort de traction a
également été effectuée (Figure 3-10). Une tige filetée traversant l’épaisseur de la dalle, et
connectée avec 2 douilles (connecteurs) ancrées dans le béton compose le système. Afin d’éviter
un éventuel flambage du tube creux provoqué par une compression excessive, sa charge critique
de flambement a été déterminée : 𝑓𝑚𝑎𝑥𝑖 = 16 𝑘𝑁.
Figure 3-10 Renforcement par système de serrage dans la zone d’application de l’effort axial de traction
300
2600
141
430
30
30
370
Ø30
Tige de Vérin 23T Ø63
protection D63
Ø30 11,5
185
63
160 11,5
Tige fileté
Rd30-Ø39,5 85 60 Ø22
Douilles
75 85
Ø50
Rotation
libre Mortier 200
80
30 5
140 12
200 Ø40
129 15
Ø30 200
D63
Vérin 23T
15
200
200
142
L’instrumentation des dalles avec effort normal est identique à celle des dalles sans effort
normal. En revanche, un capteur de force de capacité de 40 tonnes est installé sur une équerre pour
contrôler la force axiale appliquée. Des capteurs LVDT de 20 mm de course.
3.4.1 Le béton
Un ciment VICAT est utilisé pour toutes les dalles étudiées, la désignation choisie est le
C20/25. Il ne correspond pas forcément aux formulations de béton choisies pour les dalles des
bâtiments nucléaires qui ont une résistance caractéristique en compression plus élevée. En raison
de la capacité limitée du vérin hydraulique (200 Tonnes), le choix s’est porté sur un béton de classe
C20/25. La granulométrie est de type 6/11.2 pour toutes les dalles excepté les dalles S2B et S17C
où la granulométrie est 10/20. Le Tableau 3-1 présente un récapitulatif de la composition et des
caractéristiques du béton.
Tableau 3-1 Composition et caractéristiques du béton utilisé
Désignation : BPS NF EN 2061/CN Certification : NF
Classe d’exposition : X0 (F) E eff/Liant éq. : 0.8
Consistance : S3 Granularité D11.2 (D20
Dmax : pour la dalle
S2B)
Résistance caractéristique : C20/25 (C40/50 pour la dalle S8) Dosage(C+kA) : 145 kg
Type et classe du ciment : CEM II/A-LL 42,5 R CE NF VMO VICA Classe Chlorures : Cl 0.40
Type Adjuvant : PRE1 0.35%
Afin d’évaluer la qualité du béton, et d’étudier en aval les résultats expérimentaux, des
essais de résistance maximale du béton en compression et en traction uni-axiale ont été réalisés. Le
module de Young a été déterminé par la même occasion. Dans cette optique, des éprouvettes
cylindriques de dimensions 11x22 ont été prélevées du béton utilisé pour couler les dalles. Ainsi,
durant chaque opération de coulage, 12 éprouvettes sont conçues, protégées dans un moule, et
entreposées après démoulage dans une chambre humide à une température avoisinant 20°C et une
humidité relative supérieure à 95%. Les tests de caractérisation du béton ont été effectués de la
manière suivante :
143
(
a)
144
( ( (
b) c) d)
Figure 3-13 Essai de compression uni axiale du béton : a) surfaçage d’une éprouvette ; b) Presse de
compression ; c) éprouvette instrumentée ; d) rupture
30
Contraintes ( MPa )
25
JAUGE 1
20 JAUGE 2
JAUGE 3
15
Courbe moyenne
10
y = 33,803x + 0,2959
5 E = 33,80GPa
0
0 1 2 3 4
Déformations (‰)
Figure 3-14 Détermination du module de Young de la dalle S24
145
( (
a) b)
146
Dalles 𝝆𝒍 𝝆𝒕 av/dl Classe fcm, meas à fctm, meas fcm, meas fctm,meas Module Age des
de 28 jours à 28 jours à la date à la date de de dalles
[%] [%]
béton [MPa] [MPa] de l’essai l’essai Young à la date de
l’essai
[MPa] [MPa] [GPa]
[Jours]
S2B 1.223 1.106 2.1 C20/25 28.0 3.17 30.5 3.51 29.70 43
SC8 1.223 1.106 2.1 C20/25 29.8 3.7 35.6 3.78 32.65 62
SC9 1.223 1.106 2.1 C20/25 27.0 2.9 33.3 3.63 30.75 73
ST10 1.223 1.106 2.1 C20/25 26.6 3.1 34.0 3.01 34.20 49
ST12 1.223 1.106 2.1 C20/25 28.6 2.6 34.2 3.60 33.85 55
ST14 1.223 1.106 2.1 C20/25 28.0 2.8 34.2 3.50 32.40 59
ST32 1.223 1.106 2.1 C20/25 32.72 3.39 34.58 3.26 34.10 110
ST33 1.223 1.106 2.1 C20/25 29.72 3.22 33.78 3.37 33.70 74
ST20 1.223 1.106 2.1 C20/25 27.21 3.05 30.22 3.05 30.81 36
ST36 1.223 1.106 2.1 C20/25 33.92 3.47 36.75 3.49 32.80 107
S14 1.223 1.106 2.1 C20/25 25.72 2.74 28.00 2.87 30.80 70
S24 1.003 0.854 2.1 C20/25 32.9 3.09 31.48 2.77 33.19 41
S26 1.551 0.837 2.1 C20/25 30.93 3.02 31.78 3.17 32.50 43
SC28 1.223 1.106 2.1 C20/25 30.67 2.8 37.62 3.59 36.35 102
SC29 1.223 1.106 2.1 C20/25 25.98 2.91 27.90 3.19 30.05 63
SC37 1.223 1.106 2.1 C20/25 14.61 1.91 16.39 1.92 22.40 27
147
ST39 1.223 1.106 2.1 C20/25 28.57 3.19 31.05 3.23 31.10 62
ST31 1.223 1.106 2.1 C20/25 38.8 3.13 39.65 3.54 37.45 62
ST21 1.223 1.106 2.1 C20/25 25.09 2.59 28.84 3.04 29.55 36
ST38 1.223 1.106 2.1 C20/25 33.23 3.49 33.60 3.32 32.70 62
S15 1.223 1.106 2.1 C20/25 28.01 3.08 31.70 3.22 33.75 46
S25 1.003 0.854 2.1 C20/25 26.65 2.91 26.83 2.96 30.90 42
S27 1.551 0.837 2.1 C20/25 21.32 2.62 29.76 3.39 27.15 108
S17 1.03 0.917 1.8 C20/25 25.4 3.01 25.6 3.06 33.0 33
S17C 1.030 0.917 1.8 C20/25 25.28 2.78 26.8 3.04 32.98 50
SC30 1.223 1.106 2.1 C20/25 32.52 3.48 34.52 3.54 41.10 113
SC35 1.223 1.106 2.1 C20/25 22.64 3.08 28.30 3.26 33.35 41
Instrumentation des barres : Pour les aciers HA25 et HA20, les déformations ont été
mesurées à l’aide de deux jauges de déformation collées au centre de l’éprouvette et espacées l’une
de l’autre de 180°, tandis que pour les aciers HA14, HA10, HA8 et HA6 un extensomètre mesure
l'allongement de l'éprouvette.
Essai : les éprouvettes sont ensuite soumises à un effort de traction simple jusqu’à la rupture
par l’intermédiaire d’une presse de traction MAN de capacité 200kN. Les résultats Effort-
déformation (ou Effort-Allongement) sont visualisés sur un écran via un système d'acquisition de
données.
( (
a) b)
( (
c) d)
Figure 3-16 Essai de traction directe sur acier : a) Barres HA20 et HA25 usinées et instrumentées ; b)
jauge de déformation sur une éprouvette HA25; c) Banc d’essai avec extensomètre ; d) Rupture
[Link] HA 20 et HA 25
La Figure 3-17 représente les courbes de comportement contrainte-déformation
obtenues pour les aciers HA25 et HA20. Ces courbes témoignent d’un comportement élastique
suivi d’une phase d’écrouissage et d’un palier ductile. Ce palier de ductilité est également suivi par
un nouvel écrouissage jusqu'à la rupture de l’éprouvette. Les caractéristiques mécaniques
149
moyennes obtenues à partir des lois de comportement sont données dans le Tableau 3-3. A noter
que le module de Young est calculé en déterminant la pente sur la zone linéaire élastique.
Acier Acier
600 600
500 500
400 400
Contrainte (MPa)
Contrainte (MPa)
300 300
Jauge 1 Jauge 1
Jauge 2 Jauge 2
200 Moyenne 200 Moyenne
0 0
-2 0 2 4 6 8 10 12 -1 0 1 2 3 4 5
Déformation (%) Déformation (%)
150
600
Acier
500
PHI14_Eprouvette_1
Contrainte (MPa) 400
PHI14_Eprouvette_2
PHI14_Eprouvette_3
300
200
515 MPa
100
0
0 0.002 0.004 0.006 0.008 0.01 0.012 0.014 0.016 0.018 0.02
Déformation
Figure 3-18 Courbes de comportement des aciers HA14
800
Acier
700
600
Contrainte (MPa)
500 PHI14_Eprouvette_1
PHI14_Eprouvette_2
400 PHI14_Eprouvette_3
300
200
100
0
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12 0.14
Déformation
Figure 3-19 Courbes de comportement des aciers HA10
151
600
510 MPa
500
Contrainte (MPa)
400
300
200
510 MPa
100
0
0 0.004 0.008 0.012 0.016 0.02 0.024 0.028 0.032 0.036 0.04 0.044
Déformation
Acier
800
700
600
Contrainte (MPa)
540 MPa
500
400
300
100
0
0 0.002 0.004 0.006 0.008 0.01 0.012 0.014 0.016 0.018 0.02
Déformation
152
Les limites élastiques des aciers HA20 et HA25 sont légèrement inférieure à la
limite garantie par le constructeur. Ceci est sans doute dû au protocole d’essai, car en raison de la
capacité limitée de presse (100kN), il a fallu usiner les aciers avant de les tester.
153
coffrage en bois où le béton frais est coulé et vibré afin d’obtenir une distribution homogène des
granulats dans l’épaisseur (Figure 3-23). En fin de procédure, la surface du béton frais est égalisée.
Afin de favoriser, une bonne prise du béton, les dalles sont recouvertes d’une bâche en plastique.
La durée qui sépare le coulage du béton au jour du test est toujours supérieure à 28j garantissant de
bonnes caractéristiques mécaniques au béton (Tableau 3-1).
Ferraillage supérieur
27 barres Ø14#15cm 18 barres Ø10#15cm
150 Axe
150
2600
Axe
points ligaturés
600
4000
27 barres HA Ø14mm 50mm 50mm
2540 mm
18 barres HA Ø10mm 50mm 50mm
3940 mm
154
La série I est composée de 9 dalles divisée en 3 groupes : (S2, S14, S15), (S4, S24, S25)
et (S5, S26, S27). Dans chaque groupe, le pourcentage d’armatures longitudinales et transversales
est identique, tandis que le taux d’armatures d’effort tranchant varie pour étudier son influence sur
la résistance au cisaillement. Dans le groupe (S4, S24, S25) toutes les dalles ont un taux d’armatures
longitudinales égal à 𝜌𝑙 = 1.003% et qui correspond à l’alternance des barres Ø25/20 avec une
distance longitudinale de 150mm. La dalle S4 a été conçue sans épingles, tandis que les dalles S24
et S25 ont été renforcées respectivement avec des épingles Ø6 et Ø8. Toutes les épingles sont
positionnées à une équidistance de 150mm. Dans le groupe II (S2, S14, S15), toutes les dalles ont
un taux d’armatures longitudinales constant𝜌𝐿 = 1.223%, correspondant à des barres Ø25
séparées de 150mm. La dalle S2, dalle de référence, a été conçue sans épingles, tandis que les dalles
S14 et S15 ont été renforcées respectivement avec des épingles de diamètres Ø6 et Ø8. Enfin, dans
le groupe III (S5, S6, S27) toutes les dalles ont un taux d’armatures longitudinales 𝜌𝐿 = 1.551%,
correspondant à deux barres Ø20 (2Ø20) accolées, les paires de barres 2Ø20 sont distancées de
150mm. La dalle S5 a été conçue sans épingles, tandis que les dalles S26 et S27 contiennent des
étriers dont les diamètres sont Ø6 et Ø8 respectivement.
La série II est composée de 4 dalles (S24, S26, S25 et S27) et divisée en 2 groupes (S24,
S26) et (S25, S27). Dans chaque groupe, les dalles ont été renforcées avec des épingles de même
diamètre, tandis que le pourcentage d’aciers longitudinaux a été modifié afin d'étudier son influence
sur la résistance au cisaillement. Pour les dalles S24 et S25, les barres longitudinales se
composaient de barres Ø25/20 alternées ( 𝜌𝐿 = 1.003%) avec une distance longitudinale de 150
mm entre eux, tandis que les dalles pour S26 et S27 deux barres 2Ø20 unifiées, également espacées
de 150 mm, ont été utilisées, correspondant à 𝜌𝐿 = 1.551%.
La série III est composée de 20 dalles (S2, S14, S15, SC8, SC9, SC28, SC29, SC30, SC35,
SC37, ST10, ST12, ST32, ST33, ST20, ST21, ST38, ST39 et ST36). Une charge de traction axiale
a été appliquée aux dalles désignées par «T» (dalle ST) variant entre − 1 MPa et − 0,5 MPa, alors
qu'une charge de compression axiale variant entre 1,5 MPa et 1 MPa a été appliquée aux dalles
désignées par «C» (dalle SC). Les dalles S2, S14 et S15 sont les essais de référence sans charge
axiale. Le but de cette série est d'étudier l'influence de l’effort axial sur le comportement au
cisaillement des dalles avec et sans épingles.
La série IV est composée de 4 dalles (S2, S2B, S17, S17C) et divisée en 2 groupes (S2,
S2B) et (S17, S17C). Dans chaque groupe, les dalles ont la même géométrie et sont renforcées du
155
156
157
: capteurs déplacement
Section A charge
100 925
L4 L1 L5 L6
4000
100
2600
charge L2
Ø6 ou
Ø8 / 300
1725
950
200
4000 2600
Axe
26 cm 26 cm
LG6 LG8 LG13
LG5 LG9 LG12
LG7 LG14
LG10 LG11
45° 70°
6 cm 9 cm
Figure 3-24 Géométrie et disposition des dalles avec épingles sans effort axial et dispositifs de ferraillage
longitudinal, transversal et d'effort tranchant
158
Axe
Section A
support
200
Axe
2600
charge
LG1 Jauges de déformation des aciers longitudinaux
TG2 TG4
LG3 Jauges de déformation des aciers transversaux
400 200
Figure 3-25 Ferraillage des dalles sans armatures d'effort tranchant : S2/S2B/S4/S5
159
Epingles 135°
Positions des Epingles 110°
Section B
jauges de
déformation 300
Axe
Section A
Ø20 / 300
Ø25 / 300 Ø10 / 150
2600
charge
Ø6 ou
Ø8 / 300
4000
Axe
Ø14 / 150 Ø10 / 150 Ø10 / 150 Ø14 / 150
Figure 3-26 Ferraillage des dalles avec effort axial (compression ou traction), avec et sans épingles
160
- Les dalles sont recouvertes d’une bâche en plastique pour favoriser la prise du béton.
- Au bout d’un temps supérieur à 28 jours, pour garantir de bonnes caractéristiques
mécaniques, le test est réalisé sur les dalles.
Le banc d’essai présente un réel intérêt scientifique, puisqu’il permet de combiner un effort
de membrane et de l’effort tranchant sur un élément que de grande envergure comme les dalles
épaisses. De tels dispositifs expérimentaux sont quasiment sans précédent en Europe. La
description de la campagne expérimentale du Chapitre 3 offre la possibilité de reproduire ces essais
et d’étoffer les résultats obtenus.
162
du critère de diffusion à 45° de l’annexe française car elle est une meilleure approximation que la
recommandation néerlandaise ([Link]) et celle du Model Code 2010. La charge équivalente 𝑉100𝑘𝑁
calculée est égale à 61.21 kN, de ce fait :
𝑉100𝑘𝑁 (4.1-1)
𝑉𝐸𝑋𝑃 = 𝑃𝑢 . = 0.6121 𝑃𝑢
100
Figure 4-1 Répartition de l'intensité du moment de cisaillement Mexp et de l'effort tranchant Vexp en 2D
164
Tableau 4-1 Récapitulatif des résultats expérimentaux des différentes dalles testées
Vexp/
Contr
Charge 𝒃𝒆𝒇𝒇,𝟑
ainte 𝒃𝒆𝒇𝒇,𝟐 𝝈𝒄𝒑 √𝐟𝐜𝐦,𝐜𝐲𝐥 Vexp/
Axiale Pu Vexp
Epingle Axiale (Model 𝒇𝒄𝒕𝒎,𝒄𝒚𝒍
Dalles (Annexe 𝒃𝒆𝒇𝒇 𝒅𝒍
s 𝑵𝒖 Code [kN] [kN] 𝒌𝑵
𝝈𝒄𝒑 Fr) [%] [ ]
[kN] 2010) √𝑀𝑃𝑎 [MPa]
[MPa]
Φ6 ST36 -600 -0.5 2.1 2.3 14.3 1347 824 136 1.47
Espace
S14 0 0.0 2.1 2.3 0.0 1494 914 173 1.63
ment
150mm S24 0 0.0 2.1 2.3 0.0 1443 884 158 1.57
S26 0 0.0 2.1 2.3 0.0 1486 910 161 1.60
SC28 1200 1.0 2.1 2.3 27.9 1581 968 158 1.72
SC29 1200 1.0 2.1 2.3 31.3 1576 965 183 1.72
SC37 1800 1.5 2.1 2.3 78.1 1356 830 205 1.48
ST31 -1080 -0.9 2.1 2.3 25.4 1466 897 143 1.60
ST39 -960 -0.8 2.1 2.3 24.8 1613 987 177 1.76
ST21 -600 -0.5 2.1 2.3 16.4 1348 825 154 1.47
ST38 -600 -0.5 2.1 2.3 15.1 1406 861 148 1.53
Φ8
Espace S15 0 0.0 2.1 2.3 0.0 1726 1057 188 1.63
ment S25 0 0.0 2.1 2.3 0.0 1478 905 175 1.61
150mm
S27 0 0.0 2.1 2.3 0.0 1660 1016 186 1.79
S17 0 0 2.1 0 0.0 1709 1046 207 1.83
S17C 0 0 2.1 0 0.0 1660 1016 196 1.78
SC30 1200 1.0 2.1 2.3 28.2 1972 1207 205 2.15
SC35 1800 1.5 2.1 2.3 46.0 1806 1105 208 1.97
165
Le Tableau 4-1 récapitule les résultats des essais de cisaillement des différentes dalles.
Les charges de rupture 𝑃𝑢 varient entre 1972𝑘𝑁 pour la dalle SC30 et 881 𝑘𝑁 pour la dalle
ST12, un écart de près de124%, ceci démontre à priori qu’il existe bien des paramètres qui influent
la résistance à l’effort tranchant des dalles épaisses.
Afin de pouvoir évaluer l’influence des paramètres mentionnés ultérieurement, il est
nécessaire d’uniformiser ces résultats. En effet, la résistance maximale en compression du béton
varie pour chaque dalle (Tableau 3-1), et sachant que celle-ci influe sur la résistance au
cisaillement (voir section 4.4), il est nécessaire d’homogénéiser les résultats expérimentaux pour
étudier les autres paramètres. De ce fait, le terme choisi pour étudier le comportement des dalles
au cisaillement est :
Vexp (4.1-2)
VN =
√fcm,cyl
200 200
Cisaillement normalisé VN
180
Série I 187.58 Φ8
Série I Φ8
180
Φ6 174.69
160 171.17 Φ6 160
140 134.11 158.63
140 Sans épingles
CisaillementVN
Sans épingles
120 120 133.04
100 100
80 80
60 60
S14 S4
40
S2 40 S24
20 S25
S15 20
0 S4
0
0 2 4 6 8 10 12
0 5 10 15
Déplacements L5 (mm) Déplacements mesurés à L5 (mm)
Figure 4-2 Courbes Charge-déplacement de dalles appartenant à la série I: S2, S14, S15, S24 et S25
La Figure 4-2 traduit la variation du cisaillement normalisé 𝑉𝑁 en fonction des
déplacements mesurés sur les dalles de la série I. Il apparaît clairement qu’avec des caractéristiques
166
Cisaillement normalisé VN
187
180
160 161
140 175
120 158
100
80
60 S24
40 S26
S25
20
S27
0
0 5 10 15
Déplacement mesuré à L5 (mm)
Figure 4-3 Courbes Charge-déplacement de dalles appartenant à la série II: S24, S25, S26 et S27
La série II se focalise sur l’influence des armatures longitudinales et leur interaction avec
les épingles. La Figure 4-3 donne les courbes charge-flèche des dalles de cette série, il y’a bien
variation de la charge de rupture qui dépend sans doute du taux d’armatures longitudinales : cas
des dalles (S24 vs S26) et (S25 vs S27), ou du taux d’épingles : (S24 vs S25) et (S26 vs S27).
L’influence du taux d’armatures longitudinales et son interaction avec les épingles sera détaillée
dans la section X
167
200 250
Série Série
183
Cisaillement normalisé VN
Cisaillement normalisé VN
180 III-Φ6 III-Φ8
205
160 173 200 158
136
140
131 150 143 148
120
100
80 100
60 ST32
S14 S15
40 50 ST38
ST36 SC30
20
SC29 ST31
0 0
0 10 20 0 10 20 30
Déplacement mesuré à L5 (mm) Déplacement mesuré à L5 (mm)
Figure 4-4 Courbes Charge-déplacement de dalles appartenant à la série III: ST36, ST32, S14, SC29, S15,
SC30, ST31
La Figure 4-4 montre l’influence de l’effort axial (traction ou compression) sur la
résistance au cisaillement, ainsi qu’une possible interaction avec les épingles. Les variations de
charges de ruptures ainsi que l’allure de courbes laissent présager qu’il y a un réel impact de
l’application d’un effort normal sur les comportements des dalles au cisaillement. La section (4.7)
précise le sujet et aborde l’incidence des épingles sur ce cas particulier.
250
Série IV 160
Cisaillement normalisé VN
Série IV
Cisaillement Normalisé VN
150
196 207 140
200 134
120
150 100
80
100 60
40
50 S2
S17 20
S2B
S17C 0
0 0 1 2 3 4 5 6 7
0 2 4 6 8
Déplacements mesurés à L5 (mm) Déplacement mesuré à L5
Figure 4-5 Courbes Charge-déplacement de dalles appartenant à la série IV
168
La Figure 4-5 discute de l’influence de la taille des granulats sur le cisaillement des dalles
avec et sans épingles. Il apparaît qu’il n’y a pas ou peu d’écarts dans la charge de rupture de la
dalle S17 et de la dalle S17C avec une faible augmentation de 5% de la charge de rupture, alors
l’augmentation de la charge de rupture est de près de 12% entre la dalle S2 et S2B, ceci est discuté
dans la section (4.8).
Fissure
principale de
rupture à côté de
l’appui (macro-
fissure)
170
S15
45° 45°
S2
L’étude de ces dalles permet de confirmer que le mode de rupture est conservé avec ses
mécanismes bien que les épingles apportent quelques modifications sur le profil de fissuration.
171
Fissure
principale de
rupture à côté
de l’appui
(macro fissure)
Dans cette partie les faciès de rupture des dalles S2, S14 et S15 sont comparés afin d’établir
l’influence des épingles sur le profil de fissuration des dalles.
DALLE S2 DALLE S14 DALLE S15
Figure 4-8 De gauche à droite : les faciès de rupture retracés des dalles S2, S14 et S15
Les faciès de rupture des faces inférieures des dalles S2, S14 et S15 (Figure 4-8) montrent
que les fissures horizontales sont légèrement plus étendues avec l’augmentation du taux
d’armatures d’effort tranchant.
Les épingles initient les fissures de flexion et ceci permet d’observer la régularité et la des
fissures de flexions et leurs emplacement parallèles aux emplacements des épingles ainsi que leur
propagation sur toute la dalle comme cela a été mentionné par Zakaria et al (Zakaria et al. 2009).
Etant donné que le phénomène est peut observable sur les faces inférieures des dalles, il serait
172
judicieux d’étudier le profil scié des dalles (S14 et S15) pour vérifier l’exactitude de ces
suppositions.
Plusieurs dalles comportant des épingles ont été sciées en deux parties au niveau de leur
axe de symétrie (Figure 4-9 et Figure 4-10). Le but de cette manœuvre est d’analyser l’influence
de ces armatures d’effort tranchant ainsi que les paramètres d’épaisseur et de l’effort axial sur la
fissuration au niveau de la zone de charge. Ceci permet, entre autres, de valider une nouvelle fois
l’hypothèse de rupture par cisaillement.
173
En vue de ces objectifs, les fissures observées sur le profil des dalles sciées ont été reprises
sur des schémas AUTOCAD.
Les dalles S14 et S15 (Figure 4-11) sont comparées. Le même mode de rupture en
cisaillement avec deux fissures diagonales principales reliant la zone de charge aux appuis de
chaque côté. Cependant, la dalle S15 a visiblement plus de fissures que la dalle S14, cela traduit la
manière avec laquelle le taux d’épingle influe sur la rupture. En effet, plus le taux est faible (cas de
la dalle S14 avec des Φ6 en comparaison avec la dalle S15 qui renforcée en épingles Φ8) plus la
rupture a lieu non loin de l’instant de formation de la fissure diagonale principale de cisaillement.
Ainsi, entre l’instant de formation de la fissure diagonale et la ruine, moins de fissures diagonales
ont le temps de se former dans la dalle S14 en comparaison avec la dalle S15. Ce phénomène a
également été relevé sur les essais décrits par Adebar et Collins concernant les profils de fissuration
de poutres ayant des taux d’armatures d’effort tranchant différents (Adebar and Collins 1996).
DALLE S14 DALLE S15
FACE 1 FACE 1
FACE 2 FACE 2
FACE 2 FACE 2
Figure 4-11 Schéma des fissures des dalles sciées S14, S15, S16 et S17
Les dalles S16 et S17 (Figure 4-11), ont également été sciées après essai. Le même
phénomène que celui décrit dans le paragraphe précédent est identifiable, à savoir un nombre de
fissures plus important dans les dalles à taux d’armatures d’effort tranchant supérieur.
174
Les dalles S15, ST34, SC35 et ST39 ont des épingles de diamètre 8mm, l’effort normal
appliquée est cependant différent pour chaque dalle (Figure 4-12).
Figure 4-12 Les faciès de rupture retracés des dalles S15, S34, S35 et S39
La Figure 4-12 suggère que l’application d’une traction augmente le nombre de fissures de
flexion horizontales. Ceci s’explique par la direction de l’effort normal qui est perpendiculaire au
sens fort de la dalle ce qui engendre des fissures parallèles à l’axe principal.
L’effet de l’application de la compression n’est pas franchement visible sur le faciès de la
dalle SC35 en comparaison avec la dalle S15. L’effet de la compression est peu visible. Dans la
recherche portée sur les dalles sans épingles pour les dalles sans renfort de cisaillement, on a
constaté que lorsque la dalle supporte une tension axiale significative, l'inclinaison de compression
175
diagonale de la zone de chargement tend à être plus abrupte, ce qui correspond à un périmètre plus
petit de fissure de cisaillement à la face inférieure. L'effet inverse est observé pour la compression.
Cependant, dans notre étude actuelle, cette fois pour les dalles avec renfort de cisaillement ces
tendances ne sont pas clairement observées.
Les dalles S14, ST33 et SC37 ont des épingles de diamètre 6mm, l’effort normal appliqué est
cependant différent pour chaque dalle.
DALLE S33: -0.8 MPa DALLE S14: 0 MPa
FACE 1 FACE 1
35° 27°
32°
42°
935 FACE 2 1199 FACE 2
18°
38°
1327
FACE 2
Figure 4-13 Schéma des fissures des dalles sciées S14, S33 et S37 unités en [mm]
Lorsque l’effort normal appliqué est négatif (traction) les fissures de cisaillement sont plus
verticales (l’angle par rapport à l’axe horizontal est plus important) (Figure 4-13), et de la même
manière, l’application d’une compression amène des fissures d’effort tranchant plus horizontales.
Ceci est dû à la direction de l’effort normal de traction qui engendre des fissures verticales, ce qui
influe sur l’inclinaison des fissures de cisaillement. Ainsi la distance entre les deux fissures de
cisaillement augmente lorsque l’on passe d’un effort normal négatif à un effort normal positif. Ceci
est conforme aux explications fournies dans le chapitre 2.6 par Collins et Bhide (Bhide and Collins
1989b).
176
LG1 charge
TG2 TG4
1050
2000
177
178
200
Série I-S2&S15 S15, Φ 8
180
S15, Φ8
Cisaillement Normalisé VN
160
140
S2
120 S2
100
LG3
LG1-S15
40 TG2-S15
20
LG6 LG8 LG13
LG5 LG9 LG12
LG7 LG14
LG10 LG11
0
0 400 800 1200 1600 2000 2400 2800
Déformation (microDEF)
Dans la Figure 4-15, les courbes Charges-Déformations centrales montrent les points
suivants :
Les deux dalles, S2 et S15 présentent la même allure pour les courbes de charges-
déformations. Elles sont d’ailleurs représentatives des autres dalles testées avec une première phase
linéaire qui se termine par une chute de rigidité (changement de pente) pour la dalle S2 et S15 à
environ 20 tonnes, au moment où les premières fissures du béton apparaissent. Les déformations
augmentent ensuite progressivement jusqu’à effondrement de la dalle. Pour des déformations
inférieures à 0.2%, les armatures ne plastifient pas, ce qui est le cas pour les armatures
longitudinales et transversales de la dalle S2. A noter que les armatures longitudinales connaissent
des déformations légèrement plus importantes. Ceci est tout à fait prévisible, puisqu’elles subissent
des sollicitations plus grandes que les armatures transversales. La dalle S15 connaît de plus grandes
déformations, sa charge maximale étant plus importante. La déformation maximale trouvée dans
les ferraillages de la dalle S15 est d’environ 0.27% (supérieur à valeur limite de déformation
179
élastique 0.2%) établie pour les seules jauges LG1 et LG3 (non représentée sur la Figure 4-15).
Cela indique que la majorité des armatures sont encore dans leur phase élastique lorsque la dalle
atteint sa charge ultime, excepté les armatures associées à LG1 et LG3 qui présentent un début de
plastification. Eviter cette plastification désenclenche la ruine par flexion excessive, en effet
lorsque les armatures dites de flexion atteignent leur palier plastiques, la rupture par flexion est
prioritaire au cisaillement. De ce fait, la non-plastification du ferraillage longitudinal et transversal
est une autre indication du mode de rupture par cisaillement. La présence d’armatures d’effort
tranchant, permet de se rapprocher de la rupture en flexion, puisqu’elles augmentent la charge de
rupture et par la même occasion la déformation des aciers de flexion. Des déformations plus
importantes dans les armatures longitudinales et transversales influent sur la ductilité de la dalle à
proximité de la rupture comme cela a été expliqué précédemment ([Link]) et notamment dans les
travaux de Hawkins (N. M. Hawkins 1974) et Husain (Husain and Eisa 2017).
40 LG3
50
LG3
20
LG8 LG13 LG6 LG8 LG13
LG6 LG12 LG9 LG12
LG5 LG9 LG5 LG7
LG7 LG14 LG10 LG11 LG14
LG10 LG11
0 0
0 400 800 1200 1600 2000 0 400 800 1200 1600 2000 2400
Déformation (με) Déformation (με)
Dans la Figure 4-16 les jauges situées sur le bord (LG5 à LG14) mesurent les déformations
des aciers longitudinaux à proximité de la bande d’appui. En raison de disfonctionnements de
certaines jauges ou de leur décollement des aciers, les données récoltées par ces jauges défectueuses
ne sont pas exploitables. Néanmoins, les graphiques des jauges restantes montrent une allure de
180
courbes similaire à celles relevées par les jauges situées près des jauges centrales avec une première
phase linéaire, une chute de rigidité, une seconde phase où les déformations augmentent de manière
non linéaire, et une rupture suivie de déformations post-pic. En revanche, les jauges positionnées
à côté du bord permettent de déceler, plus clairement que sur les jauges centrales, un léger saut de
rigidité sur les dalles avec épingles (y compris la dalle S15 : autour de 𝑃 = 158 𝑡𝑜𝑛𝑛𝑒𝑠, encerclé
en rouge sur la Figure 4-16. Ce saut de rigidité correspond à la reprise des efforts de la part des
épingles à plus de 80-85% de la charge maximale. D’ailleurs ce taux semble constant pour les
autres dalles avec épingles testées.
D’autre part, il apparaît clairement que plus la jauge est à proximité de la zone de charge
plus les déformations sont conséquents : dans le cas de la dalle S15 par exemple, la jauge LG12
qui est positionnée la plus proche de la plaque, montre un début de plastification de l’armature
longitudinale avec des déformations supérieures à 0.2% et un palier plastique au voisinage de la
rupture et qui continue en raison de l’évolution des fissures post-pic. En revanche, la jauge la plus
éloignée (LG6) mesure des déformations d’environ 0.05% à l’effondrement avec une rupture
brutale liée à la ruine de structure.
Ces résultats sont plus ou moins identiques pour toutes les dalles.
En général, les déformations mesurées sur les jauges des aciers longitudinaux et
transversaux indiquent la possibilité d’une rupture en cisaillement puisque peu de plastification des
barres a été relevé. Ceci est notamment dû à l’important taux d’armatures longitudinales qui
avoisine ou dépasse 1%. Les changements de pente signalent des chutes de rigidités liés à
l’apparition des fissures dans le béton.
Concernant la série I, l’ajout d’épingles améliore non seulement la valeur de la charge de
rupture, mais grâce à cela, il engendre en parallèle des déformations plus grandes dans les aciers
longitudinaux et transversaux.
181
180
Série II
160
120
100
: Jauges de déformation des armatures longitudinales
80 : Jauges de déformation des armatures transversales
LG1
TG2-S24 TG2 TG4
60
LG3-S24 LG3
40 TG2-S26
20 LG3-S26
LG6 LG8 LG13
LG5 LG9 LG12
LG7 LG14
LG10 LG11
0
0 400 800 1200 1600 2000 2400 2800 3200
Déformation (με)
Figure 4-17 Courbes Charge-déformations de bord des dalles S24 et S26 (série II)
La Figure 4-17 traduit les courbes charges-déformations des dalles S24 et S26. Les dalles
S24 et S26 sont similaires, sauf pour le taux d’armatures longitudinales : 𝜌𝐿 (𝑆24) = 0.991%
et 𝜌𝐿 (𝑆26) = 1.157%. Les charges de ruptures sont pratiquement les mêmes (Tableau 4-2) et les
déformations mesurées par les jauges TG2-S24 et TG2-S26 qui sont positionnées sur les armatures
transversales respectivement des dalles S24 et S26 sont similaires. En revanche, les déformations
relevées sur les armatures longitudinales sont différentes. Ainsi, la jauge LG3-S24 mesure une
déformation ultime de 0.29%, ce qui signifie que l’armature en question a largement plastifié, par
contre la jauge LG3-S26 établit une déformation maximale de 0.2% pour la dalle S26. Ceci est
certainement dû aux taux d’armatures longitudinales de chaque dalle : en ayant un ratio supérieur,
la dalle S26 présente des déformations moindres, en comparaison avec la dalle S24 dont le taux
d’armatures longitudinales est supérieur. Ces mêmes écarts ont été observés sur jauges de
déformations situés à proximité des appuis.
L’allure des courbes de charges-déformations des dalles de la série II est semblable à celle
des courbes des dalles de la série I, avec la présence d’un saut de rigidité lié à la présence d’épingles
182
dans les deux dalles. Les résultats obtenus prouvent que les valeurs de déformations dépendent non
seulement de la charge supportée par la dalle mais aussi du taux d’armatures choisi.
150
LG6-SC30
LG12-ST30
100 LG6-ST31
: Jauges de déformation des armatures longitudinales
: Jauges de déformation des armatures transversales
LG1 LG12-ST31
TG2 TG4
LG6-S15
LG3
50 LG12-S15
183
l’application d’une traction en combinaison avec un effort tranchant entraîne des fissurations qui
déclenchent le mécanisme de goujon où les armatures longitudinales reprennent une partie de la
résistance au cisaillement, et de ce fait des déformations qui arrivent plus tôt et de manière plus
notoire.
2000 LG14
Dalle S15 - Ferraillage sens fort
1800
LG12
1600
Déformation (με)
1400
1200 LG10
1000
800 LG8 30% Fmax
600 LG6
60% Fmax
400 90% Fmax
200 Fmax
0
0 0.25 0.5 0.75 1 1.25 1.5 1.75 2 2.25 2.5 2.75 3 3.25 3.5
Distance (m)
Figure 4-19 Variation des déformations en fonction des coordonnées sur l'axe fort des armatures
longitudinales et en fonction du taux de charge (dalle S15)
La Figure 4-19 présente une comparaison des déformations mesurées sur les armatures
longitudinales situées à proximité du bord de la dalle. Les résultats montrent que les plus les aciers
se rapprochent de la zone de charge plus les déformations relevées sont conséquentes. Ceci
s’explique par l’augmentation de l’action poutre (contraintes de traction induites par la flexion dans
le ferraillage longitudinal inférieur) aux dépens de l’action d’arche qui se manifeste au niveau des
appuis. Cette distribution des déformations est identique dans toutes les dalles testées.
4.3.2 Epingles
Deux épingles ont été soigneusement choisies pour coller sur chacune d’elles 3 jauges de
déformation. Les jauges sont positionnées le long de l’épingle comme cela est schématisé sur la
Figure 4-20.
184
7 cm 7 cm
: Jauges de SG6
SG3
déformation 45° 70°
LG6 LG8 LG13
LG9 LG12 des épingles
LG5 LG7 6 cm 9 cm
LG10 LG11 LG14
Cisaillement Normalisé VN
150 150
Figure 4-21 Courbes Charge-déformations mesurées sur les épingles des dalles S26 (gauche) et S27
(droite)
Les épingles des dalles S26 et S27 ont atteint leur limite d’élasticité qui est de 0.2%. Cela
signifie que ces armatures d’effort tranchant reprennent bien les contraintes de cisaillement et
contrôlent les fissures diagonales qui les traversent jusqu’à la plastification justifiant une nouvelle
fois la rupture en cisaillement. L’allure des courbes montre en début d’essai une courbe quasi-
verticale (peu de déformation) suivie d’une phase élastique avec quelques sauts de rigidité qui
témoignent de l’apparition de fissures ou de leur réorientation, pour finalement atteindre le palier
plastique, qui met en lumière la déformation post-pic. Le premier changement de pente qui
témoigne des premières déformations des épingles se passe à des valeurs de charge différentes pour
185
chaque épingle, cela dépend fortement des zones d’apparition de fissures dans le béton qui peuvent
être aléatoires. A titre d’exemple, les premières déformations non négligeables (changement de
pente) apparaissent sur l’épingle à 110° à environ 47% de la charge ultime, tandis qu’elles
n’apparaissent qu’à près de 80% de la charge pour l’épingle à 135°. Le même phénomène est
observé sur la dalle S27.
Les déformations maximales relevées sur les jauges des épingles de la dalle S26 sont
nettement supérieures (déformation maximale de 1.36% mesurée par SG4) à celles de la dalle S27,
dont la déformation maximale mesurée par la jauge SG2 est inférieure à 0.4%. Il semble ainsi que,
plus le diamètre des épingles est élevé, plus les déformations post-pic sont contrôlées.
180
Dalle SC28 (Φ8, 1 MPa) 140 Dalle ST32 (Φ8, -1 MPa)
160
Cisaillement Normalisé VN
Cisaillement Normalisé VN
140 120
Figure 4-22 Courbes Charge-déformations mesurées sur les épingles des dalles SC28 (gauche) et ST32
(droite)
Les dalles SC28 et ST32 ont pratiquement les mêmes paramètres sauf pour l’effort axial :
une compression de 1 MPa est appliquée sur la dalle SC28, tandis que la dalle ST32 est soumise à
une traction de -1MPa.
L’allure de la courbe charge-déformation de la dalle SC28 est très similaire à celui des
autres dalles : S26 et S27, avec les 3 phases de développement des déplacements décrites
précédemment.
En revanche, la dalle ST32, montre qu’à cause de l’effort tranchant, la structure atteint la
charge maximale bien avant que les épingles aient plastifié, le changement de pente signifiant que
ces armatures verticales reprennent des efforts est faible. Il semblerait qu’appliquer un effort
186
normal négatif, empêche les épingles de reprendre proprement les contraintes de cisaillement, et
ce n’est qu’après la charge maximale que les déformations augmentent véritablement pour atteindre
la limite d’élasticité (0.2%) et le palier plastique.
187
180
157.59
160
140 135.64
Charge P (kN)
120
100
80
60
40
20 SC37 SC29
0
0 5 10
Déplacement mesuré à L5 (mm)
188
L’influence des épingles sur le comportement au cisaillement des dalles est étudiée par la
variation de son taux dans les dalles expérimentées.
Pour cette partie, les 3 groupes de dalles (S2, S14 et S15) (S4, S24 et S25) et (S5, S26 et S27) qui
appartiennent à la série I sont analysés pour comprendre ce phénomène, en effet dans chaque
groupe les dalles sont pratiquement identiques sur tous les autres paramètres (Tableau 3-4). Les
déplacements sont tous mesurés par la jauge LVDT L5 qui est positionnée à proximité de la plaque
de charge (Figure 3-3).
189
Remarque : Suite à un souci en cours d’essai avec le vérin de chargement, la dalle S14 a été
déchargée puis rechargée à nouveau. De ce fait, la partie signalant la procédure a été supprimée.
200 200 200
Cisaillement normalisé VN
180
Série I 187.58 Φ8
Série I Φ8 186.23 Φ8
180 180
Φ6 174.69
Cisaillement normalisé VN
160 161.24
171.17 Φ6 160 160
Φ6
140 134.11 140 Sans épingles 158.63 140
CisaillementVN
Figure 4-24 Courbes Charge-Déplacement des dalles: a) S2, S14, S15 (ρl=1.223%, ρt= 1.106%); b) S4,
S24, S25 (ρl=0.991%, ρt= 0.837%); c) S5, S26, S27 (ρl=1.551%, ρt= 0.837%)
Ci-dessus, les courbes charges-flèches des neuf dalles. L’influence positive qu’ont les
épingles sur les charges maximales supportées par ces dalles est sans équivoque et conforme à
l’état de l’art actuel et aux résultats de nombreux articles ( Zhang et al (Zhang Tao, Visintin Phillip,
and Oehlers Deric John 2016), Rhao et al (Rao and Injaganeri 2013), Mphonde (Mphonde
1989)…). En effet, plus le diamètre de l’épingle est grand, plus la résistance au cisaillement est
élevée. Dans le groupe des dalles (S2, S14, S15), en référence à la dalle S2 (sans armature d’effort
tranchant), un gain de cisaillement de 29 % et 40 % a été obtenu pour la dalle S14 avec épingles,
diamètre Ø6 et dalle S15 avec épingles, diamètre Ø8, respectivement. Ces gains de cisaillement
ont été de 23 % et 42 % pour le groupe (S4, S24, S25) et 20 % et 33 % pour le groupe (S5, S26,
S27).
Un léger écart entre les rigidités (pentes) des différentes courbes est visualisé : plus le taux
d’épingles est important plus la rigidité est réduite. Ainsi, les épingles contribuent à légèrement
réduire la rigidité des structures, la preuve vient évidemment des déplacements verticaux à la
rupture. Le déplacement moyen observé dans tous les groupes à l'effondrement était de 4 mm, 7
mm et 11 mm, respectivement, pour les dalles sans épingles, les dalles avec des épingles Ø6 et
celles avec des Ø8.
190
191
200 200
Cisaillement normalisé, VN
Cisaillement Normalisé, VN
190 190
180 180
=INDEX(AG9:AH17854;EQUIV(MAX(AH9:AH17854);AH9:AH17854);1)
170 170
160 160
150 150
140 140
130 130
120 S24 S25 S2
120
S14 S26 S27
110 110
S15 S4 S5
100 100
-5 0 5 10 -5 45 95
Diamètre des épingles Φ (mm) Φ² (mm²)
Figure 4-25 Charge ultime en fonction du diamètre épingles : a) Φ ou de b) Φ² : dalles S2, S4, S5, S14,
S15, S24, S25, S26 et S27
le diamètre des épingles est grand, plus le gain de cisaillement est augmenté. Comme on peut le
voir dans la Figure 4-26 c) et le Tableau 4-1, un gain de cisaillement marginal de seulement 2%
a été obtenu entre S24 et S26, tous renforcés par des épingles de diamètre Ø6, tandis qu'entre S25
et S27 tous renforcés avec des épingles de diamètre Ø8, ce gain de cisaillement a été légèrement
amélioré à 6%. Cette observation confirme que les épingles soutiennent les armatures
longitudinales, ce qui améliore l'effet d’épingles et permet une augmentation du gain de
cisaillement. Cela a d’ailleurs été démontré par Bazant et Sun (Bazant and Sun 1987) où les
épingles contrôlent la fissuration le long des armatures longitudinales comme expliqué dans la
section ([Link])
180 200 200
Cisaillement normaliséVN
Cisaillement normalisé VN
Φ6,ρl=1.157
Cisaillement normalisé VN
Figure 4-26 Courbes de Charges-déplacements des dalles: a) S24, S26 (épingles Ø6); b) S25 S27
(épingles Ø8); c) charges ultime vs 𝝆𝑳 (taux d’armatures longitudinales)
béton armé. Par conséquent, les effets de la traction axiale et de la compression axiale sur la
résistance au cisaillement doivent être étudiés de manière appropriée.
Pour étudier l'influence de la charge axiale sur le comportement de cisaillement des
dalles avec et sans épingles, les dalles de série III composées de 20 dalles (S2, S14, S15, SC8, SC9,
SC28, SC29, SC30, SC37, ST10, ST12, ST14, ST32, ST33, ST20, ST21, ST31, ST38, ST39, et
ST36) ont été utilisées. Ces dalles ont été divisées en deux groupes : dix dalles (ST10, ST32, ST12,
ST14, ST33, ST20, ST21, ST31, ST38 et ST36) représentant des dalles soumises à une traction
axiale et sept dalles (SC8, SC9, SC28, SC29, SC30, SC35 et SC37) représentant des dalles
soumises à une compression axiale. Dans chaque groupe, la contrainte axiale appliquée a été
modifiée. Les dalles S2, S14 et S15 sont les essais de référence sans charge axiale.
4.7.1 Traction
L'influence de la tension axiale sur le comportement de cisaillement obtenu à partir
des essais de dalles expérimentales est montrée dans la Figure 4-27 a), Figure 4-27 b), Figure
4-27c), Figure 4-27 d), Figure 4-28 et Tableau 4-1. Comme prévu, les spécimens avec des
tensions axiales ont réduit la résistance au cisaillement des dalles.
Comme cela est visible dans Tableau 4-1 pour les dalles sans armatures de cisaillement
(ST10, ST12 et ST14), en comparaison avec la dalle de référence S2, l'application de charges de
tension axiale a diminué brusquement la résistance au cisaillement, de plus de 30% avec des
contraintes de traction de -1MPa et -1,2MPa (égales à 0.28𝑓𝑐𝑡𝑚,𝑚𝑒𝑎𝑠 et 0.34𝑓𝑐𝑡𝑚,𝑚𝑒𝑎𝑠 ). En
revanche, pour dalle ST36, renforcée en cisaillement avec des épingles Ø6 et soumise à une
contrainte de traction de 0,5 MPa, une diminution de 21% de la capacité de cisaillement a été
obtenue par rapport à S14 sans charge axiale, tandis que pour la dalle ST38 renforcée cette fois-ci
avec des épingles Ø8 et sous une contrainte de traction de 0,5 MPa, la diminution de la résistance
au cisaillement était d'environ 27% par rapport à la S15 sans charge axiale. (Figure 4-27 a), Figure
4-27 b) et Tableau 4-1).
D’autre part, pour la contrainte de traction de -0,5 MPa appliquée au spécimen ST10 sans
épingles, 9 % de diminution de capacité de résistance a été obtenu par rapport à S2 (Tableau 4-1).
Par conséquent, il semble que le ratio de d’épingles ne réduit pas l’effet de la contrainte axiale
contrairement aux résultats de Collins et al (Bhide and Collins 1989a). Cela confirme qu’il est
194
difficile d’établir une tendance de corrélation entre les épingles et l’effort normal comme énoncé
par Zararis (Zararis and Zararis 2009).
Toutefois, lorsque l'on compare les dalles ST36 et ST38, toutes deux soumises à la -0.5
MPa avec un taux d’armatures de cisaillement est différent, l’effet bénéfique du ferraillage vertical
sur la résistance au cisaillement a été observé. Un gain de cisaillement de 9 % a été obtenu pour la
dalle ST38 (épingles Ø8) comparées à ST36 (épingles Ø6) (Tableau 4-1).
180 200
Cisaillement Normalisé VN
Cisaillement normalisé VN
160 0 MPa,Φ6 180 0 MPa,Φ8
140 160
120 140
120
100
100 -0.5 MPa,Φ8
80 -0.5 MPa,Φ6
80
60 60
S14 S15
40 40
20 ST36 20 ST38
0 0
0 10 20 0 10 20 30
a) Déplacement mesuré à L5 (mm) b) Déplacement mesuré à L5 (mm)
200 250
Cisaillement normalisé VN
Cisaillement normalisé VN
180
1 MPa,Φ6 1 MPa,Φ8
160 200
0 MPa,Φ6 0 MPa,Φ8
140
120 150
100
80 100
60
40 50
S14 SC29 S15 SC30
20
0 0
0 5 10 15 0 5 10 15
c) Déplacement mesuré à L5 (mm) d) Déplacement mesuré à L5 (mm)
Figure 4-27 Courbes de Charges-déformations des dalles : a) S14, ST36 (épingles Ø6) ; b) S15, ST38
(épingles Ø8) ; c) S14, SC29 (épingles Ø6) ; d) S15, SSC30 (épingles Ø8)
195
250
200
V/√(fcm)
150
100
Φ6
Φ8 50
Traction Compression
Sans épingles
0
-2.5 -1.5 -0.5 0.5 1.5
Contraintes (MPa)
Figure 4-28 Comparaison des charges de rupture en cisaillement sous l’influence de la contrainte axiale
Lors de l’observation de la réponse des dalles S14 et ST36 (Figure 4-27 a)), il est
clair qu’au départ de la courbe force/déplacement (encore dans la phase élastique), la rigidité de
ST36 différait de celle de l’essai sans charge axiale (S14). La charge de traction axiale réduit la
rigidité de la dalle. Il est nécessaire de signaler également qu’en comparant les courbes des dalles
S15 et ST38 (Figure 4-27 b), la réduction de la rigidité grâce à la traction axiale a été atténuée
avec un taux d’épingles élevé. En outre, après post pic, une importante ductilité a été observée pour
tous les tests avec traction axiale (ST36 et ST38). Les déplacements ont été augmentés avec une
réduction significative de la force appliquée. La force de traction axiale diminue la résistance au
cisaillement et la rigidité de la structure, comme cela a été énoncé sans équivoque par les textes
scientifiques (2.6). Cependant, grâce à cet effort axial, la ductilité s’est sensiblement améliorée,
atténuant ainsi l’aspect rupture fragile des spécimens.
4.7.2 Compression
L’influence de la compression axiale sur le comportement en cisaillement obtenue
par les essais expérimentaux dalle est illustré sur la Figure 4-27d), la Figure 4-28 et le Tableau
4-1. Comme prévu, la compression axiale augmente la résistance au cisaillement des dalles. Elle
contribue en outre à limiter l’ouverture des fissures, qui se traduit par une plus grande résistance
aux charges de cisaillement. Pour les dalles sans armature de cisaillement (SC8 et SC9), comparée
196
à S2 sans charge axiale, le gain de cisaillement de la compression axiale est très faible (Tableau
4-1). Ceci est dû à la faible compression axiale appliquée (1 MPa et 1,5 MPa). Bien que ces
contraintes axiales appliquées soient petites, elles ont été appliquées sur une grande section (0,3 m
× 4 m), engendrant des forces égalisant parfois 1800-kN.
Le gain de résistance procuré par les la compression sur les dalles sont épingles est tout à
fait négligeable, en témoigne les cas des dalles SC8 et SC9 (gain inférieur à 0. 3% par rapport à
S2. Les dalles SC29 (épingles Ø6, 1MPa) et SC37 (épingles Ø6, 1.5 MPa) connaissent des gains
de résistance de 6% et 18% respectivement, en la comparant à la dalle de référence S14 (épingles
Ø6, 0MPa) ; le phénomène est similaire pour les dalles SC30 (épingles Ø8) et SC35 (épingles Ø8)
en comparaison avec la dalle de référence S15 (épingles Ø8) avec de gains de 9% et 11%.
Par conséquent, contrairement au cas de traction axiale, il semble que l’ajout d’épingles
améliore l’efficacité de la compression. Ceci confirme les résultats de Zararis (Zararis and Zararis
2009) concernant les poutres rectangulaires avec épingles qui sont plus sensibles à l’application
d’un effort normal
Pour les essais avec compression axiale, la même rigidité élastique a été obtenue que pour
les essais sans charge axiale.
Après la fissuration (environ 40 kN de résistance au cisaillement normalisée), une réduction
substantielle de la rigidité a été observée dans l'essai sans charge axiale, tandis que pour les essais
avec compression axiale, cette rigidité a été maintenue constante et réduite légèrement plus tard.
Cela peut s'expliquer par le fait que les forces de compression ont tendance à retarder le
développement des fissures. Par conséquent, ils donnent une meilleure rigidité aux structures, de
plus grandes zones de compression et une plus grande résistance au cisaillement. Contrairement
aux dalles soumises à des contraintes axiales de traction où une grande ductilité a été observée
après le pic, lorsque la dalle a été soumise à une compression axiale, une chute abrupte a été
observée dans la courbe force/déplacement dans la phase post-pic, ce qui correspond à une rupture
très fragile. Cet effet de la contrainte de compression axiale qui cause une rupture fragile a
également été confirmée par le Comité ASCE-ACI 445 sur le cisaillement et la torsion (ASCE-
ACI Committee 445 1998) pour des essais sur poutres. Par conséquent, la compression axiale
améliore la résistance ultime au cisaillement mais entraîne également des effondrements brutaux.
197
140
120
134, Dmax= 11.2mm
100
80
60
40 S2
20
S2B
0
0 1 2 3 4 5 6 7
Déplacement mesuré à L5
Figure 4-29 Courbes Charge-déplacement de la dalle S2 vs dalle S2B
La charge de rupture de la dalle S2B est supérieure à celle de la dalle S2 (Figure 4-29), et un gain
de cisaillement de près de 12% est observé. Ainsi, ces essais prouvent que l’augmentation du
diamètre maximal des granulats augmente l’énergie de fissuration qui permet d’obtenir une charge
de ruine plus importante. En effet, pour des granulats de taille plus importante, l’engrènement des
granulats augmente la résistance à l’effort tranchant en contribuant à la rugosité des lèvres de
fissures (Perdikaris et al (Perdikaris and Romeo 1995)) . A noter que l’énergie de fissuration Gf
198
n’est pas considérée par la majorité des codes empiriques (l’ACI 318-14, l’EC2 et son annexe
française), contraire ment aux codes qui se basent sur les théories mécaniques et qui reconnaissent
l’influence du diamètre des granulats (comme la CSCT 2.8.2 ou la MCFT [Link]).
D’autre part, les fissures contournent les gros granulats durant leur propagation. Par conséquent,
un granulat plus volumineux exige une énergie de fissuration plus grande afin de pouvoir le
contourner (Bazant (Bazant and Sun 1987))
Figure 4-30 Morphologie réelle d'une fissure (Bazant and Sun 1987)
Les dalles S17 et S17C sont similaires sauf pour la taille maximale des plus gros granulats.
Les courbes de charges-flèche permettent de visualiser l’influence de la taille des granulats sur la
charge de rupture :
250
Cisaillement normalisé VN
206, Dmax=11.2mm
200
150
197, Dmax=20mm
100
50 S17
S17C
0
0 5 10
Déplacement mesuré à L5
Figure 4-31 Courbes charge-flèche des dalles S17 et S17C
Contrairement au cas des dalles sans armatures d’effort tranchant, aucun écart n’est observé
199
à la charge de rupture entre les dalles S17 et S17C. La Figure 4-31 traduit l’indépendance de la
charge de rupture à la variation du diamètre maximal des granulats. Ainsi, la mise en place
d’épingles remplace le rôle qu’a l’augmentation de la taille des granulats et le rend pratiquement
obsolète. En effet, la propagation des fissures de cisaillement est d’ores et déjà régulée par la
présence d’épingles. La Figure 4-32 schématise clairement le mode de fonctionnement des
épingles qui se substituent aux granulats où la fissure est réorientée par l’épingle au lieu des
granulats.
Figure 4-32 Schématisation des effets des épingles et des gros granulats sur la propagation des fissures
dans le béton en supposant une charge appliquée
L’objectif de cette partie est de comparer les résultats expérimentaux aux calculs
analytiques. Il est en effet nécessaire de connaître la fiabilité de ces méthodes de calcul qui
permettent aux ingénieurs qui dimensionnent ce type particulier de structure, y compris les
bâtiments de centrales nucléaires, d’adopter les solutions les plus pertinentes.
Les expériences sont comparées aux prévisions basées sur l’Eurocode 2, l’Annexe
Nationale Française et l’ACI 318-14 simplifié. Pour les comparer aux résultats expérimentaux, la
largeur de bande 𝑏𝑤 est remplacée par le 𝑏𝑒𝑓𝑓 du règlement français. Pour comparer les données
expérimentales aux prédictions analytiques, la valeur moyenne des propriétés du matériau mesuré
est utilisée et tous les coefficients partiels de sécurité sont égaux à 1 (𝛾𝑐 = 1).
200
La formule utilisée pour calculer la résistance au cisaillement 𝑉𝑡𝑜𝑡𝑎𝑙 des spécimens en béton
armé avec charges axiales peut être séparée en trois termes : le premier terme 𝑉𝑠ℎ𝑒𝑎𝑟 utilisé pour le
calcul de la résistance au cisaillement qui comprend la contribution du béton uniquement (sans
charges axiales (𝑁𝑢 = 0), le second terme 𝑉𝑎𝑥𝑖𝑎𝑙 ajouté pour calculer l’effet de contrainte axiale
(𝜎𝑐𝑝 ≠ 0) et sans la contribution de l’épingle 𝑉𝑠𝑡𝑖𝑟𝑟𝑢𝑝𝑠 ) et enfin le troisième terme
𝑉𝑠𝑡𝑖𝑟𝑟𝑢𝑝𝑠 représentant seulement la contribution des épingles. Par conséquent, le total de la force
de cisaillement peut être exprimé par cette équation :
𝑉𝑡𝑜𝑡𝑎𝑙 = 𝑉𝑠ℎ𝑒𝑎𝑟(𝑁𝑢=0) + 𝑉𝑠𝑡𝑖𝑟𝑟𝑢𝑝𝑠 + 𝑉𝑎𝑥𝑖𝑎𝑙(𝜎𝑐𝑝 ≠0) (4.9-1)
La définition, 𝑉𝑎𝑥𝑖𝑎𝑙 et de 𝑉𝑠𝑡𝑖𝑟𝑟𝑢𝑝𝑠 selon l’EC2, l’annexe nationale Française et l’ACI 318-
14 est donnée dans le Tableau 4-4 . L’angle d’inclinaison des bielles de compression est pris par
défaut égale à 45°.
Pour le cas du fib Model Code 2010, le niveau appliqué est le LOA (II) (voir section
[Link]). A noter que le fib Model Code est le seul à proposer une approche prenant en compte
l’énergie de fissuration à travers la taille de granulats. C’est le modèle qui se base sur la théorie
CSCT.
201
(STD) de la comparaison entre les résultats et les méthodes de calcul sont également indiquées
dans ce tableau.
Tableau 4-5 Comparaisons entre les essais et prédictions de résistance au cisaillement de l’EC2, l’Annexe
Nationale Française, l’ACI 318-14 et le Model Code 2010
Essai V avec fcm,cyl
Dalle 𝑷𝒖 𝑽𝒆𝒙𝒑
𝑽𝒆𝒙𝒑 𝑽𝒆𝒙𝒑 𝑽𝒆𝒙𝒑 𝑽𝒇𝒊𝒃 𝑽𝒆𝒙𝒑
𝑽𝑬𝑪𝟐 𝑽𝑨𝑵𝑭 𝑽𝑨𝑪𝑰 [kN]
[kN] [kN] [kN] 𝑽𝑬𝑪𝟐 [kN] 𝑽𝑨𝑵𝑭 [kN] 𝑽𝑨𝑪𝑰 𝑽𝒇𝒊𝒃
LOAII
ST14 9058.00 555.56 553.12 1.00 643.92 0.86 366.73 1.51 596.36 0.93
ST12 9080.00 556.79 570.23 0.97 661.21 0.84 398.85 1.39 614.85 0.88
ST10 1162.00 742.10 602.96 1.23 696.32 1.07 458.07 1.62 664.54 1.07
S2 1220.00 746.76 632.92 1.18 708.44 1.05 531.02 1.41 691.83 1.08
S2B 1353.00 828.17 630 1.31 703.23 1.18 573.15 1.45 728.02 1.14
S4 1050.00 642.71 541.31 1.19 621.38 1.03 466.67 1.38 594.97 1.08
S5 1257.00 769.41 713.11 1.08 749.44 1.03 561.33 1.37 801.73 0.96
SC8 1309.00 801.24 747.75 1.07 845.38 0.95 610.66 1.31 909.31 0.88
SC9 1294.00 792.06 775.35 1.02 862.31 0.92 610.40 1.30 990.86 0.80
ST32 1256.00 768.80 737.89 1.04 830.69 0.93 566.31 1.36 783.44 0.98
ST33 1283.00 785.32 749.64 1.05 838.71 0.94 593.36 1.32 795.79 0.99
ST36 1347.00 824.50 793.49 1.04 896.30 0.92 661.40 1.25 791.69 1.01
ST20 1309.00 801.24 751.16 1.07 823.31 0.97 615.16 1.30 856.07 0.96
S14 1494.00 914.48 777.67 1.18 839.10 1.09 670.69 1.36 764.58 1.20
S24 1443.80 883.75 758.72 1.16 880.10 1.00 700.99 1.26 746.44 1.18
S26 1486.50 909.89 858.70 1.06 883.55 1.03 703.54 1.29 883.33 1.03
SC28 1580.90 967.67 925.13 1.05 1031.91 0.94 792.76 1.22 1099.68 0.88
SC29 1576.00 964.67 861.05 1.12 921.90 1.05 705.64 1.37 969.95 0.99
SC37 1356.00 830.01 803.81 1.03 804.65 1.03 593.23 1.40 860.02 0.97
ST31 1466.00 897.34 905.45 0.99 1021.39 0.88 740.36 1.21 888.73 1.01
ST39 1613.00 987.32 860.06 1.15 936.20 1.05 704.17 1.40 976.86 1.01
ST21 1348.00 825.11 844.65 0.98 910.11 0.91 689.29 1.20 905.70 0.91
ST38 1406.00 860.61 902.43 0.95 990.79 0.87 768.35 1.12 954.28 0.90
S15 1726.50 1056.79 932.13 1.13 1011.57 1.04 831.68 1.27 886.35 1.19
S17 1709.00 1046.08 916.75 1.14 917.82 1.14 857.82 1.22 868.31 1.20
S17C 1660.50 1016.39 925.74 1.10 932.41 1.09 870.05 1.17 871.6 1.17
S25 1478.00 904.68 856.40 1.06 952.90 0.95 788.32 1.15 826.54 1.09
S27 1660.00 1016.09 972.16 1.05 988.50 1.03 814.63 1.25 955.51 1.06
SC30 1972.00 1207.06 1034.51 1.17 1127.04 1.07 894.82 1.35 1188.82 1.02
202
SC35 1806.00 1105.45 1034.57 1.07 1097.38 1.01 856.12 1.29 1206.70 0.92
Standard
0.08 0.08 0.11 0.11
deviation
5ème
0.97 0.86 1.16 0.88
Centile
Ces résultats montrent que globalement l’approche française ANF (AVG = 1.00, STD =
0.08) et le fib Model Code 2010 (AVG = 1.02, STD = 0,11) donnent des résultats qui sont très
proches des valeurs expérimentales. L’EC2 (AVG = 1.09, STD = 0.08) donne également des
résultats acceptables avec des marges de sécurité raisonnable. Cependant l’ACI 318-14 (AVG =
1.31, STD = 0.11) par rapport aux autres codes, donne des résultats conservatifs ceci correspond
aux conclusions des scientifiques qui ont comparé ces trois codes, notamment Kuchma (Kuchma
et al. 2008), Gurutzega (Gurutzeaga et al. 2015) et Marì (Mari et al. 2016). La valeur minimale du
5ème centile est de 0.86 calculée pour l’ANF. De ce fait, les quatre codes testés sont considérés sûrs
(Collins 2001).
L’EC2 présente des résultats satisfaisants pour le cas des dalles avec épingles (AVG=1.08,
STD= 0.06). En revanche, pour le cas des dalles sans épingles cette moyenne est légèrement
supérieure avec AVG=1.12. Cette observation est d’autant plus frappante pour le cas de l’ACI où
pour le cas des dalles sans épingles la moyenne est de AVG=1.27, tandis qu’elle atteint 1.42 pour
les dalles sans épingles et en particulier les dalles subissant un effort normal. Il apparaît que l’ACI
surestime l’influence de l’effort normal et sous-estime celui des épingles par rapport à la résistance
conférée par le béton seul. L’écart est moins visible dans le cas de l’ANF et du fib Model Code
2010.
Pour le cas des dalles avec une granulométrie différente. Il y a 2 cas à distinguer : les dalles
S2et S2B, puis les dalles S17 et S17C. Dans le premier cas, l’influence du diamètre maximal des
particules granulaires est observée et rapportée par les textes scientifiques également. La majorité
des codes analytiques empiriques ne prennent pas en compte ce paramètre, ce qui entraîne
d’importants écarts en particulier pour l’EC2 :
V Vexp
(Vexp (S2) = 1.18 et VEC2
(S2B) = 1.31).
EC2
203
En revanche, lorsque les dalles contiennent des épingles, le rôle de l’énergie de fissuration
(Gf) devient négligeable. De ce fait, le prendre en considération pourrait conduire à des résultats
trop conservatifs. Dans le cadre des essais présents, les écarts ne sont pas suffisamment grands pour
considérer que cela impacte la fiabilité des modèles analytiques. Le fib Model Code, qui est le seul
à prendre en compte la taille maximale des granulats pour le cas de la dalle S2B présente le meilleur
V
rapport Vexp (S2B) = 1.14. Dans le cas des dalles S17C et S17, les rapports sont conservatifs (1.17
fib
1,90
Eurocode 2
1,70
1,50
1,30
1,10
0,90
0,70
0,50
S2 S4 S5 S14 S24 S26 S15 S25 S27
(a)
204
2.50
fib-Model Code 2010 (LoA
2.30 II)
2.10 ACI-318
Vexp/Vcode
1.90 Annexe Nationale Française
ANF
1.70
1.50
1.30
1.10
0.90
0.70
0.50
SC28
SC29
SC37
SC30
SC35
ST14
ST12
ST10
ST32
ST33
ST36
ST20
ST31
ST39
ST21
ST38
SC9
SC8
(b)
2.50
fib-Model Code 2010 (LoA
II) 2.30
ACI-318 2.10
Annexe Nationale Française 1.90
Vexp/Vcode
ANF
1.70
1.50
1.30
1.10
0.90
0.70
0.50
-2,0 -1,5 -1,0 -0,5 0,0 0,5 1,0 1,5 2,0
Effort normal (MPa)
(c)
Figure 4-33 Comparaison de l’Annexe Nationale Française, l’EC2, l’ACI 318-14 et le Model Code 2010
avec les résultats expérimentaux de dalles : un) sans charge axiale appliquée ; b) avec une charge axiale
appliquée ; c) en fonction de la charge axiale.
Pour les dalles avec charge axiale (Figure 4-33b), l’ANF (AVG = 0.96, STD = 0.07) et le
fib Model Code 2010 (AVG = 0.95, STD = 0.07) donnent des résultats qui surestiment la résistance
au cisaillement des dalles ce qui peut donner lieu à questionner la fiabilité de ces modèles,
cependant, appliquer un coefficient de sécurité suffisamment élevé peut pallier à ce contretemps
(1.4 pour le fib Model Code et 1.29 pour l’ANF). L’Eurocode EC2 (AVG = 1.06, STD = 0.07) est
205
globalement acceptable, mais un peu risqué car il surestime un peu les capacités des dalles ST38
et ST12. La résistance au cisaillement de l’ACI semble largement sous-estimer les résultats (AVG
= 1.33 ; STD = 0.12) surtout pour le cas des dalles soumises à un effort de traction où l’écart-type
s’élève à 0.14 ce qui laisse à penser que ce modèle analytique ne parvient pas à cerner le
comportement des dalles à une combinaison de traction et d’effort tranchant. En effet le modèle
propose deux équations distinctes, non symétriques pour différencier le cas de l’effort normal de
traction et celui de compression.
Dans cette partie, une comparaison de deux niveaux du Fib Model Code 2010 sera
proposée : le niveau LOA (II) (niveau de base pour les dalles sans épingles et simplifié pour les
dalles avec épingles) et le niveau LOA (III), niveau de bases pour les dalles avec épingles (voir
section [Link]). Pour se faire, un graphique représentant les charges ultimes de cisaillement
expérimentales en fonction des charges analytiques a été tracé.
Remarque :
Le nombre de dalles a été réduit par rapport à la totalité des essais. Ils ont également été
comparés à l’AASHTO LRFD également issu de la CSCT :
1400
1200
1000
800
Vcode [kN]
600
400
Figure 4-34 Courbes Charges analytiques des codes Fib LOA (II), LOA (III) et l’AASHTO LRFD
206
La Figure 4-34 traduit les calculs des modèles de calcul basés sur la théorie de la fissure
de cisaillement critique (CSCT). Il est apparu que le fib LOA(II) et le fib LOA (III) sont similaires
pour la dispersion autour des valeurs expérimentales avec 𝑆𝑇𝐷( (𝐿𝑂𝐴)𝐼𝐼) = 0.1 et
𝑆𝑇𝐷 (𝐿𝑂𝐴 (𝐼𝐼𝐼) ) = 0.11. En revanche, le niveau III semble un peu plus conservatif avec une
moyenne 𝐴𝑉𝐺 = 1.1 contre 𝐴 𝑉𝐺 = 0.99.
Par conséquent, pour le cas des dalles étudiées, utiliser le niveau de base LOA(III) pour
calculer la résistance au cisaillement semble tout aussi pertinent que d’utiliser le niveau LOA(II).
En ce qui concerne l’AASHTO LRFD (AVG=1.3, STD=0.16), le modèle de calcul est
conservatif mais permet néanmoins de réaliser une approche sécuritaire.
Le choix de l’AASHTO n’est pas anodin. Le calcul a été réalisé en utilisant la seule formule
trouvée qui propose d’intégrer l’influence des épingles dans la résistance au cisaillement du béton
1300
seul ([Link]). Néanmoins, le coefficient qui rend compte de l’absence taux minimal
1000+𝑠𝑥𝑒
d’épingles est supérieur à 1. Il majore ainsi l’effet de la résistance 𝑉𝑐 lorsque le taux d’armatures
d’effort tranchant est inférieur à la valeur minimale. A la lumière des résultats de la campagne
expérimentale et de la littérature scientifique portant sur le sujet, cette forme de prise en
considération est plutôt désavantageuse. En préservant ce facteur dans le deux cas, l’AASHTO
devient moins conservatif : AVG= 1.2, STD=0 .12.
Par défaut, l’angle de compression des bielles de compression a été pris égal à 45°,
minimisant ainsi la valeur de la résistance au cisaillement afin de maximiser le niveau de sécurité
(4.9-2).
𝐴𝑣 𝑓𝑦𝑡 𝑑𝑙 (4.9-2)
𝑉𝑠𝑡𝑖𝑟𝑟𝑢𝑝𝑠 = cot 𝜃
𝑠
Pour étudier l’influence de ce paramètre, ses valeurs ont été variées à l’intérieur de
l’intervalle autorisé :
21.8° ≤ 𝜃 ≤ 61° (4.9-3)
Le modèle numérique choisi pour analyser ce paramètre est l’ACI 318-14, du fait qu’il soit
le plus conservatif (Figure 4-35).
207
Il s’avère que réduire l’angle des bielles de compression diminue la charge de cisaillement
ultime car les contraintes inclinées à reprendre par les armatures d’effort tranchant sont plus faibles
𝑉𝑡𝑒𝑠𝑡
(voir section 2.8.4), de telle sorte que la moyenne du rapport chute à 0.83 pour 𝜃 = 22° et à
𝑉𝐴𝐶𝐼
1.06 pour 𝜃 = 33.8° alors qu’elle valait 𝐴𝑉𝐺 = 1.27 quand 𝜃 = 45°.
En conclusion, bien que les règlements des modèles analytiques autorisent de choisir la
valeur de 𝜃 sur un intervalle assez important, se rabattre sur les valeurs supérieures demeure un
choix avisé. En effet, supposer un angle 𝜃 faible, signifie que les contraintes à reprendre par les
épingles sont réduites.
1400
1200
1000
800
VACI[kN]
600
400
45° 22°
200
33.8
0
0 500 1000
Vexp [kN]
Figure 4-35 Variation de la charge de cisaillement ultime selon l’ACI 318-14 en fonction de l’angle des
bielles de compression
Pour cela, les données concernant les dalles S24, S25, S26 et S27 (série II) ont été reprises :
1.40 1.40
a) ρL= 0.991 a) ρL= 1.553
1.30 1.30
1.20 1.20
Vexp/Vcode
Vexp/Vcode
1.10 1.10
1.00 1.00
0.90 0.90
ACI simplifié ACI simplifié
0.80 EC2 0.80 EC2
ANF ANF
0.70 Fib Model Code 2010 LOA(II) 0.70 Fib Model Code 2010 LOA(II)
0.60 0.60
5.0 6.0 7.0 8.0 9.0 5.0 6.0 7.0 8.0 9.0
Diamètre des épingles Φ Diamètre des épingles Φ
Figure 4-36 Comparaison des résultats analytiques et expérimentaux en fonction du diamètre des épingles
Φ : a) Dalles S24 et S25 𝝆𝒍 = 𝟎. 𝟗𝟗𝟏 et b) Dalles S26 et S27 𝝆𝒍 = 𝟏. 𝟓𝟓𝟑
Dans la Figure 4-36a), pour un taux d’armatures longitudinales 𝜌𝑙 = 0.991, il semble que
𝑉𝑒𝑥𝑝
lorsque le diamètre des épingles est augmenté, le rapport devient moins conservatif, ce qui
𝑉𝑐𝑜𝑑𝑒
signifie que l’effet bénéfique de l’augmentation de la taille des épingles sur le mécanisme de goujon
n’est pas négligeable et sa prise en considération, surtout pour les modèles les moins conservatifs
tels l’ANF peut s’avérer nécessaire. Néanmoins, pour les codes les plus conservatifs comme l’ACI
318-14, estimer qu’il n’y a que superposition de la résistance au cisaillement conférée par le béton
à celle des épingles ne constitue pas un danger.
Dans la Figure 4-36 b), le taux d’armatures longitudinales est plus élevé𝜌𝑙 = 1.553, le
phénomène observé dans la Figure 4-36a) avec un taux d’armatures longitudinales 𝜌𝑙 = 0.991 est
moins évident à relever. Il s’avère, en effet que considérer la superposition de la résistance au
cisaillement du béton seul et celles des épingles ne permet pas d’obtenir une meilleure précision
au regard des incertitudes que peuvent connaître les essais. Ainsi, il semble pour des taux
d’armatures longitudinales élevés, l’influence positive de l’augmentation du taux d’épingles
connaît une saturation. Cette saturation est sans doute due à l’existence d’un palier d’efficacité du
mécanisme de goujon pour les taux d’armatures longitudinales, comme cela a été décrit dans la
section [Link].
209
210
Les essais sur des dalles dépourvues d’épingles prouvent que l’augmentation du diamètre
maximal des granulats augmente l’énergie de fissuration qui permet d’obtenir une charge de ruine
plus importante. Le gain de cisaillement observé, est de l’ordre de 12%.
Les essais sur des dalles équipées d’épingles montrent que l’augmentation de la taille des
granulats n’a plus d’effet sur le cisaillement. En effet, la propagation des fissures de cisaillement
est d’ores et déjà régulée par la présence d’épingles.
Les résultats expérimentaux sont comparés aux prévisions basées sur l’Eurocode 2,
l’Annexe Nationale Française et l’ACI 318-14. Pour les comparer aux résultats expérimentaux, la
largeur de bande 𝑏𝑤 est remplacée par le 𝑏𝑒𝑓𝑓 du règlement français. Pour comparer les données
expérimentales aux prédictions analytiques, la valeur moyenne des propriétés du matériau mesuré
est utilisée et tous les coefficients partiels de sécurité sont égaux à 1 (𝛾𝑐 = 1).
La force de cisaillement peut être exprimé par cette équation :
𝑉𝑡𝑜𝑡𝑎𝑙 = 𝑉𝑠ℎ𝑒𝑎𝑟(𝑁𝑢=0) + 𝑉𝑠𝑡𝑖𝑟𝑟𝑢𝑝𝑠 + 𝑉𝑎𝑥𝑖𝑎𝑙(𝜎𝑐𝑝 ≠0) (4.10-1)
Pour le cas du fib Model Code 2010, le niveau appliqué est le LOA (II) (voir section
[Link]). Les résultats montrent que globalement l’approche française ANF (AVG = 1.00, STD =
0.08) et le fib Model Code 2010 (AVG = 1.02, STD = 0,11) donnent des résultats très proches des
valeurs expérimentales. L’EC2 (AVG = 1.09, STD = 0.08) donne également des résultats
acceptables avec des marges de sécurité raisonnable. Cependant l’ACI 318-14 (AVG = 1.31, STD
= 0.11) par rapport aux autres codes, donne des résultats conservatifs ceci correspond aux
conclusions des scientifiques qui ont comparé ces trois codes, notamment Kuchma (Kuchma et al.
2008), Gurutzega (Gurutzeaga et al. 2015) et Marì (Mari et al. 2016).
212
213
214
Tableau 5-1 Récapitulatif des essais caractéristiques et des différentes phases d’évolution
Contrainte appliquée Références Phases
Traction uni axiale (Terrien 1980), ✓ Comportement
(J. Mazars, Berthaud, and élastique ;
Ramtani 1990), ✓ Stabilisation avec
(Ramtani 1990), développement de
(Gérard 1996) microfissures ;
✓ Adoucissement
Compression uni axiale - Comportement global ✓ Comportement
(Van Geel 1998); élastique ;
- Formation des fissures ✓ Stabilisation avec
(Kaufmann 1998) développement de
microfissures ;
✓ Adoucissement
( (
a) b)
Figure 5-1 Mode de rupture macroscopique sous traction uni axiale : (a) Comportement global (Terrien
1980);(b) Formation et propagation des fissures (Björnström, Ekström, and Hassanzadeh 2006)
215
( (
a) b)
Figure 5-2 : Mode de rupture macroscopique sous compression : a) pour différentes dimensions
d’éprouvettes (HORDIJK 1991) b) évolution de la courbe charge-déformation
Pendant la croissance des fissures (phase post-pic), la capacité de charge du béton diminue
progressivement lorsqu'elle atteint une certaine limite de déformation (Figure 5-1 et Figure 5-2).
Terrien (Terrien 1980) a observé une diminution de la rigidité du matériau (endommagement ou
encore dégradation du matériau), dans la phase d’adoucissement et une diminution de la pente de
la réponse contrainte-déformation par l’exécution de cycles de charge-décharge, à niveau de
dégradation constant (lignes en pointillés, a),
Ces observations sont confirmées sous des chargements en compression et en traction par
(Bažant (Bažant 1976), Torrenti et al. (Torrenti, Benaija, and Boulay 1993), Markeset et Hillerborg,
(Markeset and Hillerborg 1995), Jansen et Shah, (Jansen and Shah 1997)).
Sur la Figure 5-2a), pour différentes tailles d’échantillon, un comportement quasi-
identique avant le pic de la courbe est observé. Celui-ci devient différent pour les diverses tailles
d’échantillons au niveau de la phase post-pic. Hordijk, (Hordijk 1991) et Van Mier et al. (J. G. Van
Mier, Schlangen, and Vervuurt 1996) fournissent des informations détaillées sur l’effet de la taille
des spécimens et des conditions aux limites sur le comportement adoucissant du béton.
216
Van Mier (van Mier 2008) montre à quel niveau se situe la microfissuration dans les
relations de comportement du béton en traction et en compression (Figure 5-3) .
Figure 5-3 : Processus de rupture du béton :(a) sous traction uni axiale; (b) compression uni axiale (van
Mier 2008)
𝑊𝑓𝑐 (5.1-2)
𝐺𝑓𝑐 = = ℎ𝑐 × 𝛾𝑓𝑐
𝐴
post-pic)
217
Figure 5-4 : Localisation de la déformation dans le béton : (a) sous traction uni axiale ; (b) sous
compression uni axiale, adapté de Markovic et al. (Markovič et al. 2012) par Nana (NANA 2017)
Bažant et Kazemi (Bažant and Kazemi 1991), Guo et Gilbert (Guo and Gilbert 2000).
Feenstra (P. H. Feenstra 1993) proposent la relation : .
Gfc = 50 − 100Gf (5.1-3)
L'énergie de rupture en traction du béton normal varie de 39 N/m selon Maturana et al. 1990
(Maturana, Planas, and Elices 1990), à 63.5 N/m selon Bažant et Pijaudier-Cabot, 1989 (Bažant
and Pijaudier-Cabot 1989) ou encore 144.2 N/m selon Cifuentes et al. (Cifuentes, Alcalde, and
Medina 2013). Le CEB-FIP Model Code, (CEB-FIP Model Code 1990 1993) propose une formule
permettant de calculer l’énergie de fissuration en fonction de la taille des granulats et de la
résistance en compression du béton. L'énergie de rupture en compression est d'environ 20000 N/m
selon Jansen et Shah (Jansen and Shah 1997) et compris entre 10000 et 25000 N/m selon Feenstra
(P. H. Feenstra 1993).
Comme plusieurs auteurs proposent différentes valeurs d’énergie de rupture, il est
nécessaire de se donner la valeur de l’énergie réelle de rupture du béton d’une structure à étudier
218
dans le cadre de simulations numériques avancées et ceci en réalisant in situ un essai de traction
directe ou de flexion sur poutre entaillée, ou en s’adjugeant une valeur suffisamment fiable.
Figure 5-5 : Surface de chargement à la rupture (contraintes maximales) en état plan de contraintes
biaxiales, résultats de Chi et al (Chi et al. 2017)et Kupfer et al. (H. Kupfer, Hilsdorf, and Rusch 1969)
219
Le comportement du béton sous chargement triaxial a été étudié par Attard et Setunge,
(Attard and Setunge 1996), Jamet et al. (Jamet, Millard, and Nahas 1984), Ramtani, 1990 (Ramtani
1990), Sfer et al. (Sfer et al. 2002), Jason et al. (Jason et al. 2006), Imran et Pantazopoulou, (Imran
and Pantazopoulou 1996). Jamet et al. (Jamet, Millard, and Nahas 1984), Ramtani, (Ramtani 1990)
et Jason et al.(Jason et al. 2006) ont effectué des essais triaxiaux avec une gamme de pression
inférieure à 100 MPa qui montrent que le pic de contrainte augmente lors de l’augmentation du
confinement.
( (
a) b)
Figure 5-6 : Essai triaxial avec augmentation du confinement : (a) faibles pressions hydrostatiques (1) 0
MPa, (2) 1.5 MPa, (3) 4.5 MPa, (4) 9 MPa ;(b) pressions hydrostatiques élevées 30 MPa et 60 MPa.
Le béton étant très utilisé dans la construction, il a fallu développer des modèles prédisant
ou permettant d’analyser le comportement de structures en béton. On trouve ainsi dans la littérature
de nombreux modèles numériques de comportement du béton caractérisant les différents aspects
liés à son comportement mécanique (élasticité, plasticité, rupture, phénomène de localisation,
endommagement…).
220
L’hétérogénéité influe sur le comportement mécanique du béton mais elle varie avec
l’échelle de la microstructure. Wittmann, (Folker H. Wittmann 1983) propose l’échelle micro,
méso et macro (Figure 5-7) pour modéliser le comportement du béton.
- A l’échelle micro, le béton est une structure sous forme de pâte de ciment durcie fortement
hétérogène,
- A l’échelle méso, échelle intermédiaire, le béton est une structure formée de granulats
incorporés dans la matrice de ciment avec des zones d’interface matrice-granulats.
- Enfin à l’échelle macro, le béton est un matériau continu homogène sur lequel la théorie des
milieux continus est applicable.
-
- Figure 5-7 Différentes échelles structurales du béton : Macro, méso et micro (Musielak (Musielak
2012))
L’échelle macro est considérée comme échelle d’étude appropriée pour les simulations
numériques des dalles en béton armé car elle présente un niveau de description suffisant tout
en limitant considérablement les temps de calculs.
la fissure est une discontinuité géométrique tandis que la méthode des éléments finis se base sur la
mécanique des milieux continus.
Pour contourner cette difficulté, deux principales approches peuvent être mises en œuvre :
- L’approche discontinue dans laquelle la fissure est introduite explicitement au travers d’une
discontinuité,
- L’approche continue décrivant la fissuration de manière diffuse dans un milieu continu.
222
Les différentes approches discontinues relevées dans la littérature sont résumées dans le tableau
ci-dessous :
Tableau 5-2 Récapitulatif des approches discontinues dans la littérature
Approche Référence Théorie et modèle Appréciation
Mécanique linéaire Griffith, (Alan A. Propagation de la fissure prise en compte Peu adaptée pour décrire le
élastique de rupture Griffith 1921) lorsque G=Gc ; Gc taux de restitution comportement à la rupture des
d'énergie critique structures en béton car zone
micro-fissurée non prise en
compte
Mécanique linéaire Kirwin, (IRWIN Le taux de restitution d’énergie peut Peu adaptée pour décrire le
élastique de rupture 1957) s’exprimer en fonction des facteurs comportement à la rupture des
d’intensité de contrainte par : structures en béton car zone
(K2 +K2 ) micro-fissurée non prise en
G = I ′ II KI et KII : facteurs d’intensité
E compte
de contrainte en mode mixte d’ouvertures
de fissures (mode I et mode II
respectivement Figure 5-8).
223
Figure 5-9 : Modèle de fissure fictive de Hillerborg (Arne Hillerborg, Modéer, and
Petersson 1976)
Les approches continues se basent sur l’idée de l’assemblage des microfissures pour
constituer une ou plusieurs macro-fissures. Le modèle de fissuration continue simule le processus
de détérioration en introduisant des variables internes qui représentent les dégradations et agissent
sur le comportement du matériau à l’échelle macroscopique, de façon à étaler les fissures sur un
domaine continu.
224
Le gros inconvénient des modèles continus en éléments finis est la forte sensibilité des
résultats par rapport à la taille et à l’orientation du maillage, en raison du comportement adoucissant
du béton qui peut être atténué en utilisant soit la technique de régularisation par l’énergie de rupture
Gf, soit d’autres techniques de régularisation plus approfondies qui seront présentées dans les
prochaines sections.
Les différentes approches continues relevées dans la littérature sont résumées dans le
Tableau 5-3:
Tableau 5-3 Récapitulatif des approches continues dans la littérature
Approche Référence Théorie et modèle Appréciation
Modèle de fissuration Bazant et Oh, Représentation de la zone micro- Forte sensibilité des
par bande (Bažant and Oh fissurée et du développement de la résultats par rapport au
1983). macro-fissure dans une approche maillage
continue avec le saut de déplacement
observé retranscrit en déformation
(Figure 5-10). L’équivalence avec le
modèle discontinue de Hillerborg et al.
1976(Arne Hillerborg, Modéer, and
Petersson 1976) est donnée par : wc =
l × εf avec l ∶
largeur de la bande de fissuration.
Modèles Lemaitre et Les modèles d’endommagement Forte sensibilité des
d’endommagement Chaboche, (Lemaitre introduisent l’apparition des non résultats par rapport au
and CHABOCHE linéarités et leur développement en maillage et surévaluation
1978) Mazars, (Jacky simulant la perte de rigidité du de la valeur
Mazars 1984), La matériau au cours du chargement. d’endommagement par
Borderie, (La L’endommagement est représenté au rapport à l’expérience.
Borderie 1991) et travers d’une variable Modèles inappropriés
Desmorat et al. d’endommagement D, scalaire dans le pour décrire les
(Desmorat, Gatuingt, cas isotrope ou matriciel dans le cas déformations irréversibles.
and Ragueneau contraire. Il agit sur le comportement
2007) ; du matériau en modifiant ses
caractéristiques mécaniques. Dans le
cas de l’isotropie la relation contrainte-
déformation s’écrit :
σij = (1 − D)Eijkl εekl
𝑆𝑑
𝐷=
𝑆
Sd : surface occupée par la micro-
fissuration et S la surface totale.
Modèles de plasticité Drucker et Prager, Les déformations plastiques sont La valeur des déformations
(Drucker and Prager associées à la définition d’une fonction plastiques dans le domaine
1952) et de Willam et de charge. Les principaux éléments d'adoucissement est
Warnke, (William d’un modèle issu de la théorie surestimée contrairement à
and Warnke 1975). classique de la plasticité sont : un l’expérience. Modèles non
critère de plasticité, une règle adaptés à l'étude des
d’écoulement et une fonction structures en béton
d’écrouissage. soumises à des chargements
cycliques.
225
a)
b)
Figure 5-10 Modélisation de la zone de fissuration, adapté de Bhattacharjee (Bhattacharjee 1994) et
Lopez (López 2017) : (a) modèle de fissuration par bande (approche continue) ; (b) modèle de fissuration
fictive (approche discontinue)
226
227
Figure 5-12 Exemples de différents types de maillage : a) grossier b) moyen c) fin (Nguyen et al. 2016)
Figure 5-13 Courbes de charge – déplacements d’essai flexion trois points (a) régularisation par théorie
non locale et (b) modèle de fissuration par bande avec différents maillages (Dimitrios Xenos and Grassl
2016)
229
Figure 5-14 Schémas de fissuration avec trois maillages différents, (a) approche non locale, (b) approche
de fissuration par bande (Xenos et Grassel, 2016 (Dimitrios Xenos and Grassl 2016))
( (
(
5.2 Modélisation du béton : Modèle de béton CDP (Concrete Damaged Plasticity)
a) b)
c)
Le modèle de béton élasto-plastique avec endommagement (CDP) disponible dans
ABAQUS est une adaptation du modèle proposé par Lubliner et al. (Lubliner et al. 1989) au cas de
(
chargement monotone développée par Lee et Fenves (J. Lee and Fenves 1998) pour étudier les cas
b)
de chargement dynamiques et cycliques. Zheng et al. 2009 ont utilisé le modèle CDP pour étudier
le comportement structural des dalles de pont sous chargement statique ; Genikomsou et Polak
(Genikomsou and Polak 2015) l’ont utilisé pour simuler le comportement au poinçonnement des
dalles en béton armé sous chargement statique et pseudo-dynamique.
Dans ce modèle la plasticité est séparée de l’endommagement en appliquant le concept de
contrainte effective 𝜎̅ i.e la contrainte dans le matériau non endommagé. Et donc les lois de
comportement uni-axial du béton sont également scindées en deux, une première partie
correspondant à la contrainte effective et associée à la plasticité, et une seconde partie
correspondant à la dégradation de la rigidité élastique et associée à l’endommagement. On peut
donc écrire :
𝜎̅ = 𝐸0 (𝜀 − 𝜀̃ 𝑝𝑙 ) (5.2-1)
𝜎 = (1 − 𝑑)𝐸0 (𝜀 − 𝜀̃ 𝑝𝑙 ) = {
𝑑 = 𝑑(𝜎̅, 𝜀̃ 𝑝𝑙 )
230
231
pl
Avec E0 : rigidité élastique initiale du béton non endommagé ̃εt : déformation plastique
pl
en traction, et ε̃c : déformation plastique en compression. Dans ABAQUS, le comportement uni
axial du béton en traction doit être défini par la relation contrainte-déformation inélastique en
traction ε̃in
c (ou déplacement) et en compression par la relation contrainte-déformation inélastique
en compression ε̃ck
t . Les déformations inélastiques en traction et compression peuvent être
𝜎𝑐 (5.2-7)
𝜀̃𝑐𝑖𝑛 = 𝜀𝑐 −
E0
Dans le modèle CDP dans ABAQUS, les relations contrainte-déformation uni axiale sont
automatiquement converties en contrainte-déformation plastique, à partir des données de
déformations inélastiques et des paramètres d’endommagement fournies par l'utilisateur :
𝑑𝑐 𝜎𝑐 (5.2-8)
𝜀̃𝑐𝑝𝑙 = 𝜀̃𝑐𝑖𝑛 −
(1 − 𝑑𝑐 ) E0
𝑑𝑡 𝜎𝑡 (5.2-9)
𝜀̃𝑡𝑝𝑙 = 𝜀̃𝑡𝑐𝑘 −
(1 − 𝑑𝑡 ) E0
232
( (
a) b)
Figure 5-15 Comportements uni axiaux du béton ; (a) en compression avec illustration des déformations
plastiques et inélastiques ; (b) en traction avec illustration des déformations plastiques et de fissuration.
Pour un matériau écrouissable, le domaine d'élasticité devient variable ce qui signifie que
la fonction de charge varie car elle dépend également de paramètres d'écrouissage Y (scalaires ou
tensoriels) on a :
F(σ, Y) ≤ 0 (5.2-11)
233
La fonction de charge qui est implémentée dans le modèle CDP est une adaptation du critère
de plasticité de Drucker-Prager et permet de déterminer la rupture sous des contraintes normales et
de cisaillement. Tout comme dans le critère de Drucker-Prager, la fonction de charge est liée aux
deux invariants du tenseur des contraintes effectives, la pression hydrostatique p̅ (ou I1) et la
contrainte équivalente de Mises 𝑞̅ (ou J2). L’évolution de la surface de charge est contrôlée par les
pl pl
variables d’écrouissage ε̃t et ε̃c . En termes de contraintes effectives, la fonction de charge prend
la forme :
1 ̂𝑚𝑎𝑥 〉) − 𝜎𝑐 (𝜀̃ 𝑝𝑙 ) = 0
̂𝑚𝑎𝑥 〉 − 𝛾〈−𝜎 (5.2-12)
𝐹= (𝑞̅ − 3𝛼𝑝̅ + 𝛽(𝜀̃ 𝑝𝑙 )〈𝜎 𝑐
1−𝛼
Avec :
𝜎 (5.2-13)
( 𝜎𝑏0 ) − 1
𝑐0
𝛼= 𝜎𝑏0 0 ≤ 𝛼 ≤ 0.5
2 (𝜎 ) − 1
𝑐0
𝜎𝑐 (𝜀̃𝑐𝑝𝑙 ) (5.2-14)
𝛽= (1 − 𝛼) − (1 + 𝛼)
𝜎𝑡 (𝜀̃𝑡𝑝𝑙 )
3(1 − 𝐾𝑐 ) (5.2-15)
𝛼𝛾 =
2𝐾𝑐 − 1
1 (5.2-16)
𝑝̅ = 𝑡𝑟𝑎𝑐𝑒(𝜎)
3
(5.2-17)
3
𝑞̅ = √ (𝑆: 𝑆)
2
Avec S la partie déviatorique du tenseur des contraintes effectives définie comme suit :
𝑆 = 𝜎 + 𝑝̅𝐼 (5.2-18)
234
initiale du béton en compression biaxiale et celle uniaxiale. Les valeurs expérimentales de σb0 /σc0
se situent entre 1.10 et 1.16 Lubliner et al. 1989 (Lubliner et al. 1989)donnant donc des valeurs de
α entre 0.08 et 0.12. Ce ratio est fixé par défaut à 1.16 selon ABAQUS documentation, (ABAQUS
Version 6.12 2013) sur la base des résultats expérimentaux fiables de Kupfer et al. (H. Kupfer,
Hilsdorf, and Rusch 1969). Les contraintes effectives de traction σt et de compression
pl pl
σc correspondant respectivement aux variables d’écrouissage ε̃t et ε̃c contrôlant l’évolution de la
surface de charge sont déterminées à partir des données du comportement uni-axial du béton en
traction et compression. La fonction β(ε̃pl ) peut être déterminée à partir de 𝛼 . Cette fonction
β(ε̃pl ) apparaît dans la fonction de charge, lorsque la contrainte algébrique maximale effective
̂ ̂max 〉 est définie comme suit :
σmax est positive. L’accolade de Macauley 〈σ
̂ (5.2-19)
̂𝑚𝑎𝑥 〉 = { 0 𝑠𝑖 𝜎𝑚𝑎𝑥 ≤ 0
〈𝜎
̂𝑚𝑎𝑥 𝑠𝑖 𝜎
𝜎 ̂𝑚𝑎𝑥 > 0
235
Avec ̂
σmax < 0, les équations sur le méridien de traction et de compression sont :
(2𝛾 + 3)√(3q̅) + (𝛾 + 3𝛼)p̅ = (1 − 𝛼)𝑓𝑐 TM (5.2-22)
K c est donc le rapport entre la contrainte équivalente de Mises sur le méridien de traction
et celle sur le méridien de compression, pour une valeur donnée de la pression hydrostatique p̅ et
pour une contrainte principale maximale négative. Il est aussi le rapport des distances entre l'axe
hydrostatique et respectivement le méridien de traction et le méridien de compression dans la
section transversale déviatorique. Ce paramètre doit être compris entre0.5 ≤ K c ≤ 1.0(0.64 selon
Schickert et Winkler, 1977 (Schickert and Winkler 1977), 0.66 pour Richart, 1928 (Frank Erwin
Richart, Brandtzaeg, and Brown 1928) à 0.8 pour Mills et Zimmerman, 1970 (Mills and
Zimmerman 1970)). La valeur par défaut dans ABAQUS documentation, 2013(ABAQUS Version
6.12 2013) est fixée à K c = 2/3, ce qui fait que la forme de la surface de charge dans la section
transversale déviatorique est proche de celle triangulaire de Rankine Pankaj, 2010 (Pankaj 2010).A
titre de comparaison, le critère de Drucker-Prager est circulaire dans le plan déviatorique avec K c =
1. La différence entre les surfaces de charge dans le plan déviatorique pour K c = 2/3 et K c = 1
est illustrée par la Figure 5-16. La surface de charge dans l’espace plan des contraintes pour le
modèle CDP est également illustrée sur cette figure, où la zone fermée représente les états
élastiques de contrainte. Plus récemment Genikomsou et Polak, (Genikomsou and Polak 2015) ont
montré que l’influence du paramètre Kc sur le comportement structural n'est pas très significative
comme on peut le voir sur la Figure 5-17.
236
( (
a) b)
Figure 5-16 : (a) Surface de charge dans le plan déviatorique pour Kc=2/3 (modèle CDP) et Kc=1 (critère
de Drucker-Prager) ; (b) Surface de charge dans le plan des contraintes (CDP).
Figure 5-17 : Etude paramétrique sur Kc Genikomsou et Polak, (Genikomsou and Polak 2015)
potentielle d’écoulement plastique. L'évolution des déformations plastiques dεpl est supposée
vérifier les relations suivantes :
𝜕𝐺(𝜎, 𝑌) 𝑑𝜆 ≥ 0 𝑠𝑖 F(σ, Y) = 0 (5.2-25)
𝑑𝜀 𝑝𝑙 = 𝑑𝜆 𝑎𝑣𝑒𝑐 {
𝜕𝜎 𝑑𝜆 = 0 𝑠𝑖 F(σ, Y) < 0
dλ est le multiplicateur plastique, c’est un paramètre d’écrouissage scalaire qui peut varier
tout au long du processus de déformation et qui détermine la longueur des déformations plastiques
dεpl . Si F(σ, Y) = G(σ, Y), la règle d'écoulement est dite associative, et la direction des incréments
de déformations plastiques dεpl est normale à la frontière du domaine de la fonction de
charge F(σ, Y). Lorsque F(σ, Y) ≠ G(σ, Y), la règle d'écoulement est dite non
∂G(σ,Y)
associative. représente la direction suivie par dεpl qui est la normale à la frontière du
∂σ
domaine de la fonction potentiel plastique G(σ, Y) Pankaj, 2010 (Pankaj 2010). Contrairement aux
métaux, une règle d'écoulement non associative est nécessaire pour contrôler la dilatation dans la
modélisation des matériaux frictionnels Chen et Han, 1988 (Chen and Han 1988).
Figure 5-18 Illustration de la fonction potentielle plastique par rapport à une surface de charge repris de
Pankaj, 2010 (Pankaj 2010)
Le modèle de béton CDP dans ABAQUS utilise une règle d’écoulement non associative
̅), celle hyperbolique de Drucker-Prager
avec comme fonction potentiel d'écoulement plastique G(σ
donnée par :
238
σt0 est la résistance maximale du béton en traction uniaxiale. ψ est l'angle de dilatation
mesuré dans le plan méridien p̅ − q̅ comme angle d'inclinaison de la fonction potentielle
d'écoulement plastique, pour une pression de confinement élevée. L'angle de dilatation, considéré
comme constant durant le chargement plastique, contrôle la quantité de changement de volume du
béton (dilatation). Malm, 2006 (Malm 2006) montre, en faisant varier l'angle de dilatation de 10°
à 56°, que la capacité en cisaillement augmente avec l'angle de dilatation pour un béton de
résistance normale. Le meilleur accord avec la réponse expérimentale a été obtenu pour un angle
de dilatation choisi entre 30° et 40°. Les valeurs faibles de l'angle de dilatation ont montré un
comportement fragile tandis que des valeurs plus élevées ont donné un comportement plus ductile.
Selon Wu JY, 2006 (Wu, Li, and Faria 2006) et Voyiadjis et Taqieddin, 2009 (Voyiadjis and
Taqieddin 2009), l'angle de dilatation doit être compris entre 31° et 40°. D'après d'autres études
expérimentales Reissen et Hegger, 2013 (Reissen and Hegger 2013) etJankowiak et Lodygowski,
2005 (Jankowiak and Lodygowski 2005), l'angle de dilatation devrait être considéré
respectivement comme égal à 37° et 38°. Plus récemment Genikomsou et Polak, 2018
(Genikomsou, Milligan, and Polak 2018) ont trouvé dans leur étude qu’un angle de dilatation égale
à 40° était plus adéquat (Figure 5-19).
239
( (
a) b)
Figure 5-19 Etude paramétrique de l’angle de dilatation : (a) Malm, 2006 (Malm 2006); (b) Genikomsou
et Polak, 2018 (Genikomsou, Milligan, and Polak 2018)
240
Figure 5-20 : Fonction potentiel plastique dans le plan méridien p-q : Illustration de l'excentricité
et de l'angle de dilatation
Dans ABAQUS, en plus du modèle de béton CDP, il existe un autre modèle pour
modéliser le comportement non linéaire du béton ; le ” Concrete Smeared Cracking model (CSC)
”. Une première différence entre ces deux modèles numériques de béton est leur fonction de charge.
Dans le modèle CSC, la surface de charge est divisée en deux parties (contre une seule fonction de
charge pour le CDP) : la surface de charge de compression et la surface de charge de détection de
la fissuration (voir Figure 5-21). Les équations associées sont brièvement décrites ci-dessous et
tirées de ABAQUS documentation, 2013 (ABAQUS Version 6.12 2013):
𝐹𝑐𝑜𝑚𝑝𝑟𝑒𝑠𝑠𝑖𝑣𝑒 = 𝑞 − √3𝑎0 𝑝 − √3𝜏𝑐 = 0 (5.2-27)
𝜎𝑡 𝑏0 𝜎𝑡 (5.2-28)
𝐹𝑐𝑟𝑎𝑐𝑘 = 𝑞 − (3 − 𝑏0 𝑢 ) 𝑝 − (2 − )𝜎 = 0
𝜎𝑡 3 𝜎𝑡𝑢 𝑡
241
▪ Le modèle CDP est plus récent que le modèle CSC. En outre, il peut être utilisé à la fois avec
des méthodes de résolution explicites et implicites dans ABAQUS, tandis que le CSC ne peut
être utilisé qu’avec une méthode de résolution implicite qui peut présenter parfois des
difficultés de convergence que l’on verra dans les prochaines sections.
▪ La campagne expérimentale a montré que la rupture par cisaillement dans les dalles est une
rupture triaxiale. Par ailleurs, L'équation de la surface de charge du modèle CSC n’est pas
adaptée aux cas de sollicitations en traction et compression triaxiale en raison de l'omission du
troisième invariant du tenseur des contraintes tandis que l'équation de la surface de charge dans
le modèle CDP fait intervenir le paramètre γ, qui tient compte de l'influence de contraintes
triaxiales.
▪ Une hypothèse d’écoulement associative, tel est le cas dans le modèle CSC surestime
généralement la dilation du béton (ABAQUS Version 6.12 2013). Par ailleurs Park et Kim,
(Park and Kim 2005) ont conclu qu'une règle d'écoulement non associative en conjonction avec
un modèle de béton élasto-plastique avec endommagement est capable de décrire correctement
la dilatation du béton due aux dégradations en compression.
242
▪ Lors de l’essai numérique réalisé par Smith (S. H. Smith 1987) sur des éprouvettes cylindriques
en béton sous compression uni axiale et triaxiale, pour comparer les deux modèles ; le modèle
CDP s’est avéré plus approprié.
( (
a) b)
Figure 5-21 (a) Surface de charge dans le plan des contraintes ; (b) Surface de charge dans le plan
méridien (p-q).
Dans une analyse non linéaire, le déplacement (charge) est incrémenté. Entre deux
incréments la structure change du fait des différentes non linéarités qui apparaissent pendant le
processus de chargement à savoir: les non-linéarités de comportement liés à la plasticité, et à
l’endommagement du matériau, les non-linéarités géométriques lié au fait que la configuration
initiale du système s’éloigne de celle finale pour cause de petites ou grandes déformations, et enfin
des non linéarités de contacts qui peuvent être également observés car les surfaces de contacts
imposées au début peuvent changer au cours de la transformation. Une mise à jour des matrices du
système doit être envisagée avant de passer au prochain incrément dans l’analyse. Il existe deux
principaux algorithmes de résolution des équations régissant le milieu continu et qui permettent de
faire une mise à jour des matrices du système à chaque étape du chargement. Il s’agit du schéma
de résolution implicite et explicite. Le qualificatif d’implicite ou d’explicite se rapporte au schéma
243
d’intégration par rapport au temps que l’on détaillera dans les prochaines sections. D’une manière
générale, la méthode de résolution explicite est dynamique donc mieux adaptée pour des cas de
sollicitation dynamiques, et celle implicite est statique et parait donc, à première vue, plus adapté
pour notre cas de sollicitation statique.
Cependant dans notre étude, les simulations seront réalisées avec la méthode de
résolution explicite avec ABAQUS/Explicit bien que le problème soit statique car celle-ci présente
un grand avantage par rapport à la méthode implicite du fait de l'absence d'une matrice de rigidité
tangentielle globale et des problèmes de convergence Chopra (Chopra 2007). En effet, l’algorithme
de résolution dans une méthode implicite réalise le calcul de l'inverse de la matrice de rigidité
nécessitant un temps de résolution élevé en raison du grand nombre de calcul requis surtout lorsque
de fortes non linéarités sont présentes pouvant également conduire à des divergences. Par
conséquent, dans le cas de nos dalles en béton armé sous sollicitation de cisaillement, où la
fissuration du béton conduit à une réduction de la rigidité, l’utilisation d’une méthode implicite
pourrait causer des problèmes de convergence et un temps de calcul élevé(ABAQUS Version 6.12
2013).
Par ailleurs dans une analyse explicite l’algorithme de résolution fait juste intervenir
l’inverse de la matrice de masse qui est diagonale, et dont l’inversion est réalisée simplement en
inversant les éléments diagonaux, ce qui conduit à des temps de calculs plus faibles et à moins de
difficultés de convergence par rapport aux méthodes implicites. C'est pourquoi une méthode
explicite à travers une analyse quasi-statique est plus appropriée dans notre étude. Genikomsou et
Polak (Genikomsou and Polak 2015), en utilisant une méthode de résolution quasi-statique et
implicite pour modéliser le comportement de dalles en béton armé sous sollicitations de
poinçonnement, ont montré qu’une analyse quasi-statique nécessite moins de temps de calcul par
rapport à l'analyse implicite et fournit de bons résultats. L’utilisation d’une méthode de résolution
quasi-statique nécessite cependant de respecter certaines conditions que l’on présentera dans les
prochaines sections.
244
l'instant t précédent. Il existe une gamme de procédures de résolution utilisées par les solveurs EF
implicites. La méthode itérative la plus commune de Newton-Raphson est celle utilisée dans
ABAQUS/implicit. Soit :
(𝑢) = 𝐹𝑒𝑥𝑡 − 𝐹𝑖𝑛𝑡 (5.2-29)
Fext est le vecteur des forces extérieures appliquées et Fint le vecteur des forces internes
créé par les contraintes dans l’élément. L'état de l'analyse est actualisé de façon incrémentielle du
temps t au temps t + ∆t et une estimation du déplacement u est faite, de sorte que pour l’ième
itération on ait :
−1 (5.2-30)
𝑡+∆𝑡
𝜕𝐹(𝑢𝑖𝑡+∆𝑡 )
𝑢𝑖+1 − 𝑢𝑖𝑡+∆𝑡 =[ ] 𝐹(𝑢𝑖𝑡+∆𝑡 )
𝜕𝑢
Où ut+∆t
i est le vecteur des déplacements nodaux pour la ième itération à l’incrément de
temps t + ∆t. La dérivée partielle du côté droit de l'équation est la matrice jacobienne et représente
la matrice de rigidité globale K(ut+∆t
i ). Les itérations sont répétées à chaque incrément jusqu’à ce
que la convergence soit atteinte. L'équation (c) peut être manipulée et inversée pour produire un
système d'équations linéaires :
𝐹(𝑢𝑖𝑡+∆𝑡 ) = 𝐾(𝑢𝑖𝑡+∆𝑡 )(𝑢𝑖+1
𝑡+∆𝑡
− 𝑢𝑖𝑡+∆𝑡 ) (5.2-31)
245
linéarités, la convergence peut être impossible à obtenir. Les instabilités locales rendent également
l'équilibre des forces difficile à atteindre selon ReBelo et al. 1992(Rebelo et al. 1992). Cependant,
la méthode de Newton-Raphson modifiée est une alternative couramment utilisée pour réduire le
temps de calcul et convient à des problèmes non linéaires. Dans cette méthode, la matrice de rigidité
globale n'est recalculée qu’occasionnellement et dans les cas où elle est asymétrique, il n'est pas
nécessaire de calculer sa valeur exacte. Cette méthode converge très bien en utilisant une estimation
symétrique de la matrice de rigidité (ABAQUS Version 6.12 2013).
[Link] ABAQUS/Explicit
La méthode explicite met en œuvre une règle d'intégration explicite en utilisant des matrices
de masses diagonales. Dans cette méthode, les vitesses et les accélérations à un instant incrémentiel
donné t sont constantes et sont utilisées pour la résolution à l’instant suivant t + ∆t. Pour chaque
incrément de temps t, connaissant le vecteur des forces extérieures appliquées Fext et celui des
forces internes Fint , il est possible de calculer les accélérations nodales :
𝑡 𝑡
𝑢̈ 𝑡 = [𝑀]−1 . (𝐹𝑒𝑥𝑡 − 𝐹𝑖𝑛𝑡 ) (5.2-32)
Où M est la matrice de masse modale. Cette matrice est diagonale, et son inversion est triviale
comme vu précédemment, contrairement à la matrice de rigidité globale dans la méthode implicite.
Par conséquent, le calcul à chaque incrément de temps est une opération peu coûteuse en termes
de temps de calcul. En intégrant deux fois cette équation à l’aide de la méthode des différences
finies centrées, on retrouve le vecteur des déplacements nodaux :
∆𝑡 ∆𝑡 ∆𝑡𝑡+∆𝑡 + ∆𝑡𝑡 𝑡 (5.2-33)
𝑢̇ 𝑡+ 2 = 𝑢̇ 𝑡− 2 + 𝑢̈
2
∆𝑡 (5.2-34)
𝑢𝑡+∆𝑡 = 𝑢𝑡 + ∆𝑡𝑡+∆𝑡 𝑢̇ 𝑡+ 2
246
Où wmax est la fréquence propre maximale du système. Dans le cas de fortes non linéarités,
il est quasi-impossible de calculer la fréquence exacte la plus élevée du système. Pour cela,
ABAQUS utilise une estimation conservative et pratique de ∆t. Il suppose que la plus grande
fréquence du système global est inférieure à la fréquence maximale associée au plus petit élément
qui existe dans le maillage. Ainsi, la formule utilisée dans ABAQUS/Explicit est la suivante :
𝐿𝑒 (5.2-36)
∆𝑡 = min ( )
𝐶𝑑
247
Lors d'une simulation quasi-statique, le temps de chargement doit être très supérieur
à la période naturelle fondamentale T du modèle pour que l'énergie cinétique globale générée par
les forces d'inerties soit négligeable devant l'énergie de déformation interne et éviter ainsi que les
forces inertielles n'affectent la réponse mécanique et fournissent des résultats dynamiques
irréalistes. Kutt et al. 1998(Kutt et al. 1998) recommandent, pour cela, que le rapport entre la durée
du chargement et la période naturelle fondamentale du modèle soit supérieur à 5. ABAQUS
documentation (ABAQUS Version 6.12 2013) propose d'utiliser une période de chargement plus
élevée soit au moins 10 fois la période naturelle fondamentale T du modèle, de façon à obtenir un
ratio : énergie cinétique totale/énergie de déformation interne totale, maximal de 5%. Chung et al.
(Chung, Cho, and Belytschko 1998), Kim et al. (J. Kim et al. 2002) ont montré qu'en maintenant
le rapport de l'énergie cinétique sur l'énergie de déformation interne totale <5%, les effets
dynamiques dans le modèle sont négligeables . ABAQUS recommande aussi pour une analyse
quasi-statique d'utiliser un profil de chargement lisse (smooth step), fonction progressive de
chargement dans le temps permettant de minimiser les efforts dynamiques dans le processus de
calcul (Figure 5-22).
Amplitude
0.1 temps
Figure 5-22 Profil de chargement lisse (Smooth Step) défini dans ABAQUS
248
Chaque élément doit être décrit suivant son type à partir des nœuds sommets caractérisant
sa géométrie. Ceci revient à décrire la structure à partir de points, de lignes, de surfaces ou de
volumes, chacune de ces entités géométriques devant être associée à un type d’élément. Dans notre
étude, le béton sera représenté à l’aide d’un élément fini volumique du type C3D8R disponible
dans ABAQUS/Explicit. L'élément C3D8R est un élément hexaédrique linéaire à huit nœuds avec
un seul point d'intégration (C-Continu ; 3D-3 Dimensions ; 8-8noeuds ; R-Intégration Réduit). Son
équivalent en intégration complète est le C3D8 (Figure 5-23). Nous avons préféré le C3D8R au
C3D8 pour éviter les difficultés qui apparaissent, parfois, en utilisant des éléments à intégration
complète car une intégration complète de la matrice de rigidité entraine une surélévation de la
raideur du système étudié. Cette surestimation peut s’avérer pénalisante pour les éléments finis
discrétisant une structure mince ou élancée et conduire à un véritable verrouillage de l’élément
GMÛR (Gmür 1997). Un verrouillage du maillage signifie que les déplacements deviennent
infiniment petits lorsque celui-ci est chargé de manière quelconque (comme dans le cas de
matériaux incompressibles), ce qui engendre de faux résultats. En outre, selon ABAQUS
documentation (ABAQUS Version 6.12 2013), l'élément C3D8 a tendance à être trop rigide en
flexion et pourrait mal se comporter pour des matériaux présentant un comportement plastique.
Par application d’une règle de quadrature d’un ordre inférieur, il est possible d’atténuer ces
effets indésirables et de corriger l’excès de raideur du modèle. Il s’agit de l’intégration réduite qui
est le cas du C3D8R choisi pour notre étude. A cet avantage s’ajoute celui de la diminution du
temps de calcul puisque le nombre d’évaluations dans la quadrature réduite est plus faible comparé
à l’intégration complète sans diminuer la précision des résultats. Cependant un inconvénient d’une
intégration réduite réside dans l’apparition éventuelle de modes de déformation parasites à énergie
de déformation nulle. Ces modes artificiels, appelés quelquefois « mécanismes » ou « modes
cinématiques » ou encore « mode Hourglass », proviennent de singularités introduites par la
technique d’intégration réduite dans la matrice de rigidité et correspondent à des configurations
pour lesquelles les éléments infinitésimaux en chacun des points de GAUSS ne subissent aucun
déplacement GMÛR (Gmür 1997) donc aucune déformation comme on peut le voir sur la Figure
5-24. Ces mécanismes peuvent apparaitre même pour des degrés plus élevés d’interpolations.
ABAQUS/Explicit offre plusieurs algorithmes de contrôle du « Hourglass » : Relaxed
Stiffness, Enhanced, Stiffness, Viscous et combiné Stiffness/Viscous. Le contrôle activé par défaut
249
est Relaxed Stiffness, et semble le mieux convenir pour les applications avec matériau adoucissant.
Le ratio qui définit l'énergie totale consommée par le mode « Hourglass » divisée par l'énergie
totale interne de déformation doit être également surveillé et une valeur limite de 5% est considérée
comme acceptable. ABAQUS documentation (ABAQUS Version 6.12 2013) montre également
que le Hourglass mode peut être résolu si on utilise plusieurs éléments à travers l’épaisseur du
modèle.
2 3 2 3
2
1 4 3
1 4
1 4
1
(
(
7 6 b)
a) 7 6 7 6
5
8
8 5 8 5
a) b)
Figure 5-23: (a) C3D8 avec intégration complète ; (b) C3D8R avec intégration réduite
Noeud
Point de
Gauss
Figure 5-24 : Mécanisme de Hourglass, les points d'intégration ne sont soumis à aucun déplacement
250
Dans ABAQUS, les armatures peuvent être modélisées comme élément de poutre « beam ».
L’élément « beam » est une approximation unidimensionnelle du continuum tridimensionnel. Il
n’est utilisable que lorsque les dimensions de la section transversale sont petites par rapport à la
direction axiale, ce qui est le cas pour les armatures. ABAQUS dispose de deux variétés de poutres :
- Les éléments de poutre qui sont en accord avec la théorie des poutres d’Euler-Bernoulli
avec trois modes de déformation possibles comprenant un étirement axial, une flexion et
une torsion dans l'espace 3D. Ces éléments ne tiennent pas compte de la flexibilité au
cisaillement (La section droite reste perpendiculaire à l'axe de la poutre après déformation).
Parmi ces éléments disponibles dans ABAQUS on peut citer le B23, B33 et B34 qui sont
des éléments à 2 nœuds à interpolation cubique (disponibles seulement dans
ABAQUS/Standard). D’une manière générale ces éléments sont plus efficaces pour
modéliser des structures d’épaisseur relativement minces.
- Les éléments de poutres qui vérifient la théorie des poutres de Timoshenko. Ils sont
considérés comme utiles pour modéliser des structures épaisses, dont la flexibilité au
cisaillement peut être importante. Au fur et à mesure que la structure devient mince, la
théorie de Timoshenko devient proche de celle d'Euler-Bernoulli. Parmi ces éléments
disponibles dans ABAQUS on peut citer le B21 et B31 qui sont des éléments à 2 nœuds à
interpolation linéaire, puis le B22 et B32 qui sont des éléments à 3 nœuds à interpolation
quadratique.
251
Pour modéliser le comportement du béton, deux approches principales ont été énoncées ;
l’approche discontinue et l’approche continue.
L’approche discontinue consiste à introduire un modèle de macro-fissure et de simuler sa
propagation (modèles de Griffith, 1921 (Alan A. Griffith 1921) et Kirwin, 1957(IRWIN 1957))
ou d’introduire une zone de microfissuration en pointe de fissure (modèle de Hillerborg et al.
1976(Arne Hillerborg, Modéer, and Petersson 1976)). Utiliser l’approche discontinue nécessite
de connaître parfaitement la zone d’initiation de la fissure ainsi que son chemin de propagation.
L’approche continue est une technique aux Eléments Finis adaptée. La première difficulté de
la modélisation du comportement du béton, suivant cette approche réside dans le choix du
modèle de comportement mécanique du béton capable de simuler correctement la rupture des
dalles en cisaillement, tels que les modèles d’endommagement, de plasticité et le modèle élasto-
plastique couplé à l’endommagement. La deuxième difficulté, caractéristique des matériaux
adoucissants, est liée aux instabilités numériques lors de l’analyse des problèmes de localisation
des déformations et de l’endommagement dans une zone réduite du matériau. Ces instabilités
montrent la forte dépendance des résultats numériques vis-à-vis de la taille des éléments et de
leur orientation. Différentes techniques de régularisation sont présentées afin d’obtenir des
résultats numériques objectifs vis-à-vis du maillage EF. Cependant, de telles approches
nécessitent des développements numériques très lourds.
Le modèle élasto-plastique avec endommagement (CDP-Concrete Damage Plasticity) est choisi
pour décrire le comportement mécanique du béton du fait de sa simplicité et de son efficacité par
rapport au Smeared Cracking model (CSC) également disponible dans Abaqus. Une approche
isotrope est utilisée pour la plasticité et l’endommagement. Les dégradations de la rigidité du béton
sont caractérisées par deux variables d’endommagement scalaires dt et dc pouvant varier de 0 à 1.
σb0
Les paramètres variables Kc, ψ , ε et contrôlent les résultats numériques :
σc0
252
253
cisaillement transverse aussi, théorie de Timoshenko) par rapport à un élément de barre justifie
son choix.
254
255
S27 1.157 0.837 267.5 250 2.1 29.76 3.39 27.15 108
6.1.1 Béton
Pour le béton, l’élément de discrétisation du maillage est le C3D8R. C’est un élément
hexaédrique (à 8 nœuds) linéaire à intégration réduite, évitant ainsi le souci d’une intégration
complète gourmande en taille de mémoire et susceptible de connaître des verrouillages d’éléments
caractérisés par des déplacements infiniment petits (Banabic 2007).
Les lois de comportement du béton sont celles décrites précédemment, basée sur le modèle
CDP (couplage de l’endommagement et de la plasticité) avec une loi pour la traction et une seconde
pour la compression.
6.1.2 Aciers
Les aciers longitudinaux, transversaux et épingles ont été modélisés sous la fonctionnalité
« Wire » d’Abaqus en raison de leur faible section par rapport à la longueur. L’élément utilisé pour
les discrétiser est le B31 de type beam. Une loi de comportement élasto-plastique avec écrouissage
a été sélectionnée car elle définit de manière fiable l’évolution des déformations et contraintes des
aciers.
La liaison entre le béton et les aciers a été réalisée à l’aide de la technique « Embedded
elements » qui est utilisé pour spécifier qu’ un élément ou un groupe d'éléments incorporés dans
un groupe d'éléments hôtes dont la réponse sera utilisée pour contraindre les degrés de liberté des
nœuds incorporés (c'est-à-dire, les nœuds d'éléments incorporés) (Manuel d’utilisation
Abaqus(Abaqus Analysis User’s Manual (6.12)))
256
• Le maillage doit rester suffisamment fin pour obtenir des résultats précis mais aussi
principalement pour éviter le mode du sablier ou « Hourglass ». Il s'agit
essentiellement d'un mode de déformation parasite d'un maillage d'éléments finis,
résultant de l'excitation de degrés de liberté à énergie nulle. Il se manifeste
généralement par un patchwork de formes d'éléments en zig-zag ou en sablier
(Figure 6-1), où les éléments individuels sont fortement déformés, tandis que la
section maillée globale n'est pas déformée. Cela se produit sur les éléments de coque
3D tétraédriques, les éléments solides 2D hexaédriques et les éléments d’intégration
réduite 3D (C3D8R qui l’élément considéré dans l’étude présente).
Ainsi, il apparaît clairement que la taille du maillage doit être supérieure à 11.2mm, c’est
pour cela que 3 modèles numériques ont été réalisés avec 3 différentes tailles de maillage :
ℎ = 15𝑚𝑚, ℎ = 20𝑚𝑚 et ℎ = 25𝑚𝑚, dans objectif principal de déterminer le maillage
qui se rapproche le plus de la solution expérimentale (Figure 6-2). Il s’avère que la charge ultime
est sensible au choix du maillage, cependant cette variation n’est pas uniforme. En effet, la taille
𝑃
de maillage ℎ = 20𝑚𝑚 présente la solution la plus proche du résultat expérimental avec 𝑃 𝑢(𝑒𝑥𝑝) =
𝑢(𝑛𝑢𝑚)
1.03 (avec Pu la charge maximale obtenue). Ainsi le choix du maillage s’est porté sur ℎ = 20𝑚𝑚
257
1600
S2-Taille du maillage
1200
Charge (kN)
800
Essai
400
h=15mm
h=20mm
h=25mm
0
0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
Déplacement L5 (mm)
Figure 6-2 Courbe Charge-déplacements en fonction de la taille du maillage (Nana (NANA 2017))
258
3.5 2000
S2-Lois de comportement en traction S2-Energie de rupture Gf
Charge (kN)
2 1200
1.5 800
1
400 Essai
0.5 Gf (MC1990)
Gf (MC2010)
0 0
0 0.08 0.16 0.24
0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
Ouverture de fissure W (mm)
Déplacement L5 (mm)
Figure 6-3 Dalle S2 : Résultat expérimental et numérique avec les valeurs d’énergie de rupture du CEB-
FIB Model Code, (Ceb-Fib Model Code 1990 1993) et CEB-FIB Model Code, 2010 (NANA 2017)
259
La modélisation est réalisée selon un chargement lisse (smooth step) qui se rapproche de
l’analyse quasi-statique de l’étude. L’application de la charge s’effectue à l’aide d’un vérin. Etant
donné que la dalle et son chargement présente une symétrie suivante l’axe transversal, seule la
moitié du spécimen a été modélisée afin de réduire le temps de calcul. (Figure 6-4).
260
Toutes les dalles ont été testées suivant le modèle de la dalle S2. Cependant, il a vite été remarqué
que pour le cas des dalles avec épingles, conserver le calibrage sur cette dalle avec épingles
s’avérait trompeur. En effet, comme cela est clairement mis en évidence dans le (Tableau 6-3).
Les dalles contenant des armatures d’effort tranchant ont une résistance au cisaillement
sousestimée. Ceci s’explique par une mauvaise considération de la résistance des épingles qui peut
être calibrée en modifiant l’angle de dilatation.
𝑃𝑢 (𝑒𝑥𝑝)
Ainsi, en moyenne le rapport pour des dalles sans épingles donne 0.99 tandis que l’écart
𝑃𝑢 (𝑛𝑢𝑚)
s’élève à 1.15 lorsqu’il s’agit des dalles avec épingles. Une modélisation de la dalle S2’ (dalle
fictive similaire à S2 mais avec épingles Φ6) ne permet qu’un gain de 4%. Expérimentalement, une
augmentation de 27% est observée pour la dalle S14 par rapport à S2. Ces écarts ont entraîné un
recalibrage des dalles avec épingles. Pour atteindre cela, la compréhension du ou des paramètres
qui peuvent entraîner cette modification est nécessaire.
261
Dans le cadre d’une analyse non linéaire d’un béton confiné dans un tube métallique, soumis à
un effort axial, Haghinejada [306] a effectué une étude paramétrique sur l’angle de dilatation 𝜓 .
Le comportement en compression du béton confiné indique que le meilleur accord avec les résultats
expérimentaux est atteint pour un angle de dilatation compris en 20° et 40°. Il est à noter que les
faibles valeurs de l’angle de la dilatation produisent un comportement fragile tandis que des valeurs
plus élevées entraînent un comportement plus ductile. Par conséquent, une valeur plus élevée de
l’angle de la dilatation. Dans le cas présent, les épingles apportent cet aspect de confinement du
béton comme cela a été démontré précédemment ([Link]). En pratique, le confinement du béton
qui régit l’angle de dilatation dépend de sa capacité à augmenter de volume sous chargement. Ainsi,
un béton plus poreux aura un angle de dilatation plus faible. Le confinement est augmenté
artficiellement par la compression et par la présence d’armatures (Fernandes, Chavant, and
Chambon 2008).
Une seconde récente étude réalisée par Genikomsou (Genikomsou, Milligan, and Polak 2018),
où il modélise des dalles sous sollicitations de poinçonnement a été réalisée. Il prouve que lorsque
l’angle de la dilatation est augmenté, la capacité prévue et le déplacement/rotation de la structure à
la rupture augmente. Selon cette analyse un angle de dilatation de 42 ou 45 degrés montre une
bonne concordance entre l’expérience et les résultats numériques en termes de réponse charge-
rotation. De ce fait, augmenter l’angle de dilatation peut à la fois améliorer les performances des
dalles en termes de charge de rupture, et contribuer à une ductilité plus élevée.
262
A cette fin, une étude du paramètre est réalisée sur les dalles S14 et S15.
Vexp/Vnum Dalle S14
Charge KN Dalle S14 1.20
1800
1600 1586.9
1481.5 1.10
1400 1317.2
1200 1.00
1000
0.90
800
37° 39°
600 0.80
400 41° 43°
37° 39° 43°
0.70
200 45° EXP 45° Exp 41°
0 0.60
0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 35 37 39 41 43 45 47
a) Déplacement (mm) b) Angle Ψ
1945.47 1.10
2000
1726.50 1.00
1500
0.90
1000
37° 39° 0.80
étudie les dalles sans épingles, la valeur adéquate se situait plutôt autour de 37-38°. Un angle de
41-43° semble, dans le cas des dalles avec épingles comme S14 et S15, le plus adapté. Cela signifie,
que le calcul numérique en éléments finis à l’aide d’ABAQUS nécessite un recalibrage de l’angle
de dilatation dans le cas particulier des dalles avec épingles.
6.2 Résultats
Le choix de l’angle de dilatation pour les dalles avec épingles s’est donc porté sur l’angle 41°
afin d’obtenir des résultats plus précis. Pour les dalles sans épingles, l’angle de dilatation de 37°
sera conservé.
Tableau 6-4 Récapitulatif des charges ultimes des dalles modélisées
𝑃𝑢 𝑉𝑁 𝑃𝑢 𝑉𝑁
Angle de
Dalle (𝑛𝑢𝑚) (𝑛𝑢𝑚) (𝑒𝑥𝑝) (𝑒𝑥𝑝) Exp/Model Epingles
dilatation
[kN] [S.I] [kN] [S.I]
S2 1294.816 1342.441 1219.530 1425.315 0.942 37 Sans
S14 1453.310 1523.109 1481.518 1713.150 1.019 41 φ6
S15 1574.200 1710.326 1726.523 1875.821 1.097 41 φ8
S4 972.096 1217.627 1049.201 1314.207 1.079 37 Sans
S24 1449.788 1577.065 1443.750 1575.060 0.996 41 φ6
S25 1426.588 1685.818 1478.272 1746.893 1.036 41 φ8
S5 1303.123 1357.012 1256.494 1308.454 0.964 37 Sans
S26 1502.967 1631.905 1486.513 1631.905 0.989 41 φ6
S27 1648.290 1824.939 1660.340 1862.957 1.007 41 φ8
AVG 1.014
STD 0.050
264
Dalle S2 Dalle S4
Charge KN Charge KN
1400 1294.8 1200
Angle Angle 37°
1049.2
1200 1219.5 37°
1000
972.1
1000
800
800
600
600
Modélisation L4
400
400
Modélisation L4 EXP
200 EXP 200
0 0
0 1 2 3 4 5 6 7 8 0 1 2 3 4 5 6 7 8
Déplacement (mm) Déplacement (mm)
Figure 6-8 Courbes Charges flèches de modélisations numériques des dalles : S2, S4, S14, S15, S26 et
S27
265
266
a) b)
Figure 6-9 Faciès de fissuration de la face inférieure de la dalle S27 : a) expérimental b) numérique
Figure 6-10 Profils de fissuration des dalles S14 et S15 issus des tests expérimentaux et des modélisations
avec différentes valeurs de l'angle de dilatation 𝝍
Dans la Figure 6-10, les profils de fissuration des dalles sciées S14 et S15 sont tracés. Bien
qu’il existe le même type de fissure (3D diagonale qui lie la zone de charge aux appuis), l’angle
d’inclinaison de la fissure expérimental demeure bien en deçà de la version numérique. Du point
267
de vue de la charge de rupture de la dalle S15 par exemple, l’angle de dilatation de 41° est le plus
adéquat. Cet angle correspond à un angle de la fissure d’environ 59°. Expérimentalement l’angle
de la fissure est uniquement de 39-40°. Un angle d’inclinaison réduit signifie que le nombre
d’épingles activé pour reprendre les contraintes de cisaillement est plus important permettant ainsi
une meilleure résistance au cisaillement. Cela fait défaut aux modèles numériques en comparaison
avec l’expérimental.
En modifiant l’angle de dilatation, l’angle d’inclinaison des fissures des différents modèles
ne semble pas varier beaucoup : en raison de la largeur des zones de fort endommagement, les
sensibles variations ne peuvent pas être interprétées.
L’endommagement est plus important des modèles numériques que dans les résultats
expérimentaux parce que lors de l’essai le chargement est arrêté quelques instants après l’atteinte
de la résistance maximale.
Figure 6-11 Contraintes 𝝈𝟏𝟏 au niveau des aciers longitudinaux, transversaux (dalle S27)
268
La rupture des dalles avec épingles par cisaillement suppose deux modes de ruine : soit par
écrasement des bielles de compression du béton, soit par traction excessive des armatures d’effort
tranchant. Il est admis que la plastification des armatures d’effort tranchant ne peut avoir lieu que
si la résistance à la compression des bielles n’a pas été atteinte ( Roux (Roux 2011b)). Par
conséquent, il est intéressant d’étudier les déformations dans les épingles pour identifier de manière
sans équivoque le mode de ruine qu’ont connu ces dalles :
Comme le montre la Figure 6-11 les contraintes normales des épingles situées près de la zone de
charge dépassent 500 MPa, ce qui traduit également leur plastification par traction excessive, de
ce fait la ruine ne se fait pas par l’écrasement des bielles de compression de béton mais bien par
plastification des aciers d’effort tranchant. Il est intéressant néanmoins de remarquer que les
déformations plastiques sont très localisées, elles n’ont eu lieu que dans un diamètre d’environ 60
cm du centre de la charge. Par conséquent, il serait judicieux de réduire les diamètres des épingles
situées au-delà de ce périmètre et/ou d’augmenter leur espacement.
269
270
200 190
Cisaillement Normalisé, VN
Cisaillement Normalisé, VN
190 180
180 170
170
160
160
150
150
140
140
130 130
120 120
110 110
100 100
-5 45 95 -5 45 95
a) Φ² (mm²) b) Φ² (mm²)
Figure 6-13 Cisaillement normalisé des dalles S2, S4, S5, S14, S15, S24, S25, S26 et S27 en fonction de
𝝓𝟐 : a) résultats de la campagne expérimentale b) résultats numériques
La Figure 6-13 b) montre que globalement, le modèle numérique respecte la relation
linéaire qui existe entre le taux d’épingles (à travers la section de ceux-ci) et la résistance au
cisaillement normalisée, sauf pour la dalle S4 (sans épingles) où la résistance au cisaillement est
sous-estimée par rapport à la réalité expérimentale. Par conséquent, le modèle numérique, tout
comme les codes analytiques et les résultats expérimentaux confirme que la résistance au
cisaillement est proportionnelle au taux d’épingles.
La Figure 6-14 illustre l’éventuelle existence de l’interaction entre les aciers longitudinaux
et les épingles :
271
200 200
Cisaillement normalisé VN
Cisaillement normalisé VN
190 Φ8 190
180 180 Φ8
170 170
Φ6 Φ6
160 160
150 150
140 140
130 130
120 S24 S25 120 S24 S25
110 S26 S27 110 S26 S27
100 100
0.9 1 1.1 1.2 0.9 1 1.1 1.2
a) Taux d'armatures longitudinales ρl b) Taux d'armatures longitudinales ρl
Figure 6-14 Cisaillement normalisé des dalles S24, S25, S26 et S27 en fonction de 𝝆𝒍 : a) résultats de la
campagne expérimentale b) résultats numériques
La Figure 6-14 a) et la Figure 6-14 b) sont très similaires, ce qui signifie que le modèle
numérique retranscrit fidèlement l’interaction entre les armatures longitudinales et les épingles. En
effet, le gain de cisaillement est d’environ 3% pour les dalles équipées d’épingles 𝜙6 lorsque le
taux d’armatures longitudinal est augmenté, tandis qu’il est de plus de 8% lorsque les dalles sont
renforcées avec des épingles de type 𝜙8. Ainsi l’effet bénéfique des épingles sur le mécanisme de
goujon est retrouvé dans le cadre de la modélisation avec ABAQUS Explicit.
Dans cette partie les résultats analytiques de l’EC2, l’ACI 318-14, le fib Model Code 2010
et numériques issus de la modélisation d’ABAQUS Explicit 6.12 sont comparés.
272
S2 632.92 1.18 708.44 1.05 531.02 1.41 691.83 1.08 1425.31 0.942
S4 541.31 1.19 621.38 1.03 466.67 1.38 594.97 1.08 1713.15 1.019
S5 713.11 1.08 749.44 1.03 561.33 1.37 801.73 0.96 1875.82 1.097
S14 777.67 1.18 839.10 1.09 670.69 1.36 764.58 1.20 1314.21 1.079
S24 758.72 1.16 880.10 1.00 700.99 1.26 746.44 1.18 1575.06 0.996
S26 858.70 1.06 883.55 1.03 703.54 1.29 883.33 1.03 1746.89 1.036
S15 932.13 1.13 1011.57 1.04 831.68 1.27 886.35 1.19 1308.45 0.964
S25 856.40 1.06 952.90 0.95 788.32 1.15 826.54 1.09 1631.91 0.989
S27 972.16 1.05 988.50 1.03 814.63 1.25 955.51 1.06 1862.96 1.007
Dans les résultats analytiques (Tableau 6-5), l’ANF présente les meilleurs résultats avec
une moyenne de 1.04 et un écart type de 0.03. Les autres méthodes de calcul sont plus conservatives
en particulier l’ACI 318-14 avec une moyenne de 1.31. Néanmoins, elles sont toutes considérées
valides avec un 5ème centile toujours supérieur à 0.85.
La modélisation numérique est clairement l’approche la plus pertinente avec une excellente
moyenne 𝐴𝑉𝐺 = 1.014, un écart type 𝑆𝑇𝐷 = 0.05, et puis un 5-ème centile de 0.95. Ces résultats
sont conditionnés par l’utilisation d’un angle de dilatation de 37° pour les dalles sans épingles et
de 41° pour les dalles avec épingles, sans quoi la moyenne chute à 0.93. En revanche, il est
nécessaire d’utiliser un coefficient de sécurité minimal de 1.1 pour garantir la sûreté d’un éventuel
dimensionnement. En effet, dans le modèle numérique près de 4 dalles sur 9 présentent un rapport
𝑉𝑒𝑥𝑝
< 1 (Figure 6-15). L’utilisation d’un modèle numérique basé sur l’approche CDP
𝑉𝑛𝑢𝑚
273
d’ABAQUS Explicit offre l’avantage d’une meilleure compréhension des résultats analytiques qui
ne permettent après tout que de prévoir la charge ultime (ou de service) que peut supporter ce type
de structures. Le modèle numérique, apporte une approximation des déplacements et des zones de
fort endommagement (fissuration) et leur évolution.
1.80
1.60
1.40
Vexp /Vcode
1.20
1.00
0.80
EXP ACI-318
0.60
EC2 ANF
0.40
MC 2010 ABAQUS Explicit
0.20
S2 S4 S5 S14 S24 S26 S15 S25 S27
Dalles
𝑽𝒆𝒙𝒑
Figure 6-15 Distribution des rapports 𝑽 suivant les codes numériques et analytiques
𝒄𝒐𝒅𝒆
Dans ce chapitre, sont présentés les résultats issus de la modélisation de 9 dalles dont 3 dalles sans
épingles, 3 dalles équipées d’épingles de diamètre Ø6 et dalles équipées d’épingles de diamètre
Ø8 ; en utilisant le modèle ABAQUS CDP. L’élément choisi pour la discrétisation du maillage du
béton, est le C3D8R. Les lois de comportement du béton sont basées sur le couplage de
l’endommagement et de la plasticité, dans le cadre du modèle CDP, avec une loi pour la traction et
une autre pour la compression.
Les aciers longitudinaux, transversaux et les épingles ont été modélisés sous la fonction « Wire »
d’ABAQUS et discrétisés à l’aide de l’élément B31 linéaire. La taille de la maille est de 20 mm
car cette dimension donne les résultats numériques les plus proches des résultats expérimentaux.
274
𝜎𝑏0
Les autres paramètres (angle de dilatation Ψ, excentricité ε, et 𝐾𝑐 ont été choisis sur la base
𝜎𝑐0
275
fissures de cisaillement. Pour ce qui est de l’influence des épingles, le modèle numérique retranscrit
fidèlement l’interaction entre les armatures longitudinales et les épingles.
Ainsi, le gain de 3 % pour les dalles équipées d’épingles de diamètre Ø6 lorsque l’on augmente le
taux d’armatures longitudinales et qui passe à 8 % pour les mêmes dalles équipées d’épingles de
diamètre Ø8, observé expérimentalement est retrouvé dans les simulations numériques.
La comparaison des résultats analytiques obtenus avec l’EC2, l’ACI 318-14, le Fib Model Code et
l’ABAQUS Explicit 6.12 montre que l’ANF et le CDP ABAQUS Explicit donnent tous deux de
bons résultats ; la meilleure moyenne du rapport « Effort tranchant expérimental/ Effort tranchant
numérique » (1,014) étant obtenue avec le CDP et le meilleur écart-type (0,03) avec l’ANF.
Le modèle CDP d’ABAQUS Explicit offre l’avantage de pouvoir prévoir la charge ultime et
l’effort tranchant que peut supporter une structure avec une très bonne approximation, ce qui reste
le principal objectif d’un modèle de simulation du comportement de structures en béton armé.
276
En raison de l’occurrence élevée d’événements en liaison avec des sollicitations d’effort tranchant
et de leur dangerosité, le cisaillement des éléments en béton armé a plutôt bien été documenté
depuis le début des années soixante (effondrement de l’entrepôt d’Air Force aux USA).
Rapidement, il a été démontré à travers diverses campagnes expérimentales que les principaux
paramètres qui définissent le cisaillement sont :
• La résistance caractéristique du béton en compression auquel le cisaillement est très
sensible pour des valeurs inférieures à 20 MPa.
• Le taux d’armatures longitudinales à travers le mécanisme de goujon ([Link]).
• Les armatures d’effort tranchant.
𝑎
• Le rapport 𝑑 ou élancement du spécimen où interviennent successivement les mécanismes
277
granulats, résistance propre du béton, transfert de la traction résiduelle à travers les fissures…),
mais également les possibles interactions qui peuvent exister entre ces actions ([Link]).
C’est au niveau de ce point spécifique qu’intervient la problématique de cette thèse dans la mesure
où il y a consensus sur le calcul au cisaillement des codes analytiques comme l’EC2 et son annexe
française ou l’ACI 318-14 : la valeur de la résistance au cisaillement conférée par ces éléments est
simplement superposée à celle du béton seul ce qui ne correspond pas à la bibliographie actuelle
(2.8.4) qui admet l’effet bénéfique des épingles sur des mécanismes comme l’engrènement des
granulats et le mécanisme de goujon.
Les armatures d’effort tranchant améliorent le confinement du béton. Cette propriété est d’ailleurs
indissociable du rôle des fissures qui transmettent les contraintes de cisaillement. Elle accroît par
cette occasion l’effet de goujon des armatures longitudinales et granulats.
Concernant l’étude des dalles, les travaux récents de Lantsoght (Lantsoght et al. 2014) se
distinguent. En effet, l’auteur de plusieurs textes scientifiques a mis en évidence les singularités
des dalles en comparaison avec les poutres, notamment l’existence d’une redistribution transversale
de la charge concentrée à proximité de l’appui (2.5.1). Elle a également discuté le concept de la
largeur efficace puisqu’elle varie selon les approches (française, néerlandaise, fib MC 2010).
L’effort normal en combinaison avec le cisaillement a été peu abordé dans la littérature.
Néanmoins, il y a consensus sur l’effet positif de la compression sur la résistance au cisaillement
des dalles et celle négative de la traction. Pour ce qui est des épingles, l’effet bénéfique des épingles
est mentionné pour les dalles soumises) un effort de compression mais les avis concernant la
traction divergeaient.
En s’armant des résultats de la littérature, la campagne expérimentale a été menée. Les trente dalles
ont été proprement équipées pour obtenir les informations nécessaires à l’interprétation (jauges de
déformation au niveau du ferraillage, positionnement de capteurs déplacement, dispositif
d’application de compression ou de traction etc…).
A la fin des tests, le mode caractéristique de rupture en cisaillement a été clairement établi avec 3
types de fissures caractéristiques retrouvées dans toutes dalles, dont il faut distinguer en particulier
la fissure de rupture en 3D seulement visible pour les dalles qui ont été sciées. Il a également été
prouvé qu’un effort normal de traction augmente la verticalité des fissures diagonales augmentant
ainsi l’angle d’inclinaison par rapport à l’horizontale. Par ailleurs, l’ajout d’épingles (1934.7).
278
L’étude des résultats s’est axée sur l’analyse de la variation des paramètres que sont le taux
d’armatures longitudinales, le taux d’épingles, le diamètre maximal des granulats et l’effort normal.
Les dalles ont par ailleurs été conçues de manière à isoler l’influence de chacun de ces facteurs
(3.1).
Les courbes charge-déplacements (dalles de la série I) et charge-déformations ont non seulement
permis d’illustrer le gain de cisaillement obtenu grâce à l’ajout d’épingles (Φ6 ou Φ8) mais elles
ont également montré leur pourcentage d’effort ultime auquel la reprise de charge a lieu. D’autre
part, ces courbes mettent en évidence l’influence méliorative des aciers d’effort tranchant sur la
ductilité des dalles et le comportement post-pic (4.3.2).
La variation du taux d’armatures longitudinaux (série II) affecte la résistance ultime au
cisaillement. Cela a clairement été démontré dans la littérature et dans l’étude de Serge Nana sur
les dalles sans épingles. En revanche, observer un gain de cisaillement plus important lorsque le
taux d’épingles est élevé n’a pas été mis en évidence dans la littérature et prouve que contrairement
à certains énoncés scientifiques ([Link]), cette influence n’est pas négligeable et mérite d’être mise
en évidence (4.9.4).
Cependant, l’interaction des épingles avec la traction (série III) est moins évidente, si dans ses
essais Collins (Bhide and Collins 1989b) démontre que les épingles réduisent l’effet de la traction
sur la résistance au cisaillement, tandis que l’effet inverse est relevé dans le cas de la campagne
expérimentale.
Pour cette raison il est possible d’avancer que l’interaction des paramètres est du moins négligeable
(2.2.1).
Dans le cas de la compression, en revanche l’interaction est bien réelle avec de nouveau un effet
amplificateur des épingles. Les dalles contenant des armatures d’effort tranchant observent un
meilleur gain de cisaillement lors de l’application d’un effort normal de compression (4.8). Il
s’avère ainsi que le comportement des structures en béton armé avec épingles n’est pas symétrique
que l’on se positionne du côté d’un effort normal de compression ou de traction.
Dans la série IV, il a été démontré que contrairement au cas des dalles sans épingles, augmenter le
diamètre des granulats n’a aucun impact sur la résistance au cisaillement des dalles avec épingles.
Les aciers d’effort tranchant se substituent au squelette granulaire dans le contrôle et la
réorientation des fissures (4.8).
279
280
et comment ils sont appréhendés dans chaque cas. Néanmoins, il est primordial de reconnaître les
points de perspective et de développement de la thèse.
7.2 Perspectives
Ci-dessous quelques points qui peuvent être sujet au développement en ce qui concerne
l’étude du comportement des dalles avec armatures d’effort tranchant (épingles) soumises au
cisaillement :
• Varier l’angle d’inclinaison des épingles, leur espacement et leur positionnement
pour analyser expérimentalement, la sensibilité des spécimens aux chemins de
fissuration.
• Multiplier les tests similaires dans cette même perspective afin de réaliser une étude
statistique et d’établir un intervalle de confiance, sans quoi la validité d’un essai est
plus difficilement confirmable.
• Modéliser une chute d’objet lourd sur la dalle pour se rapprocher de l’incident de la
centrale de Paluel et comprendre le comportement dynamique des dalles épaisses
sous sollicitation de cisaillement.
• Introduire un modèle discret permettrait de reproduire de manière plus conforme le
cisaillement. Ors et al (Ors, Okail, and Zaher 2016) dans une modélisation du
comportement des poutres avec épingles soumises au cisaillement obtient des
résultats pertinents (charge ultime, rigidité, ductilité…) en mixant le modèle CSC
(concrete smeared crack) et l’approche discrète impliquant la représentation
physique de la fissure de rupture. L’ombre dans le tableau est sans doute l’obligation
d’utiliser un schéma implicite qui s’avère excessivement lourd en temps
computationnel et en mémoire de calcul.
• Etudier des spécimens contenant d’autres types d’armatures d’effort tranchant y
compris les fibres métalliques qui représentent un réel potentiel de développement
du génie civil, en témoignent la diversité des travaux scientifiques récents qui
s’intéressent au sujet.
• Un modèle numérique robuste pour les cas de cisaillement couplé/effet de charge
axiale devrait être proposé. Sur la base de ce modèle numérique, de nombreuses
simulations peuvent être réalisées. Ces résultats numériques pourraient être
281
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