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Théorie générale de l'État et de la Nation

Le document traite de la définition de l'État et de ses éléments constitutifs selon différents auteurs. Maurice Haurion définit l'État comme une nation où un gouvernement central a créé une chose publique. Olivier Duhamel identifie les trois éléments constitutifs de l'État que sont un territoire, une population et un pouvoir de contrainte, ce dernier étant l'élément décisif.

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Théorie générale de l'État et de la Nation

Le document traite de la définition de l'État et de ses éléments constitutifs selon différents auteurs. Maurice Haurion définit l'État comme une nation où un gouvernement central a créé une chose publique. Olivier Duhamel identifie les trois éléments constitutifs de l'État que sont un territoire, une population et un pouvoir de contrainte, ce dernier étant l'élément décisif.

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INSTITUT UNIVERSITAIRE D’ABIDJAN

FACULTE DES SCIENCES JURIDIQUES ET POLITIQUE


DEPARTEMENT DE SCIENCE POLITIQUE ANNEE 2022-2023
___________________
FICHE DE TD DE THEORIE GENERALE
DU DROIT CONSTITUTIONNEL

CHARGE DE COURS/TD : Dr CHERIF

SEANCE N° 1 : L’ETAT

EXERCICE :

Trouver dans les documents ci-dessous les réponses aux questions suivantes en mentionnant le nom de l’auteur
et la source.

1. L’élément décisif des trois éléments constitutifs de l’Etat


2. La ou les définitions de l’Etat
3. La définition de la Nation
4. La définition de l’Etat régional
5. Qu’est-ce que la confédération ?

DOCUMENTS A LIRE :

Document n° 1 : Maurice HAURIOU, Précis de droit constitutionnel, Sirey, 1929, p. 85-97 (extraits).

Il y a dans l’État un principe d’unité. Encore faut-il le bien connaître. Est-ce la domination d’un même pouvoir
sur tous les sujets et sur les organes ? Est-ce, au contraire, le consentement volontaire de tous les sujets et de
tous les organes à un même état de choses ? Est-ce une combinaison de domination de pouvoir et de
consentement, de telle sorte que l’État soit à moitié coercitif et à moitié volontaire ? Mais, dans ce dernier cas,
l’État est-il plus coercitif que volontaire ou plus volontaire que coercitif ?
Nous allons nous efforcer de répondre à ce questionnaire. Mais nous ne procéderons pas au hasard. Il ne s’agira
pas de n’importe quel État, mais de l’État conforme au type classique. J’appelle ainsi celui qui est la conclusion
du développement historique d’une nation, qui a été une nation avant d’être un État, et qui, sous la forme État,
ne cesse pas d’être une nation. Pour plus de sûreté, je le définirai de la façon suivante : c’est une nation dans
laquelle un gouvernement central a fait l’entreprise d’une chose publique, d’une res publica au sens latin du
mot. Ainsi, dans les nations antiques, le gouvernement central a créé la cité avec la chose publique ; ainsi, dans
les nations modernes, le gouvernement central est venu créer l’État avec toute sa chose publique.
Rappelons également, avant d’aller plus loin, que les nations sont unanimement considérées comme des unités
spirituelles, fondées à la fois sur des affinités mentales, sur des habitudes communes, sur la volonté de vivre
ensemble, et que, finalement, elles prennent la figure d’unités consensuelles. Bref, nous sommes en présence de
trois éléments très différents, déposés ensemble dans le berceau de l’État : le pouvoir du gouvernement central
ou puissance publique, élément de coercition ; l’unité spirituelle de la nation, élément consensuel ; l’entreprise
de la chose publique, élément idéal, propre à polariser les consentements, aussi bien des organes du
gouvernement que des membres de la nation.
Ces trois éléments sont tellement importants qu’ils constituent l’équilibre fondamental de l’État, celui d’où
résultent à la fois la qualité de son gouvernement, la qualité de la liberté dont il fait jouir ses sujets, la qualité
des buts qu’il poursuit. Et la valeur de cet équilibre sera elle-même rendue saisissante par le fait que chacun de
ces éléments peut être projeté en une forme de la souveraineté. A certains égards, la souveraineté de l’État est
une ; nous ne chercherons pas à savoir ici si elle est absolue ou relative, si elle est ou non affranchie du droit ;
nous la croyons plutôt relative et soumise au droit ; nous ne voyons pas pourquoi une souveraineté ne serait pas
relative aussi bien qu’une liberté. Mais là n’est pas, pour le moment, la question. Elle est de savoir si la
souveraineté ne peut pas être à la fois une et complexe ; une dans de certaines circonstances, lorsque ses formes
diverses convergent en une même action ; complexe et décomposable en plusieurs formes, lorsqu’il s’agit
d’analyser sa nature intime […].

1
Sans doute, l’institution de l’État peut être fondée en outre sur des lois, et, dans les pays à constitution écrite,
elle l’est certainement sur les lois constitutionnelles. Mais, de même que des institutions constitutionnelles ont
existé en tant que coutumières, avant d’exister en vertu de constitutions écrites, de même l’État a existé comme
coutumier avant d’être consacré par les constitutions écrites. Même quand il possède une constitution écrite et
tout un ordonnancement de lois organiques, l’État n’a-t-il pas encore besoin d’un consentement coutumier lui
constituant une sorte de tréfonds juridique ? J’ai peine à croire qu’il puisse s’en passer. Les constitutions
formelles, les lois écrites, sont des actes juridiques qui ne vivent que dans l’actuel. Combien de temps une
constitution écrite reste-t-elle en vigueur et combien de temps dure une loi sur le mode de scrutin pour l’élection
des députés ? Serait-il admissible que l’existence juridique de l’État ne fût consacrée que d’une façon aussi
momentanée et aussi discontinue ? Il faut donc convenir que les lois écrites et les lois organiques règlent d’une
façon actuelle certains éléments de l’État, certaines organisations et certaines procédures, mais que l’institution
de l’État, envisagée dans ses réalités profondes et dans ses équilibres fondamentaux, continue d’être consacrée
juridiquement par un consentement coutumier, dans lequel baignent constitutions et lois organiques. D’ailleurs,
les objets de ce consentement coutumier apparaissent sous le nom de principes constitutionnels. Il est rare que
les principes soient consacrés par les constitutions et par les lois et il est certain qu’ils dominent constitutions et
lois. Cela apparaît nettement dans les pays à contrôle juridictionnel de la constitutionnalité des lois. Ce n’est pas
au nom de la lettre de la constitution que les déclarations d’inconstitutionnalité sont prononcées ; pratiquement,
c’est presque toujours au nom des principes dominant la constitution, et qui constituent une véritable légitimité
constitutionnelle. C’est à ces principes fondamentaux, et non pas aux détails d’organisation, que s’attache le
consentement coutumier des sujets […].

Document n° 2 : Olivier DUHAMEL, Droit constitutionnel, Seuil, coll. « Essais », t. II, Les démocraties, 3e
édition, 2000, p. 16-18.

La définition de l’État

L’État est caractérisé par trois éléments constitutifs qui permettent de reconnaître son existence : un territoire,
une population, un pouvoir de contrainte.
Le droit de contraindre est l’élément décisif, le privilège suprême de l’État, sa marque. L’État a seul le pouvoir
de fixer des règles de comportement et d’en imposer légitimement le respect – privilège que l’on baptise
traditionnellement « souveraineté ». Le grand sociologue allemand Max Weber a ainsi défini l’État comme
l’institution qui revendique avec succès pour son propre compte le « monopole de la violence physique légitime
». Cela ne signifie évidemment pas que l’État exerce quotidiennement la violence à l’encontre de ses
administrés, mais qu’il peut toujours le faire, dans les conditions par lui prescrites, pour imposer le respect des
règles collectives ou sanctionner leur violation. L’État détient ainsi un double pouvoir, normatif et coercitif, ou,
si l’on préfère, il détient un vrai pouvoir normatif, c’est-à-dire le pouvoir d’edicter des règles de droit et de
punir ceux qui ne les respectent pas. Si des entités infra-étatiques peuvent posséder un pouvoir normatif, si des
personnes physiques et/ou morales peuvent édicter des règles de droit qui les lient, elles ne le font que de façon
subordonnée, c’est-à-dire dans le respect des règles fixées par l’État, dans l’exacte mesure où l’État consent à ce
qu’elles les édictent, et elles ne peuvent recourir elles-mêmes à la force mais doivent s’adresser à l’État pour
imposer l’application des règles dont elles étaient convenues ou la sanction de leur irrespect. Si une entité supra-
étatique se développe, soit qu’elle procède des seuls transferts consentis et révocables par les États qui y
participent, soit elle ébauche un nouvel État.
La population est la deuxième composante de l’État. L’ordre normatif évoqué ci-dessus régit une communauté
d’hommes. Le point commun entre l’ensemble limité que sont les êtres humains ressortissants d’un État peut
fort bien n’être que la soumission à ce pouvoir normatif, par-delà la diversité culturelle, linguistique, ethnique,
nationale. Nation et État ne coïncident pas nécessairement. Une nation peut préexister à l’État, les Allemands le
savent bien. Un État peut préexister à une nation, les Français le savent bien. Une même nation peut être divisée
en deux États, comme le fut de l’après-guerre à 1990 la nation allemande ou comme l’est encore la nation
coréenne. Un même État peut regrouper différentes nations, comme le firent les empires ottoman, austro-
hongrois, soviétique, comme le font encore la Fédération russe, le Canada, la Suisse ou l’Espagne. En France,
puisque l’État y fit la nation et craignit que les nations ne le défissent, la tendance dominante fut longtemps
d’identifier État et nation. Ce franco-centrisme est explicable, pas justifiable.
Le territoire est la troisième et dernière condition d’existence de l’État. La naissance de l’État va de pair avec la
sédentarisation, l’avènement de frontières et l’apparition de la cartographie. Le territoire peut être minuscule,
comme celui du Lieschtenstein ou d’Andorre. Il peut être discontinu, comme entre la France métropolitaine et
les départements et territoires d’outre-mer, ou comme le Pakistan avant la sécession du Bangladesh en 1971, les
Etats-Unis avec l’Alaska et Hawaï. Il peut être amputé, comme lors de la constitution de nouveaux États. Mais
il doit être pour que l’État soit.

2
Document n° 3 : Adénar ESMEIN, Éléments de droit constitutionnel français et comparé, Sirey, 1914, p. 1-
9 (extraits)

L’État est la personnification juridique d’une nation : c’est le sujet et le support de l’autorité publique. Ce qui
constitue en droit une nation, c’est l’existence, dans cette société d’hommes, d’une autorité supérieure aux
volontés individuelles. Cette autorité, qui naturellement ne reconnaît point de puissance supérieure ou
concurrente quant aux rapports qu’elle régit, s’appelle la souveraineté. Elle a deux faces : la souveraineté
intérieure, ou le droit de commander à tous les citoyens composant la nation, et même à tous ceux qui résident
sur le territoire national ; la souveraineté extérieure, ou le droit de représenter la nation et de l’engager dans ses
rapports avec les autres nations.
Le fondement même du droit public consiste en ce qu’il donne à la souveraineté, en dehors et au-dessus des
personnes qui l’exercent à tel ou tel moment, un sujet ou titulaire idéal et permanent, qui personnifie la nation
entière : cette personne morale, c’est l’État, qui se confond ainsi avec la souveraineté, celle-ci étant sa qualité
essentielle. Mais cette abstraction puissante et féconde est un produit lentement dégagé de la civilisation :
souvent et longtemps les hommes ont confondu la souveraineté avec le chef ou l’assemblée qui l’exerçait.
Cependant l’antiquité classique s’était élevée déjà la véritable conception de l’État ; les Romains en particulier,
grâce peut-être au génie juridique qui les distingue, semblent l’avoir dégagée de très bonne heure et presque
d’instinct. Mais dans la décomposition lente, qui produisit la société féodale, cette idée disparut, subit une
longue éclipse, et c’est par une nouvelle élaboration qu’elle a repris sa place dans le droit moderne.
L’État est aussi la traduction juridique de l’idée de patrie : il résume tous les devoirs et tous les droits qui s’y
rattachent. On ne saurait même établir autrement un rapport direct et précis entre le citoyen et sa patrie, sauf
dans une monarchie absolue, où la patrie s’incarne et s’absorbe en quelque sorte dans le monarque. L’État
suppose nécessairement un territoire déterminé dans les limites duquel il exerce son autorité, à l’exclusion de
toute autre, sur les personnes et sur les choses […]. De cette conception découlent deux conséquences
capitales :
1° L’autorité publique, la souveraineté, ne doit jamais être exercée que dans l’intérêt de tous : c’est ce qu’on
atteste en lui donnant pour sujet une personne fictive, distincte de tous les individus qui composent la nation,
distincte des magistrats et des chefs aussi bien que des simples citoyens.
2° L’État, de sa nature, est perpétuel et son existence juridique n’admet aucune discontinuité. Personnifiant la
nation, il est destiné à durer autant que la nation elle-même. Sans doute la forme de l’État, les personnes réelles
en qui la souveraineté s’incarne momentanément, peuvent changer avec le temps et par l’effet des révolutions.
Mais cela n’altère pas l’essence même de l’État, cela ne rompt pas la continuité de son existence, pas plus que la
vie nationale ne se fractionne ou ne s’interrompt par le renouvellement des générations successives. De cette
perpétuité découlent un certain nombre de conséquences secondaires.
a) Les traités qui ont été conclus avec les puissances étrangères au nom de l’État, alors que celui-ci avait
une certaine forme, demeurent valables et obligatoires, malgré les changements de forme qui peuvent l’affecter
dans la suite.
b) Les lois, régulièrement édictées et promulguées au nom de l’État, sous une forme d’État déterminée,
restent en vigueur, alors même que cette forme d’État vient à changer, à moins qu’elles ne soient abrogées ou
qu’elles soient inconciliables avec les lois nouvelles, ce qui équivaut à une abrogation. C’est ainsi qu’on
applique encore aujourd’hui en France certaines lois qui datent de l’ancien régime.
c) Les obligations pécuniaires, contractées au nom de l’État, subsistent et restent obligatoires, alors même
que disparaît la forme d’État sous laquelle elles ont été contractées.
Mais si l’État persiste ainsi, perpétuel et immuable, identique toujours à lui-même, tant que subsiste la nation, la
forme de l’État, comme je viens de le dire, peut changer au contraire. Que faut-il entendre par là ? L’État, sujet
et titulaire de la souveraineté, n’étant qu’une personne morale, une fiction juridique, il faut que la souveraineté
soit exercée en son nom par des personnes physiques, une ou plusieurs, qui veuillent et agissent pour lui. Il est
naturel et nécessaire que la souveraineté, à côté de son titulaire perpétuel et fictif, ait un autre titulaire actuel et
agissant, en qui résidera nécessairement le libre exercice de cette souveraineté. C’est celui-là que l’on appelle
proprement le souverain en droit constitutionnel et déterminer quel est le souverain, ainsi compris, c’est
déterminer la forme de l’État […].

3
Document n° 3 : Frédéric ROUVILLOIS, Droit constitutionnel. 1. Fondements et pratiques, 2e éd., 2005, p.
53-78 (extraits)

Section III. La forme de l'État

Plus décisive est la question de la structure, ou encore de la forme de l'État. À cet égard, on peut noter pour
commencer que les États se répartissent en deux catégories : les États unitaires, et les États composés ou
fédératifs. Deux catégories, et deux seulement : les multiples variantes que l'on rencontre en droit positif
s'avèrent au fond toujours susceptibles de rentrer dans l'une ou dans l'autre.

Sous-section 1. L'État unitaire

« Au regard de la technique constitutionnelle, observait Georges Burdeau, cette forme d'État présente l'avantage
de la simplicité, et c'est bien pourquoi, chez les publicistes, l'État unitaire est le prototype de l'État. » Mais cet
auteur le considérait déjà, il y a un demi-siècle, comme un prototype menacé, dont il jugeait le déclin possible,
et d'ailleurs souhaitable. L'évolution contemporaine lui a partiellement donné raison.

A. Un prototype ?

L'État unitaire est « celui qui, sur son territoire et pour la population qui y vit, ne comporte qu'une seule
organisation politique et juridique (…) dotée, et elle seule, de la plénitude de sa souveraineté ». Comme le
précise un auteur, il s'agit d'un État où « la loi est la même pour tous. La volonté politique s'y exprime d'une
seule et même voix. Elle s'impose à tous : individus ou groupes ou collectivités politiques ». Ces éléments de
définition suscitent un certain nombre de questions, car cet État unitaire est susceptible d'être organisé suivant
des modalités distinctes : il pourra être centralisé, ou décentralisé.

1. L'État centralisé

L'État est dit centralisé lorsque le gouvernement central dispose de façon exclusive de l'autorité politique, au
détriment des collectivités locales. Le pouvoir est alors monopolisé par le centre, et « partout où s'exerce la
puissance publique, c'est au nom de l'État et sous son autorité. » [...]

2. L'État décentralisé

Tout autre est le schéma de la décentralisation, puisque, dans ce cas, ce ne sera plus « le même marteau ». Une
activité est décentralisée « si c'est une multitude d'organes non centraux qui en ont la maîtrise, c'est-à-dire (qui)
décident en fin de compte quelles normes seront édictées, chacun pour une fraction distincte de la collectivité » :
en son nom, et non plus au nom de l'État.
La décentralisation territoriale, contrairement à la déconcentration, ne se situe donc plus dans le cadre de l'État –
personne morale. Elle implique l'existence, à côté de celui-ci, de collectivités territoriales également dotées de la
personnalité morale, et bénéficiant par rapport à lui d'une relative autonomie. […]
Toutefois, cette autonomie qui caractérise la décentralisation est forcément relative et limitée. « La
décentralisation, observait Georges Burdeau, est un régime de liberté surveillée. » Elle se situe en effet, on ne
saurait l'oublier, dans le cadre de l'État unitaire. Or, celui-ci ne peut admettre le développement en son sein de
petits « États dans l'État », libres de leurs décisions, de leurs mouvements, de leurs relations internationales, et
susceptibles le cas échéant de s'opposer à l'intérêt général de l'ensemble. Il est donc inévitable que l'État central
se réserve un droit de regard, plus ou moins rigoureux, que l'on qualifie juridiquement de tutelle, sur les
décisions prises par les collectivités décentralisées.
C'est à ce niveau que vont apparaître les variations les plus notables, la décentralisation étant susceptible de
degrés et de gradations – suivant l'intensité du contrôle exercé par l'État. […] Au-delà encore, on rencontre un
cas qui tend à devenir de plus en plus fréquent, où la décentralisation atteint un degré extrême – au point qu'on
en vient à se demander s'il s'agit toujours de décentralisation, et si l'on se situe encore dans le cadre classique de
l'État unitaire. C'est à ce propos que l'on peut s'interroger sur le déclin annoncé de ce modèle.

4
B. Un prototype menacé

1. La question de l’«État régional »

Ce qu'on appelle désormais communément l'« État régional » manifeste en effet une décentralisation poussée à
son paroxysme, et suscite une certaine perplexité : s'agit-il d'un État unitaire, ou d'une forme nouvelle d'État,
d'une forme transitoire, assimilable à une quasifédération ?
[…] c'est à partir de la Constitution italienne du 27 décembre 1947 que l'« État régional » a pu être
conceptualisé : celle-ci dispose en effet dans son article 5 que « la République, une et indivisible, reconnaît et
favorise les autonomies locales ; réalise dans les services qui dépendent de l'État la plus ample décentralisation
administrative ; adapte les principes et les méthodes de sa législation aux nécessités de l'autonomie et de la
décentralisation ». Ainsi, tout en conservant formellement le principe d'un État unitaire, la Constitution de 1947
promeut les autonomies locales, reconnaissant aux (dix-neuf) régions le caractère d'« organismes autonomes
ayant des pouvoirs particuliers et des fonctions particulières selon les principes fixés par la Constitution » (art.
115). Dans certaines matières énumérées par le texte constitutionnel, et « dans les limites des principes
fondamentaux fixés par les lois de l'État », les régions établissent en particulier des règles « législatives », « à
condition que ces mêmes règles ne soient pas en opposition avec l'intérêt national et avec celui d'autres régions
». […]
Depuis quelques décennies, cette tendance s'est répandue dans toute l'Europe, en particulier dans la Constitution
espagnole du 27 décembre 1978, ou dans le cadre britannique, avec la dévolution des pouvoirs en Écosse et au
pays de Galles en 1997, puis avec le nouveau statut de l'Irlande du Nord en 1998…

Sous-section 2. L'État composé

Avant d'évoquer plus précisément l'État composé, qui de nos jours se confond à peu près avec l'État fédéral, il
faut s'arrêter brièvement sur deux points : la question de la confédération, et celle des « unions d'États ».
Malgré sa dénomination, la confédération ne constitue pas, en principe, un État composé, mais un ensemble
d'États, qui conservent leur nature et leur souveraineté, et dont, par suite, « les relations restent d'ordre
international, parce qu'il n'est créé aucun organisme politique qui soit un super-État » par-dessus ces différentes
composantes.
Ce mode de relations, assez courant dans l'Antiquité, est précisément celui qu'adoptent, en 1778, les treize États
américains qui viennent de proclamer leur indépendance, et qui, comme tels, se montrent jaloux de leur
souveraineté fraîchement acquise. Mais cette organisation « confédérale » ne durera que peu de temps, s'avérant
bientôt insuffisante et inefficace : c'est pour y mettre bon ordre que la Constitution de 1787 établira un système
fédéral. C'est également ainsi que s'organisent les cantons suisses, du XIV e siècle à 1848, date à laquelle la «
Confédération suisse » va adopter, elle aussi, une Constitution fédérale.
Même si elle se situe dans l'ordre international, la confédération instaure entre ses membres une relation
relativement étroite, qui se manifeste par la création d'organes communs, réunissant des représentants des
différents États. Ces organes, permanents ou siégeant périodiquement, sont chargés de traiter des affaires
communes expressément prévues par le traité créant la confédération ; cependant, ils ne peuvent en principe
prendre de décisions qu'à l'unanimité (chaque État membre conservant ainsi un droit de veto), et ils ne forment
donc pas un nouvel État souverain, distinct des confédérés – lesquels peuvent à tout instant sortir de la
confédération. Cette dernière apparaît ainsi comme une structure assez incertaine, et plutôt fragile. Il s'agit
souvent d'une forme de transition, préalable à un retour à l'indépendance complète des États membres ou, au
contraire, à l'accession à une structure fédérale. Telle est du reste la question posée par l'évolution actuelle de
l'Union européenne, initialement confédérale, mais qui, de plus en plus vite, tend à se rapprocher du modèle
fédéral.
Si la confédération n'est pas un État composé, appartiennent en revanche à cette catégorie les « unions d'États
» : unions « personnelles », quand deux États sont unis par la personne de leur monarque (comme l'Angleterre et
le royaume de Hanovre de 1714 à 1837), ou unions « réelles », lorsque deux États sont réunis non seulement par
le même chef, mais par un gouvernement et un appareil étatique partiellement communs (par exemple, l'union
entre l'empire d'Autriche et le royaume de Hongrie de 1865 à 1918). Mais ces États composés constituent des
formes archaïques, désormais à peu près disparues. De nos jours, les fédérations restent le seul exemple

5
significatif d'État composé. Un exemple qui suscite d'ailleurs d'innombrables difficultés, tant pratiques que
théoriques.

A. Modalités d'organisation

Par définition, un système fédéral apparaît plus complexe qu'un État unitaire, dans la mesure où il associe des
collectivités étatiques distinctes, qui vont former en quelque sorte le premier étage de la fédération, avant de
leur superposer un second étage : l'État fédéral, situé au-dessus des États fédérés. C'est ainsi que les États-Unis
comptent cinquante États fédérés, réunis dans et dominés par un État fédéral.
La fédération se caractérise toujours par cette superposition d'ordres juridiques et institutionnels : ceux des
différents États fédérés, et celui de l'État fédéral, qui recouvre l'ensemble du territoire et s'impose à la
population des différents États fédérés. La particularité du système vient de ce que chacun des États fédérés
demeure en théorie un véritable État, avec sa constitution propre, son organisation politique, sa capitale, son
drapeau, et même sa nationalité spécifique, chaque citoyen bénéficiant ainsi d'une double nationalité, celle de
l'État fédéré où il réside, et celle de la fédération. La seule différence, mais elle est essentielle, entre un État
fédéré et un État unitaire « classique » vient de ce que le premier ne dispose pas de la plénitude de la
souveraineté, qui se trouve divisée, ou répartie, entre lui et la fédération.
En l'occurrence, la question cruciale est donc celle des rapports entre les deux étages, entre les États fédérés et
la fédération, et naturellement, celle de leur équilibre. Il faut en effet, pour que le système fédéral soit efficace et
viable, que les institutions de la fédération puissent prendre un certain nombre de décisions importantes sans
être constamment entravées par l'opposition d'un ou de plusieurs États fédérés. Telle fut même la raison pour
laquelle les treize premiers États américains renoncèrent à une organisation confédérale pour adopter, en 1787,
un système fédéral. Mais à l'inverse, il faut également que les États fédérés conservent un certain pouvoir, et un
droit de contrôle sur l'État fédéral – sans quoi celui-ci prendrait inévitablement le dessus : il ne s'agirait plus
d'une véritable fédération, mais d'un nouvel État unitaire.
Pour parvenir à perpétuer cet équilibre, les constitutions fédérales proposent d'ordinaire deux séries de moyens
cumulatifs : l'organisation de la répartition des compétences entre la fédération et les États fédérés ; et la
possibilité, garantie à ces derniers, de participer à l'exercice du pouvoir fédéral…

2. Les difficultés théoriques

C'est parce que la souveraineté ne parvient pas à se scinder que surgissent les difficultés pratiques que l'on vient
d'évoquer. Mais cette division de la souveraineté suscite également de graves difficultés d'ordre théorique. « La
constitution d'un pays fédéré, constatait Léon Duguit, est en elle-même contradictoire ; elle impose sur le même
territoire et aux mêmes hommes deux autorités souveraines ; or, par définition même, la souveraineté politique
ne peut être limitée par une autre souveraineté ; la conception de l'État mi-souverain imaginée par les juristes
n'est qu'une hypothèse commode. Dans deux souverainetés rivales, l'une absorbera l'autre fatalement (…). La
loi est générale. » Si, en effet, on définit l'État par sa souveraineté, et celle-ci, par sa suprématie et son
indivisibilité, comment admettre que les deux niveaux du système fédéral constituent des États au sens propre ?
En fait, on peut imaginer plusieurs réponses.
Première réponse : on conserve la souveraineté comme critère de l'État. Mais cela signifie alors que l'un des
deux éléments du système, n'étant pas souverain, n'est pas réellement un État – celui-ci pouvant être l'étage
supérieur (comme c'est encore le cas de l'Union européenne), ou à l'inverse, le niveau inférieur, qui ne forme
plus, malgré le nom et les apparences, qu'une collectivité non souveraine, infra-étatique, à l'intérieur d'un État
devenu unitaire. Les cantons suisses, par exemple, sont considérés par la doctrine helvétique comme des «
quasi-États » : tout se passe comme s'ils étaient « des États à part entière », à cette différence près que leur «
autonomie est relative, c'est-à-dire qu'elle ne peut se déployer que dans le cadre tracé par l'État central (…).
L'ensemble des attributions des États fédérés et la manière dont ils en font usage sont soumis aux exigences
d'une ordre juridique supérieur ». En d'autres termes, les États fédérés « ne sont pas souverains » : ils ne sont
donc pas véritablement des États. Plus généralement, on doit en conclure que seuls des États unitaires peuvent
exister.
Seconde réponse possible : la notion de la souveraineté comme critère essentiel de définition de l'État est
abandonnée. On peut alors concevoir sans difficulté l'idée d'une fédération, combinant un État fédéral et des
États fédérés. Mais en ce cas, malheureusement, on ne sait plus trop, faute d'un critère fiable, ce que c'est qu'un

6
État, de même qu'on ne peut plus distinguer l'État fédéral de l'État « régional » ou de l'État unitaire
décentralisé.
C'est pourquoi la solution la plus satisfaisante sur un plan théorique est peut-être celle qu'évoquaient Léon
Duguit ou Carl Schmitt. Celle-ci présente l'intérêt d'envisager le problème non plus sur un mode statique,
comme les précédentes, mais de manière dynamique. L'État fédéral, explique Schmitt, est fondé sur des
antinomies, des contradictions logiques et politiques : et en premier lieu, sur l'irréductible contradiction entre
la souveraineté des États et celle de la fédération. Ce que souligne Schmitt, c'est, précisément, que le système
fédéral se caractérise par le fait que la question de la souveraineté n'a pas encore été résolue, qu'elle « reste
toujours pendante entre fédération et États membres », et que la fédération n'existe qu'aussi longtemps qu'elle
demeure posée. Lorsqu'elle ne se pose plus, parce qu'elle a été tranchée irrévocablement dans un sens ou dans
l'autre, on a affaire en réalité à un, ou à une pluralité, d'États unitaires souverains. C'est ainsi que la question,
aux États-Unis, resta posée jusqu'à la guerre de Sécession, soit pendant trois quarts de siècle : mais, après la
guerre, elle fut tranchée au profit de l'État central. C'est pourquoi, même sans être explicitement révisée en ce
sens, la Constitution a alors « changé de nature (…), et la fédération en tant que telle a cessé d'exister ».

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DU DROIT CONSTITUTIONNEL

CHARGE DE COURS/TD : Dr CHERIF

SEANCE N° 2 : LA DEMOCRATIE

EXERCICE :
Lisez les différents documents pour répondre aux questions suivantes :
1. Qu’est-ce que l’élection ?
2. Quelles sont les conditions d’éligibilité du Président de la République ?
3. Comment est élu le Président de la République en Côte d’Ivoire ?
4. Définissez les notions suivantes :
- Suffrage universel
- Scrutin majoritaire à deux tours,
- Majorité absolue
- Suffrage exprimés

DOCUMENTS A LIRE :

Document n° 1 : Bidégaray, Ch., « Élection », dans Y. Mény, O. Duhamel (dir.), Dictionnaire
constitutionnel, PUF, 1992, p. 372-373.

L’élection est un mode de dévolution du pouvoir reposant sur un choix opéré par l’intermédiaire d’un vote ou
suffrage. La démocratie athénienne, la République romaine ont utilisé ce mode de choix des gouvernants. Les
premiers chrétiens y recourent pour désigner les évêques et le pape. Au Moyen Age, ce procédé est connu dans
le monde anglo-saxon (choix des rois teutoniques ou Saint Empire romain). Certaines villes et guildes peuvent
également s’en servir. L’organisation financière de la France d’Ancien Régime reconnaît aussi un régime
distinct de perception de l’impôt pour les ‘pays d’élection’. Toutefois, l’émergence progressive de la Chambre
des Communes à côté des lords en Grande-Bretagne et la naissance du régime parlementaire entraînent le
développement du procédé électif. Il connaît un succès définitif avec la généralisation de l’idée démocratique à
partir de la fin du XVIIIe siècle.
Deux options s’affrontent. Celle de la souveraineté nationale abstraite, indivisible, dans laquelle le citoyen a
pour fonction d’exprimer la volonté nationale – mission qui ne saurait être confiée à n’importe qui : c’est la
démocratie représentative. Celle de la souveraineté populaire selon laquelle chaque citoyen, détenteur d’une
parcelle de souveraineté, doit l’exercer directement. Le corps des citoyens exerce alors lui-même les trois
fonctions législative, exécutive, judiciaire. Par impossible, il se gouverne par l’intermédiaire de représentants
élus mais contrôlés et révocables : c’est la démocratie directe. Ces deux conceptions qui déterminent l’étendue

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du droit de suffrage se sont opposées tout au long du XIXe siècle et du XXe siècle à travers le conflit entre
suffrage restreint et suffrage universel.
Avec le ralliement de la communauté internationale au suffrage universel et la prise en compte des limites de la
démocratie politique au regard des exigences de la démocratie économique et sociale, le débat s’est prolongé
par l’alternative entre démocratie libérale et pluraliste et démocratie socialiste ou unanimiste. Dans les
démocraties constitutionnelles pluralistes le débat porte sur le vote individuel (ou politique) et le vote social (ou
économique). Le suffrage plural ou familial essaie de répondre à ces préoccupations. Même dans le cas du
suffrage universel, l’élection peut connaître un certain nombre de limites. Tout d’abord celles tenant à la
capacité électorale (âge, sexe, condamnations, etc.).
D’autres tiennent aussi au type de suffrage retenu : suffrage direct (chambre législative, président) ou indirect
(deuxième chambre, chef de l’Etat). D’autres découlent de la taille et du découpage des circonscriptions à
l’intérieur desquelles se déroulent les élections.
D’autres enfin résultent du mode de scrutin retenu : scrutin majoritaire qui déforme la réponse électorale mais
assure l’efficacité des majorités victorieuses ; scrutin de liste, plus représentatif des nuances de l’opinion mais
conduisant à des coalitions souvent impuissantes.
Ces traits sont plus ou moins forts selon qu’on privilégie dans le scrutin majoritaire un, ou deux tours (ou plus)
et dans le scrutin de liste, la représentation proportionnelle intégrale, approchée, le vote préférentiel, le vote
unique transférable, ou des systèmes mixtes.
A supposer résolues ces difficultés techniques, il n’en reste pas moins que la démocratie se réduit
essentiellement à une lutte concurrentielle de professionnels de la politique sur les votes du peuple (J.
Schumpeter). Hors les cas de primaires, le choix des candidats relève bien souvent de la cooptation par les
appareils des partis. Malgré la réglementation des campagnes électorales et de leur financement, le poids de
l’argent secret, le marketing politique et les sondages viennent altérer souvent la réalité de la consultation. Reste
alors à se demander si ‘les élections sont la démocratie ?’. L’abstentionnisme, le poids du marais et du vote
flottant, la faible compétence politique du citoyen, privent l’élection d’une large part de son efficacité supposée.
Que dire alors des élections non compétitives (liste unique) ou semi-compétitives (cas d’une très grande
majorité de pays) où l’élection, plus qu’un ‘piège’, est une trahison ?

Document n° 2 : Constitution ivoirienne du 08 novembre 2016 modifié par la loi n° 2020-348 du 19 mars
2020 (Extraits)

CHAPITRE 2 : DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

Article 55 nouveau : Le Président de la République est élu pour cinq ans au suffrage universel direct. Il n'est
rééligible qu'une fois.

Il choisit un vice-Président de la République en accord avec le Parlement.

Le candidat à l'élection présidentielle doit jouir de ses droits civils et politiques et doit être âgé de trente-cinq ans
au moins. Il doit être exclusivement de nationalité ivoirienne, né de père ou de mère ivoirien d'origine.

Article 56 nouveau : Le Président de la République est élu au scrutin de liste majoritaire à deux tours. L'élection
du Président de la République est acquise à la majorité absolue des suffrages exprimés.

Le premier tour du scrutin a lieu le dernier samedi du mois d'octobre de la cinquième année du mandat du
Président de la République et du vice-Président de la République en fonction. Si la majorité absolue n'est pas
obtenue au premier tour, il est procédé à un second tour. Seules peuvent s'y présenter les deux candidats ayant
recueilli le plus grand nombre de suffrages exprimés au premier tour.

Le second tour a lieu le dernier samedi du mois de novembre de la cinquième année du mandat du Président de
la République et du vice-Président de la République en fonction.

Est élu au second tour le candidat ayant obtenu le plus grand nombre de voix. En cas d'égalité entre les deux
candidats au second tour, sera déclarée élue la liste des candidats ayant obtenu le plus grand nombre de suffrages
exprimés au premier tour. La convocation des électeurs est faite par décret en Conseil des ministres.

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INSTITUT UNIVERSITAIRE D’ABIDJAN
FACULTE DES SCIENCES JURIDIQUES ET POLITIQUE
DEPARTEMENT DE SCIENCE POLITIQUE ANNEE 2022-2023
___________________
FICHE DE TD DE THEORIE GENERALE
DU DROIT CONSTITUTIONNEL

CHARGE DE COURS/TD : Dr CHERIF

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SEANCE N° 3 : LA CONSTITUTION

EXERCICE : Après avoir lu le document ci-dessous, dites dans un exercice argumenté ce que vous inspire
la notion de Constitution.

Document n° 1. « Constitution », dans De Villiers M., Le Divellec A., Dictionnaire du droit constitutionnel,
Sirey, 10e éd., 2015, p. 73-78.

La notion qui a donné son nom à la discipline du « droit constitutionnel » est polysémique et peut être
appréhendée de diverses manières, qu'il convient d'utiliser de concert.

1. Constitution descriptive

Historiquement, en premier lieu, la Constitution a d'abord désigné un certain état de fait, un ensemble
d'agencements et de relations par lesquels s'exerçait une domination au sein d'une collectivité humaine
quelconque. De ce point de vue, il n'y a pas de société, grande ou petite, publique ou privée, qui n'ait une
forme d'organisation de son autorité interne (par exemple, la manière dont ses dirigeants accèdent au pouvoir).
On sait ainsi ce que les techniques constitutionnelles et électorales doivent aux pratiques très anciennes des
ordres religieux. Essentiellement descriptive, cette notion renvoyait à un certain type d'ordre au sein d'un corps
politique. De toutes les sociétés, celle qui a donné ses lettres de noblesse au droit constitutionnel est la société
politique organisée sous la forme de l’État moderne, apparu en Europe à partir du XVI e siècle. La Constitution
apparaît alors comme la façon dont l’État est effectivement gouverné. On peut, par extension, qualifier la
constitution ainsi comprise de « système politique » ou encore de « constitution réelle ».

2. Constitution normative

Dans une deuxième approche, la Constitution renvoie à l'idée de contrainte, d'obligation. Elle ne désigne plus
exclusivement un état de fait mais un certain ordre qui doit être, qui est censé se produire (même si cela ne
correspond pas tout à fait à la réalité). Elle fait alors plus intimement corps avec l'idée de droit, de normativité.
Ainsi comprise, la Constitution est un ensemble de règles, principalement (mais non exclusivement) juridiques,

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écrites ou non, qui prétendent poser un certain type d'organisation politique, énoncer des principes la
structurant, créer ou reconnaître des institutions, prescrire des obligations et des procédures. Cette conception
repose en grande partie sur l'idée de volonté. Cette idée permet d'imputer le caractère obligatoire d'une
Constitution. Cette volonté peut être très évanescente ou très implicite, notamment lorsque la Constitution est
vue comme un legs de l'histoire.
Ainsi pour une constitution dite « coutumière » comme celle de la Grande-Bretagne : œuvre du temps,
façonnée par les traditions, elle n'en comporte pas moins des aspects contraignants pour les gouvernants (qu'il
s'agisse de lois écrites votées par le Parlement, ou bien de coutumes, c'est-à-dire de véritables règles de droit
mais non écrites, auxquelles il faut ajouter les « conventions de la constitution », c'est-à-dire des règles
politiques précisant la façon dont les organes doivent exercer leurs compétences. Au contraire, la volonté peut
être plus explicite et exprimée de façon solennelle. Il était ainsi fréquent, jadis, que la constitution d'un État
repose sur un pacte ou un contrat (par exemple, entre le monarque et le peuple ou ses représentants). À
l'époque moderne, la constitution est le plus souvent réputée être l'expression de la volonté unique d'un
souverain (ainsi notamment de monarques qui, au XIXe siècle, ont octroyé un texte constitutionnel ; de même,
en démocratie, le peuple est réputé avoir « voulu » la constitution), que l'on peut appeler le pouvoir constituant.

3. Constitution écrite

Divers courants de pensée (notamment le protestantisme, le rationalisme et une certaine pensée démocratique)
ont convergé, à partir du XVI e siècle, pour privilégier la mise sous forme écrite des règles constitutionnelles
auxquelles on souhaitait donner un caractère obligatoire.
L'expérience américaine est ici particulièrement importante : elle a développé l'idée qu'une constitution devait
être écrite et même consignée dans un document solennel. C'est ainsi que dès leur fondation au XVII e siècle, les
colonies d'Amérique du Nord puis, en 1787, les États-Unis d'Amérique eux-mêmes, se dotent de constitutions
écrites. À partir de 1789, cette idée est reprise en France et va progressivement gagner la plus grande partie de
l'Europe puis du reste du monde aux siècles suivants. Aujourd'hui, dans chaque État, de très nombreuses règles
constitutionnelles sont écrites. Mais elles n'épuisent pas le sens de la Constitution.

4. Constitution matérielle et constitution formelle

• Au sens matériel, c'est-à-dire envisagée sous l'angle de sa matière, de son contenu, la constitution
désigne l'ensemble des règles juridiques selon lesquelles les gouvernants exercent l'autorité au nom de
l'État. Il est délicat de déterminer très précisément le périmètre d'une constitution matérielle. On
considère généralement qu'elle inclut les règles gouvernant les institutions politiques ainsi que, dans
l'esprit du constitutionnalisme libéral moderne, les droits et libertés essentiels reconnus aux individus
(droits de l'Homme, droits fondamentaux). Ces règles peuvent avoir un statut très différent : être écrites
ou non, avoir une valeur juridique différenciée (certaines seront juridiquement supérieures à d'autres).
Tout État moderne possède une constitution au sens matériel.
• Au sens formel (c'est-à-dire envisagée sous l'angle de sa forme), en revanche, la constitution désigne un
acte écrit consigné dans un document solennel unique (la Constitution fédérale américaine et la
Constitution française actuelle en sont deux exemples ; en revanche, la Constitution du Royaume-Uni
n'est pas formelle car si elle comporte, elle aussi, quelques textes écrits, ils ne sont pas rassemblés dans
un document unique et l'essentiel des règles de droit constitutionnel britannique sont coutumières ou
conventionnelles). Ce document peut porter des noms divers : « constitution », « charte », comme en
France en 1814, « statut », ou encore « loi fondamentale » comme en Allemagne depuis 1949. Certains
cas sont moins nets : ainsi, la « Constitution » de la III e République se composait de trois « lois »
(écrites) distinctes, l'une « relative à l'organisation des pouvoirs publics », une autre « relative à
l'organisation du Sénat », la dernière « sur les rapports entre pouvoirs publics ». De même, Israël ne
possède pas un document unique appelé constitution mais plusieurs « lois fondamentales » écrites
adoptées à des dates différentes et réglant des sujets différents (l'organisation du Parlement, le
président de l'État, le gouvernement, le budget de l'État, la justice, etc.). Dans la France de la V e
République, le « bloc de constitutionnalité » a peu à peu débordé très largement la Constitution
formelle promulguée le 4 octobre 1958.

La constitution matérielle et la constitution formelle se correspondent dans une très large mesure. Toutefois, il
n'y a jamais identité totale entre elles : outre des règles non écrites, de nombreuses règles écrites matériellement
constitutionnelles sont placées en dehors de la constitution formelle (ainsi, par exemple, les règles relatives à

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l'élection des députés et sénateurs en France sont consignées dans des lois organiques et ordinaires). À l'inverse,
il arrive que soient intégrées dans une constitution formelle des dispositions dont l'objet n'est manifestement pas
constitutionnel. Ainsi, par exemple, la Constitution fédérale suisse de 1874 contenait-elle depuis 1893 un article
interdisant de « saigner les animaux de boucherie sans les avoir étourdis préalablement ». La tendance
contemporaine est de multiplier les dispositions de détail dans les constitutions écrites, même si leur objet n'est
pas matériellement constitutionnel.

5. Constitution souple (ou flexible) et constitution rigide

Il convient de souligner que, contrairement à une erreur répandue, la constitution formelle ne possède pas
toujours une valeur juridique supérieure aux autres règles de droit dans un ordre juridique donné. Certaines
constitutions formelles peuvent être qualifiées de « souples » (ou « flexibles »), parce qu'une simple loi suffit en
principe à les modifier. Tel était par exemple le cas des Chartes constitutionnelles françaises de 1814 et 1830,
ou encore du Statut Albertin italien de 1848. À l'inverse, sont qualifiées de « rigides » les constitutions qui ne
peuvent être modifiées que par une loi spéciale, adoptée selon des exigences différentes de celles imposées aux
lois ordinaires (on parle alors de loi constitutionnelle au sens formel). Ce type de constitution est le plus répandu
aujourd’hui dans le monde. (Il existe quelques cas, rares, de pays dans lesquels la constitution est
essentiellement souple, mais comporte certaines dispositions « rigides », comme en Nouvelle-Zélande). L'idée
fondamentale des constitutions rigides est la volonté de faire échapper les règles essentielles d'un État aux
caprices des gouvernants d'un jour. Elle vise à donner un caractère suprême aux principes et règles « voulus »
par le pouvoir constituant (originel ou dérivé). On considérait naguère qu'un système de « balance des pouvoirs
» suffisait à assurer celui-ci. Puis s'est peu à peu imposée l'idée que cette primauté pouvait être mieux assurée
par la justice constitutionnelle et en particulier le contrôle de constitutionnalité des lois, qui se sont développées
dans un grand nombre de pays au XXe siècle.
Mais le degré de « rigidité » peut varier considérablement. La procédure de révision de la Constitution fédérale
aux États-Unis est ainsi particulièrement lourde. Quoique moins complexe, celle de la Constitution française de
1958 l'est également (art. C 89). En revanche, la Loi fondamentale allemande de 1949 impose seulement une loi
parlementaire adoptée à la majorité des deux tiers des voix dans chacune des deux chambres du Parlement.
Compte tenu de cette diversité, on pourrait, par exemple, distinguer parmi les constitutions rigides, celles dont
la modification suppose obligatoirement l'intervention du peuple dans le processus (soit par un référendum
obligatoire, comme en Suisse ou au Danemark, soit par de nouvelles élections parlementaires, comme aux Pays-
Bas ou en Finlande), ou bien son intervention facultative (par ex. France et Italie) et celles pour lesquelles la
révision est exclusivement opérée par les organes représentatifs constitués, même si les exigences requises sont
modifiées par rapport à la procédure législative ordinaire (par ex. Allemagne, Portugal).
Il arrive enfin que des lois constitutionnelles formelles soient votées sans être placées dans la constitution
formelle rigide (cela est très fréquent, par exemple, en Autriche ou au Canada).

6. Constitution vivante

Une constitution ne se réduit jamais complètement à sa forme, au statut technique de ses dispositions. Même s'il
existe un document écrit solennel censé regrouper les principales règles d'organisation du pouvoir, il doit
toujours être complété par d'autres éléments :
• les textes secondaires (par ex. en France, les lois organiques, les règlements des assemblées et même
des lois ordinaires comme la loi fixant le mode de scrutin pour l'élection des députés) ;
• les règles non écrites, soit juridiques (les coutumes), soit politiques (les conventions), ainsi d'autre part
que les pratiques, usages et comportements des acteurs constitutionnels c'est-à-dire l'application qui est
faite de la Constitution : ce sont des éléments qui révèlent le vrai visage d'une constitution. La question
du statut juridique de ces règles et pratiques est une des questions les plus délicates qui se posent en
droit constitutionnel ;
• les décisions de la jurisprudence. Qu'il s'agisse, selon les cas, des décisions d'un juge ordinaire ou bien
d'un juge spécialisé dans la protection des règles constitutionnelles, on peut constater que la

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jurisprudence constitutionnelle modifie, de façon très substantielle, le contenu et la signification des
constitutions, en particulier des constitutions écrites. En dégageant des principes non-écrits ou bien en
interprétant des dispositions écrites, la jurisprudence constitue aujourd’hui une source de plus en plus
importante du droit constitutionnel.

En somme, pour appréhender utilement le phénomène constitutionnel, on peut considérer qu'une constitution
s'apparente sans doute davantage à un « ordre constitutionnel » complexe, qu'à une norme suprême. En tout état
de cause, loin d'être statique (même lorsque prédomine essentiellement l'écrit), la constitution fait l'objet d'un
travail continuel de redéfinition par les acteurs du jeu constitutionnel, attestant par là que le droit constitutionnel
est marqué par une dynamique particulière et constitue un droit irréductiblement politique.

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