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Triple Je

Annabelle envoie plusieurs SMS à Hugo pour discuter de leur relation passée à trois avec Simon qui s'est terminée. Hugo répond brièvement mais reste distant. Annabelle est triste et pense arrêter le libertinage, bien qu'Hugo lui demande de ne pas prendre de décision hâtive. Leur conversation laisse des questions en suspens.

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Triple Je

Annabelle envoie plusieurs SMS à Hugo pour discuter de leur relation passée à trois avec Simon qui s'est terminée. Hugo répond brièvement mais reste distant. Annabelle est triste et pense arrêter le libertinage, bien qu'Hugo lui demande de ne pas prendre de décision hâtive. Leur conversation laisse des questions en suspens.

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TRIPLE "JE"

"L'amour ne se partage pas, il se multiplie..."

La Comtesse, août 2023


MAI 2022

Dimanche 29 mai, 00 h 05

- C’est notre soirée et je ne pense qu’à toi… je ne


devrais pas pourtant.
- Non, tu ne devrais pas… profite bien de cette soirée…
L’absence de réponse lui parut effroyable sur le moment.
Annabelle l’imagina devant son téléphone, les yeux rivés
dessus.
- Tu es dur… alors, envoie-moi balader ! dis-moi que tu
ne songes plus à moi et que cette histoire est vraiment
terminée !
Il devait être agacé, voire énervé de sa nouvelle intrusion
dans sa vie qu’il essayait, tant bien que mal d’apaiser après
ce tsunami émotionnel qu’ils affrontaient ces dernières
semaines. Elle ressentait une onde vibratoire la parcourir de
la tête aux pieds. Annabelle se battait avec son démon
moqueur et tentateur depuis presque trente minutes.
« Envoie-lui ce message ! dis-lui qu’il te manque, que
cette soirée sans lui n’a aucun intérêt ».
Elle luttait entre deux verres. Elle se saisit de son portable,
regarda son numéro, son prénom qui s’affichait, les
quelques conversations qu’elle avait conservées, la vidéo
sensuelle de leurs corps enlacés, tournée par Simon lors de
leurs ébats à trois. C’était l’horreur. Elle se sentit écartelée
entre le besoin déraisonnable de le contacter, et la sagesse
d’y renoncer.

1
« Ne fais pas ça ! ne lui écris pas ! à quoi bon ? Tu as mis
un terme à votre relation. Assume ta décision ! laisse-le
tranquille ! ne sois pas égoïste pour une fois ! ».
Elle le provoquait par son envie irrésistible de lui envoyer
ce satané message. Alors, elle craqua… honteuse et
coupable.
Les premières heures avaient pourtant bien démarré. Les
convives, tous charmants, s’étaient déplacés de partout à
200 km à la ronde. Simon et Annabelle organisaient leur
première soirée libertine depuis leur installation dans cette
contrée perdue au milieu de la nature. Un lieu propice au
ressourcement de toutes les manières qui soient.
- Ce silence est un supplice… réponds-moi, stp…
- Oui, je pense à toi et oui, cette histoire doit se
terminer…
- Je sais. Mais c’est difficile.
- Je sais.
- Je ne pensais pas que ça le serait autant. Je suis
tellement triste que ça se soit terminé ainsi. Je ne le
voulais pas…
- Prends soin de toi et de Simon…
- Tu me manques !
- Oui, c’est vraiment dommage que ça se termine ainsi.
- Cela aurait-il pu s’arrêter autrement ?
- Je ne sais pas… pas sûr, non.
- Pas sûre non plus… tu veux que ça se termine ?
- Il le faut et tu le sais.
- Non, je ne sais plus. Je ne sais plus ce qui est bien ou
non. Mon corps réclame ton corps… et je n’y peux
rien.
- Non, ce n’est pas bien et tu le sais !
- Alors, dis-le-moi ! dis-moi que tu ne veux plus ! Dis-le
vraiment !
- Tu sais que ça doit s’arrêter… on avait dit que si l’un
des trois souffrait, on devait arrêter… et c’est le cas.
- Qui souffre ? Toi ? Moi ? Je suis la seule à prendre une
décision dont je n’avais pas envie. Tu l’as dit toi-

2
même, la fin a été pourrie. Je ne voulais pas que ça
se termine de cette façon.
- Peu importe qui souffre. C’est le cas et on avait dit que
ça s’arrêterait alors. Et moi non plus je ne voulais pas
que ça s’arrête, mais c’est comme ça…
- Alors, dis-moi que tu veux que ça se termine. Dis-le et
j’arrête de t’écrire.
- Il le faut et tu le sais.
- Dis-le !
- Ça doit s’arrêter, oui.
- OK. Si c’est ce que tu veux.
- Je pense que c’est mieux oui.
- J’espère juste ne rien avoir imaginé et que ce que
nous avons ressenti était réel.
- Oui, justement. Regarde… tu organises ta soirée, tu
devrais en profiter et tu es là, à parler avec moi… tu
sais que ce n’est pas normal et que tu ne devrais pas
faire ça.
- Ben oui, je le sais, mais je n’y peux rien. Oui,
justement… j’ai imaginé ? C’est ça ?
- Non, tu n’as pas imaginé…
- Ça fait chier Hugo, vraiment…
- C’est clair.
- Tu aurais dû me dire les choses, les exprimer !
- Quelles choses ?
- Ce que tu ressentais.
- Non.
- Pourquoi ?
- Parce que ça ne devait être que du sexe et que je ne
voulais faire souffrir personne.
- C’est pire du coup, car j’ai fait des suppositions sans
savoir réellement.
- C’est pour ça que ça doit s’arrêter.
- Je t’entends pour ça, c’est OK. Mais ce n’est pas pour
autant que c’est facile. Je voudrais juste ne plus
penser à toi.
- Je sais.

3
- Et le fait qu’on n’ait pas pu se parler, se dire les choses
vraiment, complique la situation.
- Ou pas justement.
- C’est comme un truc qui reste en suspens… OK. En
fait, si je te suis bien, finalement, c’est juste compliqué
pour moi ?
- Arrête Anabelle.
- Arrête quoi ? Le fait d’être honnête ? OK…
- Je ne dirai rien de mes sentiments… ça serait
manquer de respect envers Simon et je ne le veux
pas.
- Simon est parfaitement au courant et sait à cet instant
précis que je t’écris.
Les secondes s’égrenèrent. Puis les minutes. Hugo ne
répondait plus à ce ping-pong épistolaire démarré sur un
coup de blues. Le malaise d’Annabelle grandissait. Elle
fumait et buvait énormément pour anesthésier son mental
qui moulinait, son cerveau qui gambergeait, pour l’empêcher
de penser, de lancer des mots dans ce vacarme musical qui
l’entêtait.
Elle monta à l’étage afin de rejoindre Simon qui s’amusait
avec une invitée adorable. Elle constata qu’il semblait
heureux et à l’aise a priori. Ravie pour lui. Pour une fois qu’il
profitait sans se poser de questions. Il retrouvait sa
confiance en lui et elle s’en réjouissait.
Elle croisa ce charmant homme avec qui elle avait débuté
la soirée et planté soudainement quand le visage d’Hugo
était revenu en force à sa mémoire. Les moments intenses
d’excitation avaient réapparu en images. Les vibrations
alors ressenties provoquaient des sensations frissonnantes
pour constater cruellement leur absence avec les complices
présents.
Tout lui semblait fade… tout lui semblait vide… tout lui
semblait inconvenant…
Elle rejoignit Simon, occupé avec sa belle. Accroupie, elle
lui susurra à l’oreille :
- Je suis désolée mon chéri… j’ai craqué… j’ai envoyé
un SMS à Hugo.

4
Simon se retourna avec son regard mécontent et lui
répondit, sensiblement agacé :
- Rooooo ! Ce n’est pas possible ça !
Il redémarra sa cavalcade afin de ne pas frustrer sa
partenaire.
Annabelle fut désemparée à cet instant. La tête lui
tournait. Elle lança une œillade autour d’elle et aperçut ses
amis qui prenaient tous du plaisir. Ravie pour eux. Elle
s’avança alors vers le petit groupe pour amorcer une
connexion à l’ambiance sensuelle.
Manuel, un beau Portugais invité en tant qu’homme seul,
se jeta sur elle avec courtoisie, respect, et gourmandise,
dans l’espoir de vivre un moment plus intime ensemble. Elle
apprécia sa langue, sa bouche, ses baisers et son corps,
mais resta de marbre sous ses tentatives pourtant bien
réalisées. Rien à faire… Hugo tournoyait en boucle dans
son crâne.
Elle se releva et quitta la chambre sous l’œil déçu de
Manuel et celui contrarié de Simon. Elle lui caressa la nuque
en passant avec un regard rassurant : « t’inquiète… je
gère ».
Elle ne gérait rien du tout à ce moment de la soirée ! La
tête tourbillonnait plus fort. Alors, elle sortit sur la terrasse et
but encore, fuma encore et contrôla si Hugo avait enfin
répondu.
- Va profiter de ta soirée.
- Elle est finie.
- C’était bien ?
- Pfff ! Quelle question ! Non et tu le sais très bien…
Hugo, je vais te laisser tranquille.
- D’accord.
- J’avais juste besoin de savoir que ce n’était pas que
dans ma tête.
- Tu le sais maintenant.
- Que mon cœur a ressenti des sentiments parce qu’ils
étaient partagés.
- Tu le sais très bien.
- Ça fait vraiment chier tout ça…

5
- C’est clair.
- J’ai dit à Simon que je voulais arrêter le libertinage.
- Arrête, il ne faut pas dire ça.
- Je sais qu’après notre histoire à trois, tout me
semblera plus fade et sans saveur, comme cette
soirée. C’est cela que j’ai aimé. Simon, toi et moi. Ce
jeu à trois.
- Tu ne sais pas ça. Tu vas passer à autre chose.
- L’idée que cela pouvait fonctionner ainsi, mais peut-
être avec un peu plus de raison, de retenue, de limites
aussi.
- Oui, c’est certain.
- Je suis tombée amoureuse de cet idéal que nous
incarnions. Et de tes abdos aussi… notre alchimie a
été incroyable pour moi. Je me suis sentie si désirée,
si comblée.
- Oui, moi aussi.
- J’ai donc du mal à y renoncer et je me dis que peut-
être, en remettant un cadre plus acceptable pour
chacun de nous, cela pourrait nous permettre de
continuer… je sais ce que tu vas répondre… ne me
réponds pas d’ailleurs. Je te laisse y réfléchir.
- OK, je réponds pas.
- Si tu veux bien reconsidérer la question. Dis-moi juste
si tu veux bien y réfléchir.
- Je vais voir.
- Si tu es OK, on en rediscute la semaine prochaine
quand je serai chez ma mère.
- OK.
- Alors je te souhaite une douce nuit.
- Merci. Douce nuit à toi aussi.
Annabelle déconnecta son téléphone et le posa sur son
bureau pour éviter la tentation de rajouter un ou deux autres
messages à Hugo. Il paraissait si distant, si froid, malgré
quelques aveux. Elle se perdait dans ses projections sur lui,
sur elle, sur eux. Simon s’était couché. Il fulminait et se
sentait relégué au second plan.

6
Elle se décida à rejoindre la chambre plongée dans le
noir. C’était mauvais signe. Simon avait volontairement
éteint la lampe pour ne pas croiser son regard qui trahissait
sa déception. Elle se déshabilla et se glissa sous les draps.
Simon ne broncha pas. Il s’était mis sur le côté, contrarié.
Elle se persuadait de l’importance d’aborder l’incident,
même si l’heure avancée de la nuit invitait à fermer les yeux.
Cela serait impossible s’ils n’évoquaient pas cet épisode
fâcheux.
Elle tenta alors une approche en caressant son dos, pour
lui signifier qu’elle réclamait ses bras autour d’elle. Il ne
bougea pas. Elle l’entendit respirer bruyamment, signe de
son agacement. Elle ralluma et se colla un peu plus et lui
susurra à l’oreille de se retourner.
- S’il te plait, regarde-moi… je suis désolée…
- Je suis très mal là. Tu en as conscience quand
même ? répondit Simon en effectuant un changement
de position pour la regarder dans les yeux.
- Oui, bien sûr… je ne sais pas quoi te dire… j’ai
déconné, je le sais.
- Ah oui ! ça, c’est le moins que l’on puisse dire.
Comment gâcher une soirée en quelques minutes.
J’avais juste envie de finir avec toi, de faire l’amour
avec toi et là, tu choisis de parler à Hugo ! Merde ! Tu
fais chier Anna !
- Je n’ai pas pu faire autrement. Je sais pas, mais
l’alcool que j’ai trop bu, la soirée qui ne s’est pas
passée comme je l’espérais… ça m’a fait vriller.
- Que s’est-il donc passé ? Tu étais pourtant bien au
début. J’adore te voir comme ça. Tu étais belle et
excitante. Tu semblais bien avec Antoine, non ?
- Si si, mais on a été dérangés et après, je n’ai pas
réussi à me remettre dedans. Puis j’ai trop bu, je te dis.
Ça m’a fait vraiment perdre pied. Je n’ai rien
prémédité.
- Oui, je sais bien. Mais quand même. Là, ça me fait
mal. Ça me pique vraiment…

7
Le silence retomba, aussi violent qu’un orage d’été.
Annabelle n’osait plus répondre face à la tristesse de Simon.
Il avait raison. Elle se sentait nulle et médiocre, lui, si
compréhensif et à l’écoute. Elle perdait le contrôle et vrillait
depuis deux mois. Elle manquait cruellement de
discernement. Ce n’était pas faute de l’avoir prévenue.
Elle blessait tout le monde. Simon, Hugo… et se torturait
elle-même. Son absence de vigilance transformait cette
délicieuse rencontre en une histoire dangereuse. Simon
l’avait persuadée de continuer quand elle souhaitait y mettre
un terme. Elle s’épanouissait de jour en jour et pour rien au
monde, il désirait que cela ne s’arrête, même si l’un des trois
risquait d’y laisser son âme…

8
NOVEMBRE 2021

- « Je me traine ce cafard comme une enclume sur mes


épaules depuis des mois. J’ai bien du mal à expliquer
le pourquoi du comment. J’ai la sensation d’un épais
brouillard avec aucune issue possible, aucune fenêtre
pour aérer l’atmosphère si oppressante. J’ai du mal à
respirer. Mon chakra du cœur est tout bloqué ainsi que
mon plexus. Je me sens triste, maussade… »
La jeune médecin regarda Annabelle droit dans les yeux
et malgré le masque, un sourire se devinait, amical et
rassurant. Le verdict s’avérait sans appel. Légère
dépression due à un déficit de sérotonine. Rien d’étonnant.
Les derniers mois mouvementés, entre l’installation dans
cette nouvelle maison à moitié en ruine, le changement de
travail pour Simon, le rythme modifié par la gestion à
distance de ses entreprises, la mort de son père,
s’imprégnaient de stigmates émotionnels profonds et
douloureux.
Sans compter cette étape dite cruciale pour les femmes
qui les reléguait au énième plan de la société moderne.
Bonnes à jeter ! Ménopause bonjour, libido au revoir…
Annabelle, qui militait haut et fort pour une transition sans
désagréments fatals, se voyait, elle aussi, happée par les
stéréotypes de cette salope de période ! Elle fuyait le sexe,
de près ou de loin, avec Simon ou quiconque depuis des
mois.
Leurs années de libertinage apparaissaient à l’image d’un
lointain souvenir et à 51 ans, elle ne s’imaginait plus du tout
virevolter dans les bras d’un autre. D’ailleurs, au moment de
trier ses affaires avant le déménagement, elle n’avait eu
aucun mal à balancer ses tenues sexy et affriolantes à la
poubelle. Elle tirait un trait définitif sur cette partie de sa vie,
au grand désarroi de Simon, impuissant et fataliste.
Combien de fois s’excusait-elle de son absence d’élan,
moins gourmande de ses caresses tant appréciées dans le
passé. Elle comparait cela à une petite mort interne, un feu
éteint, un conduit de cheminée sombre et froid. Simon,

9
bienveillant et patient, ne tentait plus aucune approche de
peur d’être remercié. Il détestait cela encore plus que le
manque de sexe. Il aimait sa compagne à la folie et
comprenait que la période vécue s’avérait compliquée. Le
décès de son père l’avait attristée à l’extrême et provoqué
sa dépression. Annabelle veillait désormais sur sa maman,
veuve éplorée de 75 ans, belle femme, mais effondrée. Elle
remontait la pente difficilement et devenait une charge pour
sa fille qui, non seulement gérer sa grande peine, mais celle
de Claudine.
Simon supposait qu’elle sortirait la tête de l’eau par sa
force, sa volonté et son courage. Il la soutenait et l’aimait de
tout son être en rêvant à des jours à nouveau meilleurs. Il
espérait que leur changement de lieu de vie produirait un
effet salvateur sur Annabelle. Ils resteraient enfin ensemble,
sans séparation régulière, l’un pour l’autre, l’un avec l’autre
avec ce magnifique projet de restauration des vieilles pierres
pour créer un environnement ressourçant qu’ils
proposeraient à leurs futurs hôtes. Les travaux touchaient à
leur fin et annonçaient une saison estivale riche de
rencontres. Bientôt, ils pourraient communiquer sur leur
activité et la démarrer dans les prochaines semaines.
Simon assumait sa retraite anticipée. Annabelle gérait ses
entreprises à distance. Ils bénéficiaient tous les deux d’une
grande liberté d’action en optimisant leur propre planning.
De ce fait, ils ne subissaient que leurs contraintes qu’ils
s’attachaient à réduire au maximum.
Malgré cette douce et agréable vie qui se profilait,
Annabelle se trainait cette chape de tristesse comme un
boulet sans trop parvenir à s’en défaire.
La jeune médecin, avec toujours autant de délicatesse, lui
proposa une aide médicamenteuse légère et adaptée afin
de lui permettre de rebooster son moral, son entrain, son
dynamisme. L’idée de recouvrer son énergie et son
optimisme légendaires finit de convaincre Annabelle.
Elle quitta le cabinet avec son ordonnance
d’antidépresseur et l’espoir qu’enfin le soleil réchauffe à
nouveau son cœur et son corps…

10
Les semaines suivantes furent exquises de joie de vivre
retrouvée. Annabelle n’en revenait pas elle-même. Elle
admettait l’efficacité du traitement prescrit par la jeune
médecin. Au fur et à mesure des jours, ce poids sur sa
poitrine s’allégeait pour finalement disparaitre totalement
malgré la période automnale grise et froide.
Forte de cette positive expérience, sa mère acceptait à
son tour une aide précieuse dans ce deuil si difficile
qu’engendrait la perte subite de son mari. Dès lors, elle
aussi se sentait mieux et permettait à Annabelle de souffler
un peu.
Le dynamisme retrouvé, Annabelle aborda l’hiver avec
plus de confiance, plus de joie et d’envies. Simon parut
surpris quand un matin, elle ôta sa culotte, geste qu’elle
n’accomplissait plus depuis des mois et des mois. Elle
ondula de ses courbes plantureuses et suscita par ces
mouvements subtils un langage charnel on ne peut plus
explicite. Simon ne se fit pas prier et caressa longuement le
corps de sa femme dont il pressentait la renaissance. Quel
délice ! Il aimait tant la toucher, la parcourir de ses doigts,
sentir sa peau douce comme de la soie, ce grain si
exceptionnel.
Son désir s’exprima dans les secondes. Prudent, mais
volontaire, il dirigea sa main vers l’entrejambe d’Annabelle
afin de vérifier si l’excitation attendue se confirmait. Quel
bonheur quand il découvrit l’humidité naissante de son antre
intime ! Enfin, enfin elle revenait à la vie ! Il contrôlait son
impatience pour ne pas la brusquer. Il déposa délicatement
un premier baiser dans son cou. Et ce fut un déferlement qui
s’en suivit, telle une vague submersible. Ils firent l’amour
avec passion et envie, prenant le temps de refaire
connaissance, de gouter de nouveau aux délices sexuels et
sensuels que les jeux érotiques octroyaient. Leur complicité
se révéla intacte. Les gestes sûrs s’offrirent naturellement et
la jouissance leur permit de savourer à nouveau cette
connexion des corps et des âmes.

11
MAI 2022

Dimanche 29 mai, 9 h 10

Annabelle s’extirpa du lit le plus doucement possible pour


ne pas réveiller Simon qui dormait encore profondément.
Elle enfila sa nuisette et se dirigea vers le salon. Elle prit son
téléphone et vérifia aussitôt si un message d’Hugo
l’attendait. Rien. Cela ne l’étonna guère. Elle commençait à
cerner sa personnalité et pressentait au fond d’elle qu’il ne
se manifesterait pas. L’homme enthousiaste, joueur,
malicieux et attentionné du début, se transformait en un
taiseux, distant, froid et totalement inaccessible. Ce
changement d’attitude la désarçonnait beaucoup. Elle ne
comprenait pas que l’on puisse adopter des comportements
opposés en si peu de temps. Non seulement cela la rendait
triste, mais la plongeait dans une réflexion persistante.
- « Pour quelle raison s’était-il éloigné ainsi ? Était-ce
une manière de se protéger ? Voulait-il mettre un
terme à leur histoire, sans savoir comment s’y
prendre ? »
Elle ressentait de la colère de s’être fait bernée comme
ça. Elle reposa son portable et descendit dans la cuisine afin
de se préparer un bon café. Malgré la soirée bien arrosée,
sa tête ne manifesta aucun mal et les idées s’avérèrent bien
claires. Elle repensa aussitôt à son comportement idiot et
déplacé. Simon voudrait en reparler. Il la sermonnerait et la
planterait face à son incorrigible manque de maitrise, son
impulsivité. Cela lui jouait souvent des tours. Elle
s’abandonnait à trop d’émotions qui l’entrainaient vers des
actes inadaptés qu’elle déplorait la plupart du temps.
Quinze jours auparavant, sa déception et sa colère vis-à-vis
d’Hugo l’avaient emportée. En une fraction de seconde, elle
avait tout envoyé balader. Sur le coup, elle pensait avoir pris
la bonne décision, confortée par Simon, rassuré au fond de
lui que cette histoire s’arrêtât. Mais, déjà le lendemain, elle
regrettait son excès et son geste.

12
Elle sortit de la brioche, éplucha quelques oranges et
pommes qu’elle jeta dans l’extracteur, disposa deux tasses,
deux verres et patienta que Simon la rejoignît. En attendant,
elle ne put s’empêcher de relire l’échange des SMS de la
veille.
- « Que veut-il dire ? Je l’agace ? Il souhaitait que tout
s’arrête bien avant notre engueulade ? Je le saoulais ?
Il n’avait plus envie de moi ? Pourtant, il me dit bien
qu’il pense à moi aussi et qu’il a des sentiments
finalement… Quelle merde ! Mais pourquoi je pense à
lui comme ça ? Pourquoi je n’arrive pas à me l’enlever
de la tête ? »
Plongée dans ses réflexions, Annabelle n’entendit pas
Simon descendre. Il se posta derrière elle et l’enlaça.
- Tu as bien dormi ma chérie ? Il l’embrassa dans le cou,
avec tendresse et délicatesse.
- Je ne t’ai pas entendu arriver…
- Tu avais l’air ailleurs j’ai vu ça.
- Oui, désolée… j’ai un peu la gueule de bois.
- Tu as mal à la tête ?
- Non, heureusement. Mais j’ai vraiment fait n’importe
quoi hier. Trop bu et trop fumé.
- Oui, certainement…
- Et toi, tu as bien dormi ?
- J’ai eu du mal à trouver le sommeil, tu t’en doutes.
- Oui. Je suis tellement désolée, tu sais.
- Je sais. Je ne t’en veux pas. Tu n’y peux rien. Cette
histoire te dépasse et ça me désole, crois-moi. En fait,
je ne pensais pas que c’était à ce point. J’avoue que
cette idée me dérange vraiment, mais je sais aussi
que tu ne peux pas aller contre tes sentiments ou tes
ressentis. Je le comprends. En revanche, il faut que
ça s’arrête. C’est une évidence. Tu en as conscience
n’est-ce pas ?
Annabelle prit quelques secondes. Elle désirait le plus
d’honnêteté possible avec Simon. C’était le deal du départ.
Tout se dire, tout s’exprimer sans retenue. Avec sincérité

13
envers soi-même, alignée avec ses propres vibrations. Ne
pas mentir, ne pas tricher, se parler et s’écouter.
- Oui, bien sûr que j’en ai conscience. Je te jure, ça me
désole encore plus. Mais je n’arrive pas à expliquer
pourquoi je pense à lui ainsi.
- Tu as des sentiments, c’est aussi simple que ça.
- Possible oui, mais je ne suis pas sûre que ce soient
des sentiments amoureux comme on les entend. Je
suis tombée amoureuse de la situation, de l’histoire
que nous étions en train de construire et de vivre tous
les trois. Certes, Hugo y a fortement contribué. Je ne
vais pas le nier. Pas certaine qu’un autre m’aurait fait
cet effet.
- Tu oublies quand même que les premières fois n’ont
pas été top.
- Je sais oui. Mais il s’est passé un truc que je n’explique
pas. Une connexion autre que physique au départ. Ça,
c’est venu après. Il m’a touchée, m’a émue, au plus
profond de mon âme.
- Trop ! Beaucoup trop !
- Je sais…
- Mais je ne t’en veux pas du tout, tu dois me croire et
je comprends ton état ce matin. Cela dit, tu dois aussi
m’entendre et accepter mon agacement. Je n’ai aucun
doute quant à tes sentiments pour moi. Je sais que tu
fais bien la part des choses. J’ai très vite capté que ce
que t’apportait Hugo était un trip différent qui ne se
comparait pas à notre vécu, notre amour. Je persiste
tout de même à dire que tu es tombée amoureuse en
quelque sorte de lui et que tu perds pied.
- Non ! je te le répète. Je ne suis pas tombée
amoureuse d’Hugo à proprement parler. Je n’ai jamais
envisagé de te quitter pour partir avec lui déjà.
- Encore heureux !
- Et encore moins maintenant. Nos caractères
m’apparaissent incompatibles. J’ai aimé notre histoire
à trois, la liberté que j’ai ressentie en pouvant vivre
mes émotions réelles, les exprimer sans mensonge,

14
en toute transparence. J’ai adoré notre complicité à
nous deux, nos confidences, nos échanges, nos
impressions. Et j’ai adoré vivre des moments
d’alchimie pure avec Hugo. Sans aucune frustration,
même si nous avons dû nous caler un peu au début.
J’ai touché du doigt mon idéal de vie Simon.
- Oui, ton idéal… peut-être pas le sien, ni le mien.
- Tu as sans doute raison…
Annabelle se tut. Cette ultime phrase résonna dans son
esprit. Simon avait raison. Elle avait surtout pensé à elle ces
dernières semaines, au plaisir qu’elle prenait, elle, au kif de
cette putain d’histoire. Pourtant, elle ne se sentait pas
coupable non plus. Personne n’avait été forcé. Hugo
connaissait les tenants et aboutissants avant d’entamer ce
jeu à trois, Simon en accord pour se lancer à nouveau sur
l’échiquier des échanges libertins. Quant à elle, elle
renaissait tout simplement, se réveillait après des mois et
des mois d’un sommeil assourdissant. Elle appréciait de se
faire belle, de choisir des tenues sexy pour Simon, de se
reconnecter à son plaisir charnel, séduite par des hommes
flatteurs et entreprenants.
Au moment de leur rencontre, ils souhaitaient juste
reprendre contact avec le milieu libertin par le biais de
soirées privées sans aucune préméditation particulière.
Plusieurs hommes seuls avaient tenté leur chance, mais
sans succès. Annabelle ne les trouvait jamais à son gout ou
Simon leur reprochait leur manque de tact et de finesse. Pas
si simple d’accorder sa confiance.
Afin de bichonner la libido retrouvée d’Annabelle, ils
filmaient leurs ébats torrides qu’ils diffusaient sur un site
dédié aux coquines et aux coquins. Simon mitraillait
Annabelle dans de belles tenues chics et sensuelles. Un
compte Insta leur permettait de les retransmettre et d’attirer
ainsi des centaines de followers. Annabelle adorait
échanger avec certains sur des sujets divers et variés, mais
qui tournaient en général autour de la sexualité, du
libertinage et de sa plastique magnifique pour une femme
de son âge. Très vite, sa communauté grandit. L’excitation

15
que cela provoqua augmenta la fréquence de leurs relations
au même titre que leur complicité.
Simon, amoureux comme au premier jour, remerciait la
providence ou les antidépresseurs d’avoir permis à sa
chérie de revenir vers lui avec autant de gourmandise. Il ne
manquait plus que de retrouver un lieu libertin et de
rencontrer les bonnes personnes pour intensifier leur plaisir
respectif.

16
DÉCEMBRE 2022

31 décembre, 19 h15

L’effervescence des fêtes de fin d’année emplissait la


maison récemment investie par Annabelle et Simon.
Installés dans la partie rénovée et parfaitement décorée, ils
savouraient ce nouvel espace de vie. Les odeurs de
peintures fraiches embaumaient le lieu. Ils rayonnaient de
bonheur après des mois de camping. Certes, il restait
encore pas mal de travaux pour terminer l’aménagement
des annexes, mais le principal était réalisé dans les délais
impartis.
Annabelle abordait cette nouvelle année avec confiance
et détermination et surtout, meilleur moral. Le traitement pris
depuis deux mois lui permettait de gouter à la vie avec
délectation. Tout lui paraissait à nouveau facile, gai,
tranquille. Sa rumination permanente avait disparu pour
laisser place à des pensées positives. Le décès de son père
semblait accepté. Sa maman remontait la pente doucement,
mais surement. Annabelle y séjournait souvent deux ou trois
jours par-ci, par-là, même si sa présence devenait moins
nécessaire. Elle s’en réjouissait pour sa mère, pour elle et
Simon qui commençait à avoir de plus en plus de mal à gérer
ses absences. Les tournées régulières de ses entreprises
suffisaient. Il supportait de moins en moins leur séparation,
surtout depuis leurs retrouvailles charnelles. Le rythme
timide des premiers moments s’intensifiait au fil des jours.
Ils faisaient l’amour 4 à 5 fois par semaine, voire davantage,
avec toujours la même envie partagée, le même désir. Il
savourait chaque instant avec sa femme et en redemandait.
Annabelle se posta devant son miroir, une belle robe
rouge drapant son joli corps mince. Elle se contorsionna afin
d’inspecter les plis sur ses hanches. Parfait. Cette robe la
mettait vraiment en valeur, pigeonnant sa poitrine
généreuse, accentuant ses courbes callipyges, et galbant
son fessier encore haut pour ses 51 ans. Elle ressentit une
apparente fierté à se découvrir ainsi. Certaine de son

17
charme, elle imagina déjà la soirée chez leurs amis, invités
à réveillonner dans leur maison. À part les hôtes, Simon et
Annabelle ne connaissaient pas la trentaine de personnes
conviées. Peu importe. Ils discuteraient, les bulles aidant à
se désinhiber.
Ils avaient reçu plusieurs invitations de couples libertins,
mais Annabelle ne se sentait pas encore prête pour y
retourner. Elle voulait attendre le bon moment pour
découvrir à nouveau ces ambiances si particulières que
permettaient les soirées privées libertines. Mais elle
manquait de certitude. Même si le reflet du miroir lui
renvoyait une image d’une femme élégante, sensuelle et
charmante, elle craignait de se sentir en décalage, plus à sa
place et surtout, moins convoitée. Simon avait beau lui dire
qu’il n’en était rien, elle souffrait cruellement de l’absence de
confiance en elle. Certes, elle conservait la ligne, mais elle
percevait bien les quelques rides sur son visage, l’ovale qui
commençait à s’affaisser, les cuisses un peu moins fermes,
les fesses un peu plus molles. Pas réjouissant tout ça.
Simon, lui, ne voyait que la beauté lumineuse de sa femme,
les courbes harmonieuses de son corps, ses seins tendus
et généreux, sa peau satinée et si douce, ses fesses
galbées. Les petites imperfections la rendaient encore plus
belle, plus vraie, plus authentique et carrément bandante !
Annabelle ajusta ses cheveux qu’elle releva en un élégant
chignon volontairement négligé afin d’éviter le côté rigide de
cette coiffure. Quelques mèches bouclées caressaient ses
épaules dénudées. Elle opta pour un maquillage nude qui
saurait mettre en valeur ses jolis yeux mordorés bordés d’un
fard rosé, d’un ricil brun pour allonger son regard, une
touche de rose subtil sur ses joues et un brillant à lèvres
nacré. Elle se scruta quelques secondes intensément et se
plut ainsi. Des frissons remontèrent de son bas ventre
jusqu’à sa poitrine. Elle avait envie de faire l’amour, là, à cet
instant. Simon trafiquait encore sur son ordinateur. Elle ne
lança pas les hostilités, sachant qu’un mot suffirait à
l’encourager. Coiffée, maquillée et habillée, elle ne risquerait
pas un ébat, même rapide, qui l’obligerait à recommencer

18
toute la manœuvre. Ce serait encore meilleur le matin
suivant. La frustration accentuerait ses pulsions charnelles
et celles de Simon.
Enfin prêts, ils partirent en direction des festivités, motivés
plus que jamais à passer cette fin d’année comme il se
devait. Champagne, buffet premier choix, belles
compagnies, tous les ingrédients semblaient au rendez-
vous pour profiter de l’instant présent et des plaisirs.
Ils arrivèrent aux alentours de 20 h. Anne-Cécile et
Laurent les accueillirent, sourire aux lèvres, heureux de les
recevoir.
- Tu es magnifique, ma chérie ! complimenta son amie.
- Comme toujours Anne ! renchérit Laurent qui
s’empressa d’embrasser Annabelle en abusant de
l’aubaine pour lui glisser une main dans le dos.

Laurent était du genre beau gosse et séducteur assumé.


Ses yeux coquins furetaient la moindre occasion pour
aborder la gent féminine avec gourmandise. Cependant, il
restait courtois et respectueux. Il jouait. Et Anne-Cécile s’en
amusait.
- Je prends vos manteaux et vous laisse vous avancer
dans le salon. Vous êtes grands. Nos amis sont tous
sympas, vous allez voir. Ah, j’oubliais, Arthur est là
aussi. Il est en transit chez nous avant de repartir, je
ne sais où ! expliqua Laurent.
- Ah oui ! super nouvelle ! ça fait une éternité que nous
ne l’avons pas vu. Il devait avoir une quinzaine
d’années, la dernière fois, rétorqua Simon.
- Il en a trente aujourd’hui ! quelle horreur…
- Comme Mélissa.
- Oui, c’est exact. On parlera de nos gamins un autre
jour ! Ce soir, place à la fête !
Simon et Annabelle rejoignirent le salon et la plupart des
invités déjà en train de picorer les premiers toasts. Ils firent
le tour en se présentant. L’accueil chaleureux, l’ambiance
s’annonça des plus agréables. Alors qu’Annabelle prenait
une première coupe de champagne, sa vue se voila sous

19
des mains chaudes qui se posèrent sur ses yeux. Aussitôt,
elle fixa les siennes sur ces dernières qui lui parurent bien
grandes et larges pour être celles d’une femme.
Elle sentit un souffle tiède s’approcher de son cou. Elle
n’osa plus bouger, se demandant qui avait l’audace d’un tel
contact si intime tout de même. Une voix grave et suave vint
murmurer au creux de son oreille.
- Tu es encore plus ravissante que dans mes souvenirs,
belle Annabelle…
Elle ne reconnut pas ce timbre. Qui était-ce ? Aucune
autre personne de son cercle amical n’était présente ce soir.
Aucune… sauf Arthur bien sûr ! Elle fit volte-face et découvrit
un garçon à la beauté fulgurante et insolente de son jeune
âge. Elle en perdit même ses mots quelques secondes. Son
trouble n’échappa en rien à Arthur, trop heureux de son effet
de surprise.
- Eh bien, si je m’attendais à te voir aussi grandi ! Tu as
bien changé depuis la dernière fois… vraiment…
- Pas toi Annabelle. Je me souviens parfaitement de ta
beauté rayonnante qui me faisait bien fantasmer du
haut de mes quinze ans !
- Arrête, voyons ! Tu vas me faire rougir là.
- Mais c’est vrai. Tu étais l’amie de maman que je
préférais et quand je savais que vous alliez venir,
j’étais comme un fou !
- Tu exagères, Arthur. Bon en tous cas, te revoir me fait
très plaisir. Tu as l’air en forme. Ta mère m’a dit que
tu étais là pour quelque temps à peine. Tu vadrouilles
à travers le monde ?
- Oui, pas mal ces deux dernières années. Je préfère
visiter un max de pays pour l’instant, tant que je n’ai
pas d’attache quelconque.
- Oui, tu as raison d’en profiter. Et où es-tu allé ?
- L’Asie surtout. Mais là, j’ai un plan pour partir en
Australie quelques mois rejoindre des potes. Ça me
tente bien.
- Et tu trouves du travail quand tu pars ?

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- Oui, je fais des petits boulots. C’est facile de trouver
quand tu n’es pas trop exigeant. Parfois, je demande
juste le gîte et le couvert contre des services en tous
genres. C’est cool. Je n’ai pas besoin de grand-chose,
tu sais.
- Je suis fascinée par votre liberté. Mes filles sont
comme toi. Elles sont à la recherche d’authenticité de
vie au contact des humains.
- Elles font quoi maintenant ?
- Mélissa vit à Lyon et travaille en tant qu’éducatrice spé
auprès de jeunes adultes déficients. Elle adore son job
et le fait avec beaucoup d’implication. Cassandra est
aussi à Lyon et travaille dans une maison de retraite
en tant qu’infirmière.
- Elles sont amoureuses ?
- Je ne sais pas trop. Pas simple, je crois, de trouver un
garçon. Elles s’amusent, profitent !
- Ouais… comme moi. Je profite aussi à fond. Pas envie
de m’attacher. Puis les filles de mon âge ne m’attirent
pas.
- Ah bon ?
- Cela t’étonne ?
- Non… je suppose que non.
- Tu sembles gênée pourtant…
- Non ! quelle idée ! Pourquoi je serais gênée d’ailleurs ?
Alors qu’Arthur s’apprêtait à rétorquer pour intensifier le
malaise d’Annabelle, celle-ci héla Simon et planta le jeune
homme sans lui laisser le temps de réagir. Elle s’extirpa de
cette conversation fort embarrassante. Le rouge aux joues
lui était monté à plusieurs reprises. À quoi jouait ce garçon
qu’elle avait vu tout petit ? Son regard la troublait et elle
n’aimait pas ça. Il posait sur elle des yeux malicieux qui
semblaient vouloir la dévorer. Quand même ! 21 ans les
séparaient. Elle avait bien compris qu’il préférait les femmes
plus vieilles que lui, mais les gamins ne l’attiraient pas.
Elle rejoignit Simon, flattée par cette drague insolente d’un
jeune homme magnifique et audacieux. Les souvenirs
agréables d’être séduite se rappelèrent à elle. Elle avait

21
pourtant l’impression d’être coupée de ces sensations
depuis de nombreuses années. Peut-être se les refusait-
elle. Possible. Son travail occupait tout son espace mental
et émotionnel. Son ambition aiguisée ne lui avait guère
permis de s’octroyer du temps pour les plaisirs de la vie au
grand dam de Simon. Les années s’étaient alors succédé à
toute vitesse. La cinquantaine l’avait cueillie sans crier gare.
Elle se réveillait peu à peu de cette longue période
d’hibernation, coupée de ses propres envies, de ses
passions profondes, de sa vie de femme. L’important se
trouvait dans l’ici et maintenant. Faire l’amour avec Simon
lui permettait d’accéder au plus haut de sa libido. Elle
aspirait à se reconnecter à son intériorité, telle une
séductrice redoutable dont les charmes certains
soumettaient à son désir plus d’un homme. La confiance
retrouvée, Annabelle s’éveillait tous les matins, une fleur
nouvelle, libre et curieuse de la vie qui s’offrait à elle.
Simon remarqua l’œil allumé de sa femme. Il l’accueillit
avec un sourire complice qui attendait une confidence.
- Tu as l’air bien joyeuse ma chérie. Une bonne
nouvelle ? Une envie subite peut-être ?
- Je suis un peu émoustillée, figure-toi.
- Ah bon ? Par moi j’espère…
- Désolée, mais non, tu n’en es pas l’origine pour une
fois.
- Mumm… tu m’intéresses.
- Tu vas me trouver ridicule…
- Quoi ? C’est Laurent qui t’a draguée ?
- Non, non, pire !
- Pire ? Faut dire qu’il y a quand même une certaine
quantité de mâles ce soir susceptibles de te
convoiter… tu es si excitante dans cette robe.
À ces mots, Simon glissa sa main dans le bas du dos
d’Annabelle afin d’effleurer sa peau, ce qui provoqua une
montée de frissons agréable.
- Arrête ! Tu vas me donner envie !
- J’espère bien oui. Bon alors, c’est qui ce troubleur de
fêtes.

22
- Non, laisse tomber.
Annabelle se libéra de l’étreinte de son mari et engagea
la conversation avec le groupe de personnes à ses côtés
afin de faire diversion. La soirée se poursuivit tranquillement
et les convives sympathisèrent tous ensemble, partageant
plusieurs coupes de champagne et toasts délicieux.
L’ambiance détendue et festive, due à la musique rythmée,
s’intensifia jusqu’aux douze coups de minuit qui clôturaient
l’année 2021. Annabelle prit bien soin de rester à l’écart
d’Arthur malgré ses tentatives d’approches répétées. Elle
croisa son regard ténébreux à plusieurs reprises, ses
sourires indécents et provocateurs, son corps qui lui
balançait outrageusement son extrême sensualité. Elle fit
comme si de rien n’était et s’arrangea pour lui tourner le dos
dès qu’il semblait se diriger vers elle. Ils jouèrent à cache-
cache une bonne partie de la soirée, ce qui eut comme effet
pour l’un et pour l’autre d’aiguiser leur excitation gourmande.
Annabelle enquilla les coupes de bulles et la tête
commença à s’embrumer. Elle chérissait cet état agréable
de l’alcool grisant qui la plongeait avec délicatesse dans un
émoi, relevé d’un soupçon d’inhibition torride. Juste de quoi
lui permettre un doux et léger lâcher-prise. Son charme
délectable et ravageur émergeait de ses profondeurs
intimes et inaccessibles. Simon reconnaissait la frontière
entre ces deux plaques tectoniques et le tsunami émotionnel
qui risquait d’en découler. Il adorait sa femme ainsi, libre de
tous complexes, de toutes gênes, aimante et follement
désirable. Ce comportement provocateur suscitait les plus
vives réactions dans le milieu libertin.
Un peu après minuit, Arthur profita d’un moment
d’inattention pour se poster derrière Annabelle alors qu’elle
dansait, un verre à la main, sur une musique langoureuse
orientale. La plupart des hôtes fortement alcoolisés
continuaient à boire à la santé de cette nouvelle année tout
aussi inquiétante que la précédente, discutaient politique et
autres sujets brûlants, pendant que d’autres fumaient à
l’extérieur. Pas grand monde en soi pour observer le
manège malicieux d’Arthur. Ce dernier s’assura que Simon

23
avait déserté le salon et partageait une cigarette avec son
père sur la terrasse. La voie libre, il s’approcha à pas de loup
d’Annabelle. La musique lancinante et exotique invitait sans
aucun doute à une danse des plus sensuelles. Il se colla à
elle, la ceinturant d’une main, et emprisonnant de l’autre
celle d’Annabelle. Il posa délicatement sa tête contre les
cheveux de son fantasme dont il huma l’odeur avec
délectation. Annabelle, sur son nuage, ne reconnut pas son
assaillant et s’abandonna aux ondulations plus qu’agréables
de ce contact charnel qui la réchauffait. Cette sensation fort
savoureuse se prolongea un moment sans qu’elle essayât
de s’en extraire. Elle se laissa guider par les mouvements
d’Arthur au gré de la musique planante. Elle sentit les mains
puissantes sur sa taille qui l’enserraient et provoquaient des
troubles dans son ventre. Elle bougea davantage son corps,
se colla de plus en plus contre celui encore inconnu de ce
cavalier mystérieux. Simon ? Non, il n’était pas aussi
grand… Laurent ? Il ne dansait pas aussi bien… Elle avait
bien repéré un certain Yann, beau gosse avec qui elle avait
discuté un moment. Il était marié et sa femme ne paraissait
pas le genre à le laisser s’exciter ainsi sur la piste de danse.
Tout en gardant les yeux fermés, elle se retourna pour faire
face à son galant complice. Elle posa ses mains sur son
torse et découvrit une rangée de bosses sculpturales sous
la chemise à moitié ouverte. Quels abdos ! Et elle comprit à
ce moment précis qu’un seul homme, présent à cette soirée,
pouvait s’enorgueillir de posséder de tels muscles saillants.
Arthur… Elle éclata de rire et s’approcha de lui tendrement.
- Tu es un vilain garçon mon chéri…
Arthur ne répondit rien et accentua son déhanché.
Soudain, il la pencha sur le côté à la manière d’un danseur
de tango. Ils se firent face alors. Les yeux dans les yeux,
leurs mains prirent la parole et explorèrent avec discrétion
l’anatomie de l’autre. Annabelle les fit courir tout le long du
dos musclé du jeune homme, et put sentir le désir durcir de
ce bel Appolon qui embrouillait ses esprits. Le concert
s’éternisa de longues minutes. Cette rencontre sensuelle
entre les deux danseurs d’un soir semblait suspendue dans

24
le temps. Annabelle reconnut les signes de son excitation
intime. Elle plaqua son buste davantage contre celui
d’Arthur, approcha ses lèvres afin de l’embrasser, mais
résista à cette pulsion déraisonnable. Lui n’avait d’yeux que
pour elle. Il lui susurrait des « tu es magnifique » et puis des
« j’ai tellement envie de toi » et encore des « viens avec moi,
viens dans ma chambre ». Les effets de l’alcool
s’atténuèrent un peu. Annabelle recouvra ses esprits et
croisa surtout le regard d’une des convives qui paraissait,
sans aucun doute, choquée. Elle réalisa soudain l’absurdité
de la scène. Une quinqua avec un gamin de 20 ans son
cadet. Elle repoussa Arthur gentiment et se réfugia aux
toilettes. La honte ! Ou pas… quel délice. Elle ressortit et
chercha Simon qu’elle trouva affalé sur un fauteuil en train
de cuver son trop plein de boissons. N’avait-il rien vu ? Elle
préféra le laisser se reposer. Elle aperçut Arthur dans
l’entrebâillement du couloir qui l’admirait toujours avec envie
et insistance. Il lui tendit la main, comme une nouvelle
invitation. Elle hésita, regarda Simon, hésita encore et puis
céda à la tentation d’un corps à corps musical. Elle
s’abandonna sur la piste et à nouveau se blottit contre ce
garçon si entreprenant. Elle ferma les yeux et envoya au
diable les regards réprobateurs des convives à moitié
saouls. Elle ne faisait rien de mal après tout. Juste danser.
Serré collé, possible, provocante et terriblement sexy,
certainement. Son entrejambe s’humidifia encore plus
quand Arthur la plaqua contre lui et appuya dans le creux de
ses reins. Ses seins s’écrasèrent contre son torse viril. Leurs
lèvres se cherchaient, s’évitaient, et se cherchaient encore.
Ils dansèrent ainsi plusieurs longues minutes. Annabelle
profita de ces moments charnels indécents jusqu’à ce
qu’elle vît Simon qui furetait.
- Merci, Arthur, pour cette soirée. Tu sais, j’aurais eu
quelques années de moins et dans un tout autre
contexte…
- Dommage… répondit le jeune garçon, des lumières
dans les yeux.
Annabelle agrippa Simon.

25
- Eh bien, tu t’es bien excitée, dis-moi !
- Tu m’as vue ?
- Danser avec Arthur ? Oui… coquine…
Annabelle éclata de rire.
- J’ai honte Simon…
- J’espère que tu es au summum du désir ma chérie.
- Oh oui ! il m’a bien remuée, le bougre.
Ils remercièrent leurs amis de cette superbe soirée,
regagnèrent leur véhicule, firent la route comme ils purent et
se sautèrent l’un sur l’autre afin de poursuivre ce début
d’année une fois leur chambre retrouvée. Ils firent l’amour
plusieurs fois jusqu’à s’endormir, enlacés, Simon heureux
de ces moments intenses avec sa femme, Annabelle, le
souvenir troublant de ce bel Arthur, imprégné dans son
esprit et sur sa peau. Le volcan si longtemps éteint se
rallumait peu à peu.

26
JANVIER 2022

L’année démarra avec un léger gout d’interdit délicieux


dont Annabelle espérait bien en savourer à nouveau le
nectar. Les quelques jours suivant cette douce soirée
laissèrent la place à d’innombrables images érotiques. Ces
envies retrouvées flirtaient du matin au soir avec l’imaginaire
fertile d’Annabelle et l’entrainaient vers un vagabondage de
l’esprit des plus excitants.
Dès lors, elle alpaguait Simon à la moindre occasion et
s’offrait à lui sans retenue. Ce dernier ne s’en plaignait pas,
bien au contraire, et en redemandait. Les soirées
réchauffaient l’atmosphère froide de l’hiver au coin de la
cheminée. Le feu crépitait au rythme des coups de hanches
de Simon, des danses sensuelles des corps en nage, des
baisers fougueux qu’ils échangeaient au gré de leur
cavalcade passionnée. Pour pimenter davantage leurs
ébats, Simon photographiait sa femme sous toutes les
coutures afin d’augmenter leurs posts Insta et le site libertin,
dans le but d’atteindre un nombre certain de followers.
Annabelle adorait jouer à la mannequin. Elle s’offrait
régulièrement des tenues coquines qui mettaient en valeur
sa belle silhouette fine. Elle usait d’œillades provocatrices
devant l’objectif intrusif de Simon, excité dès les premiers
cliquetis de son appareil photo. Chaque soir, le salon se
transformait en un véritable studio. Simon triait ensuite les
prises et ne conservait que les meilleures dont il rectifiait la
lumière, le cadrage, les contrastes. Il s’avérait posséder un
bel œil pour capter sur le vif le détail d’un grain de beauté,
d’une mèche rebelle, d’un téton qui pointait, d’une cheville
délicate, d’une bouche entrouverte ou d’un regard
gourmand. Les abonnés raffolaient de ces clichés.
Annabelle voyait de jour en jour le nombre augmenter. Elle
trouvait cela follement excitant et drôle. Elle s’étonnait aussi
du pouvoir de séduction qu’engendrait ce genre de réseau.
Une reine dans son royaume… avec des hommes à ses
pieds.

27
Leur compte libertin n’échappait pas à la montée de
testostérone. Leur fiche, bien rédigée, bien alimentée de
belles photos, classes et sensuelles, attiraient bon nombre
d’hommes seuls en recherche de moments de complicité
extrême. Des couples les contactaient également, mais
Annabelle sentait bien que son côté bi, longtemps directif,
l’abandonnait. Depuis cette danse torride avec le jeune
Arthur, elle envisageait des expériences en trio avec de
beaux mâles entreprenants et aguerris.
Simon, frustré par le manque d’envie de sa bien-aimée
d’une femme, n’insista guère au risque de la voir se fermer
à nouveau pour un temps indéfini. Trop heureux de sa libido
himalayenne, il accepta les nouvelles demandes
d’Annabelle.
La tâche s’avéra vite difficile. Quotidiennement, pléthore
d’hommes toquèrent à la porte de leur fiche en se vantant
pour l’un, d’avoir une endurance sans pareille, pour l’autre
un coup de reins unique, des doigts de magicien, une langue
habile. Tout l’attirail qui promettait une jouissance express
garantie. Annabelle se lassa rapidement de ses
conversations vides et passa la main à Simon qui
n’escompta guère plus de résultats.
Et quand ils tombèrent d’accord sur un prétendant, il leur
fit faux bond au dernier moment. Ils découvraient la
complexité du milieu qui semblait s’être intensifiée depuis le
Covid. Les gens se dévoilaient méfiants et indécis, même
les hommes célibataires. Annabelle ne s’attendait pas à ce
que cela soit si compliqué.
Les semaines passèrent ainsi, dans l’attente de LA
RENCONTRE. Les shootings s’enchainèrent et les abonnés
avec. Finalement, cela suffisait pour maintenir le désir des
deux amoureux.

28
MARS 2022
8 mars, 8 h 48

Un matin ordinaire de Mars, Annabelle se posta devant


l’ordinateur une énième fois. Elle parcourut ses relevés
bancaires, réajusta les rentrées d’argent des entreprises,
régla et enregistra les dernières factures de la veille. Une
fois son travail de gérante terminé, elle ouvrit son compte
libertin afin de glaner ici et là des fiches intéressantes. Elle
constata que de nombreux hommes, candidats aux délices
à trois, s’étaient aventurés sur leur profil, leurs photos, en
laissant des commentaires flatteurs. Certains avaient
entamé une discussion. Elle balaya rapidement les
tentatives d’approches. Aucun ne la charmait. Alors qu’elle
s’apprêtait à fermer la page, le « ding » annonça une
nouvelle conversation.
- Bonjour, madame est magnifique… quel corps. Un
plaisir à regarder…
- Merci
- C’est M. ou Mme ?
- Mme
- Enchanté. Vous donnez très envie de parcourir votre
corps du bout des doigts et de la langue pendant un
très long moment…
- On ouvre les albums ?
Annabelle pressa, pour une fois, les étapes courtoises,
flatteuses et pompeuses. Elle s’impatientait de découvrir le
visage de ce bel inconnu dont la photo de profil laissait
présager un corps d’Appolon.
- C’est fait…
- Tu es mumm…
- Ça vous plait ?
- Oui, beaucoup
- Vous êtes très très sexy
- Tu es très charmant
- Merci, je vous retourne le compliment. Vraiment très
excitante…
- Tu es sur quelle ville ?

29
- Valence
- Nous sommes un peu loin de toi…
- La route ne me dérange pas.
- Quand même… ça fait un bout de chemin.
- 1 h 15…
- Tu as déjà regardé ?
- Chut… Vous aimez qu’on s’occupe de vous avec de
longs préliminaires ?
- Qui n’aime pas ça ?
- J’adore ça aussi… voir le plaisir que je peux donner,
le regard, sentir le souffle…
- Si tu es dispo dimanche après-midi, nous ne passons
pas très loin de Valence. Nous pouvons faire un détour
pour nous rencontrer et faire connaissance.
- Oui, pourquoi pas. Aller boire un verre.
- Pourquoi pas oui.
- Avec plaisir. Et peut-être commencer à jouer un peu…
- Ouiiii ! propose-nous…
Annabelle sentit son cœur s’accélérer sans trop
comprendre pour quelles raisons. Cet homme lui plaisait
beaucoup physiquement, dans sa manière de l’aborder. Elle
captait son sourire derrière l’écran. Sa timidité apparente la
séduisait.
- En revanche, je ne peux pas recevoir chez moi, car j’ai
mes deux ados pour le week-end, donc à voir, suivant
nos envies.
- Ah mince. Bon, je vais voir avec Simon, mon chéri. On
essaie de trouver un endroit sympa pour s’y retrouver
et au moins établir un premier contact.
- Oui ça me va. Vous savez, je débute totalement dans
le milieu.
- Mumm. J’adore les nouveaux !!!
- J’ai l’impression que je serai entre de bonnes mains…
- Et pas que…
- Mumm…
- Je reviens vers toi dès que possible pour caler notre
rendez-vous.

30
- Passez une bonne journée.
- Toi aussi… ?
- Hugo
- Annabelle, enchantée Hugo.
- De même.
Annabelle se déconnecta, non sans un début d’excitation.
Cet Hugo lui plaisait et elle envisagea de concrétiser ce
premier échange par une rencontre réelle dans le week-end.
Elle appela Simon et lui montra le profil de ce futur complice
encore ouvert.
- Qu’en penses-tu ? Pas mal, non ?
- Oui, on dirait…
- Quoi ? Il est charmant et bien éduqué !
- C’est toi qui vois Anna. S’il te plait, pas de soucis.
- Bon, alors il me plait ! Je lui ai proposé qu’on se
rencontre dimanche après-midi pour boire un verre.
- Pourquoi pas…
Annabelle réfléchit quelques secondes et un éclair de
génie la traversa.
- J’ai une meilleure idée !
- Vas-y, dis-moi.
- Si on lui proposait de nous rejoindre à l’hôtel samedi
soir après le repas. Yeux bandés et mains attachées
pour moi…
- Il n’a pas ses filles, tu m’as dit ?
- Si, mais cela ne l’empêche peut-être pas de sortir. Ce
sont des ados. Et puis, il faut lui proposer. Il nous dira
s’il est dispo ou pas.
- Oui, ça peut être très excitant, effectivement. Mais tu
ne crains pas qu’au final il te déplaise ?
- Je prends le risque. J’ai la sensation qu’il va me plaire,
au contraire.
- OK.
- Bon, je lui propose alors…
Annabelle ne perdit pas une seule seconde et envoya un
nouveau message à Hugo, toujours connecté.
- Coucou, l’aborda-t-elle.

31
- Coucou, répondit aussitôt Hugo, impatient de discuter
à nouveau avec cette belle libertine.
- J’ai vu avec Simon et finalement, on a un autre plan.
- Ah…
Hugo eut bien du mal à cacher sa déception. À peine
contacté qu’on le recalait déjà. Annabelle se rendit compte
de la méprise et rebondit immédiatement.
- Non non ! désolée ! on a un autre plan à te proposer !
- Ah, d’accord. Avec plaisir alors, dis-moi.
- Eh bien, on a un repas de famille samedi soir du côté
de Montélimar. On a pris un hôtel et on se disait que
tu pourrais nous y rejoindre après, vers 23 h. qu’en
penses-tu ?
- Carrément oui !
- C’est un peu tard du coup, mais l’excitation due à
l’attente n’en sera que plus forte…
- Pas de soucis pour moi, je suis un couche tard !
- Génial ! répondit Annabelle, ne cachant pas son
enthousiasme.
- Oui, je suis ravi de vous rencontrer.
- OK ; mais il y a un scénario.
- Ah oui ?
- Oui. Tu en sauras plus dans les prochaines heures…
- Mumm… j’adore !
- Super alors ! Nous t’enverrons un SMS quand nous
quitterons le repas. Ça te laissera une vingtaine de
minutes pour arriver.
- Oui. Ce sera parfait.
- J’ai hâte de savourer cette première soirée…
- Moi aussi ! très excité.
- Écoute, je te donne mon Insta : belle_annabel. La
discussion y est plus interactive. Et tu pourras
découvrir mon univers…
- Avec plaisir. Le mien est le-boss26.
- Le boss ?
- Comme Hugo…
- Ah oui ! Pas mal trouvé.

32
- C’est bon. Je t’ai ajoutée, belle Annabelle…
- Parfait. Nous allons pouvoir nous préparer à cette
rencontre mentalement alors… afin de faire monter
notre désir. Tu aimes jouer Hugo ?
- Oui, j’adore ça !
- Je t’attends sur mon compte Insta mon chat…
Annabelle coupa la connexion et prit son téléphone. Elle
repéra la demande de message de le-boss26 qu’elle
accepta aussitôt.
- Re, écrivit-elle.
- Coucou… je reconnais ton magnifique corps. Tu es
vraiment belle et j’adore tes courbes. Je ressens ta
sensualité.
- Merci. Je suis flattée de te plaire ainsi.
- Flattée ? Pourquoi ?
- Tu es très bel homme et je me sens encore plus
flattée de plaire à un homme comme toi.
- C’est moi qui devrais l’être. Tu es très attirante.
J’adore ton regard coquin, tes formes généreuses. Tu
es le genre de femme qui m’attire.
- Et c’est quoi le genre de femme qui t’attire ?
- Malicieuse, joueuse, sensuelle, gourmande,
intelligente…
- Et tu penses que je suis tout ça ?
- Sans aucun doute… nos corps vont s’entendre à
merveille…
- J’ai très envie de sentir ta peau contre la mienne, tes
lèvres contre ma bouche, tes mains sur mon corps
brûlant de désir…
- Mumm… Je suis déjà tout excité en imaginant, très
très dur…
- Je le suis aussi…
- Ah bon ?
- Autant que toi… cela t’étonne ?
- Je ne pensais pas pouvoir faire autant d’effet ?
- Tu plaisantes là ! tu m’excites beaucoup Hugo, sache-
le…

33
- Ça va être difficile d’attendre jusqu’à samedi… je vais
avoir du mal à me concentrer à mon travail.
- Tu y es là ?
- Oui !
- Tu fais quoi ?
- Directeur commercial. Je suis dans ma voiture la
plupart du temps.
- Et tu me réponds alors que tu conduis ?
- J’ai l’habitude ! t’inquiète.
- Fais gaffe quand même. On se reparle quand tu seras
calé chez toi ce soir si tu veux. Je ne voudrais pas être
responsable d’un accident !
- J’ai l’habitude. Je maitrise ! Mais si tu préfères, on
peut faire comme ça oui. Je serai chez moi vers 18 h.
Et je serai tout à toi…
- Tout à moi ?
- Oui ! entièrement à ta merci… je suis tout tendu là ! et
j’ai un rendez-vous chez un client…
- Je t’envoie une petite photo pour t’aider à
redescendre alors…
Annabelle choisit un cliché d’elle très dénudée qui mettait
en valeur son petit cul bien tendu. Elle lui envoya aussitôt.
- Rohhhh !!! Ce n’est pas sympa ça, répondit Hugo,
amusé et déjà séduit par ce jeu qui s’instaurait entre
eux deux.
- Ça te plait mon chat ?
- Envie de le manger !
- Il t’attend… allé, va travailler.
- Je vais avoir du mal à rester focus sur mon client !
- Tu en veux une autre pour t’y aider ?
Elle n’attendit pas de réponse et transmit aussitôt une
nouvelle photo qui dévoilait toujours autant ses charmes.
Elle rit à l’idée de la scène et imagina ce pauvre Hugo mal à
l’aise et gêné par son entrejambe érigé.
- Tu es une vraie diablesse… et j’adore ça ! mais je me
vengerai samedi…

34
- Je l’espère bien… je t’embrasse mon chat…
partout…
- Moi aussi belle Annabelle… à ce soir surtout.

Annabelle se força à stopper la discussion malgré l’envie


de poursuivre ce jeu on ne peut plus excitant. La connexion
avec Hugo semblait immédiate, fluide et très amusante
aussi. Il avait de la répartie, comme elle aimait. Elle
fantasma sur la perspective d’une soirée incroyable et
torride, accompagnée par cet homme aux atouts
indéniables.
Les trois jours les séparant s’amorçaient en intenses
échanges. Leur désir impatient grandirait au fur et à mesure
des mots et clichés partagés.
Annabelle poursuivit son planning du jour avec une
difficulté de concentration évidente. Régulièrement, elle
repartait sur le site afin de jeter un œil sur le profil d’Hugo,
resté ouvert. Elle lorgnait les photos qui dévoilaient
quelques attributs de sa virilité, toute en nuance et
délicatesse, mais suffisamment évocatrices d’une
propension à donner du plaisir à ses partenaires. Elle en
adorait une en particulier sur laquelle Hugo souriait à pleines
dents. Le charme de cet homme la troublait sans qu’elle en
comprenne la raison véritable.
Elle s’adonna ainsi à ce plaisir discret tout en zieutant sur
son compte Insta, à l’affut d’un mot qui relancerait leur ping-
pong verbal.
À 11 h 30, une notification l’avertit d’une conversation.
Elle se rua dessus, tout excitée à l’idée qu’Hugo se cachait
derrière cette alerte. Bingo ! Il était revenu.
- Coucou ma belle !
- Coucou mon chat… déjà de retour ?
- Je n’ai pas pu attendre jusqu’à ce soir pour te parler.
- Tu m’en vois ravie ;). Tu as réussi à mener ton
rendez-vous ?
- Difficile… très difficile
- Ah bon ? Pourquoi donc ?
- Tu le sais très bien diablesse…

35
- Je ne vois pas à quoi tu fais allusion bel Hugo…
- Je n’avais plus beaucoup de sang dans le cerveau.
- Mince, j’en suis désolée pour toi.
- Je n’y crois pas une seule seconde ! tu aimes ça,
savoir que je ne pensais qu’à toi pendant mon rendez-
vous… avoue !
- Bon, d’accord, je le confesse… Jmais rassure-toi, j’ai
bien du mal de mon côté à réfléchir de manière sensée
- Ah bon ? Pourquoi ? ;)
- Mumm… je vois… tu veux vraiment savoir ?
- Ouiiii
- Je regarde tes photos en boucle… tu me plais
vraiment
- Il n’y en a pourtant pas beaucoup.
- Suffisamment pour m’évoquer une rencontre
délicieuse et très très inspirante…
- J’ai très envie ! et hâte d’être à samedi. De te toucher,
t’embrasser, parcourir ton corps avec ma bouche, mes
mains… savourer ton nectar qui coulera sous mes
doigts…
- Découvrir ton corps, caresser ta peau, gouter à tes
lèvres, sentir la puissance de tes baisers, frémir sous
ta langue, jouir sous tes coups de reins…
- Mumm… je suis tout dur… tu m’excites trop !
- Je suis humide à te parler ainsi… tu m’excites trop
aussi !
- Je vais compter les heures qui me séparent de toi…
- Ça va être long jusqu’à samedi. Tu m’envoies une
photo de toi ?
- De moi ? tu veux quoi ?
- Tes fesses, tes avant-bras, ton dos… tout !!!
- Je ne suis pas très photogénique, tu sais.
- Envoie-moi ta belle q…. toute dure pour moi.
- Tu es gourmande. Ça me plait.
Hugo s’exécuta sur-le-champ. Il déboutonna son jean et
photographia son sexe bandant pour Annabelle, en
ressentant une excitation incroyable. Il lui expédia aussitôt.

36
- Waouh ! magnifique ! répondit-elle, heureuse d’avoir
trouvé un complice si joueur.
- Ça te plait ?
- Oh oui ! j’imagine déjà ce que je vais pouvoir faire
avec, samedi.
- Mumm…
- Je la prendrai dans ma bouche et la garderai afin de
sentir ton désir croitre et jaillir…
- J’en peux plus là…
Annabelle éclata de rire en imaginant Hugo. Simon
l’entendit et se demanda pourquoi sa femme semblait si
joyeuse.
- Pourquoi tu ris comme ça ? la questionna-t-il en la
rejoignant dans le salon.
- C’est Hugo qui m’envoie des photos de son anatomie.
- Tu parles toujours avec lui depuis ce matin ?
- Non, on vient juste de reprendre. On se chauffe pour
samedi, tu sais.
- Vous avez le temps, on n’est que jeudi.
- Oui, mais tu sais que j’adore ça ! et puis, ça me permet
de le tester, de voir s’il est joueur et coquin.
- A priori, oui…
- Je confirme.
- OK. On mange quoi ?
Annabelle perçut l’irritation de son mari. Elle décida de ce
fait de congédier Hugo, à regret.
- Bon, je te laisse mon chat, je dois aller préparer le
repas.
- Oui, bien sûr… je vais calmer la bête !
Annabelle explosa à nouveau de rire, mais se contint
aussitôt. Elle ne désirait pas agacer Simon davantage.
- Tu vas faire quoi pour la calmer ?
- M’isoler et me…
- Non ?
- Ben si, je n’ai pas le choix si je veux retrouver un peu
de connexion cérébrale…

37
Elle retint un nouvel éclat de rire et prit sur elle. Hugo,
sous ses airs timides et réservés des premiers instants,
semblait plus déluré qu’il espérait bien le dévoiler.
- Passe une belle après-midi Hugo.
- Oui, toi aussi ma belle… je t’embrasse partout…
Annabelle sortit de son compte et posa le téléphone sur
son bureau. Elle descendit à la cuisine. Elle farfouilla dans
le frigo pour préparer le repas et surtout, chasser Hugo de
ses pensées. Elle ne cessait de visualiser la soirée qui se
profilait. Elle tilta d’un coup qu’aucune information, quant au
scénario inventé, ne lui avait été donnée. Elle se dit qu’elle
lui en parlerait dans la journée. Ou peut-être Simon pourrait
échanger avec lui, ce serait excitant de les imaginer tous les
deux, comploter.
- Dis mon chéri, je me disais que tu pourrais appeler
Hugo pour préparer la soirée, lui faire part de nos
attentes, des règles du jeu que nous avons
imaginées ;
- Oui, je comptais bien le faire.
- Ah OK. Eh bien, je vais lui donner ton numéro dans ce
cas.
- Je ferai ça samedi matin.
- Ah bon ? Pourquoi tu attends ?
- C’est bon, on a le temps. Il n’y a pas grand-chose non
plus à dire…
- Comme tu veux.
Annabelle fut un peu décontenancée par l’attitude de
Simon. Désirait-il vraiment cette rencontre ? Peut-être pas.
- Dis-moi, ça te dérange cette soirée ?
- Non, pourquoi ?
- Je sais pas… j’ai l’impression que tu es un peu agacé.
- Non, pas du tout. Je trouve ça bien, au contraire. Et
Hugo semble vraiment te plaire. C’est le but.
- OK. Parfait, alors.
Annabelle décida d’en rester là et de ne pas chercher des
problèmes là où il semblait ne pas y en avoir. Mais, elle
désirait l’entière approbation de Simon. Hors de question
qu’il subisse une situation, juste pour lui faire plaisir. Certes,

38
elle se délecterait à jouer avec Hugo et souhaitait que ce soit
identique pour Simon. C’était la condition sine qua none.
Des discussions variées animèrent le repas. Le sujet
principal tournait autour de la soirée qui se profilait.
Annabelle peinait à cacher son excitation. Elle voulait
l’aborder à chaque instant afin de bien peaufiner les tenants
et aboutissants. Elle désirait que cette première soirée en
trio soit juste parfaite, pour elle, pour Simon et pour Hugo
qui découvrait le milieu libertin. Elle imaginait son arrivée,
elle, l’attendant…
- Je vais aller acheter quelques matériaux pour avancer
dans la chambre d’hôtes. Tu viens avec moi ?
questionna Simon.
- Non, je n’en ai pas très envie. J’ai un peu de compta
à faire et je préfère rester au calme cet après-midi. Ça
t’embête ?
- Non, non. Je n’ai pas besoin de toi pour ça. Mais la
prochaine fois, tu viendras pour que l’on choisisse le
papier peint.
- OK. Promis. Tu pars après la sieste ?
- Oui, vers 14 h.
- Dac.
Ils terminèrent le repas et se calèrent dans le sofa pour
digérer. Comme annoncé, Simon fit une sieste rapide d’une
vingtaine de minutes et partit pour 2 h de virée dans les
rayons du magasin de bricolage qui n’avaient plus de
secrets pour lui. Il flânait entre les vis, les écrous, les tuyaux
en tous genres, les outils, les matériaux divers, les peintures
et bien d’autres encore. Il imaginait la transformation des
ruines au fur et à mesure qu’il réalisait, avec l’aide
d’Annabelle, les travaux de finition. Ils avaient fait appel à
des artisans locaux quant au gros œuvre. Cela lui prenait
beaucoup de temps de réflexion. Il adorait concevoir et
fabriquer de ses mains des aménagements dignes des plus
beaux catalogues de décoration. Annabelle contribuait à la
hauteur de ses capacités physiques en apportant la touche
féminine qui pouvait parfois manquer dans la finalité. Ils

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formaient une bonne équipe, bien en phase, dont les gouts
et les envies se retrouvaient toujours.
Annabelle, installée sur le canapé, ne put s’empêcher de
consulter son téléphone. Plusieurs notifications attendaient
d’être ouvertes, dont une d’Hugo. Elle s’empressa de la lire.
- Coucou ma belle… alors ce repas ?
- Coucou mon chat. Très bon, mais léger. Je fais
attention à ma ligne.
- Tu n’as pas besoin, tu es splendide et parfaite !
- Et toi, flatteur…
- Non ! je suis sincère et j’ai hâte de découvrir ce corps
magnifique…
- Je suis impatiente aussi… j’ai envie d’embrasser ce
torse si athlétique…
- Et voilà !
- Quoi ?
Il envoya un émoticône en forme d’aubergine afin de lui
signifier son excitation soudaine.
- Non ? répondit Annabelle, suivi d’un smiley riant aux
larmes.
- Je sais, c’est dingue, mais dès que je te parle, je
bande aussitôt !
- Eh bien, ça va être long jusqu’à samedi… rétorqua
Annabelle, plus que flattée par l’effet produit.
- Oh oui !! Je te confirme…
- Mais tu connais le proverbe, j’imagine. Plus c’est
long…
- Ouiiiii !!
- Un peu plus de 48h00 à attendre ; on devrait tenir,
non ?
- Pas sûr ! cette soirée m’excite vraiment beaucoup.
Toi, tu m’excites surtout.
- Suis d’accord. Mais je ne t’ai pas tout expliqué
encore…
- Ah oui ?
Annabelle choisit une tête de diablotin avec un sourire
malicieux pour illustrer ses pensées.

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- Rohhh… dis-moi vilaine !
- Simon doit t’appeler pour t’expliquer, mais je veux
bien anticiper son coup de fil et t’en donner le contenu.
Quand tu nous rejoindras, c’est Simon qui t’accueillera
à l’extérieur. Il te conduira jusque dans la chambre où
je serai, les yeux bandés et les mains attachées…
- J’ai très très chaud d’un coup !
- L’idée te plait ?
- Tu plaisantes ? J’adore ouiiiii ! et tu seras nue ?
- Non ! ce serait moins excitant du coup. Tu vas avoir
tout le loisir de me dévêtir à ton rythme…
- Je préfère aussi que tu sois vêtue d’un déshabillé
sexy.
- Quelle couleur aimes-tu ?
- J’adore le rouge.
- D’accord… je porterai du rouge alors…
- Mumm…. Trop hâte…
- Simon va prendre des photos. Ça te convient ?
- Oui, pas de problèmes. Il faudra juste éviter ma tête
quand même.
- Oui, t’inquiète. Il filmera également.
- Très excitant…
- Carrément oui !
- Il ne veut pas participer ?
- Si si, mais pas dans un premier temps.
- J’ai un peu le trac…
- Ah bon ? Pourquoi ?
- La nouveauté, je suppose…
- Première pour nous aussi !
- Ah oui ?
- Avec un scénario et un homme seul.
- Je suis donc ton premier trio ?
- On peut dire ça oui.
Hugo ressentit à ces mots une satisfaction égotique. Il
serait donc le premier complice à jouer avec Annabelle et
Simon.
- J’en suis honoré, vraiment.

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- Je le suis aussi, tu sais. Nous sommes ton premier
couple et partager cette première fois avec toi me fait
plaisir.
- Il n’y a pas de hasard dans la vie. J’ai l’impression que
nous devions nous rencontrer.
- Sans aucun doute… je ne crois pas non plus au
hasard des rencontres.
- Je ressens comme de la fluidité dans nos échanges.
- Complètement ! on se comprend.
- Du coup, même si je stresse un peu, je suis aussi en
confiance. Je sens que vous êtes de belles personnes.
- C’est gentil Hugo. Tu l’es aussi.
- Et moi, je m’habille comment ?
- On s’en fout, je ne verrai rien !
Hugo répondit par un smiley rieur.
- Oui, c’est vrai ! tu veux que je me rase ?
- Viens comme tu es !
- Si dis-moi. Je veux être parfait pour toi.
- La peau de mon visage reste sensible, mais si tu as
une barbe de quelques jours, ça ira.
- OK. Je me raserai alors !
- Comme tu veux… et moi, je dois me raser aussi ?
Hugo la trouvait drôle et ses répliques lui décrochaient un
rire spontané à chaque fois.
- Non, j’adore les femmes viriles…
- Ah chouette ! enfin un connaisseur en touffe !!!
- Plus qu’un connaisseur, un expert en la matière !
- On devait se rencontrer, c’est certain.
- Bonne initiative… je t’en remercie à l’avance. Ce
serait dommage de cacher tes muscles saillants sous
une épaisse fourrure.
- Certes… je vais te laisser. Mes équipes
commerciales m’attendent pour la réunion
hebdomadaire.
- OK. Je ne t’envoie pas de photos cette fois-ci…
- Ça ne me gêne pas, tu peux si tu veux.
- Ah ouais ? Ne me tente pas…

42
- Ben si, justement, je te tente.
- Voilà alors…
Après être allée dans le fichier cliché, elle en sélectionna
plusieurs qui lui parurent de circonstance. Simon l’avait
photographiée en robe rouge, très décolletée, qui laissait
entrevoir sa belle poitrine généreuse. Elle posait avec une
telle grâce qu’Hugo en frémit en la découvrant.
- Tu es magnifique… je me répète, mais tu dégages
tant de charme…
- Merci mon chat. Je t’embrasse.
- Moi aussi. Je serai à nouveau dispo vers 16 h si tu
veux.
- Avec plaisir…
Annabelle s’obligea à abandonner son téléphone sur son
bureau afin de ne pas être toujours tentée d’y jeter un œil.
Elle revêtit sa tenue de sport et profita d’un rayon de soleil
timide pour s’adonner à son activité favorite, marcher avec
ses chiens dans la forêt avoisinante. Une légère brise
accentuait la sensation de froid. Elle enfila un anorak épais,
un bonnet de laine et des moufles bien chaudes. Les joyeux
canidés l’accueillirent excités par cette quotidienne
promenade. Elle s’engouffra dans les bois jouxtant sa
maison, et descendit par le petit chemin vers le bas de la
colline. Elle l’empruntait régulièrement, appréciant
l’environnement varié des lieux. Après les premiers mètres
de prairies se dessinaient les feuillus. Les chênes, les
frênes, les merisiers, les châtaigniers demeuraient les
maitres de ces bois. Un peu plus loin, un lac s’offrait de toute
sa splendeur. Les chiens s’y ruaient et s’adonnaient à des
courses poursuites tout autour. Annabelle se posait un
instant et profitait du calme de l’eau tranquille. Quelques
poissons agrémentaient l’étang. Elle fit donc cette halte
habituelle et s’installa sur une souche transformée en un
banc naturel. Son esprit vagabonda et se raccrocha aux
photos d’Hugo. Elle frissonna. Bien que le froid hivernal
imposât sa loi, l’émotion de cette future rencontre déclencha
bien, sans équivoque, ces tremblements légers. Les mots
échangés entre eux tournaient en boucle dans sa tête. À

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chaque fois qu’elle y pensait, des sensations dans le bas de
son ventre se manifestaient, sans qu’elle en comprenne
réellement la raison. À ce moment précis, elle ne connaissait
rien de lui, de sa vie, de ses habitudes. À ce moment précis,
seules trois photos de lui nourrissaient son imagination. À
ce moment précis, quelques bribes d’une conversation
somme toute banale dans le milieu libertin la liaient à ce
parfait inconnu. Et pourtant, elle se languissait de lui parler
à nouveau, de le découvrir un peu plus, de partager ce
temps qui les séparait de leur premier contact charnel. Elle
espérait juste que ses pressentiments se révèleraient
exacts, qu’aucune déception ne viendrait entacher cette
rencontre, annonciatrice d’une relation possiblement suivie.
Elle reprit sa balade et siffla ses chiens qui s’étaient
engouffrés dans les bois sombres en quête d’un gibier
perdu. À la suite de l’étang, de magnifiques forêts de pins
devenaient les enchanteresses de ces lieux. Ces arbres
immenses aspiraient les âmes qui s’y aventuraient. Un
silence religieux enveloppait les marcheurs d’une ambiance
quasi solennelle. Annabelle se laissa embarquer dans ses
pensées et des images précises s’affichèrent dans son
esprit. Elle imaginait Hugo tout contre elle, ses mains
puissantes la saisir par la taille, sa bouche la gouter avec
délectation, ses yeux verts perçaient son aura. Un frisson la
parcourut à nouveau. D’un pas plus décidé, elle s’ordonna
de cesser ses fantasmes et de se focaliser sur sa
promenade. D’ailleurs, elle faillit trébucher sur une branche
en travers du chemin, faute d’attention.
« Arrête de penser à lui ! concentration ! marche et sois à
ce que tu fais… »
Elle ramassa la branche, la coupa afin de la transformer
en un projectile qu’elle lança à ses chiens, ravis de jouer
avec leur maitresse un peu étourdie aujourd’hui. Elle
regagna ainsi la route et arpenta les 2 derniers kilomètres
sans l’ombre d’Hugo au-dessus d’elle…
Simon tardait à rentrer. Il devait profiter un maximum de
sa virée en ville pour parcourir d’autres magasins de
bricolage. 35 minutes les séparaient de l’agglomération la

44
plus proche. Ils rentabilisaient chaque sortie et pouvaient
parfois y passer une journée entière. Le reste du temps, ils
se pelotonnaient dans leur nid douillet et évitaient un
maximum de va-et-vient. Annabelle n’en fut donc pas
étonnée. Aussitôt chez elle, elle vérifia les notifications de
son compte Insta et constata, avec joie, qu’Hugo avait repris
leur échange épistolaire, comme prévu.
- Coucou, ma belle, ça va depuis tout à l’heure ?
Évidemment, Annabelle s’empressa d’y répondre.
- Coucou mon chat. Oui, très bien. J’ai fait une super
balade avec mes chiens.
- Je m’inquiétais de ton silence…
- Tu t’inquiètes déjà pour moi ?
- Ben oui ! Je n’aimerais pas te voir disparaitre avant
même de t’avoir vue au moins une fois.
- Ah OK ! donc, me voir te suffit en fait…
- Te voir sous-entend te toucher, t’embrasser, te
lécher…
- Mais encore ?
- Sentir ton souffle dans mon cou…
- Mumm
- Caresser tes seins, les palper, les presser, les
mordiller…
- Ouiiiii
- Prendre dans mes mains tes fesses fermes… les
embrasser goulument, avec gourmandise…
- Encore…
- Te retourner et te prendre par-derrière et admirer ton
joli petit cul !
- Sentir la puissance de tes coups de reins…
- Jouer avec ton clito en même temps pour te faire
mouiller…
- Oh oui ! je mouille déjà !
- Et moi, je durcis ! trop hâte de te serrer contre moi…
- Tu m’excites terriblement, tu sais…
- Toi aussi…
- Tout ce qu’on va faire ensemble samedi…

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- Mumm… dis-moi.
- Je veux sentir ton corps contre le mien dès les
premières minutes, que tu m’embrasses avec
délicatesse, que tu parcours mon cou et que tu y
déposes de doux baisers. Je veux gouter à ta peau,
me délecter d’elle durant de longues minutes. Je veux
m’enivrer de ton parfum délicat, parcourir le contour
de ton visage en le devinant du bout de mes doigts.
Me connecter à ton souffle, à ta respiration lente et
soudain plus forte. Je veux délicatement poser mon
oreille contre ta poitrine et écouter battre ton cœur au
rythme du mien…
Annabelle se laissa bercer par les mots qui lui venaient
avec un naturel déconcertant. Ces doigts pianotaient sur le
clavier du téléphone, guidés par une inspiration sensuelle
sortie du plus profond de son ventre. Les images
s’associaient à eux, inondaient son esprit sans qu’elle
puisse les maitriser. Hugo lut ce dernier message avec
beaucoup d’attention qui lui fit battre un peu plus fort le cœur
que les précédents. Les émotions envahissaient tout son
être. Sans la connaitre, il pressentait une connexion entre
eux deux incroyable. Touché, mais surtout excité par cette
dernière description des plus implicites, il prit quelques
minutes et à son tour, osa se lancer en laissant parler ses
ressentis, si anormal pour l’homme discret et timide qu’il
était.
- En plus d’être belle, tu es douée en écriture… je suis
touché par tes mots et mon sexe aussi… (smiley
rieur). Je vois tout à fait ce que tu décris et je me
laisserai guider par tes envies et ta fougue, ma belle
Annabelle…
- Ma fougue pour réveiller ta douceur… ma douceur
pour calmer tes désirs… mes désirs pour raviver ta
vigueur… ma vigueur pour t’emporter tout près de
l’extase… ton extase dans ma bouche… ma bouche
contre la tienne… nos délices nectars mêlés… nos
corps enduits de gouttelettes qui trahiront nos ébats
torrides de ces heures nocturnes sans fin…

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- J’ai très chaud là !
- Des heures à attendre cet ultime instant d’une
rencontre improvisée au détour d’un site pour adultes
libérés… je serai ta première fois pour découvrir cet
univers secret, codifié, réservé aux âmes prêtes à
gouter à leur liberté de vivre pleinement. Es-tu une de
celles-là, Hugo ?
- Je ne sais pas… je l’espère.
- Je le sens…
- Je crois oui…
- Une âme très coquine aussi ! (Sourire).
- Très coquine même ! Je suis très excité et j’ai très
envie d’être à samedi soir. Je vais me languir…
- J’ai posté une belle photo sur Insta.
- Ah oui ? Quand ça ?
- Maintenant.
- Je vais voir, je reviens !
Hugo sortit de la conversation et ouvrit le mur sur lequel
les uniques posts d’Annabelle émergeaient. Il la découvrit,
vêtue d’une longue robe rouge fendue sur le côté, dévoilant
une partie de sa cuisse tatouée. Il devinait des arabesques
tout autour de la jambe qui s’entortillaient et s’amusaient,
telle une farandole, dans un mouvement léger et élégant. Sa
tenue la sublimait. Seule sa bouche apparaissait, ornée d’un
rouge vif et sanguin. Ses mains se posaient délicatement
sur ses seins. Il émanait de ce cliché tant de grâce et de
sensualité. Il réalisa soudain la chance de pouvoir
rencontrer une telle femme lors de sa première expérience
libertine. Il stressait tant à l’idée de ne pas être à la hauteur.
Et s’il ne bandait pas ! et s’il était maladroit ! et s’il ne lui
plaisait pas ! certes, elle aurait les yeux bandés, mais elle
percevrait son malaise s’il perdait ses moyens. Il se ressaisit
et chassa de sa tête ses mauvaises pensées. Il admira
Annabelle sous tous les angles et revint à la conversation.
- Waouh ! tu es magnifique dans cette robe ! Tu la
mettras samedi ?
- Non, pas celle-là ! J’ai prévu une tenue plus de
circonstance…

47
- Mumm… c’est-à-dire ?
Alors qu’elle s’apprêtait à lui répondre, elle entendit la
voiture se garer. Simon revenait enfin. Elle réalisa sa longue
absence, passée inaperçue par les échanges avec son
complice. Ne voulant pas de réflexion de sa part, elle salua
Hugo rapidement.
- Je te laisse Hugo. Simon vient de rentrer.
- Oui, oui, bien sûr. Salue-le de ma part. je t’embrasse.
À plus tard. Je suis là si tu as envie de…
- De quoi ?
- Tu le sais !
- Bisous
- Bisous…
Simon posa ses achats et vint embrasser Annabelle. Il la
serra très fort, ce qui la surprit. Elle ne prononça aucun mot
et s’abandonna dans ses bras si réconfortants. Elle blottit sa
tête dans son cou et désira une étreinte. Elle se pelotonna
encore plus tout contre lui et déposa un délicat baiser sur
ses lèvres. D’emblée, Simon y répondit par un baiser plus
intense, plus ardent. Sa femme rayonnait, les yeux pétillants
de désir pour lui. Le bonheur vif qu’il ressentit à cet instant,
lui apparut comme une promesse d’un avenir d’amour et de
complicité retrouvée. Il abandonna aussitôt ses envies de
bricolage. Le corps d’Annabelle vibrait sous ses mains, qui
parcouraient avec gourmandise les monts et creux à
explorer. Il les connaissait par cœur, mais ne se lassait pas
de les visiter encore et encore. Il prit sa main et la guida vers
leur chambre. Il l’allongea avec douceur sur le lit pour des
caresses des plus intimes. Annabelle s’abandonna à sa
langue experte, à ses doigts habiles, à tout son être prêt à
l’aimer. Elle abaissa ses paupières pour en apprécier
chaque seconde. Le visage d’Hugo apparut en fond d’écran.
L’effet fut immédiat. Elle ressentit une excitation puissante
et son imaginaire orchestra le reste. Elle fantasma la soirée
qui se profilait. Ses mains se firent plus pressantes sur le
dos de Simon et descendirent vers ses fesses qu’elle
empoigna avec fermeté. Il comprit le signal et obéit aussitôt
à l’injection de sa femme. Il la pénétra avec passion et

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exécuta une danse du bassin virile et sensuelle à la fois. Les
gémissements d’Annabelle cadençaient ses coups de reins
jusqu’à l’extase finale trop rapide à son gout, mais le désir
le submergea sans pouvoir en contrôler la moindre
résistance. Annabelle le rassura par un tendre baiser. Il
souhaitait qu’elle jouisse à son tour. Il la caressa au plus
profond de son intimité plusieurs minutes avec son savoir-
faire, encouragé par les petits cris de volupté de sa femme.
Elle se saisit de son jouet et accompagna les gestes précis
de Simon pour qu’enfin, tout son être explose de plaisir.
L’orgasme, telle une déferlante, balaya son corps plusieurs
secondes, la parcourant de frissons intenses. Simon adorait
cet instant de pur lâcher-prise sous ses doigts. Il ressentait
une certaine fierté à lui procurer autant de jouissance. Leurs
années de mariage scellaient leur union charnelle. Il ne
redoutait aucunement la compétition avec un complice
amateur qui ignorait le chemin à emprunter pour accéder à
la source d’Annabelle, qu’il se prénomme Jean, Pierre,
Paul… ou Hugo…

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Annabelle prolongea le plaisir dans un bain chaud
moussant, bercée par la lumière tamisée de quelques
bougies disposées tout autour de la baignoire. Une douce
musique accompagna la détente et l’invita rapidement à un
voyage des plus sensuels. L’envie de consulter ses
notifications la titillait au plus haut point, mais elle se refusa
la moindre connexion au risque d’une frustration
grandissante. Hugo attisait sa curiosité et de l’imaginer en
attente d’un signe d’elle, l’excitait. Elle souhaitait tester sa
motivation et sa patience à la relire. Consciente de son
empressement à lui parler, elle se raisonna afin de ne pas
exprimer son désir d’un contact pressant. Simon, aux
aguets, pourrait à la longue moyennement apprécier cet état
de fait. Certes, ouvert à cette future rencontre, il voyait d’un
mauvais œil ces échanges trop rapprochés. Elle le savait et
devait ménager son mari. Elle perdait tout sens de la
modération par son enthousiasme parfois excessif. De
nature entière, Annabelle donnait sans compter, sans
bornes, et quelquefois, franchissait les limites de
l’entendement. Mais, cette fois-ci, elle avait le sentiment
d’expérimenter une relation spéciale avec Hugo et Simon,
une complicité entre les trois, hors du commun. Cela sonnait
comme une évidence. Elle rêvait de pouvoir enfin exprimer
ses envies sans retenues ni tabous, en toute transparence.
Ne rien s’interdire. Gouter à l’instant présent en toute
quiétude. Vibrer de tout son être et atteindre son idéal
auquel elle aspirait : l’amour inconditionnel. Le
cheminement longtemps débuté l’amenait inlassablement
vers cette philosophie de vie. Le libertinage contribuait à ce
mode de relation avec Simon, mais il restait encore
quelques marches à gravir. Hugo le permettrait, elle en était
convaincue. Le fantasme du multiamour, sans risque de
remise en question de son mariage, la brûlait. Dans son for
intérieur, non seulement elle l’imaginait, mais elle aspirait à
cette liberté de s’autoriser des sentiments pour plusieurs
hommes. Pourquoi s’interdire d’aimer ? Annabelle acceptait
désormais sa propension à cette pluralité amoureuse. Dans
le passé, d’autres hommes l’avaient séduite, touchée,

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bouleversée, mais son couple, alors encore vierge de toutes
relations libertines, ne pouvait, encore, entreprendre cette
voie, on ne peut plus scabreuse. Plusieurs années de vie
commune et d’expériences en tous genres favorisaient cette
évolution. La complicité qui soudait les deux amoureux
s’était déployée et étoffée avec le temps. Annabelle avait
une confiance aveugle en leur union et percevait leur
faculté, aujourd’hui, à s’ouvrir à cette possibilité de partage.
Elle ressentait comme une urgence à vivre intensément tout
ce qui se présentait à elle. Peut-être la ménopause
stigmatisait ses craintes. Elle souhaitait profiter de ces
dernières années qui s’annonçaient afin de ne rien regretter.
Elle était belle, désirable, séduisante. Combien de temps
encore ? Simon, par son immense intelligence de cœur, lui
permettrait de vivre ses pulsions, animées par la connivence
de leur relation.
Perdue dans ses pensées, elle entendit le « ding » d’une
notification sur son compte Insta. Elle ne résista pas à l’envie
de se saisir de son téléphone et ouvrit la conversation. À son
grand plaisir, le profil d’Hugo apparut.
- Tu es là ma belle Annabelle ?
- Oui…
- Je ne te dérange pas ?
- Non… je suis dans mon bain…
- Humm…
- Un bain chaud, avec de la mousse qui cache mon
corps…
- Je viendrais bien avec toi…
- Bonne idée ! tu n’as qu’à te téléporter.
- Si seulement…
- Tu viendrais tout de suite ?
- Je serais déjà venu hier !
- Sourires…
- J’ai très envie de te découvrir dans un bain…
- J’y mets des huiles vanillées pour que ma peau soit
douce.
- Je pourrais te savonner… te masser les pieds…
- Ouiiii !!!! J’adorerais ça !

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- Tu viendrais te blottir contre moi, ton dos posé contre
mon torse. Je pourrais ainsi te caresser longuement…
- J’imagine bien… tu es rentré chez toi ?
- Oui, j’ai terminé ma journée et j’ai récupéré mes filles
ce soir.
- Ah OK. Tu ne vas plus être dispo alors ?
- Je dois leur faire à manger, mais après, elles restent
dans leur chambre. Donc, je suis dispo. Et je le serai
pour toi…
- Je pense à samedi… je ferme les yeux et j’imagine
notre rencontre.
- Moi aussi… j’ai du mal à me concentrer au travail. Je
suis excité dès que je pense à ça !
- Ressaisis-toi quand même ! tu risques de faire des
bêtises !
- Heureusement, demain est une petite journée. Je
vais pouvoir me préparer pour toi…
- Il te faut tant de temps que ça pour te préparer !!
Parle-moi de toi encore.
- Que veux-tu savoir ?
- Tout.
- Eh bien, je suis divorcé depuis 7 ans. J’ai donc deux
ados de 13 et 15 ans. Je les ai très souvent. On
s’arrange avec leur mère. Nous habitons assez proche
l’un de l’autre.
- Tu t’entends bien avec elle ?
- Ça va…
- Tu n’as pas refait ta vie ?
- Si, mais ça n’a pas marché. Je suis resté quelque
temps avec une femme. Nous n’étions pas sur la
même longueur d’onde. Je suis seul depuis deux ans.
- Tu as quitté ta femme pour elle ?
- Non, pas du tout. Avec ma femme, on s’est séparés
par manque d’amour. On ne s’entendait plus. On est
restés mariés 17 ans. C’est ainsi. C’est la vie.
- Je comprends.
- Voilà pour l’essentiel.

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- Tu as des chéries parfois ?
- Des aventures, oui. Mais rien de sérieux. Je
n’accorde pas ma confiance facilement. J’ai un sale
caractère, parait-il ! clin d’œil.
- Ah bon ?
- Exit mes ex ! et toi avec Simon ?
- Nous sommes un vieux couple. Nous sommes
ensemble depuis 33 ans. Et nous nous aimons
toujours autant.
- C’est beau. Je suis admiratif. Et quel chanceux ce
Simon ! sourire.
- Je suis aussi chanceuse. C’est l’amour de ma vie.
Nous nous comprenons et notre couple est ce que j’ai
de plus précieux au monde, avec nos filles, bien
entendu.
Annabelle se sentit obligée d’évoquer son histoire, et de
poser une espèce de garde-fous pour elle-même, sans
doute. Il était primordial qu’Hugo ne s’illusionnât de rien,
aucun film, aucune projection. Simon et elle s’aimaient et
rien ne changerait cela.
- Je vous admire. Et rencontrer un couple solide
comme le vôtre me rassure. Sentir un malaise ou une
fragilité, au risque d’y mettre la pagaille, me gênerait !
- Oui, carrément. Rassure-toi, ce n’est pas le cas. Nous
avons envie de pimenter notre vie sexuelle, de vibrer
d’une manière différente avec un complice
respectueux et connecté à nos désirs, et vice versa.
Je souhaite que tu y trouves aussi ton compte.
- Ne t’inquiète pas, je n’ai aucun doute à ce sujet ! vu
l’effet que tu me fais juste en discutant, je n’imagine
même pas la suite autrement qu’en une fusion torride
entre nous !
- Humm… je suis excitée…
- Ah oui ?
- Tu sembles toujours étonné ! tu me fais rire !
- Ben oui ! je suis étonné comme tu dis.
- Tu l’es bien toi, excité… ben moi c’est pareil.
- Sourire.

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Annabelle et Hugo continuèrent ainsi à papoter, à se
poser des questions sur leur vie, leurs envies, leurs
expériences, ponctuées de mots évocateurs, de sous-
entendus explicites et excitants. Au bout d’une heure,
Annabelle, qui commençait à grelotter dans son eau plus
que tiède, se décida à mettre un terme à leur échange avant
que Simon l’interpellât.
- Bon, mon chat, je vais sortir du bain et te laisser pour
ce soir.
- Oui, je dois aller préparer le repas de toute façon.
Mais, je suis dispo après si tu veux…
- Ça va être compliqué. On se reparle demain !
- Ouiiii ! j’attends ton post avec impatience. J’aime
découvrir de nouvelles photos de toi.
- Avec plaisir. Je vais peut-être en faire ce soir si Simon
est motivé. Je te laisse mon chat… je t’embrasse.
- Oui, moi aussi ma belle Annabelle… passe une
bonne soirée.
Annabelle sortit de la baignoire et s’emmitoufla dans une
grande serviette chaude. Elle souriait encore des échanges
avec Hugo. Il ne manquait pas d’humour. Elle aimait ça. Il
avait du répondant, de la répartie. Mais elle percevait une
fragilité chez lui qui, déjà, la touchait. Il semblait si droit, si
honnête avec des valeurs bien ancrées. C’était un homme
intègre et un papa investi.
Elle enfila sa robe de chambre bien douillette. Simon était
remonté au salon et regardait la télévision.
- Tu en as mis du temps.
- Oui, désolée. J’en ai profité pour me faire un
gommage et un masque. Et j’étais bien dans ce bain
moussant.
- Tu as bien fait. Viens près de moi.
- J’arrive mon chéri.
Elle alla leur préparer une tisane bien chaude. Elle
n’aborda pas le sujet « Hugo » et passa sous silence leur
long échange, à l’origine de son bain interminable. Elle
préféra garder pour elle cette intime conversation. Elle
remonta au salon, s’installa sur le canapé. Simon la

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remercia pour la boisson réconfortante, l’embrassa et glissa
sa main vers son entrejambe, comme à son habitude, afin
de vérifier l’absence d’un sous-vêtement. Il fut étonné, non
seulement de ne rien découvrir, mais de constater une
légère humidité surprenante.
- Ben dis donc coquine ! c’est le bain qui t’a titillé ?
- Rohhh ! je n’en sais rien ! ou alors, ce sont les restes
de tout à l’heure…
Elle enleva la main de Simon, éludant sa réflexion. Elle se
sentit un peu gênée, prise en flagrant délit d’excitation
intense. Mais, à cet instant, elle ne put se résoudre à en
donner la raison ni l’origine…

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9 mars, 8 H 45

Dès le matin suivant, Annabelle et Hugo débutèrent ce


vendredi à l’image du jeudi, échangeant du matin au soir.
Elle lui envoyait régulièrement de belles photos coquines
avec différentes tenues sexy afin d’éveiller son appétit pour
elle. Quant à lui, il postait des clichés de son anatomie au
fur et à mesure des demandes express d’Annabelle,
curieuse d’en découvrir davantage. Leur excitation ne
retombait pas, bien au contraire. Ils se guettaient, tels deux
chasseurs aguerris en quête de leur proie traquée qu’ils
devenaient l’un vis-à-vis de l’autre. Elle jonglait avec des
mots suggestifs et attisait ainsi son désir. LUI, la séduisait
avec sa répartie et son humour, enrobés de métaphores, ne
laissant aucun doute quant aux envies et intentions
gourmandes qui l’animaient. L’un bandait, l’autre
s’humidifiait, s’étonnant mutuellement d’une telle réaction
physique. Elle n’avait jamais vécu cela, et LUI, encore
moins. Ils se parlèrent encore un peu tard le soir dans leur
lit respectif. Simon se coucha à son tour et découvrit sa
femme, encore une fois, dans un état d’excitation propice à
un rapprochement évident. Ils firent l’amour avec une torride
émulsion. Hugo, de son côté, envia Simon. Il éteignit la
lumière, son entrejambe durci par les images évocatrices
d’un plaisir annoncé, bien obligé d’appliquer la vieille
méthode du solitaire pour calmer, au moins pour la nuit, ses
ardeurs de mâle affamé.

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10 mars, 7 h 32

Annabelle se réveilla la première et sauta du lit, heureuse


de cette journée tant désirée. Elle descendit préparer le petit
déjeuner. Une fois fait, elle ouvrit son compte Instagram et
publia, comme à son habitude, une photo avec un texte en
story pour animer son profil et récolter des likes. Mais, elle
attendait surtout un signe d’Hugo qui ne manqua pas de se
manifester dans les minutes. Tout comme elle, les
premières pensées affluèrent pour la soirée qui approchait
à grands pas. Enfin, il retrouverait ce soir Annabelle et
Simon lors de moments exquis. Il posta un cœur à 8 h 15
avec un « magnifique Annabelle… ». Celle-ci y répondit par
un cœur également et un « H-15… ». Le compte à rebours
démarrait. La journée s’égrènerait avec toute l’impatience
de ce rendez-vous en fil rouge.
- Coucou mon chat ! bien dormi ?
- Coucou ma belle… oui, à peu près même si j’ai eu des
images troublantes tard dans la nuit…
- Rires… je ne vois pas de quoi tu parles !
- Je ne te crois pas vilaine…
- Simon va certainement t’appeler dans la matinée pour
juste caler ton arrivée.
- Oui, OK. Il peut m’appeler fin de matinée, car je pars
courir dans une heure.
- D’où ce corps musclé ?
- Entre autres, oui…
- Humm… plus que quelques heures et enfin, je vais le
sentir contre moi…
- Ouiiii ! hâte de te découvrir aussi.
- Le repas de famille va être long…
- Ils ne trouvent pas bizarre que vous soyez à l’hôtel ?
- Non, on fait toujours ainsi ; la maison de mes beaux-
parents est trop petite pour loger la fratrie au complet.
Simon a 2 frères et 2 sœurs.
- Et vous allez pouvoir quitter la réunion familiale ?
- T’inquiète ! on a déjà prévenu qu’on était attendus
chez des amis à Valence pour 22 h 30.

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- Vous êtes des petits malins en fait !
- J’avoue que j’ai un peu insisté auprès de Simon pour
prétexter un départ avant 23 h. Mais au moins, on a
une bonne raison maintenant pour se sauver.
- OK OK. Moi, je partirai aussi à 22 h 30 pour être à
l’heure.
- Super ! tu vas faire quoi pour passer le temps du
coup ?
- Tourner en rond ?
- Rires…
- Je vais me faire beau pour toi. Je vais patienter en
regardant tes photos…
- Tu as le trac ?
- Un peu oui… et toi ?
- Aussi, mais je suis tellement excitée depuis jeudi que
c’est plus de l’impatience je pense.
- Carrément oui !
- J’espère que tu ne seras pas déçu.
- Déçu ? Tu plaisantes ! Je ne vois pas comment je
pourrais l’être.
- Je ne sais pas… je pourrais ne pas te plaire pour finir.
- Pfff…. N’importe quoi !
- Quoi ?
- Tu sais très bien que non… clin d’œil
- Sourire
- Avec tout ce que l’on s’est écrit, je ne vois pas
comment on pourrait être déçus. Moi, je ne le serai
pas, j’en suis certain.
- Je sais…
- Bon, je vais te laisser. J’attends l’appel de Simon.
- OK. Et on ne se parle plus jusqu’à ce qu’on se
découvre, OK ?
- Plus du tout ?
- Non… juste le compte à rebours…
- Comme tu veux.
- Cours bien Hugo et ne te blesse pas surtout.
- Je suis très prudent, et encore plus aujourd’hui.

58
- À ce soir mon chat… bisous
- Je t’embrasse partout ma belle Annabelle.
Au moment où Annabelle clôtura la discussion, soit
25 minutes plus tard, Simon descendit les escaliers. Il bâilla
tout en marchant et s’étirant le dos. Il déposa un baiser sur
le front de sa femme et se dirigea vers la machine à café
dont une fragrance délicate se répandait dans toute la pièce
de vie. Il s’en servit une tasse, connecté au silence matinal.
La journée s’annonçait agréable avec quelques rayons du
soleil pour réchauffer l’atmosphère printanière à venir. Il
désirait prendre son temps, flâner un peu devant son
ordinateur, profiter de ces moments de quiétude avant la
soirée en famille bruyante et animée.
Simon arborait une solide silhouette. Ses épaules larges
rassuraient. Son dos puissant pressentait une capacité
physique certaine. Ses bras laissaient entrevoir une faculté
à réaliser des travaux manuels de tous styles. Il était bel
homme. Ses yeux verts trahissaient de la malice, mais
pouvaient aussi parfois se durcir par timidité extrême. Il
n’avait jamais été très à l’aise en société contrairement à
Annabelle avec sa grande expérience du contact humain
par son métier. Lui, plus taciturne et introverti, s’exprimait
avec un peu plus de réserve. Cela permettait d’équilibrer
leur couple et de jouer de leurs particularités. Mais au sein
de sa fratrie, un caractère différent émanait de sa
personnalité. Il osait davantage prendre sa place et
revendiquait sa qualité d’aîné. Ses deux frères et ses deux
sœurs le respectaient et buvaient ses paroles d’évangile. Il
profitait de cette autorité naturelle et en abusait parfois pour
édicter sa loi, même si avec les années, les plus jeunes
imposaient leur propre vision de la vie. Les parents se
targuaient du succès de leur progéniture. Ils racontaient à
qui voulait bien l’entendre, le parcours fulgurant de leurs
enfants. L’un excellait dans le domaine financier. L’autre
réussissait en tant qu’avocat émérite. Mais la carrière
remarquable d’officier de gendarmerie de Simon les
comblait plus que tout, à l’image du père, lui-même militaire.
À l’issue, Simon avait poursuivi une brillante reconversion à

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titre d’expert logistique dans une grande société française.
Les deux filles avaient choisi le milieu médical en tant
qu’infirmière pour l’une, et sage-femme pour l’autre. Les
discussions s’animaient toujours entre eux cinq avec leur
approche et point de vue parfois à l’opposé. Mais cette
fratrie unie respirait le bonheur et la joie des souvenirs de
l’enfance qui, bien sûr, émergeaient à un moment ou un
autre. Riches d’anecdotes en tous genres, Annabelle se
régalait de leurs histoires saugrenues racontées sans cesse
avec démesure par l’un des traitres. Elle se délectait des
récits dans lesquels Simon tenait le rôle principal. Elle les
enviait souvent, les jalousait parfois, elle, enfant unique,
couvée, chouchoutée, certes, mais à jamais seule. Du coup,
elle avait développé un imaginaire incroyable, peuplé d’êtres
surprenants avec qui elle conversait de longs moments. Son
enfance se composait de ses chiens qui jouaient des lions
affamés, de ses chats, parfaits en panthère ou léopard
dangereux. Elle s’amusait des heures entières, dans sa
chambre, à s’inventer un univers irréel qu’elle seule
pénétrait. Elle acceptait parfois sa meilleure amie et lui
expliquait les quelques règles à respecter absolument. Mais
cette dernière, perplexe, préférait la laisser dans ses délires
et repartir à ses propres passe-temps plus simples.
Les banquets familiaux leur plaisaient et ils se
réjouissaient à chaque fois qu’un se planifiait.
Mais pour une fois, Annabelle, dont l’impatience dispersait
toute autre envie, se languissait de la deuxième partie de
soirée. Elle admettait que le repas s’annonçait long et
ennuyeux, tant son esprit vagabondait depuis deux jours.
Son excitation fort aiguisée la couperait de toute
concentration possible. Les discussions animées sur des
sujets très intéressants au demeurant la laisseraient
indifférente cette fois-ci. Simon l’avait sommée d’un
minimum de participation. Elle ferait de son mieux.
Elle s’approcha de Simon et le ceintura avec douceur. Elle
sentit sa poitrine se soulever, cadencée par sa respiration
lente et large. Simon se retourna et lui fit face, un regard
profond et déterminé.

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- Alors, le grand jour est enfin là ?
- Oui… je suis très excitée depuis deux jours. J’espère
que ça va le faire.
- J’espère aussi. Ce serait dommage que ça fasse flop
après toutes ces heures de discussions…
- Qui vont prendre fin puisque la réalisation de nos
échanges arrive enfin.
- Oui, je l’espère…
- D’ailleurs, j’ai dit à Hugo que tu l’appellerais fin de
matinée pour préparer la soirée et discuter entre vous.
- OK. Je vais le faire.
- Super ! on part à quelle heure cet après-midi ?
- J’ai dit à ma mère qu’on arriverait vers 18 h pour
profiter un peu de tout le monde. Je lui ai dit aussi
qu’on repartirait vers 22 h 30.
- Pas de soucis ?
- Non, elle ne m’a rien dit.
- Parfait ! tout roule alors ?
- On dirait oui, ma chérie.
- Je vais astiquer la maison ce matin et préparer un
gâteau pour ce soir. Et toi ?
- Je ne sais pas trop. Peut-être, m’avancer un peu dans
la future suite. As-tu choisi ta tenue pour ce soir ?
- Hugo m’a dit qu’il aimait bien le rouge alors je pensais
mettre ma petite robe à dos nu. Tu vois laquelle ?
- Oui… très bon choix. Pas de sous-vêtements ?
- Non… rien… juste les porte-jarretelles et bas noirs.
- Tu vas le faire craquer direct…
- Mais je pensais porter un voilage noir par-dessus afin
de ne pas tout dévoiler quand il arrive.
- Il pourra ainsi t’effeuiller…
- Oui… et toi, tu regarderas ?
- Je n’en sais rien. Je vais prendre des photos au début
et laisser faire les choses selon l’ambiance.
- Tu restes à côté de moi !
- Pourquoi, tu as peur ?

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- Non, mais j’ai quand même un peu le trac. Et s’il n’y a
pas de feeling, je souhaite que tu puisses intervenir
pour éviter un malaise.
- Oui, je serai tout près de toi…
À ces mots, Simon embrassa sa femme avec appétit et lui
glissa à l’oreille « ça m’excite beaucoup tout ça ma
chérie… ». Il l’abandonna sur cette confidence et rejoignit
son atelier pour quelques heures de bricolage. Le cœur
d’Annabelle cogna un peu plus fort dans sa poitrine.
L’irritation supposée de Simon s’évaporait avec ses
déclarations. Il semblait tout aussi enclin qu’elle à s’amuser
avec ce complice inspiré et inspirant. La journée s’annonçait
vraiment longue…
En fin de matinée, comme convenu, Simon appela Hugo
pour la première fois. Ce dernier décrocha aussitôt et se cala
sur un fauteuil, bien installé pour cette conversation entre
hommes. Quant à Simon, il s’isola dans la chambre et évita
ainsi les petites espionnes qui pourraient écouter en douce.
- Salut, Hugo, enchanté, amorça Simon avec une voix
sûre et claire.
- De même, Simon. Content de pouvoir te parler ;
- Oui, moi aussi. Je sais que vous avez beaucoup
échangé avec Annabelle. Elle me raconte au fur et à
mesure.
- Ah oui ? C’est normal. Nous jouons à trois surtout ;
Simon apprécia cette dernière remarque et comprit
qu’Hugo intégrait bien la notion de trio et non de duo.
- Pour ce soir, je te propose de t’attendre à l’extérieur
de notre hôtel. Annabelle restera dans la chambre,
yeux bandés, mains menottées, totalement à notre
merci.
- Hummm…. C’est si excitant.
- Nous n’avons jamais procédé ainsi.
- Oui, elle me l’a dit.
- Mais bon, aux vues de votre feeling, je n’ai pas de
doute.
- Moi non plus…

62
- Tant mieux. Donc, je t’envoie un SMS quand on part.
Et tu fais pareil quand tu arrives. Je viendrai te
chercher.
- D’accord. J’apporte du champagne ?
- Oui, si tu veux.
- Parfait. Tu peux m’en dire un peu plus sur tes
attentes ?
- Annabelle est une femme délicate et sensible. Alors,
je te demande de l’être aussi.
- Bien sûr. Elle n’inspire que volupté.
- Elle adore les baisers doux et sensuels. Elle déteste
l’empressement.
- Oui, merci ! tous tes conseils sont bons à prendre.
- Moi, j’ai juste envie qu’elle soit bien, excitée, et en
confiance.
- Tu participes ou bien tu regardes ?
- Au début, j’aime bien regarder et prendre des photos.
Cela étant, je participe, mais tout dépend de
l’ambiance, des envies de chacun. Je laisse faire.
- D’accord. C’est mieux ainsi.
- Annabelle a bien craqué pour toi, tu sais.
- Ah bon ?
- Tu sembles étonné.
- Oui, un peu.
- Tu n’as pas craqué pour elle, toi ?
- Si, bien sûr.
- OK. Alors, ça devrait bien se passer.
- Oui, je le pense aussi.
- Au fait, elle aime les préliminaires longs et qui lui
déclenchent un plaisir très très humide, si tu vois ce
que je veux dire…
- Oui, elle m’en a parlé. J’adore ça !
- Parfait !
- Y a des trucs que vous n’aimez pas faire ?
- La sodomie. C’est pas son truc, mais bon, avec elle,
je m’attends à tout. Elle m’a déjà dit qu’elle aimerait
tenter une double pénétration.

63
- Je serais honoré d’être votre complice pour ce jeu.
- On verra bien. Je dois te laisser.
- Ok Simon. Merci d’avoir pris le temps de m’appeler.
- De rien. À ce soir. Bonne journée ;
- Oui, toi aussi.
Simon raccrocha, satisfait et rassuré par cet échange. Les
rares appréhensions du début disparurent et une confiance
évidente envers Hugo s’installa. Il apprécia son naturel, sa
voix posée et honnête. Il jeta un coup d’œil aux quelques
photos de son profil et comprit pourquoi Annabelle craquait
pour lui. Sa plastique lui apparaissait maintenant parfaite.
Son regard franc dévoilait un homme intègre qui ne la
jouerait pas en solo. Cette unique rencontre devait
permettre une explosion de plaisirs, de sensations
merveilleuses pour chacun d’eux. Il comptait bien en profiter
un maximum et offrir ce bel apollon à sa douce, soumise à
leurs désirs. Il sentit, pour la première fois, l’excitation
poindre et tendre son entrejambe. Il imagina les images
érotiques qui s’exécuteraient avec et devant lui, parfois
spectateur de corps à corps torrides, parfois acteur principal
d’une scène sexuelle avec tous les ingrédients nécessaires
à une soirée réussie.

64
JUIN 2022
er
1 juin, 10 h 26

Annabelle rejoignit sa mère pour quelques jours comme


prévu. Le week-end fort en sensations lui parut long. La
fatigue de la soirée, l’ascenseur émotionnel avec Hugo et
Simon, ses états d’âme et son moral en berne eurent raison
d’elle et de son dynamisme. Elle erra tel un fantôme au
travers de sa demeure, le gout à rien, si ce n’est préparer sa
valise. Elle s’impatientait d’être dans la maison familiale
pour enfin discuter avec Hugo. Elle espérait qu’ils pourraient
se téléphoner comme ils l’avaient souvent fait ces dernières
semaines. Elle n’attendait pas grand-chose de cet ultime
échange, peut-être juste un peu plus de douceur de cet
homme qui emplissait la moindre de ses pensées. Entendre
sa voix amplifierait sans doute dans sa morosité, mais tant
pis, elle prenait le risque de ce picotement au cœur.
Sa mère, très heureuse de l’avoir pour elle toute seule,
l’accueillit avec toute sa chaleur et son amour habituels. Elle
l’embrassa en la serrant dans ses bras. Très vite, elle capta
chez sa fille une tristesse dans ses yeux, une nonchalance
qui ne lui ressemblait pas. Ne voulant pas la brusquer, elle
lui laissa le temps de poser sa valise dans sa chambre et
patienta dans le patio. Peut-être, se trompait-elle. Annabelle
subissait juste un coup de fatigue, rien de plus. Elle prépara
le thé avec quelques biscuits faits maison qui embaumaient
toute la cuisine d’une légère note de caramel et de
gingembre. Annabelle redescendit de l’étage avec son
téléphone en main et s’installa en attendant sa mère pour
une pause à l’anglaise, qui s’affairer pour que tout soit
parfait. Son instinct maternel vibrait de plus en plus aux
énergies de sa fille qu’elle percevait basses. Annabelle
contempla la véranda ensoleillée dans laquelle elle avait
passé tant de temps à lire ou à dessiner. Elle adorait cet
endroit dans lequel planait l’ombre de son défunt père. À son
souvenir, une larme monta et lui fit trembler le menton. Ou
bien était-ce Hugo ? Elle se sentit perdue soudainement et
ne put contenir ses sanglots qu’elle déversa comme un

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torrent agité venu des tréfonds de son âme. Elle lâcha les
eaux affectives trop longtemps retenues depuis ce samedi
douloureux. Sa mère accourut aussitôt, inquiète des pleurs
qu’elle entendait depuis la cuisine. Elle se précipita vers sa
fille. Son intuition ne la trompait jamais, surtout quand il
s’agissait d’Annabelle. Déjà enfant, elle percevait la moindre
de ses émotions qu’elle calmait avec des câlins ou des
chatouilles selon la gravité du chagrin ressenti. Les guilis ne
lui seraient d’aucune aide à cet instant. Ce déferlement de
larmes annonçait une crise sans précédent. Elle s’installa
face à sa fille, lui saisit les mains avec délicatesse et la
scruta, les yeux dans les yeux. Annabelle, plongea son
regard dans le sien et dans un ultime sanglot, réussit à
aligner quelques mots de détresse.
- Oh maman… je suis si mal… si tu savais…
- Mais que se passe-t-il ma chérie ? C’est Simon ? vous
vous êtes disputés ?
Annabelle se moucha et prit quelques secondes de
réflexion. Devait-elle tout raconter à Claudine ? Comment lui
avouer cette histoire incongrue ? Elle éprouvait un peu de
honte à l’idée de narrer sa vie libertine. Elle ne désirait pas
être jugée, surtout en ce moment. Mais devant l’air soucieux
de sa mère, et animée par son besoin de libérer ce poids sur
sa poitrine, elle se lança avec prudence dans son récit.
- Rassure-toi. Tout va bien avec Simon. Avant de te
raconter, jure-moi que tu ne vas pas me juger… nous
juger.
- Mais voyons Annabelle ! l’ai-je déjà fait ? s’offusqua
Claudine.
- Non, non, bien sûr, mais on ne t’a jamais donné
matière à le faire.
- Tu m’inquiètes ma chérie…
- Je ne sais pas par quoi commencer en fait. Je peux
juste te dire que je suis perdue et que mon cœur est
un champ de mines depuis plusieurs semaines.
- C’est bien Simon donc le problème ?
- Pas exactement, non.
- Il a rencontré une autre femme, c’est ça ?

66
- Non, maman…
Annabelle baissa les yeux, gênée d’être bientôt
démasquée.
- Ah d’accord. Alors c’est toi… tu as rencontré un autre
homme. Il n’y a que ça pour fragiliser un cœur quand
on est déjà en couple.
Le calme malaisant emplit toute la véranda. Annabelle
n’osait pas toiser sa mère et continuait à verser des perles
salées silencieuses. Elle reniflait afin de retenir son chagrin.
Puis soudain, elle releva sa tête et regarda à nouveau sa
mère.
- Comment sais-tu qu’un cœur souffre quand il est
confronté à une dualité insupportable ? Comment
peux-tu imaginer la frustration d’un multiamour
maman ? Car tu as bien compris qu’il s’agissait de
cela, n’est-ce pas ?
- Écoute, ma chérie, ton père et moi nous sommes
aimés passionnément, follement et généreusement.
Mais nous nous sommes aussi aimés dans la
confiance et le partage. Et la liberté…
Annabelle posa des yeux sur Claudine de petit animal
apeuré, terrorisé par cette confession plus qu’intime. Ce
n’était pas possible. En comprenait-elle vraiment le sens ?
Elle n’en revenait pas. Sa mère lui avouait qu’elle formait un
couple libre avec son père.
- Attends maman, tu essaies de me dire quoi en fait ?
- Je crois que tu l’as très bien compris.
- Toi et papa, vous étiez…
- Libertins, oui, tout à fait. Comme toi et Simon.
- Alors ça, si je m’y attendais ! je suis stupéfaite. Et vous
le saviez pour nous ?
- On s’en est doutés, oui. Vous sortiez beaucoup à une
période et tu me racontais que vous alliez au théâtre
deux fois par semaine.
Claudine esquissa un sourire franc.
- Nous t’avons souvent menti nous aussi. Nous n’allions
pas au cinéma ou au restaurant…

67
- Je n’en reviens pas. Je suis scotchée là. Quand je vais
dire ça à Simon ! Enfin, si tu veux bien.
- Oui, je t’en prie. Je n’ai rien à cacher. Mais tu
comprends que je ne pouvais pas t’en parler. C’était
notre secret à ton père et moi. Nous avons vécu de
magnifiques années et notre amour demeurait beau,
vrai, absolu.
- Nous ressentons cela aussi avec Simon. La confiance
que nous nous portons a consolidé notre amour et j’ai
le sentiment aujourd’hui, d’accéder à un autre plan de
conscience, mais pour l’instant, j’en souffre. Je
suppose que c’est le passage obligé.
- Veux-tu me raconter ? demanda Claudine avec une
voix douce et aimante, cette voix qui prédisposait à la
confession en toute sérénité.
- D’accord, maman… il s’appelle Hugo et il a bouleversé
notre vie…
Annabelle se lança dans le récit des dernières semaines,
sans filtres, sans gêne, en toute transparence. Elle déballa
sans discontinuer toutes ses émotions qu’elle retenait
depuis quelques jours et qui lui fracassaient le cœur. Elle
narra leur rencontre avec Hugo, les premiers échanges, les
premiers contacts, les premiers frissons…

68
MARS 2022
10 mars, 23 h 05

La chambre de l’hôtel disposait d’un espace vaste avec


un grand lit king size, d’un coin salon avec deux fauteuils en
velours noirs qui s’articulaient autour d’une table basse
moderne, d’une salle de bains aux carreaux vintages noirs
et blancs avec une double vasque. D’épais rideaux rouges
apportaient une touche colorée à la pièce. Quelques lampes
stylées encadraient le couchage. La lumière tamisée créait
une ambiance chaleureuse.
Annabelle s’installa sur un des fauteuils, vêtue d’un
déshabillé rouge à dentelle. Des bas noirs tenus par des
porte-jarretelles rouges sublimaient ses longues jambes
fines, galbées par des chaussures noires à talon. Un voilage
noir englobait sa silhouette afin de dissimuler ses apparats.
Ses cheveux tombaient en cascade sur ses épaules avec
délicatesse. Ses mains, prisonnières dans des menottes de
cuir, reposaient sur ses cuisses. Simon, avant de sortir de la
chambre, lui banda les yeux. Il prit soin de ne pas la décoiffer
et remit quelques mèches sur son front, comme elle aimait.
Il la regarda. Sa magnificence rayonnait dans cette chambre
d’hôtel plongée dans la pénombre d’un hiver à la froidure
mordante. Leur soirée s’était bien passée et toute la famille
avait déploré leur départ rapide. Mais leur excitation prenait
le dessus sur la raison filiale. Les dialogues suggestifs avec
Hugo s’étaient intensifiés, exacerbant leur envie au fil des
heures. Le décompte, ponctué à coup de SMS, avait
déchainé leur désir. Les conversations parurent si
lointaines, cotonneuses, inaudibles. Ils s’amusèrent de leurs
regards complices, échangés à la volée. « S’ils savaient… »,
pensait Annabelle en les observant dans leur quotidien
routinier. Elle ne portait aucun jugement quant à leur choix
de vie, mais se réjouissait du sien et de celui de Simon. La
liberté octroyée à l’un et à l’autre représentait à ses yeux la
plus belle réussite de leur couple.
Posée sur ce fauteuil, les sens en éveil, bercée par une
douce musique planante, Annabelle commença à

69
s’impatienter. Simon était sorti cinq minutes auparavant afin
d’accueillir Hugo. Que fabriquaient-ils ? Elle tenta de
respirer et prit conscience que le trac gagnait du terrain. « Et
si je ne lui plais pas ? », « Et s’il ne me plait pas… ». Elle se
redressa, le dos bien droit, les jambes croisées. Son esprit
s’entrelaçait déjà au sien. Les corps suivraient la même
inspiration…
La porte s’ouvrit. Annabelle esquissa un sourire et sentit
son cœur s’emballer. Le silence enveloppa la pièce. Une
électricité aérienne flotta délicatement et lui provoqua un
délicieux frisson. Elle devina des pas sur la moquette, la
porte se refermant sans bruit, un effluve de fragrance
inconnu frôlant ses narines. Des sons de piano apportaient
une note légère et romantique. Le champagne patientait
d’être servi. Les bougies vanillées jouaient de leur flamme
vacillante. Des prismes de lumière dansaient derrière le
masque. Les yeux d’Annabelle, plongés dans le noir absolu,
mourraient d’envie de découvrir l’homme qui se tenait
devant elle, en toute discrétion, un parfum épicé, preuve de
sa présence.
Simon s’approcha d’Annabelle et saisit sa main. Il l’invita
par cet acte à quitter le fauteuil. Puis il s’adressa à Hugo et
prononça une seule phrase « Je te présente la Belle
Annabelle… ». À ces mots, il déposa avec délicatesse la
main de sa complice dans celle de cet homme, totalement
intimidé par cette femme magnifique qui s’offrait à lui. Par
ces gestes, Simon acceptait de confier le plaisir de sa bien-
aimée à d’autres mains, un autre corps, une autre âme, un
Autre… Il s’écarta pour que ces deux êtres se rejoignissent
enfin.
Hugo se déplaça vers Annabelle jusqu’à sentir son souffle
sur son visage. Il ferma les yeux aussitôt afin d’être plongé
à son tour dans un brouillard enivrant. Il chuchota à son
oreille « Tu es belle Annabelle, heureux de te rencontrer ».
Elle, charmée par ces premiers instants, se laissa bercer par
sa voix grave et ne put répondre tant l’émotion l’étreignit. Sa
respiration s’accéléra. Ses paumes devinrent moites. Et
quand il appuya ses lèvres sur les siennes, une déflagration

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de désir se produisit dans le bas de son ventre. Elle eut
envie de le toucher, mais ses mains entravées l’en
empêchèrent. Leurs baisers s’intensifièrent seconde après
seconde, offrant une danse sensuelle à leurs langues qui
enfin, se goutaient, se rencontraient, se découvraient. Hugo
promena ses mains sur le visage de cette beauté soumise
à son désir. Il perçut les ondes électriques qui parcouraient
le corps d’Annabelle à chaque caresse déposée sur sa
peau. La chair de poule trahissait l’effet que procuraient ces
douces balades à travers ses creux et ses monts. Il
découvrit la fermeté de ses seins sur lesquels un baiser
affamé les recouvra. Il en mordilla les tétons, érigés par le
plaisir. Les premiers instants de gêne, de timidité, de
retenue, laissèrent rapidement la place à l’envie de la
prendre dans ses bras et de l’aimer toute la nuit. Il en oublia
la présence de Simon qui assistait à ce spectacle en silence.
L’odeur de son corps, la douceur extrême de sa peau,
l’harmonie de ses courbes le propulsaient dans un état
second. Son sexe dur trahissait son désir pour elle.
Annabelle, privée de ses mains, usait de ses formes qu’elle
ondulait au rythme sensuel de la musique. Elle s’agenouilla
et caressa l’entrejambe de son partenaire de jeu avec son
visage. Elle promena sa langue par-dessus le pantalon et
devina la bosse qui laissait présager une suite des plus
intense. Hugo posa ses mains sur ses cheveux. Il la désirait
tant à cet instant. Simon se leva enfin et prit son appareil
photo. Il commença à immortaliser les scènes plus
sensuelles les unes que les autres. Hugo en profita pour ôter
le voile noir qui dissimulait le rouge en dessous. Le corps
d’Annabelle lui apparut encore plus beau, plus généreux,
plus attirant. Cette couleur l’embellissait avec une extrême
classe. Les talons galbaient ses jambes fines et fermes. Son
cul se bombait naturellement. Ses mains ne savaient plus à
quel saint se vouer. Annabelle, dont l’excitation annihilait
toute timidité, fit comprendre à Simon de la détacher. « Non
ma chérie, c’est la règle… » lui susurra-t-il dans le creux de
son oreille. « Personne n’a dit que je devais les garder toute
la soirée… ». Hugo entendit pour la première sa voix douce.

71
Il en fut davantage ému. Il se colla à son corps et la libéra,
tant l’envie d’être touché, palpé, caressé devenait
pressante. Dégagées de leur étreinte, les mains d’Annabelle
se mirent à envisager ardemment le corps de son amant
d’un soir, affamées d’en découvrir chaque parcelle, chaque
recoin, chaque intime secret. Elles explorèrent le torse
musclé aux abdominaux saillants après déboutonnage de
sa chemise. Ses doigts s’amusèrent à parcourir le relief de
ce buste entretenu et athlétique. Ils gravirent le long de la
colonne, s’attardèrent sur les espaces animés de creux et
de bosses pour choir sur le bas du visage fraichement rasé.
De la pulpe, les caresses légères effleurèrent les lèvres
pleines et mouillées d’Hugo. Il les entrouvrit et happa un
doigt aventurier. Il le suça tout en regardant Annabelle se
délecter de cette sensation agréable. À son tour, il entreprit
d’explorer la sienne avec son index qu’il humidifia de sa
salive. Elle l’accueillit avec délice tout en posant une main
sur les fesses rebondies de son complice. Elle joua de sa
langue et lui de la sienne. Simon les mitraillait de flash sans
que cela les perturbe le moins du monde. Il contemplait la
jouissance charnelle de sa belle dans les bras d’Hugo, ce
qui provoqua une érection dans son pantalon.
Hugo et Annabelle s’embrassèrent, se touchèrent, et
s’explorèrent longuement, poussant à la limite du
supportable leur envie respective de l’autre. Puis, avec
subtilité, Hugo la dirigea vers le lit, sous le regard complice
de Simon, et l’allongea sur le dos. Dans un ultime baiser, sa
bouche descendit le long de ses seins, de son ventre pour
enfin s’attarder sur son antre intime dont les délicates lèvres
s’ouvrirent avec appétit. Annabelle tressaillit au contact de
sa langue. Elle laissa échapper un gémissement, ce qui
encouragea Hugo dans son intention. Il se cala entre ses
jambes, posa les genoux au sol et dégusta avec délectation
le fruit défendu de cette belle coquine, offerte et
dégoulinante de passion pour lui. Son appendice buccal
s’accorda au rythme des soubresauts du corps d’Annabelle
et devint de plus en plus précis. Cette dernière, dont les
petits cris indiquaient la justesse des caresses linguales, se

72
tordit de plaisir. Elle désirait tant le découvrir, plonger son
regard dans le sien, alors qu’il s’apprêtait à la faire jouir.
Hugo, habile et impatient, glissa deux doigts dans la fente
intime de sa belle afin d’accéder au point de volupté
féminine, et de susciter la déferlante source. Il adorait voir
une femme s’abandonner à lui, sans résistance. Quelques
va-et-vient suffirent pour déclencher cette envolée des eaux.
Annabelle poussa un cri plus fort au moment de cette vague
de plaisir intense. Hugo s’extasia face à la jouissance de
cette créature et ne put, à son tour, retenir la sienne. La gêne
l’envahit aussitôt, tel un enfant pris sur le fait d’une bêtise.
Annabelle, toujours en émoi, ne remarqua rien. Elle
souhaitait juste continuer ce corps à corps qui se révélait si
puissant entre eux d’eux. Elle ne saisit pas tout de suite et
s’étonna de voir son amant filer dans la salle de bains sans
crier gare. Simon assista à la scène sans vraiment réagir.
Mais il comprit la problématique. Hugo était tout simplement
victime de l’incroyable sex-appeal de sa femme. Il imagina
l’embarras de ce dernier, peut-être même la honte. Il n’osa
pas intervenir afin de ne pas rajouter de malaise. Annabelle,
allongée, tourna la tête vers son mari et chuchota.
- Il est parti où ? demanda-t-elle le plus discrètement
possible.
- Il est à la salle de bains.
- Y a un problème ?
- Non Annabelle… tu l’as un peu trop excité, c’est tout !
- Ah mince ! répondit-elle en ébauchant un sourire.
J’espère qu’il va pouvoir reprendre.
- Pas sûr…
- Oh non ! j’ai trop envie de lui…
- Je suis là moi…
Simon esquissa son sexe droit tout prêt d’Annabelle. Elle
s’en saisit et constata avec joie qu’il ne manquerait pas de
soutenir Hugo si ce dernier ne revenait pas dans la course.
Ils attendirent, ainsi, quelques instants encore avant que la
porte de la salle de bains s’ouvrît. Hugo adressa un regard
navré à Simon. Il lui rendit avec une certaine compassion et
un clin d’œil amical et rassurant. D’un hochement de la tête,

73
il l’invita à rejoindre Annabelle, sagement allongée. Elle se
redressa et le prit dans ses bras, comme une mère ferait un
câlin à un enfant triste et déçu.
- Tout va bien mon chat… je languissais que tu
reviennes…
- Je suis désolé Annabelle de pas avoir mieux contrôlé,
mais tu es si excitante. C’est une torture pour les yeux,
les mains et le reste.
- La soirée n’est pas finie. Viens, je veux te gouter à
mon tour.
À ces mots, elle se positionna, les genoux au sol, les
mains sur ses fesses. Elle promena d’abord sa bouche sur
son abdomen en y déposant de légers baisers humides. Il
ferma les yeux afin de se concentrer sur l’instant présent. Il
désirait chasser les images précédentes de son éjaculation
beaucoup trop rapide. Il empoigna les cheveux de sa
complice avec douceur. Sa tête se renversa en arrière. Il fixa
son attention sur les lèvres délicates d’Annabelle et la
pression qu’elles exerçaient sur son bas ventre. Il guettait le
moindre signe d’un déclenchement d’érection. Mais, sa
verge restait au repos. Annabelle l’entreprit davantage. Elle
descendit vers son entrejambe et débuta des caresses
suaves et bien dirigées. Sa bouche prit bientôt le relais. Elle
pratiqua alors une fellation avec plaisir et sensualité. Elle
adorait cela même. Malgré son implication, le sexe d’Hugo
ne réagissait pas ou plus. De plus en plus frustré par cette
situation embarrassante, il s’agaça. Tout avait si bien
commencé. Il la releva et l’embrassa afin de provoquer une
diversion. Elle n’insista pas. Peut-être qu’un nouveau corps
à corps tendre permettrait de retrouver un élan sexuel. Elle
profita du moment pour retirer son masque. Elle
s’impatientait de découvrir son partenaire. Cependant, elle
garda les yeux fermés. Elle craignait d’être déçue. Et toute
cette connexion des premières minutes volerait en éclat. Ils
se caressèrent et s’embrassèrent longuement jusqu’à ce
que Simon décidât de les rejoindre enfin. Hugo se décala et
s’éclipsa en toute discrétion. Il assista à l’étreinte de deux
amoureux qui se connaissaient par cœur. Il en profita pour

74
activer son afflux sanguin dans le pénis qui restait inerte et
tombant. Il rageait tant contre lui. Il pressentait d’avoir loupé
ce premier rendez-vous. Aurait-il une seconde chance ?
Annabelle accueillit son mari en elle. Ils s’aimèrent jusqu’à
la jouissance de Simon. Elle ouvrit les paupières à cet
instant et croisa enfin le regard d’Hugo. Elle découvrit un
homme charmant, aux yeux malicieux, au corps svelte et
athlétique. L’imaginer sous ses doigts l’avait follement
excitée, mais l’apercevoir enfin la troublait davantage.
Elle capta une étincelle dans ses yeux verts et d’un
sourire, lui fit comprendre de les rejoindre. Il prit place sur le
côté et caressa le dos de cette sublime femme. Ils restèrent
ainsi un bon moment, sans parler, sans bouger, savourant
juste ce moment divin. Annabelle se retourna pour lui faire
face alors que Simon filait sous la douche. Elle plongea ses
prunelles dans les siennes avec une intensité particulière.
Elle s’empara de son visage entre ses mains et déposa un
baiser sur ses lèvres.
- C’était super Hugo. J’ai adoré. Et tu es très beau…
- Non. Je n’ai pas été à la hauteur, je suis désolé.
- Arrête, voyons. Tu t’es plutôt bien débrouillé.
- Je voulais que ce soit parfait.
- Ça l’a été pour moi, je t’assure.
Elle l’embrassa encore et encore. Leurs bouches se
mêlèrent à nouveau. Leurs jambes se superposèrent. Leurs
mains se cherchèrent une ultime fois. Puis Simon sortit de
la salle de bains. Il constata leur rapprochement et subodora
une nouvelle étreinte à venir dont il n’avait pas envie. Il les
interrompit en offrant une coupe de champagne à l’un puis
à l’autre. Ainsi, ils se retrouvèrent debout. Hugo ramassa
ses affaires au sol et se revêtit. Annabelle, déçue de la fin
de soirée pressentie, en fit de même. Une certaine gêne
s’invita entre les protagonistes. Chacun but son verre.
Simon remercia Hugo d’être arrivé jusqu’à eux et sa
remarque accéléra son départ.
- Merci à vous deux de m’avoir accueilli. J’ai adoré vous
rejoindre.

75
- Merci à toi d’être venu jusqu’à nous, répondit
Annabelle en déposant un dernier baiser sur sa
bouche, qu’il reçut avec satisfaction.
- Oui, merci à toi, renchérit Simon.
- Je vous laisse dormir.
- On se parle bientôt, lâcha Annabelle, une possibilité
d’une nouvelle rencontre en suspens.
- Oui, bien sûr. À bientôt.
Hugo sortit et regagna sa voiture. Il s’installa au volant.
Quelques minutes s’écoulèrent sans qu’il puisse enclencher
la clé. Il repassa le film de cette soirée. Les images
d’Annabelle lors des premiers instants tourneraient en
boucle, sans aucun doute. Mais quelle frustration de ne pas
avoir pu l’honorer, de ne pas avoir pu sentir la chaleur
profonde de son corps ! Il s’en voulait tellement. Il ne
comprenait pas pourquoi son manque de contrôle l’avait
dépassé. Qu’allait-elle penser ? Et Simon ? Il erra ainsi dans
ses réflexions quelques minutes et se décida enfin à
démarrer. Il regagna sa maison, non sans une colère à
peine dissimulée.
Simon s’allongea sur le dos, le regard au plafond,
silencieux et l’air paisible. Annabelle, après une bonne
douche chaude, le rejoignit. Elle posa sa tête sur son torse,
ses jambes mêlées aux siennes. Sa respiration calme se
cala à celle de Simon. Ils ressentaient, tous les deux, une
sérénité agréable, un bien-être apaisant, une délectation
commune. Il parla en premier, interrompant les pensées de
chacun.
- Tout va bien ma chérie ? demanda-t-il, prudent et
impatient de découvrir les impressions d’Annabelle.
- Oui, ça va, mais je reste perplexe, lui répondit-elle.
- Ah bon ? Pour ce qui s’est passé à la fin ?
- Oui, le sentir si déstabilisé m’a beaucoup gênée.
- C’est con, c’est sûr. Il s’est mis trop la pression, je
pense. Faut dire que vous avez démarré à fond aussi ;
- Ah tu trouves ?
- Oui, quand même. Je pensais que vous resteriez plus
longtemps debout, à danser.

76
- J’avoue que je n’ai rien calculé. Ça s’est fait comme
ça, très naturellement. Mais j’ai trouvé la soirée super.
- Pas déçue quand tu l’as vu ? Moi, je m’attendais à ce
qu’il soit un peu plus baraqué !
- Oui, c’est vrai. Je le voyais plus massif, mais j’ai adoré
son contact, sa délicatesse, sa manière d’être et il sait
bien se servir de sa langue et de ses doigts.
- Heureusement !
- Rohhhh ! tu n’es pas gentil !
- Quoi ? C’est vrai quand même !
- Tu l’as dit toi-même, il s’est mis beaucoup de pression.
Il m’a envoyé quelques photos et j’ai pu constater qu’il
n’avait aucun problème d’érection. Bon, ce serait
mentir que de ne pas reconnaitre que je reste sur ma
faim.
- Je comprends. Dommage pour lui…
À ces mots, Annabelle se redressa pour regarder Simon
dans les yeux. Malgré la fin décevante, elle ne renonçait pas
à la possibilité d’une autre soirée, d’un autre moment. Elle
désirait revoir Hugo, peut-être dans d’autres circonstances,
afin de vivre intensément leur prochaine rencontre.
- En fait, j’aimerais bien qu’il nous accompagne à la
soirée chez Fred et Lola samedi prochain.
- Tu veux donc le revoir ?
- Oui, il me plait et je trouve dommage de s’arrêter là
alors que nous n’avons pas pu aller jusqu’au bout. Ça
t’embête ?
- Un peu, oui…
- Pourquoi ?
- Parce qu’il n’a jamais été question d’une deuxième
fois avant, c’est tout.
- Je sais, mais bon, je préfère le revoir lui, qu’un autre.
Ça change quoi pour toi ?
- …
- Puis, je me dis que ce serait bien d’avoir un moment
en duo pendant la soirée. S’il se met la pression avec
toi, peut-être l’aura-t-il moins en tête à tête… Nous

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l’avons déjà fait ça auparavant, que je parte seule,
sans toi.
- Oui, mais bon. Je ne suis pas sûr que ce sera mieux.
Tu risques d’être déçue, c’est tout.
- Eh bien, tu viendras à la rescousse !
Les yeux d’Annabelle se transformèrent en deux
prunelles malicieuses, ce à quoi Simon ne résista pas.
- OK. Je te laisse jouer une deuxième fois. Faut-il qu’il
veuille venir.
- Bien sûr, je lui en parlerai demain.
Elle étreignit son mari avec tout l’amour qu’elle ressentait
pour lui, un amour fort, puissant et reconnaissant. Elle
s’endormit rapidement, avec en tête les images folles de
cette soirée, d’Hugo en train de l’embrasser, de la toucher.
Son parfum encore sur sa peau, elle pensa aux prochaines
émotions qu’elle vivrait seule avec lui, pour un moment
intense de pure intimité.

78
JUIN 2022
3 juin 18 h 34

Les confidences faites à sa mère la soulagèrent et lui


permirent d’alléger ce poids sur sa poitrine, apparu quelque
temps auparavant. Au fil de son histoire, elle conscientisa
son implication exagérée dans cette liaison extra-conjugale
consentie par Simon. Les heures passées à discuter avec
Hugo, à échanger des photos, à s’exciter mutuellement des
jours et des jours, du matin au soir, avaient provoqué une
dépendance indéniable. Elle admit que cette relation
dépassait le lien libertin, l’attirance sexuelle des premiers
instants. Son choix d’y mettre un terme semblait le plus
raisonnable, elle le savait. Elle espérait une possible reprise
de leur histoire avec plus de prudence, de raison. Pour cela,
elle attendait une ultime discussion avec lui qu’elle
souhaitait apaisée et constructive. N’y tenant plus, elle se
décida à lui envoyer un SMS en fin de journée.
- Coucou, es-tu dispo ?
Une dizaine de minutes s’écoulèrent avant qu’il y
répondît.
- Oui, si tu veux.
Annabelle se réjouit de ces mots même si le ton lui
apparut quelque peu détaché.
- OK. Mais as-tu vraiment envie que nous échangions ?
- Si tu veux.
- Moi je le veux, mais toi ?
- Si tu veux.
Elle retrouva exactement la même distance, la froideur
des derniers messages qu’il lui avait envoyés. Elle s’en
navra, mais ne voulut pas lâcher l’affaire.
- OK. Eh bien, ce sera moi qui parlerai alors. Écoute,
comme je te l’ai dit l’autre soir, je suis vraiment
désolée de la tournure qu’a prise cette histoire ; je ne
souhaitais pas que cela se termine ainsi, aussi
sèchement. Mais j’ai été si déconcertée par tes
réactions, ta distance et surtout le fait que tu ne te sois
jamais exprimé, que ça m’a rendue un peu excessive.

79
- Je ne vois pas trop ce que je pouvais te dire de plus.
- Ce que tu ressentais !
- Non.
- Mais pourquoi ? Ça m’aurait évité de faire des
suppositions et puis, j’aurais pu me modérer, moins
t’envahir peut-être, je ne sais pas…
- Je te l’ai déjà dit. Je ne suis pas doué pour exprimer
mes sentiments contrairement à toi. Et de toute façon,
ça n’aurait rien changé. Et oui, cela est allé trop loin.
On avait dit qu’on stopperait tout si l’un de nous
souffrait. Et là, nous sommes plusieurs à souffrir.
- Parce qu’on a été dépassés par nos ressentis, nos
émotions. Si on est plus prudents, on se laisserait
moins envahir par tout ça, non ?
- Non, je ne crois pas. C’est trop tard. Puis, je n’ai pas
aimé cette fin.
- Ah OK ! c’est donc ça en fait ? Tu as été vexé ou
contrarié et maintenant, tu m’en veux !
- Non, pas du tout. Tu as réagi comme tu as pu, c’est
vrai, mais ça m’a fait du mal sur le coup.
- Et moi, tu y penses ?
- Tu n’es pas toute seule Annabelle.
- Je le sais bien, mais si j’ai réagi ainsi, c’est bien parce
qu’il y a eu une action de ta part.
- ?
- Tu ne sais pas de quoi je parle. C’est ça ?
- Pas vraiment non.
- Je n’y crois pas ! HUGO !!!! Tu m’as fait quand même
une scène de jalousie !
- Non, ce n’était pas une scène de jalousie. Je n’ai juste
pas apprécié de ne pas être au courant que vous
rencontriez d’autres hommes seuls alors que j’étais
censé être votre exclusivité. Tu aurais pu d’ailleurs me
dire que tu avais modifié ta fiche sur le site et votre
recherche.
- Premièrement, je ne suis pas seule à décider, je te
rappelle, et deuxièmement, je ne suis pas sûre de bien

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comprendre. Mais bon, OK, appelle ça comme tu
veux. En attendant, tu avais pris tellement de distance
d’un coup que je me suis dit que tu te lassais de nous
et que c’était le moment d’envisager d’autres relations
pour te laisser un peu tranquille.
- Tu aurais dû m’en parler.
- Je ne crois pas non, mais bon, chacun son point de
vue. Et puis, je t’avais trop dans ma tête en continu.
J’ai pensé que ce serait un bon moyen pour t’oublier
un peu.
- Ça a marché ?
- D’après toi ?
- Je ne sais pas. À toi de me le dire Annabelle…
- Tu le sais très bien… mais dis-moi
- Oui
- C’est pour ça que tu as annulé notre petite soirée
prévue, n’est-ce pas ? Tes problèmes évoqués étaient
bidon ?
- Pense ce que tu veux…
- Ce qui m’a fait sortir de mes gonds, et je suis sûre que
tu le sais, est de découvrir qu’en fait, le lendemain de
cette soirée programmée, tu as rencontré un autre
couple alors que tu m’as servi le matin même des
« trop dégoûté pour hier », « je me rattraperai vite »,
etc., sans même me proposer de nous voir dès le soir.
Pourquoi ?
- Je n’ai rien programmé du tout, c’est arrivé dans la
journée.
- Je reste perplexe. Le fait que tu rencontres d’autres
couples ou femmes ne me gêne pas du tout. Tu es
libre comme nous le sommes. On va juste dire que
c’est le timing qui n’a pas été bon. Tu as manqué de
tact à notre égard, à mon égard…
- Tu as pu constater ce que ça fait de découvrir un
témoignage d’un autre sans t’y attendre…
- Admets donc ta jalousie !
- Non.
- Tu es vraiment une tête de mule !

81
- On me l’a déjà dit, en effet.
- Quoiqu’il en soit, j’ai explosé, c’est vrai et ça m’a
vraiment fait mal. Voilà pourquoi je t’ai envoyé ce SMS
pour tout stopper.
- Et tu as bien fait. C’était la meilleure chose à faire.
- Mais je le regrette ! tu me manques trop.
- Je ne pense pas que ce soit une bonne idée de nous
revoir et de reprendre notre relation. Quelque chose
s’est cassé. Ça ne serait plus pareil.
- Mais tu n’as donc aucun regret ?
- Si, que ça se soit arrêté, bien sûr.
- Alors reprenons ! avec plus de prudence, de raison !
- Ce n’est pas une bonne idée et tu le sais.
- OK, alors dis-le-moi pour de bon, avec des mots bien
explicites.
- Annabelle, arrête de faire ça !
- Arrête quoi ?
- Tu insistes toujours.
- Dis-moi que tu ne veux plus me voir Hugo.
- OK, je te le dis. Je ne veux plus que l’on se voie et ça
doit s’arrêter. Nous ne reprendrons pas cette relation.
Annabelle, en lisant ces ultimes mots, sentit son cœur
s’assombrir. Hugo restait de marbre, campé sur ses
dernières décisions. Elle doutait maintenant de ses
sentiments à son égard. Elle entrevoyait plutôt une fuite de
sa part. Elle en était la fautive. Son insistance l’étouffait peut-
être.
- D’accord. Je ferai ce que tu désires. Je suis très
triste…
- Moi aussi je le suis, mais c’est ainsi que ça doit se
terminer.
- J’espère que tu rencontreras une femme qui t’aimera
comme tu le mérites.
- Merci, c’est gentil.
- Je te laisse… je t’embrasse
- Moi aussi.

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Annabelle coupa le téléphone. Elle demeura assise un
moment à dérouler le fil de leur échange. Elle s’alarma de
constater qu’Hugo restait très distant et froid. Peut-être,
n’avait-il aucun sentiment particulier pour elle et qu’il
souhaitait juste prendre le large afin de vivre d’autres
aventures. Son changement de comportement la désarmait.
Lui, si présent et demandeur au début de leur rencontre,
s’était fait plus rare les derniers jours avant leur clash. Selon
Simon, il se protégeait ainsi pour ne pas souffrir davantage.
Annabelle en doutait désormais. Maintenant, les choses
étaient actées. Elle respecterait sa décision et ne tenterait
plus quoi que ce soit.
Elle rejoignit sa mère qui lisait dans la véranda. Elle
s’installa à ses côtés, en silence. Claudine, discrète, mais
attentionnée, posa son livre sur la table en rotin et regarda
sa fille, l’incitant ainsi à lui parler. Annabelle poussa un
soupir bruyant et prit la parole.
- Voilà, c’est fait. Nous avons échangé, enfin, si on veut.
C’est moi qui ai exprimé le plus, mais je m’y attendais.
Hugo n’est pas du genre expansif. Ça fait chier ! je
déteste l’état dans lequel ça me met, je te jure !
j’aimerais revenir en arrière et maitriser mes pulsions.
Je suis trop impulsive, Simon n’arrête pas de me le
répéter.
- Mais c’est ce qui fait aussi ton charme, ma chérie, ta
personnalité si authentique, si entière. Simon t’aime à
la folie.
- Je le sais bien et je sens que je le fais souffrir
injustement. Il est si compréhensif. Mais sa patience a
aussi des limites.
- Bon, alors, que vous êtes-vous dit avec cet Hugo ?
- Rien de différent de l’autre soir. Il ne souhaite pas
reprendre quoique ce soit. Je sens qu’il m’en veut. Je
sais qu’il a raison sur toute la ligne. Cette histoire doit
s’arrêter, mais ça me rend si triste. Je ne pensais pas
que j’étais accroc à ce point. Pourtant, il m’énerve
tellement par son attitude. J’essaie d’ailleurs de me
fixer sur nos derniers échanges pour y trouver des

83
raisons de ne plus le voir, jamais. Mais les flashs de
nos étreintes, de nos coups de fil, de ses sourires me
hantent malgré moi. C’est comme si j’avais été
envoûtée par cet homme. Je sais, c’est ridicule. Je
suis ridicule…
- Ne sois pas si dure avec toi-même. Tu n’es pas
ridicule, voyons. Es-tu amoureuse ?
- Je n’en sais rien… je ne crois pas, enfin, comme on
pourrait l’entendre. Je ne quitterai jamais Simon. Je
l’aime trop. C’est l’homme de ma vie. Je ne peux pas
imaginer un seul instant sans lui. Hugo, c’est autre
chose. Il a pimenté mon existence comme, je l’espère,
avoir pimenté la sienne. J’ai été emportée par un
tourbillon que je n’ai pas contrôlé. Mais je peux dire
que j’ai adoré ça ! Cette affinité à trois, c’était fabuleux.
Pour moi surtout, comme me le répète Simon.
- Oui, je vois très bien.
- Vous avez vécu une histoire similaire avec papa ?
- Oui, à plusieurs reprises !
- Ah oui ? Carrément !
- Je suis tombée amoureuse d’un beau complice. Nous
avions une quarantaine d’années, lui, trente-cinq.
L’alchimie a été immédiate entre nous deux. Notre trio
a duré quelque temps, fait de jeux, de connivence.
Puis, les sentiments s’y sont mêlés. Ton père a
accepté la situation tout de suite et m’a laissée vivre
cet amour. Cela a duré quelques mois. Puis, Pierre a
rencontré une femme. Je l’ai laissé partir. Mon cœur
en a été brisé. C’était le deal entre nous.
- Et papa te laissait aller le voir, seule ?
- Oui. Je partais régulièrement en week-end avec lui.
- Ah oui ! je m’en souviens maintenant. Tu disais partir
pour des salons professionnels !
- Oui ! ce qui était vrai. Mais Pierre m’accompagnait.
- Papa n’était pas jaloux ?
- Non, pas du tout. Tout était clair entre nous. Notre
amour n’était pas la question. Nous nous sommes
aimés encore plus fort grâce à cette histoire.

84
- Tu en as eu d’autres ?
- Une autre oui, tout aussi belle. Et ton père aussi…
- J’en tombe parterre…
- Je me doute, oui ! Elle s’appelait Fabienne. Nous
l’avions rencontrée lors d’une soirée. Entre eux, ça a
été fulgurant. Je ne pouvais pas l’empêcher de vivre
cette histoire. J’aurais été mal placée pour la lui
refuser.
- C’est pas faux… ça a duré longtemps ?
- Quelques mois. Je m’entendais bien avec Fabienne.
- Cela s’est terminé comment ?
- Son mari a tout découvert et n’a pas du tout aimé !
- Ah d’accord. Lui n’était pas libertin ?
- Non, pas vraiment. Ça a fait du grabuge, c’est vrai,
mais chacun est libre de ses choix. Fabienne l’était
aussi. Nous n’avons jamais eu de ses nouvelles après.
- Et Pierre ?
- Je l’ai revu une fois ou deux avec sa compagne,
charmante d’ailleurs. Mais elle n’était pas non plus
libertine. Naturellement, nous nous sommes perdus
de vue…
- Tu as pensé à lui parfois ?
- Tout le temps… Il est resté dans mon cœur parce que
c’était une très belle personne.
- Je comprends. Tu ne regrettes rien, n’est-ce pas.
- Certainement pas. Nous n’avons qu’une vie ma
chérie. Ton père et moi n’avons fait de mal à
personne. Notre amour a été la plus belle chose dans
notre vie, avec toi, bien sûr. Tu en es le fruit, tant
désiré.
- Pourquoi n’avez-vous pas eu d’autre enfant après
moi ?
- Nous avons bien essayé, mais la vie en a décidé
autrement. Nous étions très heureux avec toi. Les
regrets ne servent à rien. Mais profiter des bonheurs
simples que la vie nous offre est bien plus essentiel.
- Oui, je suis d’accord avec toi.

85
Annabelle se tut quelques instants afin d’intégrer les dires
de Claudine. Quelle histoire quand même. Sa mère avec
des amants ! Et son père aussi ! Et tout ça, dans une parfaite
harmonie. Elle les admirait, sans aucun doute. Et voilà
qu’elle vivait la même histoire avec Simon, enfin, du moins
en apparence. Elle n’était plus réellement sûre de rien, de
cette capacité à aimer plusieurs personnes en même temps
sans que cela ait des conséquences émotionnelles sur les
uns et les autres. Pouvait-on vraiment accéder à une liberté
individuelle totale sans blesser les gens que l’on aimait ?
Son idéal de vie, touché du doigt ces dernières semaines,
semblait bien utopique. Un voile de tristesse embruma à
nouveau son esprit. Malgré l’amour de sa mère, elle éprouva
l’envie de retrouver Simon, de se blottir contre lui, de lui
confier son chagrin. Lui seul saurait la soutenir, la cajoler
avec son empathie extraordinaire.
Elle se coucha avec les mots d’Hugo qui résonnaient
inlassablement dans son esprit. Le film de leurs nombreuses
rencontres défilait sans cesse. La difficulté de trouver le
sommeil la rendait nerveuse, en colère, irritable. Elle s’en
voulait tant, se sentait piégée à son propre jeu, sans maitrise
de ses émotions. Elle tournait la situation dans tous les sens,
mais n’y voyait pas d’issue satisfaisante. Renoncer à Hugo
signifiait renoncer à sa liberté. Renoncer à Hugo
engendrerait frustration et tristesse. Renoncer à Hugo lui
crevait le cœur, elle devait bien le reconnaitre. Mais ils
étaient trois dans l’histoire, un triple « je », chacun maitre de
ses envies, de ses limites, de sa souffrance. Sa soif de
liberté empiétait sur celle de Simon et d’Hugo. Plus elle y
pensait, plus ce casse-tête tambourinait dans son cerveau.
Elle ferma les yeux et se concentra sur sa respiration. Elle
tenta de calmer le bouillonnement des pensées assaillantes.
Demain serait un autre jour. Elle retournerait chez elle et
aborderait le sujet « Hugo » avec Simon, avec sincérité et
transparence, comme elle le faisait depuis le début de leur
folle histoire.

86
MARS 2022
11 mars, 9 h 36

Après un petit déjeuner copieux, ils reprirent la route


vers leur maison, heureux de s’y retrouver. Annabelle laissa
le volant à Simon pour une fois. Elle éprouvait une grande
excitation à partager avec Hugo son ressenti de la veille,
mais encore davantage à l’annonce de la soirée
multicouples à laquelle elle souhaitait le convier. Elle se
saisit de son portable et commença à pianoter dessus, sans
évoquer, à Simon, le destinataire de ses courriers. Elle se
contenta de se connecter sur Instagram et de répondre aux
multiples messages de ses followers, de plus en plus
nombreux dont faisait partie Hugo. Il s’était empressé de lui
en laisser un dès son retour la veille. Elle l’ouvrit et le lut en
toute discrétion.
- Coucou ma belle. Je suis bien rentré. J’espère que
vous avez passé une bonne soirée en ma compagnie
même si je suis parti la queue entre les jambes…
autant te dire que je suis dégoûté. Je voulais surtout
que tu sois rassurée. Tu n’y es absolument pour rien.
Je crois que j’avais vraiment beaucoup le trac, surtout
quand j’ai vu Simon en forme ! Je comprendrais si
vous ne voulez plus me voir. Moi, j’en ai très envie…
vraiment très envie… je t’embrasse. À demain,
j’espère. Tu es une beauté sans nom et ton charme
n’a d’égal que ta malice…
Annabelle parcourut le message plusieurs fois et se
décida à le partager avec Simon. Ce dernier, stoïque, fit
mine de ne pas vraiment s’y intéresser, ce qui agaça
Annabelle.
- Quoi ? bougonna-t-elle.
- Quoi quoi ? répondit au tac au tac Simon.
- Eh bien, tu ne dis rien… on dirait que tu t’en fous.
- Un peu oui ! Je ne vais pas commencer à me faire du
souci pour un mec qui ne bande pas !
- Arrête ! ça t’est déjà arrivé à toi aussi d’avoir une
panne.

87
- Oui, c’est vrai, mais c’est parce que la nana ne me
plaisait pas.
- Peut-être que c’est le cas !
- J’en doute…
- Bon, en attendant, je vais lui proposer de venir avec
nous samedi prochain, j’y tiens.
- OK. Fais comme tu veux.
- Non, pas comme je veux, comme nous le voulons tous
les deux. Si cela te gêne vraiment, je renonce.
- Mais non ! Je l’aime bien en plus. Il est très
respectueux.
- Tu es sûr ?
- Oui ! Et effectivement, je pense que c’est bien que
vous ayez un moment à vous deux pour aller jusqu’au
bout de la rencontre.
- Super ! Je lui envoie un message.
Sans attendre, Annabelle reprit le cours de la
conversation avec Hugo afin de lui proposer cette deuxième
escapade libertine en leur compagnie.
- Coucou Hugo. Nous sommes sur le retour. Merci pour
ton message d’hier. Si tu veux, nous pourrons en
reparler demain. On peut même s’appeler, ce sera
plus sympa. Fais-moi signe. En attendant, je voulais
t’inviter samedi prochain à une soirée multicouples
organisée par des amis. Je sais que tu n’en as jamais
fait, mais ce serait l’occasion pour toi de découvrir en
étant accompagné. Je te laisse y réfléchir. Mais
j’aimerais vraiment que tu sois présent… d’autant plus
que nous pourrons nous échapper tous les deux pour
plus d’intimité. Simon est OK. Pas de soucis.
Quelques secondes suffirent pour entendre le ding d’une
nouvelle notification. Hugo ne perdait pas de temps.
- Coucou ma belle. Écoute, je n’en sais rien. Je ne
connais personne et je suis du genre timide. Tu as
bien dormi ?
- Toi timide ! je n’y crois pas une seule seconde… et oui,
j’ai très bien dormi. Et toi ?
- Moyen… je me suis couché, contrarié et frustré.

88
- J’en suis désolée pour toi, mais il n’y avait aucune
raison à cela, je t’assure. J’ai adoré cette soirée, crois-
moi. La preuve, j’ai déjà envie de te revoir !
- Moi aussi ! j’ai très envie de t’embrasser à nouveau.
J’adore ton corps, tes baisers, ta peau…
À peine la conversation engagée, qu’ils repartirent
aussitôt vers des dialogues d’une intensité extrême. Ils
échangèrent ainsi pendant une heure sans discontinuer, au
grand dam de Simon. Il ne comprenait pas qu’ils aient autant
de choses à se raconter. Annabelle lui lisait de temps en
temps un extrait brûlant afin de l’impliquer dans la
connivence sexuelle.
- Nous sommes arrivés, mon chat… Je n’en peux plus !
- À ce point ma féline !
- Féline ?
- Chat, féline… on reste dans la même espèce, non ?
- Oui ! rigola Annabelle.
- Pourquoi mon chat d’ailleurs.
- Parce que j’appelle tous mes followers ainsi…
- Ah… mais je ne suis pas un follower ordinaire, n’est-
ce pas ?
- C’est vrai. Je vais réfléchir à un autre nom rien que
pour toi alors.
- Hummm… ça me plait… ma féline. Ça te va bien, je
trouve. Tu es une belle panthère.
- Grrrrr…
- Rires
- Je te laisse pour aujourd’hui. On s’appelle demain
matin si tu veux. Je dois aller faire des courses. Je te
biperai une fois sur la route.
- Oui, avec plaisir. Et merci encore.
- De quoi ?
- D’être si prévenante avec moi. Remercie Simon
également.
- Ce sera fait.
- Je t’embrasse ma féline.
- Je t’embrasse mon chat…

89
Annabelle referma Instagram quelques minutes avant
d’arriver. Elle se perdit aussitôt dans ses pensées. Elle prit
la main de Simon, la serra très fort et lui jeta un regard
aguicheur.
- Toi, tu es excitée ! la taquina Simon. Je me trompe si
je dis qu’Hugo est passé par là ?
- Non, tu ne te trompes pas… J’ai envie de faire l’amour,
très fort.
- À ton service, Madame.
Simon stoppa la voiture devant leur entrée. Ils en sortirent
précipitamment et rejoignirent directement leur chambre. Ils
se jetèrent sur le lit. Les vêtements valsèrent aux quatre
coins de la pièce. Simon découvrit l’humidité extrême de sa
femme, ce qui le rendit fou.
- Je ne sais pas pourquoi il te fait de l’effet à ce point,
mais je le remercie !
Ils s’enlacèrent de longues minutes jusqu’à s’endormir
l’un contre l’autre, rassérénés par l’amour exprimé avec tant
de passion.
La journée passa ainsi, entrecoupée de relations intimes,
sensuelles, de caresses douces et délicates, d’étreintes plus
fougueuses et de repos jusqu’au moment d’entamer une
nuit salvatrice
Après un nettoyage rapide de sa maison, Annabelle partit
pour les courses hebdomadaires. Simon, quant à lui, se
lança sans attendre dans la pose du parquet de la suite
dédiée aux futurs hôtes. Il se donnait la journée pour venir à
bout de cette tâche ingrate. Il détestait effectuer les sols. Il
préférait accomplir cette besogne, seul, à son rythme et
refusait toute aide de sa femme. Cette dernière s’en
réjouissait. Elle ne nourrissait aucune appétence pour ce
genre de bricolage. Elle adorait rénover de vieux meubles
chinés à qui elle offrait une deuxième, voire une troisième
vie. Cela lui permettait de reposer son mental. Alors qu’elle
ponçait, peignait, tapissait, ce dernier la mettait en veilleuse.
Sa concentration était telle, qu’aucune pensée parasite ne
jouait les intrus. Cuisiner lui procurait ce même état
méditatif.

90
Comme prévu, elle lança le numéro d’Hugo dès les
premiers mètres de route. Il décrocha aussitôt.
- Coucou ma féline.
- Coucou mon chat. Tu vas mieux ?
- Oui, ça va. Nos échanges d’hier m’ont rassuré. Je t’en
remercie d’ailleurs. Et toi ?
- Oh, tu m’as mise encore dans un drôle d’état !
- Ah bon ?
- Fais comme si tu ne t’en doutais pas… Simon te
remercie.
- Quel chanceux ce Simon !
- On a baisé tout le dimanche !
- Rohhhh !!! Arrête ! Tu me fais envie là.
- Ne me dis pas que tu es déjà excité !
- Ben si ! tu sais bien que ta voix suffit à me faire
bander !
Annabelle éclata de rire. Ils poursuivirent encore quelques
minutes sur ce sujet, à savoir celui qui excitait le plus l’autre.
Ils tombèrent d’accord sur le fait qu’ils gagnaient ex aequo.
- Bon, plus sérieusement, Hugo. Tu viens avec nous
alors samedi ?
- J’ai très envie oui et en même temps, je crains que ça
me stresse et tu as vu le résultat quand je suis stressé.
- Oui, mais là, tu seras avec nous.
- Il va y avoir beaucoup de monde ?
- Oui, pas mal, je ne vais pas te mentir. Viens, s’il te
plait. J’ai trop envie de te revoir. Et j’ai surtout envie de
ce moment à deux.
- Simon est d’accord ? Car ça, c’est indispensable.
- Ne t’inquiète pas. Il l’est. Nous pourrons nous éclipser.
- Bon, OK. Tu sais être persuasive.
- Cool. Puis tu sais, cela arrive à beaucoup d’hommes
dans ce milieu. Alors je sais que certains prennent une
petite pilule magique pour pallier ce souci mécanique.
- Ah oui ?

91
- Oui, je t’assure. Il suffit de demander à ton doc, il t’en
prescrira. Au moins, ça peut peut-être éviter de
stresser.
- C’est clair. OK. Je vais prendre rendez-vous
aujourd’hui.
Annabelle se mit à rire devant l’empressement d’Hugo à
s’équiper en pilule anti-panne. Elle en fut aussi flattée.
- Je vais prévenir mes amis que nous serons
accompagnés. L’idée est que tu puisses aussi
t’amuser avec d’autres couples, que tu découvres le
milieu.
- Je ne suis pas sûr d’avoir envie de découvrir d’autres
couples, comme tu dis.
- Tu verras bien, mais surtout, ne te sens pas obligé de
rester avec nous, du moins, qu’avec nous plutôt.
- Tu sais Annabelle, tu seras ma priorité.
- Oh, merci. Elle ne put cacher sa joie à cette évocation.
- C’est vrai. Si je viens, ce n’est que pour être avec toi.
- Je sais mon chat. J’ai trop hâte.
- Oui, moi aussi.
Il n’en fallut pas plus pour qu’ils repartent dans leurs
échanges qui devenaient spontanément incandescents,
sexuels, torrides. Ils restèrent ainsi encore quelques
minutes alors qu’Annabelle stationnait déjà depuis un
moment. Elle termina enfin leur discussion vocale en se
donnant rendez-vous sur Insta dans la journée.
Ce qu’ils firent. Dès qu’Annabelle postait une photo, Hugo
la commentait. Dès qu’elle publiait une story, Hugo la
commentait. Tout semblait prétexte à relancer leur
conversation entre eux deux, plus qu’excités qu’intéressés
par le contenu on ne peut plus basique de leurs entretiens.
Les débats philosophiques désertaient leurs dialogues. Leur
cerveau, difficilement irrigué, ne leur permettait pas une
grande réflexion intellectuelle. Mais ils s’éclataient à
s’envoyer des photos de plus en plus coquines, à échanger
sur leurs préférences sexuelles, à s’avouer leur désir
incommensurable et à inventer des scénarios pour les
prochaines rencontres. Car à ce moment-là, ils imaginaient

92
déjà des plans sur la comète ou sur la queue de la comète,
plus précisément.
Au fil des jours de la semaine, leur besoin de se parler se
fit plus intense, plus addictif. Annabelle passait ses journées
à lui répondre, à l’appeler. Hugo éprouvait des difficultés de
concentration et son esprit vagabondait dans les bras de la
belle Annabelle plutôt que dans les dossiers de ses clients.
Et Simon rageait. En silence, mais il rageait quand même. Il
assistait à la transformation lente de sa femme en une
adolescente décérébrée. Il ne s’en plaignait pas vraiment
puisqu’il récoltait les fruits de ses montées hormonales. Il ne
comprenait pas comment un directeur commercial pouvait
passer sa journée au téléphone ou à écrire des SMS dans
sa voiture. Cela le dépassait. Il l’évoqua avec Annabelle à
une ou deux reprises avec prudence. Mais devant le déni
évident de sa femme, il laissa tomber. Après tout, il ne
risquait rien à accepter qu’elle s’amusât avec un mec
comme Hugo, super droit, honnête et toute la panoplie du
gentleman. Il espérait surtout qu’après la soirée à venir,
Annabelle redescendrait sur terre et retrouverait un peu de
raison.
À ce moment-là, Annabelle semblait bien loin de ces
questionnements et jouissait juste de l’instant présent, avec,
en fond, une impression de toucher du doigt son idéal.

93
17 mars, 19 h 13

Simon réserva une chambre dans un hôtel, à proximité du


lieu de la soirée. Ainsi, ils s’octroyaient tout le loisir de
dépasser une heure correcte de coucher, n’ayant pas le
souci du retour en tête. Hugo les rejoignit comme convenu.
Annabelle terminait de se préparer quand il franchit le seuil
de la location. Un peu gêné, il échangea quelques banalités
avec Simon sur la route, le temps du trajet, la pluie, le beau
temps… Annabelle s’amusa de leur conversation de bon
usage. Elle déboula dans la pièce avec sa bonne humeur et
son sourire charmeur qu’elle adressa à Hugo. Elle se retint
pour ne pas l’embrasser à pleine bouche. Elle se contenta
de déposer deux baisers sur ses joues afin de contenir ses
ardeurs. Hugo en fit de même, avec distance et maitrise. Il
osa glisser un « tu es magnifique… », appuyé par son regard
profond. Ce dernier éveilla chez la belle Annabelle une envie
irrépressible de jouer aussitôt avec lui, mais elle se reprit,
par respect pour Simon, qui semblait totalement absent du
contexte. Elle remarqua bien son indifférence quelque peu
malaisante.
Ils sortirent de la chambre et montèrent dans leur voiture
respective. Annabelle profita de ce moment à deux pour
s’assurer que tout allait bien.
- Ça va mon chéri ? questionna-t-elle, non sans une
inquiétude.
- Oui, très bien. Pourquoi ?
- Je ne sais pas. J’ai l’impression que tu es distant, pas
dans le move.
- Si, tout va bien, je t’assure.
- D’accord. Alors c’est parfait. Je sens que ça va être
une super soirée !
- Pour toi, c’est sûr ! Elle est déjà toute programmée !
- Oui, c’est un peu vrai. Nous avons décidé d’un petit
scénario.
- Ah oui ? Et lequel ?
- Eh bien, nous avons interdiction de nous toucher,
nous embrasser. Je suis la femme de son meilleur

94
ami. Il la désire depuis très longtemps, mais comme
c’est un garçon de bonne famille, il s’est toujours
interdit tous contacts ambigus. Mais là, ce soir, alors
qu’elle va lui demander une cigarette, ça va déraper…
- Bien ! Je suppose que tu es déjà tout excitée.
- J’avoue…
Simon sourit à cette évocation. Il comprit que sa femme
consacrerait son attention à Hugo et personne d’autre, du
moins, une partie de la soirée. Il espérait qu’une fois leur
tête-à-tête réalisé, il retrouverait Annabelle pour s’amuser
avec des couples présents.
- Je te demanderai le moment venu, si tu es toujours
d’accord pour que nous nous isolions.
- Tu n’as pas besoin. Profite de lui comme il se doit.
J’espère juste que cette fois-ci, il pourra assurer.
- Il a acheté des pilules.
- Ah d’accord.
- Donc, pas de problème. Et toi, amuse-toi autant.
- Oui, c’est prévu.
- Hugo a discuté avec un couple qui serait partant pour
nous rencontrer.
- Toi et lui ?
- Non ! nous deux et lui aussi oui.
- Ah OK. Eh bien, c’est cool alors.
Ils arrivèrent à destination très vite. Beaucoup de
véhicules stationnaient déjà. Simon gara la voiture, suivi
d’Hugo. L’ami organisateur les accueillit, puis les guida avec
joie vers le lieu de tous les plaisirs espérés.
Ils pénétrèrent dans le salon. Toutes les attentions se
dirigèrent vers Annabelle, rayonnante dans une jolie robe
rose pâle à dentelle et voilage. Son corps apparaissait en
toute transparence, sublimé par la légèreté du tissu. Le
galbe de ses jambes, mis en valeur par de belles
chaussures dorées à haut talon, attirait les yeux avec une
envie, pour quelques coquins d’y promener leurs mains. Sa
beauté illumina la pièce, allumant des étincelles de désir
dans le pantalon de certains, la foudre dans les pupilles de
certaines.

95
Comme convenu, Annabelle se tint éloignée d’Hugo
qu’elle observait du coin de l’œil. Leur regard se cherchait,
se croisait et ce jeu dura le temps des présentations et des
premières réjouissances.
Le champagne coula vite à flots accompagné des
délicieux petits fours confectionnés par la maitresse de
maison. Les invités continuèrent d’affluer et bientôt, le salon
s’anima de conversations diverses et de musique
entrainante. Annabelle s’amusait à frôler d’une main
discrète le dos d’Hugo, qui ne bronchait pas. Il entama des
discussions avec certains des convives, tout en gardant
toute son attention pour sa belle. Puis, arriva le couple
évoqué par Annabelle. Elle les identifia aussitôt et alla donc
à leur rencontre, Simon à ses côtés, certain de pouvoir
amorcer avec eux un séduisant dialogue. Mais au moment
de se présenter, la dame ne reconnut pas Simon et apparut
distante à son égard, poussant la maladresse à le zapper. Il
en fut décontenancé, ce qui mit à mal son assurance.
Annabelle ne remarqua pas la déception de son mari et
continua tout naturellement le jeu du chat et de la souris
avec Hugo. Elle l’entraina à l’extérieur afin de fumer une
cigarette ensemble. Elle mourait d’envie de l’embrasser.
- Ça va, tu te sens bien ? lui demanda-t-elle.
- Oui, les gens sont sympas.
- J’ai envie de toi…
- Oui, moi aussi.
Elle s’approcha de lui un peu plus. Sa main s’aventura sur
ses fesses qu’elle empoigna fermement.
- On va danser ?
- On n’a pas le droit de se toucher, tu te souviens ?
- Juste une danse mon chat…
Elle l’entraina au milieu du salon alors que des couples
ondulaient leur corps avec sensualité. Ils se collèrent l’un à
l’autre. Elle pouvait respirer son parfum et capter sa chaleur.
Elle lova sa tête dans le creux de son cou et commença à le
mordiller. Simon, resté en retrait, les regarda danser. Son
malaise grandissant, il se remettait difficilement de
l’humiliation qu’il avait vécue quelques minutes auparavant.

96
Il sentit une boule gagner sa poitrine, mais ne fit rien
paraitre. Il maitrisait l’art du camouflage.
Annabelle interrompit la danse et glissa à l’oreille
d’Hugo quelques mots qui sonnaient le moment de leur
retrouvaille.
- Attends-moi, je vais prévenir Simon que nous
montons.
- D’accord. Je t’attends.
Elle se dirigea vers son mari, l’esprit embrumé par les
quelques coupes de champagne déjà diffuses dans son
sang.
- On s’isole avec Hugo. Tu peux nous rejoindre après,
tu sais.
- Oui, je sais.
- Tu es toujours d’accord ?
- Oui, vas-y. je vous retrouverai.
Annabelle opéra un demi-tour en direction de son amant
d’un soir, entrepris par une femme pulpeuse à la chevelure
flamboyante, bien décidée à en faire son délice. Sans aucun
détour, elle les contourna et attrapa au vol la main d’Hugo,
un regard explicite qui l’invitait à la suivre. Ce dernier
abandonna la croqueuse d’hommes sans l’ombre d’un
regret pour emboiter ses pas dans ceux de sa belle.
Délaissée ainsi sans crier gare, la jeune femme vexée et
humiliée lâcha un « la salope ». Quelques convives
assistèrent à la scène et ne loupèrent rien de l’embrouille
qui se jouait devant eux. Mais Annabelle et Hugo, hors du
temps, empruntaient déjà l’escalier qui les conduisait vers
une incandescente intimité tant attendue.
Dès lors, plus rien n’eut d’importance. Ils se ruèrent vers
un coin tranquille et se jetèrent l’un sur l’autre, assoiffés de
caresses, de baisers, d’étreintes charnelles. Hugo, sous
l’effet d’une pilule miraculeuse, se montra en forme au
premier contact. Annabelle en fut heureuse. Ils firent l’amour
bien plus qu’une baise libertine, sans même en avoir
réellement conscience. Elle l’emprisonna entre ses jambes
afin de l’accueillir au plus profond de son intimité. Il se libéra
pour honorer cette femme qui s’abandonnait entièrement à

97
lui. De longues minutes furent le témoin de leurs ébats
torrides. Les quelques coquins qui passaient par là ne les
perturbèrent le moins du monde. Ils se retrouvaient seuls.
Plus rien n’existait autour d’eux. Elle succomba au charme
viril de son amant, corps et âme jusqu’à ce que la tête de
Simon apparût dans l’entrebâillement de la porte. Elle
réalisa soudain qu’elle avait lâcher-prise, élevée par son
plaisir et celui d’Hugo. Elle tendit un bras vers son mari afin
qu’il les rejoignît, mais il n’en fit rien et préféra redescendre.
Le calme revint. Annabelle, blottie contre Hugo,
désirait profiter encore de lui.
- C’était génial mon chat. J’ai adoré, tu sais.
- Oui, moi aussi, mais ça m’a un peu gêné de voir des
têtes passer de temps en temps.
- Moi, je n’ai rien vu !
- Je sais. Tu as une capacité à lâcher-prise incroyable.
C’est comme si tu te déconnectais.
- Oui, c’est un peu ça. J’arrive à être dans l’instant
présent.
- Je t’envie. Je ne sais pas faire ça.
- Je t’apprendrai…
- Ah oui ? On va se revoir alors ?
- Oui, mon chat. Si tu es d’accord. Si Simon l’est aussi.
- Oui, moi j’en ai très envie.
- Y a un truc qui m’exciterait beaucoup et j’aimerais bien
le faire avec toi.
- Dis-moi
- J’aimerais sortir dans un endroit classique, un bar par
exemple avec Simon et toi et nous afficher tous les
trois de sorte que les gens autour ne sauraient pas
avec qui je suis réellement. Pouvoir passer de l’un à
l’autre avec un baiser, une caresse sur la joue. Et puis
danser sensuellement avec l’un, puis avec l’autre. Je
trouve cela hyper excitant.
- Humm… j’imagine que oui. Ce serait génial.
- Il y a un bar sympa à Lyon, très festif. Nous pourrions
nous y retrouver. Et finir dans un club coquin pour
avoir tout le loisir d’assouvir nos envies.

98
- Je suis partant !
- Super. Je vais en parler à Simon pour organiser cela
vendredi prochain ?
- Oui, je suis dispo. Je n’ai pas mes filles.
- Je suis déjà tout émoustillée rien que d’y penser…
Ils se scrutèrent une dernière fois, s’embrassèrent une
dernière fois, heureux tous les deux de ce moment intense
partagé. Pas de panne. Pas de gêne. Alchimie des corps
comme une évidence. Et une suite déjà annoncée.
Ils se rhabillèrent en silence, juste des œillades
échangées, des sourires complices. Annabelle descendit la
première et chercha Simon, qui n’avait pas bougé de sa
place initiale.
- Ça va mon chéri ?
- Oui. Et toi ? Ça a duré longtemps.
- Je ne sais pas. Je n’ai pas regardé la montre…
- Oui, j’ai vu ça.
- Pourquoi n’es-tu pas venu avec nous ?
- Vous aviez l’air d’être si bien que je n’ai pas voulu
perturber votre duo.
- C’est nul. On aurait pu terminer tous les trois
ensemble.
- J’ai pas trop la tête à ça en fait.
Et Simon de raconter son humiliation ressentie avec le
couple indélicat. Annabelle, surprise et désolée, ne sut quoi
répondre. Du coup, elle se sentit fautive de l’avoir laissé
seul.
- Pourquoi ne m’as-tu rien dit ?
- Parce que c’est mon problème.
- Mais non, voyons. Si tu m’avais dit que tu étais mal, je
ne serais pas montée avec Hugo.
- Tu aurais été frustrée.
- Mais non.
- Ce n’est pas grave. Ça va passer.
Elle n’osa pas aborder la sortie convenue avec Hugo. Elle
l’informerait plus tard du programme à venir. Au même
instant, leurs amis organisateurs vinrent à leur hauteur pour

99
entamer une danse à quatre. Elle se prêta au jeu, et Simon
la suivit. Hugo les observa, un pincement au cœur. Mais à
peine descendu, la femme frustrée du début de soirée revint
à l’attaque, jetant son dévolu sur ce bel Appolon, enfin libre.
Annabelle s’aperçut de son manège. Elle continua à donner
le change, mais son attention se posta sur cette folle
furieuse, toutes griffes dehors. Hugo se fit ainsi entreprendre
à pleine bouche. Annabelle éprouva à son tour une
désagréable vague d’agacement. Elle détourna les yeux et
se concentra sur Simon. Très vite, ils furent entrainés à
l’étage pour un moment tranquille. Hugo, toujours assailli de
baisers invasifs, les suivit du regard jusqu’à les perdre en
haut des escaliers. Ce qu’il ressentit sur le moment le
désarçonna. Cela lui apparut comme un mélange de légère
jalousie, de peine et de frustration. Il s’interdit aussitôt ces
sensations envahissantes et les chassa d’un bouche-à-
bouche presque brutal. La damoiselle en fut encore plus
excitée. Elle se tortilla telle une anguille afin qu’il comprît son
besoin pressant d’un acte sexuel sauvage. Hugo fit tout son
possible pour répondre à ses attaques corporelles, mais,
avec une évidence indéniable, le désir s’évapora en
quelques minutes. Malgré la petite pilule miracle, son
entrejambe demeura au repos. Il se surprit à surveiller
l’escalier. Que faisaient-ils en haut ? Annabelle se donnait-
elle à cet homme si banal ? Prenait-elle du plaisir ?
Rapidement, il se détacha poliment de cette femme bien
trop entreprenante à son goût, prétextant une envie
pressante.
Il resta un moment caché d’elle jusqu’à ce qu’elle
abandonnât son objectif d’en faire son encas. Elle tourna les
talons, désabusée.
Il profita du champ libre pour s’isoler à l’extérieur et fumer
une cigarette. Il se posa près du braséro sur un fauteuil en
rotin. Quelques couples virevoltaient autour de lui. Il
observait l’escalier. Il surveillait. Il patientait. Puis, il reconnut
les chaussures d’Annabelle aborder les premières marches,
suivie de Simon. Ce dernier se dirigea vers le bar afin de se
servir un verre d’eau. Elle le repéra, installé sur la terrasse

100
et bifurqua vers lui. Elle prit place sur ses genoux après lui
avoir déposé un délicieux baiser suave.
- Que fais-tu là tout seul ?
- Je profite d’un moment d’accalmie. Je t’offre une
cigarette ?
- Bien volontiers, merci. Alors, tu as coquiné avec la
belle rouquine ?
- Non. Elle m’a fait peur !
- Ah oui ! carrément !
Annabelle éclata de rire, non sans un sentiment de
victoire. D’imaginer l’autre à nouveau éconduite nourrit son
égo.
- Et vous ? Vous vous êtes bien amusés ?
- Bof… on se connait trop bien maintenant. J’ai réussi à
esquiver ! Mais je suis montée surtout pour Simon,
pour qu’il puisse lui aussi profiter d’un moment
agréable.
- Oui, je comprends. Il ne l’a pas mal pris quand même
le fait qu’on se soit retrouvés tous les deux ? C’est con
qu’il ne soit pas venu avec nous.
- Je t’expliquerai ça demain.
- D’accord.
Simon déboula soudain dehors, agacé. Il n’essaya même
pas de camoufler son irritation.
- Ah ben t’es là ! Je te cherchais, lança-t-il sur un ton
peu avenant.
- Ben oui. Je supposais que tu m’avais vue sortir.
Annabelle saisit immédiatement à la voix contrariée de
Simon l’urgence de le rejoindre. Elle quitta les genoux
d’Hugo sur le champ. Son mari tourna les talons sans lui
adresser un regard.
- Simon ! Attends-moi. L’interpella-t-elle.
Il stoppa net et lui fit face.
- On va rentrer, je pense. J’en ai un peu ma claque là.
Décontenancée par sa mauvaise humeur, elle ne
renchérit pas. Elle se dirigea vers la chambre dans laquelle
son manteau reposait sur une chaise. Elle l’enfila. Sans un
mot de plus pour Simon, elle alla saluer leurs amis. Elle

101
hésita quelques secondes puis revint vers Hugo qui, entre
temps, était rentré.
- Bon, on y va. Simon est fatigué.
- Ah OK. Je pense que je vais partir aussi du coup.
- Tu peux rester t’amuser encore toi.
- Non. J’ai plus d’une heure et demie de route. Et je me
suis amusé avec toi. C’était mon seul objectif.
- Sois prudent. On s’appelle dans la semaine. Je te
tiens au courant pour vendredi soir.
- D’accord. Dors bien. Je vais saluer Simon.
Il s’avança vers lui.
- Merci, Simon, de m’avoir convié. À bientôt
- Oui, rentre bien.
Chacun regagna sa voiture. Hugo partit de son côté, les
yeux emplis d’étoiles, des souvenirs plein la tête, avec la
promesse d’en créer d’autres dans les jours prochains.
Simon et Annabelle parcoururent les quelques kilomètres
qui les séparaient de leur chambre d’hôte dans un silence
pesant. Au début compatissante, Annabelle sentit monter
une colère en elle. L’attitude de Simon l’agaça au plus haut
point. Elle espérait bien quelques explications, mais ne
souhaitait pas amorcer la discussion. Tôt ou tard, il crèverait
bien l’abcès.
La porte verrouillée, il s’assit sur le bord du lit alors qu’elle
se réfugia dans la salle de bains. Elle prit quelques minutes
pour ôter les traces restantes de maquillage. Le rouge à
lèvres avait disparu sous les baisers fougueux d’Hugo. Ses
cheveux désordonnés prouvaient l’émeute charnelle dont ils
avaient été victimes.
Une fois douchée, elle décida de rejoindre Simon, allongé
tout habillé sur le lit. Il fermait les yeux, mais ne dormait pas.
Sa respiration bruyante et profonde trahissait une difficulté
à évacuer sa contrariété. Ils devaient parler, sans aucun
doute.
- Bon, lança Annabelle, on peut discuter ? Ou tu
préfères remettre ça à demain matin.
- Comme tu veux…

102
- Non, non ! C’est trop facile ! C’est toi qui fais la tête,
pas moi !
- Je ne fais pas la tête Anna. Du moins, pas contre toi.
- Ah bon ? Et contre qui alors ? Hugo ?
- Non… contre moi-même… je suis une merde, c’est
tout.
Annabelle se radoucit en accueillant ces derniers mots.
- OK. Explique-moi alors, j’ai besoin de comprendre.
- Je te l’ai dit, je me suis pris une bâche et je ne m’y
attendais pas du tout. Ça m’a littéralement cloué au
sol. Je me suis fermé et impossible de revenir.
- Je regrette vraiment que tu ne m’aies rien dit. Je serai
restée avec toi.
- Je ne voulais pas. C’est mon problème et je dois
l’affronter tout seul. Tu n’y es pour rien même si j’ai été
très agacé après votre retour, c’est vrai.
- Pourquoi ?
- Mets-toi à ma place un peu ! Déjà, je me retrouve tout
seul comme un con…
- Ah tu vois ! l’interrompit Annabelle
- Non, c’est pas ce que je voulais dire. Enfin, bon, je ne
suis pas très bien. Et je reste piqué, planté. D’ailleurs
y a quelques hommes qui sont venus me voir en me
disant « tu laisses monter ta femme toute seule ? Ça
ne te gêne pas ?
- Oh que ça m’agace ça ! mais de quoi ils se mêlent !
- T’inquiète pas, je leur ai dit que tout était OK entre
nous.
- Oui, mais quand même. Ils se permettent de juger et
bien sûr, j’imagine qu’ils t’ont plaint…
- Peu importe. C’est pas le sujet.
- Un peu si… bon, vas-y, poursuis.
- En fait, je m’attendais à ce que tu sois à 100 % avec
moi après.
- Je l’ai été.

103
- Pas vraiment non. J’ai bien vu ton regard vers Hugo
quand il embrassait la rouquine, qui t’a traitée de
salope d’ailleurs !
- Oui je l’ai entendue…
- Je suis restée avec toi et on est bien montés
ensemble, non ?
- Oui, mais quand on est descendus, je pensais que tu
me suivais et là, je me retourne et je te vois sur les
genoux d’Hugo ! merde Anna !
- Je n’ai pas réfléchi… je l’ai vu et j’ai eu envie d’aller
avec lui encore quelques instants, c’est tout.
- Eh bien, ce n’est pas cool pour moi.
Annabelle, les yeux rougis par le démaquillage, sentit
l’épuisement l’envelopper. Elle avait envie de dormir.
- OK, j’entends ce que tu me dis. Je suis éreintée et j’ai
un mal de tête qui s’annonce. Si tu veux bien, on se
couche et on en reparle demain.
- D’accord. Je suis fatigué moi aussi.
Simon se déshabilla et se faufila sous les draps. Il vint se
coller contre sa femme dont le corps dégageait une intense
chaleur. Il renifla son odeur, effleura sa peau si douce et lui
glissa un « je t’aime ». Il l’aimait tant. Il ne voulait pas la
perdre. Il reconnaissait sa réaction excessive. Cela risquait
de compromettre leur nouvelle complicité. Mais à deux, ils
trouveraient la solution pour parer à son manque de
confiance. À deux, ils progresseraient sur le chemin de la
liberté qu’ils s’octroyaient désormais. À deux, mais pas à
trois…

104
JUIN 2022
5 juin, 11 h 36

Annabelle retrouva Simon, sa maison, ses chiens, ses


chats avec un bonheur immense. Les quelques jours passés
chez sa mère s’avéraient bénéfiques, sans aucun doute.
Les discussions avec Claudine, ses bons petits plats, les
moments de quiétude et de solitude lui avaient permis un
retour au calme émotionnel. Le dernier échange avec Hugo
l’avait jetée dans une tristesse absolue. Puis, au fil de la
semaine, l’évidence s’était imposée d’elle-même. Une seule
issue semblait possible. Couper tout contact avec lui. Plus
rien de lui, ni dialogue, ni photo, ni SMS, ni appel, comme il
le souhaitait. Elle respecterait son choix, même si son cœur
en souffrait. Elle comparait cela à un sevrage d’une drogue
dans laquelle elle aurait plongé sans retenue. Il s’agissait
bien de cela. Une drogue… Hugo était devenu sa Cam, son
pétard, sa coke. Elle s’infligeait des reproches de toutes
sortes.
« Quelle idiote ai-je été ! J’aurais dû me maitriser ! J’aurais
dû écouter Simon… ».
À peine arrivée, elle décida de bloquer Hugo de toutes les
façons possibles sur les réseaux sociaux. Ainsi, elle ne
lutterait pas sur son envie de reprendre contact avec lui. Elle
ne verrait pas non plus ses posts ou témoignages reçus lors
de ses différentes rencontres éventuelles. Dans la foulée,
elle effaça toutes les photos de lui sur son Insta, les vidéos
qu’elle regardait en boucle depuis leur « rupture ».
En toute transparence, elle lui envoya un SMS qui
serait le dernier, gardant encore en mémoire son numéro…
- Salut. Je voulais juste te prévenir que je te bloque sur
le site, sur Instagram. Je le fais pour moi, pour ne pas
être tentée de venir zieuter… voilà. Salut.
Elle espérait une réponse, petite soit-elle.
- Salut. OK. Fais ce qui te semble mieux pour toi.
À quoi s’attendait-elle ? Elle ne fut pas très surprise de
découvrir son retour, mais peut-être, rêvait-elle d’un
« Bonjour, ma belle, comment vas-tu ? Je comprends, mais

105
n’est-ce pas radical ? Attends un peu avant de me rayer de
ta vie… » bla bla bla…
Simon la retrouva assise sur le canapé, ailleurs,
perdue dans ses pensées.
- Ça va ma chérie ? Heureuse d’être à la maison ?
- Oui, bien sûr, tu m’as manqué. Tu m’as énormément
manqué même.
Elle lui jeta un regard aguicheur qui l’invitait à un
rapprochement immédiat. Il y répondit aussitôt, rassuré de
retrouver sa femme aimante. Ils s’embrassèrent avec
intensité et firent honneur à leur retrouvaille une bonne
partie de la matinée.
Les jours suivants s’enchainèrent à toute allure. Elle se
plongea dans ses diverses activités. Simon continua
l’aménagement de la future suite pour les hôtes à venir. Ils
envisageaient de lancer la location mi-juin. Plusieurs
réservations se succédaient déjà. Tout allait bien. Tout allait
mieux. Annabelle accéléra les rencontres coquines. Ils
invitaient des hommes, des couples à partager des
moments complices. Elle cherchait sur le site des libertins à
la hauteur de ses attentes. Simon comprit rapidement le but
de ce rythme endiablé. Il se doutait bien qu’elle essayait de
combler le vide laissé par Hugo. Ça le dépassait toujours un
peu. Mais il préférait ignorer cette boulimie sexuelle de sa
femme, qui lui plaisait bien finalement.
Au fil des rencontres, la déception d’Annabelle augmenta.
Aucun des prétendants ne lui convenait. Les échanges
s’affadissaient dès les premières minutes. Les baisers
brusques des uns l’entreprenaient d’une manière trop
invasive. Les caresses des autres ne lui procuraient aucune
réaction. Certes, leur gentillesse n’égalait que leur
motivation. Mais, elle restait de marbre, et le film de ses
ébats avec LUI tournait en fond d’écran, une fois ses
paupières fermées.
Alors, elle insista auprès de Simon pour sortir, rencontrer
encore et encore, avec l’espoir de croiser sur sa route un
« Hugo » de remplacement. IL demeurait… à chaque
instant. Son image la hantait dès lors que son mental

106
devenait libre de toutes pensées encombrantes. Oui, IL
l’envahissait. Elle essayait pourtant de le chasser de sa tête.
IL l’envahissait… inlassablement.
Les premiers hôtes investirent les lieux, inaugurant le
début de saison qui s’annonçait riche en rencontres et
activités. Les petits déjeuners, dîners, massages bien-être,
excursions organisées occupaient Annabelle et Simon. Les
vacanciers, tous ravis, promettaient de revenir plus
longtemps afin d’apprécier davantage la magie du site, son
calme et sa sérénité.
Les journées intenses ne laissaient aucun vide à combler
par des vagabondages de l’esprit. Annabelle se levait aux
aurores. Dès lors, elle cumulait les activités jusqu’au soir.
De temps en temps, elle s’accordait une sieste, une balade
dans la forêt avec ses chiens. IL en profitait pour apparaitre
dans ses songes. Le déroulé des dernières semaines
s’animait. Elle replongeait alors avec LUI, délicieusement,
bercée par une musique nostalgique qu’ils avaient écoutée
ensemble. Le moment de la promenade la transportait vers
ces doux souvenirs. Puis, comme après une défonce, elle
atterrissait tel un flocon léger, le cœur embrumé, le corps
affamé. Ses chiens la ramenaient à la réalité par leur
aboiement aux abords de leur maison. Et tout reprenait
place. IL disparaissait de ses visions.
Petit à petit, le temps fit son effet. Hugo occupait de moins
en moins ses pensées. Fréquemment, lors d’une soirée
libertine, quand elle abusait du champagne, elle craquait et
lui envoyait un émoticône. Il y réagissait, de la même
manière. Détaché, prudent, bref. Une fois ses esprits
retrouvés, elle s’insultait elle-même d’avoir encore perdu
pied. À la longue, elle ne confessa plus ces dérapages à
Simon qui, bien souvent, s’agaçait. À quoi bon ? Hugo restait
de marbre. Ses courtes réponses n’entrevoyaient aucune
brèche dans sa décision. Il était la loyauté personnifiée,
fidèle au serment fait à lui-même.
« Je n’aurai plus de contact avec ELLE, quoiqu’elle tente,
quoiqu’elle fasse… ».

107
La belle affaire ! Simon profitait de l’été, des plaisirs
simples de la vie, sans l’ombre planante d’un complice trop
présent. Il esquivait bien volontiers le sujet et arborait un
« comme si de rien n’était » quand il surprenait le regard
perdu de sa femme. Hugo profitait des vacances
certainement, en recherche de l’âme sœur. Annabelle luttait,
encore et encore, contre son envie de LUI…
La saison fila ainsi à toute vitesse d’une intensité extrême,
entrecoupée de sorties légères. Ils rencontrèrent des
couples adorables avec des promesses de beaux moments
de partage. Au grand désarroi de Simon, ses espoirs
s’envolaient dans les méandres de l’insaisissable esprit
d’Annabelle. Elle essayait pourtant de donner le change,
mais bien souvent, l’alchimie inexistante avec ses
partenaires provoquait une déception impitoyable. Parfois,
elle désirait se confier sur ses états d’âme, mais y renonçait
de peur de froisser Simon.
L’activité de la chambre d’hôtes répondait à toutes les
attentes. Annabelle ne négligeait pas pour autant son travail
de businesswoman. Elle possédait des organismes de
nettoyage industriel dans plusieurs villes de la région qu’elle
gérait à distance désormais. Dans chacune d’elles, des
responsables assuraient la gestion du personnel, des
plannings et des contrats avec les différentes entreprises.
Du coup, sa masse de tâches s’était considérablement
allégée. Elle s’occupait des factures, des fournisseurs et des
relations avec divers acteurs locaux. De ce fait, elle partait
de temps en temps en tournée et visitait ses quatre agences
respectivement situées à Grenoble, Chambéry, Montélimar
et Valence.
À la mi-août, elle reçut une invitation de la chambre de
commerce valentinoise pour participer à un séminaire mi-
septembre, sur le développement économique de
l’agglomération. Cela se déroulerait dans un hôtel
prestigieux du centre-ville durant quatre jours. Plusieurs
réunions, conférences, ateliers animeraient cette rencontre
entre plusieurs acteurs locaux. Ce n’était pas la première
fois qu’elle assistait à ce genre d’évènements plutôt

108
agréables. Cela lui permettait de couper avec son rythme
quotidien et d’interagir avec des personnes impliquées dans
la vie économique et sociale. Elle s’octroyait cette bulle
comme une parenthèse et en profitait souvent pour s’offrir
quelques plaisirs. Elle adorait prendre rendez-vous chez
une masseuse extraordinaire qui proposait des soins de
bien-être sur mesure.
Elle en informa Simon. Il ne s’étonna pas de son envie de
partir quelques jours loin de la chambre d’hôtes. Elle s’était
surpassée durant ces deux mois et méritait une petite
pause. Certes, les journées s’annonçaient chargées, mais il
connaissait parfaitement ce genre de colloque. Les
personnes présentes passaient plus de temps à jouir des
espaces de loisirs de l’hôtel que de plancher sur les réels
problèmes de la région. Annabelle s’insurgeait à chaque fois
que Simon sous-entendait cette supercherie, mais au fond,
il voyait juste. Elle y retrouvait des connaissances
sympathiques, féminines et masculines.
C’est donc avec une joie non dissimulée qu’elle confirma
sa présence.
Alors, qu’elle planifiait son séjour, elle eut soudain une
envie déraisonnable. Et si elle en profitait pour revoir Hugo.
Il habitait à côté de Valence. La tentation s’immisça dans
son esprit pour ne plus la quitter. Mais comment le lui dire ?
Et Simon ? Si le charme opérait avec un des participants,
elle ne s’interdirait aucunement de flirter. Elle ne dérogerait
pas à la règle établie au sein de son couple. Aujourd’hui, la
liberté sexuelle s’avérait intégrée dans leur mode de
fonctionnement. Selon sa logique féminine, voir Hugo entrait
dans leurs prérogatives, ni plus ni moins. Elle voulait juste
« s’amuser » à nouveau avec lui. Elle désirait retrouver cette
connexion charnelle, que lui seul savait provoquer, hormis
Simon.
Elle cogita ainsi plusieurs jours, pesant le pour et le
contre. Et s’il refusait ? C’était un risque. Accepterait-elle
son silence ? Plus elle y réfléchissait, plus l’excitation
grandissait. Mais la raison l’emporta. Elle se reprit, molesta

109
contre elle-même et finit par abandonner cette idée qui
s’avérait somme toute très mauvaise.

110
3 septembre, 8 h 43

Ce matin de septembre, alors qu’Annabelle nettoyait la


chambre d’hôtes après le séjour d’une famille belge, elle
entendit son téléphone l’alerter d’un SMS. Elle stoppa son
activité pour en prendre connaissance. Elle n’identifia pas le
numéro qui s’affichait. Elle l’ouvrit et ce qu’elle découvrit lui
imposa de s’asseoir sur le rebord du lit déjà refait.
- Bonjour Annabelle. À mon tour de craquer. J’ai passé
l’été à lutter pour ne pas t’appeler, t’envoyer des
messages, venir jusqu’à toi… Ne plus te voir est une
souffrance, bien pire que tout. J’ai cru que de couper
les ponts nous préserverait, mais je me suis trompé.
C’est idiot ! Je suis donc partant pour reconsidérer ta
proposition et d’imaginer ensemble, une reprise de
notre histoire avec plus de raison. Je ne sais pas si tu
viens dans les parages d’ici les prochaines semaines
pour tes agences, mais sache que je suis d’accord
pour que l’on se revoie tous les deux. J’ai trop envie
de ton corps, de te sentir contre moi, d’entendre ta
voix, de faire l’amour avec toi… Je comprendrais si tu
refuses à ton tour. Je t’embrasse. Hugo.
Annabelle resta de longues minutes à lire et relire ses
mots qui flottaient devant ses yeux, scintillaient telles des
étoiles brillantes. En quelques secondes, il rallumait son feu
intérieur. Les papillons, si discrets les dernières semaines,
frétillèrent à nouveau dans le bas de son ventre. Après s’être
emballé, son cœur s’apaisa, son visage se fendit d’un
sourire, ses mains se joignirent, sa poitrine se souleva, ses
paupières se fermèrent. Elle médita ainsi, dans le silence de
sa maison, la sérénité de ce lieu extraordinaire, la joie de
l’instant présent, l’émotion accueillie avec grâce. Elle médita
sur ce cadeau de la Vie qui jouait encore à la surprendre ou
la tester. Elle médita sur l’Amour inconditionnel de Simon
pour elle, d’elle pour Simon. Était-il possible de reprendre ce
triple jeu, ce triple « je » dans lequel chaque protagoniste
flirtait avec le danger d’y perdre une partie de son âme. Ou
peut-être le contraire… Ce message ne prouvait-il pas

111
l’inanité de lutter contre les évidences ? Tôt ou tard, elles
renaissaient alors qu’elles semblaient vaines. Elle médita
longtemps sur le bonheur de l’existence, sur sa finitude, sur
l’acceptation de ce qui est et de ce qui n’est plus. Elle ne
craignait nullement la mort. Elle redoutait plus de gâcher les
quelques années à vivre par des considérations sociétales,
désuètes et limitantes. Elle aspirait à croquer à pleines dents
la Vie, comme une urgence consciente du temps qui passe.
Alors si cette dernière la confrontait une fois de plus à cette
conscience-là au travers d’Hugo, le choix s’imposait à elle.
- Les 11, 12 et 13 septembre, je serai à l’Hôtel du
Centre, à Valence. Je t’attendrai chaque soir dans ma
chambre, dont je te communiquerai le numéro, à partir
de 20 h… il te suffira de pousser la porte entrouverte…
Le son distinct confirma l’envoi du message. Les yeux
fixés sur son écran, elle scruta l’annotation en dessous du
SMS :
- Lu à 17 : 56…

112
MARS 2022
24 mars, 16 h 14

Après de longs échanges, Annabelle et Simon


réussirent à trouver un compromis afin que tous les deux
puissent apprécier la soirée imaginée quelques jours plus
tôt. Il prit les choses en main et s’attela à organiser un
programme des plus inattendus. Hugo devint son complice
dans la mise en scène, le choix du lieu, le scénario adopté.
Ils s’appelèrent plusieurs fois dans la semaine, liés par une
seule envie, combler leur belle Annabelle. Simon semblait
accepter l’idée d’une relation partagée de temps en temps.
Il envisageait de concocter des surprises, toujours avec
l’aide d’Hugo, quand leurs plannings coïncidaient.
Annabelle, aux anges, glanait des informations auprès de
l’un ou de l’autre, sans succès. Elle jubilait de ce jeu à trois,
de plus en plus omniprésent.
Hugo et elle continuaient leurs échanges quotidiens.
Dès qu’un moment se présentait, ils se téléphonaient et
entretenaient leur désir mutuel. Simon la découvrait plus
troublée qu’il ne l’avait laissée et s’en réjouissait.
Le jour J, elle prit un long bain, avec un masque sur
son visage et ses cheveux. Cette soirée secrète l’excitait
telle une enfant qui attendait Noël et la promesse de
cadeaux fabuleux. Hugo et Simon s’offraient à elle, à son
plaisir, à sa féminité qu’ils vénéraient.
Les quelques indices consentis par Simon
l’informaient de la toilette qu’elle porterait, du scénario
choisi, le sien, et de l’heure du rendez-vous. C’est ainsi
qu’elle découvrit en sortant de la salle de bains une jolie robe
noire moulante dont l’arrière dévoilerait les lignes de son
dos. De soyeux bas noirs couture, déposés contre
d’élégants escarpins rouges à hauts talons harmonisaient la
tenue. Une cape féminine sublimait l’ensemble. Enfin, un
objet trônait à côté de l’apparat qu’elle reconnut aussitôt.
- « Rohhh », les coquins ! ils n’ont pas osé ! »
Elle se saisit du jouet ainsi que du papier sur lequel
quelques mots expliquaient la consigne.

113
« Voilà ma chérie. Hugo et moi-même avons pensé à ta
jouissance et surtout l’impatience que tu ressens depuis une
semaine au moins ! Afin de t’occuper pendant le trajet qui
nous mènera au lieu de toutes les tentations, ton nouveau
compagnon prendra place comme il se doit. En toute
confiance, ton plaisir sera commandé à distance par Hugo
lui-même à sa convenance, bien évidemment. Il a hâte de
jouer avec… ton mari qui t’aime ».
Annabelle éclata de rire, conquise par cette idée.
L’objet tint ses promesses avec un Hugo surexcité aux
manettes.
Ils se rendirent à l’hôtel réservé afin de se préparer au
calme. Elle enfila la robe imposée et tous les accessoires.
Elle soigna sa coiffure, son maquillage et se présenta à son
mari, plus belle que jamais. Elle rayonnait. Son visage
radieux exprimait le bonheur ressenti à vivre cette
expérience incroyable. Oui, elle exultait comme jamais
auparavant. Simon s’approcha d’elle et l’embrassa avec
délicatesse. « Tu es magnifique ma chérie. Hugo va être
fou… ». Il semblait si apaisé, si connecté à elle, si enclin à
se livrer à ce jeu à trois. Son excitation se liait à la sienne.
Elle l’aima si intensément à ce moment-là, consciente de
former un couple atypique, mais magique. L’amour
inconditionnel les unissait.
Simon réserva un Uber qui les emmena vers le lieu du
rendez-vous. Ils pénétrèrent dans un bar chic de Lyon à
l’ambiance festive. Plusieurs tables occupées accueillaient
de jeunes gens motivés à festoyer. À leur entrée, la beauté
d’Annabelle happa le regard de quelques trentenaires
émerveillés. Sous sa cape, on devinait sa silhouette
athlétique, magnifiée par les talons aiguilles. Elle tortilla
délicieusement des fesses avant de prendre place sur un
canapé rouge, petit coin bien en vue de tous. Hugo avait
bien stipulé, lors de la réservation, de bénéficier d’un endroit
confortable au centre du bar. Annabelle ne posa aucune
question. Patiente, elle fixait l’entrée dans l’espoir de voir
apparaitre leur complice au plus vite. Mais Simon ressortit
après l’avoir installée, sans aucune explication.

114
« Ils ne vont pas oser me planter là, toute seule quand
même ! ».
Un serveur se posta devant elle et lui tendit une coupe de
champagne avec un petit mot.
« Mets-toi à l’aise ma chérie. Ce soir, tu retrouves deux
amis que tu n’as pas vus depuis longtemps. Ils sont tous les
deux amoureux de toi secrètement depuis des années sans
jamais avoir osé te l’avouer. Et toi, tu n’as jamais pu choisir
entre les deux. Ce soir, ce sont vos retrouvailles. Alors, tout
est permis… ».
Quelle extase ! Leur implication respective la touchait
profondément. Ils sortaient de leur zone de confort pour lui
permettre de réaliser son fantasme, dans un lieu tout public
qui plus est.
Elle réajusta sa robe, ses bas, croisa ses jambes et
adopta la posture de celle qui attend de vieux amis. Elle
dégusta le champagne frais. Elle parcourut la salle du
regard. Le monde affluait en ce vendredi. Parfait.
L’excitation en serait décuplée. Enfin, Simon et Hugo
passèrent le seuil de la porte, une rose à la main pour
Simon, une boite de chocolat pour Hugo. Annabelle se leva
et d’un grand sourire, accueillit ses deux hommes
séduisants par un câlin des plus appuyés. Le jeu débuta.
Simon, en fin organisateur, ponctua ce début de soirée
par des gages coquins testant l’audace de chacun. Tour à
tour, ils piochèrent un papier et exécutèrent l’ordre exprimé.
Annabelle dut simuler un orgasme dans l’oreille d’Hugo,
embrasser l’un et puis l’autre, ôter sa culotte discrètement
sans bouger de son siège. Hugo fut contraint de conduire
Annabelle aux toilettes, de s’enfermer avec elle afin de
réaliser une caresse buccale jusqu’à l’obtention d’une forte
humidité. Il n’eut nul besoin d’attendre… Simon, quant à lui,
l’invita à danser et exécuta des passes si sensuelles qu’ils
attirèrent de nombreux regards envieux. Mais surtout,
Annabelle put flirter avec l’un, avec l’autre, et semer ainsi le
trouble dans l’assistance. Elle se rapprochait d’Hugo, lui
caressait les cheveux, déposait sa main sur sa cuisse, puis,

115
sans crier gare, se blottissait contre Simon et l’embrassait
sur la bouche.
La soirée s’étira jusqu’à 23 h 30. Annabelle, à l’apogée de
son désir, déclencha le départ, tant l’envie de se retrouver
en toute intimité avec ses deux chéris la titillait.
Un Uber les ramena à l’hôtel, tous les trois cette fois-ci.
La porte de la chambre se referma sur les envies de corps
à corps de chacun. La nuit s’annonçait chaude et humide,
malgré ces premiers jours d’un avril froid et maussade. Et
les quelques insomniaques présents à l’ouïe fine captèrent,
cette nuit-là, les gémissements explicites d’un trio seul au
monde…

116
25 mars, 8 h 12

La lueur matinale sortit Hugo d’un sommeil profond. La


main d’Annabelle reposait sur son ventre. Elle dormait
encore à poings fermés. Il se tourna afin de mieux
l’observer. Leurs jambes entremêlées témoignaient de leur
folle nuit. Il entreprit de parcourir son corps d’une main
légère avec l’arrière-pensée de l’extraire de ses songes. Elle
ondula, tel un serpent prêt à bondir sur sa proie, et bascula
d’un mouvement rapide sur lui. Leurs bouches se saluèrent.
- Bonjour mon chat…
- Bonjour ma belle. As-tu bien dormi ?
- Oh oui ! Peu, mais bien. Et toi ?
- Comme un loir.
- Où est Simon ? Je ne l’ai pas entendu sortir.
- Moi non plus.
Au même instant, la porte de la chambre s’ouvrit avec un
Simon souriant. Une odeur de café chaud et de
viennoiseries emplit tout l’espace.
- Vous êtes réveillés ! Parfait. Le petit déjeuner est
servi.
- Oh mon chéri ! J’ai cru que tu nous avais abandonnés.
- Après cette terrible nuit à dormir à trois dans le même
lit ? Jamais de la vie !
Ils s’installèrent sur la table et partagèrent avec
gourmandise cet ultime instant de complicité avant de se
séparer pour mieux se retrouver.
L’impatience de rejoindre son amant libertin une nouvelle
fois rattrapa Annabelle les jours qui suivirent. Les échanges
entre les deux complices se redoublèrent jusqu’à devenir
quasiment constants. Les SMS, les photos, les appels, les
visios s’enchainaient et maintenaient une excitation intense.
Simon appréciait sincèrement Hugo et les quelques
moments de partage à trois, mais il considérait comme
excessif ce besoin affiché d’être en lien tous les jours. Il
l’exprima à sa femme afin de clarifier la gêne ressentie.

117
- J’aimerais savoir ce que vous pouvez bien vous
raconter du matin au soir ! Ça devient dingue. Je ne
comprends pas ce besoin que tu as…
- Ça m’excite, tu le sais très bien. Tu le constates
souvent non ?
- Je trouve que c’est trop, c’est tout. Que vous vous
chauffiez quelques jours avant une rencontre, je le
conçois, mais tous les jours.
- Je ne sais pas quoi te répondre, Simon. Puis je ne
parle pas qu’avec lui d’ailleurs. J’échange toute la
journée avec plusieurs de mes abonnés. Tu es au
courant.
- Fais attention, Anna. Il ne faudrait pas que ça
devienne addictif.
- Mais non ! ne t’inquiète pas voyons. C’est un jeu, c’est
tout. Il a le don de m’émoustiller et j’adore ça !
- Je sais oui…
Annabelle déposa un rapide baiser sur la joue de Simon
et l’abandonna pour vaquer à ses nombreuses occupations
quotidiennes et éviter de prolonger cette discussion
embarrassante. Embarrassante, oui… Simon, perspicace,
voyait juste. Annabelle dérapait. Les échanges légers et
excitants des débuts laissaient, peu à peu, la place à des
confidences plus intimes, plus profondes et sentimentales.
Les « j’ai envie de te prendre sauvagement » ou les « ton
petit cul me donne chaud » se raréfiaient pour des « je pense
à toi tout le temps », « tu me manques trop ». Annabelle
s’enflammait. Cet homme emplissait tout l’espace non
comblé par Simon et il en restait un peu. Un jour, Hugo eut
cette phrase qui trouva un écho dans l’esprit d’Annabelle.
« L’amour ne se partage pas, il se multiplie ». Cela résonna
si fort qu’elle s’empressa de l’écrire sur un de ses posts. Ces
quelques mots résumaient le fond de sa pensée. Était-ce
réalisable d’aimer plusieurs personnes en même temps,
d’un amour identique, d’intensité similaire ? Elle effleurait du
doigt son idéal de vie. Être libre d’exprimer ses sentiments,
vivre ses pulsions, se laisser guider par ses intuitions. En
croisant la route d’Hugo, elle pressentait que la Vie lui

118
permettait cela, de se réaliser en adéquation avec sa part la
plus intime, la plus authentique. D’ailleurs, son taux
vibratoire s’élevait. La moindre cellule de son corps se
connectait à cette douce sensation d’épanouissement réel.
Pour la première fois de sa vie, elle ne trichait pas avec elle-
même et acceptait d’être ce qu’elle était. Amoureuse… oui,
amoureuse de la Vie, amoureuse de cette liberté,
amoureuse de Simon, amoureuse d’Hugo.
Et c’est ainsi qu’elle invita son partenaire de jeux à venir
expérimenter sa spécialité… Simon, mis devant le fait
accompli, laissa faire.

119
2 mai, 17 h 00

Hugo se gara au pied des escaliers métalliques, comme


le lui avait précisé Annabelle. Le scénario s’avérait très clair.
Il devait monter, entrer dans la pièce de massage, se
déshabiller, mais garder son boxer et s’installer sur la table
chauffée. Il découvrit un espace à l’image d’Annabelle,
doux, zen, apaisant. Le bleu turquoise associé au blanc
créait une ambiance propice à la détente. La décoration
soignée apportait une touche classe et originale à la fois. Il
se sentit accueilli dans cet antre de bien-être.
Cette fois-ci, Annabelle devait uniquement le masser,
sans tentative de relation étroite, de près ou de loin. Simon,
resté en bas, patienterait en autorisant cet instant d’intimité
somme toute contenue. Hugo s’attendait à ce que ce
moment soit d’une cruelle excitation. L’envie de palper le
petit cul d’Annabelle serait très forte, mais il respecterait les
règles du jeu, contrairement à elle. Elle pouvait être
redoutable et user de ses charmes, en abuser même. Le
démon en elle saurait l’entrainer à la limite du supportable.
Il s’installa sur le ventre et cala son front dans la têtière
prévue à cet effet. La table tiède l’accueillit dans une
ambiance aux effluves vanillés. Des bougies étaient
disposées un peu partout dans la pièce plongée ainsi dans
une pénombre intime. Annabelle, toujours aux petits soins
pour lui, avait préparé le chauffe-biberon dans lequel une
crème orientale chauffait. Une douce musique planait et
invitait à la détente.
La porte s’ouvrit. Il resta bien la tête calée. Il sentit son
parfum envahir tout l’espace. Elle se positionna à sa droite.
Elle ne dit pas un mot. Elle saisit le récipient tiède qu’elle fit
couler dans sa paume. Elle s’approcha avec délicatesse des
reins de ce bel homme et y posa le dos de sa main droite.
Une fois le contact pris, elle retourna celle-ci afin de laisser
s’échapper l’huile de massage qu’elle étala aussitôt sur
l’ensemble des dorsaux. Avec de larges mouvements, elle
balaya tout le haut du corps d’Hugo en recouvrant ses
épaules jusqu’aux mains dans lesquelles elle s’attarda

120
quelques secondes. Elle fit ainsi plusieurs allers-retours
avec ses paumes et avant-bras de manière à englober
généreusement la moindre parcelle de peau. Quel délice ! Il
tressaillit, mais se contint. Elle accentua ses approches en
appuyant dans le bas du dos et remonta avec ses pouces le
long de la colonne en terminant par des caresses plus
légères qui moururent dans le cou. Elle sentait qu’il
appréciait et qu’il luttait déjà pour ne pas, à son tour, la
toucher au passage. Elle s’en amusa et décida d’augmenter
la tension palpable entre eux deux. Elle se dirigea vers la
cuisse gauche qu’elle massa avec douceur. Ses doigts
effectuaient des va-et-vient de haut en bas en effleurant son
entrejambe. Il lâcha un gémissement de plaisir et cambra un
peu plus son dos. Elle s’en réjouit et poursuivit l’exploration
de son fessier ferme sous le boxer noir. Elle se pencha de
sorte que son buste puisse être en contact avec une partie
de son flan. Son sein frôla la main de son complice qui ne
résista pas à le caresser à la dérobée. Mais déjà Annabelle
se redressa. Elle fit plusieurs passages ainsi en jouant de
ses formes.
Hugo, les yeux fermés, essayait de se concentrer sur les
ondulations corporelles de cette tentatrice cruelle. Quel
délice… il adorait sentir le contact chaud de sa poitrine dans
sa main, sa peau contre la sienne, ses mains puissantes et
tendres à la fois parcourir son dos, ses cuisses, ses fesses.
La musique enivrante et planante accompagnait les
mouvements suaves et sensuels d’Annabelle. Le désir
intense provoqua rapidement une tension extrême. Il aurait
bien aimé se retourner pour la plaquer contre lui et plonger
son regard dans le sien, mais elle était aux commandes et
dirigeait la manœuvre. Aucune possibilité pour lui de faire
diversion et de déjouer l’embuscade dans laquelle il avait
été fait voluptueusement prisonnier.
Annabelle perçut son impatience et pressa le tempo. Les
choses sérieuses devaient commencer. Un sourire
malicieux au coin des lèvres, elle se posta au bout de la
table de massage près des pieds d’Hugo et entreprit d’y
monter dessus en prenant garde à ne pas le toucher tout de

121
suite. Il comprit à cet instant qu’elle allait lancer une attaque
infaillible qui saurait lui faire perdre la raison.
« Garder son sang-froid et ne pas flancher… respecter le
deal… ne pas la frôler… ne pas l’embrasser… résister à ses
provocations… »
À califourchon sur son fessier, elle se déploya telles les
ailes colorées d’un papillon et enlaça de tout son corps celui
de son partenaire de jeu. Elle approcha sa bouche de
l’oreille et lui susurra un « je vais te faire craquer… ». Ce à
quoi il répondit « jamais de la vie… ». Le duel annoncé
continua par des caresses appuyées de ses seins sur le dos
d’Hugo, puis des baisers affamés dans son cou. Elle fit ainsi
cette danse sensuelle plusieurs fois de suite jusqu’à ce que
d’un geste délicat lui fasse comprendre qu’il devait enfin se
retourner.
« Elle ne m’aura pas… je vois bien ce qu’elle essaie de
faire… elle va porter l’estocade et prendre mon sexe dans
sa bouche pour me faire abdiquer… elle veut jouer ? On va
jouer… ».
Le désir d’Hugo ne pouvant pas être caché même avec
un boxer, elle se délecta de constater qu’il réagissait on ne
peut mieux à ses tentatives diaboliques. Elle se coucha de
tout son long sur lui et lui prit ses poignées afin d’empêcher
tout mouvement. Il obtempéra. Il pouvait enfin la scruter,
plonger son regard dans le sien, la voir sourire, la voir
rayonner, la voir triompher de malice. Il n’avait à cet instant
qu’une envie… la dévorer. Mais il se retint et sentit
l’agacement de sa partenaire d’un soir. Il adorait dominer
même si c’est elle qui le contrôlait pour l’instant. Elle chercha
ses lèvres qu’il lui refusa. « Tu es diabolique… » lui dit-il.
« Je sais… et tu adores… ». Bien sûr qu’il adorait ça tout
comme le jeu entre eux qui durait maintenant depuis
quelques semaines. Il n’hésitait pas à parcourir des
centaines de kilomètres pour la retrouver et partager ces
instants de complicité à trois. Il aimait bien Simon. Il le
considérait et appréciait leur relation. Ils s’appelaient
souvent avant une soirée afin de bien mettre au clair les
règles. Et cette fois-ci, Simon avait accepté ce moment à

122
deux à condition d’un simple massage. Par amitié pour lui, il
respecterait cette directive. Mais Annabelle l’excitait tant
qu’il craignait de craquer. Quand il se retourna, elle plaqua
sa bouche contre la sienne sans lui laisser le temps de
réagir. Il capta la douceur de ses lèvres et le gout sucré de
sa salive. Leurs langues se trouvèrent et s’en suivit un long
et profond baiser qui fit baisser la garde de l’un et de l’autre.
Annabelle perdit toute maitrise en l’espace de quelques
secondes. Une vague déferlante de désir incontrôlable la
submergea. Hugo, quant à lui, sentit que tout son sang
désertait le peu de cerveau qu’il lui restait. L’excitation
s’empara des commandes de son manche. Il se redressa et
l’enlaça. Ils se firent face, jambes emmêlées, ventre contre
ventre, buste contre buste, bouche contre bouche.
Leur souffle s’accéléra au rythme de leur envie. Il la prit
par la taille et la fit pivoter sur le côté dans l’intention de
passer au-dessus d’elle à son tour. Il lui caressa le visage,
les cheveux et dans un ultime baiser tendre lui murmura « on
se calme… on a promis… ». Annabelle, les prunelles
étincelantes, le repoussa afin qu’il se redressât et qu’il
descendit de la table, ce qu’il fit. Ils se retrouvèrent ainsi
debout. D’un regard appuyé et plus malin que jamais, elle
lâcha en souriant et en ôtant son body rouge.
« À toi maintenant de me masser… juste mes fesses ».
Elle associa aussitôt le geste à la parole et s’allongea sur
le ventre, afin de proposer son postérieur charnu aux mains
d’Hugo.
« Quelle diablesse ! Elle veut ma peau… elle est si
désirable. Et ce cul ! j’ai envie de le manger… ».
Il se posta à ses pieds et observa ce corps qui lui était
offert sans pouvoir en disposer. Quelle douce cruauté…
Toujours soucieux de respecter Simon, il accepta le défi
lancé par Annabelle pour qu’à son tour elle ressentît la
frustration du massage sensuel sans déroger à la règle de
départ. Il versa un peu d’huile dans sa main qu’il déposa
avec délicatesse sur la fesse gauche de sa complice, toute
frémissante de désir. Il entreprit de doux mouvements,
légers et réguliers puis passa sur la fesse droite. Avec ses

123
deux mains, il malaxa ce beau fessier en essayant de
penser à autre chose. Difficile de résister. Elle se courba un
peu plus et dévoila son abricot humide, tel un fruit mûr prêt
à être dégusté. Quel supplice pour les yeux, pour les mains,
pour sa queue qui ne débandait plus. Il se concentra sur ses
gestes et finit par remonter sur les reins. Il appuya ses mains
et avec les pouces plus précisément au niveau des fossettes
si excitantes. La belle réagit sur-le-champ par un
gémissement et se cambra davantage encore. Il fit glisser
sa main droite entre ses jambes, juste pour constater l’effet
de son massage. Quand son index effleura le fruit défendu,
il eut la sensation d’entrer dans du beurre chaud, tendre à
souhait. À nouveau, en un éclair de seconde, son cerveau
se brouilla. L’instinct reprit le dessus et sa bouche se dirigea
aussitôt vers le jardin sacré d’Annabelle. Sa langue curieuse
et impatiente explora la zone interdite chaude et humide.
Ses mains empoignèrent son petit cul. En total black-out, il
entreprit les manœuvres charnelles dont raffolait cette belle
provocatrice. Il perdait pied.
L’endroit du cerveau lié à l’excitation accentua la sécrétion
de dopamine. Annabelle, yeux fermés, se laissa pleinement
emporter par cette nouvelle vague de plaisir, tel un tsunami,
toutes résistances inutiles. La jouissance se profilait et elle
rêvait de la gouter encore une fois au bout des doigts
d’Hugo. Puis, un éclair de lucidité la fit revenir à l’instant
présent et sans prévenir, elle se redressa brutalement et
repoussa de sa main la tête de son partenaire, bien surpris
par ce geste soudain.
- Arrête Hugo ! c’est trop difficile là !
- Hum… Tu rends les armes donc ?
- Si tu veux oui, répondit-elle en riant. Simon va
commencer à se demander ce que nous fabriquons.
J’ai promis de ne pas dépasser 19 h et nous y serons
dans 10 minutes.
- Viens près de moi que je t’embrasse encore une
dernière fois.
Il l’attira tout contre lui. Ses bras puissants l’enlacèrent
tendrement. Il déposa des baisers légers dans son cou, sur

124
ses joues, sur sa bouche en laissant s’échapper des râles
de plaisir.
- Oh ! arrête Hugo ! tu es un vilain garçon…
- Hum… j’ai tellement envie de toi maintenant.
- Tout à l’heure, promis. Simon nous attend pour
manger et après, nous aurons tout le loisir de nous
embrasser et de nous envoyer en l’air mon chat !
- Oui, oui. Tu as raison. On descend.
Hugo fit claquer la fesse d’Annabelle en guise de
conclusion qui se retourna, faussement choquée, un sourire
sur son visage. Ils se rhabillèrent en se jetant des regards
complices et emplis de désir l’un pour l’autre, et rejoignirent
Simon qui, de son côté, commençait à trouver le temps
vraiment trop long.
Elle l’avait mis devant le fait accompli face à ce scénario.
C’est elle qui en avait imaginé les conditions, choisi la date,
imposé ses envies de massage en duo. Depuis le début de
cette histoire, ils discutaient régulièrement et échangeaient
sur leurs ressentis, leurs émotions afin que tout reste
transparent. Elle ne lui cachait rien et exprimait sans demi-
mesure ses états d’âme. Il aurait menti s’il avait dit que cela
ne le bousculait pas parfois. Ça le piquait à l’évidence.
Annabelle pouvait être si excessive, si too much et bien sûr,
elle le devenait avec Hugo. Il percevait au-delà d’une simple
séduction physique une attirance réelle, d’être à être, d’âme
à âme, et ça, même le plus vigilant des hommes ne pouvait
lutter contre cette attraction.
Cela faisait deux heures qu’il tournait en rond dans le
salon, la cuisine, et imaginait les deux amants dans des
positions excitantes, le deal accepté, par les trois, non
respecté. C’était plus fort que lui. Il se rendit compte en
définitive que ce n’était pas si évident que ça de la laisser
entre ses mains expertes. Il la connaissait à merveille et
présageait sa fragilité de volonté à lutter contre la terrible
tentation que suscitait le corps athlétique d’Hugo. Il était
agacé. Il était irrité même. Pourquoi avait-il accepté cette
cruelle situation ? Il ne se sentait pas si candauliste que ça

125
finalement. Ressentir cette sensation d’impuissance le
rendait nerveux et angoissé.
Il se força à retrouver son calme et son discernement sur
la scène qui se jouait sans lui. Que pouvait-il se passer de
si horrible ? Rien, bien sûr. Il ne doutait pas des sentiments
d’Annabelle à son égard. Leur amour s’élevait bien au-
dessus de cette histoire hors du commun. Elle le lui répétait
à longueur de temps de ne pas s’inquiéter, qu’elle savait
exactement où elle en était, que leur affection se voyait à
l’abri d’une quelconque autre rencontre. Ce qu’elle éprouvait
pour lui ne pouvait souffrir d’aucune comparaison. Et Hugo
ne rentrait pas dans une compétition de mâles à son sens.
Simon en doutait. La testostérone fragilisait le plus honnête
des hommes.
La soirée se poursuivit, à l’image des précédentes. Ils
s’amusèrent à trois même si le corps d’Annabelle se
rapprochait plus souvent de celui d’Hugo. Simon eut du mal
à trouver sa place cette fois-ci. Il dissimula sa déconvenue,
amplifiée par la sensation désagréable d’avoir été mis de
côté. Au moment de partir, Annabelle poussa l’indélicatesse
à raccompagner Hugo jusqu’à sa voiture, l’abandonnant
encore à sa solitude. Ça allait trop loin. Il acceptait qu’elle
puisse être attirée par un autre, mais ses limites vacillaient.
Il s’installa devant l’ordinateur afin de se cacher derrière son
écran et de trouver, sans doute, une certaine contenance.
Annabelle réapparut, bien loin d’imaginer le malaise de
Simon. Elle lui jeta un œil au passage.
- Veux-tu une tisane mon chéri ?
Sa désinvolture l’agaça davantage et cette petite goutte
de trop fit déborder son trop-plein d’émotions.
- Non, je n’en veux pas. C’est trop Annabelle ! Je ne
supporte pas finalement cette proximité.
Surprise par cette réaction inattendue, elle se ravisa et
oublia aussitôt l’idée du breuvage chaud. Elle lui fit face,
désemparée d’avoir été cueillie au vol par ce ton inhabituel
chez son mari.
- Que se passe-t-il Simon ? Je ne suis pas sûre de
comprendre.

126
- Tu me demandes ce qu’il se passe ? Anna ! J’ai été
mis de côté ce soir. Déjà, votre moment à deux a été
insoutenable pour moi.
- Ah bon ? répondit-elle, sincèrement surprise.
- Oui… je te rappelle que tu ne m’as pas vraiment laissé
le choix.
- Tu as toujours le choix. Si tu m’avais dit que cela ne te
plaisait pas, je n’aurais pas invité Hugo pour cette
soirée scénarisée. Je ne t’impose rien Simon.
- Si je refuse, tu réagis comment ?
- Déjà, on en discute et j’écoute tes arguments. Comme
nous le faisons la plupart du temps, me semble-t-il.
Explique-moi ce qui t’a gêné ce soir s’il te plait, que je
comprenne.
- Le fait que vous soyez tous les deux, ça m’a rendu
dingue en fait. Je crois que je n’étais pas encore prêt
pour ça, c’est tout. Et après, difficile pour moi de
m’imposer. Tu as passé ton temps à l’embrasser ou à
le toucher.
- Tu es injuste, Simon. Je fais très attention à ne pas te
mettre à l’écart. Je te touche toujours en même temps,
je t’embrasse autant que j’embrasse Hugo. Je suis
très attentive à ce qu’il n’y ait pas de malaise.
- Eh bien, pas ce soir…
- Peut-être t’es-tu mis à l’écart tout seul ? Si tu étais
contrarié avant même de poursuivre la soirée,
j’imagine que ton état d’esprit t’a joué des tours.
- En tous cas, je n’ai pas apprécié. Et puis, tu en remets
une louche en l’accompagnant jusqu’à sa voiture ! ça,
c’est la goutte de trop.
- Je ne sais pas quoi répondre Simon. Je suis désolée
de t’avoir blessé. Tu sais quoi. Tu as raison. Les
limites sont peut-être dépassées. Je vais mettre un
terme à cette relation dès demain. Je suis déçue, car
je pensais que nous étions en train d’évoluer vers un
mode extraordinaire de couple. J’étais même fière
d’imaginer cette possibilité d’amour inconditionnel,

127
sans limites imposées, dans le respect des envies de
l’autre.
- Oui, je suis d’accord avec ça, mais as-tu pensé à mes
propres envies ?
- Je crois oui. Nos discussions prennent en compte nos
besoins respectifs. Ou alors, je me suis fourvoyée.
Le silence écrasa de sa lourdeur l’atmosphère électrique.
Annabelle préféra déposer les armes et remettre cette
discussion capitale pour leur couple. Elle réalisait la
complexité de leur histoire avec Hugo. Sa décision était
prise. Elle renoncerait à lui. Elle abandonna l’idée de
dernière tisane et choisit de se coucher directement. Simon
traina encore un peu, à réfléchir à leur conversation. Certes,
cette soirée déstabilisait les lignes et avec, son égo, mais, il
admettait aussi que voir Annabelle si belle et rayonnante lui
plaisait. Le constat s’avérait sans appel. Hugo remplissait sa
part du contrat. Et le rompre risquait de compromettre
l’épanouissement de sa femme.
Annabelle l’aimait, il le savait. Rien ni personne ne
bousculerait cette évidence. Hugo apportait de la fantaisie,
de l’excitation à leur couple. S’en passer revenait à se priver
d’une possibilité de jeu. C’était idiot. Il se sentait idiot.
L’esprit plus clair, il quitta son poste de réflexion et rejoignit
Annabelle qui ne dormait pas encore.
- Désolé, ma chérie. Je suis con parfois.
- Ça va… mais je suis d’accord, oui. Là tu es très con
même. Mais tout rentrera dans l’ordre dès demain. Je
vais expliquer à Hugo que ça va peut-être un peu trop
loin et que nous devons faire une pause. Il
comprendra, j’en suis sûre.
- Non, surtout pas. Je ne sais pas pourquoi j’ai réagi
comme ça. J’adore te voir resplendir et je sais que tu
t’éclates avec lui. C’est à moi d’accepter la situation.
Je t’aime et je ne veux pas que ça s’arrête.
- Tu es sûr ?
- Oui, mais j’ai quand même une faveur à te demander.
- Je t’écoute.

128
- Je pense que ce serait bien de rencontrer d’autres
hommes ou couples. Je ne suis pas certain que ce soit
une bonne chose de rester exclusif.
- D’accord, si tu veux.
- J’ai discuté avec un homme très sympa qui est prêt à
nous rejoindre. Il peut venir mercredi pour un massage
sensuel.
- Oui, j’ai lu votre discussion. Il semble mignon.
D’accord pour moi. Tu as raison, ça permettra de
varier les plaisirs.
- Parfait. J’organise ça alors. Je suis si heureux quand
tu es heureuse Anna.
- Je sais mon chéri. Et moi aussi. Mais l’idée est que
tout le monde y trouve son plaisir et que rien ne soit
subi.
- J’y trouve mon plaisir, rassure-toi.
- Si on continue avec Hugo, je veux que tu sois clair si
tu as quelque chose qui te perturbe.
- OK. Je le serai.
- Et je souhaite aussi que tu me laisses vivre en
confiance ce que j’ai envie d’expérimenter avec lui.
- C’est-à-dire ?
- J’aimerais passer un moment vraiment en duo quand
tu pars à Bordeaux dans dix jours.
- Oui, évidemment, puisque je m’absente. Je n’y vois
pas d’inconvénient outre mesure, mais un moment,
pas une nuit complète…
- Non, selon ses possibilités. En journée,
vraisemblablement.
- D’accord.
- Super. On dort ?
- Oui…
Ils se blottirent l’un contre l’autre, apaisés par cet ultime
échange et convaincus d’avoir éclairci quelques zones
d’ombres. Annabelle imagina la folle journée seule avec
Hugo et Simon s’interdit d’y penser…

129
5 mai, 23 h 43

Le rendez-vous avec Pierre, un beau quadragénaire à la


fleur de l’âge, répondit à toutes les promesses escomptées,
pour Simon. Annabelle apprécia sa gentillesse, sa politesse,
sa délicatesse, mais s’ennuya à mourir. Elle le massa
comme prévu, profitant de sa plastique parfaite. Son corps
bien proportionné comblait toutes les damoiselles qu’il
rencontrait. Il cochait toutes les cases. Rien à dire. Mais il
ne l’excitait pas. Pas de jeu avant. Pas d’échanges coquins
afin de préparer le terrain. Pas de jeu pendant non plus.
Une fois reparti, Annabelle exprima son ressenti.
- Franchement, je me suis ennuyée, Simon.
- Ah bon ? Pourtant tu avais l’air de prendre du plaisir.
- Oui, j’en ai pris parce que le physique se déconnecte
du mental parfois, mais je crois que je n’ai pas envie
de rencontrer d’autres hommes en ce moment. Et en
toute honnêteté, je n’y vois aucun intérêt, ni pour moi
ni pour toi.
- C’est pour varier les scénarios, les situations.
- Je n’en ai pas envie. Hugo me convient et notre
complicité à trois est juste géniale. Tu t’es senti
complice de Pierre ce soir ?
- Non, c’est vrai.
- Bon. Donc, je préfère stopper les rendez-vous avec
des partenaires solos. Mais OK pour sortir avec des
couples.
- Je pense que c’est dangereux d’être exclusif. On en a
déjà parlé.
- Oui, mais on s’est dit aussi que l’intérêt d’une relation
suivie permet de mieux se connaitre et du coup, de se
lâcher en confiance, naturellement.
- D’accord. J’ai quand même pris quelques photos
sympas.
- Ah merci. Je vais pouvoir renouveler mes posts.
- Avoue qu’il était bien fait !
- Je n’ai pas dit le contraire, mais pas vraiment
d’alchimie. Ça ne s’explique pas.

130
Annabelle choisit deux photos plutôt réussies et les posta
sur Insta avec un petit commentaire qui résumait bien la
soirée. Ses followers apprécieraient.
Le lendemain, Hugo la bipa comme il avait coutume de le
faire plusieurs fois par jour désormais.
- Coucou ma belle !
- Coucou mon chat ! Tu roules ?
- Non, je suis chez moi.
- Ah déjà !
- Oui, je vais aller courir.
- Tu as raison. Il faut entretenir ton corps de rêve.
- (Sourires) Vous avez reçu un homme seul hier soir ?
- Oui. Simon l’a invité.
- Ah, OK…
- Ça t’embête ?
- Non…
- Ben si, ça t’embête !
- Bon, ça me pique un peu oui ! Mais ça ne devrait pas ;
donc, oublie ça.
- Pourquoi ça te pique mon chat ?
- Parce que c’est toi…
Annabelle, flattée de déceler une pointe de jalousie infime
chez son complice, s’en amusa. Elle trouva cela très mignon
finalement.
- Tu sais très bien que j’aime être avec toi et Simon.
D’ailleurs, pour ton information, je ne me suis pas
éclatée.
- Ah bon ?
- Non. Alors voilà. Si cela te convient, je vais modifier
notre texte de profil en précisant que nous avons
trouvé notre complice et que nous ne rencontrons plus
d’homme seul.
- Tu ferais ça ?
- Oui.
- Simon est d’accord ?
- Oui.

131
- Ça me touche trop Annabelle. Vraiment. Je suis flatté
et très heureux.
- Super alors !
- Rohhhh !
- Quoi ?
- Je bande !
Annabelle éclata de rire.
- Toi, alors ; pour rester dans la bonne énergie, Simon
part à Bordeaux le 12 mai. J’aimerais que tu viennes
passer la journée avec moi, juste tous les deux. Il est
OK.
- Ouiiiii !
- Et ton travail ?
- Je vais m’arranger. Je décalerai si j’ai des rendez-
vous. Je veux passer des heures à tes côtés…
- Génial ! j’ai trop hâte.
Ils poursuivirent une bonne partie de la journée à imaginer
leur tête-à-tête. L’un et l’autre s’avouèrent à demi-mot du
bonheur extrême ressenti alors…

132
Simon s’inquiéta tout de même de cette exclusivité. Il
redoutait surtout qu’Hugo ne s’attachât un peu trop à
Annabelle et en oubliât de s’amuser de son côté. Il préféra
s’en assurer de vive voix.
- Salut Hugo. Je ne te dérange pas en plein boulot ?
- Non, je suis dans l’administratif, donc rien de bien
passionnant.
- Oui, j’imagine. Bon, écoute, je vais être franc et direct.
- Oui, je t’écoute ; rien de grave ?
- Non t’inquiète mais j’ai juste besoin de m’assurer de
certains points avec toi.
- OK.
- Je sais que vous passez beaucoup de temps à
discuter tous les deux et je t’avoue que parfois, je
trouve cela excessif. Mais je l’accepte. Surtout quand
je constate l’effet que cela procure à Annabelle.
- Je sais, elle me le dit.
- Je confirme. Je voudrais juste être certain que de ton
côté, tu ne fais pas une fixette sur elle et que tu
rencontres d’autres couples ou d’autres femmes.
- Oui, j’ai quelques contacts et je vois d’autres
personnes.
- Parce que le fait qu’Annabelle ait décidé que tu serais
le seul homme du moment m’inquiète un peu.
- Si cela peut te rassurer, sache que si un jour cette
relation dépasse le cadre libertin et que cela
commence à faire souffrir l’un ou l’autre, j’arrêterai. Ce
n’est pas du tout mon intention Simon. Je suis là pour
prendre du plaisir et en donner.
- Je te remercie pour ton honnêteté et je sais que je
peux te faire confiance, mais je sais aussi
qu’Annabelle peut être excessive et beaucoup donner.
- Oui, je le remarque de plus en plus. Je te mentirais si
je te disais que je ne suis pas tombé sous son charme.
Mais encore une fois, je ne suis pas là pour mettre la
zizanie dans votre couple.
- Je le sais. Merci à toi.

133
- Non, merci à toi de me permettre de découvrir le milieu
et je n’aurais jamais pu espérer tomber sur un tel
couple. Vous êtes si bienveillants tous les deux. Je
vous estime énormément.
- Moi aussi, sois en sûr. Je ne te dérange pas plus. Une
dernière chose. Ça peut me bousculer parfois, mais je
suis très heureux de cette rencontre et je te fais
confiance pour t’occuper d’Anna comme il se doit le
12.
- Compte sur moi Simon. (Sourires)
- Bonne journée à toi.
- Merci, à toi aussi.
Simon raccrocha, rassuré et serein. Les choses valaient
la peine d’être dites et les limites posées. Hugo, quant à lui,
comprenait le message. Prendre un peu de distance avec
Annabelle s’imposait. Il n’avait pas osé révéler à Simon la
teneur de ses sentiments pour elle. Il ne voyait personne
d’autre. Il entretenait un contact avec un couple croisé lors
de la soirée chez les amis de Simon et Annabelle, mais rien
de bien précis, pour l’instant. Il décida d’espacer les
échanges en journée, de moins commenter les posts
d’Annabelle afin d’entamer un sevrage tout en douceur…
Cette dernière s’étonna les jours suivants de l’absence de
nouvelle de son amant libertin. Il se passa bien deux jours
sans aucun signe de vie, ce qui eut pour effet de l’inquiéter.
Elle insista le troisième jour, consciente de ressentir un
sentiment désagréable d’angoisse. Elle le partagea avec
Simon qui la rassura sur le fait qu’Hugo devait travailler afin
de se libérer du temps pour le 12 mai. Possible. Elle
s’interrogea tout de même sur ce silence inhabituel. Elle
reçut enfin un SMS en retour des siens.
- Coucou. Désolé. J’ai enchainé les réunions. Ça va ?
Perplexe sur la vraie raison de son mutisme, elle décida
néanmoins de n’en rien laisser paraitre. Il ne formait pas un
couple. Il pouvait disposer de son temps s’en l’en informer,
tout comme elle d’ailleurs.

134
- Coucou mon chat. Tu travailles trop ! Je me suis un
peu inquiétée… s’il t’arrivait quelque chose, je ne le
saurais même pas…
- Il ne m’arrivera rien. Mais j’aurais dû te faire un petit
signe.
- Pas grave. Tu viens toujours mercredi ?
- Oui, bien sûr. C’est pour cela que j’ai beaucoup de
travail cette semaine. Je me dégage cette journée
pour toi !
- Humm… j’ai trop hâte !
- Moi aussi !
- Tu penses pouvoir être là dès le matin ?
- Ça va être difficile, mais je te promets de faire mon
max pour passer le plus de temps avec toi.
- D’accord.
- Tu fais quoi ce week-end ?
- J’ai mes filles. Je vais certainement bouger un peu
avec elles.
- OK. Je te laisserai tranquille alors.
- Un petit coucou de temps en temps si tu veux !
- Rapide, alors…
- Oui, rapide. Je te laisse. Je suis invité chez des amis.
- OK. Passe une bonne soirée. Je t’embrasse.
- Oui. Bisous ma belle.
Annabelle se fiait toujours à son intuition qui la trompait
rarement. Elle avait cette capacité à ressentir les gens, les
lieux, les ambiances. Son sixième sens fonctionnait à
merveille et souvent, sa petite voix intérieure la prévenait
d’une situation anormale ou malveillante. Pour la première
fois depuis leur rencontre, l’alarme sensitive se mit à vibrer.
« Quelque chose ne tourne pas rond », se dit-elle. « Mais
quoi ? Ai-je fait ou dit un truc qui ne lui a pas plu ? Je sens
un changement chez lui ».
Perdue dans ses réflexions, elle revint à l’instant en
chassant de son esprit ses idées désagréables. Elle ne
voyait pas pourquoi Hugo changerait du jour au lendemain,
sans raison apparente. Elle attendrait le 12 mai avant de tirer

135
des conclusions hâtives sur un comportement qu’elle
imaginait certainement. Elle se remémora un des accords
toltèques qui disait « Ne fais pas de suppositions ». Elle lui
poserait la question si son éloignement se confirmait.

136
8 mai, 20 h45

Simon et Annabelle s’octroyèrent un week-end de repos.


Les hôtes présents ne désiraient ni de repas le soir, ni de
petit déjeuner. Ils choisirent un restaurant coté pour un tête-
à-tête en amoureux. La journée ensoleillée de ce printemps
timide égayait les esprits et rappelait à tout un chacun la
douceur de vivre en province. Malgré l’air encore frais, les
rues fourmillaient de promeneurs en quête d’un moment de
plaisir gustatif.
Ils s’installèrent à une table en retrait, à l’abri des oreilles
indiscrètes. Simon commanda une bouteille de Crozes
l’Hermitage, vin préféré d’Annabelle. Ils trinquèrent à leur
amour, à leur projet en partie abouti, à leur décision prise
18 mois auparavant de quitter leur ancienne vie citadine.
Aujourd’hui, ils se retrouvaient, partageaient leur quotidien
avec un grain de folie inattendu dans leur vie amoureuse,
Hugo.
Il n’avait donné aucun signe depuis le vendredi soir.
Annabelle ne s’en formalisait pas, cette fois-ci. Il profitait lui
aussi d’un peu de temps libre avec ses filles. Mais, elle
espérait un petit coucou, par-ci, par-là. Par respect pour son
intimité familiale, elle s’interdit tout contact. Il se
manifesterait bien en début de semaine.
Annabelle posta une story dimanche soir sur laquelle elle
apparaissait dans une robe élégante blanche à dentelle.
Nombreux furent à réagir à son charme, sauf un. Une boule
d’angoisse vint sournoisement appuyer sur son plexus
solaire. Elle n’aimait pas ça. Elle avait beau se résonner,
l’inquiétude la gagnait. Quelque chose clochait. Il se
manifesta tard dans la soirée.
- Coucou ma belle. Ça va ?
Comme si de rien n’était, il l’aborda tout naturellement
avec un « ça va » qui l’agaça.
- Salut. Oui et toi ?
- Beaucoup de travail. Je suis désolé de ne pas t’avoir
donné signe de vie plus tôt, mais j’essaie de me

137
débarrasser de mes rendez-vous de la semaine pour
être libre mercredi.
- Ah d’accord.
Elle n’osa pas râler puisque son explication validait son
indisponibilité. Il se démenait afin de passer un maximum de
temps avec elle. Ce qui la réconforta.
- J’espère que tu pourras venir assez tôt pour que nous
profitions de ces heures ensemble.
- Oui, je vais faire mon max, je te promets. As-tu passé
un bon week-end ?
Elle lui raconta ces deux journées tranquilles. Il en fit de
même. Ils se quittèrent sur un « tu me manques », « toi
aussi ». Hugo la prévint qu’il ne pourrait pas trop se
connecter et qu’il la tiendrait informée de son heure
d’arrivée.
En se couchant, Annabelle éprouvait un malaise
inexplicable, étrange. Elle ne l’évoqua pas à Simon et garda
pour elle ses ressentis. Que se passait-il ? Devenait-elle
dépendante de son amant ? Elle tenta de penser à autre
chose et des images excitantes emplirent son esprit. Quand
Simon se glissa sous la couette à son tour, la main de sa
femme effleura son bas ventre avec un geste si explicite qu’il
ne put refuser son invitation sensuelle.

138
12 mai, 7 h 00

Simon quitta le domicile vers 5 h du matin en direction de


l’aéroport. Annabelle, réveillée, guetta son téléphone, dans
l’attente d’un SMS d’Hugo. À 7 h, il vibra.
- Je devrais être là vers 12 h. je n’ai malheureusement
pas pu déplacer un rendez-vous important.
Elle perçut une légère déception la traverser, mais n’en fit
rien paraitre. Peu importe l’heure de son arrivée. Elle s’en
contenterait.
- Coucou. OK. Nous ferons avec… tu resteras plus tard,
pas grave.
- Non. Je dois récupérer ma fille au lycée à 17 h 30. Je
vais devoir partir vers 16 h, maximum.
- D’accord. Nous ne perdrons pas de temps en
bavardage alors !
- Oui ! Nous laisserons nos langues dans nos poches…
enfin, façon de parler (diablotin).
- Je vois que tu as déjà plein d’idées en tête.
- Tu n’imagines même pas.
- Si si, j’imagine bien, au contraire, puisque j’ai les
mêmes.
- Bon, je vais partir pour mon premier rendez-vous. Je
te dis quand je quitte mon dernier client.
- Je t’attends mon chat… offerte et soumise…
- Humm… j’adore ça ! À tout à l’heure ma belle
Annabelle…
Elle se leva, avec à l’esprit, une matinée bien longue
devant elle. Quel dommage de ne pas profiter davantage de
cette journée à deux… ses mauvais pressentiments ne la
désertaient pas. La désagréable sensation d’un
changement d’attitude matraquait ses pensées. Elle prit son
petit déjeuner et s’occupa de la comptabilité de ses
entreprises, traita des courriers en attente, finalisa des
devis. À 9 h, son travail de gestion s’acheva. Trois heures à
patienter… entre temps, Simon la rassura par un message
de son arrivée à bon port. Il lui souhaita une belle journée
de plaisir. Quel homme merveilleux ! Elle l’aimait tant.

139
Elle se fit couler un bain dans lequel elle plongea,
masque sur le visage, sur les cheveux, rasoir en main, à
l’affut du moindre poil récalcitrant. Elle désirait la perfection
pour accueillir Hugo, qu’il défaillît en la découvrant.
À 10 h 30, il l’informa qu’il quittait son dernier client. Il
exprima son impatience de la retrouver par quelques
émoticônes suggestifs. Il semblait heureux et pressé.
Pourquoi doutait-elle alors ?
À 11 h 45, elle monta dans son cabinet. Elle alluma
quelques bougies vanillées, ferma les velux pour que la
pénombre inonde la pièce, brancha son téléphone et diffusa
une musique douce et sensuelle. Malgré la fraicheur d’avril,
elle choisit de revêtir une robe légère bleu turquoise avec
des arabesques dorées. Elle ne portait aucun sous-
vêtement. Il n’aurait qu’à l’ôter pour dévoiler son corps
enduit d’huile scintillante.
- Où es-tu mon chat ?
- Je suis là dans 10 minutes…
- Je t’attends…
- J’arrive…
- Monte les marches. Ouvre la porte. Approche-toi, sans
un mot. Prends-moi dans tes bras et embrasse-moi…
Hugo se gara. Il emprunta l’escalier extérieur, ouvrit la
porte, s’approcha d’elle, la prit dans ses bras, la serra tout
contre lui et l’embrassa avec une telle ferveur, une fougue
sans pareille que les doutes ressentis quelques jours plus
tôt se dissipèrent par enchantement dans l’esprit
d’Annabelle.
Ils firent l’amour avec gourmandise, délectation, se
régalant l’un de l’autre, de chaque parcelle de leur corps,
goutant à leur intimité jusqu’à l’extase. Le calme revenait,
leur accordant un moment de douceur, de tendresse, les
yeux fermés, l’un contre l’autre. Un mot, un geste, et l’envie
reprenait le dessus. Le temps suspendu, le silence gagna
l’espace dédié à leurs étreintes. Les paroles devenaient
inutiles. Annabelle, blottie contre lui, accédait à un état
proche du bonheur absolu, même si, tout au fond d’elle, une
rengaine désagréable osait perturber sa quiétude. « Fais

140
attention… tu franchis les cadres du simple jeu ». Hugo
essayait de profiter de ces instants incroyables, mais, tout
au fond de lui, les mots de Simon résonnaient toujours. Ce
qu’il ressentait pour Annabelle dépassait les limites qu’il
s’était données. Son cœur vibrait, trop… beaucoup trop. Et
ces heures de pure intimité avec elle n’arrangeraient rien.
Se protéger devenait impératif. L’issue de ce jeu dangereux
se profilait, bien malgré lui. Les sentiments grandissaient au
fur et à mesure de ces moments exquis passés ensemble.
La souffrance, tant redoutée, pointait son nez. Il ne voulait
pas infliger cela ni à Simon, ni à Annabelle, et ni à lui, bien
évidemment.
À 15 h 50, il se leva, s’habilla. Elle vint se coller à lui,
comme pour le retenir encore quelques minutes. Il la serra
une dernière fois contre lui, l’embrassa tendrement, la
regarda dans les yeux.
- C’était super. Je n’ai pas envie que tu partes…
- Je sais, mais je le dois.
- On se revoit quand ?
- Pas tout de suite. J’ai beaucoup de travail à venir.
- J’aimerais bien que l’on réitère l’expérience à Lyon.
C’était si excitant. Dans 15 jours ?
- OK, si tu veux.
- J’en parlerai à Simon. Il te tiendra au courant. On fait
une soirée privée le 27 mai à la maison. Tu viendras ?
- Si je n’ai pas mes filles, oui bien sûr.
- Allez, file…
- On s’appelle.
Il sortit. Annabelle se retrouva seule dans cette pièce,
témoin de ces quelques heures entre deux êtres dont
l’alchimie dépassait leur propre volonté. Elle resta quelques
minutes, allongée sur le lit, encore humide de leurs étreintes
fougueuses. Puis, elle gagna sa chambre, enfila sa tenue de
marche et partit en balade avec ses chiens. Elle ressentait
le besoin de nature, de redescendre de ce nuage, devenu
habituel à chaque moment dans les bras d’Hugo. Elle
arpenta la forêt longtemps.

141
- Je suis arrivé ma belle. J’ai déjà hâte de te serrer dans
mes bras. Je t’embrasse…
- Moi aussi Hugo.
Elle n’aurait su dire pourquoi, mais ces derniers mots
sonnaient comme une fin à venir…

142
13 mai, 10 h 45

Simon apprécia son escapade professionnelle et revint


avec des propositions alléchantes. La perspective de signer
quelques contrats en freelance l’enchantait. Cette occasion
d’ajouter du beurre dans les épinards ne se négligeait pas.
Le temps dont il disposait lui permettait d’envisager
quelques heures de travail depuis son ordinateur. Seuls
quelques séjours se présenteraient ponctuellement. Cela
s’avérait une opportunité pour tous les deux de s’octroyer
quelques pauses afin de mieux se retrouver.
À son retour, Annabelle lui témoigna tout son amour et le
manque éprouvé par son absence, somme toute courte. Elle
lui narra la demi-journée avec Hugo. Mais Simon ne posa
guère de questions, préférant que ce moment reste celui
des amants libertins. Elle lui fit part tout de même de ses
craintes, de ses ressentis quant à la distance probable de
leur complice.
- Tu sais Annabelle, cela ne doit pas être évident pour
lui. S’il éprouve quelques sentiments à ton égard, ce
dont je ne doute plus, ce doit être délicat d’envisager
une suite sans perspective de vivre plus qu’une simple
relation libertine.
- Je n’en sais rien. Il ne s’exprime pas donc difficile de
savoir réellement ce qu’il pense. Peut-être… ou pas. Il
est possible qu’il se lasse aussi.
- Bien sûr ! en bougeant tout son planning pour venir
passer quelques heures avec toi ! Non, je n’y crois
pas.
- Je t’avoue que je suis un peu perdue. Et je commence
à me dire que j’aurais dû m’écouter quand je voulais
arrêter il y a quelques semaines.
- Ça m’embête aussi de te voir te prendre la tête comme
ça.
- Je suis désolée…
- Tu n’y es pour rien. Je ne te fais aucun reproche.
- Je sais. Je lui ai proposé que l’on se revoie à Lyon,
comme la dernière fois. Tu peux organiser avec lui ?

143
- Oui. C’est vrai que c’était une super soirée.
- OK. Allez, je vais travailler.
Annabelle essaya de faire bonne figure devant son mari,
inquiet tout de même de la tournure que prenaient les
évènements. Non seulement Hugo semblait avoir des
sentiments pour sa femme, mais cette dernière, aussi. Il se
sentait impuissant et bien conscient de pas maitriser grand-
chose dans cette histoire. Avait-il manqué de perspicacité
ou de prudence ? Il ne craignait pas qu’Annabelle le quitte.
Elle l’avait suffisamment rassuré et surtout démontré qu’elle
le chérissait d’un amour qui ne souffrait d’aucune
concurrence. Ses peurs de voir sa femme triste l’affectaient.
Pire, il redoutait qu’elle s’éteignît à nouveau.

144
17 mai, 8 h 34

Les jours suivants confirmèrent ce que pressentait


Annabelle. Hugo se fit de plus en plus rare sur Instagram. Il
commentait de temps en temps les posts de sa complice,
mais furtivement. Il répondait aux SMS, mais les échanges
perdaient de leur substance originelle. Les « tu me
manques », « j’ai envie de toi tout le temps », je veux te
serrer dans mes bras », n’imprimaient plus la toile. Il restait
évasif, distant. Annabelle se morfondait de son côté, ne
comprenant pas ce manque d’entrain. Son hypersensibilité
se réveillait. Comment et surtout pourquoi passait-il de tout
à rien si soudainement ?
Simon assistait à la désillusion de sa compagne. Ça le
rendait fou, mais se gardait de l’exprimer. Cela devait cesser
ou du moins s’apaiser.
La solution la plus raisonnable paraissait celle de
reprendre une activité libertine normale. L’exclusivité
accordée à Hugo devenait dangereuse et malsaine. Il
suggéra donc à sa femme de rencontrer derechef des
hommes seuls ou des couples, afin de modérer ses envies
d’Hugo. Contre toute attente, elle accepta. Aussitôt, elle
modifia à nouveau leur recherche sur le site libertin, ouvrant
la boite de Pandore. Dès lors, les demandes affluèrent. Il
suffisait de choisir un partenaire et de programmer un
rendez-vous. Ce qu’ils firent. Ils invitèrent un gentleman à
passer un moment agréable ensemble. Ce qu’il fut.
Annabelle réussit à oublier quelques instants les intenses
corps à corps avec Hugo, mais son image revint, comme à
chaque fois.
Cependant, elle posta une photo du massage prodigué à
ce nouveau complice, fort sympathique et séduisant. Ses
followers, envieux de cet homme chanceux, commentèrent
comme à leur habitude. Hugo se manifesta à son tour.
- Ça va ?
- Ah salut ! oui, merci et toi ?
- Beaucoup de boulot, mais ça va.
- Tant mieux… toujours OK pour jeudi à Lyon ?

145
- Oui, bien sûr.
- Parfait. Simon a réservé une chambre pour que nous
puissions nous retrouver tranquilles tous les trois.
- Génial. Hâte d’y être…
- Oui, moi aussi.
- Vous avez reçu un homme seul ?
- Oui…
- OK. Tu as changé ton profil aussi.
- Oui…
- Tu aurais pu me prévenir.
- Prévenir de quoi ?
- Que tu modifiais votre recherche !
- Déjà pour commencer, nous sommes deux à décider.
- Ça n’empêche que tu aurais pu me prévenir. Ça m’a
fait bizarre de découvrir le témoignage ce matin de ce
gars et votre modif de descriptif.
- Je ne suis pas toute seule et puis nous avons pensé
que c’était mieux pour nous. Tu es omniprésent dans
ma tête…
- Je ne sais pas quoi te dire Annabelle de plus. Mais
j’aurais juste aimé le savoir avant.
- Ça ne change rien entre nous. Si ?
- Non.
- J’ai quand même l’impression que nos échanges ont
bien changé de ton ces derniers jours. Ne serions-
nous plus si connectés l’un à l’autre qu’au début ?
- Rooooo ! Tu te poses trop de questions.
- Oui, possible…
- Je ne suis pas sûr de pouvoir venir le 27 mai. Il est fort
probable que j’aie mes filles ce week-end-là.
- D’accord. C’est bien dommage, mais je comprends. Je
ferai sans toi…
- Tu trouveras bien un autre homme pour me
remplacer…
- Dis-moi, ôte-moi d’un doute, tu me fais une scène ?
- Non, pas du tout. Je suis juste un peu blessé, c’est
tout.

146
- J’en suis désolée, crois-moi. Ce n’était pas notre
intention.
- Pas grave, je m’en remettrai.
- OK. Bon, on se retrouve demain à 20 h ?
- Oui, passe une bonne soirée. Je t’embrasse.
- Moi aussi. Bisous
Annabelle resta, quelques secondes, désarçonnée par
cet échange inattendu. Ils venaient tout simplement de se
quereller, à l’image d’un couple jaloux et possessif. Sauf,
qu’avec Simon, les disputes se comptaient sur les 5 doigts
de la main. Ils privilégiaient toujours le dialogue posé et
bienveillant. Perplexe et agacée, elle partagea avec son
mari ce sentiment désagréable qui naissait et grandissait de
plus en plus. Elle présagea une soirée gênante à venir.

147
19 mai, 7 h13

Après une nuit agitée, elle se leva avec un pressentiment


pesant. Hugo ne viendrait pas. Elle en était sûre. À 11 h,
Simon reçut un SMS de ce dernier.
- Salut Simon. Je suis désolé, mais j’ai un pépin familial
à régler urgemment. Je ne pourrai pas venir ce soir.
J’en suis vraiment désolé, mais je n’aurai pas la tête
de toute façon à coquiner. Vraiment désolé.
- Ok Hugo. J’espère que ce n’est pas trop grave ?
- Non, mais suffisamment pour que ma tête soit prise.
- D’accord. Je comprends. On se tient au courant pour
caler une autre date.
Quand Simon annonça la mauvaise nouvelle à Annabelle,
celle-ci rétorqua qu’elle s’y attendait.
- Je le savais Simon. Je ne t’ai rien dit ce matin, mais je
ne suis pas du tout étonnée.
- Tu penses qu’il raconte des cracks ?
- Peut-être pas, mais dans d’autres circonstances, il
aurait certainement trouvé une autre solution et pas
annuler au dernier moment. Ça ne lui ressemble pas…
Au même instant, elle reçut un SMS d’Hugo reprenant le
texte envoyé à Simon.
- Je suis dégoûtée, mais c’est comme ça.
- Et moi donc ! mais je n’ai pas le choix. Promis, je me
rattraperai.
- Je compte bien sur toi mon chat.
Annabelle ne montra pas sa déception et fit comme si tout
allait bien. Mais elle ressentit une grande tristesse.
L’hôtel réservé, ils partirent vers Lyon en fin de journée
et jouirent de cette soirée. Annabelle, plus élégante que
jamais dans une belle robe moulante noire, s’amusa à
chauffer son mari en improvisant un jeu de séduction tout en
finesse. Ils passèrent une partie de la nuit à rire, à
s’embrasser, à profiter de l’instant présent. Finalement,
Hugo ne lui manquait pas…

148
En milieu de matinée, ils retrouvèrent leur nid douillet.
Hugo ne s’était pas manifesté pour l’instant. Annabelle lui
envoya quelques photos de la veille, dévoilant la tenue sexy
qu’elle arborait au restaurant.
- Tu vois ce que tu as raté mon chat…
- Roooooo ! tu es vilaine… c’était bien ?
- Oui, très bien. Et toi, tes soucis ?
- Ça va.
- OK.
- Je vais me rattraper, tu sais. J’ai trop envie de te voir.
- Quand tu veux. Je suis dispo, tu le sais.
- Oui, je le sais. Je te dirai.
- Ce soir, demain, dimanche ?
- Non, je ne peux pas, mais promis, le plus vite possible.
- D’accord.
- Je te laisse. Et tu es à croquer sur les photos…
- Merci…
Elle patienterait. Combien de temps ? Une boule
oppressante comprimait sa poitrine depuis quelques jours.
Elle n’aimait pas ça. Vraiment pas. Alors que le plaisir devait
être le fil conducteur, voilà que l’agacement la clouait au sol.
Elle essaya de se changer les idées, mais Hugo persistait
dans son esprit, avec la mauvaise humeur comme
compagne.
Le samedi matin, guidée par une intuition nouvelle,
Annabelle se connecta sur le site afin de consulter les
quelques messages éventuels. Alors qu’elle balayait le fil
des actualités, elle capta au passage un témoignage d’Hugo
validé par une fiche couple.
« Quelle soirée merveilleuse en compagnie de H, libertin
respectueux, endurant… ».
Une vague brûlante vint la frapper en plein cœur. Elle
confirma ses craintes par la date indiquée. La soirée
évoquée concernait celle de la veille. Une douleur effroyable
la terrassa en quelques secondes. Une boule de colère se
bloqua dans sa gorge. Ce n’était pas possible. Alors qu’il
avait annulé leur rendez-vous du jeudi soir, formulé des
regrets, exprimé sa frustration, il avait accepté de rencontrer

149
un couple le lendemain. Tous ses doutes se confirmaient. Et
la vérité, si dure soit-elle, cinglait sans ménagement.
Annabelle se sentit trahie. Son corps réagissait à la brutalité
de ce témoignage qu’elle se prenait en pleine face.
Rencontrer d’autres couples ou d’autres femmes ne posait
aucun problème. Mais le timing choisi la percutait et la
blessait. Il avait préféré décliner leur rencontre pour une
autre.
Simon remarqua l’air mécontent de son épouse. Quand il
la questionna, elle lui fit part de sa découverte. Il convint
qu’Hugo avait manqué de délicatesse. Mais, au fond de lui,
ce comportement le rassurait.
La goutte de trop fit déborder le trop-plein émotionnel
d’Annabelle qui réalisa que son attitude s’avérait excessive.
Mais son cœur réagissait. Alors, consciente de son
impulsivité, elle prit son téléphone et écrivit tout de même un
ultime message.
- Bonjour Hugo. Voilà. Nous nous étions dit que si l’un
de nous souffrait, nous mettrions un terme à notre
relation. C’est le cas ce matin. Je découvre avec
beaucoup de chagrin ces témoignages échangés
entre toi et ce couple que tu as rencontré hier. Je ne
m’attendais pas à ça, vraiment pas. En tous cas, pas
après l’annulation de notre soirée de jeudi. Je me
rends compte que la distance prise ces derniers jours
était un avant-gout d’une fin annoncée. J’en suis très
triste, car je ne pensais pas que cela se terminerait
ainsi. Je suis très heureuse de t’avoir connu, au-delà
de ce que j’aurais pu imaginer. Tu m’as comblée. J’ai
adoré nos moments de complicité à trois. J’espère que
tu feras de belles rencontres et peut-être que la femme
de ta vie en fera partie. Je t’embrasse.
Affectueusement. Annabelle.
Elle s’accorda quelques secondes pour s’imprégner de
chaque mot utilisé. Leur histoire resterait gravée en elle.
Certes, les dernières semaines avaient glissé vers une
incompréhension de sa part, par manque d’expression
d’Hugo, peut-être.

150
Elle en fit lecture à Simon. Il connaissait le côté entier de
sa femme, sa façon parfois de réagir sous le coup de
l’émotion. Mais sa souffrance n’était pas acceptable.
Le SMS envoyé, elle attendit la réponse qu’elle
appréhendait. La notification l’avertit du retour d’Hugo.
- Bonjour Annabelle. Je suis déçu moi aussi que cela se
termine ainsi. Pour hier, je n’ai rien programmé. C’est
tombé dans l’après-midi. Cela faisait un moment que
j’étais en discussion avec eux. Je suis désolé que cela
te blesse. Mais, tu comprends mieux maintenant ce
que ça fait de découvrir un témoignage auquel on ne
s’attend pas…
J’ai été très heureux de vous rencontrer. Vous êtes de
belles personnes. Je ne vous oublierai jamais…
Prenez bien soin de vous. Hugo
C’était donc ça, un semblant d’œil pour œil, dent pour
dent. Pathétique ! La colère s’intensifia. Elle ne voulait plus
en attendre parler. Elle chaussa ses baskets et partit en
balade afin de calmer son mental qui, sans aucun doute,
ruminerait les heures à venir. Simon, désemparé face à la
réaction d’Annabelle, préféra attendre son retour et entamer
une discussion pour qu’elle s’apaisât. Seul le temps lui
permettrait de passer à autre chose. Seule la durée
s’annonçait inconnue…

151
11 septembre 2022

Annabelle assista à cette première date de collaboration


avec la chambre de commerce et tous les acteurs sociaux
et économiques de l’agglomération valentinoise. Elle y
retrouva de nombreuses connaissances avec plaisir. Sa
gaieté contagieuse contribua à créer une ambiance des plus
agréables. Elle arbora un magnifique sourire toute la journée
qui lui valut des compliments de la gent masculine. Certains
jouèrent de leurs atours afin d’attirer son attention, même
infime. Elle abusa de son charme et en désarma quelques-
uns.
Cependant, ses pensées voguaient vers d’autres
sphères. Les heures passèrent plus ou moins vite avec,
pour Annabelle, une impatience exacerbée que cela se
termine enfin. Sa concentration l’abandonna au fur et à
mesure des divers intervenants pour, en définitive, se perdre
dans des projections nocturnes des plus palpitantes.
Les retrouvailles se rapprochaient. Tout son être voletait
au-dessus des considérations entrepreneuriales. Son esprit
imaginait des figures de haute voltige, avec sa part de
sensations fortes.
L’excitation la gagna tant qu’elle préféra s’éclipser avant
la fin du séminaire. Tant pis. Elle prétexta un mal de tête
avec un besoin pressant de s’allonger dans sa chambre. Les
hommes autour d’elle réfrénèrent leur envie de partager un
verre avec elle quand ils comprirent qu’elle se volatiliserait
jusqu’au lendemain.
Elle réintégra son antre. 18 h 30. Elle disposait de 1 h 30
pour se préparer avant l’heure H. Elle désirait appeler
Simon, à qui elle mentirait ce soir pour la première fois.
Certes, elle éprouvait un peu de honte, mais, après avoir
pesé le pour et le contre mainte et mainte fois, elle
s’accordait cette liberté extrême de vivre ce moment juste
pour elle. Elle ne trahissait pas son mari. Elle l’aimait plus
que tout. Mais Hugo devenait désormais la deuxième
personne indispensable à son bonheur.

152
À 19 h, après un coup de fil rapide à Simon, elle envoya
un SMS à son amant officiel afin de lui communiquer le
numéro de sa chambre.
- N.507, cinquième étage. La porte sera entrouverte. Je
t’attendrai, comme la toute première fois que nous
nous sommes vus. Ce soir, seuls nos corps
s’exprimeront, dans le silence de cette chambre,
témoin de la naissance de notre histoire.
Annabelle revêtit la même robe rouge, les mêmes bas, les
mêmes chaussures que cette première rencontre. Elle
releva ses cheveux de la même façon, se maquilla de la
même manière.
Elle déposa sur la petite table en verre deux coupes à
champagne. La bouteille attendait d’être ouverte dans le
réfrigérateur mis à disposition des clients. Elle tira les épais
rideaux bleus. Elle alluma quelques bougies vanillées et
enfin, lança la playlist utilisée lors de leur dernier tête-à-tête.
Elle bloqua la porte avec sa basket, l’entrebâillant de
quelques centimètres.
Une fois tout calé, il ne lui restait que 20 minutes à
patienter. Elle s’installa alors sur le fauteuil bleu et prit une
pause gracieuse, jambes croisées, mains reposées
délicatement sur ses cuisses. Elle positionna le masque noir
sur ses yeux. Un frisson la parcourut. L’émotion ?
L’appréhension ? L’excitation ? Sa respiration s’accéléra
légèrement quand elle entendit des pas approcher. Elle la
contrôla et prêta l’oreille. La porte s’ouvrit. Son cœur battait
la chamade. Et le sien aussi… Hugo la découvrit dans toute
sa splendeur. Il prit le temps de la regarder, les mains
tremblantes, la bouche sèche. Elle souriait.
Il quitta ses chaussures sans faire de bruit. Sans un mot,
il se dirigea vers son amante, magnifique, un port de cou
altier, une allure divine et diablement excitante à la fois. Une
fois à sa hauteur, il lui saisit la main pour l’inviter à se lever.
Son parfum se mélangea au sien. La chaleur intense de sa
peau irradia la sienne. Sa bouche rencontra la sienne. Et
seuls leurs corps s’exprimèrent toute la nuit…

153
Quelques semaines plus tard…

Annabelle plia minutieusement quelques robes légères


encore de saison. Elle désirait profiter du soleil du sud avec
l’espoir de gouter à la mer dès son arrivée. Elle vérifia une
dernière fois le contenu de sa valise avant de refermer. Elle
n’avait rien oublié et au pire, elle complèterait sur place.
Simon s’était déjà envolé pour Bordeaux le vendredi
matin pour une audience de travail. Il passerait le week-end
là-bas afin d’assurer une deuxième réunion le lundi. Il en
profiterait lui aussi pour savourer les délices de l’océan, un
peu plus frais cependant. Il logeait chez un collègue dont les
idées de fêtes ne manquaient jamais.
Avant de se quitter, Annabelle eut envie de se confier sur
les derniers évènements qu’elle gardait encore secrets.
Soucieuse de son honnêteté envers son mari, elle
s’approcha de lui tendrement.
- Simon, je souhaiterais te parler de quelque chose
avant que nous nous séparions pour le week-end. Je
voulais que tu saches…
Il ne lui laissa guère le temps d’achever sa phrase et
l’enlaça d’un désir puissant et immuable.
- Mon amour. Profite de ces 3 jours au soleil
méditerranéen avec Véronique. Amuse-toi et surtout,
entretiens ton jardin secret. Je t’aime et tu m’aimes.
Rien d’autre ne compte.
Surprise, Annabelle se tut. L’attitude de Simon lui apparut
différente. Elle perçut une bienveillance nouvelle, plus
entière, plus inconditionnelle. Oui, c’était bien cela qu’elle
ressentait. L’amour inconditionnel de Simon envers elle. Les
larmes lui montèrent aux yeux, car à cet instant, tout
s’éclaircit…

154
Hugo prépara quelques affaires à la volée. Il prit son sac
et le jeta dans sa voiture. Ce premier week-end avec
Annabelle le comblait. Il avait choisi de l’emmener sur la côte
méditerranéenne, l’arrière-saison y étant plus que douce et
agréable. Cet été indien plantait un décor des plus
romantiques. Il désirait que tout soit parfait, même s’il savait
pertinemment que leur seule occupation se passerait sous
les draps. Mais Annabelle, très gourmande, apprécierait les
quelques restaurants retenus.
Il lui envoya un SMS pour lui signifier qu’il partait et serait
sur le point de rendez-vous 1 heure après. Et pour légitimer
ce qu’il s’apprêtait à vivre, il ouvrit le dernier message
mémorisé.
« Hugo. J’ai mis du temps à t’écrire, mais je crois que
c’est le moment pour moi de m’exprimer.
Tout d’abord, sache que je t’estime beaucoup et que j’ai
une grande confiance en toi. Je compte donc sur toi pour
que ce message reste entre nous.
Je n’irai pas par quatre chemins. Annabelle est
amoureuse de toi et je pense que tu l’es également. C’est
ainsi. On n’y peut rien. Personne ne s’y attendait. Je crois
que ce serait idiot de le nier. Depuis mai, elle est triste. Elle
essaie bien de passer à autre chose, mais je sais qu’elle n’y
arrive pas. Non seulement je l’ai compris, mais accepté. Et
je suis persuadé aussi que son équilibre passe par nous
deux, enfin nous trois. Mais les règles vont changer, si tu les
acceptes.
Je te propose ma femme… je te demande de revenir vers
elle, de l’aimer, d’en prendre soin, de la combler, de la faire
rire, de l’émouvoir, de la faire jouir… quand l’occasion se
présentera. Je te donnerai des infos en temps voulu sur mes
absences professionnelles qui deviendront assez
régulières. Je t’informerai des astuces à souffler à Annabelle
pour que vous puissiez vous retrouver.
Peut-être vas-tu trouver ça dingue ? Je te confirme. Ça
l’est. Mais je le fais par amour pour elle. Je n’ai pas de doute
quant au sien pour moi. Elle nous aime tous les deux, pour
des raisons différentes, car nous sommes différents.

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Je ne ressens aucune frustration, aucune jalousie.
Si tu acceptes, je t’implore seulement de ne pas l’être non
plus et de concevoir, à ton tour, qu’elle ne t’appartienne pas.
Annabelle est une belle âme libre, qui ne demande qu’à
aimer et à être aimée…
Ton complice et ami, Simon… ».

« Écrire, c’est confier sa voix à la vérité d’un silence »

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