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Gestion Conservatoire de l'Eau et des Sols

Ce document introduit la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols (GCES). Il présente les progrès réalisés dans la compréhension des processus d'érosion et de dégradation des sols. L'auteur propose une approche plus constructive pour aider les communautés rurales à lutter contre la dégradation des terres de manière durable.

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Thèmes abordés

  • Économie de l'agriculture,
  • Changements climatiques,
  • Éducation environnementale,
  • Pollution des eaux,
  • Érosion mécanique,
  • Régions méditerranéennes,
  • Développement durable,
  • Systèmes de culture,
  • Techniques de fertilisation,
  • Régions tropicales
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Gestion Conservatoire de l'Eau et des Sols

Ce document introduit la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols (GCES). Il présente les progrès réalisés dans la compréhension des processus d'érosion et de dégradation des sols. L'auteur propose une approche plus constructive pour aider les communautés rurales à lutter contre la dégradation des terres de manière durable.

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  • Économie de l'agriculture,
  • Changements climatiques,
  • Éducation environnementale,
  • Pollution des eaux,
  • Érosion mécanique,
  • Régions méditerranéennes,
  • Développement durable,
  • Systèmes de culture,
  • Techniques de fertilisation,
  • Régions tropicales

Introduction à la gestion

conservatoire de l'eau,
de la biomasse et de
la fertilité des sols
(GCES)
Introduction à la gestion BULLETIN
PÉDOLOGIQUE
DE LA FAO
conservatoire de l'eau,
de la biomasse et de 70
la fertilité des sols
(GCES)

par
Eric Roose
Directeur de recherche en pédologie
Centre ORSrOM
Montpellier, France

Service des sols - ressources, aménagement et conservation


Division de la mise en valeur des terres et des eaux, FAO

Organisation
des
Nations
Unies
pour
l'alimentation
et
l'agriculture

Réimpression réalisée avec la contribution de J'IRD (ex-OR8TOM - Montpellier, France) 1999 Rome, 1994

J
Réimpression 1999

Les appellations employées dans cette publication et la présentation


des données qui y figurent n'impliquent de la part de l'Organisation
des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture aucune prise
de position quant au statut juridique des pays, territoires, villes ou
zones, ou de leurs autorités, ni quant au tracé de leurs frontières
ou limites.

M-57
ISBN 92-5-203451-X

Tous droits réservés. Aucune partie de cette publication ne peut être reproduite,
mise en mémoire dans un système de recherche documentaire ni transmise
sous quelque forme ou par quelque procédéque ce soit: électronique, mécanique,
par photocopie ou autre, sans autorisation préalable du détenteur des droits
d'auteur. Toute demande d'autorisation devra être adressée au Directeur de la
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l'agriculture, Viale delle Terme di Caracalla, 00100 Rome, Italie, et comporter des
indications précises relatives à l'objet et à l'étendue de la reproduction.

© FAO 1994
Préface

Depuis BENNET (1939), le père de la Conservation des Sols, une multitude de manuels
concernant la lutte antiérosive ont été publiés dans le monde. La majorité de ces ouvrages
sont rédigés en langue anglaise ou espagnole et relatent l'expérience des praticiens, les
principes techniques à respecter, les méthodes mécaniques (et parfois biologiques) à mettre
en oeuvre et donnent une série de recettes pratiques appliquées avec plus ou moins de succès
dans une région donnée. Rares sont les auteurs qui, après avoir constaté sur le terrain le peu
d'efficacité des méthodes généralement proposées, acceptent de remettre en cause les
principes de lutte antiérosive développés jadis par Bennet dans des conditions écologiques et
socio-économiques bien précises: les grandes cultures mécanisées peu couvrantes (arachide,
coton, tabac, cérales) introduites par les immigrés européens dans la grande plaine semi-aride
des Etats-Unis d'Amérique, à l'époque de la crise économique de 1930. Son approche de la
conservation des sols (basée sur l'évacuation hors des champs cultivés des eaux de
ruissellement dans des canaux à faible pente vers des exutoires aménagés) a ensuite été
appliquée sans vérification dans des circonstances très différentes (par ex. chez les petits
paysans survivant sur les montagnes tropicales) ... avec le peu de succès que l'on sait.

Or, depuis Bennet, la Science a fait des progrès considérables.

D'une part, on a découvert que l'énergie cinétique des gouttes de pluie peut être à
l'origine de la dégradation des sols cultivés. Par conséquent, on peut réduire les risques de
ruissellement et d'érosion en introduisant des systèmes de production couvrant mieux le sol
(Ellison, 1944 ; Stallings, 1953 ; Wischmeier et Smith, 1960-78 ; Hudson, 1973 ; Roose,
1977, etc ... ).

D'autre part, on s'est rendu compte que les processus de dégradation des sols et
d'érosion sont nombreux, leurs causes variées et les facteurs modifiant leur expression sont
multiples et parfois contradictoires. En soignant l'érosion en nappe, on a quelquefois
augmenté les risques de glissement de terrain (cas des marnes).

Enfin, on analyse mieux la diversité des paysages physiques et les conditions


socio-économiques de l'efficacité des méthodes antiérosives. On ne traite pas de la même
façon les crises érosives des grands propriétaires progressifs des zones tempérées et les
problèmes de survie d'une population pauvre et nombreuse accrochée sur des pentes
tropicales.

On ne peut donc plus se contenter de décrire des recettes qui ont donné de bons résultats
quelque part. .. Il faut apprendre à évaluer la diversité des situations et à jouer avec les forces
de la nature plutôt que de tenter de s'y opposer: modifier progressivement l'allure d'un
versant en ralentissant les nappes de ruissellement et en orientant les travaux culturaux pour
aboutir à des terrasses progressives, plutôt que de saigner la montagne à l'aide de bulldozers
puissants pour créer rapidement des structures, souvent instables et coûteuses à entretenir.

Dans cet ouvrage, l'auteur voudrait rappeler aux agronomes que la lutte antiérosive n'est
pas seulement l'affaire de spécialistes que l'on charge de restaurer les terres déjà dégradées
par une exploitation minière productiviste : il faudra désormais intégrer le point de vue de
l'aménagiste, gestionnaire de l'eau et de la fertilité des sols, lors de la mise au point de
iv

systèmes de culture à la fois rentables et durables, sans danger pour l'environnement rural
et urbain.

Depuis les années 1980, de nombreuses critiques se sont élevées pour dénoncer les
échecs observés dans la majorité des programmes intégrant la lutte antiérosive. On admet
aujourd'hui qu'il existe deux domaines dans la lutte antiérosive.

Le domaine de l'Etat, qui réagit aux catastrophes et délègue ses ingemeurs pour
maîtriser les glissements de terrain, corriger les torrents, reforester les montagnes, aménager
les rivières qui menacent les ouvrages d'art, les voies de circulation, les zones habitées, les
aménagements hydrauliques, l'envasement des barrages. Pour l'intérêt public, les
représentants du pouvoir central imposent des équipements hydrauliques en milieu rural. C'est
coûteux, cela ne plaît pas aux paysans, mais c'est indispensable pour contrôler la qualité des
eaux (logique aval) et seul l'Etat est capable d'assurer ces travaux mécaniques importants.

Le domaine paysan de la protection des terres (logique amont) que seule la communauté
rurale peut maîtriser à condition qu'on l'aide à poser les bons diagnostics sur l'origine de la
crise érosive et les moyens les mieux adaptés afin d'améliorer à la fois la protection du
milieu, la production de la biomasse, et son niveau de vie.

C'est essentiellement dans ce dernier domaine, celui de la gestion conservatoire des


eaux de surface, de la biomasse et de la fertilité du sol, GCES ou land husbandry des
anglophones (Shaxson et al., 1987 ; Hudson, 1992), que cet ouvrage voudrait faire le point
des connaissances en faisant surtout appel aux travaux de recherche des pédologues,
agronomes et géographes francophones, en particulier de l'ORSTOM et du CIRAD, ayant
travaillé principalement en Afrique où les problèmes évoluent plus vite qu'en Europe. Les
travaux des anglophones dans ce domaine sont déjà connus par aiI1eurs (Wischmeier et Smith,
1978 ; Hudson, 1992).

L'auteur présente un point de vue personnel et provocateur: une approche nouvelle et


plus constructive des problèmes posés aux paysans dans leur lutte contre la dégradation de
leurs terres. Ce n'est pas un manuel qui présente des recettes à appliquer en face de chaque
problème d'érosion, mais un ouvrage permettant aux chercheurs, formateurs et agronomes
de terrain, de découvrir la diversité des situations, de poser un diagnostic sur l'origine des
crises et de proposer une palette de solutions techniques dans laquelle une petite communauté
rurale (une famille, un quartier, un village, un versant, une colline ou un microbassin
versant) pourra choisir le paquet technologique répondant le mieux à ses problèmes. On
trouvera ailleurs des exposés plus pédagogiques pour former les animateurs ruraux (Dupriez
et De Leener, 1990 ; Inades, 1989) et des manuels plus techniques pour la correction
torrentielle et les glissements de terrain (Heusch, 1988, documentation Cemagref) ou sur la
fertilisation des sols (Piéri, 1989).

Ce document a servi de base pendant 8 ans à la formation en "GCES, en tant


qu'instrument de la gestion de terroir" pour 700 ingénieurs agronomes ou forestiers du
CNEARC et de l'ENGREF à Montpellier (France), de l'ENDHA en Haïti, ainsi que pour
50 techniciens supérieurs en hydraulique de l'ETSHER à Ouagadougou (Burkina Faso). Nous
espérons qu'il pourra s'enrichir de vos remarques et de nouvelles expériences au cours des
éditions futures. Il aura atteint son objectif s'il permet à un grand nombre d'aménagistes et
d'agronomes de trouver des éléments de réflexion pour développer des systèmes agraires
intensifs et durables bien adaptés à la diversité des situations écologiques et
socio-économiques locales.
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau. de la biomasse et de la fertilité des sols v

Table des matières

Page

Préface III

INTRODUCTION 1

PREMIERE PARTIE: LES STRATEGIES DE LUTTE ANTIEROSIVE Il


ET LE CONCEPT DE LA GCES

1. DEFINITIONS: LES MOTS CACHENT UNE PHILOSOPHIE 13

L'érosion 13
La tolérance en perte de sol 13
La discontinuité de l'érosion dans J'espace: différents acteurs, deux logiques 15
La variabilité de l'érosion dans le temps 16
La dégradation des sols 19
Les termes du bilan hydrique 21

2. EVOLUTION HISTORIQUE DES STRATEGIES DE LUTTE ANTIEROSIVE 23

L'érosion des sols et la densité de la population 25


Les stratégies traditionnelles de lutte antiérosive 26
Les stratégies modernes d'équipement hydraulique des campagnes 27
La gestion conservatoire de J'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 29

3. QUELQUES ASPECTS SOCIO-ECONOMIQUES DE L'EROSION 45

La diversité des crises érosives 45


Qui s'intéresse à la lutte antiérosive ? 48
L'importance des averses exceptionnelles 49
L'impact de l'érosion dans différentes régions 51
Les conséquences de J'érosion sur le site érodé: les pertes de productivité 53
Les conséquences de J'érosion en aval: les nuisances 67
La rationalité économique de la GCES 69
Les critères de succès des projets de conservation des sols 72
Etude de cas au Maroc: analyse socio-économique de la LAE dans
le bassin du Loukkos 76
vi

Page

DEUXIEME PARTIE: LA LUTTE ANTIEROSIVE EN FONCTION DES 83


DIFFERENTS PROCESSUS D'EROSION

4. L'EROSION MECANIQUE SECHE 85

Définition, formes, processus 85


Les facteurs 85
Méthodes de lutte antiérosive 86

5. L'EROSION EN NAPPE OU LE STADE INITIAL DE L'EROSION 89


HYDRIQUE

Les formes et les symptômes de l'érosion en nappe 89


La cause et les processus d'érosion en nappe 91
Le modèle empirique de perte en terre de Wischmeier et Smith (USLE) 97
L'érodibilité des sols 101
Le facteur topographique 105
Les effets du couvert végétal 117
L'influence des techniques culturales 145
Les stratégies de lutte antiérosive 164
Les pratiques antiérosives 167
Le facteur P dans l'équation de Wischmeier 177
Les structures antiérosives en relation avec les modes de gestion de l'eau 178
La variabilité des facteurs de l'érosion 212
Conclusions sur l'applicabilité du modèle USLE en Afrique 214
La pratique du modèle de prévision de l'érosion de Wischmeier 216

6. L'EROSION LINEAIRE 219

Les formes d'érosion linéaire 219


La cause et les processus de l'érosion linéaire 221
Les facteurs du ruissellement 225
La lutte contre le ruissellement et l'érosion linéaire 228
Valorisation des aménagements de ravine 233

7. L'EROSION EN MASSE 237

Les formes d'érosion en masse 237


Les causes et les processus des mouvements de masse 239
Les facteurs de risque de glissement de terrain 241
La lutte contre les mouvements de masse 241
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de lajertilité des sols vii

Page

8. L'EROSION EOLIENNE 245

Les processus 245


Les formes des édifices éoliens 247
Les effets de l'érosion éolienne 248
Les facteurs modifiant l'importance de l'érosion éolienne 248
La lutte contre l'érosion éolienne 249 .

TROISIEME PARTIE: ETUDES DE CAS 271

9. DIVERSITE DES STRATEGIES DE LUTTE ANTIEROSIVE EN AFRIQUE 275


OCCIDENTALE; DE LA FORET SUBEQUATORIALE AUX SAVANES
SOUDA NO-SAHELIENNES

Lutte antiérosive en zone forestière subéquatoriale :


Zone d'Abidjan en Basse Côte d'Ivoire 276
Lutte antiérosive en milieu tropical humide dans les savanes
soudanaises de Korhogo (nord Côte d'Ivoire) 279
Lutte antiérosive en milieu tropical de savane dans la région
de Koutiala au Mali : agriculture pluviale sensu stricto 282
Lutte antiérosive dans les savanes soudano-sahéliennes de la région
de Ouahigouya (nord-ouest Burkina Faso) : agriculture sous impluvium 284
Lutte antiérosive dans la zone nord-sahélienne aux alentours de la Mare
de Dori (Burkina Faso) : cultures localisées dans les bas-fonds (valley farming) 287

10. EVOLUTION DU BOCAGE BAMILEKE 293

Problématique 293
Diagnostic: des milieux relativement fragiles 293
Des techniques traditionnelles efficaces 297
Les risques 301
Propositions d'amélioration 303

Il. L'AGROFORESTERIE, LA FERTILISATION MINERALE ET LA GCES 309


AU RWANDA

Problématique 309
Diagnostic du milieu 311
Les méthodes traditionnelles 315
Propositions pour la gestion des eaux de surface 317
Propositions pour la gestion de la fertilité des sols 320
viii

Page

12. UNE NOUVELLE APPROCHE DE LUTTE ANTIEROSIVE EN HAITI 327

Problématique 327
Diagnostic du milieu 333
Les stratégies traditiOIUlelles paysannes et leurs limites 336
Les actions d'améliorations engagées 343

13. L'EROSION AGRICOLE DANS LES ANDES DE L'EQUATEUR 353

Problématique 353
L'érosion des sols: diagnostic et origine 353
Les risques: l'impact de l'érosion en milieu agricole 355
Propositions d'améliorations 361

14. MONTAGNE MEDITERRANEENNE EN ALGERIE 363

Problématique 363
Diagnostic : les conditions expérimentales 365
Les risques 367
Propositions d'améliorations: influence du système cultural 369

15. LE PAYS DE CAUX, REGION TEMPEREE DE GRANDE CULTURE 371


DU NORD-OUEST DE LA FRANCE

Problématique 371
Diagnostic du milieu 373
Les risques : processus et dégâts 373
Solutions et démarches adoptées 375

PERSPECTIVES 381

La GCES, une nouvelle philosophie 383


La GCES, une stratégie d'action 384

BIBLIOGRAPHIE 387
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols ix

Liste des figures

Page

1. Discontinuité des problèmes d'érosion dans l'espace: diversité des logiques


et des acteu rs 14
2. Nature des problèmes: le déséquilibre du milieu "aménagé" entraîne la dégradation
des sols, puis l'érosion l'accélère 18
3. Bilan hydrique 22
4. Relation entre la densité de la population, l'érosion, le système de culture,
le système d'élevage et la gestion de la fertilité 24
5. Le Zaï : méthode traditionnelle de restauration des sols 40
6. Influence de l'érosion cumulée sur la productivité de sols de différents niveaux
de fertilité 54
7. La sélectivité, danger de l'érosion en nappe 58
8. Schéma de bilan hydrique pour la région soudano-sahélienne de
Ouagadougou (Burkina Faso) 60
9. Evolution du bilan hydrique sous végétation naturelle en fonction du climat 62
10. Rendement en maïs grain pour différentes épaisseurs de décaptage et trois niveau
d'apport azoté (station IITA d'Ibadan) 64
II. Production de maïs grain en fonction du niveau de décapage mécanique et de la
fertilisation minérale en vue de la restauration de la productivité 64
12. Effet de l'érosion cumulée ou du décapage du sol sur leur potentiel de production 70
13. Perte de production en fonction de l'érosion cumulée 78
14. Le coût aval de l'augmentation du rythme de l'envasement 80
15. Schéma des croûtes d'érosion, des croûtes sédimentaires 90
16. Energie cinétique des pluies en fonction de leur intensité et des régions d'observation 90
17. Esquisse de la répartition de l'indice d'agressivité climatique annuel moyen
en Afrique de l'Ouest et du Centre - Situation des parcelles d'érosion 94
18. Courbes intensité/durée pour des averses de fréquence connue en chaque point,
an Afrique Occidentale 96
19. Diagramme de Hjulstrom 100
20. Erodibilité des sols tunisiens testés au simulateur de pluies 102
21. Nomographe permettant une évaluation rapide du facteur "K" d'érodibilité des sols 104
22. Facteur topographique 110
23. Effet de la longueur de pente en trois sites plus ou moins sensibles à l'érosion
en rigoles 114
24. Divers formules liant l'espacement entre les structures antiérosives et l'inclinaison
des pentes en fonction des pays d'application 115
25. Evolution du couvert végétal de différentes cultures au cours de l'année 120
26. L'érosion est fonction de la hauteur du couvert végétal au-dessus du sol 124
27. Effet combiné d'une litière et d'une canopée lorsque la hauteur moyenne de chute
des gouttes de pluie ne dépasse pas 1 mètre 124
28. Effet de divers traitements antiérosifs de la vigne du Beaujolais (Pommier, France)
sur le ruissellement, l'érosion et la qualité du vin 126
29. Evolution du ruissellement en fonction de l'état de surface du sol et des
techniques culturales sous une averse simulée de 62 m/h pendant 2 heures 150
30. La lame ruisselée = une fonction du lit de semence de maïs à Beaumont/Dème 154
x

Page

31. Orientation du billonnage en fonction de la pente du terrain 160


32. Orientation des billons en montagne (Pérou et Cameroun) en fonction des risques
d'averses 161
33. Tabias et déversoirs 180
34. Profil d'une tabia et de son jesser 180
35. Aménagement de l'espace rural maghrébin en fonction des facteurs hydrogéologiques 181
36. Classification des systèmes hydrauliques traditionnels en fonction des climats 182
37. Collecte et stockage du ruissellement sur versant semi-aride 183
38. Citerne et parcelle servant à tester l'irrigation contre-aléatoire d'un jardin 184
39. Agriculture sous impluvium: site expérimental de Bossomboré (Ziga, près de
Ouahigouya, Burkina Faso) 186
40. Plan d'un micro-bassin 187
41. Aménagement d'une parcelle en planches drainées par un sillon vers un exutoire
enherbé et une citerne sur un vertisol du Centre ICRlSAT de Hyderabad 188
42. Fossés aveugles avec talus amont enherbé 189
43. Gradin ou terrasse méditerranéenne ou encore terrasse radicale 190
44. (a) Microterrasses en escalier ; (b) terrasses discontinues en gradins forestiers 192
45. Diverses structures de diversion du ruissellement 194
46. La diversion des eaux de ruissellement: principes, pratique et inconvénients 195
47. Modèle évolutif de structure antiérosive perméable en vue de la dissipation
de l'énergie du ruissellement 200
48. Exemples de micro-barrages perméables en milieu semi-aride 202
49. Plan d'ensemble du dispositif expérimental de Bidi (Burkina Faso) 208
50. Comparaison des ruissellements : parcelle témoin/parcelle aménagée. Pluies standards 209
51 . Comparaison des ruissellements : parcelles témoin/parcelles aménagées en fonction
de l'agressivité des pluies 209
52. Digue filtrante ou semi-filtrante 210
53. Les formes d'érosion linéaire 220
54. Naissance du ruissellement: trois théories 222
55. Différents types de seuils perméables peu coûteux souples, faciles à monter
avec des matériaux produits localement 234
56. Différentes formes d'érosion en masse 238
57. Glissement rotationel en coups de cuillère 240
58. Trois processus d'érosion éolienne: suspension, saltation, traction 246
59. (a) Influence d'un brise-vent sur le vent: (b) Influence d'un brise-vent
sur la production en grain d'une céréale 250
60. Lutte antiérosive en milieu guinéen forestière subéquatorial: ex. région d'Abidjan 278
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols xi

Page

61. Schéma d'aménagement d'un terroir granitique du pays Sénoufo (Korhogo) :


exemple d'agriculture exigeant un drainage en zone soudanienne 280
62. Schéma d'aménagement d'un versant en pays Minianka ; exemple d'agriculture
pluviale au sens strict (rainfed farming) 284
63. Schéma d'aménagement d'un terroir granitique du Plateau Mossi; agriculture
sous impluvium (runoff farming) 286
64. Schéma d'aménagement d'un terroir sahélien: exemple d'un système agropastoral
où l'agriculture intensive est limitée à la vallée 288
65. Relief et distribution spatiale de la pluviosité 294
66. Géologie et répartition spatiale de la population 296
67. Organisation traditionnelle de l'espace (fragment agrandi d'un quartier
du plateau granitique) 298
68. Orientation et disposition des billons sur une parcelle 300
69. Quelques aménagements antiérosives à réaliser 304
70. Carte des zones agroécologiques du Rwanda en fonction de l'altitude et des populations 310
71. Six processus aboutissent à la dégradation du milieu rural 314
72. Evolution des terrasses progressives en terrasses horizontales.
Proposition du projet CIGAND 318
73. Influence des trois haies vives de Leucaena leucocephale et Calliandra calothyrsus
sur le ruissellement annuel moyen, l'érosion, la production de biomasse de la haie
et les récoltes des deux saisons culturales à la station ISAR de Rubona (Rwanda)
sur une pente de 27 % et un sol ferralitique acide 322
74. Les risques d'érosion et les propositions d'aménagement des collines
granito-gneissiques du Rwanda 326
75. Carte d'Haïti 330
76. Coupe agro-écologique schématique du transect 332
77. Types de jardin, transferts de fertilité et fonnes de boisement 338
78. Confection d'une butte avec concentration de la matière organique 339
79. Réalisation de billons trop longs 340
80. Système de rampes de paille 340
81. Erosion anthropique: travail du sol sur versant 342
82. Types d'aménagement et principales actions de développement réalisés dans les
sous-unités agro-écologiques du transect 344
83. Erosion et conservation des sols en Equateur (Projet DNA-ORSTOM) 356
84. Schéma et processus simplifié de l'érosion en Haute-Normandie 372
85. Parcellaire et processus d'érosion du bassin versant de Bourg-Dun (France) 374
86. Aménagement hydraulique du bassin de Bourg-Dun (France) 376
xii

Liste des tableaux

Page

1. Recouvrement des sols dégradés à l'abri du pâturage 38


2. Ruissellement dans les bassins-versants de Manankazo (Madagascar) 50
3. Pertes sélectives par érosion en nappe sur une pente de 7 % à Adiopodoumé
en fonction du couvert végétal (Côte d'Ivoire) 56
4. Schéma de bilan hydrique moyen pour la région de Ouagadougou, savane
soudano-sahélienne 60
5. Trois niveaux de fertilisation sur des sols dégradés 66
6. Coût de l'érosion agricole en DH/ha/an pour rotation "céréale-jachère pâturée"
sur des pentes moyennes 78
7. Coût de l'envasement 81
8. Les formes de dégradation et d'érosion, leurs causes, les facteurs de résistance
du milieu ainsi que leurs conséquences sont très variées 84
9. Influence de la saison, de l'intensité maximum en 30 minutes, et des pluies de
la décade précédente sur l'érosion et le ruissellement provoqués par des pluies
de hauteur voisine sur un sol nu et un sol couvert 92
10. Effet de la pente sur le ruissellement et l'érosion à Séfa au Sénégal 106
Il. Ruissellement et érosion sur sol nu et ananas en fonction des résidus du culture 108
12. Erosion et ruissellement en fonction des pentes sous forêt, culture et sol nu
au Centre ORSTOM d'Adiopodoumé (Basse Côte d'Ivoire) 108
13. Erosion et ruissellement à Adiopodoumé (Côte d'Ivoire) en fonction du couvert
végétal, des techniques culturales et de la pente 118
14. Protection antiérosive de trois plantes fourragères après la fauche 120
15. Influence du développement d'une plante de couverture sous cultures arbustives
sur la protection antiérosive du sol 122
16. Influence de l'intensification de la production sur le ruissellement et l'érosion 125
17. Effet du feu de brousse sur le ruissellement d'une parcelle (Gonse : 1967-1973) 143
18. Influence de la protection intégrale sur le ruissellement mesuré sous deux
jachères (Saria, Burkina Faso) 144
19. Effet d'un labour à la houe (Adiopodoumé, p = 7 %) 146
20. Influence d'un labour suivi d'un hersage sur le ruissellement, l'érosion et la
turbidité sur des parcelles nues (Adiopodoumé ; campagne 1971) 146
21. Réaction à la pluie en fonction du mode de préparation d'un sol nu ferralitique
gravillonnaire : CIRAD-Bouaké 146
22. Influence du nombre et du type de préparation du lit de semence sur un sol brun,
limoneux battant, lessivé à Campagne/Hesdin, France 151
23. Influence du système de culture sur la dégradation des sols et le ruissellement
lors d'une averse de 33 mm en une heure durant l'hiver 152
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la bio/1Ulsse et de la fertilité des sols xiii

Page

24. Effet des techniques culturales sur le ruissellement et l'érosion (provoquées par
des averses de 40 rrun en 1 heure simulées sur des lits de semence de maïs sur
terrefort d'un côteau de Lauragais 153
25. Efficacité des systèmes du culture et des pratiques antiérosives étudiées au Brésil 156
26. Erosion, ruissellement et rendements en fonction des techniques
de préparation du sol 156
27. Effet d'un buttage sur un sol presque ne (pente de 7 % ; Adiopodoumé, 1956) 158
28. Effets d'un billonnage cloisonné isohypse sur un sol sableux de Basse Côte d'Ivoire
sous culture d'ananas 158
29. Facteur couvert végétal et techniques culturales pour diverses cultures en
Afrique occidentale 162
30. Facteur couvert végétal en Tunisie 162
31. Techniques culturales et structures antiérosives en fonction du mode de gestion
des eaux de surface 166
32. Effet d'un mulch plastique sur sol nu et Panicum, sur l'érosion et
sur le ruissellement 174
33. Le facteur "pratiques antiérosives P" dans le modèle de prévision de l'érosion
en nappe de Wischmeier et Smith 176 .
34. Faible efficacité sur le ruissellement,l'érosion et les rendements de diverses
cultures, des bourrelets de diversion et d'un système intensive motorisé de
préparation d'un sol ferrugineux peu profond sur nappe gravillonnaire.
Gampela à 25 km de Ouagoudougou (Burkina Faso) 196
35. Influence des bandes d'arrêts et du travail du sol suivant les courbes de niveau
en zone tropicale humide et sèche (expérimentations en parcelles d'érosion) 198
36. Effet sur l'érosion des haies vives en graminées (Setaria) ou en arbustes
(Leucaena ou Calliandra) (sur la colline de Ruhande près de Butare au Rwanda 198
37. Expérimentation sur l'effet des cordons pierreux et du travail du sol sur le
ruissellement, l'érosion et les rendements en mil à la station de Bidi
(Samniweogo), nord Yatenga, Burkina Faso 206
38. Estimation des méthodes antiérosives à mettre en oeuvre pour réduire
l'érosion à une valeur tolérable 216
39. Variabilité des conditions écologiques sur un transect bioclimatiques d'Afrique
occidentale - diversité des propositions d'aménagement 290
40. Erosion et ruissellement sur petites parcelles au Rwanda et au Burundi 312
41. Exigence en NPK, chaux et fumier,propre à chaque culture sur les sols
ferralitiques acides du Rwanda 323
xiv

Page

42. Choix des espèces utilisées en fonction des facteurs agro-écologiques et des
types de structures 348
43. La structure agraire en Equateur de 1954 à 1985 : nombre d'exploitations et
superficie occupée 354
44. Pertes en terre sur les parcelles de 50 m2 (période 1981-84 et année 1982) 358
45. Perte en terre et pluviomètre annuelles sur les parcelles de 100 m 2 358
46. Evolution de la production agricole dans la Sierra de 1970 à 1985 360
47. Méthodes de conservation testées sur les parcelles améliorées de 1000 m2 360
48. Ruissellement, érosion, rendements pour les 15 parcelles d'érosion de la station
INRF de Ouzera, Algérie 366
49. Influence du type de sol et de la pente sur le ruissellement et l'érosion
sur des jachères nues 368
50. Effet de l'amélioration des pratiques culturales sur le ruissellement, l'érosion
et sur les revenus nets 368
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols xv

Liste des planches photographiques

Page

1. Erosion en nappe 127


2. Erodibilité des sols 128
3. Dégradation des sols 129
4. Effets du feu 130
5. Dé frichement motorisé 131
6. Reforestation en zone soudano-sahélienne 132
7. Reforestation en zone soudano-sahélienne 133
d. DRS 134
9. DRS 135
10. Structures antiérosives en zone soudano-sahélienne 136
Il. Structures antiérosives en zone de montagne 137
12. Mouvements de masse 138
13 . Ravinement 139
14. Traitement des ravines 140
15. Traitement des ravines 141
16. Erosion éolienne 142
17. Travail du sol 255
18. Agroforesterie 256
19. Agroforesterie 257
20. Haïti 258
21. Haïti 259
22. Equateur 260
23. Algérie 261
24. GCES 262
25. GCES 263
26. Gestion de l'eau 264
27. Gestion de l'eau 265
28. Gestion de la biomasse 266
29. Gestion de la biomasse 267
30. Elevage 268
31. Elevage 269
32. Rwanda 270
xvi

Liste des acronymes

AREAS Association Régionale par l'Etude et l'Amélioration des Sols


CEE Communauté Economique Européenne
CEMAGREF Centre national du Machinisme Agricole, du Génie Rural, des Eaux et
Forêts
CES Conservation de l'Eau et des Sols
CIRAD Centre International de Recherche en Agronomie en vue du
Développement
CNEARC Centre National d'Etudes en Agronomie des Régions Chaudes
CTFT Centre Technique Forestier Tropical (CIRAD)
DRS Défense et Restauration des Sols
DRSPR Division de la Recherche sur les Systèmes de Production Rurale de
l'Institut d'Economie Rurale de Bamako (Mali)
ENGREF Ecole Nationale du Génie Rural et des Eaux et Forêts
ESAT Ecole Supérieure d'Agronomie Tropicale
ETSHER Ecole de Techniciens Supérieurs en Hydraulique Rurale
GCES Gestion Conservatoire de l'Eau, de la biomasse et de la fertilité des Sols
lITA International Institute of Tropical Agriculture
ICRAF International Center for Research in Agroforestry
ICRISAT International Crop Research Institute for the Semi Arid Tropics
INRA Institut National de la Recherche Agronomique (France)
INRF Institut National de Recherches Forestières (Algérie)
IRA Institut de Recherche Agronomique (Cameroun)
IRAZ Institut de Recherche Agronomique du Zaire
IRFA Institut Français de Recherche Fruitière outre-mer (CIRAD)
IRHO Institut de Recherche sur les Huiles et Oléagineux (CIRAD)
ISAR Institut Supérieure Agronomique du Rwanda
ISCO International Soil Conservation Organisation
ITCF Institut Technique des Céréales et des Fourrages (France)
LAE Lutte Anti Erosive
ONG Organisation Non Gouvernementale
ORSTOM Institut Français de Recherche Scientifique pour le Développement en
Coopération
RTM Restauration des terrains en Montagne
USDA United States Department of Agriculture
USLE Universal Soil Losses Equation (= Equation Universelle de Perte en Terre)
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols xvii

Remerciements

Je voudrais manifester ma reconnaissance tout d'abord à l'ORSTOM qui m'a encouragé à


valoriser les connaissances acquises depuis 30 ans par les chercheurs francophones dans le
domaine de la conservation des sols, l'économie de l'eau et la fertilisation.

Ensuite, je voudrais remercier MM Sanders et Griesbach du groupe de Conservation des


Sols de la FAO, des encouragements qu'ils m'ont prodigués tout au long de la mise au point
de cet ouvrage.

Une dizaine de collègues ont accepté de relire la première version du manuscrit: je les
remercie tout particuliènnent d'avoir su m'encourager à remettre l'ouvrage sur le métier pour
le compléter, le rectifier et le développer. Tous m'ont apporté des idées importantes:

Jacques Arrivets, agronome du CIRAD : ses réflexions sur l'objectif de cet ouvrage et
sa présentation ;
Christophe De Jaegher, jeune agronome en coopération au Pérou: des précisions sur les
techniques traditionnelles de préparation du sol au Pérou ;
Georges De Noni et Marc Viennot, mes camarades à l'ORSTOM : tout un chapitre sur
l'érosion sur les paysages andins de l'Equateur ;
Jean-Marie Fotsing, géographe camerounais, chargé de cours à l'Université de
Yaoundé: tout un chapitre sur le bocage Bamiléké;
Bernard Heusch, agronome: son immense expérience sur les problèmes de conservation
des sols dans le monde ;
Charles Lilin, forestier au Ministère de l'Environnement, un chapitre sur les aspects
sociologiques des crises d'érosion ;
Raymond Mura, forestier du CEMAGREF : son expérience sur la stratégie de la
restauration des terrains en montagne ;
Jean François Ouvry, agronome qui dirige une association régionale d'amélioration
foncière (AREAS), qui a rédigé une synthèse des travaux de toute une équipe de l'INRA
sur l'aménagement de terroirs de grande culture dans le nord de la France.
Chris Reij, géographe du CDCS de l'Université Libre d'Amsterdam : de nombreuses
idées sur les stratégies traditionnelles de gestion de l'eau et de conservation des sols;
Bernard Smolikowski, agronome en coopération et Michel Brochet, directeur de l'ESAT
à Montpellier : tout un chapitre sur Haïti ;
Christian Valentin, de l'üRSTüM, des précisions sur les organisations pelliculaires;
François Ségala, agronome, et Jean Claude Griesbach, géographe, fonctionnaires
techniques du service AGLS de la FAO : une critique constructive et un appui très
apprécié pour finaliser l'ouvrage.

Je voudrais également manifester ma reconnaissance vis-à-vis des jeunes chercheurs qui


mènent leurs travaux de thèse sous ma direction ou qui ont vérifié sur le terrain certaines
idées de la GCES, François Ndayizigiyé, Vincent Nyamulinda, et Léonard Sekayange au
xviii

Rwanda, Vincent Ngarambé et Théodomir Rishirumuhirwa au Burundi, Mourad Arabi,


Morsli Boutkhil, Mohammed Mazour, Rachid Chebbani et les autres collègues de l'équipe
érosion de l'INRF en Algérie, F.X. Masson, Djamel Boudjemline, Marie Antoinette
Raheliarisoa en France, Zachée Boli et Bep Aziem, agropédologues de l'IRA au Cameroun.

Je ne voudrais pas clore ces remerciements sans rappeler tout ce que je dois aux anciens
qui m'ont patiemment initié et orienté tout au long de ma carrière: en France, Bernard
Heusch, Frédéric Fournier, Claude Charreau et Georges Aubert; dans le monde anglophone,
Norman Hudson, Walter Wischmeier, Donald Meyer et William Moldenhauer.

Enfin, je remercie Mme Rigollet et Mme Smith-Redfern qui ont patiemment frappé,
corrigé et édité ce document, et M Mazzei qui a redessiné bien des figures.

La plupart des photographies sont tirées de la collection personnelle de l'auteur: les


autres sont signalées dans le texte: qu'ils trouvent ici notre gratitude pour leur collaboration.

Les idées n'appartiennent à personne. Elles sont le fruit d'une longue gestation du monde
et d'une rencontre entre des hommes et des conditions écologiques et socio-économiques. Que
tous ceux qui ont participé à ce long accouchement trouvent ici leur part de reconnaissance.
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols

INTRODUCTION
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 3

L'érosion façonne la Terre depuis qu'elle est émergée ... Et depuis plus de 7 000 ans,
l'homme s'acharne à lutter contre l'érosion pour protéger ses terres contre l'agressivité des
pluies et du ruissellement (Lowdermilk, 1953). On pourrait donc se demander s'il reste
encore quelque chose à découvrir pour la recherche ... et quelque chose à écrire qui n'ait pas
encore été dit !

Cependant, les études scientifiques sur l'érosion n'ont commencé qu'au début du 20ème
siècle; d'abord en Allemagne (Wollny), puis 40 ans plus tard, aux Etats Unis d'Amérique,
à l'époque de la grande crise économique. Le Gouvernement américain, poussé par l'opinion
publique affolée par les vents de sable obscurcissant le ciel en plein jour (Oust Bowl),
chargea Bennet de monter le fameux Service de COlt.,avation des Sols et de l'Eau américain
et une dizaine de stations expérimentales pour mesurer au champ, le ruissellement et les
transports solides. Il fallut encore attendre les années 1940 pour qu'un chercheur, confiné
dans son laboratoire alors que les bombes pleuvaient sur l'Europe, découvre que l'énergie
cinétique développée par la chute des gouttes de pluie était à l'origine de la dégradation de
la surface du sol, du ruissellement et d'une bonne partie de l'érosion observée sur les terres
cultivées (effet splash) (Ellison, 1944).

Ce n'est que dans les années 1950, après le Congrès de Madison de l'Association
Internationale de Science du Sol, que les méthodes américaines de mesure du ruissellement
et de l'érosion sur petites parcelles se sont répandues en Afrique francophone (F. Fournier)
et anglophone (N. W. Hudson), puis en Amérique latine, et plus récemment, en Asie et en
Europe.

L'Amérique avait donc 20 ans d'avance sur le reste du monde pour collecter des données
et développer un premier modèle empirique de prévision des pertes en terre à l'échelle de la
parcelle (Wischmeier et Smith, 1960 à 1978). La seule prétention de ce modèle (USLE) est
d'aider à la décision les ingénieurs qui doivent définir des systèmes de conservation des sols
pour des conditions particulières de sol, de climat, de topographie et de couvert végétal. Il
a déçu bien des chercheurs qui l'ont utilisé à tort, hors de son domaine de validité. Bien qu'il
soit apparu finalement que l'équation USLE ne soit pas universelle, mais que son application
est limitée là où l'énergie érosive ne provient pas seulement des pluies (mais aussi du
ruissellement comme en montagne et sur les sols riches en argiles gonflantes - ou de la
gravité en cas de glissement de terrain), ce modèle un peu dépassé, est encore de nos jours -
et pour longtemps - le seul suffisamment calibré pour être appliqué dans un grand nombre
de pays où le ruissellement est lié à la dégradation de la surface du sol. Il faudra encore une
douzaine d'années pour mettre au point les nouveaux modèles physiques et les calibrer pour
chaque région. Finalement, il n'est pas sûr qu'ils soient plus performants que les dernières
versions de l'USLE ... à condition qu'on reste dans son domaine d'application: l'érosion en
nappe.

Dans le domaine de la conservation des sols également, on s'est longtemps contenté


d'appliquer partout dans le monde, les méthodes développées aux Etats Unis, sans vérifier
localement leur efficacité. Cependant, ces dix dernières années, la prise en compte des
4 Introduction

facteurs climatiques, sociaux, démographiques et économiques, ainsi que de nouveaux


résultats expérimentaux, ont remis en cause les recettes décrites dans tous les manuels depuis
Bennet.

Il s'agit d'abord du taux croissant d'échec des projets de lutte antiérosive dans les pays
en voie de développement (Hudson, 1992) : les méthodes américaines ne s'appliquent pas
avec succès dans les pays tropicaux. Les paysans, qui connaissaient des stratégies de gestion
de l'eau et de la fertilité des sols dans leur agriculture traditionnelle, ont été déçus par les
méthodes modernes de conservation des sols imposées par les experts internationaux et le
pouvoir central: elles exigent beaucoup de travaux, beaucoup d'entretien, et n'améliorent pas
la productivité des terres. Même si la couverture pédologique reste sur les parcelles, les sols
tropicaux sont généralement si pauvres, qu'il faut restaurer leur fertilité en même temps
qu'améliorer leur capacité d'infiltration pour arriver à produire nettement plus que les
systèmes traditionnels.

Ailleurs, les paysans abandonnent les terres aménagées ou détruisent les arbres donnés
gratuitement par les projets, car ils soupçonnent l'Etat de vouloir mettre la main sur leurs
terres. Traditionnellement en effet, la terre appartient à celui qui l'aménage ... et les arbres
la délimitent; d'où ces terribles confusions et les nombreux échecs observés dans tout le
Maghreb et en Afrique occidentale.

Même aux Etats Unis, l'évaluation de 60 années de conservation des eaux et des sols
(CES) qui a englouti des milliards de dollars conclut à une réussite mitigée. Il y a encore de
gros problèmes de pollution (liés à l'élevage, à la fumure minérale et à l'industrie) et de
transports solides dans les rivières : 25 % des terres cultivées perdent encore plus de 12
t/ha/an de sédiments, limite tolérée officiellement sur les sols profonds. Certes, la situation
serait pire aujourd'hui si l'on n'avait rien fait, mais il faut se demander s'il ne faut pas
changer d'optique. Jusqu'ici, la protection des sols était réalisée par les paysans volontaires,
avec l'aide de l'Etat, car il était évident pour tous qu'il fallait protéger l'environnement pour
sauver la productivité des terres pour les générations futures.

L'enquête américaine montre que l'érosion n'entraîne pas forcément une chute de
productivité des terres, en particulier sur les loess épais les plus riches. Aujourd'hui, l'Etat
tend à introduire des clauses coercitives du genre "si vous ne participez pas au programme
de gel des terres fragiles, des marécages et des montagnes, ou si vous ne suivez pas les
instructions pour l'aménagement antiérosif des terres cultivées, vous n'aurez plus droit aux
subsides que l'Etat américain distribue aux agriculteurs pour les encourager à diversifier leur
production" .

L'analyse des effets de l'érosion sélective sur les terres tropicales, en particulier les
terres forestières où la fertilité chimique et biologique est concentrée dans les 25 premiers
centimètres du sol, montre :

o qu'il ne suffit pas d'aménager les terres dégradées (défense et restauration des sols
DRS) pour répondre aux problèmes des paysans,

o que même la conservation des eaux et des sols (CES) est mal acceptée car elle demande
beaucoup de travail et améliore peu la productivité des sols.
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 5

Si on veut relever le défi de ce siècle, nourrir une population qui double tous les 20 ans,
il faut non seulement bloquer les processus graves (ravinements, glissements de terrain) qui
sont à l'origine des transports solides des rivières (domaine de l'Etat), mais aussi gérer l'eau
et les nutriments sur les bonnes terres, avant même qu'elles ne se dégradent et restaurer les
sols dégradés, mais potentiellement productifs. Seules les communautés paysannes sont
capables de gérer l'environnement rural. Pour emporter l'adhésion du paysan, il faut lui
démontrer, sur ses propres terres, qu'une saine gestion du terroir (comprenant un ensemble
de paquets technologiques) peut améliorer rapidement sa production et ses revenus, valoriser
son travail et rentabiliser ses efforts tout en protégeant efficacement son capital foncier.

A noter qu'il n'est pas toujours nécessaire de recourir à des techniques sophistiquées,
des intrants coûteux, importer des machines difficiles à entretenir. Il suffit souvent de marier
les connaissances scientifiques sur les processus à corriger, avec le savoir-faire traditionnel
pour obtenir des résultats étonnants. C'est le cas d'une méthode traditionnelle (zaï) de
restauration des sols dégradés (zipellé) des Mossi au Burkina Faso. Sans autre apport que le
travail (350 heures/ha) et le fumier (3 t/ha/an), on peut obtenir de 600 à 1 000 kg de grains
sur ces champs régénérés. Avec un peu d'engrais minéral complémentaire (N et P), on
devrait pouvoir faire netttement mieux que la moyenne nationale (6 quintaux/ha/an). (Roose,
Dugue et Rodriguez, 1992).

Des circonstances favorables ont permis un changement d'attitude des paysans vis-à-vis
des projets de conservation des sols.

D'abord, la sécheresse a beaucoup fait souffrir les populations sahéliennes et a réduit


le cheptel de moitié. Elle a montré aux paysans qu'il fallait changer leur mode d'exploitation
extensif, équilibrer la charge en bétail avec les disponibilités fourragères, organiser
l'aménagement du terroir villageois dont on a enfin découvert les limites. Cette crise a
montré qu'il fallait non seulement protéger les terres contre l'érosion (exprimée en t/ha/an),
mais surtout, gérer l'eau disponible (réduire le ruissellement) et les nutriments (paillage,
fumier, compost et compléments minéraux), arrêter les pertes d'eau et de nutriments causées
par l'érosion d'abord et par le drainage, ensuite.

Curieusement, l'opération "vérité des prix" des engrais minéraux exigée par la Banque
Mondiale en Afrique, a révélé l'intérêt des engrais organiques et surtout, la faiblesse des
stocks d'éléments nutritifs facilement utilisables par les plantes dans la majorité des sols
tropicaux (à part quelques sols volcaniques, bruns vertiques ou alluviaux). Il est extrêmement
dangereux pour l'état nutritionnel des hommes et du bétail d'en être réduit à recycler
seulement la biomasse (à travers les poudrettes, terre de parc, compost, paillage et jachère
de plus en plus courte), laquelle traduit évidemment les carences minérales du sol (N, P, K
et Ca + Mg sur les sols très acides). Un complément minéral, "bien emballé" dans le
compost, est indispensable pour toute intensification de l'agriculture, ne fusse que pour
permettre le développement de légumineuses capables de fixer l'azote de l'air.

La troisième circonstance favorable au réveil de l'intérêt pour des projets de CES, c'est
la croissance démographique (taux de croissance 2,5 à 3,7 % par an, soit un doublement
en 20 ans), comme conséquence de l'amélioration de l'hygiène et de l'alimentation. Jusqu'ici
en Afrique de l'Ouest, les limites des terroirs villageois étaient mal connues, voire
contestées ... mais la terre était abondante et l'on accueillait tous ceux qui demandaient une
terre à cultiver aux chefs traditionnels. Aujourd'hui, les réserves foncières sont souvent
6 IntroduClion

épuisées. Au lieu d'étendre les surfaces cultivées sans trop se préoccuper de leur dégradation,
il faut vivre de plus en plus nombreux là où l'on est, en tirant le meilleur parti des ressources
naturelles.

Face à la pression foncière dans les campagnes africaines, trois stratégies sont
généralement développées :

o Emigration d'une partie des enfants dans les zones plus humides où on valorise mieux
le travail, soit pour la saison sèche, soit définitivement.

o Compléter les revenus agricoles par d'autres activités artisanat, commerce,


enseignement, etc ...

o Améliorer la gestion du terroir, intensifier et diversifier la production en choisissant des


spéculations plus rentables (élevage spécialisé, production fourragère, légumes, fruits,
perches, bois de chauffage, pépinière ... ).

Au Yatenga (N.O. du Burkina Faso), l'activité de certains projets de développement


rural permet à quelques jeunes de trouver sur place les ressources suffisantes pour vivre
décemment. Grâce à la vulgarisation et suite à la sécheresse ou à la pression foncière selon
les zones, les paysans sont aujourd'hui plus perméables aux projets d'aménagements de
terroir. Leur objectif est de protéger le capital foncier, mais surtout de gérer le peu d'eau
disponible et les nutriments dispersés dans la biomasse, ou tout simplement, de prendre
possession des terres. En effet, on ne sait plus très bien après les révolutions successives, si
les terres appartieIIDent à la communauté villageoise, à l'Etat (par décret), à des citadins
munis d'un papier officiel, ou tout simplement à celui qui l'exploite après l'avoir aménagée.

Enfin, les recherches ont aussi progressé dans plusieurs domaines. Les chercheurs ont
quantifié l'effet relatif des différents facteurs qui modifient l'expression de l'érosion. Ils ont
montré que l'inclinaison de la pente était plus importante que la longueur de la pente dont
l'influence est intimement liée à l'état de la surface du sol (en particulier sa rugosité). Enfin,
dans certaines conditions, la position topographique est d'une importance capitale car le bas
des pentes s'engorge rapidement par apport de ruissellement hypodermique des versants ou
par remontée de la nappe à partir de la rivière. Enfin, dans certaines conditions (ex. sols
argileux calcaires en région méditerranéeIIDe), l'érosion en nappe sur les versants est moins
importante que l'érosion ravinante régressive qui démarre des rivières, s'attaque aux riches
terres alluviales, aux terrasses irrigables avant d'inciser les versants. Les travaux antiérosifs
ne sont donc pas forcément à concentrer sur les versants raides. Le ruissellement peut être
plus important sur les glacis peu pentus et limons battants que sur les versants raides bien
protégés par une végétation herbacée ou par des pavages caillouteux (Heusch, 1970). La
rivière peut gonfler lors d'une averse sans que les versants raides ne ruissellent (théorie de
la contribution partielle d'un bassin au ruissellement: Cosandey, 1983 ; Campbell, 1983).

Le sol n'est pas forcément une "ressource naturelle non renouvelable". Certes, si on
perd le mince horizon d'une rendzine couvrant une roche calcaire, cette terre sera perdue
pour des millénaires et les eaux de ruissellement vont s'y concentrer. Mais si on respecte les
six règles définies plus loin pour restaurer la fertilité d'un sol, on arrive en 1 à 5 ans à rendre
vie et productivité à des sols complètement dégradés et abandonnés (ex. les sols ferrugineux
tropicaux restaurés par le zaï au Burkina Faso).
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 7

La conservation des sols était jusqu'ici considérée comme un investissement à long terme
pour protéger le patrimoine foncier pour les générations futures : c'est le thème de la
cinquième Conférence de l'ISCO à Bangkok (Rimwanich, 1988). Avec la nouvelle stratégie
de gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols (GCES), on tente
de répondre de suite aux problèmes urgents des paysans : assurer une nette augmentation de
la production de biomasse et des revenus en améliorant la gestion des eaux de surface et des
nutriments sur les meilleures terres, en restaurant les terres dégradées qui ont un avenir
(profil suffisamment profond), en bloquant au meilleur coût les ravinements, et en captant
les eaux de ruissellement pour créer des pôles d'intensification de la production agricole. Si
le paysan doit être formé pour protéger son environnement, il faut rentrer dans la mentalité
paysanne : tout effort doit être payé en retour, très rapidement.

Aujourd'hui, on constate aussi des progrès sur le plan technique. On admet par
exemple, que les méthodes mécaniques de lutte antiérosive (terrassements, fossés, banquettes
de diversion) ne sont pas la priorité : elles doivent être limitées au minimum, réduites aux
méthodes les plus simples, les moins coûteuses en appui aux méthodes biologiques plus
efficaces (Hudson, 1992). 0 'autres modes de gestion du ruissellement que la diversion
proposée par Bennet pour les grandes cultures motorisées des Etats Unis semblent mieux
adaptés aux conditions des petits planteurs africains.

L'agriculture sous impluvium en zone semi-aride, l'infiltration totale (paillage) ou la


dissipation de l'énergie des eaux de ruissellement.sur des talus enherbés,des haies vives ou
des cordons de pierres, sont des modes de gestion de l'eau (et des nutriments) souvent mieux
acceptés par les paysans, plus proches de leurs stratégies traditionnelles car elles permettent
d'améliorer la sécurité, sinon le niveau de production.

Autre problème important : le travail du sol.

Le labour profond et la motorisation lourde sont remis en cause car s'ils permettent une
augmentation immédiate de l'infiltration, de l'enracinement et des rendements (plus de 30 à
50 % sur les sols capables de stocker le supplément d'eau infiltrée), ils accélèrent la
minéralisation des matières organiques du sol, détruisent la macroporosité stable et la
structure, augmentent dans le profil les différenciations hydrauliques, réduisent la cohésion
du sol (donc sa résistance au ruissellement) et à moyen terme (10 à 30 ans) accélèrent sa
dégradation. Un grand effort est fait actuellement en Afrique comme ailleurs (Etats Unis,
Brésil, Europe) pour mettre au point des systèmes de culture utilisant un travail minimum,
réduit à l'éclatement du sol par des dents sur les lignes de plantation où sont aussi concentrés
les apports d'engrais.

En zone soudanienne du Cameroun par exemple, il suffit de 10 à 15 ans de labour


annuel + sarclage + billonnage sous une culture intensive de coton + céréales, pour
provoquer la dégradation de sols ferrugineux tropicaux d'autant plus fragiles qu'ils sont
sableux, pauvres en matières organiques (moins de 1 %) et exposés aux pluies violentes
(Boli, Bep, Roose, 1991). Trente années de jachère, des brulis et du pâturages extensis ne
permettent pas une amélioration suffisante du niveau de fertilité du sol : le carbone passe de
0,3 à 0,6 %, l'azote reste autour du 1/l0 ème du taux de carbone et le pH remonte d'une unité
(5 à 6). Les animaux améliorent plus efficacement les qualités du sol: dans les turricules de
vers de terre, les termitières de Trinervitermes et les anciens parcs de nuit des boeufs, le
carbone atteint 1 % et le pH dépasse 6,5.
8 Introduction

Il faut donc retrouver des systèmes de culture ressemblant aux systèmes forestiers où le
sol n'est jamais totalement nu : il reçoit régulièrement des apports minéraux et organiques
au niveau de la litière. Comme dans les systèmes de culture traditionnels, on tente
aujourd'hui de réintroduire la variabilité spatiale à l'intérieur de la zone cultivée, de planter
des arbres à enracinement profond qui ramènent en surface les nutriments dispersés, d'élever
des animaux qui valorisent la biomasse et rassemblent les nutriments dispersés dans le
paysage, et d'avoir des cultures associées à un sous-étage de plantes de couverture
(adventices ou légumineuses en tapis).

Le terroir villageois aménagé n'est plus aussi strictement découpé en zone forestière
(le bétail participe au sarclage, de même que certaines cultures intercalaires), en zone de
parcours (les arbustes fourragers jouent un rôle important pour améliorer la qualité du
fourrage surtout en saison sèche), en zone d'habitation (les jardins multiétagés très intensifs
qui l'entourent sont une source importante de revenus) et en zone de cultures : les
interactions positives entre les arbres, les animaux et les cultures sont nombreuses (voir les
études de l'ICRAF. Eggli, 1988; Buchy, 1989; Peltier, 1989; Young, 1990; Garrigue, 1990;
Naegel, 1991).

C'est pour faire le point sur ces situations nouvelles et sur une nouvelle approche de la
protection des agrosystèmes, qu'il nous a paru utile de présenter les données accumulées
depuis 40 ans par les chercheurs francophones en Afrique, mais aussi en Amérique latine et
en Europe. Les chercheurs anglophones ont eu beaucoup d'autres occasions pour publier leurs
points de vue.

Dans une première partie, après avoir défini les termes dont nous aurons besoin, nous
montrerons la diversité des situations en fonction des processus en cause, des échelles
spatiales et temporelles considérées, des objectifs des acteurs et des conditions
démographiques, sociologiques et économiques des paysans.

La deuxième partie est consacrée à une étude rapide des divers processus et plus
détaillée de l'érosion "naissante", c'est-à-dire, l'érosion en nappe et rigole et l'érosion
mécanique sèche.

L'analyse systématique des facteurs modérateurs de l'érosion présentée dans le cadre de


l'équation de prévision des pertes en terre (USLE) de Wischmeier et Smith (1978) nous
amènera naturellement à proposer un mode opératoire pratique pour définir la lutte
antiérosive.

Enfin, dans une troisième partie, nous présenterons une série d'études de cas, en
montagne tropicale à forte densité de population (Rwanda, Equateur, Algérie, Cameroun),
en zone subéquatoriale (Côte d'Ivoire), tropicale semi-aride (Burkina-Faso, Mali) et en zone
tempérée (France du Nord).

Il n'est pas question de nier ici la part de responsabilité de l'Etat dans l'aménagement
du territoire, l'équipement rural, la reforestation des montagnes, la correction torrentielle,
la protection des rivières, des barrages et autres ouvrages d'art (restauration des terrains en
montagne: RTM), l'éducation des peuples au respect de leur environnement, la formation
des techniciens spécialisés et la subvention de l'Agriculture en montagne pour éviter
l'émigration. Mais il nous paraît opportun de compléter cette logique d'équipement
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 9

hydraulique par une logique de développement agricole du monde rural (paysans et éleveurs)
qui rend solidaire les communautés paysannes face à l'entretien et même à l'amélioration de
la gestion des ressources naturelles (eau + sol + nutriments) qu'elles ont reçues de leurs
ancêtres et dont elles sont responsables devant les générations futures.

Le document est issu d'un cours "La GCES, comme instrument de gestion de terroir"
donné depuis 7 ans à 600 ingénieurs agronomes, forestiers et techniciens hydrauliciens du
CNEARC et de l'ENGREF à Montpellier (France), à l'ETSHER à Ouagadougou (Burkina)
et en Haïti. C'est un document de base que nous souhaitons améliorer à mesure que les
informations et les expérimentations se précisent. Il voudrait apporter des idées nouvelles,
constructives, positives et pleines d'espoir aux agronomes des ONG et des Institutions
nationales et internationales chargées d'améliorer sur le terrain, le niveau de vie des Hommes
et la santé de leur Terre nourricière.
10
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 11

PREMIERE PARTIE

Les stratégies de lutte antiérosive


et le concept de la GCES
12
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 13

Chapitre 1

Définitions . les nl0ts cachent


une philosophie

Les problèmes de dégradation de l'environnement sont intimement liés au développement des


populations et des civilisations : ils concernent autant les agronomes et forestiers, les
géographes, les hydrologues, les sédimentologues, que les socio-économistes. Mais chacun
dans sa discipline a développé un langage propre, si bien que les mêmes mots n'ont pas la
même portée selon les professions.

Il nous faut donc préciser le sens des mots et celui que leur prêtent les divers spécialistes
qui interviennent à différentes échelles de temps et d'espace à la poursuite d'objectifs propres.
C'est là une condition préalable à l'amélioration de l'efficacité des projets de lutte
antiérosive.

L'EROSION

Erosion vient de "ERODERE", verbe latin qui signifie "ronger". L'érosion ronge la terre
comme un chien s'acharne sur un os. D'où l'interprétation pessimiste de certains auteurs qui
décrivent l'érosion comme une lèpre qui ronge la terre jusqu'à ne laisser qu'un squelette
blanchi : les montagnes calcaires qui entourent la Méditerranée illustrent bien ce processus
de décharne ment des montagnes dès lors qu'on les défriche et que l'on brûle leur maigre
végétation (ex. Grèce). En réalité, c'est un processus naturel qui certes, abaisse toutes les
montagnes (d'où le terme de "denudation rate", vitesse d'abaissement du sol des géographes
anglophones) mais en même temps, l'érosion engraisse les vallées, forme les riches plaines
qui nourrissent une bonne partie de l'humanité. Il n'est donc pas forcément souhaitable
d'arrêter toute érosion, mais de la réduire à un niveau acceptable, tolérable.

LA TOLERANCE EN PERTE DE SOL

Dans le domaine de l'érosion, la tolérance a d'abord été définie comme la perte en terre
tolérée car elle est équilibrée avec la formation du sol par l'altération des roches. Elle varie
de 1 à 12 t/ha/an en fonction du climat, du type de roche et de l'épaisseur des sols. Mais on
s'est bien vite rendu compte que la productivité des horizons humifères, riches en éléments
biogènes est bien supérieure à celle des altérites, roches pourries, quasiment stériles. De plus,
cette approche nie l'importance de l'érosion sélective des nutriments et des colloides qui font
la fertilité des sols. On a donc tenté de définir la tolérance comme l'érosion qui ne
provoquerait pas de baisse sensible de la productivité des terres. Mais là aussi, on a
14 Définitions les mots cachent une philosophie

FIGURE 1
Discontinuité des problèmes d'érosion dans l'espace diversité des logiques et des acteurs

Re5ervoir
Borroge
Eleclricilé t eou
irrigotion

Rivière Mer

Lieux: Montagnes Piémont : Erosion + Plaines Littoral


Processus dominant: Arrachments Transports/Rivières Séd imentationlPoliution

Stratégies

I...- R_T_M --JI II...- D_R_S_+_C_E_S I IL. . C_E_S --J

t différents lieux t stratégies t disciplines t objectifs des acteurs

EROSION sur Versants > < Transports solides dans rivières


(sediment yield) (sediment delivery)

Efficacité EROSIVE
(sediment ratio)
< 1 si colluvions
> 1 si forte erosion des berges

Deux logiques

Logique amont des paysans Logique aval des citadins

Objectif productivité de la terre Objectif protéger la qualité de l'eau


développement agricole équipement rural
Moyens améliorer les systèmes de Moyens reforestation + lutte mécanique
production correction ravins
lutte biologique protection barrages et des
Acteurs Paysans + Pouvoir Villageois ouvrages d'art
Agronomes - Pédologues - Acteurs Citadins + COOPERATIVE
Sociologues D'IRIGATIaN
Pouvoir Central et Ingénieurs
Hydrologues + Sédimentologues
Equipement + Forestier
Génie rural + Génie civil
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 15

trouvé des obstacles majeurs. On connaît encore mal la perte de productivité des différents
types de sol en fonction de l'érosion et, pour certains sols profonds sur loess des pertes en
terre élevées sur les versants n'entraînent que peu de baisse de la productivité du sol, mais
par contre, provoquent des dégâts intolérables en aval par la pollution des eaux douces et
l'envasement des barrages.

Il faut donc tenir compte à la fois de ces trois aspects : la vitesse de restauration des
sols, le maintien de la productivité des terres à un niveau d'intrant égal et enfin, le respect
de l'environnement au niveau de la qualité des eaux, en particulier du ruissellement
(Stocking, 1978 ; Mannering, 1981).

LA DISCONTINUITE DE L'EROSION DANS L'ESPACE: DIFFERENTS ACTEURS,


DEUX LOGIQUES

L'érosion résulte de nombreux processus qui jouent au niveau de trois phases : le


détachement des particules, le transport solide et la sédimentation. Quelle que soit l'échelle
d'étude, du mètre carré au bassin versant de centaines de milliers de km 2 , on retrouve partout
ces trois phases de l'érosion mais avec des intensités différentes. D'où la diversité des acteurs
de l'érosion en fonction des phases dominantes.

En montagne, lorsque la couverture végétale est détruite, le ravinement, les torrents et


les glissements de terrain entraînent beaucoup de transferts solides qui causent d'énormes
dégâts aux réseaux de communication : les ingénieurs des Ponts et Chaussées ainsi que les
forestiers interviennent alors pour entretenir les voies de communication, revégétaliser les
parcours, les pistes de skis, reforester les versants dénudés et corriger les torrents. Les
populations rurales cherchent avant tout à gérer l'eau et les éléments fertilisants sur les
prairies ou les terrasses irriguées plutôt qu'à lutter contre l'érosion (voir les Cévennes et les
hauts pâturages irrigués des Alpes, en France).

Dans les piémonts, où les pentes sont encore fortes, les dégâts d'érosion proviennent du
ravinement des torrents qui charrient une énorme charge solide et pour une moindre part, de
la dégradation de la végétation par le surpâturage ou les feux et les cultures de "rapine". Là
encore, les forestiers tenteront de résoudre les problèmes d'envasement des barrages par la
RTM et la ORS.

Enfin, dans les plaines, les problèmes concernent le plus souvent l'alluvionnement dans
les canaux, les rivières et les ports, l'inondation des lits majeurs des rivières, le
colluvionnement boueux de quartiers résidentiels (mal placés sous des versants cultivés
mécaniquement sans précaution) et enfin la pollution des eaux, (charge solide en suspension
fine ou produits toxiques rejetés par l'agriculture ou l'industrie).

Comme l'indique la figure 1, les acteurs de la dégradation des sols et les services
concernés par la lutte antiérosive diffèrent, ainsi que leurs objectifs et les stratégies qu'ils
développent. Il y a non seulement une grande variabilité dans l'espace des types d'érosion,
mais aussi des acteurs de la lutte anti-érosive et des intérêts en jeu.

Sur les parcelles paysannes et sur les versants, les gestionnaires des terres, c'est-à-dire
les paysans, les agronomes, les pédologues ou les géomorphologues, parlent d'érosion ou de
16 Définitions: les mots cachent une philosophie

pertes en terre (sediment yield). Dans la rivière, les hydrologues ou sédimentologues parlent
de transport solide (sediment delivery), transport solide en suspension (argiles, limons et
matières organiques, MES), et transport de fond (sables grossiers et galets en charriage).
Entre l'érosion des versants et les transports solides dans la rivière, il peut y avoir de grandes
différences provenant de ce que l'on appelle l'efficacité de l'érosion, "sediment ratio". En
effet, au bas des pentes et dans la vallée, certains sédiments trop lourds se déposent, au
moins temporairement : ils vont nourrir les sols colluviaux et alluviaux et n'atteindront la
mer, ou un lac de barrage, que beaucoup plus tard. Le rapport d'efficacité de l'érosion est
inférieur à 1. Les transports solides spécifiques (t/km 2 /an) diminuent à mesure que le bassin
versant grandit. Par exemple, Bolline (1981) a observé sur les loess du Brabant belge un
détachement de particules par la battance des gouttes de pluie de l'ordre de 130 t/ha/an sous
une rotation de betterave et de blé. Les pertes en terre au bas de parcelles de 25 m de long
n'atteignent que 30 t/ha/an et les transports solides dans la rivière voisine, à peine 0,13
t/ha/an. En France, Ouvry, Boiffin, Papy et Peyre (1990) ont montré que l'érosion sur les
limons battants du Bassin parisien ne devient inquiétante que lorsque sont réunies les
conditions favorables à la concentration du ruissellement : sol fermé par les croûtes de
battance, faible couvert végétal, période humide prolongée, grandes parcelles où le
remembrement a effacé les structures de gestion du ruissellement.

Par contre, en montagne et là où la pente des émissaires est forte (ex. en région
méditerranéenne), l'énergie érosive du ruissellement est supérieure à celle des pluies. Les
pertes en terre sur les champs cultivés peuvent être faibles (0,1 à 15 t/ha/an : Heusch, 1970 ;
Arabi et Roose, 1989) tandis que les transports solides dépassent 100 à 200 t/ha/an dans les
ravines et les oueds (Olivry, 1989 ; Buffalo, 1990). Dans ce cas, plus le bassin versant est
grand, plus le ruissellement concentré est abondant et rapide, plus les débits de pointe sont
importants et plus le ruissellement agresse le fond et les berges des oueds en provoquant des
ravinements et des glissements de terrain dans les basses terrasses. Dans ce dernier cas, le
rapport d'efficacité de l'érosion peut être supérieur à l, l'érosion spécifique peut augmenter
avec la taille du bassin versant (Heusch 1973).

LA VARIABILITE DE L'EROSION DANS LE TEMPS

o On distingue généralement l'érosion normale ou géologique (morphogenèse) qui


façonne lentement les versants (0,1 à 1 t/ha/an) tout en permettant le développement
d'une couverture pédologique issue de ['altération des roches en place et des apports
al1uviaux et colluviaux (pédogenèse). On dit que les paysages sont stables quand il y a
équilibre entre la pédogenèse (vitesse d'altération des roches) et la morphogenèse
(érosion, dénudation) (Kilian et Bertrand, 1974).

o Cependant, l'érosion géologique n'est pas toujours lente! Dans les zones à soulèvement
orogénique paroxysmique, les débits solides des rivières peuvent atteindre 50 t/ha/an
(Indonésie, Népal, Andes Boliviennes) et jusqu'à 100 t/ha/an dans l'Himalaya qui se
soulève à la vitesse de 1 cm par an. De même dans les zones tropicales soumises aux
cyclones, la morphogenèse actuelle est très active, surtout si la couverture végétale a été
dégradée (communication de Heusch, 1991) L'érosion géologique peut aussi agir de
façon soudaine et catastrophique à l'occasion d'évènements rares, d'une succession
d'averses qui détrempent le terrain ou encore lors d'activités sismiques ou volcaniques.
On se souviendra des coulées boueuses en Colombie qui, en 1988, en une seule nuit, ont
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 17

DISCONTINUITE DES PROBLEMES D'EROSION DANS LE TEMPS

L'érosion trouve son origine dans deux types de problèmes:

• DES PROBLEMES GEOLOGIQUES • DES PROBLEMES SOCIO·ECONOMIQUES

Lutte entre : croissance de la population et des besoins

Altération des couches superficielles des roches EXTENSION des surfaces défrichées,
par l'eau et la biosphère pâturées,
PEDOGENESE cultivées

Erosion qui cisèle la surface de la terre DIMINUTION de la durée des jachères


MORPHOGENESE

o EROSION GEOLOGIQUE NORMALE = 0.1 t/ha/an o EROSION ACCELEREE = 10 à 700 t/ha/an


Ruissellement = + 1 % Ruissellement = 20 à 80 %

DECAPER 1 mètre de terre prend 100.000 ans 100 ans

o EROSION CATASTROPHIQUE: 1 mètre en quelques heures!

o RAVINEMENT: 100 à 300 t/ha/JOUR


o GLISSEMENT EN MASSE: 1000 à 10.000 t/ha/HEURE

Exemple: Nîmes, l'orage du 3/10/1988 a donné 420 mm de pluie en 6 heures


a causé 4 milliards de dégâts
la mort de 11 personnes

CONCLUSIONS :

Les manifestations de l'érosion sont très discontinues dans le temps.


La Presse et le Pouvoir ne s'intéressent qu'aux catastrophes,
La GCES est d'avantage concernée par l'érosion accélérée, durant la phase initiale:

l'érosion en nappe et rigoles, qui dégrade les bonnes terres des paysans
la restauration de la productivité des sols profonds
la gestion de la fertilité des terres d'avenir
la valorisation des ravines aménagées et des eaux de surface.

rayé de la carte une ville de 25.000 habitants (Nevado dei RUIZ). Dans le sud tunisien,
Bourges, Pontanier et leurs collègues ont mesuré à la citerne Telman, en moyenne, des
ruissellements annuels équivalents à 14 à 25 % des précipitations, et des pertes en terre
de 8,2 t/ha/an. Mais, le 12 décembre 1978, il est tombé une pluie de fréquence
centennale de 250 mm en 26 heures qui a provoqué plus de 80 % de ruissellement et 39
t/ha d'érosion en un seul jour. Ces phénomènes catastrophiques ne sont pas rares à
l'échelle géologique. Flotte (1984) a décrit la lave torrentielle de Mechtras en Grande
Kabylie (Algérie), d'environ 150 millions de m 3 , qui s'étend sur 18 km 2 , 7 km de long,
sur une pente de 6,8 %. Ces mouvements catastrophiques où les volumes de matériaux
non triés sont importants, qui s'étendent sur plusieurs kilomètres et se sont mis en place
à grande vitesse, demandent souvent des conditions climatiques différentes de celles que
nous connaissons aujourd'hui. Cependant, ces masses sont toujours susceptibles de se
remettre en mouvement en cas de conjonction de conditions climatiques favorables
(pluies exceptionnelles après gelées du sol ou émission de vapeur des volcans, ou secous-
ses sismiques), ou suite à des aménagements maladroits, déséquilibrant les versants.
18 Définitions: les mots cachent une philosophie

FIGURE 2
Nature des problèmes: le déséquilibre du milieu "aménagé" entraîne la dégradation des sols, puis
l'érosion l'accélère

MOIS

L1TIERE 1à 5 l/ho
HORIZON D'Aëf"U~~~~
EN FER ET ARGILE < 1m
-r~~/~::h
- ~-.-.>
; t- .. :- .. ' +- ......'4- ...
-1- . -\-- + f-"
'.~"";"'-"'.':":"""'~':
~, ... " + + :.< ", :. ":'.
FEUX ET BETAIL
',' + + t + t- + +- .
L1TIERE Oà51/ho
TENDANCES EVOLUTIVES

Au point de vue

,Simplification de l'écosystème --+ la biomasse diminue "-


Végétai .....
{ • La protection du milieu > < contre l'énergie de soleil + de la pluie est moins efficace
\
Climatique. Réchauffement de la températue --+ puis assèchement du milieu

Pédologique ... \éduction de l'épaisseur de sol exploité --+ Réduction des remontées biologiques

\, taux de matières organiques du sol


\éduction des apports de litière { \, activités biologiques du sol

dégradation de la structure
{
~
~
croûtes battance
macro porosité
semelle de labour
} réduction
de
l'infiltration

Ides risques de Ruissellement + EROSION + Lessivage

!'l'pertes de nutriments
3 conséquences \, capacité de stockage (eau + nutrimentsl - fatigue du sol
{ \,eau utile pour la production biomasse
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 19

Contre ces deux types d'érosion géologique, il est très difficile de lutter: les moyens
nécessaires sont coûteux et pas toujours efficaces. En France, la Délégation aux Risques
Majeurs du Ministère des Finances, déclare l'état de catastrophe naturelle et contraint
les assurances à rembourser les dégâts des sinistres. Le coût de ces dégâts est donc pris
en charge par la communauté des assurés.

o L'érosion accélérée par l'homme, suite à une exploitation imprudente du milieu, est
10 à 1.000 fois plus rapide que l'érosion normale. Il suffit d'une perte en terre de 12 à
15 t/ha/an, soit 1 mm/an ou 1m/1.000 ans pour dépasser la vitesse de l'altération des
roches (20 à 100.000 ans pour altérer 1 m de granit en conditions tropicales humides,
selon Leneuf, 1965). La couche arable s'appauvrit en particules par érosion sélective
(squelettisation du sol) et s'amincit (décapage), tandis que le ruissellement s'accélère (20
à 50 fois plus de ruissellement sous culture que sous forêt) provoquant à l'aval des débits
de pointe très dommageables pour le réseau hydrographique (Roose, 1973).

Il reste encore à définir la charge solide (c'est le poids de particules en suspension dans
les eaux), la capacité d'un fluide (c'est la masse de particules que le fluide est capable
de transporter), et la compétence d'un fluide (c'est le diamètre maximal des particules
transportées en fonction de sa vitesse).

LA DEGRADATION DES SOLS [planche photographique 3]

La dégradation des sols peut aussi avoir diverses origines : salinisation, engorgement,
compaction par la motorisation, minéralisation des matières organiques et squelettisation par
érosion sélective. En zone tropicale humide, alors que l'érosion comprend trois phases
(arrachement, transport et sédimentation), la dégradation des terres cultivées ne concerne que
la déstabilisation de la structure et de la macroporosité du sol sans transport de particules à
longue distance. Elle provient essentiellement de deux processus:

o La minéralisation des matières organiques du sol (d'autant plus active que le climat
est chaud et humide) et l'exportation minérale par les cultures (non compensée par des
apports de fumure) qui va entraîner la baisse de l'activité de la microfaune et de la
mésofaune, responsables de la macroporosité.

o La squelettisation ou l'enrichissement en sable des horizons de surface par érosion


sélective des particules fines, des matières organiques ou des nutriments, suite à la
battance des pluies qui tasse le sol, casse les mottes, arrache au passage des particules
qui vont former alentour des pellicules de battance et des croûtes de sédimentation
favorisant le ruissellement.

Un exemple de la chaîne de la dégradation des terres tropicales est donné à la figure 2.

Sous les forêts tropicales, les sols sont très bien protégés de l'énergie solaire et pluviale,
d'une part, grâce à la canopée (850 t/ha de biomasse) qui tempère les écarts de température
et d'autre part, grâce au sous-étage et en particulier à la litière (de 9 à 15 t/ha/an de matière
organique redistribuée toute l'année), qui nourrit la mésofaune et recycle rapidement les
nutriments ("turn over"). Les racines sont très nombreuses dans l'horizon humifère et
jusqu'au contact avec la litière. Elles limitent les pertes en nutriments par drainage et par
20 Définitions: les mots cachent une philosophie

ruissellement. Une faible proportion de racines s'enfonce à grande profondeur. procurant de


l'eau et des nutriments aux époques où le sol superficiel est sec. Peu de ruissellement (1 à
2 %), 50 % d'évapotranspiration et autant de drainage, entraînent la formation de sols
homogènes profonds, plus acides en surface qu'en profondeur. La vigueur de la forêt (avec
des arbres dominant à plus de 35 m de haut) peut faire illusion quant à la fertilité des sols
(ferrallitiques) qui la portent. En réalité, la forêt tropicale recycle perpétuellement ses résidus
et récupère en profondeur les nutriments lixiviés par les eaux de drainage ou libérés par
l'altération profonde des roches et des minéraux: c'est la remontée biologique (Roose, 1980).

La savane compense déjà nettement moins bien les variations d'énergie. La biomasse
(10 à 100 t/ha) est beaucoup moins importante et la litière (2 à 8 t/ha/an) brûle au passage
fréquent des feux de brousse, laissant le sol nu pour affronter les premiers orages, brefs mais
très agressifs: il en résulte un ruissellement plus abondant que sous forêt, surtout en cas de
feux tardifs (Roose, 1979).

Plus le climat est chaud et sec, plus les termites se substituent aux vers de terre mais le
bilan de leurs activités de creusement de galeries et d'enfouissement des matières organiques
à l'abri des feux est moins bénéfique que celui des vers (Roose, 1975). Le ruissellement et
l'évapotranspiration étant plus forts (à cause des croûtes de battance) et les pluies moins
abondantes, le front d'humectation de l'eau pénètre moins profondément dans le sol et dépose
des particules fines arrachées en surface et le fer complexé aux matières organiques. Il s'agit
des sols ferrugineux tropicaux lessivés. Les horizons sont plus contrastés, le sol moins
homogène. Les racines s'enfoncent régulièrement jusque dans l'horizon d'accumulation, mais
beaucoup moins profondément que sous forêt.

Sous culture, comment évolue la situation après défrichement de la forêt ou de la


savane?

Au niveau du couvert végétal, on observe une simplification de l'écosystème (plus de


200 espèces d'arbres vivent à l'hectare sous forêt, moins de 25 sous savane et 2 à 4 plantes
en cultures associées dans le meilleur des cas). La biomasse (1 à 8 t/ha) diminue ainsi que
l'enracinement, souvent gêné par les techniques culturales (croûtes de battance et fond de
labour). La couverture du sol est réduite dans le temps (cycle de 4 à 6 mois) et protège mal
la surface du sol contre les rayons du soleil (les températures extrêmes augmentent) et contre
la battance des pluies (formation de croûtes de battance et d'un fort ruissellement).

Au niveau du sol, le climat est plus chaud, plus sec sous culture, et l'énergie est moins
bien amortie que sous forêt :

o la litière est très réduite, sauf en cas de plantes de couverture,


o le taux de matières organiques et l'activité de la microflore et de la mésofaune
diminuent,
o la macroporosité s'effondre au bout de quelques années, la capacité d'infiltration
diminue,
o le sol devient plus compact et accuse les discontinuités spatiales: pellicule de battance
et fond de labour.

On comprend dès lors que la mise en culture de friches soit une véritable catastrophe qui
remet en cause l'équilibre du système sol. Les fuites d'éléments nutritifs s'accélèrent, les
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 21

apports compensatoires diminuent, la fertilité physique et chimique de la terre s'effondre


après quelques années de culture intensive. On connaît de nombreux exemples d'échec de
culture "moderne" comme celle de la Compagnie Générale des Oléagineux Tropicaux, en
Casamance vers les années 50 (Charreau, Fauck, Thomann, 1970 ; Roose, 1967).

Le ruissellement et l'érosion apparaissent alors clairement comme un signal d'alarme:


le système d'exploitation n'est pas en équilibre avec le milieu. Il va falloir restaurer la
fertilité des sols, soit par une longue jachère forestière (20 à 30 ans) soit par des
interventions vigoureuses pour rétablir la macroporosité (travail du sol), la matière organique,
la biomasse fermentée nécessaire pour la vivifier (fumier ou compost), les amendements
indispensables pour renforcer la structure et améliorer le pH. En réalité, il faut encore
inventer des systèmes progressifs de défrichement et des systèmes de production intensifs
durables et équilibrés plus productifs que les systèmes traditionnels actuellement en place.

LES TERMES DU BILAN HYDRIQUE

La pluie et les apports occultes (rosée, brume: quelques dizaines à 150 mm par an) sont très
variables dans l'espace en fonction de J'altitude, de la distance à la mer, de l'orientation des
versants par rapport aux vents humides qui apportent la pluie.

Il faut enfin définir les différents termes du bilan hydrique (figure 3)

Pluie = Ruiss. + Drainage + ETR .± Var. stock eau du sol

Le ruissellement superficiel est l'excès de pluie qui n'arrive pas à s'infiltrer dans le sol,
coule à sa surface, s'organise en filets et rejoint rapidement la rivière où il provoque des
débits de crue élevés après des temps de réponse relativement courts (de l'ordre d'une
demi-heure pour des bassins d'un km 2 ).

Le ruissellement hypodermique (interflow) est déjà plus lent car il chemine dans les
horizons superficiels du sol souvent beaucoup plus poreux que les horizons minéraux
profonds (temps de réponse de quelques heures sur un bassin de 1 km 2 ).

Enfin, les nappes temporaires et les nappes phréatiques (pérennes) entretiennent le


débit de base des rivières grâce à un écoulement beaucoup plus lent: temps de réponse de
plusieurs jours (sur un bassin de plusieurs km 2 ), voire quelques mois sur les plus grands
bassins.

En conclusion, l'érosion est un ensemble de processus variables dans le temps et dans l'espace,
en fonction des conditions écologiques et des mauvaises conditions de gestion de la terre par
l'homme. La lutte antiérosive intéresse divers acteurs dont les intérêts ne sont pas forcément
compatibles. Il va donc falloir définir clairement les objectifs prioritaires des projets de lutte
antiérosive et choisir pour chaque situation, les méthodes les plus efficaces, soit pour conserver
ou pour restaurer la fertilité et la productivité des terres paysannes, soit pour gérer les sédiments
et améliorer la qualité des eaux qui intéressent particulièrement les citadins, les industriels et les
sociétés d'irrigation.
22 Définitions: les mots cachent une philosophie

FIGURE 3
Bilan hydrique (d'après Roose, 1980)

EVAPCïF<t'.NSPIRATIClN /f C ~ \ ~ <--- ----'~


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~') ~~
REELLE / '

PLUIE =2000 à700mm/an


1
1
~
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~ EVAPO
TRANSPIRATION
l'l~
'1
1 1 1 1 1
1
1 1
1 1
1 1 1 1 1

1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1

1 1 1 1 1 1 1

1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1

1 1 1 1 1 1 1 1
1 1

EVAPORATION

RUISSELLEMENT: 1 à 40% selon


le couvert (forestier ou cultures)

.'0/ ~ \, \
/ \\
Ruissellement hypodermique 1à 25 0
/0

o 0 Drainage oblique 'V 1%


NAPPES TEMPORAIRES

0.0

~~~~~T1QU~E~-------it----=~=--=-=~~=-=--==--=~=--=
DRAINAGE {Forêt 40 à 45%
PROFOND Savone Soudanienne 20à 35%
Savane Sahélienne 0 à 15%

PLuiE RUISS. + DRAIN. + E.T.R. .!. VAR. STOCK DU SOL


Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 23

Chapitre 2

Evolution historique des stratégies


de lutte antiérosive

L'érosion est un vieux problème. Dès que les terres émergent de l'océan, elles sont attaquées
par l'énergie du vent, des vagues et des pluies. L'homme s'est donc entraîné à en réduire les
effets néfastes.

Le développement de la production agricole entraîne une augmentation des risques de


dégradation des terres :

o soit par l'extension des surfaces à des terres neuves qui s'avèrent fragiles et s'épuisent
au bout de quelques années de culture par minéralisation des matières organiques et
exportation des nutriments sans restitution suffisante,

o soit par l'intensification et un usage inapproprié des intrants :

• la fertilisation minérale intensive peut entraîner l'acidification des sols et la pollution


des eaux (surtout si les apports sont déséquilibrés par rapport aux besoins des
cultures et à la capacité de stockage par le sol),

• l'irrigation diminue la stabilité de la structure des sols ou entraîne leur salinisation


(en milieu aride),

• la mécanisation, et surtout la motorisation, accélèrent la minéralisation des matières


organiques du sol, la dégradation de la structure, la compaction des horizons
profonds et l'accentuation des discontinuités hydrauliques (chute brutale de la
capacité d'infiltration au fond du labour, même en l'absence de semelle).

Si la mise en culture augmente généralement les risques de dégradation du sol, les


sociétés rurales tentent d'élaborer progressivement des méthodes permettant de maintenir à
long terme la productivité des terres (amendements organiques ou calcaire, drainage, cultures
associées). Mais lorsque les besoins évoluent trop vite, se développe une crise à laquelle la
société rurale ne pourra répondre à temps. C'est justement le rôle de l'Etat que d'aider cette
société à surmonter cette crise par des aides techniques (référentiels) et financières (subsides).

La dégradation des sols par érosion, acidification ou salinisation est probablement l'une
des multiples causes qui ont entraîné la décadence de civilisations anciennes dès que la
concentration des populations dans les campagnes et dans les villes entraîne une pression
économique trop forte sur la production des campagnes (ex. la France du XIIe siècle,
24 Evolution historique des stratégies de lutte antiérosive

FIGURE 4
Relation entre la densité de la population, l'érosion, le système de culture, le système d'élevage
et la gestion de la fertilité

Risques d'érosion I/ha/an


en fonction de la pente

-----
\
\
\
\
\
\

2
20 Ci 40 80 0 100 800 Ci 1000 habitants/km

Densité pop. <40 100 à 400 400 à 800 > 800 hab/km 2

Système de culture

- cueillette culture extensive culture intensive jardin multiétagé


- culture itinérante • céréales - arbres fruitiers
sur brûlis - racines - manioc, igname, - bananiers
- culture de racines - céréales mil - sorgho patate - racines
qq céréales - arachide . arachide, soja - peu de céréales
- bananier - haricots, soja

Système d'élevage

élevage: - petit bétail + parc


- peu développé - troupeau villageois sur - petit bétail: à l'étable - stabulation quasi
- qq poulets + parcours extensifs au piquet permanente
cabris - retour la nuit au parc + parcours y, journée - eau à l'étable
- séparé - cultures fourragères
haies vives

Gestion de la fertilité

- brève durée des - peu de poudrette - poudrette + compost - culture continue


rotations culturales (600 kg/vache/4 ha) - plus de NPK , fumier ou compost
- puis jachère - peu d'engrais minéral - jachères courtes + + NPK
arbustive longue - durée des cultures / parfois légumineuses + Ca Mg C0 3 si
- cendres - durée des jachères \, - gestion des adventices pH<5
+ gestion des adventices
et des légumineuses

Gestion des arbres

- exploitation - défrichement accéléré - défrichement jardin à 3 étages:


- puis jachère - bois de village - haies vives - arbres forestiers
- rares arbres fruitiers - arbres en clOture - arbres fruitiers
- fruitiers - cultures associées
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de lajertilité des sols 25

l'Egypte actuelle). La jachère disparaît, les sols se dégradent à plus ou moins court terme,
car rien ne compense les exportations par les récoltes et les pertes par érosion ou drainage.

Déjà en 1944, le géographe Harroy avait bien compris pourquoi "l'Afrique est une terre
qui meurt". Elle meurt sous l'influence des méthodes déséquilibrantes des systèmes coloniaux
qui intensifient l'exploitation des sols, accélèrent l'exportation des nutriments assimilables et
la minéralisation des matières organiques, et repoussent les indigènes sur les terres les moins
riches et les plus fragiles, réduisant la durée de la jachère. II proposait une politique en trois
points:

o la protection intégrale des parcs nationaux pour protéger les écosystèmes naturels,
o les travaux antiérosifs du type "terrasses", banquettes ou fossés aveugles,
o des recherches sur les techniques culturales et les systèmes de production équilibrés
associant j'élevage, la forêt et l'agriculture, l'agroforesterie.

L'ÉROSION DES SOLS ET LA DENSITÉ DE LA POPULATION

L'érosion accélérée et le ruissellement excessif sont liés à un certain mode de


développement déséquilibrant le paysage : défrichement de zones fragiles, dénudation et
tassement par le surpâturage, épuisement du sol par les cultures intensives non compensé par
les apports de matières organiques et de nutriments. Si c'est bien l'homme qui augmente
les risques d'érosion par des techniques d'exploitation maladroites, alors on peut espérer
renverser le sens actuel de l'évolution : améliorer l'infiltration pour produire plus de
biomasse, augmenter la couverture végétale du sol pour restituer plus de résidus
organiques au sol et par là, réduire le ruissellement, l'érosion et le drainage qui amènent
rapidement les sols tropicaux à l'épuisement. Dans ce contexte, la conservation des sols
n'est plus le principal objectif brandi par les aménagistes, mais seulement un volet du
"paquet technologique" permettant l'intensification de la production agricole
indispensable pour faire face au principal défi de ce siècle: doubler la production tous
les dix ans pour rattraper le rythme de la croissance démographique.

Certains auteurs prétendent que l'érosion augmente en fonction de la densité de la


population (figure 4). II est vrai que dans un sytème agraire dOIll1é, si la population dépasse
certains seuils, les terres vieIll1ent à manquer et les mécanismes de restauration des sols se
grippent (Pieri, 1989). Ainsi, en zone soudano-sahélienne, dès que la population dépasse 20
à 40 habitants/km 2 , Je temps de jachère diminue et devient inefficace : on parle d'une zone
dense dégradée dès que la population atteint une centaine d'habitants par km2 . Les adultes
sont alors obligés de migrer en saison sèche pour trouver un complément de ressources pour
assurer la subsistance de leur famille (ex. Burkina Faso).

Curieusement, dans d'autres zones tropicales plus humides, à deux saisons culturales ou
sur des sols plus riches, volcaniques, par exemple, comme à Java, on ne parle de forte
densité qu'au-delà de 250 à 750 hab/km 2 . Les cas du Rwanda et du Burundi sont flagrants;
malgré des sols très acides et des pentes dépassant 30 à 80 %, les familles se débrouillent
mieux qu'au Sahel avec un seul ha à condition d'intensifier le système de production,
d'associer des cultures, d'introduire des arbres et de gérer les animaux en stabulation, de
recycler rapidement tous les résidus et d'arrêter l'hémorragie de nutriments par érosion et
drainage.
26 Evolution historique des stratégies de lutte antiérosive

On peut donc penser que le milieu se dégrade avec la densité de population jusqu'à
atteindre certains seuils au-delà desquels les paysans sont contraints de changer de système
de production. C'est le cas des zones soudano-sahéliennes sous l'impact de la longue
sécheresse de ces vingt dernières années (la population n'augmente presque plus à cause de
l'émigration). Les paysans du Yatenga acceptent d'investir 30 à 100 jours par an pour
installer des structures antiérosives qui leur permettent de mieux gérer l'eau et la fertilité de
leurs parcelles : cordons de pierres, mares, lignes d'arbres ou bandes enherbées,
reconstitution des parcours et des parcs arborés sur des blocs cultivés (Roose et Rodriguez,
1990 ; Roose, Dugué et Rodriguez, 1992).

LES STRATEGIES TRADITIONNELLES DE LUTTE ANTIEROSIVE

Depuis 7.000 ans, l'homme a accumulé les traces de sa lutte contre l'érosion, la dégradation
des sols et le ruissellement, en vue d'améliorer la gestion de l'eau et la fertilité des sols
(Lowdermilk, 1953). On constate que les méthodes traditionnelles sont strictement liées aux
conditions socio-économiques.

La culture itinérante (shifting cultivation) est la plus ancienne stratégie utilisée sur tous
les continents à une époque où la population est peu dense (20 à 40 habitants/k.m 2 en fonction
de la richesse du sol et de l'humidité du climat). Après défrichement, on cultive sur les
cendres et on abandonne la terre dès qu'elle ne rend plus assez pour le travail fourni
(envahissement des adventices et perte des nutriments les plus assimilables). Pour que le
système reste équilibré il faut une réserve de terre considérable (environ 20 fois la surface
cultivée). Si la pression démographique augmente, le temps de jachère diminue et le sol se
dégrade progressivement. Ces stratégies peuvent être bien adaptées dans les zones peu
peuplées, sur les sols profonds recevant plus de 600 mm de pluie par an.

AI' opposé, les gradins en courbe de niveaux (bench terracing) ou les terrasses
méditerranéennes irriguées apparaissent dès lors que la population est dense, que la surface
cultivable est rare (hormis en montagne) et que le travail manuel est bon marché. Ces
stratégies, qui demandent 600 à 1 200 jours de travail par hectare pour construire et
entretenir ces structures, puis un immense effort pour restaurer la fertilité des sols, ne sont
acceptées par les paysans que dans les cas où ils n'ont pas d'autre choix pour subsister, ou
produire des cultures rentables. C'est le cas des Kirdis du Nord Cameroun, résistant à
l'emprise de l'Islam, ou encore des Incas au Pérou, dans la région de Machu Pichu, qui, au
15 ème siècle, ont construit des terrasses en gradins remarquables pour se défendre contre les
incursions des peuples de l'Amazonie ... puis des Espagnols (Guide Bleu du Pérou,
Hachette: 246-247).

Les billons, les cultures aSSOClees et l'agroforesterie. Dans les zones forestières
humides et volcaniques du Sud-Ouest du Cameroun, les Bamileke ont réussi à assurer un
équilibre raisonnable du milieu malgré une forte population (150 à 600 hab/k.m 2 ) en
combinant les cultures associées couvrant toute l'année de gros billons, à divers systèmes
agro-forestiers.

Les alignements de pierres et les murettes combinés à l'entretien de la fertilité par


la fumure organique. Comme d'autres ethnies en Afrique, les Dogons du Mali se sont jadis
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 27

retranchés dans les falaises gréseuses de Bandiagara pour résister à l'influence musulmane.
Pour survivre, ils ont dû développer toute une série de méthodes conservatoires :

o petits champs entourés de blocs de grès piégeant le sable en saison sèche et le


ruissellement lors des pluies,

o murettes de pierres et remontée de terre sableuse depuis la plaine pour créer des sols sur
les dalles gréseuses servant d'impluvium,

o structures en nid d'abeille servant d'unité de production pour des oignons Irngués à
l'aide de calebasses,

o paillage et compostage des résidus de culture, des déchets familiaux et déjections


animales pour entretenir les jardins familiaux en milieux arides et sableux.

Le bocage ou l'association étroite entre les cultures, l'élevage et l'arboriculture.


L'Europe a déjà connu plusieurs crises d'érosion. La plus connue se situe au Moyen-âge,
lorsque sous la pression démographique, il fallut abandonner la jachère naturelle. Le travail
du sol et l'enfouissement du fumier furent introduits pour restaurer plus vite la fertilité
chimique et physique des sols. L'élevage a été associé à la culture et les paysages ont été
cloisonnés par une succession de bosquets, de petits champs et de prairies clôturées par des
haies vives.

Mais actuellement, la mécanisation et l' industrial isation de l'agriculture, la crise


économique et la désintégration des sociétés traditionnelles entraînent l'abandon de ces
méthodes décrites avec admiration par des géographes et des ethnologues, mais méprisées par
les experts" modernes" en conservation des sols qui les considèrent comme insuffisantes pour
résoudre les problèmes d'aménagement des grands bassins versants (Critchley, Reij et
Seznec, 1992).

Il faudrait, sans doute, reconsidérer ces positions et, sans vouloir idéaliser les stratégies
traditionnelles, analyser leur aire de répartition, les conditions de leur fonctionnement, leur
efficacité, leur coût, leur dynamisme actuel, et surtout développer les possibilités de leur
amélioration.

LES STRATEGIES MODERNES D'EQUIPEMENT HYDRAULIQUE DES CAMPAGNES

Plus récemment, se sont développées diverses stratégies modernes de lutte antiérosive


orientées essentiellement vers l'amélioration foncière, l'exécution de travaux structurant le
paysage (terrassements) et l'équipement hydraulique agricole. La priorité a été accordée à la
réalisation de dispositifs mécaniques de gestion des eaux.

La restauration des terrains en montagne (RTM) s'est développée en France à partir


de 1850, puis dans les montagnes d'Europe où, pour protéger les plaines fertiles et les voies
de communication des dégâts des torrents, les services forestiers ont racheté les terres
dégradées en montagne, reconstitué la couverture végétale et corrigé les torrents par des
techniques de génie civil et biologique. Il fallait faire face à une crise où les petits paysans
28 Evolution historique des stratégies de luue antiérosive

montagnards ne pouvaient survivre sans mener leur troupeau sur les terres communales qu'ils
ont fini par dégrader des suites du surpâturage (Lilin, 1986).

La conservation de l'eau et des sols (CES) cultivés a été organisée aux Etats Unis
d'Amérique depuis 1930 par des agronomes. L'extension rapide des cultures industrielles peu
couvrantes comme le coton, l'arachide, le tabac ou le maïs dans la Grande Plaine, a
déclenché une érosion catastrophique par le vent (dust bowl = ciel noir en plein jour) et par
l'eau. En 1930, en pleine crise économique, 20 % des terres cultivables étaient dégradées par
l'érosion. Sous la pression de l'opinion publique, l'Etat a dû réagir. Sous l'impulsion de
Bennet (1939) s'est constitué un service de conservation de l'eau et des sols, présent dans
chaque canton, pour conseiller et aider les fermiers qui demandent un appui technique et
financier pour aménager leurs terres ; les services centraux (agronomes et hydrologues)
effectuent les études et les projets.

Sur le plan de l'approche du problème de la lutte antiérosive, deux écoles s'affrontent


encore aujourd'hui:

o L'une, à la suite de Bennet observe que c'est le ravinement qui provoque les transports
solides les plus spectaculaires: or, le ravinement provient de l'énergie du ruissellement
qui est fonction de sa masse et de sa vitesse au carré (E. Ruiss. = 112 My2). La lutte
antiérosive s'organise donc autour des moyens mécaniques de réduction de la seule
vitesse du ruisseIlement et de sa force érosive (banquette de diversion, seuils et exutoires
enherbés) sans réduire la masse de ruissellement aux champs.

o L'autre école, à la suite des travaux de EIIison (1944) sur les processus de battance des
gouttes de pluie et des équipes de Wischmeier (1960), rappeIle que le ruisseIlement se
développe après la dégradation de la structure de la surface du sol par l'énergie des
gouttes de pluie. La lutte antiérosive s'organise cette fois sur les champs autour du
couvert végétal, des techniques culturales et d'un minimum de structures dans le
paysage.

Ces deux concepts ont été identifiés en France sur les terres de grande culture:

• l'un sur limons battants, surtout en hiver (sol fermé peu couvert),
• l'autre sur ces même terres, lors des orages au printemps, sur lits de semence et
surtout sur des sols sableux (dans la Sarthe ou le Sud Ouest de la France).

A partir d'une analyse de fonctionnement de l'érosion et du ruisseIlement (causé par la


saturation du milieu ou par l'état de surface battant), on arrive à évaluer Je poids relatif
des érosions aréolaires et linéaires et d'en déterminer les conséquences en terme de
stratégie de lutte antiérosive (communication de Lilin, 1991).

La défense et restauration des sols (DRS) [planches photographiques 8 et 9] s'est


développée en Algérie, puis autour du bassin méditerranéen vers les années 1940-60, pour
faire face à de graves problèmes de sédimentation dans les retenues artificieIles et de
dégradation des routes et des terres. Il s'agissait avant tout de mettre en défens les terres
dégradées par le surpâturage et le défrichement, et de restaurer leur potentiel d'infiltration
par l'arbre, considéré comme le moyen le plus sûr d'améliorer le sol. D'énormes moyens
mécaniques et une main-d'oeuvre locale abondante ont été mis en oeuvre pour capter le
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 29

ruissellement en nappe dans les terres cultivées (diverses banquettes, levées de Monjauze,
etc ... ) pour reforester les terres dégradées et pour structurer des zones d'agriculture intensive
(Plantie, 1961; Putod, 1960; Monjauze, 1964; Greco, 1978).

La préoccupation des forestiers était d'abord, de régénérer l'agriculture, et cela s'est fait
dans le cadre de la "Rénovation Rurale" (Monjauze, 1964). Pour les forestiers, le concept
ORS, de conservation ou de restauration des sols, était plus important que dans le cadre de
la RTM.

Mais, cette opération s'est déroulée dans un contexte politique autOrItaire (guerre
d'Algérie) et la finalité sociale de lutte contre le chômage est devenue rapidement prioritaire
(creusement de fossés) pendant que les autres moyens étaient bloqués par la situation politique
(communication de Mura, 1991).

Toutes ces démarches n'ont pas été totalement inutiles, comme le laissent entendre
certaines critiques, car sans elles, la dégradation des paysages serait sans doute pire encore.
Cependant, on s'est mis à douter sérieusement du bien-fondé de la démarche de CES
lorsqu'une enquête américaine a révélé que, finalement, l'érosion n'avait guère modifié la
productivité des terres profondes. Dans bien des cas, on a prouvé que les sols étaient une
ressource renouvelable, mais que leur restauration a un prix souvent incompatible avec la
pression économique. Sous la pression démographique et la pression foncière, on connaît
cependant des exemples au Burkina Faso, au Rwanda comme en Haïti, où des terres
dégradées ont été restaurées en un temps record (un an).

LA GESTION CONSERVATOIRE DE L'EAU, DE LA BIOMASSE ET DE LA


FERTILITE DES SOLS (GCES) [planches photographiques 24 et 25]

Depuis 1975-80, de nombreuses critiques de chercheurs, de socio-économistes et d'agronomes


se sont élevées pour constater l'échec fréquent des démarches d'aménagement hydraul ique
menées trop rapidement sans tenir compte de l'avis des populations (Lovejoy et Napier,
1986).

Aux Etats Unis, malgré 50 ans de travaux remarquables des services de CES et des
millions de dollars investis chaque année, 25 % des terres cultivées perdent encore plus de
12 t/ha/an, limite de tolérance sur les sols profonds. Si on n'a plus enregistré de vent de
sable aussi catastrophique que dans les années 30, la pollution et l'envasement des barrages
continuent de poser de graves problèmes. Pour améliorer l'efficacité de la démarche
purement volontariste des paysans souhaitant protéger la productivité de leurs terres, l'Etat
a promulgué des lois (sur la mise en culture des prairies, des marais et des terres fragiles),
contraignant l'agriculteur à respecter des règles d'aménagements conservatoires, faute de
quoi, il perd ses droits à tous les encouragements financiers destinés à soutenir l'agriculture
américaine.

Au Maghreb et en Afrique de l'Ouest, les paysans préfèrent souvent abandonner les


terres aménagées par l'Etat plutôt que d'entretenir des moyens de protection dont ils ignorent
l'objectif (et la propriété) (Heusch, 1986).
30 Evolution historique des stratégies de IUlle antiérosive

Les raisons évoquées de ces échecs partiels sont multiples (Marchal, 1979; Lefay, 1986,
Reij et al., 1986) :

o choix de techniques peu adaptées au sol, au climat, à la pente;


o mauvaise planification ou réalisation peu soignée ou absence de suivi et d'entretien;
o absence de préparation des bénéficiaires et rejet du projet à cause d'une perte de surface
non compensée par l'augmentation des rendements;
o désorganisation des unités de production (parcelles morcelées et isolées).

UNE STRATEGIE FONDEE SUR LE DEVELOPPEMENT AGRICOLE

Devant ces échecs, il fallait développer une nouvelle stratégie qui prenne mieux en compte
les besoins des gestionnaires des terres, tant paysans qu'éleveurs, en proposant des méthodes
qui améliorent à la fois la capacité d'infiltration du sol, sa fertilisation et les rendements, ou
mieux, la marge bénéficiaire des paysans (Roose 1987). Cette méthode a été appelée "Land
Husbandry" par Shaxson, Hudson, Sanders, Roose et Moldenhauer en 1988, et "La gestion
conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols" par Roose en 1987.

La GCES prend pour point de départ, la façon dont les paysans ressentent les problèmes
de dégradation des sols et comporte trois phases :

IODes dialogues préparatoires entre paysans, chercheurs et services techniques. Cette


phase comprend deux enquêtes pour localiser les problèmes, évaluer leur importance,
leurs causes et les facteurs sur lesquels on va pouvoir jouer pour réduire le ruissellement
et l'érosion. Elle comporte aussi des "tours de terroir" avec la communauté villageoise
pour développer leur sens de la responsabilité communautaire et découvrir la façon dont
ils ressentent les problèmes de dégradation et les stratégies qu'ils mettent déjà en oeuvre
pour améliorer l'usage de l'eau, entretenir la fertilité des sols, renouveler la couverture
végétale et maîtriser la divagation du bétail. L'enquête porte aussi sur les contraintes
socio-économiques, facteurs limitants, statut foncier, crédit, formation et disponibilité
en main d'oeuvre.

20 Des expérimentations sur les champs sont mises en place chez les paysans pour
quantifier et comparer les risques de ruissellement ou d'érosion et les gains de
rendement sous différents types de mise en valeur ou de technique culturale améliorée.
Il s'agit d'établir un référentiel et de vérifier la faisabilité, la rentabilité et l'efficacité des
méthodes antiérosives préconisées : l'évaluation doit être faite conjointement par les
paysans et les techniciens.

30 Enfin, un plan d'aménagement global doit être défini après 1 à 5 ans de dialogue pour
intensifier rationnellement l'exploitation des terres productives, pour structurer le
paysage et pour fixer les ravines, stabiliser les terres en privilégiant les méthodes
biologiques simples et maîtrisables par les paysans eux-mêmes. Rien ne peut se faire
sans l'accord préalable des paysans amenés à gérer l'ensemble de leur terroir.

En fonction des conditions socio-économiques locales (gros propriétaires à la pointe du


progrès ou petits paysans luttant pour leur survie), les solutions seront bien différentes, même
si le milieu physique est le même. Là, se trouve une différence majeure des approches
développées jusqu'ici: la diversité des solutions en fonction des conditions humaines.
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 31

DE LA CONSERVATION DES SOLS A LA GESTION DE LA BIOMASSE ET DE LA FERTILITE DES SOLS

Récemment, il est apparu clairement que la conservation des sols qui se limite à réduire le
tonnage de terre emportée par l'érosion ne pouvait satisfaire les paysans des régions
tropicales.

En effet, les spécialistes ont proclamé longtemps qu'il faut conserver les sols pour
maintenir la productivité des terres, "protéger le patrimoine foncier pour les générations
futures" - (titre de la cinquième Conférence lSCO à Bangkok, 1988). C'est un devoir social
et un investissement à long terme !

Les paysans (plus ou moins forcés) ont accepté de déployer des efforts considérables
pour aménager leurs terres contre l'érosion, mais ils ont été déçus de constater que la terre
continuait à se dégrader et les rendements des cultures à décroître. Les structures antiérosives
imposées (fossés, banquettes de diversion, diguettes) ont souvent réduit la surface cultivable
(de 3 à 20 %) sans pour autant améliorer la productivité des parcelles "protégées". Si on
veut motiver les paysans, conserver les sols en place ne suffit pas: il faut gérer l'eau et
restaurer simultanément la fertilité des sols pour augmenter significativement les
rendements de ces sols tropicaux déjà très pauvres pour la plupart (en particulier les sols
ferrallitiques et ferrugineux tropicaux, sableux en surface).

La GCES doit être rentable immédiatement: le défi est de doubler la production en


10 ans pour rattraper la croissance démographique. La CES est indispensable pour arrêter
les pertes d'eau et de nutriments gaspillés par l'érosion et pour maintenir la capacité de
stockage du sol. Mais la CES est insuffisante car le paysan a besoin d'être payé
immédiatement de son effort pour protéger sa terre. Ceci est possible, tout au moins pour les
sols suffisamment profonds, si on entreprend à la fois l'amélioration de la gestion des
nutriments et des eaux de surface (drainage en cas d'engorgement, soussolage des croûtes
calcaires ou des horizons tassés, labour grossier ou paillage si la surface s'encroûte).

En milieu traditionnel, c'est la jachère longue qui rétablit à la fois un bon état structural
du sol, des teneurs suffisantes en matières organiques et la disponibilité en éléments nutritifs
pour les plantes. Le brûlis peut remonter le pH de un ou deux points et supprimer la toxicité
aluminique, surtout en zone humide. Mais, avec la croissance démographique et
l'augmentation des besoins, la durée de la jachère a tant diminué qu'elle n'arrive plus à
restituer la fertilité du sol. La mécanisation des techniques culturales a permis l'extension des
surfaces cultivées plus que la croissance des rendements (Pieri, 1989). Dans de nombreuses
régions, toutes les terres cultivables ont déjà été défrichées: il faut maintenant intensifier la
productivité du capital foncier.

Dans un premier temps, l'intensification a été comprise par les paysans comme la
réduction du temps de la jachère et l'extension des cultures à toutes les terres cultivables:
les rendements moyens (600 kg/ha) se sont maintenus grâce au défrichement de nouvelles
terres.

Dans un deuxième temps, l'encadrement rural a proposé le labour en culture attelée, les
semences sélectionnées (en station) et traitées contre les maladies. La fertilisation minérale
"vulgarisée" est restée très modeste (moins de 100 kg/ha de NPKCa). Les rendements sont
passés de 600 à 1100 kg/ha (céréales, arachide, coton), mais le bilan des matières organiques
32 EvoLution historique des stratégies de LUlle anriérosive

et des nutriments étant négatif, les sols se sont rapidement dégradés ... ainsi que les
rendements. On a cherché alors à améliorer la jachère et la production fourragère.

Enfin, des sociétés de développement ont proposé des systèmes de culture intensifs
coton et maïs en zone soudanienne ou arachide-mil en zones plus arides et plus sableuses. Ces
systèmes combinent des apports plus importants d'engrais minéraux (plus de 200 kg/ha sur
la culture de rente), le travail du sol (labour avec retournement et sarclage buttage), la
traction bovine (qui suppose le démarrage d'une production fourragère et de fumier à
l'échelle de chaque exploitation), des rotations où la jachère est exclue pendant 10 ans ou
réduite à une culture fourragère (souvent légumineuse), des variétés sélectionnées répondant
bien aux engrais, à l'usage régulier de pesticides et d'herbicides.

Les résultats furent encourageants, mais très variables en fonction des conditions
pluviométriques, des types de sol et des conditions socio-économiques (Pieri, 1989). Les
rendements des cultures ont été multipliés par 2 à 4 (l 500 à 2 500 kg/ha) et jusqu'à dix en
station sur sols profonds à texture équilibrée. Mais au bout de 5 à 10 ans, l'amélioration du
rendement par les engrais minéraux a diminué de 10 % par an. Le bilan des matières
organiques du sol sous culture à fertilisation purement minérale reste déficitaire. En zone de
savane, le stock d'humus du sol décroît de 2 % l'an sur les sols limono-sableux, de 4 % sur
les sols très sableux (A + L < 10 %) et jusqu'à 7 % si l'érosion et/ou le drainage sont
importants.

L'enfouissement des résidus de culture - ou ce qu'il en reste au début de la saison des


pluies (moins de 10 %) - ne suffit pas, d'autant plus que ces résidus sont valorisés ailleurs
par le bétail ou l'artisanat. L'enfouissement de pailles grossières (C/N < 40 d'où une faim
d'azote) ou d'engrais vert "excite", l'activité microbienne pendant quelques mois et accélère
en définitive la minéralisation des réserves d'humus stable. Seul, l'apport de fumier ou de
compost bien décomposé (C/N < 15) (3 à 10 t/ha/an) et complété d'un appoint minéral
indispensable pour corriger les carences du sol, semble maintenir la productivité des terres:
il maintient le taux de matières organiques du sol (donc la structure et le stockage de l'eau
et des nutriments), évite l'acidification, favorise l'enracinement profond et les activités
biologiques (micro et mésofaune) (Chopart, 1980).

L'érosion, le mauvais travail du sol (pulvérulent ou trop tardif) et l'apport d'engrais


azotés, accélèrent l'épuisement du stock de matières organiques du sol. Par contre, la rotation
entre divers types de culture, la fumure minérale complète, le travail du sol laissant une
surface rugueuse, le travail minimum du sol sur la ligne de semis combiné à une litière de
résidus sur la surface du champ, les jachères produisant une grande biomasse racinaire
(Andropogon, Pennisetum ou légumineuses cultivées) retardent l'épuisement des matières
organiques du sol.

Or, en zone tropicale sur les sols ferrallitiques et ferrugineux tropicaux à argile
kaolinitique, les matières organiques du sol jouent un rôle majeur dans la protection de la
structure du sol et de la capacité de stockage de l'eau et des nutriments. L'argile kaolinite
n'ayant qu'une capacité d'échange de cation de 14 milliéquivalents par 100 grammes,
n'apporte que 1 à 2 méq dans les horizons colonisés par les racines (A + L ~ 20 %) :
l'humus par contre, peut fixer jusqu'à 250 méq par 100 g.
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 33

Bien que les rendements des cultures ne soient pas directement liés aux taux de matière
organique du sol, si on dépasse certains seuils (Mo/[A + L] < 0,07), la structure s'effondre,
le ruissellement et l'érosion s'accélèrent, l'enracinement est moins efficace car le sol se tasse,
les nutriments sont moins accessibles. Un sol dégradé rentabilise moins bien les engrais car
l'eau est moins disponible dans un sol compact (Pieri et Moreau, 1987).

On a cru un moment que grâce aux apports minéraux massifs comprenant la dose de
correction des carences du sol (investissement tous les 4 à 10 ans) et la dose d'entretien
(exportation par les récoltes), on allait résoudre tous les problèmes : augmenter les
rendements et la biomasse disponible pour améliorer le taux de matière organique du sol. On
avait oublié les risques d'acidification par l'azote et les autres engrais acides (sulfates et
chlorures), les pertes par érosion et drainage, et surtout, la minéralisation rapide des matières
organiques, accélérée encore dans les sols travaillés. Même si cet apport massif d'engrais est
possible sur le plan technique, il n'est pas toujours rentable. Par exemple, on a montré qu'en
bananeraie intensivement irriguée en basse Côte d'Ivoire sur des sols ferrallitiques très
désaturés, on a perdu par érosion et surtout par lixiviation, 9 % du phosphore (P), 100 %
de la chaux et du magnésium (l tonne de dolomie) et 60 % de l'azote et du potassium (au
moins 300 unités) pourtant répartis en dix doses annuelles autour de chaque pied (Roose et
Godefroy, 1967 à 75). On a également constaté une tendance à l'acidification des sols
sableux, en cas d'abus d'engrais azotés, de sulfate et de chlorure (Boyer, 1970).

Un nouveau virage s'est effectué lorsque les économistes de la Banque Mondiale ont
exigé la vérité des prix des engrais pour réduire le gaspillage! Les subventions aux engrais
étaient destinées à réduire les coûts énormes du transport. Les supprimer, c'était interdire
l'accès de cette technologie moderne aux petits paysans dispersés dans des milliers de
villages. C'était supprimer une possibilité de valoriser leur travail. Il a donc fallu retourner
aux ressources régionales (calcaires et phosphates naturels concassés) et aux ressources
locales (la biomasse plus ou moins transformée). Cependant, on s'est bien vite rendu compte
qu'on courrait vers un déséquilibre fatal entre les apports de nutriments, les fuites par érosion
ou drainage, et les pertes par exportation des cultures (Breeman, 1991).

Les jachères forestières sont capables de puiser en profondeur des éléments nutritifs
(issus de l'altération des minéraux, de la récupération des solutions drainant au-delà des
racines des cultures) et de les recycler à la surface du sol (8 à 15 t/ha/an d'apport de litière).
Il faut 8 à 20 ans dans la zone forestière subéquatoriale, 15 à 30 ans en zone forestière
soudanienne et 30 à plus de 50 ans en zone sahélienne, pour reconstituer les sols. Par contre,
la dégradation de l'horizon de surface est beaucoup plus rapide. En l'espace de 2 à 6 ans de
cultures intensives, les réserves nutritives sont épuisées et en 15 à 20 ans, le milieu poral est
dégradé et l'érosion sélective ne laisse en place qu'un horizon de sable. De plus, si le sol est
carencé parce que la roche mère est pauvre en cet élément, la végétation le sera aussi, la
litière et l'humus également, et l'on ne pourra échapper à un apport minéral
complémentaire.

En savane, où la biomasse provient en grande partie d'herbes qui brûlent chaque année,
la fertilité est concentrée par les animaux qui récoltent la biomasse dispersée sur les parcours
(souvent des terres très pauvres impropres à la culture) et la restituent dans le parc de nuit
sous forme de fumier. En réalité, il n'y a pas de fumier véritable (fermentation à 80° C qui
tue les graines), mais de la "poudrette", déjections séchées au soleil et réduites en poudre par
le piétinement des animaux maintenus dans un parc sans litière. Ce mélange de terre boueuse
34 Evolution historique des stratégies de lutte antiérosive

et de matières organiques mal décomposées contient beaucoup de graines d'adventices et


d'arbustes fourragers prêtes à germer. Cette matière peu organique a perdu malheureusement
beaucoup d'azote, par gazéification au soleil puisqu'il manque de paille pour piéger l'azote
et former de l'humus. On pourrait aisément améliorer la production de fumier en quantité et
qualité en adoptant une forme plus ou moins poussée de stabulation des animaux sur une
litière de paille (récupération des déjections liquides et diminution des pertes par drainage),
à l'ombre d'un toit rudimentaire en attendant de disposer de la canopée des arbres. Le rôle
des arbres, dans l'aménagement d'une fumière-compostière, est de créer une ambiance plus
tempérée, de protéger la biomasse en fermentation des rayons directs du soleil, de réduire
l'évaporation (donc les besoins en eau), de récupérer une partie de ces pertes de nutriments
dans les eaux de drainage, et de produire une litière plus riche en éléments nutritifs que les
pailles des graminées [planches photographiques 30 et 31].

Mais les apports de fumier par le bétail ont une limite. En système extensif, une vache
donne 0,6 t/ha/an de poudrette, alors qu'il faut 3 t/ha/an de fumier pour entretenir le niveau
de carbone du sol au-dessus du seuil critique. Il faut donc 5 vaches pour produire 3 tonnes
et entretenir un hectare de cultures. Or, il faut 4 hectares de parcours extensif pour nourrir
une vache : il faut donc 20 hectares de parcours extensif pour entretenir par la fumure
organique un hectare de terre cultivée. On peut améliorer ces performances en élevage
intensif. D'une part, en constatant qu'avec les résidus de la culture d'un hectare on peut
entretenir une vache, ensuite qu'on peut produire jusqu'à 1,5 t de fumier par vache si on la
maintient sur une litière pendant la nuit et les heures chaudes de la journée. Enfin, avec un
hectare de culture fourragère intensive, on peut entretenir les deux vaches nécessaires pour
produire les trois tonnes de fumier.

Mais, du point de vue du sol, la restitution par le fumier des nutriments compris dans
la biomasse digérée par les animaux n'est que de 30 % à 40 %. En effet, toute
transformation a un rendement. Les meilleurs animaux fixent jusqu'à 70 % des nutriments
contenus dans leur nourriture pour former des os (Ca + P), des protéines (N-P-S, magnésium
et divers oligoéléments) qui seront en majorité perdus pour le sol. Il serait bon de ramener
au sol les poudres d'os, de sang, de cornes, de sabots et autres produits animaux non utilisés
ailleurs. On constate en réalité, dans les systèmes intensifs du Rwanda, où la densité de
population dépasse 250 habitants/km 2 , que la fumure organique ne permet d'entretenir
qu'un tiers de l'exploitation (souvent moins d'un hectare pour nourrir 4 à 10 personnes),
le reste du terrain étant réservé à des cultures très peu exigeantes, comme le manioc et les
patates douces. L'élevage de petit bétail sur les terres communales et les chemins, est souvent
le seul moyen pour les petits paysans, de survivre, d'amasser un petit capital pour parer aux
besoins urgents de la vie (maladies, accidents) et aux relations sociales (mariages ou
funéraillles, etc ... ) (Roose et al., 1992).

Le compostage est une filière encore plus longue pour transformer la biomasse (6 à 18
mois) et dont les rendements sont aussi faibles que pour le fumier. C'est pourtant une
pratique valable pour ceux qui ne possèdent pas d'élevage (les paysans les plus pauvres) ou
qui disposent de grandes quantités de déchets industriels (parche de café, drèches de
brasserie, ou gadoues de ville, etc ... ). L'obstacle majeur est le travail nécessaire à la
réalisation d'un bon compost. On a essayé de creuser des compostières au champ pour éviter
le double transport des pailles et résidus de culture, mais la plupart sont restées vides et le
compost est de mauvaise qualité. Les seules fosses efficaces sont les "compostières-fumières-
poubelles", fosses proches de 1'habitat, où sont entassés tous les résidus disponibles en même
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 35

temps que les cendres et les déchets du foyer. Pour que le mélange fermente avec moins de
perte, on préconise des petites fosses (4 x 2 m) plantées d'arbres qui fournissent l'ombrage,
une ambiance fraîche et humide, de la biomasse riche en minéraux et dont les racines
récupèrent les solutions lessivées du tas de compost par les eaux de drainage. Comme on ne
peut produire qu'un maximum de 5 t/ha/an et par famille, soit (0,2 à 0,5 ha fumé par
exploitation), il faut encore trouver des solutions complémentaires pour fumer l'ensemble de
l'exploitation, mais c'est une bonne base pour démarrer les cultures maraîchères.

L'enfouissement des résidus et des adventices: on ignore souvent la masse des résidus
de culture, de racines et surtout des adventices que les paysans enfouissent lors des labours
et sarclages. C'est pourtant une filière courte (1 à 3 mois) qui permet un recyclage rapide des
nutriments contenus dans la biomasse. Il existe d'ailleurs diverses méthodes traditionnelles
où l'on ramasse en tas les adventices pour les faire sécher, puis on les recouvre d'une butte
de terre que l'on plante aussitôt de patates douces. A la récolte de celles-ci, la terre riche en
matière organique est répandue alentour. Ces enfouissements répétés dans l'année de matières
organiques fraîches, permettent de maintenir un certain niveau de carbone organique dans le
sol, mais leur action sur la fertilité du sol et sur sa résistance à l'érosion, est limitée. D'une
part, les paysans exploitent de plus en plus cette biomasse pour l'élevage des animaux,
puisque les jachères disparaissent. D'autre part, l'élévation de 1 % du taux de matières
organiques du sol ne réduit que de 5 % l'érodibilité du sol (Wischmeier, Johnson et
Cross, 1972). Or, il faut des apports considérables de matières organiques évoluées pour
augmenter de 1 % le taux de carbone de 10 cm de sol (1 % de 1 500 tonnes de terre).
L'enfouissement brutal de 15 tonnes de paille peu évoluée entraîne par ailleurs une faim
d'azote (fixé par la masse microbienne) et réduit les rendements.

Le paillage épais (7 à 10 cm, ou 20 à 25 tonnes de paille par hectare) est une méthode
très efficace pour réduire l'évaporation, la croissance des adventices, maintenir l'humidité
du sol en saison sèche et arrêter l'érosion. C'est aussi une filière courte pour restituer la
totalité de la biomasse et les nutriments qui la constituent (K Ca Mg, C, d'abord par
lessivage, N et P à mesure de la minéralisation et de l'humification à travers la méso et la
microfaune). La disparition de la litière est 30 % plus lente que lorsque la matière organique
est enfouie par le labour. Les risques de carence en azote sont moins graves. Sous forêt, où
les sols sont souvent les meilleurs, la litière n'est jamais enfouie par labour, mais par les vers
de terre, les termites et autre mésofaune : les sols non dégradés sont tout à fait capables
d'ingérer les matières organiques déposées à la surface. Sous caféiers et bananiers, le paillage
a fait ses preuves: ce sont les parcelles les moins érodées, les moins dégradées des collines
cultivées depuis longtemps. Malheureusement, on ne dispose pas d'une masse suffisante de
résidus végétaux pour couvrir toutes les terres cultivées. Mais, un paillage léger (2 à 6 t/ha),
répandu en début de saison des pluies, une fois le sol travaillé et semé, dissipe l'énergie des
gouttes de pluie et celle du ruissellement et maintient plus longtemps une bonne infiltration
en même temps qu'une bonne activité de la mésofaune. Même si le paillage ne couvre que
50 % de la surface du sol, il peut réduire de 80 % les risques d'érosion. Sur sol encroûté,
il réduit bien l'érosion, moins le ruissellement. Mais de toutes façons, le paillage apporte des
éléments nutritifs ainsi que des matières organiques fraîches à la surface du sol qui améliorent
sa structure.

Aucune de ces méthodes de recyclage n'est parfaite. Elles doivent être combinées pour
profiter de toutes les opportunités [planches photographiques 28 et 29].
36 Evolution historique des stratégies de IUlle antiérosive

L'agroforesterie [planches photographiques 18 et 19], et en particulier l'implantation


de haies vives tous les 5 à 10 mètres, permet de produire une masse de fourrage et de
paillage qui peuvent retourner au sol durant la culture. On utilise généralement des arbustes
légumineuses ayant un enracinement profond et capables de produire entre 4 et 8 tonnes de
matière organique sèche/ha/an (Balasubramanian et Sekayange, 1992 ; Ndayizigiye, 1992 ;
Konig, 1992). Mais, malgré tous ces apports de matière organique, il est nécessaire de
prévoir un apport minéral complémentaire. D'une part pour amender le milieu, amener
le pH au-dessus de 5 pour supprimer la toxicité aluminique et permettre aux légumineuses
de se développer ; d'autre part, pour compenser les carences du sol en fournissant
directement à la plante les nutriments dont elle a besoin, où elle en a besoin et au moment
où elle est capable de les stocker.

La correction directe des carences minérales du sol est souvent trop coûteuse et peu
raisonnable tant que le système de stockage du sol n'est pas amélioré (matière organique et
taux d'argile). On constate aussi dans bien des cas, une rétrogradation du phosphore en
présence de fer et de calcaire, ou une rétrogradation du potassium si l'environnement
comprend des argiles gonflantes (montmorillonites). Il existe aussi de nombreuses fuites dans
les systèmes "sols" des zones tropicales humides. D'abord par érosion, ensuite par drainage,
et enfin par gazéification. D'où les règles suivantes pour réduire les risques de lixiviation:

o fractionner les doses d'engrais (1/3 au semis, 1/3 au tallage ou à la montaison, et 1/3
à l'épiaison),

o apporter les amendements calcaires après la période des fortes averses,

o calculer les doses en fonction de la capacité du sol et des plantes à les stocker,

o choisir les nutriments sous forme assimilable pour les plantes,

o augmenter la capacité de stockage du sol par apport de matière organique ou d'argile à


haute capacité de fixation (smectite gonflante),

o disposer les engrais sur toute la zone couverte par les racines,

o supporter l'activité d'une certaine couverture d'adventices, quitte à les rabattre en temps
opportun pour former une litière (ces herbages vont fixer temporairement les nutriments
susceptibles d'être lixiviés),

o équilibrer les apports en fonction des besoins des plantes et de la disponibilité du stock
du sol.

Si les essais de production de biomasse en vases de végétation (témoin + NPK + NP +


PK + NK) permettent de déceler l'importance relative des carences et les potentialités du sol,
le bilan des exportations montre la quantité minimale de nutriments à apporter pour atteindre
un objectif de production (Chaminade, 1965). Le suivi, au niveau des plantes (par analyse
foliaire) et du sol (analyse de sol), est coûteux, mais permet de suivre l'alimentation des
plantes et les carences du sol. Le mode d'échantillonnage est fondamental pour obtenir des
résultats significatifs (Pieri, 1989 ; Boyer, 1970).
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 37

LA RESTAURATION DES SOLS ET LA REHABILITATION DES TERRES

Avec la pression démographique, les périodes de sécheresse et le surpâturage que connaissent


de nombreuses régions tropicales semi-arides, la couverture végétale a été dégradée et les sols
ont été appauvris en matières organiques, en nutriments et en particules fines (érosion
sélective), éventuellement acidifiés puis décapés, destructurés, encroûtés par la battance et
compactés en profondeur suite au travail du sol et à la minéralisation des matières
organiques. Il existe donc des surfaces stérilisées importantes dans les terroirs (5 à 20 %),
non productives, mais qui génèrent une grande quantité de ruissellement, à l'origine des
problèmes de ravinement dans les bonnes terres de culture à l'aval.

Jusqu'ici, ces terres dégradées étaient confiées aux forestiers en vue de leur restauration.
Ceux-ci s'empressaient de les mettre en défens (c'est à dire de les protéger contre les feux
de brousse, contre les éleveurs coupables du surpâturage et les agriculteurs qui ont défriché
ces terres fragiles), d'y planter quelques espèces pionnières d'arbres et de gérer les eaux de
surface à l'aide de banquettes ou de fossés de diversion. Les gens et les bêtes étaient priés
de vivre ailleurs, sous peine d'amendes: d'où les tensions bien connues entre forestiers,
éleveurs et agriculteurs! La mise en défens est une méthode souvent très efficace si la
dégradation végétale n'est pas trop poussée, mais elle est difficile à faire respecter lorsque
la pression démographique est forte: son efficacité diminue en zone aride.

Dans le cadre de la GCES, il semble plus efficace et plus rentable pour les paysans de
s'attacher à l'aménagement des bonnes terres en production avant qu'elles se dégradent,
car on obtient une augmentation des rendements plus rapide et plus nette sur les terres
profondes que sur les terres caillouteuses épuisées. "Mieux vaut prévoir que guérir !".
Cependant, il existe quelques cas où la restauration des terres dégradées est prioritaire pour
les populations :

o la réhabilitation des terres caillouteuses (terres finies disent les haïtiens) de sommet de
colline, car le ruissellement qui s'en dégage ravine les bonnes terres cultivées à l'aval;

o la restauration des terres dégradées, mais qui ont encore un avenir agricole, une
possibilité de stockage de l'eau et des nutriments dans un profil suffisamment épais pour
assurer le cycle cultural malgré les aléas climatiques (plus de 30 cm de sol argileux, plus
de 60 cm de sol sableux) ;

o lorsque la pression foncière se fait sentir, il faut à tout prix non seulement restaurer,
mais créer des sols producteurs là où la roche peut collecter les eaux de pluie (cas des
Dogons au Mali).

LA REHABILITATION DES TERRES EN VUE D'UNE EXPLOITATION EXTENSIVE DES RESSOURCES


NATURELLES

Il s'agit d'intervenir légèrement pour favoriser la recrudescence du couvert végétal sans


modifier profondément les caractéristiques du sol :

o amélioration du stockage de l'eau en zone semi-aride sableuse par un rouleau


"imprinter" qui creuse de petites dépressions (pitting) où sont piégés l'eau de
ruissellement, le sable et les graines poussées par le vent (Dixon, 1983) : celle méthode
38 Evolution historique des stratégies de lutte antiérosive

TABLEAU 1
Recouvrement des sols dégradés à l'abri du pâturage (d'après Hijkoop, Poel et Kaya, 1991)

Traitement Recouvrement du sol en % % de


graminées en
après 1 an 3 ans (1989) 1989

Bande de 1 mètre de tiges de coton 45 98 70


Cordons pierreux (h = 20 cm, 1 = 30 cm) 48 98 74
Diguettes en forme Y, lune 2 52 62

2 lignes de boutures Euphorbia balsamifera


Travail + semis de Cenchrus ciliaris °
0,5
0,5
0,5
50
+
Témoin
° ° -

est efficace sur les zones sableuses, mais très peu sur les vertisols dégradés (Masse,
Pontanier , Floret, 1992) ;

o le travail grossier ou le soussolage crOise avec semis direct d'herbes pérennes ou


d'arbustes fourragers : cette méthode a un effet temporaire au Niger (Chare et al.,
1989), peu d'effet au sud du Mali sur bourrelet de berge dénudé (Pluie = 700 mm)
(Poel, Kaya, 1989), au nord Ouest du Burkina (Roose, Dugue, Rodriguez, 1992) sur
glacis gravillonnaire (Pluie = 500 mm) et au Nord Cameroun sur sol vertique dégradé
(Masse, Pontanier, Floret, 1992) ;

o mise en défens contre le feu et le pâturage: bonne efficacité sur les sols encore couverts
en partie, à Gansé au Burkina (pluie"", 700 mm) (Roose et Piat, 1984 ; Roose, 1992)
et à Kaniko au Mali (Poel et Kaya, 1989), mais sans intérêt si le sol est totalement
dénudé et encroûté (Poel et Kaya, 1989) ;

o épandage de brindilles et d'écorces d'arbres (Chase et Boudouresque, 1989 au Niger),


de tiges de coton (Poel et Kaya, 1989 au Mali - tableau 1) ou de tiges de sorgho
(Roose et Rodriguez, 1990 au Burkina) : c'est la méthode la plus efficace pour piéger
les graines et le sable poussés par le vent et pour attirer la mésofaune qui va rétablir la
capacité d'infiltration du sol en perforant la croûte de battance ;

o cordons de pierres isohypses, lignes de pailles, d'herbes, de cailloux et de branchages


agissent de la même façon que les précédents, mais ne provoquent la recrudescence de
la végétation que sur trois mètres de part et d'autre de l'obstacle perméable qui ralentit
le ruissellement et favorise la sédimentation ;

o les haies d'Euphorbia balsamifera ont du mal à survivre sur les sols profondément
dégradés et acides de Kaniko (Poel et Kaya au sud du Mali) ; par contre, des haies
d'Opuntia, en Algérie, ziziphus, d'acacia et divers épineux au Burkina, ont bien fixé le
terrain ... à l'abri du bétail (Roose et al., 1992) ;

Dies diguettes en terre et demi-lune ont une durée de vie éphémère et permettent
seulement l'installation de graminées dans la zone d'accumulation des eaux de
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 39

ruissellement, au Burkina (Roose, Dugué, Rodriguez, 1992) et au Mali (Poel et Kaya,


1989) ;

o sur les vertisols dégradés du Cameroun, seul l'isolement de casiers par des bourrelets
de terre a permis une légère amélioration de l'infiltration ... et de la production de
céréales (Masse, Floret, Pontailler, 1992) ;

o si la zone est parcourue par le bétail en saison sèche, la biomasse sera moins abondante
et les espèces survivantes seront différentes (Chase et al., 1989) (Poel et Kaya, 1989).

LA RESTAURATION DE LA PRODUCTIVITE DES TERRES AGRICOLES

Lorsqu'il s'agit de sols profonds et sains, mais qui ont été décapés par l'érosion ou dégradés
par des cultures n'équilibrant pas le bilan des matières organiques ni des nutriments, il est
rare que l'application d'une seule approche, biologique, physique ou chimique, donne
satisfaction. Par contre, dans les zones tropicales semi-arides et surtout semi-humides et
humides, la restauration de la productivité des sols peut être très rapide (l à 4 ans) à
condition de bien respecter les six règles suivantes (Roose et al., 1992) :

SIX REGLES A RESPECTER POUR LA RESTAURATION DES SOLS

10 Si le sol est décapé par l'érosion, il faut avant tout se rendre maître du ruissellement (cordon
de pierres, haies vives, etc ... ).

20 Si le sol est compact, il faut réaliser un travail profond pour restaurer la macroporosité de
la couverture pédologique.

30 La structure étant généralement instable, il faut en même temps enfouir un stabilisant (de
la matière organique bien décomposée, du gypse, de la chaux) et semer une végétation
produisant un enracinement profond et une biomasse exubérante capable de stabiliser les
macropores du profil (ex. sorgho, Sty!osanthes, Pennisetum, maïs, etc ... ).

4 0
Si l'horizon superficiel a été appauvri ou décapé, il faut réintroduire une microflore et une
mésofaune susceptibles de remettre en route l'évolution positive de la structure et
"assimilabilité des nutriments minéraux (fumier ou compost bien décomposés).

50 Si le sol est acide, il faut amender le sol jusqu'à ce que le pH dépasse 5 et que la toxicité
aluminique et manganique soit écartée.

60 Enfin, corriger progressivement les carences minérales du sol en alimentant les plantes
cultivées à leur rythme et en emballant le complément minéral (N et P) dans la fumure
organique pour éviter sa lixiviation par le drainage ou son immobilisation par le fer ou
l'alumine libre.

La jachère de hautes graminées exubérantes peut éventuellement améliorer les propriétés


physiques des sols riches pas trop dégradés par les cultures en climat soudano-guinéen (Morel
et Quantin, 1972). Par contre, en zone soudano-sahélienne, on ne peut attendre d'une jachère
40 Evolution historique des stratégies de lutte antiérosive

FIGURE 5
Le Zaï : méthode traditionnelle de restauration des sols (d'après Roose et Rodriguez, 1990)

Décembre à avril Avril à juin Juin-juillet Novembre

• CreusemenllOUS • Après la première pluie, • Démarrage • Récolte'


les 80 cm d'une cuverre appon de 2poignées de la saison des pluies, des panicules
0=4Dcm,H=15cm de poudrette 1= 3 t / ha!. el du fourrage.
• Levée précoce.
terre posée en croiSSent
• Les termites • Coupe des tiges
e<1 aval. • Enracinement profond.
y creusent des galeries vers 1m'
• L'Harmallan appone enrobées d'excréments • Sarclage Iimilé cache les tiges
des sables aux poquets, forestières de la vue
• Semis en pOQuet
et des matières du bétail.
à la deuxième pluie. • Germination de graines
organiques. ralentit le vent
forestières. dessècl\ant
• Eau infiltrée,
stockée en profondeur et l'érosion
• Concentration:
à l'abros de l'eau éolienne.
de l'évaporation des nutriments.
directe.

Casser le5 tiges vers 1 m


pour proteger du vent
et de la vue du bélall,
la frêle tige forestIère.

Les (ermites collectent


les matleres organiques,
creusent des galenes
,<:'''':f';'~"L-- Pivot profond
dans le fond de la cuvene,
d'ou enronnolr pour le rUissellement

• lai (en Moore) Signifie se hâter pour creuser en saison sèche le sol tassé et encroûté.
• Il permet de récupérer des terres abandonnées et de produire environ 800 kg / ha de grain dès la première année
et d'entretentr la fenilité du sol sur plus de 30 ans.
• Il concentre l'eau et la fenilité sous le poquet et permet d'associer à la culture des arbres fourragers
bien adaptés lagroforesleriel.
• L,mJles: la date de commencement des travaux est fixée par le chef de terre du village ... après les fétes,
quelque fois trop tard.
le lai ~xige 300 heures de travail très dur soit environ 3 mois pour un homme pour restaurer 1 ha.
le lai demande 2 à 3 tonnes de matières organiques et les charetnes pour transponer la poudrette et le compost.
pour réussir il faut entourer le champ à restaurer d'un cordon de pierres pour maitriser le ruissellement.
• Améliorations. sous salage crOisé à 1 denl Jusqu'à 12 . 18 cm, aprés la récolte, lOUS les 80 cm,
( 11 heures avec des boeufs bien nournsl, creuser ensuite le lai en 150 heures.
compléter la fumure organique par N et P qui manquent dans la poudrette exposée au soleil.
Introduire d'autres espèces forestières élevées en pépinière (3 mois de gagné).
!nlroduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 41

naturelle herbacée de courte durée (2 à 6 ans après 2 à 3 ans de culture) un maintien et, a
fortiori, une restauration de la productivité agricole des terres (Pieri, 1989). Sur un sol
ferrugineux tropical sableux de la région de Tcholliré au Nord Cameroun, Roose (1992) a
constaté que les teneurs en carbone (0,3 à 0,6 %) et en azote (0,01 à 0,06 %) et le pH (5,3
à 6) s'étaient peu améliorés au bout de 30 ans de jachère brûlée et pâturée extensivement
chaque année. Les meilleures situations (C = 1 %) proviennent des turricules des vers de
terre, des termitières et des déjections animales concentrées dans un ancien parc où l'on
réunit le bétail la nuit. La capacité d'infiltration par contre, s'est nettement améliorée sur la
vieille jachère grâce aux racines et aux galeries creusées par les vers de terre et les termites.

Un excellent exemple de restauration rapide de la productivité des terrres dégradées


(Zipellé en Mooré) est donné par la méthode traditionnelle mossi qu'on appelle le Zaï et ses
variantes comme le zaï forestier (figure 5). En saison sèche, le paysan creuse dans les
parcelles dégradées (zipellé) des cuvettes (40 cm de diamètre, 15 cm de profondeur) tous les
80 cm en rejetant la terre vers l'aval. Le vent sec du désert (Harmattan) y pousse divers
résidus organiques qui seront bientôt attaqués par les termites. Ces termites (Trinervitermes)
creusent des galeries qui percent la surface encroûtée du sol et permettent aux premières
pluies de s'infiltrer en profondeur hors d'atteinte de l'évaporation directe.

Deux semaines avant le début des pluies (15 mai à 15 juin), le paysan répand une à deux
poignées de poudrette (1 à 2,5 t/ha de fumier sec) au fond des cuvettes et les recouvre de
terre pour empêcher les matières organiques sèches de flotter et d'être emportées par le
ruissellement.

Certains sèment en poquet avant les pluies, d'autres après la première averse une
douzaine de graines de mil si le sol est léger, ou de sorgho si le sol est limono-argileux
(environ 8 kg/ha de semence).

Les premières averses ruissellent abondamment sur les surfaces encroûtées (2/3 du
terrain) : les cuvettes captent ce ruissellement (de quoi mouiller une poche de sol sur un
mètre de profondeur). Les graines germent ensemble, bousculent la croûte de battance et
envoient des racines en profondeur où elles trouvent à la fois les réserves d'eau et les
nutriments redistribués par les termites. Grâce à la concentration en eau et en nutriments
autour du poquet, les rendements peuvent atteindre 800 kg/ha dès la première année et
augmenter progressivement durant 30 ans à mesure que l'ensemble du champ s'améliore.

A la récolte, il laisse sur place les tiges coupées vers un mètre de haut : elles vont
réduire la vitesse du vent et piéger les matières organiques poussées par le vent.

La deuxième année, ou bien le paysan trouve le temps de creuser de nouvelles cuvettes


entre les premières et d'y apporter du fumier, ou bien il arrache la souche et resème dans la
même cuvette. Les souches posées entre les cuvettes vont être à leur tour atttaquées par les
termites. Au bout de cinq ans, toute la surface a été remuée et fumée de telle sorte que le sol
est assez souple pour être labouré normalement. Selon certains paysans, les terrains restaurés
par le zaï peuvent être cultivés pendant plus de 30 ans.

Une variante, le "zaï forestier", semble particulièrement intéressante. Dans la poudrette


(fecès non fermenté séché), subsistent quantité de graines forestières prêtes à germer après
le passage dans le tube digestif des chèvres. Certains paysans astucieux ont remarqué que,
42 Evolution historique des stratégies de lutte antiérosive

dans les cuvettes, poussent des arbustes fourragers, légumineuses à gousses pour la plupart:
lors du sarclage, ils conservent deux plantules forestières tous les trois mètres, lesquelles vont
profiter de l'eau et de la fumure destinées aux céréales. A la récolte, les tiges de sorgho sont
coupées vers un mètre et protègent ainsi le sol de l'érosion éolienne et les jeunes tiges
forestières de la vue des chèvres (voir figure 5). La culture de céréales se renouvelle chaque
année, mais tous les cinq ans, les plants forestiers sont taillés pour fournir des perches et du
bois de chauffe. Ainsi sans grillage, il se met en place une association agroforestière
susceptible de reconstituer les parcs à Acacia albida et autres légumineuses capables de
maintenir la production de céréales tout en fournissant du fourrage, de la litière et du bois.
Ce zaï forestier peut aussi être utilisé pour implanter des haies vives.

Trois problèmes limitent l'extension du zaï : le travail très dur en saison sèche (environ
250 jours à raison de 4 heures par jour), la nécessité de maîtriser le ruissellement par un
cordon pierreux entourant la parcelle, et la disponibilité en fumier. En préparant le terrain
en décembre, lorsque les boeufs sont encore bien nourris par les résidus de culture, les
températures sont encore fraîches le matin et les sols pas trop durs ; un sous-solage croisé
peut réduire de moitié les temps de travaux. Si on manque de fumier, des branchettes et
autres résidus organiques peuvent servir à attirer les termites. Le rôle positif des termites
n'est pas apprécié de la même façon par tous les paysans: certains les craignent et préfèrent
recycler la biomasse par la production de fumier ou de compost plutôt que par le paillage.
Il faut noter cependant que sous terre, il est encore plus facile aux termites de s'attaquer au
fumier, mais c'est moins apparent. Cette méthode pourrait être encore améliorée par des
apports complémentaires d'azote et de phosphates, tous deux déficitaires à la fois dans le sol
et dans les poudrettes (gazéification par exposition au soleil). Voilà une méthode de
restauration des sols et de reforestation traditionnelle orientée vers l'agroforesterie et bien
adaptée aux zones des glacis soudano-sahéliens fortement dégradés depuis les périodes de
sécheresse (Roose et Rodriguez, 1990).

L'AMENAGEMENT DES TERRES DECAPEES JUSQU'A LA ROCHE

o Si les roches sont dures, très lentes à s'altérer et le stockage de la couverture


pédologique très faible, la meilleure utilisation en zone semi-aride (à une saison sèche
au moins), est de gérer ces parcelles comme un impluvium, de capter les eaux de
ruissellement dans un caniveau ou une piste bétonnée qui les rassemble dans une citerne
creusée dans le sol et imperméabilisée (crépis). Après désablage, ces eaux de
ruissellement serviront à abreuver le bétail, aux usages ménagers et à l'irrigation
d'appoint de petites parcelles de culture intensive de légumes et autres produits très
rentables hors saison des pluies. Des exemples de cette stratégie d'intensification
localisée ont été développés en Haïti (Smolikovski, 1990) et au Burkina (Roose,
Rodriguez, 1990) (voir figures 37 et 38).

o Si les roches sont tendres (grès tendres, schistes, argillites, marnes, etc ... ) ou s'altèrent
rapidement (basaltes et autres roches volcaniques ou grenues), il est difficile de couvrir
l'ensemble de la surface parce que le sol est trop peu épais, trop pentu et décapé lors
des plus fortes averses. Par contre, il est possible d'appliquer la "stratégie du pot de
fleurs" qui consiste à concentrer localement l'eau, les nutriments disponibles et les soins
à quelques plantes intéressantes localement. Il s'agit de creuser tous les 5 à 10 m une
fosse de 1 m 3 minimum, de mélanger dans le fond le peu de terre minérale dont on
dispose à deux poignées d'engrais complet, un seau de fumier/compost/tourbe bien
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 43

décomposé, d'y planter un bananier ou un arbre fruitier intéressant et en bordure, une


série de plantes (légumineuses de préférence) rampantes qui vont envahir
progressivement l'espace entre les plages de culture intensive. Il reste à organiser les
écoulements superficiels vers la fosse, le drainage des excédents éventuels, et à déverser
dans la fosse autour des arbres, les cendres et tous les résidus végétaux susceptibles
d'évoluer en compost. Un exemple classique de cette stratégie peut être admiré sur les
îles Canaries, où des vignes sont plantées au fond de fosses creusées dans un champ de
lave.

o Le système Van der Poel et Kaya (1989). Il cherche à combiner la régénération de la


végétation naturelle (enherbement) avec des plantations plus profitables aux paysans. Il
propose de confectionner tous les sept mètres, des cordons de pierres ou des bandes de
tiges de coton en courbe de niveau et de planter dans l'intervalle, par semis direct dès
le deuxième hivernage, une ligne d'Anacardium occidentale, espèce frugale bien adaptée
aux sols ferrugineux tropicaux qui peut fournir d'excellents coupe-feux car son feuillage
épais arrive à étouffer toutes les herbes. Pour améliorer le taux de reprise et la
croissance de ces arbres fruitiers, on peut faucher les herbes poussant sur les "bandes
d'arrêt" et les disposer comme paillage autour des arbres. Ce système exige évidemment
la mise en défens de la parcelle, ce qui peut s'obtenir en expliquant l'aménagement aux
bergers du village (+ marquage coloré sur les troncs des arbres environnants).
L'ensemble du dispositif réduit le ruissellement et les risques d'érosion à l'aval, tout en
restaurant progressivement la productivité des terres (fourrages, fruits et bois). Ce
système ressemble un peu aux "brousses tigrées" qui associent une zone dénudée
encroûtée où se forme le ruissellement qui va irriguer une zone de brousse (herbe +
arbustes) qui profite de ce complément d'eau. Il permet d'imaginer toute une série de
variantes adaptées à chaque zone semi-aride en fonction du type de sol, de végétation
et des besoins des gestionnaires des terres.

o La réhabilitation agricole des sols sur cendres volcaniques durcies (tepetate) a4


Mexique. Quantin (1992) et un groupe de chercheurs financés par la CEE ont étudié la
réhabilitation de "tepetate" ou cendres volcaniques durcies dont 1'horizon humifère a été
sérieusement décapé. Pour rendre à ce matériau stérile sa capacité de production
agricole, on a procédé à différentes techniques culturales préliminaires:

• passage croisé d'une soussoleuse tirée par un chenillard qui enfonce les dents
jusqu'à 50 cm tous les 60 cm de distance ;
• nivellement de terrasses en pente isolées par des ados et des fossés ;
• succession de labours et de pulvérisages pour réduire les blocs de cendres durcies
à 3-5 cm de diamètre.

L'élevage étant extensif sur parcours, les fenniers disposent de peu de fumier, à peine
assez pour fumer 0,5 à 1 hectare. Le coût du travail du sol revient à 8 000 FF/ha. Si
l'on plante du maïs la première année, les rendements sont très faibles, même si on
répand du NPK seul ou avec un peu de poudrette de parc.

Par contre, le blé peut donner 15 q/ha dès la première année si on apporte du NPK, seul
ou avec poudrette. Dès la troisième ou la cinquième année, les problèmes biologiques
disparaissent et les rendements atteignent normalement 60 quintaux/ha/an si les
conditions climatiques sont favorables. Si le paysan ne rembourse que les frais bruts,
44 Evolution historique des stratégies de LUlle antiérosive

l'opération de réhabilitation d'une terre dégradée est rentabilisée au bout de huit ans. Les
nouveaux sols fumés ont une meilleure infiltration et sont plus stables, moins érodibles
que les sols cultivés originaux.

CONCLUSIONS

Le développement des sociétés humaines pose forcément des problèmes de dégradation des
ressources naturelles. Pour faire face à ce défi, les sociétés rurales ont mis au point des stratégies
traditionnelles de gestion de l'eau et de la fertilité des sols en équilibre avec le milieu physique et
socio-économique de leur époque. Actuellement en déclin, ces méthodes traditionnelles ont été
trop souvent ignorées, voire méprisées par les experts en CES, mais il serait utile d'étudier leur
fonctionnement et leur dynamisme car elles peuvent servir de point de départ au dialogue avec
les paysans pour une amélioration durable de leur environnement.

Face aux énormes problèmes de protection du patrimoine foncier, des ouvrages d'art et de
la qualité des eaux indispensables au développement des villes et des périmètres irrigués, les
ingénieurs ont développé préférentiellement les approches mécaniques qui s'avèrent finalement
coûteuses et relativement peu efficaces. On constate aujourd'hui que la protection des terres est
l'affaire de ceux qui la gèrent: paysans et éleveurs. Pour obtenir leur participation, il paraît
nécessaire de changer de stratégie, de répondre d'abord à leurs problèmes urgents (la sécurité
alimentaire, l'amélioration de leur niveau de vie, etc ... ) La conservation du sol reste indispensable,
mais elle est insuffisante pour assurer un développement réel et durable: les terres sont déjà trop
pauvres et trop dégradées. La GCES tente d'y parvenir en améliorant à la fois la gestion de l'eau
et des nutriments pour augmenter nettement la production de biomasse.

L'aménagement du territoire reste le domaine de l'Etat, qui est le seul à disposer des
ingénieurs compétents et des moyens suffisants pour résoudre des problèmes tels que la
reforestation des montagnes, la correction torrentielle, l'aménagement des rivières, la stabilisation
du réseau routier et des zones de glissement de terrain. La RTM et la CES restent donc des
stratégies valables aujourd'hui, mais elles doivent être associées à des approches tenant mieux
compte des intérêts des paysans.
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 45

Chapitre 3

Quelques aspects socio-économiques


de l'érosion

L'érosion n'est pas seulement un problème technique. Si la lutte antiérosive a connu


jusqu'ici des succès mitigés, ce n'est pas seulement parce qu'on n'a pas bien résolu tous les
aspects techniques du problème, mais aussi, parce qu'on n'a pas suffisamment étudié les
racines socio-économiques des crises d'érosion.

Au nom du bien public, les ingénieurs de l'Etat ont cherché le moyen de faire accepter
leurs solutions sans trop se préoccuper des intérêts particuliers de chacun des "bénéficiaires"
des aménagements. Nous chercherons à rencontrer ces interlocuteurs gestionnaires des terres
et à définir leur réaction en fonction de leurs soucis immédiats.

Ensuite, nous aborderons l'analyse de l'extension des problèmes d'érosion dans le monde
et l'importance particulière des averses exceptionnelles.

Puis, nous schématiserons les connaissances sur le coût de l'érosion: d'une part, les
effets immédiats in-situ de l'érosion et du ruissellement sur la production, les pertes en
nutriments et l'évolution de la productivité à long terme des terres dégradées à l'échelle de
la parcelle. D'autre part, les nuisances à l'aval (off-site) que crée le ruissellement lorsqu'il
augmente les pointes de crue, réactive le creusement des rivières et la dégradation des berges,
ou lorsqu'il pollue les eaux par les nutriments et les suspensions, ou lorsqu'il envase les
barrages et réduit la qualité des eaux indispensables au développement des villes et de
l'agriculture intensive.

Enfin, nous tenterons d'orienter le choix d'une stratégie de lutte antiérosive à partir des
objectifs économiques des projets et nous préciserons les conditions de réussite de ces projets
d'aménagements. Une brève étude de cas d'un aménagement antiérosif au Maroc sera
présenté.

LA DIVERSITE DES CRISES EROSIVES (communication de Ch. Lilin)

Lorsqu'on passe d'une époque ou d'un pays à un autre, on constate qu'il est possible de
définir de grandes catégories de crise érosive, même si chaque situation est spécifique dès que
l'on approfondit l'analyse. La démarche risque d'être inappropriée lorsque cette diversité est
sous-estimée.
46 QueLques aspects socio-économiques de L'érosion

L'EROSION ET LE DESEQUILIDRE POPULATION-RESSOURCES

L'augmentation de la population se traduit par une pression accrue sur les ressources
naturelles d'un espace, ce qui à son tour, conduit à leur surexploitation et à leur dégradation.

L'histoire de nombreux pays est jalonnée de crises érosives de ce type. Elles peuvent
être classées en fonction des facteurs de dégradation ou des réponses apportées.

o Les facteurs qui participent à la dégradation. Dans beaucoup de cas, les effets du
déséquilibre entre la population et les ressources sont aggravés par d'autres processus.
Ainsi, dans de nombreux pays en développement, nous observons une différenciation
sociale importante dans les sociétés rurales. Les fractions sociales déjà défavorisées sont
marginalisées. Leur accès à la ressource foncière se dégrade, ce qui se traduit par leur
rejet vers les terres marginales (souvent aussi les plus fragiles). De même, ces
fractions défavorisées sont souvent caractérisées par un statut foncier médiocre. Or,
l'insécurité foncière et des statuts tels que le métayage ou l'indivision sont défavorables
à l'investissement, les risques étant trop importants ou les bénéfices pour l'exploitant
trop faibles.

D'autres processus contribuent à créer des conditions difficiles pour l'investissement que
constituent en général les mesures antiérosives : la faiblesse des ressources financières
disponibles, par exemple. La marginalisation se traduit également par l'adoption de
logiques de survie qui privilégient le très court terme. Elles peuvent se maintenir
même lorsque les conditions ont évolué et sont devenues plus favorables aux fractions
défavorisées de la paysannerie.

Ainsi, dans de nombreux pays, les effets mécaniques de l'augmentation de la population


sont aggravés par des processus sociaux qui créent ce que l'on peut appeler une spirale
de la dégradation. Dans ce cas, l'érosion constitue l'un des aspects du
sous-développement et ne peut en être dissocié.

o L'élaboration de la réponse. Une crise érosive peut être assimilée à une maladie qui
agresse un organisme, en l'occurence une société rurale. Les historiens qui ont travaillé
sur des crises appartenant au passé, ont montré comment les sociétés locales ont réagi
pour maîtriser l'érosion. Ainsi, Blanchemanche analyse la réponse apportée aux 17ème
et 18ème siècles à la crise érosive observée dans les collines de la région
méditerranéenne française. Les sociétés rurales ont répondu au défi en intensifiant la
production agricole grâce à des techniques telles que la terrasse et l'irrigation. Elles se
sont inspirées de ce qui se faisait dans des régions plus avancées techniquement, telles
que la Toscane, par exemple. Les élites locales ont alors joué un rôle clé dans la
recherche de techniques (transfert de technologies), dans leur adaptation aux conditions
locales et dans leur diffusion.

Par contre, dans de nombreux pays en développement, la capacité des élites locales à
prendre en charge le problème de l'érosion est déficiente. Les sociétés rurales sont
souvent en crise, les structures traditionnelles ont perdu leur autorité sans que les
structures modernes mises en place soient en mesure de jouer leur rôle de façon efficace.
Ces sociétés ne disposent pas des structures nécessaires au niveau local pour répondre
aux divers défis du sous-développement. La tentation est grande pour un acteur social
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 47

comme l'Etat de se substituer aux structures locales défaillantes et, au moyen de projets,
d'apporter les éléments techniques de la réponse au problème de l'érosion.

Une telle stratégie a pu être efficace dans le contexte très particulier de l'érosion en
montagne dans la France du 19ème siècle. Une stratégie d'intervention de l'Etat
privilégiant la dimension technique du problème peut également être appropriée dans le
traitement de la crise érosive actuellement observée dans certaines régions de grandes
cultures et de vignobles sur côteaux en France, dans la mesure où les sociétés rurales
concernées disposent de structures locales efficaces (par exemple, au niveau de la
commune, du Conseil général, de la profession agricole, de l'administration de
l'agriculture dans le département). Le rôle principal de l'Etat est alors de stimuler la
production et la diffusion de références techniques adaptées, de façon à accélérer la mise
en place des mesures permettant d'assurer la maîtrise de l'érosion.

Par contre, lorsque la crise érosive concerne des sociétés rurales elles-mêmes en crise,
la maîtrise de l'érosion passe en grande partie par le renforcement de l'autorité de
structures locales. L'aspect institutionnel du problème ne doit pas être négligé dans ce
cas.

L'EROSION COMME UNE BAVURE DE LA MODERNISATION

L'érosion peut être interprétée comme résultant d'une modernisation trop hâtive de
l'agriculture dans certaines régions de grandes cultures ou de vignobles de l'Europe de
l'ouest. Ces dernières décennies ont été marquées par un ensemble de changements qui se
sont traduits par une augmentation très importante de la productivité à l'hectare et, encore
plus, de la productivité par travailleur agricole. Les impacts sur le sol de ces changements
nombreux et rapides (spécialisation des systèmes de production, mécanisation et motorisation,
agrandissement de la taille des parcelles, et suppression de structures jouant un rôle dans le
fonctionnement hydrologique du paysage, etc) ont été importants. Dans certaines régions, ces
transfonnations ont conduit à l'apparition d'une crise érosive.

Dans les pays tropicaux, nous observons une situation similaire là où une agriculture
traditionnelle a été remplacée par une monoculture moderne mécanisée.

De même, à des époques plus anciennes, les changements de pratiques culturales ou


l'introduction d'une nouvelle culture se sont parfois traduits par le développement de
l'érosion : passage à l'assolement triennal obligatoire, introduction de la culture de la pomme
de terre, etc.

Lorsque l'érosion peut être analysée comme conséquence de la modernisation de


l'agriculture, la priorité doit être donnée aux aspects techniques du problème. Une fois les
références nécessaires élaborées et testées, leur mise en oeuvre sera d'autant plus facile que
les agriculteurs les plus innovants sont en règle générale les plus concernés par ce problème
lié à l'introduction de nouvelles techniques.

LA LUTTE ANTIEROSIVE N'EST PAS SEULEMENT UN PROBLEME TECHNIQUE

Une meilleure prise en compte de la diversité des crises érosives permet de mieux adapter
les stratégies aux contextes rencontrés. Suivant les cas, l'importance à donner à la production
48 Quelques aspects socio-économiques de l'érosion

et à la diffusion de références techniques, au traitement du problème du sous-développement


dans sa globalité, ou aux aspects institutionnels sera très variable.

Une difficulté majeure provient de ce que c'est dans les pays sous-développés que le
traitement simultané de ces différents aspects s'impose et constitue souvent la clé de
l'efficacité des actions entreprises. Or, c'est également dans ces contextes difficiles que la
production de références adaptées est souvent déficiente, que la coordination des actions de
différentes administrations est difficile et que le poids des projets bénéficiant d'aides
étrangères s'oppose à la continuité des actions entreprises.

QUI S'INTERESSE A LA LUTTE ANTlEROSlVE ?

En général, les gros propriétaires (> 500 ha) sont peu concernés par l'érosion car ils peuvent
facilement abandonner les terres dégradées aux friches.

En France, on observe relativement peu de problèmes d'érosion pour les petites


exploitations (élevage ou polyculture avec élevage) car leurs terres sont de petites dimensions,
souvent bien fumées parce que leur élevage se fait hors sol, en stabulation permanente. En
fait, ce sont les agriculteurs les plus entreprenants qui ont de sérieux problèmes d'érosion car
ils se sont endettés pour acquérir les gros tracteurs et les outils préparant finement les lits de
semence et de lourdes remorques pour transporter les récoltes. Ils ont accepté le
remembrement pour regrouper et rentabiliser au mieux leur exploitation en supprimant tous
les obstacles (fossés, haies, bosquets) à la mécanisation lourde. Enfin à l'aval, ce sont les
gens touchés par les dégâts liés aux débits de pointe du ruissellement, aux pollutions de
nappes et rivières, aux ravinements et aux coulées de boues dans les zones d 'habitat, qui
posent les problèmes de la lutte antiérosive. Les propriétaires des grandes exploitations
devront s'intéresser aux techniques de non travail du sol, d'autant plus que la nouvelle
politique agricole de la CEE préconise une réduction de la production, le gel des parcelles
trop fragiles et l'élevage extensif sur prairies (Séguy et al., 1989 ; De Ploey, 1991).

Dans les pays en voie de développement, de très nombreux petits paysans pauvres sont
acculés à assurer la survie de leur nombreuse famille (5 à 10 personnes au Rwanda) sur de
minuscules exploitations (0,2 à 1,5 ha) : malgré la baisse des rendements, ils ne peuvent
laisser au repos les terres épuisées, si bien qu'elles sont souvent peu couvertes (surtout en
zone semi-aride), fragiles, en pente forte et peu protégées des eaux de ruissellement venant
des parcelles voisines et des routes. Certaines familles ne se décident à investir dans
l'aménagement foncier de leurs terres qu'une fois que les dégâts d'érosion sont si graves qu'il
n'y a plus d'autre solution. D'autres familles dans les mêmes conditions, abandonnent tout
pour tenter leur chance en ville, ou bien, envoient quelques adultes dans les pays voisins pour
rapporter un supplément de ressources. L'intérêt des paysans pour l'aménagement des terres
dépend fortement du mode de faire-valoir. S'ils sont propriétaires, les paysans acceptent
d'investir de leur temps (souvent le seul intrant disponible) pour délimiter leurs parcelles
(haie vive, muret, cordon de pierres) et améliorer le foncier (amendements organiques,
chaulage, terrassement progressif ou radical, défonçage pour casser les encroûtements
calcaires, épierrage, agroforesterie). Il est relativement facile d'introduire l'agroforesterie ou
la culture intensive sous verger, mais en cas de métayage ou de location de terre, le paysan
ne peut améliorer le foncier sous peine de se voir retirer le permis d'exploitation pour
tentative d'appropriation du foncier ou de voir le prix de location augmenter en relation avec
l'amélioration foncière.
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 49

En Haïti, on distingue trois types de terre. Le jardin A sur lequel est bâtie la demeure
du propriétaire, est un jardin multiétagé où croissent les arbres fruitiers, le fourrage pour le
petit élevage au piquet, le potager et les cochons : le tout est protégé des maraudeurs et
parfaitement mis en valeur. Les jardins B sont déjà plus éloignés, moins surveillés, moins
intensivement exploités et moins bien protégés contre l'érosion. Enfin, la plupart des paysans
louent des terres éloignées, les jardins C, non clôturés, très peu aménagés, les arbres et les
sols souvent fort dégradés. Une enquête récente a montré que tous les paysans ont demandé
en priorité l'aménagement de leur jardin A, les mieux protégés ... quitte à aménager plus tard
les terres les plus dégradées - là où les spécialistes de CES se sont acharnés sans succès
depuis un demi-siècle à tester toutes les méthodes connues de fossés et de terrassement
(Naegel, 1991).

L'IMPORTANCE DES AVERSES EXCEPTIONNELLES

Quand la presse parle d'érosion, il s'agit le plus souvent de catastrophes naturelles,


d'évènements exceptionnels, qui ont entraîné en quelques jours, voire en quelques heures,
des dégâts exceptionnels et la perte de vies humaines. Bien souvent, l'homme n'est pas le
responsable direct de ces catastrophes, mais ce sont des forces naturelles qui en sont à
l'origine, forces qu'il ne domine pas. Par exemple: des éruptions volcaniques, des secousses
sismiques ou encore, des pluies torrentielles tombant sur des sols gelés. Cependant, par ses
aménagements imprudents, l'homme peut augmenter les dégâts. Oubliant la sagesse de ses
ancêtres, il a installé ses ouvrages ou sa demeure, sur la trajectoire des avalanches, de
coulées boueuses ou près des failles géologiques (exemple: San Francisco), dans Je lit majeur
des rivières ou sur toute autre surface que les inondations couvrent de temps en temps.
L'homme peut donc augmenter les conséquences désastreuses de ces événements
exceptionnels.

Les récentes inondations de Nîmes (sud de la France) en sont un bon exemple (Davy,
1989). Le 3 octobre 1988, un orage violent déversa 420 mm de pluie en 6 heures sur deux
petits bassins versants méditerranéens qui dominent la ville. Les torrents et les sources sortant
du massif calcaire gonflèrent démesurément et envahirent brutalement la vieille ville en
emportant tout sur leur passage : les véhicules et le contenu des magasins. Les passages
existent qui sont capables d'évacuer ces énormes quantités d'eau. Ces passages ont été
respectés jadis par les Romains mais récemment, ils ont été barrés par des immeubles, par
la route nationale 113, laquelle est prévue pour être inondable et ne pose pas de problème,
par la digue sur laquelle est situé le chemin de fer qui a été emportée sur 20 m (le drainage
étant barré par les épaves de voitures) et enfin par l'autoroute, légèrement surélevée. Il s'en
est suivi une vaste zone inondée, 4 milliards de francs (FF) de dégâts et onze morts.

La question est de savoir si l'essentiel des dégâts causés par l'érosion provient de ces
catastrophes très médiatisées, mais sporadiques, lesquelles sont bien difficiles à arrêter, ou
si l'essentiel de l'érosion est provoqué par la somme de l'énergie des pluies tombant sur les
sols cultivés susceptibles d'être aménagés. Une étude détaillée des dégâts d'érosion dans le
vignoble alsacien (Schwing, 1979) a montré que le coût annuel des remontées de terre et des
pertes d'intrants, à la suite des orages habituels, s'élève à environ 2.000 FF/ha/an tandis que
le coût supplémentaire dû aux évènements exceptionnels revient à 15.000 FF/ha tous les 25
ans, plus les dépenses des collectivités locales.
50 Quelques aspects socio-économiques de l'érosion

TABLEAU 2
Ruissellement dans les bassins-versants de Manankazo (Madagascar).
Effet du couvert végétal et des techniques antiérosives (d'après Goujon, 1972)

Couvert végétal KRAM KR Max Débit max. de crue Iiseclha


% %
fréq.ll1 1/20 1 Il 00

Steppe brûlée : - si feux 16 50 à 70 180 320 400


- autres années 13 40 à 50 - - -

Steppe en défens 6,5 40 à 50 125 200 250

Cultures 2,6 >20 45 140 200

Forêt Pinus patula : - 0-5 ans 2 15 à 38 20 95 205


- > 10 ans 0,5 1 à 5 9 30 40

S'il est bien connu que les pluies exceptionnelles entraînent généralement de gros
dégâts, l'importance relative de celles-ci est variable selon les milieux. En milieu tempéré,
d'après Wischmeier, c'est la somme de l'érosivité de toutes les pluies significatives
(supérieures à 12,5 mm) qui détermine le niveau annuel de l'érosion à l'échelle des versants.
En région sub-équatoriale (Côte d'Ivoire), il semble qu'il en soit de même (Roose, 1973).
Par contre, là où les cyclones sont fréquents (Nouvelle Calédonie, les Antilles, la Réunion,
etc ... ), les trombes d'eau sont telles (500 mm en quelques heures) que leurs effets marquent
profondément le paysage (ravines régressives, larges lits des rivières et abondance des
terrasses alluviales). De même, en zone semi-aride, sahélo-saharienne ou méditerranéenne,
il peut ne rien se passer pendant des années, puis brutalement, à l'occasion d'une averse ou
d'une série d'averses exceptionnelles, l'allure du paysage est modifiée en quelques heures
pour des années, voire des siècles: ravines profondes, glissements de terrain, sapements de
berges des oueds, sédimentations imposantes dans les plaines inondées. (voir les évènements
en Tunisie en 1969 : Claude et al., 1970). C'est ainsi qu'i! n'est pas toujours facile de
distinguer les ravines actuellement fonctionnelles, des formes héritées de l'histoire. II n'y a
donc pas toujours de lien direct entre les formes de l'érosion et le système d'exploitation du
terrain qui l'entoure.

Autre problème économique important: les aménagements anti-érosifs sont-ils aussi


efficaces pour les averses exceptionnelles que pour les averses ordinaires? En hydrologie,
il est généralement admis (théorie du gradex) qu'au-delà d'un certain volume de pluie,
caractérisée par une forte intensité ou une longue durée, le ruissellement d'un bassin tend
vers 100 %. Ce point est atteint pour des averses de retour très variables selon le type de
pluie, l'état du sol et du couvert végétal, et de l'aménagement de l'ensemble du bassin. Dans
le cas de ces évènements exceptionnels, on se trouve donc confronté à des débits de crue très
importants dans les émissaires et à des transports solides impressionnants suite à des reprises
de matériaux dans le lit, sur les berges et les basses terrasses. Cependant, au niveau des
versants, plus on trouvera des mesures antiérosives intelligentes (des terrasses protégées par
des haies, des talus enherbés, des sols bien structurés sous un paillis ou un couvert végétal
dense, etc ... ) et moins il faudra craindre de dégâts durant ces averses exceptionnelles. Les
barrages de correction torrentielle sont d'ailleurs calculés pour résister à de telles averses
(communication de Mura, 1992).
introduClion à la geslion conservalOire de l'eau, de la biomasse el de la jerlililé des sols 51

Le problème s'est posé pour l'aménagement de la cuvette de Tananarive sur les plateaux
malgaches. Comme cette cuvette reçoit cinq rivières et ne cOlmaÎt qu'un petit exutoire, gêné
par une barre rocheuse, elle est régulièrement inondée lors des cyclones qui proviennent de
l'Océan Indien. Ces inondations sont d'autant plus dommageables qu'elles détruisent les
récoltes de riz et délogent parfois plus de 100.000 personnes (Roose, 1982).

Trois solutions ont été étudiées. D'abord, agrandir et approfondir l'exutoire en faisant
sauter la barre rocheuse, mais l'érosion régressive risque alors de détruire la rizière qui
alimente la capitale. On peut aussi supprimer une partie du bassin versant et écrêter les crues
en construisant des barrages conçus pour stocker le ruissellement des plus fortes averses.
C'est une formule élégante mais coûteuse en devises étrangères. Enfin, on peut aménager les
collines, planter des forêts, renforcer les structures antiérosives (tanette = terrasse à talus
enherbé) et améliorer les techniques culturales. Cette solution s'étale dans le temps mais elle
est à la portée financière d'un pays pauvre fortement encadré politiquement.

Les seuls résultats expérimentaux disponibles (4 bassins versants de 4 ha, à Manankaso,


sur les hauts plateaux malgaches - tableau 2) montrent que les débits de pointe du bassin
régional témoin (savane à Loudetia stipoides brûlée) sont dix fois plus forts que sous jeunes
forêts de pins (Pinus palu/a) et 4 fois plus forts que sur bassins cultivés, aménagés en
terrasses progressives (Goujon, 1972). Pour les averses rares, les débits de pointe se
confondent en effet mais seulement pour des averses de fréquence 1 sur 500 ans sous forêts
et 1 fois tous les 100 ans sous cultures. Bien qu'efficace à long terme, la méthode n'a pas
été développée à grande échelle car son action est trop différée dans le temps (plus de 10 ans)
pour que la forêt soit efficace sur le ruissellement.

L'IMPACT DE L'EROSION DANS DIFFERENTES REGIONS

L'érosion est un problème dont la gravité varie beaucoup d'un site à un autre.

Kanwar (1982), au congrès de l'Association Internationale des Sciences du Sol à New


Delhi a montré que sur 13.500 millions d'hectares de surface exondés dans le monde, 22 %
sont cultivables et seulement 10 % sont actuellement cultivés (soit 1.500 millions d'ha). Ces
dix dernières années, les pertes en terres cultivables ont augmenté jusqu'à atteindre 7 à 10
millions d'ha/an, suite à l'érosion, la salinisation ou l'urbanisation. A ce rythme, il faudrait
trois siècles pour détruire toutes les terres cultivables. L'érosion est donc un problème sérieux
à l'échelle mondiale mais il est bien plus préoccupant dans certaines régions du monde.

Aux Etats-Unis, vers 1930, 20 % des terres cultivables ont été gravement endommagées
par l'érosion suite à la mise en culture inconsidérée des prairies de la Grande Plaine par les
colons européens, peu habitués à ces conditions semi-arides. C'est l'époque sombre des "dust
bowl", nuages de poussières qui obscurcissaient complètement l'air dans la Grande Plaine.
Ces phénomènes, impressionnant l'opinion publique, ont déterminé le Gouvernement
américain à former un grand service de conservation de l'eau et des sols mettant à la
disposition des agriculteurs volontaires un appui technique et financier dans chaque canton.
Parallèlement, un réseau de stations de recherches a été mis en place, qui, trente ans plus
tard, aboutit à la formulation de l'équation universelle de perte en terre, connue sous le nom
de USLE (Wischmeier et Smith, 1960; 1978). En 1986, Lovejoy et Napier remarquent
qu'après cinquante ans d'investissement massif en hommes et en moyens, encore 25 % des
52 Quelques aspects socio-économiques de l'érosion

terres cultivées perdent plus de 12 t/ha/an, limite reconnue tolérable. Le problème reste donc
à l'ordre du jour, même si aujourd'hui on s'intéresse plus à la pollution et à la qualité des
eaux qu'à la conservation des sols.

En France, Gobillot et Hénin (1956) lancèrent une enquête qui permit d'estimer que 4
millions d'hectares de terres cultivées étaient dégradées par l'érosion hydrique ou éolienne.
Le danger étant considéré comme limité, les crédits de recherche dans ce domaine furent peu
importants. Aussi, la France ne dispose toujours pas de référentiel de lutte antiérosive, ce qui
pose bien des problèmes dans le cas des études d'impact.

Pour l'ensemble de la Communauté Economique Européenne (CEE), De Ploey (1990)


estime que 25 millions d'hectares ont été gravement affectés par l'érosion. La France
totaliserait 5 millions d'hectares et le coût des nuisances occasionnées par l'érosion s'élèverait
à 10 milliards de FF., sans compter la valeur intrinsèque des sols perdus, difficilement
chiffrables.

Des chiffres bien plus dramatiques donnèrent l'alarme dans les pays tropicaux.
Combeau, en 1977, rapporte que 4/5 des terres de Madagascar sont soumises à l'érosion
accélérée ; 45 % de la surface de l'Algérie est affectée par l'érosion, soit 100 ha de terre
arable perdus par jour de pluie !

En Tunisie, Harnza (1992) a évalué les transports solides moyens évacués chaque année
par les différents bassins versants. En tenant compte d'une profondeur moyenne des sols de
50 centimètres, ce seraient 15 000 ha de terres qui se perdent en mer par érosion hydrique
chaque année.

Plus sérieux que ces affirmations dramatiques, sont les résultats des mesures de pertes
en terre sur parcelle (100 m2) mises en place sous l'impulsion du Professeur Frédéric
Fournier depuis les années 1950, par l'ORSTOM et les Instituts du CIRAD (Roose 1967,
1973 et 1980). Ces pertes en terre varient de 1 à 200 t/ha/an (jusqu'à 700 tonnes en
montagne, sur des pentes de 30 à 60 %) sous des cultures propres aux régions forestières à
pentes moyennes (4 à 25 %), des pertes en terre de 0,5 à 40 t/ha sous mil, sorgho, arachide,
coton sur les longs glacis ferrugineux tropicaux des régions soudano-sahéliennes (Roose et
Piot, 1984 ; Boli, Bep et Roose, 1993).

Si on accepte une densité apparente des horizons de surface variant de 1,2 à 1,5, les
ablations correspondantes par érosion varient de 0,1 à 7 (et même 15 mm en montagne), en
fonction de la topographie, du climat et des cultures. Ceci correspond à 1 à 70 cm (150)
cm/siècle ou 0,2 à 14 mètres depuis le début de l'ère chrétienne.

Bien évidemment, les mêmes sols ne sont pas restés sous cultures depuis 2.000 ans!
Epuisés après 2 à 15 ans de culture plus ou moins intensives et déséquilibrées (les
exportations et les pertes ne sont pas compensées par les restitutions et les apports), les terres
ont été abandonnées à la jachère dont le premier effet est de réduire l'érosion (Roose, 1992).

La durée de vie des sols peut aussi être estimée à partir des pertes en terre annuelles
moyennes, de l'épaisseur du sol explorable par les racines, de la vitesse de la régénération
de la fertil ité du sol et de la courbe de rendement du sol en fonction de l'épaisseur de la
couche arable (Elwell et Stocking, 1984). En milieu forestier, où les pluies sont agressives
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la bio/1Ulsse et de la fertilité des sols 53

et les pentes fortes, les pertes en terre peuvent être importantes et la dégradation des terres
est très rapide (quelques années). Cependant, la régénération des sols y est également rapide,
car un sol dégradé est rapidement envahi par la végétation.

En milieu semi-aride, la durée de vie peut atteindre quelques dizaines d'années, malgré
la modestie des pentes et de l'agressivité des pluies, mais la restauration de la fertilité des
sols est d'autant plus lente que la production de biomasse est faible en zone aride et que les
sols sont profondément épuisés.

L'analyse des transports solides de centaines de rivières américaines et européennes,


montre qu'il existe une zone climatique semi-aride (pluies annuelles moyennes variant de 350
à 700 mm, en fonction de la continentalité des bassins) où la dégradation spécifique des
bassins est maximale. En zone plus aride, le transport solide spécifique diminue avec
l'énergie des pluies (Fournier, 1955). En zone plus humide, le couvert végétal intercepte une
part importante de l'énergie des pluies et du ruissellement (Fournier, 1955 et 1960). Ce qui
est vrai statistiquement sur un grand échantillon de bassins versants, ne l'est plus à l'échelle
du terroir et encore moins à l'échelle de la parcelle. Le mode de gestion particulier de chaque
parcelle, entraîne des différences locales très importantes et c'est ce qui justifie la mise au
point de techniques culturales de lutte antiérosive.

L'impact économique de l'érosion peut être analysé à deux niveaux:

o d'une part, sur les parcelles où se sont développées les manifestations du ruissellement
et de l'érosion (on-site) ;
o d'autre part, les nuisances à l'aval de ces parcelles originales (nuisance off-site).

LES CONSEQUENCES DE L'EROSION SUR LE SITE ERODE: LES PERTES DE


PRODUCTIVITE

Le coût économique de l'érosion, sur le site même de l'érosion, peut s'exprimer en fonction
de différents aspects.

LES PERTES DE SURFACE PRODUCTIVES ET LES AUTRES INCONVENIENTS POUR LA MISE EN


VALEUR

Prenons l'exemple de la plantation d'ananas de la Salci à Ono, en Basse-Côte d'Ivoire. Le


défrichement, puis le traitement motorisé d'une plantation industrielle de 1.000 ha a très vite
posé des problèmes d'érosion qui furent jugulés par l'installation de pistes d'exploitation en
courbes de niveau, de talus enherbés et l'alternance de bandes cultivées d'ananas d'âges
différents et de pouvoir couvrant différent: il faut 6 mois pour que l'ananas couvre plus de
90 % du sol et le protège contre l'érosion. Mais, vers 1973, l'importation de Hawaï de
nouvelles techniques de culture motorisées à partir d'une citerne avec un bras distributeur
d'engrais, herbicides, nématicides, de 17 m de long, a nécessité la réadaptation de la
plantation: suppression des talus et des chemins isohypses pour installer des bandes cultivées
de 34 m de large, suivant plus ou moins les courbes de niveaux. Aussitôt, J'érosion ravinante
s'est manifestée, interdisant le passage des gros engins sur des secteurs entiers retournant à
la culture manuelle (peu rentable). L'estimation des surfaces perdues par érosion (ravines,
déracinement de plants, enfouissement de plantes sous une couche de sable stérile, etc ... )
54 Quelques aspects socio-économiques de l'érosion

FIGURE 6
Influence de l'érosion cumulée sur la productivité de sols de différents niveaux de fertilité
(d'après Dregne, 1988)

Productivité des sols

Sols épais (loess)


Haute

Sols tropicaux ferrai li tiques bruns humifères

Faible
Sols épais sableux peu fertile

Sols tropicaux forestiers pouvres, peu épais


(Ferlilité concentrée en surface

Epaisseur de sol érodée en centimètres

aboutit à un chiffre très supportable - à peine 2 % de perte de surface productive, mais la


zone touchée, abandonnée par la motorisation est beaucoup plus importante, (70 ha rien que
pour une ravine importante) et les retards à la production, se font sentir d'année en année.
Une fois les rigoles tracées, les eaux de ruissellement repassent généralement par les mêmes
chemins: les pertes en terre s'accélèrent donc avec le temps. Il est intéressant de noter que
sur 1.000 ha de petites parcelles défrichées et valorisées manuellement par des petits
planteurs africains, il n'y a jamais eu de problème d'érosion. La motorisation Lourde réduit
la capacité d'infiltration des soLs, accentue le ruissellement qui se concentre sur les pistes
avant de raviner les parcelles. Sous les tropiques, l'effet de l'érosion est très rapide, de
l'ordre de 2 à 4 ans, alors qu'il faut 30 ans pour observer de telles réactions aux excès de
la motorisation en Europe.

Autre exemple. En Angleterre, Evans (1981) a étudié les manifestations de l'érosion sur
une zone de 10 x 10 km au nord de Londres. Là encore, la surface touchée par l'érosion est
modeste (2.9 %) mais concentrée en certaines zones du paysage: les fortes pentes cultivées
par les paysans les plus pauvres. Ceux-ci, en effet, n'ont pas Le choix de mettre au repos ou
sous prairies permanentes, les fortes pentes bordant les plateaux loessiques : ils doivent
assurer l'autosuffisance alimentaire ou tout au moins, des rentrées monétaires
correspondantes. Or, les risques potentiels d'érosion sur ces fortes pentes, les dégâts en cas
d'orages agressifs, sont bien plus grands que dans les terres de plateaux appartenant le plus
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 55

souvent à des riches propriétaires. Il peut donc y avoir un lien entre les risques d'érosion,
le niveau socio-économique des paysans, les terres fragiles et l'intérêt des paysans vis-à-vis
de la lutte antiérosive.

LES PERTES DE RENDEMENT ET DE MARGES BENEFICIAIRES

Si les pertes de production (2 à 5 %) sont modestes et facilement compensées à l'échelle


régionale par l'emploi de nouveaux intrants (engrais, drainage, mécanisation du travail du
sol), la situation est bien différente pour un petit paysan. En effet, sur ces terres en pente
forte, on peut trouver jusqu'à 10 % de surface perdue, 30 % de réduction de production et
50 % de baisse de revenus nets une fois les intrants remboursés. On observe donc que la
marge bénéficiaire, celle qui est vitale pour sa famille, recule de façon très sérieuse. L'impact
de l'érosion est donc plus important pour ce petit paysan qui va être marginalisé par manque
de crédits, d'esprit d'initiative ou de savoir-faire. Il ne peut y parer, à moins de changer
radicalement de système de production (production à haute rentabilité). Spirale d'ap-
pauvrissement pour les pauvres et recherche de solutions nouvelles pour ceux qui en ont les
moyens!

LA DIVERSITE DES EFFETS DE L'EROSION SUR LA PRODUCTIVITE DES SOLS

Aux Etats-Unis, devant le coût du Service de Conservation des Sols et le faible impact de
celui-ci sur les pertes en terre, on s'est demandé quelle a été l'influence de l'érosion sur la
productivité des terres (justification du système de CES de Bennett). Sur les loess, sols
profonds et homogènes sur plusieurs mètres, on a constaté que la productivité n'a guère
diminué. Au contraire, car l'influence perverse de l'érosion (- 1 % de rendement) fut
facilement compensée par l'apport de nouveaux intrants (Dregne, 1988) (figure 6). Par
contre, les rendzines peu épaisses, les sols forestiers dont la fertilité est concentrée en surface
et de nombreux sols tropicaux, perdent très vite leur capacité de production.

L'EROSION SELECTIVE DES PARTICULES FINES, DES NUTRIMENTS ET DES MATŒRES


ORGANIQUES

Si on compare la qualité des terres érodées et des eaux ruisselées recueillies à l'aval des
parcelles d'érosion, au sol en place sur 10 cm et ceci en fonction du couvert végétal et de
l'intensité des pertes par érosion (tableau 3), on observe (Roose, 1977) :

o que les pertes en nutriments croissent parallèlement au volume ruisselé et érodé ; les
teneurs en nutriments décroissent moins vite que n'augmentent les volumes de terre et
d'eau déplacés,

o on retrouve, proportionnellement, bien plus d'éléments nutritifs dans les eaux et les
terres érodées que dans le sol en place (horizon: 10 cm) ; ceci est net pour le carbone,
azote, phosphore, l'argile, les limons jusqu'à (50 microns) et encore plus flagrant pour
les bases échangeables (14 à 18 fois plus sous culture) ; l'érosion en nappe est donc
sélective vis-à-vis des nutriments et des colloïdes qui font l'essentiel de la fertilité des
sols,
56 Quelques aspects socio-économiques de l'érosion

TABLEAU 3
Pertes sélectives par érosion en nappe sur une pente de 7 % à Adiopodoumé en fonction du couvert
végétal (Côte d'Ivoire) (d'après Roose, 1977)

Erosion totale (kg/ha/an) Indice de sélectivité par rapport au sol


en place (10 cm)

Forêt Culture Sol nu Forêt Culture Sol nu

Carbone total 26,4 855,6 2725 12,8 2,1 1,5


Azote totale 3,5 98,3 259 22,5 3,1 1,9
Phosphore total 0,5 28,5 111 6,6 1,4 1,3

CaO échangeable 3,0 49,9 113 492 18,5 9,7


MgO échangeable 2,2 29,0 45 327 14,1 5,1
K 2 0 échangeable 1,2 17,7 35 550 2,4 1,1
Na 2 0 échangeable 0,6 9,5 15 849 15,4 5,6

CaO total 3,7 57,1 139 216 8,8 5,0


MgO total 2,3 39,0 78 60 5,8 2,7
K 2 0 total 1,3 35,1 87 18 1,7 1,0
Na 2 0 total 0,6 12,6 27 49 3,2 1,6

Argile 0-2 microns 64,5 5 142 18275 5,9 1,2 1,1


1,5 1,2
Limons 2-50 microns 33,8 2 179 7 115 7,7 2,5 1,9
Sable fin 50-200 microns 1,7 5 174 23 135 0,1 0,6 0,6
Sable grossier 200-2000 0 19305 89375 0 0,9 0,9
1,1 1,2

Erosion total t/ha 0,11 32 138


Ruissellement m 3 /ha 210 5250 6300

o On observe d'abord que la somme des produits érodés est inférieure à l'érosion annoncée en bas
de tableau puisqu'on n'a pas affiché les valeurs de Fe203' AI 20 3 et Si0 2 (argiles). ni surtout celle
du résidu insoluble au triacide (sables quartzeux).

o La croissance des pertes chimiques est presque parallèle à celle des pertes en terre: elle est donc
fonction inverse du couvert végétal. Les concentrations en éléments nutritifs dans les substances
érodées baissent quelque peu lorsque l'érosion croît, mais cette diminution est sans commune
mesure avec l'augmentation des pertes en eau et en terre.

o L'érosion ayant des répercussions à court et moyen terme, il faut distinguer les éléments nutritifs
directement assimilables (échangeables) de ceux inclus dans les réserves minérales.

o La migration du carbone et du phosphore se fit essentiellement sous forme solide (terre de fond
et suspension). Par contre, la migration de l'azote, des bases totales et surtout des bases
assimilables, se fait exclusivement en solution.
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 57

o la sélectivité de l'érosion en nappe est d'autant plus marquée que le volume érodé est
faible, donc que l'on passe du sol nu à la culture et de la culture à la forêt.

Ceci s'explique aisément de deux manières (figure 7). D'une part, la compétence du
ruissellement en nappe est faible car la vitesse de celui-ci est ralentie par la rugosité de la
surface du sol, des tiges, des racines découvertes et de la litière. Le ruissellement en nappe
ne peut évacuer que des matières légères, des matières organiques, les argiles et limons
auxquels sont liés la majorité des nutriments. D'autre part, les sols forestiers, et dans une
moindre mesure, les sols de savane, accumulent en surface des matières organiques et des
nutriments. Les pluies battant la surface de ces sols, ce sont les premiers millimètres, les plus
riches, qui sont érodés les premiers. Plus l'érosion croît, plus elle provient de rigoles et de
ravines, plus les horizons profonds, plus ou moins pauvres, sont concernés, de telles sorte
que les terres décapées sont moins sélectivement enrichies que si l'érosion est aréolaire.

LE COUT DES PERTES EN NUTRIMENTS

Un autre aspect des pertes économiques par l'érosion consiste à calculer la quantité d'engrais
et leurs coûts, pour compenser les pertes en nutriments par érosion. Ceci a été calculé par
Roose (1973 et 1977) en Basse-Côte d'Ivoire. Sous forêt dense humide secondarisée, les
pertes chimiques par érosion sont faibles: 26 kg/ha/an de carbone + 3,5 kg d'azote + 0,5
kg de phosphore, et quelque kg/ha/an de bases. Ces pertes sont facilement compensées par
les remontées biologiques (litières) et les apports de nutriments dans les eaux de pluie.

Par contre, sous culture extensive couvrant assez mal le sol, les pertes (kg/ha/an) en
nutriments par érosion s'élèvent à 98 kg d'azote, 57 kg de chaux, 39 kg de magnésie et 29
kg de phosphore et de potasse. S'il fallait compenser ces pertes par des apports d'engrais,
il faudrait 7 tonnes de fumier frais, 470 kg/ha de sulfate d'ammoniaque, 160 kg de
superphosphate, 200 kg de dolomie et 60 kg/ha/an de chlorure de potasse. Pas étonnant dans
ces conditions, que les sols de Basse Côte d'Ivoire soient épuisés après 2 années de culture
traditionnelle, d'autant plus qu'il faut y ajouter les exportations par les récoltes et les pertes
par drainage (800 mm par an).

Plus tard, Stocking (1986), se basant sur les données d'analyse des terres et des eaux
recueillies sur parcelles par Hudson dans les années 1960, et sur la carte d'occupation des
sols actuelle au Zimbabwé, a calculé que le pays perdait chaque année, 10.000.000 tonnes
d'azote et 5.000.000 tonnes de phosphore du fait de l'érosion.

Heureusement, les nutriments qui sortent des parcelles ne sont pas définitivement perdus
pour le pays: ils peuvent être récupérés sur les parcelles situées en aval, nourrir les poissons
ou provoquer l'eutrophisation des rivières et des lacs ou encore se retrouver sur les riches
terres alluviales ou colluviales. Il n'empêche qu'avant de mettre à exécution un projet de
fertilisation minérale des champs, il faut d'abord prévoir l'arrêt des pertes par érosion, qui
déséquilibrent terriblement le bilan chimique des sols cultivés (Roose, 1980 ; Roose, Lelong,
Fauck et Pédro, 1984).

LES PERTES DE PRODUCTION DUES AU RUISSELLEMENT

La production de biomasse, dans les pays chauds temporairement arides, dépend de la fertilité
du sol, mais encore plus de l'eau disponible au moment où la plante cultivée en a besoin.
58 Quelques aspects socio-économiques de l'érosion

FIGURE 7
La sélectivité, danger de l'érosion en nappe

L'EROSION EN NAPPE EST DANGEREUSE, car:

• on la distingue mal:
même si E = 12 t/ha/an = 1 mm de sol, elle est < à la respiration naturelle du sol;
• elle réduit très fort la capacité d'infiltration des sols (croûte de battance) ;
• elle enlève sélectivement les particules fines et légères (mat. oganique, A + Lf).

DEUX RAISONS DE LA SELECTIVITE DE L'EROSION EN NAPPE:

10 L'énergie du ruissellement en nappe est trop faible pour déplacer les particules grossières
à cause de la rugosité de la surface du sol, la vitesse et la compétence du ruissellement en
nappe restent faibles. Seuls les matières organiques, les argiles, les limons et les nutriments
qui leurs sont associés quittent la parcelle ; les sables rampent à la surface du sol et
forment les sols colluviaux en bas de versant. Si l'érosion s'accélère, apparaissent des
rigoles où l'érosion n'est plus sélective.

20 La surface du sol est généralement plus riche en matière organique, surtout sous forêt

% Matière Organique (M.O)


1
~ 3 4
1

'~'
E
u
c:
Steppe 1 oret
<I.l 25-
0 l Savane
Ul

::J
\J
50-
...
::J
<I.l
\J
75-
c:
.....00 100-
...
0....
1

TROIS CONSEQUENCES :

10 Déséquilibre accéléré du bilan des nutriments (voir tableau 4) ;


20 ------------------------------------des matières organiques,
d'où la dégradation de la structure, de la macroporosité et de la capacité d'infiltration
30 Squellettisation du sol par accumulation relative des particules grossières à la surface du
sol.

CONCLUSION

L'érosion en nappe accélère la dégradation physique, biologique et chimique des horizons


superficiels des sols cultivés.
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 59

Or, si on calcule, ne fut-ce que grossièrement, le bilan hydrique (Roose, 1980 ou Somé,
1990), on constate qu'en zone sub-équatoriale, le développement d'un ruissellement de 25 %
(ruissellement fréquent sous céréales, manioc et autres cultures vivrières) entraîne une
réduction du volume d'eau qui draine au-delà des racines. Il y a donc une certaine
compensation entre les pertes de nutriments par ruissellement et par drainage, mais on
constate bien peu d'effets du ruissellement sur l'évapotranspiration réelle, la production de
biomasse et les rendements des cultures.

Par contre, en zone semi-aride (pluie inférieure à 700 mm/an), le même pourcentage de
ruissellement effectivement observé sous cultures vivrières et sous coton, entame non
seulement la possibilité de drainage (donc l'alimentation des nappes), mais réduit également
l'évapotranspiration réelle et donc le potentiel de production de biomasse (figures 8 et 9).

Dans la réalité quotidienne en zone aride, l'effet dépressif du ruissellement sur la


production est encore plus grave si, du fait du ruissellement, l'eau stockée dans le sol vient
à manquer en début de cycle de culture (retard des semis), en cours de floraison (peu d'épis
fécondés) ou en fin de cycle (rempliss~ge imparfait des grains) à cause d'une mauvaise
maîtrise du ruissellement et du stockage de l'eau dans le sol (Nicou, Somé, Ouattara, 1989).
En zone soudano-sahélienne, il faut souligner l'impact du ruissellement lors des premiers
orages de début de saison des pluies qui nettoient la surface du sol des résidus organiques et
des déjections animales accumulées tout au long de la saison sèche. Ces pertes d'éléments
organiques entraînent une baisse notable de la productivité des terres sur les grands glacis des
zones soudano-sahél iennes.

Un autre effet du ruissellement, général quel que soit le climat, c'est de réduire le temps
de concentration des eaux pluviales, d'augmenter les débits de pointe (donc les transports
solides et les dimensionnements des ouvrages) et de réduire les débits de base des rivières,
en particulier en saison sèche où l'on a besoin de l'eau pour irriguer.

Les hydrologues, qui recherchent souvent des bassins à forte hydraulicité (c'est-à-dire,
à fort écoulement après chaque pluie) pour alimenter les lacs, les réservoirs d'eau ou les
villes, ont un point de vue très différent des agronomes qui recherchent pour leur part une
meilleure infiltration, la meilleure évapotranspiration réelle pour assurer la meilleure
production végétale. Hydrologues et agronomes sont par contre d'accord, pour rechercher
des eaux claires et une distribution la plus étalée possible des débits tout au long de l'année,
ce qui est conforme avec les principes d'un bon aménagement. Cependant, dans les zones
arides, il faut quelquefois sacrifier certaines surfaces de versants servant d'impluvium pour
assurer la croissance des cultures sur des surfaces restreintes (runoff farming) (Critchley,
Reij, Seznec, 1992).

En conclusion, la lutte contre le ruissellement a des conséquences différentes selon le


bilan hydrique (tableau 4). En région humide, la réduction du ruissellement entraîne une
légère amélioration de l'ETR, mais surtout une augmentation du drainage, donc des risques
de lixiviation - et du débit de base et d'étiage des rivières. Pour augmenter l'ETR, on peut
faire appel à l'agroforesterie.

En zone semi aride (moins de 700 mm de pluie), la réduction du ruissellement augmente


le stock d'eau disponible pour l'ETR et donc, la production de biomasse (et de rendement).
60 Quelques aspects socio-économiques de l'érosion

FIGURE 8
Schéma de bilan hydrique pour la région soudano-sahélienne de Ouagadougou (Burkina Faso)

Pluie
mm

300 Pluie

Ruissellement si végétation naturelle


ETP Recharge

200 t du stock
d'eoudusol
Ruissellement si culture ~ 25 0/0

100- stock

J F M A M J J A s o N o J

TABLEAU 4
Schéma de bilan hydrique moyen pour la région de Ouagadougou, savane soudano-sahélienne
(d'après Roose 1980)

Mois Pluie ETP Ruiss. ETR (mm) Drainage (mm)


(mm) (mm) (mm)
(1 ) (2) (1 ) (2)

Janvier 0 187 0 0 0 0 0
Février 0 188 0 0 0 0 0
Mars 1 216 0 1 1 0 0
Avril 19 178 0 19 19 0 0
Mai 81 155 2 79 79 0 0
Juin 116 136 3 113 113 0 0
Juillet 191 129 5 129 129 57 0
Août 264 116 7 116 116 141 4
Septembre 1 51 126 4 126 126 21 21
Octobre 37 149 0 37 149 0 0
November 0 165 0 0 82 0 0
Décembre 0 160 0 0 0 0 0

Total 860 1 905 21 620 814 219 25


% 100 222 2,5 72 94,6 25,5 2,9

(1): brut (2): corrigé


Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 61

LA REDUCTION A LONG TERME DU POTENTIEL DE PRODUCTION DU SOL PAR L'EROSION

Le ruissellement et ['érosion peuvent avoir une influence néfaste immédiate sur [es
rendements des cultures en place. Ils peuvent aussi modifier progressivement les
caractéristiques physiques, chimiques et biologiques du sol (par érosion sélective des éléments
les plus fertiles) et réduire [es potentialités à long terme de certains sols, en particulier des
sols peu épais (faib[e capacité de stockage de l'eau et des engrais) et des sols forestiers (dont
la fertilité et les activités biologiques sont concentrées dans les horizons superficiels). On peut
se demander s' i[ est possible de restaurer [a productivité de ces sols en augmentant
simplement la dose d'engrais (coût de [a restauration des sols).

Au Nigéria, Lai (1983) a abordé le problème de l'impact de l'érosion sur [a productivité


d'un alfisol à [a station IIT A près d'Ibadan de trois façons:

o Sur 24 parcelles d'érosion (125 m2 ) de 1-5-10 et 15 % de pente, soumises à différents


traitements de 1971 à 1976, i[ a mesuré différents niveaux d'érosion cumulée et calculé
l'influence dépressive de l'érosion sur les caractéristiques de ['horizon superficiel, en
particulier pour le carbone, l'azote, [e phosphore assimilab[e, le pH et [a porosité totale.
L'analyse par régression multiple de l'effet de trois propriétés du sol sur [es rendements
en grain du maïs indique que les changements de caractéristiques du sol apportés par
[' érosion ont un effet significatif sur les rendements en maïs.
Rdt maïs = 1.79 - 0,007 E + 0,70 (C.O.) + 0,07 (Po) + 0,002 (le) - r = 0,90
Le rendement en grain de maïs (t/ha) diminue avec l'érosion cumulée (E en t/ha), mais
augmente avec [e taux de carbone organique (Co en %), la porosité totale (Po en %) et
[a capacité d'infiltration (le en cm/heure).

Cette régression semble montrer que la réduction de productivité du sol due à ['érosion
peut être compensée essentiellement par l'apport de matières organiques et ..
secondairement, par des techniques culturales qui améliorent [a porosité (la capacité de
stockage de ['eau) et [a capacité d'infiltration du sol.

o Après avoir obtenu des niveaux d'érosion variables sur [es mêmes parcelles, LaI a suivi
pendant quatre saisons culturales (1977-78) les rendements d'un maïs soumis au même
traitement cultural et à un niveau moyen de fertilisation (40 + 80 N + 26 P, + 30 K
par ha).

Comme prévu, ['érosion la plus faible a été observée sur [es parcelles de 1 % de pente.
Mais, malgré le faible taux d'érosion, ce n'est pas sur la pente de 1 % qu'on a eu les
meilleurs rendements, mais bien sur des parcelles de 5-10 et 15 % de pente.

En moyenne, la production de maïs en grain a diminué au rythme de 0,26 - 0,10 - 0,08


et 0,10 t/ha par millimètre de sol érodé pour les parcelles de 1 - 5 - 10 et 15 % de
pente, respectivement. Le taux de réduction des rendements pour une pente de 1 % est
donc 2 à 3 fois plus élevé que sur les pentes plus fortes qui sont plus sérieusement
érodées. Ceci peut s'expliquer par le fait que le ruissellement augmente fort sur ces
parcelles de plateau dont l'infiltration se dégrade plus vite par la battance.
al
N

FIGURE 9
Evolution du bilan hydrique sous végétation naturelle en fonction du climat (d'après Roose, Lelong et Colombani, 1983)

PROBLEMES DE STRUCTuRE
( 1) Du SOL EN PROFONDEUR en mm
en mm
f?uIS
S
~ ZONE HUMIDE EN ZONE SEMI ARIDE
SI vEGETATION ê((
NATuRELLE / ê<\.té;
KR -< 2% (2) J\r SI RUISS\ ° DRAINAGE, LIXIVIATION! ETR, BIOMASSE!
o DEBIT DE POINTE \ DEBIT DE POINTE \
° EROSION DES RIVIERES \ ECOULEMENT\
° DEBIT D'ETIAGE!
SI CuLTuRE PI?
KR ' 25 % <:('IP 2000
11:
"<l'la
J\rs

1500

PROBLEMES DE STRUCTURE
Du SOL EN SURFACE
(4)- 1000 1000

BOO

600
EVAPOTRANSPIRAT ION REELLE
400

200

1
AOIOPODOUME AZAGUIE DIVO 1KORHOGO BOUAKE :SARIA
GONSE
1
ZONE FORESTIERE 1SAvANES SOUDANIENNES : SAVANES PUIS STEPPES SAHELIENNES
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 63

NOTES CONCERNANT LA FIGURE 9

EFFETS DE LA LUTTE CONTRE LE RUISSELLEMENT


EN FONCTION DU BILAN HYDRIQUE

EN ZONE SEMI-ARIDE

Du point de vue agronomique

• augmentation du stock d'eau disponible pour les plantes


de l'évapotranspiration réelle des plantes
de la biomasse et éventuellement ... des rendements

Du point de vue hydrologique :

• réduction des débits de pointe des r1Vleres


de l'écoulement total annuel
des transports solides

• stabilisation des ravines et des rivières

EN ZONE HUMIDE

Du point de vue agronomique

• augmentation modeste du stock d'eau du sol disponible pour les cultures,


de l'ETR, de la biomasse et des rendements

• augmentation importante des risques de drainage


et de lixiviation des nutriments

• nécessité d'intensifier l'ETR (agroforesterie et cultures associées) pour


éviter la lixiviation des nutriments et l'acidification du sol

Du point de vue hydrologique :

• réduction des débits de pointe de crues


• stabilisation des ravines et des rivières
• réduction des transports solides, mais
• augmentation des débits de base des rivières
des débits d'étiage ... et de l'eau utile

EN CONCLUSION :

L'amélioration de l'infiltration au champs sera d'autant mieux appréciée par les paysans qu'elle
permet en zone semi-aride d'améliorer la production de biomasse.

Elle doit s'accompagner d'une intensification de la culture et d'une saine gestion des
nutriments, surtout en zone humide CP > 1000 mm).
64 Quelques aspects socio-économiques de l'érosion

FIGURE 10
Rendement en maïs grain pour différentes épaisseurs de décapage et trois niveaux d'apport azoté
{station liTA d'Ibadan} (d'après Lai, 1983)

Rendement en moïs groin


( t /ho)
Non décapé

_ --0 décapé 10 cm
_ _ _ --l:J.-- - - -
-- décapé 20 cm

o 60 120 kg/ho de N
Taux d'apport d'azote

FIGURE 11
Production de maïs grain en fonction du niveau de décapage mécanique et de la fertilisation
minérale en vue de la restauration de la productivité (2 ème récolte) (d'après Yost, EI-Swaify,
Dangler et Lo, 1983)

Grain
t/ha

10

7.5

2,5

o 10 35
Erosion cumulée en cm
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 65

Il semble qu'au-delà du seuil de quatre millimètres (60 t/ha) d'érosion cumulée en six
ans, les rendements en maïs diminuent rapidement. Le taux de tolérance serait donc de
l'ordre de 10 t/ha/an d'érosion pour ce type de sol, mais il est difficile de généraliser
car les taux de réduction de la productivité, en fonction de la diminution d'épaisseur du
sol auraient pu être plus forts si on avait connu plus de stress hydrique pendant ces
quatre campagnes agricoles.

o Pour accélérer les expériences, Lai a tenté de décaper mécaniquement la surface de


parcelles de 1 % de pente situées juste à côté des parcelles d'érosion sur un sol
ferrallitique sur nappe gravillonnaire vers 25 cm (paleustalf) en jachère arbustive depuis
15 ans.

Le sol a été décapé sur 0 - 10 et 20 cm et soumis à trois niveaux de fertilisation (N


o - 60 -120 kg/ha et P = 0 - 25 et 75 kg/ha) selon un dispositif "split plot" : tous les
traitements furent répétés trois fois et le maïs a été cultivé sans travail du sol.

L'analyse de la variance montre que le décapage a un effet dépressif significatif sur la


hauteur des plants, la teneur en nutriments des feuilles et les rendements en grains et
biomasse. Ce qui est assez surprenant, c'est que l'effet de l'apport d'azote n'est observable
que sur les parcelles qui n'ont pas été décapées, ce qui implique que l'érosion accélérée peut
réduire la productivité des sols peu profonds de façon irréversible (interaction négative de
l'érosion sur les effets de la fertilisation minérale).

De plus, le taux de réduction de production en grain (0,13 et 0,09 t/ha/cm) et en paille


(0,16 et 0,12 t/ha/cm de sol décapé) est nettement plus élevé pour le décapage des premiers
centimètres de l'horizon superficiel et le serait sans doute encore plus, si on avait décapé
moins de 10 cm à la fois.

L'apport d'azote et de phosphate a eu des effets positi fs sur les teneurs en ces éléments
dans les feuilles des plantes cultivées. Si le rendement en grain n'a pas augmenté de façon
économique, c'est que d'autres facteurs ont été limitants, en particulier, la porosité, la
structure et la capacité de stockage de l'eau des horizons profonds exposés à la battance des
pluies.

Si sur un même sol peu profond on compare les pertes de productivité par décapage
artificiel (0,013 t/ha/mm) et par érosion naturelle (0,26 t/ha/mm), on constate que les effets
de l'érosion naturelle en nappe sont 20 fois plus graves que le simple décapage
mécanique car l'érosion en nappe évacue sélectivement les éléments les plus fertiles: les
matières organiques, les argiles et limons et les nutriments les plus solubles.

Lai en conclut que les études sur "parcelles décapées" ne donnent que des indications
relatives sur les effets de l'érosion sur la productivité des sols, surtout s'ils sont superficiels
(figure 10).

Un autre exemple a été donné sur un oxisol (tropeptic eutrustox, kaolinitic clayey)
récemment défriché sur l'île de Oahu (Hawaï) (Yost, EI-Swaify, Dangler et Lo, 1983). Les
études préliminaires ont montré que ce sol avait une forte concentration de la fertilité dans
les dix premiers centimètres ainsi que dans un horizon compact vers 35 cm. Il fut donc
décidé d'évaluer l'effet néfaste du décapage des dix premiers centimètres et d'exposer le
66 Quelques aspects socio-économiques de l'érosion

TABLEAU 5
Trois niveaux de fertilisation sur des sols dégradés

Fertilisation N P K Mg Zn Mo chaux
Fa (kg/ha)

F1 110 50 0 20 5 1 0
F2 220 450 250 100 10 2 3500

sous-sol aux caractéristiques physiques défavorables. Les trois traitements (décapage de 0 -


10 et 35 cm) furent restaurés avec trois niveaux de fertilisation (0 %, 50 % et 100 % des
besoins pour atteindre la production maximale) (figure Il).

Les résultats montrent que le sol (oxysol) a un potentiel beaucoup plus élevé (lI t/ha)
que celui d'Ibadan (al fisol) et la fertilisation (surtout N et P) a une influence très nette sur
presque toutes les situations. Cependant, les rendements diminuent très fort lorsqu'on décape
35 cm de sol, probablement parce que le réseau racinaire s'est mal développé dans ce cas
extrême.

Sans engrais (Fo), le rendement a chuté de moitié pour un décapage de 10 cm et de


9/lOème pour le décapage de tout l'horizon humifère. On retrouve l'existence d'un seuil
au-delà duquel les rendements chutent brutalement, même si on ajoute des doses importantes
d'engrais (110 N + 50 P) (tableau 5).

Le coût de la restauration du sol fortement décapé devient non économique (220 N +


450 P + 250 K + 3 500 CaO), car les propriétés physiques du sous-sol sont peu adaptées
à la croissance des racines et le taux de fixation du phosphore par le sol est très élevé.
L'impact économique de l'érosion est particulièrement important lorsque la restauration du
sous-sol exige un fort investissement en phosphate et en chaux, syndrome fort fréquent dans
les sols tropicaux.

Ces deux expériences, sur des sols tropicaux de niveau de productivité très différente,
montrent bien à quel point l'érosion en nappe, peu apparente sur le terrain, peut avoir un
impact grave à long terme sur la capacité de production des terres. Même si l'effet est
modeste chaque année, cet effet dépressif s'accumule au cours du temps pour se manifester
brutalement lorsque certaines propriétés du sol ont dépassé certains seuils de tolérance. Il
s'agit:

o du taux de matières organiques (0,6 % selon Pieri, 1989) et d'argile (10 %),
o de la stabilité structurale et de la capacité d'infiltration,
o de la capacité de stockage de l'eau et des nutriments.

Un sol dégradé par l'érosion en nappe est un sol "fatigué" qui réagit peu aux apports
d'engrais minéraux. C'est le cas des sols ferrallitiques peu profonds sur cuirasse ou nappe
gravillonnaire et des sols à horizons compacts à faible profondeur.

Tous les sols cependant, ne sont pas des "ressources naturelles non renouvelables" ! On
a vu au chapitre 2, à la section La restauration des sols et la réhabilitation des terres, qu'en
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 67

respectant un ensemble de six règles (pas seulement l'apport d'engrais minéraux), il est
possible de restaurer rapidement la fertilité de bon nombre de sols suffisamment profonds.
Mais la restauration des sols a un prix d'autant plus élevé qu'on a tardé à protéger le sol:
il s'agit de travailler le sol en profondeur, d'y apporter des matières organiques fermentées,
des engrais et amendements, d'envahir la porosité induite par une abondante biomasse ... et
de protéger le sol contre le ruissellement.

Enfin, dans le cas très particulier des vieux sols ferrallitiques acides et complètement
désaturés (ultisols), on peut se demander s'il ne vaudrait pas mieux accélérer leur érosion
pour améliorer leur productivité. Mais à quel prix! Il faut en effet considérer l'impact
d'énormes quantités de matériaux stériles qui encombreraient les plaines plus riches et prévoir
un investissement important pour restaurer la fertilité des sols rajeunis. Des expériences de
formation de terrasses en gradin sur les flancs des collines du Rwanda ont montré que rien
ne poussait sur ces terres remaniées jusqu'à l'horizon B sans un apport massif de fumier (30
t/ha) combiné à des amendements calcaires (3 t/ha de chaux tous les deux ans) et une
fertilisation minérale complémentaire (50 N + 50 P + 50 K) (Rutonga, 1992).

L'érosion a donc une action sur le potentiel de production d'un sol. On constate, dans
le cas de ce sol ferrallitique désaturé (alfisol), que si ce sol a été érodé, il n'est plus capable
de stocker l'eau et les nutriments pour les fournir à la culture avec un débit suffisant en
temps opportun. De même, il a perdu une partie des éléments biogènes contenus dans
l'horizon humifère : la mise en disponibilité des éléments nutritifs contenus dans le sol par
les microorganismes s'effectue mal où plus lentement. Enfin, l'enracinement est rarement
suffisant dans le sous-sol lorsqu'on a décapé l'horizon humifère.

LES CONSEQUENCES DE L'EROSION EN AVAL : LES NUISANCES

Al' amont, l'érosion touche des individus : elle est souvent perçue comme une fatalité. A
l'aval, les nuisances dérangent des collectivités qui ont accès à la place publique, à la presse
et organisent des débats pour dénoncer les coupables.

L'érosion a, somme toute, des influences négatives très variables sur les rendements
(nulles à fortes) et sur le potentiel de production des terres. Mais le coût des nuisances à
l'aval des champs érodés est généralement bien plus élevé, les effets sont bien plus
spectaculaires, et justifient la plupart des interventions importantes dans le domaine de la lutte
antiérosive.

C'est le cas de la RTM qui vise le maintien des voies de communication en montagne
et la protection des vallées aménagées. C'est le cas de la DRS dont l'objectif est de protéger
les terres, mais surtout d'éviter l'envasement trop rapide des barrages, la destruction
d'ouvrages d'art, des routes et des villages.

Même la CES, qui officiellement, vise à maintenir la capacité de production des terres,
en réalité, vise aussi la protection de la qualité des eaux, si indispensable aux citadins. Cela
justifie les efforts considérables de l'Etat pour aider techniquement et financièrement les
paysans (plus ou moins volontaires selon les régions) à aménager leurs terres. Rappelons
qu'aux Etats-Unis, près de 50 % des chercheurs du service de conservation de l'eau et des
68 Quelques aspects socio-économiques de l'érosion

sols, s'occupent de la qualité des eaux et des pollutions diverses, plutôt que de la protection
des terres.

Les nuisances à l'aval, c'est d'abord la baisse de la qualité des eaux des rivières par
les matières en suspension (MES) qui accompagnent les crues formées en majorité par le
ruissellement. Avec la charge en suspension, circulent les charges organiques (danger pour
l'oxygène nécessaire à la faune) liées par exemple à l'élevage intensif (lisier). Les apports
d'azote et de phosphore (engrais minéraux utilisés par des paysans) qui vont entraîner
l'eutrophisation des étangs (envahissement par les algues, qui à leur tour, vont asphyxier les
poissons). Si le ruissellement abondant à certaines périodes de l'année entraîne l'augmentation
des débits de pointe dans les exutoires, il aboutit également à réduire l'alimentation des
nappes et les débits d'étiage. D'une part, il provoque dans la vallée la reprise de matériaux
sédimentés sur le fond et les berges: cette reprise d'érosion au niveau des petites rivières
s'observe très souvent en Afrique. D'autre part, en saison sèche, le faible débit d'étiage
n'arrive plus à évacuer les polluants secrétés par les industries, les villes et les cultures
intensives: d'où l'eutrophisation des rivières et la mort de dizaines de tonnes de poissons
chaque année en Europe. Les nuisances proviennent aussi des transports solides liés aux
grandes crues qui laissent des torrents de boue au bas des champs, dans les fossés, sur les
routes, dans les caves. Une fois le débit de pointe passé, des masses considérables de
sédiments se déposent dans les lacs, les fleuves, les canaux et les ports.

C'est ainsi que la durée de vie des barrages, élément essentiel de leur rentabilité
économique, varie considérablement d'une région à une autre, et dans une même région, en
fonction des dimensions respectives du réservoir et du bassin, mais aussi du climat et de la
couverture végétale, de l'aménagement des versants, des ravines et des berges des rivières.

Alors que le barrage de Kossou, construit dans les savanes arborées du centre de la
Côte d'Ivoire, ne risque pas d'être envasé avant un millénaire, les principaux réservoirs du
Maghreb ont une durée de vie très courte (25 à 60 ans) et les lacs col1inaires (petits
réservoirs, très près des sources de sédiments) ont des durées de vie limitées souvent à moins
de 2 à 10 ans.

Quand on sait le prix du moindre barrage, on comprend l'effort colossal mis en place
pour réduire les transports solides en zone méditerranéenne où la lithologie est faite de
masses argileuses, marneuses, de grès ou schistes tendres, alternant avec des bancs calcaires
ou gréseux durs, associées à des pentes fortes et des couverts végétaux souvent fort dégradés
par le surpâturage et les feux.

En Algérie, un effort louable a été entrepris depuis les années 1945 pour reforester les
têtes de vallées (50.000 ha), les "badlands", fixer les ravines et corriger les oueds, aménager
300.000 ha de terres cultivées en banquettes d'absorption ou de diversion (construites par les
services de DRS puis par la Direction Nationale des Forêts). Depuis 1978, la construction
de banquettes a été suspendue, suite aux critiques des chercheurs, au rejet des paysans, et
surtout, aux difficultés économiques. La lutte antiérosive a été restreinte à la protection des
ouvrages d'art, à la reforestation, à la végétalisation des ravines et à la construction des
grands barrages : il ne reste que la RTM en faveur de la qualité des eaux, des périmètres
irrigués et des besoins des citadins des grandes villes. Pour les paysans, les seules actions de
l'Etat concernent aujourd'hui l'amélioration foncière (c'est-à-dire, sous-solage des sols à
croûte calcaire, qui augmente la productivité des céréales) et la création de petites retenues
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 69

collinaires, fournissant de l'eau en tête de vallée pour le bétail, l'habitat et quelques hectares
d'irrigation. Même cette politique est remise en cause par des hydrologues qui font remarquer
que l'envasement des barrages n'a pas diminué depuis l'effort consenti par l'aménagement
des hautes vallées. Les travaux de Heusch (1970 et 1982) et Demmak (1982) montrent que
la majorité des sédiments piégés dans les réservoirs proviennent du ravinement, des
glissements de terrain, des éboulements des berges et de la divagation des oueds. En fonction
de la part des objectifs des projets de lutte antiérosive en vue de réduire les nuisances à l'aval
ou de préserver le capital foncier des versants, on cherchera un compromis permettant
d'intervenir dans les vallées pour piéger les sédiments et stabiliser les berges tout en
aménageant les versants pour réduire et retarder le ruissellement (améliorations foncières,
talus enherbés, techniques culturales pour couvrir le sol en hiver et revégétaliser les zones
surpâturées). Des méthodes de calcul économique existent, qui pennettent de choisir les
interventions de lutte antiérosive les plus efficaces, en se basant sur les coûts des traitements
antiérosifs, des nuisances auxquelles on peut s'attendre en l'absence d'intervention (voir les
cours du CEMAGREF de Grenoble).

LA RATIONALITE ECONOMIQUE DE LA GCES

Jusqu'ici, la lutte antiérosive était conçue comme un moyen d'assurer la conservation de la


productivité des terres à long terme. Il était donc bien difficile de justifier la rentabilité à
court terme des projets de lutte antiérosive. Face à l'immensité de la tâche, des sommes
importantes (quelques milliards de dollars pour l'ensemble de la planète) ont été consacrées
à des programmes de protection des terres. Cependant, leur efficacité a été faible à cause du
type d'approche utilisée et de méthodes peu appropriées aux conditions socio-économiques
du milieu. Les sommes disponibles étant limitées, il faut faire des choix en fonction des
objectifs affichés. Il faut aujourd'hui chercher les méthodes les plus efficaces et les moins
chères. Il est possible de raisonner sur ces choix des sites d'intervention en fonction des
objectifs des projets. A la figure 12, apparaît une différence de réaction de deux types de
sols, face à l'érosion. La courbe 3 montre la perte rapide de productivité d'un sol forestier,
où la fertilité est localisée en surface. A la courbe 1, on observe que la perte de productivité
d'un loess profond reste faible, même si l'érosion est forte, car le sol fertile est épais, et sa
capacité à stocker l'eau et les nutriments n'est guère diminuée (sauf par la perte des matières
organiques de surface).

La stratégie conventionnelle jusqu'ici appliquée par les forestiers et les aménagistes


(RTM et DRS) consistait à intervenir là où les transports solides sont les plus élevés: sur les
pentes fortes, dans les ravines, les zones décapées et les sols stériles épuisés. On constate que
l'impact de cette lutte antiérosive est très faible sur la productivité des terres très dégradées
1 et 2 (dRT 1 et 2 sur la figure), d'où la réticence des paysans devant les équipements
imposés, par exemple les banquettes, qui n'améliorent pas les rendements, et devant les
restrictions mises au pâturage libre.

Pour obtenir une forte amélioration de la productivité des terres (dRT 3), ce n'est pas
sur les terres épuisées, qu'il faut intervenir, ni sur les sols profonds (courbe 1), mais sur les
sols à fertilité superficielle encore en bon état : la courbe 3 est beaucoup plus raide en cas
de faible érosion que lorsque l'érosion est déjà forte et les sols trop dégradés. Cette approche
est préconisée par la GCES, où l'amélioration modeste des systèmes de production permet
un meilleur stockage des eaux pluviales, une plus forte production de biomasse, une meilleure
couverture du sol et, par conséquent, beaucoup moins d'érosion.
70 Quelques aspects socio-économiques de l'érosion

FIGURE 12
Effet de l'érosion cumulée ou du décapage du sol sur leur potentiel de production

Intérêt des stratégies d'équipement rural (RTM - DRS - CES) et de développement rural (GCES)
face aux situations pédologiques.

Rendement des cultures

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d Rt 2·'- _----------:---- ---:. ----=----=----=-----=----..=- -=- ==-=---- - - - - - -- Sols forestiers tropicaux


l Sols
peu dégradés
Sols
dégradés

Erosion cumulée

Si on veut rentabiliser au mieux les crédits consacrés à la protection des terres, il


est logique d'investir sur les meilleures terres en production pour prévenir leur
dégradation ou encore, restaurer la production des terres qui corrunencent juste à se
dégrader, plutôt que d'investir dans des terres complètement décapées qui exigent un fort
investissemment pour retrouver (à la longue) une productivité acceptable. Il est cependant des
cas (Haïti) où les sommets des collines très décapées ("terres finies") sont la source d'un fort
ruissellement qui peut détruire les sols fertiles des bas-versants. Il est alors nécessaire de
végétaliser les sommets, de les meUre en défens et de capter les eaux de ruissellement dans
des citernes pour l'irrigation d'appoint des sols profonds de bas de pente.

L'intervention conventioIUlelle sur les sols décapés entraîne rarement des effets positifs
sur les rendements (dRt 1 et 2 ). Pour intéresser les paysans, il vaut mieux choisir des terres
encore valables qui vont répondre rapidement et significativement aux nouveaux systèmes de
production.

Cependant, d'un point de vue social, on ne peut abandoIUler toutes les terres dégradées
peu rentables et provoquer un mouvement migratoire accéléré dont on connaît les problèmes.
Par ailleurs, il existe des circonstances où les sols dégradés par l'érosion sont les seuls qui
restent disponibles et sont susceptibles d'être restaurés avec de faibles moyens financiers.
C'est le cas de certains zipellés du plateau Mossi qu'on peut actuellement récupérer en un
an par la méthode du zaï (300 heures de travail de piochage + 3 tOIUles de fumier et son
transport (Roose, Dugue, Rodriguez, 1992).
introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 71

CONSEQUENCES ECONOMIQUES DE L'EROSION

1. Pertes sur les lieux érodés (on site) : elles concernent les paysans.

Pertes d'eau, d'engrais et pesticides;


Perte de production immédiate au niveau régional 2 à 10 % : compensation possible par
apport d'intrants
local 2 à 50 % = catastrophe individuelle
perte de la marge bénéficiaie
Perte de surface cultivable au niveau mondial... 7 à 10 millions d'hectares par an
régional.. 2 à 5 %
parcelles.. jusque 20 à 100 %
Il faudrait 2 siècles pour détruire toutes les terres cultivables

Perte de productivité à long terme = MEMOIRE du SOL

Diminution de l'épaisseur de l'horizon humifère


Diminution du stockage d'eau et de nutriments
Diminution de l'efficacité de la pluie et des intrants
Diminution de la rentabilité = fatigue du sol
NOTION de DUREE de VIE des SOLS

2. Nuisances à l'aval (off-site) : concernant les citadins.

Dégradation de la qualité des eaux pollution des rivières, mort des poissons
envasement des réservoirs, dragage des
ports
Augmentation des matières en suspension (MES) augmentation du prix de l'eau potable
Inondations des zones habitées coulées boueuses, fossés ensablés
Augmentation des débits de pointe des rivières destruction des ouvrages d'art, ponts,
etc ...

3. Conséquences majeures pour la lutte antiérosive.

L'érosion sur les sols profonds n'a d'effet que sur les nuisances à l'aval, peu sur les rendements
superficiels a un effet rapide sur la dégradation des rendements.

Choix d'une politique économique de LAE :

RTM et DRS sur les terres dégradées améliorent peu les rendements mais réduisent les
transports solides
CES réduit les pertes en terre des champs, conserve les sols, mais n'améliore pas leur
fertilité
GCES s'intéresse d'abord aux terres productives
améliore les rendements en restaurant leur fertilité
en réduisant le ruissellement
en augmentant la couverture végétale
réduit indirectement ou à long terme les débits de pointe et les transports
solides des rivières.

CONCLUSIONS

La dégradation des terres ne gène sérieusement que quelques petits propriétaires terriens.
Les nuisances à l'aval coûtent bien plus cher et forcent l'Etat à réagir.
Généralement on améliore le drainage (canaux en béton) pour réduire les nuisances.
La GCES propose de s'attaquer à la cause et d'améliorer l'infilration en modifiant les systèmes de
production.
72 Quelques aspects soda-économiques de l'érosion

Par contre, si on cherche à limiter les transports solides et les risques d'envasement,
ou encore si on vise des objectifs sociaux (donner du travail aux plus pauvres, dans les zones
à forte émigration), c'est dans les zones les plus dégradées et les plus proches du lit de la
rivière (correction de ravines, des berges et des torrents) qu'il faut intervenir.

En conclusion, il faut définir clairement les objectifs à atteindre avant de proposer des méthodes
de lutte antiérosive.

Si on cherche à réduire la dégradation des terres (logique amont, paysanne), il faut


développer des techniques capables d'augmenter rapidement leur productivité (augmenter leur
capacité d'infiltration, apporter des engrais, des semences sélectionnées, des soins
phytosanitaires, etc ... ) : les paysans trouveront rapidement un intérêt à participer à ces projets.

Si par contre, on cherche à réduire les risques d'envasement (logique aval), l'intervention
ne peut intéresser les paysans des hautes vallées que moyennant des incitations ou des
compensations pour les surfaces de production perdues, les heures de travail, les inconvénients
créés par les ouvrages (fossés, banquettes, etc ... ). Il ne faut pas trop compter sur ces paysans
pour l'entretien de ces structures, toujours dangereuses en cas de débordements (ravinement).
(Roose, 1991).

En réalité, on est souvent amené à un compromis : arrêter rapidement les processus les
plus actifs sur les terres dégradées et les ravines, intercepter le ruissellement sur les versants
caillouteux décapés et par ailleurs, entamer une modification progressive des systèmes de
culture sur les bonnes terres en voie de dégradation.

LES CRITERES DE SUCCES DES PROJETS DE CONSERVATION DES SOLS

Au Séminaire de Porto-Rico en 1987, l'ensemble des 136 participants, chercheurs et


développeurs ayant tous une expérience de conservation des sols en région tropicale à pente
forte, ont discuté longuement des raisons de succès des projets de conservation des sols
(Sanders, 1988 ; Hudson, 1991). Nous présentons ici nos conclusions intégrant d'autres
expériences (Critchley, Reij, Seznec, 1992).

o Pas de recette universelle. Si les règles de conservation de l'eau et de la fertilité des


sols sont valables partout, les conditions écologiques combinées aux conditions
socio-économiques sont si variables qu'il faut bien se garder de vulgariser des recettes
universelles. Il convient d'une part, d'étudier l'efficacité, le coût et les limites de chaque
technique, ensuite de définir pour chaque pays des régions où les conditions écologiques
sont globalement homogènes, et enfin, de proposer une palette de solutions en fonction
des conditions locales de pente, de régime foncier, de possibilités économiques, de
formation des chefs d'exploitation, de disponibilité en main-d'oeuvre et en matériaux.

o Tenir compte des priorités immédiates des paysans : augmenter la production, la


sécurité, les revenus et le niveau de vie, valoriser le travail. Si la conservation des sols
n'est conçue qu'en fonction des problèmes posés par les dégâts causés par les sédiments
ou les inondations à l'aval, le paysan des hautes vallées ne se sentira pas concerné :
l'Etat devra intervenir et prendre en charge l'équipement hydraulique rural. La
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 73

conservation des eaux et des sols exige un rude effort pour structurer le paysage, gérer
les eaux de ruissellement, modifier les techniques culturales et entretenir au fil des
années les aménagements. Si les paysans remarquent que les terres continuent à se
dégrader (par minéralisation des matières organiques et battance des pluies) et les
rendements des cultures à décroître, ils vont vite renoncer à étendre, voire même à
entretenir, les dispositifs antiérosifs qui exigent tant d'effort sans rien rapporter. Il est
donc nécessaire de proposer des systèmes peu coûteux, efficaces pour gérer l'eau, mais
aussi associés à un ensemble de techniques capables d'améliorer substantiellement les
récoltes et les revenus nets des paysans, de réduire les risques ou de simplifier le travail
(nouvelles cultures plus rentables, marché où vendre à des prix intéressants, graines
sélectionnées, engrais, herbicides, pesticides). Les sols étant le plus souvent déjà pauvres
et mal structurés, il faut prévoir la restauration rapide de sa fertilité (enfouir des
matières organiques fermentées pour améliorer la structure, reconstituer son système
poreux, améliorer sa capacité d'infiltration et de stockage de l'eau et des nutriments,
corriger le pH et les carences du sol signalées par les plantes, nourrir la plante
directement à son rythme si le sol a une capacité de stockage réduit, favoriser leur
enracinement profond) en même temps, réduire au maximum les pertes d'eau et de
nutriments par érosion et/ou par drainage profond.

o S'appuyer sur les méthodes traditionnelles : Trop souvent mépnsees, il faut les
étudier, évaluer leur variabilité d'un paysan à un autre, leurs limites, leurs potentialités
économiques, les améliorations. On peut même en tirer des conclusions sur le milieu
écologique, le bilan hydrique, les risques majeurs (en année très sèche ou en cas
d'averses diluviennes). En effet, le paysan traditionnel ne peut se permettre le luxe de
rater complètement une récolte: il intègre donc le fonctionnement du paysage en période
exceptionnelle (Roose, 1990).

o Des programmes à long terme avec une grande flexibilité. Comme il s'agit de faire
naître un changement profond de comportement (l'érosion n'est pas une fatalité, mais
le résultat d'une gestion imprudente), il faut du temps pour convaincre, du temps pour
mettre au point les techniques, du temps pour former les futurs responsables des
communautés rurales. Déjà, certains financiers admettent qu'on ne peut exiger les
mêmes taux de rentabilité immédiate ni la même durée des projets en vue d'améliorer
l'environnement: il faudra encore faire admettre aux équipes d'évaluation qu'il est
difficile de fixer une programmation de chaque opération alors qu'on ne peut savoir a
priori, quelle est la combinaison de solutions partielles (le paquet technologique) qui
remportera l'agrément de la population. De même, il suffit d'une campagne déficitaire
en pluie pour retarder l'avancement du projet. II faut donc prévoir des relais de
financement et des rythmes différents d'évaluation pour les paysans et les techniciens
locaux et d'autre part, pour les experts internationaux.

o Des projets modestes s'étendant progressivement (reproductibilité). Comme il est


indispensable que la communauté rurale prenne en charge son environnement, il est plus
sage de commencer modestement par des actions simples d'intensification de la
production et de progresser en fonction de la participation paysanne à tous les stades de
la mise au point de techniques, à leur réalisation, à leur évaluation, leur entretien et leur
généralisation sur un versant, un terroir, une colline ou un petit bassin versant.
74 Quelques aspects sodo-économiques de l'érosion

o La nécessité d'une sécurité foncière: un paysan qui loue sa terre n'est pas sûr de la
garder, une fois aménagée! Craignant une tentative d'appropriation, son propriétaire
peut la lui reprendre, quitte à la louer plus cher à un concurrent. C'est un des graves
problèmes posé par le développement des pratiques agroforestières.

Ce point de vue fut clairement démontré en Haïti lors d'une enquête sur un petit bassin
près de lacmel où les paysans choisissent d'améliorer d'abord le Jardin A, terre en bon
état, bien couverte par un jardin multiétagé, entouré d'une haie protégeant du vol, la
maison et les récoltes d'une terre en pleine propriété. Ce n'est que plus tard que les
paysans ont accepté de s'occuper des terres les plus dégradées, exploitées sans aucun
aménagement car louées à des propriétaires absentéistes.

En d'autres lieux (Yatenga au Burkina), on s'est aperçu que les cordons de pierres ou
d'herbes et les arbres plantés en bordure des propriétés servaient bien plus, dans
l'optique des paysans, à confirmer leur droit de propriété et à gérer j'eau et les
nutriments qu'à protéger le sol contre l'érosion. Sans un accord avec le propriétaire, il
est rare qu'un paysan soit motivé pour aménager une terre louée.

o S'appuyer sur les structures existantes. Créer une nouvelle structure entraîne le risque
de ne pas écouter suffisamment les populations locales, méconnaître les coutumes et voir
les dispositifs antiérosifs abandonnés à la fin du projet. Mieux vaut choisir
soigneusement des ONG, des organisations locales et renforcer des structures
ministérielles existantes (véhicules, formation des cadres, moyens de progresser par
eux-mêmes) : c'est le prix à payer pour assurer la durablité des effets d'un projet.

o Tenir compte des systèmes de production locaux et des contraintes familiales. Il


s'agit souvent, dans un premier temps, de comprendre l'organisation économique,
sociale et politique d'un groupement paysan (village, quartier, etc ... ) d'en saisir les
contraintes (disponibilité en travail, en énergie, en fumier, en intrants, possibilité de
vendre les excès de production sur le marché ou de les transformer: élevage, artisanat,
commerce).

Les femmes constituant plus de 50 % des actifs sur les chantiers de CES, il faut donc
prévoir leur formation dans des groupements féminins. Il faut analyser les stratégies
traditionnelles de gestion de l'eau, de la fertilité des terres, de la protection contre
l'érosion ou l'acidification, choisir des représentants des groupes de paysans pour
transmettre les messages, former les communautés, les entraîner progressivement à
introduire des innovations techniques sans créer de tension entre des paysans
"progressistes modèles" (souvent trop aidés pour rester représentatifs) et la masse des
paysans prudents ou méfiants, suite à des expériences malheureuses.

o Intervenir à la fois sur l'agriculture, l'élevage et la production d'arbres. En général,


les paysans s'intéressent d'abord à la production de plantes vivrières (pour assurer leur
sécurité alimentaire), ensuite à l'élevage (c'est leur caisse d'épargne, leur réserve de
liquidité en cas de besoin). A part les arbres fruitiers, les arbres ne sont pas cultivés:
ils sont considérés en milieu traditionnel, comme un don de la nature que l'on exploite
à mesure des besoins. La propriété de la terre, du bois, des arbres et des fruits des
arbres n'est pas forcément liée à la même personne. Il est des pays où le service des
Eaux et Forêts délivre des permis d'exploitation aux seuls bûcherons reconnus qui
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 75

exploitent les arbres en fonction du marché de l'énergie (bois de feux) ou de la


construction (perches ou poutres) de la ville proche sans tenir compte du propriétaire de
la terre. On comprend alors que les propriétaires soient réticents à planter des arbres
s'ils ne sont pas sûrs de pouvoir les exploiter. Si "seul le bois coupé en fagots a un
propriétaire", on comprend mieux la dégradation du couvert arboré en Afrique de
l'Ouest, puisque n'importe qui peut couper la cime pour donner du fourrage à son
troupeau!

De même, la mise en défens partielle et temporaire des terres communales en parcours


pour régénérer les herbes pérennes et arbustes fourragers relève du défi puisque les
villageois voisins risquent d'y envoyer leurs bêtes affamées. Mais lorsque la densité de
la population est forte ainsi que la pression foncière élevée, il vient un temps où les
paysans comprennent que depuis qu'on a défriché tous les arbres, le microclimat est
devenu plus sec, les dégâts par ruissellement plus importants (ravines) et l'eau devient
une denrée rare en saison sèche. Mais pour pouvoir réintroduire les arbres (haies vives,
lignes de contours, vergers), il faut maîtriser la divagation du bétail et mettre au point
un système d'élevage plus intensif (stabulation à mi-temps avec parcours réduit au
chemin de l'abreuvoir, à J'entretien des pistes et des forêts, au piquet sur les jachères).
L'apport de litière sous les animaux, l'appoint en fourrage (résidus de culture) et en
compléments minéraux exige certes, plus de travail, mais rentabilise mieux l'élevage
(moins de perte, meilleure santé, viande de meilleure qualité), valorise la biomasse
dispersée et améliore la production de fumier (en qualité et en quantité ... jusqu'à 5
tonnes de fumier composté/exploitant/hectare/an au Rwanda et Burundi).

Les aménagistes traditionnels ont tendance à définir clairement les zones réservées à la
culture, à l'élevage ou aux forêts. Or, il faudrait profiter des interactions positives entre
les arbres, les cultures et l'élevage. Le bétail profite autant des résidus de culture que
du parcours, en particulier dans les zones forestières. En zone méditerranéenne, les
zones forestières ont besoin des troupeaux pour réduire les risques d'incendie en broûtant
le sous-étage buissonnant. Par ailleurs, les arbres profiteraient bien d'une association
avec les cultures: ils se développent mieux sur les sols profonds cultivés et sarclés que
sur les sols épuisés trop dégradés pour rentabiliser une culture (voir les bois de village
souvent très mal exploités car personne ne sait à qui appartient le bois). Les cultures ont
besoin du fumier et en particulier de l'azote, du phosphore et autres nutriments prélevés
sur un large territoire et rejetés par les animaux en stabulation (ou en parc de nuit). Les
arbres peuvent favoriser les cultures, apporter de la litière, recycler les nutriments
perdus en profondeur, réduire la vitesse du vent et les risques d'érosion éolienne. Si
donc chaque terrain à une vocation principale, il faut valoriser toutes les interactions
positives entre ces trois pôles de l'agriculture.

o Les subsides, l'aide alimentaire, les salaires. Il est maintenant admis que les
incitations, les dons de nourriture, d'outils, de salaire, etc ... toute gratification en
échange d'une participation à un projet d'aménagement soient limités car ils entraînent
souvent le désintérêt des participants dès que l'aide disparaît. En tous cas, sur les terres
privées qui bénéficient de l'aménagement, l'aide doit être réduite au minimum (des
engrais, des arbres et graines sélectionnées) et supprimée dès que les partenaires sont
convaincus de leur ~fficacité. Cependant, il est des milieux très ingrats (Sahel), des
familles nombreuses dépourvues de terres, des jeunes à la recherche de travail, pour
lesquels le paiement d'une forme de salaire est indispensable si l'on a besoin de
76 Quelques aspects socio-économiques de l'érosion

mobiliser une abondante main-d'oeuvre durant la saison sèche : sans cet apport
indispensable à la survie du groupe, les adultes les plus capables émigrent à l'étranger
pour valoriser au mieux leur travail - même dans ce cas, la gratification doit être réduite
pour permetre aux participants de développer un sentiment de propriété vis-à-vis des
aménagements au point qu'ils se sentent responsables de leur entretien, de leur respect.
Par contre, il est bon de faciliter la tâche des paysans en fournissant à des prix
subventionnés, des équipements leur permettant d'étendre plus vite les actions
d'aménagement (pics, pelles, pioches, faucilles, engrais, brouettes, charrettes pour
transporter les pierres).

o La formation des paysans et paysannes à des méthodes simples. Si on veut que les
aménagements continuent à s'étendre une fois le projet terminé, il faut apporter un soin
particul ier au choix de méthodes simples, accessibles à tous les villageois après
formation d'un de leurs délégués, sans aucun intrant que l'on ne puisse produire au
village. Il faut que chacun puisse travailler sur sa terre à son rythme, quand il le veut.

Les projets introduisant du matériel lourd offrent la meilleure garantie d'un


développement rapide des structures de DRS sur le terrain et d'un échec dès que le
projet se termine (pas d'entretien par les paysans). En effet, cette approche court-circuite
la phase de dialogue et les tests préliminaires d'évaluation de la faisabilité, de l'efficacité
et de la rentabilité des méthodes chez le paysan.

o La conception des projets. Pour la préparation d'un projet, il passe actuellement deux
à trois missions - trop pressées sur le terrain pour discuter avec les paysans de leurs
problèmes et de leurs méthodes traditionnelles. Chaque mission rédige un rapport sans
trop se préoccuper d'accumuler les informations récoltées par les précédents. Certains
préconisent aujourd'hui de condenser les trois phases en une, de façon à ce que la même
équipe ait le temps de bien s'insérer dans le pays et de récolter des informations de
première main, directement sur le terrain.

o La recherche et le suivi-évaluation des projets. Il reste encore bien des points


techniques à préciser dans le domaine de la lutte antiérosive, mais l'étude des
interférences entre le milieu humain et les connaissances techniques (en particulier le
coût économique de l'érosion) s'avère nécessaire. Les chercheurs ont malheureusement
rarement les moyens de mettre en place des aménagements antiérosifs particuliers. Par
contre, l'analyse diachronique d'aménagements plus ou moins anciens, le suivi et
l'évaluation fréquente de nouveaux programmes peuvent cependant permettre de bien
comprendre les contraintes techniques et humaines.

ETUDE DE CAS AU MAROC : ANALYSE SOCIO-ÉCONOMIQUE DE LA LAE


DANS LE BASSIN DU LOUKKOS (d'après Omar Alaoui, 1992)

Une étude socio-économique des problèmes liés à la lutte antiérosive a été réalisée récemment
dans le bassin du Loukkos par un bureau d'étude marocain (Agroconcept).

Voici, résumées, les principales conclusions relevées par un économiste de l'équipe


Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 77

LES RELATIONS THEORIQUES ENTRE LES ATTITUDES DES PAYSANS ET LES VARIABLES
ECONOMIQUES

Aucune relation simple ne peut être dérivée théoriquement entre les attitudes des paysans et
des variables économiques comme l'augmentation des prix, les subventions aux intrants,
l'effet "risque" ou le mode de propriété. Seules, les enquêtes de terrain permettent de
préciser l'effet de ces variables localement.

UNE ENQUETE DE TERRAIN SUR LES ATTITUDES DES EXPLOITANTS VIS-A-VIS DE LA ORS
FRUITIERE

Importance du facteur local: les attitudes des chefs d'exploitation dans un même douar et
dans un même finage sont assez homogènes. Sur 117 exploitants situés dans 22 douars
enquêtés, 41 % des exploitants sont pour les banquettes fruitières, 48 % sont contre et Il %
sont neutres, mais à l'intérieur d'un même douar, la tendance est nette.

Pour expliquer cette attitude, les facteurs techniques (inadaptation des techniques, des
espèces fruitières, des terrains) interviennent moins souvent que les facteurs liés à l'utilisation
de l'espace (droit d'usage, propriétés, parcours, etc ... ).

L'Etat crée des structures physiques de lutte antiérosive. Par ailleurs, les paysans
anticipent les actions futures de l'Etat: réduction des jachères, mise en culture de pâturages
pour affirmer les droits de propriété, exploitation plus intensive des terres ou demande
d'aménagements pour profiter des promesses de salaires.

LE COUT DE L'EROSION

Pertes potentielles en équivalent fertilisant:

680 OH/ha/an en 1978 au bassin du Tleta, soit 510 FF ou 100 US dollars (en mai 1992)

Les processus d'érosion opèrent par sélectivité décroissante des éléments les plus riches
des sols. D'où on peut admettre avec les pédologues que

Rt = Ro e- aPt

Rt = le rendement de l'année en t/ha,


Ro le rendement initial,

où a = paramètre initial,
Pt = pertes en terre accumulées à l'année en t/ha.

Les coûts de l'érosion par perte de rendement varient entre 0 et 257 DR aux prix
financiers de 1990 pour un taux d'actualisation de 0,08 et du coefficient" a" variant de 0,04
à 0,15 (tableau 6).
78 Quelques aspects socio-économiques de l'érosion

TABLEAU 6
Coût de l'érosion agricole en OH/ha/an pour une rotation "céréale-jachère pâturée" sur des pentes
moyennes

Erosion Coût DH/ha/an


tlha/an

Min Max Min Max

Beni Boufrah {Rif oriental} 0,4 2,7 0 37


MDA (Pré Rif) 0,3 44 0 257
Mokrisset (Rif occidental) 2,7 24 33 100

Pour taux actualisation 0,08 coefficient a 0,04 à 0,15

FIGURE 13
Perte de production en fonction de l'érosion cumulée
(d'après Alaoui Omar, Agroconcept, Rabat, 1992)

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Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 79

Ces résultats confirment les perceptions paysannes sur les faibles coûts moyens de l'érosion
recueillie lors des enquêtes: les coûts de l'érosion sont faibles par rapport au coût des autres
facteurs de production. D'ailleurs, la valeur des terres varie peu en fonction des facteurs liés
à l'érosion (pente, aménagement ORS), mais beaucoup en relation avec les facteurs liés aux
coûts de production (éloignement, statut, possibilité de mécanisation) et aux rendements (type
de sol et de plantation) (figure 13).

Par ailleurs, les paysans ne considérent pas l'érosion comme un phénomène certain et
continu, mais comme un processus aléatoire lié à des circonstances climatiques exceptionnelles
combinées à l'état de certaines parcelles à ce moment: ceci réduit encore le coût de l'érosion.

LES COUTS DES NUISANCES DE L'EROSION EN AVAL

Les coûts et les avantages liés à un site hydraulique se présentent sous la forme des courbes
suivantes:

o la courbe des avantages croît avec le temps avec l'extension des utilisations qUi
valorisent les eaux,
o la courbe des coûts décroît avec le passage des investissements de construction à ceux
d'entretien.

En théorie, un site caractérisé par une courbe très redressée doit être considérée comme
une ressource non renouvelable.

Au Loukkos, deux simulations ont été faites de la gestion de la retenue :

o la première au rythme d'envasement annuel enregistré pour la période 1979-1990, soit


35 millions de m 3/an,
o la deuxième, avec une augmentation de 50 % de ce rythme.

Le coût de l'envasement est alors calculé comme la différence des productions obtenues
dans ces deux situations valorisées aux prix économiques.

Tant que la demande agricole ne dépasse pas un seuil (50 % de la retenue), la réduction
de stockage par envasement se traduit par une fréquence accrue des déversements et une
disponibilité plus grande des eaux qui dépassent la cote où le turbinage destiné à la production
électrique est recommandé : c'est l'effet positif de l'envasement sur la production
électrique (figure 14).

Avec la croissance de la demande agricole à l'horizon 2020, l'effet majeur de


l'envasement devient la réduction de la fourniture agricole moyenne.

Ces courbes des coûts ont été obtenues en valorisant la production énergétique et l'eau
d'irrigation à leur coût d'opportunité (0,7 OH/kwh) : coût économique de la production
énergétique de substitution et valeurs de la production agricole perdue (0,4 DH/m 3 ).
80 Quelques aspects sodo-économiques de l'érosion

FIGURE 14
Le coût aval de l'augmentation du rythme de l'envasement (d'après Alaoui Omar, Agroconcept,
Rabat, 1992)

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avant le remplissage de la tranche d'eau morte
les déversements plus fréquents augmente la production d'électricité par turbinage plus fréquents
perte d'eau d'irrigation
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 81

TABLEAU 7
Coût de l'envasement

Valeur de m 3 d'eau en
irrigation (OH/m 3 ) 0,4 0,8 1,0
Taux d'actualisation 0,12 à 0,08 0,12 à 0,08 0,12 à 0,08

Coût de m 3 de sédiment (OH) 0,03 à 0,11 0,05 à 0,19 0,08 à 0,28

Si on ramène le coût de l'envasement au m3 de sédiments selon différentes hypothèses


relatives au taux d' actual isation et au coût d'opportunité de l'eau, on obtient des indicateurs
sur les coûts "aval" des pertes en terre utilisables dans la justi fication des investissements de
conservation des sols. Tout investissement en lutte antiérosive peut être analysé en valorisant
la totalité des mètres cubes stabilisés sur la période considérée aux coûts majeurs (tableau 7).

Compte tenu du site, cet indicateur est plus sensible au taux d'actualisation qu'aux autres
paramètres.

Ceci indique que dans ce site, le choix des techniques mécaniques à effet immédiat
(génie civil) n'est pas justifié par des raisons de lutte contre l'envasement, si elles sont plus
coûteuses, ou moins fiables à moyen terme que les techniques de conservation biologiques
à effet décalé dans le temps (ex. reforestation).

L' ANALYSE DES POLITIQUES AGRICOLES

La perte de compétitivité des productions des zones amont des bassins versants en face des
produits des zones de plaine a souvent été identifiée par les historiens comme l'une des
causes majeures des déplacements des populations et de la pression sur les ressources.

Si l'on souhaite réduire ces migrations, la spécialisation des économies montagnardes


autour de leurs avantages comparatifs devient l'axe majeur de leur développement (exemple:
tourisme, labels de qualité des produits montagnards tels que fromages, fruits, miel, etc ... ).
(Seznec, 1992).

Une étude récente sur les soutiens octroyés à la production au Maroc en terme
d'équivalent/subvention à la production (ES?), montre que les productions traditionnelles de

°
l'agriculture des zones de piedmont et de montagne (orge, blé dur, oliviers et ovins) ont été
beaucoup moins soutenues (ES? = à 0,1) par la politique des prix que les productions
modernes en irrigué (sucre, blé tendre, colza, betterave, élevage bovin de race pure: ES?
0,3 à 1.5).

CONCLUSION: LES THEMES DE RECHERCHE A DEVELOPPER

D Améliorer les connaissances sur les systèmes d'utilisation de l'espace en montagne.


D Calcul économique de l'érosion en fonction des pertes de rendement en relation avec
l'érosion cumulée.
D Effet des politiques agricoles sur l'aménagement intégré des bassins versants.
82 Quelques aspects socio-économiques de l'érosion

CONCLUSION: NECESSITE D'UNE ANALYSE SOCIOLOGIQUE ET ECONOMIQUE DES CRISES


D'EROSION AINSI QUE DE L'ATTENTE DES PAYSANS

Au niveau mondial, les problèmes de dégradation des terres sont préoccupants, mais pas
encore catastrophiques.

Cependant, localement, les pertes de rendement et de potentiel de production des terres


réduisent à néant les profits des petits paysans ou entraînent une augmentation des risques de
famine. Les famines réapparaissent un peu partout en Afrique semi-aride avec la forte pression
démographique, la diminution des précipitations et les situations politiques instables. D'où, la
migration des adultes de certaines régions (exemple, au sud du Sahel) pour assurer un
complément de revenus pour alimenter leur famille. Il faudra en tenir compte car ces adultes
vont manquer lors des programmes d'aménagement de terroirs où l'on fait appel à une
abondante main-d'oeuvre locale.

L'impact de l'érosion sur la productivité des sols est très variable, suivant qu'il s'agit d'un
sol profond homogène ou d'un sol où la fertilité est limitée aux horizons superficiels ; des
recherches sont en cours pour préciser sur quels sols les investissements en lutte antiérosive
sont les plus rentables.

Les premiers résultats montrent clairement qu'il est plus rentable pour les paysans
d'investir les crédits limités dont on dispose, pour aménager correctement les terres qui n'ont
pas encore trop souffert. Cependant, jusqu'ici on a développé surtout la RTM et la DRS pour
intervenir sur les zones très dégradées, abandonnées par les paysans, pour réduire les
transports solides ... et maintenir à grand prix la qualité des eaux nécessaires à l'irrigation des
grands périmètres et à l'épanouissement des grandes villes.

Si on veut obtenir la participation paysanne, il est clair qu'il faut rentrer dans la logique
paysanne (c'est à dire améliorer rapidement la productivité des terres et du travail), ou encore
prévoir des incitations et compensations de l'Etat, face à l'effort fourni par les paysans pour
atteindre des objectifs nationaux (stabilité du paysage et/ou qualité des eaux).

Des études complémentaires sont encore nécessaires pour étudier l'efficacité, la faisabilité
et le coût comparatif des différentes méthodes de lutte antiérosive, et pour modéliser les
aménagements les plus économiques pour chaque région.
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 83

DEUXIEME PARTIE

La lutte antiérosive en fonction des


différents processus d'érosion

ETAT DE LA RECHERCHE, DIAGNOSTIC ET APPLICATION A LA GCES

Dans cette seconde partie, il sera tenu compte de la variété des formes d'érosion observées
pour diversifier la lutte antiérosive et l'adapter le plus étroitement possible aux "niches
écologiques" et aux segments fonctionnels de chaque versant. En effet, les formes d'érosion
traduisent l'efficacité locale de divers processus qui font appel à des sources d'énergie variées
et à différents facteurs modifiant leur expression (tableau 8).

Bien qu'il y ait parfois une évolution d'une forme d'érosion vers une autre, à mesure que la
dégradation progresse (par exemple l'érosion en nappes évolue en rigoles puis en ravines)
chacun de ces ensembles (forme, cause, facteur, méthode) sera traité dans un chapitre séparé
de taille variable. Etant donné l'objectif de cet ouvrage, qui est de développer la gestion
conservatoire de l'eau et de la fertilité des sols, l'érosion en nappe, phase initiale des
processus d'érosion, sera traitée plus en détail, à l'aide de résultats expérimentaux. Pour
lutter contre les autres processus, nous rappellerons les principes de base et quelques résultats
récents: puis nous renverrons le lecteur vers d'autres manuels plus spécialisés.
84

TABLEAU 8
Les formes de dégradation et d'érosion, leurs causes, les facteurs de résistance du milieu ainsi que leurs
conséquences sont très variées

Les processus de Les ca uses: Les facteurs de résistance du milieu Les conséquences:
dégradation et d'érosion différentes sélectivité de
et leurs formes sources l'érosion et des
d'énergie dépôts

Dégradation: perte de Nombreuses: 10 la résistance de la structure est


structure fonction des matières organiques, du
minéralisation fer, de l'alumine, des argiles f1oculées,
Forme des matières des cations adsorbés et des sols La dégradation
naissance de pellicules organiques présents, entraîne peu de
de battance 20 fonction du drainage ou de la nappe transports, mais
compaction chargée, une réorganisation
30 la compaction est fonction du poids et un tassement
etc ... des outils utilisés, de la pression des
pneus des tracteurs et de la fréquence
des passages

Erosion éolienne 10 vitesse du vent et de la turbulence de


l'air,
Formes: 20 direction du vent dominant, Sélectivité
ripple marks, monticules 30 résistance du milieu est fonction de la
au pied des touffes, rugosité du sol et de la végétation, Erosion: ++
dunes, nuages de Energie du vent 40 résistance du sol = fonction de la
poussière structure des mottes, de la texture et Dépôt: ++
des matières organiques

Erosion mécanique Gravité et 10 est fonction de l'intensité du travail du Sélectivité


sèche poussée par les sol, c'est-à-dire de la fréquence des
outils de travail travaux et du type d'outil Erosion: 0
Forme creeping du sol 20 est fonction de la pente et de la
cohésion du terrain Dépôt: 0

Erosion en nappe 10 le couvert végétal, Sélectivité


20 la pente,
Forme: nappe de sable, Battance des 30 le sol, Erosion: ++
pellicule de battance ou gouttes de pluie 40 les techniques et structures
de sédimentation, antiérosives Dépôt: + +
"demoiselle coiffée",
micro-falaise

Erosion linéaire L'énergie du 10 la vitesse du ruissellement est fonction Sélectivité


ruissellement de la pente et de la rugosité,
Formes: griffes, rigoles, dépend du 20 le volume ruisselé est fonction de la Erosion: 0
ravines volume du surface du bassin versant et de la
ruissellement et capacité d'infiltration, Dépôt: ++
de sa vitesse 30 résistance du profil du sol et des
au carré racines
li, MV 2 = li, MGH

Erosion en masse 10 le poids de la couverture sol + eau +


végétaux, Sélectivité
Formes: creeping, Gravité, 20 l'humidification du plan de glissement.
glissement, coulée déséquilibre des 30 le terrain' Erosion: 0
boueuse versants a. la lithologie et le pendage parallèle
à la pente, Dépôt: 0
b. des niveaux imperméables et du
mica,
c. le drainage, la pente et une faible
épaisseur du sol au-dessus du
niveau imperméable
introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de lajertilité des sols 85

Chapitre 4

L'érosion mécanique sèche

DEFINITION, FORMES, PROCESSUS

Ce type d'érosion est un processus (arrachement + transport + dépôt) sans intervention de


l'eau, peu connu, très peu quantifié, qui par gravité et par simple poussée des instruments
aratoires, décape les horizons superficiels des hauts de pente et des ruptures de pente, pousse
ces masses de terre vers le bas de la toposéquence où elles s'accumulent soit en talus, en
bordure de parcelles, soit en colluvions concaves de texture peu différente des horizons
d'origine.

Chaque labour entraîne une tranche de terre (environ 10 t/ha si la parcelle fait 100 m
de large x 100 m de haut) et chaque sarclage déplace quelques mottes de terre vers le bas
(environ 1 t/ha). Au bout du compte, on arrive (Equateur - De Noni et Viennot, 1991) à
devoir monter une murette de 1,30 mètre en 24 mois (soit environ 40 t/ha/an) et on construit
des talus de 1 m en 4 à 5 ans, soit un rehaussement de 20 cm par an (Côte d'Ivoire, au
Rwanda et au Burundi - Roose et Bertrand, 1971 et Roose et al., 1990).

En Algérie, sur un versant de 35 % de pente sur sol fersiallitique rouge, un verger fut
planté vers 1960 près de Ouzera. Trente ans plus tard, les arbres sont juchés sur un
piédestal : 30 cm de terre ont été décapés entre les arbres! Même si on cumulait pendant 30
ans l'érosion mesurée à la parcelle nue (15 t/ha/an = 1 mm), l'érosion ne dépasserait pas 3
cm, tandis que la reptation de la couverture pédologique par le travail du sol atteindrait 27
cm, soit 135 t/ha/an (Roose, 1991) pour deux labours croisés (à l'automne et au printemps)
pour maintenir le sol nu et motteux.

LES FACTEURS

L'intensité du déplacement de terre dépend :

o du type d'outil: la charrue à soc déplace plus de terre que le chiesel (Revel, 1989), et
plus que les charrues à disques, que la houe et que la herse.

o de la fréquence des passages: en zone humide, à deux saisons des pluies, il y a deux
labours plus quatre sarclages. En zone tropicale humide à une saison, il y a un labour
plus deux sarclages. En zone méditerranéenne semi humide, il ya souvent deux labours
grossiers et deux sarclages. En zone semi aride il y a un labour plus un sarclage et en
zone tempérée, il y a un labour et deux ou trois hersages.
86 L'érosion mécanique sèche

o de l'orientation du travail: le travail du sol peut être effectué en courbes de niveau et


le versoir orienté vers l'aval ou bien vers l'amont. Le travail peut s'effectuer du haut de
la colline vers le bas (c'est le cas général pour les tracteurs lorsqu'ils cultivent en zone
de pentes supérieures à 15 %). Et enfin, le travail peut s'effectuer du bas vers le haut
de la parcelle: c'est le cas général des travaux manuels dans les pays en développement.
Il est très rare que la terre soit remontée par les outils. Par contre, il arrive qu'en
montagne et dans les zones où la terre est rare, que l'on récupère mécaniquement ou
dans des petits paniers de la terre dans la plaine pour la remonter dans la montagne,
c'est le cas sur les vignes. On constate aussi que l'aller et le retour des outils peuvent
réduire considérablement la vitesse du décapage par l'érosion mécanique sèche (Revel
et al., 1989).

o de la pente. Plus la pente est forte et plus les mottes détachées par la houe roulent bas.
En zone de montagne, les hauts de pente et sommets des collines sont souvent décapés,
ce qui dénote une érosion en nappe qui n'est pas compensée et surtout une érosion
mécanique sèche importante.

Les ruptures de pente sont aussi altérées, la surface du sol y est plus claire et les
horizons humifères moins épais: il doit donc y avoir accélération du dépagage lorsque la
pente est forte et ralentissement ou colluvionnement sur les pentes plus faibles, en particulier
sur les talus ou les bas de pente. La récolte des betteraves à sucre ou des pommes de terre
en terrain limoneux un peu humide entraîne un déplacement de terre de 15 à 50 t/ha/an soit
1 à 3 mm/an. Bolline, dans le Brabant belge, a mesuré sur parcelles, une perte de terre de
l'ordre de 30 t/ha/an par érosion en nappes et rigoles. On a souvent confondu les deux
processus: érosion en nappe et érosion mécanique sèche et on a expliqué les taches blanches
en haut de pente et en rupture de pente comme étant la preuve d'une érosion en nappe alors
que l'érosion mécanique sèche par les outils est probablement deux à dix fois plus efficace
que l'érosion en nappe (Wassmer, 1981 ; Nyamulinda, 1989).

METHODES DE LUTTE ANTIEROSIVE

On a souvent confondu la lutte contre l'érosion en nappe avec la lutte contre l'érosion
mécanique sèche, car les facteurs et les méthodes de lutte se recoupent.

o Réduire le nombre de passages des outils et l'importance du travail du sol. On tend


vers le travail réduit au minimum (minimum tillage) lorsque les résidus de culture sont
abandonnés à la surface du sol et que l'on ne cultive plus au printemps que des raies qui
couvrent 10 % de la surface du sol. C'est la méthode la plus efficace qui a été étudiée
dans le Lauragais (S.O. France: Roose et Cavalié, 1986).

o Il faut réduire l'énergie dépensée pour le travail du sol. Il n'est pas toujours
nécessaire de retourner le sol avec une charrue. Un simple éclatement par les dents de
chiesel ou d'un cultivateur aère en profondeur, augmente la macroporosité, la capacité
de stockage de l'eau, l'enracinement et maintient en surface la matière organique et les
résidus de culture. A la limite, le travail minimum du sol se réduit à une simple ligne
alors que le reste du sol est couvert par un paillis de résidus: ce mode de préparation
du sol divise par dix les risques d'érosion mécanique sèche par les outils.
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 87

o L'orientation du travail. Si la pente est inférieure à 14 %, il est possible de travailler


mécaniquement le sol, alternativement dans un sens et dans l'autre, d'où des
compensations ou ralentissement des transports solides (Revel, 1989). Si par contre la
pente est supérieure à 14 %, les tracteurs risquent de verser: il faut donc, ou bien
cloisonner le paysage en bandes cultivées entre des talus et réduire suffisamment la
pente, ou bien développer des cultures pérennes sans travail du sol avec des plantes de
couverture ou avec paillage, ou bien labourer et sarcler dans le sens de la plus grande
pente mais semer perpendiculairement à la pente et prévoir des barrages, des petits
ressauts, des petites diguettes, tous les 10 m ou des cultures manuelles localisées
espacées le plus possible dans la saison.

o Il s'agit de former des talus de manière à créer à chaque niveau de versant des horizons
d'accumulation de l'eau, de la fertilité et du sol qui vont évoluer en terrasses
progressives. Ceci n'est valable que si les sols sont suffisamment profonds sinon on est
amené à rapprocher les talus de moins de 5 m et à maintenir une certaine pente sur la
terrasse cultivée en travaillant la terre sur planches ou sur gros billons perpendiculaires
à la pente lorsque celle-ci dépasse 40 % (Latrille, 1981, exemple des îles Comores).
88
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 89

Chapitre 5

L'érosion en nappe ou le stade initial


de l'érosion hydrique

On parle d'érosion en nappe ou aréolaire (sheet erosion) parce que l'énergie des gouttes de
pluie s'applique à toute la surface du sol et le transport des matériaux détachés s'effectue par
le ruissellement en nappe. C'est le stade initial de la dégradation des sols par érosion [planche
photographique 1].

LES FORMES ET LES SYMPTOMES DE L'EROSION EN NAPPE

L'érosion en nappe entraîne la dégradation du sol sur l'ensemble de sa surface.


De ce fait elle est peu visible d'une année à l'autre puisqu'une érosion importante de 15 à
30 t/ha/an correspond à une perte de hauteur de 1 à 2 mm. Celle-ci est peu significative par
rapport au foisonnement des terres, à la rugosité du sol après les travaux culturaux (dH =
2 à 10 cm) ou par rapport à la respiration des sols à argile gonflante, du simple fait de leur
réhumectation (dH de plusieurs centimètres). Cependant, combinée à l'érosion mécanique
sèche (et à la dégradation de la macroporosité suite à la minéralisation accélérée des matières
organiques, ou par simple tassement par les outils), l'érosion en nappe peut entraîner un
décapage de la majorité de l'horizon humifere en quelques dizaines d'années (dH de 10
à 20 cm par rapport au profil voisin resté sous forêt). Le signe le plus connu de l'érosion en
nappe est donc la présence de plages de couleur claire aux endroits les plus décapés, les plus
agressés des champs (haut de collines, et rupture de pentes).

Le deuxième symptôme est la remontée des cailloux en surface par les outils de travail
du sol. Les paysans disent que "les cailloux poussent" ! Il s'agit en réalité d'une fonte de
l'horizon humifère et d'un travail profond du sol qui remonte en surface les cailloux. Après
quelques pluies, les terres fines sont entraînées par les pluies soit par drainage en profondeur,
soit par érosion sélective, tandis que les cailloux trop lourds pour être emportés s'accumulent
à la surface du sol (Roose, 1973 et Poesen, 1988). Si le sol contient du sable, la battance des
gouttes de pluie va détacher des particules des mottes, les raboter et former d'une part des
pellicules structurales de battance ou d'érosion (réarrangement superficiel des mottes) et des
croûtes de sédimentation, et d'autre part (figure 15) :

o des voiles de sable lavé, blanc en milieu acide, rosé ou roux si les sables sont
ferrugineux,
o des cratères sombres dans ces voiles sableux clairs (reliquats des dernières grosses
gouttes de la dernière averse),
o et des colonettes sous les feuilles larges qui protègent le sol contre la battance.
90 L'érosion en nappe ou le stade initial de l'érosion hydrique

FIGURE 15
Schéma des croûtes d'érosion, des croûtes structurales et des croûtes sédimentaires
(inspirés des travaux de Valentin, 1981)

Croûte structurale
ou pellicule CROUTES 0, Sobles grossiers déliés

Sol rugueux de boffonce \ ~v


'e\O~.
. d~e ~°StO/)
~
1..-. Pellicule
après billonnage •• <~:'·vV. Sedimentation ../, ~o',,:<,v:-orgtlo-iimoneuse
."- ---~ lÉ/'
0000
Niveau du sol originol
000000000
000<000 000

y
0000

Sol motteux Croûle de battonce Croûte de sédimentation


s fructurole ou
d'érosion

Infiltra tion finale > 100mm/h 5àl5mm/h 1- 5 mm/heure

Epaisseur - 1 à 2 mm 5 - 30 mm

Succession quelconque 1 Sables déliés sur 1 Pellicule A + L + MO sur


2 pellicule A. limoneuse 2 sobles grassiers déliés
A = argileux L = limoneux MO = matieres orgonlques

FIGURE 16
Energie cinétique des pluies en fonction de leur intensité et des régions d'observation
(d'après Hudson, 1972)

2
j/mm/m Pluies naturelles
Kelkar Indes
Hudson Rhodésie
40 Ker Trinidad
Mihora Japon
(cités par Hudson)
36
Q)
Kelkar (orages)
::>
cr W i sc h me ier ( = EIl i so n )
32
ë
c:
u : : : : . . . _ - - - - - - - - - - - - Hudson
28-
Q)

0>
Q)
c:
24
w
20

16

12
o 25 50 75 100 125 150 200 mm/h
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 91

Mais les formes les plus démonstratives sont les microdemoiselles coiffées, petits
piédestals de terre coiffés d'un objet dur résistant à l'attaque des gouttes de pluie (graines,
racines, feuilles, cailloux ou simples croûtes de terre tassée protégées par des lichens). Leur
hauteur (0,5 à 15 cm) est d'autant plus forte que l'érosion est forte, c'est à dire sur sol nu,
peu cohérent et sur forte pente. Ces colonettes sont la preuve que l'énergie des gouttes de
pluie attaque la surface du sol et que le ruissellement emporte les particules fines et légères
mais que son énergie n'est pas assez forte pour cisai11er la base des colonettes. A partir du
moment où le ruissellement devient abondant, il se hiérarchise et développe une énergie
propre suffisante pour attaquer le fond et les bordures de son lit : il va entailler les
microdemoiselles coiffées et laisser en place des microfalaises (dH = 1 à 10 cm). L'érosion
en nappe va alors se combiner à l'érosion linéaire pour former l'érosion en nappe et rigoles
(ri Il and interill erosion), laquelle peut évoluer vers des griffes (H = quelques cm) des
rigoles (H = 10 à 50 cm) et des ravines (H = plus de 50 cm) si on n'intervient pas pour
corriger les problèmes d'érosion naissante : (= érosion mécanique sèche + érosion en
nappe + griffes et rigoles) (Roose, 1967, 1977).

Les conséquences de l'érosion en nappe sont:

o Le nivellement de la surface du sol par dégradation des mottes et remplissage des


creux. Il s'ensuit des croûtes diverses, lisses et blanchies (exemple: zipellé en Moré
veut dire: zone blanchie).

o La squelettisation des horizons superficiels par perte sélective des matières organiques
et des argiles, laissant en place une couche de sable et de gravier, plus claire que
1'horizon humifère sous-jacent.

o Le décapage de l'horizon humifère laissant des plages de couleur claire 1'horizon


minéral sousjacent apparaît à l'air libre.

LA CAUSE ET LES PROCESSUS D'EROSION EN NAPPE

La cause de l'érosion en nappe est l'énergie de la battance des pluies sur les sols dénudés
(Ellison, 1944). L'arrachement des particules de terre vient de l'énergie des gouttes de pluie,
lesquelles sont caractérisées par une vitesse de chute (fonction de leur hauteur de chute et de
la vitesse du vent) et par un certain poids, fonction de leurs diamètres. Au bout de 10 m de
chute, la vitesse des gouttes de pluie atteint 90 % de la vitesse finale, déterminée par
l'équilibre entre l'attraction universelle et la résistance à l'air de la surface portante de la
goutte (Lawson, 1940, Bradford, 1983). Le vent peut augmenter l'énergie des gouttes de
pluie de 20 à 50 % (Lai, 1975) mais les turbulences réduisent la taille des gouttes de pluie
à 3-5 mm de diamètre. Sous la cime des grands arbres, l'énergie des gouttes de pluie est
souvent plus forte que dans la parcelle cultivée car les gouttes se réunissent sur les ligules des
feuilles, formant des gouttes plus grosses (Valentin, 1983). Dans chaque région on peut
observer le diamètre des populations de gouttes tombant pour des averses de différentes
intensités. On peut aboutir à des régressions du type énergie d'une averse = énergie de
chaque tranche de pluie tombant à une intensité donnée multipliée par le nombre de
millimètres tombés à cette intensité: ces relations (figure 16) varient considérablement selon
les régions. En l'absence de données régionales sur l'énergie des pluies, on peut utiliser les
données de Wischmeier et Smith, 1978.
92 L'érosion en nappe ou le stade initial de l'érosion hydrique

TABLEAU 9
Influence de la saison, de l'intensité maximum en 30 minutes, et des pluies de la décade précédente (h
10 jours = indice d'humidité du solI sur l'érosion et le ruissellement provoqués par des pluies de hauteur
voisine sur un sol nu et un sol couvert (d'après Roose, 1973)

Dates Pluie Ruissellement (%) Erosion (kg/ha)

h h 10 Intensité Sol nu Panicum Sol nu Panicum


(mm) jours Max 30'
(mm)

13.2.72 28 58 33 47 0 548 0
18.3.72 33 1 59 52 0,1 1 104 0
27.3.72 32 45 23 26 0 327 0
21.5.72 34 20 28 26 0 1 518 0
9.6.72 33 131 35 48 32 3833 21
11.6.72 34 164 26 44 11 2 191 26
13.6.72 38 230 37 63 22 3264 31
2.7.72 32 212 43 73 0,1 6025 0,2
31.7.72 30 0 15 9 0 412 0
19.10.72 31 88 14 39 0,1 1 501 0,1
23.11.72 28 18 43 71 0 1 827 0

Cette énergie de battance est dissipée par quatre actions :

o tassement du sol sous l'impact des pluies après humectation rapide de la surface du sol,

o écrasement et force tangentielle d'arrachement (shearing stress) : séparation des


particules agrégées,

o projection des particules élémentaires selon une couronne sur sol plat et transport dans
toutes les directions mais plus efficacement vers l'aval sur les pentes,

o bruit du choc des gouttes sur les matériaux résistants.

A cette énergie des pluies est opposée la cohésion ou la résistance d'un matériau
terreux. Celui-ci peut être déjà plus ou moins dégradé :

• par éclatement au contact des gouttes sur les mottes desséchées,

• par humectation suivie de dessiccation qui donne des petites mottes fissurées,

• par tassement par les pneus ou par les rouleaux qui donnent des petites mottes éclatées,

• par dispersion des colloïdes, soit par humectation prolongée, soit par salinisation ou par
la présence de sodium échangeable.

Le matériau sol peut être plus ou moins résistant du fait de la présence de cailloux ou
bien en fonction du pourcentage de limon et sable fin (la à 100 microns), de matières
organiques et d'argile, de la présence de gypse ou de calcaire, d'hydroxydes de fer et
d'alumine libre, en fonction également de la stabilité structurale et de la perméabilité du
profil (voir érodibilité des sols).
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 93

Le déplacement des particules se fait d'abord par effet "splash" à courte distance et
ensuite par le ruissellement en nappe. La battance des gouttes de pluie envoie des gouttelettes
et des particules dans toutes les directions mais, sur les pentes, la distance parcourue vers
l'amont est inférieure à la distance parcourue vers l'aval, si bien que dans l'ensemble, les
particules migrent par sauts vers J'aval. Les expériences de Christoï (1960) à la station IRHO
de Niangoloko, au sud du Burkina Faso ont montré que les particules de sol peuvent sauter
jusqu'à 50 cm de haut et jusqu'à plus de 2 m de distance durant les gros orages de fin de
saison sèche. Ce n'est qu'après formation des flaques et débordement de l'eau non infiltrée
d'une flaque à l'autre, que naît le ruissellement en nappe. Celui-ci s'étalant à la surface du
sol gardera une faible vitesse même sur des pentes de 5 à 10, % à cause de la rugosité du sol
(mottes, herbes, feuilles, racines, cailloux, etc ... ) qui l'empêchent de dépasser la vitesse
limite de 25 cm/seconde. Au-delà de 25 cm/seconde, le ruissellement, peut non seulement
transporter des sédiments fins, mais aussi attaquer le sol et creuser des rigoles hiérarchisées
où la vitesse augmente rapidement. On passe alors à J'érosion linéaire (griffes, rigoles et
ravines). Voir les courbes de Hulstrbm (figure 19).

Sédimentation: c'est au cours de la battance des pluies que des particules ou même des
agrégats (en particulier si des grosses gouttes d'orage tombent sur des mottes sèches) vont
quitter les mottes pour sédimenter dans les creux et y former des croûtes de sédimentation
à très faible capacité d'infiltration (figure 15).

L'érosion en nappe observée sur parcelle d'érosion dépend à la fois (tableau 9) :

o de l'intensité maximale des pluies qui déclenchent le ruissellement (1 max en 15 mn sur


pentes fortes ou 1 max en 30 minutes sur les pentes moyennes),
o de l'énergie des pluies (E C) qui détachent les particules susceptibles de migrer,
o de la durée des pluies et/ou de l'humidité avant les pluies.

Hudson (1965 et 1983) au Zimbabwé, puis Elwell et Stocking (1975) sur des sols
ferrallitiques bien structurés (oxisols) trouvent de meilleures relations entre l'érosion et
l'énergie des pluies au-dessus d'un certain seuil d'intensité (I > 25 mm/h) (E = K E si 1
> 25 mm/h). Ces auteurs ont observé que seules les pluies intenses provoquent de l'érosion.
On peut cependant penser que toutes les pluies laissent une trace en dégradant la surface du
sol. Même si toutes les pluies ne ruissellent pas, elles favorisent la naissance de croûtes peu
perméables et accélèrent le ruissellement lors des averses suivantes.

S'il existe effectivement une intensité limite de pluie en-dessous de laquelle on


n'observe pas de ruissellement, cette intensité varie en fonction du degré d' humectation du
sol et de la dégradation de la surface du sol avant le début de la pluie (voir travaux de
Lafforgue, 1978 ; Boiffin, 1984 ; Raheliarisoa, 1986 ; Casenave et Valentin, 1989). LaI
(1976) pense que l'intensité maximale instantanée en 7 mn ou en 15 mn, est encore mieux
corrélée avec l'érosion que J'intensité en 30 mn. Ceci peut être vrai localement (De Noni et
al., en Equateur sur sol volcanique, 1985) mais pas forcément partout. Sur les sols
ferrallitiques sableux de Basse Côte d'Ivoire, Roose (1973) a montré que plus la durée de
l'intensité maximale de la pluie est importante, et plus le coefficient de régression est élevé.
De son côté, Lai (1976) a montré que le vent pouvait augmenter l'énergie des gouttes de
pluie ; cependant il est difficile d'en tenir compte car on dispose rarement à la fois de
l'intensité des pluies et de l'intensité du vent.
FIGURE 17
Esquisse de la répartition de l'indice d'agressivité climatique annuel moyen (RUSA de Wischmeier) en Afrique de l'Ouest et du Centre - Situation des
parcelles d'érosion (d'après les données pluviométriques rassemblées par le Service Hydrologique de l'ORSTOM et arrêtées en 1975)

15° 12 0 8" 4" 0° 4" 8° 12" 15° 20" 24°


18"
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Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 95

Wischmeier (1959) a combiné dans un seul indice d'érosivité (EI 30 ) l'énergie de chaque
averse multiplié par l'intensité maximale en 30 minutes (en mm/h). Cet indice tient bien
compte des trois conditions exprimées plus haut: énergie, intensité de pointe et durée des
pluies.

Comme le dépouillement du pluviogramme de chaque averse est une opération


minutieuse et fastidieuse, et comme par ailleurs on ne dispose pas toujours de toutes les
informations nécessaires sur l'intensité des pluies, de nombreux auteurs ont tenté de simplifier
l'estimation de l'indice d'érosivité des pluies.

En Afrique de l'Ouest, Charreau (1970), puis Delwaulle (1973), Galabert et Millogo


(1973) ont trouvé des relations linéaires entre l'énergie cinétique et la hauteur des pluies,
donc:

R' = (a + b H) . 130

Lai au Nigeria, propose : R' = hauteur de pluie x 1 max 7'.

En dépouillant 20 stations d'Afrique de l'Ouest, situées entre Séfa au Sénégal et Deli au


Tchad, et entre Abidjan en Basse Côte d'Ivoire et Allokoto au Niger, Roose (1977) a montré
qu'il existait en Afrique occidentale une relation simple entre l'indice d'agressivité annuel
moyen et la hauteur annuelle moyenne des pluies de la même période (sur plus de dix
ans).

R A M = HAM x 0,5 + 0,05 en Afrique de l'Ouest,


0,6 en bordure de l'océan sur 40 km,
0,3 à 0,2 en montagne, au Cameroun (Roose), Rwanda, Burundi
et Madagascar (Sarrailh),
0,1 en zone méditerranéenne algérienne (Arabi, 1991),
moins de 0,01 en zone tempérée océanique.

Il est cependant intéressant d'étudier l'ampleur des phénomènes d'érosion en fonction


des classes de hauteur de pluie. On a constaté à Adiopodoumé que durant la campagne 1965
(maïs billonné selon la pente) il n'y eut pas de ruissellement pour les pluies de hauteur
inférieure à 15 mm, ni d'érosion sérieuse pour moins de 30 mm. Il a fallu au moins 30 mm
pour observer un ruissellement à chaque pluie et plus de 90 mm pour constater à coup sûr
des transports solides. Chaque parcelle caractérisée par la nature du sol mais aussi par la
couverture végétale et les façons culturales a ainsi des seuils de délenchement au-dessous
desquels ne se manifeste aucun phénomène d'érosion (Roose, 1973) : en réalité, les hauteurs
de pluie ne sont pas totalement indépendantes des intensités des pluies ... tout au moins, des
intensités pendant 30 minutes et plus.

La figure 17 donne un schéma de répartition de l'indice R en unité américaine, moyen


pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre, basé simplement sur les isohyètes moyens modulés
en fonction des différents coefficients. Ceci a été possible du fait qu'il existe, dans cette
région d'Afrique, de bonnes corrélations entre l'intensité maximale des pluies et la hauteur
annuelle de fréquence 1110 (Brunet-Moret, 1963-67; Roose, 1977).

Voir les courbes : intensité, durée en fonction de la hauteur des pluies (figure 18).
96 L'érosion en nappe ou le stade initial de l'érosion hydrique

FIGURE 18
Courbes intensité/durée pour des averses de fréquence connue en chaque point, en Afrique
Occidentale (d'après Brunet-Moret, 1967)

Hauleu"

1- ---1---

20 JU' 40' 50' 60' 5 .. 10 " dV11f '24

Aux Etats-Unis, l'indice de Wischmeier varie de 20 à 650 unités (Wischmeier, 1960).


En Europe, l'indice varie de 20 à 150 : Pihan (1970), Bolline & col. en Belgique (1982).

En région méditerranéenne, RUSA = 50 à 350 (Masson, en Tunisie, Kalmann, au Maroc,


Heusch au Maroc, Arabi en Algérie, Pihan en France).

En zone tropicale sèche, RUSA = 100 à 450.


En zone tropicale humide, de 500 à 1200.

Il faut cependant noter de graves écarts constatés entre l'érosion en nappe dans certaines
régions et l'agressivité des pluies selon l'équation de Wischmeier. En effet les pluies
agressives peuvent être des orages de début de saison des pluies comme en Afrique de l'Ouest
ou bien des orages d'été comme en Europe ou encore de longues averses de fines pluies
saturantes, peu énergétiques, tombant sur un sol détrempé en fin d'hiver ou début de
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 97

printemps, comme en France ou en Algérie. Dans ce cas, l'érosion provenant de ces longues
averses saturantes a pour origine bien plus l'énergie du ruissellement et donc de l'érosion
linéaire, que l'énergie des gouttes de pluies elles-mêmes (il peut aussi s'y développer des
mouvements de masse si la pente est suffisante).

A l'échelle de bassins versants de plus de 2000 !<m 2 , Fournier a montré en 1960 que les
transports solides étaient essentiellement fonction de deux facteurs : d'une part, la
topographie et d'autre part, l'agressivité ou l'indice de continentalité des pluies. Cet indice
(c) est égal au rapport entre le carré des pluies du mois le plus humide divisé par la pluie
annuelle moyenne. Cet indice tel qu'il est présenté là ne concerne que les transports solides
sur des grands bassins versants. Il ne peut pas être appliqué directement à l'érosion en nappe
sur parcelle qui dépend beaucoup trop du couvert végétal et des techniques culturales. Par
contre, on a tenté d'estimer l'indice d'agressivité des pluies de Wischmeier à partir de la
somme des indices mensuels de Fournier et on a pu trouver de bonnes corrélations régionales
entre l'indice de Wischmeier et cet indice de Fournier modifié, mensualisé (Arnoldus, 1980).

LE MODÈLE EMPIRIQUE DE PERTE EN TERRE DE WISCHMEIER ET SMITH


(USLE)

Vingt ans après la mise en place des essais d'érosion en parcelles dans une bonne dizaine
d'Etats d'Amérique du Nord, il existait une accumulation d'un grand nombre de données sur
l'érosion dont il convenait de faire la synthèse. En 1958, Wischmeier, statisticien du Service
de Conservation des Sols fut chargé de l'analyse et de la synthèse de plus de 10.000 mesures
annuelles de l'érosion sur parcelles et sur petits bassins versants dans 46 stations de la Grande
Plaine américaine. L'objectif de Wischmeier et Smith (1960; 1978) était d'établir un modèle
empirique de prévision de l'érosion à l'échelle du champ cultivé pour permettre aux
techniciens de la lutte antiérosive de choisir le type d'aménagement nécessaire pour garder
l'érosion en-dessous d'une valeur limite tolérable étant donné le climat, la pente et les
facteurs de production.

ANALYSE DES PRINCIPES DU MODELE

Selon ce modèle, l'érosion est une fonction multiplicative de l'érosivité des pluies (le
facteur R, qui est égal à l'énergie potentielle) que multiplie la résistance du milieu, laquelle
comprend K (l'érodibilité du sol), S L (le facteur topographique), C (le couvert végétal et les
pratiques culturales) et P (les pratiques antiérosives). C'est une fonction multiplicative, de
telle sorte que si un facteur tend vers zéro, l'érosion tend vers O.

Ce modèle de prévision de l'érosion est constitué d'un ensemble de cinq sous-modèles

E = R x K x SL x C x P
0
1 Tout d'abord, R, l'indice d'érosivité des pluies est égal à E, l'énergie cinétique des
pluies, que multiplie I30 (l'intensité maximale des pluies durant 30 minutes exprimée en
cm par heure). Cet indice correspond aux risques érosifs potentiels dans une région
donnée où se manifeste l'érosion en nappe sur une parcelle nue de 9 % de pente.
98 L'érosion en nappe ou le stade initial de l'érosion hydrique

CALCUL DE L'INDICE R D'AGRESSIVITE DES PLUIES


Id' après Wischmeier et Smith, 1978)

Pour chaque averse, délimiter des périodes d'intensité uniforme.

A chaque intensité, correspond une énergie cinétique selon l'équation

E = 210 + 89 log,o 1

E énergie cinétique de la pluie exprimée en tonne métrique x mètre/ha/cm de pluie.

Intensité ,0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0.8 0,9
cm/h

121 148 163 175 184 191 197 202 206


°1 °
210 214 217
241
220
242
223
244
226 228
247
231
249
233 235
2 237 239 246 250 251
3 253 254 255 256 258 259 260 261 262 263
4 264 265 266 267 268 268 269 270 271 272
5 273 273 274 275 275 276 277 278 278 279
6 280 280 281 281 282 283 283 284 284 285
7 286 286 287 287 288 288 289

La valeur 289 peut s'appliquer à toutes les intensités supérieures à 76 mm/heure.

Construire un tableau de la façon suivante:

Averse Hauteur Durée en Hauteur de Intensité Energie E total 130 mm/h


Date totale mm minutes même partielle unitaire par
intensité mm/h cm voir
mm table

10 5,0 30 253 1265


33 5,5 10,0 210 1150
32 12,5 23,4 242 3025 23,0
19767 H=30,5 177 7,5 2,5 157 1177,5

30,5 6622,5 23,0

(El) métrique = R index = 6622,5 x 23 = 8,78


1,735 El USA 17356

Cumuler les valeurs de R par mois/saison/année.

A cette énergie pluviale, il faut ajouter les apports d'énergie par la neige, l'irrigation et/ou le
ruissellement.

L'indice R annuel n'est pas directement lié à la pluviosité annuelle. Cependant, en Afrique de
°
l'Ouest, Roose a montré que R annuel moyen sur 1 ans = pluie annuelle moyenne x a

• 0,5 dans la majorité des cas ±0,05


a • 0,6 à proximité de la mer « 40 km)
• 0,3 à 0,2 en montagne tropicale
• 0,1 en montagne méditerranéenne
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 99

ZO L'érodibilité des sols (K) est fonction des matières organiques et de la texture des sols,
de la perméabilité et de la structure du profil. Il varie de 70/1 OOème pour les sols les
plus fragiles à 1/100ème sur les sols les plus stables. Il se mesure sur des parcelles nues
de référence de 22,2 m de long sur des pentes de 9 % et sur un sol nu, travaillé dans
le sens de la pente et qui n'a plus reçu de matières organiques depuis trois ans.

3° SL, le facteur topographique, dépend à la fois de. la longueur de pente et de


l'inclinaison de la pente. Il varie de 0,1 à 5 dans les situations les plus fréquentes de
culture en Afrique de l'Ouest et peut atteindre 20 en montagne.

4° C, le facteur couvert végétal, est un simple rapport entre l'érosion sur sol nu et
l'érosion observée sous un système de production. On confond dans le même facteur C,
à la fois le couvert végétal, son niveau de production et les techniques culturales qui y
sont associées. Ce facteur varie de 1 sur sol nu à 1/l000ème sous forêt, l/lOOème sous
prairies et plantes de couverture, 1 à 9/l0ème sous cultures sarclées.

5° Enfin, P, est un facteur qui tient compte des pratiques purement antiérosives comme
par exemple le labour en courbe de niveau ou le buttage, ou le billonnage en courbe de
niveau. Il varie entre 1 sur un sol nu sans aucun aménagement antiérosif à I/lOème
environ, lorsque sur une pente faible, on pratique le billonnage cloisonné.

Chacun de ces facteurs sera étudié en détail dans les paragraphes suivants. En pratique,
pour définir les systèmes de production et les structures antiérosives à mettre en place dans
une région, on détermine d'abord les risques érosifs des pluies, ensuite la valeur de
l'érodibilité des sols, puis par des essais successifs, on adapte un facteur C en fonction des
rotations que l'on souhaite obtenir et en fonction des techniques culturales, des pratiques
antiérosives, puis on définit les longueurs de pente et les inclinaisons que nous devrions
obtenir grâce à des structures antiérosives pour réduire les pertes en terre sous le seuil de
tolérance (1 à 12 t/ha/an). C'est donc un modèle pratique qui convient à l'esprit d'un
ingénieur qui, avec peu de données, est obligé de chercher des solutions raisonnables à des
problèmes pratiques, de façon moins empiriques que jusqu'alors.

LES LIMITES INTRlNSEQUES DU MODELE "USLE"

Première limite : Ce modèle ne s'applique qu'à l'érosion en nappe puisque la source


d'énergie est la pluie : il ne s'applique donc jamais à l'érosion
linéaire, ni à l'érosion en masse.

Deuxième limite : Le type de paysage : ce modèle a été testé et vérifié dans des
paysages de pénéplaines et de collines sur des pentes de 1 à 20 %
à l'exclusion des montagnes jeunes, en particulier des pentes
supérieures à 40 % où le ruissellement est une source d'énergie plus
grande que les pluies et où les mouvements de masse sont
importants.

Troisième limite : Les types de pluies : les relations entre l'énergie cinétique et
l'intensité des pluies utilisées généralement dans ce modèle ne sont
valables que dans la plaine américaine. Elles ne sont pas valables en
montagne mais on peut développer des sous-modèles différents pour
l'indice d'érosivité des pluies, R.
100 L'érosion en nappe ou le stade initial de l'érosion hydrique

FIGURE 19
Diagramme de Hjulstrom

Vitesse eou
cm/sec.

EROSION
1000

450----
100

25 --- - -- _::-:_"'--~

TRANSPORT SEDIMENTATION
10

o
0,001 0,01 10 100 1000 el Particules mm.

cohésion
od hérence
- Pesanteur

Ce diagramme nous apporte des informations très importantes.

1. Les matériaux les plus sensibles à l'arrachement par le ruissellement ont une texture voisine
des sables fins de 100 microns. Les matériaux plus argileux sont plus cohérents. Les
matériaux plus grossiers ont des particules lourdes qui exigent une vitesse supérieure du
fluide. Il est intéressant de noter que pour Wischmeier et al. (1971), les sols les plus
érodibles sont ceux qui sont riches en limons et sables fins.

2. Tant que les écoulements s'effectuent à une vitesse faible (25 cm/seconde), ils ne peuvent
éroder les matériaux. Pour éviter l'érosion linéaire, il faut donc s'appliquer à étaler et ralentir
les écoulements. D'où l'origine de la théorie de la dissipation de l'énergie du ruissellement.

3. Le transport des particules fines argileuses et limoneuses s'effectue facilement, même pour
de faibles vitesses. Mais, pour les matériaux plus grossiers que les sables fins, on passe
très vite de la zone d'érosion à la zone de sédimentation. On comprend donc pourquoi les
fossés d'évacuation des eaux de ruissellement sont soit érodés s'ils sont trop étroits ou
trop pentus, soit ensablés par les matériaux grossiers qui n'arrivent pas à circuler. C'est une
des raisons pour lesquelles les fossés de diversion ne donnent pas satisfaction dans les
pays en développement, car il faut désabler et entretenir régulièrement les fossés et
terrasses de diversion.
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 101

Quatrième limite : Ce modèle ne s'applique que pour des données moyennes sur 20
ans. Elles ne sont donc pas valables à l'échelle de l'averse. Un
modèle MUSLE a été mis au point pour estimer les transports solides
de chaque averse, qui ne tient plus compte de l'érosivité de la pluie
mais du volume ruisselé (Williams, 1975).

Cinquième limite : Enfin une limite importante de ce modèle, c'est qu'il néglige
certaines interactions entre les facteurs pour pouvoir distinguer plus
facilement l'effet de chacun des facteurs. Par exemple, il n'est pas
tenu compte de l'effet de la pente combiné au couvert végétal sur
l'érosion, ni de l'effet du type de sol sur l'effet de la pente.

Actuellement, ce modèle sert de guide pratique pour les ingénieurs et se développe


encore dans de nombreux pays. Mais ce modèle empirique ne satisfait pas toujours les
scientifiques qui recherchent des modèles physiques qui s'inspirent des processus
élémentaires d'érosion et qui d'autre part, souhaitent pouvoir s'appuyer non pas sur des
valeurs moyennes sur 20 ans, mais sur les processus qui se passent au cours de chaque averse
élémentaire. Il nous faut éviter de vouloir tirer plus que ce que les hypothèses de départ
permettent et surtout que ce que les auteurs ont voulu mettre dans ce modèle empirique. Le
SLEMSA, modèle à valeur régionale a été mis en place au Zimbabwé (Elwell, 1981).
D'autres modèles s'appuient sur l'équation de Wischmeier, tel que EPIC (Williams, 1982)
ou sur des processus physiques tel que le modèle RlLL and INTER RILL ou bien Je nouveau
modèle européen de prévision de l'érosion EUROSEL. Il faut retenir que seul, le modèle
USLE est actuellement utilisé à grande échelle dans de nombreux pays. Il faudra encore
attendre une bonne dizaine d'années avant de pouvoir utiliser les autres modèles de façon
courante sur le terrain. Par ailleurs, il n'est pas certain que ces modèles physiques seront plus
efficaces que les versions les mieux adaptées localement des modèles empiriques actuels
(Renard, 1991). Ceci vient d'être confirmé au Séminaire de Mérida au Vénezuela (mai 1993).

L'ERODIBILITE DES SOLS

L'érodibilité d'un sol [planche photographique 2], en tant que matériau plus ou moins
cohérent, est sa résistance à deux sources d'énergie: d'une part, la battance des gouttes de
pluies à la surface du sol et d'autre part, l'entaille du ruissellement entre les mottes, dans les
griffes ou les rigoles. Les premières études d'érodibi!ité des matériaux ont été effectuées par
Hjulstrbm dans des canaux (figure 19). Le diagramme de Hjulstrom montre qu'il existe
trois secteurs en fonction de la vitesse des eaux et du diamètre des particules des matériaux
terreux. L'analyse du secteur érosion montre que les matériaux les plus fragiles ont une
texture telle que le diamètre des particules est de l'ordre de 100 microns, c'est à dire des
sables fins. Lorsque les matériaux terreux sont plus fins, se développe une cohésion par
simple frottement entre les surfaces des argiles et lorsque les matériaux sont plus grossiers
ils deviennent de plus en plus lourds et par conséquent, plus difficiles à transporter. Dans ce
type d'essai il s'agit de la résistance en milieu humide aux forces d'arrachement par une
rivière ou par un ruissellement.

Depuis longtemps, les pédologues ont constaté que les sols réagissaient de façon plus ou
moins rapide à l'attaque des gouttes de pluie et à la dégradation de la structure. Toute une
série de tests de laboratoire ou de terrain ont été mis en place pour tenter de définir la
102 L'érosion en nappe ou le stade initial de l'érosion hydrique

FIGURE 20
Erodibilité des sols tunisiens testés au simulateur de pluies (d'après Dumas, 1965)
K érosion

Courbe permenanr d'évaluer K. connaissan{


,,
\
le % de cailloux et le tau,.; de matIères
,
.,
\

\
organiques, POUf un Sol ayant une humidité
èQulValenle oe 25 %

0.4 1

19J~ ~

.. 10 % de cailloux
-0,17 de K \
0.3 +-\---'rJ'---~I' ---+----t----.--
\ \.
\ \
\ '.,
\ '. 1

1\ \\ \,
. \ ",-
0.2 +-->,-_--'c..+--_-',-,__---C,'--_ _ -+1 -+'------..,...- -
_ _ _ _ __ ~ \ Matière organ'Que 1

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0.18

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1

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. ...=-
o la 20 30 40

log \00 K = 3.4623 - 0.1695 X2 - 0.02 J 4 XJ - 0.0282 X, R2 = 88 %


Ou = Xl = taux cailloux en % de oOlds dans les 5 premiers cm
X2 = matière organique
X3 = humIdité éqUivalente

stabilité de la structure vis-à-vis de l'eau. Citons par exemple, les capsules de Ellison
(1944) où des agrégats tamisés sont soumis à l'énergie des gouttes de pluie, le test de
stabilité structurale de Hénin (1956), où des agrégats sont plongés dans l'eau et tamisés
sous l'eau, le test des gouttes d'eau où des mottes calibrées (30 gr) sont soumises à des
gouttes de pluie tombant d'une hauteur déterminée (Mc Calla, 1944) ou encore le test 'de
dispersion de Middleton (1930) qui cherche à comparer la teneur en particules dispersées
naturellement dans l'eau, avec ou sans dispersant.

Les travaux de Quantin et Combeau (1962) sur 10 parcelles d'érosion à Grimari en


République Centrafricaine ont montré que lorsque l'indice d'instabilité de Hénin augmente,
l'érosion augmente, la charge solide moyerme des eaux augmente, et les produits entraînés
sont plus fins.
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 103

E(t/ha) = 4,9 log 10 IS - 0,5 où R = 0,902


C (g / litre) = 2,47 IS - 0,1 ; R = 0,904

Ces auteurs ont constaté que l'indice d'instabilité Is varie avec les saisons, avec le
couvert végétal et au fur et à mesure que l'on s'éloigne de l'époque de défrichement. Les sols
tropicaux seraient donc moins sensibles vers la fin de la saison sèche lorsque le couvert
végétal diminue, et plus sensibles sur des vieilles défriches: ceci a été vérifié sous coton au
Nord Cameroun (Boli, Bep et Roose, 1991).

Pour se rapprocher des conditions naturelles, de nombreux auteurs ont soumis en


laboratoire des populations d'agrégats prélevées dans les horizons labourés à des pluies
simulées en vue de classer les sols selon leur résistance à l'érosion (Ngo Chang Bang (1967)
à Madagascar, Elwell au Zimbabwe, Bryan au Canada, Moldenhauer (1971) aux Etats-Unis
et bien d'autres ... ). Lors d'une étude comparative, Bryan (1981) a montré que selon les types
de simulateur et les protocoles d'expérimentation, les sols se classaient de façons différentes.
Récemment, Le Bissonnais (1988) a bien montré qu'il s'agissait en fait de différents
processus de dégradation des sols qui interviennent en fonction des programmes de simulation
de pluie.

De nombreux essais furent réalisés sur le terrain, sous pluie simulée. Par exemple,
Meyer et Swanson (1965) aux Etats-Unis, Dumas (1965) en Tunisie, Pontanier au Cameroun
(1984) et Tunisie, Roose, Lelong et Dartoux (1992), Masson (1992) et Gril en France,
Asseline et Roose (1978), Collinet (1979 et 1984), Valentin, en Afrique de l'Ouest, Asseline
et Delhoume (1989) au Mexique. Travaillant sur des sols calcaires en Tunisie, sur des
parcelles de 50 m2 , Dumas a montré que l'érodibilité des sols est fonction du taux de
cailloux, du taux de matières organiques, et de l'humidité équivalente du sol, laquelle est
fonction de la texture (figure 20). Sur cette figure et dans le cas des sols calcaires
méditerranéens, on peut constater que l'augmentation de 1 % du taux de matières organiques
ne réduit l'érodibilité du sol que de 5 %. Par contre, la présence de 10 % de cailloux dans
l'horizon de surface va réduire l'érodibilité du sol de plus de 15 %. Au-delà de 40 % de
cailloux, la réduction de l'érodibilité du sol diminue. Dans les paysages méditerranéens jeunes
et calcaires, le pourcentage de cailloux est donc un signe d'une bonne résistance à
l'érosion de ces sols.

Aux Etats-Unis, Wischmeier et Smith ont défini la parcelle nue standard de référence
de 9 % de pente, 22,2 m de long, travaillée dans le sens de la pente et sans enfouissement
de matière organique depuis trois ans. Sur ces parcelles de référence, sous pluie naturelle et
sous pluie simulée, Wischmeier et ses collaborateurs ont calculé des régressions multiples
entre l'érodibilité des sols et 23 paramètres différents du sol. Après simplification, il s'avère
que l'érodibilité dépend essentiellement du taux de matières organiques du sol, de la texture
du sol, en particulier des sables de 100 à 2000 microns et des limons de 2 à 100 microns,
et enfin est fonction du profil, la structure de l'horizon de surface et sa perméabilité
(figure 21). Quelques années plus tard, Singer (1978), en Californie, a montré qu'il faut
rajouter quelques facteurs supplémentaires dans le cas des sols californiens, en particulier,
tenir compte du fer et de l'alumine libre, du type d'argile et de la salure des matériaux.
Connaissant aujourd'hui la texture des horizons de surface, leur taux de matières organiques,
les teneurs de fer et alumine libre et le type d'argile et avec quelques observations sur le
profil, on peut aujourd'hui avoir une première estimation de la résistance des sols à l'érosion
en nappes et rigoles.
FIGURE 21
Nomographe permettant une évaluation rapide du facteur "K" d'érodibilité des sols (d'après Wischmeier, Johnson et Cross, 1971)

~--'----'----'----'----'--"---r7-~ 70
'1 G, umeleux
2 Finement polyédrique
3 Polyédrique moyen à grossier
60 4 Colonne, feuilletèe ou moss i ve

;,:: STRUCTURE DU SOL


w /
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w
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Cl:
30

. 6 Très lente
5 Lente
-
~
1::<.
;:) 20 ~
w 4 Lente à modérée
1-
3 Modérée
Procédure: En suivant l'analyse des échantillons de surface appropriés entrer par la l.>
<J: 2 Modérée à rapide
...,~:
C)
gauche dans le graphe et pointer le % de silt (0,002 à 0,100 mm) puis de sables LL

(0,10 à 2 mm) puis de matières organiques, la structure et la perméabilité dans le sens


1 Rapide
'";:s
à'
~
indiqué par les flêches. Interpoler si nécessaire entre les courbes dessinées. La ligne
fléchée pointillée illustre le mode opératoire pour un échantillon ayant: 65% de limon + 0 ~
STF, 5% de sables, 2,8% de matières organiques, 2 de structure et 4 de perméabilité,
...,1::<.
..ë;'
K = 0,31. 1::
~
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 105

Comme ces paramètres ne sont pas pris en compte au plus haut niveau des classifications
pédologiques, on ne trouve pas de relation stricte entre l'érodibilité et les différents types
pédologiques existants. Cependant, l'indice K d'érodibilité varie aux Etats-Unis entre 0,70
pour les sols les plus fragiles, 0,30 pour les sols bruns lessivés, et 0,02 pour les sols les plus
résistants. En Afrique, les chercheurs (Roose, 1980 ; Roose et Sarrailh, 1989) ont trouvé des
valeurs variant entre 0,12 pour les sols ferrallitiques sur matériaux sablo-argileux, 0,15 pour
les sols ferrallitiques sur granit, 0,20 pour les sols ferrallitiques sur schiste et jusqu'à 0,40
si les sols ferrallitiques sont recouverts de dépôts volcaniques. Nous avons trouvé 0,20 à 0,30
sur les sols ferrugineux tropicaux et 0,01 à 0,10 sur vertisols, et enfin 0,01 à 0,05 sur les
sols gravillonnaires dès la surface. L'ensemble des mesures effectuées au simulateur de pluie,
même sur des parcelles de 50 m2 donne des valeurs inférieures aux mesures de longue durée
sur parcelles sous pluies naturelles car sur ces dernières, se développent plus facilement des
rigoles. En réalité, il n'existe pas un indice d'érodibilité par type de sol, mais cet indice
évolue au cours du temps en fonction de l'humidité du sol, de sa rugosité, du couvert végétal,
de la pente et des matières organiques.

Pour lutter contre l'érosion en cherchant à améliorer la résistance des sols, nous disposons de
deux moyens. Le premier est de choisir dans un paysage, les sols les plus résistants pour installer
les cultures les moins couvrantes, les sols les plus fragiles devant être en permanence sous
couverture végétale. Deuxième solution, c'est la gestion des matières organiques du sol.
L'enfouissement des matières organiques dans l'ensemble de l'horizon travaillé aboutit rarement
à une amélioration de 1 % du taux de matières organiques. Or, une amélioration de 1 % des
matières organiques ne réduit l'érodibilité que de 5 % (voir graphe de Dumas et le nomographe
de Wischmeier). Il faut donc envisager soit, de gérer la matière organique à la surface du sol, c'est
le paillage, soit de ne l'enfouir que dans l'horizon tout à fait superficiel. On peut aussi apporter
des marnes, c'est à dire des argiles et du carbonate de chaux, lesquels améliorent de 5 à 10 %
la résistance du sol à l'agressivité des pluies.

En conclusion, il est évident que l'on n'a pas encore réussi à résoudre le problème
méthodologique d'estimation de la résistance des sols à l'érosion et son évolution au cours
du temps. Actuellement, on cherche à classer les sols en fonction de différents tests adaptés
à différents processus que l'on peut rencontrer dans di fférentes circonstances. Valentin (1989)
a montré que l'indice d'instablité structurale de Hénin était en bonne relation avec la
résistance du sol à l'érosion si les gouttes tombent sur sol sec, c'est à dire au début de la
saison des pluies (C = éclatement des agrégats). Par contre, sur les sols humides de fin de
saison des pluies, on obtient de meilleures corrélations entre les pertes en terre et les limites
de liquidité d'Atterberg. De Ploey (1971), sur des sols bruns lessivés d'Europe, a mis au
point un indice semblable. 11 faut également évaluer la capacité d'infiltration et la résistance
du matériau au ravinement (force de cisaillement) dans le cas où les sols sont très sensibles
au ruissellement (voir le cahier ORSTOM Pédologique 1989, n° 1 ; numéro spécial sur
l'érodibilité des sols).

LE FACTEUR TOPOGRAPHIQUE

La pente influence puissamment l'importance de l'érosion mais l'existence d'érosion et de


ruissellement intense sur des pentes douces (glacis de 2 % au Sahel ou sur les plateaux
européens) indique par contre qu'il n'est pas besoin d'une forte pente pour déclencher ce
phénomène: l'action pluviale y suffit (Fauck, 1956 ; Fournier, 1967).
106 L'érosion en nappe ou le stade initial de l'érosion hydrique

TABLEAU 10
Effet de la pente sur le ruissellement (KR %) et l'érosion (t/ha/an) à Séfa au Sénégal: cultures sarclées
de 1955 à 1962, sol ferrugineux tropical lessivé à tâches et concrétons (d'après Roose, 1 967)

Pente Erosion moyenne et tlhalan Ruissellement moyen annuel


% %

1,25 5,0 7
1,50 8,6 22
2,00 12,0 30

L'influence de la pente sur l'évolution des versants est bien connue des
géomorphologues, au point que certains d'entre eux, caractérisent l'âge du paysage par
l'inclinaison et la forme des pentes. De fortes pentes et des vallées encaissées se rencontrent
dans un relief jeune comme celui des Alpes, tandis que dans un relief adulte ou sénile comme
on en trouve sur le vieux continent africain, ce sont des plateaux, des glacis à pentes douces
et de vastes pénéplaines qui s'offrent aux regards.

La pente intervient dans les phénomènes d'érosion du fait de sa forme, de son inclinaison
et de sa longueur.

LA FORME DES VERSANTS

Il est très délicat d'estimer l'influence de la forme concave, convexe, homogène ou gauchie
d'une pente. Le facteur est trop souvent négligé ce qui explique pour une large part la
divergence des résultats trouvés par les auteurs. En effet à mesure que les parcelles d'érosion
vieillissent et sont soumises à une forte érosion, elles deviennent de plus en plus concaves
puisque la base de la parcelle reste fixe (le canal de ruissellement) et que le milieu de la
parcelle s'érode plus vite que le haut. D'où la nécessité de réajuster chaque année la pente
des parcelles pour ne pas fausser les résultats par défaut. D'après Wischmeier (1974), à pente
moyenne égale, une pente gauchie ou concave diminue les transports solides (par
sédimentation localisée) tandis qu'une pente convexe l'augmente en fonction de l'inclinaison
du segment le plus pentu. La présence de pentes concaves dans le paysage indique qu'il doit
y avoir des piégeages, des colluvions et des alluvions dans la vallée. En général, l'érosion
sur versant est supérieure au transport solide dans la rivière : ce n'est pas le cas en zone
méditerranéenne où la cause principale des transports solides est l'énergie et le volume du
ruissellement (Heusch, 1971 : Arabi, Roose, 1989).

L'INCLINAISON DE LA PENTE

Lorsque l'inclinaison de la pente augmente, l'énergie cinétique des pluies reste constante mais
le transport s'accélère vers le bas car l'énergie cinétique du ruissellement augmente et
l'emporte sur l'énergie cinétique des pluies dès que les pentes dépassent 15 %. Zingg, en
1940, a montré que les pertes en terre croissent de façon exponentielle avec l'inclinaison de
la pente. Aux Etats-Unis, l'exposant est voisin de 1,4.

E = K SI,4
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 107

Hudson et Jackson (1959) soulignent le fait qu'en Afrique centrale, à cause de


l'agressivité climatique, l'effet pente est exagéré par rapport à celui qu'on mesure en
Amérique : ils obtiennent des exposants de l'ordre de 1.63 en moyenne sur des rotations
complètes (y compris prairies et jachères) et jusqu'à 2,02 sur sols argileux et 2,17 sur sols
sableux cultivés en maïs de façon extensive. Un exposant voisin de 2 semblerait plus adapté
aux conditions africaines (Hudson, 1973).

A Séfa (au Sénégal), Roose (1967) observe en effet que l'érosion et le ruissellement
croissent de façon très rapide pour de faibles variations de pente (0,5 %) (voir tableau 10).

En Côte d'Ivoire, sur des cultures vivrières entre 1964 et 1976, Roose (1980) obtient
un exposant supérieur à 2 sur des cultures extensives peu couvrantes telles que arachide, maïs
et manioc.

Par contre, Lai (1976) trouve au Nigeria que l'érosion croît avec la pente selon une
courbe exponentielle d'exposant 1,2 sur un sol ferrallitique remanié enrichi en graviers
(alfisol) lorsque le sol est nu, mais que les pertes en terre sont indépendantes de la pente (de
1 à 15 %) si on laisse les résidus de culture en surface. Le ruissellement quant à lui
dépendrait plus des propriétés hydrodynamiques du sol que de la pente elle-même.

Sur les parcelles d'érosion du Centre ORSTOM d'Adiopodoumé en Basse Côte


d'Ivoire, Roose (1980) a comparé, pour des pentes de 4,7 et 20 % l'érosion sur des sols nus
et des sols couverts d'une plantation d'ananas, les résidus ayant été brûlés, enfouis ou laissés
en surface. Il constate la croissance de l'érosion plus que proportionnelle avec la pente mais
il soul igne l'existence de seuils de pentes en-dessous desquels les processus d'érosion sont
faibles et au-dessus desquels l'érosion s'accélère brusquement. Par exemple lorsque les
résidus sont enfouis, l'érosion reste très faible sur des pentes inférieures à 7 % mais dépasse
largement la tolérance au-delà de 20 % de pente. Si les résidus sont laissés à la surface du
sol sous fonne de paillage, même au-delà de 20 % l'érosion est négligeable. De même lors
du second cycle de culture, les plantations eurent lieu en août de telle sorte que les plants
d'ananas couvrent bien le sol avant les pluies agressives du mois de juin suivant. On observe
qu'il y eut très peu d'érosion quelle que soit la pente ou le mode de gestion des résidus de
culture. Il Y a donc des interactions entre l'effet pente, le couvert végétal et le mode de
gestion des résidus de culture (tableau Il). En Afrique de l'Ouest, on a remarqué que la
végétation naturelle épargnée par les feux protège remarquablement le relief (Roose, 1971
; Avenard et Roose, 1972). C'est ainsi qu'on peut observer en Basse Côte d'Ivoire, des
pentes de plus de 65 % sur un matériel ferrallitique sablo-argileux protégé par la forêt dense
secondaire. Si on défriche manuellement la forêt sans détruire le réseau racinaire qui donne
cohésion à l'horizon humifère, le sol peut résister un à deux ans à l'agressivité des pluies.
Mais lorsqu'on défriche mécaniquement la forêt ou la savane en décapant l'horizon humifère
et fertile de surface, l'érosion et le ruissellement prennent des proportions catastrophiques
d'autant plus que la pente est forte.

A Adiopodoumé, on dispose de trois parcelles sous forêt dense secondaire et de trois


parcelles cultivées en 1966-1967 et maintenues en jachères nues labourées avant la saison des
pluies de 1968 à 1972. Les pentes varient de 4,5 à 65 %. On a réuni au tableau 12, les
moyennes des pertes en terre (en t/ha/an) et du ruissellement (en % des pluies annuelles)
observées durant la période de 1956 à 1972 (Roose, 1973).
108 L'érosion en nappe ou le stade initial de l'érosion hydrique

TABLEAU 11
Ruissellement (KR %) et érosion (t/ha) sur sol nu et ananas en fonction des résidus de culture
(d'après Roose, 1980)

Adiopodoumé : 12 cases d'érosion sous pluies naturelles 1975-1977 cycle de 16 mois, sol
ferralitique, pentes 4 : 7 - 20 %

RUISSELLEMENT (KR % des pluies)

1 er cycle : Sol nu Brûlis Enfouis Mulch Moyenne/


3337 mm pente
Pluie

Pente 4% 44,6 7,3 1,7 0,9 13,6


7% 34,7 4,4 1,0 10,0
20 % 29,3 7,5 3,4 °
0,1 10,3

Moyenne/ 36,2 6,4 2,0 0,6 11,3


traitements

Notes: Le ruissellement n'augmente pas forcément avec la pente.


Forte influence des résidus de culture si plantation à une date voisine des périodes
critiques (cycles).

EROSION (t/ha)

Sol nu Brûlis Enfouis Mulch Moyenne/


pente

Pente 4% 45 1,2 0,7 0,1 11,8


4,1 0,45 35,2
7%
20 %
13,6
410 69 33,2 °1 128,3

Moyenne/ 197 24,8 11,5 0,38 58,4


traitements

Notes: Plantation en août ; les ananas couvrent bien le sol avant les pluies de juin - peu
d'érosion quel que soit le traitement.
Forte influence pente sur l'érosion.

TABLEAU 12
Erosion (t/ha/an) et ruissellement (KR %) en fonction des pentes sous forêt, culture et sol nu au Centre
ORSTOM d'Adiopodoumé (Basse Côte d'Ivoire) (d'après Roose, 1973)

Adiopodoumé 1 956-1 972.


Sol ferrallitique sur matériaux argilo-sableux tertiaires.
Pluie moyenne: 2100 mm.

Pente Erosion tlha/an Ruissellement KR %


%
forêt sol nu culture forêt sol nu culture

4,5 - 60 19 - 35 16
7 0,03 138 75 0,14 33 24
23 0,1 570 195 0,6 24 24
65 1,0 - - 0,7 - -
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 109

On constate que l'érosion augmente plus vite que la pente et que sa croissance est plus
rapide sous culture que sur parcelle nue. Sous culture (manioc puis arachide), si on prend
pour base l'érosion moyenne sur la pente de 4,5 % (E = 18,8 t/ha/an) on voit que les pertes
en terre quadruplent lorsque la pente passe à 7 % (soit 1,5 fois plus forte) et quadruple
encore lorsqu'elle s'élève à 23 % (pente 5,1 fois plus forte que la référence). Sur parcelle
nue, la croissance de l'érosion est moins rapide, mais elle débute plus haut (E = 60t/ha/an).
II semble bien que sur forte pente il y ait interaction entre les effets de la pente et la
diminution du couvert végétal due aux carences hydriques et minérales dont souffrent les
plantes du fait de l'érosion sur fortes pentes. A côté de cet aspect quantitatif il faut noter que
les formes d'érosion changent avec la pente et le profil du sol. Sur faible pente (4 %),
l'énergie des gouttes de pluie disloque les agrégats et libère les particules fines : les
suspensions stables de colloïdes peuvent migrer sur de grandes distances à travers le réseau
hydrographique. Les sables, par contre, s'accumulent à la surface du sol à laquelle ils
donnent une allure tigrée du fait de l'alternance de plages sombres (de sol à nu en relief) et
de traînées de sable jaune dans les creux. La surface du sol est presque plane sur des pentes
de 4 %. Mais dès qu'on atteint 7 % de pente, ces zones basses s'approfondissent en rigoles
évasées et les transports de sable s'organisent dans ces griffes: il apparaît des microfalaises
et des microdemoiselles coiffées de faible hauteur (2 à 4 cm) qui montrent bien l'ampleur du
décapage du sol par l'érosion en nappe.Enfin sur des pentes de plus de 20 %, le réseau
d'évacuation du ruissellement et des particules de toutes tailles (jusqu'à 5 ou 10 mm de
diamètre) se creusent et se hiérarchisent, si bien que la surface du sol devient extrêmement
accidentée, du fait de rigoles profondes (5 à 20 cm) et des multiples figures burinées par la
pluie et le ruissellement et protégées par divers objets tels que des graines, des racines, des
feuilles, des poteries ou même des mottes de sols durcis ou encroûtés. Aux Etats-Unis, Smith
et Wischmeier (1960) ont prouvé que sur des parcelles soumises aux pluies naturelles durant
17 ans et de pente de 3 à 18 %, une équation du second degré s'ajuste mieux que les
fonctions logarithmiques en réalité très voisines proposées par les autres chercheurs
américains. Cette équation est de la forme:

E = V[/l00 (0.76 + 0.53 S + 0.076 S2)

où E, l'érosion, s'exprime en t/ha, S en % et L en pieds (figure 22).

En ce qui concerne le ruissellement, Wischmeier (1966) montre qu'en général il


augmente avec la pente sur de petites parceIles mais de façon variable en fonction de la
rugosité de la surface du sol et de sa capacité à retenir l'eau (type de culture et niveau de
saturation du sol avant la pluie).

En Côte-d'Ivoire, le ruissellement ne se comporte pas du tout de la même façon que


l'érosion vis-à-vis de la pente. A Adiopodoumé sous culture, le coefficient de ruissellement
atteint 16 % sur une pente de 4,5 %. Il se stabilise autour de 24 %, que les parcelles aient
7 ou 23 % de pente. Sur jachère nue, le ruissellement diminue franchement (35-33-24 %)
lorsque la pente augmente de 4 à 7 et 23 % et ce phénomène se confirme au cours des années
d'expérimentation. Cette diminution du ruissellement lorsque la pente augmente se
constate non seulement pour les coefficients de ruissellement moyens mais aussi sur les
coefficients maxima, donc lorsque le sol est saturé (K~ax = 98-95-76 %). Ces tendances
se sont confirmées les années suivantes (1975-1977) sous cultures d'ananas (tableau Il). Sur
sol nu le ruissellement a baissé de 44 à 35 et 29 % lorsque la pente augmente de 4 à 7 et
20 %. Sous culture d'ananas, le ruissellement augmente légèrement ou même diminue selon
....
o

FIGURE 22
Facteur topographique (d'après Wischmeier et Smith, 1978)

20.0

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10 20 40 60 100 200 300


Lonoueur d. 10 p.nl. (.n m'lr,,)
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 111

le mode de gestion des résidus de culture. Ici également, il y a interaction entre l'effet de
la pente et l'état de la surface du sol sur le ruissellement.

Ces phénomènes avaient déjà été signalés par Hudson (1957) en Rhodésie, où il constate
que l'érosion croît de façon exponentielle avec la pente, mais que le ruissellement augmente
d'abord rapidement (jusque vers 2 % de pente), puis se stabilise.

Lai (1975) observe aussi au Nigeria que le ruissellement se stabilise au-dessus d'une
certaine pente et dépend du type d'utilisation des résidus de la culture et du type de sol.

La diminution du coefficient de ruissellement sur sol nu pourrait s'expliquer au moins


partiellement par les faits suivants (Roose, 1973) :

o Lorsque la pente augmente, la surface inclinée offerte à la pluie est d'autant plus grande
que la pente est forte. En d'autres termes, si on a mesuré la surface de la parcelle sur
le terrain, sans tenir compte de sa projection verticale, il s'ensuit une erreur qui atteint
0,3 % pour une pente de 4,5 %, 0,7 % pour une pente de 7 % et 2 % pour une pente
de 20 %.

o Lorsque la pente augmente, la forme de l'érosion change; elle burine dans le sol de
multiples figures et augmente de ce fait sa surface donc le nombre de pores capables
d'absorber de la pluie au moins dans la phase initiale.

o Lorsque la pente est faible, l'énergie du ruissellement n'est pas suffisante pour
transporter au loin les particules sableuses relativement grossières. Lors d'une pluie,
celles-ci vont être libérées par effet "splash" puis traînées lentement vers les parties
basses. Au passage, elles peuvent être happées par les pores dont elles colmatent
l'orifice. De plus, elles s'organisent horizontalement en microstrates ; c'est le
phénomène de glaçage bien connu des agronomes. Sur pente forte au contraire, toutes
les particules arrachées par l'énergie des pluies sont exportées de la parcelle et on peut
penser que les pores restent ouverts en plus grand nombre car l'érosion décape
considérablement la surface du sol. En tout cas on constate sur le terrain que les
phénomènes d'encroûtement sont beaucoup plus lents sur pente forte et les effets
d'un binage beaucoup plus durables que sur pente faible.

o Enfin, la pente hydraulique augmente avec la pente topographique, c'est à dire que les
fortes pentes drainent plus rapidement que les pentes faibles.

Si l'érosion croît de façon exponentielle avec la pente et ceci malgré une diminution de
ruissellement, c'est que la charge solide totale du ruissellement (suspension +. charge de
fond) augmente substantiellement avec la pente.

Woodruff avait déjà démontré aux Etats-Unis en 1948 que si la contribution de l'énergie
cinétique des gouttes de pluie est capitale à faible pente, elle devient secondaire par rapport
à l'énergie du ruissellement au-delà de 16 % de pente. Heusch (1969-1970 et 1971) quant à
lui, a montré que sur les marnes du pré Rif au Maroc, que la position dans la toposéquence
est quelquefois plus importante que l'inclinaison des pentes pour l'érosion et le
ruissellement. Sur la toposéquence de vertisols sur marne, l'érosion et le ruissellement
mesurés augmentent au pied du versant, là où la pente diminue. Ceci serait dû à des
112 L'érosion en nappe ou le stade initial de l'érosion hydrique

phénomènes de drainage oblique très intenses dans ces sols fissurés jusqu'au niveau
d'altération de la roche marneuse peu perméable. Sur les fortes pentes qui coïncident avec
les sommets des collines (pentes concaves), les pluies s'infiltrent directement jusqu'au niveau
imperméable, puis drainent rapidement jusqu'en bas des versants (faibles pentes), où elles
ressurgissent (Roose, 1971) et c'est de là que démarrent les ravines qui montent à l'assaut
des collines par érosion régressive. Il faut bien admettre aussi avec Heusch (1971) que plus
la pente topographique est forte, plus la pente hydraulique est forte. Ce qui signifie que l'eau
circule rapidement à l'intérieur du sol, ce qui doit lui permettre d'absorber à nouveau une
certaine quantité d'eau avant la saturation de la porosité. Les sols sur forte pente et sommet
de colline étant plus vite asséchés vont donc moins ruisseler. Dans ces paysages marneux à
forte pente, l'érosion se manifeste principalement par sapement de berges, par divagation des
oueds, par ravinement et glissement de terrain (Heush, 1971).

Des fonctionnements un peu semblables ont été décrits et étudiés sous les savanes
soudanieIU1es du Centre-Ouest de Côte-d'Ivoire par une équipe multidisciplinaire de
l'ORSTüM (Valentin et al., 1987). Les sols ferrallitiques rouges gravillonnaires de sommet
de toposéquence sont résistants et perméables si bien qu'on y découvre rarement de traces
importantes d'érosion. Sur les versants ferrugineux tropicaux déjà plus fragiles, naissent des
petites ravines discontinues et dans les bas-fonds sableux hydromorphes naissent de plus
grosses ravines qui progressent de façon remontante dans le paysage. Bien que le
fonctionnement de ces séquences en région soudanaise soit très différent de celui des marnes
en région méditerranéenne, la position topographique semble souvent importante dans
l'explication du développement de l'érosion.

LA LONGUEUR DE LA PENTE

En théorie, plus la pente est longue, plus le ruissellement s'accumule, prend de la vitesse,
acquiert une énergie propre qui se traduit par une érosion en rigoles puis en ravines plus
importantes. Ainsi, Zingg (1940) trouve que l'érosion croît de façon exponentielle (exposant:
0,6) avec la longueur de la pente. Hudson (1957-1973) estime qu'en région tropicale, une
plus haute valeur de l'exposant est plus appropriée. Wischmeier et al. (1958), après avoir
examiné 532 résultats aIU1uels sur parcelles d'érosion, en concluent que les relations entre
l'érosion et la longueur de pente varient plus d'une année à l'autre que d'un site à
l'autre. L'importance de l'exposant (de 0,1 à 0,9) est fortement influencée par l'évolution
du sol, la couverture végétale, l'utilisation des résidus de culture, etc ... Finalement, en 1956,
un groupe de travail de l'Université de Purdue au Nebraska (Etats-Unis) a décidé d'adopter,
pour l'usage courant sur le terrain, l'exposant 0,5 pour exprimer l'influence moyenne de la
longueur de la pente sur les pertes en terre. L'influence de la longueur de pente sur le
ruissellement est encore moins nette. Elle est tantôt positive, tantôt négative ou tantôt
nulle, en fonction de l'humidité préalable et de l'état de surface du sol (Wischmeier,
1966).

En Afrique, à Séfa au Sénégal (Roose, 1967) furent comparées 3 parcelles de 1,25 %


de pente dont l'une, de longueur de pente double des deux autres, portait en alternance les
cultures des deux autres (strip cropping ou culture alternée le long des pentes). En général,
le ruissellement observé est plus faible sous cette parcelle longue (KR = 19 % par rapport
à 21,8 %), tandis que l'érosion est supérieure (E = 6,08 par rapport à 5,55 t/ha/an) à celle
observée sur les deux parcelles courtes : la différence de comportement n'est guère
significative.
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 113

A Agonkamé au Sud Bénin (Verney et al., 1967 ; Roose, 1976), les conclusions sur
deux parcelles voisines (pente = 4,5 %) ne confirment pas nettement non plus l'augmentation
de l'érosion avec la longueur de pente. Sous fourré naturel en effet, érosion et ruissellement
sont plus faibles sur la pente longue (60 m). Mais l'année suivante, sur sol défriché et
dessouché, les ruissellements sont voisins tandis que l'érosion sur la parcelle courte (30 m)
est nettement plus forte que sur la parcelle longue (E = 27,5 contre 17 t/ha/an). A
Boukombé au Nord Bénin (Willaime, 1962), les observations effectuées sur trois parcelles
cultivées en mil de 3,7 % de pente et de 21,32 ou 41 m de longueur, montrent qu'il n'y a
guère de différence de ruissellement (KR = 4 %) ni d'érosion (E = 0,8 - 1 et 0,7 t/ha).
L'influence de la longueur de pente n'est donc ni très prononcée, ni très constante.

En Côte d'Ivoire, Lafforgue et Valentin (1976) ont simulé 12 pluies totalisant 652 mm
pour un indice d'agressivité de 1161 sur 4 parcelles de 6 % de pente sur une ancienne prairie
retournée. Le sol est ferrallitique sablo-argileux ; tous les débris végétaux ont été
soigneusement extirpés du terrain. Sous l'effet de la longueur de pente passant de 1 à 2 - 5
et 10 m, le ruissellement évolue de 27, 29, 23 à 20 % mais l'érosion augmente de 8, 8,6 à
Il,3 et 13,7 t/ha/an. Ceci parce que la turbidité (charge solide des eaux) croît de 5 à 27 g/l.
Pour ces faibles longueurs de pente, le ruissellement diminue tandis que l'érosion et la charge
solide augmentent lorsque la pente augmente. Mais rien ne prouve que la croissance de
l'érosion reste semblable lorsque la longueur de pente dépasse des valeurs de 50, 100 ou
150 m.

Aux Etats-Unis, Meyer, Decoursay et Romkens (1976) étudièrent l'effet de la longueur


de pente en trois sites plus ou moins sensibles à l'érosion en rigoles. Ils ont montré que
l'effet de la longueur de pente se fait sentir après une distance plus ou moins longue et que
la croissance de l'érosion peut être plus ou moins rapide en fonction de la sensibilité à
l'érosion en rigoles de ces sols. On trouve encore ici une interaction entre l'effet de la
longueur de pente et la sensiblité du matériau à l'érosion en rigoles (figure 23).

L'équation de Ramser a été prévue pour calculer l'écartement entre deux structures
antiérosives. En pratique, les ingénieurs chargés de la conservation des sols ont adapté
empiriquement l'équation de Ramser liant la dénivelée entre deux structures antiérosives (H
en mètres) directement à l'inclinaison de la pente (P en %) en négligeant toutes les
interactions avec la couverture pédologique et le système de production.

Equation de Ramser: H (mètres) = 0,305 (a + [P %/b]) (1)

a = 2 b varie de 2 à 4 si climat plus agressif

où a et b sont des paramètres que l'on fait varier empiriquement de 25 % en fonction


de l'agressivité climatique ou des risques particuliers d'érosion (voir figure 24).

D'après la figure 24 (tirée de Combeau, 1977), sur une pente de 10 % :

de Guinée, au climat agressif, H 1,37 m et l'espacement 14 mètres,

du Burkina, moins agressif, H 1,62 m et l'espacement 16 mètres,

de Tunisie, H 3 m et l'espacement 30 mètres.


114 L'érosion en nappe ou le stade initial de l'érosion hydrique

FIGURE 23
Effet de la longueur de pente en trois sites plus ou moins sensibles à l'érosion en rigoles
(d'après Meyer, Decoursay et Romkens, 1976)

Perte en sol

E ra sion
en rigole
(rill)

Erosion
en nOPPi DémO"j des rigoles Pas de rigole

10 20 30 40 Longueur de penle en mètres

La sensibilité à l'érosion en rigole (rillability) peut être estimée par des mesures:

résistance au cisaillement (shearing stress)


le volume du ruissellement (overland flow)
la variabilité au test de la goutte (drop test).

En effet, la stabilité structurale des mottes maintient une :

+ forte rugosité
+ forte turbulence

donc une charge unitaire plus élevée.

L'équation de Ramser est tout à fait incomplète car elle ne tient compte que de la pente en %
(voir figure 24).

En réalité, l'équation de Ramser est tout à fait incomplète car elle ne tient pas compte
des interactions possibles entre l'effet de la pente, le type de sol, les états de surface et la
position topographique. On a même vu que l'effet de la longueur de pente n'est pas évident
sur l'érosion en certaines stations d'Afrique !

Il nous semble quant à nous, peu souhaitable de développer des modèles tenant compte
de la longueur de pente, mais bien d'observer sur le terrain la naissance des rigoles dans les
champs et ensuite de proposer aux gestionnaires de terres des structures antiérosives
cloisonnant le paysage à des distances raisonnables d'un point de vue technique et acceptables
d'un point de vue économique pour le paysan (5 à 50 m).

Saccardy (1950), en Algérie, s'est appuyé sur une évaluation de l'intensité maximale des
pluies de l'ordre de 3 mm/minute pendant une demi-heure, a proposé pour les pentes

< 25 % 260 P (2)


> 25 % 64 P (3)

où H est la différence d'altitude entre deux banquettes (en mètre), P la pente du terrain en %.
introduction à la gestion consef1lalOire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 115

FIGURE 24
Divers formules liant l'espacement entre les structures antiérosives et l'inclinaison des pentes
(%) en fonction des pays d'application (d'après Combeau, 1977)

Dénive/ee en m
5,00

f-

12 Il _10
4,00
r=---
~
//

3,00
f-
y
~
~ .
;;
1-

,
/
- v~

2,00
V 9 .Ai 1
2
V 0-Y- 1
- l(
l,DO l'
7' -111 1f1I1
...-::J.-'"
- -~
6
4
0,50 r-
f-
Pente %
o
o 2 3 5 7 10 15 20 25 30
Oénive!ees de divers ouvrages

1. Utilisation de la formule de Ramser H 0,305 (2 + IP/4]) au Congo et en Guinée.

2. Utilisation de la formule de Ramser H 0,305 (2 + IP/3]) en conditions moins dangereuses.


3. Sols très érodés; écartement très réduit, Burkina Faso (Ouahigouya), Mali (Sikasso).

4. Autre proposition pour Burkina Faso (Ouahigouya).

5. Autre proposition pour Burkina Faso (Boulbi).

617/8. Propositions diverses pour Boukombé (Bénin).

7'. Banquettes de Dabou (Côte d'Ivoire) et haies isohypses.

9. Formule de Ramser modifiée (Afrique du sud).

10. Formule de Saccardy (Algérie H 3 = 260 P + 10.


11. Formule de Bugeat (Tunisie) H = 2,20 + 8 P.
12. Formule de l'Etat de Washington (USA) H = 0,305 (0,58 + (P/1, 7]).

Ecartements entre les structures antiérosives en fonction des équations de Saccardy (d'après Heusch, 1986)

si pente < 25 % H3 260 P


si pente > 25 % H2 64 P

P% 0,03 0,05 0,10 0,15 0,20 0.25 0,30 0,35 0,40 0,45 0,50

dH (m) 1,98 2,35 2,96 3,39 3,73 4,01 4,38 4,73 5,06 5,37 5,66

dist. lm) 66,0 47,10 29,80 22,90 19,00 16,50 15,20 14,30 13,6 13,1 12,7
116 L'érosion en nappe ou le stade initial de l'érosion hydrique

D'après Heusch (1986) : "il n'existe pas de justification théorique ou expérimentale de


ces jonnules". Le facteur SL de Wischmeier, pour la distance dOlU1ée par l'équation de
Saccardy, n'est pas constant: il croît progressivement de 0,4 pour une pente de 3 % et 66 m
de long, à Il pour une pente de 50 % et un écartement de 12,7 m. Tout au plus, peut-on
admettre que la formule (3) peut aussi s'écrire:
H.C = 64
ce qui revient à admettre que l'énergie vient de l'eau de ruissellement SI la pente est égale
ou supérieure à 25 %.

Cette incertitude sur l'influence de la longeur de pente sur les phénomènes


d'érosion en nappes et rigoles, remet en cause la généralisation de l'usage des techniques
antiérosives du type des terrasses, banquettes et fossés de diversion qui sont trop souvent
appliquées sans discernement sous des climats très variés. Si ces terrassements se justifient
en milieu subdésertique où les pluies sont inférieures à 400 mm par an, il sont
avantageusement remplacés par des méthodes biologiques dans les zones où la végétation peut
couvrir le sol et intercepter les pluies (Roose, 1974). Du point de vue scientifique, ce facteur
topographique et ses interactions multiples mériteraient d'être précisés car l'influence de la
pente n'est pas indépendante du couvert végétal, des techniques culturales, du type de sol et
probablement du climat (Roose, 1973; 1977). Cependant, en attendant de disposer de dOlU1ées
suffisantes on peut s'appuyer sur l'indice topographique de Wischmeier ou sur une équation
exponentielle du type SL = C x LO,s X SI,2 à 2 où C est un coefficient dépendant des
conditions locales, en particulier du climat, Lest la longueur de la pente en mètres et S est
l'inclinaison de la pente en %. Elle devrait donner satisfaction dans la plupart des cas
(Hudson, 1973 : Roose, 1977).

En pratique sur le terrain, plutôt que d'appliquer systématiquement des modèles plus
ou moins mis au point en d'autres circonstances physiques et humaines, il nous semble
souhaitable de chercher un compromis entre l'observation sur le terrain de la distance à partir
de laquelle se développe l'érosion en rigoles - et d'autre part, la fréquence des obstacles que
le paysan peut accepter sur ses terres.

les conséquences pour la lutte antiérosive

Pour lutter contre l'érosion en nappe et en rigole, on a vu qu'il était généralement plus efficace
de réduire l'inclinaison de la pente plutôt que la longueur de pente. Cependant on constate sur
grandes cultures qu'il est nécessaire de cloisonner le paysage par des structures linéaires, des
microbarrages perméables, qui permettent de réduire l'énergie du ruissellement tout en favorisant
l'évacuation de ceux-ci au bas de talus bien protégés. Ceci ne veut pas dire qu'il suffit d'établir
des structures antiérosives pour réduire les effets néfastes de la longueur de pente, mais il faut
faire jouer toutes les interactions au niveau des états de surface, en particulier favoriser la
rugosité du sol et le couvert végétal sur les champs cultivés entre les structures perméables
filtrantes. Ceux-ci vont réduire l'effet de la longueur de pente et de l'inclinaison de la pente sur
l'érosion. Notons que l'effet de la longueur de pente sur l'érosion en nappe est faible car le
ruissellement en nappe a une vitesse limitée par la rugosité du sol. Par contre, la longueur de
pente peut avoir une incidence importante sur l'érosion en rigole.
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 117

LES EFFETS DU COUVERT VEGETAL

Pour arrêter l'érosion, un couvert végétal est d'autant plus efficace qu'il absorbe l'énergie
cinétique des gouttes de pluie, qu'il recouvre une forte proportion du sol durant les périodes
de l'aIU1ée où les pluies sont les plus agressives, qu'il ralentit l'écoulement du ruissellement
et qu'il maintient une bonne porosité à la surface du sol. Cependant, il est difficile d'évoquer
l'action protectrice d'un couvert végétal sans préciser les techniques culturales au sens le plus
large, utilisées pour l'obtenir.

Parmi les facteurs conditionnels de J'érosion, le couvert végétal est certainement le


facteur le plus important puisque l'érosion passe de 1 à plus de 1 000 tonnes lorsque toutes
choses étant égales par ailleurs, le couvert végétal d'une parcelle diminue de 100 % à a %
(comparer les parcel1es sous ananas et résidus de récoltes maintenus à la surface avec les
parcelles nues du tableau 13).

L'INFLUENCE DES TYPES DE COUVERT VEGETAL

Le tableau 13 met en évidence J'existence de trois groupes de couverts végétaux :

Les couverts complets toute l'année

La forêt dense, mais aussi les forêts secondaires arbustives, les savanes arborées non brûlées,
les jachères naturel1es, les prairies de plus d'un an, les cultures arbustives avec plantes de
couverture ou de paillage. L'érosion est toujours négligeable sous ces couverts denses (E =
0,01 à 1.5 t/ha/an) et le ruissellement est très faible (KR % = 0,5 à 5 % en moyeIU1e, 10
à 25 % au maximum pour les averses exceptionnelles). L'érosion et le ruissellement sont
généralement très faibles sous forêt; quelques cas font cependant exception: une forêt sur
une pente de 65 % sur des sables tertiaires près d'Abidjan et une parcelle de 20 % de pente
sur des sols issus de schistes à Azaguie, une parcel1e forestière en Guyane sur des schistes
Bonidoro (Blancaneaux et Ecerex, 1982) et une parcelle forestière en milieu hyperhumide du
Gabon, étudiée par Collinet en 1973. Le ruissellement maximal observé dans ces conditions
de forêt souvent très humides peut dépasser 35 % pour des averses unitaires. Sur les pentes
les plus répandues, il semble que les ruissellements soient nettement plus forts sur les sols
ferrallitiques issus de schistes que sur ceux qui sont issus de granit ou de sédiments tertiaires.
La forêt, avec sa frondaison dispersée sur plusieurs étages, les buissons et la litière de feuilles
mortes, couvrent le sol toute l'année et le protègent contre l'énergie des gouttes de pluie.

La mésofaune (termites et vers de terre) entretient une bOIU1e porosité et la vitesse


d'infiltration reste élevée tout au long de la saison des pluies. Seule peut intervenir la
saturation du sol au-dessus d'un horizon relativement peu perméable, à faible macroporosité.
C'est le cas de la base de la nappe graveleuse à Azaguié, mais aussi des sols à drainage
latéral en Guyane. Des résultats semblables, c'est à dire très faible érosion et ruissellement,
ont été observés sur trois parcelles couvertes de fourrés forestiers denses dégradés de la
station d'Agonkamé, dans le sud du Bénin (Verney, Volkoff et Willaime, 1967 ; Roose,
1976). Comme en forêt, le ruissel1ement court entre le sol et la litière, il est continuel1ement
freiné par les aspérités du sol et piégé par les trous laissés par les racines pourries et la
faune. Sa trajectoire est discontinue et son volume réduit dans les séquences étudiées.
118 L'érosion en nappe ou le stade initial de l'érosion hydrique

TABLEAU 13
Erosion et ruissellement à Adiopodoumé (Côte d'Ivoire) en fonction du couvert végétal, des techniques
culturales et de la pente (1956 à 1972) (d'après Roose, 1973)

Couvert végétal et façons culturales Erosion annuelle (t/hal Ruissellement Ruissellement


annuel moyen maximum (%)
Extrêmes Moyenne 1%)

Forêt secondaire (pente 23,3 %) 0,01 à 0,2 0,1 0.7 6* (12)* *


Sol nu * pente (p = 4,5) 34 à 74 60 37 71 (98)
(p = 71 69 à 150 138 33 66 (87)
(p = 20-23,3) 266 à 622 570 25 65 (73)

Plante de couverture ou lourragère (p = 7%)


· 1 ère année
plantation hâtive, lort
développement dès la 1 ère année 0,1 à 1,9 0,5 4 25 (29)
Pennisetum purpureum, Guatemala
grass, Panicum maximum,
Cynodon dacty/on, Setaria
plantation tardive, faible densité,
faible développement 1ère année 23 à 89 40 20 62 (871
Crota/aria, F/emingia conges ta,
Mimosa invisa, Panicum maximum,
Digitaria umf%z/; Centrosema,
Titonia diversifo/ia, Stylosanthes
· 2ème année
toutes les plantes de couverture - 0,05 à 0.7 0,3 1 8 (12)
2 d an.

Jachère naturelle (pente 4,5 %1 0,6 8 64

Caféier, palmier à huile ou cacaoyer (p = 7 %)


- avec une bonne plante de couverture 0,01 à 0,5 0,3 2 8 116)
- avec une plante de couverture peu
développée 5 à 143 30 60 (87)

Bannanier avec paillis Ip = 7%1 0,04 à 0,05 0,04 0,5 4

1 ère année ) à plat 7 % 8 à 20 12 14 51


Ananas ) butté 4,5 % 1,5 9 5
2ème année 0,1 à 0,3 0,2 3 12

Manioc et igname (p = 7 %)
· butté 1 ère année 22 à 93 32 22 53 (821
· butté 2ème année 2 7 24

Maïs 20 x 100 cm Ip = 7 %) (35) à 131 92 30 75 (861


billoné dans le sens de la pente

Arachide 20 x 40 cm à plat (p =7 %) 59 à 120 82 27 73 (B7)

Le premier chiffre est le maximum probable chaque année par pluie unitaire.
Le deuxième chiffre correspond à un événement exceptionnel de récurrence décennale.

Sous les savanes ou les vieilles jachères protégées depuis quelques années, les
ruissellements moyens (Kram = 0,02 à 5 %) et les ruissellements maxima ne sont guère plus
élevés que sous forêt. Par contre, nous verrons plus loin que si les feux interviennent chaque
année, en particulier tardivement, les conditions sont radicalement différentes.

Les sols nus, les jachères nues ou peu couvrantes, durant les mois les plus agressifs

L'érosion est alors d'autant plus considérable que la pente est forte et le climat agressif. A
Adiopodoumé, l'érosion passe de 60 à 138 et 570 t/ha/an en moyenne, si la pente augmente
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 119

de 4 à 7 et 23 % et le ruissellement est très abondant (KR moyen = 25 à 40 % et KR max =


70 à 90 %). En principe, un paysan ne laisse jamais son sol nu pendant la saison des pluies,
il y fait pousser des récoltes sans quoi, la parcelle est envahie de mauvaises herbes. Mais il
arrive qu'il soit amené à semer trop tard ses cultures, si bien que pendant les premiers mois
de la saison des pluies, les sols sont dénudés et se comportent comme des parcelles nues. On
constate alors que les parcelles cultivées tardivement développent une érosion qui est de
l'ordre de 80 % de l'érosion mesurée sur parcelle nue.

Les couverts incomplets durant une partie de l'année

Ce sont les cultures vivrières ou industrielles, les plantes de couverture ou de culture


fourragère implantées tardivement ou encore celles qui démarrent lentement. Les phénomènes
d'érosion sont évidemment intermédiaires mais extrêmement dépendants de la précocité et de
la densité de plantation, de la pente et des techniques culturales. On remarque au tableau 13,
que les cultures vivrières sont parmi les plantes les moins protectrices du sol. L'érosion sous
manioc ou igname s'élève de 22 à 93 t/ha/an sur une pente de 7 %, tandis que sous maïs et
arachide elle varie de 35 à 131 t/ha/an. Ceci provient du fait qu'on n'a utilisé aucune
technique antiérosive, que les dates de plantation furent tardives et les densités assez faibles,
vu la pauvreté du sol. En tout cas, le couvert n'a atteint 80 % de la surface cultivée qu'après
deux à cinq mois, c'est à dire après l'époque des plus fortes pluies. Dans les champs paysans
traditionnels, il n'en va pas de même car les paysans plantent souvent très tôt après les
premières averses et presque toujours en associant plusieurs cultures dont les couverts se
complètent et se succèdent dans le temps et dans l'espace. En culture intensive, on ne peut
pas prendre le risque de devoir recommencer les semis si des périodes sèches succèdent aux
premiers orages. Les plantations se font donc nécessairement relativement tard après le
labour, souvent deux à trois semaines après les semis en système traditionnel. Mais le labour
favorise un enracinement profond et la fertilisation permet de rattraper le retard de végétation
et d'augmenter la densité de plantation.

Du tableau 13, il ressort encore que l'érosion, et dans une moindre mesure le
ruissellement, dépendent pour une large part de la proportion du sol non couvert par la
végétation avant les grosses pluies. Il ne s'agit pas seulement de la matière verte produite
sur un champ, mais de façon plus précise, de la projection verticale ou mieux, légèrement
oblique du couvert sur le sol: lors des grosses averses, l'angle est généralement inférieur à
25° sauf lors de certaines tornades où il peut atteindre 45°. Il dépend aussi de l'architecture
des plantes : hauteur du feuillage au-dessus du sol, disposition en gouttière comme un
entonnoir concentrant les eaux (ex. ananas et maïs) ou au contraire en parapluie dispersant
les gouttes (ex. manioc).

Il existe peu d'études générales sur la dynamique du couvert des cultures et aucune
technique valable pour mesurer tous les types de végétaux. On a donc utilisé différents
procédés pour évaluer le couvert végétal sur les parcelles d'érosion (Roose, 1973) :

o le diamètre moyen du cercle couvert par les rosettes de l'arachide, la proportion de


surface couverte du cercle circonscrit à une touffe de manioc (sur photo verticale),

o le nombre et la surface des feuilles du maïs,


120 L'érosion en nappe ou le stade initial de l'érosion hydrique

FIGURE 25
Evolution du couvert végétal de différentes cultures au cours de l'année (Adiopodoumé, cases
d'érosion: 1966 à 1975) (d'après Roose, 1977)

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TABLEAU 14
Protection antiérosive de trois plantes fourragères après la fauche (Adiopodoumé, 1970-19721

Pluie Cynodon Sty/osanthes Panicum Sol nu


aethiopicus guyanensis maximum

Hauteur Agres- R% E R% E R% E R% E
mm sivité kg/ha kg/ha kg/ha kg/ha
RUSA

3.11.1970 41,5 13,8 3,6 47 19,6 10 0 0 39 843


4.11.1970 fauche
5.11.1970 20,0 4,4 2,3 12 16,6 69 13,3 110 53 323
7.11.1970 22,0 7,3 2,6 2 14,9 87 25,0 175 74 111

22.9.1971 fauche
27.9.1971 33,5 18,5 1,9 9 15,2 188 3,3 175 32 1 542

15.7.1972 fauche
17.7.1972 65,0 42,3 3,4 10 6,1 16 21,8 335 77 9710

Total après 140,5 72,5 2,8 33 11 360 17 795 62 13686


fauche

Couvert végétal aprés la fauche le 60 à 80 % 42 % 8 à 14 % 0


17.7.1972
Introduction à la gestion conservatoire de l'eau, de la biomasse et de la fertilité des sols 121

o les surfaces géométriques simples, couvertes ou dénudées entre les lignes de


Stylosanthes ou d'arachide ou dans la savane,

o les points quadrats (aiguilles touchant ou non le couvert) pour les graminées, les
adventices, les résidus de cultures et l'ananas.

La figure 25 montre que la dynamique de la croissance du couvert végétal est très


variable en fonction du type de plante mais aussi des techniques culturales (densité et date de
plantation, fertilisation) et du climat (précipitations et éclairement). On comprend dès lors que
si les fortes averses tombent un mois après la date de semis, l'érosion sera fonction du type
de plantes tout autant que des techniques culturales. D'où la notion de plantes dégradantes
ou protectrices, suivant la vitesse du recouvrement du sol par ces plantes, notion qui doit être
tempérée par celles des techniques culturales appropriées. En effet, une graminée protège
généralement mieux le sol qu'une légumineuse ou qu'un manioc, encore qu'une plantation
hâtive par rapport aux périodes plus pluvieuses, permet d'améliorer très nettement la valeur
protectrice des plantes. Par exemple, le Stylosanthes, atteint le même pouvoir couvrant
(95 %) que le Panicum, mais avec deux mois de retard. Certaines plantes sont dites
dégradantes parce qu'elles couvrent lentement le sol. C'est le cas de l'ananas et du manioc
qui ne gagnent que 10 à 20 % de couvert végétal par mois.

Certaines plantes comme l'arachide, le maïs et d'autres céréales, couvrent très mal le
sol les deux premiers mois. Ce n'est qu'à la fin du troisième mois qu'elles dépassent 80 %
de couverture du sol mais leur cycle étant assez court (de 4 mois), tout le reste de l'année,
les sols nus sont soumis à la battance, à moins que les adventices ne couvrent le sol et
n'absorbent l'énergie des gouttes de pluie. D'autres plantes sont considérées comme
dégradantes alors que c'est simplement leur mode de culture qui est mal adapté ou qui couvre
mal le sol. C'est le cas par exemple, du tabac que l'on plante à grand écartement de façon
à avoir de très belles feuilles. On peut résoudre ce problème en paillant les surfaces des
cultures peu couvrantes.