4 +Arachide+Sénégal+Rapport
4 +Arachide+Sénégal+Rapport
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Table des matières
2
Les formations données par la recherche lors de l’opération de Paoskoto .................................................. 43
Un dispositif de formation concernant toutes étapes de la filière semencière ............................................ 43
Les formations pratiques et professionnalisantes de la période 2007-2009 ................................................ 44
5.6 LES IMPACTS ................................................................................................................................................... 46
Les impacts directs (Impact1) ....................................................................................................................... 46
e
Les impacts de 2 niveau (Impact2) .............................................................................................................. 49
De nouveaux besoins pour les coopératives ................................................................................................. 52
BIBLIOGRAPHIE .............................................................................................................................................. 60
ANNEXES ........................................................................................................................................................ 62
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SIGLES
ANCAR Agence Nationale de Conseil Agricole et Rural
ASPRODEB Association Sénégalaise pour la Promotion du Développement à la Base (OP)
BA Bassin Arachidier
BM Banque Mondiale
CCPA Cadre de Concertation des Producteurs d’Arachide (OP)
CEDEAO Communauté Economique des États de l’Afrique de l’Ouest
CERAAS Centre d’étude régional pour l’amélioration de l’adaptation à la sécheresse
CIRAD Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement
CLCOP Cadre Local de Concertation des Organisations de Producteurs
CNCAS Caisse Nationale de Crédit Agricole du Sénégal
CNCR Conseil national de concertation et de coopération des ruraux (OP)
COM STABEX Cadre d’Obligations Mutuelles - Stabilisation des Exportations (UE)
COPROSA Coopératives des producteurs de semences d’arachides (Asprodeb)
COPROSEM Coopératives des producteurs de semences (Asprodeb)
CORAF Conseil Ouest et Centre africain pour la recherche et le développement agricoles
CILSS Comité permanent Inter Etats de lutte contre la sécheresse dans le Sahel
DISEM Division des Semences (Etat du Sénégal)
DRDR Direction Régionale du Développement Rural
FED Fonds Européen de Développement
FIDA Fond International de Développement Agricole (ONU)
FMI Fonds Monétaire International
FNRAA Fonds National de Recherches Agricoles et Agro-alimentaires (BM)
FONGS Fédération des ONG du Sénégal (OP)
GIPA Groupement Inter villageois des Producteurs d’Arachide
GOANA Grande Offensive Agricole pour la Nourriture et l’Abondance
ISRA Institut Sénégalais de Recherches Agricoles
LOASP Loi d’orientation agro-sylvo-pastorale (Etat du Sénégal)
LDFA Lettre Politique de Développement de la Filière Arachide (Etat du Sénégal)
ONCAD Office National de Coopération et d’Aide au Développement
OP Organisation de Producteurs
PAS Programme d’ajustement structurel
PCE Programme de Croissance Economique (USAID)
PRACAS Programme d’Accélération de la Cadence de l’Agriculture Sénégalaise
PSE Plan Sénégal Emergent
PSAOP Programme Services Agricoles et Organisations de Producteurs
R1 Semences ou plants certifiés de première reproduction
R2 Semences ou plants certifiés de deuxième reproduction
ROPPA Réseau des Organisations Paysannes et de Producteurs de l’Afrique de l’Ouest
SDDR Service Départemental du Développement Rural (Etat du Sénégal)
SONAGRAINES Société Nationale des Graines
UE Union Européenne
UEMOA Union Economique Monétaire Ouest Africaine
UNIS Union nationale interprofessionnelle des semences du Sénégal
USAID United States Agency for International Development
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1Résumé exécutif
Malgré un changement radical de statut, les produits arachidiers ne représentant plus aujourd’hui que 5
à 6% des exportations agricoles contre 80% dans les années 70, l’arachide au Sénégal représente
toujours une source majeure de revenus des paysans. Le Sénégal reste le premier exportateur mondial
d’huile car l’industriel quasi monopoliste, la Sunéor, ne distribue pas d’huile qu’il raffine à l’intérieur
du pays. L’arachide est aussi la première culture fourragère, elle rentre dans de nombreuses
préparations alimentaires et demeure irremplaçable dans la rotation avec les céréales. A la suite des
programmes d’ajustements structurels (PAS) des années 80/90, la filière arachide est passée de
totalement étatisée et intégrée (de la création variétale à l’exportation d’huile) a totalement libéralisée
(au moins théoriquement) en 2005 date de la privatisation de la SONACOS. Cependant, conscient de
son importance et sous la pression des producteurs (les deux tiers d’entre eux cultivent l’arachide)
l’Etat n’a jamais été totalement absente.
Dès le début des années 80, la pression de la sécheresse, surtout dans le nord et le centre du Bassin
Arachidier (BA) orientait la recherche sénégalaise et son partenaire historique, le Cirad, vers la
recherche de nouveaux génotypes extra précoces et l’étude de la réponse physiologique à la
sécheresse. Plusieurs variétés à cycles courts et très courts furent développées et la carte variétale
remise à jour à partir de 1996 en fonction de la nouvelle donne pluviométrique et des nouvelles
variétés disponibles. De nouvelles connaissances sur les critères variétaux et culturaux de résistances à
l’aflatoxine sont acquises mais la pression des PAS accentue la déconnexion des activités de recherche
de celles de la de production réelle. Ainsi la « reprise » de la carte variétale en termes d’organisation
de la production de semences capable de la mettre en œuvre dans la nouvelle donne économique de la
privatisation de la filière est encore en cours. Avec notamment un soutien de la BM aux OP dans le
cadre des PSAOP associées aux activités de R & D décrites ici, la réorganisation du monde paysan
sénégalais hors de la tutelle étatique de la filière est encore à l’œuvre. Cette étude en témoigne.
En 2001, la dissolution de la Société Nationale des Graines d’arachide (SONAGRAINES), non
compensée par le transfert de compétences de l’Etat vers le Comité Interprofessionnel de l’Arachide
(CNIA) place les producteurs dans une grande vulnérabilité. La SONAGRAINES ordonnait, en effet,
l’interface entre les producteurs et les huiliers et, à ce titre, distribuait les semences et organisait la
collecte et la commercialisation. Sa disparition est brutale et les producteurs affrontent un grand
nombre de dangers : risque climatique augmentant le risque de n’être pas en mesure de conserver une
quantité suffisante de semences pour ensemencer leurs parcelles d’une année sur l’autre, risque
aflatoxine pesant sur l’export en arachide de bouche (ARB) ainsi que sur l’alimentation et risque de
mévente notamment. C’est ce qui a poussé l’Etat sénégalais à subventionner régulièrement
l’approvisionnement en semences et à intervenir dans la fixation d’un prix de vente annuel. Dans ce
contexte incertain tant au niveau de l’activité de recherche que de celui de l’avenir de la filière, le
Cirad intervient d’une nouvelle manière. Avec l’appui de l’Agence Nationale de Conseil Agricole et
rural (ANCAR), institution mise en place par la BM pour favoriser l’implication des OP, le Cirad
s’engage avec la recherche sénégalaise dans une phase de mobilisation des fonds de stabilisation des
prix du COM Stabex /arachide que l’Union Européenne entends réaffecter à une utilisation à même de
soutenir une nouvelle formule pour la filière désormais libéralisée.
Le processus évalué s’étale sur 16 ans, entre 1999 et 2015, années charnières dans la recomposition
socio-économique des exploitations familiales d’une filière arachide sortant de l’étatisation. Les
interventions évaluées reposent en grande partie sur la notion de « reconstitution du capital
semencier », activité autrefois dévolue à la SONAGRAINES. La disponibilité de semences d’arachide
certifiées est en effet considérée comme le principal goulot d’étranglement technique de la production
compte tenu que la plante possède une graine pondéreuse qui oblige à consacrer plus d’un 1/10e de la
production aux semence.. Elles ont été soutenues financièrement par l’Union Européenne (UE) et la
5
Banque Mondiale (BM) à travers les PSAOP 1 et 2 puis par le FIDA, dans son programme de
« facilité alimentaire » mis en place suite à la crise alimentaire de 2008.
Nous avons démarré l’expérience évaluée en 1999 avec une phase de diagnostic de la filière ARB
associant le Cirad, l’Isra et l’ITA à la demande du CNIA. Le risque aflatoxine, particulièrement
prégnant sur l’arachide au Sénégal, fut précisé au champ en termes de réponses variétales et
agronomiques de nature à en limiter l’impact. Lors de cette phase s’opère un élargissement conceptuel
de l’intervention de la recherche qui s’intéresse à la chaine de valeur. Un des résultats tangibles est le
développement et l’accréditation du laboratoire d’analyse d’aflatoxine de l’ITA pour la mesure de
l’aflatoxine. Le processus d’innovation se poursuivra par l’Opération Pilote de Recherche-Action
conduite dans la commune de Paoskoto avec l’OP Asprodeb, l’organisation paysanne historique de la
filière arachide. Appuyé par le Comité local de concertation des OP de cette commune, cette
collaboration Cirad-Asprodeb se poursuivra pendant de 4 ans, de 2004 à 2008. L’opération de
Paoskoto de 2004 à 2005 a constitué un moment charnière pendant lequel un grand nombre de
résultats de recherche et de R & D ont été intégrés et expérimentés le milieu réel avec une mobilisation
de 252 producteurs et productrices de la localité. Un vaste programme de formation données
directement par le Cirad, l’Asprodeb ou des consultants externes et très connectées a permis
l’émergence et la stabilisation de compétences tant sur la production que sur la gestion des
coopératives pour qu’émerge un réseau de coopératives semencières.
Après le départ du Cirad en 2009, les financements COM2 et FIDA ont été à nouveau mobilisés par
l’Asprodeb avec en ligne de mire pour l’OP la mise en œuvre d’une stratégie de développement d’une
sous filière semencière professionnalisée de type coopératif. Ce modèle s’articule sur deux
composantes : la production de semences certifiées et l’organisation d’une filière de production
d’arachide de qualité avec commercialisation contractuelle afin de sécurisant les investissements et les
débouchés. Le fonctionnement commercial est rendu autonome grâce à un financement contractuel
pérennisé par un partenariat avec la Caisse nationale de Crédit Agricole du Sénégal.
Nous estimons que les programmes de formation, la contractualisation et la mise en réseau d’acteurs a
donné une impulsion nouvelle à divers secteurs de la filière notamment la transformation artisanale de
l’arachide en huile. L’appui fourni à cette activité féminine se généralise grâce à la mise au point par
l’ITA d’un procédé mobile de détoxification de l’huile artisanale aujourd’hui subventionné par l’Etat.
Le revenu généré par les femmes transformatrices est important car l’augmentation de la demande en
huile artisanale est d’autant plus forte que seule une « huile végétale » de qualité inférieure est
distribuée par la Sunéor.
Le réseau de coopératives initialement construit sur la production de semences certifiées d’arachide est
maintenant élargi à d’autres spéculations comme le riz, le maïs ou le sésame, les COPROSA devenues
des COPROSEM bénéficient des acquis d’organisation-gestion obtenus sur l’arachide. L’organisation
en coopératives a été reproduite pour le maïs avec la Fédération des producteurs de maïs de Paoskoto
(FEPROMAS) soutenu par le programme d’aide au développement du gouvernement des USA
(USAID/PCE).
La montée en puissance du système coopératif de production de semences de l’Asprodeb a été
spectaculaire : une coopérative « pilote » de production de semences d’arachide (COPROSA) en 2004
à Paoskoto, 8 en 2008, 10 en 2012. Aujourd’hui les 29 coopératives qui constituent le réseau national
des coopératives de l’Asprodeb détiennent 60% de la production d’arachide avec un modèle
économique. Asprodeb estime que le niveau de capital semencier de ses coopératives s’établit
aujourd‘hui à 1/3 des besoins (environ 25 000 t). Le niveau de reconnaissance de l’Asprodeb tant au
niveau de l’Etat qu’au niveau des bailleurs de fonds lui aura donc permis de pallier au sous
financement de la filière arachide par le passé et sans doute d’être à même aujourd’hui, grâce à la
compétence de ses adhérents de participer à son renouveau.
6
2 Présentation générale du cas
2.1 Introduction
La culture de l’arachide au Sénégal a longtemps été considérée, à juste titre, comme le moteur de
l’agriculture sénégalaise avant et dans les premières années qui ont suivi l’indépendance du pays. On
cite régulièrement les chiffres de 60% du PIB agricole et environ 80% des recettes d’exportation
jusqu’à la fin des années 70. Cependant, avec seulement 6 % des exportations agricoles du pays, les
produits arachidiers du Sénégal, essentiellement constitués par l’huile raffinée, constituent encore 5 %
de la production mondiale (Gaye, 2013).
Cette baisse des recettes à l’export a coïncidé avec une « transition » économique du pays qui a
particulièrement perturbé la filière. La filière arachide au Sénégal est, en effet, passée de totalement
intégrée (de la création variétale à l’exportation d’huile) a totalement privatisée à la suite des
programmes d’ajustements structurels des années 80/90. Néanmoins, nous le verrons, l’Etat n’a jamais
été absent des décisions prises pour ou contre le soutien de cette spéculation.
Durant les années 1990 et 2000, la recherche variétale sur l’arachide s’était orientée sur la résistance à
la sècheresse et l’obtention de variétés à cycle court dans l’objectif de permettre la culture de
l’arachide dans le nord du bassin arachidier (BA) qui vivait une baisse drastique de la pluviométrie
(Clavel et Annerose, 1995 ; 1997). Mais, quel que soit le type de variétés créées, pour le Nord (très
sec) ou pour le Sud (mieux arrosé), la recherche opérait dans l’incertitude car la dissolution de la
SONAGRAINES (la société d’Etat qui organisait et distribuait les semences) intervenue en en 2001
donnait peu de visibilité au devenir productif des nouvelles variétés (et même des anciennes). De plus,
la déconnexion des activités de recherche avec les activités de production réelle était elle-même de
plus en plus accentuée car les programmes d’ajustement structurel avaient aussi touché l’organisation
du dispositif de recherche qui ne disposait plus des points d’expérimentation–relais dans les régions et
les villages. La recherche sénégalaise, à l’instar du Cirad et de la plupart des institutions de recherche,
subissait également la pression mise sur l’«excellence scientifique» (résumé dans la fameuse formule
« publish or perish ») privilégiant la publication scientifique par rapport à l’impact sur le
développement.
C’est dans ce contexte particulièrement incertain qu’un certain nombre d’opérations partenariales ont
été conduites par le Cirad, considérées, selon les points de vue, soit comme à contre-courant (par
rapport à l’excellence scientifique) soit comme novatrices (par rapport à l’impératif d’impact). Il
s’agissait pour le Cirad de mobiliser des fonds de l’Union Européenne, des fonds reliquats du COM
Stabex 1998, auparavant destinés à compenser les fluctuations du prix mondial de l’arachide et dont
la Commission Européenne cherche une utilisation à même de soutenir une nouvelle formule pour la
filière arachide sénégalaise après la dissolution de la SONAGRAINES. Ces fonds sont finalement
mobilisés d’abord autour d’une convention du Cirad avec l’organisation interprofessionnelle de la
filière arachide au Sénégal (CNIA) puis pour une recherche-action conduite principalement avec
l’organisation paysanne (OP) Asprodeb qui prenait son essor dans le début des années 2000.
Ce sont les résultats de cette série de conventions sur l’arachide signées entre le Cirad et différents
acteurs sénégalais de 1999 à 2008 que nous nous proposons d’évaluer en termes d’impact dans cette
étude de cas. La particularité de l’étude est de documenter une large période, de 2008 à 2015, où la
recherche a été pratiquement absente des terrains et pendant laquelle l’Asprodeb a développé ses
action dans la production de semences notamment dans la région de Kaolack (département de Nioro
du Rip). Les activités de l’Asprodeb et de ses partenaires au niveau de l’arachide se sont poursuivies
7
sans interruption malgré un climat politique globalement défavorable à l’arachide entre 2000-2012
(durant la mandature du Président Wade). Sur cette longue période démarrant en 1999 la filière
arachide a subi de profondes mutations avec remises en cause régulière de sa rentabilité au plus haut
niveau de l’Etat. Néanmoins, progressivement, le secteur de la production de semences sera confié aux
producteurs avec le soutien de l’accord de crédit « Programme Services Agricoles et Organisations des
Producteurs » (PSAOP) signé entre l’Etat sénégalais et la Banque Mondiale.
C’est dans ce contexte de la recherche d’une nouvelle formule pour la production de semences que
s’inscrivent les actions de la recherche conduites par le Cirad sur l’arachide en collaboration avec
l’Asprodeb démarrée au début des années 2000. Nous nous proposons de faire un premier bilan des
conséquences socioéconomiques de cette collaboration en axant l’étude sur le rôle de la variété et de
l’organisation semencière selon une approche innovante, la méthode Impress (Cirad) mobilisant
fortement les retours d’acteurs.
1
Le cas de la région de Kolda est remarquable avec une augmentation de 15,01 % des superficies emblavées en
arachide déplaçant ainsi le bassin arachidier vers le Sud grâce à l’arrivée de populations venant notamment de la
région de Kaolack (Rural STRUC site IPAR)
8
alimentaire, l’arachide demeure la première production agricole au Sénégal et continue de structurer
les sociétés rurales du Sénégal.
9
Dès les indépendances des Etats africains, les OP ont été constituées dans des termes assurant une
forte emprise étatique, pour des raisons tenant à la fois à une volonté de contrôle politique du monde
rural et du développement agricole surtout dans les filières d’exportation sur le marché mondial
comme l’arachide. Les programmes d’ajustement structurel des années 80 et 90 en désengageant l’Etat
ont accéléré le processus mais la richesse institutionnelle du monde rural sénégalais est endogène ce
qui explique son dynamisme (de Janry et Sadoulet, 2004). Les groupements se sont en effet fédérés, de
leur propre initiative en unions nationales comme la FONGS (1978) et en une fédération de
fédérations paysannes, le CNCR (1993) dont l’Association Sénégalaise pour la Promotion du
Développement à la Base (ASPRODEB) fait partie. Cette organisation fédère elle-même les
principaux groupements de la filière arachide.
Au début des années 2000, dans de nombreux pays, les OP sont de plus souvent associées par les
pouvoirs publics et les bailleurs de fonds aux débats concernant l’agriculture. Au Sénégal, par la loi
d’orientation agro-sylvo-pastorale (LOASP), les pouvoirs publics ouvrent les négociations de
financement aux différents acteurs dans lequel le CNCR a joué un rôle important (Mercoiret, 2006).
Les activités du Comité national interprofessionnel de l’arachide (CNIA) et de l’Asprodeb sur
l’arachide se sont mises en place sur cette dynamique appuyées par la mise en œuvre du Programme
des Services Agricoles pour les Organisations de Producteurs (PSAOP) de la Banque Mondiale (BM).
Cette reconnaissance officielle ne signifie pas, pour autant que leur influence est importante sur les
orientations des politiques agricoles (Mercoiret, 2006 ; Blein et Coronel, 2013). Le maintien de
l’autonomie et d’un niveau de formation élevé en leur sein constitue donc un objectif important pour
les OP ouest africaines. L’Asprodeb, depuis sa création en 1995 est dans cette logique de montée en
puissance et en crédibilité. Sa collaboration avec la recherche et notamment avec le Cirad de 2003 à
2008, rentre dans cette stratégie.
M. Ousmane Ndiaye, alors coordinateur de la cellule d’appui Technique au CNCR (Comité national
de concertation des Ruraux) et aujourd’hui Directeur général de l’Asprodeb, dans un article sur la
réforme de la vulgarisation agricole au Sénégal à la fin des années 1990 (Ndiaye et Lecomte, 2002)
souligne les ruptures intervenues avec la mise en place de la première phase PSAOP entre 2000 et
2005. Il explique que le PSAOP est constitué de 4 composantes. La première est représentée par le
Ministère et devra assurer le contrôle dans le sens large du terme et définir les politiques, la deuxième,
le Conseil agricole et rural, donnera l’Agence pour le conseil agricole et rural (ANCAR), structure
comptable vis-à-vis des producteurs et répondant à leurs besoins à travers des arrangements
contractuels. La troisième composante est constituée par la Recherche qui devra coordonner ses
activités à celles des OP, quatrième composante du dispositif. Dans sa composante OP, le PSAOP a
pour but de renforcer la capacité technique des paysans pour produire, transformer et vendre mais
aussi d’orienter les institutions de recherche appliquée et les institutions d’appui vers un meilleur
service à la base.
La composante OP du dispositif PSAOP est confiée à l’Asprodeb à titre expérimental dès la première
phase afin qu’elle organise cet accompagnement d’OP notamment dans le renforcement de leurs
capacités de négociation et de représentation. Le mode d’organisation choisi est basé sur les Cadres
Locaux de Concertations des OP (CLCOP) au niveau de chaque communauté rurale. Les CLCOP sont
des cadres d’échange, d’information, d’innovation que les paysans vont mettre en place afin que leurs
préoccupations soient prises en compte et que les informations circulent. Concrètement, si une OP a
une demande, c’est que dans une communauté rurale, des acteurs dont les OP, se sont mis d’accord sur
les problèmes, les contraintes et des priorités. Un cadre de concertation est constitué et les OP sont en
mesure de le solliciter pour tout projet de formation, de renforcement de capacité, d’innovation pour
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résoudre des contraintes identifiées. Il s’agit bien d’un « renversement de l’approche de
développement » partant de la demande des producteurs « à la base » et non plus « du haut » (Ndiaye
et Lecomte, 2002).
2
NOVASEN est reconvertie dans l’huilerie alors que cette société avait tenté un retour dans le secteur de
l’arachide de bouche à la fin des années 90 (voir les résultats des projets d’appui au CNIA)
11
une « huile végétale » importée de provenance et de qualité non spécifiées. La cuisine sénégalaise
faisant largement intervenir des fritures prolongées cette situation n’est pas sans poser des problèmes
de santé publique bien réels bien que rarement évoqués. En effet l’huile d’arachide est reconnue pour
son excellente tenue à la cuisson (peroxydation limitée en cas de forte chaleur prolongée) ce qui est
loin d’être le cas de toutes les huiles végétales. Un autre point d’achoppement dénoncé par les acteurs
non étatiques (ANE, 2009) est que la Sunéor faisait pression pour que la consommation intérieure des
produits arachidiers (diversifiant les débouchés de l’arachide) ne soit pas encouragée.
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2.3. La méthode Impress
Le projet sur les méthodes d’évaluation de l’impact des recherches au Sud (Projet Impress) est un
chantier stratégique du CIRAD concernant l’innovation et l’impact. Il vise la construction d’un cadre
d’évaluation de l’impact adapté aux recherches partenariales du Cirad et à développer une « culture de
l’impact » au sein de l’institution. Ce projet transversal dénommé Impress se déroule sous forme
d’études de cas, 13 cas ont été sélectionnés pour 2015 dont le présent cas d’étude.
La méthodologie d’évaluation Impress est basée sur l’analyse de ces études de cas dont le choix
représente une diversité de situations dans lesquelles le Cirad intervient. Elle vise à caractériser la
contribution du Cirad et de ses partenaires de recherche à l’impact pour le développement. Le
principal outil conceptuel développé pour la collecte et l’analyse des informations est le chemin de
l’impact (Impact Pathway, Douthwaite, 2003). Les modèles théoriques du chemin de l’impact
analysent comment se construisent et se disséminent les innovations. Le chemin de l’impact permet
d’identifier des outputs de la recherche (produits/résultats), des outcomes (réalisations/effets directs ou
indirects), et des impacts de 1e et de de 2e ordre.
L’étude conduite est globalement une évaluation d’impact ex post dans laquelle des avantages plus
larges que ceux des projets sensu stricto sont évalués de façon indépendante. L'évaluation vise à
établir des liens plausibles (causes) entre les résultats du projet et les changements observés. Les
principales étapes de la méthode impress sont données en annexe1.
La participation des acteurs au processus d’évaluation est intervenue à différents moments de l’étude
de cas avec une intensité variable:
(i) participation d’un partenaire de recherche (UGB) à l’ensemble du processus d’évaluation, d’autres
partenaires (ISRA et ITA) à l’atelier de démarrage et d’autres (CORAF) pour un entretien sur le
contexte semencier et l’atelier final de validation
(ii) participation des acteurs majeurs de l’innovation dans un atelier de démarrage de l’étude de cas
pour affiner certains choix (atelier participatif et entretiens)
(iii) participation de certains acteurs dans des focus groupes ou pour caractériser les descripteurs et les
indicateurs d’impact.
13
sanitaires à l’exportation, sécheresse) se traduisant par une diversité d’implications sur la filière
intervenant dans une période économique et climatique difficile.
Nous positionnons globalement l’étude de 1999 à nos jours dans le Sud du Bassin arachidier
sénégalais, région de Kaolack-Kaffrine et plus précisément dans les différentes localités des premières
coopératives (voir la carte de la zone d’étude).
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- Les projets du Fond national de Recherche Agricole et Agro-alimentaire (FNRAA) et du
PPAO : Projet en cours FNRAA/2013-2017 : « Evaluation et démonstration de nouvelles
variétés d’arachide pour l’amélioration de la productivité de l’arachide au Sénégal » 06/1 RA-
RD/ WAAPP2/FNRAA/ Isra/Asprodeb (Issa Faye et Arthur Dasylva) et projet de Institut de
technologie alimentaire (ITA) sur la production d’une huile artisanale d’arachide saine.
Sur les effets des activités de développement conduites avec l’Asprodeb notamment sur le
développement des coopératives, leur professionnalisation, la formation des acteurs, la
structuration du partenariat (notamment le crédit agricole)
15
Tableau récapitulatif du déroulement de l’enquête
16
3 Le récit de l’innovation
Ce chapitre présente l’approche utilisée, le principe de la méthode Impress, ainsi que le processus
d’élaboration, avec les acteurs, du récit des innovations. Le récit chronologique est un des outils de la
méthode (voir annexe). Il a été élaboré en deux temps : un premier récit peu élaboré, établi sur la base
de documents et de chronogrammes qui a été complété et validé par la suite notamment au cours de
l’atelier participatif multi-acteurs.
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- valider et compléter les chronogrammes notamment documenter la période de 2008 à 2015
déroulée sans participation directe la « Recherche » (Cirad et/ou Recherche sénégalaise)
- d’élaborer une première hypothèse du chemin de l’impact (en améliorant notamment
l’identification des outputs et outcomes).
- délimiter les thématiques sur lesquelles les effets (impacts) de la recherche seront étudiés
- de structurer le reste de l’étude notamment en repérant dans les discours d'acteurs et dans les
échanges les éléments utiles pour établir les questionnaires d’enquête sur les objets à enquêter
Après le premier jour, trois thématiques ont été délimitées pour la mise en discussion le lendemain et
l’élaboration ultérieure des questionnaires d’enquête (voir en annexe 4) :
1. Variétés / semences/ itinéraires techniques pour une arachide de qualité
2. Organisation/ Institutionnalisation autour de la production d’arachide de qualité
3. Formation, capacités, professionnalisation
18
Impact Arachide 1999-2015-Chronogramme 1 : contenus des conventions de partenariats avec le Cirad
19
A partir du cadrage initial, des narrations et des questions-réponses obtenus pendant l’atelier, les
chronogrammes 1 et 2 ont été révisés et complétés (p19) et un nouveau récit a été construit. Ce
nouveau récit chronologique détaillé ci-dessous vise à éclairer les liens explicatifs entre les activités de
recherche, les problèmes de développement et l’évolution des contextes climatique et socio-
économique.
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Variétés cités (en gras, celles qui sont utilisées dans la zone concernée par l’étude)
Hâtives (précoces) : 75 à 90 jours, utilisation en Semi–tardives et tardives: 105 à 120 jours
huilerie ou en « vert »: utilisation mixte ou ARB :
55-437 : 90j
Fleur11 : 90-95 j 73-33 : 105-110j (utilisation mixte *
SRV1-19 : 90j (nouvelle inscription) GH119-20 : 115j (ARB)
55-33 : 80j (nouvelle inscription) PC7 79-79 :120j (ARB)
73-9-11 :80j (nouvelle inscription) H75-0 : 120j (ARB)
GC8-35 : 80j (nouvelle inscription) 28-206 : 120j (ARB, mixte, Casamance)
78-936 : 75j (nouvelle inscription) *variété recommandée par la carte variétale
La gestion variétale par la recherche fait, depuis toujours, appel à un outil central, une proposition de
répartition des variétés d’arachide entre les différentes zones de culture, appelé « Carte variétale ». Il
s’agit d’une répartition variétale « idéale » réalisée en fonction des données agro-climatiques
régionales récentes, des résultats d’expérimentation multi-locale et des variétés disponibles. Selon les
zones de cultures les variétés présentes diffèrent aussi en fonction de leur destination, bouche ou
huilerie. La carte variétale constituait l’outil principal d’orientation de la production semencière lors
que cette dernière était centralisée au niveau de l’Etat (Mayeux et al, 1997 ; Schilling et al, 2001).
Cette carte variétale a donc été actualisée par la recherche en 1996 (Clavel et Ndoye, 1997) du fait de
la nouvelle donne climatique et des nouvelles variétés.
La carte variétale de 1996. Cette carte tient compte du « glissement des isohyètes vers le sud », une restriction
pluviométrique de l’ordre de 20% qui a touché le nord et le centre du bassin arachidier sénégalais au début des
années 80 (Clavel et Ndoye, 1997)
21
Le risque aflatoxine et sa relation avec les variétés et la sécheresse
Dans le même temps la menace aflatoxine (et probablement ses effets délétères mais non mesurés de
cette toxine sur la santé des sénégalais) était de plus en plus mis en avant, menace d’autant plus forte
que la sècheresse aggrave le risque de contamination au champ en cours de culture (contamination de
pré-récolte). La toxine est non seulement très dangereuse pour la santé humaine mais aussi sa présence
relevée dans des lots d’arachide sénégalaises exportés pesait très gravement sur les exportations
d’arachide bouche (ARB). La maitrise de la qualité technologique sanitaire au champ en conditions
pluviales et en conditions irriguées sur ARB devient donc une priorité. Ainsi les activités de la période
du projet d’appui au Comité Interprofessionnel de l’Arachide, le CNIA (Convention Cirad /CNIA de
1999 à 2002) se sont axées sur les études diagnostic, de marché et la recherche d’une méthode
permettant de limiter ce risque aflatoxine sur l’arachide produite au Sénégal. Par cette convention on a
tenté une première mobilisation et coordination des acteurs de la filière pour répondre aux marchés et
aux attentes des consommateurs dans la nouvelle donne tant technique qu’économique. On entendait
diversifier les usages de l’arachide alors destinée presqu’exclusivement à la transformation industrielle
en huile par la SONACOS en cours de privatisation. La disparition de la SONAGRAINES en 2001 et
la fin de la subvention aux intrants des PAS rendaient l’accès à la semence particulièrement
problématique pour les producteurs d’arachide. L’accord de partenariat entre le Cirad et CNIA le
Cirad a engagé deux chercheurs à plein temps du Cirad et plusieurs intervenants.
A cette époque, les variétés les plus utilisées dans le centre et le sud du BA sont principalement la
classique 55-437 (90 jours), la nouvelle variété Fleur 11 (précoce, 90jours, graines de taille moyenne)
qui connait un grand succès mais qui se révèle sensible à l’aflatoxine, la variété sénégalaise
traditionnellement utilisée en bouche au Sénégal, GH119-20 (semi-tardive, 115 jours, grosses graines)
et la variété 73-33 (110 jours, graines moyennes) d’utilisation mixte. Plus avantageuses
commercialement à l’export à condition qu’elles soient parfaitement saines, les ARB étaient produites
au Sénégal pour l’exportation vers l’Europe par la société NOVASEN (devenue Copéol) après sa
reconversion dans l’huilerie). La GH 119-20 est considérée comme la seule répondant aux critères de
grade (grosseur des graines) de l’ARB et la recherche est régulièrement sollicitée par NOVASEN car
la variété semble présenter dans les champs paysans une diminution de grade. La situation de risque
climatique rend d’une part l’utilisation de cette variété sensible à l’aflatoxine problématique et d’autre
part l’investissement en semences à gros calibres très risquée pour le paysan. Sur ce dernier point, il
faut savoir que la quantité de semences nécessaire pour emblaver un ha d’ARB est deux fois plus
importante que pour une variété à petites graines destinée à l’huilerie (poids de 100 graines autour de
30-35grammes).
Le risque aflatoxine est donc important et complexe. Il doit être précisé c’est pourquoi des
collaborations sont intensifiées avec l’ITA au cours de la période du projet d’appui au CNIA (1999-
2002) dans l’objectif de permettre à cet institut de réaliser des analyses d’aflatoxine dans les
conditions et normes reconnues par les instances internationales les plus exigeantes en l’occurrence,
celles de l’UE. Cette collaboration conduit à l’accréditation du laboratoire de mycotoxines de l’ITA et
globalement à l’augmentation de l’expertise aflatoxine de ce dernier.
22
la recherche et l’organisation de producteurs. Le choix de Paoskoto a été orienté par l’Asprodeb qui
estimait que cette commune était relativement sûre du point de vue climatique (mais cette année-là
avait été très sèche pour toutes les régions du pays) doté d’un CLCOP très dynamique et opérationnel.
Au niveau de la gestion du risque Aflatoxine (voir utilisation vivrière, p9) des résultats de recherche
et des pratiques culturales visant à mettre la plante dans les meilleures conditions, afin qu’elle puisse
exprimer toutes ses capacités de défense avaient été obtenus (voir Martin et al., 1999 et Clavel et al,
2013, pour une revue). La gestion du risque commence au niveau variétal. A cette époque, les
créations récentes de la recherche au moment de l’Opération de Paoskoto étaient des hâtives à petites
graines, SRV1-19 (90j), 55-33 (80j) et 73-9-11 (80j) avec une sensibilité réduite à l’aflatoxine. Ces
nouvelles variétés ont été créées par la recherche franco-sénégalaise avec le soutien des anciens
programmes Science and Technology for Development (STD) de l’UE. Elles possèdent des cycles très
courts (80jours), les plus courts jamais obtenus sur l’arachide. Les variétés à cycles courts (hâtives)
possèdent une meilleure adaptabilité que les variétés à cycle long (tardives) d’où l’accent sur les
hâtives en condition d’incertitude climatique. Malgré cette la supériorité adaptative des hâtives, les
tardives sont généralement plus appréciées par les agriculteurs de la région de Kaolack car elles sont
plus productives si les conditions pluviométriques sont favorables. Cependant, comme la baisse
pluviométrique avait entrainé «un glissement des isohyètes vers le sud», selon l’expression consacrée,
on craignait que cette réduction de l’hivernage n’atteigne le Sud du BA. C’est pourquoi lors de
l’Opération-pilote de Paoskoto ces trois nouvelles variétés ont été mises en production.
Parmi less hâtives ont donc été introduites à Paoskoto il y avait la variété 55-437 reconnue pour sa
tolérance à l’aflatoxine ainsi que la variétés à cycle très court apparentée à 55-437, la variété 55-33.
Les acteurs présents à l’atelier précisent que les variétés à cycle extra courts (80 jours) ne sont plus ou
très peu utilisées dans la zone, elles ont été éliminées par les agriculteurs. C’est le cas de la 55-33 et la
SRV1-19, qui sont des variétés hâtives à la croissance rapide et vigoureuse mais dont les graines sont
petites. Dans cette zone écologique les variétés à cycle plus long et à graines plus grosses comme la
73-33 peuvent accomplir leur cycle de 110 jours. Les tardives se vendent plus cher et les
décortiqueuses mécaniques ne sont pas calibrées pour de petites graines. Il semble toutefois que la
richesse en huile des « petites graines » constatée notamment par les actrices de la transformation
artisanale ne soit encore que faiblement valorisée (Arthur Dasylva, communication personnelle). Ainsi
lors de l’enquête auprès des producteurs on ne trouve plus ou rarement ces variétés chez les
agriculteurs.
L’ARB est théoriquement plus rentable pour le producteur que l’arachide d’huilerie car elle se vend,
(ou du moins se vendait) plus cher. Certains producteurs de Paoskoto avaient déjà expérimenté
d’arachide de bouche quand la société NOVASEN encadrait cette culture et qu’un paiement à la
qualité était effectif. Le projet-pilote de Paoskoto visait donc, au moment de sa conception, à
expérimenter sur un territoire limité mais en vraie grandeur réel la faisabilité technico-socio-
économique de la production d’ARB. Le but était de mieux répondre à la demande pour l’exportation
et de contribuer à une amélioration des revenus des producteurs. Mais devant l’impossibilité pour la
production du Sénégal de viser un marché d’exportation européen dont les normes sanitaires
concernant la teneur en aflatoxine avaient été durcies (voir Rente économique en basse, p8), le projet
s’est tourné vers une production d’arachide de qualité (ARQ). L’objectif de l’opération-pilote dans
cette commune « arachidière » n’était donc pas d’apporter aux producteurs un itinéraire technique dont
ils étaient déjà familiers mais d’insister sur les points critiques des pratiques culturales (bonnes
pratiques agricoles, BPA) qui peuvent avoir un impact important sur la qualité technologique et
sanitaire du produit. L’application de ces principes a conduit à mettre en place une filière de
23
production d’Arachide de Qualité (ARQ) à Paoskoto dont les principes techniques sont le mêmes que
ceux de la production de semences.
Auparavant, dans le cadre des recherche sur la liaison entre résistance à la sécheresse et résistance à
l’aflatoxine (Projet UE-Inco « Groundnut-Aflatoxin »), la variété précoce ancienne à petites graines
55-437 avait révélé son intérêt particulier qui est de posséder un très bon niveau de résistance à
l’aflatoxine même si la résistance totale est impossible quelle que soit la variété ou même l’espèce
(cette toxine attaque aussi le maïs). Dans le cadre du projet d’appui au CNIA les risques de
dégradation de la qualité et du rendement avaient été précisés pour ensuite développer et évaluer les
mesures préventives et correctives correspondantes. Ces nouvelles connaissances de la recherche sur le
régime hydrique assurant la qualité sanitaire et technologique font naitre l’idée d’appliquer au champ
une méthode de limitation des risques à différents points critiques de la culture : de l’élaboration du
rendement au champ, en post-récolte, stockage, au point de collecte, à la l’usine. Cette méthode est
dérivée des méthodologies « Hazard Analysis Critical Control Point » (HACCP) utilisées pour le
contrôle de la sécurité sanitaire des denrées alimentaires. Les HACCP sont préconisées par l’UE
depuis les années 90. L’opération pilote visait donc à expérimenter ces mesures techniques mais aussi
une formule d’organisation en coopérative en association avec des producteurs des communautés
rurales. Ce fut fait à Paoskoto dans un premier temps.
Le fait d’appliquer des normes de qualités tout au long de la filière tout venant était un des éléments
novateurs. Par exemple les préconisations telles qu’un semis après le 10 juillet sur une pluie minimale
de 25 à 30 mm et l’application de l’engrais minéral (NPK et phosphogypse) aux moments adéquats et
un désherbage précoce sont des recommandations qui ne semblent plus poser de problèmes dans la
zone au moins pour la production de semences. Pour la date de semis, point crucial, les producteurs
avertissent les techniciens des coopératives, ces derniers leur communiquent la date adéquate qui
dépend de la pluviométrie enregistrée dans la zone. Cette capacité anticipation est aussi une
innovation importante.
Le suivi technique de la production est effectué par le biais d’un cahier de suivi servant à consigner les
observations et les opérations est un outil apporté par le projet pilote que beaucoup de producteurs ont
conservé jusqu’à aujourd’hui. Le suivi des opérations de culture est réalisé sur la base de visites de
parcelles et d’observations consignées dans ce cahier. Il permet d’inscrire et de prolonger les conseils
pour l’amélioration de la production au cours des campagnes suivantes. Les résultats chiffrés de
l’Asprodeb ont montré une progression des producteurs dans la maitrise des techniques de production
des semences entre les années 2004 et 2008.
La formation par des techniciens spécialisés du projet puis par les pairs (de paysan à paysans) a joué
un grand rôle dès l’opération de Paoskoto. Dans le mode de formation promu les techniciens du projet
forment des observateurs qui à leur tour formeront les producteurs. Cette méthode fut une nouveauté
dans le monde rural car jamais auparavant jamais des agriculteurs et techniciens n’avaient été
regroupés pour une formation. Ainsi, dans le passé, la SODEVA, la société de développement héritée
de la période coloniale, conseillait producteur par producteur. Cette association étroite de la formation
aux pratiques réelles de production a été très appréciée des producteurs qui les considèrent comme très
efficaces et durables. La formation a également concerné à partir de 2007, la gestion et globalement la
professionnalisation des coopératives.
A partir de 2005, le projet rebaptisé ARQ, s’est installé dans 4 autres communautés, Wack-N’Gouna,
Keur-Baka, Latmingué et N’Ganda. Les 5 zones d’installation du projet ARQ ont donné naissance aux
5 coopératives de production de semences d’arachide (COPROSA) auxquelles il faut ajouter la
24
Coopérative de Kahi créée un peu plus tardivement. L’explication de ce changement d’échelle rapide a
sans doute une dimension historique. Les « centrales d’achats » pour l’approvisionnement en intrants
et la collecte de graines et notamment celle de Paoskoto créée en 2003 sont la première structure
organisée de producteurs mise en place moins de deux ans après de la dissolution de la
SONAGRAINES. Les coopératives d’arachide ont existé dans l’histoire de la « traite arachidière » à
l’époque coloniale et post coloniale où l’organisation de la filière était confiée à l’ONCAD. Mais les
coopératives n’avaient pas cette forme de gestion par les producteurs auto organisés et doté d’une
gouvernance comprenant un directeur, une assemblée générale, un conseil d’administration et un
bureau exécutif.
Les coopératives de production de semences dans leur forme actuelle focalisent leurs activités sur la
recherche de l’autonomie technico économique, recherche de clients et l’établissement de contrats
d'achat et de vente des semences et de la production. Elles ont également un rôle de relai d’information
et de services de l’Etat (DISEM) pour les opérations de contrôle et de certification. Globalement, les
discours d’acteurs ont fait apparaitre que ces coopératives n’ont pas été créées ex nihilo mais ont su
bénéficier de l’expérience (et accessoirement des stocks de semences), des hommes et des femmes
expérimentés et formés au sein des groupements déjà existants du fait de cette histoire. Certains
participants à l’atelier de démarrage ont estimé que le passage aux coopératives dont le rôle central est
d’ordre commercial avaient ont fait perdre de l’autonomie politique (du pouvoir de décision et
d’influence sur les politiques publiques) aux CLCOP du fait d’un jeu d’acteurs au bénéfice de la
dimension commerciale.
L’innovation majeure avec le programme ARQ né à Paoskoto est sans doute au niveau de l’acquisition
des capacités techniques et d’organisation pour la production de semences. Désormais dans la zone où
sont installées les coopératives du Sud du BA (Région de Kaolack-Kaffrine), aujourd’hui au nombre
de 14, les semences sont produites de façon décentralisée et organisée par des producteurs. La
production des niveaux supérieurs (N1 et N2) des variétés recommandées pour cette région est réalisée
par des producteurs semenciers membres des coopératives qui vendent la production aux coopératives
qui s’occuperont de la commercialisation (distribution). Le détail de ces opérations a été enquêté dans
la suite de l’étude (voir Chapitre 5 Chemin de l’impact).
De nouveaux problèmes
Une gestion variétale devenue complexe
Il est logique que ces variétés à cycles courts aient été écartées par les producteurs car elles sont moins
productives et non dormantes. En outre les hâtives possèdent de petites graines moins bien valorisée
commercialement en vente directe (bouche, confiserie, arachides grillées). Elles n’ont, en effet, pas
été créées pour cette zone mais pour pallier au déficit pluviométrique beaucoup plus marqué dans le
nord du BA que dans le sud. Néanmoins même si cette partie du BA est moins touchée que la zone
Nord par la réduction du volume des pluies annuel, il reste que des dérèglements pluviométriques sont
observés pendant les hivernages qui rendent la gestion des variétés beaucoup plus compliquée
qu’auparavant. C’est un point nouveau et important de la gestion variétale au Sénégal.
Les témoignages recueillis notamment pendant l’atelier participatif (et plus tard lors des enquêtes sur
place) indiquent que ces variétés très précoces « peuvent sauver l’hivernage ». Par exemple la nouvelle
variété 73-9-11 possède de très petites graines que les utilisateurs n’apprécient pas pour des raisons
commerciales. Dans ces conditions une autre variété extra précoce introduite par la recherche, la
variété 78-936, qui possède des graines plus grosses, serait préférable et sa très grande précocité
(75jours) serait un atout pour la vente en vert à condition de maîtriser la regermination en cas
25
d’humidité trop importante au moment de la récolte du fait de sa non-dormance. La vente en vert est
une pratique courante et sans doute en expansion. Comme la trituration artisanale, elle est réalisée par
des femmes. Sans doute du fait de la féminisation, de son caractère informel et du caractère « diffus »
de cette activité on ne trouve jamais les variétés utilisées pour ce type de production, comme la
« Hâtive de Sefa » (ou « boulkouss ») dans les cartes variétales. Pourtant cette activité a toujours
existé et permet notamment d’obtenir des revenus lors de la difficile période de soudure en particulier.
Dans la liaison précocité-moindre productivité, la variété Fleur 11 (90-95jours) semblait faire
exception avec une productivité équivalente voire supérieure à celle de 73-33 et un cycle inférieur de
20 jours. Mais sa regermination possible (non dormance) dans le sol avant la récolte ou pendant le
séchage si les conditions sont humides constitue un handicap majeur car il est associé à une sensibilité
à l’aflatoxine. La non-dormance des variétés précoces, préconisées dans le centre et le nord du BA, ne
constituait pas un problème lorsque les hivernages s’arrêtaient à date fixe (ou peu variable) une à deux
semaines avant la récolte. Ce n’est plus le cas aujourd’hui où les pluies tardives sont une manifestation
fréquente dans toutes les régions du Sénégal. Le démarrage tardif des hivernages a été la première
manifestation du dérèglement climatique constatée au Sénégal mais des observations plus récentes
montrent un étalement de la fin des pluies qui oblige à repenser les préconisations en termes de
variétés. Ainsi la non-dormance des variétés à cycle court nécessitera une gestion agronomique
précise au niveau du séchage où bien une diversification des utilisations.
Un problème d’adéquation de la production de semences et de la demande variétale
L’Asprodeb a insisté pour que tous les producteurs inscrivent leurs activités de multiplication dans un
cadre légal et réglementaire. La Direction Régionale du Développement Rural (DRDR) contrôle la
production des semences de base et l’agrément comme producteur semencier est délivré par la
Division des Semences (DISEM). A cet égard, ainsi que l’a montré l’enquête auprès des coopératives,
il faut souligner que les activités de terrain liées aux contrôles de campagne sont réalisés par les
techniciens des coopératives en accord avec les services étatiques.
La production de semences de base a été prise en charge par l’Asprodeb. Après une période de
tâtonnement entre 2007-2008, il a été décidé de circonscrire définitivement la zone de production des
semences (de base) d’arachide dans la région de Saint Louis (Savoigne et N’Diol) du fait des facilités
d’irrigation, un élément important dans une production régulière et de qualité. L’Isra qui produit les
semences de prébase (la génération précédente) localise également la majeure partie de sa production
dans ce secteur.
Les quantités de semences produites devraient correspondre à la demande variétale de cette zone. En
réalité cela n’est pas le cas comme cela a été plusieurs fois souligné par les responsables de
coopératives. En effet la quantité de semences de base produites en conditions irriguées au niveau de
Fleuve (centralisée) par l’Asprodeb dépend de la quantité de semences de prébase des variétés fournies
par la recherche (Isra). La quantité de prébases conditionne donc la quantité des semences de base et
celles des niveaux N1 et N2 produits par les coopératives de façon décentralisée. Or les semences de
prébase produites par l’Isra sont majoritairement des variétés les plus précoces pour lesquelles les
coûts de production, notamment d’irrigation, sont bien moindres. Il s’ensuit que la variété préférée et
recommandée par cette même recherche, la 73-33, n’est pas produite en quantité suffisante pour
satisfaire les besoins de la zone. Cette remarque a été confirmée plusieurs fois tout au long de
l’enquête.
26
4 Cartographie des acteurs
Les graphiques de cartographie des acteurs présentés ci-dessous montrent l’évolution du partenariat de
la période1 «Diagnostic filière» (1999-2002) à la période2 «Construction partenariale de
professionnalisation» (2003-2015). Les effets de la libéralisation de la filière notamment sur la
disponibilité des semences, la qualité de la production et les difficultés de commercialisation de la
production ont été diagnostiqués notamment dans la phase d’appui au CNIA de 1999 à 2002. Pendant
cette période, les itinéraires techniques (ITK) de production d’une arachide saine ont été expérimentés
en conditions pluviales et irriguées et le laboratoire d’analyse de mycotoxine de l’ITA a été accrédité.
Le système acteurs a évolué à partir de 2002 car dès la phase de négociation des financements dans
laquelle l’ANCAR (une personne en particulier) a joué un grand rôle les orientations ont été
concertées entre l’ANCAR, le Cirad et l’Asprodeb. Le partenariat du programme ARQ a introduit une
organisation avec une participation effective des producteurs notamment grâce à l’appui du CLCOP de
Paoskoto. L’originalité de la collaboration mise en œuvre a était de conduire parallèlement
l’organisation, la formation et les activités de terrain. Ainsi les activités développées grâce à ce
partenariat sont à l’origine d’un réseau d’acteurs structuré en coopératives dont le modèle est présenté
dans le chapitre des outcomes.
A noter que la catégorisation en « acteurs majeurs » et « acteurs qui ont influencé le processus » et
« acteurs qui ont été impactés par le processus » est artificielle car les acteurs impactés ont aussi plus
ou moins influencés le processus : certains sont des acteurs majeurs comme le CLCOP de Paoskoto et
d’autres ont interagit notamment au niveau de l’approvisionnement des huiliers et des institutions (voir
cartographie des acteurs phase 2). L’Asprodeb en tant qu’institution est un acteur majeur et aussi un de
ceux qui ont été le plus impactés comme nous le verrons dans le chapitre sur les impacts.
27
Cartographie des acteurs de 2003 à 2015 (Période 2 : construction partenariale de professionnalisation)
28
L’Asprodeb regroupe deux autres organisations spécialement dédiées à la filière arachide, il s’agit de
l’Union nationale des coopératives agricoles au Sénégal (UNCAS) et le Cadre de Concertation des
Producteurs d'Arachide (CCPA).
L’UNCAS est la plus grande organisation paysanne d’activité principalement arachidière. Composée
de 800 000 membres, elle possède une structure pyramidale de 4500 sections villageoises, 338
coopératives, 90 unions locales, 30 unions départementale et 10 unions régionales (chiffres de 2008).
Cette organisation privilégie la réserve personnelle de semences. Créé en 2001, le CCPA est une
organisation paysanne qui regroupe 48 Groupements Inter villageois de Producteurs d'Arachide
(GIPA) pour 8000 adhérents, ses activités sont essentiellement basées sur la production de semences,
la commercialisation et la transformation
Le CCPA regroupe des organisations de producteurs des régions de Kaolack, Fatick, Kaffrine,
Tambacounda et Kédougou. Les GIPA sont la charpente du CCPA et sont formés d’environ 150
exploitations familiales. La fonction principale des GIPA est la commercialisation de l’arachide, la
production de semences et la transformation de l'arachide. Sa mission est de renforcer les capacités
organisationnelles et professionnelles des producteurs d'arachide au Sénégal. Le CCPA a signé (2013-
2015) un contrat avec l'Asprodeb fait de lui le chef de file du projet de multiplication de semences
d'arachide, de mil et de maïs. Les objectifs spécifiques sont : (i) renforcement des dispositifs de
production de semences certifiées de 5 structures d’OP faîtières membres de l’Asprodeb (FONGS,
CCPA, UNCAS, SAPCA EGAS) et (ii) mise en marché des productions certifiées à un prix accessible
aux exploitations agricoles familiales.
Le Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement)
Le Cirad, antérieurement, l’Institut de Recherche sur les Huiles et Oléagineux (IRHO), a toujours été
présent auprès de l’Isra sur la recherche arachidière au Sénégal. La collaboration Isra-Cirad en matière
de sélection notamment date de la fin des années 70 avec au moins un sélectionneur Cirad sur
l’arachide basé à Bambey. Le sélectionneur cirad est localisé à Thiès depuis1999 avec la délocalisation
dans cette ville du Centre d’étude régional pour l’amélioration de l’adaptation à la sécheresse
(CERAAS), historiquement créé à partir des travaux de recherche de la résistance à la sécheresse des
deux instituts, Isra et Cirad, sur de l’arachide. Les interventions étaient sous forme de R & D en prise
avec une optique filière jusqu’au début des années 80 mais se sont progressivement « recentrées » sur
la recherche jusqu’à la période actuelle.
L’équipe du Cirad a connu des fluctuations selon les périodes et les projets. Néanmoins une personne
a assuré la continuité et la cohérence pendant toute la période toute la période de 1999-2008, Alain
Mayeux aujourd’hui à la retraite. Plusieurs chercheurs du Cirad sont intervenus, parfois
ponctuellement, entre 1999 et 2002 durant la période du projet d’appui au CNIA. La période de 2004-
2008 a été relativement stable avec 3 chercheurs Cirad dont Dr Mateugue Diack, actuel responsable de
l'UFR « Agronomie, Aquaculture et technologie alimentaire » co encadrant cette étude. De 2003 à
2008, quatre techniciens encadraient les activités de terrain dans la zone du projet Pilote de Paoskoto.
Les CLCOP et notamment celui de Paoskoto ont joué un rôle important dans la mise en œuvre et la
réussite de l’Opération de Paoskoto. La localité est située dans un secteur qui possède de bonnes terres
et apparemment peu touchée par la réduction climatique des années 70. Toutefois aujourd’hui les
producteurs constatent la même tendance que dans le Nord c’est-à-dire avec un démarrage des pluies
tardif et des pluies « parasites » après la fin de l’hivernage (voir à ce sujet le paragraphe intitulé «de
nouveaux problèmes», p 25). La proximité de la station de l’ISRA de Nioro, dont la spécialité est
29
l’arachide et le dynamisme du CLCOP ont certainement beaucoup joué dans la réussite du processus
collaboratif parti de Paoskoto.
L’Agence Nationale de Conseil Agricole et Rural (ANCAR), structure mis en place par le PSAOP
après les PAS (voir chapitre 2.2 Filière arachide) a constitué un partenaire essentiel et décisif au
démarrage de l’Opération de développement à Paoskoto. Au début des années 2000 la filière arachide,
de plus en plus déficitaire notamment depuis les PAS était l’objet d’une désaffection de financements.
Un moment clef a donc été la mobilisation des financements STABEX par le Cirad (1999) puis le
Cirad et l’Asprodeb (2002) et la négociation concernant l’articulation des financements des reliquats
UE du COM Arachide et le PSAOP de la Banque mondiale. La Direction technique de l’ANCAR,
notamment une personne au niveau de la Direction technique de l’époque, a considérablement a
facilité le processus. L’action de l’organisation est centrée au niveau de la Communauté Rurale, du
CLCOP et des filières. Ses encadreurs ont été les premiers bénéficiaires des formations aux bonnes
pratiques en amont de l’opération pilote et par la suite.
L’institut sénégalais de Recherches Agricoles (ISRA) a participé directement au niveau des
expérimentations variétales ARB dans la phase 1 du Projet d’appui au CNIA. L’Isra partage
notamment les facilités techniques de sa station de recherche de Nioro avec la coopérative de
Paoskoto. La participation est plus ponctuelle par la suite pour la phase 2 de la professionnalisation de
la production de semences. Elle s’opère essentiellement par le biais des articulations nécessaires pour
la fourniture de semences de prébase à l’Asprodeb pour la production des semences de base et des
niveaux supérieurs (N1 et N2).
L’Institut de technologie alimentaire (ITA) a participé directement aux activités de mise en œuvre du
projet d’appui au CNIA en réalisant des analyses d’aflatoxine et en organisant la montée en
compétences de son laboratoire pour ce type d’analyses (accréditation). Par la suite, la participation
s’est organisée autour de l’accompagnement de la diversification des utilisations notamment la
fabrication artisanale d’huile d’arachide par différents groupements de femmes dans la zone et hors de
la zone d’étude.
Les bailleurs de fonds
A travers des programmes de la Banque Mondiale (BM) et de l’USAID font de la production de
semences un axe majeur de leur intervention considérant que c’est le levier principal de l’amélioration
de la production. Ce facteur de production est effectivement très important sur l’arachide compte-tenu
des spécificités de la semence (Voir chapitre 6 Filières semences et politiques publiques, p53). Le
soutien financier est basé sur la notion quantitative de « reconstitution du capital semencier », notion,
au départ, spécifique de l’arachide mais élargi à d’autres spéculations ayant un statut très différent.
L’opérateur principal de ces opérations semencières au niveau régional (zone CEDEAO) est le Conseil
ouest et centre africain pour la recherche et le développement agricole (CORAF) qui met en œuvre le
Programme de productivité agricole pour l’Afrique de l’ouest/ West African Productivity Program
(PPAAO/WAAPP) de la BM et le Programme semencier Afrique de l’Ouest/West Africa Seed
Programme (PSAO/WASP) soutenu par l’USAID (voir chapitre 6, p53) Le rôle et les missions du
consortium est d’améliorer l’offre de semences certifiées en Afrique de l’Ouest.
Les activités de l’Asprodeb s’organisent dans cette logique avec la promotion de la production de
semences certifiées que le bailleur principal, la BM, soutient à la fois au niveau de la Recherche et
dans sa composante « appui aux OP » et qui a été mis en place à titre expérimental dès le PSAOP1 en
2002. L’Asprodeb ne bénéficie qu’à la marge d’un financement PPAAO (2012-2017) via le FNRAA,
30
notamment comme coordinateur régional d’un projet de production de semences certifiées céréales et
légumineuses (04 /1 SE/ WAAPP2/FNRAA).
31
- Les industriels huiliers sont constitués par la Sunéor (ex SONACOS) avec plus de 80% de la
capacité de transformation entièrement dévouée à l’export (voir chapitre 2 la filière arachide),
Copéol (ex NOVASEN depuis sa reconversion dans l’huile) et le complexe agro industriel de
Touba (CAIT). Les huiliers privés ont tous été approchés par les coopératives Asprodeb pour la
négociation d’un prix à la qualité avec un résultat mitigé. Le CAIT, contrairement à la Sunéor
accepté de commercialiser l’huile dans le pays, une revendication de l’Asprodeb. Un accord a été
passé entre Asprodeb et le CAIT sur une livraison à un prix défini pour 4500t d’arachide destinée
à être vendu en huile à l’intérieur du Sénégal. A noter que la première année (2011) Sunéor a
bloqué le processus en rachetant tous les emballages disponibles localement.
5 Chemin de l’impact
Les différentes étapes du diagramme « Chemin de l’impact » (p 33) sont détaillées dans les chapitres
5.1 à 5.6. Les repères temporels au niveau des conventions et activités correspondantes sont fournies
dans les chronogrammes de la page 19.
32
Input Output Outcome Impact 1 Impact 2
Volonté des paysans
Nouvelle carte Système durable de
Projet recherche UE de d’utiliser la carte variétale
variétale reconstitution du capital
recherche pionnier sur mais absence de semences
Nouvelles variétés à Certifications des de pré-base variétés semencier arachide géré
résistance des variétés
cycles courts nouvelles variétés tardives par le réseau national de
à la sècheresse et
coopératives de
aflatoxine
Nouveaux procédés de l’Asprodeb
contrôle de l’aflatoxine Production et
transformation Constitution d’un
Négociation de fonds d’arachides de réseau partenarial
reliquats Stabex UE Itinéraires techniques qualité (zone pilote fonctionnel multi-
partenariat recherche de production de de Paoskoto) acteurs aujourd’hui
N/CNIA sur l’étude l’arachide de bouche géré par l’Asprodeb
filière et exports irriguée et pluviale Élaboration d’un
arachide de bouche Scaling up:
modèle de
Reconnaissance de
coopératives
l’expertise de l’Asprodeb:
Guides d’Itinéraires
conduite de projets
techniques de Création de 8
Création de 10 régionaux
production d’arachide coopératives de
et de semences de coopératives dans le
production de
Négociation fonds qualité sud du bassin
semences arachide (+7
reliquats arachidier Scaling up/out:
Formation aux communes)
Stabex/PSAOP pour et création d’un réseau
Itinéraires techniques national de 29
projet pilote Paoskoto Formalisation contractuelle
de production Production et coopératives
(recherche dt convention CNCAS
d’arachide et de commercialisation de
N/association et commercialisation
semences de qualité semences de qualité
agence nationale) semences Scaling up:
(+7 communes ) Utilisation du modèle de
Formation à la coopérative pour le maïs
professionnalisation à et le riz
Mobilisation de fonds internationaux
par l’Asprodeb pour mise en œuvre de grande échelle : auprès des
la professionnalisation des acteurs des coopératives
coopératives (gestion Asprodeb)
Le chemin de l’impact de la R & D sur les variétés et les semences d’arachide de 1999 à 2015
33
5.1 Les inputs de la recherche
La chronologie globale des principaux Input-Output-Outcomes-Impact est donnée dans le
chronogramme 2 (p19). Ce chapitre se réfère aux inputs c’est-à-dire aux ressources financières,
techniques et partenariales générées, mobilisées et mises en œuvre à partir de 1999 par le biais de
convention partenariales avec le Cirad.
34
Etudes de la période 1999-2002 (Période 1 : Diagnostic de la filière)
Le CNIA a été créé en 1992 mais son action a évolué depuis le transfert de compétence de l’Etat vers
cet organisme en 2001 (Accord-cadre entre l’Eta et le CNIA). Le rôle du CNIA est de suppléer à
l’action de l’Etat notamment dans la coordination des interventions sur la filière et dans la fixation du
prix. A ces titres le CNIA pouvait solliciter des structures de recherche comme l’Isra et le Cirad
(Broutin, 2005).
Le Cirad (à l’époque, le programme CALIM du Cirad-CA) s’engage alors dans une phase de
mobilisation de ces fonds avec négociation des activités à conduire ayant pour cadre contextuel la
privatisation en cours de la filière. Une convention baptisée « Projet d’appui au CNIA. ARB-
Diversification » est signée pour 4 ans avec l’Etat du Sénégal en 1999. Par cette convention toute une
série d’actions de nature à fournir des orientations stratégiques et techniques de « la relance de la
filière arachide » que l’Etat entendait soutenir, doit être programmée. Elle s’articule autour d’une
stratégie dite de « diversification » de l’arachide. Ce qu’il faut entendre par « diversification » c’est
une référence à une utilisation longtemps quasi-exclusive de l’arachide produite au Sénégal pour
l’huilerie. La vente d’arachide non transformée en huile, sous forme d’arachide d’ARB, marché plus
rémunérateur que l’huilerie, est considérée comme une diversification qui s’est d’ailleurs
« officiellement » longtemps limitée à cette option. Cependant cette utilisation oblige à satisfaire à des
normes de production et d’exportation beaucoup plus contraignantes notamment par rapport à la
contamination par l’aflatoxine. L’essentiel des activités conduites dans le cadre de la convention
CNIA/Cirad s’articulent autour de cette problématique à la fois technique et commerciale.
L’entretien avec le Dr Ousmane Ndoye éclaire la problématique au démarrage de cette série d’action
dans laquelle le Cirad, l’ISRA et l’ITA mais aussi la DISEM et la DPV en tant que parties intégrantes
du CNIA. Le Dr Ousmane Ndoye a été sélectionneur arachide à l’ISRA à une époque, de 1980 à 2005
où programme de sélection de l’arachide était divisé en deux : l’amélioration de la résistance à la
sécheresse pour le Nord du BA pour lequel des cycles courts et très courts (75-90 jours) étaient
recherchés et l’amélioration variétale des variétés à cycle plus long et à grosses graines pour le marché
de la « bouche ». Le Dr Ndoye était alors responsable de ce dernier programme à l’Isra de Bambey et à
ce titre, il a créé plusieurs variétés d’arachide de bouche (ARB) de cycle long (120-125 jours),
notamment 73-27, 73-28 et H75-0, par croisement avec la variété GH119-20 (110-115 jours) dont on
estimait alors qu’elle avait « dégénéré ». La NOVASEN, la société d’Etat à laquelle la spéculation
ARB avait été confiée, indiquait en effet qu’elle observait une réduction du cycle et surtout une
diminution de la taille des graines. La grosseur (ou taille) des graines est la principale composante
dans le marché de l’ARB. Pour une exploitation commerciale dans la catégorie ARB, plus rentable
que la vente à destination de l’huilerie (ARH), cette taille de graine correspond à un poids minimal
supérieur à 6,5 grammes par graine. Ce poids est estimé par le poids moyen de 100 graines de qualité
« semence ». Les graines de qualité « semence » font l’objet d’un tri dans la récolte car, du fait du
caractère indéterminé de la floraison de l’arachide, les tailles de graines et le niveau de remplissage
des gousses (taux de décorticage) sont à différents niveaux au moment de la récolte.
La comparaison des plantes issues des semences conservées à l’ISRA avec celles issues de semences
en provenance des champs paysans, réalisée par le Dr Ndoye en station n’a pas, en fait, révélé de
différences significatives entre les différentes provenances des semences de la dite variété. Cette
observation laissait supposer que la pluviométrie avait évolué dans cette zone, probablement plus en
répartition qu’en quantité, et que la variété GH119-20 « réagissait » en limitant sa taille de graines.
Pendant cette période de diagnostic une série d’études centrée sur la production d’une ARB de qualité
en conditions pluviales (Saloum) et irriguées (Fleuve) incluant les aspects de valorisation économique
35
a été réalisée. Les partenaires de recherche sont l’ISRA et l’ITA et les partenaires du développement
sont la DISEM pour le contrôle variétal et de qualité semencière et la DPV pour le suivi sanitaire des
parcelles de production de semences.
36
Les outputs des projets de recherche européens STD « sècheresse » et Inco « Groundnut-
Aflatoxin »
Les projets de recherche STD de l’UE (collaboration Cirad et ISRA, depuis entre 1985) avaient pour
objectif la création de variétés à cycle très courts pour le nord du bassin arachidier et une amélioration
de la résistance physiologique à la sécheresse. Par la suite, du fait du risque Aflatoxine (voir récit de
l’innovation), le projet de recherche européen INCO « Groundnut-Aflatoxin » (1999-2005) a permis
d’augmenter les connaissances sur les mécanismes de l’infestation au champ en conditions de
sécheresse et de mettre au point une stratégie intégrée de prévention contre l’infestation de l’arachide
en pré et en post récolte.
L’aflatoxine est produite par le champignon du sol Aspergillus flavus (Af) très fréquente dans les sols
du bassin arachidier sénégalais. C’est la mycotoxine la plus courante en Afrique et la plus dangereuse
pour la santé humaine. Son substrat de prédilection en Afrique est l’arachide. Il en résulte, d’une part
des menaces sur la santé publique du fait d’une forte autoconsommation de l’arachide en Afrique et
d’autre part des risques économiques liés aux exigences du commerce international des produits
agricoles destinés à la consommation directe.
La démarche adoptée, étudier deux variétés de référence, 55-437 et Fleur 11, dans différentes
conditions environnementales partiellement ou totalement contrôlées (champ, serre et phytotron) a
permis d’obtenir des résultats et à différentes échelles (agronomie, physiologie, biochimie et biologie
moléculaire). Les facteurs environnementaux, physiologiques et variétaux conditionnant l’infestation
en pré-récolte de l’arachide ont été précisés : les variétés de cycle court possédant de petites graines
qui mûrissent vite sont les plus résistantes. Ce résultats était de nature à renouvellera l’intérêt pour des
variétés à petites graines, notamment 55-437 où ses dérivés comme la nouvelle variété de 80 jours 55-
33 dont la tolérance à ‘aflatoxine a été confirmé.
37
Une étude de marché conclue que l’image négative associée aux productions sénégalaises
permet d’envisager une production sénégalaise de qualité sur des grades (tailles de graines)
inférieurs à ceux qui sont habituellement utilisés. Sue ce plan la production sénégalaise, avec
55-437 et Fleur 11 serait en mesure d’atteindre les normes de qualité requises. Amélioration
des connaissances sur le régime hydrique assurant la qualité sanitaire (Aflatoxine) et
technologique (expérimentations au champ)
Test d’une approche intégrée de la qualité sur l’ensemble de la filière : adaptation de la
méthode HAACP (analyse des risques et maitrise des points critiques) à la filière arachide
Construction de la qualité dans le segment post récolte : impact du stockage, efficacité du
nettoyage, méthode de tris manuels (femmes)
mobilisation et coordination de certains acteurs de la filière pour répondre aux marchés et aux
attentes des consommateurs
Accréditation du laboratoire de mycotoxines de l’ITA
Bonnaud, Dimanche, Sagarra (2002)
Une étude de marché de l’Arachide de Bouche dans différents pays européens (Pays bas,
Royaume uni). L’étude conclue que l’image négative associée aux productions sénégalaises
permet d’envisager une production sénégalaise de qualité sur des grades (tailles de graines)
inférieurs à ceux qui sont habituellement utilisés. Sur le plan variétal cela conduit à privilégier
les variétés précoces de type Fleur 11 au détriment des la variété classique de l’ARB GH119-
20.
38
5.3 Le passage des outputs aux outcomes
L’Opération-Pilote de Paoskoto a constitué en quelque sorte le lieu de transformation d’outputs en
outcomes (résultats en réalisations) lesquels ont produit (et produisent toujours) des impacts dans les
phases suivantes. La conceptualisation et l’élaboration du modèle de coopérative par le Cirad et
l’Asprodeb et son montage opérationnel à Paoskoto avec l’aide du CLCOP ainsi que les programmes
de formation et d’organisation ont permis ce passage aux impacts directs et indirects.
En 2005, à la fin du projet pilote, le programme ARQ s’est installé dans 5 communes préfigurant les 5
coopératives : Paoskoto, Wack N’Gouma, Keur Baka, Latmingué et N’Ganda. Les volumes
d’arachide produites et traitées dans le laps de temps de l’opération sont résumés dans le tableau ci-
dessous.
Les évolutions en volumes durant l’opération pilote de Paoskoto (2004/2005)
Stock semencier de sécurité : 29t +65t en 2004 et 300t en 2005
Production d’arachide de qualité en communautés rurales : 300ha en 2004 et 900 ha en 2005
Production en ARQ (après tri post récolte) : 140t en 2004 et 300t en 2005
Contrôle et commercialisations ARQ : 75t en 2004 et 150t en 2005
39
Ces variétés3 ont été introduites lors de l’opération de Paoskoto en complément de la variété de 110
jours préconisée dans la carte variétale, 73-33 afin de permettre plus de flexibilité dans le calendrier
cultural. Les informations climatiques montrant de plus en plus en souvent des retards dans
l’installation des premières pluies d’hivernages y compris dans le Sud du BA (après le 15 juillet).
3
Ces variétés ont obtenu par la suite un COV (Isra/Cirad) auprès de l’Organisation Africaine de la Propriété
Intellectuelle (OAPI), COV N° 00061 à 00063 du 31 mars 2012.
40
producteurs d’arachide et 2) le développement et le renforcement des capacités professionnelles des
producteurs semenciers et des producteurs d’arachide basé sur la qualité. Ce modèle inclus notamment
un schéma simplifié de multiplication semencière et une stratégie commerciale par contractualisation.
Schéma de multiplication simplifié
Un schéma de multiplication simplifié de l’arachide a été mis au point. Ce schéma est basé sur
schémas antérieurs pendant le monopole de l’Etat (Schilling et al, 1997) mais il a été modifié en tenant
compte des nouvelles réalités liées au retrait de l’Etat. Le schéma reproduction semences est désormais
à 4 niveaux (prébase, base, N1 et N2).
Dans ce schéma les semences de base sont produites par la coopérative de la région du Fleuve Sénégal
en culture irriguée (par exemple 420t en 2008). Les semences de niveau N1 et N2 sont produites en
culture pluviale par les coopératives (par exemple en 2008 ont produit 1200t de N1 et 650t N2)
Au retrait du Cirad (2008), ce schéma était opérationnel au niveau de 8 coopératives (tableau ci-
dessous). Ces coopératives étaient dotées de moyens, d’une capacité de financement autonome et d’un
staff technique. Pourvues des équipements de base pour la commercialisation et le suivi, agréées et
disposant de statuts avec règlement intérieur, conseil d’administration et conseil bancaire, elles
préfigurent le modèle généralisé décrit au chapitre suivant (Impact2, p47).
41
Professionnalisation et contractualisation bancaire
La professionnalisation des producteurs a été initiée par la collaboration Cirad/Asprodeb
principalement avec des fonds européens et du PSAOP dans le cadre d’un contrat. Le contrat de
collaboration entre les 2 organisations visait la mise en place d’une production de semences d’arachide
de qualité accompagné par un dispositif de formation et de formalisation de manière à aboutir à un
dispositif de certification des semences. Cette collaboration a concerné 4 campagnes de 2004 à 2008.
La formalisation contractuelle promue au niveau des coopératives comprend:
- un accès au crédit facilité avec la Caisse Nationale de Crédit Agricole du Sénégal (CNCAS)
- une contractualisation de la vente de la production arachidière (huilerie ou bouche) sécurisant
l’investissement en intrants (semences, engrais)
- une indexation des prix à la qualité
- des centrales de services succédant aux centrales d’achat et fournissant des appuis à 25 000
producteurs d’arachide
Les conventions de financement négociées et conclues avec la CNCAS constituent une innovation
majeure dans la mesure où l’accès au crédit bancaire était jusque-là pratiquement interdit aux
producteurs sénégalais. Ces conventions permettent d’assainir la commercialisation et notamment le
point-clé du paiement par la coopérative des semences produites au producteurs adhérents. Grâce au
crédit octroyé par la banque la coopérative peut disposer de fonds pour acheter et stocker la totalité des
semences produites en attendant la vente à d’autres coopératives ou à des producteurs d’arachide.
L’octroi de ce crédit est facilité par l’anticipation des quantités de semences produites permise
principalement par :
(1) l’organisation professionnalisée de la coopérative
(2) les prévisions de rendement permises par le suivi technique précis des parcelles de
production de semences (carrés de rendement notamment)
(3) l’utilisation du géo référencement de toutes les parcelles de production de semences des
adhérents de la coopérative
Cette prévision a notamment pour objectif de calculer au plus juste les sommes qu’il sera nécessaire
d’emprunter à la banque. Ce dispositif fonctionne toujours et se révèle être d’une grande efficacité
(Issa Cissé, communication personnelle).
42
Ces formations et apprentissages ont permis à terme le passage à un niveau supérieur d’organisation
permettant le changement institutionnel dans l’organisation officielle de la production de semence. Le
tableau ci-dessous synthétise les données d’enquête auprès des adhérents des coopératives sur les
apprentissages.
43
directement au contexte réel de manière à permettre non seulement l’émergence mais aussi la
stabilisation des compétences acquises.
Les compétences développées ou générées concernent la production et le traitement en post récolte
d’une arachide de qualité, d’une semence de qualité certifiée et d’une capacité de gestion des
coopérative et a concerné au départ le 6 premières coopératives créées en 2007/ 2008 sur le modèle de
Paoskoto : Wak N’Gouma, Keur Baka, Latmingué, NGandé et Kahi.
44
Quelques formations données à Paoskoto entre 2004 et 2005
45
5.6 Les impacts
Les impacts de 1e ordre (où 2e niveau) se concrétisent au niveau des acteurs interagissant avec la
recherche et/ou ses partenaires et les impacts de 2e ordre qui apparaissent au niveau d’un nombre plus
important d’acteurs qui ne sont pas en rapport direct avec la recherche. Les impacts de 2e niveau sont
associés à des changements d’échelles (scaling) des innovations soit qu’elles intègrent un nombre plus
important de niveau x (scaling up) soit des territoires géographiques plus importants (voir Schéma du
CI, p33)
L’impact majeur de l’intervention du Cirad serait invisible sans une évaluation compréhensive de ce
type capable de tracer les actions sur la base d’une enquête rétrospective rassemblant des matériaux
d’une grande diversité (technique, sociaux et humains). Les impacts directs et indirects que nous
résumons ici sont des effets de la mise en relation dynamique de toute une série de résultats de
recherche, de produits de recherche expérimentés avec les producteurs, de liens plus ou moins
contractualisés entre acteurs et de construction de capacités à différents niveaux.
Outre l’intervention directe des chercheurs en termes d’amélioration technique, de formation et de
conseil, l’élément qui a garanti la pérennisation n’est pas un produit fini mais une construction
partenariale dynamique. La concertation sur les objectifs de l’opération, donc très en amont par
rapport aux pratiques habituelles est aussi un levier d’efficacité notamment à travers la confiance et la
prise de responsabilité.
L’analyse des interventions notamment l’évolution du système acteurs (voir les graphiques « acteurs »
p27 et 28) et la stratégie de formation (voir chapitre 5.5, p42) montre l’importance de cette
orchestration partenariale qui constitue un impact primaire majeur dont les effets sont actuels. L’action
conjointe sur le terrain au plus près des acteurs (selon la formule d’Alain Mayeux) a été un élément
moteur dans cette construction de liens partenariaux tant au niveau de l’acteur Recherche qu’au
niveau des acteurs du développement, notamment l’OP Asprodeb et certains acteurs économiques de
la filière.
La stratégie de professionnalisation de l’Asprodeb
A partir de 2008/2009, l’Asprodeb mis en œuvre une stratégie de développement de la filière arachide
qui facilite le transfert des résultats de la recherche. Celle-ci s’accompagne d’un programme de
professionnalisation des coopératives conduit jusqu’à ce jour (Asprodeb, 2010 ; Clavel et al, 2013).
La stratégie pour le développement de la filière arachide de l’Asprodeb mise sur une organisation qui
facilite le transfert des résultats de la recherche et autonomise (notamment financièrement mais aussi
e termes d’organisation) les producteurs. Elle repose sur un modèle de coopérative dans lequel ces
dernières sont conçues comme des entreprises qui produisent et diffusent les semences car les mêmes
adhérents sont aussi producteurs d’arachide d’huilerie ou de bouche. Leur implantation au sein même
de communautés rurales garantit une accessibilité des semences à tous les producteurs. Cette
décentralisation est un point essentiel.
La décision initiale de mettre en place ce type de structure, a été concertée avec les producteurs
d’arachide habitués à une structuration administrative importante de la filière par le passé. Elle
marque le début d’une phase de professionnalisation visant une forme de coopérative à gestion
autonome et démocratique. Cette organisation en coopérative fortement est marquée par l’histoire de
la filière donc normée par les objectifs nationaux (option de certification d’un capital semencier). Elle
46
peut être qualifiée d’intermédiaire entre la forte intégration étatique d’antan et une option
complètement libéralisée (ouverture aux privés). Adoptée après de nombreux échanges avec les
acteurs du monde rural et en particulier avec les producteurs qui ont souhaité s’organiser ainsi pour
disposer de leviers techniques, financiers et d’une capacité de négociation.
Le modèle de coopérative développé s’est donc structuré suivant une organisation qui prévoit :
- Un modèle de gestion commun (voir tableau Modèle Asprodeb(c), p46)
- Une démarche de formation auprès des directeurs, techniciens, des encadreurs et des adhérents
des coopératives (voir chapitre 5.5, p40). Le Directeur est recruté au niveau ingénieur agronome
(généralement ENSA de Thiès, ou UGB de St Louis), les techniciens au niveau Bac+2. Leur
formation a été renforcée par les spécialistes de l’Asprodeb, du Cirad et des intervenants extérieurs
qu’ils ont mobilisés notamment sur les questions liées au management des coopératives.
- Des outils de gestion et contrôle permettant d’assurer une bonne maîtrise à la fois gestionnaire et
technique. Par exemple toutes les coopératives sont dotées de GPS, un outil technique qui permet
le géo référencement de toutes les parcelles de production et l’anticipation des volumes de
production ce qui permet notamment d’ajuster le montant des emprunts bancaires. Les
coopératives sont dotées d’ordinateurs et de logiciel informatique de suivi de gestion et technique
(personnel, adhérents, production, commercialisation) et permettant d’assurer l’évaluation
technique et économique des coopératives.
- La mise à disposition des équipements de base (notamment crible et tarare pour le tri, le nettoyage
et le calibrage des graines) permettant aux coopératives de dispenser des formations, d’assurer le
suivi de la production ainsi que la collecte, le conditionnement, le stockage et la
commercialisation.
- Le respect de la réglementation semencière en vigueur au Sénégal et d’une charte de bonnes
pratiques de production. Le contrôle des champs de la qualité des semences est supervisé par les
agents techniques des services semenciers de la DRDR et la DISEM, conformément à la
réglementation sur les semences certifiées d’arachide commune aux pays d’Afrique de l’Ouest.
Les appuis techniques pour l’exécution de ces activités dans les champs semenciers sont assurés
par les agents de l’Asprodeb.
- L’accès pour les producteurs aux intrants à prix négociés, au matériel de culture et un dispositif
de collecte, conditionnement et stockage.
- Un dispositif de sensibilisation et d’information des acteurs .Un comité d’initiative est formé au
niveau de chaque coopérative pour assurer l’information et la sensibilisation. Le premier Comité a
été créé en 2007 par décision de l’Assemblée générale (AG) de la coopérative de Paoskoto. En
effet, les transformateurs et les transformatrices (en particulier d’huile artisanale, activité en
grande expansion, voir impact 2 (p49) sont également sensibles à l’impact de la semence sur la
qualité de la production et des bénéfices qu’ils (elles) peuvent en tirer pour leurs activités. La
localisation des activités, notamment, facilite les relations contractuelles entre les coopératives et
les organisations et groupements utilisateurs de semences
- Une démarche de contractualisation. L’Asprodeb a poursuivi la démarche de mobilisation du
système bancaire qui avait été initiée dès l’Opération de Paoskoto. Ces campagnes de
sensibilisation et d’information ont permis la signature régulière de convention de financement
notamment (mais pas uniquement) avec la CNCAS et l’octroi de crédits de production et de
commercialisation pour les producteurs de semences. La contractualisation est très encouragée et
intervient également entre le producteur et la coopérative ainsi qu’avec des clients de la
coopérative. Cette démarche de formalisation fait partie intégrante du modèle Asprodeb.
47
Le modèle ASPRODEB : (a) le producteur semencier (b) le suivi technique de la parcelle semencière
arachide et (c) le modèle de gestion des COPROSEM (Synthèse de données d’enquêtes)
(a)
(b)
(c)
48
Les impacts de 2e niveau (Impact2)
Les tableaux du modèle de coopérative Asprodeb donnent une synthèse d’informations actualisées
recueillies auprès des producteurs semenciers et avec certains dirigeants des 6 premières coopératives
réunis en focus groups ou en entretien individuel pour le directeurs de la coopérative de Paoskoto.
Aujourd’hui les 29 coopératives détiennent 60-65% de la production d’arachide avec un modèle
économique qui établit un point d’équilibre à 600 tonnes de semences certifiées pour 600ha par
coopérative. Asprodeb estime que la majeure partie des coopératives ont atteint ce point d’équilibre
économique. L’Asprodeb évalue la production semencière annuelle à 25 000 tonnes soit 1/3
du« capital semencier » que l’Asprodeb estime à 80 000t (Arthur Dasylva, communication
personnelle)
La montée en légitimité de l’Asprodeb et mobilisation de financements
En 2009, suite à la crise alimentaire majeure de 2008 qui a touché tous les pays d’Afrique Sub
sahélienne, l’Asprodeb a pu mobiliser, sans l’appui de la recherche, des fonds de la composante FIDA
du Programme de Facilité Alimentaire qui est venu s’ajouter au COM2 de l’UE et au PSAOP2 de la
BM pour supporter financièrement le scaling up de l’action de professionnalisation. Ce Programme
UE‐FIDA‐CEDEAO est un dispositif d’appui visant à renforcer l’intégration régionale par
l’amélioration de l’accès à la nourriture et à la sécurité alimentaire dans la région ouest africaine qui
s’inscrit dans le cadre des orientations de la facilité alimentaire de l’Union Européenne.
La composante FIDA e vise à accroître la productivité agricole grâce à la disponibilité et à l’accès à
des semences améliorées de riz, d’arachide, de manioc et autres tubercules moyennant le renforcement
des capacités de production et de distribution dans ces pays. Il est intéressant de souligner que
l’inclusion de l’arachide dans ce programme a été légitimée grâce aux acquis réalisés sur cette plante
au niveau des coopératives semencières. Les 3 millions d’euros ont été mobilisés ont soutenu les
activités liées à la professionnalisation des coopératives. Il s’agit principalement de la mise en place de
49
mécanismes et moyens techniques et commerciaux devant conduire à une autonomie financière des
coopératives garantissant la pérennité.
Ces appuis étaient notamment destinés à consolider les acquis au niveau de l’organisation en
coopératives de producteurs de semences. Ils ont également permis d’octroyer une subvention
d’équilibre à la coopérative de Paoskoto, la coopérative qui a, historiquement, expérimenter le modèle
afin d’assurer la prise en charge du personnel technique et les frais de développement. La coopérative
a reçu notamment des équipements collectifs de traitement et de conditionnement des semences. Ces
moyens supplémentaires ont beaucoup contribué à asseoir la qualité de la production et facilité la
commercialisation. Aujourd’hui, chaque coopérative dispose de cet équipement de base (Issa Cissé,
communication personnelle) équipements collectifs de traitement et de conditionnement des semences
(Tarare, couveuse, bâches de protection, bascule électronique).
Sur la base de la constitution d’un fonds de levier de 400 millions de Francs CFA fourni par le
Programme de facilité alimentaire, l’Asprodeb a obtenu en 2011, un financement , de un milliard cent
millions de Francs CFA négocié auprès de la CNCAS pour financer la production et de la
commercialisation des semences (Fida, 2011) ce qui témoigne de sa crédibilisation institutionnelle
auprès des institutions financière nationales.
Le niveau de reconnaissance de l’Asprodeb tant au niveau de l’Etat qu’au niveau des bailleurs de
fonds lui a permis de pallier au sous financement de la filière arachide par le passé et encore
actuellement. L’Asprodeb a pu bénéficier du financement WAAPP actuel par le biais du Programme
de croissance économique (PCE) de l’USAID sur le maïs en 2010/2011. Les objectifs de production
de semences de base ayant été dépassé la coordination régionale du WAAP a pu être approchée par
l’Etat sénégalais pour inscrire l’arachide dans les financements. Qui ne concernaient que les céréales
(Arthur Dasylva, communication personnelle).
L’Asprodeb bénéficie aussi d’un financement PPAAO (2012-2017), notamment en étant coordinateur
régional d’un projet de production de semences certifiées céréales et légumineuses (04 /1 SE/
WAAPP2/FNRAA).
Par ailleurs, l’Asprodeb est maître d’œuvre d’un projet régional du ROPPA intitulé « Projet d'appui à
la production et diffusion de semences certifiées en Afrique de l’Ouest (PAPROSEM, 2013-2017), qui
vise l’amélioration des mécanismes de production et d’approvisionnement en semences certifiées par
les OP. PAPROSEM est un projet régional du Réseau des Organisations Paysannes et des Producteurs
Agricoles de l'Afrique de l'ouest (ROPPA). En 2014, PAPROSEM a appuyé, dans chacun des pays, la
mise en réseau des structures paysannes, professionnelles et spécialisées dans la production de
semences certifiées.
L’organisation en coopérative a été reproduite pour le maïs avec la Fédération des producteurs de maïs
de Paoskoto (FEPROMAS) soutenu par l’USAID/PCE dans le cadre de son appui au développement
de la chaine de valeur du maïs. La FEPROMAS a beaucoup emprunté au modèle COPROSA, comme
l’explique sa Présidente qui fut également Présidente du CLCOP de Paoskoto qui a, à ce titre,
activement collaboré au processus d’innovation. Ces emprunts concernent par exemple :
- un dispositif de formation de plus de 5000 producteurs
- Un choix porté sur les semences certifiées
- Un référencement des parcelles de production de semences par GPS
- Des contrats de productions et des crédits de commercialisation auprès de la CNCAS
50
L’amélioration de la production et de la qualité sanitaire de l’huile artisanale
L’augmentation de la demande en huile brute en zone rurale et dans les centres urbains, comme Mbour
et Dakar, a donné une impulsion nouvelle à la transformation artisanale de l’arachide. La production
de l’huile dite « Seggal » est passée de simple activité d’appoint au statut d’activité économique
formelle. Pour répondre à la demande croissante, des opératrices ont renforcé leur capacité
d’intervention, soit par renouvellement du parc matériel, avec acquisition de nouvelles presses, soit en
augmentant le volume de main-d’œuvre, y compris extra familiale. Ce sous-secteur est en plein essor
et les femmes ont commencé à étendre leur activité et investir le segment du décorticage mécanique
qui leur offre la possibilité aussi de récupérer la coque et le tourteau d’arachide revendue comme
aliment de bétail.
Les activités collectives de production d’huile artisanale sont développées le plus souvent par des
femmes. Cette production s’étend à partir de 2 localités, Mékhé (Région de Thiès) avec les femmes de
l’Union des groupements de producteurs de Mékhé (UGPM/FONGS) et dans la région de Kaolack
notamment avec les femmes de l’Association des transformatrices d’arachide de Kaolack
(ADAK/FONGS). Le tourteau, galette résiduelle du pressage, est un produit très riche en protéines.
Vendu après avoir été découpé en morceaux, il est incorporé à l’alimentation du bétail, contribuant
ainsi, avec les fanes, à faire de l’arachide, une ressource irremplaçable pour l’alimentation du bétail au
Sénégal.
Dans la commune de Paoskoto, un groupement inter villageois de 150 femmes transformatrices
d’arachide dans le village de Taïba traite jusqu’à 3 tonnes par jour pendant la saison (Ramata Niasse,
communication personnelle, voir tableau ci-après) Elles sont adhérentes des coopératives afin
d’assurer leur approvisionnement en semences pour des parcelles qui sont réservées à la production de
l’huile. Dès le projet pilote de Paoskoto ce sont les femmes qui ont été formées pour assurer les
minutieuses opérations de tri manuel en post-récolte, étape capitale pour obtenir des graines saines de
qualité dite HPS (Hand Picked Sorted).
Par ailleurs, avec le soutien du COM Arachide 2 (UE), un nouveau système détoxification-
microfiltration permettant l’obtention d’une huile sans aflatoxine a été développé par l’Institut de
Technologie Alimentaire (ITA) de Dakar. Le procédé utilise l’attapulgite, une argile locale qui est
mélangée à l’huile de première extraction et ensuite filtrée par des cartouches à microfiltration. Le
procédé a été présenté au Salon International de l’Agriculture à Paris et primé par l’organisation
islamique pour l’éducation, les sciences et la culture (ISECO) en 2011 (Kane et al, 2010). Avec une
demande en constante augmentation, la valorisation de l’arachide par la transformation locale est donc
susceptible d’apporter des revenus aux producteurs et productrices ainsi qu’une qualité d’huile
garantie par l’ITA (label) tout en créant des emplois dans de petites unités de transformation. Ainsi, il
semble qu’aujourd’hui l’appui fourni à ces groupements de femmes transformatrices se généralise
notamment grâce à la subvention que l’Etat leur accorde pour les tables à attapulgite.
51
Le Groupement Inter villageois de Producteurs d'Arachide (GIPA) de Taïba Niassène
Le GIPA est placé sous l’égide du Cadre de Concertation des Producteurs d’arachide (CCPA)
constitué par 150 femmes transformatrices dans le village de Taïba Niassène (Commune de Paoskoto)
présidé par Mme Ramata Niasse
Les parcelles de productions pour l’huile sont généralement séparées des autres et gérées
ergonomiquement par les femmes.
La campagne de production et de commercialisation dure 6 mois, du début de la collecte, en
décembre, au mois de juin, date à laquelle l’huile artisanale d’arachide est rarement disponible
2 à 3 tonnes d’arachide par jour sont pressées soit environ 450 tonnes pour la saison, soit 200 000
litres d’huile.
L’écoulement des stocks d’arachide et de l’huile est rapide (6mois), du fait de 2 facteurs principaux:
- faute de moyens stockage, un rancissement des arachides et des attaques par des insectes des
stocks peuvent avoir lieu
- du fait d’une demande forte et d’un circuit de commercialisation bien organisé : une
opératrice de vente distribue l’huile (850 F CFA au départ de Taïba) dans les marchés de
Mbour, Dakar, Kaolack et Tataguine.
Avec une huile vendue à environ 1000Fcfa le litre dans les grandes villes, le tourteau résidu du
pressage est le produit qui constitue l’essentiel du bénéfice du GIPA. Cette information est confirmée
par l’interview de femmes l’UGPM et de l’ADAK.
(informations basées principalement sur l’entretien avec Mme Ramata Niasse, membre du CLCOP
de Paoskoto)
52
L’Asprodeb propose donc un nouveau système de financement responsabilisant directement le
producteur et non plus la coopérative. Les producteurs regroupés en groupements d’intérêt
économique consentiraient les emprunts et les coopératives en tant qu’organisations faîtières seraient
appelées jouer le rôle de caution morale et technique (Asprodeb, 2010).
53
Le CNIA n’a existé qu’à partir de 1992 et l’interprofession d’alors était constituée par l'Union
nationale interprofessionnelle des semences (UNIS) au Sénégal qui géraient des magasins privés
desservant chacun une zone de multiplication. Elle travaillait en étroite coordination avec la recherche,
à laquelle elle passait une commande annuelle de semences de pr base et avec le service officiel de
contrôle des semences, la DISEM.
Ce système très onéreux pour l’Etat a été profondément remis en cause par les PAS et l’ouverture du
secteur semencier aux privés avec prélèvement du financement nécessaire aux opérations et
prestations en amont de la filière a échoué partout en Afrique. L’UNIS d’aujourd’hui regroupe aussi
les producteurs de semences privés agréés. Mais, comme on l’a vu dans la description du contexte de
ce rapport (voir Chapitre 2.2, p8) ces agréments ont été contestés car il ont largement trahi la confiance
des producteurs.
4
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54
Comité Régional des Semences, août 2015) et dont le principal résultat attendu à terme est la création
d’un marché régional semencier dans lequel le secteur privé deviendra le chef (Comité Régional des
Semences, 2015).
Le règlement semencier régional harmonisé CEDEAO-CILSS-UEMOA (Règlement
C/REG.4/05/2008) s’articule notamment autour de :
l’homologation et l’inscription des nouvelles variétés au Catalogue régional (somme des
catalogues nationaux) avec conduite des épreuves de DHS et de la VATE, exigées pour
inscrire une variété végétale au catalogue
le contrôle de qualité et la certification des semences afin de permettre l’importation et
l’exportation des semences.
Le capital semencier, la clé de la rentabilité ?
Les problèmes d’approvisionnement en graines des usines sont dénoncés, entre autres, par l’huilier
Advens qui met en avant un déficit de production lui-même lié à un déficit de variétés adaptées et de
semences de qualité. Pour l’agroéconomiste et producteur d’arachide Matar Gaye (communication
personnelle), le déficit de semences certifiées est certes la norme mais le paysan du Saloum, région
majeure de production, s’approvisionnent toujours en semences. Il en vérifie la qualité de visu s’il n’a
pas conservé son propre lot dans la récolte de l’année précédente. En cas de sécheresse l’année
précédente, cas assez rare dans cette région, il peut effectivement se présenter des difficultés entrainant
une réduction des surfaces emblavées compte tenu du poids de semences nécessaires. Cependant les
sécheresses restent exceptionnelles dans la région principale de production de l’arachide (Kaolack-
Fatick) ce qui autorise un système d’alerte mais certainement pas à la hauteur du « capital semencier »
estimé à 120 000 tonnes par an (Ousmane Ndoye communication personnelle). L’arachide étant
autogame et la maitrise de la culture par les paysans sénégalais étant généralement très bonne, le
manque de semences n’est donc pas un facteur aussi déterminant et certainement pas l’unique clé de la
réussite de la filière.
Dans un contexte de libéralisation, la subvention de l’Etat pour les semences a joué un rôle important
pour continuer d’approvisionner les producteurs en semences après la dissolution de la
SONAGRAINES. Cependant elle a généré le système dit des « écrémés » (graines ordinaires vendues
au prix de la semence) dans lequel certains commerçants OPS peu scrupuleux se sont enrichis sans
que, pour autant tous les producteurs aient accès à des semences de qualité. Il serait exagéré de penser
que seule la certification garantit cette qualité. Il serait également abusif de croire que ce que les
producteurs ont voulu pour la production de semences d’arachide ils le veuillent aussi pour les
spéculations à vocation vivrière comme le mil ou le sorgho.
L’Asprodeb a opté pour le modèle de professionnalisation dans lequel la
certification/commercialisation offre cette garantie. Le « capital semencier » n’est pas atteint, et même
s’il ne l’est pas l’option « semence de ferme » pourrait être l’alternative car l’arachide est une plante
autogame et la technicité de beaucoup de producteurs, notamment du sud du BA, l’autorise. Au niveau
technique, la contrainte de la disponibilité et la qualité variétale et semencière de l’arachide est en
bonne voie d’être levée et la filière se diversifie grâce à l’organisation des acteurs. Cependant pour que
les graines d’arachide soient dirigées vers l’huilerie, il faudrait que le stockage et la collecte des
graines soient améliorés et que le prix payé par l’huilier soient attractifs et que l’huile raffinée soit, au
moins en partie commercialisée sur place (ANE, 2009). Ces éléments constituent une autre
problématique de nature micro économique qui n’a pas été enquêtée.
55
7 Conclusion sur l’étude arachide
Le processus évalué a une durée d’environ 16 ans, de 1999 à 2015, années charnières dans la
recomposition socio-économique des exploitations familiales d’une filière arachide jusque-là
fortement étatisée. Cette période de recomposition de la filière désormais privatisée depuis 2005 est
basée sur la notion de « capital semencier ». Elle a été soutenue financièrement principalement par
l’Union Européenne (UE) et la Banque Mondiale (BM) auxquels s’ajoute le FIDA (après la crise
alimentaire de 2008) à travers différents projets de Recherche et/ou de Développement discontinus
donc l’articulation est problématique.
L’importante phase de négociation et de mobilisation des fonds STABEX/COM Arachide de l’UE
(compensation en cas de baisse des prix mondiaux) qui n’avaient plus de raison d’être du fait de la
privatisation a fortement impliqué les acteurs du Cirad de l’époque. Une série d’études de type
diagnostic a été réalisé à la demande du Comité interprofessionnel de l’arachide par le Cirad avec
l’appui de la recherche nationale sénégalaise (Isra et ITA notamment). De ces études il est ressorti que
la filière export du Sénégal était largement compromise du fait du risque aflatoxine et des difficultés
de la filière notamment dans la collecte et la commercialisation de produits de qualité. Cependant
l’opportunité de mobiliser ces fonds a donné naissance au partenariat avec l’Asprodeb grâce
notamment à une facilitation importante de l’ANCAR, nouvelle structure mise en place par la BM
pour favoriser l’implication des OP dans le cadre d’u désengagement de l’Etat.
L’ensemble de ces conditions a permis le lancement de l’opération pilote de Paoskoto où le Cirad et
l’Asprodeb sont intervenus de concert avec l’appui actif du Comité Local de Concertation des OP de
cette commune. L’opération de Paoskoto a été brève mais s’est révélée être un moment charnière
pendant lequel un grand nombre de résultats de recherche et de R & D ont été intégrés et expérimentés
le milieu réel grâce l’accent mis sur le capital social. Un vaste programme de formation données
directement par le Cirad, l’Asprodeb ou des consultants externes, très connectées entre elles et avec le
terrain a produit et stabilisé des compétences tant sur le plan d’une production e qualité que sur la
gestion des coopératives afin qu’émerge un réseau de coopératives semencières professionnalisées.
La libéralisation et les privatisations qui ont suivi ont donné lieu à des interventions de l’Etat parfois
erratiques du fait de sa très faible marge de manœuvre et laissant le champ libre à des circuits de
commercialisation très décriés et particulièrement pénalisant pour les producteurs notamment au
niveau de la qualité des semences. A l’heure actuelle, la préoccupation des acteurs ayant bénéficié de
l’accompagnement de l’Asprodeb dans le Sud du BA dans l’organisation en coopératives semble se
situer, malgré des améliorations, plus dans l’assainissement de la commercialisation de leurs produits
que dans l’approvisionnement en semences.
En 2010, le gouvernement a levé les restrictions sur les exportations d’arachide (Décret n°2010-15 du
13 janvier 2010) portant sur la libéralisation de l’exportation des arachides à l’exception de l’arachide
destinée à l’ensemencement Aujourd’hui, le plan Sénégal Emergent (PSE) et le PRACAS de l’actuel
président Macky Sall, défini en 2014, a retenu l’arachide comme principale culture de rente du secteur
agricole décision marquant sans doute un tournant dans la prise en charge par l’Etat des conséquences
de la libéralisation. En effet, malgré les contraintes et les revers enregistrées par la filière, l’évaluation
révèle un regain d’intérêt y compris pour l’arachide de bouche qui dispose d’un potentiel d’exportation
dont le PSE estime qu’il « reste encore insuffisamment développé ». La Sunéor et l’Etat sénégalais se
sont récemment séparés « à l’amiable » (Le Soleil, 2 novembre 2015), un repreneur est attendu et à
n’en pas douter l’Asprodeb aura son mot à dire.
56
8 Retour d’expérience sur la méthode
Nous mentionnons dans ce chapitre les limites que nous avons perçues dans l’application de la
méthode Impress telle qu’elle se présente aujourd’hui ainsi que les adaptations que nous avons faites
pour notre étude de cas.
Une phase descriptive insuffisante pouvant conduire à un effet d’entonnoir sur les
informations
Le risque d’appliquer un cadre méthodologique trop rigide dès le début du processus est d’appauvrir
l’information en la rendant soit trop abstraite soit conduisant à un effet d’entonnoir (écarter des
éléments à faible intensité à un moment donné mais peut être importants du champ de l’analyse).
Une manière d’éviter cet écueil est d’envisager une typologie des cas dans la réflexion
méthodologique. La typologie binaire ex post et in itinere n’est pas suffisamment fine, il faudrait se
donner les moyens de décrire davantage le cas avant d’appliquer une méthode qui a l’ambition d’être
générique.
Cette ambition de généricité ne pourra être atteinte que si les descripteurs/indicateurs (tels qu’ils sont
envisagés dans la V3 du guide méthodologique) sont pertinents (font sens) pour les acteurs. Établir des
questionnaires trop en amont d’une étude complexe oblige à des arbitrages difficiles qui infléchissent
la collecte de descripteurs. Les questionnaires clos orientent les réponses, les questionnaires ouverts
sont difficilement exploitables. Il faudrait réfléchir à une approche en plusieurs temps pour les études
d’innovations longues et composite.
Un échantillonnage d’enquête non aléatoire
Cet échantillonnage est fortement influencé par les invités du premier atelier, par le temps court de
l’enquête, par son époque etc. Dans le cas de notre système d’innovation « long-composite », le risque
existe de « ne pas retrouver le chemin » en faisant appel à la mémoire des acteurs forcément sélective
et interprétative
Dans un cas récent ou in itinere, le risque est sans doute inverse, « se perdre dans un mauvais
chemin » qui, dans un futur imprévisible, ne se dessinera pas.
Une classification des acteurs trop statique
La classification en « acteurs majeurs », « acteurs qui ont influencé le processus » et « acteurs qui ont
été impactés par le processus » est statique voire contradictoire avec notre définition interactive d’un
système d’innovation.
En cas d’impact (évolution positive ou négative d’un processus) impliquant nécessairement la
durabilité (ou non durabilité) des innovations on ne peut pas imaginer que les acteurs impactés n’aient
pas influencé le processus. D’une manière générale, comme le contexte évolue , si une innovation est
durable c’est qu’elle a évolué par changements d’échelle (scaling up et out)
57
Il faudrait réfléchir à une classification d’acteurs mettant en visibilité les dynamiques. Dans notre cas,
par exemple l’Asprodeb en tant qu’institution est un acteur majeur et aussi celui qui a été le plus
impacté.
58
exemple : nombre de producteurs de semences, volume de semences certifiées, commercialisation des
semences certifiés, amélioration des revenus, de leurs régularités etc.
Notre ambition a donc été d’affiner la compréhension fine des causalités majeures par une approche
qualitative d’éclairage des contextes. Une enquête statistique « à l’aveugle » sur une partie des
produits de la recherche sans connaissance approfondie des acteurs, du contexte et de l’histoire aurait
vite montré ses limites notamment au niveau du sens à donner aux indicateurs quantitatifs.
Biais d’échantillonnage et subjectivité
L’étude a montré la multiplicité des acteurs impliqués dans le processus et la variation importante de
leurs apports au cours des périodes. La longueur du processus évalué fait que les questions faisaient le
plus souvent appel à la mémoire des acteurs.
L’échantillonnage d’enquête n’était pas aléatoire et ne pouvait pas l’être dans le temps et avec les
moyens impartis. Dans notre cas ce sont les invités de l’Asprodeb lors du premier atelier participatif
qui ont orienté les choix des personnes interrogées. Les enquêtes n’ont donc concerné que les acteurs
de terrain dans la sphère d’influence initiale de l’OP ce qui ajoute à la subjectivité des réponses
Ainsi les réponses aux questionnaires sont peu différentiés : les points forts et les points faibles sont
globalement les mêmes. Ce fait pose plusieurs questions : soit l’échantillonnage est fortement biaisé,
soit les témoignages ont été « lissés » par le temps qui a finalement fait ressortir l’essentiel.
59
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61
Annexes
Annexe 3 - Liste des personnes présentes à l’atelier participatif de démarrage (24 et 25 juin
2015)
Annexe 7 - Liste globale des personnes rencontrées (hors enquêtes sur questionnaire)
62
Annexe 1 - Les principales étapes de la méthode Impress
L’approche Impress une démarche en 6 étapes favorisant la réflexivité en s’appuyant sur des allers-
retours permanents entre les hypothèses et les résultats issus du terrain. Le détail des 6 étapes
proposées est le suivant :
Phase de préparation
Elle consiste à délimiter le périmètre de l’étude de cas ce qui implique de caractériser le type
d’innovation et le périmètre humain (acteurs), géographique et temporel concerné par l’étude de cas.
Sur la base de documents disponibles (dans notre cas essentiellement de la littérature grise), on
propose une première hypothèse des impacts de l’innovation (économiques, environnementaux,
sociaux, sanitaires, etc.) en tentant de différencier les impacts attendus ou espérés par la recherche de
ceux non intentionnels qui ont pu apparaitre
On construit ensuite une première hypothèse du chemin de l’impact à partir de la visée de changement
portée par la recherche sous la forme d’un premier récit de l’innovation qui sera proposé aux acteurs
lors d’un atelier participatif
Phase de confrontation avec les acteurs
Elle consiste à affiner les hypothèses avec les acteurs (1er atelier participatif) en précisant mieux les
impacts et les chemins de l’impact, et en identifiant les connaissances et personnes ressources
mobilisables pour référencer ces impacts ou leur chemin
Phase de collecte
Il s’agit de documenter de manière systématique les éléments utiles à la révision du récit de
l’innovation et permettant d’instruire l’analyse du chemin de l’impact (moyens/inputs,
produits/outputs et ressources générées/outcomes) pour établir des liens explicatifs entre les
transformations observées et les discours d’acteurs.
A ce stade, on commencera à identifier avec les acteurs consultés et enquêtés des descripteurs
d’impacts qui permettront de construire des indicateurs d’impacts.
Phase de mesure
La transformation de descripteurs en indicateurs si possible quantitatifs s’appuie sur les données
d’enquêtes, d’entretiens et de focus groupes. Elle est réalisée, en principe a posteriori.
La mesure des impacts de 1er niveau et de 2ème niveau est réalisée par une méthode multicritères
s’appuyant sur des enquêtes et/ou les focus groupes incluant la collecte de données secondaires
notamment.
Phase de validation
L’ensemble des résultats sera validé avec les acteurs lors d’un 2ème atelier qui sera réalisé en 2016 et
qui permettra de valider l’étude : le récit de l’innovation le chemin de l’impact et la quantification des
impacts (voir annexe6).
63
Annexe 2 - Tableau des personnes ressources interviewées par entretien semi directif
64
Annexe 3 - Liste des personnes présentes à l’atelier participatif de démarrage
65
Annexe 4 - Questionnaires (2e version)
Impress_Arachide_Sénégal_2015
Questionnaire simplifié (2e version)
Quelles années ?
Quelles années ?
66
I Variétés, Itinéraires techniques (ITK)
1 Gamme variétale5
a) Variétés précoces
Situation avant 2003 (liste) :
Situation en 2008 (liste) :
Situation actuelle (liste) :
b) Variétés tardives
Situation avant 2003 (liste) :
Situation en 2008 (liste) :
Situation actuelle (liste) :
Ou un tableau récapitulatif
Donner des descripteurs (qualitatifs)6 par rapport à la gamme : plus de choix, moins de choix, pas le
bon choix, pas le bon ratio : variétés précoces vs variétés tardives, manque de choix etc.
-
-
- Date de semis :
- Densité de semis :
- Disques de semis :
- Traitements : de semences, autres traitements
- Levée :
- Enherbement/désherbage :
- Production / quantité
o Graines
o Fanes
- Production /qualité :
o Tailles de graines :
o Ecarts de triage : fort ou faible, que deviennent -ils ?
o Qualité « semence » :
- Stockage/Conservation :
- Collecte/ Distribution :
- Usages et Commercialisation :
- Gestion du risque cultural (date de semis, traitements, densité) : meilleur ?
5
Voir aide-mémoire/liste des variétés
6
Énoncés d’effets spécifiques par les acteurs, regroupés en indicateurs d’impacts par la suite, voir guide
méthodo pages 52 à 56
67
II Formation, capacités, compétences
1 Bonnes Pratiques Agricoles (BPA)
Formation reçue : Oui/non
Formation donnée : Oui/Non
Nombre :
Quand (période):
Nouvelles capacités construites (capacités acquises et utilisées) : exemples
-
-
-
Liste (ou récit par l’acteur) des situations d’apprentissage :
- formelles (données par ASPRODEB, ou la recherche etc.)
- non formelles = situations d’interaction (lors des suivis, rencontres avec d’autres
producteurs, échanges, nouveaux liens) :
-
-
Donner des Descripteurs de l’évolution/ changement (liste)
Avant / Après : quels changements une fois les compétences acquises, utilisées, transmises?
-
68
- non formelles = situations d’interaction (lors des suivis, rencontres avec d’autres
producteurs, échanges, nouveaux liens) :
3 Gestion de Coopératives
Formation reçue : Oui/Non
Formation donnée : Oui/Non
Nombre :
Quand (période):
Nouvelles capacités construites (capacités acquises et utilisées) : exemples
-
-
Liste des situations d’apprentissage :
- formelles (données par ASPRODEB, ou la recherche etc.)
- non formelles = situations d’interaction (lors des suivis, rencontres avec d’autres
producteurs, échanges, nouveaux liens) :
-
69
Avis général sur l’évolution
- Techniques de production :
- Traitements : de semences, autres traitements
- Qualité « semence » :
- Stockage :
- Conservation :
- Collecte
- Distribution :
- Commercialisation :
- Certification
- Sa capacité technique
- Sa capacité organisationnelle (mise au service de ses compétences au bénéfice de
l’organisation entière)
- Son rôle comme relai d’information, dans la sensibilisation
- Sa participation aux décisions
- Ses formations
- Ses revenus
- Sa qualité de vie
Quel est l’opinion de l’acteur sur le principal problème à résoudre :
- par exemple : Accès aux semences, Accès autre intrant, Stockage , Commercialisation
collecte/prix
Récit de synthèse (par l’acteur si possible): enchainement d’évènements ( causes) qui ont conduit à
ces effets positifs ou négatifs (ce qui a marché et ce qui n’a pas marché) = Chemin de l’impact
APRES LE QUESTIONNAIRE
Traduire en descripteurs (qualitatifs) l’évolution des activités, au niveau de la capacité technique
comme au niveau de son rôle et de sa qualité de vie:
70
Annexe 5 - Communication internet Cirad sur l’atelier final
http://afrique-ouest-cotiere.cirad.fr/actualites/atelier-de-validation-de-l-
evaluation-impress-sur-l-arachide-dakar-5-avril-2016
71
Annexe 6
Compte-rendu résumé de l’atelier de validation Impress Arachide, Dakar
5 avril 2016 (D. Clavel)
La recherche doit soutenir une nouvelle formule pour la filière arachide en partenariat
avec tous les acteurs
La rencontre Impress7 du 5 avril a constitué la dernière étape de l’étude-enquête participative ayant
notamment donné lieu à un master de l’UGB sur l’évaluation des impacts de la recherche et de la R
& D sur les producteurs et autres acteurs de la filière arachide. L’atelier a réuni autour du Directeur
régional du Cirad, du Directeur général de l’Asprodeb et du Directeur de l’UFR «Agronomie,
Aquaculture et technologie alimentaire» de l’UGB, des spécialistes de l’Isra, du Cirad et du Coraf
ainsi que des membres du réseau de coopératives Asprodeb et des représentantes de la Fongs
(transformatrices d’huile artisanale d’arachide).
Le processus évalué concerne les impacts des activités de recherche sur la création variétale, la
production et l’organisation semencière de l’arachide dans la longue période d’incertitude politico-
économique de la privatisation d’un secteur-clé autrefois hautement intégré et étatisé. L’évaluation
portait sur ces 17 dernières années. Elle a permis de comprendre par quels mécanismes les innovations
techniques et organisationnelles ont construit un chemin permettant de sortir les producteurs
d’arachide de l’impasse dans laquelle la dissolution de la SONAGRAINES (2001) les avait laissés en
particulier pour assurer leur approvisionnement en semences. Ces innovations ont été expérimentées
par la recherche et l’organisation de producteurs (OP) Asprodeb avec l’appui, à l’origine, du Comité
local de concertation d’OP du village de Paoskoto. Le résultat le plus tangible est constitué par la
création progressive du réseau national des 29 coopératives autonomes (COPROSEM) de l’Asprodeb,
initialement développé sur l’arachide et qui maintenant prends en charge toute sorte de semences.
En termes d’acquis
Ce retour réflexif sous forme narrative, sur les évolutions de la filière ces 16 dernières années et la
compréhension fine du rôle que les acteurs de la recherche et du développement y ont tenu est un outil
de dialogue que les participants de l’atelier ont apprécié. Même si cette première approche est
demeurée qualitative, le processus d’évaluation-enquête participative a permis de dégager et de valider
les mécanismes des succès obtenus ainsi que certaines limites.
Les points forts mis en évidence sont en particulier :
(i) la définition conjointe des objectifs de recherche entre la recherche et une organisation de
producteurs (OP) dès le départ de l’action
(ii) la construction d’un partenariat inclusif et dynamique
(iii) l’élargissement et la dynamisation du réseau d’acteurs de la chaine de valeur sur la problématique
semencière
7
http://impress-impact-recherche.cirad.fr/impress
72
et (iv) la mise en œuvre d’un vaste programme d’acquisition de capacités et de compétences. Un
capital social qui a permis le déploiement des innovations en matière variétale et semencière et qui en
garantit non seulement la durabilité mais aussi favorise leur déploiement vers d’autres secteurs.
En termes de perspectives
La valorisation de cette étude est attendue par les acteurs présents à l’atelier notamment en l’annexant
aux évaluations en cours au niveau institutionnel avec le concours de l’Union européenne et de la
Banque Mondiale.
Un deuxième niveau de partage et de discussion est souhaité par l’ Asprodeb, élargi à l’ensemble des
acteurs de la chaine de valeurs notamment pour aborder les mécanismes de planification de la
commercialisation et les débouchés tant extérieurs qu’intérieurs.
L’étude a montré que les acteurs de la filière sont aujourd’hui prêts à collaborer à une recherche
dynamique et plurielle sur l’arachide articulant les données sociales et les données techniques
quantitatives notamment dans le cadre de masters et thèses interdisciplinaires. Les thématiques et
objets de recherche qui pourraient faire l’objet d’approches socio techniques concernent au moins trois
dimensions de l’amélioration de la production et des revenus paysans.
1) Une nouvelle approche de la gestion variétale dans un contexte de perturbation climatique avec
notamment:
des expérimentations sur les variétés utilisables pour les activités de diversification :
trituration artisanales, vente en vert ;
une réflexion pour une utilisation plus dynamique de la carte variétale ;
un état des lieux concernant la gestion de la qualité notamment en post récolte en fonction des
variétés et du climat du niveau de technicité, des équipements.
2) Des études in situ permettant de comprendre et d’améliorer les conditions de production :
pour l’obtention d’une huile saine au Sénégal par transformation locale en huile et autres
produits à destination des consommateurs sénégalais ;
pour une limitation des pertes en post récolte en rapport avec les équipement et le contexte
climatique.
3) Des études à caractère économétrique sur les dynamiques en cours:
les systèmes en place de financement des coopératives ;
l’évolution des revenus des paysans multiplicateurs de semences ;
les avantages comparatifs des circuits de commercialisation existants.
Autant d’études qui pourraient permettre d’orienter des interventions pertinentes en matière de
politiques publiques, de subventions et de programmes de développement.
73
Annexe 7 - Liste globale des personnes rencontrées (hors enquête sur questionnaire)
74