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LES CONSEQUENCES DU CHANGEMENT CLIMATIQUE SUR LE DEVELOPPEMENT DE

L’AGRICULTURE EN ALGERIE : QUELLES STRATEGIES D’ADAPTATION FACE A LA


RARETE DE L’EAU ? Hakima Lakhdari + Atmane Ayad

LES CONSEQUENCES DU CHANGEMENT CLIMATIQUE SUR


LE DEVELOPPEMENT DE L’AGRICULTURE EN ALGERIE :
QUELLES STRATEGIES D’ADAPTATION FACE
A LA RARETE DE L’EAU ?
Hakima Lakhdari + Atmane Ayad
Université Montpellier 01
Université Paul VALERY Montpellier 03
France

Résumé ‫الملخص‬
Cet article analyse une double question : ‫ ما ھي العواقب‬:‫ھذا المقال يتناول سؤالين‬
quelles sont les conséquences potentielles
du changement climatique sur l’agriculture ‫المحتملة لتغير المناخ على الفالحة‬
algérienne et quelles stratégies d’adaptation ‫الجزائرية؟ وما ھي االستراتيجيات المنتظرة‬
sont envisageables pour avoir un bon
développement de l’agriculture afin de
‫التي تتكيف مع تغيرات المناخ للتطور الجيد‬
réduire la dépendance alimentaire ? ‫للزراعة وللتقليل من التبعية الغذائية؟‬
L’accroissement des températures et la ‫ارتفاع في درجات الحرارة وتقلب أنماط‬
fluctuation des régimes pluviométriques
auront des conséquences directes sur ‫سقوط األمطار لھم تأثير مباشر على الزراعة‬
l’agriculture du pays par .‫في الجزائر نتيجة العجز المائي‬
l’approfondissement des déficits hydriques.
:‫ھناك نوعان من التكيف يتم التطرق إليھما‬
Deux types d’options d’adaptation sont
explorés : d’un côté, le retrait partiel et ‫االنسحاب الجزئي والمنظم لمواجھة عدم‬
organisé de l’agriculture face à son ‫ وخيارات أخرى‬،‫التكيف مع تغيرات المناخ‬
inadaptabilité croissante ; de l’autre, des
options permettant de résister à l’évolution .‫لمواجھة الظروف المتغيرة‬
des conditions. La réussite de l’adaptation ‫التكيف الناجح ھو في المقام األول من خالل‬
passe essentiellement par la mise en place ‫وضع سياسة زراعية ھيكليا يقوم على زيادة‬
d’une politique agricole axée de manière .‫ندرة موارد المياه‬
structurelle sur la rareté croissante de cette
ressource hydrique.
‫ تغير‬،‫ الزراعة‬،‫ التكيف‬:‫الكلمات الدالة‬
Mots-clés: adaptation, agriculture, .‫ الجزائر‬،‫ المياه‬،‫المناخ‬
changement climatique, eau, Algérie

Revue des Sciences Economiques de Gestion et Sciences Commerciales 03/2009


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L’AGRICULTURE EN ALGERIE : QUELLES STRATEGIES D’ADAPTATION FACE A LA
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INTRODUCTION
L’Algérie est un pays essentiellement désertique dont les superficies
agricoles n’occupent qu’un faible pourcentage de la superficie totale : la
superficie agricole utile est de l’ordre de 8,1 millions d’ha (ministère de
l’agriculture 2007). La faiblesse de la superficie ne peut empêcher
l’Algérie d’être un pays à vocation agraire.
Les conditions naturelles, très défavorables, s’ajoutent à des structures
agraires trop morcelées et à une faible mobilisation des ressources en eau
pour donner une agriculture bien loin de satisfaire les besoins d’une
population en pleine croissance.
La pluviométrie faible et irrégulière n’est pas compensée par une
mobilisation suffisante des ressources en eau, et de marquer de grandes
fluctuations en fonction de la variabilité climatique. Les prospectives
fondées sur le changement climatique font ainsi estimer des risques
importants sur le système agricole algérien.
Le modèle MAGICC 1, tester sur la région du Maghreb en générale et sur
l’Algérie en particulier estime un réchauffement de l’ordre de 1°C entre
l’année 2000 et l’année 2020 accompagné d’une fluctuation de la
pluviométrie avec une tendance à la baisse, de l’ordre de 5 à 10 % sur le
court terme. Par contre sur le long terme, on peut envisager une
diminution de la pluviométrie qui varie entre 10 à 30% d’ici 2050 et de
20 à 50% pour l’année 2100, et une augmentation de la température de
l’ordre de 3°C pendant l’année 2050 et de 5°C pour 2100.
Ces changements de température dans les moyennes est même faibles
incluent un accroissement de la fréquence des extrêmes climatiques 2.
Suite à ces perturbations climatiques, on peut envisager dans le futur des
conséquences néfastes sur le développement agricole en Algérie, les
principaux risques sont l’augmentation de la température , la
concentration des pluies en épisode sur une période qui ne dépasse pas un
nombre de jours bien limité, et on peut considérer que les conditions
climatiques de ces cinq dernières années peuvent devenir la norme
climatique en Algérie à long terme.
Problématique : À travers cet article nous allons essayer de répondre à
la question suivante.

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Quelles sont les conséquences potentielles du changement climatique


sur l’agriculture algérienne et quelles stratégies d’adaptation sont
envisageables pour avoir un bon développement de l’agriculture afin
de réduire la dépendance alimentaire ?

Pour envisager l’importance des conséquences du changement climatique


sur le secteur agricole et analyser des différentes options d’adaptation
stratégique capables de réduire l’impact du changement climatique sur le
secteur agricole en Algérie nous procédons de la manière suivante :
Dans ce contexte, la première partie de cet article met en relief les risques
d’impact du changement climatique sur les ressources hydriques et les
rendements agricoles en Algérie. En seconde partie l’analyse des
stratégies d’adaptation envisageable pour avoir un bon développement de
l’agriculture en Algérie dans le futur, d’où une politique agricole adaptée
est nécessaire fait l’objet d’une troisième partie.
I. L’agriculture au défit du changement climatique en Algérie
« On en retiendra que le boom de la production agricole est derrière nous.
Que la demande grandit, et que l’offre ne suit plus».
Situé dans une zone semi-aride, l’Algérie dont les ressources hydriques
sont vulnérables au climat risque d’être confrontée à la rareté de cette
ressource dans les prochaines années. D’où la nécessité de rationaliser
dans l’utilisation des ressources est obligatoire. L’insuffisance de l’eau
ainsi que la gestion de cette perle rare, sont des problèmes déjà présents
conditionne l’avenir du pays du point de vue sécurité alimentaire. La
forte sensibilité des bassins hydrologiques à de faibles écarts climatiques
implique que les volumes d’eau mobilisables seront fortement touchés
par la diminution du ruissellement 3.
Selon le ministère de l’aménagement du territoire et de l’environnement
(Algérie 2001), les projections des déficits des apports en eaux
superficielles s’élèvent entre 15 et 30% pour des scénarios de
réchauffement de 0,5 et 1°C et pour de réduction de précipitations de 10
et 15 %, suite à des estimations des besoins sectoriels, l’instabilité
climatique pourrait mettre l’Algérie dans un passage difficile d’ou les
volumes mobilisables seraient loin de satisfaire les besoins et même
déficitaires.
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Si l’augmentation de la teneur en CO2 de l’atmosphère pourrait


augmenter la productivité de certaines cultures, cet effet sera contrecarré
par l’accentuation d’une dynamique déjà engagée d’accroissement des
déficits hydriques subis par l’agriculture. Les modèles agro-climatiques
prévoient que la combinaison de ressources en eau et en sols plus
limitées entraînera une baisse des rendements des principales cultures en
Afrique du Nord 4.
Le déficit hydrique aura un impact direct sur la réduction des rendements
de premier produit de base du model alimentaire du pays (céréale) dont
l’Algérie est dépendante à 80% de l’étranger avec une facture alimentaire
qui dépasse 5 milliards par an. Le ministère de l’agriculture anticipe des
réductions moyennes de rendement de 10%. Le changement climatique
touchera aussi fortement les légumes dont la productivité diminuerait de
15 à 30 % en Algérie d’ici 2030 5.
Les résultats des projections agricoles marquent un déficit croissant entre
les besoins en céréales estimés par les programmes de sécurité
alimentaire et les potentiels agricoles. Le réchauffement impactera
également les cultures d’exportation par ses effets sur les potentiels des
pays européens. Les cultures typiquement méditerranéennes comme les
olives ou les citrons pourraient progressivement s’installer dans de vastes
zones d’Europe du Sud et le maraîchage pourraient également
s’intensifier, grevant le développement de l’agriculture d’exportation
maghrébine. Le climat pourrait cependant devenir progressivement
propice à certaines cultures tropicales 6.
Le changement climatique va donc accélérer une tendance déjà évidente
d’augmentation structurelle de la dépendance aux importations pour
satisfaire les besoins alimentaires en Afrique du Nord 7.
II. Stratégies d’adaptation de l’agriculture face à la rareté de la
ressource hydrique en Algérie
Si la réduction mondiale des émissions de gaz à effet de serre peut limiter
l’ampleur du changement climatique à long terme, le développement de
stratégies d’adaptation est une voie incontournable pour réduire les
dommages attendus dès le court terme 8. En ce sens, le changement
climatique va fortement intensifier et accélérer des problèmes existants
plus qu’il ne va en créer de nouveaux 9.

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Face à cette charge potentiellement lourde, la problématique de réponse


consiste en deux stratégies d’adaptation capables de limiter les impacts
des difficultés croissantes de l’agriculture:
- Résister aux modifications du climat et adapter les systèmes
culturaux par des semences résistantes à la sécheresse et au stress
hydrique par une gestion de l’eau ;
- Organiser le retrait progressif de l’agriculture, ou de certaines
cultures exigeantes en eau comme par exemple les céréales, face à
l’inadaptabilité croissante à l’environnement bioclimatique.

2.1. Les différentes mesures d’adaptation pour l’agriculture


en Algérie
Depuis 2000, l’Algérie s’est lancé dans une stratégie de développement
du secteur agricole qui se résume à l’intensification de la production pour
assurer la sécurité alimentaire d’une population en plein croissance et la
promotion des exportations des produits agricoles notamment les
produits jouissant d’avantages comparatif afin de ne pas resté dépendante
des hydrocarbures avec des ressources en terre et en eau de plus en plus
limités. L’adaptation de l’agriculture à l’insuffisance hydrique est un
enjeu à ne pas ignorer, plusieurs mesures réduiraient les problèmes de
l’agriculture sont envisageables.
Les différentes options d’adaptation qui réduiraient les conséquences de
la perturbation du climat sur les rendements des différents produits
agricoles telle que les céréales, les fourrages ou même les cultures
maraichères sont en liaison directe avec les ressources en eau, secteur
transversal des possibilités de l’activité économique et véritable clé de
voute des performances de l’agriculture.
Une première option inclus l’accélération de la mobilisation de nouvelles
ressources, d’abord conventionnelles par la construction des barrages, et
non conventionnelles par le dessalement de l’eau de mer plus exactement
pour l’alimentation des villes côtières (Oran, Alger, et Annaba) et la
redistribution de l’eau des barrages vers l’agriculture, et aussi recyclage
et récupération des eaux usées pour l’agriculture et l’industrie. Le
traitement des eaux usées fait une économie de 0,9 milliards de m3/an,
Cette option est très couteuse elle risque d’être difficilement appliquée.
En plus de ces mesures, l’utilisation efficace et raisonnée de l’eau sera
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probablement le principal gisement qu’il sera possible de dégager pour


les besoins des cultures.
L’utilisation de techniques optimales d’irrigation économiserait
notamment 10 à 20 % de la dotation hydrique de l’agriculture. Dans
l’industrie, le recyclage réduirait fortement la demande, et l’amélioration
des réseaux d’adduction permettrait des économies importantes sur les
besoins des ménages. Dans ce contexte, la tarification des usages
inciterait les acteurs à maîtriser leur consommation et à utiliser des
techniques économes.
D’autres mesures propres à l’agriculture lié aux pratiques culturelles
comme la refonte progressive des calendriers agricoles traditionnels, par
l’optimisation des dates de semis en fonction des changements du climat,
l’utilisation de semences sélectionnées et le choix de variétés à cycle
court et résistantes à la sécheresse, et enfin la reconversion et le
repositionnement des cultures selon l’évolution du contexte
bioclimatique. Ce choix serait cependant cautionné par un
accompagnement technique et financier des agriculteurs.
Le renforcement de l’offre d’irrigation apparaît primordial et nécessite
d’arbitrer entre d’une part, l’extension du réseau irrigué et l’application
d’une irrigation de complément à des exploitations initialement pluviales
pour faire face au stress hydrique de la saison estivale, et d’autre part la
limitation de la superficie dédiée aux céréales et l’intensification de
l’irrigation. Les deux options sont pour une disponibilité permanente de
la ressource rare qui est l’eau. L’utilisation des nouvelles techniques
d’irrigation (goute à goute) d’une manière générale au niveau du secteur
agricole est conseillée dans les deux cas afin de faire des économies en
eau.
Un autre axe que sera fixé sur l’intensification des capacités pour aider
l’agriculture à faire face aux fluctuations du climat la recherche et
développement dans les différents domaines agricole, climat et
hydrologie.
La recherche et développement (R&D) sont fait dans le but de trouver
des variétés résistance à la sécheresse, des solutions pour réduire l’effet
de serre par la réduction de la pollution et l’augmentation de la
mobilisation des eaux.

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En plus de la recherche et développement, il faut penser à la formation et


l’encadrement des cadres de ces différents secteurs pré-cité.
L’investissement dans les spots publicitaires qui induit la sensibilisation
des différents consommateurs aux modalités des économies en eau et le
risque que peut provoquer le changement climatique comme la
disparition de quelques culture ou même arrivé à un stade très difficile le
stresse hydrique.
Mais cette option demande un investissement très important qui n’est pas
à la portée des pouvoirs publics algériens, donc il du rôle des
organisations internationales comme le FAO et la banque mondiale ainsi
qu’aux pays responsables du changement climatique d’aider au
financement de ces recherches ainsi qu’à la mise en œuvre de ces
options d’adaptation avant d’arriver au problème de l’insécurité
alimentaire ou plus la famine.
L’adaptation de l’agriculture à ce nouveau contexte qui est le déficit
hydrique ne peut se faire que par la mobilisation maximale de nouvelles
ressources en eau accompagné d’une politique de gestion en eau afin de
partager cette ressource d’une façon équitable entre les différents
secteurs, et de dégager le maximum pour l’agriculture dans le but
d’assurer la sécurité alimentaire d’une population jeune exigeante en
plein croissance.
La population algérienne est de l’ordre 32 millions, un taux de croissance
de 1,8 %, d’ici 2020 pourra atteindre les 60 millions, dans ce contexte de
croissance démographique importante dans lequel s’inscrit un
changement climatique accompagné d’un déficit hydrique et d’un
accroissement de température, tout les secteurs (agricole, industrie,
usagers et tourisme), verront leur besoin en eau s’accroit.

Une politique de gestion de l’eau sera t-elle suffisante pour résoudre


le problème des besoins croissant de l’agriculture, sera-t-elle
efficace ? Pour combien de temps ?
Certes, les recherches ont bien avancées pour dégager les différentes
stratégies d’adaptation capable de réduire les conséquences néfastes à
l’agriculture en Algérie, mais on est loin de les évaluer en terme
économique.

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2.2. L’avenir de l’agriculture algérienne face au défit du


changement climatique
Une autre stratégie consisterait à prendre acte de l’inadaptabilité
croissante de l’agriculture à l’environnement bioclimatique et du coût
pour les autres secteurs, d’une fuite en avant que constituerait une
tentative d’intensification des usages agricoles de l’eau pour pallier
l’accélération des difficultés.
Le secteur agricole consomme une quantité très importante en ressources
hydriques mobilisée qui sont de l’ordre de 65% selon le centre d’étude de
la gestion de l’eau et ne contribue qu’avec une PIB de 15%. Vue
l’importance du poids des ressources en eau destiné au secteur agricole
ce dernier peut constituer un véritable handicape pour le développement
des autres secteurs comme l’industrie et le tourisme. Le changement
climatique doit ainsi jouer un rôle d’accélérateur d’une dynamique en
cours de marginalisation de l’agriculture, et l’adaptation se traduire par
une mobilisation croissante des ressources en eau par l’intensification de
l’irrigation, susceptible d’aggraver les conflits et la compétition sur les
usages sectoriels de l’eau.
Dans ce contexte, l’adaptation à la rareté croissante pourrait viser à
favoriser des cultures moins exigeantes en ressources hydriques comme
l’agriculture d’exportation ou l’agriculture tropicale dont le climat sera
favorable suite au changement climatique, et le retrait de certaine culture
de l’agriculture algérienne comme les céréales produit exigent en
ressources hydriques.
Les céréales sont les produits de base du model de consommation,
l’Algérie déjà dépendante de 80% du commerce international
(importation en céréale) et compte bien l’augmenter dans les années à
venir sous l’influence de la fluctuation climatique. Le ministère de
l’agriculture avance une dégradation de 10% de la couverture en céréale
sous l’influence de cette perturbation climatique. Pour réduire la
vulnérabilité de l’économie aux variations du climat et maximiser
l’efficacité des usages de la ressource, le commerce international de
produits agricoles se profile comme une stratégie d’allègement de la
contrainte hydrique, alternative aux tentatives d’intensification de
l’irrigation.

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L’importation de produits intensifs en eau permet d’importer de «l’eau


10
virtuelle», définie par comme les volumes nécessaires à la production
des biens importés et ainsi incorporés dans les échanges internationaux.
Dans son analyse, ce concept décrit les opportunités du recours au
commerce international pour satisfaire les besoins alimentaires des pays
limités par les disponibilités hydriques.
La définition de stratégies d’importation d’eau virtuelle permettrait aussi
de préserver la ressource pour des usages plus productifs, que ce soit à
l’intérieur du secteur agricole, en déplaçant les usages de l’eau de la
production céréalière vers des cultures d’exportation à haute valeur
ajoutée. Il faut que l’Algérie oriente ces stratégies vers des cultures
moins exigeantes en eau à avantage comparatif important et oriente ce
surplus d’eau vers des secteurs comme le tourisme qui peut dégager une
forte valeur ajoutée et agit positivement sur le chômage des jeunes ou en
favorisant plus généralement l’industrie et le tourisme au détriment de
l’agriculture.
Le commerce d’eau virtuelle ou le recourt à l’importation des cultures
exigeantes en eau apparaît donc comme une source alternative d’eau,
dont l’utilisation stratégique pourrait devenir un outil attractif pour
améliorer largement la sécurité hydrique et l’efficacité dans l’utilisation
de l’eau en Algérie face au changement [Link] question qui se
pose ici, l’Algérie déjà dépendante, pourrait-elle opter pour cette
stratégie ? Pourrait-elle accentuer sa dépendance ? Pourrait-elle
surtaxer sa facture alimentaire ?
Si l’Algérie opterait-elle pour cette stratégie, nécessitant un programme
et un investissement très couteux entre le soutien de l’agriculture dans le
court terme et le retrait progressif de certaines cultures agricoles et
l’orientation vers d’autres cultures adaptatives à ces conditions
climatiques à long terme.

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III. Politique d’adaptation au déficit hydrique


Qui sera au centre de la mise en œuvre de ces différentes options
d’adaptation au changement climatique et comment pourrait-il les
réalisé et à quel cout ?

L’adaptation de l’agriculture algérienne aux nouvelles conditions du


climat est considérée comme un enjeu important dans la mesure où les
différentes options pourraient diminuer d’une manière significative les
dégâts causés par cette perturbation climatique. La mise en œuvre de ces
options d’adaptation demande un grand investissement matériel et
immatériel.
Les mesures prises se situeront à deux niveaux : d’un côté l’adaptation
autonome, décidée et mise en œuvre par les agents privés au niveau des
exploitations agricoles, et d’un autre les politiques d’adaptation, menées
par les organismes publics 11.

L’adaptation autonome risque donc d’être insuffisante 12 Le plus grand


nombre de ces options d’adaptation supposent des actions planifiées de la
part des organismes étatiques. Si certaines pourraient être prises au
niveau privé, les moyens dont disposeront les exploitants agricoles seront
probablement limités.
Le climat algérien n’a jamais été clément, mais pourtant les agriculteurs
ont fait toujours preuve d’adaptation. Mais cette fois ci les conditions
climatiques se dégradent à une vitesse assez rapide vérifié par les
différentes épisodes de sécheresse qu’a connu le pays durant cette
dernière décennie, peu de mesures ont été mises en place par les pouvoirs
publics et les agriculteurs, et les conséquences ont été considérables par
rapport au consommateur, agriculteurs ainsi que les pouvoirs publics
avec une facture alimentaire surtaxée. L’adaptation à cet nouvel contexte
est un enjeu à ne pas négliger.
L’adaptation autonome sera surtout réactionnelle, conduisant à des
trajectoires qui demandent un investissement très lourd que des stratégies
anticipatoires basées sur une compréhension structurée des modifications
de moyen et long terme des conditions bioclimatiques. En dépit des
incertitudes qui persistent concernant l’ampleur et la vitesse du
changement climatique, dans de nombreux cas, des stratégies
anticipatoires apparaissent plus appropriées et efficaces que des mesures
uniquement réactionnelles 13.
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Les options d’adaptation au changement climatique correspondent donc


souvent à des politiques qui seraient déjà nécessaires ou bénéfiques dans
le contexte actuel. Les politiques d’adaptation d’une agriculture
globalement limitée par les ressources hydriques sont finalement
généralement concomitantes, synergiques avec les politiques de
développement durable que visent les pays du Maghreb 14.
En effet, les politiques d’adaptation ne sont pas considérées comme un
nouvel modèle de politique, mais c’est une composante de la politique ou
du projet de gestion de ressources naturelles (sol et eau) ou sont
considéré comme des stratégies promotionnelles de l’agriculture.
Si ces stratégies d’adaptation sont considérées comme les seules mesures
ambitieuses réduiraient les conséquences des perturbations climatiques,
Les capacités matérielles et immatérielles de l’Algérie sont loin de
répondre à la mise en œuvre de ce type de politique dans l’immédiat. La
mise en place de ces stratégies d’adaptation demande un investissement
assez important qui va mettre en cause beaucoup de programmes de
développement de l’agriculture (PNDA).

Dans ce contexte, les pays industrialisés qui ont reconnu leur


responsabilité historique dans le changement climatique, devraient
s’engagés à promouvoir l’adaptation et à participer à son financement
dans les pays en développement vulnérables.

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CONCLUSION

« L’agriculture obéit à de nombreux enjeux : plafonnement des


rendements, meilleurs terres déjà utilisées, réchauffement climatique,
croissance démographique, consommation accrue » 15.
Le secteur agricole en Algérie vie une situation vulnérable lié au
changement climatique qui a un impact direct sur la dégradation du sol et
des ressources hydrique. Plusieurs stratégies d’adaptation à la rareté
croissante de l’eau permettant de limiter les conséquences des
changements climatiques sur l’agriculture en incluant une politique de
gestion de l’eau, et la mise en place des stratégies anticipatoires telle que
l’importation de l’eau virtuelle et l’orientation de l’agriculture vers des
cultures moins exigeant en eau de type culture tropicale comme variable
d’ajustement aux déficits hydrique et aux fluctuations des rendements.
Ces stratégies certes réduiraient les conséquences sur l’agriculture, mais
à quel prix ? La mise en place de ces stratégies aura un impact négatif sur
les stratégies de développement du secteur agricole lancé par les pouvoirs
publics depuis 2000.
En effet, pour éviter le retard du développement du secteur agricole en
Algérie il est du rôle des pays responsable de la pollution (pollueur/
payeur) de financer la mise en œuvre de ces différentes options
d’adaptation au changement climatique.
Pour finir, selon 16. Une stratégie est envisageable (Nord-Sud) si la
communauté internationale réfléchit dés aujourd’hui à comment assurer
une sécurité alimentaire collective. Relancer l’agriculture dans le sud en
développant les réseaux de transports, le crédit aussi, y lever en plus les
obstacles à l’essor des OGM.
Enfin, permettre au pays d’Afrique de protéger son agriculture des
importations. L’auteur invite le Nord à renoncer au protectionnisme et à
réorienter les subventions vers ceux qui produisent de façon durable. Il
insiste sur la nécessité d’imposer aux pays exportateurs un comportement
responsable, et de discipliner les marchés, trop exposés à la spéculation.
Une stratégie collective Nord-Sud sera telle possible à long terme ?

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LES CONSEQUENCES DU CHANGEMENT CLIMATIQUE SUR LE DEVELOPPEMENT DE
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