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Enfance d'Emmanuelle Béart : Soleil et Secrets

Emmanuelle Béart décrit son enfance heureuse dans le sud de la France, avec une famille nombreuse et aimante malgré le divorce de ses parents. Elle était une petite fille timide mais sociable, et a développé une relation très proche avec sa grand-mère maternelle.

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Enfance d'Emmanuelle Béart : Soleil et Secrets

Emmanuelle Béart décrit son enfance heureuse dans le sud de la France, avec une famille nombreuse et aimante malgré le divorce de ses parents. Elle était une petite fille timide mais sociable, et a développé une relation très proche avec sa grand-mère maternelle.

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d L‘enfance des stars

Le temps
des secrets
Télérama N°2221 — 5 août 1992
Durant l‘été, quelques stars ont perturbée. Parfois, peut—être, la curiosité des autres,

J
à l‘école, était un peu insistante. Quand il passait
accepté d‘évoquer leur enfance. à la télévision, quand on l‘entendait à la radio,
j‘éprouvais une certaine gêne. Mon père, pour
Après Fanny Ardant et ses moi, ce n‘était pas un chanteur. C‘était mon père. (D.
J‘ai étudié aux CES de Cogolin et de Sainte—
« chambres obscures et

eul
Maxime. Là, c‘est carrément devenu le grand
huit, les montagnes russes... Rien de stable. Je
lointaines », après Daniel passais de « très bonne » à « très mauvaise » élè—
ve. J‘avais ce qu‘on appelle des facilités., Mais je
Auteuil, l‘enfant de la balle, m‘en servais un mois sur deux. Quand un prof ne
me plaisait pas, c‘était la catastrophe.
voici Emmanuelle Béart. Dans ses notes sur La Petite Voleuse, François
Truffaut écrit que ce qui est merveilleux, au
moment de l‘adolescence, c‘est que l‘on fait tout
pour la première fois. Je pense qu‘on cherche
toute sa vie à revivre l‘intensité de ces premières
fois. Le premier amour, par exemple... J‘avais 11
on enfance ? Une très belle enfance ! ans. J‘étais amoureuse. Mais amoureuse ! Le pre—
Elle s‘est déroulée dans le midi de mier mot reçu de lui ! J‘en ai les mains qui trem—
la France. Donc avec le soleil, la pla— blent encore. Et les premières attentes ! Attendre
ge, la mer... Beaucoup de bruit et de quelqu‘un... Le premier baiser, c‘était derrière les
mouvement... L‘enfance méridionale type. L‘ima— préfabriqués du CES de Cogolin... dont je n‘ai pas
ge qui me vient instantanément à l‘esprit, c‘est tardé à me faire virer, d‘ailleurs. Mais c‘est inou—
une bande de gamins, en pleine nature, avec bliable. Il était amoureux de plein de filles. Qu‘est—
tous les clichés sur la Provence : les oliviers, le ce qu‘il m‘a fait souffrir ! A 11 ans, j‘ai découvert
chant des cigales, l‘odeur du thym... Le soir que ça fait aussi très mal d‘aimer quelqu‘un.
tombe. On a les pieds nus. On est sale et fatigué
d‘avoir fait les quatre cents coups dans le ha—
meau. On essaye de retarder le plus possible le
moment où il va falloir rentrer se coucher. Au—
tour de nous, il y a des animaux. Plein d‘animaux.
Ma mère les adorait. Nous avions sept chiens,
quatorze chats, des lapins, des canards, des tor—
tues... Le décor, c‘est un peu celui de Jean de Flo—
rette et Manon des sources. Les films de Claude
Berri, pour moi, c‘était effectivement un retour
aux sources.
Je suis née à Gassin. Jusqu‘à l‘âge de 15 ans, j‘ai
vécu à quelques kilomètres de là, dans le hameau
de Beauvallon. Mon père, Guy Béart, s‘est sépa—
ré de ma mère quand j‘étais toute petite. Ça ne
m‘a pas traumatisée, dans la mesure où il est res—
té très présent dans ma vie. Comme tous les
enfants de divorcés, j‘allais le voir pendant les
DAUMAS/SIPA

week—ends et pour les vacances. Quand j‘ai eu 8


ans, ma mère s‘est remariée. Ça aussi, je l‘ai bien
vécu. Maman refaisait sa vie : ça me paraissait sain. En août 1964, Emmanuelle Béart et sa mère.
La situation était claire, parce que le dialogue a
toujours été ouvert entre elle et moi. Je suis peut— Les figures qui ont marqué mon enfance, je les
être une exception, mais je n‘ai jamais eu le trouve dans ma famille. Les parents, les frères
moindre problème métaphysique au sujet de la et — très important — la grand—mère maternelle.
séparation de mes parents. On prétend que, pour les petites filles, le père
Aujourd‘hui, je suis l‘aînée d‘une famille de cinq compte plus que la mère. Faux ! Pour moi, ils
enfants : trois garçons de 25, 21 et 17 ans, et une ont été complémentaires et aussi importants l‘un
petite fille de 9 ans. Le plus âgé a vingt et un que l‘autre.
mois de moins que moi. Je n‘emploie pas l‘expres— Ma mère, je la vois comme un deuxième père.
sion « demi—frère » ou « demi—sœur ». Nous avons Une femme active, débordant d‘énergie, qui, mal—
été élevés ensemble : ce sont mes frères et sœurs. gré ses cinq enfants à élever, n‘aurait pas suppor—
Nous sommes restés très très proches. té deux secondes de se cantonner dans le rôle de
J‘étais une petite fille assez timide mais sociable. femme au foyer. Avant ma naissance, elle était
Pas extravertie. Plutôt sérieuse. Normal : j‘étais la mannequin. Après, elle a été journaliste, conduc—
plus grande, la « responsable ». J‘ai appris très tôt trice de car... Elle a toujours été à l‘écoute de ce
à tenir un bébé dans mes bras, à ne pas le faire qui se passe dans le monde. Aujourd‘hui encore,
tomber, à lui donner le biberon... elle se bat contre l‘injustice. A Cogolin, elle a fon—
Etre « la fille de Guy Béart », ça ne m‘a pas trop dé une association : SOS Réflexe Solidarité. jim
Télérama N°2221 — 5 août 1992 23
vait. Moi, j‘affichais toutes ses lettres sur les murs
de ma chambre. Elle a été stupéfaite le jour où elle
a vu toute sa correspondance étalée ainsi, aux
yeux de tout le monde.
Je crois que j‘étais amoureuse de ma grand—
mère. Face à mes parents — actifs, brillants, intel—
ligents —, elle était mon coin de tendresse.
Aujourd‘hui, elle a 89 ans. Si vous voyiez com—
me elle est belle ! C‘est un phénomène de la
nature. Tous les gens qui la rencontrent sont fas—
cinés. Elle m‘a fait le plus beau des cadeaux :
elle m‘a appris à m‘aimer. A me voir lui inspirer
un amour si exceptionnel, je finissais par me trou—
ver bien. Elle m‘a donné des ailes.
Un jour, pourtant, entre 13 et 15 ans, j‘ai « déra—
pé ». Tout à coup, j‘en ai eu ras le bol des études.
Je ne pensais plus qu‘aux garçons. Et à la moto.
A force de me voir à l‘arrière de la moto de mes
copains, ma mère m‘a acheté une 50 cms. J‘ai
commencé à mal tourner. Je séchais les cours, je
répondais aux profs. Ça n‘a pas tardé, je me suis
fait virer.
Comme à chaque fois que je me suis trouvée
en difficulté, mon père est intervenu. Il a décidé de
me mettre en pension. Donc, à 15 ans, je débarque
à l‘Ermitage, à Maisons—Laffitte. Un autre mon—
de, comparé à mon Midi natal. Je ne l‘ai pas vécu
RKEIMS/SYGMA
comme une punition, car c‘était très chic. Là, j‘ai
recommencé à bien travailler... Mais je me suis
« Ce qui est merveilleux pendant l‘adolescence, encore fait renvoyer, pour une autre série de bêtises.
c‘est qu‘on fait tout pour la première fois. » Alors, mon père a eu une excellente idée. Il
avait de très bons amis au Canada. Il m‘a envoyée
æ— Mon père, je « montais » donc régulière— à Montréal. Et ça a été magnifique. J‘ai été
ment le voir à Paris. Ça m‘a laissé des souvenirs accueillie à bras ouverts dans une famille, avec des
incroyables. J‘arrivais dans cette grande maison. enfants plus jeunes que moi. Le dépaysement
Je rencontrais des gens comme Brassens, Mous— était total. Je me suis soudain sentie totalement
taki, Aragon, Pompidou... Quand j‘ai raconté ça libre. Je me rappelle trois semaines passées au
à l‘école, on m‘a répondu : « Oui, c‘est ça ! Moi, bord d‘un lac. Un enchantement.
mon père, il est président de la République ! » Je suis restée là—bas jusqu‘à l‘âge de 18 ans et
Du coup, je n‘en ai plus parlé. Je gardais ces demi. C‘est à Montréal que j‘ai passé mon bac.
moments comme un jardin secret. C‘est aussi à Montréal que j‘ai rencontré Robert
Je dois beaucoup à mon père. C‘est quelqu‘un Altman, dans une boîte de nuit. Il préparait un film
dont je me suis encore rapprochée avec l‘âge. avec David Bowie et Geraldine Chaplin.
Enfant, je sentais qu‘il voulait me communi— Je n‘étais pas spécialement cinéphile. Je connais—
quer les choses sérieuses de la vie. Il m‘a appris sais à peine son nom. Et je n‘avais jamais pensé
à savoir m‘isoler. Et aussi à écrire le plus sou— faire du cinéma. Au lycée, je ne faisais même
vent possible. A la moindre occasion, il me pas de théâtre comme mes copines. Mais il m‘a
disait : « Prends un crayon. Note. » Je me suis trouvée drôle. Il m‘a proposé un rôle. Je l‘ai ren—
mise à écrire, la nuit, quand je n‘arrivais pas à contré plusieurs fois. J‘ai essayé des costumes...
dormir. Finalement, le film ne s‘est jamais fait.
Et puis, il y a la grand—mère ! Une grand—mère Mais dès que j‘ai eu mon bac, je suis rentrée à
unique, fabuleuse, à la fois grecque, italienne, Paris. Et, aussitôt, je me suis inscrite à un cours
maltaise et yougoslave. Toute la Méditerranée en de théâtre...
La semaine une seule personne. C‘est le premier être que j‘ai Ce genre de retour en arrière, je ne le fais pas
prochaine : « reconnu », un peu comme si nous nous étions souvent. Cette enfance, je l‘aime. Elle est en moi
LES ENFANCES DE déjà rencontrés. C‘est indescriptible. Elle a habi— et je la garde comme quelque chose de précieux,
BERNARD té avec nous, puis à deux pas de chez nous, puis de personnel, voire d‘intransmissible...
GIRAUDEAU en Belgique. Quand on ne se voyait pas, on s‘écri— J‘adore la chanson de Barbara, qui s‘appelle
justement Mon Enfance:
« Il ne faut jamais revenir
Au temps caché des souvenirs
Du temps béni de son enfance.
Car parmi tous les souvenirs,
Ceux de l‘enfance sont les pires,
Ceux de l‘enfance nous déchirent... » e
Propos recueillis par Bernard Génin

24 Télérama N°2221 — 5 août 1992

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