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Le Recouvrement Des Creances Bancaires en Droit Ohada: Par Jean GATSI

Ce document traite du recouvrement des créances bancaires en droit OHADA. Il présente les différents moyens et procédures mis en place par l'OHADA pour permettre aux banques de recouvrer les créances impayées, notamment les procédures simplifiées et les voies d'exécution. Le document analyse également le recouvrement lorsque le débiteur est en difficulté.

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Le Recouvrement Des Creances Bancaires en Droit Ohada: Par Jean GATSI

Ce document traite du recouvrement des créances bancaires en droit OHADA. Il présente les différents moyens et procédures mis en place par l'OHADA pour permettre aux banques de recouvrer les créances impayées, notamment les procédures simplifiées et les voies d'exécution. Le document analyse également le recouvrement lorsque le débiteur est en difficulté.

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OHADATA D-05-32

LE RECOUVREMENT DES CREANCES BANCAIRES


EN DROIT OHADA

Par Jean GATSI


Chargé de cours
Faculté des Sciences Juridiques et Politiques
Université de Douala

Sommaire de l’étude

Introduction

I. Le recouvrement des créances bancaires auprès d'un débiteur récalcitrant

A. Le recouvrement des créances bancaires par le biais des procédures simplifiées


1) L'utilisation de la procédure d'injonction de payer en vue du recouvrement des créances
bancaires
2) L'utilisation de la procédure d'injonction de délivrer ou de restituer en vue du recouvrement des
créances bancaires

B. Le recouvrement des créances bancaires par le biais des voies d'exécution


1) De la diversité à l'efficacité des saisies en matière de recouvrement
2) L'intervention d'un tiers dans la procédure de saisie engagée à l’initiative du banquier

II. Le recouvrement des créances bancaires auprès d'un débiteur en difficultés

A. Le recouvrement des créances bancaires dans le cadre d’une procédure de


redressement judiciaire du débiteur
1) L'option du banquier d'évoluer en marge de la masse des créanciers
2) L'option du banquier de faire partie de la masse des créanciers

B. Le recouvrement des créances bancaires dans le cadre d'une procédure de


liquidation des biens du débiteur
1) L'attente de la réalisation de l'actif du débiteur en liquidation
2) L'apurement du passif du débiteur en liquidation

Conclusion

1
Introduction

De nos jours, comme par le passé, aucune activité sérieuse ne peut prospérer sans le
concours du banquier qui, à cet effet, accorde un crédit nécessaire à sa réalisation.
L'attribution d'un tel crédit dépend largement de la confiance que le demandeur inspire au
banquier. Prenant des risques à l'occasion de chaque opération de crédit, le banquier
s'assure, au moment de l'accord, que son cocontractant présente les capacités de
remboursement. C'est ce qui justifie les nombreuses garanties exigées par les banquiers à
l'occasion des opérations de crédit à la clientèle. Le banquier doit ainsi assurer la gestion
des risques1 au moment de la signature de chaque contrat de services2 avec l'un de ses
clients3.

En dépit des mesures de prudence, parfois extrêmes, généralement prises par le banquier,
l'octroi d'un crédit n'est pas toujours suivi d'un remboursement. Des événements
imprévus affectent souvent le débiteur4 et paralysent d'autant sa volonté de
remboursement. Raison pour le banquier, dépositaire des fonds reçus du public, de
rechercher les voies et moyens d'obtenir le recouvrement de ses créances. Car les
garanties accordées par le client au moment de l'octroi du crédit s'avèrent dans bien de
situations impuissantes, pour des raisons procédurales, à désintéresser le banquier.

Par recouvrement des créances bancaires, on entend la mise en œuvre, par le banquier, de
différents moyens afin d'amener son débiteur à s'exécuter5.
Face aux difficultés de recouvrement dues à l'ineffectivité des garanties, la mauvaise foi du
débiteur, et parfois ses difficultés, le banquier a de plus en plus recours à des mécanismes
novateurs6. Les plus importantes d'entre elles sont issues des Actes uniformes de
l’OHADA7. Notamment, les mécanismes mis en place par l’Acte uniforme portant

1 J. M. MOUSSERON, La gestion des risques par le contrat, in RTD civ. 1988, p. 481 et s. ; La gestion des risques d'inexécution

du contrat, in Mélanges C. MOULY, 1997, t. II, p. 141 et s.


2 Sur ce contrat, v. F. GRUA, Contrats bancaires, tome 1, Contrats de services, Economica, 1990.
3 Ce sont les contrats à forte prédominance de l’intuitus personae. V. F. GRUA, préc., n°s 53 et 67.
4 Il s'agit, le plus souvent, d'une personne morale, régie par le nouveau droit des sociétés commerciales OHADA. Sur

ce droit, lire F. ANOUKAHA, A. CISSE, N. DIOUF, J. NGUEBOU TOUKAM, P-G. POUGOUE, MOUSSA
SAMB, Sociétés commerciales et GIE, éditions, Bruylant, Juriscope, Bruxelles, 2002 ; lire égal. J. PAILLUSSEAU, L'Acte
uniforme sur le droit des sociétés, in Petites Affiches du 13 oct. 2004, p. 19 et s.
5 Sur le recouvrement des créances en droit OHADA, lire A. M. ASSI ESSO et N. DIOUF, Recouvrement des créances,

coll. Droit uniforme africain, éd. Bruylant, Juriscope, Bruxelles, 2003 ; Adde. A. ABOA, Le recouvrement des créances en
Côte d'Ivoire, in Penant n° 826, janv.-avr. 1998.
6 Le plus souvent, les banquiers s'en remettent à des sociétés de recouvrement, qui disposent d'un savoir-faire en ce

domaine et d'informations sur les débiteurs.


7 L’OHADA, l’organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires est né le 17 octobre 1993 à Port

Louis en île Maurice. Pour une présentation générale, v. P. G. POUGOUE, Présentation générale et procédure en
OHADA, PUA, 1998. Pour une étude du droit OHADA, lire not. B. MARTOR, N. PILKINTON, D. SELLERS et
S. THOUVENOT, Le droit uniforme africain des affaires issu de l'OHADA, Editions du Jurisclasseur, Litec, 2004, préface
KEBA MBAYE. V. égal. L'OHADA, Dix années d'uniformisation du droit des affaires en Afrique, in JCP, éd. Entreprise et
Affaires, supplément n° 5 à la Semaine Juridique n° 44 du 28 octobre 2004 ; L'Organisation pour l'harmonisation en Afrique
du droit des affaires (OHADA), Association Henri Capitant, in Petites Affiches n° 205 du 13 octobre 2004.

2
organisation des procédures simplifiées de recouvrement et des voies d’exécution8
(AUPSR), celui portant sur les procédures collectives d’apurement du passif9 (AUPC), et
l'Acte uniforme portant organisation des sûretés10 (AUPS) viennent au secours du
banquier dispensateur de crédit face une impossibilité, voire un refus manifeste, de son
client de rembourser le crédit qui lui a été consenti11.

L'étude du recouvrement des créances bancaires en droit OHADA présente un intérêt


particulier, sur le plan théorique. Notamment, en raison de la protection que le législateur
assure aux clients, consommateurs de services bancaires, à travers un certain nombre de
mesures protectrices, pour la plupart d'origine interne. Il paraît dès lors nécessaire de
mettre en évidence, au sein de l'arsenal juridique, tous les mécanismes permettant
d'assurer un encadrement, et donc le remboursement des engagements souscrits par la
clientèle.
Sur le plan pratique, les difficultés financières croissantes que connaît le système bancaire
de bon nombre de pays africains membres de l'OHADA permet de mieux cerner le souci
légitime de recouvrement de leurs créances par les banquiers. La faiblesse du pouvoir
d'achat des ménages, et la mauvaise gestion des entreprises, tant du secteur privé que du
secteur public, alourdissent considérablement le portefeuille de créances douteuse.
Conjugués à la faiblesse des garanties de remboursement, ces facteurs fragilisent
davantage le secteur bancaire ce qui, par contrecoup, cause un important dommage aux
économies nationales. Il va sans dire que dans un système aussi pervers, dominé très
souvent par la corruption, les investissements directs étrangers demeurent largement
insuffisants12. Dès lors, le chômage ne peut que s'amplifier, avec les maux sociaux qui
l'accompagnent.

Compte tenu de la place qu'occupent les banques dans le processus de développement


économique, leur protection s'avère nécessaire, à travers l'assurance d'une efficacité réelle
du recouvrement de leurs créances. Ceci a été fait en deux temps : d'abord par de
dispositions adéquoites de droit interne, calquées sur les réglementations de systèmes
bancaires sous-régionaux13 ; ensuite par l'adoption de nombreux actes uniformes portant

8 F. ANOUKAHA et A-D. TJOUEN : Les procédures simplifiées de recouvrement et les voies d'exécution en OHADA, coll.
Droit Uniforme, PUA, 1999. Pour le commentaire de cet Acte uniforme, v. A.-M. ASSI-ESSO, in OHADA, Traité
des actes uniformes commentés et annotés, 2e éd., Juriscope 2002, p. 691 et s.
9 P. G. POUGOUE et Y. KALIEU, L’organisation des procédures collectives d’apurement du passif OHADA, PUA, 1999 ; F.

M. SAWADOGO : OHADA, Droit des entreprises en difficultés, Collection droit uniforme africain, éd. Bruylant,
Juriscope, Bruxelles, 2002, Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d'apurement du passif – Commentaires,
EDICEF/Editions FFA, 1999 ; J. M. NYAMA : Eléments de droit des affaires, Cameroun-OHADA, Presse de l’UCAC,
éd. 2000.
10 F. ANOUKAHA : Le droit des sûretés dans l'Acte Uniforme OHADA, coll. Droit Uniforme, PUA, 1998 ; J. ISSA

SAYEGH, Acte uniforme portant organisation des sûretés – Commentaires, EDICEF/Editions FFA, 1999 ; F.
ANOUKAHA, A. CISSE-NIANG, M. FOLI, J. ISSA SAYEGH, I. YANKHOBA NDIAYE ET M. SAMB :
OHADA – Sûretés, coll. Droit uniforme africain, éd. Bruylant, Juriscope, Bruxelles, 2002.
11 A. SAHO et I. NDIAYE, Pratique de garanties du crédit OHADA, in Revue Africaine de Banque, octobre 1998.
12 A. SECK (dir), Afrique et le droit d'investir en Afrique, n° 5, numéro spécial Gazette du Palais, n° 48 et 49, 17 et 18

février 1999. A la vérité, la fiscalité des pays membres de l'OHADA participe également au freinage des
investissements directs étrangers. Pour une étude récente dans ce sens, limitée certes au Cameroun, mais avec
d'importants aspects comparatifs aux Etats de la CEMAC, v; P. TONZE, L'influence de la fiscalité camerounaise sur les
investissements directs étrangers, Mémoire DESS Fiscalité Appliquée, Université de Douala, 2003 – 2004.
13 En Afrique, le droit bancaire est souvent régi par des organisations sou-régionales d'intégration auxquelles les Etats

membres de l'OHADA sont aussi partie. Il s'agit notamment de l'UEMOA (Union Economique et Monétaire Ouest
Africaine) et de la CEMAC (Communauté Economique et Monétaire de l'Afrique Centrale), qui forment ensemble la zone

3
sur le nouveau droit des affaires14, et dont les principaux intéressant le recouvrement des
créances bancaires viennent d'être évoqués. Ces textes offrent aux banquiers, à l'instar des
autres opérateurs économiques, des facilités de recouvrement de leurs créances, quelle que
soit la situation du débiteur indélicat15. Raison de mettre en avant des mécanismes
protecteurs dont l'intervention assure de plus en plus une saine gestion et une fluidité des
économies africaines.

Le souci du législateur communautaire d'assurer la protection des opérateurs


économiques quant au recouvrement de leurs créances conduit, dans le domaine bancaire,
à se demander comment le banquier pourrait agir afin que les fonds empruntés lui soient
restitués dans des conditions contractuelles. Et au-delà, comment amener, voire obliger, le
débiteur indélicat à s'exécuter. La question se complique d'autant plus qu'en dépit des
garanties souvent accordées par les consommateurs de crédits bancaires, leur défaillance
conduit souvent le banquier à se retrouver en concours avec d'autres créanciers. Le
recours à un mécanisme de règlement amiable n'est envisageable et efficace, en pareille
situation, que si le client-débiteur est lui-même disposé à ne pas tromper la vigilance de
son banquier. Mais le plus souvent, le banquier devra faire face, soit à la résistance de son
débiteur, soit à son impossibilité manifeste de remboursement. Situation qui oblige à une
réaction spécifique des banques, soucieuses de protéger les fonds déposés par la clientèle.

Dans ces situations où le banquier doit "se battre" pour entrer en possession de son dû, les
solutions diffèrent selon que son débiteur résiste au recouvrement des créances (I) ou
qu'il ne peut, suite à des difficultés, rembourser ce qui lui a été avancé par son banquier
(II).

I. Le recouvrement des créances bancaires auprès d'un débiteur récalcitrant

Face à la résistance d'un débiteur, le banquier peut, tout d'abord, recourir à une stratégie
amiable de recouvrement de ses créances16. Mais lorsque ses actions rencontrent des
difficultés, il est en droit de saisir le juge aux fins de contraindre le débiteur à s'exécuter.
Le recouvrement des créances bancaires passe ainsi, soit par le recours aux procédures
simplifiées de recouvrement (A), soit par les voies d'exécution (B).

franc CFA (Communauté financière africaine en Afrique de l'ouest et Coopération financière en Afrique centrale). La zone franc
englobe tous les Etats membres de l'OHADA, à l'exception des Comores qui forment une zone monétaire distincte
au sein de la zone franc (Franc comorien) et de la Guinée (Conakry) qui s'en est retirée au moment de son indépendance.
14 D. TAPIN, Le nouveau droit des affaires en Afrique noire francophone, in Dalloz Affaires n° 107, 5 mars 1999.
15 Indépendamment des mesures spécialement orientées vers le recouvrement de sa créance, le banquier doit

également, le cas échéant, examiner d'autres procédés susceptibles, quoique plus indirectement, de préserver et de
favoriser son paiement, telles que : - l'action oblique, qui lui permet de faire rentrer dans le patrimoine de son débiteur
une créance que celui-ci néglige de recouvrer – l'action paulienne, qui lui permet de faire réintégrer dans le patrimoine
de son débiteur un bien que celui-ci a frauduleusement vendu ou donné – l'action en déclaration de simulation, qui lui
permet de mettre à jour un élément du passif du débiteur que celui-ci tentait de lui dissimuler – l'action devant le juge des
référés, qui a pratiquement le pouvoir de prendre toute mesure de sauvegarde que requiert une situation donnée, etc.
16 A entendre par là l'ensemble des concessions faites par le banquier à son client afin de lui permettre de rembourser

son crédit, même au-delà du terme stipulé contractuellement.

4
A. Le recouvrement des créances bancaires par le biais des procédures simplifiées

Dans le cadre de la législation OHADA, deux types de procédures simplifiées permettent


d'assurer le recouvrement des créances bancaires. Il s'agit de l'injonction de payer (1) et de
délivrer ou de restituer (2)17.

1) L'utilisation de la procédure d'injonction de payer en vue du recouvrement des créances bancaires

La procédure d'injonction de payer, prévue par l'acte uniforme portant organisation des
procédures simplifiées de recouvrement et des voies d'exécution18, permet à un créancier,
dont le droit n'est pas contesté par le débiteur, d'obtenir rapidement, et à peu de frais, un
titre exécutoire lui permettant de se faire rembourser. Son utilisation par le banquier
dispensateur de crédit en vue du remboursement de ses créances paraît largement acquise
en raison des facilités qu'elle offre19. Toutefois, le banquier ayant recours à cette
procédure spécifique doit, pour assurer le succès de son action en recouvrement,
respecter les conditions fixées par le législateur communautaire africain.

a) Les conditions nécessaires pour engager la procédure d'injonction de payer

Les articles 1 et 2 de l'Acte uniforme précité énoncent les conditions nécessaires pour
engager une procédure simplifiée de recouvrement portant injonction de payer. Ces
conditions ont trait, aux caractéristiques de la créance litigieuse d'une part, à la nature de
ladite créance d'autre part.

S'agissant des conditions relatives aux caractéristiques de la créance litigieuse, l'Acte


uniforme énonce que seule une créance certaine, liquide et exigible et exigible peut faire
l'objet d'une demande en recouvrement suivant la procédure d'injonction de payer20.

Cette exigence fait du caractère incontestable de la dette un élément essentiel du succès de


la procédure, ce qui assure sa simplicité et sa rapidité. Concernant la créance bancaire, elle
sera considérée répondre aux exigences de l'Acte uniforme à l'arrivée de son échéance,
conformément aux stipulations des parties21. Dans le cas contraire, il s'agirait d'une

17 Lire J. ISSA-SAYEGH, Présentation générale de l'Acte uniforme de l'OHADA sur les procédures simplifiées de recouvrement et
les voies d'exécution, in Penant n° 829, janv.-avr. 1999.
18 Art. 1er et s., de l'Acte uniforme portant organisation des procédures simplifiées de recouvrement et des voies

d’exécution. V. J.O. OHADA n° 01/06/1998, p. 1 et s., et pour le commentaire de cet Acte uniforme, v. A.-M.
ASSI-ESSO, in OHADA, Traité des actes uniformes commentés et annotés, 2e éd., Juriscope 2002, p. 691 et s. Adde. A.
AQUERUBUBU, La procédure d'injonction de payer dans l'Acte uniforme de l'OHADA, in Penant n° 831, p. 287 et s. ; G. G.
WAMBA MAKOLLO, La procédure simplifiée de recouvrement des créances civiles et commerciales : l'injonction de payer dans le
Traité de l'OHADA, in Penant n° 830, p. 135 et s.
19 V. M. SAWADOGO, La procédure d'injonction de payer de l'OHADA à l'épreuve de la pratique, in Bulletin du CREDAU

n° 1, p. 5 et s.
20 Art. 1er de l'AUPSR.
21 Dans la pratique bancaire, l'action ne sera intentée cependant que si la créance est considérée "difficile", ainsi

qualifiée si elle a fait l'objet d'un non-paiement après quatre échéances et des lettres de relance restées vaines.

5
créance simplement éventuelle, voire conditionnelle, qui ne permet pas de recourir à la
procédure d'injonction de payer.
En tout état de cause, le constatation des caractères de certitude, de liquidité et
d'exigibilité de la créance peut être implicite dans une décision de justice22.

S'agissant des conditions relatives à la nature de la créance litigieuse, l'Acte uniforme


prévoit, tout d'abord, que la créance doit avoir une cause contractuelle. Cela signifie qu'un
lien contractuel doit avoir existé entre le créancier et la débiteur. En l'absence d'un tel lien,
la rétractation de l'ordonnance d'injonction de payer doit être de mise23. Une telle
exigence ne pose guère de difficultés au regard du banquier agissant, un contrat de
services le liant souvent à son client débiteur.

L'Acte uniforme prévoit, ensuite, que l'engagement doit résulter de l'émission ou de


l'acceptation de tout effet de commerce, ou d'un chèque dont la provision s'est révélée
inexistante ou insuffisante. Cette disposition vise particulièrement les créances bancaires ;
elle est de nature à assurer la protection du banquier dans l'assurance du recouvrement de
ses créances.

Il va sans dire cependant qu'une créance respectant toutes les conditions précitées ne
saurait donner lieu à une procédure d'injonction de payer si elle a une cause illicite. C'est le
cas d'une créance bancaire née d'un blanchiment d'argent sale. Il semble évident, dans un
tel cas, que l'illécéité rendra sans cause l'engagement contracté et, par conséquent,
l'ordonnance d'injonction de payer24.

b) De l'engagement de la procédure à la décision d'injonction de payer le banquier

Le législateur communautaire a voulu, à travers la procédure d'injonction de payer,


permettre un recouvrement simplifié et rapide des créances dans l'espace OHADA25.
C'est à cet effet que la procédure ne comporte pas de phase extrajudiciaire, contrairement
à la solution adoptée antérieurement par certains Etats africains26. Aussi, il n'est par
nécessaire de mettre préalablement le débiteur en demeure de s'exécuter.

La procédure d'injonction de payer sera déclenchée par le banquier, en sa qualité de


créancier. Ce dernier devra, en personne ou par son mandataire, déposer une requête au
greffe du tribunal compétent, et par laquelle il sollicitera du Président du tribunal qu'il lui
délivre une décision portant injonction de payer contre son débiteur. Le banquier devra
veiller à ce que la requête comporte toutes les indications prévues à l'article 4, alinéa 2, de
l'Acte uniforme portant organisation des procédures simplifiées de recouvrement et des
22 Bouaké, 1re ch. civ., 24 janvier 2001, n° 13-2001, cité par A.-M. ASSI-ESSO, in OHADA, Traité des actes uniformes
commentés et annotés, préc.
23 C.A. Abidjan, Ch. civ. et com., 28 avr. 2000, n° 542. Rappr. C.A. Ndjamena, 5 mai 2000, n° 281/2000, Affaire SDV

Tchad et SDV Cameroun c/ STAR NATIONAL, pour le refus d'une injonction de payer s'agissant d'une créance
quasi-contractuelle, décisions citées par A.-M. ASSI-ESSO, ibid..
24 Rapp. C.A. Niamey, 26 oct. 2001, n° 268, ibid.
25 K. M. BROU, La procédure d'injonction de payer en droit ivoirien, l'apport de l'OHADA, in Revue de la Recherche Juridique

(droit prospectif) 2001/2, p. 1143 et s. Adde. G. TATY, L'injonction de payer et la saisie conservatoire dans le nouveau droit
harmonisé applicable au Gabon, in Penant n° 838, p. 94 et s.
26 Cf., par ex., l'article 4, alinéa 2 de la loi ivoirienne n° 93-669 du 9 août 1993.

6
voies d'exécution27. Notamment, elle devra mentioner la forme de la personne morale
poursuivie28. A défaut, l'irrecevabilité de la requête devra être déclarée par le juge saisi29.

S'agissant de la décision d'injonction de payer, bien que l'Acte uniforme ne le précise pas,
elle revêt la forme d'une ordonnance sur requête.

Il ressort de l'article 5 de ce texte que la juridiction saisie rend une décision d'injonction de
payer pour la somme qu'elle fixe si, au vu des documents produits, la demande lui paraît
fondée en tout ou partie30. Dans le cas contraire, elle rejette en tout ou partie la requête ;
l'ordonnance de rejet étant sans recours. Il ne reste donc plus au demandeur, en
l'occurrence le banquier, qu'à recourir aux mécanismes de recouvrement de droit
commun. Par exemple, il pourra mettre en jeu la responsabilité contractuelle de son
débiteur.

Le Président du Tribunal compétent peut ne retenir la requête que pour partie. Dans ces
conditions, la banque se trouvera devant une option : si elle signifie cette ordonnance
dans les délais prescrits, elle devra se contenter d'un paiement partiel de sa créance,
renonçant par là même à toute autre procédure. Si, au contraire, elle refuse ce paiement
partiel, elle devra abandonner le recours à la procédure d'injonction de payer, puis il fera
valoir ses droits au moyen des recours de droit commun.

Il arrive, fort heureusement, que le juge saisi rende une ordonnance d'injonction de payer
par laquelle il ordonne au débiteur de payer le montant réclamé par le banquier. Sous
peine de caducité, une telle décision devra être signifiée au débiteur dans un délai de trois
mois, sur l'initiative du créancier, et par acte extrajudiciaire31 (exploit d'huissier, lettre
recommandée avec accusé de réception, télécopie, etc.).

Dans ces conditions, le banquier pourra mettre en exécution l'ordonnance dont il


bénéficie, si celle-ci n'a pas fait l'objet d'une opposition32, dont l’admission suppose,
notamment, que le demandeur développe des moyens à son appui33. Une telle

27 En ce sens, Bouaké, 1re ch. civ., 24 janv. 2001, préc.


28 CCJA, 27/01/2005, Arrêt n° 007/2005 , Société Optique Instrumentale c/ ITRAG- Transit, Ohadata J-05-189, Le
Juris Ohada n° 1/2005, janvier-mars 2005, p. 18.
29 Ibid. V. Art. 4, al. 2 de l'Acte unifome. Dans le même sens, C.A. Abidjan, ch. civ., 14 juill. 2000, n° 843, cité par A.-

M. ASSI-ESSO, préc.
30 Une ordonnance d'injonction ne contenant pas la forme de la personne morale poursuivie doit être déclarée nulle.

En ce sens, CCJA, 27/01/2005, Arrêt n° 007/2005 , Société Optique Instrumentale c/ ITRAG- Transit, préc.
31 Art. 7, AUPSR.
32 L'opposition est la seule voie de recours contre une ordonnance portant injonction de payer. A relever tout de

même que des juridictions des pays membres de l'espace OHADA continuent d'utiliser le terme antérieur de
contredit. V. par exemple, C.A. Lomé, 25 janvier 2001, n° 08-01, cité par A.-M. ASSI-ESSO, préc. En tout état de
cause, dès qu'une opposition est formée contre une ordonnance d'injonction de payer, la juridiction saisie n'a plus à
s'occuper de l'ordonnance mais plutôt de l'essence même de la demande ; elle doit se pencher sur la nature de la
créance à recouvrer et constater ses caractères de certitude, de liquidité et d'exigibilité ; elle vérifie en somme le bien
fondé de la créance et rend un jugement en conséquence qui sera distinct de l'ordonnance d'injonction de payer. En
ce sens, C.A. de OUAGADOUGOU, Chambre civile et commerciale, Arrêt n° 122 du 17 décembre 2004,
MILLOGO Zéziman c/ Bank Of Africa (B.O.A), Ohadata J-05-232.
33 Il y a donc lieu de débouter de son action le demandeur à l'opposition qui n'a développé aucun moyen à l'appui de

celle-ci et n'a pas cru devoir produire la décision incriminée. V. Tribunal régional hors classe de Dakar, Jugement n°
2742 du 15/12/2004, Marième MBENGUE C/ Nadia BOURG, Ohadata J-05-131, obs. Ndiaw DIOUF.

7
ordonnance, revêtue de la formule exécutoire, produit les effets d'une décision
contradictoire et définitive34.

L'ordonnance portant injonction de payer autorise ainsi un banquier de procéder au


recouvrement de sa créance. Reste tout de même que dans certaines hypothèses, son
remboursement se fera par le recours à la procédure d'injonction de délivrer ou de
restituer.

2) L'utilisation de la procédure d'injonction de délivrer ou de restituer en vue du recouvrement des créances


bancaires

En vertu de l'article 19 de l'Acte uniforme portant organisation des procédures simplifiées


de recouvrement et des voies d'exécution, "celui qui se prétend créancier d'une obligation de
délivrance ou de restitution d'un meuble corporel déterminé, peut demander au président de la juridiction
compétente d'ordonner cette délivrance ou restitution". Ce texte institue de nouvelles procédures35,
permettant aux créanciers de faire prévaloir l'exécution en nature de leurs créances sur
l'exécution en valeur36.

Il ressort ainsi de l'acte uniforme, une procédure qui, par son essence, ne peut
s'accommoder avec la pratique bancaire que dans certaines hypothèses, notamment celle
où le banquier est acquéreur d'un meuble corporel. A cet effet, il poursuit la délivrance
dudit bien et non le recouvrement d'une somme d'argent.

Le banquier pourra demander au président de la juridiction compétente, d'ordonner la


délivrance ou la restitution, en cas de réalisation d'une garantie portant sur un bien meuble
corporel à l'instar du gage ou dans une opération de crédit-bail mobilier. Il ne pourra y
recourir en cas de cession des parts sociales, de cession des créances ou en matière
immobilière. Car la procédure d'injonction de délivrer ou de restituer concerne un bien
corporel déterminé.

La procédure tendant à la délivrance ou la restitution d'un bien meuble déterminé est


identique à celle portant injonction de payer, avec quelques différences37. Il ressort en
effet de l'Acte uniforme, que le demandeur, en l'espèce banquier, doit surtout désigner
précisément le bien dont la remise est demandée ; et que cette désignation doit être
accompagnée de l'original ou de la copie certifiée conforme de tout document justifiant
cette demande38.

34 Art. 16, al. 2 de l'Acte uniforme. V. C.A. OUAGADOUGOU, ord. réf. n° 32, du 8 juin 2000, cité par A.-M. ASSI-
ESSO, préc.
35 F. ANOUKAHA et A-D. TJOUEN : Les procédures simplifiées de recouvrement et les voies d'exécution en OHADA, coll.

Droit Uniforme, PUA, 1999. Pour l'effectivité de ces procédures, voir C.A. Cotonou, 19 avril 1999, n° 67-99 ; C.A.
Dakar, civ. et com. 27 juill. 2000, n° 360, décisions citées par A.-M. ASSI-ESSO, préc..
36 Dans les pays aujourd'hui membres de l'OHADA, seule la législation malienne connaissait une procédure voisine,

l'injonction de faire : v. art. 858 à 866 du décret n° 94-226/P-RM du 28 juin 1994 portant code de procédure civile,
commerciale et sociale.
37 F. ANOUKAHA et A-D. TJOUEN : préc., n° 32 et s.
38 Art. 21, AUPSR.

8
Pour le reste, l'efficacité du recouvrement en nature de sa créance par le banquier suppose
qu'il ait respecté l'ensemble des formalités prescrites par l'Acte uniforme. Notamment, la
décision portant injonction de délivrer ou de restituer devra, sous peine de caducité, être
signifiée au débiteur dans les trois mois de sa date. Et en l'absence d'opposition39, le
banquier pourra obtenir du Président de la juridiction compétente l'apposition de la
formule exécutoire sur la décision, et portant sommation du débiteur d'avoir à
transporter, à ses frais, le bien litigieux en un lieu et dans les conditions indiquées.

En tout état de cause, qu'il s'agisse de l'injonction de payer, de délivrer ou de restituer, le


résultat reste le même si le débiteur refuse de s'exécuter, notamment après apposition de
la formule exécutoire sur la décision. Ce qui est malheureusement le cas de bon nombre
de décisions rendues dans l'espace OHADA. Le banquier ne peut alors, en pareils cas,
obtenir le recouvrement effectif de sa créance qu'en entamant des procédures résultant
des voies d'exécution.

B. Le recouvrement des créances bancaires par le biais des voies d'exécution

Les voies d'exécution ont notamment pour finalité la délivrance ou la restitution d'un bien
mobilier corporel40. Ainsi, le banquier peut simplement revendiquer, faire appréhender ou
faire conserver les biens du débiteur. Toutefois, c'est par le biais de la saisie que les voies
d'exécution se manifestent et assurent leur efficacité au profit du banquier. Ainsi, ce
dernier n'ayant pas pu obtenir le recouvrement de sa créance en utilisant les procédures
simplifiées de recouvrement pourrait, s'il le souhaite, faire mettre sous main de justice les
biens de son débiteur en vue de les faire vendre et de se faire payer sur le prix41.

L'article 28 de l'acte uniforme portant organisation des procédures simplifiées de


recouvrement et des voies d'exécution dispose qu'"à défaut d'exécution volontaire, tout créancier
peut, quelle que soit la nature de sa créance (…), contraindre son débiteur défaillant à exécuter ses
obligations à son égard ou pratiquer une mesure de conservation pour assurer la sauvegarde de ses droits".
Ce texte énonce ainsi le principe selon lequel tout créancier qui ne reçoit pas
spontanément le paiement attendu a le droit de saisir les biens de son débiteur défaillant.
L'efficacité d'une telle saisie s'affirme dans son caractère multiforme (1), et l'opération fait
souvent intervenir un tiers détenteur des biens du débiteur (2).

39 Sur la forme que doit revêtir l'opposition contre une injonction de délivrer ou de restituer un bien meuble corporel

déterminé, v. C.A. Cotonou, 29 avril 1999, n° 67-99, cité par A.-M. ASSI-ESSO, préc..
40 Les voies d'exécution, au sens des nouvelles dispositions de l'acte uniforme, sont des procédures légales qui

permettent à un créancier impayé soit de saisir les biens de son débiteur pour les vendre et se faire payer, soit de se
faire délivrer ou restituer un bien mobilier corporel. V. Dakar, 19 janvier 2001, n° 36, cité par A.-M. ASSI-ESSO,
préc. Et sur l'ensemble de la question, F. ANOUKAHA et A-D. TJOUEN : Les procédures simplifiées de recouvrement et les
voies d'exécution en OHADA, préc.
41 Seules les dispositions de l'Acte Uniforme portant organisation des procédures simplifiées de recouvrement et les

voies d'exécution, en l'occurrence l'article 49, sont applicables en matière de désignation de la juridiction compétente
pour connaître les litiges relatifs à une mesure d'exécution forcée ; ce qui exclut l'application du droit interne des
Etats membres. Sur ce point,. v. not. CCJA, arrêt n° 021 du 26 déc. 2002, Aff. Société MOBILE OIL COTE
D'IVOIRE c/ S. M., Ohadata J-03-108, note J. ISSA SAYEGH, avec une importante jurisprudence citée.

9
1) De la diversité à l'efficacité des saisies en matière de recouvrement

La saisie d'un bien saisissable, meuble ou immeuble, est une procédure par laquelle un
créancier immobilise un tel bien appartenant à son débiteur afin, si celui-ci persiste à ne
pas payer, à le faire vendre pour se payer sur le prix de la vente ou de se le faire attribuer.
Suivant l'objectif visé par le créancier saisissant, on distingue la saisie conservatoire42 de la
saisie-attribution43. Leur efficacité s'apprécie selon que l'opération confère au créancier
une satisfaction totale ou partielle44.

La saisie conservatoire porte sur tous les biens mobiliers du débiteur dont elle rend
indisponibles. Il s'agit à la fois, d'une mesure de précaution contre l'insolvabilité éventuelle
du débiteur et des moyens de pression pour amener celui-ci à s'exécuter45. Aussi, la saisie
conservatoire peut ou non se fonder sur un titre exécutoire.

Il en résulte que le banquier a la possibilité d'engager une mesure de saisie après s'être
assuré que sa créance ne souffre d'aucune contestation, et ceci sans commandement
préalable46. L'Acte uniforme portant organisation des procédures simplifiées de
recouvrement et des voies d'exécution a d'ailleurs, en son article 55 alinéa 2, énuméré
limitativement, en faveur des banques, des actes susceptibles de fonder une saisie
conservatoire d'office sans autorisation ni titre exécutoire. Dans le domaine bancaire, il
s'agit notamment du défaut de paiement, dûment établi, d'une lettre de change acceptée,
d'un billet à ordre ou d'un chèque47. A la vérité, de tels actes concernent des cas où la
créance qui est à l'origine de la saisie conservatoire ne semble pas contestable.

La banque qui recourt à la saisie conservatoire bénéficie de deux principaux avantages.


Tout d'abord, l'effet de surprise résultant de l'absence de commandement préalable évite
que le débiteur organise son insolvabilité.
Ensuite, l'assiette d'une telle saisie est assez large ; le banquier, en sa qualité de créancier,
peut saisir tous les biens mobiliers de son débiteur, corporels ou incorporels. La saisie
conservatoire pratiquée par le banquier pourra ainsi porter dur des sommes d'argent48, et
donc sur des comptes du débiteur ouverts dans ses livres ou ceux d'une autre banque. Elle
pourra encore porter sur des meubles corporels49, des créances50, des droits d'associés et
les valeurs mobilières51.

42 Elle tend simplement à rendre indisponible le bien objet de la saisie.


43 Elle vise à la vente du bien saisi, en donnant au créancier le bénéfice de l'attribution dudit bien.
44 La saisie exécution pratiquée en lieu et place de la saisie conservatoire qui devait normalement l'être doit être

déclarée nulle. En ce sens, Tribunal de Première Instance de Yaoundé, 17/02/2005, Ordonnance n° 382 /C, affaire
Mme Dione Yvonne c/ MINEFI, Directeur des Impôts, Estine Ernest et me Mboussi, Ohadata J-05-162.
45 G. TATY, L'injonction de payer et la saisie conservatoire dans le nouveau droit harmonisé applicable au Gabon, in Penant n° 838,

p. 94 et s.
46 Art. 54 AUPSR. Selon ce texte, la saisie conservatoire peut être déclenchée dès que la créance paraît fondée en son

principe. Sur la notion de créance paraissant fondée en son principe, v. C.A. Abidjan, ch. civ., et com., 30 mai 2000,
n° 690 ; Dakar, 23 juin 2000, n° 282, décisions citées par A.-M. ASSI-ESSO, préc..
47 Dans la généralité, il peut aussi s'agir d'un loyer impayé après commandement, dès lors que celui-ci est dû en vertu

d'un contrat de bail d'immeuble écrit.


48 Il ressort de l'article 57 de l'AUPSR, que lorsque la saisie porte sur une créance ayant pour objet une somme

d'argent, l'acte de saisie rend indisponible à concurrence du montant autorisé par la juridiction compétente ou,
lorsque cette autorisation n'est pas nécessaire, à concurrence du montant pour lequel la saisie est pratiquée.
49 Cette forme de saisie porte sur tous les meubles du débiteur. Ceci laisse toute latitude à la banque de pratiquer sa

saisie, en plus des divers comptes, sur le matériel de l'entreprise.

10
En définitive, la saisie conservatoire relève d'un large domaine52, et assure l'efficacité des
droits du banquier par l'indisponibilité dont elle affecte provisoirement les biens du
débiteur. Ce dernier pourra même, en cas de résistance, constater à son grand regret une
transformation de la saisie conservatoire en saisie-attribution ou en saisie-vente53. A la
suite de cette transformation, le banquier créancier devra veiller à ce que l’acte de
conversion soit signifié au débiteur, faute de quoi le stade de l’exécution ne sera considéré
comme atteint. Il est en effet de jurisprudence que la transformation de la procédure
conservatoire en procédure d'exécution nécessitant la signification par le créancier au
débiteur d'un acte de conversion de la saisie en saisie vente, la saisie litigieuse n'atteint pas
atteint le stade de l'exécution dès lors que le demandeur n'a pas produit d'exploit portant
signification au défendeur d'un acte de conversion prévu par l'Acte OHADA. Dès lors, la
saisie litigieuse demeure une simple mesure conservatoire, de sorte que l'article 32,
régissant exclusivement les mesures d'exécution pratiquées en vertu d'un titre exécutoire
par provision, ne lui est pas applicable54.

La saisie attribution, justement, est celle permettant à la banque de frapper


d'indisponibilité les sommes d'argent ou les créances de son débiteur détenues par un
tiers, en vue de se faire attribuer par décision de justice55. La banque pourra pratiquer une
telle saisie, sans titre exécutoire, avec l'autorisation du juge.

La saisie attribution présente la particularité d'obliger un tiers, en lui interdisant de


disposer des sommes visées par la saisie56 et, éventuellement de payer le banquier,
créancier saisissant, en lieu et place du débiteur saisi.
En cas de contestation de la saisie-attribution, l'action doit être élevée devant la juridiction
du domicile ou du lieu où demeure le débiteur. Si celui-ci n'a pas de domicile connu, elle
est portée devant la juridiction du domicile ou du lieu où demeure le tiers saisi57. Comme
le prévoit l'article 170 alinéa 2 de l'Acte uniforme portant organisation des procédures
simplifiées de recouvrement et des voies d'exécution, ce dernier doit être appelé à
l'instance. Mais l'acte uniforme ne prévoit aucune sanction d'irrecevabilité de l'action en
contestation si l'appel du tiers saisi en la cause n'est pas fait. Il en résulte que la seule

50 Cette forme de saisie est spécialement réglementée par les articles 77 à 84 de l' AUPSR. Il s'agit d'une modalité
particulière de saisie conservatoire pratiquée entre les mains d'un tiers.
51 Cette innovation de l'Acte uniforme est prévue aux articles 85 à 87 de l’AUPSR.
52 G. TATY, préc..
53 L'acte de conversion produit les même effets que la signification d'un acte de saisie-attribution. V. art. 82 in fine de

l'AUPSR.
54 CCJA, 27/01/2005, Arrêt n° 005/2005, Affaire: D.E c/ LlMBA - S.A., Ohadata J-05-187, Le Juris Ohada n°

1/2005, janvier-mars 2005, p. 13.


55 Selon l'article 154 de l'AUPSR, l'acte de saisie emporte, à concurrence des sommes pour lesquelles elle est

pratiquée, attribution immédiate. Sont comprises dans ces sommes les dépens régulièrement liquidés et qui
constituent les accessoires devant être également pris en compte au moment de la saisie. En ce sens, v. Tribunal de
Première Instance de Yaoundé, 18/11/2004, Ordonnance n° 123/C, affaire SATPAC c/ SITRACEL SA me Thame
Deuna Rachel et autres, Ohadata J-05-161.
56 L'article 157 de l'AUPSR énonce les particularités de l'acte de saisie.
57 Art. 169 de l'AUPSR .

11
sanction possible en cas de méconnaissance de cette disposition serait l'inopposabilité au
tiers saisi du jugement à intervenir58.

Quant à la saisie-vente, elle peut être engagée par le banquier aux fins d'obtenir la vente
des biens de son débiteur afin de se faire payer sur le prix. La saisie-vente peut être issue
d'une saisie conservatoire des droits d'associés et de valeurs mobilières, tout comme elle
peut être intentée d'emblée, notamment si la banque constate que sa créance est gravement mise
en danger alors qu'elle n'a pas engagé une procédure de saisie conservatoire.

A travers la saisie-vente, le banquier dispose d'un moyen relativement efficace pour se


faire payer, de manière intégrale sinon substantielle. Pour ce faire, il peut avoir intérêt à
orienter la saisie sur le matériel industriel de l'entreprise. Il pourra multiplier ses chances
en saisissant également les biens mobiliers incorporels.

Il reste que dans le cadre des opérations de saisie, le banquier pourra être confronté à un
certain nombre de difficultés tenant, soit à l'insuffisance des biens saisis, soit au concours
d'autres créanciers, soit encore à la lenteur des procédures. Il lui est donc opportun
d'engager les opérations de saisie non seulement entre les mains du débiteur, mais
également entre celles d'un tiers détenteur.

2) L'intervention d'un tiers dans la procédure de saisie engagée à l’initiative du banquier

Il ressort de l'article 50 de l'acte uniforme portant organisation des procédures simplifiées


de recouvrement et des voies d'exécution, que "les saisies peuvent porter sur tous les biens
appartenant au débiteur alors même qu'ils seraient détenus par des tiers […]". Ce texte innove, en
précisant que la détention d'un bien du débiteur par un tiers n'est plus un obstacle aux
saisies59.

Le tiers intervenant est, le plus souvent, un acquéreur du bien sur lequel portent les droits
du banquier. C'est donc une personne étrangère à la procédure de saisie engagée par le
banquier, mais dont les droits se trouvent en concurrence.

En matière immobilière, les créances bancaires sont souvent garanties par des
hypothèques conventionnelles60. Le tiers intervenant, dans ce cas, sera le plus souvent,
soit le locataire du bien immobilier, soit tout autre tiers détenteur, y compris l'acquéreur
de l'immeuble. Dans ce dernier cas, la détention ne fera pas obstacle à l'exercice de son
droit de suite par le banquier contre le tiers détenteur dont le titre est publié
postérieurement à l'hypothèque61.
Quant au locataire, il pourra intervenir au moment de la réalisation du bien faisant l'objet
de la saisie, notamment pour faire valoir son droit de préemption reconnu par le droit
civil interne. Il nous semble évident qu'une telle préemption ne saurait s'imposer, l'Acte

58 En ce sens, CCJA, arrêt n° 003/2002 du 10 janvier 2002, Aff. Société Ivoirienne d'Emballage Métallique dite
SIEM c/ 1° Société ATOU, 2° Banque Ivoirienne pour le Commerce et l'Industrie de la Côte d'Ivoire dite BICICI,
Ohadata J-02-25, note approbative J. ISSA SAYEGH.
59 En ce sens, A.-M. ASSI-ESSO, in OHADA, Traité des actes uniformes commentés et annotés, préc., p. 721.
60 Régies par l'article 126 et. de l'AUPS.
61 Art. 146 de l'AUPS.

12
Uniforme ayant organisé un mécanisme de vente aux enchères publiques62, exclusif de
tout droit de préemption. En tout état de cause, la préemption intervient nécessairement
avant que la vente ne soit conclue63, d'autant plus que ce droit oblige le vendeur du bien à
communiquer les conditions de la vente au bénéficiaire du droit légal ; ce dernier devant
alors, dans un certain temps, décider d'acquérir ou non le bien mis en vente.

En matière mobilière, le banquier est valablement autorisé à exercer la saisie entre les
mains d'un tiers-détenteur. Ce dernier sera, le plus souvent, soit un autre banquier
dépositaire des fonds appartenant au débiteur, soit l'employeur de ce dernier, soit un
gagiste64. Tout comme il pourra s'agir de l'avocat, du notaire ayant perçu le prix d'un
immeuble pour le compte du débiteur, du représentant légal du mineur, ou même du
locataire. Dans ce dernier cas, la saisie porte sur des créances à exécution successive65 ; le
locataire se libèrera alors entre les mains du banquier ou de son mandataire justifiant d'un
pouvoir spécial, au fur et à mesure des échéances de loyer66.

Le banquier dépositaire, tiers saisi par un autre banquier créancier, est tenu de respecter la
réglementation relative à la saisie-attribution67. Notamment, il devra déclarer au créancier
saisissant l'étendue de ses obligations à l'égard du débiteur, les modalités susceptibles de
l'affecter68, et procéder au paiement sur présentation d'un certificat de non-contestation69.
En tout état de cause, l'acte de saisie rend le tiers saisi personnellement débiteur des
causes de la saisie, dans la limite de son obligation70. En cas de refus de paiement par le
tiers saisi des sommes dont il est ou s'est reconnu débiteur71, la contestation est portée
devant la juridiction compétente qui peut délivrer un titre exécutoire contre lui72.

Quant à l'employeur du débiteur, les modalités de la saisie des rémunérations de son


salarié sont organisées par les articles 179 et suivants de l'Acte uniforme portant
organisation des procédures simplifiées de recouvrement et les voies d'exécution. La saisie

62 Les enchères sont les offres successives et de plus en plus élevées présentées par des personnes désirant acquérir
l'immeuble. Celui qui fait l'offre la plus importante est alors déclaré adjudicataire. V. art. 282 al. 2 de l'AUPSR.
63 Sinon il s'agirait plutôt d'un retrait.
64 Sur le gage de créances de sommes d'argent, lire J. ISSA SAYEGH, Le gage sur créances de sommes d'argent, in Penant,

numéro spécial 840, Sûretés et garanties bancaires, p. 285 et s.


65 Appl. Art 50 de l'AUPSR.
66 Combinaison des art. 165, al. 1 et 167 de l'AUPSR.
67 Sur la codification du rôle du banquier tiers saisi, v. E. M. MVONDO, Le recouvrement des créances par saisie des comptes

bancaires au regard de la réforme de l'OHADA, Mémoire de DESS, option Juriste Conseil d'Entreprises, Université de
Douala, 2003 – 2004, p. 25 et s.
68 Saisie antérieure, cession ou délégation. V. art. 156, al. 1 de l'AUPSR. Toutefois, la jurisprudence précise, à juste

titre, que les dispositions de l'article 156 de l'Acte uniforme portant organisation des procédures simplifiées de
recouvrement et des voies d'exécution ne sont pas applicables au défendeur au pourvoi, qui n'a pas la qualité de tiers
saisi, une erreur ayant été commise de bonne foi sur les identités. V. CCJA, Arrêt n° 09/2005 du 27/01/2005,
Affaire: Société AFROCOM - CI c/ CITIBANK, Ohadata J-05-191, Le Juris Ohada, n° 1/2005, janvier-mars 2005, p.
28.
69 C.A. Littoral (Douala), Arrêt n° 92/REF du 22 janvier 2001.
70 CCJA, arrêt n° 004/2002 du 10 janvier 2002, Affaire Banque of Africa Cote d'Ivoire (BOA) c/ Banque de l'Habitat

de Côte d'Ivoire (BHCI), Ohadata J-02-26, obs. J. ISSA SAYEGH.


71 Le paiement constituant l'obligation fondamentale de la saisie.
72 CCJA, arrêt n° 004/2002 du 10 janvier 2002, préc.

13
opérée par le banquier ne pourra porter que sur la quotité saisissable du salaire73, et après
une tentative de conciliation devant la juridiction du domicile du débiteur74.

Lorsque le banquier fait face à un débiteur en difficultés, des procédures spécifiques


organisent le recouvrement de ses créances.

II. Le recouvrement des créances bancaires auprès d'un débiteur en difficultés

Nous n'envisageons pas ici l'hypothèse où le crédit est octroyé à une entreprise en
difficultés75, mais celle dans laquelle le cocontractant du banquier connaît des difficultés
longtemps après qu'un crédit lui ait été octroyé76.

Les difficultés d'un débiteur, partenaire contractuel de la banque, peuvent être


momentanées. Dans ce cas, les parties auront recours, à leur guise, à divers mécanismes
de recouvrement amiable77. Ces dernières pourront consister, soit en une tentative de
conciliation78, avec notamment l'adoption d'un nouveau plan d'amortissement, soit au
recours à la transaction79, dont l'aboutissement réside dans un règlement par
compensation80 ou des abandons de créances.

Les difficultés du cocontractant du banquier peuvent graves, au point de le conduire en


état de cessation des paiements81. Dans ce cas, il y a lieu de recourir à l’une des procédures

73 Cette quotité est déterminée par les droits internes des Etats parties à l'OHADA. Au Cameroun, il s'agit d'un

décret du 9 mai 1994.


74 Au Cameroun, Tribunal de Grande Instance ou Tribunal de Première Instance, selon que le montant revendiqué

est supérieur ou inférieur à 5 millions de francs cfa : art. 13 et 16 de l’ord. n° 74 du 26 août 1972, modifié et complété
par la loi n° 89/019 du 29 déc. 1989. V. Le commentaire de ce texte par F. ANOUKAHA, P.-G. POUGOU et V.
TCHOKOMAKOUA in Juridis Périodique n° 2/1990, p. 5.
75 Le sujet des entreprises en difficultés a largement été présenté par d'importants auteurs : P. G. POUGOUE et Y.

KALIEU, L’organisation des procédures collectives d’apurement du passif OHADA, PUA, 1999 ; F. M. SAWADOGO :
OHADA, Droit des entreprises en difficultés, Collection droit uniforme africain, éd. Bruylant, Juriscope, Bruxelles, 2002.
Lire également K. ASSOGBAVI, Les procédures collectives d'apurement du passif dans l'espace OHADA, in Penant n° 832, p.
55 et s. ; P. NGUIHE KANTE, Réflexions sur la notion d'entreprise en difficulté dans l'Acte uniforme portant organisation des
procédures collectives d'apurement du passif, in Penant n° 838, p. 5 et s. Adde. Ph. TIGER, Les procédures collectives après
cessation des paiements en droit harmonisé de l'OHADA, in Petites Affiches du 13 octobre 2004, p. 35 et s.
76 Sur le recouvrement des crédits octroyés aux entreprises en difficultés, v. D. PYM BOLLERI, Le banquier et le

financement d'une entreprise en difficultés, Mémoire de DEA droit des affaires, Université de Douala, 2003 – 2004.
77 Il faudrait entendre par là le recours à des concessions réciproques afin de permettre au client de rembourser son

crédit sans pour autant se mettre ses activités en difficultés.


78 Dans ce cadre précis, elle consiste, dans une invite du banquier ayant pour objectif d'amener le client, de manière

souple, à régulariser sa situation. A cet effet, le banquier commence par adresser à son client une lettre de relance, et
les discussions se terminent généralement par la mise en place d'un nouvel échéancier de paiement.
79 La transaction bancaire est un mode de gestion des risques contractuels. Elle permet à la banque de revoir ses

prétentions à la baisse, ce qui favorise le recouvrement de ses créances face à un débiteur dont les difficultés
pourraient s'accentuer au point de le conduire en état de cessation des paiements. Auquel cas de nouvelles
procédures entreront en jeu.
80 Dans le cadre des procédures collectives, le paiement par compensation se fera en cas de connexité (art. 68, 4° de

l'Acte Uniforme portant organisation des procédures collectives d'apurement du passif) ; de même que les effets de commerce
escomptés par inscription en compte pourront être contre-passés en cas de non-paiement à l'échéance.
81 La cessation des paiements désigne la situation dans laquelle le débiteur est dans l'impossibilité de faire face à son

passif exigible avec son actif disponible. Il doit alors en faire la déclaration aux fins d'obtenir l'ouverture d'une
procédure de redressement judiciaire ou de liquidation des biens, quelle que soit la nature de ses dettes.

14
prévues par l’Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement
du passif.

Si l’entreprise connaît de sérieuses difficultés financières, ne conduisant pas à la cessation


de ses paiements82, il y a lieu de passer par un règlement préventif83. Et dans ce cadre, le
banquier peut valablement participer à un concordat84, maintenant ainsi son crédit au
débiteur en difficultés85. A cet effet, il renoncera éventuellement à une clause résolutoire,
qui aurait pu valablement recevoir application en raison du caractère intuitu personae du
contrat de prêt bancaire86. Le débiteur pourra ainsi obtenir de délais supplémentaires de
paiement de son crédit, voire des remises87, tout ceci favorable à son redressement.
Situation beaucoup plus avantageuse pour un débiteur qui, à compter du jugement de
règlement préventif, va recouvrer la liberté d’administration et de disposition de ses biens.
Ce débiteur aura naturellement tout intérêt à respecter les engagements concordataires,
sous peine d’être immédiatement mis en redressement judiciaire ou en liquidation des
biens s’il y a cessation des paiements88. C’est ainsi qu’au cours de chacune de ces deux
phases, le banquier aura recours à des procédures différentes en vue du recouvrement de
ses créances.

A. Le recouvrement des créances bancaires dans le cadre d’une procédure de


redressement judiciaire du débiteur

En période de redressement, l'on pense encore aux chances de survie du débiteur en


difficultés. Cette période autorise en effet la mise en place de voies et moyens pouvant
permettre au débiteur de continuer à exercer son activité et, par contrecoup, de sauver de
nombreux emplois, afin d'épargner de nombreuses familles des difficultés quotidiennes.
Le redressement judiciaire de l'OHADA s'inscrit ainsi dans le droit fil de l'objectif de
préservation de l'entreprise en tant qu'unité économique et sociale89.

82 Sur la distinction entre la cessation des paiements et la simple insolvabilité voir F. M. SAWADOGO, note sous
Tgi de OUAGADOUGOU, jugement n° 020/03 du 29 janvier 2003, Revue burkinabé de droit, n° 45, Ohadata J-05-249.
83 Réglementé par les articles 5 à 24 de l’Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif,

le règlement préventif est une procédure qui intervient lorsque l’entreprise connaît de sérieuses difficultés financières.
Elle vise à éviter que celles-ci ne conduisent à la cessation de ses paiements. V. V. F. M. SAWADOGO, note préc.
Comme le prévoit expressément l’article 5 de ce texte, la requête en règlement préventif doit être de l’initiative du
débiteur. V. égal. P. NGUIHE KANTE, Réflexions sur la notion d'entreprise en difficulté dans l'Acte uniforme portant
organisation des procédures collectives d'apurement du passif, préc.
84 Le concordat sérieux est probablement celui qui, tout en préservant et en favorisant l’assainissement de

l'entreprise, assure le paiement des créanciers dans des conditions acceptables. Il faut donc, d'une part des mesures
de redressement de l'entreprise et un plan de paiement des créanciers théoriquement satisfaisants, d'autre part des
garanties d'exécution des engagements que contient la proposition de concordat. En ce sens, F. M. SAWADOGO,
préc.
85 P. G. POUGOUE et Y. KALIEU, L’organisation des procédures collectives d’apurement du passif OHADA, préc., n° 179.
86 Sur cette qualification, v. F. GRUA, préc., n°s 53 et 67.
87 Les remises et délais accordés au débiteur dans le cadre d’un concordat ne profitent pas à des cautions. Elles

restent tenues (sous les réserves mentionnées plus loin) à l’échéance convenue, de payer le montant initial de la dette. V. P.
G. POUGOUE et Y. KALIEU, op. cit., n° 201.
88 Art. 141 de l'AUPC. V. Ph. TIGER, art. préc. ; K. ASSOGBAVI, Les procédures collectives d'apurement du passif dans

l'espace OHADA, préc.


89 Ph. TIGER, Les procédures collectives après cessation des paiements en droit harmonisé de l'OHADA, préc.,

spéc. p. 42.

15
Il va sans dire que le banquier, dans le souci d'assurer le recouvrement de ses créances,
aura à faire un choix capital, et sans doute stratégique90 : soit d'évoluer en marge de la
procédure (1), soit de faire partie de la masse des créanciers (2).

1) L'option du banquier d'évoluer en marge de la masse des créanciers

Le banquier choisira d'évoluer en marge de la masse, et donc de la procédure de


redressement frappant son débiteur, spécialement lorsqu'il sera en possession de certaines
garanties le mettant en position favorable face aux autres créanciers. Spécialement, le
banquier titulaire de sûretés relatives au droit de propriété91 aura intérêt à exercer une
action en revendication des biens détenus par son débiteur en redressement92. En effet, la
propriété apparaît comme une garantie suffisamment solide, fruste même pour certains,
qui permet d'échapper aux rigueurs des procédures de concours des créanciers93.

Bien entendu, la propriété du banquier revendiquant devra être prouvée, à travers la


présentation du contrat sur lequel est fondée la détention du débiteur en redressement. Ce
contrat sera le plus souvent une vente94 ou un crédit-bail régulièrement publiés au
Registre du Commerce et du Crédit Mobilier (RCCM)95.

La revendication ne pourra cependant prospérer que si le bien existe encore en nature


dans le patrimoine du débiteur et peut être individualisé96. Condition facile à établir
s'agissant des machines faisant l'objet d'un contrat de crédit-bail. En revanche, pour les
marchandises dont le banquier prêteur s'est réservé la propriété, les choses seront
beaucoup plus difficiles, s'agissant de choses fongibles97. En tout état de cause, les
chances du banquier d'entrer en possession de son bien ou de son dû s'amplifieront si
l'action en revendication est exercée dans les trois mois à compter de l'avis de réclamation
adressé aux créanciers98. Cela est d'autant vrai que le syndic est autorisé à faire échec à une
telle réclamation en payant immédiatement et intégralement le prix des marchandises ou
du bien détenu par le débiteur en redressement99.

90 Tous les créanciers n'ont donc pas de droits égaux. Comp. J.-P. SORTAIS, in RTD com. 1976, p. 269, affirmant que

tous les créanciers sont égaux, mais que certains sont plus égaux que d'autres.
91 Clause de réserve de propriété et ses dérivés essentiellement. V. M. GRIMALDI, L’Acte uniforme portant organisation

des sûretés, in Petites Affiches du 13 oct. 2004, p. 30 et s.


92 Il devra toutefois, produire préalablement sa créance : v. art. 78 de l'AUPC.
93 P. G. POUGOUE et Y. KALIEU, L’organisation des procédures collectives d’apurement du passif OHADA, PUA, préc., n°

161 ; Y. KALIEU, Réflexions sur les nouveaux attributs du droit de propriété : à propos de la propriété utilisée aux fins de garantie
des crédits, in Annales de la Faculté des Sciences Juridiques et Politiques de l'Université de Dschang, t. 1, vol. 1, p.193 et s. Adde.
Ph. DELEBECQUE, La propriété en tant que sûreté dans les procédures collectives, in RTD com. 1995, p. 385 et s. ; C.
MOULY, Assainir le régime des sûretés, in Etudes dédiées à R. ROBLOT, L.G.D.J, 1984, p. 529 et s.
94 K. M. BROU, La protection des vendeurs de biens avec clause de réserve de propriété dans les procédures collectives : l'apport du

Traité OHADA, in Revue de la Recherche Juridique (Droit prospectif) 2001/1, p. 273 et s.


95 Sur le RCCM, lire A. FENEON, Le registre du commerce et du crédit mobilier, in Cahiers Juridiques et Fiscaux de

l'Exportation (CFCE) 1998, n° 2, p. 281 et s. ; A. DELABRIERE, Le registre du commerce et du crédit mobilier, instrument
d'information et de sécurité des créanciers dans l'espace OHADA, in Penant n° 840, Sûretés et garanties bancaires, p. 369 et s.
96 Art. 103 de l'AUPC.
97 Et donc difficilement identifiables. V. K. M. BROU, La protection des vendeurs de biens avec clause de réserve de propriété

dans les procédures collectives : l'apport du Traité OHADA, préc.


98 Art. 87, al. 3 de l'AUPC.
99 Appl. Art. 108 de l'AUPC.

16
L'action en revendication du banquier pourrait également, aux termes de l'Acte uniforme,
s'exercer sur les effets de commerce ou autres titres non payés mais remis auparavant par
le débiteur en vue de garantir le paiement de sa dette100.

Evoluant en marge de la procédure de redressement judiciaire, le banquier est en droit de


poursuivre les codébiteurs in bonis101, afin de recouvrer sa créance. Il est en effet de
principe que la procédure de redressement d'un débiteur n'a pas d'influence sur la
situation des codébiteurs in bonis102. Il en résulte, que nonobstant un concordat de
redressement, le banquier conserve son recours en vue du paiement intégral de sa créance,
contre l'un quelconque des coobligés103. Un tel recours est fondé sur la solidarité
inhérente à ce type d'engagement104, mécanisme qui s'impose afin d'assurer la stabilité des
engagements contractuels. Cette solidarité est profitable pour le banquier dispensateur de
crédit, et ce d'autant qu'elle est de nature à rehausser l'efficacité et l'intérêt des garanties
personnelles105.

La règle de l'article 93 de l'Acte uniforme portant organisation des procédures collectives


d'apurement du passif induit d'ailleurs une autre conséquence favorable pour le banquier,
spécialement dans l'hypothèse où les codébiteurs feraient également l'objet d'une
procédure de redressement. Dans ce cas, le banquier pourra valablement produire dans
toutes les procédures, ce qui augmente d'autant les chances d'obtenir le paiement intégral
de ses créances.

Reste à éclaircir la situation née de la déchéance du terme frappant le débiteur en


redressement. La question est celle de savoir si une telle déchéance entraîne libération des
coobligés in bonis, en rendant exigibles les créances du débiteur non encore échues. Cette
question devrait recevoir une réponse négative. La déchéance du terme ne saurait être
invoqué par le coobligé in bonis, car cela remettrait en cause le principe même de
l'engagement du codébiteur, tenu de payer en cas de défaillance du débiteur principal. Or
ce dernier, soumis à une procédure de redressement, est manifestement incapable de
satisfaire le banquier créancier. Il est donc en droit de réclamer et d'obtenir paiement
auprès des coobligés in bonis106. Ces derniers seront d'ailleurs tenus de payer, dès la mise

100 Appl. Art. 102 de l'AUPC.


101 Coobligés, cautions, garants dans la lettre de garantie. Dans ce dernier cas, le caractère autonome de l'engagement
du garant augmente considérablement les chances de désintéressement du banquier. Sur la lettre de garantie en droit
OHADA, lire P. TIGER, La lettre de garantie, in Penant, numéro spécial 840, sûretés et garanties bancaires, p. 310 et s. ;
C. MBA-OWONO, Le régime juridique des lettres de garantie dans l’Acte uniforme portant organisation des sûretés, in Penant n°
834, janv.-avr. 2001 ; P. K. AGBOYIBOR, La consécration législative de la lettre de garantie constitue-t-elle un progrès ou une
régression pour la pratique des garanties indépendantes dans la zone OHADA, in Penant, numéro spécial 840, sûretés et
garanties bancaires, p. 263 et s.
102 Art. 93 de l'AUPC.
103 A moins que le banquier n’ait reçu un paiement partiel avant l’ouverture de la procédure collective, auquel cas ses

droits ne seraient maintenus que pour le restant de sa créance non encore recouvrée : appl. Art. 91, al.1 de l'AUPC.
104 Rappr. de la présomption de solidarité du cautionnement civil, prévue par l'article 10, al. 1 de l'AUPS.
105 B. MARTOR, Comparaison de deux sûretés personnelles, le cautionnement et la lettre de garantie, in JCP 2004, éd. E.,

supplément n° 5 à la Semaine Juridique n° 44 du 28 oct. 2004, p. 21 ; D. PYM BOLLERI, Le banquier et le financement


d'une entreprise en difficultés, préc., p. 115, qui fait remarquer justement que le banquier qui finance par exemple une
filiale en difficultés trouve, à travers le mécanisme de la solidarité, plus de sécurité dans le recouvrement futur de ses
créances.
106 En France, l'article 56 de la loi du 25 janvier 1985 interdit au créancier de prévoir contractuellement la déchéance

du terme : v. E. BAZIN, Redressement judiciaire du débiteur principal : inefficacité de la clause de déchéance du terme à l'égard de la
caution, in D. 1996, J. 426.

17
en demeure, outre le principal mais également les intérêts échus après le jugement
d'ouverture de la procédure, au taux convenu initialement107.

2) L'option du banquier de faire partie de la masse des créanciers

Refusant une démarche solitaire, le banquier est le plus souvent conduit, après qu'un de
ses débiteur soit mis en redressement judiciaire, à se mettre dans les rangs de la masse.
Dans ce cas, ses droits sont sauvegardés en tenant compte de ceux de tous les autres
créanciers108 du même débiteur, tous faisant partie d'une masse.

Dans cette hypothèse, l'Acte uniforme portant organisation des procédures collectives
d'apurement du passif prévoit des mesures destinées à assurer la bonne administration des
biens du débiteur, ce qui peut être de bonne augure pour le banquier. L'intervention du
syndic, agissant au nom et dans l'intérêt collectif de tous les créanciers, se manifeste
notamment par l'assistance obligatoire du débiteur pour tous les actes concernant
l'administration et la disposition de des biens, sous peine d'inopposabilité de ces actes109.

Bien entendu, ayant décidé de faire partie de la masse, le banquier est tenu de respecter la
discipline collective. Ce qui entraîne notamment la suspension des poursuites individuelles
contre le débiteur110 et l'obligation pour le banquier de produire sa créance à la procédure
collective111.

La masse présente un intérêt évident pour le banquier dispensateur de crédit, lorsque ce


dernier ne bénéficie d'aucune sûreté affectée en garantie du paiement de la dette. En effet,
la décision d'ouverture va emporter, au profit de ma masse, dont fait partie le banquier,
"hypothèque que greffier est tenu de faire inscrire immédiatement et sur les biens immeubles du débiteur et
sur ceux qu'il acquerra par la suite au fur et à mesure des acquisition"112.
Une telle disposition, non seulement sauvegarde les droits des créanciers, mais également,
optimise les chances de leur désintéressement dans le cadre d'une exécution du concordat.
Autant de chances pour le banquier d'obtenir le recouvrement de sa créance, tout au
moins en partie si elle est d'importance.

La masse présente également un intérêt pour le banquier titulaire de sûretés réelles ayant
pour assiette un bien déterminé appartenant au débiteur soumis à la procédure de
redressement. En effet, ce dernier conserve sa sûreté, à l'image de tous les créancier en
situation identique, nonobstant sa participation au concordat. Toutefois, le régime de
ladite sûreté variera en fonction de sa nature mobilière ou immobilière.

107 De même que le débiteur est tenu à ce qui a été convenu : v. art. 80 de l'AUPC., s'agissant de la déclaration des

créances.
108 Il s'agit précisément des créanciers dont la créance est antérieure à la décision d'ouverture, même si l'exigibilité de

cette créance était fixée à une date postérieure à cette décision.


109 Art. 52 de l'AUPC.
110 Art. 75 de l'AUPC.
111 Art. 78 et s. de l'AUPC.
112 Art. 74 de l'AUPC.

18
Pour les sûretés réelles mobilières113, la rétention qui les caractérise leur permet d'octroyer
à la banque un excellent moyen d'obtenir remboursement. Détenant légitimement la
chose, par lui-même ou par son mandataire, le banquier pourra ainsi le retenir jusqu'à
complet paiement de ce qui lui est dû par le débiteur en difficultés114. Il va sans dire que si
le bien détenu est nécessaire à la poursuite de l'activité, le syndic fournira la contrepartie
justifiant le dessaisissement volontaire du banquier115.

Pour les sûretés immobilières, les droits du banquier seront d'autant plus forts que les
mesures de publicité auraient été valablement accomplies. A partir de là, le banquier ayant
publié son droit le premier sera primé sur les autres créanciers inscrits116. Si les garanties
ont été inscrites le même jour, sur le même immeuble, il sera tenu compte des
dispositions des actes constitutifs de l'hypothèque pour déterminer son rang117.

Lorsque les difficultés du débiteur sont persistantes, on s’oriente inéluctablement vers sa


liquidation. Dans le cadre d’une telle procédure, le banquier devra doubler de vigilance
afin d’assurer l’effectivité du recouvrement de ses créances.

B. Le recouvrement des créances bancaires dans le cadre d'une procédure de


liquidation des biens du débiteur

Dans la phase de liquidation judiciaire, la situation du débiteur est catastrophique118. En ce


sens qu'en l'absence de solution de redressement, les créanciers, dont le banquier, n'ont
plus qu'à attendre la réalisation de l'actif du débiteur (1) et l'apurement de son passif (2)
pour obtenir le paiement de ce qui leur est dû.

1) L'attente de la réalisation de l'actif du débiteur en liquidation

La réalisation de l'actif du débiteur en liquidation est de la compétence du syndic119.

En vue de parvenir à la réalisation de l'actif du débiteur, le syndic devra, tout d'abord,


procéder à la vente de l'ensemble de ses biens, meubles et immeubles120. Cette vente
pourra être effectuée, soit de façon isolée, soit sous forme d'une cession globale de
l'actif121.

113 Gage, droit de rétention, nantissement sans dépossession, etc.


114 Appl. Art. 41 de l'AUPS ; v. J-C. OTOUMOU, Le droit de rétention en droit OHADA, in Penant n° 838, p. 75. Rappr.
Z. ZERBO, Le droit de rétention dans l’Acte uniforme portant organisation des sûretés, étude comparative, in Penant n° 836, mai-
août 2001.
115 Le dessaisissement involontaire autorisera le créancier à revendiquer la chose objet de la sûreté, comme un

possesseur de bonne foi : appl. Art 55 de l'AUPS.


116 Rapp. Art. 148, 3° de l'AUPS., s'agissant de la distribution et du classement des sûretés.
117 Rappr. Cass. civ. 3e, 26 nov. 2002, MOREAU c/ Banque WORM.
118 Sur l’effet suspensif de la décision d’ouverture en cas de liquidation des biens, voir not. Tgi de BOBO-

DIOULASSO (BURKINA FASO), Ordonnance de référé n° 68 du 06 juin 2003, Clinique Centrale du Houet c/
BICIA-B, Ohadata J-04-58.
119 Art. 147 de l'AUPC.
120 Sur cette vente, v. PYM BOLLERI, op. cit., p. 107.
121 La cession globale permet la vente de tout ou partie de l’actif mobilier ou immobilier qui constitue une unité

économique, une unité de production autonome. L’unité de production suppose « un ensemble de moyens matériels et

19
En cas de vente d'éléments isolés, la procédure variera selon qu'il s'agira de biens meubles
ou immeubles.
Pour les meubles, la vente pourra se faire de gré à gré ou aux enchères publiques.
Pour les immeubles, la vente ne pourra être effectuée qu'après autorisation du juge-
commissaire. La procédure oscillera entre la vente aux enchères publiques122, la vente par
adjudication ou de gré à gré123. Ceci laisse au juge-commissaire, sur requête du syndic ou
du poursuivant, de choisir la modalité la plus appropriée à l'importance du bien ou aux
circonstances de la réalisation124. De toutes ces procédures, la vente par adjudication
amiable125 paraît la plus avantageuse, et aussi la plus sécurisante pour le banquier.
Notamment, elle doit s'effectuer devant notaire126.

En cas de cession globale de l'actif su débiteur, mobilier ou immobilier127, les chances


pour le banquier d'obtenir le recouvrement de ses créances paraissent plus importantes.
En effet, la cession globale offre des chances d'obtenir un meilleur prix que dans la venté
d'éléments isolés. D'où sa préférence pour le banquier dispensateur de crédit. La
procédure, relativement identique à celle décrite précédemment prendra, soit la forme
d'une vente à l'amiable, soir celle d'une vente aux enchères publiques, soit la forme d'une
vente de gré à gré. Les effets d'une telle cession sont ceux définis à l'article 133 de l'Acte
Uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif.

En vue de parvenir à la réalisation de l'actif du débiteur, le syndic devra, ensuite procéder


au recouvrement des créances du débiteur. Il s'agit de l'ultime étape de la réalisation de
son actif. Ces créances, nécessaires à l'apurement du passif, sont essentiellement
constituées des loyers échus des immeubles appartenant au débiteur, des marchandises
livrées non encore payées ainsi que des effets de commerce à recouvrer.

Il revient au syndic, et non aux créanciers, de procéder aux opérations de recouvrement


des créances du débiteur au fur et à mesure qu'elles arrivent à échéance. Relativement aux
créances non encore échues, ou à long terme, l'Acte uniforme portant organisation des
procédures collectives d'apurement du passif permet au syndic de transiger dans les
termes de l'article 148. Cette possibilité permet de trouver des moyens nécessaires et
suffisants à l'apurement du passif du débiteur en liquidation.

A la suite de la réalisation de l’actif du débiteur en difficultés, il faudra procéder à


l’apurement de son passif, en désintéressant les créanciers dont fait partie le banquier.

humains permettant la poursuite ou la naissance d’une activité économique » : Paris, 27 janv. 1990 : Gaz. Pal. 1991, 1, 314, note J.
P. MARCHI.
122 Qui nécessite au préalable une saisie immobilière.
123 Sur cette vente, v. P. G. POUGOUE et Y. KALIEU, L’organisation des procédures collectives d’apurement du passif

OHADA, op. cit., n° 262, p. 86.


124 Ph. TIGER, Les procédures collectives après cessation des paiements en droit harmonisé de l'OHADA, préc., spéc., p. 43, qui

fait remarquer, très justement, que le dispositif ne manque pas de réalisme dans une région où l'exécution des
garanties et des procédures d'exécution se heurte fréquemment à des obstacles sociologiques majeurs.
125 Art. 155 à 158 de l'AUPC.
126 Au Cameroun, la vente par voie d’adjudication amiable est organisée par l’art. 396 du Code de procédure civile et

commerciale, repris par l’article 22 de l’ordonnance n° 85/02 du 31 août 1985 relative à l’exercice de l’activité des
établissements de crédit.
127 Art. 160 et s. de l'Acte Uniforme préc. Ce dispositif permet d’éviter les difficultés liées au défaut d’indication ou

de précision sur la valeur des différents éléments de l’actif cédé. Sur ce point, v. Ph. TIGER, op. cit., p. 43.

20
2) L'apurement du passif du débiteur en liquidation

L'apurement du passif consiste en la répartition des deniers issus de la réalisation de l'actif


entre les différents créanciers128. A cet effet, le syndic adresse, sur autorisation du juge-
commissaire, à chaque créancier admis dont le banquier, en règlement de son dividende,
un chèque à son ordre tiré sur le compte ouvert spécialement à cet effet dans un
établissement bancaire ou postal, ou au Trésor public129. Ces paiements se feront
progressivement tout au long des opérations de vente ou simplement une fois les ventes
terminées. Le recouvrement de ses créances par le banquier dépendra du fait qu'il aura ou
non produit sa créance à la procédure, même agissant en marge de la masse130.

Afin d'optimiser le recouvrement de ses créances, le banquier devra veiller à s'informer et


à faire respecter l'ordre de paiement prévu par la loi131. Bénéficiaire de sûretés réelles ou
de privilèges, le banquier sera naturellement parmi les premiers créanciers à être
désintéressés. En qualité de créancier hypothécaire132, il sera payé suivant le rang de son
inscription, en troisième position, après les frais de justice engagés pour la vente du bien
et la distribution du prix (1re position) et après les créances de salaires super privilégiées (2e
position)133.

Pour les deniers provenant de la vente des biens meubles, le banquier créancier-gagiste
sera payé en quatrième position, après les créanciers de frais de justice (1re position), les
créanciers de frais de conservation (2e position) et les créanciers de salaires super privilégiés
(3e position)134.
Le nantissement ou toute autre sûreté soumise à la publicité permettra au banquier de
recouvrer le cinquième rang.

En tout état de cause, la position du banquier, dans la distribution des deniers provenant
de la réalisation des biens du débiteur dépendra de l'inscription de sa sûreté au Registre du
Commerce et du Crédit Mobilier (RCCM). Le respect de l'ordre prescrit par l'Acte
Uniforme assure le meilleur recouvrement de ses créances par le banquier, ce qui lui évite,
si ces créances sont d'importance, de se retrouver lui-même en état de cessation des
paiements, situation qui justifiera l'ouverture d'une procédure collective à son encontre.

Le banquier, créancier-gagiste ou nanti, pourra toujours reprendre et exercer son droit de


poursuite individuelle en vue d'obtenir le recouvrement de ses créances135. Cette situation
s'imposera si le syndic n'a pas entrepris la procédure de réalisation de l'actif dans un délai
de trois mois suivant la décision de liquidation des biens136. Une telle possibilité n'est pas à
128 P. G. POUGOUE et Y. KALIEU, L’organisation des procédures collectives d’apurement du passif OHADA, op. cit., n°
266, p. 88 et s.
129 Art. 164 de l'AUPC.
130 Supra.
131 Art. 166 et s. de l'AUPC.
132 Pour les deniers provenant de la réalisation des immeubles du débiteur.
133 Art. 166 de l'AUPC.
134 Art. 167 de l'AUPC.
135 Il devra cependant rendre compte au syndic du déroulement de la poursuite individuelle.
136 Art. 149, al. 2, de l'[Link] les biens meubles, et art. 150, al. 3 pour les immeubles.

21
négliger, tant elle peut être d'un grand secours pour le banquier face à l'inertie d'un syndic
peu diligent.

Conclusion

Dans un contexte social africain difficile, le recouvrement des créances bancaires paraît
d'une grande délicatesse, les garanties souvent offertes par les clients n'assurant pas
toujours le remboursement du banquier en cas de défaillance de son cocontractant.

Le droit OHADA, soucieux de sécuriser les affaires, a mis en place des mécanismes
protecteurs137 en matière de recouvrement, dont tire profit le banquier138. Ainsi, qu'il
s'agisse d'un débiteur récalcitrant, ou elui en difficultés, le banquier trouve, à travers les
procédures mises en place, des voies et moyens de recouvrer, tout au moins en partie ses
créances envers ses débiteurs. Situation d'autant plus avantageuse pour ce maillon
essentiel au développement, tant l'on se souvient, qu'il y a de cela quelques années, les
faillites des banques se multipliaient dans bon nombre de pays membres de l'OHADA.
Même si la corruption a été pour une donne part dans ces faillites, force est de relever que
les difficultés de recouvrement des créances avant l'avènement de l'OHADA ont
largement favorisé le déclin des banques africaines au cours des années 1980.

Reste que ce pas décisif du législateur communautaire ne saurait suffire à assurer


l'efficience du recouvrement des créances bancaires. Dans bon nombre de pays africains
membres de ce nouvel espace juridique, l'impunité est de mise. Les juges, mal formés au
nouveau droit des affaires, et souvent inféodés par le pouvoir politique, ne rendent pas
toujours, à temps, des décisions justes et équitables nécessaires au développement des
entreprises139. C'est ainsi que l'on dénote, d'innombrables mépris des prescriptions légales
relatives aux voies d'exécution. Dérives aboutissent par exemple à des saisies fondées sur
des grosses obligeant le tiers saisi au paiement des causes de la saisie140, ceci au mépris des
termes de l'article 168 de l'Acte uniforme portant organisation des procédures simplifiées

137 C'est donc un droit très important. Lire J. PAILLUSEAU, Le droit OHADA, Un droit très important et original, in

JCP, éd. E, Supplément n° 5 à la Semaine Juridique n° 44 du 28 octobre 2004, p. 1 et s. ; B. MARTOR et S.


THOUVENOT, L'uniformisation du droit des affaires en Afrique par l'OHADA, ibid., p. 5 et s.
138 L’OHADA est aussi un droit de bon sens, adapté aux réalités africaines. En ce sens, Y. GUYON, Conclusion de la

journée sur l’OHADA organisée par l’Association Henri Capitant, in Petites Affiches du 13 oct. 2004, p. 59 et s., spéc.
n° 4, p. 60.
139 Un éminent auteur a justement relevé l’importance du rôle du juge en droit contemporain [...], notamment pour

assurer la rapidité, l’efficacité et la moralisation des procédures ouvertes. V. La note du Professeur Filiga Michel
SAWADOGO sous Tgi de OUAGADOUGOU, jugement n° 020/03 du 29 janvier 2003, Revue burkinabé de droit, n°
45, Ohadata J-05-249. Rappr. F. M. SAWADOGO, L’application judiciaire du droit des procédures collectives en Afrique
francophone à partir de l’exemple du Burkina Faso, in Revue Burkinabè de Droit, n° 26, juillet 1994, p. 191 à 258 ; OHADA :
Droit des entreprises en difficulté, collection Droit Uniforme Africain, Bruylant, Bruxelles, 2002, n° 20 et 150 ; Commentaire
de l’Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif, in Issa-Sayegh, Pougoué et Sawadogo
(sous la coordination de), OHADA : Traité et actes uniformes commentés et annotés, Juriscope, 2e éd ., 2002, p. 805 à 953. V.,
égal. A. ZINZINDOHOUE, Les juges nationaux et la loi aux prises avec le droit harmonisé, in Revue de droit des affaires
internationales, n° 2, 2002, p. 227 et s.
140 Sur ces dysfonctionnements, V. Par ex., Tgi Nkongsamba (Cameroun), 17/11/2004, Ordonnance n° 02/CE, affaire

DEWA HAMADOU contre EKOUME David, MEKOUDJA GUIMFACK, Ohadata J-05-156. V., égal. Ohadata J-
05-147, affirmant que la saisie-vente pratiquée en vertu de la grosse du procès-verbal de conciliation signé par le juge
et les parties est valable.

22
de recouvrement et les voies d'exécution141. Raison supplémentaire pour certains
opérateurs économiques d'évoluer sereinement dans le maquis, après avoir pourtant
bénéficiés de concours bancaires d'importance.

La tâche s'avère donc ardue, si l'on veut assurer aux banques africaines une place
compétitive dans l'économie mondialisée. Le législateur OHADA a fait ce qu'il fallait, en
adoptant de nombreux Actes Uniformes. La Cour Commune de Justice de d'Arbitrage
assure l'effectivité de l’harmonisation de ce droit commun des affaires142, à travers ses
nombreuses décisions143.

Reste donc à l'autorité judiciaire de chaque Etat membre à montrer le sérieux144, chaque
fois sollicité pour un problème relatif au recouvrement des créances bancaires. Pour cela,
elle devra appliquer le droit, et rien que le droit des affaires commun en tant que de
nécessité.

141 Ce texte dispose en effet très exactement qu'"en cas de refus de paiement par le tiers saisi des sommes qu'il a reconnu devoir
ou dont il a été jugé débiteur, la contestation est portée devant la juridiction compétente qui peut délivrer un titre exécutoire contre le tiers
saisi". Pour une application, v. CCJA, arrêt n° 004/2002 du 10 janvier 2002, Affaire Banque of Africa Cote d'Ivoire
(BOA) c/ Banque de l'Habitat de Côte d'Ivoire (BHCI), préc.
142 I. ISSA SAYEGH, La fonction juridictionnelle de la CCJA de l’OHADA, in Mélanges Roger DECOTTIGNIES, Presses

Universitaires de Grenoble, 2002 ; E. NSIE, La Cour Commune de Justice et d’Arbitrage, in Penant n° 828, p. 308 et s.
143 On peut retrouver l'essentiel de ces décisions sur le site [Link].
144 J. M’BOSSO, Le rôle des juridictions nationales dans le droit harmonisé de l’OHADA, in Revue de droit des affaires

internationales, n° 2, 2000, p. 216 et s. ; A. ZINZINDOHOUE, op. cit.

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