Lycée Louis-Le-Grand, Paris Samedi 11/12/2021
MPSI 4 – Mathématiques
A. Troesch
Devoir Surveillé no 4 (4h)
La présentation, la lisibilité, l’orthographe, la qualité de la rédaction, la clarté, la précision et la concision des raison-
nements entreront pour une part importante dans l’appréciation des copies.
Les candidats sont invités à encadrer dans la mesure du possible les résultats de leurs calculs.
L’usage de tout document et de tout matériel électronique est interdit. Notamment, les téléphones portables doivent
être éteints et rangés.
Problème 1 – (Équation de Loewner, ou un problème de capture, d’après Mines PSI 2011)
Soit λ : r0, `8rÑ R une fonction continue telle que λp0q “ 0. L’objet du problème est l’étude de l’équation différen-
tielle :
2
Epλq : x1 ptq “ .
xptq ´ λptq
‚ On dira qu’une fonction ϕ de classe C 1 sur un intervalle non vide I est solution de l’équation différentielle Epλq
si pour tout t P I,
2
ϕptq ‰ λptq et ϕ1 ptq “ .
ϕptq ´ λptq
‚ Soit x0 ą 0 un réel strictement positif. On appellera solution de Epλ, x0 q une fonction ϕ : r0, arÑ R (où
a P R˚` Y t`8u) de classe C 1 , solution de Epλq, et vérifiant de plus ϕp0q “ x0 .
‚ Une solution de Epλ, x0 q est dite maximale si elle est définie sur un intervalle r0, ar (a P R˚` Y t`8u), et qu’elle
n’est pas la restriction d’une solution définie sur un intervalle plus grand r0, a1 r, avec a ă a1 . On remarquera
en particulier qu’une solution définie sur r0, `8r est nécessairement maximale.
‚ Une fonction f définie sur un ouvert U est dite localement lipschitzienne si pour tout x P U , il existe un
voisinage V de x tel que V Ă U et f|V soit lipschitzienne.
‚ On pourra utiliser sans preuve le fait que si I et J sont deux intervalles ouverts de R, alors le pavé I ˆ J est
un ouvert de R2 .
‚ On fait remarquer que lorsqu’il est demandé de montrer qu’il existe un unique objet vérifiant une certaine
propriété, il ne suffit pas de démontrer l’unicité, il faut aussi justifier l’existence.
‚ On admet le résultat suivant :
Théorème (Cauchy-Lipschitz) : Soit U un ouvert de R2 dt F : U Ñ R une fonction (de 2 variables) définie
sur U , continue sur U et localement lipschitzienne par rapport à sa deuxième variable (pour toute valeur fixée de
sa première variable). Soit pt0 , x0 q P U . Alors il existe ε ą 0 tel que pour tout ε1 Ps0, εs, l’équation différentielle
x1 ptq “ F pt, xptqq admette une unique solution x sur st0 ´ ε1 , t0 ` ε1 r telle que xpt0 q “ x0 . En d’autres termes,
il existe une unique application x définie sur st0 ´ ε1 , t0 ` ε1 r de classe C 1 et vérifiant :
@t Pst0 ´ ε1 , t0 ` ε1 r, x1 ptq “ F pt, xptqq.
‚ On pourra utiliser librement le théorème des valeurs intermédiaires, qu’on a déjà eu l’occasion de rencontrer
cette année, même si on ne l’a pas encore démontré en cours.
Le sujet de concours duquel ce sujet est fortement inspiré concerne une épreuve de 3h, mais l’essentiel des résultats
de la partie I est admis dans le sujet original. Les parties ne sont pas rangées par ordre croissant de difficulté. En
particulier, la partie IV est largement abordable, et en grande partie indépendante des précédentes.
1
Partie I – Existence et unicité de solutions maximales de Epλ, x0 q
Le but de cette partie est de montrer qu’il existe une unique solution maximale ϕ de Epλq vérifiant ϕp0q “ x0 .
Dans cette partie, on prolonge λ en une fonction continue sur R entier, par exemple en posant λptq “ 0 si t ă 0.
Soit U “ tpt, xq P R2 | λptq ‰ xu et F : U Ñ R définie par :
2
@pt, xq P U, F pt, xq “ .
x ´ λptq
1. Le but de cette question est de montrer que U est un ouvert.
(a) Soit pt, xq P U . Montrer qu’il existe ε tel que pour tout pt1 , x1 q vérifiant |λptq ´ λpt1 q| ă ε et |x ´ x1 | ă ε, on
a λpt1 q ‰ x1 . On pourra pour cela définir ε en fonction de λptq et de x.
(b) En déduire que U est ouvert. On pourra pour cela construire un ouvert V contenant pt, xq et inclus dans U ,
sur lequel les deux inégalités de la question précédente sont satisfaites.
2. Justifier que F est continue sur U .
BF BF
3. On note et les dérivées partielles par rapport à la première et la deuxième variable de F . On prendra
Bt Bx
BF
garde au fait que, de façon inhabituelle, désigne la dérivée par rapport à la deuxième variable.
Bx
BF
(a) Exprimer, pour tout pt, xq P U , pt, xq.
Bx
BF
(b) En déduire que pour tout t fixé, il existe η ą 0 tel que x1 ÞÑ pt, x1 q est bornée sur sx ´ η, x ` ηr.
Bx
(c) En déduire que F est localement lipschitzienne par rapport à sa deuxième variable.
4. Soit I et J deux intervalles tels que I X J ‰ ∅, et soit t0 P I X J. Soit ϕ et ψ deux solutions de Epλq, définies
respectivement sur I et sur J. On suppose que ϕpt0 q “ ψpt0 q. Soit a “ infpI X Jq et b “ suppI X Jq (dans R).
(a) On pose E “ tc Psa, t0 s | ϕ|rc,t0 s “ ψ|rc,t0 s u. Montrer que E admet une borne inférieur a1 et que a ď a1 ď t0 .
(b) On suppose que a1 ą a. À l’aide du théorème de Cauchy-Lipschitz, dont on justifiera soigneusement l’utili-
sation, trouver une contradiction.
(c) En déduire que ϕ et ψ coïncident sur sa, br, puis qu’elles coïncident sur I X J.
5. Soit x0 ą 0 et A l’ensemble des réels a ą 0 tels qu’il existe une solution ϕ de Epλ, x0 q définie sur r0, ar.
(a) Montrer que A admet une borne supérieure T px0 q dans R Y t`8u.
(b) Montrer qu’il existe une unique application, qu’on notera ϕx0 , définie sur r0, T px0 qr, et solution de Epλ, x0 q,
et que toute autre solution ϕ de Epλ, x0 q est une restriction de ϕx0
La solution ϕx0 est appelée solution maximale, et T px0 q est appelé temps de vie de la solution maximale
L’équation Epλ, x0 q représente une course poursuite entre λ le lièvre et x la tortue. Au temps t “ 0, le lièvre est à
l’origine 0 “ λp0q, tandis que la tortue est en x0 ą 0. On verra que si T px0 q ă `8, alors le lièvre rattrape la tortue ;
on dit qu’il y a capture. Si T px0 q “ `8, alors la tortue parvient à s’échapper.
Partie II – Généralités
On se donne désormais x0 ą 0, et que ϕx0 désigne l’unique solution maximale de Epλ, x0 q, définie sur r0, T px0 qr. Elle
vérifie donc en particulier ϕx0 p0q “ x0 .
1. Montrer que pour tout t P r0, T px0 qr, ϕx0 ptq ą λptq.
2. En étudiant les variations de ϕx0 , montrer que ϕx0 admet une limite ℓ P R Y t`8u lorsque x tend vers T px0 q.
3. On suppose que T px0 q ă `8
(a) Montrer que ℓ ‰ `8. On pourra dans un premier temps montrer que sinon, ϕ1x0 est borné au voisinage de
T px0 q.
(b) Montrer que λpT px0 qq ď ℓ.
2
(c) Montrer que si λpT px0 qq ă ℓ, on peut prolonger ϕx0 en une fonction de classe C 1 sur r0, T px0 qs, solution de
Epλ, x0 q.
(d) À l’aide du théorème de Cauchy-Lipschitz, et de résultats de la partie I, en déduire qu’on peut prolonger ϕ
en une solution de Epλ, x0 q définie sur un intervalle r0, T px0 q ` εr, pour un certain ε ą 0. En déduire que
ℓ “ λpT px0 qq.
Ainsi, si T px0 q ă `8, on peut prolonger ϕx0 par continuité sur r0, T px0 qs, en posant ϕx0 pT px0 qq “ λpT px0 qq. Cette
égalité signifie qu’au temps T px0 q, le lièvre rattrape la tortue.
4. Soit x0 et y0 tels que 0 ă x0 ă y0 .
(a) À l’aide de résultats de la partie I, montrer que pour tout t P r0, minpT px0 q, T py0 qqr, ϕx0 ptq ă ϕy0 ptq.
(b) En déduire que T px0 q ď T py0 q.
Indication : en raisonnant par l’absurde, trouver une contradiction portant sur les valeurs de ϕx0 et ϕx1 en T py0 q.
Partie III – Étude de deux exemples
Soit λ0 : R` Ñ 0 la fonction constante de valeur nulle.
1. Soit x0 ą 0. Expliciter la solution maximale ϕx0 de Epλ0 , x0 q.
Indication : On pourra commencer par exprimer la dérivée de ϕ2x0 .
Soit λ1 : r0, `8rÑ R, définie par :
$
&4p1 ´ ?1 ´ tq si t P r0, 1r
@t P R` , λ1 ptq “
%4 si t ě 1.
2. Justifier que λ1 est continue sur R` . Est-elle de classe C 1 ?
3. (a) Montrer qu’il existe un réel a ą 0 que l’on précisera, tel que la fonction ϕ0 déterminée par
?
@t P r0, 1r, ϕ0 ptq “ a ´ pa ´ 2q 1 ´ t
soit solution de Epλ1 , 2q.
(b) Montrer que T p2q “ 1.
4. Soit x0 P R˚` zt2u, et ϕ “ ϕx0 la solution maximale de Epλ1 , x0 q.
d
(a) Pour chaque t P r0, minp1, T px0 qqr, donner une expression simple de pln |ϕptq ´ ϕ0 ptq|q en fonction de
? dt
´pϕptq ´ λ1 ptqq 1 ´ t (la fonction ϕ0 est celle définie dans la question 2).
Indication : On pourra remarquer, pour simplifier la dérivée, que ϕ0 s’exprime facilement en fonction de λ1 .
(b) Montrer que la fonction ?
2 1´t
t ÞÑ Cptq “ ln |ϕptq ´ ϕ0 ptq| ´
ϕptq ´ ϕ0 ptq
est bien définie sur r0, minp1, T px0 qqr, et qu’elle est constante sur cet intervalle.
5. Avec les notations de la question précédente, on suppose que x0 Ps0, 2r.
(a) Prouver que Cp0q ě 1 ` lnp2q.
a
(b) Montrer que si T px0 q ă 1, alors CpT px0 qq “ lnp2 1 ´ T px0 qq ` 1
(c) En déduire que T px0 q “ 1.
6. On suppose maintenant que x0 ą 2.
(a) Montrer que T px0 q ě 1.
(b) En considérant la limite à gauche de Cptq lorsque t tend vers 1, montrer que T px0 q ą 1.
(c) Résoudre explicitement l’équation Epλ1 q pour t P r1, `8r, et en déduire que T px0 q “ `8
Indication : on pourra construire une solution sur R` , en veillant bien à ce que le recollement en 1 soit dérivable.
3
Partie IV – Une condition suffisante pour qu’il n’y ait pas de capture
Soit f : r0, `8rÑ R une fonction continue telle que f p0q “ 0. On rappelle que la fonction λ du problème Epλq vérifie
ces deux hypothèses. On note
" *
|f pyq ´ f pxq| |f pyq ´ f pxq|
M pf q “ sup ? “ sup ? , 0 ă x ă y P R` Y t`8u.
0ăxăy;px,yqPpR˚ q2 y´x y´x
`
1. Soit ps, tq P r0, 1s2 tel que 0 ď s ă t. La fonction λ1 est celle introduite dans la partie précédente.
(a) Déterminer une fonction G : r0, 1s Ñ R telle que
` ˘
|λ1 p1 ´ sq ´ λ1 p1 ´ tq| G st
? “ a .
t´s 1 ` st
(b) En déduire que M pλ1 q “ 4.
Dorénavant, et jusqu’à la fin du problème, on suppose que la fonction λ intervenant dans l’équation différentielle Epλq
vérifie M pλq ă 4. On se propose de montrer qu’alors il ne peut pas y avoir de capture, c’est-à-dire que pour tout
x0 ą 0, T px0 q “ `8.
On raisonne par l’absurde, en supposant l’existence d’un réel x0 ą 0, qu’on se donne, tel que T px0 q ă `8. On se
donne ϕ “ ϕx0 la solution maximale de Epλ, x0 q, dont le temps de vie est donc fini, égal à T px0 q.
2. Montrer que M pλq ą 0.
pr la fonction définie sur R` par :
Soit r ą 0 un réel strictement positif. On désigne par λ
pr ptq “ 1 λpr2 tq.
@t P R` , λ
r
pr q “ M pλq.
3. (a) Montrer que M pλ
(b) Montrer qu’il existe r ą 0 tel que la solution maximale ϕ pr , 1 x0 q a un temps de vie égal à 1, et peut
p de Epλ r
être prolongée par continuité en 1 en posant ϕp1q
p “λpr p1q.
p sous la forme t ÞÑ 1r ϕpbtq, où b est une constante à préciser. On justifiera soigneu-
Indication : on pourra chercher ϕ
p
sement la maximalité de la solution ϕ.
pr , ϕq,
Ainsi, quitte à remplacer pλ, x0 q par pλ p on peut supposer que la solution maximale ϕ de Epλ, x0 q a un temps de
vie de T px0 q “ 1, et peut être prolongée par conntinuité en posant ϕp1q “ λp1q. On suppose donc dorénavant que ces
conditions sont vérifiées.
?
4. (a) Montrer que : @t P r0, 1s, ϕptq ´ λptq ď M pλq 1 ´ t.
4 ?
(b) En déduire que : @t P r0, 1s, ϕp1q ´ ϕptq ě 1 ´ t.
M pλq
ˆ ˙
4 ?
(c) Montrer alors que : @t P r0, 1s, ϕptq ´ λptq ď M pλq ´ 1 ´ t.
M pλq
?
5. Soit µ ą 0 un réel strictement positif tel que : @t P r0, 1s, ϕptq ´ λptq ď µ 1 ´ t.
ˆ ˙
4 ?
(a) Montrer que : @t P r0, 1s, ϕptq ´ λptq ď M pλq ´ 1 ´ t.
µ
4
(b) En déduire que M ´ est strictement positif.
µ
On rappelle que M pλq ă 4.
6. Soit pun q la suite définie par :
4
u0 “ M pλq et @n P N, un`1 “ M pλq ´ .
un
En étudiant la convergence de cette suite, aboutir à une contradiction et en déduire que pour tout x0 ą 0,
T px0 q “ `8.