2022 Lyon 012
2022 Lyon 012
THÈSE
Présentée à l’Université Claude Bernard Lyon 1
(Médecine – Pharmacie)
et soutenue publiquement le 24/06/2022
pour obtenir le grade de Docteur Vétérinaire
Par
URLACHER Jonathan
-1-
VETAGRO SUP
CAMPUS VÉTÉRINAIRE DE LYON
Année 2022 – Thèse n° 012
THÈSE
Présentée à l’Université Claude Bernard Lyon 1
(Médecine – Pharmacie)
et soutenue publiquement le 24/06/2022
pour obtenir le grade de Docteur Vétérinaire
Par
URLACHER Jonathan
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Remerciements
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-6-
-7-
-8-
Table des matières
PARTIE I : ......................................................................................................................... - 25 -
ÉTUDE BIBLIOGRAPHIQUE........................................................................................ - 25 -
-9-
II) ADAPTATION DE LA SELLE AU DOS DU CHEVAL : LE SADDLE FITTING,
ETAT DES LIEUX ET PERSPECTIVES ACTUELLES ............................................. - 47 -
PARTIE II : ........................................................................................................................ - 65 -
ÉTUDE EXPERIMENTALE : EVALUATION DE L’EFFET D’UN DESEQUILIBRE
EXAGERE DE LA SELLE SUR LA LOCOMOTION DU CHEVAL ........................ - 65 -
- 10 -
1)Tapis utilisé pour les études................................................................................. - 69 -
2)Analyse de la locomotion au moyen du système Lameness Locator Equinosis.. - 72 -
a) Fonctionnement du système et utilisation ....................................................... - 72 -
i) Principes généraux ....................................................................................... - 72 -
ii) Les capteurs ................................................................................................. - 73 -
a) Méthode d’analyse ........................................................................................... - 74 -
i) Analyse du mouvement de la tête du cheval et paramètres utilisés ............. - 74 -
ii) Analyse du mouvement du bassin du cheval et paramètres étudiés ............ - 77 -
3) Analyse de la locomotion au moyen du système MS100 de Movin’Smart......... - 80 -
a) Fonctionnement du système et utilisation ....................................................... - 80 -
i) Principes généraux ....................................................................................... - 80 -
ii) Les capteurs ................................................................................................. - 80 -
b) Méthode d’analyse ........................................................................................... - 82 -
i) Tracé d’un graphique ................................................................................... - 82 -
ii) Étude du mouvement à l’aide du capteur MS100........................................ - 84 -
α) Étude de la fréquence du mouvement...................................................... - 85 -
β) Étude de l’amplitude du mouvement ....................................................... - 86 -
γ) Étude de la symétrie à l’aide du programme de la société Movin’Smart - 88 -
C) PROTOCOLES EXPERIMENTAUX ................................................................................. - 90 -
1) Première expérimentation : le déséquilibre de la selle ........................................ - 90 -
2) Deuxième expérimentation : la pression exagérée de la selle ............................. - 93 -
D) ANALYSE STATISTIQUE ............................................................................................. - 95 -
- 11 -
- 12 -
Table des annexes
- 13 -
- 14 -
Table des figures
Figure 1 : Les inflexions naturelles de la colonne vertébrale du cheval (d’après Denoix) . - 28 -
Figure 2 : Articulation intervertébrale thoracique (d’après Denoix) ................................... - 29 -
Figure 3 : Muscles juxtavertébraux de l’encolure et du tronc. ............................................ - 31 -
Figure 4 : Muscles de l’encolure et du tronc, plan profond. ................................................ - 33 -
Figure 5 : Muscles de l’encolure et du tronc, plan superficiel (à gauche) et plan moyen (à droite).
..................................................................................................................................... - 34 -
Figure 6 : Muscles de l’encolure et du tronc, plan superficiel............................................. - 35 -
Figure 7 : Modèle du « pont » thoracique chez un cheval debout. Les flèches bleues représentent
les forces s’appliquant sur le pont thoracique. (d’après Van Weeren et al, 2010) ...... - 38 -
Figure 8 : Vue latéro-crâniale gauche de la 17ème vertèbre thoracique, à laquelle un repère
orthogonal droit (x, y, z) est appliqué. (Townsend, Leach and Fretz, 1983)............... - 39 -
Figure 9 : Protocole et résultats expérimentaux de Townsend et coll., 1983. ..................... - 41 -
Figure 10 : Illustration du protocole expérimental utilisé par Denoix en 1987, utilisant des
pièces anatomiques et des tendeurs. ............................................................................ - 44 -
Figure 11 : Arçons de selle anglaise (vue de ¾ face et vue du dessus) (d’après Cottereau)- 48 -
Figure 12 : Les principaux constituants de la selle. ............................................................. - 49 -
Figure 13 : Couteau d’étrivière réglable. (d’après Cottereau) ............................................. - 49 -
Figure 14 : Exemples de selles sans quartiers. La Podium Extra Light (à gauche) pour
l’endurance, et la Butet Practice (à droite) pour le saut d’obstacle. (Source : Butet).. - 50 -
Figure 15 : Nombre de publications répondant à la recherche « horse saddle » enregistrées dans
Pub Med par année, entre 1946 et avril 2022. ............................................................. - 53 -
Figure 16 : Cheval présentant une zone sèche après un travail intense (d’après Von Peinen et
al., 2010) ...................................................................................................................... - 56 -
Figure 17 : Utilisation d’une courbe flexible par un sellier. (Source : Saddle Fitting) ....... - 59 -
Figure 18 : Equiscan® positionné sur le dos d’un cheval. (Source : Equiscan) .................. - 60 -
Figure 19 : Image issue de l’utilisation d’un tapis capteur de pression chez un cheval monté.
Les zones bleues représentent les pressions faibles, tandis que les zones rouges
représentent les pressions élevées. (Bonati, 2011) ...................................................... - 60 -
Figure 20 : Motif thermique d’une selle observée directement après l’effort. Ici, la chaleur n’est
pas répartie de façon homogène sur les panneaux et les quartiers, ce qui signe une selle
mal adaptée au dos du cheval en question. (Veterinary Thermal Imaging) ................ - 61 -
Figure 21 : Exemple d’une selle ajustable de la marque Evolutionary Saddles. Les matelassures
s’adaptent selon la morphologie du dos auquel elles doivent répondre.(Source :
Evolutionary Saddle) ................................................................................................... - 62 -
Figure 22 : Pad de garrot, utilisé pour surélever une selle comprimant le garrot. (Photo J.
Urlacher) ...................................................................................................................... - 63 -
- 15 -
Figure 23 : Amortisseur « interface », de la sellerie Maurel. Cet amortisseur est coupé de façon
à dégager les épaules et s’adaptera donc bien aux chevaux possédant une épaule forte. Il
est possible de glisser des cales (flèches bleues) et de positionner ou non une cale en feutre
(flèche rouge) à l’arrière de la selle pour corriger l’équilibre et améliorer l’adaptation de
la selle. (Source : Maurel)............................................................................................ - 63 -
Figure 24 : Amortisseur à mémoire de forme, permettant de limiter les points de pression
localisés et de corriger les défauts de la selle. (Photo J. Urlacher).............................. - 64 -
Figure 25 : Tapis utilisé pour les mesures (Photo B. Baup) ................................................ - 70 -
Figure 26 : Cheval sellé avec le tapis de l'étude, et aucune cale en feutre. (Photo J. Urlacher) . -
71 -
Figure 27 : Cheval sellé avec le tapis de l'étude, et les deux cales avant en feutre. (Photo J.
Urlacher) ...................................................................................................................... - 71 -
Figure 28 : Cheval sellé avec le tapis de l'étude, et les deux cales arrière en feutre. (Photo J.
Urlacher) ...................................................................................................................... - 72 -
Figure 29 : Gyroscope dans son étui, placé sur la face dorsale du paturon du membre antérieur
droit. (Photo J. Urlacher) ............................................................................................. - 73 -
Figure 30 : Accéléromètres positionnés dans leurs étuis, sur la tête du cheval (à gauche) et sur
le pelvis du cheval (à droite). (Photos J. Urlacher) ..................................................... - 74 -
Figure 31 : Mouvement de la tête du cheval sain lors de déplacement au trot (d’après les
manuels officiels de préparation aux brevets fédéraux) .............................................. - 74 -
Figure 32 : Exemple du mouvement vertical de la tête chez un cheval boitant de l’antérieur
gauche (d’après Rhodin et al., 2018) ........................................................................... - 75 -
Figure 33 : Exemple du mouvement vertical de la tête chez un cheval boitant de l’antérieur droit
(d’après (Rhodin et al., 2018) ...................................................................................... - 75 -
Figure 34 : Rapport d’examen fournit par la tablette Lameness Locator après chaque séance.
(Photo J. Urlacher) ....................................................................................................... - 77 -
Figure 35 : Mouvement vertical du sacrum et des deux tuber coxae chez un cheval sain au trot.
On observe que le déplacement du sacrum est identique à chaque foulée, et que le tuber
coxae monte légèrement plus haut que le tuber coxae controlatéral lors de la phase d’appui
du membre ipsilatéral. ................................................................................................. - 78 -
Figure 36 : Mouvement vertical du sacrum et des deux tuber coxae chez un cheval boitant du
postérieur droit au trot. On observe que le déplacement du sacrum n’est plus identique à
chaque foulée, et qu’il est légèrement moins haut lors de la phase d’appui du membre sain
(postérieur gauche). On remarque également que le tuber coxae droit (membre
douloureux) descend plus bas que le tuber coxae gauche. .......................................... - 79 -
Figure 37 : Capteur MS100 du cheval (à gauche) et du cavalier (à droite) positionnés lors de
l’examen. (Photos J. Urlacher) .................................................................................... - 81 -
Figure 38 : Données issues d’une phase de trot du cheval Kiss Me Devil Z équipé des capteurs
Movin’Smart.(d’après Movin’Smart) .......................................................................... - 82 -
- 16 -
Figure 39 : Graphique représentant l’accélération verticale de la tête du cheval en fonction du
temps, au cours d’une mesure en ligne droite. (Source : Logiciel Matlab) ................. - 83 -
Figure 40 : Tableau des plages de données sélectionnées pour chaque cheval. .................. - 84 -
Figure 41 : Diagramme de la densité spectral de puissance d'une phase de trot de Flora. Le pic
à 0 Hz représente la composante continue du signal, le signal initial n’étant pas centré sur
zéro. ............................................................................................................................. - 86 -
Figure 42 : Repérage des extremums du mouvement vertical de la tête d’un cheval boitant de
l’antérieur gauche sous Matlab. Chaque cercle rouge repère un extremum haut, et chaque
cercle vert représente un extremum bas. Cela permet de calculer les amplitudes de chaque
mouvement de tête. Ces amplitudes sont ensuite stockées dans un tableur Excell. .... - 87 -
Figure 43 : Identification des zones de trot sur un cheval ne repassant pas au pas (Source :
Movin'Smart). .............................................................................................................. - 88 -
Figure 44 : Identifications des zones de trot chez un cheval repassant une fois au pas (Source :
Movin'Smart). .............................................................................................................. - 88 -
Figure 45 : : Identifications des zones de trot chez un cheval repassant deux fois au pas (Source :
Movin'Smart). .............................................................................................................. - 89 -
Figure 46 : Graphiques représentant la symétrie temporelle des foulées ainsi que la variabilité
associée (Source : Movin'Smart). ................................................................................ - 89 -
Figure 47 : Graphiques représentant la symétrie latérale des foulées ainsi que la variabilité
associée (Source : Movin'Smart). ................................................................................ - 90 -
Figure 48 : Exemple de disposition des cales sur le tapis de l’étude pour l’expérimentation n°1
(vue de dessus). (Photo J. Urlacher) ............................................................................ - 91 -
Figure 49 : Exemple de disposition des cales sur le tapis de l’étude pour l’expérimentation n°1
(vue de profil). (Photo J. Urlacher).............................................................................. - 91 -
Figure 50 : Schéma récapitulatif du déroulement d’une mesure suivant le protocole décrit
précédemment. (Photo J. Urlacher) ............................................................................. - 93 -
Figure 51 : Exemple de disposition des cales sur le tapis de l’étude pour l’expérimentation n°2
(vue de dessus). (Photo J. Urlacher) ............................................................................ - 94 -
Figure 52 : Exemple de disposition des cales sur le tapis de l’étude pour l’expérimentation n°2
(vue de profil). (Photo J. Urlacher).............................................................................. - 94 -
Figure 53 : Fréquence prédominante du mouvement vertical de la tête du cheval en fonction
des cales mises en place sur le tapis. Lignes droites uniquement................................ - 96 -
Figure 54 : Amplitude moyenne et écarts types associés du mouvement vertical de la tête du
cheval en fonction des cales mises en place sur le tapis. Lignes droites uniquement. - 97 -
- 17 -
- 18 -
Glossaire
Assiette du cavalier : En équitation, l'assiette est une des aides par laquelle le cavalier gère sa
stabilité, notamment par la recherche d'une bonne assise au niveau de la selle.
En main : Un cheval est « en main » lorsqu’il est tenu par un individu au sol.
Galop : La plus rapide des allures naturelles du cheval et d'autres équidés. C’est une allure
dissymétrique, sautée à trois temps.
Incurvation : Action d'incurver ; fait d'être incurvé. En équitation, un cheval s’incurve lorsque
son rachis se plie pour suivre la courbe tracée, avec souplesse.
Main (gauche ou droite) : On parle de changement de main lorsque le cavalier change son sens
de rotation dans le manège. Un cavalier marche piste à « main droite » lorsque sa main droite
se trouve du côté intérieur du manège et inversement pour la « main gauche ».
Pansage : Action de panser un animal domestique. Le pansage s’effectue avant et après une
séance d’équitation, et permet de nettoyer le cheval tout en le massant.
Pas : La plus lente des allures naturelles du cheval, dans laquelle chaque membre se lève et se
pose successivement dans l'ordre : postérieur droit, antérieur gauche, postérieur gauche,
antérieur droit. C’est une allure marché à quatre temps.
Phase d’appui : Dans le déroulement de la foulée du cheval, il s'agit de la phase entre le début
du contact au sol (poser du pied) jusqu'à la fin de la bascule (propulsion), où le pied quitte le
sol.
Sanglage : Action de sangler. La sangle passe sous l’abdomen du cheval, et en étant liée à la
selle, permet à cette dernière de tenir en place lors du mouvement.
Trot : Allure du cheval, et de certains autres quadrupèdes, intermédiaire entre le pas et le galop
et caractérisée par des battues également espacées, exécutées successivement par chaque bipède
diagonal. C’est une allure sautée à deux temps.
Troussequin : Partie postérieure d'une selle, plus relevée que les autres parties.
- 19 -
- 20 -
Liste des abréviations
Toutes les abréviations utilisées correspondent aux paramètres fournis par les capteurs de
locomotion, et utilisés pour caractériser le mouvement.
Diff max head : donnée fournie par le capteur Lameness Locator, correspondant à la différence
entre la hauteur maximale de la tête lors du poser du membre antérieur droit et la hauteur
maximale de la tête lors du poser du membre antérieur gauche.
Diff min head : donnée fournie par le capteur Lameness Locator, correspondant à la différence
entre la hauteur minimale de la tête lors de la première partie de la phase d’appui de l’antérieur
droit et la hauteur minimale de la tête lors de la première partie de la phase d’appui de l’antérieur
gauche.
Diff max pelvis : donnée fournie par le capteur Lameness Locator, correspondant à la différence
entre la hauteur maximale du pelvis lors du poser du membre antérieur droit et la hauteur
maximale du pelvis lors du poser du membre antérieur gauche
Diff min pelvis : donnée fournie par le capteur Lameness Locator, correspondant à la différence
entre la hauteur minimale du pelvis lors de la première partie de la phase d’appui de l’antérieur
droit et la hauteur minimale du pelvis lors de la première partie de la phase d’appui de
l’antérieur gauche.
Sym Ff : donnée fournie par le capteur Movin’Smart, correspondant à la symétrie entre les
fréquences des foulées droites et gauches.
Sym amp : donnée fournie par le capteur Movin’Smart, correspondant à la symétrie entre les
amplitudes des foulées droites et gauches.
- 21 -
- 22 -
Introduction
Le cheval est devenu, au fur et à mesure des années, un athlète sélectionné, entrainé, et
monté en quête de performance. Et quel que soit le niveau auquel évolue le couple cheval-
cavalier, l’utilisation d’une selle est nécessaire afin d’améliorer le confort et la stabilité du
cavalier lors de l’exercice. La selle doit alors mettre en relation deux structures biologiques en
mouvement, et permettre l’échange d’informations de façon bidirectionnelle entre le dos du
cheval et l’assiette du cavalier. Et si la selle doit assurer cette fonction de transmission
d’informations, elle doit également répondre à la fois à des critères de bien-être animal et à des
critères de performance.
Des critères de bien-être animal car ce sont des considérations qui sont aujourd’hui au
cœur des sports dans lesquels les chevaux évoluent, et qu’une selle qui blesse un cheval au
travail, ou qui le gêne dans sa locomotion en entrainant des douleurs ne respecte pas le bien-
être des chevaux.
Des critères de performance également puisque pour être performant, le cheval doit
pouvoir se déplacer librement, sans être gêné par son équipement, et sans être sujet à des
douleurs lors de l’exercice. Par ailleurs, le matériel utilisé influencera directement les
performances du cheval et cherchera donc à être le plus techniquement intéressant possible
(poids par exemple).
Si des résultats sont obtenus à l’issu de ce travail expérimental, ils pourraient nous aider
à améliorer la conception des selles actuelles, et à déterminer la façon dont doit être corrigée
une selle en fonction des défauts de locomotion observés chez le cheval à l’exercice avec cette
dernière.
- 23 -
- 24 -
Partie I :
Étude bibliographique
- 25 -
- 26 -
I) Rappels anatomiques et de biomécanique du dos du cheval
A) Anatomie du dos du cheval
Le dos du cheval est l’interface entre l’animal et le cavalier qui le monte. À travers cette
interface, la selle, et son assiette, le cavalier transmet des informations à sa monture. Il est
également établi que les émotions, tensions, et humeurs seraient transmises à travers cette
interface, de façon bidirectionnelle. Le dos est donc un élément clé de la relation cavalier-
cheval, et la connaissance de son anatomie fonctionnelle est nécessaire pour comprendre
l’impact que peut avoir une selle sur le dos du cheval.
a) Constitution
Les vertèbres cervicales sont les plus mobiles : leur tête hémisphérique, associée à leur
fosse vertébrale profonde, permettent des mouvements amples des unes par rapport aux autres.
Les vertèbres thoraciques présentent une mobilité moins importante, mais ont des
processus épineux imposants (pouvant dépasser 30cm de longueur dans la région du garrot),
qui ont un rôle de bras de levier important et efficace. L’orientation de ces processus épineux
s’inverse entre la 13e et la 16e vertèbre thoracique, devenant dorso-crâniale en région lombaire.
Les vertèbres lombaires possèdent, elles, des processus transverses très longs. Leur
mobilité est réduite, particulièrement en latéroflexion (incurvation).
Enfin, le sacrum est formé de 5 vertèbres sacrales soudées. De puissants ligaments
sacro-iliaques le rattachent aux iliums droits et gauche. (Denoix and Pailloux, 1997)
Le poids du cavalier repose sur les vertèbres thoraciques, entre la 10ème et la 15ème
vertèbre thoracique. C’est la principale zone de dorsalgies lors d’une selle non adaptée au dos
du cheval.
La colonne vertébrale présente une série de courbures (figure 1), plus ou moins
prononcées selon les individus.
- 27 -
1
c) Articulations de la colonne
La colonne vertébrale est donc une structure segmentaire, constituée d’une cinquantaine
de vertèbres, distinctes mais étroitement liées les unes aux autres, à travers les articulations
intervertébrales et épiaxiales (synoviales). Ces articulations (figure 2) permettent des
mouvements plus ou moins importants des vertèbres selon leur localisation, et l’union de ces
dernières est assurée par les corps vertébraux, les arcs vertébraux, et une importante masse
musculaire réalisant une contention ferme de l’ensemble.
- 28 -
- L’union des corps vertébraux est très forte, et est réalisée à la fois par le disque
intervertébral (dont les fibres de l’anneau fibreux sont ancrées dans les surfaces
articulaires qu’elles solidarisent puissamment) et par les ligaments longitudinaux
ventraux et dorsaux.
- L’union des arcs vertébraux est réalisée par des articulations synoviales et des
ligaments. Les articulations synoviales ont des conformations variables selon les
régions, avec des surfaces articulaires très engainantes en région lombaire, limitant
fortement les possibilités de rotation et de latéro-flexion, et plus libres en régions
cervicales et thoraciques.
lig. supra-épineux
lig. interépineux
capsule articulaire
foramens intervertébraux
disque intervertébral
Ces articulations sont la clé de la mobilité vertébrale. L’amplitude des mouvements des
vertèbres conditionne l’amplitude des mouvements du cheval et donc, sa locomotion. Une
bonne mobilité vertébrale est donc primordiale pour tout cheval évoluant dans un sport
équestre, et nous verrons dans les chapitres suivants qu’une mauvaise adéquation selle-dos du
cheval peut être à l’origine d’une réduction de ces mouvements de façon modérée à sévère.
- 29 -
2) Myologie de la colonne vertébrale
Ce sont des muscles segmentaires profonds, peu actifs dans la mise en mouvement de
la masse, mais ayant un rôle prépondérant dans la contention articulaire intervertébrale et dans
le contrôle proprioceptif. Il s’agit essentiellement du muscle multifide (= m. transversaire
épineux), formé de multiples faisceaux obliques et chevauchants.
- 30 -
Figure 3 : Muscles juxtavertébraux de l’encolure et du tronc.
Ce muscle s’étend des processus transverses des vertèbres thoraciques et lombaires, jusqu’aux
processus épineux des 2 à 3 vertèbres en amont. Une dissection de ce muscle a montré que les
fibres qui le constituent sont orientées de la même façon chez le cheval et chez l’homme (Stubbs
et al., 2006). Il est donc possible d’imaginer que ce muscle joue le même rôle dans les deux
espèces, à savoir la contention articulaire et la proprioception.
Ce groupe musculaire n’est pas en relation directe avec la selle puisqu’ils se situent soit
en région lombo-sacrale, soit au niveau de la paroi de l’abdomen, caudalement. Ils sont tout de
même cités puisque leur rôle de flexion du pont vertébral est primordial dans la locomotion du
cheval. Ils permettent au cheval de « remonter son dos », et donc, de porter le cavalier, tout en
engageant ses postérieurs sous la masse. Cette attitude lui permet de travailler de façon saine et
- 31 -
durable. La propulsion du cheval (résultante du travail de la ligne du dessus) n’est possible et
harmonieuse que si la qualité de la flexion (ligne du dessous) est bonne.
De plus, une faible sangle musculaire abdominale a été identifiée chez l’homme comme
étant associée de façon plus fréquente à des douleurs lombo-sacrées (Kato et al., 2019), et il
apparaît légitime de penser qu’il en est de même chez le cheval étant donné l’importance de la
sangle abdominale dans la locomotion du cheval (soutient de l’ensemble des viscères, du
cavalier …).
Ces muscles sont les muscles obliques externe et interne, droit de l’abdomen, et
transverse de l’abdomen pour ce qui est de la paroi de l’abdomen, et les muscles grand psoas,
petit psoas, et carré des lombes pour ce qui est de la région lombo-sacrale. Ils sont peu épais, et
leur efficacité sur le plan locomoteur est due à leurs corps musculaires très étendus et au fait
qu’ils s’insèrent très loin de l’axe vertébral, ce qui confère un effet de levier important.
- Le muscle ilio-costal est la plus latérale des divisions du muscle erector spinae. Il
s’insère sur le processus transverse de C7, sur l’extrémité dorsale des côtes, et sur
les processus transverses lombaires. Il a surtout un rôle lors de l’expiration et de la
latéro-flexion thoraco-lombaire.
- Le muscle longissimus lombo-thoracique est la division la plus forte de l’erector
spinae. Situé entre les deux autres extenseurs, il s’insère sur l’extrémité proximale
des côtes et sur les processus lombaires et thoraciques. C’est un puissant extenseur
de la colonne vertébrale qui a également un rôle de latéro-flexion lors de contraction
unilatérale.
- Le muscle épineux du thorax est la division la plus médiale. Il est plaqué contre les
processus épineux, et recouvre ainsi le muscle multifide. Il est extenseur de la
colonne. (Bonati, 2011)
- 32 -
Figure 4 : Muscles de l’encolure et du tronc, plan profond.
La selle repose directement sur cette masse musculaire, et les points de pression ou les
mouvements exagérés d’une selle non-adaptée auront un impact direct sur l’intégrité des
muscles épineux, longissimus, et ilio-costal. Ces systèmes musculaires se prolongent dans
l’encolure et constituent les extenseurs de l’encolure.
β) Extenseurs de l’encolure
- 33 -
- Le muscle rhomboïde, recouvert par le trapèze, est plus épais et s’étend beaucoup
moins caudalement. Il s’insère sur le bord dorsal de la scapula, et s’étend des
premiers processus épineux thoraciques à la corde du ligament nucal. On lui
distingue une partie cervicale et thoracique, et seule la seconde est en rapport avec
la selle. Il a un rôle de traction dorsale de la scapula, et de redressement de
l’encolure.
Figure 5 : Muscles de l’encolure et du tronc, plan superficiel (à gauche) et plan moyen (à droite).
Le muscle grand dorsal n’est pas à proprement parler un extenseur de l’encolure, mais
étant anatomiquement en rapport avec les deux précédents, il est présenté ici. C’est un large
muscle plat et triangulaire couvrant toute la région du dos et des lombes. Il présente une large
aponévrose couvrant le fascia thoraco-lombaire, et se prolonge par une épaisse partie charnue
couvrant la face latérale du thorax. Cette partie charnue s’insinue entre le bras et le thorax pour
se terminer par un tendon sur la face médiale de l’humérus. Il a un rôle de rétraction du membre
lors de la phase d’appui, en synergie avec les muscles trapèze et pectoral ascendant.
Les muscles grand dorsal et trapèze, qui couvrent les processus latéraux du garrot,
peuvent être lésés par une selle trop étroite.
- 34 -
c) Les fascias en rapport avec la selle
Les fascias sont des structures fibro-élastiques recouvrant, ou enveloppant des organes.
Le fascia thoraco-lombaire est en relation avec la selle puisqu’il recouvre dorsalement les
muscles spinaux depuis la base du cou jusqu’à la région sacrale, où il est prolongé par le fascia
glutéal. Il est très épais en région lombaire, mais s’amincit en région thoracique. Il sert
notamment d’insertion ou d’union à tous les autres fascias du tronc (aponévrose du grand
dorsal, des dentelés dorsaux, tunique abdominale, fascia thoracique externe …) et sera donc
directement affecté en cas de tension ou de stress d’un de ces muscles. Le fascia thoraco-
lombaire est également très riche en propriocepteurs et nocicepteurs, semblant ainsi pouvoir
être la source de douleurs projetées (Brouard, 2000).
- 35 -
3) Angiologie et neurologie de la colonne vertébrale
a) Vascularisation cutanée
La vascularisation cutanée est assurée par les rameaux cutanés médiaux et latéraux, de
très faible calibre. Ce sont ces vaisseaux qui subissent les pressions exercées par la selle et le
cavalier en premier. Ils s’organisent en un fin réseau jouant un rôle essentiel dans la nutrition
cutanée et la thermorégulation du cheval. On suppose qu’en cas de surpression exercée
localement, les capillaires sont occlus. L’ischémie ainsi provoquée aurait pour conséquence des
lésions pouvant aller jusqu’à la mort cellulaire et l’apparition de lésions des tissus mous.
L’apparition de poils blancs sous une selle inadaptée pourrait s’expliquer par l’atrophie des
bulbes pilaires suite à l’ischémie prolongée. La destruction pilaire provoquerait la fuite du
pigment mélanique.
La vascularisation cutanée est particulièrement intéressante pour l’étude du dos du
cheval et de la selle, puisqu’elle permet d’étudier leurs profils thermographiques. En effet, la
chaleur d’un tissu biologique provenant à la fois de son métabolisme et du flux sanguin qui le
traverse, il nous est possible d’assimiler la chaleur émise par la peau à son seul flux sanguin,
étant donné que le métabolisme cutané est quasi-nul. Il est donc admis que toute variation de
température du tissu cutané est consécutive à des changements de la perfusion sanguine par les
vaisseaux cutanés (Turner (2009), rapporté par Bonati (2011)). C’est donc le flux sanguin qui
détermine le motif thermique. Si les capillaires sont occlus (surpression exercée localement par
la selle par exemple), la chaleur émise sera donc bien inférieure au profil thermique
physiologique de la région étudiée.
b) Vascularisation musculaire
Les muscles sont irrigués par un réseau vasculaire profond. Il est logique de penser que
lorsque les masses musculaires sont comprimées, les capillaires qui les irriguent sont occlus. Il
a été montré que pour une valeur de pression mesurée en surface, la pression mesurée en
profondeur est plus importante (Todd and Thacker, 1994) et on sait par ailleurs que toute
altération du flux sanguin est une cause de douleur musculaire et de crampe (Von Scheinitz,
1999). Une pression élevée peut donc être à l'origine de douleurs musculaires superficielles et
profondes.
c) Structures nerveuses
Les muscles dorsaux sont innervés selon un schéma comparable à leur vascularisation.
Les filets du système sympathique circulent le long des capillaires sanguins, et c’est ce système
qui contrôle la vasomotricité́ des vaisseaux superficiels. Une irritation nerveuse provoquerait
une vasoconstriction reflexe des capillaires cutanés innervés par ce nerf. Il en résulte une
hypothermie au niveau de la zone concernée.
Les fibres de conduction de la douleur mises en jeu sont les fibres lentes de type C et
les fibres A delta. Chez l’homme, la stimulation de ces fibres évoque des sensations
- 36 -
d’hyperesthésie, de brulure, de douleur ou encore de mécanoallodynie (intolérance à la
pression). Le même phénomène est observé́ lors de douleurs dorsales chroniques chez le cheval,
qui s’expriment par des changements de comportement ou par une altération des mouvements
du dos. (Bonati, 2011)
Ces trente dernières années, de nombreuses études portant sur le mouvement du dos du
cheval et sa dynamique ont été menées. La description des fonctions du dos du cheval et le
concept de biomécanique ont évolués au cours du temps. Au 19ème siècle, le concept de « pont »
voit le jour, dans lequel les quatre membres constituent les culées (Van Weeren, McGowan and
Haussler, 2010). Ce modèle a depuis évolué car il ne prend pas en compte la compression et la
tension à « l’intérieur » du pont. Il a donc récemment été remplacé par un concept qui reste
aujourd’hui communément admis, qui est celui de « bow-and-string », littéralement « arc et
corde ». L’arc représente la colonne thoraco-lombaire, rigide et peu flexible, tandis que la corde
représente les tissus mous ventraux (figure 7).
- 37 -
Figure 7 : Modèle du « pont » thoracique chez un cheval debout. Les flèches bleues représentent les
forces s’appliquant sur le pont thoracique. (d’après Van Weeren et al, 2010)
Les premières études portant sur le dos du cheval et sa biomécanique ont été réalisées
sur des pièces anatomiques (Townsend et al., 1983, Denoix, 1987). Elles mettent en évidence
et quantifient les principaux mouvements de la colonne du cheval (flexion/extension, rotation
axiale et latéro-flexion).
Des études in vivo ont ensuite permis de se rapprocher de la réalité en prenant en compte
les masses musculaires décrites dans la partie précédente, structures enveloppant les
articulations vertébrales et influençant grandement le mouvement. Les premières études, non
invasives, se limitaient à la cinématique du dos dans le plan sagittal (travaux de Audigié et al.,
en 1999, avec une technique développée par Pourcelot et al., en 1998). L’analyse du dos dans
les trois dimensions de l’espace (quantification de flexion/extension, rotation axiale, et latéro-
flexion) est apparue quelques années plus tard, notamment à travers les travaux de Licka et al.
en 2001, et de Faber et al., 2001. Les techniques utilisées seront détaillées plus loin.
L’ensemble de ces travaux permet d’étudier non seulement le mouvement des vertèbres
les unes par rapport aux autres, mais aussi les mouvements complexes de la charnière axiale, et
donc potentiellement les exigences auxquelles doit répondre la conformation de la selle.
- 38 -
2) Nature des mouvements possibles
En théorie, six mouvements différents peuvent prendre place dans une articulation
intervertébrale (Townsend, Leach and Fretz, 1983), comme décrit sur la figure ci-dessous, issue
de leurs travaux :
- 39 -
et nous considèrerons que les parties de la colonne vertébrale ne peuvent réaliser que trois types
de mouvements.
i) Études ex vivo
D’autres études ont suivi, (Townsend et coll., 1983, et Denoix, 1987), utilisant eux aussi
des pièces de dissection, mais avec des protocoles différents, et reproduisant des conditions
plus proches des conditions physiologiques. Les mouvements de flexion-extension, latéro-
flexion, et rotation axiale sont testés indépendamment (figure 9A à 9F), et les données sont
analysées statistiquement.
Dorsal
Crânial Caudal
Ventral
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Droite
Crânial Caudal
Gauche
E- Représentation schématique de la méthode utilisée pour F- Comparaison des mouvements de rotation axiale
simuler et analyser les mouvements de rotation axiale de la de la colonne avant (8 individus) et après (13
colonne thoraco-lombaire du cheval. (R = Aiguille de individus) l’ablation des côtes et du sternum.
référence dans le sacrum ; T1 = première vertèbre
thoracique)
Ces travaux confirment tout d’abord que 3 mouvements différents ont lieu dans chacune
des articulations de la colonne thoraco-lombaire (à condition qu’elles ne soient pas fusionnées).
- 41 -
Il est ensuite montré que les mouvements de flexion-extension sont les plus amples au niveau
de l’articulation lombo-sacrée, et des premières vertèbres thoraciques (Townsend, Leach and
Fretz, 1983). Dans une moindre mesure, des déplacements dorso-ventraux sont présents autour
de la jonction thoraco-lombaire pendant la flexion et l’extension forcée. Les zones les plus
rigides sont localisées aux extrémités, entre T3 et T9, et L2 et L5 (Denoix, 1987). Les
mouvements de latéro-flexion et de rotation axiale, eux, sont observés dans toute la colonne
thoraco-lombaire, avec un maximum d’amplitude au milieu du dos, respectivement en T11-T12
et entre T9 et T14 (Townsend, Leach and Fretz, 1983).
Ces études sur pièces anatomiques fournissent une base solide, mais restent insuffisantes
pour apprécier la globalité du mouvement du dos du cheval lors de l’exercice. Des études
cinématiques (in vivo) ont permis de se rapprocher de la réalité.
Les études in vivo de la locomotion du cheval sont plus difficiles à réaliser que les études
sur pièces anatomiques car les muscles qui entourent la colonne vertébrale réduisent
considérablement l’accès aux vertèbres et à leurs mouvements. À cela s’ajoute le fait que les
mouvements étudiés sont très faibles et complexes, c’est pourquoi ce type d’étude peut
rapidement s’avérer complexe à mettre en place, et onéreuse.
Les études de cinématique peuvent être réalisées de différentes manières, mais elles
reposent toutes sur le même principe : on traite informatiquement des données qui sont récoltées
lors du mouvement du cheval grâce à des capteurs positionnés sur les organes à analyser. Ces
données peuvent être obtenues avec des marqueurs non invasifs (ce qui consiste à déposer sur
la peau des marqueurs sphériques réfléchissants dont le déplacement est suivi), ou avec des
capteurs invasifs (ce qui consiste à implanter des aiguilles de types « Steinmann » dans les
processus épineux des vertèbres sous anesthésie locale, et à positionner des marqueurs à
l’extrémité de ces aiguilles pour faciliter la récolte des données).
Les résultats des études in vivo sont similaires à ceux obtenus avec les études sur pièces
anatomiques, notamment en ce qui concerne les régions de mobilité privilégiées. On montre en
effet que la jonction lombo-sacrée est particulièrement mobile en flexion-extension. Ces
mouvements de flexion-extension sont les plus amples comparés aux autres types de
mouvements possibles (Licka, Peham et Zohmann, 2001). Leurs travaux ont permis d’établir
les mouvements 3D de base sur 22 chevaux sains au pas et au trot, et il montre ainsi que les
déplacements maximums sont observés en L3 au pas, et en T5 au trot (entre 2,8° et 4,9° de
déplacement en flexion-extension). Ces mouvements spinaux sont d’ailleurs bien moins
importants au trot qu’aux autres allures, ce qui peut s’expliquer par le gainage du dos qui a lieu
lors de cette allure symétrique et sautée, nécessitant une tonicité importante (Faber et al., 2001).
Pour ce qui est de la rotation axiale et la latéro-flexion, les plus grandes amplitudes sont
observées au niveau des vertèbres thoraciques moyennes (entre 1,9° et 3,6° en latéro-flexion).
Il faut cependant garder à l’esprit que les mouvements qui ont lieu dans la colonne
vertébrale du cheval et leurs amplitudes peuvent être influencés par différents facteurs, tels que
le niveau d’épreuve auquel il évolue (Cassiat et al., 2004), ou la position du complexe tête-
encolure.
- 42 -
3) Effet et importance de l’encolure dans la biomécanique du cheval
- 43 -
Figure 10 : Illustration du protocole expérimental utilisé par Denoix en 1987, utilisant des pièces
anatomiques et des tendeurs.
La traction vers l’avant du ligament nucal met également sous tension le ligament supra-
épineux, ce qui verrouille la région lombaire. L’abaissement de l’encolure a donc un effet non
négligeable sur la mobilité de la région thoraco-lombaire. La position de l’encolure joue un rôle
important dans la mobilité des différents segments de la colonne vertébrale.
Le cheval qui évolue sous la selle du cavalier doit porter le poids de l’ensemble lors de
son déplacement. Ce poids supplémentaire, localisé sur une zone restreinte de la région
thoracique, a un effet direct sur le système musculo-squelettique du cheval. Si on se réfère au
modèle d’arc et de corde que nous avons évoqué page 32, placer du poids supplémentaire sur
la colonne de l’animal entrainera directement une extension de la colonne thoraco-lombaire.
- 44 -
Patricia de Cocq, en 2012, a essayé de caractériser cet effet du poids du corps en
observant des chevaux évoluer au pas, au trot, et au galop sous quatre conditions différentes :
cheval sans harnachement, cheval avec un harnais, cheval avec une selle seule, et enfin cheval
avec une selle et un chargement de 75 kg fixé sur la selle. Les résultats de cette étude montrent
qu’un harnais ou une selle n’ont aucune influence sur les paramètres mesurés au pas, au trot, et
au galop lors de cette étude. Seule la condition « selle avec chargement de 75 kg » a une
influence sur la locomotion du cheval, avec laquelle on observe une extension lombo-sacrale
plus importante sans modification de l’amplitude de mouvement. Une augmentation de la
rétraction des antérieurs est également observée au trot, ce qui pourrait être la résultante d’une
compensation de l’extension dorsale induite pour le poids supplémentaire. Cette extension
semble intuitive lorsqu’on surcharge le dos, mais elle est confirmée par cette étude, et pourrait
contribuer à l’apparition de conflits de processus épineux dans la région thoracique.
Peham et al., 2004, s’est lui aussi intéressé à l’effet du cavalier sur la biomécanique du
dos du cheval. Ses travaux montrent que la variabilité de la vitesse et de l’accélération dans
l’axe longitudinal est diminuée lorsque le cheval est monté, et ce, que la selle soit adaptée au
dos du cheval ou non. Ces résultats suggèrent que la présence du cavalier pourrait avoir
tendance à stabiliser l’allure du cheval qu’il monte.
Peham et al. (2004) a déjà montré que le mouvement du cheval était plus régulier
lorsqu’il était monté par un cavalier. Lagarde et al. (2005) utilise de la cinématique 3D pour
caractériser les différences de biomécanique du cheval selon l’expérience du cavalier qui le
monte. Il démontre qu’un cavalier avec une bonne expérience présente une synchronisation
parfaite et continue avec les mouvements du cheval, là où un cavalier débutant a un mouvement
décalé et ne suit pas les oscillations de sa monture. Il montre surtout que l’augmentation de la
régularité des oscillations du tronc de l’animal est bien plus importante avec un cavalier
- 45 -
expérimenté. La synchronisation avec l’animal s’acquiert donc avec la pratique, et joue un rôle
important dans l’harmonie entre les deux parties lors du mouvement.
Terada (2000) montre, d’après les résultats d’EMG réalisés sur un cheval monté par
plusieurs cavaliers de niveaux différents, que l’instabilité du haut du corps d’un cavalier
inexpérimenté provoque des désordres dans l’équilibre entre les chaines musculaires ventrales
et dorsales. C’est une instabilité qu’on ne retrouve pas avec un cavalier expérimenté, et
l’équilibre entre les chaines musculaires ventrale et dorsale est fondamental pour que le cheval
se muscle correctement et durablement, afin de performer.
Une étude plus récente (Greve and Dyson, 2014) s’est également intéressée au ressenti
des cavaliers, en essayant de mettre en évidence des associations entre les données issues
d’analyses de terrain (n = 506) et celles issues de questionnaires remplis par les cavaliers (n =
205). La morphologie du dos du cheval y était notamment reportée sur papier, en utilisant une
règle flexible à mémoire de forme, et en la tournant à 180° dans le plan horizontal afin de juger
de la symétrie axiale du dos du cheval. Cette étude montre que les petites asymétries du dos du
cheval sont positivement associées aux mauvaises adaptations de la selle au dos du cheval,
tandis qu’elles sont négativement associées au niveau d’équitation du cavalier. On note par
ailleurs que les données issues des questionnaires sont, pour une grande partie, différentes des
données issues de la clinique. Cela montre qu’une meilleure sensibilisation des cavaliers à ce
sujet serait nécessaire pour améliorer le confort de travail des chevaux.
Au trot, le cavalier a le choix entre différentes techniques de trot : il peut trotter au trot
assis, au trot enlevé, ou en suspension, et les contraintes pour le dos du cheval sont différentes
en fonction de la technique utilisée. Roepstorff et al., (2009) a étudié la force de réaction du sol
et la biomécanique du cheval au trot selon les différentes techniques utilisées par le cavalier. Il
trouve que la force de réaction du sol est plus importante durant le trot assis comparé aux phases
de suspension au trot enlevé. Les mêmes résultats sont rapportés par de Cocq et al., (2010) qui
s’intéresse à l’accélération du centre de masse du cavalier, exploitée grâce à une étude
cinématique, et exprimant les forces normalisées avec le poids du cavalier. On observe deux
pics de force dans les données récoltées, qui correspondent aux deux phases de la foulée. La
force verticale moyenne est identique que ce soit au trot assis ou au trot enlevé (0,96 ± 0,09).
Cependant, on note qu’au trot assis, les deux pics de force ont des valeurs proches (2,54 ± 0,30
et 2,92 ± 0,29) tandis qu’au trot enlevé, un pic est bien plus important que l’autre (3,11 ± 0,39
lorsque le cavalier s’assoit dans sa selle, contre 1,95 ± 0,34 lorsqu’il est en équilibre debout sur
ses étriers lors de la phase de suspension). Ces résultats vont dans le même sens que les études
de Peham et al. (2008 et 2009) qui utilisaient un tapis capteur de pression.
- 46 -
II) Adaptation de la selle au dos du cheval : le saddle fitting, état des
lieux et perspectives actuelles
La selle est une structure plus ou moins rigide selon sa construction, et dont le rôle
principal est de servir d’interface entre deux êtres vivants dynamiques. Elle doit permettre
l’échange d’informations menant à une compréhension entre les deux parties, notamment grâce
à l’assiette du cavalier, son poids du corps, et ses aides. La selle doit également être confortable
pour le cavalier (qui pourra passer jusqu’à 8h par jour assis dessus), et être adaptée au cheval
afin de ne pas gêner ses mouvements ou induire des dorsalgies, et donc optimiser ses capacités
sportives.
A) Structure de la selle
Tous les constituants de la selle sont importants dans la bonne adaptation de cette
dernière. Il est donc important de prêter attention aux détails lors de l’observation d’une selle,
et de connaître l’ensembles des constituants susceptibles de gêner le cheval.
Nous ne nous intéresserons, pour cette étude, qu’aux selles anglaises, qui sont les plus
largement utilisées. Les mesures seront réalisées avec des selles de CSO, mais toutes les selles
anglaises sont constituées de la même façon : seule la forme individuelle des pièces composant
la selle change. Le processus de fabrication reste inchangé, donc ce qui est évalué pour les selles
d’obstacles sera transposable aux autres selles anglaises.
a) L’arçon
- 47 -
et une selle avec un arçon cassé ne pourra pas être utilisée. Il doit être assez rigide
longitudinalement pour préserver la colonne vertébrale, et assez souple transversalement pour
suivre les mouvements des masses musculaires.
Arcade
Figure 11 : Arçons de selle anglaise (vue de ¾ face, et vue du dessus) (d’après Cottereau)
L’arçon peut être fabriqué à l’aide de composites différents, et ses propriétés varieront
en fonction des matériaux utilisés. L’arçon en bois est le plus ancien. Il est généralement
composé de bois lamellé collé, et est dit « souple » car ces arçons sont généralement plutôt
déformables. Il peut également être moulé synthétique (polyuréthane, résine, carbone, ou
alliage de ces différents matériaux), plus ou moins rigides selon le matériau utilisé, mais
également plus ou moins cher. Les arçons récents et innovants sont dits « flexibles ». Une étude
de Latif et al. en 2010, s’intéressant aux chevaux de course, compare une selle avec un arçon
en bois, une selle avec un arçon flexible, et une selle sans arçon. Au cours des mesures, les
pressions les mieux réparties sous la surface de la selle sont enregistrées par celle avec l’arçon
flexible. Ce type d’arçon serait donc intéressant pour les chevaux de course, et une étude
similaire chez des chevaux de sport pourrait être intéressante afin de savoir si ces valeurs sont
transposables aux différentes disciplines.
La recherche sur les compositions des selles ne cessant d’évoluer, on peut aujourd’hui
réaliser des arçons sur mesure.
L’arcade est une pièce maitresse de l’arçon. C’est un élément crucial de la solidité de
l’arçon qui doit être adapté à chaque cheval : trop grande, l’ouverture de l’arcade touchera le
haut du garrot. Trop petite, elle comprimera latéralement les masses musculaires.
b) Les couteaux
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Figure 12 : Les principaux constituants de la selle.
Les couteaux d’étrivières sont des pièces métalliques solidaires de l’arçon, qui
supportent les étrivières et donc, une grande partie du poids du cavalier. Leur position par
rapport à l’assise du cavalier va impacter directement la position de la jambe du cavalier, donc
sa position à cheval. Ainsi, ils doivent impérativement être pris en considération dans
l’adaptation de la selle, que ce soit l’adaptation au dos du cheval pour ne pas comprimer ou
gêner les masses musculaires dorsales, ou l’adaptation au cavalier pour lui assurer une position
correcte et confortable. Il existe aujourd’hui des couteaux d’étrivières réglables, permettant
d’ajuster au mieux ces derniers en fonction du cavalier et du cheval.
- 49 -
c) Les quartiers
Les quartiers sont apparus initialement pour protéger la jambe du cavalier de la sueur
du cheval. Il est donc tout à fait possible de monter avec une selle sans quartiers. Ils ont
aujourd’hui bien évolué, et servent surtout à orienter la position de la jambe et garantir sa
stabilité grâce aux différents taquets. On distingue sur une selle classique le petit quartier
(recouvrant les couteaux d’étrivières), le grand quartier (contre lequel repose la jambe, il
recouvre la sangle et les contre sanglons), et le faux quartier (entre le cheval et les contre
sanglons). Leur taille peut varier, selon la taille du cavalier et ses préférences.
Des selles sans quartiers, ou mono quartier ont fait leur apparition sur le marché au cours
de ces 10 dernières années. Les selles sans quartier (Podium Extra Light ou Butet Practice par
exemple, figure 13) sont principalement utilisées pour l’entrainement ponctuel, en éduquant le
cavalier à stabiliser sa jambe sans artifices pouvant l’aider sur la selle. Certains cavaliers les
utilisent quotidiennement, pour gagner du poids en endurance par exemple (avec la Podium
Extra Light), ou parce qu’ils apprécient ces selles et ont une meilleure attitude à cheval avec
(Butet Practice), mais cela reste peu répandu. Les selles mono quartier sont en revanche très
fréquemment rencontrées dans les différentes disciplines sportives, puisqu’elles permettent un
contact plus étroit et plus fin de la jambe avec le cheval (une couche en moins entre le flan du
cheval et la jambe du cavalier). C’est apprécié par de nombreux cavaliers qui les utilisent
classiquement tous les jours.
Figure 14 : Exemples de selles sans quartiers. La Podium Extra Light (à gauche) pour l’endurance, et
la Butet Practice (à droite) pour le saut d’obstacle. (Source : Butet)
- 50 -
d) Les taquets
Les taquets sont des renforts en relief ayant pour fonction principale de caler la jambe
du cavalier. On peut en retrouver sur le grand quartier et sur le faux quartier, et ils ont des
formes et tailles différentes selon la discipline (plutôt fins et longs en dressage, courts et épais
en obstacle) et selon les préférences individuelles.
e) Les panneaux
Les panneaux sont situés sous la selle, et doivent reposer à plat sur la musculature
dorsale du cheval. Ils sont constitués d’une matelassure importante, et déterminent les capacités
amortissantes de la selle. Ces matelassures sont généralement bourrées de mousse, de laine de
verre ou de feutre. Elles forment également, au milieu, la gouttière, qui permet de dégager un
espace sans appui pour la colonne vertébrale du cheval.
Les contres sanglons sont des lanières de cuir percées permettant l’attache de la sangle
de chaque côté de la selle, pour maintenir cette dernière stable sur le dos du cheval. Ils sont
généralement présents au nombre de trois. Leur position et leur orientation cranio-caudale
détermine en partie les forces de pression exercées par la selle sur le dos du cheval.
g) La sangle
L’écrasante majorité des sangles que l’on trouve sur le marché aujourd’hui sont des
sangles élastiques, c’est à dire qu’une partie élastique est intercalée entre l’extrémité de la
sangle et les sanglons. Cela facilite sa mise en place, mais peut amener le cavalier à la serrer de
façon trop importante, et comprimer ainsi le thorax et les muscles pectoraux. Ces muscles,
recouvrant le sternum, sont très importants dans la locomotion du cheval. Harman, en 1995,
rapporte des cas de chevaux douloureux malgré le traitement efficace de leur dorsalgie, qui, en
réalité, souffraient de la région du sternum. On veillera donc à bien positionner la sangle, et à
la serrer raisonnablement pour éviter que la selle ne recule tout en préservant les muscles de la
région du sternum.
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3) Les missions de la selle
Ces points devront être impérativement pris en compte dans le choix de la selle par le
cavalier, faute de quoi des altérations durables de la locomotion de son cheval se mettront en
place. L’adaptation de la selle doit être une priorité dans le choix de cette dernière, et
l’évaluation de cette adaptation passe par l’observation de critères précis.
1) Historique et définition
Le saddle fitting, que l’on peut traduire en français par « ajustement de la selle » (saddle
= selle, to fit = ajuster), a pris de l’importance à la fin du XXème siècle. Avec l’arrivée de
l’équitation de loisir dans les années 1960, et la prolifération des selliers, on observe un intérêt
grandissant de la part des cavaliers, notamment professionnels, pour la performance associée à
la selle. Les études scientifiques s’intéressant à la selle et à la performance se développent à
partir des années 1990, et sont de plus en plus nombreuses aujourd’hui. Progressivement, les
selliers ont cherché à rendre leurs produits plus ergonomiques, plus techniques, et plus
performants.
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Figure 15 : Nombre de publications répondant à la recherche « horse saddle » enregistrées dans Pub
Med par année, entre 1946 et avril 2022.
Le saddle fitting est une discipline qui consiste en l’adaptation de la selle et de ses
accessoires au cheval, au cavalier, et à leur discipline. Pour cela, les principales missions de la
selle doivent être prises en compte, et analysées en fonction des deux individus concernés : la
protection de la colonne vertébrale du cheval, la répartition homogène du poids du cavalier, et
la stabilisation de ce dernier permettant une équitation la plus fine possible. Ce sont les priorités
du saddle fitter.
Les chevaux présentent une incroyable diversité de conformation de dos. Chaque
individu est différent, et une selle qui convient à un cheval donné pourra donc être totalement
inadaptée à un autre évoluant au même niveau. De plus, la conformation d’un même cheval
peut varier au fil du temps : un cheval en croissance, un cheval qui développe ses masses
musculaires ou au contraire, un cheval dont les masses musculaires régressent verront la
morphologie de leur dos différer. L’âge, l’intensité et le type de travail, les éventuelles périodes
de convalescences seront donc autant de facteurs qui influenceront la morphologie du dos d’un
cheval, et ces individualités de conformations sont à l’origine du développement de cet aspect
« saddle fitting » du monde de la sellerie.
Nous allons voir dans les prochains paragraphes comment évaluer la qualité d’une selle
d’un point de vue ergonomique, et comment améliorer les éventuels points qui lui feraient
défaut.
- 53 -
par unité de surface : P = F / S ; exprimée en N/m2, en Pa, ou en mmHg. Ainsi, si F augmente
(par exemple, lorsqu’un cavalier est en selle), la pression P augmentera elle aussi. Inversement,
lorsque la surface S diminue, la pression P augmentera (dans le cas de points de pression
localisés par exemple).
Si les pressions sont mal réparties, les conséquences délétères seront donc plus
importantes avec un cavalier lourd et des surfaces de contact petites. Donc pour diminuer la
pression exercée par la selle, nous pourront diminuer le poids du cavalier (peu réalisable en
pratique), ou jouer sur la surface de contact qui devra être la plus grande et homogène possible,
en évitant au maximum les points de pression isolés. La pression exercée par la selle sur les
structures anatomiques du cheval aura de nombreuses conséquences, détaillées dans les
paragraphes suivants, et toutes délétères pour la santé du cheval. Il est donc primordial d’éviter
au maximum les excès de pression sous le harnachement, et cela passe par une bonne répartition
de cette dernière, donc par une bonne adéquation de la selle.
Notons que si le cheval n’est généralement pas sellé pendant des temps très long, la
pression peut en théorie entrainer des dommages aux tissus mous sur de courtes durées. Les
études à ce sujet annoncent des délais de 1h à 12h avant d’observer des lésions secondaires à la
pression (Kosiak, 1959). Avec des séances d’entrainement quotidiennes durant classiquement
entre 30min et 1h30, nous pourrons donc facilement observer des lésions avec la selle.
Des études se sont intéressées aux seuils de pression acceptables par les tissus vitalisés.
En effet, on sait que la pression induit une ischémie tissulaire. La littérature reste controversée
sur la valeur de pression à partir de laquelle il y a occlusion des capillaires, mais cette dernière
semble se situer autour de 35 mmHg (pression intraluminale des capillaires, à dépasser pour les
écraser). Cette valeur fut initialement proposée par Landis (1930), et reste aujourd’hui la plus
communément admise (Thompson, 2005). Or selon Brouard (2000), l’ischémie tissulaire
induite par une pression trop élevée est source de douleur, en abaissant le seuil d’excitabilité
des nocicepteurs vis à vis de l’acide lactique, lui-même accumulé dans le muscle mal irrigué.
La pression induite par une selle mal adaptée entrainera donc directement un inconfort, dû à
l’ischémie tissulaire, pouvant aller jusqu’à une douleur prononcée.
La pression excessive de la selle inadaptée peut ainsi entrainer une douleur dorsale
importante. Malgré cette dernière, les signes d’inadéquation de la selle restent frustes. Les
propriétaires décrivent des changements de comportements ou une boiterie discrète, et si ces
dorsalgies sont un problème fréquent en clientèle, leur diagnostic s’avère souvent compliqué
pour le clinicien. Avant de montrer des signes physiques (poils cassés, dérèglement de la
sudation …), les chevaux montreront souvent des signes comportementaux.
- 54 -
La même attitude peut être observée lorsque le cheval est sellé, ou sanglé, pouvant aller, pour
les chevaux très douloureux, jusqu’aux ruades lors du sanglage. Il est légitime de penser que le
cheval, qui associe la sensation douloureuse à la selle, redoute le moment où il va être sellé.
En selle, le cheval qui souffre d’une selle mal adaptée sera tout d’abord « contre
performant ». Cette baisse de performance pousse souvent le cavalier à consulter le vétérinaire.
L’amplitude peut être diminuée, avec un cheval « étriqué » ayant des allures moins déliées et
engageant moins ses postérieurs sous la masse. Cela s’observe souvent lors d’une selle placée
trop en avant et comprimant les épaules. Le cheval peut également prendre plus de temps avant
d’être correctement échauffé. Il peut se braquer lors des sollicitations du cavalier, ou lors de la
présentation devant un obstacle. Il peut également présenter des difficultés pour s’incurver
correctement. Dans les cas extrêmes, le cheval peut se montrer agressif, et se cabrer ou ruer
lorsqu’il est sollicité de façon trop importante.
d) Signes physiques
Enfin, la selle mal adaptée peut entrainer des lésions macroscopiquement visibles sur le
tégument du cheval. Ces lésions seront douloureuses pour la plupart, mais comme nous l’avons
vu précédemment, elles ne conditionnent pas l’apparition de la douleur et des baisses de
performances. Plusieurs signes physiques peuvent être observés sur le dos du cheval lorsque la
selle est inadaptée, détaillés ci-après.
i) Poils cassés
Le deuxième signe physique que l’on peut observer lorsque la pression est répartie de
façon non homogène sous la selle est une transpiration irrégulière. Des plages de poils secs
seront notées après l’effort sous les zones de pression élevée. Cette dernière empêche le bon
- 55 -
fonctionnement des glandes sudoripares, profondément insérées dans le réseau de capillaires
sanguins.
Figure 16 : Cheval présentant une zone sèche après un travail intense (d’après Von Peinen et al.,
2010)
Dans une étude rétrospective publiée en 2010, Von Peinen compare des chevaux avec
des selles plus ou moins adaptées, et montre que les chevaux subissant les pressions les plus
faibles (selles adaptées) sont ceux pour lesquels il n’y avait pas de perturbation de la sudation.
Les zones de non-sudation permettraient donc de détecter une mauvaise adaptation de la selle.
Chez certains chevaux, directement après l’effort, il est possible d’observer une
tuméfaction indolore au niveau des points de pression élevés. Il s’agit d’un œdème traumatique
des tissus mous, la circulation lymphatique ayant été perturbée. Cela peut donc permettre de
repérer une inadéquation de la selle, même si ce gonflement disparaît rapidement après le retrait
de la selle.
Une décoloration du poil est fréquemment observée chez les chevaux montés, au niveau
du garrot essentiellement. Elle est le signe d’une lésion permanente du follicule pileux, due à
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une pression trop élevée exercée par la selle. Les poils deviennent blancs et ne retrouveront pas
leur couleur d’origine.
Pour éviter toutes les conséquences d’une selle mal adaptée que nous avons citées
précédemment, il apparaît essentiel d’étudier l’adaptation de la selle avant son utilisation. Dans
cette optique, différents points doivent être respectés, et de nombreux outils sont à notre
disposition pour évaluer correctement l’adéquation de la selle.
Dans un premier temps à lieu l’examen isolé de la selle. La première chose à regarder
est l’intégrité de la selle, son état général et l’entretien. En effet, une selle cassée, ou très abimée
pourra gêner un cheval pour lequel elle était initialement bien adaptée. On observe ensuite si
l’arçon est intègre. Une façon de faire est d’attraper le pommeau de la selle d’une main, le
troussequin de l’autre, de placer notre tibia au milieu du siège, et de tirer la selle vers nous. Si
en forçant contre la selle avec notre tibia, on sent des craquements ou une souplesse exagérée,
c’est que la selle est probablement cassée. On peut ensuite placer la selle entre nos adducteurs
(le siège vers le haut, chaque quartier au contact d’une jambe) et serrer les jambes : si en serrant,
il n’y a pas de résistance, la selle est probablement cassée.
Une fois l’intégrité et le bon état de la selle vérifiés, il convient de juger de sa symétrie :
la selle est-elle tordue ? Pour cela, on regarde dans l’axe troussequin-pommeau, afin de juger
du bon alignement des différents composants. On veillera cependant à ne pas prendre les
coutures comme repère, puisque les selliers étant tous gaucher ou droitier, un coté sera toujours
plus serré que l’autre.
On observe enfin les matelassures. La gouttière (sous la selle) doit pouvoir laisser passer
trois doigts facilement (environ 5 cm). Si ce n’est pas le cas, elle est trop étroite et gênera le
cheval. Elle doit aussi être centrée sur la selle. Les matelassures délimitant cette gouttière
doivent amortir correctement, sans pour autant s’écraser sous la pression du cavalier (Eugénie
Cottereau, communication personnelle).
Si la selle présente un bon état et répond à tous ces critères, on peut la poser sur le dos
du cheval et procéder à un examen statique de la selle en place.
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saut d’obstacle. Une selle placée trop cranialement gênera les mouvements de la scapula et de
l’épaule. D’autres critères doivent être respectés pour qu’une selle soit correctement adaptée à
un cheval :
- Le centre du siège doit se trouver au-dessus de T13, et la selle ne doit pas dépasser
T17 caudalement.
- Elle doit poser de façon homogène sur toute la surface portante. Il faut regarder de
près, et ne pas hésiter à passer sa main le long des matelassures sous le siège pour
vérifier qu’il n’y ait pas une région sans appui. Il faut « palper » le plus possible,
pour détecter des zones de pression exagérées ou de vide. Il faut faire
particulièrement attention à la pointe de l’arçon, qui peut facilement exercer une
pression importante et gêner l’amplitude de mouvement du cheval.
- L’équilibre de la selle posée sur le dos doit être horizontal à légèrement descendant
cranio-caudalement.
- L’espace entre le garrot et l’arçon doit laisser passer environ trois doigts. Ce critère
est extrêmement important à respecter, pour ne pas avoir d’appui sur le garrot lors
du mouvement. Un cheval blessé au garrot ne pourra plus être monté avant complète
cicatrisation.
- La sangle doit tomber en face du passage de sangle, et ne pas tirer les contres
sanglons vers l’avant ou vers l’arrière lorsque le cheval est sanglé.
- Les étriers, eux, doivent tomber au milieu du panneau.
- La taille du siège doit être adaptée à la taille du cavalier. Une selle bien adaptée mais
trop grande pour le cavalier le fera bouger de façon exagérée par exemple.
Cet examen statique est important pour juger une selle, mais il devra toujours être suivi
d’un examen en mouvement. La finalité d’une selle est effectivement bien d’être utilisée en
mouvement, et non posée sur un cheval immobile !
L’examen dynamique est indispensable pour juger de la bonne adaptation d’une selle,
même si nous ne disposons pas d’outil pour étudier objectivement la selle, tels que ceux décrits
dans le paragraphe suivant. En effet, le poids, et la position du cavalier auront souvent un effet
non négligeable. On observe donc le cheval monté en mouvement, et on s’intéresse aux points
suivants :
Cette évaluation complète de la selle (en statique puis en dynamique) permet d’apprécier
au mieux son adaptation pour un couple cavalier-cheval donné. Et récemment, des outils sont
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apparus sur le marché, permettant d’évaluer objectivement certains paramètres d’adaptation de
la selle.
Depuis plusieurs années, des outils sont apparus permettant une évaluation objective de
certains paramètres de l’adaptation de la selle au dos du cheval. Ces derniers sont utilisés pour
des études sur la locomotion du cheval sellé, ou pour l’aide à l’évaluation de l’adéquation de la
selle.
Le premier, utilisé depuis des années déjà par les selliers pour prendre des mesures de
la topographie du dos des chevaux à seller, est très simple : une tige suffisamment flexible pour
pouvoir se mouler sur le dos du cheval, et suffisamment rigide pour garder sa forme et la
reporter sur un papier (figure 17). Elle se place sur le dos du cheval, avec les bras
perpendiculaires au sol. Ils sont ensuite moulés de chaque côté de la colonne vertébrale, le long
des masses musculaires du cheval. Cette opération peut être répétées le long du dos du cheval,
entre le garrot et T17, ce qui permet de retracer la forme du dos du cheval sur le papier.
Figure 17 : Utilisation d’une courbe flexible par un sellier. (Source : Saddle Fitting)
Ce même principe a été repris plus récemment (2012) avec l’outil Equiscan® qui, une
fois positionné sur le dos, permet une prise de topographie de ce dernier (figure 18) et transmet
les données à un logiciel spécifique qui les traite. On peut alors visualiser le dos en 3D grâce à
la centaine de points enregistrés. Cet outil « scanne » le dos du cheval pour avoir des
informations sur sa topographie précise. Notons que cela ne constitue qu’une évaluation du dos
en statique. Il faudra donc compléter l’étude du dos par une observation du cheval en
mouvement.
- 59 -
Figure 18 : Equiscan® positionné sur le dos d’un cheval. (Source : Equiscan)
Un second outil que l’on peut retrouver sur le marché et qui reste très simple d’utilisation
est le tapis à mémoire de forme. C’est un tapis rempli de gel, qui garde la forme de la selle
« imprimée » après utilisation. On peut donc avoir une idée (assez imprécise) de l’adéquation
de la selle au dos du cheval en observant les zones de pression.
Enfin, arrivés plus récemment sur le marché et plus techniques à utiliser, on retrouve les
tapis capteurs de pression et la thermographie. Le premier est un outil de mesure des pressions
à l’interface entre la peau du cheval et la selle. Constitué d’une multitude de capteurs de
pression contenus dans une enveloppe, il enregistre les pressions subies au cours du temps. Si
ces tapis restent fragiles et techniques à utiliser, ils donnent des informations très précieuses
concernant les pressions subies par le dos du cheval lors de l’exercice.
Figure 19 : Image issue de l’utilisation d’un tapis capteur de pression chez un cheval monté. Les
zones bleues représentent les pressions faibles, tandis que les zones rouges représentent les pressions
élevées. (Bonati, 2011)
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Le second, la thermographie, correspond à la détection du motif thermique de la structure
étudiée à l’aide d’une caméra thermique. Ces caméras captent la chaleur dissipée, et traduisent
à l’aide d’un code couleur la température de cette dernière (allant du bleu, le plus froid, au
rouge, le plus chaud). On sait que la chaleur d’un tissu biologique provient de son métabolisme
et du flux sanguin qui le traverse. Le tissu cutané ne participant pas à l’activité physique, on
peut considérer son métabolisme comme étant quasi nul. Il est donc admis que toute variation
de température du tissu cutané est consécutive à des changements de la perfusion sanguine par
les vaisseaux cutanés (Turner (2009), rapporté par Bonati (2011)). C’est donc le flux sanguin
qui détermine le motif thermique. En connaissant le motif thermique cliniquement normal du
cheval (symétrique, sans augmentation excessive de la température le long de la colonne), on
peut localiser des zones lésionnelles facilement. Une augmentation ou une diminution de 1°C
est significativement corrélée à une zone lésionnelle. Les caméras thermiques sont pointées soit
sur le dos du cheval, soit sur l’intérieur de la selle, directement après le travail pour étudier leurs
motifs thermiques.
Figure 20 : Motif thermique d’une selle observée directement après l’effort. Ici, la chaleur n’est pas
répartie de façon homogène sur les panneaux et les quartiers, ce qui signe une selle mal adaptée au
dos du cheval en question. (Veterinary Thermal Imaging)
Tous ces outils sont différents, mais ils permettent tous d’avoir des données objectives
sur la selle et son adaptation au dos du cheval. Il faudra cependant garder à l’esprit que le dos
est une structure biologique pouvant évoluer avec le travail ou l’âge du cheval. Il faut donc
rester vigilant quant à l’adaptation de la selle au cours du temps.
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4) Les selles modernes : une adaptabilité de plus en plus importante
Les selles fabriquées aujourd’hui ont bien évolué sur le plan de l’adaptabilité. Certains
composants peuvent être ajustés en fonction du cheval utilisé, et lorsque la selle ne convient
pas, de nombreux pads et amortisseurs existent sur le marché pour corriger ses défauts. Il n’est
donc pas rare aujourd’hui de voir des cavaliers monter plusieurs chevaux aux conformations
bien différentes avec une seule et même selle. Le gain économique de ce genre d’opération est
considérable.
Grâce aux outils cités dans la partie précédente, il est aussi possible de réaliser des selles
sur mesure. Les selliers réalisent une carte topographique du dos du cheval en amont, et s’en
servent pour fabriquer une selle parfaitement adaptée au dos du cheval. Ces selles sont, en
théorie, les moins traumatiques pour les chevaux, mais sont également les plus onéreuses.
Il existe ensuite, sans forcément fabriquer une selle entière sur mesure, des selles dont
certains composants sont ajustables. Et ce, à prix tout à fait abordable aujourd’hui. On trouve,
par exemple des selles dont l’arçon est ajustable (plus ou moins ouvert selon le cheval monté),
ou dont les couteaux d’étrivières sont réglables (figure 13). On trouve également des selles dont
la forme générale peut être adaptée à différentes morphologies : les selles Bua, Evolutionary,
ou Reactor Panel en sont des exemples.
Vue de face
Vue de derrière
Figure 21 : Exemple d’une selle ajustable de la marque Evolutionary Saddles. Les matelassures
s’adaptent selon la morphologie du dos auquel elles doivent répondre.(Source : Evolutionary Saddle)
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Enfin, lorsque la selle présente des défauts ou n’est pas optimale pour le cheval devant
être sellé, il est possible d’améliorer l’adéquation de la selle à l’aide d’amortisseurs ou de pads
positionnés entre le tapis et la selle. C’est la pratique la plus répandue, et la plus économique.
Il est possible de corriger l’équilibre de la selle, d’améliorer l’amorti en absorbant les chocs, ou
de supprimer des points de pression. De très nombreux amortisseurs existent aujourd’hui, et
diffèrent tant dans la forme que dans le matériau utilisé. De nombreuses études se sont
intéressées à leur effets et efficacités (Bonati (2011), Kotschwar et al., (2010), MacKechnie et
al., (2011)), mais l’utilisation de ces amortisseurs est encore trop souvent régie par des effets
de modes, et non par des considérations scientifiques et spécifiques à chaque cheval. Quelques
exemples (non exhaustifs) d’amortisseurs qui peuvent nous aider à corriger une selle sont
donnés dans les figures 22 à 24 :
Figure 22 : Pad de garrot, utilisé pour surélever une selle comprimant le garrot. (Photo J. Urlacher)
Forme coupée
pour dégager
l’épaule
Figure 23 : Amortisseur « interface », de la sellerie Maurel. Cet amortisseur est coupé de façon à
dégager les épaules et s’adaptera donc bien aux chevaux possédant une épaule forte. Il est possible de
glisser des cales (flèches bleues) et de positionner ou non une cale en feutre (flèche rouge) à l’arrière
de la selle pour corriger l’équilibre et améliorer l’adaptation de la selle. (Source : Maurel)
- 63 -
Figure 24 : Amortisseur à mémoire de forme, permettant de limiter les points de pression localisés et
de corriger les défauts de la selle. (Photo J. Urlacher)
Le saddle fitting peut donc prendre différents aspects, de la conception de la selle, à son
ajustement, jusqu’à sa correction par des pads ou amortisseurs. La finalité reste toujours la
même : améliorer au maximum le confort du cheval et de son cavalier, en vue d’optimiser leurs
performances sportives. À travers notre étude expérimentale, nous avons essayé de simuler une
selle mal adaptée au dos du cheval, soit en modifiant l’équilibre de la selle, et donc celui du
cavalier (ce qui a de nombreuses conséquences sur la répartition des pressions), soit en
augmentant les pressions de façon localisées sur certaines zones du dos du cheval. Nous
étudions ensuite la locomotion du cheval avec des capteurs de locomotion, et caractérisons les
éventuelles modifications dans sa locomotion.
- 64 -
Partie II :
Étude expérimentale :
évaluation de l’effet d’un
déséquilibre exagéré de la
selle sur la locomotion du
cheval
- 65 -
- 66 -
I) Objectif de l’étude
Comme nous avons pu le voir dans notre première partie, la selle est loin d’être sans effet
sur la locomotion du cheval. Nous avons donc souhaité, avec ce travail, simuler une selle mal
adaptée au dos du cheval, et étudier la locomotion du cheval monté afin d’évaluer si des
modifications de locomotion étaient induites par cette selle inadaptée et les changements
consécutifs de la position du cavalier.
La mauvaise adaptation de la selle est réalisée en associant une selle ajustée (pour un
cheval donné), avec un tapis possédant des cales en feutre. En fonction de la combinaison de
cales choisie sur le tapis, l’équilibre et les pressions de la selle sont modifiés. Des acquisitions
avec plusieurs capteurs de locomotion différents sont ensuite réalisées avec le cheval en
mouvement sous la selle du cavalier. Nous souhaitons alors évaluer les modifications
potentiellement induites par une mauvaise adaptation de la selle sur la locomotion du cheval.
L’hypothèse principale est qu’un déséquilibre de la selle, ou des pressions irrégulières
modifient la locomotion du cheval. En effet, de nombreux chevaux présentent des réactions de
défense lorsqu’ils sont travaillés avec des équipements inadaptés, sont raides, avec des allures
étriquées, ou même parfois boiteux. Une pression excessive au niveau du garrot et des épaules
semblerait affecter la locomotion du cheval de façon plus importante qu’une pression excessive
en région thoraco-lombaire. Nous nous efforcerons donc de caractériser le plus précisément
possible l’influence de l’équipement sur la locomotion du cheval si un lien de causalité venait
à être mis en évidence à l’issu de nos mesures.
Le protocole de l’étude a été agréé par le comité d’éthique de VetagroSup et enregistré sous le
n°2090 (annexe 1).
A) Population d’étude
L’objectif de l’étude étant d’étudier l’impact de la selle sur la locomotion des chevaux
de sport essentiellement, la population d’étude choisie est constituée de chevaux évoluant en
saut d’obstacle (CSO) dans la région Rhône-Alpes, et étant actuellement au travail.
1) Critères d’inclusion
Les critères d’inclusions des animaux dans l’étude ont été les suivants :
- Le cheval évolue en CSO et est actuellement au travail
- Le cheval est âgé de 7 à 18 ans
- Le cheval ne présente pas d’anomalie locomotrice à l’examen (boiterie, dorsalgie,
défaut d’aplomb majeur …)
- Le cheval n’a pas participé à une compétition sportive dans les cinq jours précédant les
mesures
- 67 -
2) Critères de non-inclusion
Tous les chevaux ne répondant pas aux critères d’inclusions ne pourront être admis dans
l’étude. À cela s’ajoute les chevaux pour lesquels le propriétaire refuse la participation à l’étude.
Deux protocoles d’étude ont été mis en place pour réaliser les mesures de notre thèse.
Ils utilisent tous les deux le même matériel, et seront détaillés dans les paragraphes suivants.
a) Première expérimentation
Les chevaux recrutés sont tous montés par le cavalier professionnel Axel Delord, qui
les travaillent habituellement. Un cavalier expérimenté a en effet une influence moindre sur la
locomotion du cheval (Peham et al., 2004). De plus, une relation linéaire existe entre le poids
du cavalier et les pressions exercées par la selle (Jeffcott, Holmes and Townsend, 1999) (de
Cocq, van Weeren and Back, 2006). Le même cavalier a donc monté tous les chevaux de l’étude
pour s’assurer que les résultats puissent être comparés.
Les mesures étaient réalisées sur une carrière en Toubin-Clément, de 70m par 35m.
Tous les chevaux étaient montés avec le même équipement sur la même carrière.
Le consentement oral des propriétaires des chevaux inclus dans l’étude a été recueilli
avant le début des mesures. Ainsi, nous avons pu recruter au total neuf chevaux répondants aux
critères d’inclusion dans l’étude, pour ce premier protocole.
Niveau d’épreuve
Cheval Age
- 68 -
Daisy 14 ans 115 cm
b) Deuxième expérimentation
Les chevaux recrutés pour l’expérimentation n°2 sont tous montés par la même
cavalière, Myriam Rambaud-Méasson, qui les travaille régulièrement. C’est une cavalière
expérimentée, évoluant en compétition au niveau Pro 2. Les mesures étaient réalisées sur une
carrière en Toubin-Clément, de 50m par 25m, et tous les chevaux étaient montés avec le même
équipement sur la même carrière.
Le consentement oral des propriétaires des chevaux inclus dans l’étude a été recueilli
avant le début des mesures. Ainsi, nous avons pu recruter au total cinq chevaux répondants aux
critères d’inclusion pour ce second protocole.
B) Matériel
Dans la réalisation de chacun des deux protocoles, nous avons choisi de réaliser les
mesures avec une seule et même selle, connue pour être adaptée à tous les chevaux de l’étude,
- 69 -
et en faisant varier son équilibre à l’aide de cales en feutre. Le facteur variant est ainsi l’équilibre
longitudinal du cavalier sur la selle, ainsi que la répartition des pressions de la selle. Le principe
est donc d’utiliser un tapis sous la selle permettant de modifier son équilibre. Le Dr BAUP, qui
est à l’initiative de cette étude, a créé ce tapis en collaboration avec la sellerie Maurel, et nous
l’a donc gracieusement mis à disposition pour nos mesures.
Le tapis utilisé est celui de la figure 25. Le support pour les cales est en cuir souple de
5 mm d’épaisseur, et est coupé de façon ergonomique pour épouser la forme du dos du cheval
sous la selle. Les cales de 1 cm s’y ajustent avec un système de velcro, sur deux épaisseurs. On
trouve donc, de chaque côté du tapis, deux cales à l’arrière, deux cales au milieu, et deux à
l’avant. Ceci permet de modifier l’équilibre de la selle comme observé sur les figures 26 à 28.
- 70 -
Orientation de l’axe troussequin – pommeau
selon les différentes conditions du tapis
Figure 26 : Cheval sellé avec le tapis de l'étude, et aucune cale en feutre. (Photo J. Urlacher)
Figure 27 : Cheval sellé avec le tapis de l'étude, et les deux cales avant en feutre. (Photo J. Urlacher)
- 71 -
Orientation de l’axe troussequin – pommeau
selon les différentes conditions du tapis
Figure 28 : Cheval sellé avec le tapis de l'étude, et les deux cales arrière en feutre. (Photo J.
Urlacher)
Afin de mieux visualiser les modifications d’équilibres induites par le tapis, des traits de
couleurs ont été tracés (reliant le sommet du pommeau et le sommet du troussequin) sur les
figures 26 à 28 suivant le code couleur suivant :
Bleu = équilibre de la selle sans cales (uniquement le tapis en cuir).
Rouge = équilibre de la selle avec les deux cales avant.
Jaune = équilibre de la selle avec les deux cales arrière.
i) Principes généraux
- 72 -
L’algorithme du logiciel reçoit les valeurs des différents capteurs, sélectionne les plages
de données interprétables, et les analyse en calculant le rapport de l’accélération verticale due
à la boiterie sur l’accélération verticale naturelle. Le Lameness Locator permet donc de détecter
des irrégularités d’allure, en associant l’accélération verticale de la tête ou du bassin à la vitesse
angulaire de l’antérieur droit afin de déterminer quel membre et quelle phase de la foulée sont
concernés par l’irrégularité (phase de propulsion ou phase de réception).
Les trois capteurs du système Lameness Locator® sont différents. Une flèche dessinée
sur les capteurs en indique le sens lors du positionnement et ce dernier doit être respecté pour
que les résultats soient fiables.
Le second capteur est placé, à l’aide d’un bonnet spécial (figure 30), en avant de la
nuque du cheval, entre les deux oreilles. Il doit bien être positionné au milieu de la tête du
cheval, et orienté dans l’axe sagittal. C’est un accéléromètre mesurant l’accélération verticale
de la tête, qui en déduit les hauteurs maximales et minimales atteintes par la tête du cheval.
- 73 -
Figure 30 : Accéléromètres positionnés dans leurs étuis, sur la tête du cheval (à gauche) et sur le
pelvis du cheval (à droite). (Photos J. Urlacher)
Le troisième et dernier capteur (figure 30) est placé sur le pelvis du cheval (dans l’axe
sagittal du cheval, au point le plus haut du bassin), à l’aide de velcros. Il mesure lui aussi
l’accélération verticale du pelvis et en déduit les hauteurs maximales et minimales atteintes par
le bassin du cheval sur l’ensemble des foulées.
a) Méthode d’analyse
Figure 31 : Mouvement de la tête du cheval sain lors de déplacement au trot (d’après les manuels
officiels de préparation aux brevets fédéraux)
- 74 -
Lorsqu’un cheval souffre d’un membre, il aura tendance à mettre moins de poids lors
de l’appui sur ce membre, en reportant le poids sur le membre controlatéral lors de la foulée
suivante. Ceci se traduit par un mouvement vertical du balancier tête-encolure ne suivant plus
une sinusoïde, mais décrivant plutôt un tracé comme observé sur les figures 32 et 33.
Figure 32 : Exemple du mouvement vertical de la tête chez un cheval boitant de l’antérieur gauche
(d’après Rhodin et al., 2018)
Figure 33 : Exemple du mouvement vertical de la tête chez un cheval boitant de l’antérieur droit
(d’après (Rhodin et al., 2018)
- 75 -
En effet, nous avons un mouvement asymétrique dû à la boiterie, pour lequel plusieurs
cas de figure sont possibles : si le cheval souffre lors du poser du membre entre le début et le
milieu de la phase d’appui, il aura tendance à limiter au maximum la pression exercée sur ce
membre lors de l’appui, et redressera la tête lors de la réception sur ce membre. On observera
ainsi une élévation de la tête lors de l’appui sur le membre boiteux. Si le cheval souffre plutôt
lors la phase d’impulsion (ie entre la moitié de la phase d’appui et la phase de soutien), alors il
aura tendance à lever la tête plus haut lors de la fin de la phase d’appui (cf figure 33).
Ainsi, en nous intéressant à certains paramètres particuliers donnés par le capteur, nous
pouvons quantifier la boiterie d’un cheval, et déterminer si cette boiterie est plutôt une boiterie
d’impact (lorsque le pied arrive au sol) ou une boiterie d’impulsion (lorsque le pied quitte le sol
pour rentrer dans la phase de soutien).
Les paramètres mesurés par le Lameness Locator® qui permettent d’analyser la locomotion du
cheval, et que nous avons utilisé sont :
- Diff min Head : correspond à la différence entre la hauteur minimale de la tête lors de
la première partie de la phase d’appui de l’antérieur droit et la hauteur minimale de la
tête lors de la première partie de la phase d’appui de l’antérieur gauche.
- Diff max Head : correspond à la différence entre la hauteur maximale de la tête lors du
poser du membre antérieur droit et la hauteur maximale de la tête lors du poser du
membre antérieur gauche. (Causeret, 2019)
Ces paramètres sont mesurés pour chaque foulée, et une moyenne est calculée puis
transmise à l’utilisateur directement sur le rapport de l’animal. Un écart type est également
fourni. Le signe de la moyenne calculée pour chaque paramètre nous informe sur la latéralité
de la boiterie, ainsi que sur son moment d’apparition.
Pour notre étude, nous ne nous intéresserons pas aux valeurs en elles-mêmes, mais aux
variations de ces valeurs entre les mesures pour un même cheval, ou aux variations entre les
valeurs des chevaux de l’étude. Ainsi, nous ne nous attarderons pas sur les limites retenues dans
la littérature pour affirmer qu’une boiterie est présente ou non.
Les données sont affichées sur la tablette de l’utilisateur sous la forme de diagrammes de
rayonnement, comme indiqué sur la figure 34 ci-dessous.
- 76 -
Trial Report
Case #:
Owner: Jonathan these, Protocole Légende :
Horse: Daisy
Quantification of Asymmetry
anesthésie tronculaire éventuelle …
Stride Rate: 1.4 Strides Assessed (fore/hind): 28/28
Forelimb Strides Hindlimb Strides
0 Chart unavailable
-20
-40
Head Max / Min, et Diff Pelvis Max /
Impact Impact Min.
-60
-60 -40 -20 0 20 40 60
Diff Max (mm) Stride Stride
Generated with Lameness Locator® 2017 by Equinosis® ([Link]) Thursday, July 08, 2021 at 2:48 PM
Figure 34 : Rapport d’examen fournit par la tablette Lameness Locator après chaque séance. (Photo
J. Urlacher)
Pour notre étude, le cadre n°4 est celui qui nous intéresse le plus, puisqu’il nous donne les
valeurs pour les paramètres choisis.
- 77 -
Figure 35 : Mouvement vertical du sacrum et des deux tuber coxae chez un cheval sain au trot. On
observe que le déplacement du sacrum est identique à chaque foulée, et que le tuber coxae monte
légèrement plus haut que le tuber coxae controlatéral lors de la phase d’appui du membre ipsilatéral.
SL = phase d’appui du membre postérieur gauche, SR = phase d’appui du membre postérieur droit,
SP = phase de soutien (d’après Peham et al., 2001)
Le bassin descend lors de la première moitié de la phase d’appui, puis se relève pour
atteindre une hauteur maximale lors de la phase de soutien.
- 78 -
Figure 36 : Mouvement vertical du sacrum et des deux tuber coxae chez un cheval boitant du
postérieur droit au trot. On observe que le déplacement du sacrum n’est plus identique à chaque
foulée, et qu’il est légèrement moins haut lors de la phase d’appui du membre sain (postérieur
gauche). On remarque également que le tuber coxae droit (membre douloureux) descend plus bas que
le tuber coxae gauche.
SL = phase d’appui du membre postérieur gauche, SR = phase d’appui du membre postérieur droit,
SP = phase de soutien (d’après Peham et al., 2001)
Pour notre étude, le capteur Lameness Locator® étant positionné sur la pointe du sacrum,
dans l’axe sagittal du cheval, nous nous intéresserons surtout aux mouvements du sacrum. Nous
avons vu que l’analyse de ce mouvement donne de précieuses informations sur la locomotion
du cheval. Nous utilisons pour cela les valeurs fournies par le capteur.
Les paramètres mesurés par le Lameness Locator® qui permettent d’analyser la locomotion du
cheval, et que nous avons utilisé sont :
- Diff min Pelvis : correspond à la différence entre la hauteur minimale du pelvis lors de
la première partie de la phase d’appui de l’antérieur droit et la hauteur minimale du
pelvis lors de la première partie de la phase d’appui de l’antérieur gauche.
- Diff max Pelvis : correspond à la différence entre la hauteur maximale du pelvis lors du
poser du membre antérieur droit et la hauteur maximale du pelvis lors du poser du
membre antérieur gauche. (Causeret, 2019)
- 79 -
Les paramètres issus du Lameness Locator® et retenus pour notre étude sont donc Diff max
Head, Diff min Head pour l’analyse de la symétrie des antérieurs, et Diff max Pelvis et Diff
min Pelvis pour l’analyse de la symétrie des postérieurs. Ce sont des paramètres précis et
pratiques d’utilisation fournis directement dans la feuille de résultats du Lameness Locator®.
Ces valeurs sont alors compilées dans un tableau Excel, à partir duquel nous pourrons réaliser
une analyse statistique.
i) Principes généraux
Ils doivent être positionnés dans l’axe sagittal. Pour le cheval, le capteur se fixe sur la
têtière grâce à un support en forme de pince. Pour le cavalier, un support se collant sur le casque
permet de placer le capteur au sommet de la tête du cavalier (voir figure 37).
- 80 -
Figure 37 : Capteur MS100 du cheval (à gauche) et du cavalier (à droite) positionnés lors de
l’examen. (Photos J. Urlacher)
Ils sont reliés en bluetooth au smartphone du cavalier, grâce à une application dédiée
permettant de lancer l’acquisition et de l’arrêter. Les informations récoltées sont ensuite
transférées sur un cloud où elles seront stockées, et l’analyse des données récoltées apparaît
directement sur l’application qui fait office d’interface avec le cavalier. Pour notre étude, nous
avons préféré récolter les données brutes issues des capteurs en plus de celles déjà traitées par
l’algorithme de la société Movin’Smart et qui apparaissent dans l’application, ceci afin de
traiter directement les données pour en tirer d’autres valeurs qui nous intéressent.
La figure 38 nous montre un extrait des valeurs brutes extraites des capteurs après
acquisition : la première colonne contient le temps (en seconde), tandis que les colonnes 3, 4, 5
donnent les accélérations respectives selon les axes X, Y, et Z de la tête du cheval. Le capteur
positionné sur la tête du cavalier donne, lui, les valeurs observées dans les colonnes 6, 7 et 8.
- 81 -
Figure 38 : Données issues d’une phase de trot du cheval Kiss Me Devil Z équipé des capteurs
Movin’Smart.(d’après Movin’Smart)
b) Méthode d’analyse
Pour l’étude de ces données du mouvement, deux programmes Matlab ont été utilisés.
Le premier, codé entièrement pour cette étude avec l’aide précieuse de Mayeul Urlacher,
étudiant ingénieur, permet de tracer les graphiques du mouvement et d’avoir accès à deux
paramètres : la fréquence et l’amplitude. Le second programme Matlab, codé par la société
Movin’Smart et resté strictement confidentiel, permet d’avoir accès à la symétrie et variabilité
à la fois de la fréquence et de l’amplitude des foulées.
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L’utilisation de ces capteurs nous permet d’obtenir des valeurs d’accélération en
fonction du temps (figure 38). L’exploitation de ces données brutes a été réalisée avec le logiciel
Matlab, sur lequel un programme a été codé.
Ce programme permet d’abord de tracer les courbes d’accélération (selon les trois
dimensions de l’espace) en fonction du temps. La figure 39 est un exemple du type de courbe
obtenu avec ce codage.
- 83 -
A partir de ces graphiques de l’accélération verticale en fonction du temps, on a pu
sélectionner dans un second temps les plages de données intéressantes pour notre étude, c’est à
dire les plages de données au cours desquelles le cheval est au trot, à une allure régulière, et ce
suivant le tracé prévu pour la mesure. On élimine donc les plages de données au cours
desquelles le cheval est au pas par exemple. Ces plages de données sont représentées par les
rectangles de couleur jaune sur la figure 39, et ont été repérées visuellement sur le graphique
représentant l’accélération verticale de la tête du cavalier. Elles sont reportées dans un tableur,
comme montré sur la figure 40. Le repérage de ces plages de données est important puisqu’il
conditionne les valeurs utilisées lors de l’analyse des données.
Une fois le graphique tracé et les plages de données pertinentes sélectionnées, nous
avons codé dans Matlab un programme qui ne s’intéresse qu’aux plages de données pertinentes.
Ainsi, tous ce que nous allons voir dans les prochains paragraphes n’est appliqué que sur les
plages de données sélectionnées (en jaune sur le graphique).
Lorsqu’un cheval trotte à une allure régulière, sa tête décrit un mouvement de balancier
suivant une sinusoïde, et donc avec une fréquence et une amplitude propre. L’étude de ce
mouvement de la tête fournit énormément d’informations sur la locomotion du cheval. En effet,
sur le même principe que pour le Lameness Locator®, nous recherchons des irrégularités dans
le mouvement sinusoïdal de la tête lors des mesures avec les différents équilibres de selle : si
des paramètres du mouvement de la tête sont modifiés, nous pourrons conclure que cette
modification d’équilibre de la selle a engendré une modification dans la locomotion.
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α) Étude de la fréquence du mouvement
Pour accéder à cette information, nous avons utilisé la densité spectrale de puissance
(PSD). Selon l’analyse de Fourier, tout signal physique continu peut être décomposé comme
une somme (finie ou infinie) de signaux sinusoïdaux d’amplitude et de fréquence variable. Cet
ensemble de fréquences et leurs amplitudes associées forment ainsi le spectre de puissance du
signal. Ainsi, tout signal pouvant être représenté comme une variable qui varie dans le temps a
un spectre de fréquences correspondant (Feltekh, 2014). La répartition fréquentielle de la
puissance d'un signal suivant les fréquences qui le composent représente la densité spectrale de
puissance. C’est donc la puissance présente dans le signal en fonction de la fréquence, par unité
de fréquence. Elle est couramment exprimée en watts par hertz (W/Hz). (Maral, 2003)
L’étude de la PSD nous permet donc de savoir quelles fréquences sont prédominantes
dans notre signal. Cela est représenté visuellement sur la figure 41 ci-dessous : les cercles
rouges repèrent les trois fréquences prédominantes du signal (le signal étant le mouvement de
la tête du cheval au cours de la mesure), et ces dernières seront retrouvées dans un tableau les
compilant toutes.
- 85 -
Figure 41 : Diagramme de la densité spectral de puissance d'une phase de trot de Flora. Le pic à 0 Hz
représente la composante continue du signal, le signal initial n’étant pas centré sur zéro.
La régularité des amplitudes au cours de la mesure est le premier paramètre qui nous
intéresse. Une irrégularité peut en effet traduire un inconfort, voir une boiterie si cette
irrégularité est constante. Nous rappelons qu’un cheval qui boite verra son mouvement de
balancier de la tête modifié. Pour objectiver cette régularité, nous avons calculé l’écart type de
l’amplitude.
- 86 -
peut provenir d’un cheval qui est anormalement raide, ou à des allures étriquées, car la selle le
gêne par exemple. Cette valeur d’amplitude moyenne est calculée comme la moyenne de toutes
les amplitudes relevées au cours de la mesure.
Figure 42 : Repérage des extremums du mouvement vertical de la tête d’un cheval boitant de
l’antérieur gauche sous Matlab. Chaque cercle rouge repère un extremum haut, et chaque cercle vert
représente un extremum bas. Cela permet de calculer les amplitudes de chaque mouvement de tête.
Ces amplitudes sont ensuite stockées dans un tableur Excell.
Nous avons donc codé un programme sous Matlab qui nous donne plusieurs paramètres
intéressants : l’aperçu visuel sous forme de graphique, la fréquence du mouvement, son
amplitude moyenne, et la régularité de son amplitude. D’autres paramètres ont été utilisés pour
étudier le mouvement, et ce sont ceux fournis directement par Movin’Smart en utilisant leur
programme d’étude du mouvement.
- 87 -
γ) Étude de la symétrie à l’aide du programme de la société
Movin’Smart
Pour cela, l’algorithme commence par repérer les périodes de trot. Si le cheval repasse
au pas, ou s’arrête, ce ne sera pas pris en compte dans l’analyse jusqu’à ce qu’il reparte au trot.
Cela est bien visualisable sur les figures 43 à 45. Dans la figure 43, le cheval part au trot et ne
change pas d’allure avant la fin de la mesure : nous avons donc une seule phase de trot qui sera
analysée en entier. En revanche, dans les figures 44 et 45, le cheval repasse au pas au milieu de
la mesure, et l’algorithme repère donc 2, voir 3 phases de trot distinctes : elles seront alors
analysées bout à bout, sans considérer les zones de pas.
Figure 43 : Identification des zones de trot sur un cheval ne repassant pas au pas (Source :
Movin'Smart).
Figure 44 : Identifications des zones de trot chez un cheval repassant une fois au pas (Source :
Movin'Smart).
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Figure 45 : : Identifications des zones de trot chez un cheval repassant deux fois au pas (Source :
Movin'Smart).
Une fois ces zones de trot repérées, un premier algorithme analyse les fréquences de
foulées pour le diagonal droit, et pour le diagonal gauche. Pour chaque foulée, le rapport entre
la fréquence des foulées du diagonal droit et la fréquence des foulées du diagonal gauche est
calculé. La moyenne de ce rapport donne la variable « Sym Ff » (pour symétrie fréquence
foulées). On s’intéresse également à la variabilité de la fréquence des foulées (variable « Var
Ff »). Pour cela, on utilise la formule suivante :
𝑑𝑜𝑛𝑛é𝑒𝑠
𝑉𝑎𝑟 𝐹𝑓 = 100 ∗ (𝑖𝑞𝑟 ∗ . 7)
𝑚𝑜𝑦𝑒𝑛𝑛𝑒
La variation entre les fréquences du diagonal droit et celles du diagonal gauche est une
manière de représenter la dispersion des données. Visuellement, cela est représenté sur les
diagrammes suivants (figure 46), pour lesquels une mesure contenant deux périodes de trot a
été analysée : à gauche, on retrouve le rapport des symétries des foulées, avec deux valeurs car
deux phases de trot ont été repérées par l’algorithme. A droite, la variabilité associée à chaque
rapport est affichée (en utilisant la formule ce dessus).
Figure 46 : Graphiques représentant la symétrie temporelle des foulées ainsi que la variabilité
associée (Source : Movin'Smart).
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Ensuite, un deuxième algorithme analyse les amplitudes de foulées pour chaque
diagonal (droit et gauche). Pour chaque foulée, le programme calcule le rapport entre les
amplitudes latérales des foulées du diagonal droit et les amplitudes latérales des foulées du
diagonal gauche. La moyenne de ce rapport est donnée par la variable Sym Amp (pour symétrie
des amplitudes). On s’intéresse également à la variabilité des amplitudes (calculée comme
précédemment), qui est donnée par la variable Var Amp.
Figure 47 : Graphiques représentant la symétrie latérale des foulées ainsi que la variabilité associée
(Source : Movin'Smart).
Ces graphiques permettent de visualiser les données qui sont récoltées. Ces dernières
sont toutes regroupées dans un tableur Excel, avec les données issues du Lameness Locator®,
afin de procéder à une analyse statistique de l’ensemble des données.
C) Protocoles expérimentaux
Avec le tapis à cales et ces deux capteurs à notre disposition, nous pouvons réaliser des
mesures sur les deux groupes de chevaux recrutés afin d’obtenir des résultats à analyser. Deux
protocoles ont été utilisés, décrits ci-après, chacun permettant d’étudier des conditions un peu
différentes.
- 90 -
de cales en feutres étaient disposées à une extrémité du tapis (avant ou arrière), et on complétait
avec une épaisseur de cale au milieu du tapis, du même côté (figures 48 et 49), afin que la selle
repose sur toute la longueur du tapis.
Figure 48 : Exemple de disposition des cales sur le tapis de l’étude pour l’expérimentation n°1 (vue de
dessus). (Photo J. Urlacher)
Figure 49 : Exemple de disposition des cales sur le tapis de l’étude pour l’expérimentation n°1 (vue de
profil). (Photo J. Urlacher)
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Pour ce protocole, toutes les mesures ont été réalisées avec le même cavalier, la même
selle, et le même sol, afin de s’affranchir au maximum de biais liés à l’environnement lors des
mesures. Le cavalier professionnel Axel Delord a eu la gentillesse de monter neufs chevaux
pour notre étude, au sein des écuries d’Arnas La Sauvageonne. La carrière sur laquelle les
mesures étaient réalisées est une carrière en Toubin-Clément de 70 mètres par 35 mètres. La
selle utilisée est une selle d’obstacle Forestier (taille 17,5). Les mesures ont été réalisées dans
un intervalle de temps d’un mois, pour limiter au maximum les biais liés aux conditions
climatiques. Enfin, l’ensemble des mesures sur un même cheval a toujours été réalisé sur la
même journée, pour s’affranchir d’un éventuel biais lié à l’âge de la ferrure.
Avant d’effectuer les mesures sur un cheval, il était observé en main en ligne droite au
pas, puis au trot, afin d’écarter tout cheval boiteux ou douteux de l’étude. Un test de sensibilité
du dos était également réalisé, par palpation, afin d’écarter tout cheval souffrant de dorsalgies.
Une fois cet examen dynamique et statique réalisé, le cheval était inclus dans l’étude et
la mesure se déroulait comme décrit ci-après :
1) Mise en place des capteurs MS100 et Lameness Locator® sur le cheval, ainsi que sur la
bombe du cavalier.
2) Préparation du cheval avec son équipement habituel, auquel on ajoute le tapis de l’étude mais
sans aucune cale en feutre.
4) Une fois le cheval échauffé, le cavalier place son cheval à l’arrêt, et lance depuis son
smartphone une première acquisition pour les capteurs MS100. De notre côté, nous lançons
simultanément une acquisition pour les capteurs Lameness Locator® depuis la tablette
connectée. Le cavalier s’élance alors pour un aller-retour au trot assis sur une distance de 30
mètres. A la fin de cet aller-retour, les deux acquisitions sont arrêtées. Une nouvelle acquisition
est alors lancée et le cavalier effectue deux cercles de 20 mètres de diamètre au trot assis à main
droite. Puis une dernière acquisition est lancée pour deux cercles de 20 mètres de diamètre au
trot assis à main gauche.
5) Une fois ces trois exercices réalisés, le cavalier descend de cheval, et les cales en feutre (deux
épaisseurs à l’arrière et une épaisseur au milieu) sont placées sur le tapis. Le cheval est sellé à
nouveau, et le cavalier se remet en selle. Trois nouvelles acquisitions (aller-retour en ligne
droite, cercles à main droite, et cercles à main gauche) sont alors réalisées selon le schéma décrit
à l’étape 4.
6) On desselle ensuite le cheval pour placer les cales en feutre à l’avant (deux épaisseurs à
l’avant et une épaisseur au milieu) cette fois ci, puis le cavalier se remet en selle pour effectuer
trois nouvelles acquisitions, toujours selon le schéma décrit à l’étape 4.
7) Enfin, cette opération est réalisée une dernière fois en positionnant les cales sur la partie
gauche, ou droite du tapis (alternativement une fois sur deux, deux épaisseurs de cales sur
l’ensemble du côté choisi), et en réalisant trois nouvelles acquisitions.
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Figure 50 : Schéma récapitulatif du déroulement d’une mesure suivant le protocole décrit
précédemment. (Photo J. Urlacher)
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Ceci était mis en place en disposant deux épaisseurs de cales en feutres à une extrémité
du tapis (avant ou arrière), et en ne complétant pas avec une épaisseur de cale au milieu du tapis
(figures 51 et 52).
Figure 51 : Exemple de disposition des cales sur le tapis de l’étude pour l’expérimentation n°2 (vue de
dessus). (Photo J. Urlacher)
Figure 52 : Exemple de disposition des cales sur le tapis de l’étude pour l’expérimentation n°2 (vue de
profil). (Photo J. Urlacher)
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Pour ce protocole, toutes les mesures ont été réalisées avec la même cavalière, la même
selle, et le même sol, afin de s’affranchir au maximum de biais liés à l’environnement lors des
mesures. La cavalière Myriam Rambaud-Méasson a eu la gentillesse de monter cinq chevaux
pour notre étude, au sein des écuries du Cross de la Colline. La carrière sur laquelle les mesures
étaient réalisées est une carrière en Toubin-Clément de 50 mètres de long par 25 mètres de
large. La selle utilisée est une selle d’obstacle Meyer (taille 17). Les mesures ont été réalisées
dans un intervalle de temps d’un mois, pour limiter au maximum les biais liés aux conditions
climatiques. Enfin, l’ensemble des mesures sur un même cheval a toujours été réalisé sur la
même journée, pour s’affranchir d’un éventuel biais.
Avant d’effectuer les mesures sur un cheval, il était observé en main en ligne droite au
pas, puis au trot, afin d’écarter tout cheval boiteux ou douteux de l’étude. Un test de sensibilité
du dos était également réalisé, par palpation, afin d’écarter tout cheval souffrant de dorsalgies.
Une fois cet examen dynamique et statique réalisé, le cheval était inclus dans l’étude et la
mesure se déroulait comme décrit précédemment, suivant le même protocole (figure 50), à la
différence près que les cales utilisées étaient les suivantes pour les différentes phases de trot :
D) Analyse statistique
L’analyse statistique des données a été réalisée avec les données quantitatives issues des
capteurs Lameness Locator® et MS100 (Diff max head, Diff min head, Diff max pelvis, Diff
min pelvis, Fréquence prédominante, Amplitude moy, Amplitude SD, Sym Ff, Var Ff, Sym
amp, Var amp). Elle a été réalisée avec le logiciel R studio, version 2021.09.1. Nous avons
regroupé sous le nom de « condition » les différents tapis utilisés pour les mesures (sans cales,
avec cales à l’avant, avec cales à l’arrière, ou avec cales sur le côté), et sous le nom de « test »
les différentes phases de trot de chaque mesure (en ligne droite, en cercle à main droite, ou en
cercle à main gauche). Ainsi, après vérification de la validité du modèle, nous avons croisé
l’ensemble des données : la recherche de l’influence de la selle sur la locomotion a été faite en
cherchant une influence de la condition seulement, une influence du test seulement, et une
influence croisée de la condition et du test. Un résultat était jugé significatif à partir d’une valeur
de la p-value inférieure à 0,05.
Pour cela, nous avons utilisé un modèle linéaire généralisé à effets mixtes. C’est une
extension du modèle linéaire généralisé dans lequel le prédicteur contient des effets aléatoires
en plus des effets fixes. Les packages « lme4 », « lmerTest », « MuMin », « multcomp »,
« lsmeans », « ggpurb » et « ggplot2 » ont été utilisés.
- 95 -
III) Résultats
Les données récoltées sont regroupées dans des tableaux visibles en annexes. Suite à
l’analyse statistique de ces données, très peu de modifications significatives de la locomotion
sont objectivement observées chez les chevaux de l’étude.
Pour les deux séries de mesures, on observe avec l’étude statistique que le test (ligne
droite, cercle à droite, ou cercle à gauche) influence les résultats. Cela signifie que pour chaque
paramètre étudié, le fait que le cheval trotte en ligne droite, ou en cercle aux différentes mains
modifie les résultats. Cela ne nous donne pas d’information sur l’effet du tapis, et ne concerne
que les tests.
Concernant la première expérimentation, étudiant surtout l’effet d’une modification de
l’équilibre de la selle induite par le tapis, l’analyse statistique ne montre aucune variation dans
les paramètres fournis par les capteurs pour la condition, ou pour la condition croisée avec le
test (annexe 4).
En revanche, l’expérimentation n°2, qui s’intéressait plus à la pression excessive de la
selle induite par le tapis, montre que le test semble influencer les données des capteurs. En effet,
pour les paramètres Fréquence prédominante, Amplitude Moy, et Amplitude SD, l’analyse
trouve une p-value < 0,05. Cela signifie que l’étude statistique repère une différence
significative pour ces trois paramètres mesurés avec le capteur Movin’Smart, lorsque l’on
combine le tapis et la trajectoire du cheval. Donc le tapis n’a un effet significatif que selon
certaines trajectoires, qui est le plus marqué en ligne droite. Une tendance est observée pour ces
trois paramètres en ligne droite, et est visible sur les graphiques suivants :
Figure 53 : Fréquence prédominante du mouvement vertical de la tête du cheval en fonction des cales
mises en place sur le tapis. Lignes droites uniquement.
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Figure 54 : Amplitude moyenne et écarts types associés du mouvement vertical de la tête du cheval en
fonction des cales mises en place sur le tapis. Lignes droites uniquement.
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IV) Discussion
Lors des mesures avec les cales en place, l’impression ressentie par les cavaliers qui
montaient, ainsi que par moi-même qui observait les chevaux au trot, était une impression de
chevaux « étriqués », c’est à dire des chevaux qui se déplaçaient avec moins d’amplitude et
moins de souplesse que lorsqu’ils étaient montés sans les cales. Cette impression commune fut
ressentie sur l’ensemble des chevaux lors des deux expérimentations. Cette gêne (ressentie ou
observée) chez les chevaux durant les mesures était plus importante lors de la mise en place des
cales à l’avant, ou à l’arrière selon les individus. On remarque que les chevaux osseux, au dos
fort, et à la musculature bien développée ont tendance à être gênés lors des séances avec les
cales placées à l’avant (région du garrot), tandis que les chevaux plus fins, avec un profil plus
effilé ou présentant une musculature moins développée ont plutôt tendance à être gênés lors des
séances avec les cales positionnées à l’arrière (région lombaire). En revanche, le fait de mettre
des cales sur le côté, ou le fait de ne placer qu’une seule cale au milieu à gauche ne modifiait
pas la locomotion du cheval (toujours d’un point de vue subjectif).
Nous avons donc, après ces deux séries de mesures, peu de résultats significatifs
montrant une influence du tapis sur la locomotion du cheval. Si nous interprétons les résultats
fournis, le positionnement des cales à l’arrière du tapis diminuerait la fréquence du mouvement
vertical de la tête du cheval, et augmenterait l’amplitude de ce mouvement. Le seul cheval pour
lequel l’effet est inversé est Colorado, qui est un cheval costaud et osseux : le positionnement
des cales à l’avant influence son mouvement de tête de façon plus importante, en augmentant
la fréquence du mouvement et en diminuant l’amplitude moyenne.
Une influence des pressions exagérées de la selle serait donc observée, avec une
diminution de fréquence et une augmentation d’amplitude du mouvement de la tête associées à
une pression exagérée en région lombaire. Mais ces résultats sont à interpréter avec prudence :
les trois indicateurs pour lesquels une différence dans la locomotion est observée sont ceux
issus de l’algorithme codé spécifiquement pour cette étude. Et bien que cet algorithme soit
travaillé et réfléchi, il est loin d’être abouti et aussi précis que ceux mis en place par des équipes
ayant travaillé depuis plusieurs années sur le sujet (tels que les algorithmes des capteurs
utilisés). Or, les paramètres fournis par les algorithmes des capteurs ne montrent aucune
différence significative, ni aucune tendance exploitable concernant une quelconque
modification de la locomotion du cheval.
Ce sont donc des résultats qui restent essentiellement subjectifs. Nous nous attendions
à voir des modifications objectives de la locomotion à l’aide des deux systèmes de capteurs
utilisés, d’autant plus que durant les mesures, les chevaux ne semblaient pas indifférents à la
mise en place des cales.
Certains choix dans notre étude peuvent en partie expliquer ces résultats. Premièrement,
la distance parcourue par le cheval durant la mesure, ainsi que le temps durant lequel il a eu le
tapis sous la selle, sont relativement courts. En effet, il faut un peu plus de 45 min pour effectuer
l’ensemble des mesures d’un cheval (en comptant la mise en place des cales entre chaque
- 98 -
exercice), durant lesquelles environ 800 mètres sont parcourus. Le cheval est donc dans des
conditions « inconfortables », avec une selle mal adaptée, pendant moins d’une heure, et
parcourt moins d’un kilomètre avec cette selle. Il est possible que cela ne soit pas suffisant pour
mesurer un inconfort léger à modéré chez le cheval. Certes, lorsqu’une selle est franchement
inadaptée au dos d’un cheval, des réactions de défenses immédiates et intenses peuvent
apparaître, accompagnées le plus souvent de gênes dans la locomotion. Mais dans le cas d’une
selle qui n’est que légèrement inadaptée au cheval, une gêne peut n’apparaître qu’après une
utilisation répétée (plusieurs mois) de l’équipement. Il serait donc intéressant d’effectuer ces
mêmes mesures chez des chevaux qui seraient montés durant plusieurs semaines avec ce tapis
à cales, afin de voir si les paramètres de la locomotion sont franchement modifiés après une
utilisation répétée.
Ensuite, les cavaliers montant les quatorze chevaux de notre étude sont des cavaliers
très expérimentés. Ils montent près d’une dizaine de chevaux par jour, aux conformations et
aux allures différentes. Ils ont donc pu, inconsciemment, compenser le déséquilibre de la selle
induit par les cales, et ainsi atténuer l’impact de notre tapis sur la locomotion du cheval. Ceci
reste cependant à nuancer, puisque le tapis utilisé n’a pas qu’un effet de « déséquilibre » de la
selle, il a également une action de mise sous pression importante des zones concernées (garrot-
épaules, ou région lombaire en fonction des cales utilisées), en fonction de la disposition des
cales, et le cavalier n’a aucun contrôle sur cette pression exercée par la selle. Ceci expliquerait
peut-être aussi pourquoi les seuls résultats quantitatifs significatifs observés sont ceux de
l’expérimentation n°2. Il est également possible que le cavalier ait atténué les modifications de
nos paramètres quantitatifs mesurés, qui passeraient alors sous notre seuil de détection.
On se doit de rappeler que nos études ne portent respectivement que sur 9 et 5 chevaux,
provenant d’un même environnement et travaillés de la même façon. Ceci est principalement
dû à des raisons pratiques et logistiques : nous n’avons pas trouvé plus de chevaux répondant
aux critères et pouvant être montés par le même cavalier, sur le même sol. Et si cet échantillon
nous permet de faire des statistiques cohérentes, et de mesurer l’impact du tapis à cales utilisé,
nous gagnerions à réaliser cette étude sur un plus grand nombre de chevaux.
L’étude reposant principalement sur la modélisation d’une selle mal adaptée au dos du
cheval, la façon dont est ajustée la selle est très importante pour éviter tout biais dans nos
mesures. S’ajoute à cela le fait que, dans notre étude ou de façon plus générale, les
conformations des dos des chevaux sont très variables. Ainsi, il devient vite très complexe de
réaliser ce genre d’étude avec plusieurs selles car de trop nombreux paramètres sont alors
variables, et il est difficile de maitriser la façon dont la selle va être mal adaptée au cheval. En
prenant aussi en compte la question du budget, qui freinait la possibilité d’avoir suffisamment
de selles différentes pour réaliser une étude complète, nous avons travaillé avec le tapis
développé par la sellerie Maurel et le Dr. Baup. Si ce tapis permettait de déséquilibrer
franchement la selle, et d’induire des pressions plus importantes qu’avec une selle ajustée, il
restait moins sévère pour le dos du cheval qu’une selle mal coupée. En effet, le tapis est en
feutre, une matière ayant des propriétés d’absorption des chocs, et retrouvant sa forme initiale
après une utilisation courte. Les matelassures des selles modernes sont généralement en laine
ou en fibres synthétiques de Dacron, des matériaux qui se tassent avec le temps, et donnent
donc des matelassures assez compactes. L’effet de compression peut ainsi être diminué avec ce
tapis.
La façon dont la locomotion a été étudiée peut également être questionnée, avec
l’utilisation de ces capteurs précis et fiables.
- 99 -
Le Lameness Locator est un outil qui a des résultats à la fois sensibles, et répétables. En
effet, lorsqu’une boiterie artificielle est créée chez un groupe de 55 chevaux, à une intensité de
plus en plus forte, le système de capteurs inertiels détecte la boiterie à une intensité plus faible
que trois vétérinaires expérimentés dans 58,33% des cas, tandis que les vétérinaires détectent
la boiterie à une intensité plus faible dans seulement 8,33% des cas. (McCracken et al., 2012).
Pour ce qui est de la répétabilité, une première étude de K. Keegan et al. montrent que pour un
examen orthopédique subjectif, 17,1% des cliniciens ne tombaient pas d’accord sur les
conclusions de l’examen de boiterie (Keegan et al., 2010). Une seconde étude menée par K.
Keegan et al. montre que des chevaux équipés des capteurs Lameness Locator®, présentant une
faible boiterie d’un seul membre, et trottés à plusieurs reprises en ligne droite montrent des
différences ne dépassant pas 10,2% pour les mesures des paramètres fournis par le capteur
(Keegan et al., 2011). Ce système de capteurs inertiels permet donc des examens de locomotion
répétables et fiables. Son utilisation pour évaluer objectivement la symétrie de la locomotion a
donc été validée, et ces capteurs sont utilisés dans de multiples études s’intéressant aux effets
sur la locomotion de différents paramètres (par exemple la tranquillisation, Zhao et al, 2020).
Le deuxième capteur utilisé, le système MS100 de chez Movin’Smart manque pour
l’instant d’études permettant d’attester de sa répétabilité. Mais bien que ces capteurs soient
fiables, l’analyse de la locomotion par la seule étude des mouvements verticaux de la tête et du
bassin a pu être insuffisante. Une étude cinématique par exemple, avec une analyse des
mouvements des membres aurait pu apporter d’autres informations intéressantes sur la
locomotion du cheval, et peut être détecter des raideurs ou des pertes d’amplitudes qui sont plus
difficilement détectables avec notre protocole.
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Veterinary Thermal Imaging (Page consultée le 13 Février 2022). Site [en ligne].
Adresse URL : [Link]
- 106 -
Annexes
Titre du Projet : « Evaluation de l’influence des pressions irrégulières de la selle sur le locomotion
du cheval de sport».
Avis Favorable
Avis Favorable sous réserve de modification de la version proposée (version 2)
Avis Favorable sous condition d’apporter des réponses aux questions posées
Avis Non Favorable en l’état
Commentaires :
Avis favorable en vous souhaitant que les moyens d’investigation choisis vous permettront
d’obtenir des résultats exploitables pour votre thèse.
Nous vous suggérons, toutefois, de faire signer un consentement éclairé aux propriétaires des
chevaux si vous pensez qu’il y aurait un risque « d’incidents » pendant le test.
Attention : Dès réception de votre dosser en provenance du MESR, il vous sera demandé de faire parvenir au Ministère de la
Recherche une version modifiée de votre projet, qui tiendra compte des demandes de modifications qui vous ont été
demandées : précisions sur le nombre d’animaux, en particulier.
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Annexe 2 : Résultats pour chaque paramètre étudié au cours de la première expérimentation
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- 111 -
- 112 -
Annexe 3 : Résultats pour chaque paramètre étudié au cours de la deuxième expérimentation
- 113 -
- 114 -
Annexe 4 : Résultats de l’analyse statistique pour l’expérimentation n°1. Les valeurs
significatives (p-value < 0,05) sont colorées en vert
- 115 -
Annexe 5 : Résultats de l’analyse statistique pour l’expérimentation n°2. Les valeurs
significatives (p-value < 0,05) sont colorées en vert
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ÉVALUATION DE L’INFLUENCE DES PRESSIONS IRRÉGULIÈRES
DE LA SELLE SUR LA LOCOMOTION DU CHEVAL DE SPORT.
Auteur
URLACHER Jonathan
Résumé
Cette thèse porte sur l’adaptation de la selle au dos du cheval de sport, et sur
l’influence que peuvent avoir des déséquilibres de la selle ou des pressions exagérées
induites par cette dernière sur la locomotion de l’animal.
La première partie est une étude bibliographique de l’anatomie du dos du cheval, ainsi
que de sa biomécanique, à la fois « nu » et monté. Cette partie s’intéresse également
à la selle et à ses constituants, avant d’étudier la façon dont l’adaptation de la selle au
dos du cheval est de nos jours évaluée, puis mise en place.
Mots-clés
Jury
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