Revue géographique des
Pyrénées et du Sud-Ouest
Aux origines du néo-catharisme pyrénéen : Christian Bernadac, Le
mystère Otto Rahn (Le Graal et Montségur). Du catharisme au
nazisme
Michel Chevalier
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Chevalier Michel. Aux origines du néo-catharisme pyrénéen : Christian Bernadac, Le mystère Otto Rahn (Le Graal et
Montségur). Du catharisme au nazisme. In: Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest, tome 50, fascicule 3, 1979.
pp. 505-508;
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Les deux autres parties présentent, sous les titres successifs de « pôles
et axes de croissance » et « les espaces à développer », une série de neuf
chapitres équilibrés, s'organisant en un assemblage original d'analyses
régionales. Côté « croissance », voici Toulouse, bien sûr, « métropole-relais »
traitée par J. Coppolani en une quinzaine de pages (est-ce assez ?), voici
l'axe garonnais, voici les villes industrielles de la bordure du Massif Central,
voici aussi le Piémont pyrénéen dont les problèmes sont efficacement
exposés par G. Jalabert. Côté « à développer » (un euphémisme qui évoque
les pays « en voie de développement »), voici les Terreforts tarnais et
toulousains, voici les coteaux de Gascogne, voici le Quercy, et, pour finir deux
chapitres parmi les meilleurs : celui consacré par G. Bertrand aux hautes
terres du Tarn et de l'Aveyron, marges orientales de la région et celui dans
lequel F. Taillefer décrit, en termes généraux d'abord, puis dans l'intimité
de chaque pays ou vallée, la montagne pyrénéenne, « joyau » selon lui du
Midi toulousain.
De la « richesse dans la diversité » de cette région, le lecteur sera donc
convaincu en refermant provisoirement, car il aura maintes fois à le
consulter, le beau livre. Il le sera sans doute moins de « l'indiscutable unité »
qu'affirme l'auteur dans sa conclusion, peut être d'ailleurs parce que la
grande analyse géographique y a laissé peu de place à l'étude sociale,
culturelle et politique. Mais n'importe ! Ce qu'apporte avant tout l'ouvrage
de François Taillefer, et ce dont les midi-pyrénéens lui sauront gré, c'est une
lecture très actuelle de l'espace régional, un instrument de connaissance
et de reconnaissance, mis à la portée du plus large public et dont
l'utilisation pourrait ne pas être sans influence sur « l'avenir du Midi Toulousain et
son destin »... même si « ce destin ne lui appartient pas ».
B. Kayser.
AUX ORIGINES DU NEO-CATHARISME PYRENEEN
Christian Bernadac, Le mystère Otto Rahn {Le Graal et Montségur). Du
catharisme au nazisme. Paris, 1978, Ed. France-Empire. 485 p., 16 pi. h.t.
L'ouvrage récent de M. Christian Bernadac n'apporte qu'un élément
supplémentaire à l'énorme littérature — pas toujours du meilleur aloi — que
le catharisme occitan a suscitée en France et à l'étranger depuis le début
du siècle. Il confirme, dans une large mesure, les conclusions de
l'excellent article que le chanoine Delaruelle consacrait, il y a une dizaine
d'années, aux avatars tardifs du catharisme (4). Le géographe aurait néanmoins
tort de ne pas s'intéresser à l'élaboration d'un mythe qui, qu'on le veuille
ou non, fait désormais partie intégrante de l'image du Languedoc et de la
(4) E. Delaruelle. Les avatars du catharisme du XIVe au XXe s. Archeologia,
1967, n° 19, 3441. Cet article, intégré dans un bref recueil dirigé par Régine Per-
noud et intitulé Montségur : naissance d'un mythe au XXe s., est complété par une
note amusante de J. Chouly. Catharisme et politique en Languedoc au début du
XX« s. Id., 4243.
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personnalité occitane (5) et qui, sur un plan plus terre-à-terre, est à
l'origine de « pèlerinages et de ruées chevelues » (R. Nelli) sur Montségur,
voire de circuits touristico-gastronomiques vers les « châteaux cathares »
de l'Aude et de l'Ariège.
Le livre de Ch. Bernadac a le mérite de nous faire assister à la
renaissance, plus précisément à la vulgarisation d'un thème légendaire :
l'association du mythe de Montségur à celui du Graal, qui connaîtra, un quart de
siècle après la période évoquée par l'auteur, une étonnante fortune. Ch.
Bernadac est un journaliste d'origine ariégeoise, spécialisé dans l'histoire
des camps de concentration de l'Allemagne hitlérienne. Son gros, trop gros
livre est d'ailleurs un typique travail de journaliste. Dans ce qui constitue
moins un livre qu'un « dossier*», il s'est contenté d'accumuler sans ordre
d'innombrables « documents », souvent sans grand rapport avec son sujet.
De là, un ensemble touffu, rempli de redites et de contradictions, où
manquent en revanche d'indispensables données chronologiques.
A l'origine, un petit noyau d'érudits et de littérateurs locaux, comme il en
a existé beaucoup dans le Midi. Le personnage central en est Antonin
Gadal (1877-1962), instituteur en retraite qui fut longtemps président du
syndicat d'initiative d'Ussat-les-Bains; également préhistorien amateur à
qui l'on doit l'aménagement de la célèbre grotte de Lombrives. A force de
laisser le champ libre à son imagination poétique, Gadal perdra peu à peu
tout contact avec la réalité historique; il finira, à la fin de sa vie, par
tomber entre les mains d'une secte ésotérique (on notera d'ailleurs, au
passage, l'importance du rôle politique et intellectuel des instituteurs
dans l'Ariège de la IIIe et de la IV Républiques).
En rapport plus ou moins étroit avec le « maître d'Ussat », apparaissent,
en ce début des années trente, l'ingénieur bordelais Arnaud qui fouille dès
1928 Montségur pour le compte de la Société de Théosophie, un écrivain
ésotérique de Lavelanet, Arthur Caussu, la comtesse de Pujol-Murat,
occultiste habituée de la station d'Ussat. Des écrivains connus comme Raymond
Escholier, la romancière ariégeoise Isabelle Sandy et le mystique
toulousain Maurice Magre (qui présidera en 1937, peu de temps avant sa mort,
une « Société des amis de Montségur et de Saint-Graal ») se situent dans
le même courant, tandis que le néo-cathare audois Déodat Rôché et le
journaliste et préhistorien ariégeois J. Mandement apparaissent, l'un
comme un rival, l'autre comme un sympathisant souvent sceptique.
Les idées de Gadal sur le Graal et les sites cathares ariégeois n'auraient
sans doute jamais connu qu'une notoriété locale sans l'intervention d'un
jeune universitaire hessois, Otto Rahn. Passionné de « romanistique »,
Rahn mène, à l'époque de la grande crise allemande (il est né en 1904), une
vie d'intellectuel le plus souvent famélique. Il séjournera moins d'un an en
Ariège auprès de Gadal, à partir de novembre 1931; il devra d'ailleurs
quitter précipitamment le pays, une expérience hôtelière entreprise par
lui à Ussat s'étant soldée par une faillite au bout de quelques mois.
(5) Je me permets de renvoyer à mon article : Le problème de la personnalité
occitane. Ethno-Psychologie, 1972, 371-378.
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Le personnage, même s'il possède un réel talent d'écrivain, est
franchement douteux. Accusé d'intempérance par ses supérieurs allemands,
faussaire aux dires de Mandement, il vit en France aux crochets de Gadal
et d'une admiratrice fuxéenne. Bien qu'il soit peut-être juif par sa mère,
il appartient successivement à la S.A. et à la S.S., où il avait le grade de
lieutenant au moment de sa démission, au début de 1939. Sa mort même,
survenue quelques jours après cette démission, est suspecte : accident de
montagne, comme le veut la version officielle, suicide ou « liquidation » (6).
En revanche, l'accusation d'espionnage formulée par Ch. Bernadac ne
paraît guère tenir. « Littéraire pur », Otto Rahn n'a aucune compétence
en matière industrielle et ferroviaire, seuls domaines pour lesquels la
Haute-Ariège présente quelque intérêt stratégique. Quant à la frontière
d'Espagne, le séjour de Rahn à Ussat se situe, rappelons-le, plusieurs
années avant le déclenchement de la guerre civile espagnole. De toute
façon, Hitler n'est pas encore au pouvoir à l'époque de ce séjour.
Un seul point réellement assuré. Otto Rahn a, dans sa Croisade contre le
Graal publiée en Allemagne en 1933 et traduite dès l'année suivante en
français par un universitaire bordelais (7), fait connaître à un large public
les théories, restées partiellement inédites, que formulait Antonin Gadal
au sein de son petit cercle ariégeois. En réalité, l'identification de Mont-
salvat à Montségur, sinon celle, plus osée encore, de Perceval (ou plutôt
de Parsifal) au vicomte Raimon-Roger Trencavel, mort en 1209 dans les
prisons de Simon de Montfort, était dans l'air depuis le XIXe siècle, avec
le lancement du néo-catharisme par le pasteur ariégeois Napoléon Peyrat
(1870). Dans les premières anées du XXe s., le rapprochement entre le haut
lieu du catharisme qu'est Montségur et le mythe du Graal apparaît aussi
bien chez l'écrivain ésotérique J. Péladan que chez l'auteur dramatique
toulousain Gheuzi qui finira directeur de l'Opéra-comique. Wagner lui-
même, pensant sans doute à Montserrat, ne faisait-il pas état, dans le
livret de Parsifal, d'un « site dans les montagnes de l'Espagne wisigo-
thique ».
Ce rapprochement inattendu d'un cycle légendaire celtique, puis
germanique avec les pays occitans et hispaniques n'a peut-être d'ailleurs pour
origine qu'une erreur de lecture de Wolfram d'Eschenbach, auteur du
poème du XIIIe siècle dont s'inspirera Wagner. Wolfram d'Eschenbach
déclare en effet reprendre l'œuvre du « provençal Kiot », lequel n'est peut-
être autre que le trouvère champenois Guiot de Provins !
Le livre d'Otto Rahn, bien qu'il ait été négligé par les spécialistes (8)
(6) Ch. Bernadac soutient, sans aucune preuve, qu'Otto Rahn serait devenu
après son décès fictif, le diplomate Rudolf Rahn, agent allemand en Syrie à
l'époque des événements de 1941, puis ambassadeur du Reich à Rome, qui
terminera beaucoup plus tard sa carrière comme directeur de Coca-Cola à Bonn...
(7) Otto Rahn. Kreuzzug gegen den Graal. Freiburg im Breisgau, 1933, 335 p., et
La Croisade contre le Graal, grandeur et chute des albigeois (traduit de l'Allemand
par Robert Pitrou), Paris, 1934, 288 p. Stock.
(8) Ce livre et sa traduction furent seulement l'objet, dans les Annales du
Midi, de deux annonces sommaires en 1934 et 1935. Dans la seconde, le médiéviste
Joseph Calmette, qui fut l'un de mes maîtres, se contente de louer cette
« œuvre (qui) a tout le charme d'un roman (et) s'apparente, à bien des égards,
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et qu'il n'ait connu, semble-t-il, qu'un succès limité en librairie, suscita à
l'époque un intense battage journalistique. Celui-ci était encouragé par
La Dépêche de Toulouse, laquelle s'était toujours intéressée aux
cathares, ne serait-ce que par tradition anti-cléricale... Avec ses rééditions
d'après-guerre, cet ouvrage marque le point de départ de la vogue d'Ussat,
Lordat et Montségur. Dès 1937, J. Mandement, alors président du syndicat
d'initiative de Tarascón, déclare : « De tous les pays d'Europe, on nous
écrit pour nous demander des renseignements précis... sur le siège de la
dernière citadelle cathare. Beaucoup de visiteurs étrangers choisissent
depuis quelques années les ruines épiques de Montségur comme un btit de
pèlerinage ». Quelques années plus tard, l'historien P. Breillat dénonce « la
cohorte d'illuminés, d'occultistes et de fantaisistes de toute sorte » qu'a
suscitée le livre d'Otto Rahn (9).
L' Ariège devenue un haut lieu des sociétés initiatiques, principalement
germaniques. C'est là un épisode curieux, même si ses conséquences
pratiques restent relativement limitées (10), de la vie de ce pays à l'histoire
particulièrement tourmentée.
Michel Chevalier.
OUVRAGES A SIGNALER: PORTUGAL
Sur l'immigration portugaise en France.
Michel Poinard et al, Les retours de travailleurs migrants portugais. Sans lieu
ni date [Toulouse, 1979], ADERGES (Toulouse) et FAS (Ministère du Travail).
153 p., 2 fig., 18 tabl.
Cette grosse étude fondée sur l'analyse de la moitié des dossiers de Portugais
sollicitant l'aide au retour à la fin de juillet 1978 replace le phénomène dans la
conjoncture économique actuelle du Partugal et envisage ses conséquences sur
le marché du travail au Portugal. La crise actuelle a joué un rôle négligeable
dans la décision de retour : 80 % de ceux qui sont partis en bénéficiant des
dispositions d'aide avaient un travail en France ! Mais, en général, ils étaient plus
vieux que la moyenne de la colonie portugaise, avaient séjourné environ 10 ans
en France et pouvaient réussir leur retour dans la mesure où ils avaient bâti une
maison au pays, y avaient constitué un capital en vue de la retraite et s'étaient
préparés à y exercer une activité. Il faudrait savoir maintenant si le départ de
ces travailleurs portugais s'est traduit en France par une embauche dans les
postes qu'ils occupaient. L'ensemble, qui est, pour le moment, de diffusion limitée
doit être prochainement édité par la Documentation française.
P.-Y. P.
aux meilleurs livres plus ou moins romancés auxquels l'histoire dramatique des
Albigeois a donné lieu » et de constater avec bienveillance l'adresse, le sens du
pittoresque et l'éloquence de l'auteur.
(9) II est caractéristique à ce sujet qu'en 1957 encore, Pierre Benoit croit devoir
mettre le livre d'Otto Rahn entre les mains des héros de son médiocre « roman
cathare », Montsalvat.
(10) Fait significatif, c'est seulement depuis 1964 que sont entreprises des
fouilles à caractère réellement scientifique sur le site de Montségur.