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ern
Mon Cita Am,
Yous venez de composer un travail sur l’Al-
chimie pratique, ou mieux sur les. éléments —
premiers. des recherches alchimiques et vous
pe me demandez de le présenter 4 nos habituels
lecteurs.
L’Alchimie est une haute philosophie qui se
libére aisément des expériences de laboratoire.
L’expérience poar Valchimiste est seulement
la présentation sur le plan matériel d’une théo-
vem gre astrale ou d’un appel de forces spirituelles.
La Palingénésie, les lampes au radium, les
résurrections d’astraux sont les véritables tra-
vaux pratiques des alchimistes assistés par des
guides spirituels.
Mais ces travaux pratiques de haute spiritua-
lité ne peuvent s’accomplir sans un entraine-
ment matériel, qui différe des travaux courants
em paVI LALCHIMIE
de nos chimistes les plus éminents. Ce sont -
ces travaux que vous mettez & la porlée des
lecteurs studieux avec votre talent habituel.
Il faut insister sur ce fait que.le véritable
travail hermétique doit étre accompli sur trois
plans & la fois et qu’ainsi il se différencie d'un
simple travail chimique.
Labora, Ora et Invenies, dit Khunrath: .
Loratoire et Vexercice de la charité matérielle | -
ou morale, la musique et son action sur les
astraux, sont nécessaires & Valchimiste autant
que le laboratoire. a.
Votre travail vient & son heure. Il avancera °
le temps o¥ le chimiste et Valchimiste se com-
prendront enfin et od la Science qui est Une se
reconstituera intacte par Punion de. ses deux
“ péles aujourd’hui séparés.
Votre livre fera. beaucoup penser et un p
travailler. Tl est donc digne et de son auteur
du maftre inconnu qui vous Va inspiré. :
Avec toutes mes félicitations, croyez-moi tou-
jours, Mon Cher Phaneg, votre bien: dévoué.
Papus.PREFACE
L’ALCHIMIE
E’opinion courante sur l'Alchimie c’est que
c'est un art mensonger tendant a faire artificiel-
lement de l’or et qui a ruiné pas mal de naifs &
l'époque du moyen age.
La premiére question qui se pose devant nous
est donc de savoir comment il faut considérer
cette Alchimie au point de vue de la science
occulte.
Pour cela nous laisserons 1d, si yous voulez
bien, les commentaires etles dissertationsécrits
sur l'alchimie dans les Encyclopédies contem-
poraines, ¢t nous nous adresserons directement
4 ceux que les alchimistes considérent comme
les mattres dans leurs sciences.
: Prenons I'wuvre de Raymond Lulle, par
exemple. Qu’y trouvons-nous ?
Toute autre chose que Jes régles de cet art
spécial considéré comme Vunique préoceupa-
tion des alchimistes.
Dans tout ouvrage sérieux se rapportant a la
philosophie hermétique nous trouverons en
effet:VALCHIMIE
2
4° Une philosophie profonde servant de base
& une synthése naturelle,ayant, comme point de
départ la théorie delévolution étenduejusqu’au
maximum et ccl'ec de Punité de la substance et
de Funité du plan.
De la, Vaxiome alchimique : ev to zav. Tout est
dans tout; :
2 Une application judicieuse des principes
de la Kabbale hébraique alliés & la. tradition
égyptienne et gnostique ;
8° Des pratiques nombreuses de physique, de
chimie ou de biologie venant & Pappui de ces
~ théories.
~ Vouloir donc ne voir dans 1° alchimie que des
pratiques chimiques, c’est-mutiler de la fagon la
plus odieuse un. énseignement complet dans
~ lequel la pratique ne venait que-comme justifi- >
cation de la théorie scientifique.
Bn véritable alchimiste, c’était done ala. fois
un médecin, un astronome et un -astrologue, |
un philosophe, un Kabbaliste ct un. chimiste.
Aussi les études: étaient-elles trés ‘séricuses et
fort longues, transmises par Vinitiation par le _
maitre un ou deux disciples favoris et sdigneu-
sement cachées aux profanes: '
A cété de ces savants, des véritables philo- ‘
sophes hermétiques apparaissent des charlatansL’ALCHIMIE 3
ignorants dont le but unique est l’acquisition
des richesses matérielles. Ceux-la n'ont fait
toujours que discréditer l’'alchimie. Les quelques
milliers de volumes écrits en francais qui se
trouvent dans nos bibliothéques sous la rubrique
de philosophie hermétique comprennent donc :
1° Des traités d'histoire naturelle ;
2° Des traités de physique et de chimie ordi-
naires; :
3° Des traités d’alchimie proprement dite ou
préparation dela pierre philosophale;
4¢ Des traités de philosophie et de kabbale ou
d'astrqlogie ;
_ 5° Des sortes d’encyclopédies ot tous ces
genres se trouvent réunis.
Cet apergu permet de constater que la tradi-
tion ésotérique dans toutes ses branches est
représentée par la philosophie hermétique.
Comment s'est effectué le passage de cette
tradition de l'Egypte en Occident?
C'est ce que nous allons voir.
L'étude des dépositaires de l’ésatérisme nous
a permis de constater que les Esséniens, d’une
-part, les Gnostiques, de l'autre, avaient seuls
gardé les clefs de la science occulte.
Les Esséniens, se tenant en dehors de toute
vie politique étaient restés en Palestine et4 _ VALCHIMIE
avaient institué plusieurs. sociétés secrotes.
Les Gnostiques avaient partout cherché’ a ré-
pandre leurs enseignements. Aprés la liberté
laissée aux Facultés régionales de divulguer les
enseignements ésotériques, plusieurs traités
concernant les pratiques de la science occulte
avaient été écrits d’apres les traditions de ’Uni-
versité égyptienne elle-méme- i
Ces traités, dont la rédaction remonte, en
cffet, environ aus siéclede notre ére, n’avaient
pour but que de soulager un peu la mémoire et
Waider la transmission orale. Ils étaient divisés
en deux grandes classes :
1° Geux qui traitaient du monde invisible, de
lame et de ses pouvoirs ; ‘de la psychurgte;
2° Ceux qui traitaientde l’application des pou-
voirs de rame ala nature; dela theur gie et de
Valehimie.
Des premiers, surtout philosophiques, 1 nous
possédons quelques fragments entiéréement tra-
duits par M. Louis Ménard ().
Des seconds, nous possédons une foule de
traités constituant les ouvrages d’alchimie pro-
prement dits. ,
il) Louis Ménard, Hermés Tri ismegiste, 1, vol. in- Bs,
couronné par Académie.L’ALCHIMIE 5
_On s’accorde généralement a croire que toute
la partie. pratique de loccultisme est venue en
Europe par les Arabes:
Les Arabes n’ont apporté chez nous les
sciences qu’ils avaient regues des gnostiques
restés en Egypte, que longtemps aprés la prédi-
cation de ia Gnose en Europe.
Or la Gnose comprenait une partie magique.
Qu’on se rappelle les miracles d'Apollonius de
Tyane,de Simon le Magicien et des autres gnos-_
tiques célébres, et l'on découvrira la véritable
origine de cette philosophie hermétique, ori-
gine qui parait si obscure au.premier abord.
Lialchimie représente done bien la voie de
transmission dé la science occulte & travers
VOccident, voila’ pourquoi nous allons. mainte-
nant nous occuper des travaux et des théories
de ceux qui s’intitulaient les fils d’Hermés..Nous
aurons donc a voir successivement :
4° Le but, exotérique des alchimistes, — la
pierre philosophale, — sa réalité et ce qu'ou
peut dire de sa préparation ;
2° Les textes sur lesquels les alchimistes ba-
sent leurs opinions philosophiques, — la table
d’Emeraude et ses explications ;
30 L'explication des histoires symboliques
qu'on trouve dans les trajtés d’alchimie,‘LA PIERRE PHILOSQPHALE
Définitions. —~“Théorie de sa préparation, — Explication
des textes hermélique:, — Preuves irréfutables de son
existence,
Il
QU'ENTEND-ON PAR PIERRE PHiLOSOPHALE?
Cette question, si simple au premier ‘aspect,
est cependant assezdifficilea résoudre..Ouvrons
les. dictionnaires sérieux, parcourons les'graves _
compilations des rares savanis qui ont-daigné /
traiter ce sujet. La conclusion est assez facile &
poser :« Pierre philosophale, transmutation des.
métaux, égale : ignorance, fourberie, folie. »
Si pourtant nous réfléchissons qu’en-somme,
‘pour parler draps, mieux vaut aller:au’ drapier
qu’au docteur és lettres, Vidée .nous viendra
peut-étre de voir ce que pensent les alchimistes
de la question.
Or, au milieu des obscurités poaldes et des.LALCHIMIE 7
symboles nombreux qui remplissent leurs trai-
tés, ilest un point sur lequel ils sont tous d’ac-
cord, c'est la définition et les qualités de la
pierre philosophale.
La pierre philosophale parfaite est une poudre
rouge quia la propriété de transformer toutes
les impuretés de la nature.
On croit généralement qu'elle ne peut. servir,
d'aprés les alchimistes, gu’a changer du plomb
ou du mercure en or. C'est une erreur. La théo-
rie alchimique dérive de squrces bien trop spé-
culatives pour localiser ainsi ses effets. L’évo-
lution étant une des grandes lois de la nature,
ainsi que l’enseignait il y a plusieurs siécles
Vhermétisme, la pierre philosophale fait évo-
luer rapidement ce que les formes naturelles
‘mettent de longues années a produire ; voila
pourquoi elle agit, disent les adeptes, sur les
régnes végétal et animal, aussi bien que sur le
régne minéral et. peut s'appeler médecine des
trois régnes.
La pierre philosophale est une poudre qui
peut affecter plusieurs couleurs différentes sui-
vant son degré de perfection, mais qui, pratique-
ment, n’en posséde que deux, blanche ou rouge.
La véritable pierre philosophale est rouge.
Cette poudre rouge possede trois vertus :a LALCHIMTE
je File transforme etl or le mivreure dt le
plomb efi fusion sur lesquels of en aéposé une
pincée; je dis ex or; tt rion en in métal qul
s'en approche plus ou moins, édmme Va era
un savaht cofitétiporain (1).
90 Bile constitue un dépuratif énergiqné pour
le sang et guérit rapidemeiit, prise 4 Vintéhieur,
quélque maladie. que ve soit;
3° Elle agit de méme sur les plafites én les
faisant crottre, marir et fructifier en a aldelques
heures.
Voila trois points qui jiitattiont t bien fabu: 7
lex & beaucoup de gens, mais 1é8 alchimistes
sont tous d’accord a ce sujet.
Il suffit, du reste, de réfléchir pour voir que
ces trois propriétés men constituent gu une ©
~ seule : :
Renforcement de Vactivité vitalé,’ :
La pierre philosophale est done tout simiple-
ment une condensation &rérgique de ja Vie
dans une petite quantité de matidre; 8t elle agit
comme un ferment sir lés corps et présence
desquels on la met. Il suffit d'un peut de fermént ~
pour faire lever, une grande masse de: spain,
de méme, il suffit d’un peu dé pierre philoso-
(1) M. Berthelot.VALCHIMIE 9
phale pour développer la vie contentie daxs
une matiéré quelcotique,; minérale, végétale ou
animalé: Voila pourquoi les alchimistes appel-
lent leur pierre : « Médecine des trois ragnes: »
Nous savons maintenantce qu’est cette pierre
philosophale, assez pour en reconnaitre la des-
cription dans ure histoire symbolique, et 1a
doivent se borner nos ambitions.
FABRICATION DE LA PIERRE PHILOSOPHALE
Voyons maintenant sa fabrication.
Voici quelles sont les opérations essentielles :
Tirer du mercure vulgaire un ferment spécial
appelé par les alchimistes mercure des philo-
sophes;
Faire agir ce ferment sur largent pour ert
tirer également un ferment;
Faire agir le ferment du mercure sur lor
pour.en tirér aussi du ferment;
Combiner le ferment tiré de l’or avec le fer-
ment tiré de largent et le ferment mercuriel
dans uit matras de verre vert trés solide et en
forme d’ceuf, boucher hermétiquement ce md-
tras et le mettre & cuire dans un fourneau par-
ticulier appelé par les alchimistes athanor:10 WALCHIMIE
L’athanor. ne différe des autres fourneaux que
par une combinaison .qui permet de chauffer
pendant trés longtemps. et d'une fagon spéciale
Vceuf susdit.
.
LES COULEURS
C’est alors (pendant cette cuisson), ct alors
seulement, que se produisent certaines cous
leurs sur lesquelles sont basées toutes les his- ~ a
toires alchimiques. La matidre contenue dans
leouf devient d’abord noire, tout semble putré-
fié: cet état est désigné parle nom de téte de
corbeau. Tout a coup, a cette couleur noire suc- °°
céde une blancheur éclatante. Ce passage. du-
noir au blanc, delobscurité.ala lumiére, est une
excellente pierre de touche pour reconnattre
unc histoire symbolique qui traite‘de Valchiniie.
La matidre ainsi fixée au blanc sert.a-transmuer
les métaux impurs (plomh, mercure) enargent.
Si on continue le feu, on voit cette couleur ©
blanche disparaitre peu & peu; la matiére prend
des teintes diverses, depuis lescouleursinférieu-..
res du spectre (bleu, vert) jusqu’aux couleurs <
supérieures: (jaune orangé), et enfin arrive auL’ALCHIMIE Mi
rouge rubis. La pierre philosophale est alors
pre-tue terminée. :
Je dis presque terminée, cara cet étati0gram-
“mes de pierre philesophale ne transmuent pas
plus de 20 grammes de métal. Pour parfaire la
pierre, il faut la remettre dans un ceuf avec un
peu de mercure des philosophes et. recofamen-
cer & chauffer. L’opération, qui avait demandé
un an, ne demande plus que trois mois, et les
couleurs reparaissent dans le méme ordre que
la premiere fois. |
A cetétat la pierre transmue en or dix fois
son poids.
On recommence encore l’opération. Elle ne
dure qu’un mois, la pierre transmue mille fois
son poids de métal. .
Enfin on‘la fait une derniére fuis, et on obtient
la véritable pierre philosophale parfaite, qui
transmue dix mille fois scn poids de métal enor
pur.
. Ces opérations sont désignées sous le nom de
multiplication de la pierre.
EXPLICATION DES TEXTES ALCHIMIQUES
Quand on lit un alchimiste, il faut done voir
de quelle opération il parle :: _ travers les ténébres vers 16
42 PRUCHINIE
1° Sil parle de la fabrication da mercure des
philosophes,. auquel cas il sera siirement inin-
telligible pour le profane; ~~
2 S'il parle de la fabrication de la pierre pro=
plement dite, duquel cas il parlera clairement 5”
3° Sil parle de la multiplication, et alot's il.
_ sera touta fait clair.
Muni de ces données, le lecteur peut ouvrir’
Wélivre de M. Figuier et; s'il n/ rest pas ennemi
@unédouce gaieté;lire de la page 8 ala page 52.
Il déchiffrera aisément le sens des histoires
‘symboliques gui sort si obscures polirM. Fi-
guier et lui font hasarder de si joyeuses expli-
cations.
Témoin Vhistoire suivante qu'il traite de gr
“ moire (p. 41)-:
« Il faut. commenger au Soleil ee
couchant) Jorsquele réari Rou eo.
et T’épouse Blanche sunissent
dans Pesprit de vie ‘pour vivre.
dans Paiour et dans 1a tian: ‘
quillité, dans ‘la proportion." I
exacte d’eau et de terre.’
« De TOccident avance-t -tol a
Septentrion.
« Altére et aidSous is. hari
entre Phiver et le printenips,L'ALCHIMIE 13
change eau én une terre noire
et éléve-toi & trayers les cou- pate a ee
leurs. vari ées vers Orient ou se
montre la pleine Lane. ‘Aprés :
Blanc.
le purgatoite apparait le soleil
blan¢ et radieux. »
(Riplée.)
En’ considérant une histoire symbolique, il
faut toujours chercher le sens hermétique qui
était le plus caché et qui s'y trouve presque si-
rement. Comme la nature est partout identique,
la méme histoire qui exprime les mystéres du
grand uvre pourra signifier également le
cours du soleil (mythes solaires) ou la vie d'un
héros fabuleux. L'initié seul sera donc en état
de saisir le troisikme sens (hermétique) des
mythes anciens (1), tandis que le savant n'y
verra qué les premiers ct deuxiéme sens (phy-
‘sique et naturel, cours du Soleil, Zodiaque, etc.),
etle paysan n’en comprendra que le premier
séns (histoire du héros).
Les aventures de Vénus, de Vulcain et de
Mars sont célébres & ce point de vue parmi les
alchimistes (2).
(i) Vv. Ragon, Fastes initiatiques-(La Maconnerie occulte).
(2) Voyez admirable traité intitulé Lumiére sur le sen-
tier (chez Carré).14 L’ALCHIMIE,
Daprés tout cela, on voit que, paur faire la
pierre philosophale, il faut avoir le temaps et la
patience. Celui qui n’a pas tué en Jui'te @ésir
de lor ne sera jamais riche, alchimiquement
parlant. I! suffit,pour s’en convaincre,de lire les.’
biographies de deux alchimistes du x1x° ae
Cyliani (1) et Cambriel (2).
Physiquement, la pierre philosophale: serait
donc-une poudre rouge assez semblable comme
consistance au chlorure d’or et de -lodeur du
sel marin calciné.
Chimiquement, c’est une simple augmenta-
tion de densité, si l'on admet Punité de la ma-
tidre, idée fort en honneur parmi les philoso-
phes chimistes contemporains. En effet, le
“probléme & résoudre consiste & transformer un
corps de la densité de 13,6 comme le mercure, -
en un corps de la densité de 19,5 comme lor.
Cette hypothése de la transmutation est-elle en-
désaccord avec les plus récentes données de ‘la
chimie?
C’est ce que nous allons voir.
(1) Herméas dévoilé (Voyex la fin de cette atude).
(2; Cours dalchimie en dix-neuf legons.: LWALCHIMIE 15
Il
LA CHIMIE ACTUELLE PERMET-ELLE DE NIER
L'EXISTENCE DE LA PIERRE PHILOSOPHALE ?
Deux chimistes contemporains ont poussé
leurs investigations dans l’obscur domaine de
Valchimie ; ce sont MM. Figuier, vers 1853, qui
publiait U’Alchimie et les Alchimistes, livre dont
nous aurons tout 4 l’heure l'occasion de parler,
et M. je professeur M. Berthelot, membre de
l'Institut, qui fit paraitre, en 1885, es Origines
del Alchimie.
Ces deux-savants officiels, le dernier surtout,
font autorité en la matiére, et leur opinion mé-
rite d’étre écoutée par loutes les personnes sé-
rieuses, oo
Tous deux considérent l'alchimie et son but
comme de beaux révee dignes des temps passés;
tous deux, ils nient formellement l'existence
de la pierre philosophale ‘quoique Figuier
prouve a son insu cette existence). Et cependant
Is déclarent que, scientifiquement, la chose ne
peut pas étre niée é@ priori, Ainsi Figuier dit :
« Dans I’état présent de nos connaissances, on48 L’ALGHIMIE
ne peut prouver, d'une manitre absolument ri-”
goureuse que la transmutation des métaux soit
impossible; quelques circonstances s'opposent ;
a ce que Popinion alchimique soitrejel¢ecomme
uneabsurditéen contradiction avec les faits (1) .»
M. Berthelot, dans plusieurs passages de son
livre, montre que, loin d’étre opposée & la chi-
mie contemporaine, ia théorie alchimique tend, -
aucontraire, &remplacer aujourd hui Jes don-
nées primitives de la philosophie chimique.
Voici quelques extraits & l'appui. :
« A travers les explications. mystiques et les
symboles dont .s’enveloppent les alchijinistes,
nous pouvons entrevoir les thgories essentielles
de leur philosophie : lesquelles se réduisent, en:
somme, a un pelitnombre d'idées claires, plau-
sibles, et dont certaines offrent une analogie
étrangeavec les conceptions de notre temps(2) oy
« Pourquoi ne pourrions-nous pas. former le
soufre avec l’oxygéne, former le sélénjum. et le
fellure avec le soufre, par des procédés de con-
densations convenables ? Pourquoi le tellure, le
sélénium ne pourraignt-ils pas étre:. changés
nversement en soufre, et celui-ci, & son tour,
métamorphosé en oxygéne?
(1) L’Alchimie et les Alchimie, p. 353.
(2) Berthelot, les Origines de Ualchimie p. 280,L'ALCHIMIE 17
« Rien en effet ne s'y oppose a priori. » (1).
« Assurément, je le répéte, nul ne peul affir-
mer que la fabrication des corps réputés sim-
ples soit impossible a@ priori (2). »
Tout cela montre assez que la pierre philoso-
phale n’était pas fatalement impossible, méme
de Tavis des savants comtemporains. C'est
maintenant qu'il nous faut chercher si nous
avons des preuves positives de son existence.
Iv
PREUVES DE L’EXISTENCE DE LA PIERRE
PHILOSOPHALE. — DISCUSSION DE LEUR VALIDITE
Nous affirmons que la pierre philosophale a
donné de son existence des preuves irréfutables
et nous allons exposer les faits sur lesquels se
basent nos convictions.
Nous avons dit des faéts, car on ne peut con-
sidérer commeabsolumentsérieuses les démons-
trations tirées des raisonnements plus ou moins
solides. C'est dans le domaine de l'histoire que
(1) Thid., p. 297.
(2) Ibid., p. B21.e f
48 LALCHIMIE
les affirmations sont toujours faciles.a contré-
ler a-toute époque, et parla méme vraiment ir-
-rétutables. : .
Nous allons done exposer les arguments in-
voqués par les adversaires de Valchimie contre
la transmutation, et ce sont des faits qui, seuls,
pourront victorievsement réfuter chacune de
ces objections. |
Cest Geoffroy l’'atné qui s’est chargé, en 1722,
de faire le proces des alchimistes devant l’Aca-'
démie. Si l’on en croit son mémoire, les nom-
pbreuses histoires de transmutation sur les-
quelles les adeptes. basent leur foi, sont facile- .
ment explicables par la supercherie..Des phi-*
losophes incontestés, tels que Paracelse ou
Raymond Lulle, laiseaient 18 pour un moment
les spéculations abstraites pour faire quelques.
tours adroits d’escamotage devant de’ bons
naifs ébahis. Cependant analysons Jes moyens
de tromper dont ils disposaient, et cherchons a
déterminer des conditions expérimentales, met-
tant A néant sesarguments. =. -
‘Les alchimistes se servent pour tromper les
assistants de :
4° Creusets 4 double fond; ;
20 Charbons ou baguette creux et remplis de
poudre d'or;LALCHIMIE 49
3° Réactions chimiques inconnues alors et
parfaitement connues aujourd@ hui.
Pour:qu'une de ces conditions se réalise, il
fautnécessairement que l’alchimiste soit présent
a l'opération ou ait touché auparavant aux ins-
truments employés.
Donec, dans la détermination expérimentale
‘dune transmutation, l’'absence de l’alchimiste
sera la premiére et la plus indispensable des
conditions, :
Il faudra, de plus, qu’il n’aiteu en main aucun
des objets qui serviront a cette transmutation.
Enfin, pour répondre aux derniers arguments,
il est indispensable que les données de la chi-
mie contemporaine soient impuissantes & expli-
quer normalement le résultat obtenu.
Pour que notre travail trouve encore une base
d’évidence plus solide, it faut mettre le lecteur
amémede contréler facilement toutes nos af-
firmations ;c’est pourquoi nous tirerons nosar-
guments d'un seul ouvrage facile & trouver:
CAlchimie et les Alchimistes, de Louis Figuier.
Rappelons, avant de passer outre, les plus
essentielles conditions :
4° Absence de l’alchimiste ;
2° Qu'il n’ait touché a rien de ce qui sert &
lopérateur ;20 L'ALCHIMIE
3° Que le fait soit inexplicable par la chimie
contemporaine. __
Et on peut ajouter encore :
4eQue l'opérateur ne puisse pas étre soup-
gonné de complicité.
*
oe
Ouvrons lelivre deM. Figuier, édition de 1854,
chapitre im, page 206. La, nous trouvons, non
pas un; mais trois faits répondant & tozses-nos
conditions et que nous allons discuter un a ‘un.
Non seulement |’opérateurn’est pas alchimiste
mais c'est un savant considéré, un ennemi dé-
claré de l'alchimie, ce qui répond encore avec
plus de force & notre quatriéme condition. Par-
lons d’abord, d'Helvétius et de sa transmu- :
tation; nous citons téxtuellement Figuier :
« Jean-Frédéric-Schweitzer, connu sous le
nom latin d'Helvétius, était un des adversaires
les plus décidés de l'alchimie; il s‘était méme
rendu célébre par un écrit contre la poudre
sympathique du chevalier Digby. Le 27 décem-
bre 1666, il recut & la Haye Ja visite d'un étran-
ger vétu, dit-il, comme un bourgeois du nord
de la Hollande et qui refusait obstinément de
faire connaitre son nom. Cet étranger annongaL'ALCHIMIE aA
a Helvétius, que sur le bruit de sa dispute avec
le-chevalier Digby, il était accouru. pour lui
porter les preuves matérielles dv Vexistence de
la pierre philosophale. Dans une longue con-
versation, l’adepte défendit les principes her-
métiques, et, pour lever les doutes de son ad- -
versaire, il lui montra dans une petite boite
@ivoire la pierre philosophale. C’était une
poudre d’une métalline couleur de soufre. En
vain Helvétius conjura-t-il l'inconnu de lui dé-
montrer parle feu les vertus de sa poudre,
Yalchimiste résista a toutes les instances et se
retira. en promettant de révenir dans trois
semaines.
« Tout en causant avec cet homme ete en exa-
minant la pierre philosophale, Helvétius avait
eu l’adresse d’en détacher quelques parcelles ct
de les tenir cachées sous son ongle. A peine
fut-il seul qu'il s’empressa d’en essayer les
vertus Il mit du plomb en fusion dans un creu-
set et fit la projection. Mais tout se dissipa en
fumée. I] ne resta dans le creuset qu'un peuy
de plomb et de terre vitrifiée.
« Jugeant dés lors cet homme comme un
imposteur, Helyétius avait 4 peu prés oublié
Yaventure lorsque, trois semaine aprés et au
_ jour marqué, l’étranger reparut. Il refusa en-Pe : _ ALCHIMIE
core de faire lui-mémel’opération; mais, cédant
aux priéres du médecin, il lui fit cadeau d'un
peu de sa pierre, a peu prés la grosseur d'un
grain de millet. Et, comme Helvétius exprimait.. :
la crainte qu'une si petite quantité de substance. .
. ne pat avoir la moindre propriété,lalchimiste,
trouvant encore le cadeau trop magnifique, en’
enleva la moitié, disant que le reste était suffi-
sant pour transmuer une once et demic. de,
plomb En méme temps, il eut soin de faire.
connattre avec détails les précautions néces-
saires A la réussite de 'ceuvre et recommanda
surtout, au momentde la projection @envelop-
per la pierre philosophale d'un peu de cire, afin-
de la garantir des fumées du ploinb. Helvétitis
comprit en. ce moment. pourquoi 1a transmus-
tation qu'il avait essayée avait. échoué entre ses
mains ; il n’avait pas enveloppé la. pierre dans
lacire et négligé, par conséquent, une apres:
tion indispensable.
« L’étranger promettait d’ ailleurs de re mir
le lendemain pour assister & Vexpérience oa
« Le lendemain, Helvétius attendit inutile-
ment; la journée s’écoula tout entiére sans que .
Yon vit parattre personne. Le soir ‘venu,’ la
femme du médecin, ne pouvant plus contenir
son impatience, décida son marj & tenter seul:
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