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DU CINEMA
- CAHIERS - :
|
: 159 * REVUE MENSUELLE DE CINEMA e OCTOBRE 1964 x 159Monica Vitti, Xenia Valdert es
Richard Hartis Gans DESERTO
ROSSO (Le Désart rouge), de
Michelangelo Antonioni, Lion
wOr de 1s XXV" Mostra de
Venise (Francoriz),
Cidessous : GERTRUD, Ic"
dernier flim Cant | th,
Dreyer, dont nous " acheyons
de publler les écrits dans ee
numéro,
Cahiers du Cinéma
OCTOBRE: 1964 TOME xxvii, — Ne 159
‘Toute chose parfaite en son genre
méne audela de ce genre.
Gorse.
SOMMAIRE
Georges Sadoul Entretien avee Louis Lumiére 1
YENISE 6
Ingmar Bergman ....., Pour ne pas parler 2B
Jean-Ime Goiard ......- La Femme mariée . 18
Michelangelo Antonioni Deserto rosso u
Sean-Louls Comolli ot
Francois Weyergans -. Revue du Festival .... 16
Carl Th, Dreyer Eerits VE 2 8B
Jacques Bontemps ...... Festivals: Locarno, Porretia Terme... 38
Axel Madsen .......01..,, Rencontre aves Sam Peckinpab. 4
Ohris Wicking .......... Lettre de Londres . “4
PRITT JOURNAL DU CINEMA
(0GA vs AMPTP, Imamura, Klossowsld, Pula)... a
e
Les Films
Pierre Kast La prochaine Polaire (Bande & part)... 51
Jacques Bontemps Lite au trésor (Bande part) ......... 55
Jean-André Fieschi ...... WAlehimiste (IL terzorista) ....0. 0.0... 3T
Michel Mardore ........ Mart pour tous David and isa)... 60
Michel Delahaye ........ Le virage (Une fille & In dérivey ...... 62
Notes sur @autres films (La donna scimmia, The World of Henry
Orient, The Best Man, Séduite et abandonnée, Les Plus_belles
escroqueries du monde, Paris When Tt Sizzles, L’Ennui), par J. Bon-
temps, ot Flesch,” Foctanl, Mi Madore J. "Narbont et
J. Rivette ve tenses 65
e
Claude Gauteur ........ ‘Tableau des revues trangéres de cinéma 74
Le Conseil des Dix tee . sees 80
Films sortis a Paris du 29 juliet aw 1+ septembre i964. ”
CAHIERS DU GINEMA, revue meniuelle de Cinema
5, me Clement-Marot, Paris (8) - 225-924 - Secrétariat +
Jacques Deniol-Valeroze, Jacques RN
Tous droits réservés — Copyright by les Edi¢
i
Louis Lumiire + te Sortie des usines (or 91. du Catalogue). Le film perait oveir été réalisé duront été 1895,
st nou poz cn alt 1894, comme ox ta génsrolement fling, Le cyeliste pourrait sire Froncis Do i,
fer mei 1886, véalisa & Moscoy Te premio’ arena report 2
Le photdgramme est exteait dete fm au film, dix
‘ui,
‘actualits, Lo’ Courcenement do. Tear Niclas 1.
ist secendes ovant la fermelure des porte.
Georges Sadoul
Entretien avec Louis Lumiére
a Bandol, fe 24 septembre 1946
Le chauffeur est venu me prendre @ la gare de Bandol, 11 me conduit @ ta Villa Lumiere,
silude sur une petite éminence, @ Uest de la localité. On m'introduit dans un salon meablé
de bronzes dart monumentaux + femmes nues, génies ailés, guerriors mourants, etc., offers
@-M. Lumiére par son personnel et diverses saciétés savantes. Une petite fille joue sur ta
terrasse,
Louis, Lumiére fait son entrée. I est grand, volté, gras, les joues tombantes, Tes
oreilles poiatues ei exceptionnellement tongues, comme celtes d'un Bouddlta. 1 porte une
aire de lunettes spéciules dont un des verres' est remplacé par une plaque de métal noir
Pout diverse: raisens, V'avats gordé dans mos archives Ip texto de cette interviciy gub est, oins!
estég “dic-hait ons ‘ieaite, ef ui me semble. importante, ‘Cf. Ggulement mor live sur a Lous Lumiére >,
{ul doit. paraltre ineessammont eux Feltions Seghere,
a publication de ce torte cofecide done avec le centldme onniversaite de Ia nlssance de Louis Luniére,
le 5 octobre 186,anado on mer (n° YO dy Cotologue). Cette vue @ été prise pendant été 1895 2
f, aul ‘appartencit 9 dh, Antomne Lumiere pire. Cette propriété possédcit un
ejetde (@ drolte) tur Toquntle sont assises Mesdames Lumiere ct, peutretre, A
pereée dun trou en son contre. Il a ét6 opéré année précédente de Ia cataracte, Matgré
Ses 82 ans, i eat exceptionaetioment sif ot alete. It nese fatiguora jamais au cours
notre fr8s long entretion, restere toujours présent et prét a ia riposte. Mais quand it fait
quelques pas, i s‘essouffle facilement, it soujfre dz ewur, C'est pourquoi it a fait aménager
hin ascenseur pour descendre a ses laboratoires situés en sous-sol de ta terrasse. C’est par
cet ascenseur que nous allons poursuivre notre entretiee dans des Inboratoires o@ régne
Yorase te plus paral Je no prends es notes que quelques minutes apres abut de notre
entretien,
Nous avons commencé par parler de ta parole qui tui est généralement attribuée, et
qu'il aurait dite & Mélids lors de Ia premidre représentation du Grand Café : « Le cinéma
n'a aucun avenir », phrase souvent répéiée et déjormée. A ce sujet, Louis Lumiére me
tend avec indignation ane coupure de presse. I est abonné & UArgus, if lit aver assiduité
les coupures gui lai sont adressées.
Lotis Lourie. ~ Je n’assistais pas 2 la premidre représentation diy Grand Caté, J'étais
resté 2 Lyon. Si la phfase « Le cinéma n’a aucun avenir » a été prononcée, a é1€ dite
ce jour 28 décembre 1895 2 Méliés, elle Pa Gt par mon perc, Antoine Lumiére (i). Ce
(1) Sulvent Lou's Lumiére et une tetre qui gerivit vers 1945 i Bessy et Lo Duco, som re aurait
sors pu dive a ies Jeune serciex mot, Mon invention est pes. & vendke, pour vous ce
surat fe Tina Ele tal die lave tem ‘une curios acienifgue, En deere,
St nulement Lousy gut nétat pos & Paris Ie
Hepoques (Hote de 195%)
2gui est vrai pour ma part, e’est que je ne croysis pas qu'on pu'sse retenie Pattention pendant
des heures par le cinématographe.
Mon frére et moi nous n’étions pour rien dans exploitation du cinématographe a
Paris. Mon pére, apres Vavoit confié & Clément Maurice, 'y iniéressa M. Lafont, C'était
Je besu-frére dun ami de mon pére, le capitsine Thiers, ‘député du Rhone, qui avait 6é
le bras droit du colonel Denfert-Rochereau au siége de Belfort et qui avait voyagé en
Abyssinie,
Mon pére, Antoine Lumigre, s’était trouvé orphelin 2 quinze ans. Ses parents étaient
morts du choléra. If avait é& recueilli par le peintre Auguste Constantin qui lui avait appris
a dessiner. Il était devenu peintre d'enseignes et décorateur, d'ebord dans une grande
maison de Paris, pu’s & Besangon. C’est 12 qu'il s'associa avec un photographe aommé
Mauroges. I! ne tarda pas a rompre cette association et s'établit photographe & son compte,
57, rue des Gronges, a Besancon, C'est la que je suis né, ainsi que mon frére Auguste ef
ma seeur ainge. Aprés la guerre de 1870, mon pére quiita Besangon pour Lyon ol il
svassocia avec le photographe Fatalo. I avait établi ses ateliers me de la Barre, dans des
Film solsé en 1896 ou 1897 por un opérotesr formé por
ids par celurel & Lo Ciotat. Cette we rise sur le
‘Gn. wy reconeoit cucun membre Ge la femille Lumiire +
‘pat Louis Lumte,Louis Lumiare : Portie ¢'écorté (at 73 du Cotalogue). De gauche & droite, Antoine Lumiére, pire, fondatewr
ges sins Te brosur Winkie, Saamtye de Lute ck Augate Luni valent out deur files),
fe valet le ‘chambre. Frnt, ga fnfaron, et le prestiighafeur onbromene, Trewey,_ qui srgonsa) et
dibot de T196 es ‘tdomphales reptseniations: daa ‘Clnematographe. Lumigtas»'& Londre
boutiques aujourd'hui disparues et que lousient tes religieuses de WHospice de la Place
Bellecour. A Vendroit de ces batiments se trouve aujourd’hui la poste centrale de Lyon.
Non pac, iat wn « pote». itr qu'il avi gugné de Vargent, ile dépenstt aust
ig
11 dé:estait la Science et tous les scientifiques...
Sanout. — Alors vous avez 8 de bien mauvais fils, votre frére et vous !
Luwtaee (poursuivant sans relever interruption). —- Mon pére avait fait partie de la
Garde nationale, Il avait une irés belle voix et, comme la vie n’était pas toujours facile & la
maison, il lui était arrivé d°étre parois chanteur au casino, oi il était spécialisé dans les
couplets patriotiques. C'est dans les coulisses du casino qu'il a connu le prestidigitateur
‘Teewey, le chenteur Plessis, dautres artistes encore, qui sont devenus ses camarades.
Mon pire, quand ses affaires allérent mieux, mhésita pas a faire construire une petite
maison pour abriter son commerce. C’était une opération risquée, pulsque le terrain de la
rue de fa Barre ne lui appartenait pas et pouvait 4 tout moment 'étre repris par I’Hospice.
On photographiait les groupes derritre, dans la cour, sur une toile de fond qu'il avait
peinte lui-méme, Mon pore a fait de tres beaux portraits, beaucoup d'artistes de Wépoque
sont passés chez lui, et des hommes comme Savorgnan de Brazza, Tony Revillon, fe caletla-
eur Inaudi, ete.
Vers 1878, on 2 commencé & parler, dans Jes journaux photographiques, du procédé au
gélatino-bromure d'argent, Pendant longtemps, les seules plaques qu’om frouvait dans le
commerce étaient celles préparées par Bernaert de Gand, selon le procédé de Van Mon-
4Khoven. Mon_pére n'avait utilisé jusqu’alors que des plaques an coflodion humide gui
Gtaient ‘préparées dans un leboratoire situé dins Te sous-sol. Il comprit assez bien que le
gélatino-bromure avait un avenir et il essaya les formules alors publiges par les joumnastx
Photographiques. Mais ces formules étaient Imparfsites, le temps de pose était plas con:
dérable encore que celui du collodion humide. Aiasi les tentatives de mon pre aboutissatent-
elles Aun chee total. Ik était incapable de pertectionner les formules, Je vous ai deja
dit qu'il n’avait rien d'un scientifigue.
Crest A cette Epoque que je sis sorti de I'Ecole de la Mertiniére oi j'6tais entré
avee um certain retard, fes rerribles maux de téte dont jai souftert durant mon enfance
m’ayant empéché de commencer mes Sudes de bonne heure. Pavais eu & La Martiniére
Gexcellents mattres, en particulier MM. Tarabaud et Du Pasquict. Les études de La Marti
wire duraient deux années et la deuxidine année comportait de la chimfe. Comme on parleit
toujours devant moi des plaques Monkhoves, je me mis, & mon tour, 2 chercher des procédés
pour Jes perfectionner. Le procédé que je découvris ‘alors devait supprimer te lavage des
écnulsions gut était nécessaire avec les méthodes alors connucs. Les revues. techniques
avaient parle d’adjoindre aux plsques tne certaine proportion d'acide brombydrique, Je fis
Ja tentative, qui ne donna pas de bons résultats. [Yemployal Yammonlum qui, lui, me donna
toute satisfaction. Je vensis & ce moment-li de sortir premier de Mécole de’ La ‘Mactiniére.
DPavais seize ans, Souls mes maux de téte mfavaient emptché de préparer le polytechnique.
‘Mon pare m'avait refusé les balances de précisfon dont Vavais besoin pour mes dosages,
Louis Lumlére : Mardchal-fovont (0° 62 du Cetelogue), Film rélisé en 1895 & La Ciotgt ow dans lcs enviions.
‘Ce film fut projele concurremment avze Les Forgerons (wv $1 au Catatogua) lors dos seences de demonstration
du" Cingmatosrophe en juin ef juillet 1895,me disant que Ia balance de la cuisine devait me sulfire. [°étais obtigé d’aller faire mes
pesées chez le pharmacien volsin. Apres deux mois de travaux, j'obtensis une plague,
sans lavage, trés supérieure 2 toutes Jes plaques connues, plus sensible et ayant de meiileures
gradations que les plaques de Monkhoven.
Pendant une année environ, je prépara
longueur de joumée, dans le laboratoire de
Ja rue de la Batre, les plaques qui feessaires pour les ateliers de mon pére. Pet
& peu, des clients’ me demandérent ces plagues et mon pere eut 'idée d'abandonner son
miétier de photographe pour devenit fabricent des plaques photographiques dont je lui avais
donné 1a formule, Pendant plusieurs semaines, mon pére et mol, nous avons cherché, dans
la région Iyonnaise, une usine oi nous pourrions nous établir. ‘Mon pore éisit exigeant, il
trouvait que ce qu'on lui proposait n’était jamais assez grand. 1! a fini par se décider pour
june ancienne chapellerfe qui avaie été fondée par un certain Baton, mais qui était abandoange
depuis 1855, Les installations consistalent en de viewx hangars aux tolts erevés et en une
vieille pompe A engrenage.
Crest moi qui ai condult toute Vnstallation de Vusine, Mon frére n'y a pas participé,
‘Mon pee avait vendu sa maison de photographie 2 un ancien carrossfer et avait chargé
Auguste Lumitre de le mettre au courant de son nouveau métier. Auguste passa deux
Louis Lamlvg = Charcuterie mécanique (w 167 dy Cotolguel, Fl el, dapant
Auguste Lumére poueait avoir tenw dues cette tae an seine. comiaus fe role du" pavsan, tn blouses
Lame pire Impose a ses tile deere sur Ia case, choreyt xACK, comine Ths te
‘oulalent” She mote avant. ta mort, an S948, (par ‘ekcore avec eolére
CRACK, GR, ALC) Ry eontinuantane
‘tm réalisé te
ote
Louis, Lumidre : Déborguement des. consressistes & Newillo-sar-Scéng (x" 31, du. Catologus). Fi
TTjuin 1895 et prosente le lendemein, @ Lyon, pour [a cléture du « Congrés des Societes francah
fraphie » Il semble que (homme a barbo Blanche, gut conduit let congrestistes, soit lave. président, Vastronome
Janssen, Tnventear en 1874 du = Revelrar Phetographique , premére erquisss de le caméra cinématogrephiaue,
années rue de fa Barte, pendant te temps ol se poursuivait installation de Pusine, 1) m'a
fallu créer des machines & laver les verres et des machines & étendre les Emulsions. D’eutre
part, ma premisre méthode, celle gui consistait & obtenir de oxyde d'argent grdce 2
Pammonium, avait Vinconvénient de libérer des torrents d’ammonisc, ce qui rendait tr8s
délicate son ‘application sur une échelle industrielle,
Nous avons néanmoins entrepris cetle fabrication avec une dizaine d'ouvriers dont
rassursis la direction, tout en eherchant de nouveaux procédés. C'est zlors que je décou-
tis ma formule dite'« Etiguette Bleue ». Nous étions & ce moment-ia dans une situation
difficile. L'usine nous avait coaté pas mal d'argent et mon pére était au bord de le
faillte, avec un passif de 275 000 francs. Ce fut un vieux notaire, tres tatillon, gui nous
apporta les 50 000 francs nécessaires pour nos nouvelles instatlations et Ie continuation de
notre industrie. Les plaques « Etiquette Bleue » furent plus qu'un succés : ce fut uo
véritable coup de foudre. Des la premire année, olles nous ont feit gagner pres de
500000 francs. Mais mon pere avait une conception tres particulitre du commerce. I
Aépencait beaucoup d'argent, tout ce qu'il gagnalt. C’éalt un homme tres autoritaire. Je
Vai vit une fois se mettre tellement em colére... il a cassé une chaise...
Lorsque Vacte d’association que nous avions signé mon fire et mot avec mon pere
est arrivé a expiration, nous n'evons pas jugé bon de le renouveler. Mon pire s'est alors
installé & La Ciotat, of il s'est mis @ faire de la viticulture. La encore, il a dépensé de
Vargent & tort et 2 travers,Nous avions fordé une nonvelte société ay capital de 3 millions de francs, mais en
réalité 100000 seulement étaient souscrits. Nous n'avions pas besoin d'argent, mous ea
gagnions trés suffisamment,
Mon frére Auguste, est venu_ me rejoindre & Vusine, mais il était hanté par tes
questions biologiques. Crest dans ses Taboratoires, vous le saver sans doute, que le Docteur
Carrel 2 réussi ses premitre sutures. Le goit de ta biologie avait été donné a mon irére
par un jeune étudiant en médecine qui fui avait servi de précepteur. C'est moi seul qui
ai mis au point T'usine, les provédés de fabrication et ies machines. Bion plus tard, comme,
notre affaire était devenue importante, Eastman nous a proposé de nous associer ainsi que
les autres geandes maisons francaises, Jougle, Guilleminot, Mais Eastman ne nous offrait
que 19 millions, ‘alors que nous en 'éemandions 25, L'afiaire ne s'est pas faite et nous
Rous sommes associé avec Jougle. Quend notre cinématographe a él laneé, nous avons
été assaillis par des nuées de gens gui youlaient en avoir Ia concession. ai alors formé
lune centaine Wopérateurs. C'est Carpentier qui construisit mon appareil réalisé en 1804,
Vai fait mes premieres projections au mois de septembre. Notre chef mécanicien, Moissou,
gui_construisit Pappareil selon mes indications, avait entigrement congu et fabriqué nos
machines & perforer. Parmi les opérateurs qui ont été envoyés dans le monde entier, il
faut citer les noms de Promio, de Mesguich, de Doubticr.
Au début, les opérateurs nous appartenatent, Par Ia suite, nous avons pris le parti de
vendre nos appareils. Faire des films, comme la mode en est venue’ alors, ce n°était pas
notze affaire. Je ne me vois pas dans les studios actuels,
Louis, Lumigre s'est levé. a pris un dossier ot se trouvent quelques coupures de
presse. L’une d’elles est an article que Claude Roy vient de publier sur mon livre dans
« Action ». Louis Lumiére en prend une autre qui est celle d’un article de Nino Franke
qui, dans « L’Beran Francais », dit & peu prés que Lumiére n’a jamais rien compris a
Vavenir do son invention. iH s'indigne et proteste. If me tend ensuite une mince brochure
de vingt pages qui est te premier catalogue du cinématographe Lumidre, It y a coché en
dou les films dont il revendique ta paternité.
Parmi les vues comiques, Le Photogcaphe use d’un apparei muni d'une seringue
dont il asperge son cliont. Ce film fut réalisé a Lyon en ayant pour acteur Clément Maurice.
Chareuterie mécanique, réalisé avec Auguste Lumtbre d La Ciotet, représente un apparcil
fantaisiste ; on met ‘an cochon vivant dens un entonnoir, de ‘autre cété sortent des
saucisses. Auguste Lumidre n’aurtit, selon son rere, réalisé qu’wn seul film : Brileuse
herbes, a La Ciolat. Sans doute Louls Lumidre att réalisé un peu plus de films qu'il
wen a cochés dans son catalogue. En effet, ax cours de te conversation, nous parlerons d'un
autre film, Le Cul-de-jatte, dont if revendique aussitat la patornité. Sans dowte n’a-til voulu
aésigner ici que les films dont il est parjaitement content. Nous faisons le total des vues
quit a cochées ; il yen a.27. A mon avis, it n’a pas di en tourner plus dune ciaquantaine.
Te lui parle de Vexceltent cadrage de ses films.
Lumubre. — Personneliement, j'ai beaucoup dessiné et j'ai méme fait de ta peinture,
Mon ‘maitre ‘est un certain Morel, qui travaillait dans l'atelier de photographie de mon
pere, Ce qui m’a toujours préoceupé dans mes vues, ¢'a été la mise en page de mes sujets.
Je suis égatement trts musicien, j'ai fréquenté le Conservatcire de Lyon et j'y ai regu un
deuxitme accessit de plano.
SanovL. — Avez-vous remarqué que les ouvriéres de la Sortie q’usine sont en costume
@eté et que les hommes portent des chapeaux de paille > Vous avez projeté ce film & Paris
en février 1805. N’est-il pas possible que le film actuellement connui soit une nouvelle
version réalisée par vous durant V'été 1895 9
Luster, — Je n'ai tourné qu'une seule fois la Sortie d'usine, Et si j'ai réalisé mon
premier film aprés avoir vi fonctionner un kinétoscope, jo n'ai vu cet appareil qu'une seule
fois, en spectateur, sans pouvoir examiner son mécanisme intérieur. ‘Tout le monde diseit
alors + il faut on faire des projections, Crest ce que jat réussi & faire, Si un appareil a
16 echeté A cette époque aux Freres Werner par un Lumiére, il peut alors s’agir de mon
pére. Pour ma part, je n'ai jamais eu entre les mains un kinétoscope Edison,
Sxoout, —- D'aprés les journaux de !'époque et Yes publications américaines sur Vinven-
tion du cinéma, les premiers kinétoscopes sont arrivés en France au mois de septembre
seulement, II ne paratt done pas tcés possible qu'un film ait &8 tourné en été, apres P'artivée
du Kinétoscope,
8Lustbee {aprds avoir longuement réjiéchi). — Je n’arrive pas & me souvenir de ta
date, Il faudralt vérifier.
Lentretien a dévié, Maintenant, Louis Lumiére me parte de ses autres inventions ef, en
particulier, de ta stéréosynthise, Ht m’emmene dans un coin de son laboratoire, alliume
ine lampe. Derridre une ploque de verre dépoli apparait, aver un relief hallucinant, le
Président Millerand, grandeur nature, Il ne lui manque pas un poil de la moustache. Mais
sitot qu'on déplace un peu la séte, Pimage devient floue et vite indiscernable, 1d s‘agit de
Photographies prises sur six plaques de verre superposées. Lumidre me dit qu'il n'a jamais
Explowé commerctnlemeni ce brevet, quill s'est coutenté de montrer quelques photographies
hommes célebres en relief dans une féte de bienfuisance a Lyon.
1 owyre ensuite des cartons, il on sort des miroire concaves. en acdate argenté, puis
dos éoffes argentées selon le méme procédé, Il est visiblement trés fier de ses labordtoires
et de ses menues inventions.
Le Marchand de marrens (at 947 4y Catelogue). « Vee comigue » de 1898, sans douto rGolisée par Georges
Holo Ge chet de"riguration, a fa demande de Clément Maurice (directeur ci) « Cinsmatogrephe Lime » au
Grand Ears\ce wAntoine Lumiere, mit cr scéne en 1897-1896. 2 Bolfeville pluciours dizaines. de comiaues ot
ease hitofiguese Nh est Vouten? do Le" PosttonLumiere, présente feustement ux Etats-Unis comme ayant
‘He. Himée dane Te village de Horitz on BohemeVers une heure de Vaprés-midi, nous reprenons le polit ascensewr qui nous conduit sur
la terrasse o8 Ia table est servic. Lumiere me précéde avec ses énormes oreilles, son
nex tombant, ses vetements larges. I a guelgue chose dun vicil éléphant. | porte anx
gieds des chaussons de Strasbourg en drap bleu de roi. It s’essouffle vite, on te sent
malade du coeur. Nous nous iastallons & table, il s'excuse beaucoup de Ukunible déjeuner
gwil va miojfrir et gui pourtant sera excellent et copienx. Il reprend de tous les plats,
boit bien et ne se refuse ni café, ni liqueur.
Comme on sert ia jriture, il me dit qu'elle a été péchée te matin méme_par son
jrére Auguste qui ne défeanera pas avee nous. Nous en venons a parler de Léon Gaumont,
mort iy @ freis mois
Lumidee, —~ Léon Gaumont était un homme charmant. Nous allions trés souvent 2
la péche ensemble. Il faisait de longs séjours, comme mol, str la Cote dAzur. Par contre,
je, a’sime pas du tout M, Charles Pathé et ie T'ai vu qir'une ou deux fo's dans ma vie.
Crest un commergaat
Nous parlons ensuite du Festival de Cannes. Louis Lumibre n'y a pas été invité et,
maigré sa joviale bonhomie, on sent qu'll en est ulcéré.
LumuBea, — On a déclaré a la presse que javaig sté invité et que je n’avais pas
ageepté. C'est entitrement faux. Je a’ai jamais regu dinv‘tation ; et pourtant, en 1939,
F"étals président dhonaeur du Festival... C'est comme cette plaque qu'on @ apposée Boulevard
Prestsigitataur (ww 119 du Catalogue) - 1896 on 1897. Sans doute qauvre d'un opéreteur formé
Lumiere, sulvant a lane de 2’ Arroreur errosé. Un oulre,Presidiatetaer figure eu Catelogue sous Tem
si ce photogramme était extrait de cette daralére bam
Louls
Te;
i cursit lors pour metteur en seéne Georges, Hatowont Louls Luniére pout ta Télévision Franccise, Je 6 janvier
BeeEptembre 1948). Cotte Interview, ells publise dons « Litcion Francais », fut Ia demiéze de Louis Lamidrs,
ul ourut fe 6 juin 1943,
des Capucines en Vhonneur de Demeny, de Marey et de Mélids. Ce dernier n’avait vu le
cinématographe qu’en décembre 1895 et il ne s'y était jamais intéressé avant. Ce qui m's
surtout choqué, c"est qu’on ait apposé cette plague sur Vimmeuble méme oi avaient eu
liew les premitres représentations de mon apparel en 1895. Cette plaque n°était pas a sa
place 2 cet endroit. C'est un pen comme si on était vent poser cette plague sur ma porte
& Bandol. Mais j'ai ét€ bien vengé, ils ont tous été arrosés... comme l’Arroseur |
‘SanouL. — J'étais parmi les oreteurs,
Luntére, — Alors je vous dois un buvard d'honneur {
Naus parlons dautre chose, Je tui raconte ma premidre visite d Bando! pendant Voccu-
pation, por y voir mon ami Franpois Cuzin, jusillé en juiltet 1944 par les Allemands. C’est
précisément sous tes fenéires de sa villa ‘que nous avons ex notre dernidre discussion.
Ti me parle de sa mere, quit connalt, ct qui tlent un garage d Toulon, puis it en revient
an Festival de Cannes.
Lumténe, — Maiutenant, on ma’a remiss, on m’a mis au rancart. D'ailleurs, au
Ie temps des techniciens est passé, c'est l"gpaque du shéatee.
‘A un auire moment, je lui ai parlé, & propos de ses films, de « mise en scone »
et id a froneé le sourcil, Visiblement, il ne comprend pas qu’on fasse de la mise en scene
pour un Jil. Personneliement, il n'en a jamais jait. 1a laisse ca a Mélies.
Tout de suite aprés les fiqueurs, sa voiture me reconduit ¢ Toulon oi je dois prendre,
& 2 heures, un train pour Cannes, C'est pendant ce polit voyage que je rédigersi ces
notes, ayant encore en mémoite tous tes détails de notre conversation.
Georges SADOUL.
.éma,
hous ont &té communiqués por la Cingmathique Frangeise.)
iWTrois textes pour Venise
Ingmar Bergman :
POUR NE PAS PARLER.
Tous les artistes, saut les actours, devraient stro invisibles, Cela assainizait
noloirement l'art — si l'on croit que cela en vaudrait Ia peine. Maintenant et, disons le,
ces dorniéres années, j'ai considéré Ja tendance de Vartiste & se placer prés de
son ceuvre et & la commenter comme une intrusion illicite dans le plaisir des critiques
et les possibilités du public de découvrir ce qu'il voit, ca qu’ll entend ou, simple
ment, ce qu'll sont. On éprouve un véritable hesoin de confidences. Y atil quel-
ques grains de beauté qui font tache sur l'couvro d’crt, on y colle aprés coup wo
explication logique, Quelqu'un — oh, abomination — atit été assez cruel pour
mettre en doute Ia grandeur de I'ceuvre, on entreprend une polémique avec beau-
coup de prudence ef de couttoisie tandis que la gorge se serre, trahissamt votre
rage, Tout & coup, on se fait uno Idée claire de Ia véritable signification de T'cou-
yre et Yon prophétise aux quatre points cordincux, jusqu‘au moment of Yon sé
dégonfle, et les cuditeurs de méme.
En vérité, on a eu aussi des femmes, des mailresses, des enfants, des patents,
des oncles ot tantes, ot quelque sombre secret — peutétre dans le domaine sexuel.
Des souvenirs et des réves. Une enfance amére, des ennuis avant Ia naissance, On
Jette des regards mélancoliques en faisant des allusions, L’ceuvre prend cussitét
une valeur nouvelle, une aura mystéricuse, On gratifie ce bonhomme tout plat
d'une nouvelle dimension — il lui pousse un long nez — quel mizocle | Pensez
donc | Lartiste était presque fou & ce momentlé, il n'oscit plus se laver les dents
et son... n’en parlous pas, mais cela n’était pas du tout comme il fallait,
Les gens mordent dans l'eouvre d'art comme dans une tartine, et Vartiste vient
spontanément s‘offrir en gssaigonnement, Non; les acieurs, eux, doivent se mon-
ter : beaux, enveloppés du braissement de la renommée, orgueilleux et spéciaux,
mais beaux avant tout, Eux doivent parler. Leur cour & eux doit étre exposé cux
regards et aux commentaires, Ce sont des professionnels et ils savent comment
jouer le jeu, maintenir our et contenter les badauds. Mais nous autres |
2Se Ioire. Stasseoir. Ne pas se montrer. Ne pas étre, mais seulement produire.
Pour ma part, je le répéte, je ctois qu'il doit en étre ainsi, Oui, il existe encore un
‘aspect & la question : on ne rencontre pas toutes cos questions inquiétes, ces regards
curieux el exigeants, celle profondeur affolunte que le commun des hommes
estiment nécessaires & la somté de Varliste, Pas do mauvais thédtre 1& non plus.
Crest du reste beaucoup plus simple, J'ai le souvenir vivant des fétes de
Noél de mon enfance. D'abord un bonheur irrésistible d'étre invité, Impossible de
former Teil la nuit précédente, Le costume marin, les bas noits et les soulicrs
vernis. Puis, lo terreur subite qui vous paralysait & la vue de tous ces étrangers.
On emmencit le petit gargon en larmes dans une piéce voisine of il se calmait
en compagnie d'une femme de chambre ot d'une port de dessert, Les premiéres
incursions prudentes dans la grande salle avec toutes los lumféres, le browhoha, la
musique et les petites filles bouclées, désespérément jolies. Puis un petit garcon
tout émousiillé et plein d'eplomb. Le costume marin qui se chiffonnait, Je ton de
la voix qui monteit, le visage en transpiration, et on s‘énervait. Des déclorations
d'amour étonnantes mais bégayantes & l'une ou l'autre des petites dames bouclées.
Les embrassades douloureuses qu’accueillaient les petits cris de terreur. La disper-
sion aprés la fate, Et de nouveat la douleur qui vous fendait le ccour. Cette fois
perce que la fé1e avait si vite passé, Nuit de favre et de mal de ventse, Sourd
chagrin pendant plusieurs jours et toujours quelque blessure au ceour, Non, Tartiste
ne doit pus purcitre aux fétes de No’l ni aux festivals.
pes Ba ypron
Jean-Luc Godard :
LA FEMME MARIEE
Ty a plusieurs fagons de faire des films, Comme Jean Renoir et Robert Bresson
qui font de le musique. Comme Serge Eisenstein qui faisait de la peinture, Comme
Stroheim qui écrivait des romans parlants & Vépoque du muet. Comme Alain Resnais
qui fait de la sculpture. Et comme Socrate, je veux dire Rossellini, qui fait fout sim-
plement de la philosophic, Brel, le cinéma peut étre & la fois tout, cestérdire juge
et pattie,
13‘Les molentendus viennent souvent de cette vérité qu'on oublie, On reprochera
par exemple & Renoir d’étre mauvais peintre alors que personne n’itait dire ca de
Mozart, On reprochera & Resnais d’éire mauvais romancier alors que personne ne
songerait & le dire de Giacometii, Bref, on confondra le tout et la partie, en déniant
& Time et & autre le droit de s‘exclure comme de s‘appartenir.
Et c'est ici que Je diame commence, On catalogue le cinéma ou comme un
foul, ow comme ine partie. Si vous faites un western, surtout pas de psychologie.
Si vous faites uni film d'amour, surtout pas de poursuites, ni de bagazres. Quand
vous tournez une comédie de moeurs, pas d'intrigues | Et sil y a une intrigue, alors
Pos de caraetére,
Malheur & moi donc, puisque je viens de toumer La Femme mariée, un film
ot les’sujets sont considérés comme des objets, oi les poursuites on taxi alternent
avec les interviewes ethnologiques, ot le spectacle de la vie se confond finalement
avec son analyse ; bref, un film of le cinéma s‘ébat libre et heureux de n’éire que
Jette Gpdad
Michelangelo Antonioni :
DESERTO ROSSO
Jusqu‘ici, j'ai séalisé nouf films, plus un épisode : la « tentative de suicide »
Amore in cilta, Disons dix films en quinze ans, Est-ce beaucoup ? Est-ce bien peu?
Je récopitule un peu pour essayer de comprendre comment donc, tout juste en
ce moment, j'ai éprouvé le besoin d’abandonner le noir et blanc, cestéedire un
cinéma que je tenais, hier encore, pour le plus approprié & ma mentalité et &
mg maniére de conter les événements de Ia vie. Avec le Déser! rouge, je n‘ai jamais
eu de doutes sur la nécessité d’employer la couleur, Du reste, je crois que ce n'est
guére par hasard d'autres réalisateurs, comme Bergman, Dreyer, Fellini et
Resnais — qui jusquici avaient été fidéles au noir et blanc —- ont éprouvé ce méme
14Besoin de la couleur, ot tous presque simultendment, A mon avis, la raison en est
Ja suivante ; Ja couleur c, dans la vie de nos jours, wne signification et une fonction
qu'elle n’avalt pas par le passé, Jo suis cortain que, biontét, le noir et blanc devien-
dra vraiment du matériel de musée, Celui-ci est le moins autcbiographique de mes
films, Crest celui pour lequel j'ai ion davantage le regard touné vers Textérieur,
Foi conté une intrigue comme si je la voyais se dénouer sous mes yeux, Sil y @
encore de lautobiographie, c’est précisément dans la couleur qu’on pout Ja trouver.
Les couleurs m’ont toujours enthousicsmé, Je vois toujours en couleurs, c'estéedire
que je me rends compte qu‘elles y sont, toujours. Je réve, les rares fois ol cela
miarrive, en couleurs,
Dans mon film, naturellement, je mo suis efforeé de mettre des coulews suscep:
tibles do satistalre & mon propre goat, Il ne pouvait en éire autrement. Malheureu-
sement, cola n'a pas toujours réussi, Les difficultés, avec la couleur, apparcissent
wiplées par rapport au noir et blanc. Néanmoins, employer la couleur est une expé-
Hience qui inspite l'enthousiasme, Il suffit de loublier cussitét et de ne jamois perdre
do vue Tintrigue, Je suis méme certain que Je meilleur résultat, on 'obtient si le
Public ne voit plus Iq couleur comme un fait en Iniméme, mois laccepte comme
substemce figurative de intrigue,
Enfin, il y @ une autre raison qui me {ait considérer Désert rouge comme tris
différent en regard de mes films précédents : il ne parle pas de sentiments, J’en
arrive & dire que les sentiments n’ont rien & y voir. Dans ce sens, les conclusions
quxquelles aboutissent mes autres films sont tonues, ici, pour escomptées, Ce qui
minléressait ici, c’était de parler d’outre chose. Lintrigue que javais entre les
mains présentoit des motifs divers : celui de la névrose, par exemple. Et, sans doute,
e fait de m‘éte détaché de thémes vagues comme celui des sentiments m’a-til
permis, cette fois, de mieux caractériser mes personnages, Monica Vitti s‘ost certa!
nement sontie plus proche de ce type de femme que de celui qu'elle a campé
dans L’Eclipse. Il me semble, en effe, que par son jeu modeme el nerveux, elle
@ = xenda » ce personage avec une sincérité extraordinaire et Ini a méme donné
une physionomic particuliérement xéaliste.
Pourquoi ce titre, Désert rouge ? Ces derniers mois, on me I'a souvent demandé.
Au commencement, jfavais pensé & Bleuciol et vert (Celeste verde), mois ce tie
me paraissait trop attaché au fait « coulour ». Ainsi cije préféré Désert rouge,
Cette explication est plus simple qu'on ne le suppose, ot alle vout aussi pour les
fitres d'autres films, sur lesquels cujourd’hui on ne discute plus. Car il s'agit de
définitions intuitives, qui valent a posteriori, J'espére que ces images aussi seront
yues comme une introduction sommaire & un film qui, peut-étre, doit étre plus
« senti » que compris. Rien de difficile, ni de mystérieux. De toute facon, rien de
plus difficile et de plus mystérieux que la vie que nous vivons tous.
15fean-Louis Comolli
et Frangois Weyergans
VENISE 64
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Sigporu (fete aussi bien ‘Tt wopRa-
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Braf, il y @ c‘obord dans. ce flrs
tout ce que Beigmen a ‘sur te conus,
comme on dit. Pamphlet, ot il ne
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fen avouant qué "sons doute. il ne
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“Sens imméSiot vest cuss!
Jens profond, toutes los directions
quo" Fan pron’ sont les bonnes cot
7Michael Roemer : Nothing But © Men, (Ivan Dicon, Gloria Foster, divs Harris
‘oucune no méne cilleurs qu’). Berg
fron, Point de seconde feclure pi ce
Geipitme”” deoré inerpttaton
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Morines. Hult, prsanniers_ et” presque
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fe remploce. A cote, ce ee. pelit ene
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diverifsoment de cour.Uslopit simplement dene pléce
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Eontéronce c'dtor-mejor reonissone le
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guises (Aurenche, "Bost, Poyrefitte,
Eouse-Rénal, “Belonneyy nous. dit
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Revol, ft put réoliser ce rive tong
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ai alee Roger lur-meme, “et my
vol? euune femme pour produlre ce
fies ef qu'un femme pour fe ee
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Evidermant, Wentraprise, était rise
ig, wolre delicate? wvallalt-on es
jor, fee Bones meeurs en soule-
var dauscl Brbtontes, questions ?
Ne fotlait"t pas beaucoup de cou
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Errongtres’, Ne" eeuroif-on' por ot
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fer tant dcuels. Cesc amide
Sign “entendis ne sont qu’entantil
S25 sans. consfquenges. lem au, Se
WSs Bae et rien de chore! “Dict
faut, M. “Boyretieropracha’ gent
ment Mme CwimteRéncl” lvoe
ee ahaa, mar dhomer
Howat! ee Fest dens so0 capri
fon de el, satnaament ious
fBrentigves de Vedolescence, Bevant
{anv "do" purats, on reste contends
Droussi nobles, intentions ne foe
sent planer mulle ombiguité sur te
iui ere am tout lor,
forer que Jaen Delonnoy
pont été Gta hauteur de ce proj
Feuchent de, podte ete sera
eh quil off cbfiguré juss Pexieme
ieidbur cette omit sane. portcule-
titty parvencrt™ B ferdre bas et
fouches” ies ropports tour “nourtis de
Plotenisme of eucharistie entra
Seux gatgons. Faut-it se félietter de
fe quit les eit filmés comme deux
Sifieux cobots, sotisiaits. et fryao~
frites? Que, por [a foule du cindaste,
Toute Ventreprise™ s'eeroule’ dans 12
fensonoe ef ia, “complaisonce, Ia
‘Bech te vilerfe? Sans douts,
Cest une bonne chose de” tole, ‘On
ren volt que [Link], des
Chott + Je cinéma est Vort de Gr
Genee. A” ca" propes, invitation de
Se lin, & Wena toit "sn demane
‘quelques agaréy st To ‘Mostra
niet og incl "et st ay cvait
pas. da Goure. laGessous” “Vayons
Bene PL SEPTHE GIRL WITH GREEN EYES
(Desmond Davis, Angleterre}
Crest une eouveetto, dit-on poliment.
Mole on Salt eo" que irop™ souvent
(2° Sindma ongisis 9, entend par
Seaver: among ‘Ost mie et
spn ait Jo sunpicite Un, montage
[ese ore ethene ae
wuceus, de boniveur Ces} une ise
Iie Heat, come. Ihde, ot
mk le cacee ext cou, fogitly une
ethafe ae done. un togosine, tes
Cfieatiementy reais en festant Plas
‘Grune que cancers
Une fille, done. Phust, émouvante,
Liistoe se passe 8. Dublin, et, Ou
Binet ee vriment “ogréee,
Vena, mémen'si les agesces "de
Yovede “conseillent piutat” la _com-
pagne Hlendoise. Dailleurs, 60 se
Pose cuss! un feu é la compcgne.
Rote. Sux yeux "vert: (mois le fin
exon roi? ef blanc), Mrveille. dane
Fpicare “od alle Mit, entie, deus
Gentes «This Side vot Paredise >.
EIODVE aft tin ome ex sont det
Insiporables, els pondent ae Fame
fchbte des alps en soles, Kate feull=
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Sine trois en ele rencontre un en
Yoin ‘avadragangice (Peter Finch). qui
{eg Sera ou Tout on
Inatheur Le film deer’ Tes ‘epports
See canon at ctte Teme
imate femme, lett St poy ete
Mier dain, eet do, node tadic
EStmmont elle" ls avienth. ce sont de
petits, sequences eu font” ploarese
Ferber bande la
ftivre. ta gentihegse da diclogus, Te
Tetermie def "comdions, To condeur
Ga cindoste {ont lo teste, et te film
Seckamsli Ata fi, Kate jnterropere
fon “amie: “< Bismah, Soba, tne
‘Guo Jen suis ‘une ferme aui © un
Bosse?»
Tout sp posse comme. si Davie
igaoratt Vesitheneo “aes ibBes aul
Shite outs avounr” ak “seble
‘grater leusst coum dang" lesatels
iBmbe). “Bor, exemete, image d'un
Fame et ctune. femme dens un lt,
fedes. nu, ie reste sous. tes draps,
Cate mse est ne ert aria
‘yphe ‘que tous, les soectotaurs ta.
SYED Gor 1 his ond fait remour»
She convention, OF, dane ce. filmy i
"S dou images dees. gonna, mols
Mane des “deur ne pas le seas
conven, pungue Rate Vest ofusée
Pr eethecin See “ators, forsque "Ia
Geusitme inege. signifie bien co &
SRG le Ronde Videntitie, on a
Giend “theme le sentiment” dune
Bie" ciinvention. Davis use des fie
Zoinmons comme. sis “ne, Fetolent
Bor, et i eesent’ do Vétte, en
efit,
a file eux yeux art, ett te
portrait. (mals, ‘pos ‘encore. assez
Bvale) d'une agolescente. Et be erois
Begucoup plus & cette cdoleseente-ci
guess files 8 te fleur de leur age
Giisées por Broult, Baldi, Rouch ou
Teshigohere, fh esse. din “enchen=
foment “cetfoin “qui gait dane los
Fogords de Kate (Rite Tushingher) ef
Ge recuelllent les abjectits de. Davis.
Enchantement di, je le réséte, & lo
frodestiendy ton’ et & Jo elarté da
ropes, ‘Cest_pourquol Kate lel réci
Fort Gu" Jemor Joyee est. pertcite.
ment ‘en situation, "et nous epprend
Quelque chose we “elle, quend lo
Weuve cle quinze one de Routh lisant
Seach oogees ER Serer!
pour Lendees afin soublier le goat
Eo" nicly note Kothleen devient 0
SSul"de’ iar denseuse de Sommarick,
Gone Gn pe {a cousine Joie, Tes
Ghampionies dela bande 8 park
Pulsque réterence & Scott, Fitzge~
raid i's rearetion, que Kate ne
it pas un’pew plus Zelda, ef ue 1a
Higerete “ne soit” pas au “deport de
chaque plon, Mais le drame de Kete,
Cent peuiteeice, pedetssment, de Yow
fait sewembjer’ 4 Zelda et,’den ere
Incopeble, Au" fond, on “no pas. du
tout envie de formuler des foarets
IP tout retour rams Ime
sjon enjouemant, Vivacite, feria,
Eration sympathie, “arevite, paca.
W.
RETROSPECTIVE INGMAR BERGMAN
(Section cutturetie)
Proposer, dons une « rtrospective
using Mis, “eters
feaman, ces} nous. invites @ UN
fegord eh artlere, apres la yision de
Je oemigre: souyeo. Tl est importont
Guo ce soit pendent un Festival, en
Gn eu dans un temps. qui ont
Pavilte' de preposor ic) vision | dex
films a heute juste, et de contron=
Ter crsates, of Gardlens > des
Guyer Maw “Cone “confrontation,
fale dui moins quielle treuve @ sills:
tee, done te conten Ge, pres
tivéle, la ‘plupert
Eonfurion _ oeeablante entre
Sfle produit. Ler ctdeteu's ne cia~
Wouenf pas, et il giolt becu de voir
Ritonion! gotler dintuition ou Go:
Gard ne poe topondi@ aux. pourcuol,
Bergman, Yul, dans un. texte cistribus
fun creas’ presents @ Verse, oxpi
Gunit son" absence t= Les. gens mor
dont cans Freuvge fort comsne dans
Une tartine, ef Fartiste vient seonto-
Siment geffrir en osselsonnernent..
1948, Féngelsey
Solt _ Hemsted,
1988, vorst, 1949.
salyneonuit ee, ete,aes
to Nalsaig "et Vattopertratt-1itaue,
Bec ee bremntece file sont e010 Toe
Shasta, nen ploy que les. dere
fiom abet dda, dene Eos" premier.
ise legiquemene : peur 1a. premiere
fol, vole un: lonoape ‘aul, nous est
Gavénude plus en plus famitien Veil
fee premiies logon, crap eyeie. Les
Hin?"Smont pas peuge. 5 nous
Eoyone tee ‘une par tes outtes. él
ToetCoct ue nous avers Bouge, —
2a Bergman.
Er bees:
Ser lumeties? — Cse portals de
rae Junetes, avec, er vores ds
ros. Beruman’ te voutsit parce que
Sela" déformelt un peu te, Wssge. Je
Seurnats wee “des Se
Olor. "aver! “des vertes
contact. pour réteblr ne vision tore
male, “mais oo, feussoit tout & ait
Feppraiction des divorces, >
0 Perle oussi de. lo Suide. Mots
fegitive Beton dos Sosvales ais
Bohibect, “gui elle, public einois ef
romans). Gyo”
IL VANGHLO SECONDO MATTEO
(Levanaito selon x
Pier" Paolo’ Pasolini, Italia)
Moet
Jone tout, Porat ses! a
ogi Se ask
Bete tee a ag,
eat ead ole, sen
entate Sesto Oem Sees
Baiada tears
setae fen ete Seva Pet
Pea Pa Ie Meee Ga
Pesta sag ae cae ces
ne Se Ge Rive
soerre, cit eel core we
arate, crepe, aul se
‘ate ing’! Race
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i eee ll Reus
ase finery, Rous.
Ba taal alae ere
Ei tukprononts ‘so teouyaient sia ge
Saenger, Ae coms Fe
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Fesiee'ia iaise mame des choses, To
orto sberre oF akcue
Diplo de, Posolini ext alors
aravoir hast “four san cemoks
fore oe“des vloges Gul tepandont
Pier Paolo Petotint :
cette |sécheressa, des visones cifiquement cingmatogrophique : aul
Bortent Ia marae de cele fete “et | goseott la mise en seane eh, a
Gat sont. troubles de. Frate, on Hent tow
Govoir wincarné io Telfre et tout &
taro “Vespet de TEvonsile dons | ec xi Pasolini seg cst No, cinta,
ine, denser présente | pour ie reste il sfen seit avec. pits
sue orageaenen,
[fopite ae deal
font 3° iustration,
opeanee
dors To balance, etn poids Wes Sps- | te ie parole Tavélée et fo. dopasse
1H vongelo secondo Matteo (la donse de Solomé = Paola Tedesco.Four outro, expression vo torir
Frau" aa revelation, ef cect seulement
Oavers. alte’ expression. ou en
fie due se Tivéiere eu ron duelove
choco —. ‘et ‘pas ferctment lo. porate
feet mot, pout Sie! en ‘cus. Fait
imps, iar foson de manger les
Sliver en ‘Gaitée a
outing iustarnt, estas, ehs
crqyont (ly a lelque iconoctostie
fatbnte Gane Te “desit oe. favre te
remake des eventures du, Chest), Ce
Gai Prete tee. neat yeaa, [a
PErslation, ai son mystéve, nf Io para
ete liamname, roa co eu 2 en
file do dscmentaire ef ee quit ya
én’ dlle de mythique ! clest-oeaice &
Ie tole to" feedn cont ele fut veau2,
st fg: moniove dont, répereutée ne
th Soe, elie ext fosjours vivante cure
yeux surtout dle ceux gui So cignt pa
Ia vivre, bergers. enfants, pechours
et pouvres, Ge aul tente, Pavol,
on fe voir’ bien c'est cette ‘recon
Version “do. "Evaraiio: & .
{snement nan point drever
ent historique (cor sur ee plan, tout
frien ire potent), ma,
fPement socileataye ; fel” a
sat
Bet wu Sor st S frases le: feu
Tes plus "Wierges “(op done “cs “plus
sendbleg la iumigte), Mais ceux
Ge Pasolini le contails? Loissons ele.
Car il yo dans le texte de Mat-
thieu, du fait méme do. so. texture
Brite, de aa fores immediate, de sa
Bite sur la motisre meme. dy Trays
tire, un gon postique, (Claudel, stun
Gute cote, tamolano docs pess0ae),
‘qusique. choto de hriaue. Ce 8 cul
Gdai fend bavolini. Mote est 18 eae
ie aig “eommencent, “en meme
Kemps ailleurs que. le. cinéma’ pro-
Drement cit. Law potsie,, en celle
‘hatiere comme ailleurs, west Jomals
Gequse Saverce. et test pay Tan
phir, oeucri ele ext ce ‘aul role
fo: chose ton expression, fon:
les“cfforts ou. tes effets. de Yar
our la. produire” parent maleneor=
Frousement cette, expression de. sa
chose. Pasolin} Bofoulle un pew entre
atte parole falle vetle et ce verbe
Severu! potsie. Une fol, fi joue tout
‘run arose, une autre fon sur‘un
Visage: “it a" toujours vune. longueur
Weeart, une seconde de vetordy une
Iiage ‘de fopy un travaliog ta:
Tet" tet designe, Tee” promet ou, plus
Fatement, ney thurs Le
mension de surpice, Peopte. 6, fou
Siedation, quietle sit ce ‘varbe oe
Giimage,.ettorpe
I dee pris lor
remierés surprises, Ce nest pas
fo foute du eenorisee, ‘ni mame.
calle cus Christ co nest pos poree
“Guit eait do Mhistotre fo plus connue
du" monde qu'elle ne” elt point
Sppotter de surprise, Crest tout eim-
Jon Radar et Elmar Klos : Obzalovany.
ploment le faute 8 Posotini gui n'a
Bet su, 04 pas voulu, ou bretere pas,
Sher Gu bouts dean proje,, Quand
on ng. soit bes comment filmer, il
fe “Tout "pas. fate semblant ” de
Sevoir, mobil Naut, enieux tilmer
Ripete cma ch ies bons
Bris lebiectifs sublectty"iyztaue, dee
fyetifeateur, ele) four" a” tour
Shaiss ot roetés ct sepsis, sennuient
Bier plctement et fatsent une im
preion de confusion aul Wa ten
Gs taire, ovec le. bea “dsscrare de
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ectisBE: Sin! fin 453 ‘fat
Ta profes quit a perdu de
Mue‘ce film de départ, util y avait
wee Stage Sf cetstioh Séctobien at
She lle resteseniotons Sens sbute
wor sats Saavetu que! Sune ne
Wire ps co" iotne eave et, bien
‘Sale, Sh Soy te comentsree
ies ‘itiguos depis a sorte cut
Seon dle. Stat it
‘urGial pst tae flim do co,
Sp bon suet de fim. Bt, en ‘offet,
BnPee HESS I den mele
feet dee foe! cour ts vate,
B Gate le tesicotomant cute
Eeatsvuie, na pos pare de wus
quit y-evett Gab un him, une ise
So cheat dat pertrnagss ‘Softy
the Setlsn deemetiqu, ne pps cuble?
a ena pote ies Clmole
Iie Sedoves, brah, no ‘pas renchés
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