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Voies Initiatiques du RER et Martinisme

Ce document décrit les similitudes et différences entre le RER (Rite Ecossais Rectifié) et d'autres rites maçonniques comme le Rite Français. Bien que les rites utilisent des symboles et rituels similaires, le RER met l'accent sur une interprétation plus spirituelle et ésotérique de ces éléments. Le document explique également que tous les rites maçonniques visent ultimement à aider l'homme à se perfectionner.

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Voies Initiatiques du RER et Martinisme

Ce document décrit les similitudes et différences entre le RER (Rite Ecossais Rectifié) et d'autres rites maçonniques comme le Rite Français. Bien que les rites utilisent des symboles et rituels similaires, le RER met l'accent sur une interprétation plus spirituelle et ésotérique de ces éléments. Le document explique également que tous les rites maçonniques visent ultimement à aider l'homme à se perfectionner.

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A PROPOS DU RER

LA OU LES VOIES DU RER

ROLAND BERMANN
CRP 2010

1
Introduction

Les pages qui suivent sont un cadeau de notre Frère Roland Bermann. Cadeau par la limpidité
du texte pour des initiés, cadeau pour le rappel puissant qu'il nous apporte : En effet, quoiqu'il
puisse en être dit ou répété sans connaissance, ni savoirs des voies initiatiques, après avoir lu
ces pages, il devient possible d'affirmer : « Roland Bermann fait la démonstration de l'unité
des chemins apparemment différents mis en œuvre par le Fondateur Martinès de Pasqually et
par ses deux émules J.-B. Willermoz et Louis-Claude Saint-Martin.

Cadeau encore par le fait qu'il devient évident après avoir lu que L'Ordre Martiniste, tel que je
le pratique depuis les années 60, et le RER reposent sur des fondations identiques, le
luminaire est vraisemblablement composé de flambeaux, en apparence différents, mais il
donne la Lumière.

Avantage du RER, il repose sur une forme plus accessible dans ses grades « bleus » à un large
public par la mise à l'écart qu'il fait de tout un fatras d'occultisme de pacotilles et d'illusions.
Le Martinisme de Papus était mis en place pour attirer un public large qui considère qu'une
bulle de savon équivaut à un Arc-en-ciel. S'il attire, il nécessite ensuite un vrai travail de
discernement sur les encombrements du chemin proposé, tant par Saint-Martin, que Martinès,
ou Willermoz. Tous trois devaient être parvenus à une chose qu'ils nous offrent en partage.

Cadeau enfin par la démonstration que pour avoir produit des disciples de cette qualité
Martinès fait partie des « références » en matière d'initiation, qu'il ne peut en aucun cas être
supposé charlatan, quand bien même l'homme eût-il ses faiblesses !

Cyvard MARIETTE-LENGAGNE
Novembre 2010

2
Le cheminement

Bien prétentieux celui qui se dit “initié” ! Il y a de fait un véritable gouffre de l’initiation
virtuelle, telle qu’elle peut être conférée, à l’initiation réelle telle qu’un jour de rares êtres
peuvent espérer la vivre ! Dure vérité, peut-être, mais que celui qui en doute lise ou relise les
pages du livre de René Guénon "Aperçus sur l’Initiation” et “Initiation et réalisation
spirituelle ”. Tout peut être donné, mais tout n’est pas nécessairement vivifié ; et si la
régularité d’une transmission traditionnelle est un indispensable point d’ancrage, elle n’est pas
par elle-même efficiente en ceci qu’elle ne fait qu’ouvrir un champ de possibles.
Cherchant, persévérant, Souffrant, sont les trois états successifs de l’homme de désir qui
frappe à la porte du Temple. Mais qu’il ferait preuve de naïveté s’il croyait parcourir
définitivement ces trois étapes dans les fugitifs instants de sa réception ! A chaque pas sur la
voie qui vient de lui être ouverte, conformément à son désir, il retrouvera ces trois états et,
plus encore qu’il ne peut l’imaginer en ces premiers instants il plongera dans celui de
Souffrant. Il ne sait pas encore que le chemin qu’il prend est celui d’une totale remise en
cause de ce qu’il pense être et des acquis intellectuels de son passé ; et cela provoquera
toujours en lui la simultanéité de ces trois états. “Tailler la pierre brute”, selon l’expression
consacrée, n’est pas aussi aisé qu’on veut bien le dire.
En entrant dans un itinéraire spirituel, et la voie maçonnique n’est pas autre chose, il faut bien
être conscient que l’on n’y trouvera pas un développement logique marqué par une succession
de jalons clairement définis et déterminés. Si chaque étape nouvelle reprend la précédente tout
en en précisant davantage l’objet et en en étendant le champ, il y existe des ruptures, la
méthode initiatique supposant une épuration progressive de l’individu. En vérité, tout est
donné dès le départ, tout est déjà là, présent au premier instant. Il n’y a pas de secret au sens
humain du terme, et ne sont cachés que ce que nous ne sommes pas à même de percevoir,
notre état mental ne nous le permettant pas encore. La réalité de la vie dans l’esprit est une
mais n’est accessible que par étapes successives. Cette réalité ne se révèlera à nous que peu à
peu, dans une lente progression tenant dans une large mesure à la fermeté de notre volonté.
Elle se révèlera selon le niveau auquel l’effort et l’abandon confiant nous aura fait atteindre. Il
faudra sans cesse revenir aux principes et aux éléments de départ, et cela même à des années
de distance, bien qu’à chaque fois l’intelligence que nous en aurons sera plus claire et plus
aiguë. Si à chaque fois l’horizon semblera s’élargir, il n’en restera pas moins bordé par les
limites inhérentes à notre réalité du moment, à notre état d’être en ’instant, cela jusqu’à ce que
peut-être, un jour, ce qui était virtuel commence de devenir réel en s’accomplissant. Il faut
une vie pour réaliser ce qui est donné au commencement. Comment l’exprimer avec plus de
limpidité que par ce verset d’Isaïe (21,11-12) :

Veilleur où en est la nuit ?


Le veilleur répond
Le matin vient et la nuit aussi.

3
Conférence du 14 novembre 2007
Ajaccio

Comme il n’est vraiment pas souhaitable de créer des conflits mentaux chez un homme de désir, il est
véritablement nécessaire de pénétrer dès l’abord la nature du Rite que l’on va pratiquer.

Quel est notre devoir en initiant un profane ? C’est de lui fournir les clefs qui lui permettront dans un
premier temps de découvrir sa réalité, dans un second temps de devenir lui-même en actualisant ses
potentialités, c'est-à-dire d'être un homme véritable et individué, puis dans un troisième temps lui
donner conscience de la nécessité d’entamer une véritable démarche spirituelle. Au-delà, s'ouvre la
voie droite de ce qui est relatif à l’âme en tant qu’émanation et reflet d’un principe supérieur, voie
particulièrement prégnante au RER. C'est ce que Guénon 1 nomme les petits mystères. Cet ensemble,
bien sûr, représente un idéal et la réalisation de chacune de ces étapes est, vous le savez tout comme
moi, difficile et très souvent demeure au niveau du virtuel.

Dans tout ce qui va suivre, je vous ferais part d’une réflexion personnelle. Elle se souche sur ce que
nous recevons ou découvrons au travers de notre Rite, de son étude et de nos échanges. Notre
réflexion doit nous conduire à réexaminer à la lumière de notre tradition des idées souvent reçues sans
examen sur la nature spirituelle de l’homme et sur la notion même de christianisme tel que l’exprime
notre Rite. Elle doit, conformément aux textes fondateurs du Rectifié, nous extraire des données
dogmatiques pour nous conduire vers une réalité plus intime, plus proche de l’essence originelle.
N’oubliez jamais qu’il vous a un jour été dit “Si tu as un vrai courage et de l’intelligence, écarte ce
voile” or cette adjuration ne concernait pas uniquement l’épreuve subie en l’instant mais était le type
de ce que nous devons faire.

Nos Rituels, quel que soit le Rite, participent d'un “fond commun” qui en constitue une part
importante. Il existe une réalité initiatique immémoriale, c’est indéniable ; qu’elle emprunte des
cheminements différents n’entache en rien son efficacité. Le Rite Rectifié, pour particulier qu’il soit,
ne s’écarte en rien de la réalité maçonnique. Il ne faut pas oublier qu’il est écrit (Jean 14,2) : “ Il y a
plusieurs demeures dans la maison de mon Père”. Dans chaque rite, cette part est revêtue
différemment, si vous me permettez cette image. Cette vêture en modifie la saveur, c'est-à-dire
l'orientation profonde donnée aux symboles mis en œuvre. C'est là que se situe et se concrétise la
spécificité de chacun des rites. En faisant abstraction des rituels proprement dits, faites l’exercice
suivant :

1° temps prenez l'instruction par D & R d'apprenti au RER, comparez-la à l'instruction du Rite
Français.

2° temps Soustrayez ce qui est commun et il vous restera ce qui est spécifique au RER. Vous serez
surpris du résultat obtenu.

3° temps Relisez les deux mais en les replaçant dans l'esprit du Rite correspondant. Vous verrez que
là tout est question de perception car les mots ne sont que le vêtement de la chose qu’ils
décrivent.

1
Le terme de petits mystères est défini par René Guénon comme étant la perfection de l’état humain, le retour à l’état primordial
qui est le fruit spirituel que peut goûter “homme véritable” Il définit de même Les Grands Mystères ” comme concernant la réalisation
effective, l’aboutissement à l’homme transcendant, celui qui a intégré les états qu’il qualifie de « supra-humains », en quelque sorte les états
angéliques et leur échelle hiérarchique. C’est la réalisation d’une jonction entre la nature individuelle humaine (monde incarné du sensible) et
la nature divine (monde suprasensible). (René Guénon, Aperçus sur l’Initiation, chap. XXXIX entre autres et mon article dans Acta
Maçonica Volume 17.)

4
Si vous faites cet exercice sur les rituels des trois premiers grades, vous vous apercevrez très
facilement de l'orientation que donne le RER dès la Chambre de Préparation. Vous comprendrez alors
sans peine que l'axe majeur d'interprétation de chacun de nos symboles communs (Étoile, Soleil, Lune,
Allumage des lumières, Chandeliers, Équerre, Compas, etc.) devient différent, et l’explication de
chacune de ces différence nécessiterait à elle seule un travail complet. Malheureusement, cela exige
d’avoir réellement assimilé le contenu des 3 premiers grades.

Notre TRF Pierre Noël ajoutait : “ Je réaffirme que le RER, c'est la FM française classique plus
Martines de Pasqually, relu par J.-B. Willermoz et réinterprété par Saint-Martin. Qui ne le comprend
pas et lit le RER à l'aune exclusive de René Guénon et des déformations introduites à la fin du XIXème
siècle ne comprendra jamais rien à notre rite".

Pour commencer de situer le RER parmi les divers Rites pratiqués, voici un extrait de la
communication faite au Togo en juillet 2003 lors de la réunion des GP Rectifiés par Pierre Noël, alors
GM du GPDB :

« Le but de notre institution (le RER) est la défense et la promotion d’une certaine forme de franc-
maçonnerie traditionnelle, basée sur l’idéal chevaleresque chrétien mais aussi sur les enseignements
propres du Rite qui se trouvent exposés, de façon encore voilée il est vrai, dans le grade clé du
système : le maître écossais de saint André. Alors que l’ordre intérieur, à la fois maçonnique et
templier, peut aisément être rapproché d’autres Rites, anglo-saxons ou scandinaves, dont il partage ce
même idéal chevaleresque et chrétien le grade « final » de la maçonnerie Rectifiée, le maître écossais
de saint André, contient, lui, le discours spécifique de notre Rite, celui voulu par Jean Baptiste
Willermoz. Enté sur la vision théosophique de Martinez de Pasqually, ce discours va bien au-delà des
ambitions sociales et de la vanité des décors car il propose à l’homme de Désir une voie (une clé ?)
qui peut lui ouvrir la porte de l’infini et apporter les réponses aux questions éternelles du cherchant,
mineur spirituel, sur son origine et son devenir.

L’étude de ce discours est le commencement et la fin de l’ordre. Elle devrait être l’essentiel de nos
travaux, comme elle l’était de ces cénacles établis dans ce seul but par Willermoz ».

Effectivement, le RER est un Rite s’affichant ouvertement chrétien. Il véhicule une idée forte : celle
d’une Maçonnerie régulière et chrétienne telle qu’elle l’était en ses origines. Ce Rite est donc une voie
particulière, une voie spécifique, au sein de la Maçonnerie. Elle ne convient certes pas à tous, ne
serait-ce que par ce caractère essentiellement chrétien qu’il ne faut toutefois pas confondre avec un
quelconque ostracisme. Ce serait là une grave erreur et le signe d’une totale mécompréhension.
Toutefois, cela lui a valu bien des reproches et des dénigrements. On a dit qu’il était restrictif, voire
sectaire, pratiquant l’exclusion parce qu’il affirme cet état de chrétien. Mais il conviendrait de définir
précisément ce que recouvre ici ce terme “chrétien”. Ceci n’est guère possible avant le 4ème grade et
je ne puis dans ce bref exposé que donner une définition synthétique en une phrase : Le christianisme
du Rite se veut indépendant de toute Église constituée, – « Nos Loges ne sont pas des écoles de
catholicisme »” écrivait Willermoz au pasteur Salzmann –, donc non dogmatique et en bien des points
anté-conciliaire 2 ce qui apparaîtra clairement un peu plus loin dans mon propos. En bref, ce rite nous
dit que par rapport aux autres cultures religieuses qui nous ont précédés et nourris, nous sommes
dépositaires d’un « plus » transmis par le Christ, mais cela sans nier que chaque religion détient une
part de la Vérité et qu’aucune religion n’a le monopole exclusif de la Vérité. Seul l’Éternel possède
l’ensemble et la réalité de la Vérité. Cette conviction ne nous donne aucun droit d’autosatisfaction ou
de suffisance, mais des devoirs supplémentaires. Notre démarche initiatique Rectifiée n’est pas
séparée de notre foi, quelle que soit la façon dont nous la formulions, et en cela réside une différence

2
Il suffit pour s’en rendre compte de lire le “L’Homme Dieu – Traité des deux natures” de J.-B. Willermoz, Collection martiniste, diffusion
Rosicrucienne, 1999

5
importante avec les autres Rites. Pourquoi en serait-elle séparée ? Certains d’entre nous ont trouvé ou
retrouvé la foi dans la démarche initiatique. D’autres ont enrichi leur foi de cette démarche. C’est là
chose naturelle, une démarche initiatique réelle et vécue avec sincérité concerne l’homme dans son
intégrité, et la foi d’un homme ne saurait être un élément séparable de son être profond. Le RER nous
appelle vers un sentier montant, étroit, difficile sans jamais nous donner la certitude de pouvoir
atteindre le sommet de la montagne. C’est peut-être pour cela que la formule de chacun des
engagements que nous prenons au cours de notre vie maçonnique se termine par la formule : « Que
Dieu me soit en aide. »

Pour bien comprendre ce qui va suivre, il faut aussi savoir que les Rituels des trois premiers grades
ont été finalisés en moins de 20 ans par ses fondateurs et que pratiquement rien depuis n’y a été ajouté
ou retranché ; cela explique leur absolue cohérence et l’évidente méthode pédagogique qui y est
utilisée. Mais il faut aussi avoir conscience que ce Rite a une triple origine et puise ses sources dans :

• le substrat maçonnique classique, soit la FM « d’avant les Rites constitués », c'est-à-dire les
proto-rituels français de 1730 qui donneront naissance au Rite Français.
• la SOT pour son volet chevaleresque et pour la notion de filiation spirituelle avec l’Ordre du
Temple qui n’apparaît vraiment qu’au-delà du 4ème grade. L’esprit de chevalerie existe de tout
temps au cœur de l’homme, faisant appel à ce qu’il y a de meilleur en lui en matière
d’abnégation, d’amour, de respect de soi et des autres, d’honneur et de courage 3
• La doctrine de la Réintégration des Êtres de Martinès de Pasqually présentée dans son Traité
du même nom et développée dans ses Chevaliers Maçons Élus Coëns de l’Univers, pour sa
théosophie, sa mystique et l’accent métaphysique 4

Pour saisir la nature et la finalité de ce Rite il faudra s’imprégner de l’esprit et de la mentalité du


XVIII° siècle et attribuer aux mots le sens qu’ils avaient alors, il faudra surtout étudier très
attentivement :

• Les Rituels
• Les diverses Instructions et Règles
• La volumineuse correspondance des fondateurs

Puis aller au moins jusqu’à son 4 ème grade, dernier de ses grades purement maçonniques et
préparatoire à l’Ordre Intérieur, faussement considéré comme constitué de hauts grades car il est d’une
toute autre nature. Cela exige une somme de travail non négligeable, mais indispensable.

De cette triple origine du Rite Rectifié résulte une superposition et une imbrication de significations
qu’il n’est pas toujours aisé de démêler. Nous sommes en permanence face à un mélange de ces trois
sources, incluant des éléments sous-jacents de la théosophie de Martinès de Pasqually éclairée par les
premiers écrits du Philosophe Inconnu Louis-Claude de Saint-Martin, éléments souvent
volontairement atténués par Jean-Baptiste Willermoz qui en élimina tout ce qui était de nature
théurgique. Ces éléments ne sont d’ailleurs, dans les grades symboliques, présentés que de façon
indirecte et voilée sans la moindre explication et cela pour plusieurs raisons dont l’une, et non la
moindre, tient au contexte social d’une époque où il était risqué d’afficher des positions théologiques
non conformes à celles de l’Église. On ne les trouvera de façon à peu près transparente que dans les
Instructions aux Grands Profès, mais je le redis : là encore de façon partielle, atténuée, car leur
explication constitue, ou doit constituer, le travail même des “conférences” de cette classe réputée

3
Voir le “Livre de l’Ordre de Chevalerie” de Raymond Lulle, traduit du catalan par Patrick Gifreu, édition La Différence1991
4
Voir “Traité sur la Réintégration des êtres” Martines de Pasqually, édité par Robert Amadou Collection martiniste, diffusion Rosicrucienne,
2000

6
secrète. Mais pour voilés qu’ils soient, ils n’en sont pas moins une donnée essentielle pour la
compréhension du Rite et de ses composants.

L'ordre de Chevalerie
1510 Lyon le 11 juillet imprimé pour Vincent de Dortunaris de Trinc libraire

Pour éclairer ceci, je vais prendre un exemple simple et concret : Le tableau du premier grade. Il figure
une colonne brisée et tronquée, mais encore dressée sur sa base avec la devise Adhuc stat. Ce tableau
nous vient directement de la Stricte Observance Templière où il était utilisé avec cette même devise
dans une figuration graphique strictement identique, mais s’il a été repris dans son apparence au RER
sa signification a été totalement changée. Pour la SOT il signifiait : « L'Ordre du Temple est décapité,
mais le tronc demeure. Tous les espoirs sont permis. » Or l'acte de renonciation à la succession de
l’Ordre du Temple, adopté à Wilhelmsbad le 21 août 1782, marque la rupture idéologique dans la
continuité formelle. Il a en fait substitué la doctrine de la réintégration de Martinès de Pasqually à
l'idéologie de la restauration templière. De ce fait, pour le Rite Rectifié, la signification première du
tableau est devenue : « Tous les espoirs sont permis. L'homme est déchu, mais il possède encore le
pouvoir et la possibilité de vivre dans son principe et les moyens d'y retourner ». Ce n’est pas autre
chose qu’une claire allusion à la doctrine de la Réintégration selon Martinès de Pasqually et le
fragment suivant de l’Instruction par D& R du grade d’apprenti le dit sans fard :

Q : Quel est le symbole du grade d’Apprenti ?

R : Une colonne brisée et tronquée par le haut, mais ferme sur sa base, avec cette devise Adhuc Stat

Q : Que signifie cet emblème avec sa devise ?

R : Que l’homme est dégradé, mais qu’il lui reste des moyens suffisants pour obtenir d’être rétabli
dans son état originel, et que le maçon doit apprendre à les employer.

7
Cela sera exposé encore plus clairement ultérieurement à d’autres grades. Notons au passage que
l’Instruction, dès ce premier grade, laisse entendre que ce “retour” potentiel n’est pas gratuit, mais
exigera travail et effort continus. Plotin (Ennéades I, 6) ne disait-il pas « ne cesse pas de sculpter ta
propre statue » ?

Pour être plus clair encore, je citerai aussi les épreuves de l’A.: par les éléments ; trois éléments et non
quatre, éléments qu’il faut bien se garder de lire alchimiquement. La signification précise de ces
épreuves n’est véritablement formulée que dans l'instruction du grade de Maître Écossais de Saint-
André où il est dit : « Dans le premier grade d'apprenti, après avoir subi l'épreuve des éléments
matériels, figuratifs de ceux dans lesquels l'homme actuel est incorporisé, vous avez bientôt reconnu
que vous étiez tombé sous le fléau de l'inexorable justice ». Une déclaration guère éloigné de ce
qu’écrivait Maïmonide dans son Guide des égarés 5 : « … tous les obstacles qui empêchent l'homme
d'arriver à sa perfection finale, tout vice et tout péché qui s'attache à l'homme, n'arrive que du coté de
la matière seule ... » Je ne dévoile nullement un secret, car nous en parlons dans les séminaires d’A.:
Nous retrouvons là de façon manifeste l’un des enseignements fondamentaux des Élus Coëns. Le
terme “incorporisé”, néologisme omniprésent dans le Traité de la Réintégration des êtres, en est une
preuve évidente. Ainsi, ces épreuves par les éléments font clairement allusion à “l'incorporisation” de
l'homme dans la matière, conséquence de sa prévarication en tant que châtiment d'une faute volontaire.
Selon cette thèse, cette incorporisation est la condition de l'homme “actuel”, ce qui fait clairement
comprendre qu’il n’en était pas ainsi dans son état primordial. Ces deux seuls exemples, et il en existe
de nombreux autres, suffisent je pense à expliquer pourquoi je parlais de transposition et de difficultés
de lecture. Plus complexe encore, il existe au RER un “ésotérisme chrétien” dont l’étude, bien
évidemment, ne saurait être l’objet de nos réflexions d’aujourd’hui, mais il faudra bien que chaque
participant de ce Rite l’aborde un jour. Cet ésotérisme, qui n’exclut nullement la voie exotérique, est
dans une large mesure ce que l’on retrouve dans les écrits des Pères apostoliques et des auteurs du
début de notre ère. Les chrétiens des premiers siècles n’hésitaient pas à parler d’initiation et
“d’enseignement réservé ”. 6 D’autre part, n’oublions pas ce qu’écrivait Joseph de Maistre dans Les
soirées de Saint-Pétersbourg au 9° entretien : 7 « Tous ceux qui ont la moindre connaissance de
l’Antiquité savent que le christianisme, dans son berceau, était pour les chrétiens une initiation. »

Il ne faisait là que reprendre St Augustin (Rétractations I, XIII, 3) : C’est peut-être pour cela que
figure dans une instruction d’un certain grade une brève phrase à laquelle on ne prête pas
suffisamment attention : « Les Loges qui la reçurent [l’initiation première ou parfaite] conservèrent
jusqu'au VI e siècle ces précieuses connaissances, et le refroidissement de la foi annonce assez qu'à
cette époque le souvenir s'en est affaibli, et que ce qu'il restait d’initiés se retirèrent dans le secret. » 8

Cette phrase, par sa raison d’être dans une de nos Instructions alors que rien n’est jamais fortuit, doit
nous conduire à une recherche et à une réflexion personnelle, plus poussée qu’elle ne l’est d’ordinaire,
sur la nature du christianisme tel qu’il imprègne nos rituels et à étudier les différents textes et
documents correspondant.

Cette obligation de fait est l’une des raisons pour lesquelles le RER est un Rite périlleux, et cela s'est
prouvé au cours du temps par les nombreuses dérives auxquelles il a donné naissance. Pour ne citer
qu’un exemple récent, l'intégrisme mis en œuvre au GPDG en est le dernier avatar connu ayant
quelque ampleur.

5 Maïmonide, Guide des égarés, P. 20, édition Verdier


6 Sur ce thème voir les ouvrages du cardinal Jean Daniélou, notamment “L’Eglise des premiers temps” (Seuil – Points histoire) et
“Théologie du judéo-christianisme” (Desclée - Cerf) ainsi que “L’Eglise de l’antiquité tardive” de Henri-Irénée Marou (Seuil – Points
histoire)
7 Les soirées de Saint-Pétersbourg, 9° entretien, T2 p. 137, Trédaniel 1980
8
Voir à ce sujet l’article publié en novembre 2006 dans la revue du GPDB

8
Je dis que ce Rite est périlleux pour la simple raison que si on le pratique autrement qu'en « touriste »,
si l’on y cherche autre chose qu’une formation intellectuelle, ou la satisfaction d’une simple curiosité
comme doit le rappeler d’emblée le F.: Préparateur : « Il l’invitera à rejeter tout motif d’une curiosité
frivole qui ne servirait qu’à l’égarer et à l’éloigner de la vérité. » et plus tard l’Orateur dans
l’Instruction du grade : « une vaine curiosité pouvait vous distraire, une fausse lumière pouvait vous
égarer » ; ce Rite disais-je conduit à une réflexion approfondie sur des conceptions essentielles,
j'oserai dire ontologiques, et par là même il oblige souvent à de véritables remises en question. Mais
n’est-il pas écrit : « Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive » (Matt. 10,34 ; Luc 12,51)

Dans d'autres rites, dont l’orientation est différente et sur lesquels je ne porte pas le moindre jugement
de valeur, on “travaille” de façon culturelle, souvent quasi universitaire. Au RER la compréhension
intellectuelle est accessoire ; bien qu’utile elle ne suffit pas à provoquer l’événement qu’est censé
porter notre initiation. En effet, dans l’initiation maçonnique rectifiée, c’est une injonction, une mise
en demeure qui nous est faite, celle de nous mettre en conformité avec le plan du Temple,
représentation de « l’homo verus », l’homme vrai, en possession de l’intégralité de ses états. Pour être
plus précis encore, je dirais qu’au RER l'axe principal est la nature de l'homme, son rapport au monde
et son devenir en relation avec le Sacré et le Divin. Ces points sont clairement exposés dans plusieurs
documents fondateurs que vous retrouverez sans peine. Le résultat, pour qui s'y consacre, est donc de
toute autre nature. C'est pourquoi je suis convaincu qu’il nous faut être suffisamment armés pour ne
pas nous laisser aller à une inflation nécessairement négative. Mais ce n'est là, encore une fois, que
mon point de vue personnel construit par 28 ans de pratique assidue de ce Rite. Ce sont ces spécificités,
entre autre, qui étant malheureusement mal comprises, ont conduit le TRF Jean Murat à déclarer dans
une interview accordée à la revue Initiations que le RER était un “rite déviant” (sic)… Il ne réalisait
certainement pas que ce Rite était bien antérieur à celui qu’il prône et qu’entièrement élaboré en
quelques années il est d’une remarquable cohérence.

Pour appuyer ce que je viens de dire, je ne résiste pas à l’envie de vous lire ce qu’écrivait dans la revue
Renaissance Traditionnelle, n° 10 d’Avril 1961, page 92, un grand connaisseur et praticien du Rectifié
René Désaguliers, nom de plume de René Guilly : « Le régime Écossais rectifié ne saurait être
considéré comme un Rite maçonnique ordinaire. Seul sans doute de son espèce, c’est un rite de pensée,
de pensée spirituelle et théosophique. C’est délibérément que les fondateurs – et entre eux tous J.-B.
Willermoz – ont enté sur le tronc vigoureux mais désordonné et creux de la Maçonnerie française du
XVIII° siècle la pensée mystique et théurgique de Martinez de Pasqually. Par cet acte, le devenir
d’une partie de la FM s’est trouvé engagé dans une voie différente, difficile, mais ô combien exaltante.
C’est un fait historique qu’il faut reconnaître. C’est une donnée de la Maçonnerie française qu’il est
dangereux, surtout lorsqu’on prétend appartenir à ce régime, de méconnaître. Que s’écartent ceux qui
s’indignent ou s’effraient. Que les autres cherchent, travaillent et méditent.»

Le Régime Écossais Rectifié, envisagé dans la totalité de ses 6 grades, et au-delà même de ces 6
grades, constitue une voie d’enseignement doctrinal initiatique nous invitant à comprendre au plus
profond de notre être la Voie et les moyens de réalisation qui nous sont proposés. La méthode du RER
est conçue pour nous préparer progressivement à mettre effectivement son enseignement en œuvre
individuellement, personnellement, pour actualiser puis tenter de réaliser les potentialités qui sont
inscrites en chacun de nous. C’est à cela que se réfère le terme de “désir” que vous avez souvent
entendu et sur lequel nous aurons à revenir.

Notre Régime, dont le cheminement est fondé sur la spéculation soutenue par un enseignement,
conduit à une nécessaire expérience intérieure, unissant ainsi dans une réelle conjonction les deux
pôles que sont voie de connaissance et voie d’amour. Ce que nous pratiquons sous une forme rituelle
n’a de valeur que si nous le considérons comme s’adressant directement à nous en tant que Voie de
transformation. A cette condition seulement la doctrine contenue peut donner naissance à un véritable
événement intérieur.

9
Toute recherche dans notre domaine qui ne resterait qu’au stade de la connaissance théorique et ne
serait pas accompagnée, soutenue, par une démarche intérieure effective ne serait qu’une vaine
entreprise, car toute réelle évolution exige un engagement, et cet engagement est la seule justification
réelle de notre démarche. Il ne suffit donc pas d’échafauder des théories sur le monde et sur l’homme,
sur leur raison d’être et leur finalité, car le véritable sujet de notre engagement est nous-mêmes, et il
exige une réforme intérieure, une révolution de soi-même.

C’est la seule voie conduisant à la seconde naissance, passage du moi vers le Soi. La « mort du vieil
homme » ne doit pas rester une phrase creuse. C’est un long chemin. Le passage de grade en grade est
souvent bien trop rapide ne permettant pas un réel mûrissement, alors que le contenu de chacun
d’entre eux est essentiel et que la progressivité de leur enseignement est le type du cheminement par
lequel nous pouvons remonter vers notre réalité qui est au cœur (qui est le cœur) de l’Etre.

Après cette longue, mais indispensable, introduction à la nature de ce Rite, venons-en à la seconde
partie de mon propos de ce jour.

Je commencerai par citer deux textes remontant aux origines de notre Rite et me paraissant essentiels.
Tout d’abord, cet extrait d'une lettre de Jean-Baptiste Willermoz à Joseph de Maistre en date du 9
juillet 1779 : 9

« N’attendez rien m[on] t[rès] c[her] f[rère] des hommes pour votre conviction ; il leur est impossible
de vous rien donner ; celui qui promet est un fourbe ; le feu qui doit vous éclairer, vous échauffer est

9
Publiée dans : “Écrits maçonniques de Joseph de Maistre” texte établis par Jean Rebotton. Reprint par Slatkine en 1983 de l'original daté
de 1923 avec ajout d'une préface d’Antoine Faivre

10
en vous ; un désir pur, vif et constant est le seul soufflet qui puisse l'embraser et l'étendre, et quand il
l'est à un certain point, l'homme sent quel est le seul être auquel il peut et doit s'adresser avec
confiance pour obtenir son entière conviction et cette confiance persévérante lui procure toute la
certitude dont il a besoin, mais s'il y met un grain de curiosité il retombe dans de plus épaisses
ténèbres qu'auparavant ; le premier soin est donc d'examiner sans illusion la nature de son désir et,
de le bien épurer ; ce que l'homme ainsi préparé acquiert par son propre travail reste sa propriété ;
ce qu’on lui donne après l'exposition générale des principes s'efface en lui comme un caractère tracé
sur le sable au bord de la mer que la première vague détruit sans en laisser le moindre vestige. »

Dans cette lettre l’expression « le feu qui doit vous éclairer, vous échauffer est en vous ; un désir pur,
vif et constant est le seul soufflet qui puisse l'embraser et l'étendre » caractérise parfaitement la
pédagogie du rite en insistant sur le terme désir et sur l’acte individuel. Or vous ne pouvez l’ignorer,
ce terme désir est un véritable leitmotiv du RER 10. Il est, de même que le verbe correspondant désirer,
à prendre ici dans son sens ancien dérivé de celui du latin desiderium : aspiration, besoin, recherche de
quelque chose que l’on a eu, connu et qui fait défaut, et non pas dans sa signification actuelle
amoindrie et limitative de “chercher à obtenir, souhaiter”. Il contient donc, dans nos textes que nous
devons lire dans l’esprit de l’époque de leur rédaction, plus une volonté de retour vers l’amont qu’une
projection vers l’aval, tout en conservant la très importante notion d’insatisfaction qui en est le moteur.
C’est de cette façon que l’utilisaient déjà des auteurs anciens comme Augustin ou Bernard de
Clairvaux et qu’on le comprenait encore au XVIII° siècle. Par cette notion de “retour” il induit dès
notre réception dans l’Ordre les fondements de la théosophie de Martinès de Pasqually.

Ensuite, et ce sera là ma seconde citation, dans les Instructions aux Grands Profès, sensiblement
contemporaines 11 de cette lettre, instructions qui n’ont plus rien de secret car amplement publiées,
Willermoz écrira : « Ainsi vous ne devez pas demander des titres de la science que nous professons,
puisqu'il nous est impossible de vous en fournir d'autres que ceux d'une tradition orale qui a existé
dans tous les temps, et qui doit exister toujours. Celui qui demande les preuves de ces grandes vérités,
après en avoir reçu la communication, ne les a point senties, et il ignore encore ce que c'est que la
vérité. Si vous aviez ce malheur, M.: ch.: F.:, gardez-vous de renoncer à l'espérance d'y parvenir par
vos efforts. Concourez avec nous par vos recherches à accroître le dépôt qui nous a été confié. »

Je ne m’attacherai pas à l’exigence d’invariabilité de la tradition que comporte ce texte, désirant


seulement mettre en exergue sa dernière phrase dont chaque terme est important, venant conforter ce
qu’il écrivait à J. de Maistre. Il y insiste cette fois sur la nécessité du travail personnel au sein d’une
collectivité. En fait, la dernière partie de ce bref extrait : “Concourez avec nous par vos recherches à
accroître le dépôt qui nous a été confié” est pour nous fondamental. Il nous rappelle de façon
impérative que notre travail, quel que soit notre grade et quel que soit le point que nous pensons ou
croyons avoir atteint, n’est jamais achevé, que chaque pierre résultant de nos études doit venir
s’imbriquer dans celles déjà obtenues par nos prédécesseurs et compléter une construction jamais
achevée. C’est une triple leçon : tout est en devenir, rien n’est achevé, rien n’est jamais définitivement
acquis. Cette connaissance progressive et continue est un bien commun à l’ensemble de notre
Fraternité et chacun, dans la mesure de ses moyens, doit contribuer à la révéler et à l’accroître. Chaque
étape doit toujours être évaluée et vérifiée à l’aune de notre entendement réfléchi. N’est-il pas écrit en
Luc 12,57 « Mais pourquoi ne jugez-vous pas par vous-mêmes de ce qui est juste ? »

Ainsi, J-B. Willermoz était convaincu que la F.:M.: est une voie n’ayant de possibilité initiatique réelle
que par un travail individuel ininterrompu devant contribuer au développement de la communauté,
développement qui ne se peut concevoir sans la progression personnelle de chacun. De fait,
réconciliation et réintégration, pour user de deux mots clefs de la terminologie de Martinès de
Pasqually, ne peuvent être qu’individuelles et non pas collectives. C’est une voie où l’autre ne peut

10
En se limitant au seul Rituel d’A.:, et en ne tenant pas compte des redondances ou répétitions, on ne trouve pas moins de30 occurrences.
Pour la signification particulière de ce terme Désir au RER, voir mon article publié dans Acta Macionica volume 16 de novembre 2006.
11
Instructions secrètes aux Grands Profès, publiées en annexe à La Franc-Maçonnerie Templière et occultiste de Le Forestier. Diverses
éditions.

11
être qu’un point d’appui et un élément de contrôle de sa propre évolution pour éviter les dérives de
toute nature toujours possibles, hélas… et l’histoire a amplement prouvé ce risque. En cela aussi réside
aussi le côté périlleux du RER. La connaissance de l'expérience d'autrui est nécessaire, toutefois elle
n’acquiert de valeur réelle, ne devient vivante, que lorsqu’elle est vérifiée personnellement.

Notre voie serait-elle donc une voie solitaire ? Rappelez-vous : « N’attendez rien, mes T.:C.:F.: des
autres hommes… » Comment cela peut-il être possible alors que par principe la F.:M.: est une
Fraternité, donc une absence de solitude ? D’ailleurs le même J.-B. Willermoz écrivait aussi : 12 « la
démarche maçonnique authentique est une discipline collective, n’excluant nullement un travail
personnel et intérieur d’approfondissement. » Donc cette voie n’est solitaire que jusqu’à un certain
point seulement, et c’est ce point qu’il faudra tenter de préciser. Un auteur contemporain, Henry
Vincenot, dans Les Etoiles de Compostelle, explique clairement cette interaction qui n’est qu’une
dualité apparente en écrivant : « Alors Maître Gallo dit : Apprends que jamais tu ne travailles seul,
que ton travail est une œuvre commune et que ton œuvre concourt à la construction de la cité
spirituelle parmi les hommes. Et si ton travail est mal fait, il s’oppose au bien commun de tes
compagnons et aussi de tous les hommes tes frères. »

Cela nécessite quelques explications complémentaires. Si nous ne cherchions qu’une connaissance de


nature intellectuelle, alors Willermoz en parlant de voie solitaire aurait tort. Une telle connaissance
pour aboutir exige une participation de tous, chacun en possédant quelque partie. Une telle
connaissance, d’essence rationnelle, peut se transmettre de façon didactique. Mais c’est alors, dans
notre domaine, une connaissance par reflet ; pour faire image : une lumière lunaire reflet de la lumière
solaire. Au vrai, ce n’est pas une connaissance, mais un savoir. Nous ne nous étendrons pas ici sur la
distinction savoir – connaissance, je rappellerai seulement cette phrase de Marie-Madeleine Davy : 13

« Tout savoir qui n’est pas transmué en connaissance engendre l’ombre et l’obscurité. » C’est vers ce
savoir, non négligeable en soi et fort utile, que s’orientent essentiellement d’autres Rites en étudiant
les “Philosophes” et les diverses sciences profanes, même lorsqu’elles sont dites sciences de l’esprit.
Ici se pose une autre question qui me paraît fondamentale : Pour acquérir un tel savoir, avons-nous
besoin de la F.:M.: ? A priori, non, car sa finalité réelle est autre. Ceci est absolument évident
lorsqu’on se réfère au but de l’initiation tel que l’ont exprimé nos fondateurs : « ne perdez pas de vue
comme Maçon, que l’erreur de l'homme primitif le précipita du Sanctuaire au Porche, et que le seul
but de l’Initiation est de le faire remonter du Porche au Sanctuaire. » 14

S’il n’en était pas ainsi, comme l’écrivait J.-B. Willermoz dans ce même document, en quoi la F.:M.:
« aurait-elle alors besoin d'emblèmes, de mystères et d'Initiation? » Je ne pense pas qu’il existe dans
un autre Rite une définition aussi précise de l’Initiation et fixant un but si élevé qu’il en devient quasi
inaccessible. Cette inaccessibilité même doit nous ramener à une nécessaire modestie que nous
rappelait déjà le “ sic transit gloria mundi” du jour de notre réception. Cette “gloire du monde”
concerne tout autant, c’est évident, le domaine matériel que l’intellectuel. Sur ce point particulier de la
distinction savoir – connaissance j’ajouterai seulement ceci : La connaissance immédiate ou
connaissance intuitive s’oppose, globalement, à la connaissance analytique. La première va
directement au cœur de la Chose et la pénètre, se positionne en elle. La seconde tourne autour de la
chose et en réalise une approche progressive, puis l’éclate en éléments qu’elle cerne tour à tour. La
connaissance directe tend vers quelque chose de simple qui est l’approche du parfait ; approche
seulement car cette forme de connaissance impose, pour se transmettre, l’explication ; et cette
explication ne sera jamais achevée. Il y aura explication de l’explication, un travail sans fin dont la
meilleure image serait celle de l’étude talmudique, étude qui repose sur un perpétuel questionnement.
Ceci est parfaitement illustré par cette anecdote plus profonde qu’il n’y paraît et qui correspond
parfaitement à notre démarche : “Comment se fait-il, demanda-t-on un jour à Rabbi Lévi Yitzhak, que

12
Instruction aux Profès, version du Fonds Kloss
13
Marie-Madeleine Davy, Le Désert intérieur, page 181, Albin Michel
14
Instructions secrètes aux Grands Profès, publiées en annexe à La Franc-Maçonnerie Templière et occultiste de Le Forestier. Diverses
éditions

12
dans le Talmud de Babylone, à chaque traité manque le premier feuillet et que tous commencent à la
page 2 ? L’homme d’étude, répondit le rabbi, quel que soit le nombre de pages qu’il aura lues et
méditées, ne doit jamais perdre de vue qu’il n’est point encore parvenu à la première page." 15Jusqu’à
quand cela durera-t-il ? Il doit venir un moment, ainsi que l’affirme Ezra de Gérone, “où s’arrêtent le
questionneur et celui qui répond, car le premier ne peut plus parler et le second ne peut plus méditer
et répondre, car ce que la méditation ne peut saisir pour le méditer, comment sera-t-il saisi par le
discours pour être objet d’entretien entre celui qui interroge et celui qui répond.” Mais ce moment est
lointain et indéfinissable.

11 juillet 1510 Lyon

Ainsi, il convient de se souvenir que s'il est possible d'être instruit par d’autres, ou d’en recevoir un
certain nombre d’éclaircissements, nul n'est dispensé de l'obligation de réaliser soi-même le chemin.
La Voie du RER est donc en partie différente de celle que proposent les autres Rites, elle est de nature
plus essentiellement spéculative. Ceci est d’ailleurs précisé dans le texte cité de la lettre à J. de
Maistre : « Certains Rites, dont le RER, y ont ajouté une dimension plus spéculative » et c’est là ce qui
fait sa difficulté. Le terme spéculatif est à prendre ici, comme toujours dans nos documents fondateurs,
dans son sens ancien de « considérer en esprit, méditer ; il s’oppose à ce qui est pratique ». 16

Ainsi, notre Rite est une voie, je devrais dire une méthodologie, de la connaissance intime, de la
connaissance du cœur, de cette connaissance immédiate, intuitive, qui ne peut advenir qu’après un
long mûrissement. Le cherchant, éveillé par ce que lui a fait vivre le rituel, utilise conjointement
l'intuition et la raison. Mais il doit toujours se souvenir que la logique humaine est pour une large part
individuelle et changeante. En joignant à cela d’une part la définition donnée à l’initiation dans les

15
Martin Buber, Les récits hassidiques ; cité dans Lire aux éclats de M.A. Ouaknin, p. 27
16
Robert, Dictionnaire historique de la langue française

13
Instructions citées, d’autre part les caractères propres au Rite et provenant des Élus Coëns de Martinès
de Pasqually, caractères sous-tendant une théosophie qu’il faudra bien que chacun aborde un jour car
ces caractères ne se retrouvent nulle part ailleurs en Maçonnerie, si l’on fait abstraction de quelques
analogies dans les rituels de Swedenborg, il deviendrait plus juste de dire que le RER a une orientation
spirituelle plus encore que spéculative. Cette dimension figure déjà, pour qui veut bien être attentif,
dans les trois questions d’Ordre offertes à la méditation du candidat lors de son séjour dans la
Chambre de Préparation à chaque étape de sa vie maçonnique.

C’est pourquoi si cette fraternité essentielle, qui règne entre nous et doit nous rendre attentif à l’autre
en étant active, est un indispensable facteur pour l’ouverture du chemin, pour aider à écarter les
obstacles de toute nature, obstacles plus intérieurs qu’extérieurs, elle ne peut qu’apporter un support et
un réconfort ou servir de garde-fou lorsque inéluctablement surgissent les doutes voire la lassitude.
Qui n’a pas un jour ressentis l’un et l’autre ? Cela d’autant plus que, comme le dit avec raison J.-B.
Willermoz, nul ne peut ni donner ni transmettre ce qui provient d’une perception intime et qui de ce
fait ne peut être verbalisé. Ce n’est pas par l’autre, même si l’autre est indispensable pour suivre la
voie sans faillir, mais par soi-même que l’on peut tenter d’envisager l’approche, je dis bien la simple
approche, du but élevé de l’Initiation telle que définie plus haut.

Chacun d’entre nous le sait, toute voie initiatique traditionnelle comprend trois phases essentielles,
comme il y a été fait allusion au début de cet exposé en tentant de répondre à la question : “Quel est
notre devoir en initiant un profane ?” Ces phases peuvent s’exprimer de manière différente et être plus
ou moins développées selon les rites pratiqués, mais elles demeurent toujours intimement
indissociables du chemin conduisant à la réalisation. Pour ce qui est de notre Rite, ces étapes, ou
moyens, mis en œuvre par son architecture interne peuvent se définir par :

• la praxis, méthode rituelle destinée à conduire l’initié à la maîtrise de soi et au détachement


par l’élimination ou la transformation des passions ;
• la physiquenia, ou contemplation de la nature divine intangible à travers l’impermanence des
êtres et des choses ;
• la theosis, ou déification, c'est-à-dire la réintégration de la ressemblance perdue, et l’union
intime avec le Principe suprême

Pour cela nos rituels nous fournissent les méthodes et les outils nécessaires, il ne tient qu’à nous de les
y voir et de s’en saisir. Cela ne requiert que notre désir, notre volonté et notre attention.

En effet, souvenons-nous du jour de notre réception d’A.: Ce jour là, lors de la cérémonie, nous
passons en théorie par trois états successifs : Cherchant, Persévérant et Souffrant. L’Instruction morale
d’A.: : précise : « Ces trois états de Cherchant, de Persévérant et de Souffrant sont tellement liés dans
l’homme de désir qu’on a cru devoir vous les rappeler ensemble en vous les retraçant par chacun de
vos voyages. » C’est là une démarche ternaire comme tout dans ce Rite. Ces trois états, qui nous sont
alors présentés comme successifs, ne sont en vérité pas dissociables et demeureront étroitement
imbriqués en nous tout au long de notre vie maçonnique. Il faut y insister, car même si cela n’est pas
explicitement dit et répété, chaque grade en portera la trace, n’y existe-t-il pas à chaque fois trois
voyages ? C’est là aussi l’une des spécificités du RER. L’enseignement y est donné en une sorte de
spirale qui fait que chaque grade, tout en rappelant le précédent, contient une large part du suivant ;
mais qu’on ne peut vraiment le percevoir que lorsqu’on a atteint ce nouveau grade. Qui plus est, le
troisième état, celui de Souffrant, contrairement à ce que beaucoup pensent, est celui dans lequel nous
demeurerons, si nous prenons vraiment conscience de notre recherche et ne nous laissons pas aller à de
vaines et fugaces satisfactions. Souvenez-vous de ce qui vous fut dit au jour de votre réception dans
l’Ordre : « Car celui qui, ayant aperçu la vérité, se refuse aux travaux nécessaires pour l’atteindre, est
plus malheureux que ceux qui ne l’ont point vue ». Le discours, tout en insistant sur la nécessité du
travail, joue insidieusement mais sciemment sur les termes “apercevoir” et “voir”… A cela j’ajouterai
ce que nous rappelle cruellement l’Ecclésiaste en I, 18 : « Qui augmente sa connaissance augmente sa

14
souffrance » Dure parole, car par nature nous n’aimons guère augmenter notre souffrance ! Il ne s’agit
donc pas de trois états de nature impermanente, de trois états instantanés pouvant se résoudre
successivement, mais d’un état d’être unique de composition trinitaire complexe et exposés trois fois.
Mais au vrai, ces trois états correspondent à une triple voie qu’évoquaient déjà les “cherchants” des
premiers siècles de notre ère et dont ont amplement parlé les penseurs médiévaux, 17 soit : une voie
purgative, une voie illuminative, une voie unitive, ou peut-être plus exactement une succession de ces
trois voies étroitement imbriquées dans la démarche initiatique. Et ce cheminement, quelles qu’en
puissent être les difficultés, nous l’avons librement choisi. L’on vous a d’ailleurs posé la question à
plusieurs reprises : « Est-ce bien librement, Monsieur, que vous faites cette démarche ? » Et chaque
fois vous avez répondu : Oui !

La voie purgative est celle qui est destinée à nous débarrasser des habitudes acquises et d’une fausse
tranquillité d’esprit résultant d’une certaine autosatisfaction. Cette autosatisfaction, bien naturelle, est
un phénomène bloquant. Elle s’oppose à toute progression. Ce n’est pas en vain que nous avons été
dépouillés de nos métaux puisque l’on nous a représenté l’irréalité fugitive des gloires du monde dès
les premiers instants de notre vie maçonnique. Ces gloires sont aussi des métaux, mais des métaux
dont il est très difficile de se défaire, d’autant plus difficile que toute notre éducation et notre vie
sociale tend à nous les faire rechercher et nous donne le goût de nous en parer. Ne peuvent être
pénétrés, au plus profond de leur être, par cette lumière initiatique, que ceux qui l’aiment pour elle-
même, dans le désintéressement absolu, sans volonté de puissance et sans chercher l’acquisition de
pouvoirs, sans désir de jouir d’une vaine gloire et de vains honneurs. Faute de cela il n’y aurait ni
dissolution des ténèbres du monde extérieur, celui que nous appelons profane, ni régression et
clarification de l’ego, ni purgation des passions, mais au contraire un risque de perversion négative.
Souvenez-vous de ce que vous a un jour dit le V.: M.: : « … celui qui aime la vérité désire de la
connaître, il la cherche avec ardeur; il persévère à la chercher. Mais ce n’est point encore assez.
L’homme qui veut la découvrir doit rompre les liens qui l’enchaînent à lui-même, écarter les illusions
qui le trompent, vaincre courageusement les obstacles. » Peut-on être plus clair ?

N’oublions jamais que la Lumière divine révélée et transmise symboliquement par l’Ordre doit
rencontrer la lumière intérieure de l’homme de désir orienté vers son perfectionnement, vers la prise
de conscience de sa nature véritable, vers la découverte de son être réel. Cette lumière existe à l’état
latent en chacun d’entre-nous, c’est l’étincelle divine dont nous parlent les mystiques rhénans. Donc,
la communication de la lumière initiatique ne peut devenir effective que si la lumière intérieure y
répond. Et c’est lorsqu’elle commence d’y répondre, les scories accumulées et les écailles 18 couvrant
notre vision disparaissant progressivement – c’est là la voie purgative –, que peut s’ouvrir la voie
illuminative qui nous rapprochera de nos racines. Alors la compréhension commence de se faire non
plus intellectuellement mais par une perception immédiate, une perception qui à un certain niveau,
comme je l’ai déjà dit, ne peut plus être verbalisée ; les mots étant impuissants à rendre l’ineffable.
Quant à la voie unitive dont nous pouvons percevoir l’amorce, mais qui demeurera une potentialité…,
sa nature nous a été discrètement indiquée au jour de notre réception dans l’Ordre, lorsque le V.: M.:
nous a dit d’une voix forte : « L’homme est à l’image immortelle de Dieu, mais qui la reconnaîtra s’il
la défigure lui-même ! » Comment la suggérer avec plus d’évidence ? Dans cette seule sentence il y a
tout le schéma spirituel du RER, celui que nous nous somme librement engagés à suivre.

Dans l’Ordre maçonnique qui est le nôtre, ces trois voies ne se précisent vraiment, sans toutefois se
dévoiler complètement ; bien que plus clairement au quatrième grade de notre Régime, lors de la
cérémonie de réception. Ce grade est une véritable charnière entre la Maçonnerie symbolique et
l’Ordre Intérieur qui est d’une toute autre nature. Encore faut-il qu’en ces instants l’impétrant ait
parfaitement assimilé l’essence de ce qui lui fut transmis dans les trois grades précédents et soit
particulièrement attentif et animé de ce “vrai désir” dont parle sans cesse notre Rite. Il lui est alors dit,
et je ne révèle pas là un bien grand secret de ce grade, “ Ici cesse la voie des symboles” et on lui

17
Voir par exemple Grégoire de Naziance, Thomas d’Aquin, Hugues de Balma, les Victorins, etc
18
J’utilise ce terme “écailles” en relation avec les klipoth de la tradition zoharique, écailles qui s’épaississent lorsquel’homme se laisse aller
à son “mauvais penchant” (yetser hara) délaissant son “bon penchant” (yetser tov)

15
précise qu’il existe encore “de plus grandes choses” Cela signifie clairement qu’il n’y aura plus, à
partir de ce moment, d’aide figurative, véritable bâton de pèlerin ; que l’on va dès cet instant se
trouver face à tout autre chose sans plus disposer de ce sur quoi nous avions pris l’habitude de nous
appuyer, que la disparition de ces supports va exiger une implication personnelle et un travail accrus,
que l’on va désormais cheminer dans une solitude plus grande sur un nouveau sentier. Aussi je le
répète, car il faut s’en convaincre, doit-on avoir vraiment intégré par une lente maturation tout ce qui a
précédé, tout ce qui nous a été transmis dans les trois premiers grades, pour vivre avec profit cette
nouvelle étape, pour y trouver autre chose que des mots ou de simples idées générales qui par elles-
mêmes ne peuvent porter de fruits. Vouloir aller trop vite ne peut conduire qu’à l’échec et à des
frustrations. L’entrée dans l’Ordre Intérieur deviendrait alors dénuée de sens, elle ne serait plus que
pâle apparence. N’est-il pas écrit en Apocalypse 3,5 : “Celui qui vaincra sera ainsi revêtu de
vêtements blancs” Celui-là et celui-là seul… Encore faut-il être “vainqueur”…Pour conforter ce que je
viens de dire, je vous citerai une phrase de Louis-Claude de Saint-Martin extraite de sa 10° instruction
aux hommes de désir ; 19 il fut membre de notre Ordre, travailla en relation étroite avec Willermoz et
assuma le secrétariat de Martinès de Pasqually : « Un sujet a aujourd’hui un grand désir et demain ne
l’a plus du tout, parce qu’il a changé de pensée. Il est donc nécessaire de lui faire éprouver des délais
avant de l’admettre pour connaître s’il a un vrai désir. S’il l’a, son désir augmente en raison des
difficultés, et, s’il ne l’a pas, les difficultés l’anéantissent, ce qui est toujours un très grand bien : 1°
C’est un homme de désir superficiel : s’il était entré dans l’Ordre, il aurait fait un mauvais sujet ;
c’est donc un grand bien qu’il n’y entre pas ; 2° si son désir est vrai, le temps ne fait que l’augmenter ;
3° les différents obstacles qu’on lui oppose et qu’il surmonte lui donnent un mérite de plus, qui a sa
récompense. »

En espérant avoir pu retenir votre attention, et pour schématiser ce que je tente d’exprimer depuis le
début de cet exposé, en guise de conclusion temporaire à cet aperçu reflétant ma conception
personnelle du Régime Rectifié, mais que chacun d’entre vous se devra de compléter par lui-même en
fonction de sa propre personnalité, de sa sensibilité et de son vécu, la complexité et la difficulté de
notre démarche fait que cette fraternité dans laquelle nous nous trouvons, dans laquelle nous nous
sommes volontairement insérés et engagés, est indispensable dans la voie purgative, précieuse dans la
voie illuminative puis en arrière plan dans la voie unitive dont l’accès, bien que théoriquement ouvert,
demeure virtuel. Ces trois voies réunies constituant celle du RER, il en résulte que pour suivre notre
chemin il nous faut, tout en activant “le feu de notre désir ”, faire nôtre, en se défiant de toute lassitude,
l’antique maxime monastique : “Ora et labora” où “ora” implique la méditation. Déjà le Mutus liber,
bien que traitant d’un tout autre domaine qui est totalement étranger à notre Rite, offrait cette autre
sentence nous correspondant fort bien :

Ora Lege Lege Lege Relege Labora et Invenies


Prie, Lis, lis, lis, relis, travailles et tu trouveras

Donc, Mes B.: A.: F.:, il nous faut être conscient que notre démarche et notre recherche, selon ce Rite
complexe et difficile, mais particulièrement riche et vivifiant, ne sauraient avoir de fin, quel que soit le
niveau que nous puissions penser avoir atteint.

Roland Bermann

Notre Dame aux Trois Lys, Orient de Paris


Geoffroy de Saint-Omer Orient de Bruxelles
Ars Macionnica Orient de Bruxelles

19
Publiées par Robert Amadou en 1979 – collection Martiniste, Cariscript

16
Annexe

Sur la demande du nom de baptême

La demande faite au candidat de son nom de baptême et de celui de son père lors de la cérémonie de
réception a souvent été considérée comme une “dérive” de notre Rite par comparaison à ce qui existe
ailleurs. Nous devons une fois de plus nous replacer dans le contexte exact de l’époque où furent
rédiger les rituels, seule façon de comprendre ce qu’il en est. Il ne faut pas considérer cette demande
comme une vérification d’appartenance à la religion chrétienne ; cette vérification sera faite
ultérieurement dans le courant de la vie maçonnique de l’impétrant, mais comme un moyen de
vérification de son état civil. Reconnaissons d’ailleurs que s’il en était autrement, l’exigence du nom
de baptême du père reviendrait à exclure ipso facto tous les convertis, ce qui serait un non-sens absolu.
Ce mode de vérification est clairement précisé dans les Recès du Convent de Wilhelmsbad où l’on
trouve ceci :

“… enjoignons aux Loge de ne recevoir aucun Candidat au dessous de 21 ans accomplis,et prouvé par
extrait baptistaire 20 , … ”

Il faut savoir que la preuve probante de l’identité et de l’âge d’un candidat ne pouvait s’obtenir que via
les registres paroissiaux qui seuls rendaient compte de l’état civil. En effet, lorsque Willermoz et les
autres fondateurs du RER écrivent, nous sommes encore dans “un royaume très chrétien” où l'état-
civil est délégué au clergé, et cela depuis un important édit de François Ier, rendu en 1539. En voici les
articles principaux où nous soulignons une phrase clef de l’article 51 :

Article 50

Les sépultures doivent être enregistrées par les prêtres, qui doivent mentionner la date du décès.

Article 51

Aussi sera fait registre, en forme de preuve, des baptêmes, qui contiendront le temps et l’heure de la
naissance, et par l’extrait dudit registre, se pourra prouver le temps de majorité ou minorité, et fera
pleine foi à cette fin.

Article 110

Afin qu’il n’y ait cause de douter sur l’intelligence des arrêts de nos cours souveraines, nous voulons
et ordonnons qu’ils soient faits et écrits si clairement, qu’il n’y ait ni puisse avoir ambiguïté ou
incertitude, ni lieu à demander interprétation.

Article 111

Nous voulons donc que tous arrêts, et toutes autres procédures, soient prononcés, enregistrés et
délivrés aux parties en langage maternel français et non autrement.

20
En France, c'est, depuis la Révolution, un extrait du registre d'état-civil.

17

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