Flore Laurentienne
Flore Laurentienne
FRÈRE MARIE-VICTORIN, D. Se
D e l'Institut des Frères des Écoles Chrétiennes,
Membre de la Société Royale du Canada,
Directeur de l'Institut Botanique de l'Université de Montréal.
FLORE
LAURENTIENNE
I L L U S T R É E D E 22 C A R T E S E T D E 2800 D E S S I N S
PAR
F R E R E A L E X A N D R E , L. Se.
D e l'Institut des Frères des Ecoles Chrétiennes,
Professeur de Biologie au Mont-Saint-Louis.
IMPRIMERIE D E LA S A L L E
949, RUE CÔTÉ, 949
M O N T R É A L
193 5
Droits réservés,
Canada, 1935,
par
Les Frères des Écoles Chrétienne
TABLE DES MATIERES
PAGE
PREFACE 1
GLOSSAIRE 859
ERRATA 917
CARTE PHYTOGÉOGRAPHIQUE DU Q U É B E C (CANADA)
Nature de l'ouvrage.
Ce livre n'est pas la flore complète du Québec dans ses limites politiques actuelles. Encore
moins est-il la flore critique définitive de notre vaste province. La flore critique et complète
du Québec est une œuvre de longue haleine, commencée sans doute, mais dont l'achèvement
ne sera possible qu'au moment où la génération actuelle de botanistes aura terminé l'exploration
du territoire, dressé l'inventaire, et mis au point un grand nombre de questions de détail.
La Flore laurentienne ne prétend être qu'un ouvrage de commodité destiné à offrir aux
Canadiens français un moyen d'acquérir une connaissance générale, mais aussi exacte que pos-
sible, de la flore spontanée de leur pays. L'ouvrage s'adresse tout d'abord aux professeurs des
trois ordres de l'enseignement, qui tous ont le devoir de comprendre la nature dans ses mani-
festations d'ensemble, dans ses subordinations, et dans ses processus de détail. Elle s'adresse
ensuite aux élèves de l'enseignement primaire supérieur, à ceux de nos collèges et de nos couvents,
aux étudiants des Facultés. Ces derniers y trouveront non pas un manuel, ni un substitut
du professeur, mais un instrument pour cultiver une partie essentielle du champ de la Botanique.
La salle de cours et le laboratoire apprennent à connaître la plante en général, sa structure et
ses fonctions, son origine, son développement et sa fin. Cet ouvrage conduira sur le vaste
théâtre de la Biosphère où, dans le décor de la plaine et de la montagne, du lac et de la forêt,
naissent et meurent, vivent et luttent, s'opposent ou s'allient, la multitude ordonnée des plantes.
La Flore laurentienne est donc avant tout un recensement des plantes croissant sans cul-
ture dans la province de Québec, le Livre d'Or de nos richesses végétales naturelles. Sans vou-
loir faire œuvre d'érudition, nous nous sommes appliqué à mettre ce traité au niveau de la Systé-
matique moderne, en rejetant les classifications notoirement surannées, et en tenant compte
des successions phylogéniques des grands groupes, indiquées par les travaux récents de Paléo-
botanique et de Morphologie comparée. Reconnaissant ensuite les répercussions immenses
des travaux biologiques modernes, — particulièrement dans les domaines de la Cytologie et
de la Génétique, — sur la Systématique, nous avons cherché à garder le contact avec ces diverses
disciplines, n'hésitant pas, en certains cas, à appliquer, dans cet ouvrage de vulgarisation, des
notions non encore communément raccordées à la Systématique traditionnelle, restée pour
une large part au stade linnéen et prébiologique.
Territoire.
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FLORE LAUREN TIENNE
FLORE L A U R E N T I E N N E
le caractère artificiel du territoire ainsi délimité, territoire qui n'est pas une division floristique
naturelle de l'Amérique du Nord, mais plutôt une enclave englobant la partie du Québec la plus
densément peuplée et la plus accessible. Nous élaguons donc l'immense territoire de l'Ungava,
encore peu connu, et pratiquement fermé à l'homme. Pour d'excellentes raisons, nous élaguons
aussi à l'est le vaste pays qui comprend la Côte-Nord, la Minganie, Anticosti et la Gaspésie.
Ces régions sont relativement peu habitées, et, en grande partie, difficiles d'accès; elles con-
tiennent une flore litigieuse qui aurait augmenté considérablement le volume de cet ouvrage
sans augmenter beaucoup son utilité, sauf pour quelques rares spécialistes; enfin les éléments
particuliers de cette flore sont souvent étroitement cantonnés dans les parties les plus sauvages
et les plus inaccessibles, où ils n'ont guère été récoltés que par leurs découvreurs. Cependant,
malgré les limites qu'il fallait indiquer, l'ouvrage pourra parfaitement servir à identifier la presque
totalité des plantes que les résidents de la Côte-Nord et de la Gaspésie peuvent vraisemblable-
ment rencontrer.
Sauf pour certains genres polymorphes, où elles sont à peu près nécessaires, les longues
descriptions n'ont guère d'utilité pratique. Aussi, dans le présent ouvrage, les descriptions
sont-elles réduites aux traits saillants et différentiels, aux détails caractéristiques qui permet-
tent de distinguer la plante sur le terrain ou en herbier. La taille, par sa répercussion sur la
forme extérieure et sur la structure interne, a une grande importance taxonomique. Aussi
avons-nous fait largement usage des caractères dimensionnels, employant le système métrique,
sauf parfois dans les notes
encyclopédiques où certaines
unités non métriques ont été
maintenues pour des raisons
obvies.
A la suite de la descrip-
tion, l'habitat est briève-
ment indiqué. Dans une
flore locale, les caractères
d'habitat sont toujours im-
portants, et ils suffisent par-
fois à eux seuls à faire dis-
tinguer certaines espèces,
difficiles à séparer. A cause
de la grande étendue du CARTE B.—Division du territoire en trois unités artificielles : ouest, centre, est,
territoire et de la diversité unités rapportées à l'axe physiographique du pays : le Saint-Laurent,
des climats, les données phé-
nologiques ne peuvent être que très générales, indiquant seulement si la floraison est printa-
nière, estivale ou automnale.
La distribution géographique particulière des espèces à travers notre immense territoire
est encore fort mal connue, aussi ne nous a-t-il été possible de l'indiquer que par des traits gé-
néraux. La Carte B indique comment nous entendons les désignations, vagues en elles-mêmes :
ouest du Québec, centre du Québec, est du Québec. La partie du pays désignée sous le nom
de « Cantons de l'Est », comprenant un groupe de comtés entre le Saint-Laurent et la frontière
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F L O R E L A U R E N T I E N N E
Le système de classification employé dans cet ouvrage est celui qui a été développé p a r
WETTSTEIN dans la troisième édition de son Handbuch der systematischen Botanik (1924).
L'ordonnance des grands groupes: Ptéridophytes, G y m n o s p e r m e s , Angiospermes dicotyles,
Angiospermes monocotyles, vise à traduire la complexité croissante des organismes vascu-
laires, et leur ordre d'apparition sur le globe. La position des Monocotyles à la fin de la série
reflète l'opinion de la majorité des botanistes modernes en faveur de la dérivation des M o n o -
cotyles à partir des Dicotyles ligneuses, bien que l'on ne connaisse rien de précis sur l ' a n t i q u i t é
relative de ces deux groupes qui se t r o u v e n t déjà côte à côte, constitués comme à présent, dès
le Crétacé inférieur.
Nous avons résumé en un tableau, au d é b u t du traité, les grandes lignes de cette classi-
fication, pour en exposer la s t r u c t u r e naturelle. M a i s des clefs analytiques établies d ' a p r è s
la classification naturelle seraient d ' u n m a n i e m e n t difficile, p o u r ne pas dire impossible, à cause
de l'emploi de caractères parfois fugaces, ou qui ne sont pas concomitants. Aussi avons-nous
voulu donner de préférence une clef analytique des familles entièrement artificielle, établie du
simple point de vue de la commodité.
Pour la nomenclature, nous avons suivi aussi exactement que possible les Règles inter-
nationales de la Nomenclature botanique, telles qu'édictées p a r le Congrès de Vienne ( 1 9 0 5 )
et modifiées par les Congrès subséquents. A la d a t e de la mise sous presse du présent ouvrage,
les modifications apportées par le Congrès de C a m b r i d g e ( 1 9 3 0 ) n ' é t a i e n t pas encore officielle-
ment publiées, et nous n'avons pu en tenir compte. Nous ne sommes pas e n t r é d a n s le détail
des discussions nomenclatorielles techniques, ni d a n s le m a q u i s de la s y n o n y m i e . Des s y n o -
n y m e s n ' o n t été cités, en fin de description, que d a n s les cas où ces binômes sont employés c o m m e
noms valides dans les flores encore en usage c o u r a n t . Malgré l'importance biologique des va-
riations de l'espèce, il nous a p a r u préférable d a n s u n ouvrage élémentaire sur la flore l a u r e n -
tienne, de nous en tenir a u concept d'une espèce large et indivise, et de ne pas décrire les v a r i é t é s
et les formes. Il a cependant été fait exception pour quelques cas particuliers, où la m e n t i o n
en n o t e d'une variété m e t t a i t en évidence un fait biologique ou p h y t o g é o g r a p h i q u e i m p o r t a n t .
La nomenclature binaire latine, fixée p a r des règles internationales, suffit aux besoins
des botanistes professionnels, m a i s les amateurs, les adeptes d ' a u t r e s sciences, et en général
tous ceux pour qui la Botanique est u n objet secondaire d ' é t u d e , réclament d'ordinaire avec
insistance des noms français. Ces noms français peuvent être soit des n o m s vulgaires, soit
des noms d'origine scientifique, ou à tournure scientifique.
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F L O R E L A U R E N T I E N N E
à apprendre. C e p e n d a n t ils ont une base, des cadres, puisqu'ils peuvent distinguer générique-
m e n t le Sapin, le Pin, le Chêne, le Tilleul, le C h a r m e , le Hêtre, l'Orme et quelques autres arbres.
D e v a n t le Tilleul, le H ê t r e , le C h a r m e , dont ils ne voient q u ' u n e seule espèce, proche p a r e n t e
de celle qu'ils connaissaient en France, ils infèrent une analogie de propriétés et de qualités
utiles. Mais la situation est t o u t a u t r e pour les Conifères qui, à cause de leur abondance et
de leur utilité, i m p o r t e n t beaucoup plus au point de vue du colon. Les Pins du nouveau m o n d e
sont fort diversifiés et différents de ceux de France, à la fois p a r le feuillage et par le cône. Le
Tsuga américain est u n objet nouveau. L'Épicéa e t le Mélèze, plutôt alpins ou subalpins en
France, sont inconnus de ces gens venus pour la plupart des provinces de basse altitude.
Nous assistons alors à un processus dont l'histoire de la science doit tenir compte. Des
h o m m e s sans aucune initiation scientifique, explorant les ressources forestières d'un n o u v e a u
continent dans u n but purement utilitaire, reconnaissent la nécessité d'un schéma quelconque
de Botanique systématique; ils deviennent p a r là même, sans le savoir et sans le vouloir, des
pionniers de la science.
N o t r e pionnier est donc d'abord u n bûcheron pour qui u n arbre est a v a n t t o u t une pièce
de bois. Les caractères de la classification qu'il v a choisir seront donc tirés de la couleur du
bois, de sa durée, de sa dureté, de la couleur e t de l'apparence extérieure de l'écorce. La qualité
et la blancheur du bois de notre Pin à cinq feuilles ont dû frapper d'abord les ancêtres qui o n t
nommé cet a r b r e : le P i n blanc. Ce nom vernaculaire indéracinable s'est conservé j u s q u ' à ce
jour en Amérique, aussi bien anglaise que française, malgré la bourde que commit L I N N É en
fabriquant le binôme absurde et intraduisible de Pinus Strobus. Les noms de Pin rouge et de
Pin gris sont de formation semblable, comme d'ailleurs ceux de Bois blanc, Orme blanc, Chêne
blanc, Chêne rouge, etc. Les botanistes professionnels ne firent souvent que latiniser les noms
vernaculaires déjà en usage depuis u n siècle, comme dans le cas du Quercus alba (Chêne b l a n c )
et du Quercus rubra (Chêne rouge).
Une Systématique spéciale des arbres forestiers s'est donc constituée dès les premiers
t e m p s de l'occupation française. Cette Systématique populaire, qui est peut-être ce qu'il y a de
plus franchement autochtone d a n s t o u t notre folklore canadien, ne s'est pas perdue. M a l g r é
TOURNEFORT et L I N N É , malgré M I C H A U X , malgré les progrès de l'instruction à tous les degrés,
elle a continué d'exister, très élaborée, très complexe, et peut-être plus intrinsèquement j u s t e
q u ' o n ne le croit. Sans doute, la base de cet édifice systématique n'est pas celle de la B o t a n i q u e
classique puisqu'elle ne tient pas compte, a u moins généralement, de la fructification. La
conception de l'espèce qu'elle implique obscurément n'est pas celle de L I N N É , ni celle de J O R D A N ,
ni celle des botanistes d'aujourd'hui. Elle contient même u n élément d y n a m i q u e fort curieux;
p a r exemple il semble bien que le Sapin rouge et le Sapin blanc de nos gens, comme p r o b a b l e m e n t
aussi l'Épinette grise et l'Épinette jaune, ne soient que deux é t a t s successifs des mêmes indivi-
dus.
Mais une fois ces divergences fondamentales admises, il reste que la Systématique fores-
tière paraclassique, créée par les bûcherons canadiens-français, basée tout entière sur les carac-
tères du bois et de l'écorce, témoigne d'une é t o n n a n t e acuité d'observation. P o u r l'ingéniosité
des ségrégations, la sûreté des distinctions, la finesse des identités, elle a peu à envier à la Systé-
m a t i q u e proprement scientifique, qui toujours oscille sur la base étroite et contestable d u pos-
t u l a t anthocarpologique.
Quelque intéressants qu'ils soient aux divers points de vue du folklore o n o m a s t i q u e ,
de l'histoire de la science et de l'histoire tout court, les noms vernaculaires canadiens-français
sont en nombre si restreint, relativement au n o m b r e total des espèces, qu'ils ne sauraient suffire
aux besoins de la langue polie, de la littérature et de l'art, du commerce et de l'industrie. Mais
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FLORE LAURENTIENNE
l'attribution de noms techniques français pour les espèces laurentiennes se heurte à l'épineux
problème, proprement colonial, de cerner les contours biologiques infiniment nuancés d'un
vaste pays extra-européen au moyen d'un rigide instrument linguistique, ajusté par des siècles
d'usage aux contours biologiques d'un milieu européen, limité et combien différent.
Les personnes étrangères aux sciences naturelles, et en particulier au fait primordial de
la profonde ségrégation géographique des faunes, et des flores vasculaires, ont peine à croire
que la majorité de nos plantes laurentiennes n'ont pas de noms français. E t cependant, rien
n'est plus exact. Beaucoup de nos espèces appartiennent à des genres strictement américains,
dont la langue française, et par suite le dictionnaire, n'ont jamais pu s'occuper. D'ailleurs,
ces espèces sont inconnues du grand public canadien-français, même cultivé. On ne crée pas
de vocables pour des objets dont on ignore jusqu'à l'existence. La seule ressource de l'auteur
de la Flore laurentienne était donc de franciser le moins mal possible, en évitant les contresens,
et les assonances les plus désastreuses, des noms scientifiques souvent aussi dépourvus de sens
que d'euphonie, noms qu'il nous faut cependant accepter, faute d'un meilleur système, pour
circuler au travers des quelque '100,000 plantes connues dans le monde.
Cette transposition, dans la langue française, de la nomenclature binaire latine, a parfois
été appelé en France, avec une intention péjorative, « nomenclature bourgeoise », et on s'est
élevé contre ce que l'on considérait comme un travestissement grotesque et inutile. En ce pays
de vieille civilisation, le peuple a hérité d'un folklore botanique très riche dans sa partie ono-
mastique, ainsi qu'on peut s'en rendre compte par le grand travail d'Eugène ROLLAND sur la
Flore populaire. On peut probablement se dispenser, en France, de créer une « nomenclature
bourgeoise », double emploi certain d'une très riche série de noms vernaculaires. Mais les
conditions au Canada français sont très différentes et nous avons cru devoir aider « l'honnête
homme » à parler des plantes de son pays dans sa langue de tous les jours.
Un dernier mot pour dire que notre condition de pays bilingue nous a paru exiger l'in-
dication de noms anglais. Cette liste de noms anglais n'est qu'un complément à l'onomastique
de la Flore laurentienne et elle n'a aucune prétention à l'autorité. Nous n'avons fait que choisir,
parmi les noms déjà publiés ou employés pour chaque genre ou espèce, celui qui nous a paru
le plus général ou le plus intéressant.
Illustration..
L'illustration complète d'une flore est une entreprise de grande envergure qui ne peut
être menée à bien que par un exceptionnel concours de circonstances: collaboration du botaniste
et de l'artiste, accumulation énorme de matériaux et de documents, appui financier. Très heu-
reusement, ce concours a pu être réalisé pour l'élaboration de la Flore laurentienne, dont l'illus-
tration soignée doublera l'utilité. Un effort a été fait pour figurer, au moins partiellement, à
peu près toutes les plantes du territoire; seules ont été omises quelques espèces affines d'autres
espèces, et n'en différant que par des caractères difficiles à rendre par le dessin: couleur, pu-
bescence, consistance, etc. On a généralement cherché à mettre en évidence les caractères
différentiels, plutôt qu'à répéter sans fin les formes similaires des espèces d'un même genre.
Ces caractères sont généralement observables à l'œil nu; dans certains cas, la loupe devra être
employée, et plus rarement le microscope. Les dimensions apparaissant dans le texte, il n'a pas
été tenu compte des proportions dans l'illustration.
Le but des figures de la Flore laurentienne étant uniquement de faire connaître les plantes,
l'illustrateur a adopté une manière volontairement sobre et s'en est tenu aux lignes essentielles.
Les dessins ont généralement été exécutés d'après nature, en employant soit des croquis faits
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F L O R E L A U R E N T I E N N E
Notes encyclopédiques.
Adopter, délimiter, décrire en les dépouillant de leur cortège de variétés, de larges espèces
linnéennes contrôlées a u t a n t que possible par des critères éprouvés, constitue la p a r t i e essentielle
de ce travail. Mais sur ce squelette qu'est généralement une flore, nous a v o n s voulu m e t t r e
un peu de chair et de peau, faire courir dans ce g r a n d corps les effluves de la vie. Les espèces
végétales sont situées dans u n système d'antécédences temporelles et spatiales. Le cycle v i t a l
de chacune d'elles est une histoire qui se raconte, et toutes ces histoires s'enchaînent, s'engrè-
nent, s'équilibrent dans la grande mosaïque que composent à la surface de l'exceptionnelle pla-
nète Terre, les innombrables vies végétales et animales. Enfin, les plantes ont mille p o i n t s
de contact avec l'homme, s'offrant à lui, l'entourant de leurs m u l t i t u d e s pour servir ses besoins,
charmer ses yeux, peupler ses pensées: elles ont en u n mot u n e immense valeur humaine.
F o r t e m e n t pénétré de ces points de vues, n o u s avons cru b o n de briser avec u n e t r a d i t i o n
plusieurs fois séculaire qui veut que les flores soient des catalogues nus, égalitaires, froidement
descriptifs, et nous avons ajouté à la suite des espèces, toutes les fois que cela a été possible,
des notes exposant les faits bio-écologiques, les relations phytogéographiques ou phylogéniques,
l'élaboration des substances actives, les particularités onomastiques, les éléments e s t h é t i q u e s ,
les n o m b r e s chromosomiques (voir a u glossaire le symbole « n = » ) , les usages, etc. E n indi-
quant, le cas échéant, les usages médicaux, nous voulons c e p e n d a n t m e t t r e le lecteur en gar-
de en lui rappelant que nombre de ces usages s o n t sujets à caution et n ' o n t pour base que
l'ignorance, la superstition et l'indéracinable doctrine moyenâgeuse des signatures.
Ces notes diverses sont le fruit de nombreuses observations personnelles, et du dépouille-
ment d'une immense bibliographie d o n t il n ' a p a s été possible d'indiquer les sources d a n s u n
ouvrage de cette sorte. Il est bien e n t e n d u que la connaissance de la flore d ' u n e province quel-
conque de l'Amérique, e t l'ouvrage qui expose cette connaissance, r e p r é s e n t e n t la synthèse des
t r a v a u x et des publications d'une m u l t i t u d e de botanistes v i v a n t s et m o r t s ; mais l'indication
complète des sources é t a n t ici u n e impossibilité physique, il a p a r u préférable de les o m e t t r e
systématiquement. N o t r e but en écrivant ces n o t e s a été d'abord de faire de la Flore lauren-
tienne quelque chose de vivant et d ' h u m a i n . II a été ensuite d'inviter le b o t a n i s t e a m a t e u r
et l'étudiant à contrôler les observations, à refaire les expériences, à ajouter a u capital de con-
naissances, à contribuer pour leur p a r t à dégager la vraie figure biologique de c h a c u n e des p l a n t e s
qui vivent sous n o t r e ciel.
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FLORE L A U R E N T I E N N E
Remerciements.
En fermant cette préface, l'auteur veut offrir ses remerciements les plus sincères à tous
ceux qui, de près ou de loin, lui ont prêté leur appui et ont rendu possible la mise au jour de
la Flore laurentienne.
Sa pensée va tout d'abord à une collaboration d'un ordre particulier et très intime, qui
durant trente années l'a inspiré et soutenu dans son labeur scientifique. Homme de large culture,
botaniste eminent, observateur de premier ordre, le F. ROLLAND-GERMAIN, f.e.c, a été associé
à toutes les explorations botaniques de l'auteur. Sa résistance physique, son dévoûment infa-
tigable, sa profonde connaissance des identités et son remarquable esprit critique ont contribué
largement au succès des travaux sur le terrain qui ont préparé la publication du présent ouvrage.
Nous devons en particulier au F. ROLLAND-GERMAIN, le plus clair de nos connaissances actuelles
sur la flore de l'Ottawa inférieur. Si ce livre vaut quelque chose, le F. ROLLAND-GERMAIN doit
en partager le mérite.
L'illustration complète d'une flore demande, de la part de celui qui entreprend de l'exécuter,
une grande puissance de travail, une science étendue de la Botanique, un goût affiné et sûr, et
une forte connaissance de la technique de l'illustration scientifique. Tous ceux qui ouvriront
la Flore laurentienne jugeront d'un coup d'œil que ces diverses exigences se sont trouvées ici
heureusement réunies, et que si cet ouvrage atteint le but qu'il se propose, il le devra en grande
partie à son illustration. Pour cette indispensable collaboration et cette splendide réalisation,
l'auteur offre à son confrère et ami, le F. ALEXANDRE, f.e.c, le distingué professeur de Biologie
du Mont-Saint-Louis, ses plus vifs remerciements.
Préparé par de longues années de travaux d'approche, ce livre s'est définitivement élaboré
à l'Institut Botanique de l'Université de Montréal. Ici, également, l'auteur a bénéficié de
très précieuses collaborations. MM. les Professeurs Jules BRTJNEL et Jacques ROUSSEAU ont
fourni un apport matériel, le premier traitant le très litigieux genre Crataegus, le second les
genres Astragalus, Viola, et la Clef artificielle des plantes du Québec. M. BRUNEL a aussi assu-
mé, en collaboration avec M. Emile JACQUES, conservateur de l'herbier de l'Institut Botanique,
la préparation des manuscrits, la vérification de la documentation, la correction des épreuves et
la surveillance de l'impression. Il a apporté à cette fastidieuse et délicate besogne l'inestimable
appoint de son esprit critique, de sa connaissance profonde de la bibliographie botanique, et
dix années d'expérience de la publication scientifique. M. Jacques ROUSSEAU a collaboré à
la correction définitive du manuscrit, et fourni de précieux matériaux, fruit de ses explorations
dans diverses parties du Québec. Mlle Marcelle GAUVREAU, bibliothécaire de l'Institut Bota-
nique, a collaboré activement aux recherches bibliographiques, à la correction des épreuves
et à la préparation du glossaire et des index. Mlles Alice KÉROACK et Dolores DUBREUIL ont
aussi apporté un précieux concours.
Nous devons encore des remerciements à M. Henri PRAT, distingué biologiste français,
et chef du Département de Biologie de l'Université de Montréal, pour d'utiles suggestions et
précisions concernant le groupe des Graminées; au Dr. R. Ruggles GATES, professeur au King's
College (Université de Londres), pour la communication de ses travaux sur les Oenothera; au
Prof. K. M. WIEGAND, de l'Université Cornell, qui a revu nos Amelanchier; à M. Kenneth K.
MACKENZIE, de New-York, autorité sur le genre Carex; au Prof. F. E. LLOYD, de l'Université
McGill, pour suggestions concernant le genre Utricularia; au Prof. L . H. BAILEY, de l'Univer-
sité Cornell, pour la révision des Rubus; à Mme E. W. ERLANSON, de l'Université du Michi-
gan, pour la révision des Rosa; à M. C. A . WEATHERBY, de l'Université Harvard, pour de pré-
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FLORE L A U R E N T I E N N E
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F L O R E L A U R E N T I E N N E
Envoi.
Frère MAR1E-VICTORIN.
3 avril 1 9 3 5 .
[H]
ABRÉGÉ HISTORIQUE ET BIBLIOGRAPHIQUE
DE LA BOTANIQUE LAURENTIENNE.
L'histoire de la science est indispensable à celui qui veut établir sa pensée dans le domaine
scientifique. L'histoire, en effet, nous rappelle sans cesse une notion fondamentale, que nous
sommes toujours en train d'oublier, à savoir: la science n'est pas quelque chose de statique,
de dogmatique, de révélé d'un bloc, mais bien plutôt quelque chose de dynamique, une marche
ascensionnelle, longue et pénible, vers une vérité toujours incomplète et relative. E t c'est
surtout à l'histoire de la science qu'il faut rapporter la magnifique conception pascalienne
« que toute la suite des hommes, pendant le cours de tant de siècles, doit être considérée comme
un même homme qui subsiste toujours et qui apprend continuellement ».
La connaissance de la flore laurentienne, ne couvrant qu'une petite partie du champ de
la Botanique, il n'est pas question de donner ici un aperçu, même succinct, de l'histoire de la
science, ni même de l'histoire de la Botanique. Mais il nous a paru utile de grouper, dans
l'esprit indiqué plus haut, quelques notes sur la suite des travaux botaniques qui, depuis la
découverte du Canada, ont amené à leur état actuel nos connaissances sur la flore laurentienne.
Nous y avons ajouté l'indication des principales sources bibliographiques auxquelles doivent
revenir ceux qui se livrent sérieusement à cette étude.
1. P é r i o d e prélinnéenne.
On peut dire, sans trop solliciter les faits, que la Botanique américaine est née chez les
Canadiens français, et que le premier botaniste de l'Amérique fut Louis HÉBERT, l'apothicaire-
herboriste de Paris, devenu le premier colon de Stadaconc.
Les récits de voyage de Jacques CARTIER, de CHAMPLAIN, de LESCARBOT, du Frère SAGARD
et de plusieurs autres, les lettres de missionnaires connues sous le nom de Relations des Jésuites,
et quelques autres documents encore, intéressent l'histoire de la Botanique. Une étude
d'ensemble de ces sources s'impose, et donnera certainement des résultats de grande importance.
Peut-être faut-il joindre aux écrits parascientifiques que nous venons de citer, l'Histoire véritable
et naturelle de la Nouvelle-France (1664), où la plume naïve de Pierre BOUCHER détaille, pour
le bénéfice des cousins restés en France, les particularités frappantes de la faune et de la flore du
pays.
Dans le domaine des travaux botaniques proprement dits, nous trouvons que, dès 1635,
Jacques CORNUTI, de Paris, publiait son Canadensium Plantarum Historia, dont la majeure
partie traitait de plantes canadiennes au moyen de textes descriptifs, et de gravures ex-
cellentes pour le temps. Dans cet ouvrage sont décrites et figurées pour la première fois
certaines de nos espèces les plus remarquables: Actaea alba, Actaea rubra, Apios americana, Rhus
Toxicodendron, Aquilegia canadensis, Asarurn canadense, etc. Le livre de CORNUTI est le premier
ouvrage imprimé sur la flore de l'Amérique extra-tropicale.
Le dernier quart du XVIIe siècle semble avoir été une période de grande activité botanique
en Nouvelle-France. C'est le moment épique de la grande aventure coloniale de la France.
Missionnaires, traiteurs et soldats poussent les canots d'écorce jusqu'au cœur du continent,
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F L O R E L A U R E N T I E N N E
ouvrent les routes, jalonnent l'immense empire. P a r t o u t , depuis la baie d'Hudson j u s q u ' a u
golfe du Mexique, des hommes instruits interrogent l'inconnu et sont jetés dans l'étonnement
par la révélation d'une n a t u r e opulente et nouvelle. Là-bas, en France, dans la tranquillité
du J a r d i n du Roi, T O U R N E F O R T règne sur la Botanique. Il a des correspondants au C a n a d a ,
et tous les navires lui a p p o r t e n t des matériaux nouveaux. Michel SARRAZIN (1659-1735),
médecin du Roi à Québec, le plus connu de ces correspondants, est en r a p p o r t constant avec
TOURNEFORT et lui envoie les p l a n t e s les plus remarquables d u pays, d o n t la plus célèbre, la
Sarracénie, a immortalisé son n o m . U n a u t r e de ces correspondants, le sieur de D I È R E V I L L E ,
visite la côte de l'Amérique en 1706; T O U R N E F O R T lègue son n o m à la postérité en lui d é d i a n t
le genre Diervilla.
C ' e s t d'ailleurs à ce m o m e n t (1700) que l'illustre botaniste français publie ses Institutiones
Rei Herbariae où la notion du genre est définitivement établie. Cet ouvrage est intimement
associé à l'histoire de la B o t a n i q u e laurentienne, car il porte de nombreuses traces des t r a v a u x
botaniques qui se poursuivaient alors en Nouvelle-France. C ' e s t a u moyen de ce grand ouvrage,
l'un des chefs-d'œuvre de la l i t t é r a t u r e botanique, que nous saisissons les processus gradués
par quoi se sont élaborées nos connaissances sur la flore laurentienne.
De cette m ê m e période, nous avons encore u n très i m p o r t a n t manuscrit (circa 1708) resté
inédit: Histoire des plantes de Canada. C ' e s t l'œuvre a n o n y m e d ' u n correspondant de T O U R N E -
FORT, œuvre de b o t a n i s t e professionnel, et qui témoigne à la fois d'une vaste science et d'une
grande finesse d'observation. Ce document, propriété du Séminaire de Saint-Hyacinthe, n'est
probablement pas u n original, mais bien plutôt u n e copie exécutée p a r u n calligraphe professionnel
de l'époque. L'Histoire des plantes de Canada est le plus précieux document scientifique que
nous ayons de la période prélinnéenne. D e s portions considérables de ce manuscrit se
r e t r o u v e n t intégralement dans C H A R L E V O I X : Description des Plantes principales de l'Amérique
septentrionale, supplément a u t o m e 4 de l'Histoire et description générale de la Nouvelle-France.
TOURNEFORT m e u r t en 1708. Le m o u v e m e n t botanique semble alors s'arrêter de ce
côté-ci de l'Atlantique. Cependant, en 1716, le P . LAFITAU, de la Compagnie de Jésus, publie
un mémoire sur « la précieuse p l a n t e du Ginseng de T a r t a r i e » qu'il vient de découvrir au
Canada. Puis c'est le vide d u r a n t q u a r a n t e ans, j u s q u ' à la visite du suédois Pehr K A L M ,
disciple de L I N N É . E n 1749, au cours d'un voyage en Amérique, K A L M s'arrête à Québec où
il se lie d'amitié avec le comte DE LA GALISSONNIÈRE, lui-même grand a m a t e u r de Botanique.
Le témoignage que K A L M rend a u comte DE LA GALISSONNIÈRE vaut d'être cité: « Q u a n d
je songe à toutes les belles qualités qui brillaient en lui, je ne puis en faire assez d'éloges. Il a
des connaissances é t o n n a n t e s dans toutes les sciences, mais s u r t o u t dans les sciences naturelles
où il est tellement versé que q u a n d il commençait à me parler sur ce sujet, je m'imaginais voir
notre g r a n d L I N N É sous une nouvelle forme ». Ce parallèle du comte D E L A GALISSONNIÈRE
et de L I N N É , établi p a r u n contemporain qui les a connus tous deux, nous p e r m e t d'inscrire ce
gentilhomme français p a r m i les g r a n d s noms de la B o t a n i q u e laurentienne.
C'est à Québec aussi' que K A L M connut le sieur Jean-François GAULTHIER, médecin du
Roi comme Michel SARRAZIN, et en l'honneur de qui il créa le genre Gaultheria. KALM a écrit
un Flora Canadensis, resté inédit, e t dont le manuscrit a disparu. Mais ses collections sont la
base des espèces canadiennes décrites par L I N N É dans son Species Plantarum.
Ainsi se termine, sous une nouvelle impulsion imprimée par les t r a v a u x de K A L M e t la
présence animatrice du comte D E LA GALISSONNIÈRE, la période prélinnéenne de l'histoire de
la b o t a n i q u e laurentienne. Cette période, qui dura plus d'un siècle, fut féconde, grâce s u r t o u t
au r a y o n n e m e n t des puissantes personnalités de T O U R N E F O R T et de ses associés d u Jardin des
[13]
F L O R E L A U R E N T I E N N E
2. P é r i o d e post-linnéenne.
[14]
F L O R E L A U R E N T I E N N E
15]
F L O R E L A U R E N T I E N N E
[16]
F L O R E L A U R E N T I E N N E
P R I N C I P A L E S P U B L I C A T I O N S I N T É R E S S A N T LA FLORE D U Q U É B E C .
[17]
FLORE LAURENTIENNE
B. Périodiques.
[18]
ESQUISSE GENERALE DE LA FLORE LAURENTIENNE.
P L A N
PAGE
1. Région arctique 28
2. Région hudsonienne 29
3. Région laurentienne 30
(a ) Sous-région du Bouclier précambrien 33
(b) Sous-région apalachienne 37
(c ) Sous-région de la plaine alluvionnaire du Saint-Laurent. . 42
2. Facteurs d'élimination 75
D. Conclusions 78
[19]
ESQUISSE GENERALE DE LA FLORE LAURENTIENNE.
Il semble que l'on ne puisse mieux aborder un traité, même élémentaire, des espèces de
la flore laurentienne, que par une large vue d'ensemble sur cette flore elle-même. Cette vue
d'ensemble, en effet, dessine les lignes maîtresses d'un tableau où viendront s'inscrire, chacune
en son lieu, de nombreuses unités floristiques; elle met en évidence les caractéristiques et les
relations des populations végétales, caractéristiques et relations qu'il est important de marquer
et de comprendre pour elles-mêmes sans doute, mais aussi et surtout, parce qu'elles nous aident
à pénétrer mieux la nature intime des unités mystérieuses qui composent le grand bloc de la
vie.
Mais cette vue d'ensemble, qui a pour but de dégager la figure de l'important fragment
de la biosphère qui correspond à la Laurentie, suppose la considération simultanée de deux
points de vue. Il s'agit, avant tout, d'étudier un grand système que pour des raisons de com-
modité nous supposons en état d'équilibre: c'est le point de vue statique. Mais les associations
qui composent les flores sont en réalité des mosaïques vivantes où lentement, parallèlement
à l'évolution physique des facteurs écologiques, et même indépendamment de cette évolution,
se font des substitutions d'éléments. L'équilibre qui nous frappe par son apparente stabilité,
n'est que l'équilibre de l'ensemble et non l'équilibre des parties; il n'est qu'une résultante, un
produit qui reste sensiblement le même, au moins durant de très longues périodes, mais dont
les facteurs sont soumis à de perpétuels changements d'ordre et de valeur. Il y a donc dans
les sociétés biologiques un mouvement continu qu'il faut analyser: c'est le second point de vue,
le point de vue dynamique.
Avant de nous pencher sur le tableau plein de couleur que compose sous le ciel laurentien
l'ensemble de nos richesses végétales, avant de chercher à en distinguer les parties composantes
et à en marquer les contours, il importe d'étudier préalablement les facteurs déterminants de
la répartition présente. Ces facteurs sont principalement la physiographie, l'histoire géologique
récente, le climat au double point de vue de la chaleur et de l'humidité, et enfin le facteur humain,
qui devient de plus en plus agissant au fur et à mesure que s'affirme l'emprise de l'homme sur
la nature. Ces facteurs que nous invoquons pour expliquer l'équilibre actuel de la flore lauren-
tienne, sont également liés aux mouvements de cette flore dans le passé; aussi seront-ils inter-
rogés à nouveau dans l'exposé du point de vue dynamique.
[20]
FLORE LAUREN TIENNE
Dans ses limites présentes, et au simple point de vue physiographique, le Québec comprend
plusieurs régions distinctes: la pénéplaine de l'Ungava (et sa bordure méridionale, la chaîne
des Laurentides), la plaine alluvionnaire du Saint-Laurent, le Saint-Laurent lui-même, et la
bordure nord du massif apalachien.
La pénéplaine de l'Ungava, qui occupe presque toute la partie orientale du Bouclier cana-
dien, est un vaste plateau archéen d'une élévation générale de 500 à 700 mètres, drainé par de
nombreuses et importantes rivières généralement rapides, semé de lacs dont le plus grand, —
le lac Mistassini, — s'étend
sur une longueur de cent mil-
les. La surface de cet im-
mense pays consiste presque
entièrement en gneiss pré-
cambriens avec intrusions de
granit, de basalte et de sye-
nite, le tout aplani, arrondi
et moutonné par l'action gla-
ciaire. (Carte C).
La chaîne des Lauren-
tides ne diffère pas géologi-
quement de la pénéplaine
dont elle ne fait qu'accentuer
le relief. Courant de l'est à
l'ouest, la chaîne longe à quel-
que distance le rivage nord
du Golfe, pour atteindre le
Saint-Laurent au Saguenay,
et suivre ensuite ce fleuve
jusqu'au cap T o u r m e n t e ,
trente milles en aval de Qué-
bec. De là, les Laurentides
s'éloignent quelque peu pour
laisser une étendue de basses
terres; elles longent ensuite
la rivière Ottawa, qu'elles tra-
CAKTE C . — Le Bouclier laurentien et autres massifs précambriens de
v e r s e n t a u x rapides des l'Amérique du Nord.
Chats. Toute la chaîne est
peu élevée; les maximums d'altitude sont atteints aux Éboulements (850 mètres)'et à la mon-
tagne Tremblante (800 mètres). Les Laurentides, tout comme la pénéplaine, sont semées de
lacs innombrables et parfois très grands, créés par les moraines frontales laissées en travers
des vallées et des vallécules par la retraite du glacier continental.
!
La plaine basse du Saint-Laurent est constituée par des roches sédimentaires : très an-
ciennes, d'âge paléozoïque, recouvertes et masquées par le drift glaciaire, et par des lits plus
ou moins épais de sable et d'argile déposés durant la période Champlain. Des lambeaux de
calcaires paléozoïques, appartenant à des couches supérieures presque entièrement- détruites
[21]
FLORE LAURENTIENNE
par l'érosion, affleurent ça et là, particulièrement aux environs de Montréal, de Québec, et d'Otta-
wa. Les roches qui forment le fond plat de la plaine basse sont en majeure partie des argilites
ordoviciennes, soit redressées et diversement ployées comme aux environs de la ville de Québec
et généralement dans l'est du Québec, soit horizontales comme aux environs de Montréal et
généralement du côté ouest de la faille de Logan. Au milieu de cette plaine ordovicienne, et
la traversant du nord au sud, court une ligne de collines d'âge dévonien, les Montérégiennes.
Ce sont des souches d'anciens volcans, ou des batholithes, c'est-à-dire des massifs éruptifs épan-
chés en profondeur et dénudés ensuite par une intense érosion.
Le massif apalachien, si puissamment développé dans tout l'est de l'Amérique, limite
au sud la vallée du Saint-Laurent, et sous les divers noms d'Alléghanys, de monts Notre-Dame,
de Shikshoks, pénètre, en s'élevant graduellement, jusque dans la Gaspésie. Le massif apala-
chien est encore une ancienne pénéplaine, abrasée au niveau de la mer au Crétacé et surélevée
durant le Tertiaire. Toute cette région a une structure géologique compliquée où voisinent
et alternent de grandes formations calcaires, des schistes argilitiques, des intrusions de serpentine,
des quartzites cambriens, des épanchements granitiques, etc.
Ainsi ébauché physiographiquement par les aléas d'une longue histoire géologique qui
va depuis le Précambrien jusqu'à la surrection tertiaire, le territoire laurentien reçoit son modelé
définitif durant la période glaciaire, qui ouvre le Quaternaire, et qui s'est terminée depuis trente
ou quarante mille ans.
La grande glaciation, qui peut avoir duré, en chiffres ronds, un million d'années, a pro-
fondément transformé la physiographie du pays laurentien. Les moraines sans nombre, en
modifiant le système hydrographique, en barrant les vallées, en causant la stagnation de l'eau
dans les plaines, créèrent, sur cette vaste étendue de roches acides, des conditions favorables
à la formation des lacs et des tourbières. La pénéplaine de l'Ungava et les Laurentides
sont dès lors devenues l'un des plus remarquables pays lacustres qu'il y ait au monde, un vaste
assemblage de milliers et de milliers de vasques gneissiques reliées entre elles par le réseau des
ruisseaux et des rivières. Lorsque le barrage glaciaire laissait subsister un drainage suffisant,
un lac aux eaux claires se créait en amont. Si, au contraire, le barrage était assez complet pour
causer la stagnation de l'eau sur les roches acides, il se formait une tourbière.
La basse terre du Saint-Laurent, moins affectée que le bouclier précambrien par la crise
glaciaire, en garde cependant des traces évidentes. D'innombrables blocs erratiques de toutes
tailles sont abandonnés partout sur la face de la plaine alluvionnaire, et le riche sol arable lui-
même n'est qu'un produit de remaniement des argiles glaciaires.
Telles sont, esquissées à grands traits, et dans la mesure où elles peuvent influencer
la couverture végétale, les lignes essentielles de la physiographie du pays laurentien. Mais ces
influences physiographiques, dues à des contours et à des reliefs, sont purement physiques, et
elles peuvent être intensifiées ou neutralisées par la nature chimique des roches et des terrains.
Ce n'est pas ici le lieu de reprendre la vieille discussion sur l'importance relative des deux facteurs.
Il suffira d'indiquer brièvement les principales actions chimiques qui s'exercent dans le domaine
considéré.
Les roches gneissiques précambriennes sont naturellement des silicates complexes, et
au point de vue qui nous occupe, on peut les considérer comme des roches acides. Les formations
calcaires de la Gaspésie, de l'Anticosti-Minganie, de l'Ottawa, du lac Saint-Jean et de certains
districts apalachiens, influencent nettement le caractère de la flore de ces districts. Il en est
de même de certains affleurements de grès de Potsdam, et des roches magnésiennes de la Gaspésie
et de l'enclave de Mégantic.
[22]
FLORE LAURENTIENNE
CLIMAT
[23]
FLORE LAURENTIENNE
revêtent leur parure d'automne. La région avoisinant la ville de Québec est un endroit crucial
au point de vue climatologique: l'élargissement subit du Saint-Laurent, l'action des grandes
marées d'eau douce, et la proximité des Laurentides y induisent un régime particulier des vents
et des précipitations. La ville de Québec a une moyenne de température hivernale de 3° à 4° F.
plus basse qu'à Montréal; la différence pour les mois d'été est de 2° à 3° F.
L'immense territoire qui s'étend au nord du Saint-Laurent est assez mal connu météo-
rologiquement, et nous ne pouvons que généraliser d'après des indications analogiques. On
sait cependant que les étés
y sont chauds; on y enre-
gistre parfois des tempéra-
tures de 100° F. Mais les
soirées sont plus fraîches,
relativement, qu'à Mont-
réal et à Québec. Certai-
nes années, il y a des gelées
au milieu de l'été, bien que
la température redevienne
très chaude au bout de
quelques jours. En hiver,
le froid est intense, et la
moyenne se tient aux envi-
rons de 0° F. au lac Saint-
Jean et le long du chemin
de fer t r a n s c o n t i n e n t a l .
Dans les fortes vagues de
froid, le thermomètre des-
cend à - 50° F. Plus au nord
encore, à Fort-George sur la
baie James, la moyenne de
janvier - février se tient à
- 1()°F. Cependant, durant
l'été, on e n r e g i s t r e des
températures de 99° F., et
la moyenne de juillet est
d'environ 60° F.
[ 2 4 ]
TABLEAU I
Températures normales et précipitations enregistrées à Montréal, Québec el Anticosti
(observations de 40 a n n é e s , 1885-1924).
TEMPÉRATURE EN DEGRÉS FAHRENHEIT PRÉCIPITATIONS EN POOCES
vloyenne quoti-
quo-
quo-
s élevée
is basse
nne des
des
des
iiennes
talions
IV OYENNES EXTRÊMES
MOIS
Moyenne
Moyenne
maxima
minima
tidiens
tidiens
dienne
"a. "o. C Le Le
(S 3
C7 Pluie Neige Total plus plus
haut bas
ANNÉE. 35.0 40.7 29.2 85 -40 11 5 23.26 76.2 30.88 48,59 15.83
[ 2 5 ]
FLORE LAURENTIENNE
L'humidité est un facteur essentiel dans le groupement d'une flore normale, et en parti-
culier c'est surtout l'abondance des précipitations atmosphériques qui rend possible la constitu-
tion et la persistance des forêts. La Laurentie est vraiment le pays de l'eau: les pluies sont
abondantes, les lacs et cours d'eau innombrables. C'est pourquoi la couverture normale est
la forêt, avec absence presque totale de prairies naturelles.
Le climat du Québec est donc, dans l'ensemble, un climat continental, caractérisé par
un grand écart des températures extrêmes, par l'abondance des précipitations, et par l'influence
de la couche de neige hivernale. Cette épaisse couche de neige, mauvaise conductrice de la
chaleur, a pour effet d'annuler le rayonnement calorifique du sol, pour lui substituer son action
propre : d'une part, une réflexion intense de l'énergie calorifique incidente, et d'autre part la con-
servation de la chaleur terrestre. Cette action est, en définitive, favorable à la végétation,
quoique la couche de neige, dont la fusion réclame une somme énorme de calories, retarde le
réchauffement de l'air au printemps.
Dans le Québec tempéré, la neige arrive vers la mi-novembre pour disparaître en avril.
Les phases du printemps sont rapides, et cette saison passe insensiblement à l'été qui, lui-même,
ne se sépare pas de l'automne d'une façon bien précise. L'automne est la plus belle saison
de l'année, celle où la végétation se déploie davantage. L'abondance des Composées en fleur
à ce moment, crée comme une illusion de renouveau. Mais l'équinoxe amène des vents froids
chargés de pluie, après quoi se succèdent les quelques belles journées de «l'été des sauvages» ou été
de la Saint-Martin. Puis c'est l'hiver pour de bon, le rigoureux mais salubre hiver canadien.
Vers le premier novembre, dans la région de Montréal, tous les arbres feuillus indigènes sont
dépouillés, sauf parfois les Peupliers. Les arbres et arbustes d'origine eurasiatique, plantés
le long de nos rues et dans nos parcs, adaptés à une saison plus longue, défeuillent un peu plus
tard, et sont parfois même (comme en 1933) surpris par l'arrivée subite des neiges. Il arrive,
dans ce dernier cas, que les processus de défoliation sont inhibés définitivement, et que ces arbres
gardent leurs feuilles roussies et recroquevillées presque tout l'hiver, se comportant en cela,
et pour des raisons de même ordre, comme les très jeunes Hêtres et Chênes indigènes de nos
bois.
Des différences locales très notables se remarquent pour le départ de la végétation au
printemps, et ces différences ne valent pas seulement dans la direction nord-sud, mais aussi
dans la direction est-ouest. Québec retarde de quinze jours sur Montréal, et Tadoussac d'un
mois. Les différences sont encore plus accentuées dans la Gaspésie, — surtout dans les
Shikshoks, — et sur la Côte-Nord. Même dans la baie de Gaspé, qui jouit d'un climat relative-
ment doux pour la région, les Lilas fleurissent en juillet. Il y a néanmoins compensation dans
les régions plus boréales, par la rapidité avec laquelle les plantes parcourent leur cycle vital:
la longueur des jours d'été dans le nord favorise la photosynthèse et permet l'élaboration rapide
des matériaux de construction et de réserve. Ainsi, tandis que dans la région montréalaise,
il y a une saison des Fraises, une saison des Framboises, une saison des Bleuets, — dans le nord
et le nord-est, tous ces fruits arrivent à maturité à peu près simultanément.
Dans la Laurentie, à cause du facteur nivéal, qui est efficace surtout dans les bois, il y
a un comportement tout particulier du cycle printanier. Mai n'est le mois des fleurs que sur
le parterre des bois feuillus ou mixtes. Pendant que dans les champs, où le sol a été fortement
gelé, l'herbe reverdit à peine, du parterre de la forêt, qui a bénéficié de la protection nivéale,
surgissent, parmi les feuilles mortes, les fleurs des espèces à bulbes ou à rhizomes. Ces plantes
sont parfaitement adaptées à cet habitat, à la fois dans le temps et l'espace. Ayant besoin
de la pleine lumière, elles doivent parcourir leur cycle complet : phase végétative, reproduction,
retour à la terre ou au moins à l'état de repos relatif, dans les deux ou trois semaines qui pré-
[26]
FLORE L A U R E N T I E N N E
cèdent la feuillaison complète des arbres. Ces espèces ont leurs fleurs toutes formées à l'automne,
et n'attendent que le premier soleil pour s'épanouir. Pendant que le sous-bois foisonne d'Hé-
patiques, de Claytonies, d'Érythrones, de Trilles, de Dentaires, d'Uvulaires, rien ne paraît encore
dans les champs. Plus tard seulement, les Violettes enracinées à fleur de terre se mettent à
fleurir dans les prés, puis successivement arrivent le Populage, les Antennaires, la Bermudien-
ne, les Aubépines, les Crucifères, la horde des Cypéracées et des Graminées, et la multitude des
autres espèces.
Également caractéristique du climat laurentien est la douceur de l'automne, qui favorise
la floraison d'une multitude de Composées vivaces et caulescentes, robustes plantes riches en
tissus lignifiés, et que n'affecte pas une gelée occasionnelle et quelques jours froids. Dans les
prés incultes et dans les sous-bois, les Verges d'or et les Asters font les frais d'une décoration
automnale prodigieusement haute en couleur. Il semble y avoir alors une Verge d'or et un
Aster attitrés pour chaque habitat et pour chaque latitude, et si les espèces sont nombreuses,
les individus sont légions de légions.
Mais cette explosion de couleur dans le cadre de l'automne ne se limite pas aux pièces
florales, dont c'est peut-être, après tout, le rôle, en cette ère moderne des Angiospermes périan-
thées, de briller pour l'éjouissement et le bénéfice de la multitude des Insectes coopérateurs. La
féerie déborde le monde des corolles, s'étend comme une espèce d'enthousiasme végétal, gagne
les feuillages, qui reprennent avec insistance, en élargissant l'expression, en gonflant la note,
les mêmes gammes, les mêmes sonorités, les mêmes harmonies lumineuses.
A mesure que la chlorophylle, principale artiste de l'été, s'efface, tuée par la lumière vive
et froide de l'automne, les pigments jaunes, carotine et xanthophylle, masqués jusque-là, se
révèlent et font de l'or avec les feuilles de l'Érable à sucre, des Frênes, des Bouleaux, des Peupliers.
E n même temps, chez nombre d'espèces, un jeu de diastases, stimulé par les conditions spéciales
de notre automne, provoque une série de réactions qui aboutissent à la production des pigments
anthocyaniques.
C'est alors que la Vigne vierge, le Sumac vinaigrier, les jeunes pousses des Frênes, et surtout
l'Érable rouge, entrent vigoureusement dans le paysage. Nos bois laurentiens chavirent dans
le rouge, et leur éclatante beauté est alors unique au monde. Les pentes des Laurentides, les
forêts de la plaine basse, forment des horizons sanglants où s'ajoutent, chevauchent et se fondent
les gammes infinies que le rouge vainqueur a sur sa palette. Souvent, dans cette forêt mixte,
court devant la haute futaie qui flamboie, le vert profond d'une lisière de Sapins ou d'Épinettes.
E t à l'heure incertaine du crépuscule, où les perspectives se déforment et les plans se télescopent,
on dirait des rangées de tentes noires, profilées sur le fond rougeoyant d'un champ de bataille. . .
3. FACTEUR HUMAIN.
Les géologues font grand état de l'équilibre établi, peu à peu, par l'action permanente
des agents atmosphériques sur le relief terrestre. Une tendance analogue vers une position,
une distribution d'équilibre, se manifeste dans le monde végétal. Mais la répartition actuelle
des plantes ne représente plus cet équilibre, qui a été décidément troublé à la phase géologique
actuelle par l'hominisation de la nature. Ce facteur nouveau a traduit son action par la des-
truction de la forêt et des associations végétales et animales qui ne font qu'un avec elle ; par
l'introduction, volontaire ou non, de plantes étrangères à la flore, et qui ont bouleversé l'équilibre
ancien. Le mécanisme et les modalités de ces transformations et de ces bouleversements re-
lèvent évidemment du point de vue dynamique qui sera exposé plus loin.
[27]
FLO RE L A U R E N T I E N N E
1. R É G I O N ARCTIQUE.
L a région arctique du Québec est restreinte à une étroite bande à l'extrême nord, b a n d e
qui s'élargit au nord-ouest de l'Ungava en u n v a s t e triangle grossièrement equilateral, m e s u r a n t
environ 350 milles de côté. T o u t ce pays est occupé p a r une formation végétale particulière,
la toundra, où prédominent les Mousses et les Lichens, particulièrement le Lichen des Caribous
(Cladonia rangiferina). Le sol, c o n s t a m m e n t gelé j u s q u ' à une grande profondeur, ne dégèle,
sur une épaisseur d'un pied a u plus, que d u r a n t une courte saison.
Cette mince couche de sol utilisable par la végétation maintient cependant, o u t r e les
Mousses et les Lichens, une flore particulière i m p o r t a n t e , flore fortement x é r o p h y t i q u c , dé-
pourvue d'arbres, mais riche en t y p e s éricacés, flore en somme intéressante et parfois t r è s belle :
on sait en effet que les fleurs arctiques ont souvent une large corolle v i v e m e n t colorée. N o m b r e
d'espèces d ' H y m é n o p t è r e s contribuent à la pollinisation des fleurs, et les Moustiques, q u i j o u e n t
aussi u n rôle pollinisateur en certains cas, a b o n d e n t p a r t o u t . L ' é t a t p e r m a n e n t de congélation
empêche le drainage normal du sol; il en résulte que la t o u n d r a est en réalité une i m m e n s e t o u r -
bière dont l'étendue, la solitude, l'uniformité et le silence sont saisissants.
Le long de la côte du Labrador, entre Okkak et le cap Chidley, court la chaîne des m o n t s
Torngats, entièrement incluse dans le Labrador terre-neuvien. Ces m o n t a g n e s , d o n t l'altitude
a t t e i n t parfois 3000 mètres, ainsi q u ' u n territoire situé à l'extrémité nord-ouest de l ' U n g a v a ,
ont, semble-t-il, échappé à la dernière glaciation. La flore de ces n u n a t a k s est encore peu con-
nue, mais on p e u t citer quelques plantes reliquales, cordillériennes ou e n d é m i q u e s :
Antennaria isolepis Draba alpina
Antennaria pygmaea Draba aurea
Antennaria Somborgeri Draba crassifolia
Arnica Somborgeri Draba Somborgeri
Carex filifolia Pedicularis groenlandica
Crépis nana Petasites sagittatus.
[28]
FLORE LAUREN TIENNE
2. RÉGION HUDSONIENNE.
Tout le reste de l'Ungava, en dehors de la région proprement arctique qui vient d'être
délimitée, appartient à la région hudsonienne, limitée au sud par la ligne isotherme de 14° C.
Sauf une étendue restreinte de plaine côtière au sud de la baie James, toute la région hudsonienne
est découpée dans la pénéplaine précambrienne. C'est un pays ondulé, moutonné par l'action
glaciaire, sillonné de rivières tranquilles ou torrentueuses, semé de milliers de lacs et d'étangs
tourbeux; il s'y rencontre aussi de vastes étendues de tourbières à Sphaignes, tourbières très
mouillées et, sauf en hiver, inaccessibles au voyageur.
La région hudsonienne est avant tout le domaine de la forêt subarctique, forêt où pré-
dominent pour les Gymnospermes:
Abies balsamea Picea mariana.
Larix laricina Pinus Banksiana,
Picea glauca
et pour les Angiospermes:
Betula papyrifera Populus tremuloides.
Populus tacamahacca
La rivière aux Feuilles, qui se décharge dans la baie de l'Ungava, est la limite septentrionale
des arbres à l'ouest de cette baie, et sert pratiquement à séparer la région hudsonienne de la
région arctique. Vers 55° lat. N., on commence à trouver des arbres sur le bord des lacs et des
rivières. Vers 53° les collines sont boisées, sauf sur les sommets, qui reproduisent les conditions
des hautes cimes alpines. Enfin, vers le sud de la région hudsonienne, la forêt devient continue.
L'Épinette noire, Picea mariana, est l'arbre dominant, et forme les neuf-dixièmes des peuplements.
Même sous ces hautes latitudes, l'arbre peut atteindre un grand âge, cinq cents ans, et une taille
relativement élevée, quinze à vingt mètres. Mais dans les endroits exposés, l'Épinette noire
et les autres Gymnospermes hudsoniennes deviennent des arbustes déprimés:
Abies balsamea f. hudsonia Picea glauca f. parva
Larix laricina f. depressa Picea mariana f. semiprostrata.
Les terrains bas sont couverts de Saules arbustifs (Salix Bébbiana, S. discolor, S. pedicellaris,
etc.) et d'Aulnes (Alnus incana). Les sous-bois clairs se composent de Groseilliers sauvages
(Ribes glandulosum, R. lacustre), de Linaigrettes cespiteuses (Eriophorum spissum), de Bou-
leaux nains (Betula glandulosa, B. pumila) et d'arbustes éricacés (Kalmia angustifolia, Ledum
groenlandicum, Vaccinium pennsylvanicum, Chamaedaphne calyculata) qui, pour la plupart, ne
se retrouveront plus, au sud, que dans les tourbières.
Le lambeau de plaine côtière qui s'étend au sud de la baie James, et qui déborde à peine
sur le Québec, a une certaine importance phytogéographique. Ce que l'on connaît d'intéres-
sant sur sa flore, évidemment très peu connue encore, se rapporte à une florule maritime reli-
q u a t fortement disjointe, florule rattachée à la flore du golfe Saint-Laurent, mais dont la distri-
bution n'est pas continue autour de la péninsule labradorienne. Tels sont les éléments halo-
phytiques ou estuariens:
Bidens hyperborea Juncus Gerardi
Carex marina Plantago juncoides var. decipiens
Carex paleacea Poa eminens
Carex norvegica Zannichellia palustris var. major,
[29]
FLORE LAURENTIENNE
et les éléments cordillériens pour qui les rivages maritimes ne sont qu'un habitat d'adoption,
aussi bien sur le golfe Saint-Laurent que sur la baie James:
Antennaria pulcherrima Draba minganensis
Cypripedium passerinum var. minganense Gentiana nesophila.
On a invoqué, pour expliquer l'origine de cette florule, les faits suivants: une invasion marine
dans la vallée du Saint-Laurent à la période Champlain, invasion qui, à un certain moment, a peut-
être atteint le lac Témisca-
mingue; une invasion marine
contemporaine dans le bassin
de la baie d'Hudson, inva-
sion qui a probablement at-
teint presque à la hauteur
des terres; une communica-
tion possible à travers l'A-
bitibi entre les deux éten-
dues submergées, avec éta-
blissement d'un rivage con-
tinu, au moins durant une
courte période, entre le gol-
fe Saint-Laurent et la baie
James. La continuité de ce
rivage expliquerait bien l'o-
rigine de la florule commu-
ne aux deux régions; elle
expliquerait, de plus, cer-
tains faits concernant la flo-
re de l'Abitibi et du Témis-
camingue. (Carte F ) .
En somme, les carac-
téristiques principales de la
région hudsonienne sont : un
substratum de roches pré-
CARTE F. — Extension maximum des invasions marines à la période
Champlain, montrant la proximité des rivages de la mer Champlain et de la
cambriennes acides, avec de
baie d'Hudson, et suggérant la possibilité, à cette époque, d'une communica- rares lambeaux de cal-
tion entre les deux mers, et de migrations végétales le long d'un rivage continu. caires paléozoïques; une
flore presque exclusivement
silicicole; la denudation des sommets des collines de basse altitude; le petit nombre des es-
pèces et le grand nombre des individus de chaque espèce.
3. RÉGION LAURENTIENNE.
[30]
FLORE LAURENTIENNE
jusqu'à 50° lat. N., et les premiers massifs apalachiens au sud. On peut la caractériser par la
présence, sous forme d'associations considérables ou de forêts pures, des espèces ligneuses sui-
vantes :
Acer saccharum Pinus resinosa
Betula lutea Pinus Strobus.
La région laurentienne nous intéresse plus particulièrement, parce qu'elle s'identifie à la partie
habitée du Canada français. Elle n'a pas reçu suffisamment d'attention de la part des phyto-
géographes pour que l'on ait tenté de la subdiviser en districts floristiques. Nous allons essayer
de le faire, en utilisant tous les documents et preuves qui sont aujourd'hui accessibles.
Disposons d'abord d'une classification bien connue, classification faite uniquement au
point de vue de la forêt considérée dans ses éléments dendrologiques et dans ses notes les plus
générales. Envisagée sous cet angle, la région laurentienne se divise en forêt coniférienne orien-
tale, en forêt mixte, et en forêt feuillue.
La forêt coniférienne orientale est une unité écologique et phytogéographique importante,
non seulement au point de vue de la flore du Québec, mais au point de vue de la flore universelle.
C'est l'une des grandes forêts du monde. Elle correspond à la frange septentrionale de la grande
zone de pluie de l'hémisphère boréal, zone qui est en même temps le domaine de la grande civi-
lisation. La forêt coniférienne orientale est séparée de façon naturelle de la forêt coniférienne
occidentale par la région des Prairies et par les lacs Winnipeg et Nipigon. Les deux unités sont
d'ailleurs constituées à peu près par les mêmes espèces, et forment un tout phytogéographique
et écologique.
Comme nous l'avons indiqué précédemment, la forêt coniférienne orientale est bornée
e
au nord par la forêt subarctique (grosso modo par le 50 parallèle); au sud elle passe insensible-
ment à la forêt mixte, et ce passage peut être indiqué en établissant une subdivision dite : forêt
de transition, occupant une largeur d'environ un degré, et s'étendant entre le lac Abitibi et le
lac Témiscamingue d'une part, et entre le lac Saint-Jean et le Saint-Laurent d'autre part. Une
ligne passant par la décharge du lac Témiscamingue, La Tuque et l'embouchure de la rivière
Portneuf (Côte-Nord) constituerait une limite approximative, au sud, de la forêt coniférienne
orientale. Les caractéristiques de cette forêt sont: la densité, la pureté des associations et la
couverture continue sur les sommets des collines précambriennes.
La forêt mixte est aussi une unité de transition entre deux unités beaucoup plus nettes:
la forêt coniférienne orientale d'une part, et la forêt feuillue d'autre part. Sa limite au nord
est celle qui a été indiquée comme limite méridionale de la forêt coniférienne orientale; sa limite
au sud coïncide à peu près avec le contact du Bouclier précambrien et des basses terres du
Saint-Laurent. La caractéristique principale de la forêt mixte est, comme son nom l'indiqué,
le mélange d'arbres gymnospermes:
Abies balsamea Pinus resinosa
Larix lancina Pinus Strobus
Picea glauca Thuja occidentalis
Picea mariana Tsuga canadensis,
et d'arbres angiospermes:
Acer rubrum Fraxinus americana
Acer saccharum Fraxinus nigra
Betula lutea Sorbus americana
Betula pa-pyrifera Tilia glabra
Fagus grandifolia Ulmus americana.
[31]
FLORE LAURENTIENNE
CARTE G . —• Unités forestières de la province de Québec, d'après la carte du Service Forestier de la Province.
[ 3 2 ]
F L O R E L A U R E N T I E N N E
M a i s par contre, cette division ne rend pas suffisamment compte des groupements de la
flore herbacée, des migrations, des aires disjointes, de la localisation des endémiques. U n e
colonie isolée de Gentiana gaspensis a plus de signification biologique et plus de portée p h y t o -
géographique que cent milles carrés de Picea mariana; la flore d'un territoire de quelques milles
carrés, comme la Minganie, a plus d'importance théorique que celle de tout le reste de l'immense
comté de Saguenay. Ces objections invitent à u n e analyse plus fine, à des divisions territoriales
plus nombreuses et moins étendues, p e r m e t t a n t d'élaborer une classification phytogéographique
où puisse tenir le plus grand n o m b r e de faits possibles.
Le grand fleuve Saint-Laurent traverse en diagonale t o u t e la région considérée, et coule
dans une faille qui sépare deux m o n d e s géologiques; il offre u n e excellente ligne maîtresse pour
la classification qu'il s'agit m a i n t e n a n t d'édifier. Une telle masse d'eau, drainant un bassin
d'un demi-million de milles carrés, est une voie naturelle ouverte aux migrations des plantes
aquatiques ou ripariennes, et aussi une barrière pour certaines espèces terrestres. En outre,
un fleuve de cette m a g n i t u d e , et qui se couvre de glace l'hiver, m e t en jeu des actions mécaniques
puissantes, crée une grande diversité de formules écologiques, et p a r t a n t u n e grande diversité
de groupements floristiques.
Avec le Saint-Laurent comme axe primaire, et en faisant e n t r e r en ligne de compte diverses
considérations physiographiques, géologiques et climatologiques, nous proposons donc u n groupe-
ment provisoire des unités phytogéographiques de la région laurentienne (Tableau I I ) .
Ces unités phytogéographiques de la région laurentienne sont é v i d e m m e n t plus ou moins
n e t t e m e n t tranchées, et ne sont pas toujours, e n l'état présent des connaissances, susceptibles
d'une définition biologique rigoureuse. Lorsque la distribution détaillée de chacune des
espèces sera suffisamment connue, il sera sans doute possible de délimiter des unités moins
artificielles, moins n e t t e m e n t physiographiques. M a i s il est déjà possible de formuler une pre-
mière approximation, d'indiquer p o u r chacune de ces unités quelques notes caractéristiques.
1 ° District laurentidien.
[33]
FLORE L A U R E N T I E N N E
TABLEAU II
District du Saint-Jean-Restigouche. p. 41
m
i—i ''Section du triangle montréalais (enclave eruptive des
District Montérégiennes) p. 43
des basses
terres 4 Section des terrasses du bas Saint-Laurent p. 4,"
Champlain
m (p. 42) Section translaurentidienne (enclave calcaire de Rober-
val) p. 45
[34]
FLORE L A U R E N T I E N N E
Lorsque l'argile est recouverte par une butte de sable qui s'élève légèrement au-dessus de la
plaine environnante, on trouve des formations claires de Pinus Banksianà avec ses associés
caractéristiques :
Comptonia asplenifolia Solidago puberula.
Lycopodium tristachyum
qui la distinguent de celle du reste du district laurentidien. Beaucoup plus remarquables sont les
substitutions d'espèces, comme le Solidago uliginosa, qui remplace généralement le Solidago
canadensis dans l'habitat ordinaire et plutôt sec de ce dernier, et les caractéristiques négatives,
comme l'absence totale de groupes importants, et développés ailleurs : Oenothera, Rubus (sec-
tion Eubatus), etc.
Tant que la forêt n'est pas abattue, une couche de glace se maintient, même en été, entre
l'argile et la tourbe. La forêt une fois coupée, le soleil atteint le sol, et la glace disparaît. L'en-
clave argileuse de POjibway est une région récemment ouverte à la colonisation. Malgré la haute
latitude et la rigueur du climat, elle pourra peut-être devenir une bonne région agricole, à condi-
tion que l'agriculture scientifique mette au point certains problèmes particuliers, et que la routine
n'empêche pas les adaptations nécessaires.
Une seconde enclave laurentidienne, peu étendue mais théoriquement importante, est
constituée par les sommets des Laurentides dans le comté de Charlevoix (environs de Saint-
Urbain, etc.). Ces sommets sont, selon toute probabilité, des nunataks, c'est-à-dire qu'ils ont
échappé à la dernière glaciation, celle de la période Wisconsin. Encore peu étudié, ce district a
néanmoins livré des reliques boréales telles que:
Arenaria groenlandica Hierochloe alpina
Carex capitata Vaccinium uliginosum var. alpinum.
Carex rigida
2° District saguenayen.
A partir de Natashquan, la forêt recule vers l'intérieur, et la côte ne présente qu'une toundra
à flore herbacée ou arbustive.
[36]
FLORE LAURENTIENNE
1 ° District alléghanien.
Le district alléghanien comprend tout le pays communément appelé les Cantons de l'Est
et la Côte-Sud. C'est le domaine de la forêt feuillue boréale, continuée, de Lévis à la Matapédia,
par un bloc de forêt mixte. La flore, très riche, contient bon nombre d'éléments proprement
apalachiens, tels que:
Anemone quinquefolia Lycopodium ftabelliforme
Arabis laevigata Polygala sanguinea
Arenaria macrophylla Quercus alba
Arisaema Stewardsonii Quercus macrocarpa
Camptosorus rhizophyllus Rhynchospora glomerata
Cary a cordiformis Senecio Robbinsii
Carya ovata Solidago Randii
Fagus grandifolia Tilia glabra
Hepatica americana Valeriana uliginosa
Houstonia coendea Viola rostrata,
[37]
F L O R E L A U R E N T I E N N E
éléments qui débordent parfois sur les basses terres du Saint-Laurent, mais qui n ' e n t a m e n t p a s
sérieusement le district laurentidien.
De la flore alléghanienne générale, il faut séparer les florules de trois enclaves i m p o r t a n t e s .
C'est d'abord l'enclave serpentineuse, qui affleure dans les comtés de Beauce, de M é g a n t i c , de
Wolfe et de Richmond. Les silicates magnésiens des roches serpentineuses ont une influence
définie sur la végétation. L a flore de ces terrains magnésiens est généralement p a u v r e en es-
pèces, mais quelques-unes de ces espèces ou variétés sont absolument liées à ce genre de s u b s t r a -
tum:
Adiantum pedatum var. aleuticum Pellaea densa.
Festuca scabrella
L a fiorule adventice des déblais des mines d ' a m i a n t e comprend encore des plantes à préférences
n e t t e m e n t halophiles:
[38.]
FLORE LATJRENTIENNE
2° District gaspésien.
Le district gaspésien, tel que défini ici, s'étend depuis la rivière Matapédia et la rivière
Matane, vers l'est, jusqu'au finistère du cap Gaspé. C'est une province phytogéographique
très naturelle et d'un extrême intérêt biologique. Sa flore, calcicole dans l'ensemble, est un
mélange, une juxtaposition plutôt, d'une flore ancienne, datant probablement de la dernière
période interglaciaire, et d'une flore jeune et agressive venue du sud sur les dernières marches
de la retraite glaciaire.
L'étude de la géologie quaternaire a montré que la Gaspésie est, pour une bonne part,
un vaste nunatak. La dernière glaciation, celle de la période Wisconsin, semble n'avoir touché
ni les hauts plateaux des Shikshoks, ni le massif montagneux de Carleton, sur la baie des Chaleurs.
Elle semble aussi n'avoir qu'effleuré le côté nord et les vallées depuis Sainte-Anne-des-Monts
jusqu'à la rivière aux Renards, ainsi que les vallées tributaires de la baie des Chaleurs, depuis
Percé jusqu'à la rivière Petite-Cascapédia inclusivement, — la grande nappe de glace labra-
dorienne s'étant écoulée par la vallée de la Matapédia dans la baie des Chaleurs.
Durant toute la dernière invasion glaciaire, la Gaspésie a donc retenu une partie de la
flore qui la couvrait durant la période interglaciaire précédente, flore qui semblé avoir été, dans
ses grandes lignes, une dépendance ou un prolongement de la flore cordillérienne actuelle. Avec
le retour des conditions normales et la poussée d'une flore conquérante venue du sud, les unités
spécifiques de la flore ancienne ont été en grande partie éliminées. Il en subsiste néanmoins
à notre époque un certain nombre: on les appelle des épibiotes ou des reliques. Le district
gaspésien contient plus de deux cents de ces survivants de l'ancienne flore interglaciaire, prati-
quement parqués entre la rivière Petite-Cascapédia, Percé, la rivière aux Renards et la rivière
Sainte-Anne-des-Monts. Beaucoup d'entre eux ont une aire extrêmement restreinte, et ils
sont souvent confinés à une seule falaise, à une seule vallée, parfois même à une seule station de
quelques mètres carrés.
Particulièrement importante au point de vue de la flore reliquale interglaciaire est la vaste
étendue des Shikshoks, chaîne de montagnes se maintenant à l'altitude de 900 à 1300 mètres,
et qui forme comme l'épine dorsale de la Gaspésie. Dans cette chaîne, l'étroite vallée de la
rivière Sainte-Anne-des-Monts sépare deux massifs célèbres par leurs endémiques et leurs reli-
ques: le mont Jacques-Cartier (Table-top) et le mont Albert.
Le mont Jacques-Cartier est plutôt un groupe de montagnes qu'une montagne unique.
Il diffère des autres parties de la chaîne des Shikshoks en ce qu'il est le résultat d'une injection
batholithique de granit. Le batholithe est disposé transversalement à la chaîne, sur une étendue
de huit ou neuf milles de longueur par cinq de largeur. Toute cette étendue, parsemée de petits
lacs et d'étangs, est au-dessus de 1000 mètres, et certains dômes de granit atteignent environ
1300 mètres. Le massif a été bien exploré botaniquement, au moins dans ses parties accessibles.
Il renferme l'une des plus importantes florales locales du Québec.
Le mont Albert, qui s'élève à 1200 mètres au-dessus du niveau de la mer, est un plateau
à rampes escarpées, recouvert d'amas de serpentine altérée, sauf une petite colline- de schiste
hornblendique grenatifère qui domine quelque peu la serpentine. Le sommet, totalement
dépourvu d'arbres, forme une surface presque unie d'environ quatre milles de longueur, par
deux milles de largeur. Ce plateau impressionnant par son aspect désertique évoquant un
[39]
FLORE LAURENTIENNE
paysage lunaire, fourmille de reliques préglaciaires et d'endémiques; il héberge, en outre, des types
écologiquement liés aux roches magnésiennes:
Adiantum pedatum var. aleuticum Pellaea densa
Festuca scabrella Polystichum mohrioides var. scopulinum.
Les reliques gaspésiennes sont souvent des espèces existant aujourd'hui telles quelles
dans la région cordillérienne:
Agrostis idahoensis Petasites vitifolius
Astragalus eucosmus Salix brachycarpa
Danthonia intermedia Salix chlorolepis
Dry as Drummondii Salix hebecarpa
Erigeron compositus Solidago multiradiata
Erigeron hyssopifolius Valeriana sylvatica
Lathyrus nevadensis Woodsia oregana
Lonicera involucrata Woodsia scopulina,
Il faut enfin ajouter un élément endémique plus autochtone, appartenant surtout aux
genres polymorphes, et dont les entités semblent le résultat du comportement biologique propre
à ces genres:
Amelanchier Fernaldii Salix obtusata
Antennaria Peasei Salix paraleuca
Antennaria straminea Streptopus oreopolus.
[40]
FLORE LAURENTIENNE
Bien qu'ayant occupé depuis trente ans l'activité d'un certain nombre de botanistes pro-
fessionnels, le district gaspésien, en raison des difficultés d'accès et du grand nombre d'espèces
étroitement localisées, n'est encore que très imparfaitement connu; il reste l'un des terrains
d'études botaniques les plus prometteurs.
3° District du Saint-Jean-Restigouche.
Les rivières, à cours très rapide, coulent sur le gravier ou sur les schistes, et sont générale-
ment dépourvues de plantes aquatiques. Les platières d'alluvions sablonneuses et graveleuses,
submergées à l'époque des crues, émergent en été. C'est un habitat qui présente un grand
intérêt. Ici encore plusieurs espèces atteignent leur limite septentrionale:
Mais plus remarquable encore est le fait que la florule de ces platières présente un faciès
subarctique qui tranche avec le faciès tempéré des plateaux voisins. Les éléments les plus obvies
de cette florule subarctique sont:
[41]
FLORE LAUREN TIENNE
Il y a une évidente similitude dans la flore des platières des deux bassins hydrographiques
du fleuve Saint-Jean et de la Restigouche. Cette similitude, qui confère à ce district une suffi-
sante unité, peut s'expliquer par la capture d'une partie des eaux d'un système par le système
voisin, à une période relativement récente, par une communication entre les deux systèmes à la
période Champlain, ou encore par la dispersion simultanée d'une flore reliquale, dans les deux
vallées, sur le déclin de la glaciation Wisconsin.
0
1 District des basses terres Champlain.
Les basses terres Champlain sont ainsi appelées parce que les alluvions dont elles sont pavées
ont été déposées à l'époque de l'invasion marine Champlain. Les basses terres sont limitées
au nord par le rebord du bouclier précambrien, qui court presque en ligne droite depuis Ottawa
jusqu'à Québec. Au sud, elles se terminent à la faille de Logan, ligne de fracture qui passe par
le lac Champlain, atteint la ville de Québec, et se confond ensuite avec le lit du Saint-Laurent
jusque dans le Golfe. Au-delà de la ville de Québec, les basses terres ne sont plus qu'une étroite
bordure, de chaque côté du fleuve, mais elles ont un prolongement disjoint, par delà les Lauren-
tides, dans le bassin du lac Saint-Jean.
Le contraste est frappant entre les deux provinces physiographiques qui confinent à la
faille de Logan. C'est dans cette grande dislocation, qui a absorbé les poussées orogéniques
venues du sud-est, qu'il faut chercher la raison de la quasi-parfaite horizontalité des assises
paléozoïques des basses terres Champlain, horizontalité dont les répercussions écologi-
ques sont très importantes. Ces assises vont du Cambrien supérieur (grès de Potsdam) à
l'Ordovicien supérieur (schistes de Lorraine). Elles apparaissent, rangées d'après leur âge,
en bandes parallèles sur les pentes très douces du massif précambrien. Les formations les plus
anciennes se rencontrent dans le nord, tandis que les plus récentes apparaissent en bordure
de la faille de Logan. Le niveau très bas de la plaine, dont l'altitude moyenne est d'environ
33 mètres, n'est brisé que par la série des collines montérégiennes.
La grande glaciation a raboté les assises paléozoïques de la plaine laurentienne; elle y a
charrié du nord les débris de roches cristallophylliennes qui ponctuent cette plaine d'innom-
brables blocs erratiques; elle y a aussi déposé un manteau d'argile à blocaux d'épaisseur variable,
mais pouvant atteindre soixante-dix mètres. L'action glaciaire, en dénudant le plateau pré-
cambrien, ne lui a plus permis qu'une flore appauvrie. Dans la plaine basse laurentienne au
contraire, le même phénomène a créé des conditions favorables aux végétaux non strictement
silicicoles.
[42]
FLORE LAURENTIENNE
Mais les boues glaciaires, quoique constituant des terres de bonne qualité au point de vue
chimique, ont des caractères physiques désavantageux. Elles sont en effet extrêmement com-
pactes et opposent une grande résistance à la pénétration des racines. Leur structure est aussi
très hétérogène, les matériaux qu'elles renferment allant depuis l'argile impalpable jusqu'à des
blocs erratiques de taille énorme. Le travail de préparation et de parachèvement du domaine
végétal devait se faire durant la période de transgression marine connue sous le nom de période
Champlain, période qui coïncida avec la fin des temps glaciaires. Cette transgression fut amenée
par une subsidence générale qui atteignit 200 mètres aux environs de Montréal.
Les cours d'eau afférant au vaste estuaire ainsi formé déversèrent une quantité énorme
de matériaux provenant de l'affouillement des moraines et des dépôts d'argile à blocaux, assor-
tissant ces matériaux par ordre de densité, déposant les plus grossiers le long des lignes de rivage :
graviers et sables à Saxicava, entraînant au large la fine argile à Leda, qui se précipita à l'état
de bancs dans les eaux profondes et tranquilles. L'argile à Leda constitue les terres grises de
la plaino laurentienne, qui sont la grande ressource de l'agriculture.
Telles qu'elles se présentent aujourd'hui, les basses terres Champlain comprennent donc:
une aire principale que nous désignons sous le nom de triangle montréalais, triangle dont les
sommets sont occupés par les villes de Québec et d'Ottawa, et le lac Champlain; un prolonge-
ment en bordure du Saint-Laurent au-delà de la ville de Québec, prolongement que nous dési-
gnons sous le nom de section des terrasses du bas Saint-Laurent; enfin une aire disjointe située
dans le bassin du lac Saint-Jean, aire qui doit être rattachée aux basses terres Champlain, et
pour laquelle le nom de section translaurentidienne semble approprié.
Les endroits trop marécageux pour être boisés ont une flore arbustive ou herbacée où dominent
Eupatorium maculatum Salix discolor
Iris versicolor Salix petiolaris
Salix Bebbiana Scirpus cyperinus
Une vaste partie de cette section, partie dont le lac Saint-Pierre peut être considéré comme
le centre, est recouverte d'un épais manteau de sable à Saxicava. Cet alluvionnement intense
est probablement le résultat d'une période d'arrêt dans le retrait de la mer Champlain, période
durant laquelle le Saint-Laurent, qui creusait encore fortement son lit, et le Richelieu, qui naissait
alors, venaient accumuler leurs sables à l'extrémité d'un bras de mer finissant au lac Saint-
Pierre.
[43]
F L O R E L A U R E N T I E N N E
et, dans la région des Trois-Rivières surtout, Potentilla tridentata et Epigaea repens. Il f a u t
mentionner spécialement quelques éléments allogènes composant une florale spéciale disséminée
dans la région du lac Saint-Pierre, e t d o n t on ne p e u t expliquer la présence que p a r des migrations
anciennes sur les derniers stages de la mer C h a m p l a i n : soit le long du système H u d s o n - lac
Champlain - Richelieu, soit le long des terrasses qui bordent la rive nord de l ' O t t a w a et longent
ensuite le fleuve, à u n e certaine distance, j u s q u ' a u lac Saint-Pierre et au-delà. Les principaux
de ces éléments, d o n t la liste s'allongera certainement, sont:
Ammophila breviligulata Peltandra virginica
Aster linariifolius var. Vidorinii Podophyllum peltatum
Carex Merritt-Fernaldii Potamogeton gernmiparus
Cyperus filiculmis Ptelea trifoliata
Lathyrus japonicus Sisyrinchium graminoides
Lilium philadelphicum Woodwardia virginica
Le triangle montréalais des basses terres Champlain n'est pas dépourvu d e tourbières.
On évalue approximativement à cinq cents milles carrés la surface des tourbières situées d a n s
la partie habitée du Québec, partie qui correspond à peu près a u x basses terres C h a m p l a i n
et à leurs alentours immédiats. Ces tourbières sont fréquemment formées p a r la paludification
des dépressions en b o r d u r e de la faille de Logan e t d u Bouclier précambrien. D a n s d ' a u t r e s
cas, elles occupent d e légères dépressions à la face d e la plaine elle-même ; ailleurs, elles se s o n t
développées à la suite de feux de forêts. Les plus i m p o r t a n t e s de ces tourbières sont celles de
Saint-Janvier, de Lanoraie, de Contrecœur, d e Bulstrode, de F a r n h a m , de S a i n t - B r u n o , de
Saint-Hubert.
L a flore de ces tourbières diffère peu de celle des tourbières de la sous-région précambrienne.
Le caractère subarctique est seulement moins accusé, les plantes individuelles sont de plus forte
taille, e t il y a quelques éléments particuliers:
Bartonia virginica Ophioglossum vulgatum
Epilobium coloratum Utricularia geminiscapa
Linaria canadensis Viola lanceolata.
[44]
FLORE LAURENTIENNE
Dans certains cas,—comme dans celui de la tourbière de Lanoraie, établie sur des amas de sable
et nourrie par des eaux souterraines très froides, — le caractère subarctique est au contraire très
accentué et se traduit par la présence de plantes caractéristiques des tourbières abitibiennes:
Betula pumila Carex tenuiflora
Car ex chordorrhiza Salix pedicellaris.
Le triangle montréalais des basses terres Champlain, nous l'avons dit, se prolonge au-delà
Je la ville de Québec par une bande étroite et plus ou moins interrompue, courant de chaque
côté du fleuve. C'est la section des terrasses du bas Saint-Laurent. Sur la rive nord, cette
bande se termine brusquement au cap Tourmente; plus bas, il n'y a plus que des encoignures
dans les anses du massif précambrien (Baie-Saint-Paul, La Malbaie, Saint-Siméon, etc.). Au sud
du Saint-Laurent, la bande de terrasses est plus importante, s'élargit parfois sur plusieurs milles
et se prolonge jusqu'à l'entrée de la Gaspésie. La flore naturelle de ces terres de bordure, com-
parée à celle du triangle montréalais, a un caractère plus boréal; elle est moins riche en espèces,
mais elle possède en somme les mêmes caractéristiques. Dans cette section, de nombreuses tour-
bières se sont formées dans des dépressions parallèles au Saint-Laurent (Saint-Charles-de-Belle-
chasse, Rivière-Ouelle, Rivière-du-Loup, Cacouna, Saint-Fabien, etc.), le long d'anciennes
rivières que la tourbe a aujourd'hui comblées.
c) Section translaurentidienne.
Nous avons dit plus haut qu'il faut rattacher aux basses terres Champlain une aire dis-
jointe, translaurentidienne, située dans le bassin du lac Saint-Jean. Le bassin immédiat de
ce lac est une vaste coupe gneissique dont le fond gît à quelque cent trente mètres au-dessus
[45]
F L O R E L A U R E N T I E N N E
du niveau de la mer, tandis que les bords atteignent l'altitude de trois cents mètres. L a h a u t e
terre environnante est la pénéplaine précambrienne. La basse terre, — l e fond de la coupe, •—
est incrustée de parcelles isolées de formations ordoviciennes disparues presque p a r t o u t ailleurs.
Ces sédiments ordoviciens (Trenton, Utica, Richmond) se présentent sur le côté sud d u lac;
entre Ouiatchouan et la Pointe-Bleue, ils forment une ligne de rivage qui a sa florule calcicole :
Aster johannensis Hedysarwn alpinum
Astragalus labradoricus Juncus Dudleyi
Crataegus Brunetiana Lobelia Kalmii
Cryptogramma Stelleri Senecio pauperculus.
J
[ 46]ï
F L O R E L A U R E N T I E N N E
Il est certain que cette florale est u n reste d'une ancienne flore maritime établie ici à l'époque
de la transgression m a r i n e de la période Champlain. Les éléments conservés sont ceux qui o n t
pu s ' a d a p t e r graduellement à la déchloruration progressive des eaux. Cette florule, étudiée
par l ' a u t e u r en 1925, doit être a u j o u r d ' h u i en g r a n d e partie détruite, sauf probablement les
éléments p l u t ô t psammophiles : Ammophila breviligulata et Hudsonia tomentosa, qui croissaient
au-dessus du niveau actuel du lac.
C'est peut-être ici le m o m e n t de dire que le r e t r a i t de la m e r Champlain a laissé d'autres
florales reliquales dans la vallée alluvionnaire du Saint-Laurent. P a r t o u t où il y a une source
salée, on t r o u v e un petit groupe d ' h a l o p h y t e s qui b o r d e n t le ruisselet issu de la source. L ' u n
des meilleurs exemples est celui de la « saline » de Varennes, d a n s le comté de Verchères, d o n t
la florule halophytique est la s u i v a n t e :
Atriplex hastata Scirpus campestris
Ilordeum jubatum Sonchus arvensis.
Ranunculus Cymbalaria
Sans doute, il n'est p a s t h é o r i q u e m e n t impossible que ces florales aient pour origine des
t r a n s p o r t s de graines à de grandes distances de la m e r ; mais, d a n s les circonstances, il est beau-
coup plus n a t u r e l de considérer ces p e t i t e s populations halophytiques comme des reliquats d'une
flore autrefois généralisée d a n s la vallée alluvionnaire du S a i n t - L a u r e n t , reliquats aujourd'hui
retenus sur des points isolés par les conditions spéciales de l'habitat salin.
2° District fluvial.
N o u s venons d'examiner r a p i d e m e n t les conditions écologiques et la couverture végétale
des basses terres Champlain, qui sont comme une espèce d'ancien lit majeur d u grand fleuve.
Mais ce fleuve lui-même est une parfaite synthèse des trois grands milieux où s'épanouit la
vie: la terre, l'eau douce et l'eau salée. Le Saint-Laurent est donc u n milieu biologique d ' u n
vaste intérêt, à cause de sa complexité écologique, d e sa richesse en formes végétales, et de son
d y n a m i s m e intense. Il mérite donc d'être étudié séparément et plus longuement.
Le Saint-Laurent a la noblesse d'être le plus ancien de tous les fleuves. Il coule en marge
du Bouclier précambrien, épousant, d a n s la partie inférieure de son cours, la g r a n d e ligne de
cassure, la faille de Logan. A t o u t e s les époques géologiques, le Saint-Laurent a d û être u n e
grande voie de migration végétale. Il a sans doute flotté a u Carbonifère les thalles vascularisës
des Psilophytales, les graines des Ptéridospermées, et plus t a r d , a u Jurassique et a u Crétacé,
les fruits des Cycadales et des B e n n e t t i t a l e s . Ses rivages ont v u n a î t r e et s'éteindre les énig-
m a t i q u e s pro-Angiospermes, et d u r a n t le Tertiaire, il a v u s'ébaucher e t s'organiser définitive-
ment le t r i o m p h e de l'aventure angiospermique. M a i s la grande glaciation a presque com-
plètement effacé dans la vallée laurentienne les t r a c e s de l'enfance des plantes vasculaires, et
l'histoire de ces migrations anciennes. Depuis t r e n t e ou q u a r a n t e mille ans que la route d u
S a i n t - L a u r e n t est de n o u v e a u ouverte aux végétaux, il s'est établi le long de ses rives une flore
nouvelle, u n e flore riparienne et a q u a t i q u e dont l'intérêt e t la complexité t i e n n e n t à la variété
des facteurs écologiques agissant sur les différents t r o n ç o n s de l'immense cours d'eau.
N o u s nous bornerons ici à l'étude de cette partie du fleuve qui est comprise dans les
limites de la province de Québec, et qui est d'ailleurs la partie essentielle au point d e vue q u i
nous occupe.
I l est possible de diviser la portion québécoise d u S a i n t - L a u r e n t en six tronçons ou sections
caractérisés a u point de v u e de leur flore.
[47]
F L O R E L A U R E N T I E N N E
a) S e c t i o n d u S a i n t - L a u r e n t s u p é r i e u r .
[ 4 8 ]
FLORE LAUREN TIENNE
h) Section de l'Ottawa.
Il n'en est pas de même de l'Ottawa, immense rivière de sept cent milles de longueur,
débouchant de la fosse tectonique du grand lac Témiscamingue et dont le bassin comprend
tout le centre du Bouclier précambrien. La flore propre de l'Ottawa est encore incomplètement
connue, mais on lui reconnaît déjà une remarquable individualité attribuable à des migrations
datant probablement du début des temps post-glaciaires.
La carte de distribution des eaux à la période dite du lac Algonquin (Carte H) donne
la clef de l'origine probable de la fiorule spéciale de cette section. Le lac Algonquin déverse à ce
moment une partie de ses eaux, par un court canal longeant un front glaciaire résiduel, dans un
bras de la mer Champlain occupant la vallée de l'Ottawa. Ce canal correspond grosso modo à la
dépression unissant encore aujourd'hui l'Ottawa à la baie Géorgienne par la rivière Mattawa,
le lac Nipissing et la rivière des Français. Cette dépression semble avoir été une voie impor-
tante de migration biologique et avoir amené sur ce qui est aujourd'hui l'Ottawa, un certain
nombre d'éléments de la flore des Grands Lacs.
Parmi les espèces caractéristiques de la vallée de l'Ottawa, et dont le plus grand nombre
peuvent avoir cette origine, on peut citer:
Adlumia fungosa Podostemon ceratophyllum
Aplectrum hyemale Polygonella articulata
Bidens discoidea Polygonum Douglasii
Cardamine bulbosa Proserpinaca palustris
Carex Hitchcockiana Pterospora andromedea
Carex sychnocephala Pycnanthemum virginianum
Ceanothus americanus Quercus alba
Ceanothus ovatus Rhus canadensis
Celtis occidentalis Salix amygdaloides
Comptonia asplenifolia Salix nigra
Cyperus filiculrnis Schizachyrium scoparium
Cyperus Houghtonii Scirpus Torreyi
Draba nemorosa Sisyrinchium graminoides
Eragrostis pectinacea Sorghastrum nutans
Fimbristylis autumnalis Spiranthes lucida
Habenaria flava Sporobolus cryptandrus
Hamamelis virginiana Steironema lanceolatum
Hudsonia toméntosa Stenophyllus capillaris
Hypericum Kalmianum Ulmus racemosa
Isanthus brachiatus Utricularia purpurea
Juncus articulatus Utricularia resupinata
Juncus militaris Viburnum affine
Juniperus virginiana Viola primulifolia
Lathyrus ochroleucus Waldsteinia fragarioides
Lechea intermedia Zanthoxylurn americanum
Listera australis
[49]
F L O R E L A U R E N T I E N N E
c) S e c t i o n d u R i c h e l i e u .
Le Richelieu, qui coule du sud au nord et qui draine u n e vaste portion des Apalaches,
introduit n a t u r e l l e m e n t d a n s la plaine alluvionnaire du S a i n t - L a u r e n t u n certain n o m b r e
d'éléments qui m a n q u e n t le plus souvent ailleurs dans le Québec:
Amelanchier grandiflora Potamogeton crispus
Anacharis occidentalis Polamogeton Vaseyi
Arisaema Stewardsonii Scirpus Torreyi
Gratiola aurea Sparganium androcladum
HamameMs virginiana Spiranthes lucida
Juncus compressus Steironema lanceolatum
Littorella americana Viburnum acerifolium
Peltandra virginica
d) S e c t i o n a l l u v i a l e d u S a i n t - L a u r e n t .
[50]
FLORE L A U R E N T I E N N E
[51]
F L O R E L A U R E N T I E N N E
Sur les b a t t u r e s émergeant l'été paraissent t o u t u n groupe d'éléments, les uns vivaces,
les a u t r e s annuels. P a r m i les premiers, mentionnons q u a t r e Salicacées:
Populus balsamifera Salix longifolia
Salix cordata Salix nigra,
qui, sous une forme arbustive solidement enracinée dans l'argile, peuvent t r i o m p h e r de la vio-
lente action m é c a n i q u e des glaces; le Spartina pectinata Bosc ( = S. Michauxiana Hitchc),
forte Graminée à souches stolonifères r a y o n n a n t e s , qui forme le « foin de grève » sur t o u t e cette
section; le Polygonum coccineum et le P. natans dans leur formes émergées; YApocynum cannabi-
num, d o n t les rhizomes, cheminant horizontalement à une grande profondeur, défient le l a b o u r
des glaces. P a r m i les plantes annuelles ou bisannuelles qui s'établissent aussitôt q u e l'eau
se retire, m e n t i o n n o n s :
[ 52 ].
F L O R E L A U R E N T I E N N E
les autres, plantes vivaces, s'établissent à demeure, mais ne forment jamais q u e des stations
isolées:
Alisma gramineum var. Geyeri Panicum virgatum
Arisaema Dracontium Rumex mexieanus
Dianthera americana Sporobolus heterolepis.
Malgré les a p p o r t s répétés, continués d u r a n t des centaines de siècles, la flore de la section allu-
viale reste très différente de celle des G r a n d s Lacs, e t beaucoup moins riche. Cela prouve l'im-
portance t r è s relative qu'il faut a t t r i b u e r aux plus puissants moyens de transport, d a n s la consti-
t u t i o n des populations végétales: ces moyens restent toujours sous la dépendance d'impondé-
rables biologiques infiniment plus agissants.
Il faut enfin m e n t i o n n e r une a u t r e florule allogène, constituée par des h y d r o p h y t e s eura-
siatiques s u r t o u t rhizomateuses, dont la présence sur cette section p e u t s'expliquer p a r les déchets
p r o v e n a n t des navires t r a n s a t l a n t i q u e s fréquentant le port de Montréal. D a n s les ports
p r o p r e m e n t maritimes, ce processus est à peu près inopérant parce que la pression osmotique
de l'eau salée t u e la p l u p a r t des rhizomes, graines, fruits, etc., que l'on j e t t e à la mer. E n eau
douce, a u contraire, ces déchets sont flottés sur les rivages boueux où ils s'enracinent bientôt,
et forment le point de d é p a r t de colonies qui peuvent subsister t r è s longtemps e t devenir même
envahissantes. A cette florule a p p a r t i e n n e n t : Rorippa amphibia et ses multiples formes éco-
logiques, Car ex intermedia, Carex nutans, Alisma gramineum, Lythrum Salicaria, et surtout
Butomus umbellatus. C e t t e dernière espèce, que l'on a commencé à remarquer vers 1900, est
m a i n t e n a n t l'une des plantes dominantes de la section alluviale. Grâce aux innombrables
bulbilles q u i se d é t a c h e n t des rhizomes à l ' a u t o m n e , le B u t o m e déplace la végétation indigène,
t a n t sur les b a t t u r e s émergées qu'en e a u profonde où il s'établit sous une forme stérile à feuilles
rubanées t r è s allongées (f. vallisneriifolius). La seule plante capable de lutter a v e c le B u t o m e
est le Lythrum Salicaria, aussi introduit d ' E u r o p e , à une date inconnue mais ancienne, et q u i
forme d ' i m m e n s e s colonies pures t o u t le long de la section alluviale du S a i n t - L a u r e n t , d o n n a n t
souvent a u paysage sa n o t e caractéristique.
e) S e c t i o n e s t u a r i e n n e d u S a i n t - L a u r e n t .
[53]
FLORE LAURENTIENNE
Toutes ces plantes sont adaptées d'une manière ou d'une autre, et parfois d'une façon
extraordinairement efficace, aux conditions de vie spéciales créées par les marées d'eau douce.
Elles sont en général pauvres en parenchyme chlorophyllien et n'offrent pas de grandes surfaces
foliaires pouvant donner prise à l'action mécanique de l'eau. Elles sont souvent annuelles
ou pérennantes, l'érosion et la sédimentation continuelles permettant difficilement aux plantes
à souche ou à rhizome (Scirpus validus, S. acutus) de s'emparer du terrain.
Assez curieusement, certaines espèces qui, dans l'ouest du Québec, n'ont aucune préfé-
rence hydrophytique, viennent ici se réfugier dans la zone intercotidale de l'habitat estuarien,
en vertu de quelque convenance écologique probablement liée à la température de l'eau. Telles
sont :
Aster paniculatus Polygonum virginianum
Gerardia paupercula Veronica peregrina
Lilium canadense Zizia aurea.
Dès que l'on s'élève au-dessus de la zone intercotidale, les rivages du Saint-Laurent, dans
la section estuarienne, n'offrent rien de très spécial, sauf que les graviers et terres meubles accu-
mulés par l'action mécanique des grandes marées offrent des conditions favorables à certaines
plantes, comme par exemple aux Oenothera, qui y sont extrêmement diversifiés:
[54]
F L O R E L A U R E N T I E N N E
[56]
F L O R E L A U R E N T I E N N E
avec, c o m m e associés:
Empetrum nigrum Rubus Chamaemorus
Myrica Gale Sarracenia purpurea
Potentilla fruticosa Smilacina trifolia.
[57]
F L O R E L A U R E N T I E N N E
ou des endémiques d'affinité cordillérienne, les uns propres à l'Anticosti - Minganie, les a u t r e s
s ' é t e n d a n t à t o u t l ' a v a n t - p a y s calcaire (y compris la baie J a m e s ) et m ê m e au-delà:
[58]
F L O R E L A U R E N T I E N N E
te florule ancienne, héritée de la dernière époque interglaciaire, exige aussi q u e les îles de la
Minganie, et l'île d'Anticosti, n'aient pas été complètement submergées d u r a n t la période C h a m -
plain e t se soient trouvées
surélevées à cette époque. Jo
Il y a lieu de croire que,
pour Anticosti en particu-
lier, le modeste plateau de
l'intérieur, drainé par les ri-
vières J u p i t e r , Galiote, Chi-
cotte, etc., émergeait à l'état
d'îlot à la période C h a m -
plain. C o u v e r t d'une végé-
^ ^ ^ ^ /,
tation rabougrie, il devait
servir de refuge aux plantes
que nous considérons com-
me des épibiotes et que
nous r e t r o u v o n s aujourd'hui
sur les graviers des rivières.
Cette p a r t i e élevée de l'île
CARTE K. —• Plateau central de l'île d'Anticosti, qui paraît avoir été le
est m a i n t e n a n t complète-
lieu de refuge des éléments allogènes de l'île durant la période Champlain. Les
ment boisée e t les reliques flèches indiquent les migrations postérieures par les graviers des rivières.
préglaciaires, p l a n t e s de
prairies alpines exigeant la pleine lumière, se sont réfugiées dans le seul h a b i t a t qui pouvait
leur p e r m e t t r e de subsister: les platières graveleuses, éclairées, froides, des petites rivières des-
cendant d u plateau central de l'intérieur (Carte K ) . Il est possible que cette b a n d e de Y Anti-
costi - M i n g a n i e soit continue avec celle qui enferme le territoire à reliques et à endémiques de
la Gaspésie.
b) S e c t i o n d e s î l e s d e la M a d e l e i n e .
[59]
F L O R E L A U R E N T I E N N E
tance, la verdure des îles est d ' u n e fraîcheur qui rappelle la verte É r i n . La forêt p r i m i t i v e
est disparue de presque p a r t o u t ; à Brion elle couvre encore cependant u n e g r a n d e p a r t i e de
l'île, nous renseignant ainsi sur l ' é t a t primitif de l'archipel.
[60]
II. — DYNAMISME DE LA FLORE LAURENTIENNE.
[61]
FLORE LAURENTIENNE
Quoique la science, cette « machine à explorer la matière », nous laisse encore ignorer presque
tout du pourquoi et du comment de l'évolution organique, — comme d'ailleurs du développement
ontogénique, — il ne se trouve plus guère de biologiste ou de naturaliste qui n'accepte comme
fait, une certaine évolution passée ou présente dans le monde des vivants.
[62]
FLORE LAURENTIENNE
Tous les doutes, et la plupart des objections dans ce domaine, se rapportent non pas au
fait général, global, de l'évolution, mais bien plutôt à son étendue, à son intensité et à ses moda-
lités. En d'autres termes, la discussion se concentre aujourd'hui surtout sur les théories de la
descendance, sur les lignées ou séries concrètes de formes obtenues par des rapprochements
comparatifs, et dont on peut bien difficilement prouver, dans chaque cas particulier, qu'elles
sont réellement des séries génétiques.
Mais autant il est difficile de prouver complètement les théories de la descendance, et la
réalité des lignées concrètes, autant il est facile de fonder, en toute indépendance, l'idée d'évo-
lution sur des connaissances communes à tous les biologistes.
La paléontologie, en effet, nous apprend d'une façon indéniable qu'il y a eu, dans les types
organiques, une succession dans le temps de telle sorte que les formes les plus complexes et les
plus élevées en organisation sont apparues les dernières. A ce témoignage de la paléontologie,
absolument inattaquable, vient s'ajouter l'expérience que nous avons de la continuité de la vie:
nous savons que les organismes les plus simples n'apparaissent pas spontanément. Nul biolo-
giste ne voudrait aujourd'hui nier la proposition suivante: « Aucun être vivant ne peut prendre
naissance en dehors de la continuité du plasma de ses ancêtres. » Si l'on rapproche cette pro-
position indéniable du témoignage également indéniable de la paléontologie, la conviction que
les différents types vivants doivent s'être développés non seulement les uns après les autres,
mais les uns des autres, prend les proportions d'un postulat logique positif. La certitude de
la réalité d'une évolution organique ne pourrait être ébranlée que si l'expérience nous enseignait
à l'avenir qu'un organisme individuel peut naître autrement que par continuité plasmatique,
ou que tous les types vitaux, vivants ou disparus, existèrent en même temps dès l'origine. Aucun
autre argument ne pourrait affaiblir la logique de l'idée de l'évolution organique.
Le spectacle que nous offre la flore laurentienne, •— dont nous avons fait le tableau dans
la première partie de cette étude, — et les leçons qui se dégagent de sa considération attentive,
ne peuvent que fortifier cette conviction que la vie végétale continue un développement depuis
longtemps commencé, qu'elle produit encore plus ou moins rapidement de nouvelles entités
spécifiques ou variétales, et que les virtualités vitales ne sont nullement épuisées par le déve-
oppement actuel de l'espèce, et le développement ordinaire de l'individu.
La méthode expérimentale est inapplicable sur des ensembles aussi vastes et aussi com-
plexes que celui qui est constitué par la flore de notre immense pays. Elle est de plus impuis-
sante en face de problèmes où le facteur temps, impossible à éliminer, joue un rôle essentiel et
annule, par la durée nécessaire des périodes d'expérimentation, la durée de l'expérimentateur
lui-même. Aussi l'observation est-elle ici seule en cause.
L'observation nous fait reconnaître des endémiques, c'est-à-dire des espèces dont la dis-
tribution géographique est restreinte à un territoire déterminé et souvent exigu, et des èpibittes,
c'est-à-dire des espèces qui ont survécu à des associations disparues, et qui se trouvent isolées
à l'état de reliques loin de leur aire principale actuelle. C'est par l'examen méticuleux des
conditions de milieu, par l'étude serrée des distributions, que nous pouvons apprécier les dévia-
tions qu'ont subies les épibiotes, et tenter d'expliquer l'origine des endémiques, soit par l'hy-
pothèse d'une transformation insensible et continue, soit par l'hypothèse d'une évolution large-
ment discontinue, d'une série de mutations brusques.
[63]
FLORE LAURENTIENNE
Il semble bien que nous avons dans la flore du Québec des traces suffisamment nettes d'évo-
lution à termes discontinus. Deux cas seulement seront mentionnés: le cas du genre Senecio,
et celui du genre Crataegus.
Le genre Senecio est bien développé au nord et à l'est du Québec, particulièrement autour
du golfe Saint-Laurent. On connaît d'une manière définitive, dans cette dernière région, plusieurs
espèces endémiques, avec un certain nombre de formes critiques qui restent à étudier. Les
capitules de presque toutes les espèces portent des rayons assez allongés et d'un beau jaune d'or.
Plusieurs espèces donnent de temps à autre des formes dépourvues de rayons, et ce caractère
purement négatif, régressif, est accompagné d'autres modifications caractéristiques: érythrisrne,
etc. Ainsi, une tourbière à Senecio pauperculus, à Anticosti, ne contient que des individus sans
rayons et teintés d'anthocyane. L'origine des milliers d'individus modifiés de la même manière
ne peut guère s'expliquer que par la persistance des caractères modifiés chez les individus issus
de graines: il s'agit d'une véritable mutation, qui a reçu le nom de f. verecundus, mais qui mérite-
rait probablement un nom spécifique.
Le genre Senecio présente, le long des rivages du golfe Saint-Laurent, une grande espèce
halophytique, le S. pseudo-Arnica. C'est une plante de forte taille, pouvant atteindre presque
deux mètres de hauteur, vigoureuse, d'un beau vert sauf à la base, très charnue, fortement to-
menteuse vers le sommet et dans l'inflorescence. Les capitules sont larges d'environ cinq centi-
mètres, et sont munis de rayons définis, de deux ou trois centimètres de longueur. Or, on trouve
dans la Minganie (île du Havre de Mingan), des plantes rougeâtres, peu velues, et portant des
capitules dont les rayons, d'environ deux millimètres de longueur, ne dépassent que peu ou
point les fleurs du disque. C'est le Senecio Rollandii, qui forme, sur plus d'un mille de longueur,
des colonies luxuriantes, insérées brusquement dans le cordon littoral de /S. pseudo-Arnica
qu'elles interrompent de place en place sur une longueur d'environ un mètre. On n'observe
aucun intermédiaire, ni aucune trace de parasitisme ou de dégénérescence. Il s'agit encore
ici d'une mutation bien définie, qui peut se produire dans toute l'aire de l'espèce.
Si noua passons maintenant au grand genre Crataegus, — le groupe des Aubépines, — nous
trouvons un cas encore plus caractéristique, celui d'un genre en pleine crise de mutation.
L'étude de la flore fossile, aussi bien que celle de la flore vivante générale, laisse entendre
que le développement des espèces ne procède pas sur tous les points à la fois, ni à la même vitesse,
comme une marée qui s'avance sur un rivage, mais que ce développement rappelle plutôt la
progression, en apparence désordonnée, des troupes sur un long front de bataille. Ce sont des
explosions, des expansions soudaines de certains groupes particuliers: genres, familles, ordres,
classes, qui explorent pour ainsi dire toutes les possibilités d'une certaine formule d'organisa-
tion pour retourner ensuite à l'immobilité relative ou absolue, et quelquefois disparaître entière-
ment. Rappelons, pour mémoire, l'expansion apparemment soudaine des Ptéridospermées au
Carbonifère, celle des Angiospermes à la fin du Crétacé, et parmi les Angiospermes, la récente
et formidable évolution des Composées.
Dans la flore actuelle, certains genres nombreux en espèces, comme le genre Carex qui en
comprend environ 1000, semblent au repos, présentant des types spécifiques assez bien définis,
à bas coefficient de variabilité. Leur effort d'expansion semble fait, mais la décadence, qui
doit se traduire par l'élimination des types faibles, n'est pas encore avancée. Certains autres
[64]
F L O R E L A U R E N T I E N N E
genres, a u contraire, semblent être en pleine éruption, j e t a n t en t o u s sens des formes nouvelles
plus ou m o i n s stables, et sans rapport causal avec le milieu. Tels sont, en E u r o p e , les genres
Rosa, Rubus, Hieracium; en Chine et a u J a p o n , le genre Sorbus; en Amérique, les genres Anten-
naria, Panicum, Oenothera, Crataegus.
Le genre Crataegus, qui ne présente guère que quelques espèces dans l'ancien monde, —
espèces a p p a r e m m e n t stables, — pose d a n s le nouveau monde, à cause de l'effarante multiplicité
des formes, un extraordinaire problème biologique. On a décrit en Amérique près d ' u n millier
d'espèces, e t n o t r e flore québécoise en renferme a u moins une cinquantaine, e t p r o b a b l e m e n t
d a v a n t a g e . M a i s que sont ces espèces ? Linnéons, jordanons, micromorphes, espèces élémen-
taires ? Quelle est leur valeur technique et leur stabilité ?
D e s biologistes, familiers avec d ' a u t r e s genres, o n t mis en doute la valeur de cette taxonomie
des Crataegus. Ce millier d'espèces, surgi sur les sites des anciens villages d'Indiens sédentaires,
sur les fermes abandonnées et les terrains incultes de l'Amérique orientale, étonne e t effraie. Mais
il faut se r a p p e l e r que la formule de l'organisation, donc la spécificité, résultent de la combinaison
d ' u n c e r t a i n nombre de caractères ou d'éléments d'intégration, éléments d ' a u t a n t plus nombreux
que l ' ê t r e , p l a n t e ou animal, est plus élevé en organisation. D a n s une p l a n t e angiosperme, dernier
fruit de l'évolution des Vasculaires, le nombre de ces éléments est relativement grand, et Me
n o m b r e d e leurs combinaisons possibles, et p a r conséquent des espèces possibles, est immense.
E n ce qui concerne les Crataegus, une longue expérience p e r m e t d'affirmer q u ' u n e fois les
o b s e r v a t i o n s faites et les premières difficultés vaincues, on arrive à reconnaître, a u m o m e n t de la
floraison, la p l u p a r t des espèces d'une région donnée, aussi facilement et même plus facilement
que celles d ' a u t r e s genres critiques, mais moins n o m b r e u x en espèces. Cependant, la floraison
passée, il semble que les différences s'oblitèrent: le rideau se tire et le monde des Aubépines
redevient u n e énigme. D a n s l'ensemble, toutefois, nous considérons les Aubépines du Québec
comme suffisamment caractérisées. Q u a n t à la stabilité des espèces, deux ordres de faits peuvent
nous renseigner. Tout d'abord, des expériences à grande échelle instituées par SARGENT à l'Arnold
A r b o r e t u m ont m o n t r é que les espèces se reproduisent en conservant fidèlement leurs caractères.
D ' a u t r e p a r t , l'observation, a u m o m e n t de la floraison, des grandes formations d'Aubépines
comme celles de l'île de Montréal, n e donne pas l'impression de variabilité individuelle. Des
haies n a t u r e l l e s , longues de centaines de mètres, sont souvent composées de milliers d'individus
a p p a r t e n a n t à la même espèce ou à u n p e t i t nombre d'espèces, toujours bien reconnaissables
au m o m e n t de la floraison.
N o u s avons dit q u e la flore du Québec comprend a u moins une cinquantaine d'espèces
d ' A u b é p i n e s . D a n s ce n o m b r e , plusieurs sont endémiques dans la région de M o n t r é a l , ou
d a n s celle de Québec, et d'autres sont limitées à u n territoire d é b o r d a n t assez peu le Québec.
Or, les Aubépines ne sont pas des essences forestières; leur épanouissement d e m a n d e des lieux
secs e t d e pleine lumière. A l'époque précoloniale, t o u t le Québec é t a i t couvert d'épaisses forêts,
et les lieux ouverts, a u t r e s que les marécages et les tourbières, étaient p l u t ô t rares. Les Aubé-
pines ne p o u v a i e n t guère s'établir que p a r petits groupes isolés, le long des cours d'eau. C'est
ainsi q u ' o n les voit d'ailleurs sur les confins de leur distribution, sur leur front d'avance, au lac
S a i n t - J e a n , au Témiscamingue, sur l'île d'Anticosti. Il paraît logique de conclure, e t c'est le
point c a p i t a l de t o u t e cette discussion, que le grand développement du genre en Amérique est le
résultat i m m é d i a t d'une r u p t u r e d'équilibre écologique, effet du défrichement p a r les Indiens
sédentaires d'abord, p a r les Blancs ensuite. N o n pas que le n o u v e a u milieu ainsi créé ait formé
d i r e c t e m e n t les nouvelles entités en les m o u l a n t à ses lignes. Il semble bien plutôt, comme nous
l'avons suggéré plus h a u t pour le cas général des genres polymorphes, que l'espèce, en v e r t u
d ' u n d y n a m i s m e dont l'essence nous échappe encore complètement, e t sous le stimulus de l'en-
[65]
F L O R E L A T J R B N T I E N N E
Les traces d'évolution discontinue que nous pouvons relever directement dans n o t r e flore
sont peu nombreuses, précisément parce q u e ce mode semble procéder p a r crises violentes, le
plus souvent longuement séparées d a n s le t e m p s et l'espace. M a i s ces traces sont suffisamment
démonstratives. Il e s t d'ail-
leurs certain que b e a u c o u p
de m u t a t i o n s se p r o d u i s e n t
sans cesse qui é c h a p p e n t à
l'observation ou s o n t mises
au compte d ' a u t r e s proces-
sus: anomalie, h y b r i d i s m e ,
p a t h o l o g i e . Quand nous
trouvons des faits d y n a m i -
ques d o n t le r a p p o r t avec
la condition s t a t i q u e e s t
obscur, nous inclinons d'ins-
tinct à les a t t r i b u e r p l u t ô t à
ce m o d e d'évolution plus
banal q u e nous supposons
continu, p e u t - ê t r e seule-
ment parce que le g r a n d
nombre e t l'affinité des ter-
mes en m a s q u e n t la discon-
tinuité.
Ces forces d ' é v o l u t i o n
continue d o n t n o u s a d m e t -
tons le t r a v a i l incessant s u r
la face de la Biosphère, •—
parce que nous ne v o y o n s p a s
d ' a u t r e s processus p o u v a n t
rendre compte de l'ensemble
CARTE L. — Le continent nord-américain durant le Crétacé inférieur, des faits, il n ' e s t p a s facile
Extension de la grande forêt de Gymnospermes. de les déceler, p a r c e q u e le
plus souvent elles s o n t appli-
quées avec la m ê m e intensité à des sujets à peu près identiques, e t d u r a n t des t e m p s sensiblement
égaux. Les repères et les témoins m a n q u e n t le plus souvent. Quand ces forces sont d ' i n t e n s i t é
différente, la relativité des déplacements m a s q u e facilement leur valeur absolue. P o u r déceler
[661
FLORE L A U R E N T I E N N E
[67]
FLORE L A U R E N T I E N N E
le Larix Lyallii; notre Pinus Sirobus par le Pinus monticola; notre Pinus Banksiana par le
Pinus Murrayana; notre Thuja occidentalis par le Thuja plicata, et ainsi de suite.
Mais un autre grand événement de l'histoire géologique de l'Amérique va s'accomplir
durant le Tertiaire, et devenir encore un puissant facteur d'isolement. Nous voulons parler
de la disparition, par dé-
rive continentale ou autre-
ment, du pont nord-atlan-
tique qui, baigné au sud
par la mystérieuse mer
Téthys, unissait, depuis le
Cambrien, mais avec des
vicissitudes d i v e r s e s ,
l'Amérique e t l'Europe
(Carte 0 ). Cette dispari-
tion dut être graduelle,
mais lorsqu'elle d e v i n t
complète, que les courants
d'eau froide affluèrent vers
le sud, que le secours des
vents et des insectes man-
qua aux phénomènes de
pollinisation, lorsqu'enfin
les conditions de milieu
devinrent de plus en plus
différentes d'un côté et de
l'autre de l'Atlantique, les
mêmes processus différen-
ciateurs que nous avons
vus amener la ségrégation
'.FORET gymnospermique au Cré-
TROPICALE tacé, entrèrent en jeu pour
faire diverger de plus en
CARTE N. — Le continent nord-américain durant le Tertiaire. La mer
mitoyenne disparaît et la forêt tertiaire s'établit en conservant son caractère
plus les flores américaine et
bicentrique. e u r o p é e n n e , jusque-là
relativement semblables, à
la faveur de la continuité des terres et de l'uniformité du climat.
Ainsi, nous voyons alors s'éteindre en Europe quelques-uns des arbres les plus familiers
de l'Amérique d'aujourd'hui:
Acer rubrum Liriodendron tulipifera
Acer spicatum Magnolia acuminata
Betula lenta Magnolia grandiflora
Carya alba Pinus Strobus
Celtis occidentalis Robinia pseudo-Acacia
Fraxinus americana Sassafras officinale
Juglans cinerea Tsuga canadensis.
Liquidambar styracifolia
[68]
FLORE LAUREN TIENNE
A cette impressionnante liste d'arbres, ajoutons des arbustes: Vactinium corymbosum, Vactinium
stamineum, et des plantes herbacées caractéristiques: Brasenia Schreberi, Dulichium arundina-
ceum. D'un autre côté, l'Amérique perd aussi quelques unités, comme les diverses espèces du
genre Trapa.
Sans doute, ces espèces s'éteignirent par manque de plasticité, à cause d'une impuissance
intrinsèque à s'adapter aux conditions nouvelles. La plupart des genres d'arbres, et nombre
de genres herbacés ou frutescents, continuèrent cependant à vivre sur les deux continents; mais
leurs espèces, graduellement modifiées par l'isolement, finirent par diverger à ce point que si
la plupart des genres d'arbres de la flore du nord-est de l'Amérique vivent en Europe occi-
dentale, les deux régions,— il faut noter ce fait qui est capital,— n'ont aucune espèce en commun,
sauf peut-être le Juni-perus communis, qui affecte d'ailleurs en Amérique un port déprimé très
différent de celui de la for-
me ordinaire européenne.
Mais malgré ces différences
spécifiques, il est facile ce-
pendant de reconnaître les
affinités, et d'établir, d'un
côté à l'autre de l'Atlanti-
que, entre les Hêtres, les
B o u l e a u x , les Pins, les
Ostryers, un parallélisme,
une vicariance, analogue au
parallélisme, à la vicariance
que nous avons reconnus
entre les Gymnospermes de
l'est et de l ' o u e s t de
l'Amérique. Ainsi YOstrya
virginiana diffère très peu
de VOstrya carpinifolia
d'Europe ; Y Vlmus fulva
d'Amérique et l'Ulmus cam-
pestris d'Europe sont évi- CARTE O. — Les ponts continentaux durant le Tertiaire (époque éocène ).
demment de même souche,
et notre magnifique Ulmus americana n'est que le vicariant américain de l'Ulmus pedun-
culate, d'Europe. Une semblable relation unit le Pinus Strobus laurentien et le Pinus Peuce
balkanique, le Pinus Banksiana hudsonien et le Pinus sylvestris du nord de l'Europe. Dans
certains cas cependant, comme dans celui des Chênes, cette vicariance ne paraît pas exister: nos
Chênes appartiennent à des séries d'espèces non apparentées aux séries d'Europe.
Ces identités ou ces vicariances, plus frappantes quand il s'agit d'arbres connus de tout
le monde, s'établissent également quand il s'agit de la flore herbacée ou frutescente. Il y avait
continuité dans la flore littorale de la mer Téthys, depuis le Bouclier Scandinave jusqu'au Bouclier
laurentien. Cette continuité, favorisée par l'uniformité du climat tertiaire, a évidemment
été rompue par la disparition du pont nord-atlantique. Mais la flore actuelle du golfe Saint-
Laurent contient une florale assez importante dont les affinités ou les identités Scandinaves
ou baltes sautent aux yeux. Certains éléments comme:
Atriplex maritima Polygonum, acadiense
Carex recta Polygonum Raii
Carex vesicaria var. Grahamii Scirpus pumilus
Eleocharis uniglumis Sparganium glomeratum,
l 69]
FLORE LAU R E N T I E N N E
sont demeurés inchangés; d'autres, comme le Carex Hostiana var. laurentiana, de Terre-Neuve
et d'Anticosti, ont divergé plus ou moins du type primitif.
Mais les relations de vicariance chez les plantes herbacées ne sont pas limitées aux plantes
maritimes. Une étude détaillée de chacun des groupes de la flore, faite à ce point de vue, mon-
trerait d'une façon saisissante ce léger décalage morphologique, qui est la mesure même de l'am-
plitude de la micro-évolution en œuvre sur les deux côtés de l'Atlantique, depuis la séparation
complète des continents. On peut déceler cette micro-évolution dans tous les groupes impor-
tants; nous nous limiterons ici à quelques exemples tirés des Ptéridophytes et des Angiospermes:
PTÉRIDOPHYTES
ANGIOSPERMES
[70]
FLORE LAURENTIENNE
Mais les âges ont marché et le Tertiaire touche à sa fin. Déjà façonnée par les deux grands
événements que nous venons d'exposer, enrichie par divers courants de migration, la flore du
Québec va maintenant subir la grande épreuve de la glaciation pleistocene.
Sous l'influence de causes diverses: astronomiques, géologiques, météorologiques, causes
d'ailleurs entièrement hypothétiques, un refroidissement s'opère dans tout l'hémisphère boréal.
Une immense nappe de glace, d'une puissance mécanique extraordinairement intense, s'avance,
gagne, envahit tout, couvrant à certains moments deux millions de milles carrés, s'étendant
depuis le Labrador jusqu'à l'Alaska, descendant jusqu'au Montana, poussant une pointe avancée
dans la vallée du Mississipi et de l'Ohio, et touchant l'Atlantique dans le nord du New-Jersey.
Cette nappe de glace rayonnait autour de trois centres: un centre labradorien, un centre keewa-
tinien et un centre cordillérien. Seul nous intéresse ici le centre labradorien, situé au cœur de
ce que nous appelons l'Ungava, et d'où la glace s'étendit sur tout le Canada oriental (Carte P ) .
Durant cette période,
dont la durée fut de l'ordre
d'un million d'années, la
nappe de glace fut soumise
à des avances et à des reculs
successifs: il y eut des pé-
riodes interglaciaires où le
climat redevenait tempéré,
et où la végétation, chassée
vers le sud durant l'avance
précédente, reconquérait le
pays d é g 1 a c i é . L'avant-
dernier retour de la glace
sur le Québec, probablement
à la période jerseyenne, sem-
ble avoir couvert tout le
territoire et avoir détruit
toute végétation. Puis s'ou-
vre une dernière période in-
terglaciaire, qui peut avoir
duré de 6 0 , 0 0 0 à 8 0 , 0 0 0 ans. CARTE P. — Extension maximum de la glaciation en Amérique.
De nouveau, à la période
Wisconsin, la glace s'avance, mais il ressort de travaux récents que cette dernière glaciation a
été plus bénigne, et que nombre de points du Canada oriental n'ont pas été touchés. L'épais-
seur de la glace qui recouvrait alors les parties centrales de l'Ungava est inconnue, mais dans
le nord-est du Labrador elle était d'environ sept cents mètres, A Terre-Neuve, la nappe ne
s'élevait guère au-dessus de trois cent cinquante mètres, ce qui permit à de grandes étendues
de hauts plateaux d'échapper aux ravages de la glaciation. Dans le sud-est du Québec, il
est également certain que la glace n'a pas dépassé le niveau de huit cents mètres et que la partie
supérieure des Shikshoks n'a pas été recouverte. D'autres régions, élevées ou non, semblent
avoir été épargnées: Torngats, sommet des Laurentides aux environs de la baie Saint-Paul,
Le Bic, plateaux de l'île du Cap-Breton, îles de la Madeleine, peut-être aussi la majeure partie
de l'Anticosti - Minganie et la région de Blanc-Sablon (Carte Q).
Nous savons quelque chose de la flore de cette dernière période interglaciaire par des restes
fossiles trouvés près de la baie James, sur la rivière Moose, et près de Toronto, à Scarboro Bluffs
[71]
F L O R E L A U R E N T I E N N E
Les dépôts de Toronto nous renseignent donc un peu sur les éléments de la flore inter-
glaciaire. Mais nous en savons beaucoup plus par des documents d'un a u t r e ordre, — fossiles
vivants, pourrait-on
dire, — p a r la flore reli-
quat e qui a persisté j u s q u ' à
ce j o u r a u t o u r d u golfe
S a i n t - L a u r e n t , p o u r nous
raconter l'histoire m y s t é -
rieuse de ce lointain passé.
N o u s venons d e voir
que l'offensive glaciaire fi-
nale fut assez bénigne, et
que certains points du C a -
n a d a oriental ne furent pas
touchés. Ces p o i n t s , ces
n u n a t a k s , coupaient les
c h a m p s de glace ou s'éle-
vaient, comme des îles
de rochers et de v e r d u r e ,
au-dessus de la g r a n d e
é t e n d u e blanche, d u r a n t
cette étrange période. Ces
îles, perdues au milieu du
plus complet des déserts,
n ' é t a i e n t p o u r t a n t p a s dé-
pourvues de vie; elles hé-
bergeaient une flore res-
t r e i n t e et une faune encore
plus p a u v r e , reliques, l'une
et l ' a u t r e , sauvées de la
flore et de la f a u n e ter-
tiaires, et qui furent dès
CABTE Q. — Les nunataks du Canada oriental. Les parties en noir solide lors forcées de s ' a d a p t e r
indiquent les régions qui sont considérées comme ayant échappé à la glaciation
à des conditions extraordi-
Wisconsin.
nairernent violentes. Ce
qu'il importe d e r e m a r q u e r t o u t d'abord comme découlant de très n o m b r e u x faits, c'est que
ce processus d'élimination des formes plus faibles et insuffisamment plastiques, p e r m e t t a n t
l'expansion, d u r a n t les âges glaciaires, des formes plus malléables et plus progressives, semble
avoir été l'une des causes principales de l'apparition de nouvelles espèces, et avoir j o u é le rôle
d'accélérateur des courants d'évolution.
[72]
FLORE LAUEENTIENNE
[73]
FLORE LAURENTIENNE
continuité avec le pays qui les entoure, sont encore de véritables îles physiologiques, des centres
ou la tendance endémique s'accuse et où, par contraste avec le reste du pays, nous pouvons
saisir sur le fait le dynamisme qui entraîne l'évolution organique.
Il reste maintenant à examiner une autre cause d'isolement, un autre cas d'insularisme
physiologique. Dans un pays comme le nôtre, qui a subi à une époque géologiquement récente
l'épreuve de la glaciation, il est d'abord intéressant de constater que presque tous les endémiques
certains dont l'origine ne peut s'expliquer par l'isolement durant le Pleistocene, sont établis
dans les estuaires, et particulièrement dans l'estuaire du Saint-Laurent. Nous entendons ici
par estuaire, — nous l'avons dit plus haut, — la partie des rivières débouchant à la mer et
baignée deux fois le jour par les marées d'eau douce.
Dans la première partie de cette esquisse, nous avons donné une liste des principaux élé-
ments de cet habitat, et signalé leurs adaptations écologiques à ce milieu spécial. Depuis
quelques années, on a étudié avec plus de soin les plantes estuariennes, chez lesquelles on a
décelé de notables déviations morphologiques héréditaires, et une plasticité inusitée chez les
plantes terrestres ou palustres. Ces déviations ont été diversement considérées et décrites
comme espèces, variétés ou formes, tant il est vrai que la notion de l'espèce biologique est encore
largement subjective.
L'exemple le plus démonstratif des endémiques estuariens est sans doute le Gentiana Vic-
torinii, espèce confinée sur les grèves baignées par les marées d'eau douce, et connue maintenant
à peu près tout le long de l'estuaire. L'espèce se rapproche du G. nesophila et du G. gaspensis,
deux endémiques des nunataks du golfe Saint-Laurent. Le G, Victorinii est-il une espèce an-
cienne, ou s'est-il formé sur place ? Si c'est une espèce ancienne, il faudrait expliquer d'où
elle est venue, et pourquoi elle a disparu des autres estuaires de l'Atlantique où, semble-t-il,
les conditions écologiques qu'elle recherche sont toujours présentes. Mais on peut suggérer
une autre explication, à savoir: l'évolution du G. Victorinii à partir d'un élément reliqual cor-
dillérien de la section Crossopetalae, évolution opérée en tout ou en partie sur les nunataks des
montagnes avoisinant la baie Saint-Paul. Les conditions climatiques ayant été bouleversées
à la fin de la glaciation, le G. Victorinii, ou son ancêtre, aurait été forcé d'adopter cet habitat
d'occasion qui lui offrait une certaine équivalence écologique.
Le G. Victorinii est accompagné dans son habitat par un groupe de plantes qui ont été
signalées dans rémunération des espèces de la section estuarienne du Saint-Laurent, et qui
accusent des variations profondes et endémiques, d'ailleurs plus ou moins fixées. Toutes ces
modifications sont vraisemblablement dues aux mêmes causes, causes que l'on ne peut que
conjecturer. Bon nombre de ces plantes de l'estuaire du Saint-Laurent ont pu s'établir sur
ces rivages au temps de la mer Champlain, lorsque le climat était notablement plus chaud
qu'aujourd'hui. Le retrait graduel de la mer a permis à ces plantes de s'adapter à la déchloru-
ration des eaux. D'autre part, le refroidissement du climat a obligé certaines espèces nor-
malement terrestres à rechercher l'habitat estuarien où, comme l'on sait, la température des
eaux offre des particularités remarquables. En effet, à marée basse, le soleil réchauffe la vase.
Lorsque le flux commence, l'eau montante s'approprie cette chaleur, et il se trouve alors que la
partie basse de la zone intercotidale, baignée par une eau plus chaude que celle des habitats
humides des mêmes latitudes, devient, quand elle est peu profonde, un milieu favorable à la vie
de plantes aquatiques appartenant normalement à une latitude plus méridionale: Eriocaulon
Parkeri, Scirpus Smithii, Isoetes Tuckermani, etc.
D'autre part, la partie supérieure rocheuse de la zone intercotidale qui découvre complète-
ment deux fois le jour, est soumise à des conditions toutes différentes. Il y sévit, la moitié de
la journée, à marée basse, une evaporation intense qui en fait un habitat naturellement plus
[74]
FLORE L A U R E N T I E N N E
froid que l'habitat situé immédiatement au-dessus de la berge. D'où la persistance d'une
florule terrestre plus ou moins subarctique (Astragalus labradoricus, Gentiana Vidorinii, Allium
Schoenoprasum var. sibiricum) qui forme un contraste frappant avec la flore aquatique avoisi-
nante, de caractère relativement thermophile.
L'habitat estuarien constituerait donc encore un véritable insularisme physiologique,
avec toutes les conséquences que cela entraîne. D'autre part, le rythme incessant d'émersion
et d'immersion qui, quatre fois par vingt-quatre heures, modifie profondément toutes
les conditions de respiration, de transpiration, de nutrition et de photosynthèse, pourrait bien
être un facteur de première importance. Ce rythme estuarien reproduit toutes les phases et
tous les chocs du rythme saisonnier, il en est quelque chose comme la haute fréquence, en sorte'
que l'individu, et par suite l'espèce, vivent pour ainsi dire plus vite, brûlant les étapes qui ont
pour terme de nouvelles possibilités biologiques.
2. FACTEURS D'ÉLIMINATION.
Nous venons de voir comment, sous l'influence de conditions extérieures favorables, les
forces d'évolution intrinsèques à la formule biologique individuelle semblent se libérer, se tra-
duire, par un dynamisme qui est généralement constructif. Que certaines espèces, toujours
sous l'influence de conditions extérieures, puissent régresser et disparaître par dégénérescence,
cela semble également certain, bien que les faits soient ici moins faciles à vérifier.
Si l'on étudie la florule épibiotique cordillérienne qui se rencontre dans la région du golfe
Saint-Laurent, florule implantée dans la région durant la dernière période interglaciaire, et
peut-être longtemps avant, on trouve à côté d'une affinité qui dénote une communauté d'origine
évidente, une tendance régressive très nette chez un certain nombre de types. C'est ainsi que
paraissent devoir s'interpréter, par rapport à leurs types spécifiques respectifs, VErigeron loncho-
phyllus var. laurentianus, le Cypripedium passerinum var. minganense, et nombre d'autres plantes.
Il semble que l'on puisse envisager la généralisation suivante : l'isolement, qui souvent
déclenche l'évolution positive des formes, peut aussi en certains cas, sous la pression grandissante
des formes plus progressives, ou encore en diminuant les facilités d'interfécondation, déterminer
la sénilité des plus faibles.
Au reste, cette sénilité qui paraît affecter morphologiquement nombre d'espèces cordilié-
riennes emprisonnées autour du golfe Saint-Laurent, cette sénilité de la qualité, si l'on peut
dire, est accompagnée d'une sénilité non moins évidente qui affecte la quantité de la flore, les
associations d'espèces et leur aire géographique. Un très grand nombre de ces éléments cordil-
lériens n'existent plus que dans de rares stations isolées, ou sont abondantes seulement à l'in-
térieur d'une aire extrêmement réduite. Plusieurs paraissent n'exister que dans une seule
station particulièrement protégée. Une loi de mort semble peser sur cette florule cordillérienne,
loi qui la réduit à se terrer dans les ravins protégés pour échapper à la destruction fatale qui la
guette. Qu'est-ce au juste qui agit ici ? Insuffisance intrinsèque ou action extérieure ?
Quoi qu'il en soit, la possibilité que des influences extérieures entrent ici en jeu nous amène à
considérer maintenant la question générale de l'action que peuvent exercer sur la flore du
Québec les facteurs purement extérieurs à cette flore elle-même.
[75]
FLOBE LAURENTIENNE
Les forces d'évolution intrinsèques aux espèces, nous l'avons vu, sont capables, à très
longue échéance, avec l'aide de facteurs extérieurs, d'altérer profondément la physionomie
des flores, en modifiant les éléments mêmes qui les constituent. Mais cette physionomie est
davantage affectée, et infiniment plus rapidement, par certains facteurs extrinsèques qui agissent
non plus sur la formule biologique de l'individu, mais sur l'expansion des espèces et leur groupe-
ment dans le temps et l'espace. En un mot, tandis que les influences intrinsèques agissent
sur la qualité du dynamisme, les influences extrinsèques en règlent surtout la quantité. Au
premier rang de ces influences se placent les changements de climat et l'hominisation de la nature.
Toute variation de climat se traduit par une perturbation dans l'équilibre des flores.
Ainsi, le climat plus chaud qui régna durant une partie de la période Champlain a probablement
suscité sur les bords de la mer de ce nom, malgré la proximité des glaces pleistocenes encore
incomplètement fondues, une flore particulière dont quelques éléments au moins ont persisté.
C'est probablement à cette cause qu'il faut rapporter le caractère plutôt méridional de la florale
spéciale de l'Ottawa et de celle des environs du lac Saint-Pierre, ainsi que certains mélanges
de flores autrement peu explicables.
Mais de tous les facteurs extrinsèques capables de déclencher dans les flores une certaine
intensité de dynamisme, il n'en est peut-être pas de plus puissant, de plus rapide en tout cas
que le plus récent en date, celui dont nous pouvons toucher du doigt les effets: l'introduction,
dans la mêlée des forces terrestres, d'un élément d'essence différente et particulièrement agissant:
l'intelligence de l'homme.
L'homme, ce roseau, a cependant réussi à plier à sa volonté, des forces fatales qui parais-
saient devoir le dominer entièrement et à jamais. Depuis un temps immémorial il a réduit en
servitude un certain nombre d'animaux et de plantes. Pour propager ces dernières, il a dû
s'employer à détruire la flore naturelle. Quand l'abri des cavernes et la tente de peaux de bêtes
cessent de lui suffire, l'homme, muni de sa hache de pierre, attaque l'arbre, ouvre la forêt. Le
déboisement de la planète commence, le déboisement, lutte d'un facteur spirituel contre les
forces brutales de la Nature. Dynamisme violent lui-même, le déboisement déclenche automa-
tiquement toute une série de réactions dynamiques dans les facteurs écologiques et dans les
flores qui en dépendent. Là où la prairie artificielle persiste, maintenue par une lutte de chaque
jour, le climat se modifie. Le soleil, atteignant maintenant le sol, le réchauffe, crée un régime
où les facteurs cosmiques ordinaires : chaleur, humidité, lumière, sont dans un équilibre nouveau.
C'est ainsi que le bassin du lac Saint-Jean, la grande terre de l'Abitibi, voient leur climat et les
possibilités de leur sol améliorés à la suite d'un énergique déboisement. Quand, d'autre part, le
déboisement est l'œuvre du feu, et que la terre est laissée à elle-même, nous voyons toute une
série de manifestations dynamiques merveilleusement balancées, s'agencer, s'ordonner, tendre
vers le rétablissement de la forêt primitive. Ce mouvement de reconstruction, ces successions
qui obéissent à des lois définies, ces adaptations continuelles à des équilibres continuellement
changeants, sont parmi les plus intéressants des processus naturels.
Mais l'hominisation d'un pays boisé comme le pays laurentien n'a pas seulement pour
effet la substitution, à un équilibre ancien, d'un équilibre nouveau résultant d'un simple regroupe-
ment des mêmes éléments. L'homme abat la forêt pour créer en son lieu des champs de blé.
Mais il a engendré en même temps, de son cerveau et de ses mains, un enfant terrible: la machine,
qui multiplie sa puissance à bouleverser les rythmes organiques de la nature. Fort de cet auxi-
[76]
FLORE L A U R E N T I E N N E
liaire, il perce les montagnes, creuse des canaux, ouvre des routes à travers les continents. Ses
locomotives, récupérant l'énergie solaire fossilisée dans la houille, rayonnent en tous sens et
s'enfoncent dans les solitudes sauvages. Sur les pas de l'homme, les plantes se mettent en
marche. Certaines espèces le suivent comme des chiens. Bien vite, l'Indien d'Amérique
remarqua le Plantago major, qu'il nomma aussitôt: le pied du Blanc. Dans les plis de leur
manteau, nos missionnaires et nos voyageurs ont convoyé sans le savoir, YHieracium vulgatum,
VArtemisia vulgaris, le Silène Cucubalus, qu'ils ont disséminés ensuite le long de leur route.
Qui ne connaît la persistance avec laquelle le Polygonum aviculare s'attache au voisinage des
maisons, le Stellaria media au seuil où la ménagère jette les eaux grasses, VAnthémis Cotula aux
portes des étables, le Galinsoga ciliata aux trottoirs des villes ?
La flore d'Amérique,
séparée de la flore europé-
enne durant le Tertiaire, lui
a été de nouveau réunie par
l'intermédiaire de l'homme
blanc, et les migrations de
celui-ci ont toujours été ac-
compagnées de migrations
végétales correspondantes.
Les chemins de fer, courant
de l'Atlantique au Pacifique
dans la direction des paral-
lèles, ont été les grandes
v o i e s de ces migrations.
Des centaines d'espèces eu-
rasiatiques, méditerranéen-
nes surtout, ont f r a n c h i
l'Atlantique et se sont très
vite acclimatées, quelquefois
au point de déplacer la flore
indigène et de devenir de
véritables fléaux. C e 1 le s CARTE R . — Extension du Butomus umbellatus sur le Saint-Laurent, à
que nous nommons mauvai- la fin de l'année 1933.
ses herbes ne sont que des
immigrantes auxquelles l'homme a procuré un nouveau et puissant moyen de dispersion, un
milieu favorable où elles s'établissent fortement, grâce à leur grande résistance et à leur ra-
pide propagation. Ce sont surtout des plantes annuelles: Amaranthus, Chenopodium, Brassica,
etc., recherchant les sols ameublis, — précisément ceux que l'homme prépare pour y cultiver
les plantes de son choix, — et s'emparant des sillons aussi vite que la charrue peut les ouvrir.
Le plus grand nombre de ces plantes ont voyagé de l'est à l'ouest; quelques-unes sont venues
de la Prairie vers l'est avec les trains de blé ; d'autres enfin, moins nombreuses, venues de
l'Amérique tropicale, ont voyagé du sud au nord.
La flore laurentienne, telle que la virent Jacques CAETIEE, Samuel de CHAMPLAIN, Louis
HÉBERT, Michel SARKAZIN, Pehr KALM et Jean-François GAULTHIEE, différait donc beaucoup
de celle que nous voyons aujourd'hui. Certains éléments, introduits d'Europe ou d'ailleurs,
sont même parmi ceux qui donnent une apparence caractéristique aux paysages familiers. Que
serait le printemps sans l'éclatante floraison des Pissenlits; que seraient nos champs, l'été, sans
[77]
FLORE LAURENTIENNE
le peuple étoile des Marguerites, sans la note céruléenne de la Chicorée, et sans la sanguine
ardente de l'Êpervière orangée ? Et combien différents sont maintenant les rivages du Saint-
Laurent, depuis le lac Saint-François jusqu'à Saint-Jean-Port-Joli, couverts du manteau pourpre
et rose tissé avec la Salicaire des îles basses et le Butome des battures ! (Carte R).
D. — CONCLUSIONS.
[78]
SYNOPSIS DES GROUPES SYSTÉMATIQUES
DE LA FLORE LAURENTIENNE.
Le règne végétal se divise en deux groupes primordiaux que l'on peut considérer comme
des sous-règnes:
(a ) Le groupe des plantes à la fois dépourvues de racines capables de puiser les liquides
dans le sol, et de tubes (vaisseaux) capables de distribuer ces liquides dans toutes les parties
de la plante. Ce sont les INVASCTJLAIRES OU ARHIZOPHYTES. On divise ce sous-règne en
Champignons, Lichens, Algues et Muscinées.
(b) Le groupe des plantes pourvues à la fois de racines capables de puiser les liquides
dans le sol, et de tubes (vaisseaux) qui distribuent ces liquides à travers le corps de la plante.
Ce sont les VASCULAIRES OU RHIZOPHYTES.
Le présent ouvrage ne traite que des Vasculaires. Le schéma général de leur classifi-
cation, parce qu'il touche aux questions les plus difficiles de la morphologie et de la phylogénie,
est l'objet d'incessantes recherches et de continuelles modifications. Le tableau ci-dessous
synthéthise les idées actuelles sur l'ordonnance et les relations des groupes. Il se limite aux
familles représentées dans le territoire considéré.
DIVISION I. —PTÉRIDOPHYTES.
[79]
CLASSES SOUS-CLASSES OBDEES FAMILLES
DIVISION II.— S P E R M A T O C Y T E S .
Sous-division 1. — Gymnospermes.
Sous-division 2. —Angiospermes
[80]
CLASSES SOUS-CLASSES OBDRES FAMILLES
81
CLASSES SOUS-CLASSES ORDRES FAMILLES
[82]
FAMILLES
[S3|
CLEF A R T I F I C I E L L E DES P L A N T E S DU QUÉBEC.
(Texte de M. Jacques ROUSSEAU.)
Plantes thalloïdes (sans feuilles ni tiges), petites, flottantes ou submergées, non enracinées. LEMNACEES (p. 8 4 6 )
Plantes se reproduisant par spores et non par graines PTÉRIDOPHYTEB (p. 105 )
Plantes se reproduisant au moyen de graines.
Arbres ou arbustes GROUPE A (p. 8 5 )
Plantes herbacées GROUPE E (p. 91 )
GROUPE A
Feuilles réduites à des aiguilles ou des écailles imbriquées, persistant l'hiver (sauf Larix,
p. 142: rameaux recouverts de nombreux coussinets qui sont des ramuscules téles-
copés).
Arbres ou arbustes (long. 1 m. ou plus) portant généralement des cônes (sauf
Juniperus, p. 138, et Taxus, p. 1 3 7 ) GYMNOSPERMES (p. 1 3 5 )
Très petits arbustes (long. 50 cm. ou moins) à rameaux très grêles; plantes à fleurs;
fruit: une baie ou une capsule.
Feuilles aciculaires vertes; baies juteuses renfermant plusieurs graines EMPÉTRACÉES (p. 4 4 7 )
Feuilles réduites à de petites écailles imbriquées; plantes fortement tomen-
teuses; capsules ovoïdes renfermant une seule graine Hudsonia (p. 2 7 1 )
Feuilles larges (du moins, ni aciculaires, ni squamif ormes ) ne persistant pas au cours de
l'hiver. (Arbres ou arbustes fleurissant souvent avant l'apparition des feuilles. )
Tige volubile, mais non épineuse.
Feuilles largement ovées ou 3-7-lobées, non dentées MÊNISPEBMACEES
(p. 2 2 0 )
Feuilles ovales-lancéolées, dentées CELASTRACÉES (p. 4 0 1 )
Feuilles lobées ou à 5 folioles, dentées; fruit: une baie VITACÉES (p. 4 0 5 )
Feuilles trifoliolées; fruits secs.
Feuilles alternes; folioles munies de 1-5 grosses dents irrégulières, ou
de 1 - 5 lobes peu profonds; grappe de petits drupes jaunâtres
cachée sous les feuilles Rhus Toxicodendron
(p. 392)
Feuilles opposées; folioles plus ou moins dentées ou lobées; fleurs soli-
taires ou paniculées; fruit: un groupe d'achaines plumeux Airagene, Clematis
(p. 2 2 1 )
Tige plus ou moins épineuse, mais non volubile.
Épines ou aiguillons triangulaires, tranchants; feuilles pennées.
Folioles longues, aiguës ou acuminées, entières ou presque Zanthoxylum (p. 3 8 9 )
Folioles petites, ovales, finement dentées Rosa Eglanteria (p. 3 2 5 )
Épines longues ( 1 cm. ou plus), lignifiées, cylindracées.
Feuilles simples, alternes ou fasciculées; épines (long. 1 cm.) divisées
en 3 - 5 ramifications, à l'aisselle des feuilles; arbuste malodorant... Berberis (p. 2 3 5 )
[85]
FLORE LAURENTIENNE
G R O U P E B
Rameaux très souples; écorce s'enlevant en longues lanières sans se rompre THYMÉLÉACÉES (p. 362)
Rameaux pubescents à éclat métallique cuivré Shepherdia (p. 364 )
Plantes ne présentant pas ces caractères.
Fleurs munies d'une corolle évidente.
Petit arbuste de tourbière (long. env. 1 m. ) ; fleurs pourpres à symétrie bila-
térale Rhodora (p. 442 )
Arbres ou arbustes dépassant généralement deux mètres de hauteur et
n'habitant jamais les tourbières.
Fleurs en grappes composées, blanches; rameaux renfermant une
moelle très développée Sambucus pubens
(p. 530)
Fleurs en petits glomérules; moelle peu ou point développée.
Fleurs grandes (diam. 2-3 cm.), blanches ou roses; étamines
plus courtes que les pétales; arbuste ou petit arbre Prunus nigra (p. 320)
Fleurs petites (diam. env. 1 cm.), rouges ou verdâtres; éta-
mines dépassant de beaucoup le périanthe; grand arbre Acer rubrum (p. 396 )
Fleurs apérianthées, ou du moins, sans corolle évidente; le plus souvent en chatons.
Arbustes de moins d'un mètre de hauteur.
Chatons dioïques (long, moins de 2 cm. ), écailleux, rigides; étamines
cachées sous les-bractées Myrica (p. 156)
Chatons dioïques (long. 3 cm. ou plus), souples; étamines exsertes,
munies de longs filets Salix (p. 164)
Arbres ou arbustes ayant plus de deux mètres de- hauteur.
Écorce garnie irrégulièrement de fortes bandes de liège, même sur les
petits rameaux. (Voir aussi Quercus macrocarpa, p. 155) Ulmus racemosatp. 170)
Écorce non garnie de fortes bandes de liège.
Fleurs en grappes diffuses.
Étamines deux par fleur; branches parfois courbées en
forme d'S horizontal ouvert Fraxinus (p. 521 )
Étamines 4-12 par fleur Acer Negundo (p. 394)
Fleurs en glomérules ou en eorymbes.
Arbres à ramification sympodique; ovaire simple; fruit:
une samare orbiculaire ou suborbiculaire Ulmus (p. 170)
[86]
FLORE LAURENTIENNE
G R O U P E C
Feuilles recouvertes inférieurement d'un tomentum blanc et dense Spiraea Ulmaria (p. 3 2 2 )
Feuilles glabres ou simplement pubescentes.
Feuilles trifoliolées.
Folioles entières, la terminale beaucoup plus grande que les deux autres; ra-
meaux herbacés Solarium Dulcamara
(p. 4 6 4 )
Folioles munies seulement de 1 - 5 grosses dents (ou lobes ) irrégulières Rhus Toxicodendron
(p. 392)
*Un grand arbre, Aesculus Hippocastanum L . , le Marronnier d'Inde, à fleurs blanches tachetées de rouge et de
jaune, à fruits globuleux et épineux non comestibles, est souvent planté. Les marrons du commerce, ou châtaignes,
sont les fruits du Châtaignier (Castanea saliva) de l'Eurasie. L e Châtaignier indigène de l'Amérique (C. dentata)
n'existe pas dans le Québec.
[87]
FLORE L A U R E N T I E N N E
G R O U P E D
[88]
FLORE LAURENTIENNE
[89]
FLORE LAURENTIENNE
Dents très espacées, aiguës; feuilles très minces, ovales (long. 5-10
cm.; larg. 2 . 5 - 7 cm.) Fagus (p. 155)
Dents rapprochées.
Feuilles à base fortement asymétrique; arbres.
Feuilles molles, ovales-orbiculaires; bractée foliacée à la
base de l'inflorescence et adnée en partie avec le pé-
doncule; fleur munie d'une corolle; fruit: une capsule
lignifiée Tilia (p. 382)
Feuilles un peu coriaces, ovales-lancéolées; fleur dé-
pourvue de corolle; fruit: un drupe Cellis (p. 171)
Feuilles ovales, généralement très rudes, à base inéga-
lement prolongée sur le pétiole; fruit: une samare or-
biculaire Ulmus (p. 170)
Feuilles à base peu ou pas asymétrique.
Feuilles opposées; arbustes. Viburnum, Diet villa
(p. 529)
Feuilles alternes; arbres ou arbustes.
Fruits secs, en corymbes composés; feuilles
ovées ou lancéolées, munies de trois nervures
saillantes dorsalement et partant de la base;
nervures secondaires pennées; petit arbuste.
(Vallée de l'Ottawa et archipel d'Hochelaga). Ceanothus (p. 404)
Follicules papyracés, en panicules terminales;
fleurs petites; feuilles ovales ou obovées, dou-
blement dentées, aiguës à la base, obtuses
au sommet; petits arbustes Spiraea (p. 322)
Fruit:une baie ou un drupe,présents au cours de
l'été; fleurs munies d'une corolle; feuilles ova-
les ou oblongues.
Fruit: une pomme; petit arbre Malus (p. 318 )
Drupes d'un rouge brillant, à pédicelle très
court, paraissant sessiles ou verticillés. Ilex (p. 400 )
Drupes ou baies rouge foncé ou noirs, en
grappes ou glomérules; pédicelles bien
distincts.
Nervures secondaires en 2-4 paires,
peu ou pas ramifiées, pennées et
partiellement parallèles à la
marge Rhamnus (p. 403 )
Nervures secondaires plus nom-
breuses, pennées, ramifiées, plus
ou moins perpendiculaires à
la marge Aronia, Amelanckier,
Prunus (p. 295 )
Fruits secs, petits, généralement en chatons, et
souvent absents au cours de l'été; fleurs sans
corolle; plantes dioïques ou monoïques; feuilles
lancéolées, deltoïdes, ovales ou orbiculaires
(dans ces deux derniers cas, rugueuses).
Graines cotonneuses; feuilles linéaires ou
lancéolées (Salix ) ; ou bien, feuilles del-
toïdes à base cordée ou tronquée et
marge à indentation simple (Populus). SAHCACÉES (p. 161)
[90]
FLORE LAURENTIENNE
G R O U P E E
Plantes thalloïdes (sans feuilles ni tiges), minuscules, flottantes ou submergées, non enra-
cinées LEMNAOÉES (p. 846 )
Plantes non thalloïdes, fixées.
Plantes dépourvues de chlorophylle; feuilles réduites à des écailles.
Plantes parasites fixées sur la tige ou les rameaux de leur hôte.
Plantes minuscules (long. 1-2 cm.) sur les rameaux de Picea LORANTHACEES (p. 177)
Plantes s'enroulant sur un hôte herbacé et fixées au moyen de cram-
pons Cmcuta (p. 449 )
Plantes saprophytes, ou parasites sur racines.
Partie souterraine coralliforme Corallorrhiza (p. 828 )
Partie souterraine non coralliforme.
Fleurs à symétrie axiale; plantes très charnues Monotropa, Pterospora
(p. 432)
Fleurs à symétrie bilatérale; plantes grêles {Epifagus et
Orobanche) ou chartiues (Conopholis) OROBANCHACÉES
(p. 486)
Plantes à chlorophylle.
Plantes des eaux rapides, adhérant fortement aux pierres; sans feuilles ou à
feuilles filamenteuses PODOSTÉMACÊES (p. 288 )
Plantes appartenant à d'autres habitats.
Plantes sans feuilles ou à feuilles réduites à des écailles minuscules.
Plante grasse, articulée; halophyte Salicornia (p. 196)
Plante à tige grêle; inflorescence terminale; plante de tourbière. Bartonia (p. 512 )
Plantes munies de feuilles.
Feuilles creuses, en cornets SARRACÉNIACÉES
(p. 2 4 3 )
Feuilles toutes basilaires, recouvertes supérieurement de nom-
breux poils rouges, glanduleux et visqueux DROSÉRACSÊES (p. 272 )
Feuilles charnues ovoïdes, sans nervation nette; plante res-
semblant à une grosse mousse Sedum acre (p. 286 )
Feuilles ne présentant pas ces caractères.
Inflorescence entourée d'une spathe (long, au moins
3 cm.); plantes terrestres ou marécageuses. (Les
genres Vallisneria, p. 622, Anacharis, p. 619, Zostera,
p. 639, Heteranthera, p. 665, plantes nettement aqua-
tiques, ont des spathes plus petites) ARACÉES (p. 839)
Inflorescence non munie d'une spathe.
Feuilles à nervures parallèles. Aussi toutes les
plantes aquatiques à feuilles linéaires ou lan-
céolées. Pas de distinction nette entre l'écor-
ce, le bois et la moelle; fleurs surtout trimères.
(MONOCOTYX.ES particulièrement. Voir aussi
PLANTAGACÉES, p. 506, et Parnassia, p. 291 ) . GROUPE F (p. 92)
[91]
FLORE LAURENTIENNE
GEOÏÏPE F
Fleurs à pétales colorés (non verts); plantes nullement graminoïdes (sauf Sisyrinchium,
p. 668: petites fleurs bleues minuscules et fruits globuleux; et Tofieldia, p. 661: plante
glutineuse) et n'appartenant pas aux habitats aquatiques; toutes les plantes à bulbe.
(Voir aussi Asparagus, p. 648, à rameaux filiformes et fleurs verdâtres, et XYRTDACÉES,
p. 678, à petites fleurs jaunes en tête dense. )
Ovaire infère.
Fleurs à symétrie bilatérale; souvent odeur de vanille; fruit allongé, unilo-
culaire, généralement marqué de côtes saillantes et renfermant des graines
très nombreuses et très fines ORCHIDACÉES (p. 818)
Fleurs à symétrie axiale; pas d'odeur de vanille; fruit: une capsule triloeu-
laire, globuleuse ou prismatique; grandes feuilles rubanées ou petites
feuilles graminoïdes, semi-charnues et raides, basilaires IRIDACÉES (p. 6 6 6 )
Ovaire supère; fruit: une baie ou une capsule plus ou moins charnue, triloculaire.. . LILIACÉES (p. 6 4 1 )
Fleurs à périanthe non coloré. Toutes les plantes graminoïdes et toutes les plantes aqua-
tiques à pétales colorés ou non. (Chez les plantes terrestres, fruit minuscule.)
Inflorescence dense, cylindrique, laineuse; grandes plantes (long. 1 5 0 cm. ou plus)
très rigides, d'habitat marécageux TYPHACÉES (p. 8 5 4 )
Inflorescence: un spadice; feuilles linéaires; plante (long. 5 0 - 8 0 cm.) d'habitat
marécageux Acorus (p. 8 4 5 )
Inflorescence ne présentant pas ces caractères.
Plantes du type graminoïde [chaume rigide ; feuilles presque linéaires
(sauf Phragmites, p. 7 6 5 ) , minces et longues; inflorescence: un épi ou
une grappe de petites fleurs écailleuses].
Chaume creux, cylindrique, articulé, à nœuds saillants; feuilles à
divergence distique, ligulées; fleurs formées d'écaillés opposées.. . . GRAMINÉES (p. 7 5 7 )
Tige généralement pleine, triangulaire (quelquefois cylindrique:
dans ce cas, inflorescence capitée, laineuse ou non); feuilles à diver-
gence tristique, non ligulées; fleurs formées d'écaillés opposées ou
en spirale CYPÉRACÉES (p. 681)
Tige cylindrique, non articulée; fleurs complètes, à périanthe
formé de six pièces JONCACÉES (p. 6 7 0 )
Plantes acaules, à feuilles linéaires; petites fleurs jaunes à l'aisselle de brac-
tées écailleuses imbriquées formant une tête dense; plantes de marécage.. XYRIDACÉES (p. 6 7 8 )
Plante à feuilles tubuleuses au sommet, aplaties et engainantes à la base;
plante de tourbière Scheuchzeria (p. 6 2 5 )
Plantes franchement aquatiques (ou de la zone intercotidale ) n'entrant pas
dans les groupes précédents.
Feuilles basilaires ou fixées sur un rhizome.
Fleurs complètes, solitaires sur des pédoncules plus courts que
les feuilles; plante minuscule (long. 1-3 cm.), stolonifère. Limoseïïa (p. 466)
[92]
FLORE LAURENTIENNE
G R O U P E G
[95]
FLORE LAURENTIENNE
[96]
FLORE LAURENTIENNE
G R O U P E H
Rhizome à saveur de gingembre; feuilles 2 , cordées; fleur solitaire, pourpre Asarum (p. 2 1 9 )
Plantes ne présentant pas tous ces caractères.
Feuilles glutineuses supérieurement Pinguicula (p. 4 8 2 )
Feuilles farineuses sur la face dorsale Primula laurentiana
(p. 4 2 8 )
feuilles ni glutineuses ni farineuses.
Feuilles composées ou presque.
Feuilles divisées plusieurs fois; fleur à deux éperons Dicentra (p. 2 4 5 )
Feuilles pennées ou trilobées Potentilla, Waldsteinia,
Fragaria (p. 2 9 6 )
Feuilles lancéolées, pinnatilobées, presque composées; fruit: une
silicule triangulaire ' Capsella (p. 2 5 1 )
Feuilles simples.
Fleurs en épis denses et généralement longs; fruit : une pyxide PLANTAGACEES (p. 5 0 6 )
Plantes ne possédant pas ces caractères.
Plantes des grèves marines ou estuariennes.
Feuilles basilaires (long. 8 - 2 5 cm. ) longuement pétio-
lées, les autres réduites à des bractées; grappe com-
posée diffuse; régions maritimes PLOMBAGIN ÂGÉES
(p. 4 2 6 )
Feuilles toutes basilaires, longuement pétiolées, ovales;
fleur solitaire sur un long pédoncule Parnassia (p. 2 9 1 )
Feuilles petites (long. 1 - 7 cm.), linéaires-oblongues;
fleurs minuscules, sur des pédoncules uniflores (sauf
fleurs pistillées de Liltorella).
Plante (long. 1 - 3 cm.); fleurs complètes; calice
et corolle 5-mères LdmoseUa (p. 4 6 6 )
Plante (long. 3 - 7 cm.); fleurs monoïques, les
staminées 4-mères, pédonculées, les pistillées
dans les bases des feuilles Littorella (p. 5 0 6 )
Plantes appartenant à d'autres habitats.
Fleurs à symétrie bilatérale; grands pétales violets,
jaunes ou blancs; feuilles cordiformes, réniformes
ou lancéolées, nullement coriaces VIOLACÉES (p. 2 7 4 )
[97]
FLORE LAURENTIENNE
G R O U P E I
Feuilles verticillées.
Un seul verticille terminal Trientalis (p. 4 2 8 )
Plusieurs verticilles dispersés sur la tige.
Plante décombante; verticilles de 5 - 6 feuilles spatulées ou obovées (quelques-
unes linéaires ) Mollugo (p. 2 0 0 )
Plantes dressées; verticilles de 3 - 7 feuilles ovales-lancéolées, grandes Lysimachia (p. 4 3 0 )
Plante dressée, introduite sur le ballast ; feuilles linéaires ; fleurs en petits
pseudo-capitules Plantago ramosa (p. 5 0 8 )
Plantes grêles, à feuilles fasciculées (apparemment verticillées) et linéaires. Arenaria stricto, (p. 2 1 2 )
Feuilles non verticillées.
Tiges recouvertes de poils urticants Urlica, Laportea
(p. 1 7 4 )
Plantes ni urticantes ni charnues.
Feuilles composées ou profondément lobées GROUPE J (p. 9 9 )
Feuilles simples ou à lobes très peu profonds GROUPE K (p. 1 0 1 )
Tiges translucides, charnues; feuilles minces.
Feuilles opposées, trinervées; fleurs apétales Pilea (p. 1 7 4 )
Feuilles alternes, à nervation pennée; fleurs jaunes ou orangées ; fruits
à dehiscence élastique BALSAMINACÉES (p. 3 9 8 )
Tiges et feuilles charnues. (Voir aussi Isnardia, p. 3 6 9 ) .
Feuilles trifoliolées Menyanthes (p. 5 1 2 )
Feuilles simples.
Plantes nettement couchées sur le sol. (Voir aussi : Linnaea, p. 5 3 2 ,
Chrysosplenium, p . 2 9 2 , Isnardia, p. 3 6 9 . )
Plante maritime; feuilles longues (long. 2 - 1 0 c m . ) , pétiolées . . Mertensia (p. 4 5 6 )
Mauvaise herbe des jardins; feuilles courtes, sessiles Portulaca (p. 2 0 2 )
Plantes dressées entièrement, ou du moins à rameaux dressés.
Feuilles beaucoup plus longues que larges (au moins 3 fois),
[Voir aussi Glaux marilima, p. 428: plante maritime à feuil-
les sessiles (long. 4 - 1 5 mm.; larg. 2-8 mm.)].
Feuilles lancéolées ou oblongues.
Feuilles entières; plantes non maritimes, à flo-
raison printanière.
[98]
FLORE LAURENTIENNE
G R O U P E J
Feuilles de deux sortes: les submergées pinnatifides, les émergées lancéolées et dentées. Proserpinaca (p. 377)
Feuilles de deux sortes: celles de la base trifides, les autres simplement dentées VEEBÉNACÉBS (p. 4 8 9 )
Feuilles à peu près toutes semblables.
Fleurs 4-mères (sauf l'androcée à 6 étamines), complètes, à symétrie axiale;
fruit: une silique s'ouvrant par 4 fentes latérales; feuilles plus ou moins lobées;
tige et racine renfermant généralement u n suc à saveur piquante (essence de ~ -.
moutarde) CET/CU-ÈRES (p. 2 4 9 )
[99]
FLORE LAURENTIENNE
Fleurs 4-mères (étamines 8 ) ; silique (long. 25-40 mm.) s'ouvrant par le sommet;
feuilles trifoliolées; plante glanduleuse à odeur désagréable; rivages du Saint-
Laurent et du Richelieu l'olanisia (p. 249)
Fleurs ne présentant pas tous ces caractères.
Floraison printanière.
Tige (long. 80-150 cm.) cannelée; feuilles opposées, pennées; natu-
ralisé et très rare Sambucus Elmlus
(p. 530)
Tige généralement courte, non cannelée; feuilles d'un autre type.
Feuille solitaire, palmée-peltée (Podophyllum); ou 1-2 feuilles
eomposées-ternées, à segments ultimes ovales et 3-5-dentés
au sommet (Caulophyllwn ) ; fleurs dialypêtales BERBÉRIDACÉES
(p. 235)
Feuilles plus nombreuses, pinnatilobées, munies de 5-7 seg-
ments ovés-oblongs, aigus, dentés ou incisés; fleurs gamo-
pétales HYDRO PU YLLACÉES
(p. 449)
Feuilles divisées plusieurs fois et laciniées; 2 pétales éperonnés . Dicenlra (p. 245)
Florasion estivale.
Corolle gamopétale bilabiée; feuilles pinnatilobées (Pedicularis) ou
très petites feuilles à incisions palmées (Euphrasia) SCROFULARTACÉES
(p. 465)
«
Fleurs apétales ou fleurs pétalifères non bilabiées.
Étamines monadelphes; pétales tronqués; capsule discoïde dé-
primée au centre MALVACÉES (p. 379)
Étamines à filets libres; pétales ou fruits différents.
Fruit: une longue capsule linéaire; sépales persistants;
fleurs régulières, à pétales non éperonnés; feuilles très
divisées GÉRANIACÉES (p. 385)
Fruit: une silique; fleurs irrcgulières, ayant un pétale
éperonné; feuilles laciniées FUMARIACÉBS (p. 244)
Fruits courts.
Feuilles pinnatilobées, glutineuses.
Plante aromatique; feuilles à lobes arron-
dis; fleurs minuscules, verdâtres, sans
corolle Chenopodium Botrys
(p. 193)
Plante à odeur acre; feuilles à lobes aigus;
fleurs grandes, complètes, gamopétales,
à pétales jaune verdâtre Hyoscyamus (p. 462)
Feuilles tripartites (quelques-unes entières);
lobes de la base étroits, celui du sommet
beaucoup plus grand Solarium Dulcamara
(p. 464)
Feuilles palmées ou pennées, n'entrant pas dans
les catégories précédentes.
Feuilles composées-palmées, formées de
5-11 segments linéaires-lancéolées, den-
tés, longs; fleurs dioïques, sans corolle;
plante à odeur acre Cannabis (p. 173)
[100]
FLORE LAURENTIENNE
Feuilles de deux sortes : les submergées pinnatifides, les émergées lancéolées et d e n t é e s . . . . Proserpinaca (p. 377)
Feuilles de deux sortes: celles de la base trifides, les autres simplement dentées VERBÉNACÉES (p. 489)
Feuilles à peu près toutes semblables.
Corolle 5-mère, gamopétale, bilabiée (sauf Verbascum Thapsus, p. 469, à grandes
feuilles veloutées, et V. Blattaria, p. 470, à fleurs jaune vif dans l'ensemble et à
gorge violette) ou au moins à préfoliation bilabiée. (Voir aussi VEBBÉNA-
CÉES, p. 489).
Inflorescence: un épi court, capité, au sommet d'un long pédoncule filiforme;
plante stolonifère; rivages du Saint-Laurent, dans la région de M o n t r é a l . . Dianthera (p. 4 8 8 )
Inflorescence d'un autre type.
Étamines monadelphes; fleurs pourpres ou bleues; feuilles a l t e r n e s . . LOBÉLIACÉES (p. 544)
Êtamines à filets libres; feuilles alternes ou opposées.
Calice bilabié long et étroit, généralement quatre fois plus long
que large; feuilles opposées PHRYMACÉES (p. 506)
Calice gamosépale ou dialysépale, généralement court et large,
rarement deux fois plus long que large; feuilles alternes ou
opposées SCROFULARIACÉES
(p. 4 6 5 )
Corolle 4-mère, à symétrie bilatérale (un pétale plus petit que les trois a u t r e s ) . . . . Veronica (p. 4 7 1 )
Corolle 4-mère, à symétrie axiale.
Pétales libres dès la base, décidus, non dentés au sommet; ovaire supère; fruit :
une silique ou une silicule; saveur piquante (essence de moutarde) CRUCIFÈRES (p. 249)
Pétales soudés sur plus de la moitié de la longueur, persistants, dentés au
sommet; grandes fleurs bleues; ovaire supère; fruit: capsule uniloculaire. Gentiana (p. 5 1 4 )
Pétales libres au sommet, non dentés, soudés en un long tube, concrescents
avec le calice sur une longue portion; ovaire infère; fruit: une capsule
4-loculaire ONAGRACEES (p. 367)
Pétales libres au sommet, soudés à la base en un tube infundibuliforme, dé-
cidu, non concrescent avec le calice Houstonia, Mitchella
(p. 5 2 3 )
Corolle ni bilabiée ni 4-mère.
Feuilles opposées.
Feuilles dentées ou serrées.
Feuilles petites (long. 2 cm. ou moins), ovées-orbiculaires,
obscurément dentées; plantes rampantes ou décombantes.
Fleurs géminées, à longs pédicelles, à pétales roses. Linnaea (p. 5 3 2 )
Fleurs généralement solitaires, sessiles, sans pétales, à
calice jaunâtre ou purpurin intérieurement Chrysosplenium
(p. 2 9 2 )
[101]
F L O R E L A U R E N T I E N N E
[ 102 ]
FLORE LAURENTIENNE
G R O U P E L
[103]
FLORE LAUEENTIENNE
G R O U P E M
[104]
Division I. - PTÉRIDOPHYTES.
Les Ptéridophytes comprennent toutes les plantes vasculaires dont le cycle vital renferme
deux tronçons séparés dans le temps et l'espace:
(a ) Un tronçon asexué ou sporophyte, issu d'un zygote, formé du corps végétatif vascu-
larisé: racine, tige et feuilles, et portant des spores;
(b) Un tronçon sexué ou gamétophyte, issu d'une spore, et constitué en entier par une
petite masse cellulaire non vascularisée (prothalle) qui porte les organes reproducteurs sexués:
anthéridies et archégones.
Comme ces deux tronçons alternent dans le temps, et que le gamétophyte est le plus
souvent inconnu, minuscule ou inaccessible, la classification traditionnelle ne tient encore
compte que des caractères du sporophyte.
Il y a près de 7000 Ptéridophytes actuellement vivantes. Nos espèces se répartissent en
7 familles et 22 genres. Pour fins de commodité, ces genres sont réunis ici en une seule clef
analytique artificielle.
[105]
FLORE LAURENTIENNE
Frondes délicates, à divisions étalées en éventail; fructifications
recouvertes par le rebord de la fronde. (Figs. 7, a; 11, f) 3 . Ad-iantum
Frondes raides, ternées; fructifications courant sous les bords en
ligne continue. (Fig. 11, d) 4. Ptmdium
Fructifications distribuées sur la face inférieure des divisions de la fronde. (Fig. 7, b ).
Fructifications arrondies.
Frondes à segments entiers; fructifications nues. (Fig. 11, e) 5. Pohjpodium
Frondes à segments de nouveau divisés ou incisés.
Petite plante (long. 5-15 cm.); frondes roussâtres en dessous;
pétioles articulés et se cassant au-dessus de la base.
(Fig. 12, a) 6. Woodsia
Plantes ne possédant pas tous ces caractères.
Frondes délicates et fragiies; fructifications recou-
vertes d'une membrane (indusie) en capuchon.
(Fig. 12, b - f ) 7. Cystopteris
Frondes très raides, persistant l'hiver; segments forte-
ment asymétriques à la base; pétioles et rachis forte-
ment écailleux. (Fig. 12, g-h) 8. Polystickum
Frondes à divisions supérieures souvent en forme de
faux; fructifications recouvertes, au début, d'une
membrane (indusie) orbiculaire ou réniforme, atta-
chée par son milieu. (Fig. 13 ) 9. Thelypteris
Fructifications oblongues ou linéaires.
Fructifications parallèles à la nervure médiane. (Fig. 14, a-b) 1 0 . Woodwardia
Fructifications obliques par rapport à la nervure médiane, ou irré-
gulièrement disposées.
Frondes entières, longuement acuminées, s'enracinant de la
pointe. (Fig. 14, c-d) 11. Camptosorus
Frondes diversement divisées.
Fructifications en lignes droites; petite plante des
rochers, à pétioles et rachis couleur d'acajou.
(Fig. 14, e-f ) 12. Asplenium
Fructifications en lignes courtes et recourbées; plantes
de taille moyenne (généralement long, plus de 2 0
cm.). (Fig. 14, g - j ) 1 3 . Athyrium
Fructifications rassemblées en masses, distinctes des frondes vertes.
Fructifications portées sur des pédoncules sans rapport avec les frondes vertes,
et entourées d'enveloppes sphériques (diam. 2 - 3 mm.), rigides et persistantes.
( P O L Y P O M A C É E S , p. 1 2 3 ) . (Fig. 7 , c-d).
Frondes vertes triangulaires, pinnatifides (divisions n'atteignant pas la
nervure médiane). (Figs. 7 , d; 15, a-d) 14. Onoclea
Frondes vertes allongées et lancéolées, pinnatiséquées (divisions attei-
gnant la nervure médiane). (Figs. 7 , c; 15, e-f ) 15. Pteretis
Fructifications non renfermées dans des enveloppes sphériques et rigides. (Fig. 7, e).
Gros rhizomes ligneux; frondes généralement plusieurs, de grande taille
(long. 3 0 - 2 0 0 cm.); base des pétioles élargie et ailée. (OSMONDACKES,
p. 121 ). (Figs. 7, e; 10 ) Osmunda
Petits rhizomes charnus et fragiles; frondes généralement isolées (long,
généralement inférieure à 3 0 cm., sauf Botrychium virginianum), déli-
cates et membraneuses. (OPHIOGLOSSACÉES, p. 1 1 7 ) .
Fronde ovale et entière; fructifications en épi simple. (Fig. 8, a ) . . . 1. Ophioglossum
Fronde plus ou moins lobée ou divisée; fructifications généralement
en épis composés. (Figs. 8, b - f ; 9) 2 . Botrychium
[106]
LYCOPODIACÉES [ LYCOPODIUM ] Figure 1
L y c o p o d i u m : (a) L. lucidulum, sommité fructifère sans épi différencié; (b) L. inundatum, plante entière
montrant l'épi terminal différencié où les fructifications sont dissimulées à la base des feuilles; (c, e, f ) L. clavatum,
(c) sommité fructifère montrant les épis pédicellés, (e) feuille avec soie terminale, (f ) plante entière; (d, g) L. anno-
tinum, (d) sommité fructifère montrant l'épi sessile, (g) plante entière; (h) L, obscurum, plante entière montrant
le rhizome souterrain et le port dendroïde.
Fam. 1. — LYCOPODIACÉES.
1. LYCOPODIUM L. — LYCOPODE.
Tige grêle, couverte de petites feuilles uninerve disposées sur 4-16 rangs, imbriquées
ou rapprochées. Spores généralement à maturité durant l'été.
Genre largement répandu dans les deux hémisphères et comptant environ 125 espèces.—La province de Québec
est un lieu d'élection pour les Lycopodes. Dans les Laurentides en particulier, ils sont remarquablement nombreux,
vigoureux et variés. Us contribuent largement à la beauté de la forêt canadienne.—Outre les espèces décrites ci-
dessous, on pourra encore rencontrer sur la limite nord-est du territoire le L. Selago L., qui se distingue du L. IwAdvr
lum par ses tiges jaunâtres et rigides formant des touffes compactes. Dans les Shikshoks se rencontre le L. alpinum
L. (feuilles du rang inférieur en cuiller). — Le nom générique signifie : pied de loup; allusion aux rameaux courts,
bifurques ou trifurqués en forme de digitations, que l'on trouve chez le L. clavatum, l'espèce la plus commune.
[107]
FLORE LAURENTIENNE
[108]
LYCOPODIACÊES [ LYCOPODIUM ] Figure 2
L y c o p o d i u m : (a) L. flabelliforme, branche latérale dépourvue d'innovations annuelles, (en bas, au centre)
portion de rameau montrant la réduction de la feuille ventrale; (b) L. complanatum, branche latérale montrant les
innovations annuelles, (en bas, au centre) portion de rameau montrant la réduction de la feuille ventrale; (c) L. tri-
stachyum, branche latérale montrant les innovations annuelles, (en bas, à droite) portion de rameau montrant la
feuille ventrale non réduite; (d ) L. sabinaefolium, portion de rameau montrant la divergence des feuilles latérales.
linéaires et très rapprochées; pédoncules solitaires, feuilles, portant un épi de fructifications in-
sérées à l'aisselle de feuilles vertes. Lieux humides et tourbières. Général, mais plutôt disséminé.
(Fig. 1, b ) .
Croît typiquement dans les dépressions inondées une partie de l'année ou parmi les Sphaignes. Il est forte-
ment adhérent au substratum par ses multiples racines. Comme le L. luddulum, il ne forme pas de longs courants:
sa tige s'allonge par une extrémité et paraît se détruire par l'autre.
[109]
F L O R E L A U R E N T I E N N E
6. L y c o p o d i u m c o m p ï a n a t u m L . — L y c o p o d e aplati.— (Flattened C l u b - m o s s ) . — T i g e
presque superficielle, é m e t t a n t de nombreux r a m e a u x aériens généralement c o u r t s (long. 5-10 cm.,
r a r e m e n t 25 cm.) e t irrégulièrement buissonneux, non glauques; ramifications ultimes i n n o v a n t
de l'extrémité, couvertes de 4 r a n g s de petites feuilles, les ventrales réduites à u n e pointe t r i a n -
gulaire; épis le plus souvent solitaires, parfois 2 - 3 , à m a t u r i t é en juillet. Bois. F r é q u e n t
s u r t o u t a u nord e t à l'est. (Fig. 2, b ) .
E s p è c e c i r c u m b o r é a l e des r é g i o n s m o n t a g n e u s e s .
Fam. 2. - SÉLAGINELLACÉES
P l a n t e s à p o r t très divers. Tige ramifiée par bifurcations successives, p o r t a n t p a r p a i r e s
ou en q u a t r e séries un g r a n d nombre de petites feuilles entières. Fructifications (sporanges )
insérées à l'aisselle des feuilles et f o r m a n t d a n s leur ensemble u n épi q u a d r a n g u l a i r e ; les infé-
rieures c o n t e n a n t de grandes spores (mégaspores) sont dites femelles (fig. 3, c , f ) ; les supérieu-
res c o n t e n a n t de petites spores (microspores) sont dites mâles (fig. 3, b, g ) .
U n seul g e n r e .
[110]
SÉLAGINELLACEES [SELAGINELLA] Figure 3
S e l a g i n e l l a : ( a - c ) S. rupestris, (a) plante entière, (b) microsporange à l'aisselle d'une feuille, (c) mégaspo-
range à l'aisselle d'une feuille; (d) 8. selaginoides, plante entière; (e-g) S. apoda, (e) plante entière, (f ) mégaspo-
range contenant les mégaspores, (g) microsporange contenant les microspores.
1. S E L A G I N E L L A Beauv. — SÉLAGINELLE.
C a r a c t è r e s de la famille.
Environ 500 espèces qui habitent pour la plupart les forêts tropicales.—Les Sélaginelles de notre territoire
sont de très petites plantes ressemblant à des Mousses. —• Le nom générique est un diminutif de Selago, ancien nom
d'un groupe de Lycopodes.
[111]
FLORE L A U R E N T I E N N E
Fam. 3. - ÉQUISÉTACÉES.
Plantes rampant dans le sol humide ou vaseux, et dressant verticalement dans l'air cer-
tains de leurs rameaux. La section de la tige montre généralement une cavité centrale
(fig. 4, e), une série de cavités situées sous les sillons (cavités valléculaires, fig. 4, g ) , et par-
fois une troisième série de cavités situées sous les côtes (cavités costales, fig. 4, f). Feuilles
très petites, en verticilles alternes, soudées en une gaine, et libres seulement de la pointe.
Fructifications (sporanges) toutes semblables (sans différenciation sexuelle), en forme de sac,
portées par 5-10 sur de petites feuilles modifiées dont l'ensemble constitue un épi terminal.
Un seul genre.
1. EQUISETUM L.—PRÊLE.
Caractères de la famille.
Environ 25 espèces.—L'identification des Equiselum demande le plus souvent l'examen à la loupe des cavités
de la tige. On devra donc soit sectionner la tige à l'état frais sur le terrain et noter le croquis de la section, soit
ramollir après coup un fragment de tige dans l'eau très chaude, et sectionner. — Le nom générique signifie : crin de
cheval; allusion aux ramifications fines de certaines espèces, qui donnent à l'ensemble de la plante l'apparence d'une
queue de cheval.
Tiges d'un vert sombre, rudes, persistant durant l'hiver; épis abruptement terminés en pointe
(fig- 4, a)-
Tiges généralement isolées, longues (30-100 cm.) et grosses (diam. '5-12 mm.); cavité
centrale environ les Yz du diamètre total (fig. 4 ) 1. E. hyemale
Tiges groupées sur une souche, moins longues et moins grosses; cavité centrale J^-K
du diamètre total.
Tiges (diam. plus de 1 mm. ) non filiformes; cavité centrale }i du diamètre total
(fig-4) 2. E. variegatum
Tiges (diam. à peine 1 mm.) filiformes et gazonnantes, dépourvues de cavité
centrale (fig. 4 ) 3. E. scirpoides
ÊQUISETACÉES [ EQUISETUM ] Figure 4
Equisetum: (a) épi apiculé; (b) épi obtus; (c) E. pratense, gaine raméale; (d) E. arvense, gaine raméale.
Le reste de la figure montre en section les cavités centrales (e), costales (f ) et valléculaires (g) des espèces à tiges
isomorphes.
Tiges d'un vert clair ou jaunâtres, souples, ne persistant pas durant l'hiver; épis obtus
(%. 4, b ) .
Plantes non franchement aquatiques, habitant les bois, les prairies ou les remblais;
fructifications très printanières.
, Tiges fertiles blanchâtres, très printanières, absolument dépourvues de chloro-
phylle et de branches, périssant immédiatement après la dehiscence de
l'épi (fig. 5, b ) ; tiges stériles vertes (fig. 5, a ) ; rameaux souvent dressés,
portant des gaines munies de 3-4 dents longuement aiguës (fig. 4, d) . . . 4. E. arvense
Tiges fertiles d'abord jaunâtres, puis produisant des rameaux verts qui s'al-
longent par la suite; tiges stériles vertes, à rameaux généralement étalés
ou pendants.
Plante d'un vert très pâle; rameaux triangulaires, très généralement
simples et étalés horizontalement; dents des gaines raméales courtes
et non longuement aiguës (fig. 4, c ) ; plante rare sauf dans les mon-
tagnes. (Fig. 5, c-d) S. E. pratense
Plante d'un vert foncé; rameaux 4-5-angulaires, généralement plusieurs
fois ramifiés et pendants; plante commune dans les bois. (Fig. 5, e-f ) . 6. E. sylvaticum
Plantes franchement aquatiques, habitant les fossés, les lacs, les rivières, ou les rivages
fréquemment couverts d'eau; fructifications estivales.
Cavité centrale petite (environ du diamètre t o t a l ) ; cavités valléculaires
aussi grandes que la cavité centrale (fig. 4 ) ; gaines de la tige très longues.. 7. E. palustre
Cavité centrale plus grande du diamètre t o t a l ) ; cavités valléculaires
petites (fig. 4 ) ; plantes presque toujours stériles 8. E. littorale
Cavité centrale grande (environ 4 / 5 du diamètre total ) ; tiges molles et min-
ces comme du papier à cause de la grande cavité; cavités valléculaires ab-
sentes ou invisibles à l'œil nu (fig. 4 ) ; plantes généralement très fructifères. 9. E. limosum
[113]
F L O R E L A U R E N T I E N N E
[114]
ÉQUISETACÉES [ EQUISETUM ] Figure 5
7. Equisetum palustre L.— Prêle des marais.-— (Marsh Horsetail). — Rhizome creux et
profondément enfoui; tiges (long. 25-40 cm.) toutes semblables, plus ou moins ramifiées; cavité
centrale environ % du diamètre total, accompagnée de cavités valléculaires de même gran-
deur; gaines de la tige très longues, évasées; épi enveloppé jusqu'à la dehiscence dans la gaine
supérieure très développée. Fructification estivale. Marécages, talus des rivières, battures.
Général dans son habitat. Plus abondant et plus robuste au nord. (Fig. 4).
F r u c t i f i e d e m a i à s e p t e m b r e s u i v a n t l ' é t a t d e s u b m e r s i o n p l u s o u m o i n s c o m p l è t e d e s r i v a g e s . S o u s la p r e s -
sion d e s c o n d i t i o n s écologiques, il c o n v e r g e e x t é r i e u r e m e n t a v e c YE. limosum, YE. arvense e t YE. littorale. Mais
l a section d e l a t i g e ( t o u j o u r s si d i s t i n c t e a v e c s a t r è s p e t i t e c a v i t é c e n t r a l e ) e t l e s l o n g u e s g a i n e s suffisent g é n é r a l e -
m e n t p o u r identifier les f o r m e s les p l u s modifiées. — L a p l a n t e a m é r i c a i n e diffère v a r i é t a l e m e n t d u t y p e e u r a s i a t i q u e .
E l l e p e u t ê t r e c o n n u e plus e x a c t e m e n t sous le n o m d e E. palustre v a r . americanum V i c t .
[115]
FLORE L A U R E N T I E N N E
Fam. 4. - ISOÉTACÉES.
Plantes vivaces, aquatiques ou amphibies, consistant en une souche courte bilobée, por-
tant des racines dichotomiques et une rosette de feuilles linéaires (fig. 6, a ) . Fructifications
en forme de sacs logés dans la gaine des feuilles : les unes mâles, contenant de petites spores
(microspores), les autres femelles (fig. 6, c-d), contenant de grandes spores (mégaspores) (fig. 6,
b,e,f).
Un seul genre.
1. ISOETES L. — ISOÈTE.
Caractères de la famille.
Environ 65 espèces.—Les Isoètes, qui ressemblent à de petites touffes d'herbe submergées, sont en réalité
voisins des Fougères et des Lycopodes. Les espèces ne peuvent être distinguées que par l'examen microscopique
des spores. Sur notre territoire on rencontrera au moins trois espèces, géographiquement assez nettement réparties.
La plante des lacs des Laurentides et celle du Saint-Laurent au niveau de Montréal est généralement VI. Braunii; celle
de l'Ottawa est généralement 1'/. riparia; celle des rivages de l'estuaire du Saint-Laurent, depuis le lac Saint-Pierre jus-
qu'à l'eau salée, est généralement 1'/. Twkermani. On trouvera encore autour du golfe Saint-Laurent l ' 7 . macrospora
Dur. (mégaspores réticulées, diam. 600-800,u). — L e nom générique signifie: semblable à lui-même t o u t e l'année.
Surfaee des grandes spores (mégaspores) couverte de petites épines. (Fig. 6, b ) 1. I. Braunii
Surface des mégaspores irrégulièrement aeerêtée ou réticulée.
Mégaspores irrégulièrement accrêtées (diam. 440-660yu). (Fig. 6, e) 2. I. riparia
Mégaspores réticulées, au moins sur la face basilaire (diam. 460-600 j u ) . (Fig. 6, f ) . 3. I. Tuckerrnani
[116]
ISOÉTACÉES [ ISOETES ] Figure_6
Isoetes: (a-d) /. Braunii, (a) plante entière, (b) mégaspore, (c) section longitudinale de la base d'une feuille
à mégasporanges, (d) feuille à mégasporanges vue par la face ventrale; (e) /. riparia, mégaspore; (î) I. Tuckermani,
mégaspore.
Fam. 5. — OPHIOGLOSSACÉES.
Rhizome court et charnu, donnant naissance chaque année à un certain nombre de frondes
pétiolées et engainantes, et à un même nombre de racines. Les frondes comprennent un limbe
végétatif simple ou diversement divisé et une portion fructifère portant des sacs (sporanges)
disposés en deux rangées alternes le long des rachis.
Cinq genres répandus dans les deux hémisphères. — ( Clef des genres au bas de la page 106. )
[117]
F L O R E L A U R E N T I E N N E
1. O P H I O G L O S S U M L. — OPHIOGLOSSE
2. B O T R Y C H I U M Sw. — BOTRYCHE.
Limbe très grand (larg. généralement 20-40 cm. ), très mince; plante élevé (long. 30-80 cm. ).
(Fig. 8, c, d ) 1. B. virginianum
Limbe plus petit (larg. généralement moins de 30cm.), plus ou moins charnu; plante moins
élevée.
Limbe nettement terne, et plutôt étalé horizontalement.
Segments aigus ou presque.
Segments dentés. (Fig. 8, e) 2. B. oUiquum
Segments très découpés. (Fig. 8, f ) 3. B. disseclum
Segments obtus; limbe très charnu.
Limbe (larg. 3-5 cm. ) ; segments peu nombreux 4. B. multifidum
Limbe (larg. 10-20 cm.); segments nombreux. (Fig. 9, c) 5. B. silaifolium
Limbe pinnatiséqué, tripartit ou triséqué, mais non nettement terne, plutôt ascendant.
Limbe sessile, divisé en segments linéaires-lancéolés très étroits; ouest et centre
du Québec. (Fig. 9, b) 6. B.angualisegmentum
Limbe fortement pétiole, ové-deltoïde et uni—tripinaatiséqué ; général.
(Fig. 9, a ) , 7. B. matricariaefolium
Plantes n'ayant pas tous ces caractères.
Spores (long. 24-32 ,u); limbe très généralement pinnatiséqué, ni
tripartit ni triséqué, peu variable dans la même colonie et la même
localité ; est du Québec, surtout dans le voisinage de la mer.
(Fig. 9, h,i) 8. B. Lunaria
[118]
Spores (long. 32-44M); limbe pinnatiséqué ou plus ou moins constam-
ment tripartit ou triséqué, souvent très variable dans la même localité.
Limbe très généralement pinnatiséqué, seulement occasionnel-
lement bipinnatiséqué et alors élargi à la base, et dans son
ensemble plus long que large; régions froides du Québec.
(Fig. 9, e-g ) 9. B. minganense
Limbe tripartit ou triséqué dans son ensemble, presque jamais
pinnatiséqué (sauf dans les très petits individus), à lobes
rapprochés et convergents, non imbriqués; plus général.
(Fig. 9, d) 10. B. simplex
ments secondaires lacérés et finement divisés. Bois. Dans l'ouest et le sud du Québec. Fruc-
tification automnale. (Fig. 8, f ).
Le B. dissection accompagne si fidèlement le B. obliquum dans son aire géographique qu'il est possible que
le premier ne soit qu'un mutant stérile du second. Ces mutations à feuilles profondément incisées sont fréquentes
chez les plantes à fleurs.
[120]
OPHIOGLOSSACÉES Figure 8
Ophioglossum: (a) 0. vulgatum.—Botrychium: (b) préfoliation; (c-d) B. virginianum, (c) plante en-
tière, (d) sporanges; (e) B. obliquum, plante entière; (f ) B. dissectum, segment.
Fam. 6. — OSMONDACÉES.
1. OSMUNDA L. — OSMONDE.
[ 121 ]
OPHIOGLOSSACÉES [BOTRYCHIUM] Figure 9
[122]
OSMOND ACÊES [OSMUNDA] Figure 10
Fam. 7. — POLYPODIACÉES.
[ 123 ]
FLORE LAURENTIENNE
3. ADIANTUM L. — A D I A N T E .
[124]
POLYPODIACÊES Figure 11
Cryptogramma: (a) C. Stëlleri. — D e n n s t a e d t i a : (b-c) D. punctilobula, (b) segments, (c) sore.—• Pteri-
dium: (d) P. latiusculum, segments. — P o l y p o d i u m : (e) P. virginianum. — A d i a n t u m : (f) A. pedatwm.
5. POLYPODIUM L. — POLYPODE.
Plantes à rhizome rampant. Pétioles articulés sur les rhizomes. Frondes à nervures
libres. Fructifications arrondies, disposées en lignes parallèles ou éparses, non recouvertes
d'une membrane.
Plusieurs centaines d'espèces, surtout tropicales et subtropicales. — Le nom générique signifie: plusieurs
pieds; allusion à la ramification du rhizome.
[125]
FLORE L A U R E N T I E N N E
Plantes de petite taille, à rhizomes en touffes, croissant sur les rochers. Frondes nom-
breuses, à pétioles articulés et se détachant au-dessus de la base, à limbes uni-bipinnatiséqués.
Fructifications entourées d'une membrane généralement déchirée en étoile.
Environ 25 espèces. — A la limite orientale de notre territoire, on pourra trouver exceptionnellement le W. alpi-
na (Bolton) S.F. Gray, et le W. glabella R.Br., tous deux dépourvus d'écaillés rougeâtres à la face inférieure de8
frondes, et dans la Gaspésie le W. scopvlina B.C. Eaton, et Je W. oregana D.C. Eaton. —• Genre dédié à Joseph WOODS,
(1776-1864), architecte et botaniste anglais.
Plantes des rochers, à tissu délicat. Frondes 2-4-pinnatiséquées, à lobes dentés. Fructi-
fications recouvertes d'une membrane (indusie) en capuchon attachée par sa base, déjetée en-
suite par la croissance, de sorte qu'à la maturité les fructifications paraissent nues.
Environ dix espèces. — Outre les espèces décrites ci-dessous, on trouvera encore dans la Gaspésie le C. mon-
tant! (Lam.) Bernh. (limbe deltoïde-ové). — Le nom générique signifie: fougère à utricule; allusion au gonflement
de l'indusie.
Limbe distinctement élargi à la base, très longuement acuminé, et portant très souvent des
bulbilles; rochers calcaires. (Fig. 12, b - d ) 1. C. bulbifera
Limbe à peine élargi à la base, sans bulbilles; rochers. (Fig. 12, e-f ) 2. C. fragilis
[126]
POLYPODIACÊES Figure 12
Woodsia: (a) W. ilvensis.—• Cystopteris: (b-d) C. bulbifera, (b) plante entière, (c) sore, (d) bulbifle;
(e-f ) C. fragilis, (e) plante entière, (f) sore. —• P o l y s t i c h u m : (g) P. Braunii, segments primaires; (h) P.
acrostichoides, segments primaires.
[127]
FLORE LAUREN TIENNE
Frondes dressées, toutes semblables. Limbe composé à divers degrés, à nervures libres
dans nos espèces. Divisions supérieures des frondes le plus souvent en forme de faux. Fructi-
fications arrondies, placées sur les nervures, le plus souvent recouvertes, au début, d'une mem-
brane (indusie) orbiculairc ou réniforme, attachée par son milieu.
Environ 1000 espèces. — Le genre, qui a porté les divers noms de Dryopteris, Aspidium, Lastrea, forme
ia masse de notre flore de Fougères, certaines des espèces étant extrêmement communes. On pourra encore trouver
au nord-est du territoire le T. Roberliana (Tloffm.) Slosson (limbe triangulaire, glanduleux), le T. fragrans
(L.) Nieuwl. (petit, odorant, saxicole) et le T. Filix-mas (L.) Nieuwl. (grand, indusie ferme, fructifications près
de la nervure), ce dernier l'une des Fougères communes de l'Eurasie, reliquale chez nous, et dans l'ouest du Québec
le T. hexagonopie.ru (Michx.) Weath. [semblable au T. Pke.gopW.ris, mais fronde plus large que longue; pinnules
inférieures (larg. 25-70 mm.)]. — Le nom générique signifie: fougère femelle; ce nom n'a néanmoins aucun rapport
avec la sexualité telle qu'on la connaît chez les Végétaux.
Frondes triangulaires dans leur pourtour général; fructifications jeunes non recouvertes d'une
membrane; rhizomes grêles (diam. 2-5 mm.) et rampants.
Fronde en apparence ternée (à cause des segments primaires inférieurs qui sont longue-
ment pétiolulés); rachis non ailé. (Fig. 13, b ) 1. T. Dryopteris
Fronde non ternée; rachis ailé et écailleux; segments de la paire inférieure réfléchis.
(Fig. 13, a ) 2. T. Phegopteris
Frondes non distinctement triangulaires dans leur pourtour général; fructifications jeunes re-
couvertes d'une membrane.
Limbe membraneux; nervures simples ou 1-2 fois divisées; rhizomes grêles et allongés;
espèces plus généralement dans les lieux ouverts.
Segments inférieurs graduellement plus courts; plantes en grandes colonies serrées.
(Fig. 13, c-d) 3. T. noveboracensis
Segments presque semblables ; plante palustre. (Fig. 13, e-g) 4. T. palustris
Limbe plus ou moins coriace; nervures bifurquant librement; rhizomes gros et ligneux.
Segments munis de dents épineuses; fronde plutôt mince; bois. (Fig. 13, h ) . . 5. T. spinubsa
Segments non munis de dents épineuses; frondes plutôt coriaces.
Fructifications situées près du bord des segments; plante d'un vert bleuâtre.
(Fig. 13, i) 6. T. marginalia
l 128]
POLYPODIACÉES [THELYPTERIS] Figure 13
Thelypteris: (a) T. Phegopteris; (b) T. Dryopteris; (c-d) T. noveboracensis, (c) segment secondaire, (d)
plante entière; (e-g) T. palustris, (e) plante entière, (f) segment secondaire de fronde stérile, (g) segment secon-
daire de fronde fertile; (h) T. spinulosa, segment secondaire; (i) T. marginalis, segment secondaire; (j-k) T. cristata,
(j) segment secondaire, (k) plante entière; (1-m) T. Goldiana, (1) segment secondaire, (m) plante entière.
[129]
FLORE LAURENTIENNE
minuant graduellement. En colonies serrées, formant des tertres dans les pâturages humides.
Général et commun. (Fig. 13, c-d).
« Eboracum » était le nom romain de la ville d'York en Angleterre. KALM, qui communiqua cette espèce à
LINNÉ, en parle comme venant du Canada, et l'on ne sait pourquoi LINNÉ l'a baptisée ainsi.
lité des pétioles, et la disposition disgracieuse des frondes en couronne incomplète. Les frondes coupées sont em-
ployées pour garnir le surtout des tables de banquet, et elles font l'objet d'un commerce important.
[ 130 ]
POLYPODIACÉES Figure 14
Woodwardia: (a-b) W. virginica, (a) plante entière, (b) segments secondâtes. — Camptosorus: (c-d)
C. rhizophyllus, (c) plante entière, (d) base d'une fronde. — A s p l e n i u m : (e-f ) A. Trqïhomanes, (e) plante entière
(f ) segment primaire. —• A t h y r i u m : (g) A. pycnocarpon, portion de segment primaire; -(h) A. thelypteroides, portion'j
de segment primaire; (i-j) A. angustum, (i) portion de segment primaire, (j) segment secondaire.
[131]
FLORE LAURENTIENNE
cm.) persistant, simple et cordé à la base, longuement acuminé, s'enracinant souvent par le
bout pour former une nouvelle plante. Rochers, surtout calcaires. Régions d'Ottawa, de
Montréal et de Saint-Hyacinthe; Montérégiennes. Rare. (Fig, 14, c-d).
La seule de nos Fougères dont le limbe ne soit aucunement découpé. Elle habite typiquement les crevasses
des lits de calcaire.
Frondes pinnatiséquées.
Segments primaires entiers. (Fig. 14, g) 1- A. pycnocarpim
Segments primaires pinnatifides. (Fig. 14, h) 2. A. thelypteroides
Frondes bipinnatiséquées. (Fig. 14, i, j ) 3. A. angustum
[132]
POLYPODIACÉES Figure 15
14. O N O C L E A L. — ONOCLÉE.
[133]
F L O R E L A U R E N T I E N N E
au toucher de la main humaine. Les Iroquois lui ont appliqué un nom qui signifie:
couche ». On rencontre assez souvent (surtout lorsque la plante a été fauchée) des
l'état fertile et l'état stérile (fig. 15, c ).
Rhizome ascendant portant une couronne serrée de frondes, les végétatives formant un
cercle complet à l'intérieur duquel, plus tard, paraissent les fructifères, qui sont dressées, rigi-
des, à lobes contractés en enveloppes sphériques recouvrant les fructifications.
Trois espèces. — Le nom générique est une forme de pteris, fougère.
PTÉRIDOPHYTES
DANS
80
LE QUÉBEC
> DANS
7000
LE MONDE
[134 J
Division II. - SPERMATOPHYTES.
Sous-division I. — GYMNOSPERMES.
La sous-division des G y m n o s p e r m e s comprend u n groupe relativement peu n o m b r e u x
de plantes vasculaires (environ 600 espèces), dont la p l u p a r t sont c o m m u n é m e n t désignées sous
le nom de Conifères. L'ovule de ces plantes, qui n ' e s t pas c o m p l è t e m e n t enveloppé d a n s u n ovai-
re, n'est le siège que d ' u n e seule fécondation: celle de l'oosphère, q u i donne p a r développement
l'embryon p r o p r e m e n t dit.
D a n s la flore d u Québec, la sous-division des G y m n o s p e r m e s est constituée p a r le groupe
des arbres toujours v e r t s e t le plus s o u v e n t résineux. Ce groupe se r é p a r t i t e n trois familles
dont les genres, pour fins de commodité, sont réunis en u n e seule clef a n a l y t i q u e .
[135]
GYMNOSPERMES Figure 16
Illustration de la clef : (a) section transversale d'une feuille quadrangulaire de Picea; (b) section transversale
d'une feuille aplatie d'Abies; (c) traces foliaires de Picea, au sommet de coussinets saillants; (d) traces foliaires
d'Abies, non saillantes; (e) feuilles groupées en faisceau, Pinus; (f ) feuille isolée, Picea; (g) rameau aplati de Thuja,
avec feuilles en forme d'écaillés; (h) feuille sessile, Abies; (i) feuille pétiolée, Tsuga; (j-k) dimorphisme foliaire dans
le genre Juniperus; (1 ) feuille mucronée, Taxus.
Feuilles disposées dans un même plan, aplaties (fig. 16, b ) ; traces foliaires non sail-
lantes (fig. 1 6 , d ) .
Feuilles (long. 1 5 - 3 0 mm.) sessiles (fig. 1 6 h ) ; cônes (long. 5 - 1 0 cm.)
dressés, à axe persistant sur l'arbre à la tombée des écailles; bourgeons
résineux; arbres. (Figs. 1 7 et 2 1 ) 5. Abies (p. 1 4 5 )
Feuilles pétiolées (fig. 16, i ) .
Feuilles (long, moins de 1 5 mm.) dentées latéralement, émargi-
nées au sommet; cônes (long. 1 2 - 3 5 m m . ) généralement pen-
dants au bout des rameaux, tombant tout d'une pièce; bour-
geons non résineux. (Figs. 1 7 et 2 1 ) 4. Tsuga (p. 1 4 4 )
Feuilles (long. 1 0 - 2 0 mm.) non dentées, terminées par une pe-
tite pointe; arbuste déprimé à fruit rouge; dans les bois, sous le
couvert des autres arbres. (TAXACÉES). (Figs. 1 6 , 1 ; 1 8 , f-g). Taxus (p. 1 3 7 )
Feuilles opposées ou verticillées, en forme d'écaillés ou d'aiguilles courtes. (CUPRESSA-
CÉES.) (Fig. 16, j - k ) .
[136]
Fam. 8. — TAXACÉES.
1. TAXUS L. ~IF.
[137]
FLORE L A U R E N T I E N N E
Très voisin du T. baccata d'Europe qui néanmoins est un grand arbre dont les feuilles contiennent un prin-
cipe toxique, la taxine. Le bois de l'If du Canada est très compact et très tenace, à cause de sa croissance extrême-
ment lente; il prend bien le poli, mais ses dimensions réduites ne lui permettent de se prêter à aucun usage intéres-
sant. — Il n'y a aucun rapport entre cet arbuste et le Buis (Buxus sempervirens), qui n'existe pas en Amérique;
aussi le nom de « Buis » employé partout par les Canadiens français rappelle simplement le feuillage persistant et
la petite taille communs aux deux plantes.
Fam. 9. - CUPRESSACÉES.
Arbres à feuilles opposées ou verticillées, persistantes. Chatons très petits. Fleur mâle
à étamines en verticillc de 4-8; sacs polliniques 3-5. Épi femelle formé de 1-6 verticilles de
bractées-mères, dont 1-2 seulement sont fertiles ; ces bractées-mères se soudent quelquefois
et deviennent charnues comme des baies. Fleur femelle formée d'un double carpelle portant
un ou plusieurs ovules,
Seize genres et environ 80 espèces.— (Clef des genres: page 136.)
1. JUNIPERUS L. — GENÉVRIER.
Feuilles épineuses (long. 7-22 m m . ) ; arbrisseau déprimé. (Figs. 16, j ; 18, a-b) 1. J. communis
Feuilles (long. 1-3 mm. ) réduites à des écailles généralement opposées (les jeunes feuilles sont
épineuses et longues de 4-5 m m . ) .
Arbre dressé; pédoncules des fruits droits; dans le Québec non maritime (vallée de
l'Ottawa seulement). Figs. 16, k; 17) 2. J. virginiana
Arbrisseau rampant; pédoncules des fruits recourbés; rivages maritimes du Québec.
(Fig. 18, c-d) 2. J. horizontalis
[138]
TAXACÊES, CUPRESSACÉES Figure 18
J u n i p e r u s : (a-b) J, communis, (a) rameau fructifère, (b) feuille; (c-d) J. horizontalis, (c) rameau fructifère,
(d) feuilles en forme d'écaillés. — Thuja: (e) T. occidentalis, rameau fructifère. — Taxus: (f-g) T. canadensis,
(f) rameau fructifère, (g) fruit arillé.
tre, subglobuleux, à pédoncule droit, à saveur sucrée-résineuse, mûrissant dès la première année
Floraison printanière. Régions calcaires. Environs de Hull. (Figs. 16, k; 17; 22). n = l l .
Le bois est odorant, rougeâtre, tendre, fragile, de croissance lente et se travaille facilement. Aux États-Unis, '
où il forme de petites forêts dans les régions calcaires, on l'emploie pour les poteaux des lignes de transmission élec-
trique, les conduites d'eau, les cercueils. Les crayons et les boîtes à cigares sont presque toujours fabriqués avec
ce bois. L'arbre est planté en Allemagne (Nuremberg) pour la fabrication des crayons.
[139]
FLORE L A U R E N T I E N N E
Six espèces, distribuées dans l'Amérique du Nord et l'Asie orientale et centrale. — Le nom générique, qui vient
du grec, a une signification obscure. LINNÉ écrivait Thuja. La plupart des auteurs, à la suite de TOTJENEFORT,
ont adopté la graphie Thuya, mais, en raison des lois de la nomenclature, l'orthographe linnéenne Thuja doit pré-
valoir.
1. PINUS L. — PIN.
Arbres monoïques portant deux sortes de feuilles: les primaires, écaiïîeuses et fugaces;
les secondaires, vertes, en forme d'aiguilles, réunies par 2-5 dans une même gaine. Épis sta-
minés allongés, portés au bout des branches de l'année précédente; pollen aérifère. Chatons
pistillés solitaires ou fascicules, à écailles imbriquées, devenant des cônes plus ou moins ligneux.
Graines ailées, 3-18-eotylées.
Environ 70 espèces, dont 28 dans l'Amérique du Nord.—Outre les espèces décrites ci-dessous, on a planté
en beaucoup d'endroits le Pinus sylvestris, reconnaissable à ses feuilles géminées et à ses cônes aigus et pendants. —
Répandus dans les pays de vieille civilisation, fournissant l'un des meilleurs bois d'œuvre des pays tempérés, les
Pins ont été tellement liés à la vie intime des peuples qu'ils ont leur place marquée dans l'histoire, les lettres, le
folklore, l'héraldique, la symbolique et la langue populaire. — Le nom générique est classique, et d'origine celtique.
[140]
ABIÉTACÉES [PINUS] Figure 19
[141]
FLORE LAURENTIENNE
abondant que le Pin blanc, il est cependant d'une importance considérable. Cette importance sera encore plus
grande quand la forêt canadienne sera aménagée scientifiquement, car il est comparativement exempt d'insectes
et de maladies cryptogamiques.
3. Pinus Banksiana Lamb. — Pin de Banks. — Pin gris, Cyprès.— (Jack Pine). —
Arbre de moyenne taille (15-20 m.); feuilles (long. 2-3 cm.) réunies par 2; cônes (long. 4-5
cm.) oblongs-eoniques, généralement dressés et fortement incurvés sur la branche, persistant
10-15 ans sur l'arbre. Floraison printanière. Abitibi et Saguenay; collines siliceuses de Ka-
mouraska-Témiscouata; stations isolées ailleurs (Trois-Rivièrcs, Nominingue, Rigaud, etc.).
(Figs. 17; 19, a-e; 22). n = 12
La plus parfaite oxylo-xérophyte de nos Abiétacées, notoirement absente des régions calcaires ou ar-
gileuses. C'est aussi un arbre essentiellement boréal qui pénètre très loin au nord dans la péninsule labradorienne,
presque jusqu'à la limite des arbres. Le bassin du lac Saint-Jean, à cause de ses grandes alluvions sablonneuses,
est une terre d'élection pour cette espèce qui y forme une remarquable association avec le Comptonia asplenifolia et
le Solidago puberula. Dans tout le nord du Québec, le Pin de Banks s'empare facilement des terrains brûlés siliceux;
les cônes éclatent à la grande chaleur de l'incendie et dispersent les graines qui, capables de germer en dix jours,
peuvent ainsi s'emparer immédiatement du sol et éliminer les concurrents. Le bois est généralement sans impor-
tance économique; néanmoins, on commence à l'employer pour la construction de lignes de transmission électrique
à faible voltage. —• Par une confusion difficile à expliquer, les Canadiens français du nord (lac Saint-Jean, Abitibi,
etc.) nomment le Pin de Banks « Cyprès »; l'emploi de ce nom était déjà général au commencement du X I X e siècle.
Le célèbre roman de Louis HÉMON, Maria Chapdelaine, a vulgarisé cette erreur dans les deux mondes.
1. Larix laricina (Du Roi) Koch. — Mélèze laricin. — Épinette rouge. — (Larch,
Tamarack). — Arbre de 15-20 m.; feuilles (long. 10-25 mm.). Floraison printanière. Ter-
rains humides, tourbeux ou granitiques. Général dans son habitat. (Figs. 17; 20, a-b; 22).
Le seul de nos Conifères à se dépouiller de ses feuilles pendant l'hiver. Son aire géographique est très vaste
et il se plaît aux habitats les plus divers. Son impuissance à supporter l'ombre des autres arbres est probablement
la raison de sa prédilection pour les tourbières, où t a n t de concurrents plus ou moins caleiphiles sont éliminés. Dans
la formation de nos tourbières, il y a un stade du Mélèze succédant au stade des Ericacées; mais le Mélèze est à
son tour déplacé par l'Épinette noire au fur et à mesure du dessèchement.— Vers 1874, une mouche-à-scie (Lygaeone-
matus erichsonii) détruisit presque complètement cette espèce ; les jeunes pousses seules échappèrent. Mais
cinquante ans après, l'espèce avait reconquis à nouveau sa place au soleil. — Le Mélèze est l'un de nos arbres les
plus précieux à cause de ses grandes dimensions, de sa force et de sa durée.— Le nom d'« Épinette rouge », appli-
qué universellement par les Canadiens français au Mélèze, est très ancien; il était déjà généralisé en 1664. Nos
ancêtres, venus des provinces françaises de la plaine (Normandie, Perche, Poitou), ont voulu réunir, sous un même
vocable (Épinette) diversement qualifié, tous les résineux qui leur étaient moins familiers. On sait qu'en France
le Mélèze {Larix decidua) ne se trouve que dans les montagnes du sud-ouest.
Arbres monoïques, coniques, à branches étagées et rameaux feuilles tout autour (ne parais-
sant pas aplatis). Feuilles à section quadrangulaire, en aiguilles courtes, disposées en spirale
persistantes, portées sur des coussinets saillants. Fleurs terminales ou axillaires, les staminées
presque sessiles. Cônes pendants. Graines ailées, 4-5-cotylées.
[142]
Larix: ( a - b ) L. laricina, (a) rameau, (b) cône. — P i c e a : (c-d) P. mariana, (c) cône, (d) rameau ultime
dépourvu de ses feuilles; (e-f ) P. glauca, (e) cône, (f ) rameau ultime dépourvu de ses feuilles.
Trente-sept espèces, dont 7 américaines. —• On plante fréquemment: le Picea Abies européen qui se reconnaît
facilement p a r ses rameaux ultimes retombants et ses très longs cônes (long. 1 0 - 1 3 c m . ) ; le P. Engelmanni (Ëpi-
nette bleue) dont le feuillage bleuâtre ou argenté est très ornemental. —'Le nom générique signifie probablement:
arbre qui fournit la poix. Ce mot a donné naissance à l'ancien français « pèce » et « pesse » puis à épicéa.
Bois des rameaux ultimes glabre; cônes cylindriques à pédoncule droit, contenant 6 0 - 9 0 écailles,
encore molles à la maturité. (Figs. 1 6 , c; 1 7 ; 2 0 , e-f) 1. P. glauca
Bois des rameaux ultimes pubescent; cônes ovoïdes à pédoncule recourbé et épaissi, contenant
environ 3 0 écailles, rigides à la maturité. (Figs. 17; 2 0 , c-d ) 2 . P. mariana
2. Picea mariana (Mill.) BSP. — Épicéa mariai. —Épinette noire. — (Black Spruce).
— Arbre de 8-20 m., en forme de cône généralement étroit et aigu; bois des rameaux pubescent;
[143]
Figure 21
ABIÉTACÉES
Thutfa canadensis Abies halssmea
<^Co[3
Tsuga: (a-c) T. canadensis, (a) rameau et cône, (b) section transversale de la feuille, (c) feuille. — Abies:
(d-g) A. bahamea, (d) cône, (e) feuille, (f) section transversale de la feuille, (g) axe persistant du cône.
feuilles (long. 6-13 mm.) vert bleuâtre; cônes (long. 2-3 cm.) rouges à l'état jeune, d'abord
ovoïdes et pointus, globuleux une fois ouverts, contenant environ 30 écailles, pouvant persister
20-30 ans sur les branches; graines disséminées à l'automne de la première saison. Floraison
printanière. Terrains humides granitiques, sablonneux ou tourbeux. Général dans la forêt
laurentienne. (Le P. rubra Link, à rameaux ultimes retombants, à feuilles lustrées, d'un vert
jaunâtre, à cônes ovoïdes-oblongs, verts à l'état jeune, tombant à l'automne, se distingue mal
de cette espèce; ilsetrouve probablement dans le sud de l'aire. ) (Figs. 17; 20, c-d; 22). n = 12
L'Êpinette noire est l'espèce dominante de la forêt abitibienne, de la Côte-Nord et de l'Ungava central. A
l'extrême nord, ainsi que sur la Côte-Nord, à l'est de Natashquan, et sur les hautes montagnes de la Gaspésie, elle
cède graduellement la place à l'Êpinette blanche. Elle croît ordinairement en massifs denses qui arrêtent la lumière
du soleil, d'où refroidissement du sol et suppression des autres espèces. Un sol humide, noir et profond, couvert
d'un lit très épais de mousse, constitue son habitat d'élection. C'est alors que s'établit cette association remar-
quable Picea mariana - Cornus canadensis - Hypnum Schréberi, qui occupe d'immenses étendues dans le nord
du Québec. — Le bois de cet arbre est léger, mou, faible, sujet à la torsion. Son usage par excellence est la fabri-
cation du papier, pour laquelle sa fibre est supérieure à celle des autres bois flottables. On peut dire que durant
le premier quart du vingtième siècle, l'Êpinette noire aura été notre grande richesse nationale. — Enfin, mentionnons
que la petite industrie de la bière d'Épinette, si connue dans le Québec, utilise cette espèce; la technique de de
fabrication de cette boisson de ménage remonte au régime français.
[144]
GYMNOSPERMES Figure 22
[145]
F L O R E L A U R E N T I E N N E
1. A b i e s b a l s a m e a ( L . ) Mill. — S a p i n b a u m i e r . — S a p i n . — ( B a l s a m F i r . ) — A r b r e
de 10-15 m . ; feuilles (long. 13-20 m m . ) ; cônes cylindriques-oblongs (long. 6 - 1 0 c m . ) , viola-
cés e t fortement résineux, a r r i v a n t à m a t u r i t é dès l ' a u t o m n e de la première saison. Florai-
son printanière. Général et d a n s des h a b i t a t s divers. (Figs. 16, b ; 17; 2 1 , d - g ; 2 2 ) . n = 1 2
Notre Sapin est le plus septentrional de tous les Sapins du monde, atteignant dans l'Ungava lat. N . 58°. Il
s'accommode de presque tous les habitats, mais il préfère un climat froid et un sol constamment humide. C'est
le plus vigoureux de tous nos résineux, et les individus parfaits sont d'une grande beauté. La croissance est d'abord
très lente durant une période de quatre ou cinq ans; elle s'accélère jusqu'à soixante ans, pour diminuer ensuite et
s'abolir vers cent cinquante ans. U n arbre adulte produit des graines tous les ans, mais le Sapin se multiplie aussi
par marcottage naturel, les basses branches s'enracinant aux points en contact avec le sol humide. — Le bois est
léger, mou, à grain grossier, assez blanc. Il n'est employé qu'à des usages secondaires (fabrication des instruments
de musique), en dehors de sa grande utilisation comme bois de pulpe (un quart de la production totale). Les vé-
sicules de l'écorce fournissent un produit universellement connu sous le nom de baume du Canada et dans le Québec
sous le nom de gomme de Sapin. La récolte de ce produit constitue une petite industrie localisée chez nous dans
les comtés de Montmorency et de Beauce. La plus grande partie de la production est employée pour le montage
des préparations microscopiques et pour l'assemblage des lentilles optiques. La gomme de Sapin est l'un des articles
essentiels de la médecine populaire des Canadiens français, qui l'emploient, avec raison d'ailleurs, comme antiscor-
butique, comme antiseptique dans les blessures, et en cataplasmes sur les brûlures.
GYMNOSPERMES
14
DANS LE QUÉBEC
600
DANS LE MONDE
t 146 j
Sous-division II. — ANGIOSPERMES.
Classe 1.-DICOTYLES.
Les Dicotyles sont les Angiospermes d o n t l'embryon est muni de deux cotyles. Ce carac-
tère est généralement d'observation difficile, parce que les cotyles sont le plus souvent minus-
cules, et que leur apparition est tardive d a n s le cycle vital de la plante. Heureusement, à ce
caractère f o n d a m e n t a l , sont liés d'autres caractères qui, bien que souffrant exception, sont assez
souvent réunis p o u r donner à l'ensemble une physionomie spéciale. Ce sont: la présence de
formations secondaires d a n s la tige (ces formations existent aussi chez les G y m n o s p e r m e s ) ;
le type floral p e n t a m è r e ou t é t r a m è r e (pièces de chaque verticille de la fleur p a r 5 , plus r a r e m e n t
p a r 4 , ou p a r multiples de ces n o m b r e s ) ; la nervation réticulée des feuilles. D a n s la p r a t i q u e ,
ce sont ces caractères secondaires qui servent à distinguer les Dicotyles.
Les Dicotyles se divisent assez naturellement en trois sous-classes:
Monochlamidées ou Apétales: enveloppe florale unique ou nulle, n e présentant p a s de diffé-
renciation en calice et corolle;
Dialypétales: calice e t corolle n e t t e m e n t différenciés; pétales i n d é p e n d a n t s les uns des a u t r e s ;
Sympétales ou Gamopétales : calice et corolle n e t t e m e n t différenciés; pétales soudés en t o u t
ou en partie p a r leurs bords latéraux.
Ces trois sous-classes se divisent en u n certain nombre d'ordres q u e nous ne définirons pas
en détail; ces ordres sont eux-mêmes des groupements souvent complexes de familles (cf.
Synopsis, p p . 8 0 - 8 3 ) .
[147]
Fam. 11. — BÉTULACÉES.
Écorce blanche ou jaunâtre, s'enlevant par feuillets minces; bractées des chatons femelles ni
ligneuses, ni foliacées. (Fig. 23, a - e ) 1. Betula
Ecorce n'ayant pas ces caractères; bractées des chatons femelles ligneuses ou foliacées.
Fruits à l'aisselle de petites bractées qui deviennent ligneuses; petits arbres ou arbustes.
(Fig. 23, f) 2. Alnus
Fruits munis de grandes bractées foliacées.
Fruits renfermés dans des sacs foliacés blanchâtres dont l'ensemble ressemble à
un cône (strobile) de houblon; arbre à feuilles très pubescentes. (Fig. 24) . . . . 3. Ostrya
Fruits renfermés dans un involucre charnu en forme de bouteille ; arbuste.
(Fig. 24) 4. Corylus
Fruits par 2, reposant chacun sur une grande bractée foliacée ouverte; arbuste
(Fig. 24) 5. Carpinus.
1. B E T U L A L.—BOULEAU.
Arbres; feuilles non glanduleuses; écorce blanche, rougeâtre, noirâtre ou d'un gris doré;
terrains plutôt secs.
Chatons pistillés pédoncules; écorce blanche ou rougeâtre.
Feuilles longuement acuminées; écorce très blanche, ne s'exfoliant pas facile-
ment, portant une large tache triangulaire noire au-dessous de l'insertion des
branches. (Fig. 23, a - b ) 1. B. populifolia
Feuilles simplement aiguës ; écorce un peu teintée, s'exfoliant facilement.
(Fig. 23, e ) 2. B. papyrifera
Chatons pistillés sessiles; écorce d'un gris doré ou noirâtre.
Écorce d'un gris doré; bractées fructifères (long. 7-10 m m . ) pubescentes; forêts
du nord et de l'est. (Fig. 23, c) 3. B. lutea
[148]
BÊTULACÉES Figure 23
B e t u l a : ( a - b ) B. populifolia, (a) rameau avec chatons pistillés jeunes, (b) calus noir à l'insertion d'une
branche; (c) B. lutea, rameau fructifère; (d) B. pumikt, feuille; (e) B. papyrifera, rameau fructifère. — A l h u s :
(f ) A. incana, rameau fructifère.
Êcorce devenant noirâtre avec l'âge; bractées fructifères (long. 4-5 m m . ) glabres;
sud-ouest du Québec seulement 4. B. lenta
Arbrisseaux ou arbustes des régions froides ou des tourbières humides; feuilles petites, coriaces,
crénelées-dentées, subsessiles.
Jeunes rameaux glabres, et fortement munis de glandes verruqueuses et résineuses;
feuilles vertes et glabres sur les deux faces; régions froides et montagnes 5. B. glandvlosa
Jeunes rameaux généralement munis de longs poils fins; feuilles pâles inférieurement, à
nervures finement réticulées sur les deux faces; tourbières. (Fig. 23, d) 6. B. pumïla
[149]
F L O R E L A U R E N T I E N N E
dans les champs, et elles sont prêtes à s'emparer du terrain si on néglige de le cultiver. On pourra rechercher dans
le sud-ouest du Québec le B. coerulea Blanchard, très voisin du B. popvMfolia, mais à feuillage vert sombre (bleuâ-
tre) et à écorce facilement exfoliée.
5. B e t u l a g l a n d u l o s a Michx. — B o u l e a u glanduleux — ( G l a n d u l a r B i r c h ) . — - A r b u s t e
le plus s o u v e n t déprimé (ne s'élevant p a s au-dessus de 2 m . ) ; jeunes r a m e a u x glabres e t forte-
m e n t munis de glandes verruqueuses et résineuses; feuilles (long. 5-30 m m . ) v e r t e s e t glabres
sur les deux faces, obovées-cunéaires. Floraison printanière. Régions froides ou m o n t a g n e u s e s
du nord-est d u Québec.
[150]
F L O R E L A U R E N T I E N N E
2. A L N U S mil—AULNE, AUNE.
C L E F DES ESPÈCES.
Face inférieure des feuilles verte, glutineuse et presque glabre; rare '. 1. A. crispa
Face inférieure des feuilles verte, et couverte d'une pubescence soyeuse; est du Québec 2. A. mollis
Face inférieure des feuilles blanchâtre, pubescente sur les nervures; lieux humides. (Fig. 23, f ).. .3. A. incana
3. O S T R Y A Scop. — OSTRYER.
[151]
F L O R E L A U R E N T I E N N E
4. C O R Y L U S L.—NOISETIER, COUDRIER.
Arbrisseaux ou petits arbres à grandes feuilles minces dentées en scie. Chatons staminés
sessiles au b o u t des rameaux de la saison précédente, paraissant longtemps a v a n t les feuilles;
fleurs à 4 étamines. Fleurs pistillées issues de bourgeons écailleux, formées d ' u n ovaire
incomplètement bilocuiaire, d ' u n style court et de deux stigmates grêles. F r u i t : une noix
renfermée d a n s un involucre charnu en forme de bouteille.
Sept espèces, dont 3 américaines.— Le C. Avellana d'Europe fournit les « Avelines » du commerce.— Le nom
générique signifie: casque; allusion à la forme des bractées du C. Avellana.
5. C A R P I N U S L. —CHARME.
[ 152]
BETULACÊES Figure 24
Ostrya: O. virginiana, feuille et cône. — Corylus: C. cornuta, rameau fructifère.—• Carpinus: C. caroliniana
feuille et fruits.
Feuilles lobées ou sinuées (dans nos espèces); fruit: un gland ovoïde. (Figs. 25 et 28) 1. Quercus
Feuilles seulement dentées; fruit: une faîne triangulaire. (Figs. 25 et 28) 2. Fagus
[153]
F L O R E L A U K E N T I E N N E
1. Q U E R C U S L. —CHÊNE.
[ 154 ]
FAGACÊES Figure 25
Q u e r c u s : feuille et fruit (gland) des espèces laurentiennes. —- F a g u s : F. grandifolia, feuille et fruits (faînes).
2. F A G U S L. — HÊTRE.
Arbres à écorce grise et lisse et à feuilles reçtinerves. Fleurs p a r a i s s a n t avec les feuilles,
les staminées en capitules p e n d a n t s , les pistillées involuerées p a r 2 d a n s les aisselles des feuilles
supérieures. Fleurs staminées à 8-16 étamines. Fleurs pistillées à p é r i a n t h e 6-lobé et ovaire
triloculaire, u n seul des 2 ovules de c h a q u e loge se d é v e l o p p a n t . Achaines triangulaires, géné-
ralement deux d a n s chaque involucre ( b r o u ) ; brou s ' o u v r a n t par 4 valves.
[155]
F L O R E L A U R E N T I E N N E
Huit espèces, dont une seule américaine, confinées dans l'hémisphère boréal. Le genre voisin Nothofagus
réunit les pseudo-Hêtres de l'hémisphère austral. — Le nom générique, dérivé du grec, signifie: manger; le fruit est
comestible.
Fam. 13 - MYRICACÉES.
1. M Y R I C A L. — MYRIQUE.
1. M y r i c a G a l e L. — M y r i q u e b a u m i e r . — Bois-sent-bon. — (Sweet G a l e ) . — A r b u s t e
( l o n g , environ 1 m è t r e ) ; feuilles oblancéolées, dentées au s o m m e t ; d r u p e cireux-résineux, ailé.
Floraison p r i n t a n i è r e . B o r d des rivières e t des lacs. Général. (Fig. 2 6 ) .
Espèce à très vaste distribution géographique (Eurasie boréale, Amérique), et l'un des arbustes universels
sur le bord des lacs laurentiens. Sa dissémination dans cet habitat est facilitée p a r un dispositif spécial: l'ovaire
est lisse et flanqué de deux bractéoles se développant en flotteurs aérifères. — On met les feuilles dans le linge pour
éloigner les insectes et lui communiquer une bonne odeur. — Les racines partent des nodosités à bactéroïdes, ana-
logues à celles des Légumineuses.
[156]
MYRICACÉES F i g u r e 26
2. C O M P T O N I A Banks. — COMPTONIE.
[157]
F L O R E L A U R E N T I E N N E
Brou ne s'ouvrant pas à la maturité; noix grosse (long. 5-8 cm. ), rugueuse; feuilles à 11-17 folioles.
(Figs. 27 et 28) 1. Juglans
Brou se fendant en quatre valves à la maturité; noix petite (long. 2-4 cm. ), lisse; feuilles à 5-11
folioles. (Figs. 27 et 28) 2. Carya
1. J U G L A N S L. — NOYER.
Noix excellente qui fait l'objet d'un certain commerce dans le district de Montréal. — Bois léger, mou, faible,
à grain grossier, d'un brun, pâle mais fonçant rapidement à l'air, à aubier blanc. Il est très employé pour les ouvrages
d'ébénisterie et la décoration intérieure des maisons. Les couches internes de l'écorce jouissent de propriétés ca-
thartiques utilisées depuis longtemps. On employait l'extrait d'écorce avec le miel, et le mélange opérait sans causer
de douleur ni d'rritation. On l'a aussi employé contre la dysenterie, les ophthalmies inflammatoires, et contre les
maux de dents par l'application, sur la nuque, d'un petit morceau d'écorce trempé dans l'eau tiède. D u brou et de
l'écorce de la racine, on extrait une teinture jaune. Les chatons mâles sont toujours portés par des rameaux de
l'année précédente; les fleurs femelles naissent sur des pousses entrées en végétation au printemps, de sorte qu'elles
sont fécondées par des fleurs beaucoup plus âgées qu'elles. Les bourgeons, qui contiendront les chatons mâles,
naissent en mai, peu de temps après l'épanouissement des fleurs de l'année; ils sont entièrement constitués dès le
mois de juillet. Cet arbre présente un bon exemple de dimorphisme dichogamique. Tous les individus se rangent
en deux catégories par rapport a u développement des organes sexuels. Dans la première, les étamines sont à ma-
turité quinze jours avant les pistils des mômes arbres. Dans la deuxième, les pistils à ce moment sont prêts à rece-
voir le pollen de ceux de la première catégorie, pendant que les étamines de la deuxième laissent échapper leur pollen,
juste à temps pour féconder les pistils de la première. — Bien qu'aujourd'hui essentiellement américain, le J. cinerea
a été trouvé à l'état fossile dans le Pléistocène de France.
[158]
JUGLANDAGEES F i g u r e 27
Carya: ( a - c ) C. cordiformis, (a) feuille, (b) fruit recouvert de son brou, (c) section transversale du fruit,
montrant une portion du brou mince; (d-g) C. ovata, (d) feuille, (e) fruit recouvert de son brou, (f ) section trans-
versale du fruit, montrant une portion du brou épais, (g) portion du tronc, montrant l'exfoliation de l'écorce.—
Juglans: (h-j) / . cinerea, (h) feuille, (i) fruit recouvert de son brou, (j) section transversale du fruit, dépourvu
de son brou.
2. C A R Y A N u t t . — CARYER, HICORIER. .
Ecorce appliquée ou presque; folioles 7-11; noixamère. (Figs. 27, a - c ; 28) 1. C. cordiformis
Écorce déchiquetée; folioles 5-7; noix douce. (Figs. 27, d-g ; 28) 2. C. ovata
[159]
FAGACÊES, J U G L A N D A C É E S F i g u r e 28
[160]
SALICACÉES Figure 29
Populus: (a-c) P. balsamifera, (a) feuille, (b) fleur pistillée, (c) fleur staminée. — Salix: (d-h) S. discolor,
(d) individu mâle et chaton staminé, (e) individu femelle et chaton pistillé, (f ) feuille, (g) fleur staminée, (h) fleur
pistillée.
Feuilles généralement moins de 3 fois aussi longues que larges; arbres; bractées fimbriées ou incisées;
étamines 4-60; stigmates allongés. (Figs. 29, a-c ; 30 ; 32, a-b) 1. Popvlus
Feuilles généralement 3 fois aussi longues que larges, ou plus; arbrisseaux ou arbustes, rarement
arbres ; bractées entières ; étamines 2-3 (dans nos espèces) ; stigmates courts. (Figs. 29, d-h ;
31 ; 32) 2. Salix
[161]
FLORE LAURENTIENNE
E n v i r o n 3 5 espèces, p r o p r e s à l ' h é m i s p h è r e b o r é a l . L e s P e u p l i e r s f o r m e n t , d a n s le n o r d , d e v a s t e s f o r ê t s ,
e t p l u s a u sud ils a b o n d e n t d a n s l e s t e r r a i n s d ' a l l u v i o n . E n g é n é r a l , ils c a r a c t é r i s e n t l a zone t e m p é r é e e n l a t i t u d e
e t en a l t i t u d e . — L ' a g i t a t i o n d e s feuilles d e l a p l u p a r t d e s espèces ( s u r t o u t le P. tremuloides) est due à l'aplatisse-
m e n t d u pétiole d a n s le s e n s v e r t i c a l . C h e z n t o m b r e d ' e s p è c e s ( P . lacamahacca, P. balsamifera, P. grandidentaia,
P. tremuloides) il y a s u r les p r e m i è r e s feuilles q u i p a r a i s s e n t s u r c h a q u e b r a n c h e , a u p r i n t e m p s , u n e d o u b l e g l a n d e
nectairifère s i t u é e s u r l a f a c e s u p é r i e u r e , p r è s d e l a n a i s s a n c e d u p é t i o l e ; c e t t e g l a n d e s é c r è t e u n n e c t a r r e c h e r c h é
d e s i n s e c t e s . — L e s feuilles des P e u p l i e r s p o r t e n t s o u v e n t d e s galles, c a u s é e s p a r d i v e r s i n s e c t e s (fig. 3 2 ). — L e n o m
g é n é r i q u e signifie p e u t - ê t r e s i m p l e m e n t : p e u p l e ; chez les R o m a i n s on p l a n t a i t c e t a r b r e d a n s les lieux p u b l i c s .
A r b r e s à b r a n c h e s dressées, m a i s n o n é t r o i t e m e n t a p p l i q u é e s c o n t r e le t r o n c .
Feuilles à l a m a t u r i t é b l a n c h e s - l a i n e u s e s e n - d e s s o u s ; a r b r e p l a n t é 1. P . alba
Feuilles g l a b r e s ou presque à la m a t u r i t é .
P é t i o l e s d e s feuilles p e u o u p o i n t a p l a t i s l a t é r a l e m e n t ; feuilles b l a n c h â t r e s e t l a v é e s
de roux inférieurement 2. P. tacamahacca
Pétioles fortement aplatis latéralement.
Feuilles grossièrement ondulées-dentées 3 . P. grandidentaia
Feuilles crénelées-denticulées.
Feuilles ovées ou suborbiculaires 4. P . tremuloides
Feuilles largement deltoïdes 5. P . balsamifem
A r b r e à b r a n c h e s é t r o i t e m e n t a p p l i q u é e s c o n t r e le t r o n c ; a r b r e p l a n t é 6. P . nigra
[ 162 ]
SALICACÊES [POPULUS] Figure 30
[163]
d'environ 45°, mais les ramifications ultimes sont le plus souvent verticales. De tous nos arbres angiospermes in-
digènes, le Liard est celui qui conserve ses feuilles le plus longtemps à l'automne. — Sous le nom de Peuplier du
Canada, cet arbre est depuis longtemps introduit en Europe. Il y a formé, avec le P. nigra, un hybride mâle qui
est planté partout le long de nos rues, sous le nom commercial de Peuplier de la Caroline, ou Carolin ( X P. cana-
densis Moench). Le Carolin joint au port agréable du Liard la grande rapidité de croissance propre aux hybrides;
sa feuille se distingue de celle du Liard par sa base non tronquée et légèrement cunéaire.
2. SALIX L. —SAULE.
[164]
F L O R E L A U R E N T I E N N E
(feuilles, fleurs, fruits) n'existant pas simultanément sur la plante. Seules sont ici traitées les espèces fréquentes
dans la partie tempérée et habitée du territoire. On pourra encore trouver dans l'Ungava et autour du golfe Saint-
Laurent un bon nombre d'espèces, pour la plupart des arbustes rampants: S. ohtusata Fernald, S. planifolia Pursh,
<S. paraleuca Fernald, S. Uva-Ursi Pursh, <S. herbacea L., S. phylicifolia L., S. calcicola Fern. & Wieg., S. fuscescens
Anderss., S. chlorolepis Fernald, S. reticulata L., S. vestita Pursh, <S. myrtyllifolia Anderss., S. argyrocarpa Anderss.,
S. cordifolia Pursh, <S. arctica Pallas, S. anglorum Cham., S. arctophila Coek., S. brachycarpa Nutt., S. glaucophyUoides
Fernald, S. adenophylla Hook., 8. laurentiana Fernald, S. stenocarpa Fernald, S. simulans Fernald, S. hebecarpa Fer-
nald, etc. La clef analytique donnée ici est très artificielle, et n'a qu'une valeur de commodité; utilisant d'autre
part des considérations d'habitat et de répartition géographique, elle ne v a u t que pour le territoire considéré. — Les
feuilles des Saules portent souvent des galles causées par divers insectes (fig. 32). — Le nom générique, d'origine
celtique, signifie: près de l'eau; allusion à l'habitat.
[165]
FLORE LAURENTIENNE
2. Salix alba L.— Saule blanc.—Saule.— (Common Willow). — Grand arbre pou-
vant atteindre 30 mètres; feuilles lancéolées (larg. 10-30 mm.) soyeuses-pubescentes sur les deux
faces, à l'état jeune, beaucoup moins à l'état adulte; stipules très petites, lancéolées; capsules
sessiles ou presque. Floraison printanière. Bord des eaux dans le voisinage des lieux habités.
Originaire d'Europe. (Fig. 31). n = 38
Grand Saule européen communément planté dans les districts habités. Il devient en peu d'années un grand
arbre, augmentant facilement son diamètre de 8-10 cm. par année. On a aussi beaucoup planté sur notre territoire
l'hybride S. alba X S. fragilis dont les caractères sont intermédiaires entre ceux des deux parents. Cette espèce,
la précédente, et l'hybride des deux, sont les grands arbres que l'on appelle communément « Saules » en ce pays,
et que l'on plante à cause de leur croissance rapide.
4. Salix nigra Marsh. — Saule noir.— (Black Willow). — Arbre pouvant atteindre
40 mètres, mais beaucoup plus petit dans le Québec; feuilles étroitement lancéolées (larg. 4-18
mm.), à court pétiole (long. 2-6 mm.); chatons paraissant avec les feuilles, au printemps; éta-
mines 3-7; capsule glabre, deux fois aussi longue que son pédicelle. Bords du Saint-Laurent
et de ses affluents. Ouest du Québec jusqu'au lac Saint-Pierre. (Fig. 31 ).
[166]
Salix: feuille des espèces laurentiennes (fin); (c) galle causée par un Diptère, le Rhabdophaga strobiloides,
(d) galle causée par un Hyménoptère, le Pontania desmodioides. — P o p u l u s : (a) galle causée par un Puceron, le Pem-
phigus populitransversus, (b) galle causée par un Puceron, le Pemphigus vagabundus.
Le plus grand et le plus remarquable des Saules indigènes de l'Amérique, surtout abondant et de grande taille
dans le bassin du Mississipi. Il pénètre dans le Québec par la voie du Saint-Laurent et de l'Ottawa; on l'y trouve
généralement associé au S. longifolia, et il atteint rarement la taille d'un petit arbre de 8-10 m. Le bois est mou, fai-
ble, d'un brun rougeâtre; le liber est mince et presque blanc.
5. Salix serissima (Bailey) Fernald. — Saule très soyeux. — (Silky Willow). — Ar-
buste (long. 2-4 m.); feuilles (larg. 1-3 cm.) elliptiques-lancéolées, pâles inférieurement, à
nervures blanchâtres; pétiole lustré et fortement glanduleux; fruit mûr à l'automne. Floraison
printanière. Est du Québec. Rare. (Fig. 32).
[167]
F L O R E L A U R E N T I E N N E
[168]
F L O R E L A U R E N T I E N N E
[169]
F L O R E L A U R E N T I E N N E
1. U L M U S L. — ORME.
Grands arbres, à feuilles sur deux rangs. Fleurs verdâtres, fasciculées, ou en grappes
sur les r a m e a u x de la saison précédente. Calice campanule, 4-9-lobé, persistant. É t a m i n e s
4 - 9 , cxsertcs. Ovaire comprimé p o r t a n t 2 styles divergents. F r u i t : une samarc arrondie,
plane, uniséminée.
Environ 2 0 e s p è c e s , propres à l'hémisphère boréal, dont 6 américaines. E n Amérique, les Ormes ne d é p a s -
s e n t guère, vers l'ouest, l e s y s t è m e d u Mississipi-Missouri. — Le n o m générique est le n o m classique latin, p r o b a b l e -
m e n t d'origine c e l t i q u e .
C L E F D E S ESPÈCES.
[170]
ULMACÉES Figure 33
U l m u s : ( a - b ) U.americana, (a) rameau feuille, (b) groupe de samares; (c) U. racemosa, groupe de samares;
(d) U. fulva, groupe de samares. — Celtis: (e-f ) C. occidentalis, (e) rameau florifère, (f) fruit.
3. U l m u s fulva Michx. — Orme roux. — Orme rouge, Orme gras. — (Slippery Elm)."—
Arbre pouvant atteindre 35 mètres, à branches étalées; feuilles odorantes en séchant, très ru-
gueuses-papilleuses supérieurement, généralement carénées et tordues; samares non ciliées,
glabres sur les ailes mais pubescentes sur la graine. Floraison printanière. Ouest et sud du
Québec. (Fig. 33, d). n = 14
Bois pesant, dur, fort, à grain serré, durable, facile à fendre de droit fil, résistant à la pourriture; il est em-
ployé pour faire des piquets, des traverses de chemin de fer, des instruments aratoires. — L'écorce intérieure de l'Orme
roux est mucilagineuse. Elle contient de la coumarine, substance aromatique qui se trouve aussi dans d'autres
plantes (Melihtus, Heraclmm, etc.) sans relation taxonomique avec les Ormes. Cette écorce est employée de
la même façon que la guimauve dans le traitement de certaines affections inflammatoires. Le liber macéré dans
l'eau, puis moulu et séché, constitue la poudre d'Orme de la pharmacie. — Il y a un parallélisme évident entre cette
espèce et l'Ulmus campestris d'Europe. L'un et l'autre appartiennent au groupe des Ormes à fruits non ciliés, groupe
de différenciation très ancienne qui occupait, à l'époque tertiaire, tout l'hémisphère boréal au nord du 30e parallèle.
— Dans la région de Montréal (île Jésus), on voit quelquefois les trois espèces ci-dessus croissant ensemble surjes
rochers calcaires.
2. CELTIS L. — MICOCOULIER.
Arbres ou arbrisseaux. Fleurs monoïques ou polygames, situées dans les aisselles des
feuilles de la saison, les staminées groupées, les pistillées solitaires ou par 2-8. Calice 4-6-par-
tit. Ovaire sessile. Fruit: un drupe ovoïde ou globuleux.
Environ 60 espèces, des régions tempérées et tropicales. — Le nom générique est un nom classique qui a servi
à désigner d'autres plantes, et qui a été appliqué aux Micocouliers par TOTJHNEFORT.
[171]
FLORE L A U R E N T I E N N E
bec; feuilles (long. 4-10 cm.) minces, aiguës ou acuminées au sommet, lisses et glabres supé-
rieurement; drupes globuleux, pourpres ou presque noirs à la maturité, portés sur de longs pé-
doncules, persistant souvent sur l'arbre durant tout l'hiver. Floraison printanière. Environs
de Montréal (île Sainte-Hélène, etc.). (Fig. 33, e-f). n = 14
Arbre peu remarqué, qui est ici sur la limite nord-ouest de sa distribution géographique. La désignation
étrange de « Bois inconnu », qui est encore en usage dans la région de Montréal, est très ancienne; elle est mentionnée
par le voyageur-botaniste André MICHAUX ( 1 7 9 5 ) . — Le bois est mou, grossier, jaune clair, à aubier plus pâle. Son
extrait a été employé autrefois par les Français des Illinois, pour traiter la jaunisse.
1. HUMULUS L. — HOUBLON.
[172]
SAURURACÉES, TJRTICACÉES Figure 34
Saururus: S. cernuus, sommité florifère. — Humxilus: H. Lupulus, rameau florifère et cône. •—• Cannabis:
C. saliva, sommité fructifère.
2. CANNABIS L. - CHANVRE.
Plante forte, dressée, rugueuse, à écoree intérieure composée de fibres très résistantes.
Feuilles minces, opposées ou alternes, divisées en 5-11 segments linéaires-lancéolés. Fleurs
dioïques, les staminées paniculées, les pistillées en épis. Étamines 5. Fleurs pistillées solitaires,
à l'aisselle de bractées foliacées, consistant en un calice entier embrassant l'ovaire sessile. Fruit:
un achaine comprimé.
Genre monotypique. —• Le nom générique est le nom grec de la plante.
[173]
FLORE LAURENTIENNE
3. URTICA L. —ORTIE.
1. Urtica procera Willd. — Ortie élevée. —(Stinging Nettle). — Tige (long. 60-120
cm.) plus ou moins raide, couverte de poils glanduleux et cassants; feuilles minces, ovées, lon-
guement pétiolées, 3-5-nervées (long. 8-12 cm.); inflorescence grande, composée. Floraison
estivale. Terres acides et lieux cultivés. Ouest et sud du Québec. (Fig. 35).
Grande plante parfois très envahissante, se défeuillant de bonne heure, mais conservant ses masses de fruits
jusqu'à l'automne.
Plantes herbacées vivaces armées de poils urticants. Feuilles grandes, alternes, dentées,
pétiolées. Fleurs monoïques ou dioïques. Êtamines 5. Fleurs pistillées formées de 4 sépales
inégaux et d'un ovaire comprimé et oblique contenant un ovule dressé. Fruit: un achaine
plat, réfléchi.
Environ 2 5 espèces, toutes tropicales, sauf la suivante. — Le genre est dédié à François-L. DE LAPORTE, ento-
mologiste du X I X e siècle.
Plantes annuelles ou vivaces, sans poils urticants. Feuilles opposées, pétiolées, à sti-
pules soudées. Fleurs monoïques ou dioïques, en cymes axillaires ou en glomérules. Fleurs
staminées 2-4-partites; fleurs pistillées tripartites, à segments inégaux et ovaire dressé. Fruit:
un achaine comprimé.
Deux cents espèces, presque toutes tropicales. — Le nom générique signifie: un casque; allusion à la forme
du grand sépale dans l'une des espèces.
1. Pilea pumila (L.) A. Gray. — Piléa nain. — Petite Ortie. — (Stingless Nettle). —
Plante annuelle à tige transparente, glabre et charnue (long. 10-50 cm. ) ; feuilles (long. 3-12
cm.) membraneuses, ovées, grossièrement dentées. Floraison estivale. Lieux humides et
ombragés, et autour des habitations. Général. (Fig. 35).
[174]
URTICACÉES Figure 35
Plantes vivaces, herbacées ou ligneuses, sans poils urticants. Feuilles opposées ou al-
ternes, pétiolées, trinervées, stipulées. Fleurs monoïques ou dioïques, rassemblées en épis de
glomémles, parfois feuilles à l'extrémité. Fleurs staminées 4-partites; fleurs pistillées à calice
tubuleux 2-4-denté ou entier, enveloppant l'ovaire. Fruit: un achaine inclus dans le calice
persistant.
Environ 5 0 espèces, presque toutes tropicales. —• Le B. nivea (Ramie) est une plante textile importante. —
Le genre est dédié à G . R. BOBHMBR ( 1 7 2 3 - 1 8 0 3 ) , professeur à Wittenberg au XVIIIe siècle.
Plantes herbacées, à feuilles simples, alternes et pétiolées. Fleurs disposées en épi, her-
maphrodites, sans périanthe. Étamines 3-8. Pistil à 3-4 carpelles, ouverts ou fermés, conte-
nant plusieurs ovules orthotropes. Fruit: une capsule ou un groupe de follicules.
Trois genres et 4 espèces, de l'Amérique du Nord et de l'Asie.
[175]
FLORE L A U R E N T I E N N E
1. SAURURUS L. — SA URURE.
Plantes palustres, herbacées, à rhizome grêle et tiges articulées. Feuilles cordées, à pétiole
engainant. Fleurs petites, blanches, réunies en 1-2 épis allongés et opposés aux feuilles. Car-
pelles unis à la base. Fruit rugueux, déprimé-globuleux, se séparant en 3-4 carpelles uniséminés.
Deux espèces, la seconde asiatique. —• Le nom générique signifie : queue de lézard ; allusion à l'inflorescence.
Plantes herbacées, dressées, parasites sur les racines d'autres plantes. Feuilles alternes,
ovales, entières. Fleurs hermaphrodites, sans bractées. Calice campanule, 4-5-lobé. Étamines
4-5. Fruit drupacé couronné par le calice persistant.
Cinq espèces, dont 4 américaines. Les Comandres sont des plantes hémiparasites qui attachent leurs racines
au moyen de suçoirs sur les racines d'autres plantes. — Le C. umbellata (L. ) Nutt. (feuilles minces, inflorescence
paniculée) existe probablement dans l'ouest du Québec. — Le nom générique signifie: homme velu; allusion aux
poils qui unissent les anthères aux lobes calicinaux.
[176]
SANTALACÊES, LORANTHACÉES Figure 36
Comandra: C. livida, parasite sur Fragaria virginiana; C. Richardsiana, parasite sur racine à'Ostrya virgi-
niana.— Arceuthobium: A. pmillum, parasite sur rameau de Picea glauca.
Plantes parasites croissant sur les branches des plantes ligneuses, à feuilles plus ou moins
développées. Fleurs régulières, généralement monoïques ou dioïques. Étammes 2 - 6 . Ovaire
solitaire et dressé. Fruit: une baie contenant une seule graine.
Environ 21 genres et 500 espèces, le plus généralement tropicales. Cette famille contient le genre Viscum
(Gui), familier dans l'ancien monde et qui n'est pas représenté dans notre flore.
[177]
FLORE LAURENTIENNE
Très petites plantes, parasites sur les Conifères, à feuilles réduites à des écailles opposées-
connées. Fleurs dioïques. Étamines 2-5. Fleurs pistillées à ovaire adné au tube du calice
bipartit. Fruit: une baie charnue portée sur un petit pédoncule recourbé.
Environ 9 espèces, toutes nord-américaines, VA. Oxycedri seul s'étendant à l'Eurasie. — Le nom générique
signifie: qui vit sur le Genévrier; allusion au mode de vie parasitaire.
Tige et rameaux clairement articulés; feuilles linéaires, presque filiformes; Ottawa supérieur.... 1. Polygonella
Plantes n'ayant pas tous ces caractères.
Périanthe à divisions unisériées, subégales, peu ou point accrescentes; stigmates ordi-
nairement capites; plantes de taille généralement médiocre 2. Polygonum
Périanthe à divisions bisériées, les internes accrescentes; stigmates en touffe; plantes
généralement de forte taille 3. Rumex
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POLYGONACÉES Figure 37
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F L O R E L A U R E N T I E N N E
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F L O R E L A U R E N T I E N N E
Groupe B
Sépales ponctués de glandes.
Épis réelinés; entrenœuds (long. 2-4 cm. ); étamines 6; achaines rugueux et mats; lieux
humides. (Fig. 40 ) 20. P. hydropiper
Épis lâches, flexueux, mais non réelinés; entrenœuds (long. 3-8 cm.); étamines 8; achai-
nes luisants; généralement en eau profonde. (Fig. 40) 21. P. punctatum
Sépales non ponctués de glandes.
Feuilles largement ovées; fleurs (long. 3-5 mm.); épis de couleur foncée, réelinés;
plante annuelle. (Fig. 40) 22. P. orientale
Feuilles lancéolées (larg. 1-2 cm.); fleurs (long. 2-3 mm.); épis dressés, de couleur pâle
(rose, verte ou blanche).
Étamines 8; épis lâches, allongés, interrompus; plante vivace. (Fig. 40) 23. P. kydropiperoides
Étamines 6; épis courts et compacts; feuilles portant souvent une tache pourpre
au milieu; plante annuelle. (Fig. 40) 24. P. Persicaria