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Flore Laurentienne

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FLORE LÀURENTIENNE

FRÈRE MARIE-VICTORIN, D. Se
D e l'Institut des Frères des Écoles Chrétiennes,
Membre de la Société Royale du Canada,
Directeur de l'Institut Botanique de l'Université de Montréal.

FLORE
LAURENTIENNE
I L L U S T R É E D E 22 C A R T E S E T D E 2800 D E S S I N S
PAR

F R E R E A L E X A N D R E , L. Se.
D e l'Institut des Frères des Ecoles Chrétiennes,
Professeur de Biologie au Mont-Saint-Louis.

IMPRIMERIE D E LA S A L L E
949, RUE CÔTÉ, 949

M O N T R É A L
193 5
Droits réservés,
Canada, 1935,
par
Les Frères des Écoles Chrétienne
TABLE DES MATIERES
PAGE

PREFACE 1

ABRÉGÉ HISTORIQUE ET BIBLIOGRAPHIQUE DE LA BOTANIQUE LAURENTIENNE 12

ESQUISSE GÉNÉRALE DE LA FLORE LAURENTIENNE 19

SYNOPSIS DES GROUPES SYSTÉMATIQUES DE LA FLORE LAURENTIENNE 79

CLEF ARTIFICIELLE DES PLANTES DU QUÉBEC 84

DIVISION I . PTÉRIDOPHYTES 105

DIVISION I L SPERMATOPHYTES 135

SOUS-DIVISION I . GYMNOSPERMES 135

SOUS-DIVISION I I . ANGIOSPERMES 147

CLASSE 1. DICOTYLES 147

CLASSE 2. MONOCOTYLES 614

TABLEAU STATISTIQUE DE LA FLORE DU QUÉBEC 857

GLOSSAIRE 859

ABRÉVIATIONS DES NOMS D'AUTEURS 873

INDEX ALPHABÉTIQUE 879

ERRATA 917
CARTE PHYTOGÉOGRAPHIQUE DU Q U É B E C (CANADA)

Pour l'interprétation de cette


Pour l'interprétation de cette carte, voir pages 30-00,
insertion, voir pages 28 30.
et particulièrement le tableau de la page 34.
PREFACE

Nature de l'ouvrage.

Ce livre n'est pas la flore complète du Québec dans ses limites politiques actuelles. Encore
moins est-il la flore critique définitive de notre vaste province. La flore critique et complète
du Québec est une œuvre de longue haleine, commencée sans doute, mais dont l'achèvement
ne sera possible qu'au moment où la génération actuelle de botanistes aura terminé l'exploration
du territoire, dressé l'inventaire, et mis au point un grand nombre de questions de détail.
La Flore laurentienne ne prétend être qu'un ouvrage de commodité destiné à offrir aux
Canadiens français un moyen d'acquérir une connaissance générale, mais aussi exacte que pos-
sible, de la flore spontanée de leur pays. L'ouvrage s'adresse tout d'abord aux professeurs des
trois ordres de l'enseignement, qui tous ont le devoir de comprendre la nature dans ses mani-
festations d'ensemble, dans ses subordinations, et dans ses processus de détail. Elle s'adresse
ensuite aux élèves de l'enseignement primaire supérieur, à ceux de nos collèges et de nos couvents,
aux étudiants des Facultés. Ces derniers y trouveront non pas un manuel, ni un substitut
du professeur, mais un instrument pour cultiver une partie essentielle du champ de la Botanique.
La salle de cours et le laboratoire apprennent à connaître la plante en général, sa structure et
ses fonctions, son origine, son développement et sa fin. Cet ouvrage conduira sur le vaste
théâtre de la Biosphère où, dans le décor de la plaine et de la montagne, du lac et de la forêt,
naissent et meurent, vivent et luttent, s'opposent ou s'allient, la multitude ordonnée des plantes.
La Flore laurentienne est donc avant tout un recensement des plantes croissant sans cul-
ture dans la province de Québec, le Livre d'Or de nos richesses végétales naturelles. Sans vou-
loir faire œuvre d'érudition, nous nous sommes appliqué à mettre ce traité au niveau de la Systé-
matique moderne, en rejetant les classifications notoirement surannées, et en tenant compte
des successions phylogéniques des grands groupes, indiquées par les travaux récents de Paléo-
botanique et de Morphologie comparée. Reconnaissant ensuite les répercussions immenses
des travaux biologiques modernes, — particulièrement dans les domaines de la Cytologie et
de la Génétique, — sur la Systématique, nous avons cherché à garder le contact avec ces diverses
disciplines, n'hésitant pas, en certains cas, à appliquer, dans cet ouvrage de vulgarisation, des
notions non encore communément raccordées à la Systématique traditionnelle, restée pour
une large part au stade linnéen et prébiologique.

Territoire.

La Flore laurentienne n'a pas la prétention de traiter in extenso de la flore totale du


Québec dans ses limites politiques, ni même de la flore totale du bassin du Saint-Laurent. Son
dessein est beaucoup plus modeste, et le présent traité ne concerne explicitement que la portion
du Québec entourée d'un trait fort sur la Carte A, en réalité la partie moyenne de la vallée. Au
nord-ouest, la limite suit la ligne de partage des eaux entre les bassins du golfe Saint-Laurent
et de la baie d'Hudson; au nord, le lac Saint-Jean, le Saguenay et la rivière Matapédia; à l'est,
au sud et au sud-ouest, les frontières de la province de Québec. Il est inutile d'insister sur

[1]
FLORE LAUREN TIENNE
FLORE L A U R E N T I E N N E

le caractère artificiel du territoire ainsi délimité, territoire qui n'est pas une division floristique
naturelle de l'Amérique du Nord, mais plutôt une enclave englobant la partie du Québec la plus
densément peuplée et la plus accessible. Nous élaguons donc l'immense territoire de l'Ungava,
encore peu connu, et pratiquement fermé à l'homme. Pour d'excellentes raisons, nous élaguons
aussi à l'est le vaste pays qui comprend la Côte-Nord, la Minganie, Anticosti et la Gaspésie.
Ces régions sont relativement peu habitées, et, en grande partie, difficiles d'accès; elles con-
tiennent une flore litigieuse qui aurait augmenté considérablement le volume de cet ouvrage
sans augmenter beaucoup son utilité, sauf pour quelques rares spécialistes; enfin les éléments
particuliers de cette flore sont souvent étroitement cantonnés dans les parties les plus sauvages
et les plus inaccessibles, où ils n'ont guère été récoltés que par leurs découvreurs. Cependant,
malgré les limites qu'il fallait indiquer, l'ouvrage pourra parfaitement servir à identifier la presque
totalité des plantes que les résidents de la Côte-Nord et de la Gaspésie peuvent vraisemblable-
ment rencontrer.

Caractérisation des espèces.

Sauf pour certains genres polymorphes, où elles sont à peu près nécessaires, les longues
descriptions n'ont guère d'utilité pratique. Aussi, dans le présent ouvrage, les descriptions
sont-elles réduites aux traits saillants et différentiels, aux détails caractéristiques qui permet-
tent de distinguer la plante sur le terrain ou en herbier. La taille, par sa répercussion sur la
forme extérieure et sur la structure interne, a une grande importance taxonomique. Aussi
avons-nous fait largement usage des caractères dimensionnels, employant le système métrique,
sauf parfois dans les notes
encyclopédiques où certaines
unités non métriques ont été
maintenues pour des raisons
obvies.
A la suite de la descrip-
tion, l'habitat est briève-
ment indiqué. Dans une
flore locale, les caractères
d'habitat sont toujours im-
portants, et ils suffisent par-
fois à eux seuls à faire dis-
tinguer certaines espèces,
difficiles à séparer. A cause
de la grande étendue du CARTE B.—Division du territoire en trois unités artificielles : ouest, centre, est,
territoire et de la diversité unités rapportées à l'axe physiographique du pays : le Saint-Laurent,
des climats, les données phé-
nologiques ne peuvent être que très générales, indiquant seulement si la floraison est printa-
nière, estivale ou automnale.
La distribution géographique particulière des espèces à travers notre immense territoire
est encore fort mal connue, aussi ne nous a-t-il été possible de l'indiquer que par des traits gé-
néraux. La Carte B indique comment nous entendons les désignations, vagues en elles-mêmes :
ouest du Québec, centre du Québec, est du Québec. La partie du pays désignée sous le nom
de « Cantons de l'Est », comprenant un groupe de comtés entre le Saint-Laurent et la frontière

[3]
F L O R E L A U R E N T I E N N E

américaine, est p r o p r e m e n t située d a n s le sud d u Québec, et ne rentre pas d a n s la désignation


« est du Québec ». P o u r les indications plus précises, et qui ont été données toutes les fois
que cela été possible, on pourra se reporter à la C a r t e P h y t o g é o g r a p h i q u e du Québec (frontispice).
Il faudra encore de longues années de travail p o u r que l'on soit en état d'indiquer la r é p a r t i t i o n
exacte des espèces particularistes. Il ne nous a pas p a r u utile, d a n s un o u v r a g e aussi élémen-
taire, de chercher à délimiter, d a n s chaque cas, la distribution générale des espèces t r a i t é e s ,
distribution qui, le plus souvent, déborde fort loin nos cadres. N o u s l'avons fait seulement
dans certains cas spéciaux, lorsque, p a r exemple, u n e distribution particulière m e t t a i t en évidence
une notion écologique i m p o r t a n t e , un fait général de Phytogéographie.

Classification, nomenclature et onomastique.

Le système de classification employé dans cet ouvrage est celui qui a été développé p a r
WETTSTEIN dans la troisième édition de son Handbuch der systematischen Botanik (1924).
L'ordonnance des grands groupes: Ptéridophytes, G y m n o s p e r m e s , Angiospermes dicotyles,
Angiospermes monocotyles, vise à traduire la complexité croissante des organismes vascu-
laires, et leur ordre d'apparition sur le globe. La position des Monocotyles à la fin de la série
reflète l'opinion de la majorité des botanistes modernes en faveur de la dérivation des M o n o -
cotyles à partir des Dicotyles ligneuses, bien que l'on ne connaisse rien de précis sur l ' a n t i q u i t é
relative de ces deux groupes qui se t r o u v e n t déjà côte à côte, constitués comme à présent, dès
le Crétacé inférieur.
Nous avons résumé en un tableau, au d é b u t du traité, les grandes lignes de cette classi-
fication, pour en exposer la s t r u c t u r e naturelle. M a i s des clefs analytiques établies d ' a p r è s
la classification naturelle seraient d ' u n m a n i e m e n t difficile, p o u r ne pas dire impossible, à cause
de l'emploi de caractères parfois fugaces, ou qui ne sont pas concomitants. Aussi avons-nous
voulu donner de préférence une clef analytique des familles entièrement artificielle, établie du
simple point de vue de la commodité.
Pour la nomenclature, nous avons suivi aussi exactement que possible les Règles inter-
nationales de la Nomenclature botanique, telles qu'édictées p a r le Congrès de Vienne ( 1 9 0 5 )
et modifiées par les Congrès subséquents. A la d a t e de la mise sous presse du présent ouvrage,
les modifications apportées par le Congrès de C a m b r i d g e ( 1 9 3 0 ) n ' é t a i e n t pas encore officielle-
ment publiées, et nous n'avons pu en tenir compte. Nous ne sommes pas e n t r é d a n s le détail
des discussions nomenclatorielles techniques, ni d a n s le m a q u i s de la s y n o n y m i e . Des s y n o -
n y m e s n ' o n t été cités, en fin de description, que d a n s les cas où ces binômes sont employés c o m m e
noms valides dans les flores encore en usage c o u r a n t . Malgré l'importance biologique des va-
riations de l'espèce, il nous a p a r u préférable d a n s u n ouvrage élémentaire sur la flore l a u r e n -
tienne, de nous en tenir a u concept d'une espèce large et indivise, et de ne pas décrire les v a r i é t é s
et les formes. Il a cependant été fait exception pour quelques cas particuliers, où la m e n t i o n
en n o t e d'une variété m e t t a i t en évidence un fait biologique ou p h y t o g é o g r a p h i q u e i m p o r t a n t .
La nomenclature binaire latine, fixée p a r des règles internationales, suffit aux besoins
des botanistes professionnels, m a i s les amateurs, les adeptes d ' a u t r e s sciences, et en général
tous ceux pour qui la Botanique est u n objet secondaire d ' é t u d e , réclament d'ordinaire avec
insistance des noms français. Ces noms français peuvent être soit des n o m s vulgaires, soit
des noms d'origine scientifique, ou à tournure scientifique.

[4]
F L O R E L A U R E N T I E N N E

L a question des noms vulgaires, dits encore n o m s populaires ou n o m s vernaculaires (de


vernaculus, esclave né d a n s la m a i s o n ) est i m p o r t a n t e dans u n ouvrage comme la Flore lau-
rentienne, ouvrage d'utilité qui v e u t donner à la connaissance des plantes non cultivées t o u t e
sa valeur h u m a i n e . M a i s , m a l h e u r e u s e m e n t , n o t r e pays est e t h n i q u e m e n t t r o p jeune pour
qu'il s'y soit formé, d a n s le peuple, une onomastique b o t a n i q u e i m p o r t a n t e . Les canadianismes
véritables, c'est-à-dire spécifiques e t d'usage c o u r a n t , sont p l u t ô t e n petit n o m b r e . Ils f o r m e n t
u n trésor linguistique d'une v a l e u r inestimable, mais qui, vraisemblablement, ne s'accroîtra
plus. Les conditions de la vie m o d e r n e , une i m p i t o y a b l e s t a n d a r d i s a t i o n p a r l'école et la radio,
par le cinéma et le journal, ne p e r m e t t e n t plus cet insularisme de la vie quotidienne, ces p r o -
cessus lents et cumulatifs qui a b o u t i s s e n t à la création folklorique.
Le contenu onomastique d u folklore b o t a n i q u e canadien-français se r a m è n e à q u a t r e élé-
m e n t s assez distincts. C'est d'abord u n a p p o r t des colons, où des n o m s vulgaires usités en F r a n c e
sont le plus souvent t r a n s p o r t é s à d ' a u t r e s espèces d u n o u v e a u milieu, ou encore plus ou moins
modifiés et transformés. A cette catégorie a p p a r t i e n n e n t les n o m s bien c o n n u s de Quenouille,
Queue de renard, Tremble, Plaine, Verne, Sang-dragon, B o u r d a i n e . R o u c h e , etc. Puis vient
un élément amérindien t r è s défini e t très a u t o c h t o n e , une série de noms e m p r u n t é s aux I n d i e n s
t o u t a u d é b u t de l'occupation européenne, pour désigner des e n t i t é s exclusivement américaines.
On p e u t citer comme exemples: Savoyane ou T i s a v o y a n e , P i m b i n a , M a s k o u a b i n a , Atocas, etc.
Un troisième élément, d'origine p l u t ô t récente, résulte d ' u n e « assimilation )) phonétique de
m o t s anglais, comme Snicroûte (Snakeroot), C é b r e u r (Sweetbrier) et d ' a u t r e s . Enfin, il y
a une notable série de créations franchement canadiennes, imposées sans d o u t e à des gens v e n u s
des provinces françaises de la plaine a t l a n t i q u e , p a r le contact quotidien a v e c des plantes d o n t
le faciès ne rappelait en rien les objets familiers de l'ancienne patrie. D a n s la création d e ces
noms, le génie poétique du peuple, génie descriptif et simpliste, naïf et direct, se donne libre
cours : Bourreau des arbres, Quatre-temps, Bleuets, Gueules noires, C a t h e r i n e t t e s , H a r t rouge,
Bois de p l o m b , H e r b e à la puce, P e t i t s cochons, É p i n e t t e , Bois d'orignal, Bois b a r r é , Bois d'en-
fer, Bois inconnu, T h é des bois, etc.
Ces créations onomastiques sont s u r t o u t r e m a r q u a b l e s d a n s le domaine des arbres fores-
tiers où elles sont la n o m e n c l a t u r e d'une S y s t é m a t i q u e populaire élaborée d a n s les premiers
t e m p s de n o t r e histoire coloniale.
Les pionniers de ce pays, bien que souvent des h o m m e s instruits, n ' é t a i e n t ni des l e t t r é s
ni des s a v a n t s , sauf exception. C'étaient d ' a v e n t u r e u x capitaines, des missionnaires, des
soldats. C'étaient s u r t o u t des colons recrutés d a n s le bon peuple de la N o r m a n d i e , du P e r -
che e t du Poitou. Au débarquer de leurs vaisseaux, ils t r o u v a i e n t , leur b a r r a n t la route, u n e
n a t u r e nouvelle. P o u r la p l u p a r t soustraits à t o u t e influence livresque, à t o u t e doctrine
d'école, ils a p p o r t a i e n t de F r a n c e , avec leur p e t i t baluchon d'idées, u n système b o t a n i q u e r u -
dimentaire, une série de termes simples e x p r i m a n t une classification p r a t i q u e des p l a n t e s
utiles ou nuisibles à des travailleurs du sol, à des éleveurs, à des bûcherons.
Les voici m a i n t e n a n t aux prises avec cette n a t u r e grandiose, sauvage, a u visage é t r a n g e r
et m y s t é r i e u x . Pionniers de ce m o n d e nouveau, a u c u n produit du sol ne leur est plus impor^
t a n t q u e l'arbre, q u e les arbres. Aussi, parce qu'il leur faut du bois de c h a r p e n t e , d u bois d'ébé-
nisterie, parce qu'il leur faut le t a n et la résine, parce qu'il leur faut s u r t o u t le combustible,
nos pères, malgré le risque du scalp, vont-ils résolument adosser leurs maisons à la forêt.
M a i s cette forêt elle-même, si pleine de ressources, est e n m ê m e t e m p s pour eux pleine
d'inconnu et de m y s t è r e . La b o t a n i q u e populaire et t o u t utilitaire apportée de France est
en d é f a u t ; elle ne les renseigne p a s sur les qualités essentielles de résistance e t de durée d e ces
arbres étranges qui, de toutes p a r t s , s'offrent à leurs yeux. T o u t est à expérimenter, t o u t est
F L O R E L A U R E N T I E N N E

à apprendre. C e p e n d a n t ils ont une base, des cadres, puisqu'ils peuvent distinguer générique-
m e n t le Sapin, le Pin, le Chêne, le Tilleul, le C h a r m e , le Hêtre, l'Orme et quelques autres arbres.
D e v a n t le Tilleul, le H ê t r e , le C h a r m e , dont ils ne voient q u ' u n e seule espèce, proche p a r e n t e
de celle qu'ils connaissaient en France, ils infèrent une analogie de propriétés et de qualités
utiles. Mais la situation est t o u t a u t r e pour les Conifères qui, à cause de leur abondance et
de leur utilité, i m p o r t e n t beaucoup plus au point de vue du colon. Les Pins du nouveau m o n d e
sont fort diversifiés et différents de ceux de France, à la fois p a r le feuillage et par le cône. Le
Tsuga américain est u n objet nouveau. L'Épicéa e t le Mélèze, plutôt alpins ou subalpins en
France, sont inconnus de ces gens venus pour la plupart des provinces de basse altitude.
Nous assistons alors à un processus dont l'histoire de la science doit tenir compte. Des
h o m m e s sans aucune initiation scientifique, explorant les ressources forestières d'un n o u v e a u
continent dans u n but purement utilitaire, reconnaissent la nécessité d'un schéma quelconque
de Botanique systématique; ils deviennent p a r là même, sans le savoir et sans le vouloir, des
pionniers de la science.
N o t r e pionnier est donc d'abord u n bûcheron pour qui u n arbre est a v a n t t o u t une pièce
de bois. Les caractères de la classification qu'il v a choisir seront donc tirés de la couleur du
bois, de sa durée, de sa dureté, de la couleur e t de l'apparence extérieure de l'écorce. La qualité
et la blancheur du bois de notre Pin à cinq feuilles ont dû frapper d'abord les ancêtres qui o n t
nommé cet a r b r e : le P i n blanc. Ce nom vernaculaire indéracinable s'est conservé j u s q u ' à ce
jour en Amérique, aussi bien anglaise que française, malgré la bourde que commit L I N N É en
fabriquant le binôme absurde et intraduisible de Pinus Strobus. Les noms de Pin rouge et de
Pin gris sont de formation semblable, comme d'ailleurs ceux de Bois blanc, Orme blanc, Chêne
blanc, Chêne rouge, etc. Les botanistes professionnels ne firent souvent que latiniser les noms
vernaculaires déjà en usage depuis u n siècle, comme dans le cas du Quercus alba (Chêne b l a n c )
et du Quercus rubra (Chêne rouge).
Une Systématique spéciale des arbres forestiers s'est donc constituée dès les premiers
t e m p s de l'occupation française. Cette Systématique populaire, qui est peut-être ce qu'il y a de
plus franchement autochtone d a n s t o u t notre folklore canadien, ne s'est pas perdue. M a l g r é
TOURNEFORT et L I N N É , malgré M I C H A U X , malgré les progrès de l'instruction à tous les degrés,
elle a continué d'exister, très élaborée, très complexe, et peut-être plus intrinsèquement j u s t e
q u ' o n ne le croit. Sans doute, la base de cet édifice systématique n'est pas celle de la B o t a n i q u e
classique puisqu'elle ne tient pas compte, a u moins généralement, de la fructification. La
conception de l'espèce qu'elle implique obscurément n'est pas celle de L I N N É , ni celle de J O R D A N ,
ni celle des botanistes d'aujourd'hui. Elle contient même u n élément d y n a m i q u e fort curieux;
p a r exemple il semble bien que le Sapin rouge et le Sapin blanc de nos gens, comme p r o b a b l e m e n t
aussi l'Épinette grise et l'Épinette jaune, ne soient que deux é t a t s successifs des mêmes indivi-
dus.
Mais une fois ces divergences fondamentales admises, il reste que la Systématique fores-
tière paraclassique, créée par les bûcherons canadiens-français, basée tout entière sur les carac-
tères du bois et de l'écorce, témoigne d'une é t o n n a n t e acuité d'observation. P o u r l'ingéniosité
des ségrégations, la sûreté des distinctions, la finesse des identités, elle a peu à envier à la Systé-
m a t i q u e proprement scientifique, qui toujours oscille sur la base étroite et contestable d u pos-
t u l a t anthocarpologique.
Quelque intéressants qu'ils soient aux divers points de vue du folklore o n o m a s t i q u e ,
de l'histoire de la science et de l'histoire tout court, les noms vernaculaires canadiens-français
sont en nombre si restreint, relativement au n o m b r e total des espèces, qu'ils ne sauraient suffire
aux besoins de la langue polie, de la littérature et de l'art, du commerce et de l'industrie. Mais

[6]
FLORE LAURENTIENNE

l'attribution de noms techniques français pour les espèces laurentiennes se heurte à l'épineux
problème, proprement colonial, de cerner les contours biologiques infiniment nuancés d'un
vaste pays extra-européen au moyen d'un rigide instrument linguistique, ajusté par des siècles
d'usage aux contours biologiques d'un milieu européen, limité et combien différent.
Les personnes étrangères aux sciences naturelles, et en particulier au fait primordial de
la profonde ségrégation géographique des faunes, et des flores vasculaires, ont peine à croire
que la majorité de nos plantes laurentiennes n'ont pas de noms français. E t cependant, rien
n'est plus exact. Beaucoup de nos espèces appartiennent à des genres strictement américains,
dont la langue française, et par suite le dictionnaire, n'ont jamais pu s'occuper. D'ailleurs,
ces espèces sont inconnues du grand public canadien-français, même cultivé. On ne crée pas
de vocables pour des objets dont on ignore jusqu'à l'existence. La seule ressource de l'auteur
de la Flore laurentienne était donc de franciser le moins mal possible, en évitant les contresens,
et les assonances les plus désastreuses, des noms scientifiques souvent aussi dépourvus de sens
que d'euphonie, noms qu'il nous faut cependant accepter, faute d'un meilleur système, pour
circuler au travers des quelque '100,000 plantes connues dans le monde.
Cette transposition, dans la langue française, de la nomenclature binaire latine, a parfois
été appelé en France, avec une intention péjorative, « nomenclature bourgeoise », et on s'est
élevé contre ce que l'on considérait comme un travestissement grotesque et inutile. En ce pays
de vieille civilisation, le peuple a hérité d'un folklore botanique très riche dans sa partie ono-
mastique, ainsi qu'on peut s'en rendre compte par le grand travail d'Eugène ROLLAND sur la
Flore populaire. On peut probablement se dispenser, en France, de créer une « nomenclature
bourgeoise », double emploi certain d'une très riche série de noms vernaculaires. Mais les
conditions au Canada français sont très différentes et nous avons cru devoir aider « l'honnête
homme » à parler des plantes de son pays dans sa langue de tous les jours.
Un dernier mot pour dire que notre condition de pays bilingue nous a paru exiger l'in-
dication de noms anglais. Cette liste de noms anglais n'est qu'un complément à l'onomastique
de la Flore laurentienne et elle n'a aucune prétention à l'autorité. Nous n'avons fait que choisir,
parmi les noms déjà publiés ou employés pour chaque genre ou espèce, celui qui nous a paru
le plus général ou le plus intéressant.

Illustration..

L'illustration complète d'une flore est une entreprise de grande envergure qui ne peut
être menée à bien que par un exceptionnel concours de circonstances: collaboration du botaniste
et de l'artiste, accumulation énorme de matériaux et de documents, appui financier. Très heu-
reusement, ce concours a pu être réalisé pour l'élaboration de la Flore laurentienne, dont l'illus-
tration soignée doublera l'utilité. Un effort a été fait pour figurer, au moins partiellement, à
peu près toutes les plantes du territoire; seules ont été omises quelques espèces affines d'autres
espèces, et n'en différant que par des caractères difficiles à rendre par le dessin: couleur, pu-
bescence, consistance, etc. On a généralement cherché à mettre en évidence les caractères
différentiels, plutôt qu'à répéter sans fin les formes similaires des espèces d'un même genre.
Ces caractères sont généralement observables à l'œil nu; dans certains cas, la loupe devra être
employée, et plus rarement le microscope. Les dimensions apparaissant dans le texte, il n'a pas
été tenu compte des proportions dans l'illustration.
Le but des figures de la Flore laurentienne étant uniquement de faire connaître les plantes,
l'illustrateur a adopté une manière volontairement sobre et s'en est tenu aux lignes essentielles.
Les dessins ont généralement été exécutés d'après nature, en employant soit des croquis faits

[7]
F L O R E L A U R E N T I E N N E

sur le terrain, soit les m a t é r i a u x de l'herbier de l ' I n s t i t u t B o t a n i q u e et de l'herbier personnel de


l'auteur; en certains cas on s'est aidé d'illustrations déjà publiées, et de la g r a n d e collection
de photographies de l ' I n s t i t u t B o t a n i q u e .
Le port des plantes é t a n t encore, q u a n d t o u t est dit, l'un des meilleurs critères de l'espèce,
il a été fait usage, d a n s u n certain nombre de cas, du procédé des silhouettes. Certaines
clefs analytiques ont été illustrées, e t pour quelques grands groupes (Graminées, Crataegus,
etc.), une figure préliminaire indique les caractères généraux et la terminologie spéciale. P o u r
faciliter les recherches, on a, aussi souvent que possible, placé le n o m de l'espèce auprès de sa
représentation, sans préjudice des légendes qui r e s t e n t l'indication principale, et d o n t le t e x t e
a été rendu aussi explicite que possible. Les références aux figures suivent i m m é d i a t e m e n t les
descriptions; ces références apparaissent aussi en leur lieu d a n s les clefs a n a l y t i q u e s , sauf le
cas où tous les genres ou toutes les espèces d'une m ê m e clef sont illustrés dans une seule et m ê m e
figure; la référence est alors donnée une fois pour t o u t e s en t ê t e de la clef.

Notes encyclopédiques.

Adopter, délimiter, décrire en les dépouillant de leur cortège de variétés, de larges espèces
linnéennes contrôlées a u t a n t que possible par des critères éprouvés, constitue la p a r t i e essentielle
de ce travail. Mais sur ce squelette qu'est généralement une flore, nous a v o n s voulu m e t t r e
un peu de chair et de peau, faire courir dans ce g r a n d corps les effluves de la vie. Les espèces
végétales sont situées dans u n système d'antécédences temporelles et spatiales. Le cycle v i t a l
de chacune d'elles est une histoire qui se raconte, et toutes ces histoires s'enchaînent, s'engrè-
nent, s'équilibrent dans la grande mosaïque que composent à la surface de l'exceptionnelle pla-
nète Terre, les innombrables vies végétales et animales. Enfin, les plantes ont mille p o i n t s
de contact avec l'homme, s'offrant à lui, l'entourant de leurs m u l t i t u d e s pour servir ses besoins,
charmer ses yeux, peupler ses pensées: elles ont en u n mot u n e immense valeur humaine.
F o r t e m e n t pénétré de ces points de vues, n o u s avons cru b o n de briser avec u n e t r a d i t i o n
plusieurs fois séculaire qui veut que les flores soient des catalogues nus, égalitaires, froidement
descriptifs, et nous avons ajouté à la suite des espèces, toutes les fois que cela a été possible,
des notes exposant les faits bio-écologiques, les relations phytogéographiques ou phylogéniques,
l'élaboration des substances actives, les particularités onomastiques, les éléments e s t h é t i q u e s ,
les n o m b r e s chromosomiques (voir a u glossaire le symbole « n = » ) , les usages, etc. E n indi-
quant, le cas échéant, les usages médicaux, nous voulons c e p e n d a n t m e t t r e le lecteur en gar-
de en lui rappelant que nombre de ces usages s o n t sujets à caution et n ' o n t pour base que
l'ignorance, la superstition et l'indéracinable doctrine moyenâgeuse des signatures.
Ces notes diverses sont le fruit de nombreuses observations personnelles, et du dépouille-
ment d'une immense bibliographie d o n t il n ' a p a s été possible d'indiquer les sources d a n s u n
ouvrage de cette sorte. Il est bien e n t e n d u que la connaissance de la flore d ' u n e province quel-
conque de l'Amérique, e t l'ouvrage qui expose cette connaissance, r e p r é s e n t e n t la synthèse des
t r a v a u x et des publications d'une m u l t i t u d e de botanistes v i v a n t s et m o r t s ; mais l'indication
complète des sources é t a n t ici u n e impossibilité physique, il a p a r u préférable de les o m e t t r e
systématiquement. N o t r e but en écrivant ces n o t e s a été d'abord de faire de la Flore lauren-
tienne quelque chose de vivant et d ' h u m a i n . II a été ensuite d'inviter le b o t a n i s t e a m a t e u r
et l'étudiant à contrôler les observations, à refaire les expériences, à ajouter a u capital de con-
naissances, à contribuer pour leur p a r t à dégager la vraie figure biologique de c h a c u n e des p l a n t e s
qui vivent sous n o t r e ciel.

[8]
FLORE L A U R E N T I E N N E

Remerciements.

En fermant cette préface, l'auteur veut offrir ses remerciements les plus sincères à tous
ceux qui, de près ou de loin, lui ont prêté leur appui et ont rendu possible la mise au jour de
la Flore laurentienne.
Sa pensée va tout d'abord à une collaboration d'un ordre particulier et très intime, qui
durant trente années l'a inspiré et soutenu dans son labeur scientifique. Homme de large culture,
botaniste eminent, observateur de premier ordre, le F. ROLLAND-GERMAIN, f.e.c, a été associé
à toutes les explorations botaniques de l'auteur. Sa résistance physique, son dévoûment infa-
tigable, sa profonde connaissance des identités et son remarquable esprit critique ont contribué
largement au succès des travaux sur le terrain qui ont préparé la publication du présent ouvrage.
Nous devons en particulier au F. ROLLAND-GERMAIN, le plus clair de nos connaissances actuelles
sur la flore de l'Ottawa inférieur. Si ce livre vaut quelque chose, le F. ROLLAND-GERMAIN doit
en partager le mérite.
L'illustration complète d'une flore demande, de la part de celui qui entreprend de l'exécuter,
une grande puissance de travail, une science étendue de la Botanique, un goût affiné et sûr, et
une forte connaissance de la technique de l'illustration scientifique. Tous ceux qui ouvriront
la Flore laurentienne jugeront d'un coup d'œil que ces diverses exigences se sont trouvées ici
heureusement réunies, et que si cet ouvrage atteint le but qu'il se propose, il le devra en grande
partie à son illustration. Pour cette indispensable collaboration et cette splendide réalisation,
l'auteur offre à son confrère et ami, le F. ALEXANDRE, f.e.c, le distingué professeur de Biologie
du Mont-Saint-Louis, ses plus vifs remerciements.
Préparé par de longues années de travaux d'approche, ce livre s'est définitivement élaboré
à l'Institut Botanique de l'Université de Montréal. Ici, également, l'auteur a bénéficié de
très précieuses collaborations. MM. les Professeurs Jules BRTJNEL et Jacques ROUSSEAU ont
fourni un apport matériel, le premier traitant le très litigieux genre Crataegus, le second les
genres Astragalus, Viola, et la Clef artificielle des plantes du Québec. M. BRUNEL a aussi assu-
mé, en collaboration avec M. Emile JACQUES, conservateur de l'herbier de l'Institut Botanique,
la préparation des manuscrits, la vérification de la documentation, la correction des épreuves et
la surveillance de l'impression. Il a apporté à cette fastidieuse et délicate besogne l'inestimable
appoint de son esprit critique, de sa connaissance profonde de la bibliographie botanique, et
dix années d'expérience de la publication scientifique. M. Jacques ROUSSEAU a collaboré à
la correction définitive du manuscrit, et fourni de précieux matériaux, fruit de ses explorations
dans diverses parties du Québec. Mlle Marcelle GAUVREAU, bibliothécaire de l'Institut Bota-
nique, a collaboré activement aux recherches bibliographiques, à la correction des épreuves
et à la préparation du glossaire et des index. Mlles Alice KÉROACK et Dolores DUBREUIL ont
aussi apporté un précieux concours.
Nous devons encore des remerciements à M. Henri PRAT, distingué biologiste français,
et chef du Département de Biologie de l'Université de Montréal, pour d'utiles suggestions et
précisions concernant le groupe des Graminées; au Dr. R. Ruggles GATES, professeur au King's
College (Université de Londres), pour la communication de ses travaux sur les Oenothera; au
Prof. K. M. WIEGAND, de l'Université Cornell, qui a revu nos Amelanchier; à M. Kenneth K.
MACKENZIE, de New-York, autorité sur le genre Carex; au Prof. F. E. LLOYD, de l'Université
McGill, pour suggestions concernant le genre Utricularia; au Prof. L . H. BAILEY, de l'Univer-
sité Cornell, pour la révision des Rubus; à Mme E. W. ERLANSON, de l'Université du Michi-
gan, pour la révision des Rosa; à M. C. A . WEATHERBY, de l'Université Harvard, pour de pré-

[9]
FLORE L A U R E N T I E N N E

deux avis concernant la nomenclature générale; au Prof. B . L . ROBINSON, de l'Université


Harvard; au Dr. E . D. MERRILL et au Dr. J. H. BARNHART, du Jardin Botanique de New-
York; à M M . L . - A . MANGIN et H . HUMBERT, du Muséum National d'Histoire Naturelle de
Paris, pour hospitalité et services rendus.
Diverses personnalités canadiennes-françaises, appartenant au monde scientifique ou éduca-
tionnel, nous ont aussi aidé de diverses manières. Mentionnons en particulier: M. Gustave
PICHÉ, chef du Service Forestier de la Province de Québec; M . Augustin FRIGON, directeur de
l'École Polytechnique de Montréal; M . Omer CARON, botaniste provincial; M. Elzéar CAMPAGNA,
professeur de botanique à l'École d'Agriculture de Sainte-Anne-de-la-Pocatière ; le Dr Georges
PRÉFONTAINE, M . Jules LAEARRE, M . Gustave CHAGNON, professeurs à l'Université de Mont-
réal; le F . ADRIEN, C.S.C, directeur général des Cercles des Jeunes Naturalistes; M. Henri R O Y ,
directeur de l'École des Gardes Forestiers de la Province de Québec; M . René POMERLEAU, phy-
topathologiste du Service Forestier; M . Z. ROUSSEAU, professeur de botanique à l'École Fores-
tière de Québec; le R . P . LOUIS-MARIE, o.c.r., professeur de botanique à l'Institut Agricole
d'Oka; le F . STANISLAS, f.e.c; le F . MICHEL, f.e.c; la R . Sœur MARIE-JEAN-EUDES, s.s.a.; les
F F . MARIE-ANSELME, JOSEPH-ADONIS et LORENZO, maristes; le F . DOMINIQUE, f.e.c; le F . B E R -
NARD, f.e.c; le F . IRÉNÉE-MARIE, f.i.c; le F . Edmond ROY, CS.V.; le F . LUCIEN, c.s.c; M M .
René MEILLEUR, Marcel RAYMOND, Roger GAUTHIER, Leopold FORTIER.
Un dernier témoignage personnel, qui aurait pu être le premier, sera pour mon vieil ami,
le Professeur M . L . FERNALD, de l'Université Harvard, qui a été mon premier guide à travers
les complexités et les problèmes passionnants de la flore laurentienne. Depuis plus de vingt
ans, il s'est intéressé à mes travaux et m'a donné les plus utiles leçons et directions. FERNALD
est le maître reconnu de la Botanique systématique en Amérique; c'est aussi le maître de la
Phytogéographie et de l'Écologie de meilleure sorte. Je suis heureux de déclarer ici que je
me considère toujours comme son disciple.
L'auteur a aussi le devoir de reconnaître ici officiellement l'aide reçue durant plusieurs
années du Conseil National des Recherches Scientifiques du Canada, aide sans laquelle plu-
sieurs des explorations n'auraient pu être menées à bien.
Enfin, la publication de la Flore laurentienne doit être considérée comme le résultat de
la collaboration en cette circonstance particulière de deux grandes institutions d'enseignement:
l'Université de Montréal et l'Institut des Frères des Écoles chrétiennes. Le travail était com-
mencé longtemps avant la fondation de la Faculté des Sciences, mais aussitôt fondé, l'Institut
Botanique a fourni un milieu de travail approprié, et de précieuses collaborations. Dans l'Ins-
titut des Frères des Écoles chrétiennes, le travail de recherche en Botanique systématique
est une tradition. Dans nombre de pays, mes confrères ont fourni des botanistes distingués,
et procuré aux grands établissements scientifiques une collaboration d'une valeur innappréciable.
Qu'il me suffise de mentionner quelques noms bien connus dans le monde botanique: le F. H É R I -
BAUD-JOSEPH, lauréat de l'Académie des Sciences de Paris, auteur de très nombreux travaux
sur la flore phanérogamique et cryptogamique du Plateau central de la France; le F. SENNEN,
autorité sur la flore de l'Espagne; le F. ARSÈNE-BROUARD, qui a révélé la richesse de la flore du
Mexique; le F. LÉON, le grand botaniste cubain; le F. APOLLINAIRE-MARIE, de Bogota (Colombie),
directeur de la Revista de h Sociedad Colombiana de Ciencias Naturelles.
Dans le cas de la Flore laurentienne, l'Institut des Frères des Écoles chrétiennes a fourni
l'auteur et son principal collaborateur, il a fourni l'illustrateur, et il a de plus assumé, dans des
circonstances difficiles, la responsabilité financière de la publication. Pour ce geste désintéressé,
l'ordre religieux auquel j'ai l'honneur d'appartenir aura bien mérité de la cause de l'éducation
nationale.

[10]
F L O R E L A U R E N T I E N N E

Envoi.

J e dédie ce livre à la jeunesse nouvelle de m o n pays, et particulièrement aux dix mille


jeunes gens et jeunes filles qui f o r m e n t la pacifique armée des Cercles des Jeunes Naturalistes.
Ce sera m o n h u m b l e contribution à une œ u v r e p r e s s a n t e : le r e t o u r des intelligences aux bien-
faisantes réalités de la N a t u r e , a u Livre a d m i r a b l e et t r o p s o u v e n t fermé, à cette Bible qui parle
le m ô m e langage q u e l'autre, m a i s où si peu d ' h o m m e s s a v e n t lire les r y t h m e s de beauté e t les
paroles de vie.
D e v a n t les spectacles affligeants d ' a u j o u r d ' h u i , d e v a n t le désarroi d u monde, b e a u c o u p
d'esprits m û r s se d e m a n d e n t si n o u s n ' a v o n s p a s fait fausse r o u t e en c o n d a m n a n t le cerveau
de nos enfants et de nos jeunes gens à u n régime exclusif de papier noirci, si la vraie culture et
le véritable h u m a n i s m e n'exigent pas u n e sorte de r e t o u r à la T e r r e , où les A n t é e que nous sommes,
en r e p r e n a n t c o n t a c t avec la N a t u r e qui est n o t r e mère, retrouveraient la force de vivre, de
lutter, de b a t t r e des ailes vers des idéals rajeunis !
Au fort de cette inquiétude, nous nous r e t o u r n o n s vers le Passé d'où m o n t e une voix im-
mortelle, la voix de quelqu'un qui croyait que la science complète et l ' a m o u r parfait sont une
seule e t m ê m e chose, la voix de cet h o m m e é t o n n a n t qui pouvait à la fois s'élever aux plus h a u t e s
spéculations m a t h é m a t i q u e s et rêver le Christ de la Cène.
Léonard DE V I N C I parcourait u n jour avec ses élèves la c a m p a g n e ensoleillée de Florence.
A u p r è s d ' u n e ruine, on venait d ' e x h u m e r une admirable s t a t u e grecque,' u n e Vénus de m a r b r e
encore m a l dégagée de sa gangue terreuse. Le m a î t r e s'agenouilla auprès de la déesse, s o r t i t
de sa poche un c o m p a s , u n goniomètre, un r a p p o r t e u r de cuivre, et, curieusement, c o m m e n ç a
à m e s u r e r les proportions des différentes parties d u corps. Ses doigts glissaient sur le m a r b r e ,
vérifiaient des r a p p o r t s connus d e lui seul.
— M a î t r e , dit le disciple Giovanni, c o m m e n t cherchez-vous ainsi la divine proportion ?
Voudriez-vous réduire la beauté à la froide m a t h é m a t i q u e ? Les Anciens n'ont-ils pas a t t e i n t
la perfection en t o u t e s choses, e t la n ô t r e n'est-elle pas de les prendre pour modèles ?
— Celui qui p e u t s'abreuver à la source, n ' a que faire de boire dans u n vase, fut-il d'or
ou de vermeil ! dit l'artiste, souriant d a n s sa longue barbe blanche.
— M a î t r e ! s'écria Giovanni, si vous estimez que les Anciens ne nous o n t offert qu'une
coupe dorée, où donc est la source ?
— La N a t u r e ! E t Léonard, sourd aux p r o t e s t a t i o n s de son disciple, reprit son compas.

L'illustre F l o r e n t i n ne faisait que rappeler la vérité enseignée par le g r a n d É d u c a t e u r du


m o n d e à ceux qui le suivaient sur les collines de J u d a et dans la plaine des P h i l i s t i n s . . . Que la
jeunesse d u pays laurentien écoute la voix du sublime artiste de la Cène, e t qu'elle réponde à
la douce invite du Christ aux h o m m e s : Considérez les Lis des C h a m p s !

Frère MAR1E-VICTORIN.

3 avril 1 9 3 5 .

[H]
ABRÉGÉ HISTORIQUE ET BIBLIOGRAPHIQUE
DE LA BOTANIQUE LAURENTIENNE.
L'histoire de la science est indispensable à celui qui veut établir sa pensée dans le domaine
scientifique. L'histoire, en effet, nous rappelle sans cesse une notion fondamentale, que nous
sommes toujours en train d'oublier, à savoir: la science n'est pas quelque chose de statique,
de dogmatique, de révélé d'un bloc, mais bien plutôt quelque chose de dynamique, une marche
ascensionnelle, longue et pénible, vers une vérité toujours incomplète et relative. E t c'est
surtout à l'histoire de la science qu'il faut rapporter la magnifique conception pascalienne
« que toute la suite des hommes, pendant le cours de tant de siècles, doit être considérée comme
un même homme qui subsiste toujours et qui apprend continuellement ».
La connaissance de la flore laurentienne, ne couvrant qu'une petite partie du champ de
la Botanique, il n'est pas question de donner ici un aperçu, même succinct, de l'histoire de la
science, ni même de l'histoire de la Botanique. Mais il nous a paru utile de grouper, dans
l'esprit indiqué plus haut, quelques notes sur la suite des travaux botaniques qui, depuis la
découverte du Canada, ont amené à leur état actuel nos connaissances sur la flore laurentienne.
Nous y avons ajouté l'indication des principales sources bibliographiques auxquelles doivent
revenir ceux qui se livrent sérieusement à cette étude.

1. P é r i o d e prélinnéenne.

On peut dire, sans trop solliciter les faits, que la Botanique américaine est née chez les
Canadiens français, et que le premier botaniste de l'Amérique fut Louis HÉBERT, l'apothicaire-
herboriste de Paris, devenu le premier colon de Stadaconc.
Les récits de voyage de Jacques CARTIER, de CHAMPLAIN, de LESCARBOT, du Frère SAGARD
et de plusieurs autres, les lettres de missionnaires connues sous le nom de Relations des Jésuites,
et quelques autres documents encore, intéressent l'histoire de la Botanique. Une étude
d'ensemble de ces sources s'impose, et donnera certainement des résultats de grande importance.
Peut-être faut-il joindre aux écrits parascientifiques que nous venons de citer, l'Histoire véritable
et naturelle de la Nouvelle-France (1664), où la plume naïve de Pierre BOUCHER détaille, pour
le bénéfice des cousins restés en France, les particularités frappantes de la faune et de la flore du
pays.
Dans le domaine des travaux botaniques proprement dits, nous trouvons que, dès 1635,
Jacques CORNUTI, de Paris, publiait son Canadensium Plantarum Historia, dont la majeure
partie traitait de plantes canadiennes au moyen de textes descriptifs, et de gravures ex-
cellentes pour le temps. Dans cet ouvrage sont décrites et figurées pour la première fois
certaines de nos espèces les plus remarquables: Actaea alba, Actaea rubra, Apios americana, Rhus
Toxicodendron, Aquilegia canadensis, Asarurn canadense, etc. Le livre de CORNUTI est le premier
ouvrage imprimé sur la flore de l'Amérique extra-tropicale.
Le dernier quart du XVIIe siècle semble avoir été une période de grande activité botanique
en Nouvelle-France. C'est le moment épique de la grande aventure coloniale de la France.
Missionnaires, traiteurs et soldats poussent les canots d'écorce jusqu'au cœur du continent,

[12]
F L O R E L A U R E N T I E N N E

ouvrent les routes, jalonnent l'immense empire. P a r t o u t , depuis la baie d'Hudson j u s q u ' a u
golfe du Mexique, des hommes instruits interrogent l'inconnu et sont jetés dans l'étonnement
par la révélation d'une n a t u r e opulente et nouvelle. Là-bas, en France, dans la tranquillité
du J a r d i n du Roi, T O U R N E F O R T règne sur la Botanique. Il a des correspondants au C a n a d a ,
et tous les navires lui a p p o r t e n t des matériaux nouveaux. Michel SARRAZIN (1659-1735),
médecin du Roi à Québec, le plus connu de ces correspondants, est en r a p p o r t constant avec
TOURNEFORT et lui envoie les p l a n t e s les plus remarquables d u pays, d o n t la plus célèbre, la
Sarracénie, a immortalisé son n o m . U n a u t r e de ces correspondants, le sieur de D I È R E V I L L E ,
visite la côte de l'Amérique en 1706; T O U R N E F O R T lègue son n o m à la postérité en lui d é d i a n t
le genre Diervilla.
C ' e s t d'ailleurs à ce m o m e n t (1700) que l'illustre botaniste français publie ses Institutiones
Rei Herbariae où la notion du genre est définitivement établie. Cet ouvrage est intimement
associé à l'histoire de la B o t a n i q u e laurentienne, car il porte de nombreuses traces des t r a v a u x
botaniques qui se poursuivaient alors en Nouvelle-France. C ' e s t a u moyen de ce grand ouvrage,
l'un des chefs-d'œuvre de la l i t t é r a t u r e botanique, que nous saisissons les processus gradués
par quoi se sont élaborées nos connaissances sur la flore laurentienne.
De cette m ê m e période, nous avons encore u n très i m p o r t a n t manuscrit (circa 1708) resté
inédit: Histoire des plantes de Canada. C ' e s t l'œuvre a n o n y m e d ' u n correspondant de T O U R N E -
FORT, œuvre de b o t a n i s t e professionnel, et qui témoigne à la fois d'une vaste science et d'une
grande finesse d'observation. Ce document, propriété du Séminaire de Saint-Hyacinthe, n'est
probablement pas u n original, mais bien plutôt u n e copie exécutée p a r u n calligraphe professionnel
de l'époque. L'Histoire des plantes de Canada est le plus précieux document scientifique que
nous ayons de la période prélinnéenne. D e s portions considérables de ce manuscrit se
r e t r o u v e n t intégralement dans C H A R L E V O I X : Description des Plantes principales de l'Amérique
septentrionale, supplément a u t o m e 4 de l'Histoire et description générale de la Nouvelle-France.
TOURNEFORT m e u r t en 1708. Le m o u v e m e n t botanique semble alors s'arrêter de ce
côté-ci de l'Atlantique. Cependant, en 1716, le P . LAFITAU, de la Compagnie de Jésus, publie
un mémoire sur « la précieuse p l a n t e du Ginseng de T a r t a r i e » qu'il vient de découvrir au
Canada. Puis c'est le vide d u r a n t q u a r a n t e ans, j u s q u ' à la visite du suédois Pehr K A L M ,
disciple de L I N N É . E n 1749, au cours d'un voyage en Amérique, K A L M s'arrête à Québec où
il se lie d'amitié avec le comte DE LA GALISSONNIÈRE, lui-même grand a m a t e u r de Botanique.
Le témoignage que K A L M rend a u comte DE LA GALISSONNIÈRE vaut d'être cité: « Q u a n d
je songe à toutes les belles qualités qui brillaient en lui, je ne puis en faire assez d'éloges. Il a
des connaissances é t o n n a n t e s dans toutes les sciences, mais s u r t o u t dans les sciences naturelles
où il est tellement versé que q u a n d il commençait à me parler sur ce sujet, je m'imaginais voir
notre g r a n d L I N N É sous une nouvelle forme ». Ce parallèle du comte D E L A GALISSONNIÈRE
et de L I N N É , établi p a r u n contemporain qui les a connus tous deux, nous p e r m e t d'inscrire ce
gentilhomme français p a r m i les g r a n d s noms de la B o t a n i q u e laurentienne.
C'est à Québec aussi' que K A L M connut le sieur Jean-François GAULTHIER, médecin du
Roi comme Michel SARRAZIN, et en l'honneur de qui il créa le genre Gaultheria. KALM a écrit
un Flora Canadensis, resté inédit, e t dont le manuscrit a disparu. Mais ses collections sont la
base des espèces canadiennes décrites par L I N N É dans son Species Plantarum.
Ainsi se termine, sous une nouvelle impulsion imprimée par les t r a v a u x de K A L M e t la
présence animatrice du comte D E LA GALISSONNIÈRE, la période prélinnéenne de l'histoire de
la b o t a n i q u e laurentienne. Cette période, qui dura plus d'un siècle, fut féconde, grâce s u r t o u t
au r a y o n n e m e n t des puissantes personnalités de T O U R N E F O R T et de ses associés d u Jardin des

[13]
F L O R E L A U R E N T I E N N E

Plantes. TOUBNEFOET, Sébastien VAILLANT, D A N T Y D'ISNARD, MARCHANT, dirigeaient de loin


les études et les explorations, e t leurs travaux sont publiés d a n s les mémoires de l'Académie
des Sciences de Paris.

2. P é r i o d e post-linnéenne.

Avec la publication du Species Plantarum (1753) de L I N N É , et l'adoption du système


binaire de nomenclature, la Botanique prend u n e orientation nouvelle. L a gloire de L I N N É
a fait oublier le génie de TOURNEFORT, et la B o t a n i q u e française subit u n recul d o n t le C a n a d a
français ressent le contre-coup. D'ailleurs, à ce moment même, nous changeons d'allégeance.
La classe instruite repasse les mers, laissant les soixante mille paysans qui furent nos pères à
des préoccupations matérielles immédiates peu favorables a u x recherches scientifiques. Leur
B o t a n i q u e se réduira désormais à cette systématique paraclassique et tout utilitaire engendrée
p a r le besoin, systématique dont nous avons analysé la genèse d a n s la préface de cet o u v r a g e
(pp. 4-7), à propos de la partie onomastique d u folklore b o t a n i q u e canadien-français.
D u r a n t les cinquante années qui suivent la cession d u C a n a d a à l'Angleterre, la B o t a -
nique laurentienne n ' a que peu ou point d'histoire écrite. M a i s voilà qu'au fort de la Révolu-
tion française, en 1792, nous arrive à Montréal, après avoir étudié la flore des É t a t s - U n i s d u -
r a n t sept années, l'un des plus ardents disciples de Bernard DE JUSSIEU, le botaniste-voyageur
André MICHAUX (1746-1802). Comme son prédécesseur KALM, il était en mission officielle, e t
la sienne consistait à recueillir des plantes nouvelles pour les jardins royaux. Il est permis de
croire que les événements qui se déroulaient en F r a n c e , en faisant perdre de v u e les jardins d u
malheureux Louis X V I , modifièrent le genre de recherches d u distingué naturaliste.
André MICHAUX nous arrive p a r le lac C h a m plain et le Richelieu; il herborise aux environs
de Montréal, où il découvre des plantes remarquables comme VAnacharis canadensis; il descend
à Québec, parcourt le b a s Saint-Laurent, se rend a u lac S a i n t - J e a n et au lac Mistassini, o ù il
découvre le Primula mistassinica. D u lac Mistassini il essaie, mais en vain, d ' a t t e i n d r e la
baie d'Hudson; engagé sur la rivière Rupert, il doit tourner court à mi-chemin, à cause de
l'approche imminente de l'hiver. Voyage considérable pour l'époque, difficile encore aujourd'hui !
Les matériaux recueillis par A n d r é MICHAUX a u cours de ses divers voyages servirent à la p u -
blication d'un ouvrage classique d'une grande perfection, le Flora boreali-americana. Cet
ouvrage e u t deux éditions conformes (1803, 1820). Il est d û à la plume d ' u n maître botaniste,
Louis-Claude RICHARD, qui, pour u n e raison inconnue, ne voulut p a s le signer. Cette première
en date des flores de l'Amérique, généralement attribuée à André MICHAUX, contient la des-
cription de 1700 espèces. L'herbier MICHAUX, aujourd'hui a u Muséum N a t i o n a l d'Histoire
Naturelle de Paris, est d'une extrême importance pour les études critiques sur la flore a m é r i -
caine.
Le fils d'André MICHAUX, François-André (1770-1855), fut également u n botaniste r e -
marquable, et, comme son père, il passa de nombreuses années e n Amérique. Il a laissé u n
i m p o r t a n t ouvrage, Histoire des arbres forestiers de l'Amérique septentrionale (1810-1813), q u i
fut aussi publié e n anglais sous le titre d e : The North American Sylva (1859).
L a seconde flore de l'Amérique, Flora Americae septentrionalis, a été écrite p a r Frederick
PURSH (Friedrich PURSCH) et publiée à Londres e n 1814. P U R S H était né en Saxe e n 1774.
Il m o u r u t à M o n t r é a l en 1820, après avoir v u ses grandes collections faites dans notre province
détruites dans u n incendie. U n modeste m o n u m e n t , à gauche de celui de Sir William D A W S O N ,
m a r q u e l'endroit d e sa sépulture définitive dans le cimetière M o n t - R o y a l , à M o n t r é a l . Pour
la rédaction de sa flore, PURSH fut à même d'utiliser les plantes récoltées p a r MENZIES (1786)

[14]
F L O R E L A U R E N T I E N N E

au cours du voyage du capitaine VANCOUVER, celles du voyage transcontinental de LEWIS et


CLARKE (1804-1806), et celles d u voyage de BRADBURY (1809) aux sources d u Missouri, ce
qui lui permit de doubler le n o m b r e des espèces de MICHAUX.
Les vingt années qui suivirent la publication de la flore de PURSH furent des années de
g r a n d e activité en Amérique. N U T T A L L , Amos E A T O N , J a c o b BIGELOW, TORREY, DARLINGTON
écrivent des ouvrages devenus classiques. Puis e n t r e en scène Asa GRAY, que toute une géné-
ration a reconnu comme l'arbitre des questions botaniques, l'auteur du fameux Manual of the
Botany of the Northern United States (1848), sans cesse réédité, m ê m e après sa mort.
L'impulsion donnée aux études botaniques p a r la publication de cet ouvrage eut son reten-
tissement chez nous, en ce sens q u e , quatorze a n s après, en 1862, l'abbé Léon PROVANCHER, qui
néanmoins était s u r t o u t un entomologiste, publiait sa Flore canadienne, directement inspirée
des ouvrages de G R A Y et de TORREY. Ce livre fit redécouvrir la Botanique aux Canadiens
français, qui l'avaient complètement délaissée depuis la conquête anglaise. Il a été, d u r a n t
trois q u a r t s de siècle, le bréviaire des a m a t e u r s de botanique canadiens-français.
L'abbé PROVANCHER était né à Bécancour en 1820; il m o u r u t au Cap-Rouge en 1892.
C'était un homme d'une initiative et d'une activité incroyables. Malgré u n ministère paroissial
très chargé, il se livra à des entreprises fort diverses, allant depuis la fondation d'une compagnie
de navigation, j u s q u ' à l'introduction a u pays d u tiers-ordre de saint François et à la rédaction
de gazettes rurales et religieuses. M a i s ce n'est là q u ' u n côté de sa personnalité. L ' h o m m e
de science qu'il était en plus, t r o u v a le moyen de publier de grands t r a v a u x d'histoire naturelle,
s u r t o u t entomologiques et botaniques, de fonder et de diriger la première revue scientifique,
publiée au C a n a d a français, le Naturaliste canadien.
La Flore canadienne de PROVANCHER était u n ouvrage é t o n n a n t pour le t e m p s où elle p a r u t
et le mérite de l'auteur est d ' a u t a n t plus grand qu'il travaillait seul, loin des grands centres in-
tellectuels et des bibliothèques techniques; de plus, personne a u t o u r de lui ne s'intéressait à
ses études. Les t r a v a u x et les découvertes des trois quarts de siècle écoulés depuis, ne p e r m e t -
traient plus d'intituler u n ouvrage comme celui de PROVANCHER: Flore canadienne, d ' a u t a n t
plus que, du fait de la Confédération, le m o t C a n a d a a reçu une t o u t autre signification. E n 1862,
PROVANCHER ignorait et devait ignorer que la flore de ce que nous appelons aujourd'hui le Ca-
nada, comprend plusieurs domaines absolument distincts entre eux, et que la flore laurentienne
n'intéresse que l'un de ces domaines. L a Flore de PROVANCHER ne traitait en somme q u e de
la partie moyenne de la province de Québec, telle q u e connue et interprétée de son temps.
L'herbier de PROVANCHER, peu i m p o r t a n t , est au musée de l'Université Laval de Québec.
A côté du n o m de PROVANCHER, se place celui d ' u n contemporain, l'abbé Ovide BRUNET,
né à Québec en 1826, et qui fut titulaire de la chaire d e Botanique à l'Université Laval, de 1858
j u s q u ' à sa mort, survenue en 1876. Bien qu'il n'ait laissé a u c u n ouvrage i m p o r t a n t , B R U N E T
possédait une bonne culture botanique, et il a publié un certain nombre d'opuscules. Son
herbier est également à l'Université Laval. Malgré le peu de cordialité des relations de PROVAN-
CHER e t de BRUNET, circonstance regrettable qui les empêcha de collaborer, il y avait donc au
milieu du X I X e siècle, chez les Canadiens français, u n e certaine atmosphère botanique. Ce
n ' é t a i t là d'ailleurs que l'une des manifestations d ' u n m o u v e m e n t scientifique intéressant q u i
s'éteignit p a r la suite. Après PROVANCHER et B R U N E T , la Botanique laurentienne subit encore
une longue éclipse, et d u r a n t plus d'un demi-siècle encore, nous vivrons sur ce très modeste
capital.
Les documents publics (1886-1890) contiennent des r a p p o r t s de D . - N . SAINT-CYR, con-
servateur d u Musée de l'Instruction Publique, à Québec. SAINT-CYR (1826-1899) fit des
explorations botaniques dans la région montréalaise, d a n s la région québécoise, s u r la Côte-Nord

15]
F L O R E L A U R E N T I E N N E

et à Anticosti. Les rapports de la Commission de Géologie du Canada contiennent aussi, de


t e m p s en temps, des listes de plantes récoltées a u cours d'explorations géologiques p a r J. R I C H A H D -
SON (1857), W. S. M . D ' U E B A N (1860), B . B I L L I N G S (1861), R. B E L L (1857-58, 1861 et 1879-
80), A. P . L o w (1896). Il faut ajouter ici d'importants articles de George LAWSON et de
A. T . DKUMMOND publiés vers la m ê m e époque dans divers périodiques de ce pays et de l'étranger.
E n 1871, M . J. M O Y E N , sulpicien français, publie son Cours élémentaire de Botanique
et Flore du Canada, réédité en 1885, et qui a été jusqu'à ce jour, c'est-à-dire d u r a n t plus d ' u n
demi-siècle, en usage dans les maisons d'enseignement secondaire et supérieur du Québec.
U n autre sulpicien, M . H . D U P R E T (1853-1932), a été notre principal bryologue. Il
a laissé une liste fortement annotée des Mousses de la région montréalaise, liste qui dénote une
grande maîtrise d u sujet, et qui fait regretter qu'il n'ait p a s écrit davantage.
E n 1904, Joseph SCHMITT publie une thèse sur l'histoire naturelle d'Anticosti, où il
donne une liste annotée de la flore phanérogamique et cryptogamique de la grande île du
Golfe.
A l'Université McGill, H . D . PENHALLOW crée l'herbier de cette institution et publie des
t r a v a u x de paléobotanique. Cet herbier contient aussi les collections locales du D r . A. F . H O L M E S
e t du Rev. R o b e r t CAMPBELL. Ce dernier a, de plus, publié de nombreuses notes d a n s le
Canadian Record of Science.
Il reste à mentionner le nom de John M A C O U N (1831-1920), naturaliste de la Commission
Géologique du C a n a d a , qui a fait des explorations botaniques dans le Québec et a publié le
Catalogue of Canadian Plants; son fils, James M A C O U N , a fait aussi des t r a v a u x botaniques sur
le terrain et publié diverses notes. Les noms de James F L E T C H E R (1852-1908), botaniste de
la Ferme Expérimentale d'Ottawa, et de M . O. M A L T E (1880-1933), directeur de l'Herbier
N a t i o n a l à Ottawa, appartiennent aussi à l'histoire de la botanique laurentienne.
Nous terminons ce rapide abrégé sans toucher à l'œuvre des naturalistes actuellement
vivants. Nous avons d'ailleurs mentionné le plus grand nombre d'entre eux, comme m a î t r e s
ou collaborateurs dans la préface de cet ouvrage. On ne peut cependant omettre ici le nom
du Prof. M. L. FERNALD, de l'Université H a r v a r d , qui s'identifie avec la période contemporaine
des études sur n o t r e flore. La majeure partie de ses admirables t r a v a u x est contenue d a n s
Bhodora, organe du New England Botanical Club, qui est devenu, de ce fait, une source indis-
pensable de renseignements pour les botanistes du Québec.
Avec la fondation des Écoles de Science dans nos Universités du Québec, un n o u v e a u
chapitre commence dans l'histoire de la Botanique laurentienne. Le c h a m p est vaste et presque
vierge, qui s'ouvre d e v a n t les pas de la présente génération. Les seuls inventaires, p h a n é r o g a m i q u e
e t s u r t o u t cryptogamique, du Québec, d e m a n d e n t l'effort concerté et longtemps continué d'une
pléiade de chercheurs entraînés. Que dire des disciplines générales : Morphologie et Physiologie,
Écologie et Génétique, Phytogéographie et Paléobotanique, sillons ouverts par les grands b o t a -
nistes du passé, et que nous pouvons pousser toujours u n peu plus loin, vers l'infini de l'horizon,
là où toutes les lignes se rejoignent dans la grande synthèse de la Nature des Choses !

[16]
F L O R E L A U R E N T I E N N E

P R I N C I P A L E S P U B L I C A T I O N S I N T É R E S S A N T LA FLORE D U Q U É B E C .

A.. Ouvrages généraux.

1635. CORNUTI, J., Canadensium Plantarum Historia. 1 vol. Paris.


1664. BOUCHER, Pierre, Histoire véritable et naturelle des Mœurs et Productions du pays de
la Nouvelle-France. 1 vol. Paris.
1744. CHARLEVOIX, P.-F.-X. DE, Description des Plantes principales de l'Amérique septen-
trionale. Supplément au tome IV de l'Histoire et description générale de la
Nouvelle-France. Paris.
E
1753-61. KALM, Pehr, En Resa til Narra America. 3 vols. Stockholm. (Le 3 volume, qui
concerne spécialement le C a n a d a , a été t r a d u i t en français p a r L.-W. M a r c h a n d ,
E
et publié dans les Mémoires de la Société Historique de M o n t r é a l , 8 livraison,
1880.)
E
1803. M I C H A U X , André, Flora boreali-americana. 2 vols. Paris. ( 2 édition conforme, 1 8 2 0 ) .
1810-13. M I C H A U X , François-André, Histoire des Arbres forestiers de l'Amérique septentrionale.
3 vols. Paris. (Traduction anglaise, sous le titre The North American Sylva,
3 vols. Philadelphie, 1 8 1 9 . )
1814. P U R S H , F . , Flora Americae septentrionalis. 2 vols. Londres.
1833-40. H O O K E R , W . J., Flora boreali-americana. 2 vols. Londres.
1838-43. T O R R E Y , John, and G R A Y , Asa, A Flora of North America. 2 vols. New-York.
J 848. GRAY, Asa, A Manual of the Botany of the Northern United States. 1 vol. Boston.
1862. PROVANCHER, Léon, Flore canadienne. 2 vols. Québec.
1871. M O Y E N , J., Cours élémentaire de botanique et Flore du Canada. .1 vol. Montréal.
1 8 8 3 - 1 9 0 2 . M A C O U N , John, Catalogue of Canadian Plants. 4 vols, (en 7 livraisons) Montréal e t
Ottawa.
1 8 9 2 - 1 9 0 2 . SARGENT, C. S., The Silva of North America. 1 4 vols. Boston.
1 8 9 6 - 9 8 . BRITTON, N . L., and B R O W N , A., An illustrated Flora of the northern United States,
E
Canada and the British Possessions. 3 vols. New-York. ( 2 édition, 1 9 1 3 ) .
1900. BAILEY, L. H., The Standard Cyclopedia of Horticulture. New-York. (Cet ouvrage
a eu plusieurs éditions successives; le nombre de volumes varie avec les éditions. )
E
1905. SARGENT, C. S., Manual of the Trees of North America. 1 vol. Boston. ( 2 édition,
1922).
1908. R O B I N S O N , B . L., a n d FERNALD, M . L., A Handbook of the Flowering Plants and Ferns
of the Central and Northeastern United States and adjacent Canada. (Mieux
connu sous le n o m de Gray's Manual, Seventh E d i t i o n ) . 1 vol. New-York.
1924. BAILEY, L. H., Manual of Cultivated Plants. 1 vol. New-York.
1927. R E H D E R , A., Manual of Cultivated Trees and Shrubs hardy in North America. 1 vol.
New-York.
1931. L O U I S - M A R I E , P., Flore-Manuel de la Province de Québec. 1 vol. Oka.

[17]
FLORE LAURENTIENNE

B. Périodiques.

Botanical Gazette. Chicago. Vol. 1 (1875) jusqu'à date.


Bulletin of the Torrey Botanical Club. New-York. Vol. 1 (1870) jusqu'à date.
Canadian Field-Naturalist. Ottawa. 1880 jusqu'à date. (Ce périodique a d'abord porté les noms
de: Ottawa Field-Naturalists' Club Transactions et Ottawa Naturalist.)
Canadian Naturalist and Geologist. Montréal. Vols. 1-8 (1856-1863).
Canadian Naturalist and Quarterly Journal of Science. Montréal. Vols. 1-10 (1864-1883).
(Suite de: Canadian Naturalist and Geologist).
Canadian Record of Science. Montréal. Vols. 1-9 (1884-1914). (Suite de: Canadian Natu­
ralist and Quarterly Journal of Science. )
Contributions du Laboratoire de Botanique de l'Université de Montréal. N° 1 (1922) jusqu'à date.
Naturaliste Canadien. Québec. Vol. 1 (1869) jusqu'à date, avec quelques interruptions.
Rhodora. Journal of the New England Botanical Club. Boston. Vol. 1 (1899) jusqu'à date.

[18]
ESQUISSE GENERALE DE LA FLORE LAURENTIENNE.

P L A N

PAGE

I. Équilibre actuel de la flore laurentienne 20

A. Facteurs de la répartition présente 20


1. Physiographic et histoire géologique 21
2. Climat 23
3. Facteur humain 27

B. La carte phytogéographique du Québec 28

1. Région arctique 28
2. Région hudsonienne 29
3. Région laurentienne 30
(a ) Sous-région du Bouclier précambrien 33
(b) Sous-région apalachienne 37
(c ) Sous-région de la plaine alluvionnaire du Saint-Laurent. . 42

IL Dynamisme de la flore laurentienne 61

A. Le point de vue dynamique 61

B. Facteurs dynamiques intrinsèques 62


1. Facteurs d'évolution progressive 62
(a) Évolution à termes discontinus 64
(b) Évolution à termes continus 66

2. Facteurs d'élimination 75

C. Facteurs dynamiques extrinsèques 76

D. Conclusions 78

[19]
ESQUISSE GENERALE DE LA FLORE LAURENTIENNE.

Il semble que l'on ne puisse mieux aborder un traité, même élémentaire, des espèces de
la flore laurentienne, que par une large vue d'ensemble sur cette flore elle-même. Cette vue
d'ensemble, en effet, dessine les lignes maîtresses d'un tableau où viendront s'inscrire, chacune
en son lieu, de nombreuses unités floristiques; elle met en évidence les caractéristiques et les
relations des populations végétales, caractéristiques et relations qu'il est important de marquer
et de comprendre pour elles-mêmes sans doute, mais aussi et surtout, parce qu'elles nous aident
à pénétrer mieux la nature intime des unités mystérieuses qui composent le grand bloc de la
vie.
Mais cette vue d'ensemble, qui a pour but de dégager la figure de l'important fragment
de la biosphère qui correspond à la Laurentie, suppose la considération simultanée de deux
points de vue. Il s'agit, avant tout, d'étudier un grand système que pour des raisons de com-
modité nous supposons en état d'équilibre: c'est le point de vue statique. Mais les associations
qui composent les flores sont en réalité des mosaïques vivantes où lentement, parallèlement
à l'évolution physique des facteurs écologiques, et même indépendamment de cette évolution,
se font des substitutions d'éléments. L'équilibre qui nous frappe par son apparente stabilité,
n'est que l'équilibre de l'ensemble et non l'équilibre des parties; il n'est qu'une résultante, un
produit qui reste sensiblement le même, au moins durant de très longues périodes, mais dont
les facteurs sont soumis à de perpétuels changements d'ordre et de valeur. Il y a donc dans
les sociétés biologiques un mouvement continu qu'il faut analyser: c'est le second point de vue,
le point de vue dynamique.

I. — ÉQUILIBRE ACTUEL DE LA FLORE LAURENTIENNE.

A. — FACTEURS DE LA RÉPARTITION PRÉSENTE.

Avant de nous pencher sur le tableau plein de couleur que compose sous le ciel laurentien
l'ensemble de nos richesses végétales, avant de chercher à en distinguer les parties composantes
et à en marquer les contours, il importe d'étudier préalablement les facteurs déterminants de
la répartition présente. Ces facteurs sont principalement la physiographie, l'histoire géologique
récente, le climat au double point de vue de la chaleur et de l'humidité, et enfin le facteur humain,
qui devient de plus en plus agissant au fur et à mesure que s'affirme l'emprise de l'homme sur
la nature. Ces facteurs que nous invoquons pour expliquer l'équilibre actuel de la flore lauren-
tienne, sont également liés aux mouvements de cette flore dans le passé; aussi seront-ils inter-
rogés à nouveau dans l'exposé du point de vue dynamique.

[20]
FLORE LAUREN TIENNE

1. PHYSIOGRAPHIE ET HISTOIRE GÉOLOGIQUE.

Dans ses limites présentes, et au simple point de vue physiographique, le Québec comprend
plusieurs régions distinctes: la pénéplaine de l'Ungava (et sa bordure méridionale, la chaîne
des Laurentides), la plaine alluvionnaire du Saint-Laurent, le Saint-Laurent lui-même, et la
bordure nord du massif apalachien.
La pénéplaine de l'Ungava, qui occupe presque toute la partie orientale du Bouclier cana-
dien, est un vaste plateau archéen d'une élévation générale de 500 à 700 mètres, drainé par de
nombreuses et importantes rivières généralement rapides, semé de lacs dont le plus grand, —
le lac Mistassini, — s'étend
sur une longueur de cent mil-
les. La surface de cet im-
mense pays consiste presque
entièrement en gneiss pré-
cambriens avec intrusions de
granit, de basalte et de sye-
nite, le tout aplani, arrondi
et moutonné par l'action gla-
ciaire. (Carte C).
La chaîne des Lauren-
tides ne diffère pas géologi-
quement de la pénéplaine
dont elle ne fait qu'accentuer
le relief. Courant de l'est à
l'ouest, la chaîne longe à quel-
que distance le rivage nord
du Golfe, pour atteindre le
Saint-Laurent au Saguenay,
et suivre ensuite ce fleuve
jusqu'au cap T o u r m e n t e ,
trente milles en aval de Qué-
bec. De là, les Laurentides
s'éloignent quelque peu pour
laisser une étendue de basses
terres; elles longent ensuite
la rivière Ottawa, qu'elles tra-
CAKTE C . — Le Bouclier laurentien et autres massifs précambriens de
v e r s e n t a u x rapides des l'Amérique du Nord.
Chats. Toute la chaîne est
peu élevée; les maximums d'altitude sont atteints aux Éboulements (850 mètres)'et à la mon-
tagne Tremblante (800 mètres). Les Laurentides, tout comme la pénéplaine, sont semées de
lacs innombrables et parfois très grands, créés par les moraines frontales laissées en travers
des vallées et des vallécules par la retraite du glacier continental.
!
La plaine basse du Saint-Laurent est constituée par des roches sédimentaires : très an-
ciennes, d'âge paléozoïque, recouvertes et masquées par le drift glaciaire, et par des lits plus
ou moins épais de sable et d'argile déposés durant la période Champlain. Des lambeaux de
calcaires paléozoïques, appartenant à des couches supérieures presque entièrement- détruites

[21]
FLORE LAURENTIENNE

par l'érosion, affleurent ça et là, particulièrement aux environs de Montréal, de Québec, et d'Otta-
wa. Les roches qui forment le fond plat de la plaine basse sont en majeure partie des argilites
ordoviciennes, soit redressées et diversement ployées comme aux environs de la ville de Québec
et généralement dans l'est du Québec, soit horizontales comme aux environs de Montréal et
généralement du côté ouest de la faille de Logan. Au milieu de cette plaine ordovicienne, et
la traversant du nord au sud, court une ligne de collines d'âge dévonien, les Montérégiennes.
Ce sont des souches d'anciens volcans, ou des batholithes, c'est-à-dire des massifs éruptifs épan-
chés en profondeur et dénudés ensuite par une intense érosion.
Le massif apalachien, si puissamment développé dans tout l'est de l'Amérique, limite
au sud la vallée du Saint-Laurent, et sous les divers noms d'Alléghanys, de monts Notre-Dame,
de Shikshoks, pénètre, en s'élevant graduellement, jusque dans la Gaspésie. Le massif apala-
chien est encore une ancienne pénéplaine, abrasée au niveau de la mer au Crétacé et surélevée
durant le Tertiaire. Toute cette région a une structure géologique compliquée où voisinent
et alternent de grandes formations calcaires, des schistes argilitiques, des intrusions de serpentine,
des quartzites cambriens, des épanchements granitiques, etc.
Ainsi ébauché physiographiquement par les aléas d'une longue histoire géologique qui
va depuis le Précambrien jusqu'à la surrection tertiaire, le territoire laurentien reçoit son modelé
définitif durant la période glaciaire, qui ouvre le Quaternaire, et qui s'est terminée depuis trente
ou quarante mille ans.
La grande glaciation, qui peut avoir duré, en chiffres ronds, un million d'années, a pro-
fondément transformé la physiographie du pays laurentien. Les moraines sans nombre, en
modifiant le système hydrographique, en barrant les vallées, en causant la stagnation de l'eau
dans les plaines, créèrent, sur cette vaste étendue de roches acides, des conditions favorables
à la formation des lacs et des tourbières. La pénéplaine de l'Ungava et les Laurentides
sont dès lors devenues l'un des plus remarquables pays lacustres qu'il y ait au monde, un vaste
assemblage de milliers et de milliers de vasques gneissiques reliées entre elles par le réseau des
ruisseaux et des rivières. Lorsque le barrage glaciaire laissait subsister un drainage suffisant,
un lac aux eaux claires se créait en amont. Si, au contraire, le barrage était assez complet pour
causer la stagnation de l'eau sur les roches acides, il se formait une tourbière.
La basse terre du Saint-Laurent, moins affectée que le bouclier précambrien par la crise
glaciaire, en garde cependant des traces évidentes. D'innombrables blocs erratiques de toutes
tailles sont abandonnés partout sur la face de la plaine alluvionnaire, et le riche sol arable lui-
même n'est qu'un produit de remaniement des argiles glaciaires.
Telles sont, esquissées à grands traits, et dans la mesure où elles peuvent influencer
la couverture végétale, les lignes essentielles de la physiographie du pays laurentien. Mais ces
influences physiographiques, dues à des contours et à des reliefs, sont purement physiques, et
elles peuvent être intensifiées ou neutralisées par la nature chimique des roches et des terrains.
Ce n'est pas ici le lieu de reprendre la vieille discussion sur l'importance relative des deux facteurs.
Il suffira d'indiquer brièvement les principales actions chimiques qui s'exercent dans le domaine
considéré.
Les roches gneissiques précambriennes sont naturellement des silicates complexes, et
au point de vue qui nous occupe, on peut les considérer comme des roches acides. Les formations
calcaires de la Gaspésie, de l'Anticosti-Minganie, de l'Ottawa, du lac Saint-Jean et de certains
districts apalachiens, influencent nettement le caractère de la flore de ces districts. Il en est
de même de certains affleurements de grès de Potsdam, et des roches magnésiennes de la Gaspésie
et de l'enclave de Mégantic.

[22]
FLORE LAURENTIENNE

La boue glaciaire, accumulée un peu partout dans la vallée du Saint-Laurent, contient


des particules de roches variées, moulues par les glaciers en marche; cette mouture sert de subs-
tratum à un mélange de plantes très diverses qui y trouvent chacune la silice, la potasse, la
chaux ou la magnésie dont elles ont besoin.

CLIMAT

11 n'est pas possible de définir complètement les caractéristiques météorologiques d'un


pays aussi vaste que le Québec, et où les stations d'observation sont très clairsemées. Nous
pouvons seulement établir
quelques généralités, don-
ner quelques précisions
quantitatives, et marquer
quelques-unes des influen-
ces du climat sur la flore.
Le sud-ouest du Qué-
bec, avec comme centre la
région montréalaise, peut
être considéré comme la
partie la plus chaude de la
province. Néanmoins, les
terres n'étant pas ici, com-
me dans le cas de la pénin-
sule ontarienne, sous la dé-
pendance climatologique
du vaste régulateur ther-
mique des Grands Lacs, les
hivers sont plus froids à
Montréal qu'à Toronto, les
gelées automnales plus pré-
coces, et les mois d'été un
peu plus chauds. Dans la
r é g i o n montréalaise, le
printemps arrive soudaine-
ment: mars est encore un
m o i s d'hiver, mais la
moyenne de température
d'avril est aussi élevée à
Montréal q u ' à Toronto.
Dès mai, cette moyenne CARTE D . - - Climatologie du Québec : moyennes normales des températures en
devient supérieure p o u r juillet (degrés Fahrenheit).
Montréal et se maintient
ainsi tout l'été. La moyenne montréalaise de septembre et octobre est la même que celle du sud-
ouest de l'Ontario, mais, pour les mois d'hiver, cette moyenne devient inférieure de 10 ° F. par rap-
port à la même région, et, durant quatre mois, la terre est couverte d'un à trois pieds de neige.
Dans la vallée du Saint-Laurent à l'est de Montréal, les étés sont plus frais et les printemps
plus tardifs. La feuillaison n'a vraiment lieu qu'en mai, et, dès la mi-septembre, les feuilles

[23]
FLORE LAURENTIENNE

revêtent leur parure d'automne. La région avoisinant la ville de Québec est un endroit crucial
au point de vue climatologique: l'élargissement subit du Saint-Laurent, l'action des grandes
marées d'eau douce, et la proximité des Laurentides y induisent un régime particulier des vents
et des précipitations. La ville de Québec a une moyenne de température hivernale de 3° à 4° F.
plus basse qu'à Montréal; la différence pour les mois d'été est de 2° à 3° F.
L'immense territoire qui s'étend au nord du Saint-Laurent est assez mal connu météo-
rologiquement, et nous ne pouvons que généraliser d'après des indications analogiques. On
sait cependant que les étés
y sont chauds; on y enre-
gistre parfois des tempéra-
tures de 100° F. Mais les
soirées sont plus fraîches,
relativement, qu'à Mont-
réal et à Québec. Certai-
nes années, il y a des gelées
au milieu de l'été, bien que
la température redevienne
très chaude au bout de
quelques jours. En hiver,
le froid est intense, et la
moyenne se tient aux envi-
rons de 0° F. au lac Saint-
Jean et le long du chemin
de fer t r a n s c o n t i n e n t a l .
Dans les fortes vagues de
froid, le thermomètre des-
cend à - 50° F. Plus au nord
encore, à Fort-George sur la
baie James, la moyenne de
janvier - février se tient à
- 1()°F. Cependant, durant
l'été, on e n r e g i s t r e des
températures de 99° F., et
la moyenne de juillet est
d'environ 60° F.

Sur la rive nord du


Golfe, les hivers ne sont pas
CARTE E.—Climatologie du Québec: moyennes normales des précipitations aussi rigoureux que dans
e n j u i l l e t
- l'intérieur, l'intensité des
vagues de froid se brisant
à l'approche de l'Atlantique. Mais les étés sont beaucoup plus frais à mesure que l'on se rap-
proche de la mer. Sur la Côte-Nord, la moyenne de juillet-août reste généralement au-dessous
de 55° F., et le maximum des journées les plus chaudes ne dépasse pas 75° F.
A ces données très générales, et nécessairement un peu vagues, nous ajoutons quelques
graphiques (Cartes D-E) et quelques données quantitatives qui pourront servir de repère
(Tableau I ) .

[ 2 4 ]
TABLEAU I
Températures normales et précipitations enregistrées à Montréal, Québec el Anticosti
(observations de 40 a n n é e s , 1885-1924).
TEMPÉRATURE EN DEGRÉS FAHRENHEIT PRÉCIPITATIONS EN POOCES

vloyenne quoti-

quo-
quo-

s élevée

is basse

nne des
des
des

iiennes
talions
IV OYENNES EXTRÊMES
MOIS

Moyenne
Moyenne
maxima

minima
tidiens
tidiens
dienne
"a. "o. C Le Le
(S 3
C7 Pluie Neige Total plus plus
haut bas

Janvier. 13.3 21 .1 5.6 53 -27 15 5 0 98 28 4 3 82 6.84 1.74


Février. 13.9 21 .3 6.5 47 -27 14 8 0 70 27 5 3 45 6.22 1 .03
Mars. . 25.S 32.7 18.9 (58 -15 13 8 1 50 19 7 3 47 6.60 0.81
Avril. . . 41 .6 49.5 33.7 83 2 15 8 2 05 5 3 2 58 6.10 0.61
< Mai. . . 55.3 64.3 46.3 89 23 18 0 2 98 2 98 5.95 0.11
CC Juin 64 .7 73.4 56.0 92 38 17 4 3 49 3 49 8.62 0.90
H
Z Juillet 69.6 78.1 61 .2 95 46 16 9 3 47 3 47 7.72 0.96
O Août 66.5 74.6 58.4 96 43 16 2 3 75 3 75 8.08 1 .23
5
Septembre. 58.4 66.1 50.7 90 32 15 4 3 61 3 61 7 .82 1.03
Octobre. . . 46.6 53.4 39.9 SO 22 13 5 3 20 0 7 3 .27 7.77 0.42
Novembre. 33.4 39.1 27.7 68 0 11 4 2 22 12 .9 3 .51 7.65 1.44
Décembre. 19.8 26.3 13.3 59 -25 13 0 1 41 23 5 3 .76 8.72 1 .12

ANNÉE . 42 4 50 0 34.8 96 -27 15 2 29 36 118 .0 41 16 52.22 29 23

Janvier. 9.8 17.9 1.8 51 -34 16 1 0 69 28 .8 3 .57 6.17 1 .10


Février. 11 .0 19.1 3.0 49 -32 16 1 0 .57 25 .0 3 .07 6.22 1.16
Mars. . . 22.9 30.9 14.9 64 -22 16 0 1 20 18 8 3 .08 5.68 0.42
Avril. . . 36.8 44.9 28.6 80 0 16 3 1 78 6 2 2 .40 6.49 0.71
Mai. . . 51.2 60.7 41.7 91 21 19 0 3 18 0 5 3 23 6.93 0.27
g Juin., 61 .2 71 .1 51.4 92 32 19 7 4 10 4 10 9.23 1.39
-w Juillet 65.6 74.0 57.1 96 39 16 9 4 12 4 12 8.14 0.72
O Août 63.3 72.1 54.5 97 37 17 6 3 98 3 98 9.58 1.35
Septembre. 55.4 63.8 47.0 88 27 16 8 4 03 4 03 9.43 0.84
Octobre. . . 43.8 50.7 36.8 77 14 13 9 3 32 1 2 3 44 6.99 0.93
Novembre. 30.0 35.7 24.4 66 -10 11 3 1 83 12 8 3 11 6.37 1.16
Décembre. 17 0 25.0 9.1 54 -32 15 9 0 83 22 9 3 12 5.93 1 .13

ANNÉE . 39 0 47.2 30 9 97 -34 16 3 29 63 116 2 41 25 53 79 32.12

Janvier. 12.4 20.0 4.8 47 -40 15 2 0 58 19 4 2 52 6.70 0.54


Février. 12.9 20.2 5.6 46 -35 14 6 0 26 14 6 1 72 5.23 0.27
Mars. . 21 .2 27.3 15.2 48 -18 12 1 0 54 12 4 1 78 5.65 0.29
Avril.. . 30.8 35.9 25.8 71 0 10 1 1 22 6 0 1 82 7.92 T
H Mai. . . 40.0 45.4 34.6 78 19 10 8 2 43 0 4 2 47 5.93 0.05
in Juin. . . 49.8 54.9 44.6 85 26 10 3 2 95 2 95
Q 7.33 0.40
2 Juillet. 56.8 62.4 51.2 79 34 11 2 3 09 3 09 8.70 0.43
H
z Août 56.0 61.2 50.8 80 32 10 4 3 52 3 52 7.75 0.76
< Septembre. 48.8 54.1 43.4 73 20 10 7 2 67 2 67 5.87 0.70
Octobre. . . 40.4 45.4 35.3 68 8 10 1 3 54 0.5 3 59 9.85 0.54
Novembre. 30.3 35.4 25.2 57 - 1 10 2 1 72 6 5 2 37 5.60 0.49
Décembre. 20.1 26.4 13.8 52 -39 12 6 0 74 16 4 2 38 5.10 0.32

ANNÉE. 35.0 40.7 29.2 85 -40 11 5 23.26 76.2 30.88 48,59 15.83

[ 2 5 ]
FLORE LAURENTIENNE

L'humidité est un facteur essentiel dans le groupement d'une flore normale, et en parti-
culier c'est surtout l'abondance des précipitations atmosphériques qui rend possible la constitu-
tion et la persistance des forêts. La Laurentie est vraiment le pays de l'eau: les pluies sont
abondantes, les lacs et cours d'eau innombrables. C'est pourquoi la couverture normale est
la forêt, avec absence presque totale de prairies naturelles.
Le climat du Québec est donc, dans l'ensemble, un climat continental, caractérisé par
un grand écart des températures extrêmes, par l'abondance des précipitations, et par l'influence
de la couche de neige hivernale. Cette épaisse couche de neige, mauvaise conductrice de la
chaleur, a pour effet d'annuler le rayonnement calorifique du sol, pour lui substituer son action
propre : d'une part, une réflexion intense de l'énergie calorifique incidente, et d'autre part la con-
servation de la chaleur terrestre. Cette action est, en définitive, favorable à la végétation,
quoique la couche de neige, dont la fusion réclame une somme énorme de calories, retarde le
réchauffement de l'air au printemps.
Dans le Québec tempéré, la neige arrive vers la mi-novembre pour disparaître en avril.
Les phases du printemps sont rapides, et cette saison passe insensiblement à l'été qui, lui-même,
ne se sépare pas de l'automne d'une façon bien précise. L'automne est la plus belle saison
de l'année, celle où la végétation se déploie davantage. L'abondance des Composées en fleur
à ce moment, crée comme une illusion de renouveau. Mais l'équinoxe amène des vents froids
chargés de pluie, après quoi se succèdent les quelques belles journées de «l'été des sauvages» ou été
de la Saint-Martin. Puis c'est l'hiver pour de bon, le rigoureux mais salubre hiver canadien.
Vers le premier novembre, dans la région de Montréal, tous les arbres feuillus indigènes sont
dépouillés, sauf parfois les Peupliers. Les arbres et arbustes d'origine eurasiatique, plantés
le long de nos rues et dans nos parcs, adaptés à une saison plus longue, défeuillent un peu plus
tard, et sont parfois même (comme en 1933) surpris par l'arrivée subite des neiges. Il arrive,
dans ce dernier cas, que les processus de défoliation sont inhibés définitivement, et que ces arbres
gardent leurs feuilles roussies et recroquevillées presque tout l'hiver, se comportant en cela,
et pour des raisons de même ordre, comme les très jeunes Hêtres et Chênes indigènes de nos
bois.
Des différences locales très notables se remarquent pour le départ de la végétation au
printemps, et ces différences ne valent pas seulement dans la direction nord-sud, mais aussi
dans la direction est-ouest. Québec retarde de quinze jours sur Montréal, et Tadoussac d'un
mois. Les différences sont encore plus accentuées dans la Gaspésie, — surtout dans les
Shikshoks, — et sur la Côte-Nord. Même dans la baie de Gaspé, qui jouit d'un climat relative-
ment doux pour la région, les Lilas fleurissent en juillet. Il y a néanmoins compensation dans
les régions plus boréales, par la rapidité avec laquelle les plantes parcourent leur cycle vital:
la longueur des jours d'été dans le nord favorise la photosynthèse et permet l'élaboration rapide
des matériaux de construction et de réserve. Ainsi, tandis que dans la région montréalaise,
il y a une saison des Fraises, une saison des Framboises, une saison des Bleuets, — dans le nord
et le nord-est, tous ces fruits arrivent à maturité à peu près simultanément.
Dans la Laurentie, à cause du facteur nivéal, qui est efficace surtout dans les bois, il y
a un comportement tout particulier du cycle printanier. Mai n'est le mois des fleurs que sur
le parterre des bois feuillus ou mixtes. Pendant que dans les champs, où le sol a été fortement
gelé, l'herbe reverdit à peine, du parterre de la forêt, qui a bénéficié de la protection nivéale,
surgissent, parmi les feuilles mortes, les fleurs des espèces à bulbes ou à rhizomes. Ces plantes
sont parfaitement adaptées à cet habitat, à la fois dans le temps et l'espace. Ayant besoin
de la pleine lumière, elles doivent parcourir leur cycle complet : phase végétative, reproduction,
retour à la terre ou au moins à l'état de repos relatif, dans les deux ou trois semaines qui pré-

[26]
FLORE L A U R E N T I E N N E

cèdent la feuillaison complète des arbres. Ces espèces ont leurs fleurs toutes formées à l'automne,
et n'attendent que le premier soleil pour s'épanouir. Pendant que le sous-bois foisonne d'Hé-
patiques, de Claytonies, d'Érythrones, de Trilles, de Dentaires, d'Uvulaires, rien ne paraît encore
dans les champs. Plus tard seulement, les Violettes enracinées à fleur de terre se mettent à
fleurir dans les prés, puis successivement arrivent le Populage, les Antennaires, la Bermudien-
ne, les Aubépines, les Crucifères, la horde des Cypéracées et des Graminées, et la multitude des
autres espèces.
Également caractéristique du climat laurentien est la douceur de l'automne, qui favorise
la floraison d'une multitude de Composées vivaces et caulescentes, robustes plantes riches en
tissus lignifiés, et que n'affecte pas une gelée occasionnelle et quelques jours froids. Dans les
prés incultes et dans les sous-bois, les Verges d'or et les Asters font les frais d'une décoration
automnale prodigieusement haute en couleur. Il semble y avoir alors une Verge d'or et un
Aster attitrés pour chaque habitat et pour chaque latitude, et si les espèces sont nombreuses,
les individus sont légions de légions.
Mais cette explosion de couleur dans le cadre de l'automne ne se limite pas aux pièces
florales, dont c'est peut-être, après tout, le rôle, en cette ère moderne des Angiospermes périan-
thées, de briller pour l'éjouissement et le bénéfice de la multitude des Insectes coopérateurs. La
féerie déborde le monde des corolles, s'étend comme une espèce d'enthousiasme végétal, gagne
les feuillages, qui reprennent avec insistance, en élargissant l'expression, en gonflant la note,
les mêmes gammes, les mêmes sonorités, les mêmes harmonies lumineuses.
A mesure que la chlorophylle, principale artiste de l'été, s'efface, tuée par la lumière vive
et froide de l'automne, les pigments jaunes, carotine et xanthophylle, masqués jusque-là, se
révèlent et font de l'or avec les feuilles de l'Érable à sucre, des Frênes, des Bouleaux, des Peupliers.
E n même temps, chez nombre d'espèces, un jeu de diastases, stimulé par les conditions spéciales
de notre automne, provoque une série de réactions qui aboutissent à la production des pigments
anthocyaniques.
C'est alors que la Vigne vierge, le Sumac vinaigrier, les jeunes pousses des Frênes, et surtout
l'Érable rouge, entrent vigoureusement dans le paysage. Nos bois laurentiens chavirent dans
le rouge, et leur éclatante beauté est alors unique au monde. Les pentes des Laurentides, les
forêts de la plaine basse, forment des horizons sanglants où s'ajoutent, chevauchent et se fondent
les gammes infinies que le rouge vainqueur a sur sa palette. Souvent, dans cette forêt mixte,
court devant la haute futaie qui flamboie, le vert profond d'une lisière de Sapins ou d'Épinettes.
E t à l'heure incertaine du crépuscule, où les perspectives se déforment et les plans se télescopent,
on dirait des rangées de tentes noires, profilées sur le fond rougeoyant d'un champ de bataille. . .

3. FACTEUR HUMAIN.

Les géologues font grand état de l'équilibre établi, peu à peu, par l'action permanente
des agents atmosphériques sur le relief terrestre. Une tendance analogue vers une position,
une distribution d'équilibre, se manifeste dans le monde végétal. Mais la répartition actuelle
des plantes ne représente plus cet équilibre, qui a été décidément troublé à la phase géologique
actuelle par l'hominisation de la nature. Ce facteur nouveau a traduit son action par la des-
truction de la forêt et des associations végétales et animales qui ne font qu'un avec elle ; par
l'introduction, volontaire ou non, de plantes étrangères à la flore, et qui ont bouleversé l'équilibre
ancien. Le mécanisme et les modalités de ces transformations et de ces bouleversements re-
lèvent évidemment du point de vue dynamique qui sera exposé plus loin.

[27]
FLO RE L A U R E N T I E N N E

B. — LA CARTE PHYTOGÊOGRAPHIQUE DU QUÉBEC.

Une classification générale commode des formations végétales de l'Amérique du N o r d , a


été proposée p a r M E K E I A M en 1898. Elle repose sur des données q u a n t i t a t i v e s , et sur u n e notion
en apparence rationnelle, à savoir que la distribution des végétaux d a n s la direction d u nord
est contrôlée d a n s une large mesure par la somme totale des t e m p é r a t u r e s reconnues d u r a n t la
saison de croissance. M E R R I A M fait d'abord trois grandes coupes primaires: zone boréale,
zone australe, zone tropicale. La première retiendra seule notre a t t e n t i o n , car elle couvre t o u t
le Québec, et aussi la presque totalité du C a n a d a , — la région des Prairies, cependant, p o u v a n t
être considérée comme une pénétration de la zone australe.
Cette zone boréale a été divisée en trois régions assez distinctes et qui intéressent t o u t e s
trois la province de Québec: région arctique, région hudsonienne, région laurentienne. L a
zone boréale, dans son enticreté, est limitée au sud par la ligne isotherme de 18° C. ( 6 4 . 4 ° F . )
pour les six semaines consécutives les plus chaudes de l'été. L a t e m p é r a t u r e qui d é t e r m i n e les
lignes de subdivision est moins exactement définie, mais on peut accepter les isothermes de
10° C. (50° F . ) et de 14° C. (57.2° F . ) .

1. R É G I O N ARCTIQUE.

L a région arctique du Québec est restreinte à une étroite bande à l'extrême nord, b a n d e
qui s'élargit au nord-ouest de l'Ungava en u n v a s t e triangle grossièrement equilateral, m e s u r a n t
environ 350 milles de côté. T o u t ce pays est occupé p a r une formation végétale particulière,
la toundra, où prédominent les Mousses et les Lichens, particulièrement le Lichen des Caribous
(Cladonia rangiferina). Le sol, c o n s t a m m e n t gelé j u s q u ' à une grande profondeur, ne dégèle,
sur une épaisseur d'un pied a u plus, que d u r a n t une courte saison.
Cette mince couche de sol utilisable par la végétation maintient cependant, o u t r e les
Mousses et les Lichens, une flore particulière i m p o r t a n t e , flore fortement x é r o p h y t i q u c , dé-
pourvue d'arbres, mais riche en t y p e s éricacés, flore en somme intéressante et parfois t r è s belle :
on sait en effet que les fleurs arctiques ont souvent une large corolle v i v e m e n t colorée. N o m b r e
d'espèces d ' H y m é n o p t è r e s contribuent à la pollinisation des fleurs, et les Moustiques, q u i j o u e n t
aussi u n rôle pollinisateur en certains cas, a b o n d e n t p a r t o u t . L ' é t a t p e r m a n e n t de congélation
empêche le drainage normal du sol; il en résulte que la t o u n d r a est en réalité une i m m e n s e t o u r -
bière dont l'étendue, la solitude, l'uniformité et le silence sont saisissants.
Le long de la côte du Labrador, entre Okkak et le cap Chidley, court la chaîne des m o n t s
Torngats, entièrement incluse dans le Labrador terre-neuvien. Ces m o n t a g n e s , d o n t l'altitude
a t t e i n t parfois 3000 mètres, ainsi q u ' u n territoire situé à l'extrémité nord-ouest de l ' U n g a v a ,
ont, semble-t-il, échappé à la dernière glaciation. La flore de ces n u n a t a k s est encore peu con-
nue, mais on p e u t citer quelques plantes reliquales, cordillériennes ou e n d é m i q u e s :
Antennaria isolepis Draba alpina
Antennaria pygmaea Draba aurea
Antennaria Somborgeri Draba crassifolia
Arnica Somborgeri Draba Somborgeri
Carex filifolia Pedicularis groenlandica
Crépis nana Petasites sagittatus.

[28]
FLORE LAUREN TIENNE

2. RÉGION HUDSONIENNE.

Tout le reste de l'Ungava, en dehors de la région proprement arctique qui vient d'être
délimitée, appartient à la région hudsonienne, limitée au sud par la ligne isotherme de 14° C.
Sauf une étendue restreinte de plaine côtière au sud de la baie James, toute la région hudsonienne
est découpée dans la pénéplaine précambrienne. C'est un pays ondulé, moutonné par l'action
glaciaire, sillonné de rivières tranquilles ou torrentueuses, semé de milliers de lacs et d'étangs
tourbeux; il s'y rencontre aussi de vastes étendues de tourbières à Sphaignes, tourbières très
mouillées et, sauf en hiver, inaccessibles au voyageur.
La région hudsonienne est avant tout le domaine de la forêt subarctique, forêt où pré-
dominent pour les Gymnospermes:
Abies balsamea Picea mariana.
Larix laricina Pinus Banksiana,
Picea glauca
et pour les Angiospermes:
Betula papyrifera Populus tremuloides.
Populus tacamahacca
La rivière aux Feuilles, qui se décharge dans la baie de l'Ungava, est la limite septentrionale
des arbres à l'ouest de cette baie, et sert pratiquement à séparer la région hudsonienne de la
région arctique. Vers 55° lat. N., on commence à trouver des arbres sur le bord des lacs et des
rivières. Vers 53° les collines sont boisées, sauf sur les sommets, qui reproduisent les conditions
des hautes cimes alpines. Enfin, vers le sud de la région hudsonienne, la forêt devient continue.
L'Épinette noire, Picea mariana, est l'arbre dominant, et forme les neuf-dixièmes des peuplements.
Même sous ces hautes latitudes, l'arbre peut atteindre un grand âge, cinq cents ans, et une taille
relativement élevée, quinze à vingt mètres. Mais dans les endroits exposés, l'Épinette noire
et les autres Gymnospermes hudsoniennes deviennent des arbustes déprimés:
Abies balsamea f. hudsonia Picea glauca f. parva
Larix laricina f. depressa Picea mariana f. semiprostrata.
Les terrains bas sont couverts de Saules arbustifs (Salix Bébbiana, S. discolor, S. pedicellaris,
etc.) et d'Aulnes (Alnus incana). Les sous-bois clairs se composent de Groseilliers sauvages
(Ribes glandulosum, R. lacustre), de Linaigrettes cespiteuses (Eriophorum spissum), de Bou-
leaux nains (Betula glandulosa, B. pumila) et d'arbustes éricacés (Kalmia angustifolia, Ledum
groenlandicum, Vaccinium pennsylvanicum, Chamaedaphne calyculata) qui, pour la plupart, ne
se retrouveront plus, au sud, que dans les tourbières.
Le lambeau de plaine côtière qui s'étend au sud de la baie James, et qui déborde à peine
sur le Québec, a une certaine importance phytogéographique. Ce que l'on connaît d'intéres-
sant sur sa flore, évidemment très peu connue encore, se rapporte à une florule maritime reli-
q u a t fortement disjointe, florule rattachée à la flore du golfe Saint-Laurent, mais dont la distri-
bution n'est pas continue autour de la péninsule labradorienne. Tels sont les éléments halo-
phytiques ou estuariens:
Bidens hyperborea Juncus Gerardi
Carex marina Plantago juncoides var. decipiens
Carex paleacea Poa eminens
Carex norvegica Zannichellia palustris var. major,

[29]
FLORE LAURENTIENNE

et les éléments cordillériens pour qui les rivages maritimes ne sont qu'un habitat d'adoption,
aussi bien sur le golfe Saint-Laurent que sur la baie James:
Antennaria pulcherrima Draba minganensis
Cypripedium passerinum var. minganense Gentiana nesophila.

On a invoqué, pour expliquer l'origine de cette florule, les faits suivants: une invasion marine
dans la vallée du Saint-Laurent à la période Champlain, invasion qui, à un certain moment, a peut-
être atteint le lac Témisca-
mingue; une invasion marine
contemporaine dans le bassin
de la baie d'Hudson, inva-
sion qui a probablement at-
teint presque à la hauteur
des terres; une communica-
tion possible à travers l'A-
bitibi entre les deux éten-
dues submergées, avec éta-
blissement d'un rivage con-
tinu, au moins durant une
courte période, entre le gol-
fe Saint-Laurent et la baie
James. La continuité de ce
rivage expliquerait bien l'o-
rigine de la florule commu-
ne aux deux régions; elle
expliquerait, de plus, cer-
tains faits concernant la flo-
re de l'Abitibi et du Témis-
camingue. (Carte F ) .
En somme, les carac-
téristiques principales de la
région hudsonienne sont : un
substratum de roches pré-
CARTE F. — Extension maximum des invasions marines à la période
Champlain, montrant la proximité des rivages de la mer Champlain et de la
cambriennes acides, avec de
baie d'Hudson, et suggérant la possibilité, à cette époque, d'une communica- rares lambeaux de cal-
tion entre les deux mers, et de migrations végétales le long d'un rivage continu. caires paléozoïques; une
flore presque exclusivement
silicicole; la denudation des sommets des collines de basse altitude; le petit nombre des es-
pèces et le grand nombre des individus de chaque espèce.

3. RÉGION LAURENTIENNE.

La forêt subarctique hudsonienne passe insensiblement à ce que l'on nomme communément


la forêt coniférienne orientale, et qui occupe le nord de la région que nous allons maintenant
définir sous le nom de région laurentienne, région englobant tout le reste de la province de
Québec. La région laurentienne comprend la vallée du Saint-Laurent avec les Laurentides,

[30]
FLORE LAURENTIENNE

jusqu'à 50° lat. N., et les premiers massifs apalachiens au sud. On peut la caractériser par la
présence, sous forme d'associations considérables ou de forêts pures, des espèces ligneuses sui-
vantes :
Acer saccharum Pinus resinosa
Betula lutea Pinus Strobus.
La région laurentienne nous intéresse plus particulièrement, parce qu'elle s'identifie à la partie
habitée du Canada français. Elle n'a pas reçu suffisamment d'attention de la part des phyto-
géographes pour que l'on ait tenté de la subdiviser en districts floristiques. Nous allons essayer
de le faire, en utilisant tous les documents et preuves qui sont aujourd'hui accessibles.
Disposons d'abord d'une classification bien connue, classification faite uniquement au
point de vue de la forêt considérée dans ses éléments dendrologiques et dans ses notes les plus
générales. Envisagée sous cet angle, la région laurentienne se divise en forêt coniférienne orien-
tale, en forêt mixte, et en forêt feuillue.
La forêt coniférienne orientale est une unité écologique et phytogéographique importante,
non seulement au point de vue de la flore du Québec, mais au point de vue de la flore universelle.
C'est l'une des grandes forêts du monde. Elle correspond à la frange septentrionale de la grande
zone de pluie de l'hémisphère boréal, zone qui est en même temps le domaine de la grande civi-
lisation. La forêt coniférienne orientale est séparée de façon naturelle de la forêt coniférienne
occidentale par la région des Prairies et par les lacs Winnipeg et Nipigon. Les deux unités sont
d'ailleurs constituées à peu près par les mêmes espèces, et forment un tout phytogéographique
et écologique.
Comme nous l'avons indiqué précédemment, la forêt coniférienne orientale est bornée
e
au nord par la forêt subarctique (grosso modo par le 50 parallèle); au sud elle passe insensible-
ment à la forêt mixte, et ce passage peut être indiqué en établissant une subdivision dite : forêt
de transition, occupant une largeur d'environ un degré, et s'étendant entre le lac Abitibi et le
lac Témiscamingue d'une part, et entre le lac Saint-Jean et le Saint-Laurent d'autre part. Une
ligne passant par la décharge du lac Témiscamingue, La Tuque et l'embouchure de la rivière
Portneuf (Côte-Nord) constituerait une limite approximative, au sud, de la forêt coniférienne
orientale. Les caractéristiques de cette forêt sont: la densité, la pureté des associations et la
couverture continue sur les sommets des collines précambriennes.
La forêt mixte est aussi une unité de transition entre deux unités beaucoup plus nettes:
la forêt coniférienne orientale d'une part, et la forêt feuillue d'autre part. Sa limite au nord
est celle qui a été indiquée comme limite méridionale de la forêt coniférienne orientale; sa limite
au sud coïncide à peu près avec le contact du Bouclier précambrien et des basses terres du
Saint-Laurent. La caractéristique principale de la forêt mixte est, comme son nom l'indiqué,
le mélange d'arbres gymnospermes:
Abies balsamea Pinus resinosa
Larix lancina Pinus Strobus
Picea glauca Thuja occidentalis
Picea mariana Tsuga canadensis,
et d'arbres angiospermes:
Acer rubrum Fraxinus americana
Acer saccharum Fraxinus nigra
Betula lutea Sorbus americana
Betula pa-pyrifera Tilia glabra
Fagus grandifolia Ulmus americana.

[31]
FLORE LAURENTIENNE

La forêt feuillue du Québec constitue une pénétration, dans la vallée laurentienne, de la


grande forêt feuillue de l'Amérique orientale, forêt engendrée par l'énorme quantité de vapeur
d'eau qui s'élève de la bouilloire du golfe du Mexique, et que les vents dominants entraînent dans
la direction du nord-est. Cette grande forêt se laisse facilement diviser en deux portions :
septentrionale et méridionale. La forêt feuillue septentrionale, qui coïncide à peu près avec
l'aire de dispersion du Betula lutea, occupe le sud du Québec depuis le rebord du Bouclier pré-
cambrien jusqu'à la frontière des États-Unis et fort au-delà; la région dite des Bois-Francs la
typifie suffisamment.
Les caractéristiques de la forêt feuillue septentrionale sont: une extrême densité causée
par le grand nombre des arbres et leurs degrés divers de tolérance; le fait que cette sorte de forêt
trouve ses conditions d'optimum en plaine alluvionnaire et sur les collines de faible élévation;

CARTE G . —• Unités forestières de la province de Québec, d'après la carte du Service Forestier de la Province.

l'apparition et la disparition de peuplements transitoires de Betula papyrifera, de B. populifolia


et de Populus tremuloides; l'occurrence de formations pures de Pinus Strobus et d'Acer saccharum;
la fréquence de l'association caractéristique: Fagus grandifolia - Betula lutea - Acer saccharum.
A ces données générales sur la structure et la distribution des unités forestières du nord-est
de l'Amérique, nous croyons utile de joindre ici la carte établie par le Service Forestier de la
province de Québec (Carte G), pour fins de classification et d'aménagement, en lui conservant
ses divisions et sa nomenclature, divisions et nomenclature qui diffèrent par certains détails de
celles qui ont été esquissées plus haut.
Toutes ces notions sont précieuses et d'importance pratique, car la division de la
région laurentienne en trois ou quatre larges unités, sur la base des peuplements forestiers,
a pour elle le fait primordial que la couverture naturelle du pays est la forêt, et que la forêt est
biologiquement la synthèse, le locus, pourrait-on dire, de mille et une entités végétales et animales,
de mille et une associations, de mille et une relations symbiotiques ou parasitaires.

[ 3 2 ]
F L O R E L A U R E N T I E N N E

M a i s par contre, cette division ne rend pas suffisamment compte des groupements de la
flore herbacée, des migrations, des aires disjointes, de la localisation des endémiques. U n e
colonie isolée de Gentiana gaspensis a plus de signification biologique et plus de portée p h y t o -
géographique que cent milles carrés de Picea mariana; la flore d'un territoire de quelques milles
carrés, comme la Minganie, a plus d'importance théorique que celle de tout le reste de l'immense
comté de Saguenay. Ces objections invitent à u n e analyse plus fine, à des divisions territoriales
plus nombreuses et moins étendues, p e r m e t t a n t d'élaborer une classification phytogéographique
où puisse tenir le plus grand n o m b r e de faits possibles.
Le grand fleuve Saint-Laurent traverse en diagonale t o u t e la région considérée, et coule
dans une faille qui sépare deux m o n d e s géologiques; il offre u n e excellente ligne maîtresse pour
la classification qu'il s'agit m a i n t e n a n t d'édifier. Une telle masse d'eau, drainant un bassin
d'un demi-million de milles carrés, est une voie naturelle ouverte aux migrations des plantes
aquatiques ou ripariennes, et aussi une barrière pour certaines espèces terrestres. En outre,
un fleuve de cette m a g n i t u d e , et qui se couvre de glace l'hiver, m e t en jeu des actions mécaniques
puissantes, crée une grande diversité de formules écologiques, et p a r t a n t u n e grande diversité
de groupements floristiques.
Avec le Saint-Laurent comme axe primaire, et en faisant e n t r e r en ligne de compte diverses
considérations physiographiques, géologiques et climatologiques, nous proposons donc u n groupe-
ment provisoire des unités phytogéographiques de la région laurentienne (Tableau I I ) .
Ces unités phytogéographiques de la région laurentienne sont é v i d e m m e n t plus ou moins
n e t t e m e n t tranchées, et ne sont pas toujours, e n l'état présent des connaissances, susceptibles
d'une définition biologique rigoureuse. Lorsque la distribution détaillée de chacune des
espèces sera suffisamment connue, il sera sans doute possible de délimiter des unités moins
artificielles, moins n e t t e m e n t physiographiques. M a i s il est déjà possible de formuler une pre-
mière approximation, d'indiquer p o u r chacune de ces unités quelques notes caractéristiques.

(a) Sous-région du Bouclier précambrien.

L a flore de l'immense contrée du Bouclier précambrien est conditionnée par la n a t u r e


acide uniforme des roches affleurantes, qui exclut de t r è s nombreuses espèces plus ou moins
calcicoles; p a r le climat relativement froid qui en exclut d ' a u t r e s ; par les effets de l'épisode récent
de la glaciation. ,11 en résulte u n e flore plutôt p a u v r e q u a n t a u nombre global des espèces,
mais riche en plantes lacustres (Nymphéacées, Naïadacées, etc.) et en oxylo-xérophytes: Com-
posées, Éricacées, Graminées, Cypéracées, Gymnospermes. C'est une flore jeune, agressive,
capable de conquérir rapidement de vastes espaces. A peu près dépourvue de reliques et d'es-
pèces locales, t o u t e cette végétation est marquée a u cachet de la plus complète uniformité.

1 ° District laurentidien.

L a division de la sous-région d u Bouclier précambrien, p a r le fjord glaciaire de la rivière


Saguenay, en district laurentidien et en district saguenayen, est assez artificielle. Elle a surtout
pour b u t d'indiquer l'accentuation rapide du caractère boréal de la flore à mesure que l'on s'a-
vance^vers l'est. C e t t e division p e u t d'ailleurs se justifier partiellement, si l'on considère que

[33]
FLORE L A U R E N T I E N N E

TABLEAU II

Classification des unités phytogéographiques de la région laurentienne.

' Sous-région (District laurentidien (enclave argileuse de l'Ojibway ; nunatak de


du Bouclier j Saint-Urbain) P- ^
précambrien
(p. 33) District saguenayen. p. 3G

( District alléghanien (enclave serpentineuse de Mégantie ; enclave


quartziteuse de Kamouraska; nunatak du Bic) P- 37
Sous-région
apalachienne District gaspésien (enclave serpentineuse du mont Albert ; nunataks des
(p. 37) Shikshoks, de Tourelle, du mont Saint-Pierre, de Percé, etc.). P- 39

District du Saint-Jean-Restigouche. p. 41
m
i—i ''Section du triangle montréalais (enclave eruptive des
District Montérégiennes) p. 43
des basses
terres 4 Section des terrasses du bas Saint-Laurent p. 4,"
Champlain
m (p. 42) Section translaurentidienne (enclave calcaire de Rober-
val) p. 45

Sous-région Section du Saint-Laurent supérieur p. 48


de la
plaine Section de l'Ottawa p. 49
o alluvionnaire
du District Section du Richelieu p. 50
t—H
Saint-Laurent fluvial
O
(p. 42) (p. 47) Section alluviale du Saint-Laurent p. 50

Section estuarienne du Saint-Laurent p. 53

Section maritime du Saint-Laurent p. 54


District
insulaire ( ^ e c t i o n d e
l'avant-pays (Anticosti-Minganie i.. .. p. 56
maritime
(p. 56) 1Section des îles de la Madeleine p. 59

[34]
FLORE L A U R E N T I E N N E

le Saguenay, voie de migration post-pléistocène, marque, approximativement au moins, la limite


orientale d'arbres importants comme
Acer saccharum. Ulmus ameriaana.
Pinus resinosa

L'ouest du district laurentidien renferme une enclave importante: une pénétration de la


grande Ceinture d'argile (Clay Belt). La fin de la grande glaciation fut marquée dans le nord
du Canada par des transgressions marines, et par la formation de lacs glaciaires temporaires,
peu profonds mais très étendus, dont le plus connu est le lac Ojibway. Ces lacs étaient situés sur-
tout entre le front du glacier en retraite vers le nord, et la ligne de faîte séparant le bassin du
Saint-Laurent de celui de la baie d'Hudson. La glace définitivement disparue, ces lacs se vidè-
rent graduellement dans la baie d'Hudson, laissant des reliquats dans les parties basses de la
plaine qu'ils occupaient. Le lac Abitibi, dont la longueur est d'environ soixante milles et qui n'a
que quelques pieds de profondeur, est l'un de ces reliquats. Les nombreux lacs, de moindre
étendue, mais parfois encore très grands, parsemant toute la région dite de l'Abitibi, sont égale-
ment des vestiges du grand lac Ojibway. Leurs eaux généralement peu profondes permettent
néanmoins l'établissement d'une assez importante navigation. Elles sont laiteuses, chargées de
fine argile, et paraissent peu favorables au développement des plantes aquatiques. C'est dans
la partie centrale plus profonde du lac Ojibway que se sont déposées les argiles de la grande
Ceinture.
Cette zone d'argile de l'Abitibi chevauche sur la ligne actuelle de partage des eaux jusque
dans la région du lac Témiscamingue, lac qui n'est qu'une fosse tectonique à travers laquelle
s'écoule l'Ottawa. L'enclave représentée dans le Québec par les terres grises de l'Abitibi et du
Témiscamingue, n'est d'ailleurs que la portion orientale de la grande Ceinture, dont la majeure
partie s'étend dans le nord de l'Ontario, et dont la surface totale est estimée à 68,000 milles
carrés.
Les conditions du climat, et le drainage insuffisant, ont amené durant l'assèchement pro-
gressif du lac Ojibway, l'établissement d'une mince couche de tourbe sur l'argile. Sur cette
tourbière, vite amenée au stade final, s'est installée une forêt de Picea mariana, dense et extra-
ordinairement homogène. Cette forêt typique a pour éléments accessoires le Populus tremuloides,
dont les têtes dépassent la ligne d'Êpinettes, et des arbustes tels que
Betula pumila Ledum groenlandicum
Salix humilis Salix pedicellaris.

Le parterre est le plus souvent sphagnacé, et les éléments secondaires sont:


Aster Radula Smilacina trifolia
Rubus acaulis Solidago macrophylla.

Lorsque l'argile est recouverte par une butte de sable qui s'élève légèrement au-dessus de la
plaine environnante, on trouve des formations claires de Pinus Banksianà avec ses associés
caractéristiques :
Comptonia asplenifolia Solidago puberula.
Lycopodium tristachyum

La flore générale de la grande Ceinture d'argile manque de caractéristiques positives.


A peine peut-on signaler quelques éléments, comme le Mertensia paniculata et le Lonicera hirsuta,
FLORE LAURENTIENNE

qui la distinguent de celle du reste du district laurentidien. Beaucoup plus remarquables sont les
substitutions d'espèces, comme le Solidago uliginosa, qui remplace généralement le Solidago
canadensis dans l'habitat ordinaire et plutôt sec de ce dernier, et les caractéristiques négatives,
comme l'absence totale de groupes importants, et développés ailleurs : Oenothera, Rubus (sec-
tion Eubatus), etc.
Tant que la forêt n'est pas abattue, une couche de glace se maintient, même en été, entre
l'argile et la tourbe. La forêt une fois coupée, le soleil atteint le sol, et la glace disparaît. L'en-
clave argileuse de POjibway est une région récemment ouverte à la colonisation. Malgré la haute
latitude et la rigueur du climat, elle pourra peut-être devenir une bonne région agricole, à condi-
tion que l'agriculture scientifique mette au point certains problèmes particuliers, et que la routine
n'empêche pas les adaptations nécessaires.
Une seconde enclave laurentidienne, peu étendue mais théoriquement importante, est
constituée par les sommets des Laurentides dans le comté de Charlevoix (environs de Saint-
Urbain, etc.). Ces sommets sont, selon toute probabilité, des nunataks, c'est-à-dire qu'ils ont
échappé à la dernière glaciation, celle de la période Wisconsin. Encore peu étudié, ce district a
néanmoins livré des reliques boréales telles que:
Arenaria groenlandica Hierochloe alpina
Carex capitata Vaccinium uliginosum var. alpinum.
Carex rigida

2° District saguenayen.

Le district saguenayen, qui s'étend depuis le Saguenay jusqu'au Labrador terre-neuvien,


présente la plus grande uniformité de flore et le caractère boréal indiqué pour le district laurenti-
dien; mais le long de la Côte-Nord ce caractère s'accentue et on trouve un certain nombre
de types subarctiques très définis:
Botrychium lanceolatum Rubus arcticus
Carex ranflora Rubus Chamaemorus
Eleocharis uniglumis Salix glaucophylloides
Epilobium latifolium Sparganium glomeratum
Lycopodium Selago Sparganium hyperboreum
Ranunculus hyperboreus Sparganium minimum
Rhinanthus borealis Woodsia alpina,

et même de types nettement arctiques-alpins:


Arctostaphylos alpina Salix anglorum
Diapensia lapponica Salix argyrocarpa
Loiseleuria procumbens Silène acaulis.
Primula egaliksensis

A partir de Natashquan, la forêt recule vers l'intérieur, et la côte ne présente qu'une toundra
à flore herbacée ou arbustive.

[36]
FLORE LAURENTIENNE

(b) Sous-région apalachienne.

La sous-région apalachienne dessine un relief modéré au sud-est d'une ligne de dislocation


partant du lac Champlain, dirigée tout droit vers la ville de Québec, et noyée ensuite dans
le lit du fleuve Saint-Laurent jusque dans le Golfe. Cette ligne borne au nord le très ancien
système montagneux des Apalaches, qui occupe une grande partie de l'Amérique orientale et
s'étend fort loin de nos limites ; les assises qui composent ce système, fortement refoulées, plissées
et rejetées, ont été traversées par des poussées éruptives. Ces mouvements et ces plissements
résultent de formidables pressions venues du sud-est, et qui se sont manifestées avec une intensité
particulière vers la fin des périodes ordovicienne et dévonienne. Chaque phase de soulèvement
et de plissement fut suivie d'une période d'érosion. Vers la fin du Secondaire, un soulèvement
continental d'une amplitude moyenne de 700 mètres détermina une nouvelle et dernière période
de denudation. C'est à ce dernier cycle d'érosion que nous devons en grande partie la topographie
actuelle de la sous-région apalachienne.
Les terrains de cette sous-région sont donc très variés, et la géologie en est extrêmement
compliquée. Les roches sédimentaires paléozoïques (schistes, grès, calcaires) qui y prédomi-
nent se transforment facilement en matériaux meubles sous l'action des agents atmosphériques.
Il en résulte une forte proportion de sol résiduel, formé sur place.
Ce sol résiduel, associé aux dépôts glaciaires et aux produits de leur remaniement par les
eaux courantes, fait que les vallées sont fertiles et très propres à la culture. Néanmoins la
majeure partie de la sous-région apalachienne, et surtout le district gaspésien, constitue encore
au point de vue économique une unité forestière, plutôt qu'une unité proprement agricole.
En utilisant la vallée de la Matapédia et la ligne de partage des eaux entre le Saint-Laurent
et l'Atlantique, nous divisons la sous-région apalachienne en district alléghanien, en district
gaspésien, et en district du Saint-Jean - Restigouche.

1 ° District alléghanien.

Le district alléghanien comprend tout le pays communément appelé les Cantons de l'Est
et la Côte-Sud. C'est le domaine de la forêt feuillue boréale, continuée, de Lévis à la Matapédia,
par un bloc de forêt mixte. La flore, très riche, contient bon nombre d'éléments proprement
apalachiens, tels que:
Anemone quinquefolia Lycopodium ftabelliforme
Arabis laevigata Polygala sanguinea
Arenaria macrophylla Quercus alba
Arisaema Stewardsonii Quercus macrocarpa
Camptosorus rhizophyllus Rhynchospora glomerata
Cary a cordiformis Senecio Robbinsii
Carya ovata Solidago Randii
Fagus grandifolia Tilia glabra
Hepatica americana Valeriana uliginosa
Houstonia coendea Viola rostrata,

[37]
F L O R E L A U R E N T I E N N E

éléments qui débordent parfois sur les basses terres du Saint-Laurent, mais qui n ' e n t a m e n t p a s
sérieusement le district laurentidien.
De la flore alléghanienne générale, il faut séparer les florules de trois enclaves i m p o r t a n t e s .
C'est d'abord l'enclave serpentineuse, qui affleure dans les comtés de Beauce, de M é g a n t i c , de
Wolfe et de Richmond. Les silicates magnésiens des roches serpentineuses ont une influence
définie sur la végétation. L a flore de ces terrains magnésiens est généralement p a u v r e en es-
pèces, mais quelques-unes de ces espèces ou variétés sont absolument liées à ce genre de s u b s t r a -
tum:
Adiantum pedatum var. aleuticum Pellaea densa.
Festuca scabrella

L a fiorule adventice des déblais des mines d ' a m i a n t e comprend encore des plantes à préférences
n e t t e m e n t halophiles:

Puccinellia distans Sonchus arvensis


Rumex maritimus Spergularia rubra.

Les collines de quartzite d'âge cambrien qui surgissent a b r u p t e m e n t de la plaine envi-


r o n n a n t e dans les comtés de K a m o u r a s k a , de Témiscouata et de Rimouski, constituent ce que
les géologues n o m m e n t la formation de Kamouraska, et que nous désignons p h y t o g é o g r a p h i q u e -
m e n t sous le nom d'enclave quartziteuse de K a m o u r a s k a . Ces massifs de quartzite s o n t des
h a b i t a t s extrêmement secs. Ils n'hébergent a p p a r e m m e n t pas d'espèces spéciales, m a i s a u
milieu d ' u n pays où les calcaires e t les argilites calcaires a b o n d e n t et donnent à la flore u n carac-
tère ealcicole prononcé, ces îlots siliceux sont garnis d'une fiorule exclusivement silicicole, géné-
ralement confinée aux tourbières, et qui jure avec la flore e n v i r o n n a n t e :

Comandra livida Pinus Banksiana


Kalmia angustifolia Rhodora canadensis.
Ledum groerilandicum

Le Bic et ses environs sont remarquables par leur physiographie t o u r m e n t é e , et on consi-


dère ce coin du p a y s comme u n n u n a t a k que n ' o n t pas touché les glaces de la période Wisconsin.
Les reliques préglaciaires et les endémiques y sont nombreux et importants :

Antennaria subviscosa Carex continua


Arabis Collinsii Cerastium Beeringianum
Arabis Drummondii Draba minganensis
Arabis H'oïboellii Dr aba lancëolata
Arenaria dawsonensis Poa Sandbergi
Asplenium viride Rosa Williamsii
Botrychium Lunaria Saxifraga caespitosa
Botrychium minganense Woodsia alpina
Calamagrostis purpurascens Woodsia oregana.

[38.]
FLORE LATJRENTIENNE

2° District gaspésien.

Le district gaspésien, tel que défini ici, s'étend depuis la rivière Matapédia et la rivière
Matane, vers l'est, jusqu'au finistère du cap Gaspé. C'est une province phytogéographique
très naturelle et d'un extrême intérêt biologique. Sa flore, calcicole dans l'ensemble, est un
mélange, une juxtaposition plutôt, d'une flore ancienne, datant probablement de la dernière
période interglaciaire, et d'une flore jeune et agressive venue du sud sur les dernières marches
de la retraite glaciaire.
L'étude de la géologie quaternaire a montré que la Gaspésie est, pour une bonne part,
un vaste nunatak. La dernière glaciation, celle de la période Wisconsin, semble n'avoir touché
ni les hauts plateaux des Shikshoks, ni le massif montagneux de Carleton, sur la baie des Chaleurs.
Elle semble aussi n'avoir qu'effleuré le côté nord et les vallées depuis Sainte-Anne-des-Monts
jusqu'à la rivière aux Renards, ainsi que les vallées tributaires de la baie des Chaleurs, depuis
Percé jusqu'à la rivière Petite-Cascapédia inclusivement, — la grande nappe de glace labra-
dorienne s'étant écoulée par la vallée de la Matapédia dans la baie des Chaleurs.
Durant toute la dernière invasion glaciaire, la Gaspésie a donc retenu une partie de la
flore qui la couvrait durant la période interglaciaire précédente, flore qui semblé avoir été, dans
ses grandes lignes, une dépendance ou un prolongement de la flore cordillérienne actuelle. Avec
le retour des conditions normales et la poussée d'une flore conquérante venue du sud, les unités
spécifiques de la flore ancienne ont été en grande partie éliminées. Il en subsiste néanmoins
à notre époque un certain nombre: on les appelle des épibiotes ou des reliques. Le district
gaspésien contient plus de deux cents de ces survivants de l'ancienne flore interglaciaire, prati-
quement parqués entre la rivière Petite-Cascapédia, Percé, la rivière aux Renards et la rivière
Sainte-Anne-des-Monts. Beaucoup d'entre eux ont une aire extrêmement restreinte, et ils
sont souvent confinés à une seule falaise, à une seule vallée, parfois même à une seule station de
quelques mètres carrés.
Particulièrement importante au point de vue de la flore reliquale interglaciaire est la vaste
étendue des Shikshoks, chaîne de montagnes se maintenant à l'altitude de 900 à 1300 mètres,
et qui forme comme l'épine dorsale de la Gaspésie. Dans cette chaîne, l'étroite vallée de la
rivière Sainte-Anne-des-Monts sépare deux massifs célèbres par leurs endémiques et leurs reli-
ques: le mont Jacques-Cartier (Table-top) et le mont Albert.
Le mont Jacques-Cartier est plutôt un groupe de montagnes qu'une montagne unique.
Il diffère des autres parties de la chaîne des Shikshoks en ce qu'il est le résultat d'une injection
batholithique de granit. Le batholithe est disposé transversalement à la chaîne, sur une étendue
de huit ou neuf milles de longueur par cinq de largeur. Toute cette étendue, parsemée de petits
lacs et d'étangs, est au-dessus de 1000 mètres, et certains dômes de granit atteignent environ
1300 mètres. Le massif a été bien exploré botaniquement, au moins dans ses parties accessibles.
Il renferme l'une des plus importantes florales locales du Québec.
Le mont Albert, qui s'élève à 1200 mètres au-dessus du niveau de la mer, est un plateau
à rampes escarpées, recouvert d'amas de serpentine altérée, sauf une petite colline- de schiste
hornblendique grenatifère qui domine quelque peu la serpentine. Le sommet, totalement
dépourvu d'arbres, forme une surface presque unie d'environ quatre milles de longueur, par
deux milles de largeur. Ce plateau impressionnant par son aspect désertique évoquant un

[39]
FLORE LAURENTIENNE

paysage lunaire, fourmille de reliques préglaciaires et d'endémiques; il héberge, en outre, des types
écologiquement liés aux roches magnésiennes:
Adiantum pedatum var. aleuticum Pellaea densa
Festuca scabrella Polystichum mohrioides var. scopulinum.

Les reliques gaspésiennes sont souvent des espèces existant aujourd'hui telles quelles
dans la région cordillérienne:
Agrostis idahoensis Petasites vitifolius
Astragalus eucosmus Salix brachycarpa
Danthonia intermedia Salix chlorolepis
Dry as Drummondii Salix hebecarpa
Erigeron compositus Solidago multiradiata
Erigeron hyssopifolius Valeriana sylvatica
Lathyrus nevadensis Woodsia oregana
Lonicera involucrata Woodsia scopulina,

ou encore des endémiques, mais d'affinité cordillérienne:


Agoseris gaspensis Astragalus gaspensis
Antennaria gaspensis Astragalus scrupulicola
Arnica Griscomi Dràba Peasei
Aster gaspensis Gentiana gaspensis.

Le district gaspésien contient un groupe de reliques ou d'endémiques qui ne peuvent pas


toujours être rapportés à la flore cordillérienne, et qui semblent avoir une origine arctique-alpine.
Ces reliques, qui se rencontrent non seulement sur les hautes montagnes, comme on devrait
s'y attendre, mais souvent au niveau de la mer, sont encore probablement un héritage préglaciaire :
Betula glandulosa Lycopodium alpinum
Betula Michauxii Oxyria digyna
Cassiope hypnoides Phyllodoce coerulea
Dràba Allenii Poa alpina
Draba clivicola Rhododendron lapponicum
Draba nivalis Salix herbacea
Epilobium latifolium Silène acaulis
Loiseleuria procumbens Statice labradorica.
Lychnis alpina

Il faut enfin ajouter un élément endémique plus autochtone, appartenant surtout aux
genres polymorphes, et dont les entités semblent le résultat du comportement biologique propre
à ces genres:
Amelanchier Fernaldii Salix obtusata
Antennaria Peasei Salix paraleuca
Antennaria straminea Streptopus oreopolus.

[40]
FLORE LAURENTIENNE

Bien qu'ayant occupé depuis trente ans l'activité d'un certain nombre de botanistes pro-
fessionnels, le district gaspésien, en raison des difficultés d'accès et du grand nombre d'espèces
étroitement localisées, n'est encore que très imparfaitement connu; il reste l'un des terrains
d'études botaniques les plus prometteurs.

3° District du Saint-Jean-Restigouche.

Le district du Saint-Jean - Restigouche comprend le bassin du système Matapédia - Res-


tigouche, et la tête des eaux du vaste système hydrographique du fleuve Saint-Jean, qui
draine le Nouveau-Brunswick et le nord du Maine. La flore, dans son ensemble, est essen-
tiellement la même que celle du district alléghanien adjacent, mais elle possède des caractéris-
tiques propres. Les plateaux supportent une forêt de seconde venue où un certain nombre
d'espèces apalachiennes trouvent leur limite au nord et au nord-est:
Agrimonia gryposepala Circaea canadensis
Aralia racemosa Clematis virginiana
Arisaema triphyllum Lonicera oblongifolia
Asarum canadense Sanguinaria canadensis.
Caulophyllum thalictroides

Les rivières, à cours très rapide, coulent sur le gravier ou sur les schistes, et sont générale-
ment dépourvues de plantes aquatiques. Les platières d'alluvions sablonneuses et graveleuses,
submergées à l'époque des crues, émergent en été. C'est un habitat qui présente un grand
intérêt. Ici encore plusieurs espèces atteignent leur limite septentrionale:

Asclepias syriaca Rhus Toxicodendron


Desmodium canadense Veratrum viride.
Potentilla arguta

Mais plus remarquable encore est le fait que la florule de ces platières présente un faciès
subarctique qui tranche avec le faciès tempéré des plateaux voisins. Les éléments les plus obvies
de cette florule subarctique sont:

Allium Schoenoprasum var. sïbiricum Oxytropis johannensis


Anemone multifida Pinguicula vulgaris
Antennaria rupicola Primula mistassinica
Arnica mollis Scirpus Clintonii
Astragalus Brunetianus Selaginella selaginoides
Astragalus eucosmus Stellaria calycantha
Castilleja pallida var. septentrionalis Tanacetum huronense
Erigeron hyssopifolius Tofieldia glutinosa
Hedysarum alpinum Viola labradorica.
Muhlenbergia Richardsonis

[41]
FLORE LAUREN TIENNE

Il y a une évidente similitude dans la flore des platières des deux bassins hydrographiques
du fleuve Saint-Jean et de la Restigouche. Cette similitude, qui confère à ce district une suffi-
sante unité, peut s'expliquer par la capture d'une partie des eaux d'un système par le système
voisin, à une période relativement récente, par une communication entre les deux systèmes à la
période Champlain, ou encore par la dispersion simultanée d'une flore reliquale, dans les deux
vallées, sur le déclin de la glaciation Wisconsin.

(c) Sous-région de la plaine alluvionnaire du Saint-Laurent.

Nous sommes ici au centre du tableau phytogéographique du Québec, dans la partie du


pays la plus accessible et la plus peuplée. La plaine alluvionnaire du Saint-Laurent est un frag-
ment d'une unité physiographique plus étendue qui s'étend sur l'Ontario oriental jusqu'à la
péninsule de Niagara. On peut diviser cette sous-région en trois districts : district des basses
terres Champlain, district fluvial et district insulaire maritime.

0
1 District des basses terres Champlain.

Les basses terres Champlain sont ainsi appelées parce que les alluvions dont elles sont pavées
ont été déposées à l'époque de l'invasion marine Champlain. Les basses terres sont limitées
au nord par le rebord du bouclier précambrien, qui court presque en ligne droite depuis Ottawa
jusqu'à Québec. Au sud, elles se terminent à la faille de Logan, ligne de fracture qui passe par
le lac Champlain, atteint la ville de Québec, et se confond ensuite avec le lit du Saint-Laurent
jusque dans le Golfe. Au-delà de la ville de Québec, les basses terres ne sont plus qu'une étroite
bordure, de chaque côté du fleuve, mais elles ont un prolongement disjoint, par delà les Lauren-
tides, dans le bassin du lac Saint-Jean.
Le contraste est frappant entre les deux provinces physiographiques qui confinent à la
faille de Logan. C'est dans cette grande dislocation, qui a absorbé les poussées orogéniques
venues du sud-est, qu'il faut chercher la raison de la quasi-parfaite horizontalité des assises
paléozoïques des basses terres Champlain, horizontalité dont les répercussions écologi-
ques sont très importantes. Ces assises vont du Cambrien supérieur (grès de Potsdam) à
l'Ordovicien supérieur (schistes de Lorraine). Elles apparaissent, rangées d'après leur âge,
en bandes parallèles sur les pentes très douces du massif précambrien. Les formations les plus
anciennes se rencontrent dans le nord, tandis que les plus récentes apparaissent en bordure
de la faille de Logan. Le niveau très bas de la plaine, dont l'altitude moyenne est d'environ
33 mètres, n'est brisé que par la série des collines montérégiennes.
La grande glaciation a raboté les assises paléozoïques de la plaine laurentienne; elle y a
charrié du nord les débris de roches cristallophylliennes qui ponctuent cette plaine d'innom-
brables blocs erratiques; elle y a aussi déposé un manteau d'argile à blocaux d'épaisseur variable,
mais pouvant atteindre soixante-dix mètres. L'action glaciaire, en dénudant le plateau pré-
cambrien, ne lui a plus permis qu'une flore appauvrie. Dans la plaine basse laurentienne au
contraire, le même phénomène a créé des conditions favorables aux végétaux non strictement
silicicoles.

[42]
FLORE LAURENTIENNE

Mais les boues glaciaires, quoique constituant des terres de bonne qualité au point de vue
chimique, ont des caractères physiques désavantageux. Elles sont en effet extrêmement com-
pactes et opposent une grande résistance à la pénétration des racines. Leur structure est aussi
très hétérogène, les matériaux qu'elles renferment allant depuis l'argile impalpable jusqu'à des
blocs erratiques de taille énorme. Le travail de préparation et de parachèvement du domaine
végétal devait se faire durant la période de transgression marine connue sous le nom de période
Champlain, période qui coïncida avec la fin des temps glaciaires. Cette transgression fut amenée
par une subsidence générale qui atteignit 200 mètres aux environs de Montréal.
Les cours d'eau afférant au vaste estuaire ainsi formé déversèrent une quantité énorme
de matériaux provenant de l'affouillement des moraines et des dépôts d'argile à blocaux, assor-
tissant ces matériaux par ordre de densité, déposant les plus grossiers le long des lignes de rivage :
graviers et sables à Saxicava, entraînant au large la fine argile à Leda, qui se précipita à l'état
de bancs dans les eaux profondes et tranquilles. L'argile à Leda constitue les terres grises de
la plaino laurentienne, qui sont la grande ressource de l'agriculture.
Telles qu'elles se présentent aujourd'hui, les basses terres Champlain comprennent donc:
une aire principale que nous désignons sous le nom de triangle montréalais, triangle dont les
sommets sont occupés par les villes de Québec et d'Ottawa, et le lac Champlain; un prolonge-
ment en bordure du Saint-Laurent au-delà de la ville de Québec, prolongement que nous dési-
gnons sous le nom de section des terrasses du bas Saint-Laurent; enfin une aire disjointe située
dans le bassin du lac Saint-Jean, aire qui doit être rattachée aux basses terres Champlain, et
pour laquelle le nom de section translaurentidienne semble approprié.

a) Section du triangle montréalais.

La partie ouest du triangle montréalais est essentiellement un domaine de terres grises


que la culture a profondément transformé. Laissées à elles-mêmes, ces terres se couvrent d'une
riche forêt feuillue où s'entremêlent:
Acer rubrum • Quercus borealis
Cary a cordiformis Quercus macrocarpa
Cary a ovata Tilia glabra
Fraxinus pennsylvanica Ulmus americana.

Les endroits trop marécageux pour être boisés ont une flore arbustive ou herbacée où dominent
Eupatorium maculatum Salix discolor
Iris versicolor Salix petiolaris
Salix Bebbiana Scirpus cyperinus

et une multitude de Carex.

Une vaste partie de cette section, partie dont le lac Saint-Pierre peut être considéré comme
le centre, est recouverte d'un épais manteau de sable à Saxicava. Cet alluvionnement intense
est probablement le résultat d'une période d'arrêt dans le retrait de la mer Champlain, période
durant laquelle le Saint-Laurent, qui creusait encore fortement son lit, et le Richelieu, qui naissait
alors, venaient accumuler leurs sables à l'extrémité d'un bras de mer finissant au lac Saint-
Pierre.
[43]
F L O R E L A U R E N T I E N N E

Ces grands a m a s de sable, particulièrement remarquables à Lanoraie, à la Pointe-du-Lac,


à Contrecœur, à Sorel, n ' o n t jamais été cartographies systématiquement, mais ils sont indirecte-
ment indiqués, sur les cartes à grande échelle, par des blocs de forêt d'une étendue et d'une con-
tinuité inusitée, ces sols très sablonneux é t a n t t r o p p a u v r e s pour être livrés à la culture.
On y t r o u v e des formations pures de Pinus Strobus avec parterre à Pyroles (Pyrola elliptica,
P. americana), et de P. Banksiana associé à l'Aster linariifolius; des formations transitoires de Be-
tula populifolia avec p a r t e r r e à Lycopodes (Lycopodium flabelliforme, L. trislachyum, L. clavatum);
des formations mixtes de Pinus resinosa et de Populus grandidentata, avec sous-étages d e
Pteridium latiusculum et de Gaultheria procumbens. Les endroits ouverts o n t comme espèces
caractéristiques :
Antennaria canadensis Lechea intermedia
Bolrychium matricariaefolium Panicum depauperatum
Botrychium silaifolium Panicum xanthophysum
Car ex rugosperma Pteridium latiusculum
Comptonia asplenifolia Rhus Toxicodendron
Convolvulus spithamaeus Viola labradorica,

et, dans la région des Trois-Rivières surtout, Potentilla tridentata et Epigaea repens. Il f a u t
mentionner spécialement quelques éléments allogènes composant une florale spéciale disséminée
dans la région du lac Saint-Pierre, e t d o n t on ne p e u t expliquer la présence que p a r des migrations
anciennes sur les derniers stages de la mer C h a m p l a i n : soit le long du système H u d s o n - lac
Champlain - Richelieu, soit le long des terrasses qui bordent la rive nord de l ' O t t a w a et longent
ensuite le fleuve, à u n e certaine distance, j u s q u ' a u lac Saint-Pierre et au-delà. Les principaux
de ces éléments, d o n t la liste s'allongera certainement, sont:
Ammophila breviligulata Peltandra virginica
Aster linariifolius var. Vidorinii Podophyllum peltatum
Carex Merritt-Fernaldii Potamogeton gernmiparus
Cyperus filiculmis Ptelea trifoliata
Lathyrus japonicus Sisyrinchium graminoides
Lilium philadelphicum Woodwardia virginica

Le triangle montréalais des basses terres Champlain n'est pas dépourvu d e tourbières.
On évalue approximativement à cinq cents milles carrés la surface des tourbières situées d a n s
la partie habitée du Québec, partie qui correspond à peu près a u x basses terres C h a m p l a i n
et à leurs alentours immédiats. Ces tourbières sont fréquemment formées p a r la paludification
des dépressions en b o r d u r e de la faille de Logan e t d u Bouclier précambrien. D a n s d ' a u t r e s
cas, elles occupent d e légères dépressions à la face d e la plaine elle-même ; ailleurs, elles se s o n t
développées à la suite de feux de forêts. Les plus i m p o r t a n t e s de ces tourbières sont celles de
Saint-Janvier, de Lanoraie, de Contrecœur, d e Bulstrode, de F a r n h a m , de S a i n t - B r u n o , de
Saint-Hubert.
L a flore de ces tourbières diffère peu de celle des tourbières de la sous-région précambrienne.
Le caractère subarctique est seulement moins accusé, les plantes individuelles sont de plus forte
taille, e t il y a quelques éléments particuliers:
Bartonia virginica Ophioglossum vulgatum
Epilobium coloratum Utricularia geminiscapa
Linaria canadensis Viola lanceolata.

[44]
FLORE LAURENTIENNE

Dans certains cas,—comme dans celui de la tourbière de Lanoraie, établie sur des amas de sable
et nourrie par des eaux souterraines très froides, — le caractère subarctique est au contraire très
accentué et se traduit par la présence de plantes caractéristiques des tourbières abitibiennes:
Betula pumila Carex tenuiflora
Car ex chordorrhiza Salix pedicellaris.

Cette tourbière de Lanoraie, si remarquable par la richesse de sa flore, et si caractéristique par


ses associations, semble établie sur le lit abandonné d'un ancien bras du Saint-Laurent, —• un
chenal du delta de la période Champlain, — et dont on peut suivre la dénivellation depuis L'As-
somption jusqu'au lac Saint-Pierre.
Les Montérégiennes forment dans les basses terres Champlain une enclave physiographi-
quement importante. Ces collines, qui empruntent leur nom d'ensemble au mont Royal, sont
au nombre de huit: mont Royal (256 mètres); Saint-Bruno ou Montarville (205 mètres); Belœil
ou Saint-Hilaire (479 mètres); Rougemont (417 mètres); Yamaska ou Saint-Pie (490 mètres);
Shefford (575 mètres); Brome (585 mètres); Johnson, Monnoir ou Saint-Grégoire (292 mètres).
Comme nous l'avons indiqué plus haut, les Montérégiennes sont des batholithes, des
bubons éruptifs surgis au Dévonien, et marquant une ligne de faiblesse de la planète. Épanchées
en profondeur, elles ont été démantelées durant le long cycle d'érosion amorcé depuis le Dévonien
et qui sévit encore. Les roches éruptives qui constituent les Montérégiennes, bien que fortement
basiques, portent une flore analogue à celle des Laurentides et des Adirondacks. Leur couver-
ture végétale est la forêt mixte, et les types calcicoles manquent presque totalement. Quand
les sommets sont dénudés, ce qui arrive rarement, on trouve quelques représentants d'une flore
plus boréale : Draba arabisans, Potentilla tridentata, Selaginella rupestris, etc.

b) Section des terrasses du bas Saint-Laurent.

Le triangle montréalais des basses terres Champlain, nous l'avons dit, se prolonge au-delà
Je la ville de Québec par une bande étroite et plus ou moins interrompue, courant de chaque
côté du fleuve. C'est la section des terrasses du bas Saint-Laurent. Sur la rive nord, cette
bande se termine brusquement au cap Tourmente; plus bas, il n'y a plus que des encoignures
dans les anses du massif précambrien (Baie-Saint-Paul, La Malbaie, Saint-Siméon, etc.). Au sud
du Saint-Laurent, la bande de terrasses est plus importante, s'élargit parfois sur plusieurs milles
et se prolonge jusqu'à l'entrée de la Gaspésie. La flore naturelle de ces terres de bordure, com-
parée à celle du triangle montréalais, a un caractère plus boréal; elle est moins riche en espèces,
mais elle possède en somme les mêmes caractéristiques. Dans cette section, de nombreuses tour-
bières se sont formées dans des dépressions parallèles au Saint-Laurent (Saint-Charles-de-Belle-
chasse, Rivière-Ouelle, Rivière-du-Loup, Cacouna, Saint-Fabien, etc.), le long d'anciennes
rivières que la tourbe a aujourd'hui comblées.

c) Section translaurentidienne.

Nous avons dit plus haut qu'il faut rattacher aux basses terres Champlain une aire dis-
jointe, translaurentidienne, située dans le bassin du lac Saint-Jean. Le bassin immédiat de
ce lac est une vaste coupe gneissique dont le fond gît à quelque cent trente mètres au-dessus

[45]
F L O R E L A U R E N T I E N N E

du niveau de la mer, tandis que les bords atteignent l'altitude de trois cents mètres. L a h a u t e
terre environnante est la pénéplaine précambrienne. La basse terre, — l e fond de la coupe, •—
est incrustée de parcelles isolées de formations ordoviciennes disparues presque p a r t o u t ailleurs.
Ces sédiments ordoviciens (Trenton, Utica, Richmond) se présentent sur le côté sud d u lac;
entre Ouiatchouan et la Pointe-Bleue, ils forment une ligne de rivage qui a sa florule calcicole :
Aster johannensis Hedysarwn alpinum
Astragalus labradoricus Juncus Dudleyi
Crataegus Brunetiana Lobelia Kalmii
Cryptogramma Stelleri Senecio pauperculus.

D ' a u t r e s lambeaux de calcaires ordoviciens sont dispersés dans la région S a g u e n a y - lac


Saint-Jean, mais on n e connaît presque rien de leur florule.
Le côté nord du lac Saint-Jean diffère essentiellement du côté sud. Il n ' y a p l u s d'af-
fleurements ordoviciens, et la basse terre s'étend sur une t r e n t a i n e de milles, recouverte d'épais
dépôts d'argile à Leda et de sable à Saxicava. La flore de l'argile est évidemment plus p a u v r e
ici que dans la section du triangle montréalais; on y retrouve cependant, sur la limite de leur
aire, plusieurs des arbres caractéristiques de la plaine du Saint-Laurent: Fraxinus pennsylvanica,
Ulmus americana, etc., et une flore herbacée analogue, bien que diminuée.
D e grands dépôts de sable, formant des plateaux, des terrasses, des dunes ou de longues
b a t t u r e s , encombrent l'embouchure des grandes rivières Ashuapmouchouan, Mistassini, Péri-
bonka, et les abords de la Grande-Décharge. Ces sables ont une florule définie et caractéristique.
Remarquable e n t r e toutes est l'association Firms Banksiana - Comptonia asplenifolia - Solidago
puberula, qui couvre parfois de grandes étendues, là où la forêt a été ravagée p a r l'incendie. Les
Carex de ces grands dépôts de sable sont nombreux:
Carex adusta Carex Houghtonii
Carex Haydeni Carex tonsa,

ainsi que les J o n c s :


Juncus alpinus Juncus pelocarpus
Juncus Dudleyi Juncus subtilis
Juncus nodosus Juncus Vaseyi.

Il faut encore citer, parmi les éléments caractéristiques:


Amelanchier stolonifera Hieracium canadense
Artemisia caudata Hieracium scabrum.

D a n s les dépressions humides apparaissent les éléments tourbicoles :


Betula pumila Salix pedicellaris.
Carex abacta Salix pyrifolia

Terminons cette rapide esquisse floristique de la basse terre translaurentidienne e n m e n -


t i o n n a n t u n fait phytogéographique de la plus haute importance. A v a n t la construction d u
barrage dé la Grande-Décharge, il existait sur les rivages du lac Saint-Jean une florule h a l o -
phytique d o n t les principaux éléments é t a i e n t :
Ammophila breviligulata Lathyrus japonicus
Hudsonia tomentosa Triglochin maritima.
Juncus balticus var. littoralis

J
[ 46]ï
F L O R E L A U R E N T I E N N E

Il est certain que cette florale est u n reste d'une ancienne flore maritime établie ici à l'époque
de la transgression m a r i n e de la période Champlain. Les éléments conservés sont ceux qui o n t
pu s ' a d a p t e r graduellement à la déchloruration progressive des eaux. Cette florule, étudiée
par l ' a u t e u r en 1925, doit être a u j o u r d ' h u i en g r a n d e partie détruite, sauf probablement les
éléments p l u t ô t psammophiles : Ammophila breviligulata et Hudsonia tomentosa, qui croissaient
au-dessus du niveau actuel du lac.
C'est peut-être ici le m o m e n t de dire que le r e t r a i t de la m e r Champlain a laissé d'autres
florales reliquales dans la vallée alluvionnaire du Saint-Laurent. P a r t o u t où il y a une source
salée, on t r o u v e un petit groupe d ' h a l o p h y t e s qui b o r d e n t le ruisselet issu de la source. L ' u n
des meilleurs exemples est celui de la « saline » de Varennes, d a n s le comté de Verchères, d o n t
la florule halophytique est la s u i v a n t e :
Atriplex hastata Scirpus campestris
Ilordeum jubatum Sonchus arvensis.
Ranunculus Cymbalaria

Sans doute, il n'est p a s t h é o r i q u e m e n t impossible que ces florales aient pour origine des
t r a n s p o r t s de graines à de grandes distances de la m e r ; mais, d a n s les circonstances, il est beau-
coup plus n a t u r e l de considérer ces p e t i t e s populations halophytiques comme des reliquats d'une
flore autrefois généralisée d a n s la vallée alluvionnaire du S a i n t - L a u r e n t , reliquats aujourd'hui
retenus sur des points isolés par les conditions spéciales de l'habitat salin.

2° District fluvial.
N o u s venons d'examiner r a p i d e m e n t les conditions écologiques et la couverture végétale
des basses terres Champlain, qui sont comme une espèce d'ancien lit majeur d u grand fleuve.
Mais ce fleuve lui-même est une parfaite synthèse des trois grands milieux où s'épanouit la
vie: la terre, l'eau douce et l'eau salée. Le Saint-Laurent est donc u n milieu biologique d ' u n
vaste intérêt, à cause de sa complexité écologique, d e sa richesse en formes végétales, et de son
d y n a m i s m e intense. Il mérite donc d'être étudié séparément et plus longuement.
Le Saint-Laurent a la noblesse d'être le plus ancien de tous les fleuves. Il coule en marge
du Bouclier précambrien, épousant, d a n s la partie inférieure de son cours, la g r a n d e ligne de
cassure, la faille de Logan. A t o u t e s les époques géologiques, le Saint-Laurent a d û être u n e
grande voie de migration végétale. Il a sans doute flotté a u Carbonifère les thalles vascularisës
des Psilophytales, les graines des Ptéridospermées, et plus t a r d , a u Jurassique et a u Crétacé,
les fruits des Cycadales et des B e n n e t t i t a l e s . Ses rivages ont v u n a î t r e et s'éteindre les énig-
m a t i q u e s pro-Angiospermes, et d u r a n t le Tertiaire, il a v u s'ébaucher e t s'organiser définitive-
ment le t r i o m p h e de l'aventure angiospermique. M a i s la grande glaciation a presque com-
plètement effacé dans la vallée laurentienne les t r a c e s de l'enfance des plantes vasculaires, et
l'histoire de ces migrations anciennes. Depuis t r e n t e ou q u a r a n t e mille ans que la route d u
S a i n t - L a u r e n t est de n o u v e a u ouverte aux végétaux, il s'est établi le long de ses rives une flore
nouvelle, u n e flore riparienne et a q u a t i q u e dont l'intérêt e t la complexité t i e n n e n t à la variété
des facteurs écologiques agissant sur les différents t r o n ç o n s de l'immense cours d'eau.
N o u s nous bornerons ici à l'étude de cette partie du fleuve qui est comprise dans les
limites de la province de Québec, et qui est d'ailleurs la partie essentielle au point d e vue q u i
nous occupe.
I l est possible de diviser la portion québécoise d u S a i n t - L a u r e n t en six tronçons ou sections
caractérisés a u point de v u e de leur flore.

[47]
F L O R E L A U R E N T I E N N E

a) S e c t i o n d u S a i n t - L a u r e n t s u p é r i e u r .

L'archipel d'Hochelaga est u n extraordinaire carrefour d'eaux courantes où aboutissent,


avec plusieurs rivières de second ordre, les deux grandes artères du S a i n t - L a u r e n t supérieur
et de l ' O t t a w a . Il faut y ajouter un ancien lit de rivière qui unissait p r o b a b l e m e n t autrefois
les eaux du Richelieu aux eaux montréalaises entre Saint-Jean et Laprairie. L'archipel d ' H o -
chelaga est biologiquement un point crucial où, encore aujourd'hui, viennent converger les
éléments biotiques de trois des sections du district fluvial: section fluviale supérieure, section
de l ' O t t a w a , section alluviale.
La section d u Saint-Laurent supérieur est caractérisée p a r des eaux rapides gênées d a n s
leur cours par des bancs transversaux de calcaires ordoviciens ou de grès cambriens (grès de
P o t s d a m ) . Ces conditions torrentueuses des eaux sont peu favorables au développement des
plantes supérieures (sauf le Podostemon ceratophyllum), et d'autre part les plantes ripariennes
n ' y offrent rien de très particulier. Il est difficile de mentionner des espèces et des associations
propres à cette section, en sorte que dans l'état présent des connaissances, ses caractéristiques
sont p l u t ô t négatives. Notons cependant le Dianthera americana et le Saururus cernuus, qui
paraissent localisés dans l'archipel d'Hochelaga, et l'Aster ontarionis, qui borde le fleuve depuis
le lac Ontario j u s q u ' à Montréal.

CARTE H . — Distribution des eaux à la période dite^du lac Algonquin.

[ 4 8 ]
FLORE LAUREN TIENNE

h) Section de l'Ottawa.

Il n'en est pas de même de l'Ottawa, immense rivière de sept cent milles de longueur,
débouchant de la fosse tectonique du grand lac Témiscamingue et dont le bassin comprend
tout le centre du Bouclier précambrien. La flore propre de l'Ottawa est encore incomplètement
connue, mais on lui reconnaît déjà une remarquable individualité attribuable à des migrations
datant probablement du début des temps post-glaciaires.
La carte de distribution des eaux à la période dite du lac Algonquin (Carte H) donne
la clef de l'origine probable de la fiorule spéciale de cette section. Le lac Algonquin déverse à ce
moment une partie de ses eaux, par un court canal longeant un front glaciaire résiduel, dans un
bras de la mer Champlain occupant la vallée de l'Ottawa. Ce canal correspond grosso modo à la
dépression unissant encore aujourd'hui l'Ottawa à la baie Géorgienne par la rivière Mattawa,
le lac Nipissing et la rivière des Français. Cette dépression semble avoir été une voie impor-
tante de migration biologique et avoir amené sur ce qui est aujourd'hui l'Ottawa, un certain
nombre d'éléments de la flore des Grands Lacs.
Parmi les espèces caractéristiques de la vallée de l'Ottawa, et dont le plus grand nombre
peuvent avoir cette origine, on peut citer:
Adlumia fungosa Podostemon ceratophyllum
Aplectrum hyemale Polygonella articulata
Bidens discoidea Polygonum Douglasii
Cardamine bulbosa Proserpinaca palustris
Carex Hitchcockiana Pterospora andromedea
Carex sychnocephala Pycnanthemum virginianum
Ceanothus americanus Quercus alba
Ceanothus ovatus Rhus canadensis
Celtis occidentalis Salix amygdaloides
Comptonia asplenifolia Salix nigra
Cyperus filiculrnis Schizachyrium scoparium
Cyperus Houghtonii Scirpus Torreyi
Draba nemorosa Sisyrinchium graminoides
Eragrostis pectinacea Sorghastrum nutans
Fimbristylis autumnalis Spiranthes lucida
Habenaria flava Sporobolus cryptandrus
Hamamelis virginiana Steironema lanceolatum
Hudsonia toméntosa Stenophyllus capillaris
Hypericum Kalmianum Ulmus racemosa
Isanthus brachiatus Utricularia purpurea
Juncus articulatus Utricularia resupinata
Juncus militaris Viburnum affine
Juniperus virginiana Viola primulifolia
Lathyrus ochroleucus Waldsteinia fragarioides
Lechea intermedia Zanthoxylurn americanum
Listera australis
[49]
F L O R E L A U R E N T I E N N E

Les abords du lac Témiscamingue sont remarquables en ce qu'ils s o n t la limite a u nord


de t o u t u n groupe d'arbres i m p o r t a n t s et d ' u n bon nombre d'autres d ' é l é m e n t s :
Acer pennsylvanicum Pinus resinosa
Acer rubrum Pinus Strobus
Acer saccharinum Populus grandidentata
Acer saccharum Quercus borealis var. maxima
Actaea pachypoda Quercus macrocarpa
Adlumia fungosa Salix amygdaloides
Ceanothus americanus Tsuga canadensis
Ceanothus ovatus Ulmus americana.
Fagus grandifolia

c) S e c t i o n d u R i c h e l i e u .

Le Richelieu, qui coule du sud au nord et qui draine u n e vaste portion des Apalaches,
introduit n a t u r e l l e m e n t d a n s la plaine alluvionnaire du S a i n t - L a u r e n t u n certain n o m b r e
d'éléments qui m a n q u e n t le plus souvent ailleurs dans le Québec:
Amelanchier grandiflora Potamogeton crispus
Anacharis occidentalis Polamogeton Vaseyi
Arisaema Stewardsonii Scirpus Torreyi
Gratiola aurea Sparganium androcladum
HamameMs virginiana Spiranthes lucida
Juncus compressus Steironema lanceolatum
Littorella americana Viburnum acerifolium
Peltandra virginica

E n t r e le lac C h a m p l a i n et C h a m b l y , le Richelieu a u n profil j e u n e ; il semble bien, comme


il a été dit plus h a u t , q u ' a u m o m e n t du r e t r a i t de la mer Champlain, il existait une c o m m u n i c a -
tion entre le Richelieu supérieur et les eaux de l'archipel d'Hochelaga. Ainsi s'explique la
présence, d a n s cet archipel ou son voisinage immédiat, d'éléments a p p a r t e n a n t à la vallée du
lac C h a m p l a i n , et qui m a n q u e n t le long d u bas Richelieu: Allium canadense, Rhus Vernix. Il
faut noter encore à ce sujet u n e remarquable série d'Aubépines: Crataegus submollis, C. champlai-
nensis, etc., qui semblent avoir atteint M o n t r é a l par cette voie. Plusieurs a u t r e s plantes,
comme le Salix nigra, le S. amygdaloides, le Celtis occidentalis et le Houstonia coerulea, o n t p e u t -
être aussi suivi cette route. M a i s il semble que certains éléments (Salix amygdaloides, S. nigra,
Scirpus Torreyi, Podophyllum peltatum) soient arrivés d a n s l'archipel d'Hochelaga p a r deux
voies e n t i è r e m e n t différentes: le système H u d s o n - l a c Champlain, et le système M i s s i s s i p i -
G r a n d s Lacs - rivière O t t a w a .

d) S e c t i o n a l l u v i a l e d u S a i n t - L a u r e n t .

L'archipel d'Hochelaga m a r q u e la fin de la section d'eaux rapides d u S a i n t - L a u r e n t , la


base d u socle qui supporte les vasques des G r a n d s Lacs, e t le pied de l'escalier rocheux p a r où
les eaux supérieures descendent à la mer. Le fleuve a désormais a t t e i n t u n niveau où il p o u r r a
couler t r a n q u i l l e m e n t à travers une g r a n d e plaine alluvionnaire j u s q u ' a u m o m e n t où ses eaux

[50]
FLORE L A U R E N T I E N N E

rencontreront le butoir de la marée, c'est-à-dire jusqu'au lac Saint-Pierre. Ce tronçon du


Saint-Laurent, que nous appelons la section alluviale, comprend une centaine de milles.
Les conditions du milieu y sont particulières à la fois dans le temps et l'espace. L'eau
glisse lentement entre des rivages d'argile à blocaux, d'argile à Leda, d'argiles marines stratifiées,
et, depuis Lanoraie et Contrecœur vers l'est, au travers des sables à Saxicava. Sur tout ce
parcours, le fleuve entoure de nombreuses îles sans élévation, qui ne sont que des parcelles de la
plaine alluvionnaire environnante. Le niveau de l'eau subit de fortes variations saisonnières.
Très élevé au printemps après le départ des glaces, il baisse régulièrement pendant l'été, décou-
vrant graduellement les rivages, pour s'élever de nouveau, et brusquement, à la fin de l'automne.
Durant l'hiver, toute cette section est couverte d'une épaisse couche de glace, avec des amon-
cellements parfois énormes dans les endroits resserrés. Les mouvements de la glace, au moment
de la consolidation, à l'entrée de l'hiver, et surtout au moment de la débâcle au printemps, exer-
cent des actions mécaniques puissantes qui sont, pour la flore riparienne, une cause importante
d'élimination et de dispersion. Soumis à des pressions latérales formidables, les blocs de glace
labourent les battures et les îles argileuses, détruisent la végétation superficielle, découvrent
et dispersent rhizomes et tubercules. D'un autre côté, la glace, au moment de sa formation
à l'automne, a enrobé dans sa masse la végétation riparienne d'arrière-saison, avec ses fruits,
graines, bourgeons, bulbilles, stolons tubérifiés, etc. Au moment de la débâcle, ces blocs, véri-
tables poudingues organiques à matrice temporaire, s'en vont au fil de l'eau, disséminant, au
fur et à mesure de la fusion, une multitude de débris végétaux capables de s'implanter sur les
rivages de l'aval.
Les conditions que nous venons d'énumérer façonnent un ensemble floristique nettement
individualisé, et dont les éléments sont liés par des exigences et des tolérances en relations étroite
avec les pulsations saisonnières de la grande artère laurentienne.
Les eaux tranquilles et chargées de fine argile hébergent une riche flore aquatique, sub-
mergée ou flottante. C'est d'abord une nombreuse série de Potamots:
Potamogeton bupleuroides Potamogeton natans
Potamogeton epihydrus Potamogeton pectinatus
Potamogeton filiformis Potamogeton praelongus
Potamogeton Friesii Potamogeton Richardsonii
Potamogeton gramineus Potamogeton zosteriformis,

accompagnés d'espèces très différentes taxonomiquement, mais du même type biologique:


Alisma gramineum Hippuris vulgaris f. fiuviatilis
Anacharis canadensis Myriophyllum exalbeseens
Armoracia aquatica Naias flexilis
Butomus umbellatus f. vallisneriifolius Ranunculus longirostris
Callitriche hermaphroditica Vallisneria americana
Heteranthera dubia Zannichellia palustris.

Comme plantes ripariennes semi-aquatiques caractéristiques, on peut citer:


Alisma Plantago-aquatica var. brevipes Sparganium eurycarpum
Butomus umbellatus (typique) Typha angustifolia
Eleocharis palustris var. major Typha latifolia
Lythrum Salicaria Zizania palustris,

[51]
F L O R E L A U R E N T I E N N E

la série des Sagittaires:


Sagittaria cuneata Sagittaria latifolia,
Sagittaria heterophylla

la série des grands Scirpes:


Scirpus acutus Scirpus heterochaetus
Scirpus americanus Scirpus validus,
Scirpus fluviatilis

la série des Prêles et de leurs multiples formes écologiques:

Equisetum arvense Equisetum littorale


Equisetum arvense f. varium Equisetum littorale f. )humile
Equisetum limosum Equisetum littorale f. cgracile
Equisetum limosum î. verticillatum Equisetum palustre va
var. americanum
Equisetum limosum f. attenuatum Equisetum palustre var.
vai americanum f. fluitans
Equisetum limosum f. natans Equisetum variegatum.

Sur les b a t t u r e s émergeant l'été paraissent t o u t u n groupe d'éléments, les uns vivaces,
les a u t r e s annuels. P a r m i les premiers, mentionnons q u a t r e Salicacées:
Populus balsamifera Salix longifolia
Salix cordata Salix nigra,

qui, sous une forme arbustive solidement enracinée dans l'argile, peuvent t r i o m p h e r de la vio-
lente action m é c a n i q u e des glaces; le Spartina pectinata Bosc ( = S. Michauxiana Hitchc),
forte Graminée à souches stolonifères r a y o n n a n t e s , qui forme le « foin de grève » sur t o u t e cette
section; le Polygonum coccineum et le P. natans dans leur formes émergées; YApocynum cannabi-
num, d o n t les rhizomes, cheminant horizontalement à une grande profondeur, défient le l a b o u r
des glaces. P a r m i les plantes annuelles ou bisannuelles qui s'établissent aussitôt q u e l'eau
se retire, m e n t i o n n o n s :

Bidens frondosa Polygonum lapathifolium


Cyperus aristatus Rorippa palustris var. glabrata
Echinochloa muricata Rorippa palustris v a r . hispida
Panicum capillare Xanthium pungens.
Plantago major

T o u t e s ces espèces, et beaucoup d'autres, constituent la flore fondamentale, la flore d'équi-


libre de la section alluviale du fleuve. M a i s il y a lieu de tenir compte d ' u n e fiorule allogène, e t
plus ou moins labile, formée de plantes a p p o r t é e s périodiquement par les eaux et les glaces de
l'amont. Ces p l a n t e s ne p e u v e n t l u t t e r avec les unités et les associations de la flore d'équilibre.
Les unes, généralement des annuelles, n ' o n t q u ' u n e existence é p h é m è r e :

Naias guadalupensis Polygonum ramosissimum


Panicum barbipulvinatum Strophostyles helvola,
Polanisia graveolens

[ 52 ].
F L O R E L A U R E N T I E N N E

les autres, plantes vivaces, s'établissent à demeure, mais ne forment jamais q u e des stations
isolées:
Alisma gramineum var. Geyeri Panicum virgatum
Arisaema Dracontium Rumex mexieanus
Dianthera americana Sporobolus heterolepis.

Malgré les a p p o r t s répétés, continués d u r a n t des centaines de siècles, la flore de la section allu-
viale reste très différente de celle des G r a n d s Lacs, e t beaucoup moins riche. Cela prouve l'im-
portance t r è s relative qu'il faut a t t r i b u e r aux plus puissants moyens de transport, d a n s la consti-
t u t i o n des populations végétales: ces moyens restent toujours sous la dépendance d'impondé-
rables biologiques infiniment plus agissants.
Il faut enfin m e n t i o n n e r une a u t r e florule allogène, constituée par des h y d r o p h y t e s eura-
siatiques s u r t o u t rhizomateuses, dont la présence sur cette section p e u t s'expliquer p a r les déchets
p r o v e n a n t des navires t r a n s a t l a n t i q u e s fréquentant le port de Montréal. D a n s les ports
p r o p r e m e n t maritimes, ce processus est à peu près inopérant parce que la pression osmotique
de l'eau salée t u e la p l u p a r t des rhizomes, graines, fruits, etc., que l'on j e t t e à la mer. E n eau
douce, a u contraire, ces déchets sont flottés sur les rivages boueux où ils s'enracinent bientôt,
et forment le point de d é p a r t de colonies qui peuvent subsister t r è s longtemps e t devenir même
envahissantes. A cette florule a p p a r t i e n n e n t : Rorippa amphibia et ses multiples formes éco-
logiques, Car ex intermedia, Carex nutans, Alisma gramineum, Lythrum Salicaria, et surtout
Butomus umbellatus. C e t t e dernière espèce, que l'on a commencé à remarquer vers 1900, est
m a i n t e n a n t l'une des plantes dominantes de la section alluviale. Grâce aux innombrables
bulbilles q u i se d é t a c h e n t des rhizomes à l ' a u t o m n e , le B u t o m e déplace la végétation indigène,
t a n t sur les b a t t u r e s émergées qu'en e a u profonde où il s'établit sous une forme stérile à feuilles
rubanées t r è s allongées (f. vallisneriifolius). La seule plante capable de lutter a v e c le B u t o m e
est le Lythrum Salicaria, aussi introduit d ' E u r o p e , à une date inconnue mais ancienne, et q u i
forme d ' i m m e n s e s colonies pures t o u t le long de la section alluviale du S a i n t - L a u r e n t , d o n n a n t
souvent a u paysage sa n o t e caractéristique.

e) S e c t i o n e s t u a r i e n n e d u S a i n t - L a u r e n t .

A p a r t i r du lac Saint-Pierre, les conditions écologiques du S a i n t - L a u r e n t subissent u n


changement radical. L a progression lente et continue de la g r a n d e masse d ' e a u douce fait
place graduellement a u régime de la m a r é e de refoulement, où deux fois p a r v i n g t - q u a t r e heures,
les rivages subissent u n e courte alternance d'émersion et d'immersion. Nous désignons sous
le nom de section estuarienne, — c'est une acception particulière du terme, — la portion d u
fleuve sous puissance des marées d'eau douce. C e t t e section v a de la décharge du lac Saint-
Pierre j u s q u ' a u comté de l'Islet.
Les grèves intercotidales de la section estuarienne possèdent une riche flore d'endémiques
et de reliques d o n t l'origine pose des problèmes d y n a m i q u e s sur lesquels nous reviendrons plus
loin. Les plus r e m a r q u a b l e s de ces plantes, spéciales ou presque, à l'habitat estuarien sont:
Allium Schoenoprasum var. sibiricum Bidens frondosa var. anomala
Aster puniceus v a r . firmus Bidens hyperborea
Astragalus labradoricus Callitriche stagnalis
Bidens Eatoni Carex Oederi v a r . Rousseauiana

[53]
FLORE LAURENTIENNE

Deschampsia caespitosa Gentiana Victorinii


Elatine americana Isoetes Tuckermani
Epilobium ecomosum Limosella subulata
Equisetum variegatum var. anceps Scirpus Smithii var. laevisetus
Eriocaulon Parkeri Tillaea aquatica.

Toutes ces plantes sont adaptées d'une manière ou d'une autre, et parfois d'une façon
extraordinairement efficace, aux conditions de vie spéciales créées par les marées d'eau douce.
Elles sont en général pauvres en parenchyme chlorophyllien et n'offrent pas de grandes surfaces
foliaires pouvant donner prise à l'action mécanique de l'eau. Elles sont souvent annuelles
ou pérennantes, l'érosion et la sédimentation continuelles permettant difficilement aux plantes
à souche ou à rhizome (Scirpus validus, S. acutus) de s'emparer du terrain.
Assez curieusement, certaines espèces qui, dans l'ouest du Québec, n'ont aucune préfé-
rence hydrophytique, viennent ici se réfugier dans la zone intercotidale de l'habitat estuarien,
en vertu de quelque convenance écologique probablement liée à la température de l'eau. Telles
sont :
Aster paniculatus Polygonum virginianum
Gerardia paupercula Veronica peregrina
Lilium canadense Zizia aurea.

Dès que l'on s'élève au-dessus de la zone intercotidale, les rivages du Saint-Laurent, dans
la section estuarienne, n'offrent rien de très spécial, sauf que les graviers et terres meubles accu-
mulés par l'action mécanique des grandes marées offrent des conditions favorables à certaines
plantes, comme par exemple aux Oenothera, qui y sont extrêmement diversifiés:

Oenothera amrnophiloides Oenothera muricata


Oenothera angustissima Oenothera Victorinii.

f) Section maritime du Saint-Laurent.

A partir de Saint-Jean-Port-Joli, l'eau du Saint-Laurent commence à être salée, et la


flore des rivages se transforme encore une fois. La flore estuarienne disparaît et fait place à
la flore halophytique des rivages maritimes froids. A l'encontre de la flore estuarienne, la
flore maritime est plutôt pauvre en endémiques, mais elle contient une série de reliques d'origine
diverse, soit proprement halophytiques, soit seulement retenues sur les rivages maritimes par
quelque convenance écologique mal comprise. Tels sont:

Aster angustus Lomatogonium rotatum


Carex subspathacea Pedicularis palustris
Cornus suecica Poa eminens
Cotula coronopifolia Plantago eriopoda
Empetrum atropurpureum, Primula laurentiana
Iris setosa var. canadensis Senecio pseudo-Arnica
Juniperus horizontalis Zigadenus elegans.

[54]
F L O R E L A U R E N T I E N N E

La salinité de l'eau s'accentue graduellement de l'ouest à l'est, et le caractère h a l o p h y t i q u e


de la flore s'accentue d a n s la même mesure.
Certaines plantes r é p u t é e s halophytiques se m o n t r e n t dès l'estuaire, à u n e grande dis-
tance de l'eau salée. Le Lathy r us japonicus (= L. maritimus) se voit déjà sur le lac Saint-Pierre.
A la h a u t e u r de la ville de Québec, c'est-à-dire encore à cinquante milles de l'eau salée, on trouve
le Triglochin maritima et le Plantago juncoides. Le Cakile edentula, le Mertensia maritima,
le Solidago sempervirens, e t d'autres halophytes, sont fréquents d a n s la zone de transition entre
l'eau douce et l'eau salée à la h a u t e u r de l'île aux Coudres.
Vers K a m o u r a s k a , on voit a p p a r a î t r e le cordon littoral d'Elymus arenarius, et des prairies
saumâtres de divers t y p e s : formation pure de Spartina alterniflora; association de Spartina
patens a v e c Hordeum jubatum, Spergularia canadensis et Limonium trichogonum; association
de Scirpus campestris var. paludosus avec Poa emînens, Aster angustus, Atriplex glabriuscula;
association de Salicornia europaea avec Spergularia canadensis et Stellaria humifusa, etc. Vers
l'île Verte, commencent les prairies m a r i n e s à Zostera marina, a u j o u r d ' h u i détruites par une
maladie (probablement à v i r u s ) , m a i s qui se reconstitueront p r o b a b l e m e n t . C'est aussi à
cet endroit q u ' a p p a r a î t le Senecio pseudo-Arnica qui, plus à l'est, formera souvent u n cordon
littoral plus ou moins continu. On p e u t dire que, dès K a m o u r a s k a - R i m o u s k i , la série des
halophytes est presque complète, et la flore p r o p r e m e n t maritime d u Golfe ne fera que prolonger
celle de la section m a r i t i m e du fleuve, en s'enrichissant de quelques éléments, comme le Suaeda
americana, l'Eleocharis uniglumis var. halophila, e t c .

Le fleuve S a i n t - L a u r e n t finit officiellement à la pointe des M o n t s , et cette limite est suggérée


ou imposée p a r u n large éperon du massif précambrien de la côte nord, qui rapproche les deux
rives, jusque-là régulièrement divergentes. Passé la pointe des M o n t s , les côtes s'éloignent
à nouveau, et tandis q u e la côte sud s'arrondit harmonieusement p o u r entourer le lobe gaspé-
sien, la côte n o r d court vers l'est, presque en ligne droite, j u s q u ' à la pointe a u M a u r i e r , vers
le 60° degré de longitude, pour s'infléchir ensuite vers le détroit de Belle-Isle. L a flore des
deux côtes n'offrirait rien de particulier sans quelques plantes reliquales déjà mentionnées, qui
h a b i t e n t les rivages m a r i t i m e s de la Gaspésie, et sans les plantes subarctiques ou de l'Europe
boréale qui, sur la côte nord, garnissent les rivages presque au niveau de la m e r :

Alchemilla vulgaris var. filicaulis Rhinanthus borealis


Botrychium lanceolatum, Rubus acaulis
Diapensia lapponica Sparganium glomeratum
Eleocharis uniglumis Vaccinium uliginosum var. alpinum.

Tels sont, r a p i d e m e n t esquissés, les t r a i t s floristiques principaux et les modalités particu-


lières du fleuve S a i n t - L a u r e n t , e n t e n d u au sens large, et considéré comme milieu biologique
pour les p l a n t e s vasculaires. C'est u n domaine végétal riche et varié, plein de couleur et d e
vigueur, j e u n e d a n s ses unités et ses associations, constitué presque totalement depuis l'époque
pleistocene, et subissant à la période actuelle, u n certain bouleversement causé p a r l'homini-
sation de la n a t u r e . Plusieurs des g r a n d s problèmes généraux que soulève aujourd'hui l'étude
de la Biosphère, sont posés ici avec b e a u c o u p d'ampleur. A ces titres, il faut considérer comme
l'une des g r a n d e s unités floristiques d u monde, la flore vasculaire du Saint-Laurent, le plus
vieux et le plus beau des fleuves de la terre.
FLORE LAURENTIENNE

3° District insulaire maritime.

Il reste à disposer du point de vue phytogéographique des territoires insulaires du golfe


Saint-Laurent, qui présentent un intérêt biologique inusité. Ces territoires insulaires com-
prennent deux unités très distinctes et qui doivent être traitées séparément : l'Anticosti-Minganie
d'une part, et les îles de la Madeleine d'autre part.

a) Section de l'avant-pays (Anticosti M i n g a n i e ) .

Un bref résumé de l'histoire géologique du golfe Saint-Laurent est nécessaire à ce point.


Les poussées orogéniques qui ont plissé la Gaspésie et qui ont été absorbées par la faille de Logan,
ont respecté, au nord de cette faille, l'horizontalité d'un avant-pays de calcaires siluriens. Cet
avant-pays a depuis longtemps disparu, laissant quelques vestiges dans le Golfe lui-même, sur
la Côte-Nord, et à l'ouest de Terre-Neuve. Le plus important de ces vestiges, au point de
vue qui nous occupe, était une péninsule rattachée à la Côte-Nord par un isthme d'une trentaine
de milles de largeur peut-être. Plus tard, cet isthme s'émietta, laissant dans le Golfe la grande
île d'Anticosti, et le long de la Côte-Nord, entre Mingan et Natashquan, un groupe de vingt-neuf
îles ou îlots qui ne sont que les débris de l'isthme. En raison de l'importance et de l'autonomie
biologiques de cet archipel, nous lui avons donné le nom de Minganie.
Pour le naturaliste, une atmosphère de mystère enveloppe la Minganie et l'île d'Anticosti,
ces deux témoins d'une grande terre disparue, qui a englouti avec elle d'importants secrets
géologiques et biologiques. Leur flore a été relativement bien étudiée, et elle présente un groupe
de problèmes de grande importance générale et locale, et qu'il convient d'exposer brièvement ici.
Si l'on fait abstraction des facteurs historiques, liés à l'évolution organique et aux vicissi-
tudes géologiques de l'Amérique orientale, le caractère général de la végétation de l'Anticosti-
Minganie ressortit à deux séries de facteurs principaux. En premier lieu la latitude élevée,
la faible altitude et le voisinage des courants froids imposent la végétation subarctique propre
à la partie sud du Labrador canadien. E n second lieu, la nature entièrement calcaire des roches
horizontales stratifiées qui constituent l'Anticosti-Minganie exerce une influence profonde sur
la structure de la flore et sur le choix des espèces.
Ces facteurs, agissant simultanément sur tous les points d'un territoire essentiellement
isomorphe, devraient lui constituer une flore uniforme, sans autres différenciations que
celles qui sont engendrées par les nécessités écologiques locales et les différences d'habitat.
Cette vue théorique n'est aucunement chimérique : elle trouve sa réalisation adéquate dans la
vaste étendue des Laurentides où la flore, dénuée d'endémiques vrais et d'épibiotes, répète
partout les mêmes faciès et les mêmes associations. Elle se concrétise encore dans toute la
partie centrale de l'Ungava, dans la toundra arctique, et, abstraction faite de la Minganie
et des abords du détroit de Belle-Isle, sur toute la Côte-Nord.
Or, ce que nous savons maintenant de précis sur la flore de l'Anticosti-Minganie montre
que la végétation imposée par la latitude, la faible altitude et la nature calcaire du substratum
existe en réalité. Cette flore fondamentale est constituée surtout par la forêt d'Épinettes où
dominent :
Abies balsamea Picea glauca
Betula papyrifera Picea mariana.

[56]
F L O R E L A U R E N T I E N N E

Le parterre diffère t r è s peu de celui de la forêt s u b a r c t i q u e hudsonienne; les éléments caracté-


ristiques sont dans les deux cas:
Clintonia borealis Maianthemum canadense
Cornus canadensis Oxalis montana
Listera cor data Thelypteris spinulosa.

Une i m p o r t a n t e fraction de l'île d'Anticosti, et plusieurs endroits de la Minganie, sont occupés


par des tourbières de t y p e s divers d o n t les éléments caractéristiques sont les Êricacées ordinaires :
Chamaedaphne calyculata Ledum groenlandicum.
Kalmia angustifolia Vaceinium pennsylvanicum
Kalmia polifolia Vaccinium uliginosum,

avec, c o m m e associés:
Empetrum nigrum Rubus Chamaemorus
Myrica Gale Sarracenia purpurea
Potentilla fruticosa Smilacina trifolia.

M a i s à côté de c e t t e flore banale, ou plutôt intriquée et surajoutée à ses éléments, coexiste


une florule t o u t e différente, et dont l'origine doit être cherchée ailleurs que dans le jeu des facteurs
qui sont la raison d'être de
la flore f o n d a m e n t a l e .
Cette juxtaposition de flo-
res, nous l'avons reconnue
déjà sur les n u n a t a k s de la
Gaspése, et nous en avons
r a t t a c h é l'origine à l'épiso-
de glaciaire, en m o n t r a n t
que les s t a t i o n s possédant
une flore reliquale d'affini-
t é cordillérienne étaient
p r é c i s é m e n t les points
épargnés p a r la glaciation
de la période Wisconsin. So/idafti cinHcostensis ^•Soliclajo Vichrin'ti
La question est de savoir si
cette explication peut va-
loir pour l'Anticosti-Min- CABTE I. — Localisation du Solidago anticostensis et du S. Victorinii,
ganie, terres plutôt basses exemples de l'extrême endémisme de la flore de l'Anticosti-Minganie.
qui semblent bien s'être
trouvées sur la route de la nappe glaciaire.

C e t t e florule allogène de l'Anticosti-Minganie est d ' u n e x t r ê m e intérêt théorique parce


qu'elle contient des éléments de catégories fort diverses, suggérant u n e histoire biologique
ancienne et complexe.
I l s'agit d'abord d'espèces ou de variétés s t r i c t e m e n t endémiques, soit de l'île d'Anticosti:
Aster anticostensis, Solidago anticostensis, S. Victorinii ( C a r t e I ) , soit de la M i n g a n i e : Cirsium
minganense, Erysimum coarctatum, Senecio Rollandii. P u i s v i e n n e n t des éléments c o m m u n é -
ment alpins ou arctiques, et qui sont ici au niveau d e la mer, comme le Carex rupestris, le Ceras-

[57]
F L O R E L A U R E N T I E N N E

tium alpinum et VHieracium groenlandicum. U n troisième groupe se compose d'éléments eura-


siatiques, souvent alpins mais n o n arctiques, qui, dans l'Amérique du N o r d , ne se r e n c o n t r e n t
généralement pas en dehors de quelques sections définies (golfe Saint-Laurent, Cordillère) :

Carex Hostiana var. laurentiana Kobresia simpliciuscula


Carex microglochin Scirpus pumilus.

Mais la catégorie la plus i m p o r t a n t e , t h é o r i q u e m e n t et n u m é r i q u e m e n t , est celle qui


renferme les éléments proprement cordillériens :
Androsace septentrionalis Habenaria unalaschensis
Antennaria pulcherrima Hedysarum Mackenzii
Arctostaphylos rubra Listera borealis
Betula microphylla Salix Bebbiana var. perrostrata
Braya humilis Salix brachycarpa
'Dryas Drummondii Salix cordifolia
Epildbium davuricum Salix vestita,
Epilobium wyomingense

ou des endémiques d'affinité cordillérienne, les uns propres à l'Anticosti - Minganie, les a u t r e s
s ' é t e n d a n t à t o u t l ' a v a n t - p a y s calcaire (y compris la baie J a m e s ) et m ê m e au-delà:

Botrychium minganense Erigeron lonchophyllus var. laurentianus


Cypripedium passerinum var. minganense Gentiana nesophila
Draba glabella Lesquerella Purshii
Draba laurentiana Taraxacum laurentianum.
Draba minganensis

D e longs e t minutieux t r a v a u x sur le t e r r a i n ont mis e n évidence plusieurs faits i m p o r t a n t s


concernant l'Anticosti-Minganie. L a masse des entités endémiques ou reliquales est localisée
sur le littoral des îles de la
Minganie, et pour l'île d ' A n -
ticosti, sur les graviers des
rivières ou des terrasses m a -
rines, mais presque exclusi-
v e m e n t du côté sud. De
plus, u n pointage sur la
carte m o n t r e que ces élé-
m e n t s floristiques allogènes
sont répartis sur u n e b a n d e
nord-sud qui exclut les ex-
t r é m i t é s de l'île d'Anticosti
(Carte J ) . Les faits biolo-
giques semblent i n d i q u e r
que cette bande, m a l g r é son
peu d'altitude, est u n n u n a -
CARTE J. —• Localisation (indiquée par les hachures ) des endémiques et des tak, probablement u n sinus
épibiotes de l'Anticosti-Minganie. Les deux lignes pointillées limitent un ter- entre deux c h a m p s glaciai-
ritoire qui, biologiquement au moins, est un nunatak. res. L a conservation de cet-

[58]
F L O R E L A U R E N T I E N N E

te florule ancienne, héritée de la dernière époque interglaciaire, exige aussi q u e les îles de la
Minganie, et l'île d'Anticosti, n'aient pas été complètement submergées d u r a n t la période C h a m -
plain e t se soient trouvées
surélevées à cette époque. Jo
Il y a lieu de croire que,
pour Anticosti en particu-
lier, le modeste plateau de
l'intérieur, drainé par les ri-
vières J u p i t e r , Galiote, Chi-
cotte, etc., émergeait à l'état
d'îlot à la période C h a m -
plain. C o u v e r t d'une végé-
^ ^ ^ ^ /,
tation rabougrie, il devait
servir de refuge aux plantes
que nous considérons com-
me des épibiotes et que
nous r e t r o u v o n s aujourd'hui
sur les graviers des rivières.
Cette p a r t i e élevée de l'île
CARTE K. —• Plateau central de l'île d'Anticosti, qui paraît avoir été le
est m a i n t e n a n t complète-
lieu de refuge des éléments allogènes de l'île durant la période Champlain. Les
ment boisée e t les reliques flèches indiquent les migrations postérieures par les graviers des rivières.
préglaciaires, p l a n t e s de
prairies alpines exigeant la pleine lumière, se sont réfugiées dans le seul h a b i t a t qui pouvait
leur p e r m e t t r e de subsister: les platières graveleuses, éclairées, froides, des petites rivières des-
cendant d u plateau central de l'intérieur (Carte K ) . Il est possible que cette b a n d e de Y Anti-
costi - M i n g a n i e soit continue avec celle qui enferme le territoire à reliques et à endémiques de
la Gaspésie.

b) S e c t i o n d e s î l e s d e la M a d e l e i n e .

Il reste à caractériser les îles de la Madeleine, p e t i t e section excentrique, r a t t a c h é e politi-


quement a u Québec, mais q u e sa géologie, sa physiographie et les affinités de sa flore en isolent
complètement.
C e t archipel émerge a u milieu d u Golfe, à quatre-vingt-dix milles de T e r r e - N e u v e , cent
cinquante milles de G a s p é et cent milles de la Nouvelle-Ecosse. Les îles qui le composent:
Entrée, H a v r e - a u - B e r , É t a n g - d u - N o r d , Havre-aux-Maisons, G r a n d e - E n t r é e , Grosse-Ile, Brion,
sont les restes déchiquetés d'une terre continentale disparue. Leur superficie réelle est très res-
treinte, m a i s elles sont réunies par de longs cordons de dunes et d e vastes étendues de sable qui
émergent à m a r é e basse. Les roches qui composent les massifs insulaires sont de trois sortes.
Ce sont en premier lieu des grès h o r i z o n t a u x et t e n d r e s , d'un rouge sanguine, qui donnent à
l'archipel u n caractère distinctif. Ces grès rouges sont juxtaposés à des grès gris et plus durs
qui forment aussi des falaises en certains endroits. Enfin, les actions volcaniques ont créé
des dômes arrondis e t symétriques c o m m e des seins, et qui ont reçu le nom de Demoiselles.
Là où les é p a n c h e m e n t s volcaniques s o n t venus en contact avec les grès, on t r o u v e de grandes
masses de gypse.
L a flore des îles de la Madeleine est, d a n s son ensemble, une flore oxylo-xérophytique dont
le caractère xérophytique est a t t é n u é p a r l'humidité de l'atmosphère. Grâce à cette circons-

[59]
F L O R E L A U R E N T I E N N E

tance, la verdure des îles est d ' u n e fraîcheur qui rappelle la verte É r i n . La forêt p r i m i t i v e
est disparue de presque p a r t o u t ; à Brion elle couvre encore cependant u n e g r a n d e p a r t i e de
l'île, nous renseignant ainsi sur l ' é t a t primitif de l'archipel.

Les îles de la Madeleine paraissent avoir échappé, a u moins partiellement, à la glaciation


Wisconsin, sans d o u t e à cause de leur situation excentrique. Aussi n'est-on pas s u r p r i s d ' y
trouver une florule reliquale e t une fiorule endémique. C e r t a i n s de ces éléments (Corema Con-
radii, Myrica caroliniensis, Hudsonia tomentosa) indiquent u n e relation de c o n t i n u i t é a v e c
la plaine côtière américaine, d ' a u t r e s (Polygonum Rati, Atriplex maritima) indiquent une
relation avec la flore atlantique européenne, et d'autres enfin (Potamogeton filiformis v a r . Ma-
counii) suggèrent des relations cordillériennes.

Les endémiques stricts sont peu nombreux, mais assez significatifs:


Aster lauréntianus var. magdalenensis Epilobium angustifolium var. brionense
Bidens heterodoxa Myriophyllum magdalenense.

Plusieurs a u t r e s plantes sont endémiques à la fois a u x îles de la M a d e l e i n e et à q u e l q u e s


territoires voisins (Terre-Neuve, île de Sable, Gaspésie, e t c . ) . Ce sont, e n t r e a u t r e s :
Amelanchier Fernaldii Juniperus communis var. megistocarpa
Empetrum atropurpureum Rumex maritimus var. fueginus.
Epilobium nesophilum

P o u r terminer ces notes rapides sur la flore de ces m i e t t e s de la t e r r e canadienne, p e r d u e s


a u milieu du Golfe, ajoutons que l'île Brion est r e m a r q u a b l e p a r u n gigantisme s u r p r e n a n t
de certaines unités de sa flore herbacée: Epilobium angustifolium, Habenaria obtusata, Listera
convallarioides, etc., et que le rocher des Oiseaux, table de grès qui m o n t e t o u t droit à c e n t cin-
q u a n t e pieds au-dessus des flots, et couvre à peine sept acres de superficie, possède l ' u n e des
plus pauvres flores phanérogamiques connues, se composant seulement d ' u n e vingtaine d'espèces,
d o n t les plus a b o n d a n t e s s o n t :

Achillea Millefolium Hordeum jubatum


Capsella Bursa-pastoris Plantago juncoides

[60]
II. — DYNAMISME DE LA FLORE LAURENTIENNE.

A.—LE POINT DE VUE DYNAMIQUE.

Le t a b l e a u qui v i e n t d'être esquissé a mis d e v a n t nos y e u x l ' é t a t d'équilibre réalisé à


notre é p o q u e d a n s la flore l a u r e n t i e n n e . M a i s cet équilibre est é m i n e m m e n t instable, il est
passager, il était a u t r e hier, il sera différent demain, car les flores sont des unités d y n a m i q u e s
en voie de c o n s t a n t e t r a n s f o r m a t i o n . Elles ont la figure d ' u n fleuve capable de se modeler à
t o u t e s les rives. Leur fixité n'est q u ' u n e illusion, a t t r i b u a b l e n o n seulement à la caducité de
l'observateur individuel, ce « voyageur d ' u n jour q u i s'arrête u n e heure », mais s u r t o u t à la
courte histoire de l ' h u m a n i t é pensante.
U n e incursion à t r a v e r s le passé de la t e r r e nous m o n t r e , en effet, que des n a p p e s floristiques,
t o u r à t o u r é p a n d u e s sur le m o n d e , se sont désagrégées pour être remplacées ensuite par des
nappes p l u s jeunes, différentes d'aspect, c o n t e n a n t n é a n m o i n s , p o u r les r a t t a c h e r a u x nappes
antérieures, des éléments anciens qui conservaient p a r m i les n o u v e a u x v e n u s leur identité spé-
cifique.
C'est u n grand spectacle que celui de la m o n t é e de la vie végétale sur n o t r e planète, u n e
ontogenèse à l'échelle cosmique dont l'ampleur, la c o n t i n u i t é et l'ordonnance s o n t admirables.
C o n t i n u i t é e t o r d o n n a n c e depuis le C h a m p i g n o n le plus imparfait j u s q u ' à la M u s c i n é e la plus
évoluée, depuis le Psilophyton, enseveli d u r a n t le D é v o n i e n a u c œ u r du roc gaspésien, j u s q u ' a u
Tremble frémissant d o n t les racines v i v a n t e s v o n t j u s q u ' à lui. C o n t i n u i t é et ordonnance où
l'on distingue sans peine deux éléments, ou deux m o d e s . D ' u n e p a r t , sur presque tous les
points, u n d é v e l o p p e m e n t et u n progrès organiques parfois ralentis, parfois accélérés; d ' a u t r e
p a r t , p o u r certains t y p e s , u n e persistance, u n e fixité, u n e indestructibilité aussi lourdes d e mystère
que l'évolution des a u t r e s . C'est ainsi que les Algues élémentaires e t les Bactéries, d o n t o n
relève les t r a c e s dans les anciennes roches kiwinaviennes, o n t t r a v e r s é sans c h a n g e m e n t toutes
les périodes géologiques, q u e le grand p h y l u m des F o u g è r e s e t celui des G y m n o s p e r m e s se sont
m a i n t e n u s m a l g r é l'invasion des Angiospermes qui, à la fin d u C r é t a c é e t au d é b u t d u Tertiaire,
s'avérèrent f o r m i d a b l e m e n t armées p o u r conquérir u n m o n d e dominé à ce m o m e n t p a r u n e flore
puissante d'Abiétinées, de Cupressinées et de Cycadinées.
M a i s ce d y n a m i s m e à l'échelle géologique n'est pas celui qui i m p o r t e ici. S a n s nous pen-
cher au-dessus de ce passé vertigineux q u i se creuse d ' a u t a n t plus q u e l'on s'acharne à le scruter,
nous p o u v o n s c e p e n d a n t , au m o y e n de données p u r e m e n t historiques d ' u n e p a r t , e t de données
d'observation d ' a u t r e p a r t , déceler d a n s la flore actuelle des m a n i f e s t a t i o n s plus délicates, mais
mesurables, d e ce d y n a m i s m e p e r m a n e n t de la vie végétale.
Quelles s o n t les influences intrinsèques ou extrinsèques q u i , à ce m o m e n t de l'histoire
de la vie, m e t t e n t en m o u v e m e n t ce complexus biologique, cette v a s t e portion d e la Biosphère
que découpe le Québec d a n s l'étoffe de la planète ? C'est là u n p r o b l è m e de g r a n d e i m p o r t a n c e
théorique, e t qu'il faut essayer de résoudre.
U n e q u e s t i o n cruciale se pose d ' a b o r d : la flore d u Québec, telle q u e nous l'avons sous les
yeux, est-elle ou non e n voie d e t r a n s f o r m a t i o n ou d ' é v o l u t i o n ? Représente-t-elle u n équilibre
stable r e m o n t a n t à l'origine des choses ? Ou bien p o u v o n s - n o u s la considérer c o m m e u n m o m e n t

[61]
FLORE LAURENTIENNE

dans un phénomène de mouvement, comme un point d'une trajectoire ? Ou bien encore, la


vie végétale, après une longue marche en avant, a-t-elle cessé d'évoluer, a-t-elle atteint une
phase d'inertie ?
L'hypothèse d'un équilibre stable remontant à l'origine des choses est une absurdité géolo-
gique et biologique, surtout dans cette région du Bouclier précambrien tant de fois quittée et
reconquise par la mer, socle recristallisé d'une chaîne de montagnes usée et érodée jusqu'à la
base, pays, enfin, raboté et abrasé par les glaciers pleistocenes.
La conception d'une vie végétale qui, après avoir été le siège d'un dynamisme quelconque
au cours des âges géologiques, aurait atteint dans le monde actuel une stabilité et un équilibre
définitifs, peut séduire à première vue. On pourrait apporter des faits curieux, propres à laisser
croire que les habitats naturels, avec les associations d'espèces qui les caractérisent, se conservent
longtemps, des siècles certainement, sans modifications sensibles.
Ainsi Jacques CAKTIEE, abordant la dune de Brion, la perle des îles de la Madeleine, nous
fait une description remarquablement vivante du milieu végétal qui l'environne; cette description
pourrait avoir été écrite aujourd'hui. André MICHAUX, dans son Journal de Voyage en Amérique,
signale, en 1792, comme l'une des plantes les plus remarquables de Laprairie, le Dianthera am,e-
ricana, type acanthacé égaré dans notre flore septentrionale. Or, encore aujourd'hui, les eaux
de l'archipel d'Hochelaga restent, dans le Québec, la station principale d'une plante qui a toutes
les chances de migration. James MACOUN a raconté avoir retrouvé après un siècle, dans la
région du lac Mistassini, la station classique du Primula mistassinica de MICHAUX. On pourrait
multiplier les faits et les témoignages de cette nature, les trier sur le volet, et édifier une thèse
sur la stabilité des populations végétales. Mais il convient, pour donner à ces faits leur vraie
valeur, de remarquer qu'ils n'expriment qu'une fixité relative. L'équilibre qui nous frappe
par son apparente stabilité n'est que l'équilibre de l'ensemble, et non l'équilibre des parties;
il n'est qu'une résultante, un produit qui reste sensiblement le même, mais dont les facteurs
sont soumis à de perpétuels changements d'ordre et de valeur.
Les forces qui ont pour effet de modifier graduellement, et de changer la figure de notre
flore, appartiennent à deux catégories. Les premières, intrinsèques, tiennent aux possibilités
inhérentes à l'être vivant, et plus particulièrement au végétal. Ce sont, d'une part, des forces
constructives, forces de développement ou d'évolution, et d'autre part, des forces négatives,
destructives, forces de régression et d'élimination. Les secondes, purement extrinsèques, ne
sont que la manifestation énergétique de changements dans les facteurs écologiques, changements
qui peuvent être d'ailleurs qualitatifs ou quantitatifs. Ces changements peuvent être ramenés
aux migrations, et aux effets directs de l'intervention de l'homme.

B. —FACTEURS DYNAMIQUES INTRINSÈQUES.

1. FACTEURS D'ÉVOLUTION PROGRESSIVE.

Quoique la science, cette « machine à explorer la matière », nous laisse encore ignorer presque
tout du pourquoi et du comment de l'évolution organique, — comme d'ailleurs du développement
ontogénique, — il ne se trouve plus guère de biologiste ou de naturaliste qui n'accepte comme
fait, une certaine évolution passée ou présente dans le monde des vivants.

[62]
FLORE LAURENTIENNE

Tous les doutes, et la plupart des objections dans ce domaine, se rapportent non pas au
fait général, global, de l'évolution, mais bien plutôt à son étendue, à son intensité et à ses moda-
lités. En d'autres termes, la discussion se concentre aujourd'hui surtout sur les théories de la
descendance, sur les lignées ou séries concrètes de formes obtenues par des rapprochements
comparatifs, et dont on peut bien difficilement prouver, dans chaque cas particulier, qu'elles
sont réellement des séries génétiques.
Mais autant il est difficile de prouver complètement les théories de la descendance, et la
réalité des lignées concrètes, autant il est facile de fonder, en toute indépendance, l'idée d'évo-
lution sur des connaissances communes à tous les biologistes.
La paléontologie, en effet, nous apprend d'une façon indéniable qu'il y a eu, dans les types
organiques, une succession dans le temps de telle sorte que les formes les plus complexes et les
plus élevées en organisation sont apparues les dernières. A ce témoignage de la paléontologie,
absolument inattaquable, vient s'ajouter l'expérience que nous avons de la continuité de la vie:
nous savons que les organismes les plus simples n'apparaissent pas spontanément. Nul biolo-
giste ne voudrait aujourd'hui nier la proposition suivante: « Aucun être vivant ne peut prendre
naissance en dehors de la continuité du plasma de ses ancêtres. » Si l'on rapproche cette pro-
position indéniable du témoignage également indéniable de la paléontologie, la conviction que
les différents types vivants doivent s'être développés non seulement les uns après les autres,
mais les uns des autres, prend les proportions d'un postulat logique positif. La certitude de
la réalité d'une évolution organique ne pourrait être ébranlée que si l'expérience nous enseignait
à l'avenir qu'un organisme individuel peut naître autrement que par continuité plasmatique,
ou que tous les types vitaux, vivants ou disparus, existèrent en même temps dès l'origine. Aucun
autre argument ne pourrait affaiblir la logique de l'idée de l'évolution organique.
Le spectacle que nous offre la flore laurentienne, •— dont nous avons fait le tableau dans
la première partie de cette étude, — et les leçons qui se dégagent de sa considération attentive,
ne peuvent que fortifier cette conviction que la vie végétale continue un développement depuis
longtemps commencé, qu'elle produit encore plus ou moins rapidement de nouvelles entités
spécifiques ou variétales, et que les virtualités vitales ne sont nullement épuisées par le déve-
oppement actuel de l'espèce, et le développement ordinaire de l'individu.
La méthode expérimentale est inapplicable sur des ensembles aussi vastes et aussi com-
plexes que celui qui est constitué par la flore de notre immense pays. Elle est de plus impuis-
sante en face de problèmes où le facteur temps, impossible à éliminer, joue un rôle essentiel et
annule, par la durée nécessaire des périodes d'expérimentation, la durée de l'expérimentateur
lui-même. Aussi l'observation est-elle ici seule en cause.
L'observation nous fait reconnaître des endémiques, c'est-à-dire des espèces dont la dis-
tribution géographique est restreinte à un territoire déterminé et souvent exigu, et des èpibittes,
c'est-à-dire des espèces qui ont survécu à des associations disparues, et qui se trouvent isolées
à l'état de reliques loin de leur aire principale actuelle. C'est par l'examen méticuleux des
conditions de milieu, par l'étude serrée des distributions, que nous pouvons apprécier les dévia-
tions qu'ont subies les épibiotes, et tenter d'expliquer l'origine des endémiques, soit par l'hy-
pothèse d'une transformation insensible et continue, soit par l'hypothèse d'une évolution large-
ment discontinue, d'une série de mutations brusques.

[63]
FLORE LAURENTIENNE

(a) Évolution à termes discontinus.

Il semble bien que nous avons dans la flore du Québec des traces suffisamment nettes d'évo-
lution à termes discontinus. Deux cas seulement seront mentionnés: le cas du genre Senecio,
et celui du genre Crataegus.
Le genre Senecio est bien développé au nord et à l'est du Québec, particulièrement autour
du golfe Saint-Laurent. On connaît d'une manière définitive, dans cette dernière région, plusieurs
espèces endémiques, avec un certain nombre de formes critiques qui restent à étudier. Les
capitules de presque toutes les espèces portent des rayons assez allongés et d'un beau jaune d'or.
Plusieurs espèces donnent de temps à autre des formes dépourvues de rayons, et ce caractère
purement négatif, régressif, est accompagné d'autres modifications caractéristiques: érythrisrne,
etc. Ainsi, une tourbière à Senecio pauperculus, à Anticosti, ne contient que des individus sans
rayons et teintés d'anthocyane. L'origine des milliers d'individus modifiés de la même manière
ne peut guère s'expliquer que par la persistance des caractères modifiés chez les individus issus
de graines: il s'agit d'une véritable mutation, qui a reçu le nom de f. verecundus, mais qui mérite-
rait probablement un nom spécifique.
Le genre Senecio présente, le long des rivages du golfe Saint-Laurent, une grande espèce
halophytique, le S. pseudo-Arnica. C'est une plante de forte taille, pouvant atteindre presque
deux mètres de hauteur, vigoureuse, d'un beau vert sauf à la base, très charnue, fortement to-
menteuse vers le sommet et dans l'inflorescence. Les capitules sont larges d'environ cinq centi-
mètres, et sont munis de rayons définis, de deux ou trois centimètres de longueur. Or, on trouve
dans la Minganie (île du Havre de Mingan), des plantes rougeâtres, peu velues, et portant des
capitules dont les rayons, d'environ deux millimètres de longueur, ne dépassent que peu ou
point les fleurs du disque. C'est le Senecio Rollandii, qui forme, sur plus d'un mille de longueur,
des colonies luxuriantes, insérées brusquement dans le cordon littoral de /S. pseudo-Arnica
qu'elles interrompent de place en place sur une longueur d'environ un mètre. On n'observe
aucun intermédiaire, ni aucune trace de parasitisme ou de dégénérescence. Il s'agit encore
ici d'une mutation bien définie, qui peut se produire dans toute l'aire de l'espèce.
Si noua passons maintenant au grand genre Crataegus, — le groupe des Aubépines, — nous
trouvons un cas encore plus caractéristique, celui d'un genre en pleine crise de mutation.
L'étude de la flore fossile, aussi bien que celle de la flore vivante générale, laisse entendre
que le développement des espèces ne procède pas sur tous les points à la fois, ni à la même vitesse,
comme une marée qui s'avance sur un rivage, mais que ce développement rappelle plutôt la
progression, en apparence désordonnée, des troupes sur un long front de bataille. Ce sont des
explosions, des expansions soudaines de certains groupes particuliers: genres, familles, ordres,
classes, qui explorent pour ainsi dire toutes les possibilités d'une certaine formule d'organisa-
tion pour retourner ensuite à l'immobilité relative ou absolue, et quelquefois disparaître entière-
ment. Rappelons, pour mémoire, l'expansion apparemment soudaine des Ptéridospermées au
Carbonifère, celle des Angiospermes à la fin du Crétacé, et parmi les Angiospermes, la récente
et formidable évolution des Composées.
Dans la flore actuelle, certains genres nombreux en espèces, comme le genre Carex qui en
comprend environ 1000, semblent au repos, présentant des types spécifiques assez bien définis,
à bas coefficient de variabilité. Leur effort d'expansion semble fait, mais la décadence, qui
doit se traduire par l'élimination des types faibles, n'est pas encore avancée. Certains autres

[64]
F L O R E L A U R E N T I E N N E

genres, a u contraire, semblent être en pleine éruption, j e t a n t en t o u s sens des formes nouvelles
plus ou m o i n s stables, et sans rapport causal avec le milieu. Tels sont, en E u r o p e , les genres
Rosa, Rubus, Hieracium; en Chine et a u J a p o n , le genre Sorbus; en Amérique, les genres Anten-
naria, Panicum, Oenothera, Crataegus.
Le genre Crataegus, qui ne présente guère que quelques espèces dans l'ancien monde, —
espèces a p p a r e m m e n t stables, — pose d a n s le nouveau monde, à cause de l'effarante multiplicité
des formes, un extraordinaire problème biologique. On a décrit en Amérique près d ' u n millier
d'espèces, e t n o t r e flore québécoise en renferme a u moins une cinquantaine, e t p r o b a b l e m e n t
d a v a n t a g e . M a i s que sont ces espèces ? Linnéons, jordanons, micromorphes, espèces élémen-
taires ? Quelle est leur valeur technique et leur stabilité ?
D e s biologistes, familiers avec d ' a u t r e s genres, o n t mis en doute la valeur de cette taxonomie
des Crataegus. Ce millier d'espèces, surgi sur les sites des anciens villages d'Indiens sédentaires,
sur les fermes abandonnées et les terrains incultes de l'Amérique orientale, étonne e t effraie. Mais
il faut se r a p p e l e r que la formule de l'organisation, donc la spécificité, résultent de la combinaison
d ' u n c e r t a i n nombre de caractères ou d'éléments d'intégration, éléments d ' a u t a n t plus nombreux
que l ' ê t r e , p l a n t e ou animal, est plus élevé en organisation. D a n s une p l a n t e angiosperme, dernier
fruit de l'évolution des Vasculaires, le nombre de ces éléments est relativement grand, et Me
n o m b r e d e leurs combinaisons possibles, et p a r conséquent des espèces possibles, est immense.
E n ce qui concerne les Crataegus, une longue expérience p e r m e t d'affirmer q u ' u n e fois les
o b s e r v a t i o n s faites et les premières difficultés vaincues, on arrive à reconnaître, a u m o m e n t de la
floraison, la p l u p a r t des espèces d'une région donnée, aussi facilement et même plus facilement
que celles d ' a u t r e s genres critiques, mais moins n o m b r e u x en espèces. Cependant, la floraison
passée, il semble que les différences s'oblitèrent: le rideau se tire et le monde des Aubépines
redevient u n e énigme. D a n s l'ensemble, toutefois, nous considérons les Aubépines du Québec
comme suffisamment caractérisées. Q u a n t à la stabilité des espèces, deux ordres de faits peuvent
nous renseigner. Tout d'abord, des expériences à grande échelle instituées par SARGENT à l'Arnold
A r b o r e t u m ont m o n t r é que les espèces se reproduisent en conservant fidèlement leurs caractères.
D ' a u t r e p a r t , l'observation, a u m o m e n t de la floraison, des grandes formations d'Aubépines
comme celles de l'île de Montréal, n e donne pas l'impression de variabilité individuelle. Des
haies n a t u r e l l e s , longues de centaines de mètres, sont souvent composées de milliers d'individus
a p p a r t e n a n t à la même espèce ou à u n p e t i t nombre d'espèces, toujours bien reconnaissables
au m o m e n t de la floraison.
N o u s avons dit q u e la flore du Québec comprend a u moins une cinquantaine d'espèces
d ' A u b é p i n e s . D a n s ce n o m b r e , plusieurs sont endémiques dans la région de M o n t r é a l , ou
d a n s celle de Québec, et d'autres sont limitées à u n territoire d é b o r d a n t assez peu le Québec.
Or, les Aubépines ne sont pas des essences forestières; leur épanouissement d e m a n d e des lieux
secs e t d e pleine lumière. A l'époque précoloniale, t o u t le Québec é t a i t couvert d'épaisses forêts,
et les lieux ouverts, a u t r e s que les marécages et les tourbières, étaient p l u t ô t rares. Les Aubé-
pines ne p o u v a i e n t guère s'établir que p a r petits groupes isolés, le long des cours d'eau. C'est
ainsi q u ' o n les voit d'ailleurs sur les confins de leur distribution, sur leur front d'avance, au lac
S a i n t - J e a n , au Témiscamingue, sur l'île d'Anticosti. Il paraît logique de conclure, e t c'est le
point c a p i t a l de t o u t e cette discussion, que le grand développement du genre en Amérique est le
résultat i m m é d i a t d'une r u p t u r e d'équilibre écologique, effet du défrichement p a r les Indiens
sédentaires d'abord, p a r les Blancs ensuite. N o n pas que le n o u v e a u milieu ainsi créé ait formé
d i r e c t e m e n t les nouvelles entités en les m o u l a n t à ses lignes. Il semble bien plutôt, comme nous
l'avons suggéré plus h a u t pour le cas général des genres polymorphes, que l'espèce, en v e r t u
d ' u n d y n a m i s m e dont l'essence nous échappe encore complètement, e t sous le stimulus de l'en-

[65]
F L O R E L A T J R B N T I E N N E

vironnement, produise a u hasard, en tous sens, des m u t a t i o n s qui n ' o n t en elles-mêmes


a u c u n rapport avec le milieu e t l'utilité. N o u s sommes donc amenés à la conclusion q u e les
Aubépines endémiques québécoises se sont formées sur place, et que, p a r conséquent, d a n s des
circonstances favorables, quelques siècles p e u v e n t suffire p o u r produire, — p a r m u t a t i o n poly-
ploïdique typique, p a r m u t i l a t i o n suivie de polyploïdie, p a r hybridation o u a u t r e m e n t , — u n e
merveilleuse floraison d'espèces.

(b) Évolution à termes continus.

Les traces d'évolution discontinue que nous pouvons relever directement dans n o t r e flore
sont peu nombreuses, précisément parce q u e ce mode semble procéder p a r crises violentes, le
plus souvent longuement séparées d a n s le t e m p s et l'espace. M a i s ces traces sont suffisamment
démonstratives. Il e s t d'ail-
leurs certain que b e a u c o u p
de m u t a t i o n s se p r o d u i s e n t
sans cesse qui é c h a p p e n t à
l'observation ou s o n t mises
au compte d ' a u t r e s proces-
sus: anomalie, h y b r i d i s m e ,
p a t h o l o g i e . Quand nous
trouvons des faits d y n a m i -
ques d o n t le r a p p o r t avec
la condition s t a t i q u e e s t
obscur, nous inclinons d'ins-
tinct à les a t t r i b u e r p l u t ô t à
ce m o d e d'évolution plus
banal q u e nous supposons
continu, p e u t - ê t r e seule-
ment parce que le g r a n d
nombre e t l'affinité des ter-
mes en m a s q u e n t la discon-
tinuité.
Ces forces d ' é v o l u t i o n
continue d o n t n o u s a d m e t -
tons le t r a v a i l incessant s u r
la face de la Biosphère, •—
parce que nous ne v o y o n s p a s
d ' a u t r e s processus p o u v a n t
rendre compte de l'ensemble
CARTE L. — Le continent nord-américain durant le Crétacé inférieur, des faits, il n ' e s t p a s facile
Extension de la grande forêt de Gymnospermes. de les déceler, p a r c e q u e le
plus souvent elles s o n t appli-
quées avec la m ê m e intensité à des sujets à peu près identiques, e t d u r a n t des t e m p s sensiblement
égaux. Les repères et les témoins m a n q u e n t le plus souvent. Quand ces forces sont d ' i n t e n s i t é
différente, la relativité des déplacements m a s q u e facilement leur valeur absolue. P o u r déceler

[661
FLORE L A U R E N T I E N N E

l'accélération qu'un engrais chimique ou organique imprime à la végétation d'un champ, il


faut qu'une parcelle soit conservée sans amendement ou vice versa. Pour apprécier la valeur
d'un phénomène d'érosion, il faut que des témoins non entamés subsistent. On ne saurait rien
de l'histoire dévonienne de la région montréalaise sans les fragments de calcaire oriskanien enrobés
dans les nappes éruptives de l'île Sainte-Hélène et de l'île Ronde.
Heureusement pour la science biologique, certaines successions géologiques et certaines
conditions de milieu reproduisent assez fidèlement ces nécessaires conditions expérimentales.
Le plus important de ces
faits g é o l o g i q u e s , celui
peut-être auquel on peut
rapporter tous les autres,
est l'isolement, qui aboutit
à l'insularisme, insularisme
géographique ou insularis-
me physiologique.
Un grand fait d'isole-
ment géographique domine
toute l'histoire de notre
flore américaine actuelle.
A la fin du Crétacé, alors
que les Cycadinées et les
Abiétinées constituent une
forêt uniforme sur tout le
continent, une mer inté-
rieure envahit ce continent,
le sépare, dans le sens de
la longueur, en deux éten-
dues territoriales distinc-
tes. Nous assistons alors
à la ségrégation ou diffé-
renciation des Gymnosper-
mes américaines en types
orientaux et en types occi-
dentaux. Cette différen-
ciation, cette évolution sé- CARTE M. —-Le continent nord-américain à la fin du Crétacé supérieur.
parée, est déjà avancée Un bras de mer divise ce continent en deux massifs, et l'isolement déclenche
lorsque, à l'époque tertiai- l'évolution séparée de la forêt orientale et de la forêt occidentale.
re, la mer intérieure dispa-
raît, livrant son fond desséché à l'établissement de cette remarquable formation écologique qui
s'appelle la Prairie. Cette formation servira désormais de barrière efficace, tout aussi effi-
cace que la mer qu'elle remplace, pour maintenir l'isolement des deux groupes gymnospermi-
ques. (Cartes L, M, N ) .
Ainsi s'individualise à jamais la flore des Gymnospermes laurentiennes, la plupart de
nos espèces orientales ayant désormais dans les Cordillères leur espèce vicariante, ou leurs espèces
vicariantes, résultat d'une divergence dans le temps et l'espace. Par exemple, notre Abies
balsamea est représenté dans l'ouest américain par Y Abies lasiocarpa; notre Larix laricina par

[67]
FLORE L A U R E N T I E N N E

le Larix Lyallii; notre Pinus Sirobus par le Pinus monticola; notre Pinus Banksiana par le
Pinus Murrayana; notre Thuja occidentalis par le Thuja plicata, et ainsi de suite.
Mais un autre grand événement de l'histoire géologique de l'Amérique va s'accomplir
durant le Tertiaire, et devenir encore un puissant facteur d'isolement. Nous voulons parler
de la disparition, par dé-
rive continentale ou autre-
ment, du pont nord-atlan-
tique qui, baigné au sud
par la mystérieuse mer
Téthys, unissait, depuis le
Cambrien, mais avec des
vicissitudes d i v e r s e s ,
l'Amérique e t l'Europe
(Carte 0 ). Cette dispari-
tion dut être graduelle,
mais lorsqu'elle d e v i n t
complète, que les courants
d'eau froide affluèrent vers
le sud, que le secours des
vents et des insectes man-
qua aux phénomènes de
pollinisation, lorsqu'enfin
les conditions de milieu
devinrent de plus en plus
différentes d'un côté et de
l'autre de l'Atlantique, les
mêmes processus différen-
ciateurs que nous avons
vus amener la ségrégation
'.FORET gymnospermique au Cré-
TROPICALE tacé, entrèrent en jeu pour
faire diverger de plus en
CARTE N. — Le continent nord-américain durant le Tertiaire. La mer
mitoyenne disparaît et la forêt tertiaire s'établit en conservant son caractère
plus les flores américaine et
bicentrique. e u r o p é e n n e , jusque-là
relativement semblables, à
la faveur de la continuité des terres et de l'uniformité du climat.
Ainsi, nous voyons alors s'éteindre en Europe quelques-uns des arbres les plus familiers
de l'Amérique d'aujourd'hui:
Acer rubrum Liriodendron tulipifera
Acer spicatum Magnolia acuminata
Betula lenta Magnolia grandiflora
Carya alba Pinus Strobus
Celtis occidentalis Robinia pseudo-Acacia
Fraxinus americana Sassafras officinale
Juglans cinerea Tsuga canadensis.
Liquidambar styracifolia

[68]
FLORE LAUREN TIENNE

A cette impressionnante liste d'arbres, ajoutons des arbustes: Vactinium corymbosum, Vactinium
stamineum, et des plantes herbacées caractéristiques: Brasenia Schreberi, Dulichium arundina-
ceum. D'un autre côté, l'Amérique perd aussi quelques unités, comme les diverses espèces du
genre Trapa.
Sans doute, ces espèces s'éteignirent par manque de plasticité, à cause d'une impuissance
intrinsèque à s'adapter aux conditions nouvelles. La plupart des genres d'arbres, et nombre
de genres herbacés ou frutescents, continuèrent cependant à vivre sur les deux continents; mais
leurs espèces, graduellement modifiées par l'isolement, finirent par diverger à ce point que si
la plupart des genres d'arbres de la flore du nord-est de l'Amérique vivent en Europe occi-
dentale, les deux régions,— il faut noter ce fait qui est capital,— n'ont aucune espèce en commun,
sauf peut-être le Juni-perus communis, qui affecte d'ailleurs en Amérique un port déprimé très
différent de celui de la for-
me ordinaire européenne.
Mais malgré ces différences
spécifiques, il est facile ce-
pendant de reconnaître les
affinités, et d'établir, d'un
côté à l'autre de l'Atlanti-
que, entre les Hêtres, les
B o u l e a u x , les Pins, les
Ostryers, un parallélisme,
une vicariance, analogue au
parallélisme, à la vicariance
que nous avons reconnus
entre les Gymnospermes de
l'est et de l ' o u e s t de
l'Amérique. Ainsi YOstrya
virginiana diffère très peu
de VOstrya carpinifolia
d'Europe ; Y Vlmus fulva
d'Amérique et l'Ulmus cam-
pestris d'Europe sont évi- CARTE O. — Les ponts continentaux durant le Tertiaire (époque éocène ).
demment de même souche,
et notre magnifique Ulmus americana n'est que le vicariant américain de l'Ulmus pedun-
culate, d'Europe. Une semblable relation unit le Pinus Strobus laurentien et le Pinus Peuce
balkanique, le Pinus Banksiana hudsonien et le Pinus sylvestris du nord de l'Europe. Dans
certains cas cependant, comme dans celui des Chênes, cette vicariance ne paraît pas exister: nos
Chênes appartiennent à des séries d'espèces non apparentées aux séries d'Europe.
Ces identités ou ces vicariances, plus frappantes quand il s'agit d'arbres connus de tout
le monde, s'établissent également quand il s'agit de la flore herbacée ou frutescente. Il y avait
continuité dans la flore littorale de la mer Téthys, depuis le Bouclier Scandinave jusqu'au Bouclier
laurentien. Cette continuité, favorisée par l'uniformité du climat tertiaire, a évidemment
été rompue par la disparition du pont nord-atlantique. Mais la flore actuelle du golfe Saint-
Laurent contient une florale assez importante dont les affinités ou les identités Scandinaves
ou baltes sautent aux yeux. Certains éléments comme:
Atriplex maritima Polygonum, acadiense
Carex recta Polygonum Raii
Carex vesicaria var. Grahamii Scirpus pumilus
Eleocharis uniglumis Sparganium glomeratum,
l 69]
FLORE LAU R E N T I E N N E

sont demeurés inchangés; d'autres, comme le Carex Hostiana var. laurentiana, de Terre-Neuve
et d'Anticosti, ont divergé plus ou moins du type primitif.
Mais les relations de vicariance chez les plantes herbacées ne sont pas limitées aux plantes
maritimes. Une étude détaillée de chacun des groupes de la flore, faite à ce point de vue, mon-
trerait d'une façon saisissante ce léger décalage morphologique, qui est la mesure même de l'am-
plitude de la micro-évolution en œuvre sur les deux côtés de l'Atlantique, depuis la séparation
complète des continents. On peut déceler cette micro-évolution dans tous les groupes impor-
tants; nous nous limiterons ici à quelques exemples tirés des Ptéridophytes et des Angiospermes:

EUROPE OCCIDENTALE AMÉRIQUE ORIENTALE

PTÉRIDOPHYTES

Lycopodium clavatum Lycopodium clavatum var. laurentianum


( Lycopodium complanatum var. canadense
Lycopodium complanatum <T ,. . , „..
( Lycopodium flabelliforme
Equisetum hyemale Equisetum hyemale var. affine
Equisetum palustre Equisetum palustre var. americanum
Equisetum sylvaticum Equisetum sylvaticum var. pauciramosum
Isoetes echinospora Isoetes Braunii
Botrychium virginianum var. europaeum Botrychium virginianum
Osmunda regalis Osmunda regalis var. spectabilis
Athyrium Filix-jemina Athyrium angustum
Polypodium vulgare Polypodium virginianum
Polystichum aculeatum Polystichum Braunii
Pteridium aquilinum Pteridium latiusculum
Thelypteris spinulosa var. dilatata Thelypteris spinulosa var. americana

ANGIOSPERMES

Circaea intermedia Circaea canadensis


Circaea lutetiana Circaea latifolia
Linnaea borealis Linnaea borealis var. americana
Lonicera coerulea Lonicera villosa
Nymphozanthus luteus Nymphozanthus variegatus
Nym,phozanihus luteus X N, pumilus Nymphozanthus rubrodiscus
(N. microphyllus X N. variegatus)
Nymphozanthus pumilus Nymphozanthus microphyllus
Sambucus racemosa Sambucus pubens
Viburnum Lantana Viburnum lantanoides
Viburnum Opulus Viburnum americanum

[70]
FLORE LAURENTIENNE

Mais les âges ont marché et le Tertiaire touche à sa fin. Déjà façonnée par les deux grands
événements que nous venons d'exposer, enrichie par divers courants de migration, la flore du
Québec va maintenant subir la grande épreuve de la glaciation pleistocene.
Sous l'influence de causes diverses: astronomiques, géologiques, météorologiques, causes
d'ailleurs entièrement hypothétiques, un refroidissement s'opère dans tout l'hémisphère boréal.
Une immense nappe de glace, d'une puissance mécanique extraordinairement intense, s'avance,
gagne, envahit tout, couvrant à certains moments deux millions de milles carrés, s'étendant
depuis le Labrador jusqu'à l'Alaska, descendant jusqu'au Montana, poussant une pointe avancée
dans la vallée du Mississipi et de l'Ohio, et touchant l'Atlantique dans le nord du New-Jersey.
Cette nappe de glace rayonnait autour de trois centres: un centre labradorien, un centre keewa-
tinien et un centre cordillérien. Seul nous intéresse ici le centre labradorien, situé au cœur de
ce que nous appelons l'Ungava, et d'où la glace s'étendit sur tout le Canada oriental (Carte P ) .
Durant cette période,
dont la durée fut de l'ordre
d'un million d'années, la
nappe de glace fut soumise
à des avances et à des reculs
successifs: il y eut des pé-
riodes interglaciaires où le
climat redevenait tempéré,
et où la végétation, chassée
vers le sud durant l'avance
précédente, reconquérait le
pays d é g 1 a c i é . L'avant-
dernier retour de la glace
sur le Québec, probablement
à la période jerseyenne, sem-
ble avoir couvert tout le
territoire et avoir détruit
toute végétation. Puis s'ou-
vre une dernière période in-
terglaciaire, qui peut avoir
duré de 6 0 , 0 0 0 à 8 0 , 0 0 0 ans. CARTE P. — Extension maximum de la glaciation en Amérique.
De nouveau, à la période
Wisconsin, la glace s'avance, mais il ressort de travaux récents que cette dernière glaciation a
été plus bénigne, et que nombre de points du Canada oriental n'ont pas été touchés. L'épais-
seur de la glace qui recouvrait alors les parties centrales de l'Ungava est inconnue, mais dans
le nord-est du Labrador elle était d'environ sept cents mètres, A Terre-Neuve, la nappe ne
s'élevait guère au-dessus de trois cent cinquante mètres, ce qui permit à de grandes étendues
de hauts plateaux d'échapper aux ravages de la glaciation. Dans le sud-est du Québec, il
est également certain que la glace n'a pas dépassé le niveau de huit cents mètres et que la partie
supérieure des Shikshoks n'a pas été recouverte. D'autres régions, élevées ou non, semblent
avoir été épargnées: Torngats, sommet des Laurentides aux environs de la baie Saint-Paul,
Le Bic, plateaux de l'île du Cap-Breton, îles de la Madeleine, peut-être aussi la majeure partie
de l'Anticosti - Minganie et la région de Blanc-Sablon (Carte Q).
Nous savons quelque chose de la flore de cette dernière période interglaciaire par des restes
fossiles trouvés près de la baie James, sur la rivière Moose, et près de Toronto, à Scarboro Bluffs

[71]
F L O R E L A U R E N T I E N N E

et d a n s la vallée de la rivière D o n . Les dépôts interglaciaires de Scarboro Bluffs o n t livré


quarante-deux espèces, i n d i q u a n t u n climat correspondant à celui qui règne aujourd'hui en
Pennsylvanie. Quelques-unes de ces espèces vivent encore aujourd'hui, mais plus a u sud ; d ' a u t r e s ,
comme l'Acer torontoniense et l'Acer pleistocenicum sont m a i n t e n a n t éteintes. Il est possible
que l'Acer pleisiocenicum soit identique à l'Erable dit de Norvège (Acer platanoides), q u e l'on
plante dans nos villes et nos parcs, et qui était peut-être u n arbre commun dans la vallée du
Saint-Laurent d u r a n t la dernière période interglaciaire.

Les dépôts de Toronto nous renseignent donc un peu sur les éléments de la flore inter-
glaciaire. Mais nous en savons beaucoup plus par des documents d'un a u t r e ordre, — fossiles
vivants, pourrait-on
dire, — p a r la flore reli-
quat e qui a persisté j u s q u ' à
ce j o u r a u t o u r d u golfe
S a i n t - L a u r e n t , p o u r nous
raconter l'histoire m y s t é -
rieuse de ce lointain passé.

N o u s venons d e voir
que l'offensive glaciaire fi-
nale fut assez bénigne, et
que certains points du C a -
n a d a oriental ne furent pas
touchés. Ces p o i n t s , ces
n u n a t a k s , coupaient les
c h a m p s de glace ou s'éle-
vaient, comme des îles
de rochers et de v e r d u r e ,
au-dessus de la g r a n d e
é t e n d u e blanche, d u r a n t
cette étrange période. Ces
îles, perdues au milieu du
plus complet des déserts,
n ' é t a i e n t p o u r t a n t p a s dé-
pourvues de vie; elles hé-
bergeaient une flore res-
t r e i n t e et une faune encore
plus p a u v r e , reliques, l'une
et l ' a u t r e , sauvées de la
flore et de la f a u n e ter-
tiaires, et qui furent dès
CABTE Q. — Les nunataks du Canada oriental. Les parties en noir solide lors forcées de s ' a d a p t e r
indiquent les régions qui sont considérées comme ayant échappé à la glaciation
à des conditions extraordi-
Wisconsin.
nairernent violentes. Ce
qu'il importe d e r e m a r q u e r t o u t d'abord comme découlant de très n o m b r e u x faits, c'est que
ce processus d'élimination des formes plus faibles et insuffisamment plastiques, p e r m e t t a n t
l'expansion, d u r a n t les âges glaciaires, des formes plus malléables et plus progressives, semble
avoir été l'une des causes principales de l'apparition de nouvelles espèces, et avoir j o u é le rôle
d'accélérateur des courants d'évolution.

[72]
FLORE LAUEENTIENNE

En traçant, dans la première partie de cette esquisse, le schéma général de la végétation


du Québec, nous avons caractérisé, par leurs endémiques et leurs reliques, les districts floris-
tiques qui renferment des nunataks. 11 n'y a pas lieu d'y revenir ici, sauf d'une manière très
générale, pour rappeler que ces nunataks ont conservé durant le Wisconsin, et même depuis,
une partie de la végétation qui les recouvrait durant la dernière période interglaciaire. Cette
végétation semble avoir eu des affinités très grandes avec la flore cordillérienne actuelle, et, à
un moindre degré, avec la flore de l'Europe subarctique. Il y a des indications très nettes que
cette flore interglaciaire était relativement uniforme depuis les montagnes Rocheuses jusqu'à
l'Atlantique. A cause de l'immobilisation de la vapeur d'eau dans la glace wisconsine, les
régions épargnées, et les régions en bordure du front glaciaire, étaient vraisemblablement des
étendues sèches et steppiques. Nous pouvons nous faire une idée de ces conditions par l'appa-
rence actuelle de certaines parties de la Minganie. De telles conditions, nous le répétons, éli-
minent certaines espèces, ouvrent la voie à d'autres, et déclenchent des puissances d'adap-
tation et de transformation.
Durant les centaines de siècles que la glace entoure les nunataks, cette évolution se poursuit.
Lorsque le glacier bat définitivement en retraite, la région rabotée par la glace, le Bouclier pré-
cambrien et la vallée du grand fleuve Saint-Laurent, sont de nouveau colonisés par une flore
sélectionnée durant l'épreuve glaciaire, flore jeune dans ses associations, conquérante d'espace,
d'un type uniforme, qui trouve son expression schématique dans les Laurentides. Le trait
principal de cette flore est son uniformité et l'absence d'espèces locales et d'endémiques. Il est
clair que, dans le cadre des conditions postpleistocènes, les quelque 40,000 ans qui se sont écoulés
depuis le retour de la végétation n'ont pas été physiquement suffisants pour permettre la produc-
tion d'espèces nouvelles. Cette uniformité est telle, que connaître les unités systématiques
et les associations de cent milles carrés des Laurentides, c'est connaître complètement toute
cette immense région. Uniformité, mais non pauvreté. Les Laurentides sont un Éden, un
Êden boréal et un peu sévère peut-être, mais où la vie déborde, riche, fraîche, vigoureuse.
Arrêtons-nous ici un instant à imaginer la silencieuse remontée des unités militantes de
la forêt canadienne vers le nord. C'est un grand tableau biologique déployé sur le mur des
temps révolus.
D'abord parurent, sombres et drus, ces rudes pionniers: l'Êpinette noire et l'Épinette
blanche, le Sapin baumier et le Mélèze, et plus tard, beaucoup plus tard, la majesté myriadaire
des Pins. Puis, suivirent les Peupliers et les Bouleaux, les Aulnes et les Viornes, les Cornouillers
et les Airelles. Et l'Érable à sucre prit possession des moraines bien draînées sur les flancs
des collines; l'Érable rouge se fixa sur les alluvions fraîches des vallées, et l'Érable argenté se
pencha sur la course des fleuves. Si bien qu'après des siècles et des siècles, la constitution dé-
finitive de la forêt dans ses différents climax fit de notre pays une grande masse de verdure
continue. E t voici maintenant, sur les pas des grands arbres, les légions graciles des Graminées,
la multitude des Carex, les robustes Eupatoires, les opulentes Verges d'or, et combien de cen-
taines d'autres plantes, poussées en avant par l'esprit de conquête qui est l'âme de tout ce qui
vit.
Et c'est ainsi que, depuis 40,000 ans, les vieilles espèces des nunataks, assiégées sur les
montagnes, subissent l'assaut des robustes envahisseurs. Mais la bataille est perdue, bien
perdue. Handicapées par certaines déficiences biologiques encore mal comprises, les vieilles
espèces ont déjà cédé presque tout le terrain. Elles sont toutes devenues très locales, certaines
d'entre elles extraordinairement locales, confinées maintenant sur un seul sommet de montagne,
dans une seule crevasse de rocher, ou dans une seule anse abritée de quelque île déserte. Seul
le botaniste professionnel, prévenu des faits, peut voir que les nunataks, malgré leur apparente

[73]
FLORE LAURENTIENNE

continuité avec le pays qui les entoure, sont encore de véritables îles physiologiques, des centres
ou la tendance endémique s'accuse et où, par contraste avec le reste du pays, nous pouvons
saisir sur le fait le dynamisme qui entraîne l'évolution organique.
Il reste maintenant à examiner une autre cause d'isolement, un autre cas d'insularisme
physiologique. Dans un pays comme le nôtre, qui a subi à une époque géologiquement récente
l'épreuve de la glaciation, il est d'abord intéressant de constater que presque tous les endémiques
certains dont l'origine ne peut s'expliquer par l'isolement durant le Pleistocene, sont établis
dans les estuaires, et particulièrement dans l'estuaire du Saint-Laurent. Nous entendons ici
par estuaire, — nous l'avons dit plus haut, — la partie des rivières débouchant à la mer et
baignée deux fois le jour par les marées d'eau douce.
Dans la première partie de cette esquisse, nous avons donné une liste des principaux élé-
ments de cet habitat, et signalé leurs adaptations écologiques à ce milieu spécial. Depuis
quelques années, on a étudié avec plus de soin les plantes estuariennes, chez lesquelles on a
décelé de notables déviations morphologiques héréditaires, et une plasticité inusitée chez les
plantes terrestres ou palustres. Ces déviations ont été diversement considérées et décrites
comme espèces, variétés ou formes, tant il est vrai que la notion de l'espèce biologique est encore
largement subjective.
L'exemple le plus démonstratif des endémiques estuariens est sans doute le Gentiana Vic-
torinii, espèce confinée sur les grèves baignées par les marées d'eau douce, et connue maintenant
à peu près tout le long de l'estuaire. L'espèce se rapproche du G. nesophila et du G. gaspensis,
deux endémiques des nunataks du golfe Saint-Laurent. Le G, Victorinii est-il une espèce an-
cienne, ou s'est-il formé sur place ? Si c'est une espèce ancienne, il faudrait expliquer d'où
elle est venue, et pourquoi elle a disparu des autres estuaires de l'Atlantique où, semble-t-il,
les conditions écologiques qu'elle recherche sont toujours présentes. Mais on peut suggérer
une autre explication, à savoir: l'évolution du G. Victorinii à partir d'un élément reliqual cor-
dillérien de la section Crossopetalae, évolution opérée en tout ou en partie sur les nunataks des
montagnes avoisinant la baie Saint-Paul. Les conditions climatiques ayant été bouleversées
à la fin de la glaciation, le G. Victorinii, ou son ancêtre, aurait été forcé d'adopter cet habitat
d'occasion qui lui offrait une certaine équivalence écologique.
Le G. Victorinii est accompagné dans son habitat par un groupe de plantes qui ont été
signalées dans rémunération des espèces de la section estuarienne du Saint-Laurent, et qui
accusent des variations profondes et endémiques, d'ailleurs plus ou moins fixées. Toutes ces
modifications sont vraisemblablement dues aux mêmes causes, causes que l'on ne peut que
conjecturer. Bon nombre de ces plantes de l'estuaire du Saint-Laurent ont pu s'établir sur
ces rivages au temps de la mer Champlain, lorsque le climat était notablement plus chaud
qu'aujourd'hui. Le retrait graduel de la mer a permis à ces plantes de s'adapter à la déchloru-
ration des eaux. D'autre part, le refroidissement du climat a obligé certaines espèces nor-
malement terrestres à rechercher l'habitat estuarien où, comme l'on sait, la température des
eaux offre des particularités remarquables. En effet, à marée basse, le soleil réchauffe la vase.
Lorsque le flux commence, l'eau montante s'approprie cette chaleur, et il se trouve alors que la
partie basse de la zone intercotidale, baignée par une eau plus chaude que celle des habitats
humides des mêmes latitudes, devient, quand elle est peu profonde, un milieu favorable à la vie
de plantes aquatiques appartenant normalement à une latitude plus méridionale: Eriocaulon
Parkeri, Scirpus Smithii, Isoetes Tuckermani, etc.
D'autre part, la partie supérieure rocheuse de la zone intercotidale qui découvre complète-
ment deux fois le jour, est soumise à des conditions toutes différentes. Il y sévit, la moitié de
la journée, à marée basse, une evaporation intense qui en fait un habitat naturellement plus

[74]
FLORE L A U R E N T I E N N E

froid que l'habitat situé immédiatement au-dessus de la berge. D'où la persistance d'une
florule terrestre plus ou moins subarctique (Astragalus labradoricus, Gentiana Vidorinii, Allium
Schoenoprasum var. sibiricum) qui forme un contraste frappant avec la flore aquatique avoisi-
nante, de caractère relativement thermophile.
L'habitat estuarien constituerait donc encore un véritable insularisme physiologique,
avec toutes les conséquences que cela entraîne. D'autre part, le rythme incessant d'émersion
et d'immersion qui, quatre fois par vingt-quatre heures, modifie profondément toutes
les conditions de respiration, de transpiration, de nutrition et de photosynthèse, pourrait bien
être un facteur de première importance. Ce rythme estuarien reproduit toutes les phases et
tous les chocs du rythme saisonnier, il en est quelque chose comme la haute fréquence, en sorte'
que l'individu, et par suite l'espèce, vivent pour ainsi dire plus vite, brûlant les étapes qui ont
pour terme de nouvelles possibilités biologiques.

2. FACTEURS D'ÉLIMINATION.

Nous venons de voir comment, sous l'influence de conditions extérieures favorables, les
forces d'évolution intrinsèques à la formule biologique individuelle semblent se libérer, se tra-
duire, par un dynamisme qui est généralement constructif. Que certaines espèces, toujours
sous l'influence de conditions extérieures, puissent régresser et disparaître par dégénérescence,
cela semble également certain, bien que les faits soient ici moins faciles à vérifier.
Si l'on étudie la florule épibiotique cordillérienne qui se rencontre dans la région du golfe
Saint-Laurent, florule implantée dans la région durant la dernière période interglaciaire, et
peut-être longtemps avant, on trouve à côté d'une affinité qui dénote une communauté d'origine
évidente, une tendance régressive très nette chez un certain nombre de types. C'est ainsi que
paraissent devoir s'interpréter, par rapport à leurs types spécifiques respectifs, VErigeron loncho-
phyllus var. laurentianus, le Cypripedium passerinum var. minganense, et nombre d'autres plantes.
Il semble que l'on puisse envisager la généralisation suivante : l'isolement, qui souvent
déclenche l'évolution positive des formes, peut aussi en certains cas, sous la pression grandissante
des formes plus progressives, ou encore en diminuant les facilités d'interfécondation, déterminer
la sénilité des plus faibles.
Au reste, cette sénilité qui paraît affecter morphologiquement nombre d'espèces cordilié-
riennes emprisonnées autour du golfe Saint-Laurent, cette sénilité de la qualité, si l'on peut
dire, est accompagnée d'une sénilité non moins évidente qui affecte la quantité de la flore, les
associations d'espèces et leur aire géographique. Un très grand nombre de ces éléments cordil-
lériens n'existent plus que dans de rares stations isolées, ou sont abondantes seulement à l'in-
térieur d'une aire extrêmement réduite. Plusieurs paraissent n'exister que dans une seule
station particulièrement protégée. Une loi de mort semble peser sur cette florule cordillérienne,
loi qui la réduit à se terrer dans les ravins protégés pour échapper à la destruction fatale qui la
guette. Qu'est-ce au juste qui agit ici ? Insuffisance intrinsèque ou action extérieure ?
Quoi qu'il en soit, la possibilité que des influences extérieures entrent ici en jeu nous amène à
considérer maintenant la question générale de l'action que peuvent exercer sur la flore du
Québec les facteurs purement extérieurs à cette flore elle-même.

[75]
FLOBE LAURENTIENNE

C. — FACTEURS DYNAMIQUES EXTRINSÈQUES.

Les forces d'évolution intrinsèques aux espèces, nous l'avons vu, sont capables, à très
longue échéance, avec l'aide de facteurs extérieurs, d'altérer profondément la physionomie
des flores, en modifiant les éléments mêmes qui les constituent. Mais cette physionomie est
davantage affectée, et infiniment plus rapidement, par certains facteurs extrinsèques qui agissent
non plus sur la formule biologique de l'individu, mais sur l'expansion des espèces et leur groupe-
ment dans le temps et l'espace. En un mot, tandis que les influences intrinsèques agissent
sur la qualité du dynamisme, les influences extrinsèques en règlent surtout la quantité. Au
premier rang de ces influences se placent les changements de climat et l'hominisation de la nature.
Toute variation de climat se traduit par une perturbation dans l'équilibre des flores.
Ainsi, le climat plus chaud qui régna durant une partie de la période Champlain a probablement
suscité sur les bords de la mer de ce nom, malgré la proximité des glaces pleistocenes encore
incomplètement fondues, une flore particulière dont quelques éléments au moins ont persisté.
C'est probablement à cette cause qu'il faut rapporter le caractère plutôt méridional de la florale
spéciale de l'Ottawa et de celle des environs du lac Saint-Pierre, ainsi que certains mélanges
de flores autrement peu explicables.
Mais de tous les facteurs extrinsèques capables de déclencher dans les flores une certaine
intensité de dynamisme, il n'en est peut-être pas de plus puissant, de plus rapide en tout cas
que le plus récent en date, celui dont nous pouvons toucher du doigt les effets: l'introduction,
dans la mêlée des forces terrestres, d'un élément d'essence différente et particulièrement agissant:
l'intelligence de l'homme.
L'homme, ce roseau, a cependant réussi à plier à sa volonté, des forces fatales qui parais-
saient devoir le dominer entièrement et à jamais. Depuis un temps immémorial il a réduit en
servitude un certain nombre d'animaux et de plantes. Pour propager ces dernières, il a dû
s'employer à détruire la flore naturelle. Quand l'abri des cavernes et la tente de peaux de bêtes
cessent de lui suffire, l'homme, muni de sa hache de pierre, attaque l'arbre, ouvre la forêt. Le
déboisement de la planète commence, le déboisement, lutte d'un facteur spirituel contre les
forces brutales de la Nature. Dynamisme violent lui-même, le déboisement déclenche automa-
tiquement toute une série de réactions dynamiques dans les facteurs écologiques et dans les
flores qui en dépendent. Là où la prairie artificielle persiste, maintenue par une lutte de chaque
jour, le climat se modifie. Le soleil, atteignant maintenant le sol, le réchauffe, crée un régime
où les facteurs cosmiques ordinaires : chaleur, humidité, lumière, sont dans un équilibre nouveau.
C'est ainsi que le bassin du lac Saint-Jean, la grande terre de l'Abitibi, voient leur climat et les
possibilités de leur sol améliorés à la suite d'un énergique déboisement. Quand, d'autre part, le
déboisement est l'œuvre du feu, et que la terre est laissée à elle-même, nous voyons toute une
série de manifestations dynamiques merveilleusement balancées, s'agencer, s'ordonner, tendre
vers le rétablissement de la forêt primitive. Ce mouvement de reconstruction, ces successions
qui obéissent à des lois définies, ces adaptations continuelles à des équilibres continuellement
changeants, sont parmi les plus intéressants des processus naturels.
Mais l'hominisation d'un pays boisé comme le pays laurentien n'a pas seulement pour
effet la substitution, à un équilibre ancien, d'un équilibre nouveau résultant d'un simple regroupe-
ment des mêmes éléments. L'homme abat la forêt pour créer en son lieu des champs de blé.
Mais il a engendré en même temps, de son cerveau et de ses mains, un enfant terrible: la machine,
qui multiplie sa puissance à bouleverser les rythmes organiques de la nature. Fort de cet auxi-

[76]
FLORE L A U R E N T I E N N E

liaire, il perce les montagnes, creuse des canaux, ouvre des routes à travers les continents. Ses
locomotives, récupérant l'énergie solaire fossilisée dans la houille, rayonnent en tous sens et
s'enfoncent dans les solitudes sauvages. Sur les pas de l'homme, les plantes se mettent en
marche. Certaines espèces le suivent comme des chiens. Bien vite, l'Indien d'Amérique
remarqua le Plantago major, qu'il nomma aussitôt: le pied du Blanc. Dans les plis de leur
manteau, nos missionnaires et nos voyageurs ont convoyé sans le savoir, YHieracium vulgatum,
VArtemisia vulgaris, le Silène Cucubalus, qu'ils ont disséminés ensuite le long de leur route.
Qui ne connaît la persistance avec laquelle le Polygonum aviculare s'attache au voisinage des
maisons, le Stellaria media au seuil où la ménagère jette les eaux grasses, VAnthémis Cotula aux
portes des étables, le Galinsoga ciliata aux trottoirs des villes ?
La flore d'Amérique,
séparée de la flore europé-
enne durant le Tertiaire, lui
a été de nouveau réunie par
l'intermédiaire de l'homme
blanc, et les migrations de
celui-ci ont toujours été ac-
compagnées de migrations
végétales correspondantes.
Les chemins de fer, courant
de l'Atlantique au Pacifique
dans la direction des paral-
lèles, ont été les grandes
v o i e s de ces migrations.
Des centaines d'espèces eu-
rasiatiques, méditerranéen-
nes surtout, ont f r a n c h i
l'Atlantique et se sont très
vite acclimatées, quelquefois
au point de déplacer la flore
indigène et de devenir de
véritables fléaux. C e 1 le s CARTE R . — Extension du Butomus umbellatus sur le Saint-Laurent, à
que nous nommons mauvai- la fin de l'année 1933.
ses herbes ne sont que des
immigrantes auxquelles l'homme a procuré un nouveau et puissant moyen de dispersion, un
milieu favorable où elles s'établissent fortement, grâce à leur grande résistance et à leur ra-
pide propagation. Ce sont surtout des plantes annuelles: Amaranthus, Chenopodium, Brassica,
etc., recherchant les sols ameublis, — précisément ceux que l'homme prépare pour y cultiver
les plantes de son choix, — et s'emparant des sillons aussi vite que la charrue peut les ouvrir.
Le plus grand nombre de ces plantes ont voyagé de l'est à l'ouest; quelques-unes sont venues
de la Prairie vers l'est avec les trains de blé ; d'autres enfin, moins nombreuses, venues de
l'Amérique tropicale, ont voyagé du sud au nord.
La flore laurentienne, telle que la virent Jacques CAETIEE, Samuel de CHAMPLAIN, Louis
HÉBERT, Michel SARKAZIN, Pehr KALM et Jean-François GAULTHIEE, différait donc beaucoup
de celle que nous voyons aujourd'hui. Certains éléments, introduits d'Europe ou d'ailleurs,
sont même parmi ceux qui donnent une apparence caractéristique aux paysages familiers. Que
serait le printemps sans l'éclatante floraison des Pissenlits; que seraient nos champs, l'été, sans

[77]
FLORE LAURENTIENNE

le peuple étoile des Marguerites, sans la note céruléenne de la Chicorée, et sans la sanguine
ardente de l'Êpervière orangée ? Et combien différents sont maintenant les rivages du Saint-
Laurent, depuis le lac Saint-François jusqu'à Saint-Jean-Port-Joli, couverts du manteau pourpre
et rose tissé avec la Salicaire des îles basses et le Butome des battures ! (Carte R).

D. — CONCLUSIONS.

De ce rapide exposé de l'aspect dynamique de la flore du Québec, quelques conclusions


se dégagent, semble-t-il, assez nettement.
Les influences intrinsèques, forces d'évolution ou d'élimination, qui agissent sur le dyna-
misme des flores en général, et de la flore du Québec en particulier, sont fonction de la nature
des êtres organisés, et continueront à s'exercer lentement, mais fatalement, dans le sens du
développement et dans le sens de la régression.
Les influences extrinsèques, qui se rapportent surtout à l'activité intelligente de l'homme
et à ses moyens d'action sur la nature, augmentent graduellement d'importance, et sont, de
leur essence, plus rapides et plus brutales. Elles tendent à brouiller les flores, à les amener
à un état d'équilibre bien différent de l'équilibre naturel. Par la destruction des barrières,
par la suppression des distances, par l'activation des transports, qui troublent le balancement
millénaire des éléments de la Biosphère, elles tendent à établir sur la planète une certaine uni-
formité. Mais ces facteurs diminueraient graduellement d'intensité dans l'hypothèse de la
destruction de notre civilisation et d'un retour possible à la barbarie; ils cesseraient d'agir avec
la disparition de l'espèce humaine. L'équilibre ancien devrait alors se rétablir, à peu de chose
près. Les hordes végétales depuis longtemps tenues en échec par le labeur humain, les plantes
de proie longtemps traitées en ennemies, s'avanceraient sur nos champs, monteraient à l'assaut
de nos villes, en couvriraient les ruines d'épaisses frondaisons, cependant que sur les cendres de
la grande maison humaine, dans un air devenu plus pur, sur une terre redevenue silencieuse,
brillerait encore, libéré, sauvage et magnifique, le flambeau de la Vie !

[78]
SYNOPSIS DES GROUPES SYSTÉMATIQUES
DE LA FLORE LAURENTIENNE.

Le règne végétal se divise en deux groupes primordiaux que l'on peut considérer comme
des sous-règnes:
(a ) Le groupe des plantes à la fois dépourvues de racines capables de puiser les liquides
dans le sol, et de tubes (vaisseaux) capables de distribuer ces liquides dans toutes les parties
de la plante. Ce sont les INVASCTJLAIRES OU ARHIZOPHYTES. On divise ce sous-règne en
Champignons, Lichens, Algues et Muscinées.
(b) Le groupe des plantes pourvues à la fois de racines capables de puiser les liquides
dans le sol, et de tubes (vaisseaux) qui distribuent ces liquides à travers le corps de la plante.
Ce sont les VASCULAIRES OU RHIZOPHYTES.
Le présent ouvrage ne traite que des Vasculaires. Le schéma général de leur classifi-
cation, parce qu'il touche aux questions les plus difficiles de la morphologie et de la phylogénie,
est l'objet d'incessantes recherches et de continuelles modifications. Le tableau ci-dessous
synthéthise les idées actuelles sur l'ordonnance et les relations des groupes. Il se limite aux
familles représentées dans le territoire considéré.

CLASSES SOXJS-CLASSES ORDRES FAMILLES

DIVISION I. —PTÉRIDOPHYTES.

Lycopodiales . . . 1. Lycopodiacées (p. 107).


Lycopodinées
Sélaginellales . . . 2. Sélaginellacées (p. 110).

Êquisétinées . Êquisétales 3. Équisétacées (p. 112).

Isoétinées Isoétales 4. Isoétacées (p. 116).

eusporangiées. . . . Ophioglossales. . 5. Ophioglossacées (p. 117).


Filicinées.
6. Osmondacées (p. 121).
leptosporangiées. . Filicales
7. Polypodiacées (p. 123).

[79]
CLASSES SOUS-CLASSES OBDEES FAMILLES

DIVISION II.— S P E R M A T O C Y T E S .

Sous-division 1. — Gymnospermes.

8. Taxacées (p. 137).


Conifères. Coniférales <( 9. Cupressacées (p. 138).
10. Abiétacées (p. 140).

Sous-division 2. —Angiospermes

11. Bétulacées (p. 148).


Fagales
12. Fagacées (p. 153).

Myricales. . 13. Myricacées (p. 156).

Juglandalcs 14. Juglandacées (p. 158).

Salicales. . . 15. Salicacées (p. 161).

16. Ulmacées (p. 169).


Urticales. . .
17. Urticacées (p. 172).
Pipérales. .
18. Saururacées (p. 175).
Dicotyles. Monochlamidées
Santalales. .
19. Santalacées (p. 176).

Polygonales 20. Loranthacées (p. 177).

21. Polygonacées (p. 178).

22. Chénopodiacées (p. 192).


Centrospermées.
23. Amarantacées (p. 198).
24. Phytolaccacées (p. 200).
25. Aïzoacées (p. 200).
26. Portulacacées (p. 201).
Tricoccées 27. Caryophyllacées (p. 203).
28. Euphorbiacées (p. 214).
29. Callitrichacées (p. 216).
Hamamélidales . 30. Hamamélidacées (p. 218).

[80]
CLASSES SOUS-CLASSES OBDRES FAMILLES

31. Aristolochiacées (p. 218).


32. Ménispermacées (p. 220).
33. Renonculacées (p. 2 2 1 ) .
Policarpicées 34. Berbéridacées (p. 2 3 5 ) .
35. Nymphéacées (p. 237).
36. Cératophyllacées (p. 241).
37. Sarracéniacées (p. 2 4 3 ) .

38. Fumariacées (p. 2 4 4 ) .


39. Papavéracées (p. 246).
Rhéadales 40. Capparidacées (p. 248).
41. Crucifères (p. 2 4 9 ) .

42. Cistacées (p. 2 7 1 ) .


43. Élatinacées (p. 2 7 2 ) .
Pariétales.
44. Droséracées (p. 2 7 2 ) .
45. Violacées (p. 2 7 4 ) .

Guttiférales. 46. Hypéricacées (p. 2 8 2 ) .

47. Crassulacées (p. 2 8 5 ) .


Dicotyles. Dialypétales. 48. Podostémacées (p. 2 8 8 ) .
Rosales. 49. Saxifragacées (p. 2 8 8 ) .
Ï 50. Rosacées (p. 2 9 5 ) .
51. Légumineuses (p. 3 4 5 ) .

52. Thyméléacées (p. 3 6 2 ) .


53. Éléagnacées (p. 3 6 4 ) .
Myrtales. 54. Lythracées (p. 3 6 5 ) .
55. Onagracées (p. 3 6 7 ) .
56. Haloragidacées (p. 376)

57. Malvacées (p. 3 7 9 ) .


Columnifères
58. Tiliacées (p. 3 8 2 ) .

59. Linacées (p. 3 8 3 ) .


Géraniales. 60. Oxalidacées (p. 3 8 4 ) .
61. Géraniaeées (p. 3 8 5 ) .

62. Polygalacées (p. 3 8 7 ) .


63. Rutacées (p. 3 8 9 ) .
Térébinthales. 64. Anacardiacées (p. 3 9 1 ) .
65. Acéracées (p. 3 9 3 ) .
66. Balsaminacées (p. 3 9 8 ) .

81
CLASSES SOUS-CLASSES ORDRES FAMILLES

67. Aquifoliacées (p. 400).


Célastrales. 68. Célastracées (p. 401).
69. Staphyléacées (p. 402).

Dialypétales. 70. Rhamnacées (p. 403).


Rhamnales.
71. Vitacées (p. 405).

72. Cornacées (p. 407).


Ombelliflores . 73. Araliacées (p. 410).
74. Ombellifères (p. 413).

Plombaginales 75. Plombaginacées (p. 426).

Primulales . . . 76. Primulacées (p. 426).

77. Êricacées (p. 432).


Bicornes.
78. Empétracées (p. 447).

79. Hydrophyllacées (p. 449).


80. Convolvulacées (p. 449).
81. Polémoniaeées (p. 452).
82. Boraginacées (p. 454).
Dicotyles. Sympétales 83. Solanacées (p. 461).
84. Scrofulariacées (p. 465).
Tubiflores. 85. Lentibulariacées (p. 482).
86. Orobanchacées (p. 486).
87. Acanthacées (p. 488).
88. Verbénacées (p. 489).
89. Labiées (p. 490).
90. Phrymaeées (p. 506).
91. Plantagacées (p. 506).

92. Gentianacées (p. 510).


Contortées. 93. Apocynacées (p. 516).
94. Asclépiadacées (p. 518).

Ligustrales. 95. Oléacées (p. 520).

96. Rubiacées (p. 523).


97. Caprifoliacées (p. 529).
Rubiales.
98. Valérianacées (p. 537).
99. Dipsacacées (p. 538).

[82]
FAMILLES

100. Cucurbitacées (p. 540).

101. Campanulacées (p. 542).


102. Lobéliacées (p. 544).
103. Composées (p. 547).

104. Alismacées (p. 614).


105. Butomacées (p. 618).
106. Vallisnériacées (p. 619).
107. Scheuchzériacées (p. 624).
108. Naïadacées (p. 626).

109. Liliacées (p. 641).


110. Pontédériacées (p. 664).
111. Iridacées (p. 666).
112. Joncacées (p. 670).

113. Xyridacées (p. 678).


Monocotyles
114. Ériocau lacées (p. 679).

115. Cypéracées (p. 681).

116. Graminées (p. 757).

117. Orchidacées (p. 818).

118. Aracées (p. 839).


119. Lemnacées (p. 846).
120. Sparganiacées (p. 849).
121. Typhacées (p. 854).

[S3|
CLEF A R T I F I C I E L L E DES P L A N T E S DU QUÉBEC.
(Texte de M. Jacques ROUSSEAU.)

N.B. — Cette clef s'adresse surtout aux collecteurs. C'est


pourquoi on y emploie des caractères de taille et d'habitat.

Plantes thalloïdes (sans feuilles ni tiges), petites, flottantes ou submergées, non enracinées. LEMNACEES (p. 8 4 6 )
Plantes se reproduisant par spores et non par graines PTÉRIDOPHYTEB (p. 105 )
Plantes se reproduisant au moyen de graines.
Arbres ou arbustes GROUPE A (p. 8 5 )
Plantes herbacées GROUPE E (p. 91 )

GROUPE A

Feuilles réduites à des aiguilles ou des écailles imbriquées, persistant l'hiver (sauf Larix,
p. 142: rameaux recouverts de nombreux coussinets qui sont des ramuscules téles-
copés).
Arbres ou arbustes (long. 1 m. ou plus) portant généralement des cônes (sauf
Juniperus, p. 138, et Taxus, p. 1 3 7 ) GYMNOSPERMES (p. 1 3 5 )
Très petits arbustes (long. 50 cm. ou moins) à rameaux très grêles; plantes à fleurs;
fruit: une baie ou une capsule.
Feuilles aciculaires vertes; baies juteuses renfermant plusieurs graines EMPÉTRACÉES (p. 4 4 7 )
Feuilles réduites à de petites écailles imbriquées; plantes fortement tomen-
teuses; capsules ovoïdes renfermant une seule graine Hudsonia (p. 2 7 1 )
Feuilles larges (du moins, ni aciculaires, ni squamif ormes ) ne persistant pas au cours de
l'hiver. (Arbres ou arbustes fleurissant souvent avant l'apparition des feuilles. )
Tige volubile, mais non épineuse.
Feuilles largement ovées ou 3-7-lobées, non dentées MÊNISPEBMACEES
(p. 2 2 0 )
Feuilles ovales-lancéolées, dentées CELASTRACÉES (p. 4 0 1 )
Feuilles lobées ou à 5 folioles, dentées; fruit: une baie VITACÉES (p. 4 0 5 )
Feuilles trifoliolées; fruits secs.
Feuilles alternes; folioles munies de 1-5 grosses dents irrégulières, ou
de 1 - 5 lobes peu profonds; grappe de petits drupes jaunâtres
cachée sous les feuilles Rhus Toxicodendron
(p. 392)
Feuilles opposées; folioles plus ou moins dentées ou lobées; fleurs soli-
taires ou paniculées; fruit: un groupe d'achaines plumeux Airagene, Clematis
(p. 2 2 1 )
Tige plus ou moins épineuse, mais non volubile.
Épines ou aiguillons triangulaires, tranchants; feuilles pennées.
Folioles longues, aiguës ou acuminées, entières ou presque Zanthoxylum (p. 3 8 9 )
Folioles petites, ovales, finement dentées Rosa Eglanteria (p. 3 2 5 )
Épines longues ( 1 cm. ou plus), lignifiées, cylindracées.
Feuilles simples, alternes ou fasciculées; épines (long. 1 cm.) divisées
en 3 - 5 ramifications, à l'aisselle des feuilles; arbuste malodorant... Berberis (p. 2 3 5 )

[85]
FLORE LAURENTIENNE

Feuilles simples; épines très dures et longues (3 cm, ou plus), disper-


sées sur les rameaux; arbustes ou arbres Crataegus (p. 296)
Feuilles bipennées; épines ramifiées, à l'aisselle des feuilles; arbre. . . Gleditsia (p. 347)
Épines petites et fines (aiguillons); petits arbustes.
Feuilles simples, lobées; fruit : une baie Ribes (p. 289 )
Feuilles trifoliolées; fruit: un ensemble de drupes (framboise) Rubus (p. 327)
Feuilles pennées (5 folioles ou plus); fruit: une capsule rouge légère-
ment charnue et renfermant dans une cavité centrale un groupe de
graines Rosa (p. 324 )
Tige ni volubile ni épineuse.
Plantes sans feuilles au moment de la floraison GROUPE B (p. 86 )
Feuilles composées GROUPE C (p. 87 )
Feuilles simples (lobées ou non) GROUPE D (p. 88)

G R O U P E B

Rameaux très souples; écorce s'enlevant en longues lanières sans se rompre THYMÉLÉACÉES (p. 362)
Rameaux pubescents à éclat métallique cuivré Shepherdia (p. 364 )
Plantes ne présentant pas ces caractères.
Fleurs munies d'une corolle évidente.
Petit arbuste de tourbière (long. env. 1 m. ) ; fleurs pourpres à symétrie bila-
térale Rhodora (p. 442 )
Arbres ou arbustes dépassant généralement deux mètres de hauteur et
n'habitant jamais les tourbières.
Fleurs en grappes composées, blanches; rameaux renfermant une
moelle très développée Sambucus pubens
(p. 530)
Fleurs en petits glomérules; moelle peu ou point développée.
Fleurs grandes (diam. 2-3 cm.), blanches ou roses; étamines
plus courtes que les pétales; arbuste ou petit arbre Prunus nigra (p. 320)
Fleurs petites (diam. env. 1 cm.), rouges ou verdâtres; éta-
mines dépassant de beaucoup le périanthe; grand arbre Acer rubrum (p. 396 )
Fleurs apérianthées, ou du moins, sans corolle évidente; le plus souvent en chatons.
Arbustes de moins d'un mètre de hauteur.
Chatons dioïques (long, moins de 2 cm. ), écailleux, rigides; étamines
cachées sous les-bractées Myrica (p. 156)
Chatons dioïques (long. 3 cm. ou plus), souples; étamines exsertes,
munies de longs filets Salix (p. 164)
Arbres ou arbustes ayant plus de deux mètres de- hauteur.
Écorce garnie irrégulièrement de fortes bandes de liège, même sur les
petits rameaux. (Voir aussi Quercus macrocarpa, p. 155) Ulmus racemosatp. 170)
Écorce non garnie de fortes bandes de liège.
Fleurs en grappes diffuses.
Étamines deux par fleur; branches parfois courbées en
forme d'S horizontal ouvert Fraxinus (p. 521 )
Étamines 4-12 par fleur Acer Negundo (p. 394)
Fleurs en glomérules ou en eorymbes.
Arbres à ramification sympodique; ovaire simple; fruit:
une samare orbiculaire ou suborbiculaire Ulmus (p. 170)

[86]
FLORE LAURENTIENNE

Arbres à ramification ordinaire (monopodique); ovaire


bilobé; fruit: une disamare à deux longues a i l e s . . . Acer (p. 3 9 3 )
Fleurs mâles et femelles, ou seulement fleurs mâles, en chatons.
Plantes dioïques; fleurs mâles à étamines exsertes mu-
nies d'un long filet, à l'aisselle d'une bractée lancéolée
(Salix); ou étamines sessiles sur un plateau, à l'aisselle
d'une bractée frangée (Populus); chatons femelles
flexibles, à fleurs pédicellées; graines c o t o n n e u s e s . . . SALICACÉES (p. 1 6 1 )
Plantes monoïques; fleurs mâles en chatons; fleurs fe-
melles isolées, ou par 2 - 3 , ou en chatons plutôt rigides
(sauf Oslrya, p. 1 5 1 : épi de petits s a c s ) .
Chatons mâles munis d'étamines cachées par des
bractées larges; fleurs femelles géminées ou en
chatons BÉTTTLACÉES (p. 1 4 8 )
Chatons mâles formés de glomérules ( 3 - 1 2
étamines) espacés, non cachés par des b r a c t é e s ;
fleurs femelles solitaires ou géminées Quercus (p. 1 5 4 )

G R O U P E C

Feuilles recouvertes inférieurement d'un tomentum blanc et dense Spiraea Ulmaria (p. 3 2 2 )
Feuilles glabres ou simplement pubescentes.
Feuilles trifoliolées.
Folioles entières, la terminale beaucoup plus grande que les deux autres; ra-
meaux herbacés Solarium Dulcamara
(p. 4 6 4 )
Folioles munies seulement de 1 - 5 grosses dents (ou lobes ) irrégulières Rhus Toxicodendron
(p. 392)

Folioles tridentées a u sommet; plante (long. 5 - 1 5 c m . ) presque herbacée. . . Potentilla iridentata


(p. 339)

Folioles crénelées ou serrées sur t o u t leur pourtour.


Foliole terminale pétiolulée.
Tige (long. 0 . 5 - 1 m . ) ; folioles serrées; fruit: un ensemble de
drupes (framboise); fleurs blanches à pétales étalés Rubus (p. 3 2 7 )
Tige (long. 1 - 3 m . ) ; folioles crénelées-serrées; dents larges;
fruit: un drupe globuleux, rouge; petites fleurs verdâtres en
épis denses Rhus canadensis (p. 3 9 2 )
Tige (long. 2 - 6 m . ) ; folioles très finement serrées; fruit: une
capsule papyracée; fleur campanulée, petite Staphyka (p. 4 0 2 )
Folioles toutes sessiles, crénelées; samare à ailes membraneuses;
petites fleurs verdâtres à pétales étalés Ptelea (p. 3 9 0 )
Feuilles palmées, à 5 - 9 folioles; arbres HIPPOCASTANACÉES*
Feuilles pennées, à cinq folioles ou plus. (Voir aussi Rubus, p . 3 2 7 , dont les turions
portent généralement des feuilles 5-foliolées).
P l a n t e s à rameaux peu rigides et munis d'une moelle très développée.
R a m e a u x à pubescence noire; petits fruits secs, en grappes denses,
recouverts de poils rouges Rhus typhina (p. 3 9 1 )

*Un grand arbre, Aesculus Hippocastanum L . , le Marronnier d'Inde, à fleurs blanches tachetées de rouge et de
jaune, à fruits globuleux et épineux non comestibles, est souvent planté. Les marrons du commerce, ou châtaignes,
sont les fruits du Châtaignier (Castanea saliva) de l'Eurasie. L e Châtaignier indigène de l'Amérique (C. dentata)
n'existe pas dans le Québec.

[87]
FLORE L A U R E N T I E N N E

Rameaux glabres ou à peine pubeseents; grappes lâches portant de


petits drupes Sambucus (p. 5 3 0 )
Plantes à rameaux fortement lignifiés ou sans moelle centrale très développée.
Arbustes.
Feuilles 13-21-foliolées; fleurs petites (diam. 5 m m . ) , en pani-
cules denses Sorbaria (p. 3 2 3 )
Feuilles 3-9-foliolées; fleurs grandes (diam. 1 5 - 3 0 mm.), soli-
taires ou en grappes pauciflores.
Fleurs roses (diam. 3 - 5 c m . ) ; fruit: une capsule rouge,
légèrement charnue, renfermant de nombreuses
graines dans la cavité centrale Rosa (p. 3 2 4 )
Fleurs jaunes ou pourpres (diam. 1 5 - 3 0 m m . ) ; fruit:
un groupe d'achaines Poteniilla frulicosa,
P. palustris (p. 3 3 6 )
Arbres.
Folioles entières.
Feuilles bipennées ou pennées; folioles arrondies au
sommet; fruit: une gousse Gymnocladus, Robinia
(p. 3 4 6 )
Feuilles pennées; folioles aiguës ou acuminées; fruit:
une samare Fraxinus (p. 5 2 1 )
Folioles grossièrement lobées-dentées; fruit: une d i s a m a r e . . . . Acer Negundo (p. 3 9 4 )
Folioles finement dentées ou serrées.
Feuilles 5-11-foliolées; fruit: une noix ou une samare.
Feuilles à folioles à peu près toutes de mêmes
dimensions; fruit: une samare Fraxinus (p. 5 2 1 )
Feuilles à folioles de dimensions variables; fruit:
une noix Carya (p. 1 5 9 )
Feuilles 11-19-foliolées; fruit: une baie ou une noix.
Écorce rude; grand arbre; fruit: une noix Jugions (p. 1 5 8 )
Écorce lisse; arbre de moyenne taille, grêle; fruit:
une baie rouge Sorbus (p. 3 1 8 )

G R O U P E D

Feuilles entières; arbustes seulement.


Feuilles à éclat métallique, argentées sur les deux faces, ou cuivrées sur une face.
(Voir aussi Lonicera villosa, p. 5 3 7 ) ÉLÉAGNACÉES (p. 3 6 4 )
Feuilles perforées Hypericum Kalmianum.
(p. 2 8 3 )
Feuilles sans éclat métallique ni perforations.
Feuilles verticillées; plantes presque herbacées.
Verticilles nombreux; plante de marécage Decodon (p. 3 6 5 )
Un seul verticille terminal; petite plante du sous-bois Cornus canadensis
(p. 4 0 7 )
Feuilles verticillées par trois sur les branches florifères (opposées ailleurs);
fleurs sessiles formant des boules denses; arbuste (long. 1 - 3 m.) Cephalanthus (p. 5 2 4 )
Feuilles non verticillées.
Rameaux souples; écorce molle s'enlevant tout d'une pièce sans se
rompre THYMÉLÉACÉBS (p. 3 6 2 )

[88]
FLORE LAURENTIENNE

Plantes ne présentant pas ces caractères.


Plantes à latex blanc; fleurs roses en eymes, et graines à aigrette
(Apocynum); ou fleurs bleues solitaires, et graines sans ai-
grette (Vinca); fruit: un long follicule APOCYNACÊES (p. 5 1 6 )
Plantes sans latex.
Feuilles ovales, grandes, à nervation pennée très mar-
quée; fleurs en corymbe; arbustes (long. 0 . 5 - 2 m . ) . . CORNACÉES (p. 4 0 7 )
Feuilles ovales, minces; fleurs en ombelles axillaires
sessiles; arbuste (long. 2 - 5 m.) Rhamnvs Frangula
(p. 4 0 3 )
Feuilles ovales, mucronées, à long pétiole (long. 6 - 1 2
mm.); fleurs solitaires; arbuste (long. 2 - 5 m . ) Nemopanthm (p. 4 0 0 )
Feuilles lancéolées; inflorescences en chatons; habitats
humides surtout Salix (p. 1 6 4 )
Plantes n'entrant pas dans les groupes précédents.
Feuilles nettement opposées, plutôt molles.
Feuilles acuminées; fleurs formant de
grandes grappes Syringa (p. 5 2 0 )
Feuilles non acuminées; fleurs géminées
ou en glomérules paucifiores Symphoricarpos,
Lonicera (p. 5 2 9 )
Feuilles alternes, coriaces ou non, très rarement
opposées (dans ce dernier cas, coriaces:
Kalmia); plantes de tourbières surtout ÉRICACÉES (p. 4 3 2 )
Feuilles lobées, dentées ou sinuées.
Feuilles nettement lobées.
Feuilles pinnatifides, petites; arbuste odorant Complonia (p. 1 5 7 )
Feuilles à lobes pennés, irréguliers; arbres Quercus (p. 1 5 4 )
Feuilles plus ou moins trilobées ou palmilobées.
Arbre; fruit: une disamare Acer (p. 3 9 3 )
Arbustes. (Voir aussi Solanwn Dulcamara, p. 464, feuilles trilobées,
presque composées, et rameaux herbacés. )
Fleurs petites,en grappes allongées; fruit: une baie; arbuste
(long. 3 0 - 1 0 0 cm.) Ribes (p. 2 S 9 )
Fleurs petites, en boules denses; fruit: un petit follicule papy-
ràcé, vésiculeux; arbuste (long. 3 0 - 1 0 0 cm.) à écorce s'exfo-
liant facilement Physocarpus (p. 3 2 2 )
Grandes fleurs rouges ou blanches; fruit: une framboise rouge
ou jaune; arbustes (long. 1 0 - 1 5 0 cm.) Rubus odoratus, R. Cha-
maemorus (p. 3 2 8 )
Fleurs en eorymbes; les externes rayonnées, neutres; fruit:
une baie rouge; arbuste (long. 1 - 4 m.) Viburnum americanum
(p. 5 3 3 )
Feuilles dentées ou sinuées.
Feuilles irrégulièrement sinuées, ovales-asymétriques; arbuste ou petit arbre. Hamamelis (p. 2 1 8 )
Feuilles dentées au sommet seulement; petit arbuste très odorant; rivages.. Myrica (\., 1 5 6 )
Feuilles obscurément denticulées, ovales, petites; petits arbustes (Gaultheria,
Chamaedaphne, Vaccinium). Ou feuilles coriaces, dentées dans la partie
supérieure surtout; plante des bois (Chimaphila). (Voir aussi Linnaea,
p. 5 3 2 , petite plante rampante, presque herbacée, à fleurs géminées) . . . . ÉRICAOÊES (p. 4 3 2 )
Feuilles dentées ou serrées dans le pourtour; plantes n'entrant pas dans les
groupes précédents.

[89]
FLORE LAURENTIENNE

Dents très espacées, aiguës; feuilles très minces, ovales (long. 5-10
cm.; larg. 2 . 5 - 7 cm.) Fagus (p. 155)
Dents rapprochées.
Feuilles à base fortement asymétrique; arbres.
Feuilles molles, ovales-orbiculaires; bractée foliacée à la
base de l'inflorescence et adnée en partie avec le pé-
doncule; fleur munie d'une corolle; fruit: une capsule
lignifiée Tilia (p. 382)
Feuilles un peu coriaces, ovales-lancéolées; fleur dé-
pourvue de corolle; fruit: un drupe Cellis (p. 171)
Feuilles ovales, généralement très rudes, à base inéga-
lement prolongée sur le pétiole; fruit: une samare or-
biculaire Ulmus (p. 170)
Feuilles à base peu ou pas asymétrique.
Feuilles opposées; arbustes. Viburnum, Diet villa
(p. 529)
Feuilles alternes; arbres ou arbustes.
Fruits secs, en corymbes composés; feuilles
ovées ou lancéolées, munies de trois nervures
saillantes dorsalement et partant de la base;
nervures secondaires pennées; petit arbuste.
(Vallée de l'Ottawa et archipel d'Hochelaga). Ceanothus (p. 404)
Follicules papyracés, en panicules terminales;
fleurs petites; feuilles ovales ou obovées, dou-
blement dentées, aiguës à la base, obtuses
au sommet; petits arbustes Spiraea (p. 322)
Fruit:une baie ou un drupe,présents au cours de
l'été; fleurs munies d'une corolle; feuilles ova-
les ou oblongues.
Fruit: une pomme; petit arbre Malus (p. 318 )
Drupes d'un rouge brillant, à pédicelle très
court, paraissant sessiles ou verticillés. Ilex (p. 400 )
Drupes ou baies rouge foncé ou noirs, en
grappes ou glomérules; pédicelles bien
distincts.
Nervures secondaires en 2-4 paires,
peu ou pas ramifiées, pennées et
partiellement parallèles à la
marge Rhamnus (p. 403 )
Nervures secondaires plus nom-
breuses, pennées, ramifiées, plus
ou moins perpendiculaires à
la marge Aronia, Amelanckier,
Prunus (p. 295 )
Fruits secs, petits, généralement en chatons, et
souvent absents au cours de l'été; fleurs sans
corolle; plantes dioïques ou monoïques; feuilles
lancéolées, deltoïdes, ovales ou orbiculaires
(dans ces deux derniers cas, rugueuses).
Graines cotonneuses; feuilles linéaires ou
lancéolées (Salix ) ; ou bien, feuilles del-
toïdes à base cordée ou tronquée et
marge à indentation simple (Populus). SAHCACÉES (p. 161)

[90]
FLORE LAURENTIENNE

Graines non cotonneuses; feuilles ovales


ou orbiculaires (sauf Betula: arbres à
éeorce papyracée, blanche ou jaune) . BÉTULACÉES (p. 1 4 8 )

G R O U P E E

Plantes thalloïdes (sans feuilles ni tiges), minuscules, flottantes ou submergées, non enra-
cinées LEMNAOÉES (p. 846 )
Plantes non thalloïdes, fixées.
Plantes dépourvues de chlorophylle; feuilles réduites à des écailles.
Plantes parasites fixées sur la tige ou les rameaux de leur hôte.
Plantes minuscules (long. 1-2 cm.) sur les rameaux de Picea LORANTHACEES (p. 177)
Plantes s'enroulant sur un hôte herbacé et fixées au moyen de cram-
pons Cmcuta (p. 449 )
Plantes saprophytes, ou parasites sur racines.
Partie souterraine coralliforme Corallorrhiza (p. 828 )
Partie souterraine non coralliforme.
Fleurs à symétrie axiale; plantes très charnues Monotropa, Pterospora
(p. 432)
Fleurs à symétrie bilatérale; plantes grêles {Epifagus et
Orobanche) ou chartiues (Conopholis) OROBANCHACÉES
(p. 486)
Plantes à chlorophylle.
Plantes des eaux rapides, adhérant fortement aux pierres; sans feuilles ou à
feuilles filamenteuses PODOSTÉMACÊES (p. 288 )
Plantes appartenant à d'autres habitats.
Plantes sans feuilles ou à feuilles réduites à des écailles minuscules.
Plante grasse, articulée; halophyte Salicornia (p. 196)
Plante à tige grêle; inflorescence terminale; plante de tourbière. Bartonia (p. 512 )
Plantes munies de feuilles.
Feuilles creuses, en cornets SARRACÉNIACÉES
(p. 2 4 3 )
Feuilles toutes basilaires, recouvertes supérieurement de nom-
breux poils rouges, glanduleux et visqueux DROSÉRACSÊES (p. 272 )
Feuilles charnues ovoïdes, sans nervation nette; plante res-
semblant à une grosse mousse Sedum acre (p. 286 )
Feuilles ne présentant pas ces caractères.
Inflorescence entourée d'une spathe (long, au moins
3 cm.); plantes terrestres ou marécageuses. (Les
genres Vallisneria, p. 622, Anacharis, p. 619, Zostera,
p. 639, Heteranthera, p. 665, plantes nettement aqua-
tiques, ont des spathes plus petites) ARACÉES (p. 839)
Inflorescence non munie d'une spathe.
Feuilles à nervures parallèles. Aussi toutes les
plantes aquatiques à feuilles linéaires ou lan-
céolées. Pas de distinction nette entre l'écor-
ce, le bois et la moelle; fleurs surtout trimères.
(MONOCOTYX.ES particulièrement. Voir aussi
PLANTAGACÉES, p. 506, et Parnassia, p. 291 ) . GROUPE F (p. 92)

[91]
FLORE LAURENTIENNE

Feuilles à nervures ramifiées ou réticulées (au


moins les nervures secondaires); feuilles en-
tières, dentées ou lobées. (Voir aussi Smilax,
p. 642).
Fleurs trimères, grandes; feuilles 3, en-
tières, verticillées; floraison printanière. Trillium ( p. 644 )
Fleurs surtout 5-mères; écorce, bois et
moelle nettement différenciés. (La
masse des DICOTYLES) GROUPE G (p. 94)

GEOÏÏPE F

Fleurs à pétales colorés (non verts); plantes nullement graminoïdes (sauf Sisyrinchium,
p. 668: petites fleurs bleues minuscules et fruits globuleux; et Tofieldia, p. 661: plante
glutineuse) et n'appartenant pas aux habitats aquatiques; toutes les plantes à bulbe.
(Voir aussi Asparagus, p. 648, à rameaux filiformes et fleurs verdâtres, et XYRTDACÉES,
p. 678, à petites fleurs jaunes en tête dense. )
Ovaire infère.
Fleurs à symétrie bilatérale; souvent odeur de vanille; fruit allongé, unilo-
culaire, généralement marqué de côtes saillantes et renfermant des graines
très nombreuses et très fines ORCHIDACÉES (p. 818)
Fleurs à symétrie axiale; pas d'odeur de vanille; fruit: une capsule triloeu-
laire, globuleuse ou prismatique; grandes feuilles rubanées ou petites
feuilles graminoïdes, semi-charnues et raides, basilaires IRIDACÉES (p. 6 6 6 )
Ovaire supère; fruit: une baie ou une capsule plus ou moins charnue, triloculaire.. . LILIACÉES (p. 6 4 1 )
Fleurs à périanthe non coloré. Toutes les plantes graminoïdes et toutes les plantes aqua-
tiques à pétales colorés ou non. (Chez les plantes terrestres, fruit minuscule.)
Inflorescence dense, cylindrique, laineuse; grandes plantes (long. 1 5 0 cm. ou plus)
très rigides, d'habitat marécageux TYPHACÉES (p. 8 5 4 )
Inflorescence: un spadice; feuilles linéaires; plante (long. 5 0 - 8 0 cm.) d'habitat
marécageux Acorus (p. 8 4 5 )
Inflorescence ne présentant pas ces caractères.
Plantes du type graminoïde [chaume rigide ; feuilles presque linéaires
(sauf Phragmites, p. 7 6 5 ) , minces et longues; inflorescence: un épi ou
une grappe de petites fleurs écailleuses].
Chaume creux, cylindrique, articulé, à nœuds saillants; feuilles à
divergence distique, ligulées; fleurs formées d'écaillés opposées.. . . GRAMINÉES (p. 7 5 7 )
Tige généralement pleine, triangulaire (quelquefois cylindrique:
dans ce cas, inflorescence capitée, laineuse ou non); feuilles à diver-
gence tristique, non ligulées; fleurs formées d'écaillés opposées ou
en spirale CYPÉRACÉES (p. 681)
Tige cylindrique, non articulée; fleurs complètes, à périanthe
formé de six pièces JONCACÉES (p. 6 7 0 )
Plantes acaules, à feuilles linéaires; petites fleurs jaunes à l'aisselle de brac-
tées écailleuses imbriquées formant une tête dense; plantes de marécage.. XYRIDACÉES (p. 6 7 8 )
Plante à feuilles tubuleuses au sommet, aplaties et engainantes à la base;
plante de tourbière Scheuchzeria (p. 6 2 5 )
Plantes franchement aquatiques (ou de la zone intercotidale ) n'entrant pas
dans les groupes précédents.
Feuilles basilaires ou fixées sur un rhizome.
Fleurs complètes, solitaires sur des pédoncules plus courts que
les feuilles; plante minuscule (long. 1-3 cm.), stolonifère. Limoseïïa (p. 466)

[92]
FLORE LAURENTIENNE

Fleurs staminées solitaires sur des pédoncules (long.


7-20 mm.); fleurs pistillées sessiles, dans les bases des feuil-
les; plante petite (long. 3-7 cm.) Littorella (p. 506)
Inflorescences composées (sauf Vallisneria, p. 622: plante
à longues feuilles rubanées); plantes généralement plus
grandes.
Feuilles ni molles ni longuement rubanées, linéaires,
plus ou moins cylindriques et charnues, souvent Iacu-
neuses.
Bleurs en capitule ou en ombelle.
Capitule terminal ÉRIOCAULACÉES(P. 6 7 9 )
Ombelle terminale de fleurs roses BTTTOMACÉES (p. 618)
Fleurs en grappes.
Plante petite (long. 3-10 cm.) ; fleurs
4-mères, petites, blanches, dialysé-
pales; fruit: une silique courte (long.
2-3 mm.) Subularia (p. 253)
Plantes ne présentant pas tous ces carac-
tères.
Fleurs bleues, gamosépales Lobelia Dortmanna
(p. 545)
Fleurs verdâtres, à pédicelle court,
en longue grappe simple Triglochin (p. 624)
Fleurs blanches, à carpelles nom-
breux et libres Sagittaria graminea
(p. 617)
Feuilles molles et longuement rubanées, ou feuilles à
limbe élargi.
Feuilles toutes rubanées.
Fleurs pistillées solitaires sur de longs
pédoncules spirales; plante entièrement
submergée Vallisneria (p. 622)
Fleurs blanches, en grappes, émergées. . . AMSMACÊES (p. 6 1 4 )
Fleurs roses, en ombelle terminale BUTOMACÉES (p. 618 )
Feuilles (du moins quelques-unes) ovales, hastces
ou sagittées.
Fleurs bleues, en épi dense; feuilles ovales,
cordées à la base Pontederia (p. 664)
Fleurs blanches ou violacées, en grappes
ou panicules diffuses; quelques feuilles
ovales, hastées ou sagittées ALISMACÉES (p. 614)
Feuilles dispersées sur la tige.
Plantes charnues; feuilles toutes linéaires.
Tige simple; feuilles verticillées, nombreuses; plantes
palustres Hippuris (p. 376)
Tige ramifiée; feuilles alternes; plante des marécages
saumâtres Suaeda (p. 196)
Feuilles opposées; plante minuscule; grèves estua-
riennes Tillaea (p. 285)
Plantes non charnues; feuilles filiformes, ou rubanées, ou
courtes.
Feuilles longues, filiformes Zannichellia, Buppia
(p. 626)
[93]
FLORE L A U R E N T I E N N E

Feuilles longues, rubanées.


Plante d'eau salée Zostera (p. 6 3 9 )
Plantes d'eau douce.
Fleurs nombreuses, monoïques, réunies en
masses globuleuses formant des grappes
ou des épis irréguliers; feuilles flottantes
(lorsque présentes ) rubanées Sparganiurn (p. 8 4 9 )
Fleurs en épis simples; feuilles flottantes
généralement ovales; feuilles submer-
gées rubanées Polamogeton (p. 6 2 8 )
Fleurs petites, tubuleuses, à périanthe
jaune, axillaires et généralement soli-
taires; fruit: une capsule Heteranthera (p. 6 6 5 )
Feuilles courtes (moins de 2 cm. ).
Feuilles linéaires réunies en touffes au sommet
des rameaux Naias (p. 6 4 0 )
Feuilles ovales ou lancéolées, dispersées assez uni-
formément le long des rameaux.
Feuilles en verticilles de 3 - 4 , rarement 2 ;
tiges (long. 3 0 cm. ou plus ) Anacharis (p. 6 1 9 )
Feuilles opposées (très rarement verticil-
lées); (long. 1 - 2 5 c m . ) .
Fleurs apérianthées; fruit compri-
mé se séparant en 4 carpelles
(renfermant chacun une graine). CALLITMCHACÊES
(p. 2 1 6 )
Fleurs périanthées; capsules glo-
buleuses.
Fleurs sessiles; graines striées
longitudinalement et trans-
versalement; plantes mi-
nuscules, e s t u a r i e n n e s . . . . ELATINACÉES (p. 2 7 2 )
Fleurs pédicellées; graines
luisantes; sables ou rochers
du bas Saint-Laurent. . . Montia (p. 2 0 2 )

G R O U P E G

Inflorescence : capitule, pseudo-capitule, ou ombelle.


Capitules vrais.
Anthères libres, exsertes; capitules ovoïdes ou cylindriques (long. 2 - 7 c m . ) ,
bleus ou lilacés, â bractées involucrales libres et non imbriquées; ou
capitules à réceptacle plat; dans ce dernier cas, fleurons violets, 4-5-lobés
ou bilabiés DIPSACACÉES (p. 5 3 8 )
Anthères soudées; capitules ne présentant pas les caractères des précédents . COMPOSÉES (p. 5 4 7 )
Pseudo-capitules.
Inflorescences munies de 4 - 6 bractées blanches (pétaloïdes), larges; baies
rouges, en glomérules Cornus canadensis,
C. suecica (p. 4 0 7 )
Fleurs du type papilionacé LÉGUMINEUSES (p. 3 4 5 )
Fleurs bilabiées - Monarda (p. 5 0 0 )
Fleurs 4-mèrcs, e n t ê t e s (long. 1-2 c m . ) ; feuilles linéaires Plantago ramosa
(p. 5 0 8 )
[94 1
LA FLORE LAURENTIENNE

Ombelles simples ou composées, ou grappes d'ombelles. (Voir aussi Nymphoides,


p. 511: plante aquatique à feuilles de Nénuphars).
Fruit: un diachaine; feuilles généralement très divisées OMBELLIFÈRES (p. 413)
Fruit: une baie ou un drupe; feuilles composées, à folioles ovales, pennées
ou palmées, serrées ABALIACÉES (p. 410)
Fruit: une capsule (long, plus de 5 cm. ) renfermant des graines cotonneuses;
plantes à latex blanc ASCLÉPIADACÊES
(p. 518)
Fruit: une capsule (long, moins de 1cm.); feuilles basilaires, spatulées, sim-
plement dentées Primula (p. 427)
Inflorescence d'un autre type.
Fleurs du type papilionacé (à un seul carpelle), généralement en grappes ou glomé-
rules; feuilles pennées ou trifoliolées; fruit: une gousse LÉGUMINEUSES (p. 345)
Fleurs à carpelles libres, généralement nombreux.
Feuilles basilaires en rosette, plus ou moins charnues; plantes des rochers;
carpelles 2 Saxifraga (p. 2S2 )
Plantes ne présentant pas ces caractères.
Plantes charnues (sauf Penthorum: plante des lieux humides, à
feuilles ovales-lancéolées, serrées, à inflorescence en cyme à 2-3
rameaux ) ; carpelles 3-6 CRASSUXACÉES (p. 285 )
Plantes non charnues.
Sépales 3-15, libres du réceptacle; pétales 3-15; fructification:
un ensemble de follicules ou d'achaines RENONCULACÉES
(p. 221)
Sépales 5, soudés au réceptacle; pétales 5; fruits variés suivant
'es genres ROSACÉES (p. 295)
Sépales 4-5; pétales absents; feuilles ovées, surtout opposées;
plante semi-aquatique; carpelles 2 Chrysosplenium (p. 292)
Fleurs appartenant à des types différents.
Tige quadrangulaire.
Inflorescences composées terminales, en épis très élancés.
Corolle et calice nettement bilabiés PHRYMACÉE» (p. 506 )
Corolle et calice réguliers, non bilabiés VERBÉNACÉES (p. 489)
Inflorescences différentes.
Fleurs bilabiées; feuilles opposées.
Fruit formé de quatre petits nucules LABIÉES (p. 490 )
Fruit : une capsule Scrophularia, Mimulus
(p. 465, 466)
Fleurs régulières, minuscules, 4-mères (rarement trimères);
feuilles verticillées; plante à tige grêle; fruit formé de deux
petits nucules accolés Galium, Asperula
(p. 523)
Fleurs pourpres, régulières, à 4-6 pétales soudés avec le calice,
libres au sommet; feuilles opposées ou parfois verticillées;
capsule incluse dans le calice; plante palustre Lythrum (p. 365)
Tige non quadrangulaire.
Plantes laticifères, non grimpantes.
Latex blanc.
Feuilles laciniées Papavcr (p. 247)

[95]
FLORE LAURENTIENNE

Feuilles petites, entières Euphorbia (p. 215)


F e u i l l e s g r a n d e s , e n t i è r e s ; fruit r e n f e r m a n t des g r a i n e s
cotonneuses.
F r u i t s gonflés, r u g u e u x ou lisses, v e r t s AscLÉriADACÉEs
(p. 5 1 8 )
F r u i t s lisses, t r è s é l a n c é s ; fleurs solitaires (Vinca)
ou e n g r a p p e s irrégulières (Apocynum) APOCYNACÉES (p. 5 1 6 )
Latex rouge ou jaune Sanguinaria, Chelido-
nium (p. 2 4 8 )
P l a n t e s g r i m p a n t e s , n o n laticifères. (Voir a u s s i : Alragene et Clematis,
p . 2 2 1 ; Apios e t Amphicarpaea, p. 346).
Feuilles c o m p o s é e s ; p l a n t e s ' a t t a c h a n t au support par ses
pétioles Adlumia (p. 245)
Feuilles e n t i è r e s , n u l l e m e n t lobées, m a i s p a r f o i s à b a s e h a s t é e .
F e u i l l e s s a g i t t é e s ; g r a n d e s fleurs en e n t o n n o i r CONVOLVULACÉES
(p. 4 4 9 )
F e u i l l e s cordées o u h a s t é e s , ligulées; fleurs e n g r a p p e s . . Polygonum (p. 179)
F e u i l l e s c o r d é e s ; fleurs e n p e t i t s g l o m é r u l e s ; calice se
p r o l o n g e a n t a u - d e s s u s d e l'ovaire en u n long t u b e
étranglé Aristolochia (p. 220 )
Feuilles lobées. (Lobes très peu prononcés dans Sicyos,
p. 5 4 2 ) .
Vrilles a b s e n t e s ; é p i (en f r u i t ) r e s s e m b l a n t à u n c ô n e . Humulus (p. 172)
Vrilles p r é s e n t e s ; fruits é p i n e u x , s o l i t a i r e s ou en p e t i t s
groupes CtrcuRBiTAcÉEs
(p. 5 4 0 )
P l a n t e s ni laticifères n i g r i m p a n t e s .
Plantes nettement aquatiques.
Feuilles orbiculaires. (Voir a u s s i Hydrocotyle, p. 414).
T i g e filiforme p o r t a n t a u s o m m e t : u n e feuille,
u n e o m b e l l e d e p e t i t e s fleurs e t u n g r o u p e d e
petits tubercules Nymphoides (p. 5 1 1 )
P l a n t e s a c a u l e s ; fleurs g r a n d e s , b l a n c h e s ou
jaunes; pétiole et pédoncule fortement lacu-
neux NYMPHÉACÊES (p. 2 3 7 )
F e u i l l e s lancéolées.
Feuilles ligulées, a l t e r n e s . . Polygonum (p. 179)
Feuilles n o n ligulées, o p p o s é e s , e n t i è r e s Isnardia (p. 369 )
Feuilles n o n ligulées, a l t e r n e s , d e n t é e s , les s u b -
m e r g é e s pinnatifides Proscrpinaca (p. 3 7 7 )
F e u i l l e s linéaires, b a s i l a i r e s , p e t i t e s (long. 1-7 cm.).
P l a n t e ( l o n g . 1-3 c m . ) ; fleurs c o m p l è t e s s u r d e s
p é d o n c u l e s unifiores; calice e t corolle 5 - m è r e s . Limosella (p. 466 )
Plante (long. 3 - 7 c m . ) ; fleurs monoïques: les
s t a m i n é e s 4 - m è r e s sur d e s p é d o n c u l e s unifio-
res, les p i s t i l l é e s d a n s les b a s e s d e s f e u i l l e s . . . . Liliorella (p. 5 0 6 )
Feuilles r é d u i t e s a u x n e r v u r e s . (Voir a u s s i : Ranun-
culus, p . 222, Armoracia, p . 2 5 3 , Proserpinaca, p . 377,
Bidens Beckii, p. 567).

[96]
FLORE LAURENTIENNE

Segments foliaires munis d'utricules; fleurs


(long. env. 1 cm. ) Utricularia (p. 4 8 2 )
Segments foliaires dépourvus d'utricules; fleurs
petites.
Segments foliaires pennés Myriophyllum (p. 3 7 8 )
Segments foliaires palmés, 2 - 3 fois di-
visés CÉRATOPHYLLACÉES
(p. 2 4 1 )
Plantes terrestres ou croissant sur la vase.
Feuilles trifoliolées; les folioles obcordées OXALIDACÉES (p. 3 8 4 )
Feuilles munies de petites perforations HYPÉRICACTÊES (p. 2 8 2 )
Feuilles ne présentant pas ces caractères.
Feuilles en rosette basilaire; tige absente ou
réduite à une hampe florale portant de peti-
tes bractées GROUPE H (p. 9 7 )
Feuilles dispersées sur la tige ou les rameaux.. . GROUPE I (p. 9 8 )

G R O U P E H

Rhizome à saveur de gingembre; feuilles 2 , cordées; fleur solitaire, pourpre Asarum (p. 2 1 9 )
Plantes ne présentant pas tous ces caractères.
Feuilles glutineuses supérieurement Pinguicula (p. 4 8 2 )
Feuilles farineuses sur la face dorsale Primula laurentiana
(p. 4 2 8 )
feuilles ni glutineuses ni farineuses.
Feuilles composées ou presque.
Feuilles divisées plusieurs fois; fleur à deux éperons Dicentra (p. 2 4 5 )
Feuilles pennées ou trilobées Potentilla, Waldsteinia,
Fragaria (p. 2 9 6 )
Feuilles lancéolées, pinnatilobées, presque composées; fruit: une
silicule triangulaire ' Capsella (p. 2 5 1 )
Feuilles simples.
Fleurs en épis denses et généralement longs; fruit : une pyxide PLANTAGACEES (p. 5 0 6 )
Plantes ne possédant pas ces caractères.
Plantes des grèves marines ou estuariennes.
Feuilles basilaires (long. 8 - 2 5 cm. ) longuement pétio-
lées, les autres réduites à des bractées; grappe com-
posée diffuse; régions maritimes PLOMBAGIN ÂGÉES
(p. 4 2 6 )
Feuilles toutes basilaires, longuement pétiolées, ovales;
fleur solitaire sur un long pédoncule Parnassia (p. 2 9 1 )
Feuilles petites (long. 1 - 7 cm.), linéaires-oblongues;
fleurs minuscules, sur des pédoncules uniflores (sauf
fleurs pistillées de Liltorella).
Plante (long. 1 - 3 cm.); fleurs complètes; calice
et corolle 5-mères LdmoseUa (p. 4 6 6 )
Plante (long. 3 - 7 cm.); fleurs monoïques, les
staminées 4-mères, pédonculées, les pistillées
dans les bases des feuilles Littorella (p. 5 0 6 )
Plantes appartenant à d'autres habitats.
Fleurs à symétrie bilatérale; grands pétales violets,
jaunes ou blancs; feuilles cordiformes, réniformes
ou lancéolées, nullement coriaces VIOLACÉES (p. 2 7 4 )

[97]
FLORE LAURENTIENNE

Fleurs à symétrie axiale, blanches, roses ou jaunâtres.


Feuilles ovales-orbiculaires, vaguement dentées
(ou pas du t o u t ) ; fleurs 5-mères; style fili-
forme, long, persistant sur le fruit globuleux;
plantes des bois Pyrola, Moneses (p. 432 )
Feuilles nettement dentées ou légèrement lobées;
fleurs 4 - 5 - m è r e s ; style bifide, court; fruit:
une capsule ou une silicule; plantes des bois
(sauf Saxifraga: plantes des rochers, à feuilles
denticulées ) SAXIFHAGACÊES (p, 288 )
Feuilles petites, dentées ou entières; fruit: une
petite silique; fleurs 4-mères, blanches Draba (p. 2 5 4 )
Feuilles petites, denticulées, lancéolées, déli-
cates; fleurs 5-mères, pourpres, gamopétales. . Primula mntassinica
(p. 4 2 8 )

G R O U P E I

Feuilles verticillées.
Un seul verticille terminal Trientalis (p. 4 2 8 )
Plusieurs verticilles dispersés sur la tige.
Plante décombante; verticilles de 5 - 6 feuilles spatulées ou obovées (quelques-
unes linéaires ) Mollugo (p. 2 0 0 )
Plantes dressées; verticilles de 3 - 7 feuilles ovales-lancéolées, grandes Lysimachia (p. 4 3 0 )
Plante dressée, introduite sur le ballast ; feuilles linéaires ; fleurs en petits
pseudo-capitules Plantago ramosa (p. 5 0 8 )
Plantes grêles, à feuilles fasciculées (apparemment verticillées) et linéaires. Arenaria stricto, (p. 2 1 2 )
Feuilles non verticillées.
Tiges recouvertes de poils urticants Urlica, Laportea
(p. 1 7 4 )
Plantes ni urticantes ni charnues.
Feuilles composées ou profondément lobées GROUPE J (p. 9 9 )
Feuilles simples ou à lobes très peu profonds GROUPE K (p. 1 0 1 )
Tiges translucides, charnues; feuilles minces.
Feuilles opposées, trinervées; fleurs apétales Pilea (p. 1 7 4 )
Feuilles alternes, à nervation pennée; fleurs jaunes ou orangées ; fruits
à dehiscence élastique BALSAMINACÉES (p. 3 9 8 )
Tiges et feuilles charnues. (Voir aussi Isnardia, p. 3 6 9 ) .
Feuilles trifoliolées Menyanthes (p. 5 1 2 )
Feuilles simples.
Plantes nettement couchées sur le sol. (Voir aussi : Linnaea, p. 5 3 2 ,
Chrysosplenium, p . 2 9 2 , Isnardia, p. 3 6 9 . )
Plante maritime; feuilles longues (long. 2 - 1 0 c m . ) , pétiolées . . Mertensia (p. 4 5 6 )
Mauvaise herbe des jardins; feuilles courtes, sessiles Portulaca (p. 2 0 2 )
Plantes dressées entièrement, ou du moins à rameaux dressés.
Feuilles beaucoup plus longues que larges (au moins 3 fois),
[Voir aussi Glaux marilima, p. 428: plante maritime à feuil-
les sessiles (long. 4 - 1 5 mm.; larg. 2-8 mm.)].
Feuilles lancéolées ou oblongues.
Feuilles entières; plantes non maritimes, à flo-
raison printanière.

[98]
FLORE LAURENTIENNE

Feuilles (long. 7-15 cm.) lancéolées, atté-


nuées à la base; plante (long. max. 20
cm.) des bois feuillus Claytonia (p. 202)
Feuilles (long. 10-30 cm.) oblongues-
lancéolées; plante (long. 1 m. ou plus)
des lieux ouverts PHYTOLACCACÉES
Feuilles ondulées ou grossièrement dentées; si- (p. 200)
lique articulée; plante maritime Cakile (p. 250)
Feuilles|linéaires ou presque.
Feuilles aciculaires, rigides; grande plante à tige
forte.. . Sahola (p. 197)
Feuilles (long. 0.4-3 cm.) linéaires-sétacées,
molles; plantes (long. 5-15 cm.) délicates;
fleurs pôdicellées; plantes d'eau salée (sauf
S. rubra). •. Spergularia (p. 212)
Feuilles linéaires-oblongues ou linéaires-obovées,
petites.
Feuilles (long. 4-6 mm.) molles; fleurs
sessiles; plante (long. 1-8 cm.) des
vases estuariennes Tillaea (p. 285 )
Feuilles (long. 6-12 m m . ) ; fleurs pédi-
cellées; plante des sables m a r i t i m e s . . . . Montia (p. 202)
Feuilles au plus deux fois aussi longues que larges.
Feuilles pôtiolées, deltoïdes (quelques-unes linéaires-
lancéolées), recouvertes d'une efflorescence blan-
châtre, un peu rugueuses, entières ou vaguement
dentées; plantes généralement maritimes Atripîex (p. 195 )
„ Feuilles sessiles, lisses.
Feuilles alternes, très charnues; plantes d'habi-
tats découverts et secs Sedum (p. 285)
Feuilles opposées; plantes des rivages maritimes,
à tiges charnues.
Feuilles aiguës ou mucronées, embras-
santes; fleurs solitaires, à pédoncule
(long. 4-15 m m . ) épais; fleurs (diam.
6-8 m m . ) ; pétales présents Armaria peploides
(p. 212)
Feuilles (long. 4-15 mm.; larg. 2-8 mm.)
obtuses, non embrassantes; fleurs (diam.
env. 3 mm.) presque sessiles, menues,
dépourvues de corolle, à calice blanc,
rose ou pourpre Glaux (p. 4 2 8 )

G R O U P E J

Feuilles de deux sortes: les submergées pinnatifides, les émergées lancéolées et dentées. Proserpinaca (p. 377)
Feuilles de deux sortes: celles de la base trifides, les autres simplement dentées VEEBÉNACÉBS (p. 4 8 9 )
Feuilles à peu près toutes semblables.
Fleurs 4-mères (sauf l'androcée à 6 étamines), complètes, à symétrie axiale;
fruit: une silique s'ouvrant par 4 fentes latérales; feuilles plus ou moins lobées;
tige et racine renfermant généralement u n suc à saveur piquante (essence de ~ -.
moutarde) CET/CU-ÈRES (p. 2 4 9 )

[99]
FLORE LAURENTIENNE

Fleurs 4-mères (étamines 8 ) ; silique (long. 25-40 mm.) s'ouvrant par le sommet;
feuilles trifoliolées; plante glanduleuse à odeur désagréable; rivages du Saint-
Laurent et du Richelieu l'olanisia (p. 249)
Fleurs ne présentant pas tous ces caractères.
Floraison printanière.
Tige (long. 80-150 cm.) cannelée; feuilles opposées, pennées; natu-
ralisé et très rare Sambucus Elmlus
(p. 530)
Tige généralement courte, non cannelée; feuilles d'un autre type.
Feuille solitaire, palmée-peltée (Podophyllum); ou 1-2 feuilles
eomposées-ternées, à segments ultimes ovales et 3-5-dentés
au sommet (Caulophyllwn ) ; fleurs dialypêtales BERBÉRIDACÉES
(p. 235)
Feuilles plus nombreuses, pinnatilobées, munies de 5-7 seg-
ments ovés-oblongs, aigus, dentés ou incisés; fleurs gamo-
pétales HYDRO PU YLLACÉES
(p. 449)
Feuilles divisées plusieurs fois et laciniées; 2 pétales éperonnés . Dicenlra (p. 245)
Florasion estivale.
Corolle gamopétale bilabiée; feuilles pinnatilobées (Pedicularis) ou
très petites feuilles à incisions palmées (Euphrasia) SCROFULARTACÉES
(p. 465)
«
Fleurs apétales ou fleurs pétalifères non bilabiées.
Étamines monadelphes; pétales tronqués; capsule discoïde dé-
primée au centre MALVACÉES (p. 379)
Étamines à filets libres; pétales ou fruits différents.
Fruit: une longue capsule linéaire; sépales persistants;
fleurs régulières, à pétales non éperonnés; feuilles très
divisées GÉRANIACÉES (p. 385)
Fruit: une silique; fleurs irrcgulières, ayant un pétale
éperonné; feuilles laciniées FUMARIACÉBS (p. 244)
Fruits courts.
Feuilles pinnatilobées, glutineuses.
Plante aromatique; feuilles à lobes arron-
dis; fleurs minuscules, verdâtres, sans
corolle Chenopodium Botrys
(p. 193)
Plante à odeur acre; feuilles à lobes aigus;
fleurs grandes, complètes, gamopétales,
à pétales jaune verdâtre Hyoscyamus (p. 462)
Feuilles tripartites (quelques-unes entières);
lobes de la base étroits, celui du sommet
beaucoup plus grand Solarium Dulcamara
(p. 464)
Feuilles palmées ou pennées, n'entrant pas dans
les catégories précédentes.
Feuilles composées-palmées, formées de
5-11 segments linéaires-lancéolées, den-
tés, longs; fleurs dioïques, sans corolle;
plante à odeur acre Cannabis (p. 173)

[100]
FLORE LAURENTIENNE

Feuilles trilobées ou bipinnatifides; fleurs


dioïques, sans corolle, petites, en grappes
terminales ou axillaires Ambrosia (p. 5 6 1 )
Feuilles trifoliolées, ou palmées, ou pen-
nées, à segments primaires ovales et
dentés, ou laeiniés; fleurs complètes.. . Potentilla, Sanguisorba,
Agrimonia, Geum
(p. 2 9 6 )
Feuilles pinnatilobées, à 3-25 segments
peu ou pas dentés; fleurs complètes,
petites, blanches; plantes malodorantes. VALÉRIANACÉES
(p. 537)
G R O U P E K

Feuilles de deux sortes : les submergées pinnatifides, les émergées lancéolées et d e n t é e s . . . . Proserpinaca (p. 377)
Feuilles de deux sortes: celles de la base trifides, les autres simplement dentées VERBÉNACÉES (p. 489)
Feuilles à peu près toutes semblables.
Corolle 5-mère, gamopétale, bilabiée (sauf Verbascum Thapsus, p. 469, à grandes
feuilles veloutées, et V. Blattaria, p. 470, à fleurs jaune vif dans l'ensemble et à
gorge violette) ou au moins à préfoliation bilabiée. (Voir aussi VEBBÉNA-
CÉES, p. 489).
Inflorescence: un épi court, capité, au sommet d'un long pédoncule filiforme;
plante stolonifère; rivages du Saint-Laurent, dans la région de M o n t r é a l . . Dianthera (p. 4 8 8 )
Inflorescence d'un autre type.
Étamines monadelphes; fleurs pourpres ou bleues; feuilles a l t e r n e s . . LOBÉLIACÉES (p. 544)
Êtamines à filets libres; feuilles alternes ou opposées.
Calice bilabié long et étroit, généralement quatre fois plus long
que large; feuilles opposées PHRYMACÉES (p. 506)
Calice gamosépale ou dialysépale, généralement court et large,
rarement deux fois plus long que large; feuilles alternes ou
opposées SCROFULARIACÉES
(p. 4 6 5 )
Corolle 4-mère, à symétrie bilatérale (un pétale plus petit que les trois a u t r e s ) . . . . Veronica (p. 4 7 1 )
Corolle 4-mère, à symétrie axiale.
Pétales libres dès la base, décidus, non dentés au sommet; ovaire supère; fruit :
une silique ou une silicule; saveur piquante (essence de moutarde) CRUCIFÈRES (p. 249)
Pétales soudés sur plus de la moitié de la longueur, persistants, dentés au
sommet; grandes fleurs bleues; ovaire supère; fruit: capsule uniloculaire. Gentiana (p. 5 1 4 )
Pétales libres au sommet, non dentés, soudés en un long tube, concrescents
avec le calice sur une longue portion; ovaire infère; fruit: une capsule
4-loculaire ONAGRACEES (p. 367)
Pétales libres au sommet, soudés à la base en un tube infundibuliforme, dé-
cidu, non concrescent avec le calice Houstonia, Mitchella
(p. 5 2 3 )
Corolle ni bilabiée ni 4-mère.
Feuilles opposées.
Feuilles dentées ou serrées.
Feuilles petites (long. 2 cm. ou moins), ovées-orbiculaires,
obscurément dentées; plantes rampantes ou décombantes.
Fleurs géminées, à longs pédicelles, à pétales roses. Linnaea (p. 5 3 2 )
Fleurs généralement solitaires, sessiles, sans pétales, à
calice jaunâtre ou purpurin intérieurement Chrysosplenium
(p. 2 9 2 )

[101]
F L O R E L A U R E N T I E N N E

Feuilles grandes (long. 2.5 cm. ou plus), ovées, grossièrement


dentées; plantes dressées.
Feuilles trinervées, surtout membraneuses; fleurs en
glomérules axillaires Pilea, Boehmeria
(P- 172)
Feuilles à nervation pennée.
Feuilles rugueuses; petits capitules verdâtres, en
épis axillaires ou terminaux Iva (p. 561)
Feuilles ovées, très minces; fleurs dimères, en
grappes terminales; fruits obovoïdes recou-
verts de petites épines Circaea (p. 368)
Feuilles ni rugueuses ni très minces.
Fleurs petites, blanches ou bleues, en épis
composés terminaux VERBÉNACEES (p. 489)
Fleurs jaunes ou orangées, groupées par
1-5; plante frutescente DierviUa (p. 535)
Feuilles entières.
Feuilles grandes, ovées-oblongues, acuminées au sommet, at-
ténuées dans la partie inférieure, sessiles; fleurs sessiles,
rouge pourpre; fruit orangé Triosteum (p. 531)
Feuilles (long. 6-12 mm.) linéaires, semi-charnues; régions
maritimes Montia (p. 202)
Feuilles ne présentant pas ces caractères; fleurs pédicellées
(sauf Isnardia, p. 369: plante à feuilles pétiolées).
Plantes couchées sur la vase, s'enracinant aux nœuds;
fleurs apétales, 4-mères Isnardia (p. 369)
Plantes ne présentant pas tous ces caractères.
Pétales éperonnés Halenia (p. 513)
Pétales normaux.
Corolle gamopétale persistante; fruit:
une capsule bivalve allongée, coriace.. Gentiana (p. 514)
Corolle gamopétale déeidue; fruit: une
capsule trivalve, ovale Phlox (p. 452)
Corolle dialypétale (ou presque), déeidue.
Ovaire non muni de style; plante
des rivages du Saint-Laurent
(section maritime); pétales en-
tiers, bleus ou blancs Lomalogonium (p. 513)
Ovaire muni d'un style unique;
pétales entiers, jaunes Lysimachia> Steironema
(P. 427)
Ovaire muni de 2-5 styles; pétales
généralement profondément bifi-
des CARTOPHYLI.AC^ES
(p. 203)
Feuilles alternes (y compris Lechea, p. 271: feuilles de la base opposées
et les autres alternes).
Plantes à stipules engainantes POLYGONACEES (p. 178)
Plantes à stipules absentes ou non engainantes.
Fleurs campanulées, bleues ou presque blanches (long.
4-30 mm.) CAMPAHTJLACEES
(p. 542)

[ 102 ]
FLORE LAURENTIENNE

Fleurs en entonnoir, blanches, grandes (long. 4-5 cm. ) . . . . . . . Convolvulus


spithamaeus (p. 452)
Fleurs ne présentant pas ces caractères.
Feuilles strictement entières GROUPE L (p. 103)
Feuilles sinuées ou munies de grosses dents irrégulières,
espacées, ou de petits lobes peu profonds (mais non
finement dentées). (Voir aussi Amaranthus, p. 198):
feuilles parfois légèrement ondulées à la marge).
Fleurs sans corolle, petites, verdâtres, en grappes
et glomérules terminaux et axillaires; calice
dialysépale; plantes plus ou moins succulentes;
feuilles le plus souvent vaguement deltoïdes.. Chenopodium,Cycloloma
(P- 192)
Fleurs solitaires, axillaires; calice gamosépale;
corolle gamopétale; feuilles à contour plus ou
moins ové Physalis, Datura
(P- 461)

Feuilles finement dentées (légèrement lobées ou non ) . . GROUPE M (p. 104)

G R O U P E L

Feuilles à base cordée SAURURACÉES (p. 175)


Feuilles à base non cordée.
Feuilles et bractées de l'inflorescence aristées Amaranthus (p. 198)
Plantes pubescentes, à feuilles non aristées.
Plantes fortement hirsutes-hispides partout et particulièrement sur les sé-
pales; feuilles oblongues ou lancéolées; tube de la corolle dépassant peu le
calice, ou corolle large; fruits: 4 petits nucules BORAGINACEES
(p. 454)
Plantes peu pubescentes, du moins non hirsutes-hispides partout.
Feuilles ovées; fruit: une baie Solatium nigrum,
Leucophysalis (p. 461 )
Feuilles linéaires-lancéolées ou linéaires-oblongues.
Feuilles (long. 2.5-6 cm.); fleurs pourpres ou blanchâtres, à
tube (long. 10-15 mm.) dépassant de beaucoup le calice,
réunies en glomérules terminaux, entourées de bractées fo-
liacées CoUomia (p. 453)
Feuilles (long. 0 . 8 - 2 . 5 cm.); fleurs menues, verdâtres ou pur-
purines, en panicules terminales lâches Lechea (p. 271)
Plantes glabres ou presque.
Plantes (long. 1 m. ou plus); feuilles généralement longues (rarement moins
de 8 cm.), pétiolées.
Feuilles (long. 20-40 cm. ) lancéolées ou ovées-lancéolées; grappe
paucifiore; fruit: une baie pourpre (diam. env. 1 cm.) PHYTOLACCACÉES
(p. 200)
Feuilles (long. 5-15 cm.) lancéolées ou rhomboïdales-spatulées; épi
de fleurs nombreuses; fruit: une capsule (diam. env. 1 mm.) Acnida (p. 199)
Plantes courtes (moins de 1 m.); feuilles courtes (moins de 8 cm.).
Fleurs à symétrie bilatérale, plus ou moins gamopétales, blanc ver-
dâtre ou roses, en grappe terminale dense (sauf P. paucifolia:
plante à feuilles groupées au sommet de la tige) POLYGALACÊES (p. 387)

[103]
FLORE LAUEENTIENNE

Fleurs à symétrie axiale, dialypêtales ou apétales.


Feuilles (long. 2 - 7 cm. ) largement ovées; fruit : une baie noire . Solatium (p. 4 6 3 )
Feuilles étroites, ovales ou linéaires-lancéolées.
Fleurs petites, vertes, sans corolle, en grappes compo-
sées; feuilles (long. 2 . 5 - 7 cm.) pétiolées, minces,
lancéolées ou oblongues-lancéolées; fruits verts, mi-
nuscules Chenopodium, Boscia-
num (p. 192)
Fleurs petites, blanc verdâtre, sans corolle, à l'aisselle
des feuilles ou en grappes terminales; feuilles (long.
1 - 3 cm.) ovales, plus ou moins coriaces, à nervation
pennée; fruit: une baie rouge SANTALACÉES (p. 1 7 6 )
Fleurs (diam. 1 5 - 2 0 mm.) complètes, dialypétales,
bleues, en panicules terminales; feuilles (long. 1 - 4
cm.) sessiles, lancéolées, aiguës ou acuminées, triner-
vées LINACÉES (p. 3 8 3 )

G R O U P E M

Feuilles simplement dentées.


Feuilles cordées à la.base, longuement pétiolées, orbiculaires, ou largement ovales-
acuminées.
Fleurs solitaires.
Feuilles orbiculaires; plantes plus ou moins rampantes; cinq pétales
semblables; étamines munies d'un long filet Dalïbarda (p. 3 4 2 )
Feuilles ovées, aiguës ou acuminées; un pétale éperonné; étamines
sans filet VIOLACÉES (p. 2 7 4 )
Fleurs en épis axillaires, supportées par une bractée palmilobée; feuilles
ovales-acuminées; plante dressée Acalypha (p. 2 1 5 )
Feuilles non cordées à la base, sessiles ou pétiolées, étroitement ovales, ou linéaires,
ou lancéolées.
Fleurs solitaires ou géminées; plante sous-frutescente Gaultheria (p. 4 4 4 )
Fleurs en inflorescences terminales: grappes ou épis.
Grappes (cymes) à 2 - 3 rameaux portant des fleurs unilatérales,
petites (diam. env. 4 m m . ) , courtement pédicellées; bractées pe-
tites; feuilles finement serrées Penthorum (p. 2 8 7 )
Épi simple, dense, formé de petites fleurs blanc verdâtre; bractées
nulles ou très petites, feuilles irrégulièrement dentées ou crénelées ;
ouest du Québec Polygala Senega
(p. 3 8 9 )
Feuilles dentées et légèrement lobées.
Feuilles orbiculaires dans l'ensemble, profondément cordées; fleurs à pétales tron-
qués, en glomérules axillaires pauciflores MALVACÉES (p. 3 7 9 )
Feuilles ovées dans l'ensemble; feuillage rude et coriace; odeur forte; fruits munis
de piquants; fleurs monoïques Xanlhium (p. 5 6 3 )
Feuilles réniformes dans l'ensemble, à 3 - 7 lobes arrondis; fleurs blanches, solitaires,
à pétales lancéolés; fruit: une framboise ambrée à la maturité; tourbières subarc-
tiques Rubus Chamaemorus
(p. 3 3 0 )

[104]
Division I. - PTÉRIDOPHYTES.

Les Ptéridophytes comprennent toutes les plantes vasculaires dont le cycle vital renferme
deux tronçons séparés dans le temps et l'espace:
(a ) Un tronçon asexué ou sporophyte, issu d'un zygote, formé du corps végétatif vascu-
larisé: racine, tige et feuilles, et portant des spores;
(b) Un tronçon sexué ou gamétophyte, issu d'une spore, et constitué en entier par une
petite masse cellulaire non vascularisée (prothalle) qui porte les organes reproducteurs sexués:
anthéridies et archégones.
Comme ces deux tronçons alternent dans le temps, et que le gamétophyte est le plus
souvent inconnu, minuscule ou inaccessible, la classification traditionnelle ne tient encore
compte que des caractères du sporophyte.
Il y a près de 7000 Ptéridophytes actuellement vivantes. Nos espèces se répartissent en
7 familles et 22 genres. Pour fins de commodité, ces genres sont réunis ici en une seule clef
analytique artificielle.

CLEF GÉNÉRALE DES GENRES DE PTÉRIDOPHYTES.

Feuilles petites, étroites, squamiformes ou linéaires-subulées; plantes ressemblant parfois à des


Mousses ou à des Joncs.
Sporanges à l'aisselle de petites bractées foliacées; tige pleine; racines dichotomiques.
Feuilles petites, squamiformes, portées sur une tige distincte; plantes terrestres.
Sporanges d'une seule sorte ; spores très petites. (LYCOPODIACÉES,
p. 1 0 7 ) . (Figs. 1 - 2 ) Lycopodium
Sporanges de deux sortes: microsporanges, mégasporanges. (SÉLAGINELLA-
CÉES, p. 1 1 0 ) . (Fig. 3 ) Selaginella
Feuilles linéaires, allongées, portées en touffe sur une souche courte et bilobée;
sporanges de deux sortes: microsporanges, mégasporanges, cachés dans les
bases des feuilles. (ISOÉTACÉES, p. 1 1 6 ) . (Fig. 6 ) Isoeles
Sporanges formant un cône terminal, et portés à la face inférieure de petites bractées;
tige creuse. (ÉQUISÉTACÉES, p. 1 1 2 ) . (Figs. 4 - 5 ) Equisetum
Feuilles (frondes) grandes, larges, entières ou découpées, jamais réduites à des écailles. (FOU-
GÈRES).
Fructifications situées par petits groupes circulaires ou allongés, au revers des frondes
vertes. (POLYPODIACÉES, p. 1 2 3 ) .
Fructifications situées directement sur le bord des divisions des frondes. (Fig. 7, a).
Petite plante (long. 5 - 1 5 cm.) des rochers calcaires; fronde délicate dé-
coupée en segments très dissemblables; rare. (Fig. 1 1 , a) 1. Cryptogramma
Plantes fructifiées (long, au minimum 2 0 c m . ) ; frondes plusieurs fois di-
visées.
Frondes distinctement pubescentes et glanduleuses, à divisions
pennées; fructifications en forme de points. (Fig. 1 1 , b - c ) 2 . Dennslaedtia

[105]
FLORE LAURENTIENNE
Frondes délicates, à divisions étalées en éventail; fructifications
recouvertes par le rebord de la fronde. (Figs. 7, a; 11, f) 3 . Ad-iantum
Frondes raides, ternées; fructifications courant sous les bords en
ligne continue. (Fig. 11, d) 4. Ptmdium
Fructifications distribuées sur la face inférieure des divisions de la fronde. (Fig. 7, b ).
Fructifications arrondies.
Frondes à segments entiers; fructifications nues. (Fig. 11, e) 5. Pohjpodium
Frondes à segments de nouveau divisés ou incisés.
Petite plante (long. 5-15 cm.); frondes roussâtres en dessous;
pétioles articulés et se cassant au-dessus de la base.
(Fig. 12, a) 6. Woodsia
Plantes ne possédant pas tous ces caractères.
Frondes délicates et fragiies; fructifications recou-
vertes d'une membrane (indusie) en capuchon.
(Fig. 12, b - f ) 7. Cystopteris
Frondes très raides, persistant l'hiver; segments forte-
ment asymétriques à la base; pétioles et rachis forte-
ment écailleux. (Fig. 12, g-h) 8. Polystickum
Frondes à divisions supérieures souvent en forme de
faux; fructifications recouvertes, au début, d'une
membrane (indusie) orbiculaire ou réniforme, atta-
chée par son milieu. (Fig. 13 ) 9. Thelypteris
Fructifications oblongues ou linéaires.
Fructifications parallèles à la nervure médiane. (Fig. 14, a-b) 1 0 . Woodwardia
Fructifications obliques par rapport à la nervure médiane, ou irré-
gulièrement disposées.
Frondes entières, longuement acuminées, s'enracinant de la
pointe. (Fig. 14, c-d) 11. Camptosorus
Frondes diversement divisées.
Fructifications en lignes droites; petite plante des
rochers, à pétioles et rachis couleur d'acajou.
(Fig. 14, e-f ) 12. Asplenium
Fructifications en lignes courtes et recourbées; plantes
de taille moyenne (généralement long, plus de 2 0
cm.). (Fig. 14, g - j ) 1 3 . Athyrium
Fructifications rassemblées en masses, distinctes des frondes vertes.
Fructifications portées sur des pédoncules sans rapport avec les frondes vertes,
et entourées d'enveloppes sphériques (diam. 2 - 3 mm.), rigides et persistantes.
( P O L Y P O M A C É E S , p. 1 2 3 ) . (Fig. 7 , c-d).
Frondes vertes triangulaires, pinnatifides (divisions n'atteignant pas la
nervure médiane). (Figs. 7 , d; 15, a-d) 14. Onoclea
Frondes vertes allongées et lancéolées, pinnatiséquées (divisions attei-
gnant la nervure médiane). (Figs. 7 , c; 15, e-f ) 15. Pteretis
Fructifications non renfermées dans des enveloppes sphériques et rigides. (Fig. 7, e).
Gros rhizomes ligneux; frondes généralement plusieurs, de grande taille
(long. 3 0 - 2 0 0 cm.); base des pétioles élargie et ailée. (OSMONDACKES,
p. 121 ). (Figs. 7, e; 10 ) Osmunda
Petits rhizomes charnus et fragiles; frondes généralement isolées (long,
généralement inférieure à 3 0 cm., sauf Botrychium virginianum), déli-
cates et membraneuses. (OPHIOGLOSSACÉES, p. 1 1 7 ) .
Fronde ovale et entière; fructifications en épi simple. (Fig. 8, a ) . . . 1. Ophioglossum
Fronde plus ou moins lobée ou divisée; fructifications généralement
en épis composés. (Figs. 8, b - f ; 9) 2 . Botrychium

[106]
LYCOPODIACÉES [ LYCOPODIUM ] Figure 1

L y c o p o d i u m : (a) L. lucidulum, sommité fructifère sans épi différencié; (b) L. inundatum, plante entière
montrant l'épi terminal différencié où les fructifications sont dissimulées à la base des feuilles; (c, e, f ) L. clavatum,
(c) sommité fructifère montrant les épis pédicellés, (e) feuille avec soie terminale, (f ) plante entière; (d, g) L. anno-
tinum, (d) sommité fructifère montrant l'épi sessile, (g) plante entière; (h) L, obscurum, plante entière montrant
le rhizome souterrain et le port dendroïde.

Fam. 1. — LYCOPODIACÉES.

Plantes vivaces et toujours vertes, à racines dichotomiques. Fructifications (sporanges)


toutes semblables (sans différenciation sexuelle), en forme de sac, insérées sur la face supé-
rieure des feuilles, le plus souvent formant dans leur ensemble un épi plus ou moins long.
Spores jaune soufre.
Deux genres: Lycopodium (cosmopolite) et Phylloglossum (Australie, Tasmanie, Nouvelle-Zélande).

1. LYCOPODIUM L. — LYCOPODE.

Tige grêle, couverte de petites feuilles uninerve disposées sur 4-16 rangs, imbriquées
ou rapprochées. Spores généralement à maturité durant l'été.
Genre largement répandu dans les deux hémisphères et comptant environ 125 espèces.—La province de Québec
est un lieu d'élection pour les Lycopodes. Dans les Laurentides en particulier, ils sont remarquablement nombreux,
vigoureux et variés. Us contribuent largement à la beauté de la forêt canadienne.—Outre les espèces décrites ci-
dessous, on pourra encore rencontrer sur la limite nord-est du territoire le L. Selago L., qui se distingue du L. IwAdvr
lum par ses tiges jaunâtres et rigides formant des touffes compactes. Dans les Shikshoks se rencontre le L. alpinum
L. (feuilles du rang inférieur en cuiller). — Le nom générique signifie : pied de loup; allusion aux rameaux courts,
bifurques ou trifurqués en forme de digitations, que l'on trouve chez le L. clavatum, l'espèce la plus commune.

[107]
FLORE LAURENTIENNE

CLEF DES ESPÈCES.

Plantes fructifiées entièrement feuillées, ne formant pas de longs courants.


Fructifications naissant à l'aisselle de feuilles normales, non rapprochées en épi; plante
(long. 10-20 cm.) des bois. (Fig. 1, a) 1. L. lucidulum
Fructifications naissant à l'aisselle de feuilles bractéales presque semblables aux feuilles
ordinaires, obscurément disposées en épi terminal solitaire et sessile; petite plante
(long. 3-10 cm.) des lieux mouillés. (Fig. 1, b ) 2. L. inundatum
Plantes à fructifications différenciées (dépourvues de feuilles vertes à la maturité) formant
dans leur ensemble un épi distinct; plantes longues, formant des courants superficiels ou
souterrains. (Fig. 1, c-d).
Rameaux ultimes non aplatis, à feuilles sur plus de quatre rangs.
Epis sur de longs pédoncules; feuilles terminées par une longue soie visible à
l'œil nu. (Fig. 1, e) 3. L, clavatum
Épis sessiles ou portés sur des pédoncules feuilles; feuilles aiguës mais non ter-
minées par une soie.
Plante buissonneuse, ayant l'apparence d'un petit arbre. (Fig. 1, h ) . . . 4. L. obscurum
Plante courant sur le sol; un seul épi par rameau vertical. (Fig. 1, d, g). 5. L. annotinum
Rameaux ultimes aplatis, à feuilles sur quatre rangs.
Feuilles des rameaux ultimes adnées sur plus de la moitié de leur longueur;
tiges aériennes verticales fertiles (long. 15-30 cm.).
Plante irrégulièrement buissonneuse; épis solitaires (ou 2 - 3 ) ; branches
latérales portant des innovations annuelles; feuilles ventrales réduites.
(Fig. 2, b) 6. L. complanatum
Plantes ayant l'apparence de petits arbres; épis généralement 4 - 5 ;
branches en éventail.
Branches latérales dépourvues d'innovations annuelles; spores
tombant en octobre; sous-bois. (Fig. 2, a ) 7. L. flabelliforme
Branches latérales portant des innovations annuelles; spores tom-
bant de bonne heure en août; lieux sablonneux ouverts (rare-
ment dans les bois). (Fig, 2, c) 8. L. fristachyum
Feuilles des rameaux ultimes adnées sur la moitié de leur longueur, celles des
rangs latéraux divergentes, à pointe incurvée; tiges aériennes verticales (long.
5-15 cm. ); montagnes. (Fig. 2, à) 9. L. sabinaefolium

1. Lycopodium lucidulum Michx. — Lycopode brillant. — (Shining Club-moss). —


Plante entièrement feuillée ; tiges (long. 10-20 cm. ) plus ou moins isolées, d'abord cachées dans
les feuilles mortes du sous-bois, puis s'incurvant verticalement vers le haut pour bifurquer 1-3
fois; feuilles alternativement courtes et longues, d'un vert très foncé et luisantes; fructifica-
tions cachées à l'aissel c des feuilles supérieures. Bois frais. Général, sauf au nord du terri-
toire. (Fig. 1, a).
La partie ancienne de la tige est horizontale et la partie plus verte et plus jeune s'élève verticalement. Cette
dernière est toujours âgée de cinq à six ans et se maintient sensiblement à la même hauteur, parce que la base de
la partie verticale s'incurve pour devenir horizontale, tandis que le sommet s'accroît de la même longueur. — C e t t e
espèce porte, au sommet de la tige, des bulbilles qui se détachent au moindre choc et vont rebondir à plus d'un
mètre. Ces bulbilles multiplient l'espèce végétativement.

2. Lycopodium i n u n d a t u m L. — Lycopode palustre. — (Bog Club-moss). — Plante


entièrement et densémentfeuillée; tige (long. 3-10 cm.) rampant horizontalement ou un peu
arquée, simple ou presque, pourvue de racines vers l'extrémité de la pousse de l'année; feuilles

[108]
LYCOPODIACÊES [ LYCOPODIUM ] Figure 2

L y c o p o d i u m : (a) L. flabelliforme, branche latérale dépourvue d'innovations annuelles, (en bas, au centre)
portion de rameau montrant la réduction de la feuille ventrale; (b) L. complanatum, branche latérale montrant les
innovations annuelles, (en bas, au centre) portion de rameau montrant la réduction de la feuille ventrale; (c) L. tri-
stachyum, branche latérale montrant les innovations annuelles, (en bas, à droite) portion de rameau montrant la
feuille ventrale non réduite; (d ) L. sabinaefolium, portion de rameau montrant la divergence des feuilles latérales.

linéaires et très rapprochées; pédoncules solitaires, feuilles, portant un épi de fructifications in-
sérées à l'aisselle de feuilles vertes. Lieux humides et tourbières. Général, mais plutôt disséminé.
(Fig. 1, b ) .
Croît typiquement dans les dépressions inondées une partie de l'année ou parmi les Sphaignes. Il est forte-
ment adhérent au substratum par ses multiples racines. Comme le L. luddulum, il ne forme pas de longs courants:
sa tige s'allonge par une extrémité et paraît se détruire par l'autre.

3. L y c o p o d i u m c l a v a t u m L . — Lycopode claviforme. — Courants verts. — (Common


Club-moss). — T i g e rampant sur le sol (long. 1 - 4 m . ) , rameuse en zigzag, densément feuillée;
feuilles linéaires terminées par une longue soie blanchâtre ; rameaux fertiles produisant de ro-
bustes pédoncules (long. 7-12 cm. ) portant un épi, ou le plus souvent plusieurs épis pédicellés
et insérés à divers niveaux. Bois et taillis. Général. (Fig. 1, e, e, f ) . n = ca. 14
De toutes nos espèces, celle-ci est la plus grande et la plus connue. Avec le L. flabelliforme, elle est u n objet
de commerce pour les décorations de Noël. Sa souplesse et son imputreseibilité permettent de l'expédier en gros
ballots, des forêts où elle croit, sur nos marchés urbains. Elle fournit aussi la poudre de Lycopode de la pharmacie.
Projetées dans la flamme, les spores brûlent instantanément en donnant une vive lumière (soufre végétal).

4. L y c o p o d i u m o b s c u r u m L. — Lycopode foncé. — (Ground Pine). — Tige souterrai-


ne, produisant de distance en distance des rameaux aériens dressés (long. 12-25 cm. ) et ra-
mifiés en forme de petits arbres; feuilles des branches supérieures sur 6 rangs; épis plus ou moins
nombreux, sessiles et plus ou moins immergés dans le feuillage. Bois et friches. Général.
(Fig. l , h ) .
Remarquable par sa distribution géographique qui embrasse l'Amérique orientale et l'Asie orientale.

[109]
F L O R E L A U R E N T I E N N E

5. L y c o p o d i u m a n n o t i n u m L. — Lycopode innovant. — (Stiff C l u b - m o s s ) . — T i g e


(long. l m . et plus) r a m p a n t sur le sol, raide, é m e t t a n t de n o m b r e u x r a m e a u x s t r i c t e m e n t ver-
ticaux (long. 15-25 c m . ) , les stériles i n n o v a n t du sommet, les fertiles p o r t a n t u n épi t e r m i n a l ,
sessile; feuilles sur 8 rangs, dentées, d ' u n v e r t clair. Bois secs. Général. (Fig. 1, d, g ) .
L e L y c o p o d e d o m i n a n t d a n s les p a r t i e s froides d u Q u é b e c .

6. L y c o p o d i u m c o m p ï a n a t u m L . — L y c o p o d e aplati.— (Flattened C l u b - m o s s ) . — T i g e
presque superficielle, é m e t t a n t de nombreux r a m e a u x aériens généralement c o u r t s (long. 5-10 cm.,
r a r e m e n t 25 cm.) e t irrégulièrement buissonneux, non glauques; ramifications ultimes i n n o v a n t
de l'extrémité, couvertes de 4 r a n g s de petites feuilles, les ventrales réduites à u n e pointe t r i a n -
gulaire; épis le plus souvent solitaires, parfois 2 - 3 , à m a t u r i t é en juillet. Bois. F r é q u e n t
s u r t o u t a u nord e t à l'est. (Fig. 2, b ) .
E s p è c e c i r c u m b o r é a l e des r é g i o n s m o n t a g n e u s e s .

7. L y c o p o d i u m flabelliforme (Fernald) Blanchard.— Lycopode en éventail.— Courants


vertu. ~~ (Fan-shaped C l u b - m o s s ) . — Tige superficielle ou presque, é m e t t a n t des rameaux
strictement dressés, d ' u n vert foncé, à divisions en éventail arrangées en spirale a u t o u r de l'axe;
ramifications ultimes presque toujours dépourvues d'innovations, aplaties, p o r t a n t 4 r a n g s de
petites feuilles, les ventrales réduites à une pointe triangulaire; épis 4 - 5 , s o u v e n t t r è s aigus e t
feuilles à la pointe, longuement pédoncules, à m a t u r i t é en octobre. Bois. Général d a n s la
plaine basse et a u sud. (Fig. 2, a ) .
E s p è c e p u r e m e n t a m é r i c a i n e q u i r e m p l a c e le L. compïanatum d a n s la plaine alluviale d u S a i n t - L a u r e n t , e t
q u i y e s t l'objet d ' u n c e r t a i n c o m m e r c e p o u r fins d e d é c o r a t i o n . L a t i g e p r i n c i p a l e d u r e c i n q o u six a n s , c ' e s t - à -
d i r e q u e les p a r t i e s les p l u s a n c i e n n e s e t q u i se d é t r u i s e n t s o n t p a r v e n u e s à c e t âge.

8. L y c o p o d i u m t r i s t a c h y u m Pursh. — Lycopode à trois épis. — (Three-spiked C l u b -


m o s s ) . — T i g e profondément enfouie, é m e t t a n t des r a m e a u x aériens en forme de p e t i t s a r b r e s ,
d ' u n vert bleuâtre et glauques; ramifications ultimes produisant de nombreuses i n n o v a t i o n s qui
d o n n e n t à la p l a n t e une apparence é t a g é e , m u n i e s de 4 r a n g s de feuilles t o u t e s s e m b l a b l e s ; épis
4 - 5 , sur de longs pédoncules, à m a t u r i t é de bonne heure en août. Lieux sablonneux o u v e r t s ,
bord des bois. Général, m a i s p l u t ô t local. (Syn.: L. Chamaecyparissus A. B r . ) . (Fig. 2, c ) .
C ' e s t l ' e s p è c e p a r t i c u l i è r e a u x lieux s a b l o n n e u x d e pleine l u m i è r e . L ' h a b i t a t , l ' e n f o u i s s e m e n t d e l a t i g e
p r i n c i p a l e , et l a c o u l e u r b l e u â t r e d e l a p l a n t e p e r m e t t e n t d e la d i s t i n g u e r d e s espèces v o i s i n e s : L. flabelliforme e t
L. compïanatum.

9. L y c o p o d i u m s a b i n a e f o l i u m Willd. — Lycopode à feuilles de Genévrier. — ( C e d a r -


like C l u b - m o s s ) . — Tige généralement superficielle, produisant de n o m b r e u x r a m e a u x v e r t i c a u x
(long. 5-15 cm.) formant u n e masse lâche et buissonneuse; feuilles des r a m e a u x u l t i m e s s u r
q u a t r e rangs, a d n é e s sur la moitié de leur longueur, celles des rangs l a t é r a u x divergentes et in-
curvées; épi généralement solitaire, à m a t u r i t é en août-septembre. M o n t a g n e s de l'est e t
r a r e m e n t dans les Laurentides. (Fig. 2, d ) .

Fam. 2. - SÉLAGINELLACÉES
P l a n t e s à p o r t très divers. Tige ramifiée par bifurcations successives, p o r t a n t p a r p a i r e s
ou en q u a t r e séries un g r a n d nombre de petites feuilles entières. Fructifications (sporanges )
insérées à l'aisselle des feuilles et f o r m a n t d a n s leur ensemble u n épi q u a d r a n g u l a i r e ; les infé-
rieures c o n t e n a n t de grandes spores (mégaspores) sont dites femelles (fig. 3, c , f ) ; les supérieu-
res c o n t e n a n t de petites spores (microspores) sont dites mâles (fig. 3, b, g ) .
U n seul g e n r e .
[110]
SÉLAGINELLACEES [SELAGINELLA] Figure 3

S e l a g i n e l l a : ( a - c ) S. rupestris, (a) plante entière, (b) microsporange à l'aisselle d'une feuille, (c) mégaspo-
range à l'aisselle d'une feuille; (d) 8. selaginoides, plante entière; (e-g) S. apoda, (e) plante entière, (f ) mégaspo-
range contenant les mégaspores, (g) microsporange contenant les microspores.

1. S E L A G I N E L L A Beauv. — SÉLAGINELLE.

C a r a c t è r e s de la famille.
Environ 500 espèces qui habitent pour la plupart les forêts tropicales.—Les Sélaginelles de notre territoire
sont de très petites plantes ressemblant à des Mousses. —• Le nom générique est un diminutif de Selago, ancien nom
d'un groupe de Lycopodes.

CLEF DES ESPÈCES.

Feuilles caulinaires d'une seule sorte.


Tiges rigides ; feuillage glauque ; épi nettement quadrangulaire ; lieux très secs.
(Fig. 3, a—c) 1. S. rupestris
Tiges grêles; feuillage vert; épi obscurément quadrangulaire; lieux humides des régions
froides. (Fig. 3, d ) 2. S. selaginoides
Feuilles caulinaires bisériées: les unes courtes et verticales, les autres longues et horizontales;
prairies des régions tempérées. (Fig. 3, e - g ) 3. S. apoda

1. S e l a g i n e l l a r u p e s t r i s (L.) S p r i n g . — Sélaginelle des rochers. — (Rock Selaginella). —


Tiges en touffes denses r e s s e m b l a n t à des Mousses rigides, g é n é r a l e m e n t enroulées à l ' é t a t sec;
feuilles linéaires-lancéolées, g l a u q u e s ; épis (long. 1 2 - 2 5 m m . ) sessiles a u b o u t des branches,
nettement quadrangulaires. M a t u r a t i o n estivale. R o c h e r s secs. Laurentides, Montérégien-
nes, A p a l a c h e s . (Fig. 3, a - c ) .
L'habitat de cette espèce est exceptionnel pour ce genre essentiellement mésophytique. Sur les rochers où
elle vit, elle endure durant six mois les alternatives de sécheresse e t d'humidité, de chaleur et de froid. Les épis
femelles se rencontrent à profusion en toute saison, mais la plupart des mégaspores sont stériles. Les grandes
colonies sont généralement formées par multiplication végétative (marcottage naturel).

[111]
FLORE L A U R E N T I E N N E

2. Selaginella selaginoides (L.) Link.— Sélaginelle sélaginoïde. — (Low Selaginella).


— Tiges stériles couchées, grêles et courtes; tiges fertiles ascendantes, simples (long. 3-8 cm.);
feuilles vertes lancéolées, aiguës, spinuleuses-ciliées; épis feuilles, obscurément quadrangulaires,
oblongs-Iinéaires. Maturation estivale. Lieux humides dans les régions froides de l'est et
du nord. (Fig. 3, d ) .
Très petite plante difficile à déceler parmi les Mousses, et qui mime les petites formes du Lycopodiwn inunda-
tum.

3. Selaginella apoda (L.) Fernald. — Sélaginelle apode.— (Creeping Selaginella).—


Tiges annuelles, d'un vert léger, couchées, en touffes très ramifiées; feuilles petites, membra-
neuses, de deux sortes: les unes courtes et verticales, les autres longues et horizontales; épis
obscurément quadrangulaires. Maturation estivale. Prairies du centre et de l'ouest du Québec.
(Fig. 3, e-g).
Les épis apparaissent de bonne heure en mai, et il s'en forme de nouveaux jusqu'à la fin d'août. En septembre
les parties végétatives se développent vigoureusement, sous la stimulation des pluies d'automne, jusqu'aux neiges.
A ce moment les masses de Sélaginelle apode ressemblent tout à fait à certaines Mousses et sont généralement con-
fondues avec elles.

Fam. 3. - ÉQUISÉTACÉES.
Plantes rampant dans le sol humide ou vaseux, et dressant verticalement dans l'air cer-
tains de leurs rameaux. La section de la tige montre généralement une cavité centrale
(fig. 4, e), une série de cavités situées sous les sillons (cavités valléculaires, fig. 4, g ) , et par-
fois une troisième série de cavités situées sous les côtes (cavités costales, fig. 4, f). Feuilles
très petites, en verticilles alternes, soudées en une gaine, et libres seulement de la pointe.
Fructifications (sporanges) toutes semblables (sans différenciation sexuelle), en forme de sac,
portées par 5-10 sur de petites feuilles modifiées dont l'ensemble constitue un épi terminal.
Un seul genre.

1. EQUISETUM L.—PRÊLE.

Caractères de la famille.
Environ 25 espèces.—L'identification des Equiselum demande le plus souvent l'examen à la loupe des cavités
de la tige. On devra donc soit sectionner la tige à l'état frais sur le terrain et noter le croquis de la section, soit
ramollir après coup un fragment de tige dans l'eau très chaude, et sectionner. — Le nom générique signifie : crin de
cheval; allusion aux ramifications fines de certaines espèces, qui donnent à l'ensemble de la plante l'apparence d'une
queue de cheval.

CLEF DES ESPÈCES.

Tiges d'un vert sombre, rudes, persistant durant l'hiver; épis abruptement terminés en pointe
(fig- 4, a)-
Tiges généralement isolées, longues (30-100 cm.) et grosses (diam. '5-12 mm.); cavité
centrale environ les Yz du diamètre total (fig. 4 ) 1. E. hyemale
Tiges groupées sur une souche, moins longues et moins grosses; cavité centrale J^-K
du diamètre total.
Tiges (diam. plus de 1 mm. ) non filiformes; cavité centrale }i du diamètre total
(fig-4) 2. E. variegatum
Tiges (diam. à peine 1 mm.) filiformes et gazonnantes, dépourvues de cavité
centrale (fig. 4 ) 3. E. scirpoides
ÊQUISETACÉES [ EQUISETUM ] Figure 4

pa/usf/>e iiftorafe limosum

Equisetum: (a) épi apiculé; (b) épi obtus; (c) E. pratense, gaine raméale; (d) E. arvense, gaine raméale.
Le reste de la figure montre en section les cavités centrales (e), costales (f ) et valléculaires (g) des espèces à tiges
isomorphes.

Tiges d'un vert clair ou jaunâtres, souples, ne persistant pas durant l'hiver; épis obtus
(%. 4, b ) .
Plantes non franchement aquatiques, habitant les bois, les prairies ou les remblais;
fructifications très printanières.
, Tiges fertiles blanchâtres, très printanières, absolument dépourvues de chloro-
phylle et de branches, périssant immédiatement après la dehiscence de
l'épi (fig. 5, b ) ; tiges stériles vertes (fig. 5, a ) ; rameaux souvent dressés,
portant des gaines munies de 3-4 dents longuement aiguës (fig. 4, d) . . . 4. E. arvense
Tiges fertiles d'abord jaunâtres, puis produisant des rameaux verts qui s'al-
longent par la suite; tiges stériles vertes, à rameaux généralement étalés
ou pendants.
Plante d'un vert très pâle; rameaux triangulaires, très généralement
simples et étalés horizontalement; dents des gaines raméales courtes
et non longuement aiguës (fig. 4, c ) ; plante rare sauf dans les mon-
tagnes. (Fig. 5, c-d) S. E. pratense
Plante d'un vert foncé; rameaux 4-5-angulaires, généralement plusieurs
fois ramifiés et pendants; plante commune dans les bois. (Fig. 5, e-f ) . 6. E. sylvaticum
Plantes franchement aquatiques, habitant les fossés, les lacs, les rivières, ou les rivages
fréquemment couverts d'eau; fructifications estivales.
Cavité centrale petite (environ du diamètre t o t a l ) ; cavités valléculaires
aussi grandes que la cavité centrale (fig. 4 ) ; gaines de la tige très longues.. 7. E. palustre
Cavité centrale plus grande du diamètre t o t a l ) ; cavités valléculaires
petites (fig. 4 ) ; plantes presque toujours stériles 8. E. littorale
Cavité centrale grande (environ 4 / 5 du diamètre total ) ; tiges molles et min-
ces comme du papier à cause de la grande cavité; cavités valléculaires ab-
sentes ou invisibles à l'œil nu (fig. 4 ) ; plantes généralement très fructifères. 9. E. limosum

[113]
F L O R E L A U R E N T I E N N E

1. E q u i s e t u m h y e m a l e L . — Prêle d'hiver.— Prêle des tourneurs.— (Scouring R u s h ) . —


Tiges isolées (long. 30-100 c m . ; diam. 5-15 m m . ) , très fortement silicifiées et très r u d e s au
t o u c h e r , r a i d e s , d ' u n v e r t noirâtre, généralement sans branches (sauf m u t i l a t i o n ) ; cavité centrale
environ % du d i a m è t r e t o t a l ; épi ovoïde, apiculé, presque sessile dans la dernière gaine. F r u c -
tification estivale ou a u t o m n a l e . Bois et lieux sablonneux. Général sauf à l'extrême nord.
(Fig. 4, a, e ) .
C e t t e Prêle, extraordinairement silicifice, était autrefois e m p l o y é e , a v a n t l ' a v è n e m e n t des m a c h i n e s , a u p o -
lissage d u bois. L a silice existe ici s o u s forme de p e t i t s cristaux si a b o n d a n t s que t o u t e la substance v é g é t a l e p e u t
être e n l e v é e par m a c é r a t i o n sans altérer la forme de la p l a n t e . —• Les tiges de l'année persistent en hiver, et l'émis-
sion des spores n e s e termine qu'au p r i n t e m p s s u i v a n t ; de là le nom de Prêle d'hiver.— L a p l a n t e de l'Amérique
orientale diffère variétalement d u t y p e eurasiatique. E l l e peut être connue plus e x a c t e m e n t sous le n o m de
E. hyemale var. affine ( E n g e l m . ) A . A. E a t o n .

2. E q u i s e t u m v a r i e g a t u m Schleicher. — Prêle p a n a c h é e . — (Variegated Horsetail).—


Tiges (diam. 2 - 3 m m . ) nombreuses sur une m ê m e souche, d ' u n vert foncé, le plus souvent
simples; cavité centrale environ 3 ^ du d i a m è t r e total; épi ovoïde et apiculé. Fructification
estivale. Lieux humides, s u r t o u t sur les graviers des rivières et des lacs. Général mais plutôt
disséminé. (Fig. 4 ) .
Les tiges f o r t e m e n t silicifiées p e u v e n t persister p e n d a n t l'hiver à la condition d'être abritées c o n t r e l e s gelées
d ' a u t o m n e et de p r i n t e m p s ; elles p e u v e n t alors fructifier t o u t e l'année entre le départ et l'arrivée des neiges.

3. E q u i s e t u m s c i r p o i d e s Michx. — Prêle faux-scirpe. — (Sedge-like H o r s e t a i l ) . — Rhi-


zome filiforme; tiges aériennes (long. 7-15 c m . ; diam. 1 m m . ou moins) filiformes, flexueuses, per-
sistantes, à gaines tridentées; cavité centrale nulle, mais cavités valléculaires 3 ; petits épis pres-
que sessiles. Fructification estivale. Lieux sourceux et bois de Conifères. Général, m a i s com-
m u n surtout a u nord et à l'est. (Fig. 4 ) .
D a n s la partie tempérée d u Québec, cette e s p è c e s e maintient dans les lieux s o u r c e u x par u n e é t r o i t e asso-
ciation avec des M o u s s e s hydrophiles. P l u s au nord, elle devient a u t o n o m e , et c o n s t i t u e , d a n s la grande forêt
d'Épinette, un é l é m e n t caractéristique d u sous-bois sec.

4. E q u i s e t u m a r v e n s e L.— Prêle des champs. — Queue de renard.— (Field H o r s e t a i l ).—


Rhizome creux; tiges fructifères t r è s printanières, blanches, paraissant a v a n t les stériles, sans
ramifications, disparaissant après la fructification; tiges stériles vertes et plus ou moins ramifiées;
gaines des r a m e a u x t y p i q u e m e n t 3 - 4 - d e n t é e s , à dents longuement aiguës. Fructification très
printanière. H a b i t a t s divers. Général et c o m m u n p a r t o u t . (Figs. 4 , d; 5, a - b ) . n = ca. 29
Espèce r e m a r q u a b l e par la différenciation m o r p h o l o g i q u e et physiologique des tiges fertiles (sans chloro-
phylle) et stériles (chtorophylliennes). O n lui a autrefois attribué d e multiples propriétés médicinales, m a i s son
u s a g e est à peu près abandonné sauf dans la m é d e c i n e populaire. —• L'ingestion de la Prêle des c h a m p s , s é c h é e
dans le foin, cause a u x chevaux u n e m a l a d i e particulière, Yêçpmétosis, manifestée par des s y m t ô m e s a n a l o g u e s à
ceux d e la m é n i n g i t e cérébro-spinale. L e s riverains du Saint-Laurent désignent c e t t e affection s o u s l e n o m de
« chambranle ».

5. E q u i s e t u m p r a t e n s e E h r h . — Prêle des prés.— (Meadow H o r s e t a i l ) . — R h i z o m e plein;


tiges fructifères d'abord blanches, produisant ensuite des verticilles de r a m e a u x v e r t s ; tiges
stériles p a r a i s s a n t en même t e m p s que les fructifères, et à ce m o m e n t garnies de r a m e a u x très
courts et t r è s étalés, s'allongeant ensuite horizontalement; r a m e a u x grêles, presque toujours
simples; gaines de la tige p o r t a n t 10-15 p e t i t e s dents b l a n c h e s ; gaines des r a m e a u x tridentées,
à d e n t s larges et courtes. Fructification t r è s printanière. Bois de m o n t a g n e . F r é q u e n t
a u t o u r du golfe S a i n t - L a u r e n t , rare ailleurs. (Figs. 4, c; 5, c - d ) .
L a m o i n s c o m m u n e de n o s Prêles.

[114]
ÉQUISETACÉES [ EQUISETUM ] Figure 5

arvense jorafertse sy/i/aïicum

E q u i s e t u m : ( a - b ) E. arvense, ( a ) t i g e s t é r i l e v e r t e , ( b ) t i g e s fertiles b l a n c h e s ; ( c - d ) E. pratense, (c) t i g e


stérile v e r t e , ( d ) t i g e fertile b l a n c h e ; ( e - f ) E. sylvalicum, ( e ) t i g e s t é r i l e v e r t e , (f) t i g e fertile d ' a b o r d j a u n â t r e ,
puis m u n i e d e r a m e a u x v e r t s .

6. Equisetum sylvaticum L. — Prêle des bois.—• (Wood Horsetail).— Rhizome creux;


tiges fructifères munies, dès leur apparition, de verticilles de rameaux courts qui s'allongent
ensuite en se ramifiant, pour donner une plante en forme de cône renversé (où se distingue [la
fructification flétrie); tiges stériles vertes et très ramifiées, formante la fin un cône posé sur sa
base, à sommet souvent défléchi; rameaux nombreux et allongés, horizontaux ou pendants,
4-5-angulaires et 4-5-dentés. Fructification très printanière. Bois et taillis. Général et
abondant. (Fig. 5, e-f).
Fructifie p l u s i e u r s s e m a i n e s a p r è s YE. arvense. — L a p l a n t e a m é r i c a i n e diffère v a r i é t a l e m e n t d u t y p e e u r a -
s i a t i q u e . E l l e p e u t ê t r e c o n n u e p l u s e x a c t e m e n t sous le n o m d e E. sylvaticum v a r . pauciramosum Milde.

7. Equisetum palustre L.— Prêle des marais.-— (Marsh Horsetail). — Rhizome creux et
profondément enfoui; tiges (long. 25-40 cm.) toutes semblables, plus ou moins ramifiées; cavité
centrale environ % du diamètre total, accompagnée de cavités valléculaires de même gran-
deur; gaines de la tige très longues, évasées; épi enveloppé jusqu'à la dehiscence dans la gaine
supérieure très développée. Fructification estivale. Marécages, talus des rivières, battures.
Général dans son habitat. Plus abondant et plus robuste au nord. (Fig. 4).
F r u c t i f i e d e m a i à s e p t e m b r e s u i v a n t l ' é t a t d e s u b m e r s i o n p l u s o u m o i n s c o m p l è t e d e s r i v a g e s . S o u s la p r e s -
sion d e s c o n d i t i o n s écologiques, il c o n v e r g e e x t é r i e u r e m e n t a v e c YE. limosum, YE. arvense e t YE. littorale. Mais
l a section d e l a t i g e ( t o u j o u r s si d i s t i n c t e a v e c s a t r è s p e t i t e c a v i t é c e n t r a l e ) e t l e s l o n g u e s g a i n e s suffisent g é n é r a l e -
m e n t p o u r identifier les f o r m e s les p l u s modifiées. — L a p l a n t e a m é r i c a i n e diffère v a r i é t a l e m e n t d u t y p e e u r a s i a t i q u e .
E l l e p e u t ê t r e c o n n u e plus e x a c t e m e n t sous le n o m d e E. palustre v a r . americanum V i c t .

[115]
FLORE L A U R E N T I E N N E

8. Equisetum littorale Kuehl.— Prêle littorale.— (Shore Horsetail).— Rhizome creux;


tiges (long. 15-80 cm.) toutes semblables, très généralement stériles, formant souvent de
vastes colonies au bord des eaux fluviales, droites, raides, d'un vert clair, plus ou moins rami-
fiées, le plus souvent nues dans les 2-5 nœuds supérieurs et munies, au-dessous de cette région,
de rameaux plus ou moins nombreux; cavité centrale du diamètre total; cavités val-
léculaires présentes, mais beaucoup plus petites. Rivages, particulièrement rivages du Saint-
Laurent depuis Montréal jusqu'à l'eau salée. (Fig. 4).
Cette plante est probablement l'hybride E. arvense X E. •palustre. Elle est très polymorphe et se multiplie
végétativement par le transport des rhizomes. Bien que généralement stérile, elle couvre néanmoins de vastes
espaces autour des îles basses du Saint-Laurent. L'E. littorale peut mimer extérieurement toutes les autres grandes
Prêles palustres. Il faudra toujours s'en rapporter à l'examen de la section.

9. Equisetum limosum L. — Prêle des bourbiers.— (Marsh Horsetail). — Rhizome


creux, peu profondément enfoui; tiges (long. 30-150 cm.; diam. en herbier 3 . 5 - 7 . 5 mm.) raides,
droites, à parois très minces, nues ou ramifiées en verticilles réguliers, fructifiant abondamment ;
cavité centrale très grande, environ 4/5 du diamètre total; cavités valléculaires nulles; gaines
noires et appliquées. Fossés, mares, rivages. Fructification estivale. Général dans son ha-
bitat et très commun. (Fig. 4 ) . n = ca. 50
Espèce toujours facile à distinguer par la très grande cavité centrale qui laisse les parois minces comme du
papier et sans cavités valléculaires. Elle est écologiquement très remarquable: les rhizomes s'étendent tellement
qu'un seul suffit pour constituer une formation pure dans une mare ou sur un rivage. E n eau peu profonde et
lorsque la boue est relativement ferme, elle développe des verticilles de rameaux; en eau profonde et lorsque la boue
est plus fluide, elle est nue. Sur les rivages du Saint-Laurent, où l'eau baisse progressivement du printemps à l'au-
tomne, on peut observer toutes les formes possibles, à côté des variations parallèles de l'E. littorale qui l'accompagne
souvent.

Fam. 4. - ISOÉTACÉES.

Plantes vivaces, aquatiques ou amphibies, consistant en une souche courte bilobée, por-
tant des racines dichotomiques et une rosette de feuilles linéaires (fig. 6, a ) . Fructifications
en forme de sacs logés dans la gaine des feuilles : les unes mâles, contenant de petites spores
(microspores), les autres femelles (fig. 6, c-d), contenant de grandes spores (mégaspores) (fig. 6,
b,e,f).
Un seul genre.
1. ISOETES L. — ISOÈTE.

Caractères de la famille.
Environ 65 espèces.—Les Isoètes, qui ressemblent à de petites touffes d'herbe submergées, sont en réalité
voisins des Fougères et des Lycopodes. Les espèces ne peuvent être distinguées que par l'examen microscopique
des spores. Sur notre territoire on rencontrera au moins trois espèces, géographiquement assez nettement réparties.
La plante des lacs des Laurentides et celle du Saint-Laurent au niveau de Montréal est généralement VI. Braunii; celle
de l'Ottawa est généralement 1'/. riparia; celle des rivages de l'estuaire du Saint-Laurent, depuis le lac Saint-Pierre jus-
qu'à l'eau salée, est généralement 1'/. Twkermani. On trouvera encore autour du golfe Saint-Laurent l ' 7 . macrospora
Dur. (mégaspores réticulées, diam. 600-800,u). — L e nom générique signifie: semblable à lui-même t o u t e l'année.

CLEF DES ESPÈCES.

Surfaee des grandes spores (mégaspores) couverte de petites épines. (Fig. 6, b ) 1. I. Braunii
Surface des mégaspores irrégulièrement aeerêtée ou réticulée.
Mégaspores irrégulièrement accrêtées (diam. 440-660yu). (Fig. 6, e) 2. I. riparia
Mégaspores réticulées, au moins sur la face basilaire (diam. 460-600 j u ) . (Fig. 6, f ) . 3. I. Tuckerrnani

[116]
ISOÉTACÉES [ ISOETES ] Figure_6

Isoetes: (a-d) /. Braunii, (a) plante entière, (b) mégaspore, (c) section longitudinale de la base d'une feuille
à mégasporanges, (d) feuille à mégasporanges vue par la face ventrale; (e) /. riparia, mégaspore; (î) I. Tuckermani,
mégaspore.

1. Isoetes Braunii D u r . — Isoète de Bra un.— (Braun's Quillwort).— Feuilles (long.


8-25 cm.) le plus souvent recourbées; mégaspores (diam. 420-580 couvertes de petites épines.
Maturation estivale. Eaux souvent assez profondes, ou rivages exondés. A peu près général
dans les Laurentides et sur le Saint-Laurent au-dessus de l'estuaire. (Fig. 6, a-d).

2. Isoetes riparia Engelm. — Isoète riparien. — (River-bank Quillwort). — Feuilles


(long. 9 - 3 0 cm. ) plutôt rigides ; mégaspores (diam. 440-460 ju ) irrégulièrement accrêtées.
Maturation estivale. Système de l'Ottawa. (Fig. 6, e ) .

3. Isoetes T u c k e r m a n i A. B r . — Isoète de Tuckerman.— (Tuckerman's Quillwort).—


Feuilles (long. 3-19 c m . ) ; mégaspores (diam. 460-600 / / ) réticulées, au moins sur la face basi-
laire. Maturation estivale. Zone intercotidale de la région estuarienne du Saint-Laurent.
(Kg. 6, f ) .

Fam. 5. — OPHIOGLOSSACÉES.

Rhizome court et charnu, donnant naissance chaque année à un certain nombre de frondes
pétiolées et engainantes, et à un même nombre de racines. Les frondes comprennent un limbe
végétatif simple ou diversement divisé et une portion fructifère portant des sacs (sporanges)
disposés en deux rangées alternes le long des rachis.
Cinq genres répandus dans les deux hémisphères. — ( Clef des genres au bas de la page 106. )

[117]
F L O R E L A U R E N T I E N N E

1. O P H I O G L O S S U M L. — OPHIOGLOSSE

Plante à p e t i t rhizome souterrain. F r o n d e consistant en un pétiole cylindrique p o r t a n t


u n limbe végétatif entier et u n épi fructifère simple et longuement pédoncule, formé de deux
rangs de sacs soudés par leurs faces inférieures et supérieures.
Environ 45 espèces. — Le nom générique signifie : langue de serpent

1. O p h i o g l o s s u m v u l g a t u m L. — Ophioglosse vulgaire. — Herbe sans coulure. —


(Adder's-tonguc). — Pétiole (long. 4-21 c m . ) ; épi (long. 8-40 c m . ) ; limbe lancéolé, oblancéolé
ou spatule. M a t u r a t i o n estivale. Prairies humides. Régions d ' O t t a w a , de M o n t r é a l e t des
C a n t o n s de l'Est. R a r e . (Fig. 8, a ) .
Plante cosmopolite, et connue depuis fort longtemps. Lorsque régnait la doctrine des signatures, on faisait
de l'Ophioglo8se un onguent d'un beau vert employé contre la morsure des serpents.

2. B O T R Y C H I U M Sw. — BOTRYCHE.

Rhizome court, dressé, p o r t a n t le bourgeon de l'année suivante (fig. 8, b ) et 1-3 frondes.


F r o n d e s à pétiole partiellement ou complètement souterrain, formées d'une partie végétative
et d'une partie fructifère. Sacs libres e n t r e eux, sur deux rangs (fig. 8, d ) .
Environ 40 espèces. — Plantes remarquables par leur rareté, le petit nombre des individus, leur longévité, et
leur grande variabilité. Cette variabilité tient à ce que chaque individu produit chaque année une fronde plus déve-
loppée et plus divisée. Les Botryches, qui renouvellent leur partie aérienne annuellement, vivent très longtemps, et
la présence d'individus adultes dans une prairie indique que cet habitat n'a pas été touché par la charrue depuis un
grand nombre d'années. —• Outre les espèces décrites ci-dessous, le B. lanccolatum (S. G. Gmel. ) Angstrom se rencontre
autour du golfe Saint-Laurent. — Le nom générique signifie: grappe de raisin; allusion à la fructification.

CLEF DES ESPÈCES.

Limbe très grand (larg. généralement 20-40 cm. ), très mince; plante élevé (long. 30-80 cm. ).
(Fig. 8, c, d ) 1. B. virginianum
Limbe plus petit (larg. généralement moins de 30cm.), plus ou moins charnu; plante moins
élevée.
Limbe nettement terne, et plutôt étalé horizontalement.
Segments aigus ou presque.
Segments dentés. (Fig. 8, e) 2. B. oUiquum
Segments très découpés. (Fig. 8, f ) 3. B. disseclum
Segments obtus; limbe très charnu.
Limbe (larg. 3-5 cm. ) ; segments peu nombreux 4. B. multifidum
Limbe (larg. 10-20 cm.); segments nombreux. (Fig. 9, c) 5. B. silaifolium
Limbe pinnatiséqué, tripartit ou triséqué, mais non nettement terne, plutôt ascendant.
Limbe sessile, divisé en segments linéaires-lancéolés très étroits; ouest et centre
du Québec. (Fig. 9, b) 6. B.angualisegmentum
Limbe fortement pétiole, ové-deltoïde et uni—tripinaatiséqué ; général.
(Fig. 9, a ) , 7. B. matricariaefolium
Plantes n'ayant pas tous ces caractères.
Spores (long. 24-32 ,u); limbe très généralement pinnatiséqué, ni
tripartit ni triséqué, peu variable dans la même colonie et la même
localité ; est du Québec, surtout dans le voisinage de la mer.
(Fig. 9, h,i) 8. B. Lunaria

[118]
Spores (long. 32-44M); limbe pinnatiséqué ou plus ou moins constam-
ment tripartit ou triséqué, souvent très variable dans la même localité.
Limbe très généralement pinnatiséqué, seulement occasionnel-
lement bipinnatiséqué et alors élargi à la base, et dans son
ensemble plus long que large; régions froides du Québec.
(Fig. 9, e-g ) 9. B. minganense
Limbe tripartit ou triséqué dans son ensemble, presque jamais
pinnatiséqué (sauf dans les très petits individus), à lobes
rapprochés et convergents, non imbriqués; plus général.
(Fig. 9, d) 10. B. simplex

1. Botrychium virginianum L.—Botryche de Virginie. —(Virginia Grape-Fern).—


Plante de forte taille (long. 30-80 cm.); limbe mince et membraneux à l'état sec, largement
deltoïde (larg. 20-^0 cm.), très divisé; partie fructifère longuement pédonculée, formant une
panicule peu compacte. Fructification printanière. Bois. Général et assez commun. (Fig. 8, c-d).
La plus belle des espèces américaines du genre. Bien que suffisamment répandue dans presque tous les bois
riches, elle est bien peu abondante si l'on songe qu'un seul individu répand de un à six millions de spores en une
seule saison. C'est l'une des nombreuses plantes réputées comme antidote du venin des serpents. Elle peut vivre
très longtemps, au moins 140 ans.

2. Botrychium obliquum Mùhl. — Botryche oblique. — (Oblique Grape-Fern).—


Plante charnue (long. 8-40 cm.); limbe (larg. 4-18 cm.) distinctement terne, ové-deltoïde ou
pentagonal; segments obliquement ovés, aigus ou presque. Fructification automnale. Bois.
Dans l'ouest et le sud du Québec. Assez commun. (Fig. 8, e). n = ca. 50

3. Botrychium dissectum Spreng. — Botryche découpé. — (Cut-leaved Grape-Fern).


— Plante (long. 10-60 cm.) à limbe végétatif terne (larg. 3-20 cm.), largement deltoïde, à se g-
[119]
FLORE LAURENTIENNE

ments secondaires lacérés et finement divisés. Bois. Dans l'ouest et le sud du Québec. Fruc-
tification automnale. (Fig. 8, f ).
Le B. dissection accompagne si fidèlement le B. obliquum dans son aire géographique qu'il est possible que
le premier ne soit qu'un mutant stérile du second. Ces mutations à feuilles profondément incisées sont fréquentes
chez les plantes à fleurs.

4. Botrychium multifidum (Gmel.) Rupr.— Botryche multifide.— (Multifid Grape-


F e r n ) . — Plante (long. 8-30 cm.) munie de 1-2 frondes végétatives, l'inférieure (de l'année
précédente) jaunâtre et flétrie, l'autre verte et ferme (Iarg. 3-5 cm.), à segments obtus et peu
nombreux. Fructification automnale. Terrains sablonneux. Général mais commun surtout
sur les sables des régions froides. [Syn. : B. matricariae (Schrank) Spreng.].
Cette espèce n'est peut-être qu'une forme diminutive du B. silaifolium.

5. Botrychium silaifolium Presl. — Botryche à feuilles de Silaus. — (Leathery


Grape-Fern). — Plante (long. 10-50 cm.), à limbe (larg. 10-20 cm.) épais, charnu, devenant
coriace en séchant, nettement terne, à segments nombreux et obtus, l'inférieur (de
l'année précédente) généralement persistant, mais jaunâtre et flétri. Fructification autom-
nale. Lieux sablonneux. Commun, sauf à l'est où il est remplacé par le B. multifidum,
(Fig. 9, c).

6. Botrychium angustisegmentum (Pease à Moore) Fernald. — Botryche à seg-


ments étroits.— (Narrow Grape-Fern).—Plante (long. 5-32 cm.); limbe sessile, non nette-
ment terne, plutôt ascendant, divisé en segments linéaires-lancéolés très étroits. Fructification
très tard à l'automne. Dans l'ouest et le sud du Québec. (Fig. 9, b).
Voisin du B. lanceolatum, qui a des sporanges non immergés dans le tissu du support, et des spores plus grosses.

7. Botrychium matricariaefolium A. Br. — Botryche à feuilles de Matricaire.—


Branching Grape-Fern). — Plante (long. 6-32 cm.) à limbe végétatif (larg. 1-4 cm.) non net-
tement terne, plutôt ascendant, distinctement pétiole. Fructification printanière. Bois et
prairies sablonneuses. Général mais plutôt local. (Fig. 9, a). [Syn.: B. ramosum (Roth)
Aschers.].
Très printanier et souvent abondant dans son habitat.

8. Botrychium Lunaria L. —• Botryche lunaire. — En France : Herbe à la lune. —


(Moonwort). — Plante (long. 3-15 cm.) charnue; limbe, sessile ou presque, oblong, pinnatisé-
qué; segments rapprochés et souvent imbriqués, lunules ou flabelliformes; partie fructifère (long.
3-11 cm.); spores (long. 24-32 M)- Fructification estivale. Rivages et lieux ouverts, parti-
culièrement sur les graviers maritimes. Est et nord du Québec; rarement ailleurs. (Fig. 9, h-i).
L'apparence curieuse de cette plante circumboréale explique les propriétés magiques qu'on lui attribuait au-
trefois : elle ouvrait les serrures mêlées, guérissait les plaies ; les chevaux qui la foulaient perdaient leurs fers ; les
alchimistes prétendaient par son moyen changer le mercure en argent, etc.

9. Botrychium minganense Vict. — Botryche de Minganie. — (Mingan Moon-


wort). — Plante (long. 5-23 cm.); limbe peu charnu, étroitement oblong, à largeur (1-2
cm.) pratiquement uniforme, généralement pinnatiséqué, quelquefois bipinnatiséqué; segments
presque rhomboïdaux, insérés obliquement ; partie fructifère (long. 3-15 cm.); spores (long.
32-40 n ) . Fructification estivale. Rivages maritimes et montagnes de l'est du Québec; Té-
miscamingue; rarement ailleurs. (Fig. 9, e-g).
Le nom spécifique rappelle que cette espèce fut d'abord découverte dans l'archipel de Mingan, comté de
Saguenay. Elle a été retrouvée depuis en divers endroits de l'est et de l'ouest de l'Amérique.

[120]
OPHIOGLOSSACÉES Figure 8

Ophioglossum: (a) 0. vulgatum.—Botrychium: (b) préfoliation; (c-d) B. virginianum, (c) plante en-
tière, (d) sporanges; (e) B. obliquum, plante entière; (f ) B. dissectum, segment.

10. Botrychium simplex Hitchc. — Botryche simple.— (Little Moonwort).— Plante


(long. 2-20 cm.; généralement 2-5 cm.); limbe tripartit ou triséqué dans son ensemble,
presque jamais pinnatiséqué (sauf dans les très petits individus), à segments rapprochés et con-
vergents, non imbriqués, décurrents, le terminal échancré; partie fructifère (long. 3-35 mm. ) ;
spores (long. 32-44 n). Lieux ouverts, généralement dans l'herbe. Général, mais très rare.
(Fig. 9, d).

Fam. 6. — OSMONDACÉES.

Rhizomes ligneux, à racines fibreuses. Frondes à limbe pinnatiséqué, disposées en


couronne plus ou moins complète. Fructifications occupant entièrement des frondes à part,
ou des segments entiers des frondes végétatives, frondes et segments qui sont alors complète-
ment dépourvus de surfaces vertes. Fructifications composées de petits sacs (sporanges)
pédicellés et portant latéralement une portion d'anneau transversal (visible à la loupe).
Trois genres.

1. OSMUNDA L. — OSMONDE.

Caractères de la famille. Fructification printanière (vers la mi-mai dans la région mont-


réalaise).
Environ neuf espèces. — Le nom générique dérive peut-être de « Osmunder », nom celtique du dieu saxon THOR.

[ 121 ]
OPHIOGLOSSACÉES [BOTRYCHIUM] Figure 9

Botrychium: (a) B. matricariaefolium; (b) B. anguslnegmentum, sommité fructifère; (c) B. silaifolium;


(d) B.simplex; (e-g) B. minganense, (e) plante entière, (f) sommité fructifère, (g) spore; (h-i) B. Lunaria, (h)
plante entière, (i) spore.

CLEF DES ESPÈCES. (Fig. 10).

Frondes bipinnatiséquées, quelques-unes fructifères au sommet 1 . 0 . regalis


Frondes pinnatiséquées.
Frondes de deux sortes, les unes purement végétatives, les autres purement fructifères
et sans surfaces vertes 2. 0. cinnamomea
Frondes d'une seule sorte, certains segments primaires étant dépourvus de surfaces
vertes et complètement fructifères 3. 0. Claytoniana

1. Osmunda regalis L. — Osmonde royale. — (Royal F e r n ) . — Rhizome très gros,


portant plusieurs frondes très grandes (long. 20-300 cm.), bipinnatiséquées; segments fructifères
contractés formant une panicule terminale qui disparaît avec l'âge. Général et très commun.
(Fig. 10). n = 22
Remarquable plante qui ne ressemble à aucune autre de nos Fougères. Employée autrefois comme astringente
et emménagogue, contre les foulures et le rachitisme. Une curieuse croyance populaire du moyen âge attribuait à
cette plante, — et à d'autres Fougères, — la propriété de libérer ses « graines » durant la nuit du 24 juin; celui qui
pouvait les recueillir à l'heure de minuit connaissait le présent et l'avenir, retrouvait les trésors cachés, etc. — La
plante américaine diffère variétalement du type eurasiatique. Elle peut être connue plus exactement sous le nom
de 0. regalis var. spectalnlis (Willd. ) Gray.

2. Osmunda cinnamomea L. — Osmonde cannelle. — (Cinnamon Fern). — Rhizome


très gros, portant une couronne de frondes vertes, avec, au centre, une ou plusieurs frondes ex-
clusivement fructifères et sans surfaces vertes, les unes et les autres à pétioles et rachis couverts
dans le jeune âge de poils écailleux d'un brun cannelle; frondes végétatives (long. 50-150 cm.)

[122]
OSMOND ACÊES [OSMUNDA] Figure 10

O s m u n d a : port des trois espèces laurentiennes.

oblongues-lancéolées dans leur pourtour, pinnatiséquées. Bois, marais et tourbières. Général


et commun partout dans son habitat. (Fig. 10). n = 22
Des frondes fertiles partiellement transformées en frondes végétatives, et vice versa, se rencontrent souvent.
La base élargie du pétiole est tendre, succulente, légèrement sucrée, et d'une belle couleur de marbre gris ; on voit
souvent les enfants la manger comme friandise.

3. Osmunda Claytoniana L. — Osmonde de Clayton.— (Clayton's Fern). — Rhi-


zome gros et rampant; frondes (long. 30-200 cm.) pinnatiséquées, les extérieures généralement
purement végétatives, les intérieures généralement fructifères vers le milieu; segments fructi-
fères en 2-5 paires et complètement dépourvus de surfaces vertes, disparaissant à la fin. Bois
et lieux humides. Général; moins commun que les deux autres espèces, sauf au nord. (Fig. 10).

Fam. 7. — POLYPODIACÉES.

Plantes à port très divers. Rhizome généralement horizontal et allongé. Feuilles


(frondes) simples, ou diversement découpées, roulées en crosse à l'état vernal. Sporanges
pédicellés et pourvus d'un anneau longitudinal incomplet, disposés en groupes ou sores sur la
face inférieure des frondes, souvent recouverts d'une membrane (indusie).
Environ 120 genres et plus de 4500 espèces.—Cette famille comprend la masse des Fougères vivantes,
comme aussi la masse des Fougères de notre flore. — Outre les plantes décrites ci-dessous, on pourra encore trouver
deux espèces du genre Pellaea: P. atropurpurea (L. ) Link, dans le sud du Québec, et P. dmsa (Brack. ) Hook.,
sur les massifs de serpentine du mont Albert et de l'enclave Mégantic. — ( Clef des genres : page 105. )

[ 123 ]
FLORE LAURENTIENNE

1. CRYPTOGRAMMA R. Br. — CRYPTOGRAMME.

Petites Fougères boréales ou alpines. Frondes bi-tripinnatiséquécs, les fructifères plus


longues que les végétatives. Fructifications d'abord cachées sous les bords enroulés de la fronde,
plus tard exposées.
Quatre espèces. — Le n o m générique signifie: ligne cachée; allusion à la disposition des sores.

1. Cryptogramma Stelleri (S. G. Gmel.) Prantl. — Cryptogramme de Steller. —


(Slender Cliff-brake). — Frondes délicates et membraneuses (long. 5-15 cm.), à segments très
dissemblables. Rochers calcaires dans toute l'aire, mais toujours rare. (Fig. 11, a ) .

2. DENNSTAEDTIA Bernh. — DENNSTAEDTIA.

Plantes de taille moyenne à rhizomes pubescents. Frondes dispersées, bi-tripinnatiséquées


et divisées. Fructifications marginales, terminant les nervures, et enveloppées au début d'une
espèce de cupule paraissant être le rebord modifié de la fronde.
E n v i r o n 5 0 espèces, en majeure partie tropicales. — Le nom générique se rapporte a u botaniste A . - W . D E N N -
STAEDT,

1. Dennstaedtia punctilobula (Michx. ) Moore. —Dennstaedtia à lobules ponctués.—


(Hay-scented Fern).—Frondes pubescentes et glanduleuses (long. 30-100 cm.), ovées-lancéolées
et acuminées, odorantes. En grandes colonies dans les clairières des bois. Général. (Fig. 11,
b-c).
A l'état frais cette plante r é p a n d une odeur désagréable rappelant celle du Symplocarpus joetidus; en séchant
elle dégage u n e odeur de foin fané, d u e à une huile volatile sécrétée par ses poils glanduleux. Très grégaire, l'espèce
e n v a h i t parfois les pâturages e t elle p e u t être rangée parmi les m a u v a i s e s herbes. M a l g r é la dissection très poussée
de la fronde, celle-ci se flétrit difficilement, et c e t t e particularité la r e c o m m a n d e a u x fleuristes à meilleur titre que
les Thelypteris.

3. ADIANTUM L. — A D I A N T E .

Frondes délicates et très divisées. Pétioles filiformes et brillamment colorés. Fructi-


fications marginales recouvertes par les lobules crénelés de la fronde.
E n v i r o n 1 7 5 espèces, surtout d e l'Amérique tropicale. — L e n o m générique signifie : n o n m o u i l l é , parce que
l'eau glisse sur la fronde.

1. Adiantum pedatum L. — Adiante pédalé. — Capillaire du Canada. — (Maiden-


hair Fern). — Frondes à pétiole bifurqué, à limbe réniforme-orbiculaire dans son pourtour; di-
visions primaires étalées en éventail, les secondaires figurant des moitiés de feuilles dont le rebord
recouvre les fructifications. Bois feuillus. Général, sauf au nord et à l'est. (Figs. 7, a; 11, f)-
La p i u s belle de nos Fougères. Sous la d o m i n a t i o n française il s'est fait u n c o m m e r c e considérable de cette
espèce, très e m p l o y é e (sous le n o m de Capillaire d u C a n a d a ) dans t o u t e s les affections pulmonaires. K A L M écrivait
en 1 7 6 1 q u e la connaissance de ses propriétés était v e n u e des s a u v a g e s et que ceux-ci b a t t a i e n t les b o i s depuis la
N o u v e l l e - A n g l e t e r r e jusqu'au-dessus d e Montréal à la recherche d e la précieuse p l a n t e . L'Adiante e s t l'une des
premières p l a n t e s de l'Amérique qui aient eu les honneurs de la description scientifique : il figure d a n s le célèbre
o u v r a g e de CORNUTI (1635).

[124]
POLYPODIACÊES Figure 11

Cryptogramma: (a) C. Stëlleri. — D e n n s t a e d t i a : (b-c) D. punctilobula, (b) segments, (c) sore.—• Pteri-
dium: (d) P. latiusculum, segments. — P o l y p o d i u m : (e) P. virginianum. — A d i a n t u m : (f) A. pedatwm.

4. PTERIDIUM Scop. — PTÉRIDIUM.

Plantes à tissu coriace. Frondes triangulaires ou deltoïdes, à pétioles robustes. Fructi-


fications marginales en ligne continue, recouvertes par l'enroulement des bords du limbe.
Deux espèces: la suivante, et le P. aquilinum de l'ancien monde. — Le nom.générique signifie: aile; allusion
à la forme pennée de la plupart des Fougères.

1. Pteridium latiusculum (Desv.) Hieron. — Ptéridium large. — Grande Fougère. —


(American Bracken).— Rhizome ligneux et souterrain, longuement traçant; pétioles (long. 30-
100 cm.); limbe pubescent inférieurement (larg. 30-90cm.), terne, chacune des divisions par-
tiellement bipinnatiséquées. Lieux secs et ouverts. Général et très commun. (Fig. 11, d).
Très grégaire. Les rhizomes se ramifient diehotomiquement; les ramifications meurent par l'extrémité an-
cienne, se séparent ainsi du rhizome principal et constituent biente-t^une plante séparée. C'est pourquoi cette Fou-
gère envahit vite les pâturages où son rhizome profond (15 à 20 cm. ) peut cheminer sans obstacles. Après un in-
cendie de forêt, les rhizomes intacts lui permettent de reprendre immédiatement possession des brûlés. Cette plante
a un folklore riche qui se confond avec la pratique médicale ancienne (propriétés anthelminthiques et astringentes).
Les jeunes pousses, tendres comme des asperges, ont été mises à usage alimentaire, de môme que le rhizome amylacé.
— Vicariant est-américain du P. aquilinum de l'ancien monde et des Rocheuses.

5. POLYPODIUM L. — POLYPODE.

Plantes à rhizome rampant. Pétioles articulés sur les rhizomes. Frondes à nervures
libres. Fructifications arrondies, disposées en lignes parallèles ou éparses, non recouvertes
d'une membrane.
Plusieurs centaines d'espèces, surtout tropicales et subtropicales. — Le nom générique signifie: plusieurs
pieds; allusion à la ramification du rhizome.

[125]
FLORE L A U R E N T I E N N E

1. Polypodiumvirginianum L. — Polypode'de Virginie. — Tripe de roche. — (Polypod)


•—Rhizome mou et spongieux; frondes (long. 5-26 cm.; larg. 2-7 cm.) à limbe oblong-lancéolé
pinnatipartit; fructifications couleur de rouille, disposées en deux rangées presque marginales.
Sur les rochers secs. Général. (Fig. 11, e).
Très voisin du Polypodium vulgare de l'Eurasie et des montagnes Rocheuses. — La plante peut résister à des
conditions de sécheresse extrême, ce qui lui assure la possession des rochers nus et des corniches d'où les autres Fou-
gères sont exclues. Elle est légèrement laxative.

6. WOODSIA R. Br. — WOODSIA.

Plantes de petite taille, à rhizomes en touffes, croissant sur les rochers. Frondes nom-
breuses, à pétioles articulés et se détachant au-dessus de la base, à limbes uni-bipinnatiséqués.
Fructifications entourées d'une membrane généralement déchirée en étoile.
Environ 25 espèces. — A la limite orientale de notre territoire, on pourra trouver exceptionnellement le W. alpi-
na (Bolton) S.F. Gray, et le W. glabella R.Br., tous deux dépourvus d'écaillés rougeâtres à la face inférieure de8
frondes, et dans la Gaspésie le W. scopvlina B.C. Eaton, et Je W. oregana D.C. Eaton. —• Genre dédié à Joseph WOODS,
(1776-1864), architecte et botaniste anglais.

1. Woodsia ilvensis R. Br. —Woodsia de l'île d'Elbe. — (Rusty Woodsia). — Frondes


à limbe (long. 5-15 cm.), couvert d'écaillés rougeâtres inférieurement; fructifications presque
marginales, fondues en une seule masse à la maturité. Rochers exposés, de préférence siliceux.
Général dans son habitat, mais assez rare. (Fig. 12, a).
Malgré son nom, cette espèce habite les régions froides de l'hémisphère boréal, et n'existe pas à l'île d'Elbe.
Elle est une des plantes caractéristiques des roches précambriennes moutonnées de nos Laurentides.

7. CYSTOPTERIS Bernh. — CYSTOPTÉRIDE.

Plantes des rochers, à tissu délicat. Frondes 2-4-pinnatiséquées, à lobes dentés. Fructi-
fications recouvertes d'une membrane (indusie) en capuchon attachée par sa base, déjetée en-
suite par la croissance, de sorte qu'à la maturité les fructifications paraissent nues.
Environ dix espèces. — Outre les espèces décrites ci-dessous, on trouvera encore dans la Gaspésie le C. mon-
tant! (Lam.) Bernh. (limbe deltoïde-ové). — Le nom générique signifie: fougère à utricule; allusion au gonflement
de l'indusie.

CLEF DES ESPÈCES.

Limbe distinctement élargi à la base, très longuement acuminé, et portant très souvent des
bulbilles; rochers calcaires. (Fig. 12, b - d ) 1. C. bulbifera
Limbe à peine élargi à la base, sans bulbilles; rochers. (Fig. 12, e-f ) 2. C. fragilis

1. Cystopteris bulbifera (L.) Bernh. — Cystoptéride bulbifère.— (Bulblet Fern).—


Frondes (long. 30-60 cm. ) lancéolées, élargies à la base, d'un vert léger, bipinnatiséquées, finis-
sant en une pointe quelquefois très prolongée, portant souvent des bulbilles grosses comme un
pois et capables de reproduire la plante. Pentes rocheuses humides, bois riches, surtout dans
les régions calcaires. Général. (Fig. 12, b - d ) .
Les longues frondes pendantes de cette espèce ajoutent beaucoup à la beauté des ravins calcaires humides
où elle se plaît, et son double mode de propagation lui permet d'envahir parfois complètemertt certaines pentes
autrement dénudées.

[126]
POLYPODIACÊES Figure 12

Woodsia: (a) W. ilvensis.—• Cystopteris: (b-d) C. bulbifera, (b) plante entière, (c) sore, (d) bulbifle;
(e-f ) C. fragilis, (e) plante entière, (f) sore. —• P o l y s t i c h u m : (g) P. Braunii, segments primaires; (h) P.
acrostichoides, segments primaires.

2. Cystopteris fragilis (L.) Bernh. — Cystoptéride fragile.— (Brittle F e r n ) . — P é -


tioles (long. 10-30cm.) fragiles, aussi longs que les frondes; frondes oblongues-lancéolées, à
peine élargies à la base; segments secondaires décurrents sur le rachis marginé. Très variable
et très répandu sur les rochers humides dans toute l'aire. (Fig. 12, e-f). n = 32
Extrêmement variable quant à la forme des frondes, jusque sur le même rhizome. C'est la première de nos
Fougères à entrer en végétation; par contre en août les frondes sont déjà flétries. — Certaines formes stériles sont
difficiles à séparer des Woodsia. Une coupe dans le pétiole sera parfois utile: dans les Cystopteris les faisceaux libéro-
ligneux sont complètement séparés; dans les Woodsia ils sont unis en V ou en X.

8. POLYSTICHUM Roth. — POLYSTIC.

Frondes persistantes, à tissu coriace, uni-bipinnatiséquées. Pétioles et rachis fortement


écailleux. Segments généralement auriculés et munis de dents épineuses.
Environ 1 0 0 espèces. — Outre les espèces décrites ci-dessous, on trouvera encore le P . mohrioides (Bory)
Prèsl, var. scopulinum ( D . C . E a t o n ) Fernald, dans les Shikshoks (fronde coriace à segments lobés). — Le nom
générique signifie: plusieurs rangs; allusion à la disposition des sores dans l'espèce principale.

CLEF DES ESPÈCES.

Frondes simplement pinnatiséquées; fructifications rassemblées vers le sommet de la fronde..


(Fig. 12, h ) 1. P . acrostichoides
Frondes bipinnatiséquées. . (Fig. 1 2 , g) 2 . P. Braunii

[127]
FLORE LAUREN TIENNE

1. Polystichum acrostichoides (Michx.) Schott. — Polystic faux-acrostic.— (Christ-


mas Fern).—Frondes (long. 15-40 cm.) en couronne parfaite, persistant tout l'hiver sous la
neige; limbe pinnatiséqué à segments demi-hastés et dents épineuses; segments supérieurs con-
tractés par l'abondance des fructifications. Bois montueux. Général. (Fig. 12, h).
A la fonte des neiges, cette espèce forme, dans nos bois, de grandes rosettes régulières étalées à plat sur les
feuilles mortes, et du plus bel effet. Les pétioles s'affaiblissent graduellement à l'automne, abaissant les frondes sur
le sol, de sorte que la couche de neige vient les protéger efficacement. Avec le printemps, les pétioles redeviennent
turgescents et relèvent les frondes.

2. Polystichum Braunii (Spenner) Fée. — Polystic de Braun. — (Braun's Holly


Fern). — Frondes (long. 30-60 cm.) d'un vert gai, plus ou moins délicates, se flétrissant
durant l'hiver, ovées-lancéolées dans leur pourtour, bipinnatiséquées, portant sur les deux
faces, des écailles ou des poils bruns; fructifications petites, rapprochées de la nervure médiane.
Bois riches et montueux. Général, mais rare. (Fig. 12, g).
Espèce circumboréale disséminée dans les parties froides du Québec à l'état reliquat.

9. THELYPTERIS Schmidel. — THÊLYPTÊRIDE.

Frondes dressées, toutes semblables. Limbe composé à divers degrés, à nervures libres
dans nos espèces. Divisions supérieures des frondes le plus souvent en forme de faux. Fructi-
fications arrondies, placées sur les nervures, le plus souvent recouvertes, au début, d'une mem-
brane (indusie) orbiculairc ou réniforme, attachée par son milieu.
Environ 1000 espèces. — Le genre, qui a porté les divers noms de Dryopteris, Aspidium, Lastrea, forme
ia masse de notre flore de Fougères, certaines des espèces étant extrêmement communes. On pourra encore trouver
au nord-est du territoire le T. Roberliana (Tloffm.) Slosson (limbe triangulaire, glanduleux), le T. fragrans
(L.) Nieuwl. (petit, odorant, saxicole) et le T. Filix-mas (L.) Nieuwl. (grand, indusie ferme, fructifications près
de la nervure), ce dernier l'une des Fougères communes de l'Eurasie, reliquale chez nous, et dans l'ouest du Québec
le T. hexagonopie.ru (Michx.) Weath. [semblable au T. Pke.gopW.ris, mais fronde plus large que longue; pinnules
inférieures (larg. 25-70 mm.)]. — Le nom générique signifie: fougère femelle; ce nom n'a néanmoins aucun rapport
avec la sexualité telle qu'on la connaît chez les Végétaux.

CLEF DES ESPÈCES.

Frondes triangulaires dans leur pourtour général; fructifications jeunes non recouvertes d'une
membrane; rhizomes grêles (diam. 2-5 mm.) et rampants.
Fronde en apparence ternée (à cause des segments primaires inférieurs qui sont longue-
ment pétiolulés); rachis non ailé. (Fig. 13, b ) 1. T. Dryopteris
Fronde non ternée; rachis ailé et écailleux; segments de la paire inférieure réfléchis.
(Fig. 13, a ) 2. T. Phegopteris
Frondes non distinctement triangulaires dans leur pourtour général; fructifications jeunes re-
couvertes d'une membrane.
Limbe membraneux; nervures simples ou 1-2 fois divisées; rhizomes grêles et allongés;
espèces plus généralement dans les lieux ouverts.
Segments inférieurs graduellement plus courts; plantes en grandes colonies serrées.
(Fig. 13, c-d) 3. T. noveboracensis
Segments presque semblables ; plante palustre. (Fig. 13, e-g) 4. T. palustris
Limbe plus ou moins coriace; nervures bifurquant librement; rhizomes gros et ligneux.
Segments munis de dents épineuses; fronde plutôt mince; bois. (Fig. 13, h ) . . 5. T. spinubsa
Segments non munis de dents épineuses; frondes plutôt coriaces.
Fructifications situées près du bord des segments; plante d'un vert bleuâtre.
(Fig. 13, i) 6. T. marginalia

l 128]
POLYPODIACÉES [THELYPTERIS] Figure 13

Thelypteris: (a) T. Phegopteris; (b) T. Dryopteris; (c-d) T. noveboracensis, (c) segment secondaire, (d)
plante entière; (e-g) T. palustris, (e) plante entière, (f) segment secondaire de fronde stérile, (g) segment secon-
daire de fronde fertile; (h) T. spinulosa, segment secondaire; (i) T. marginalis, segment secondaire; (j-k) T. cristata,
(j) segment secondaire, (k) plante entière; (1-m) T. Goldiana, (1) segment secondaire, (m) plante entière.

Fructifications situées près du milieu des segments.


Limbe étroit (larg. 7-15 cm.) et allongé; fructifications peu nom-
breuses; plante palustre. (Fig. 13, j - k ) 7. T. cristata
Limbe large (larg. 25-40 cm.); fructifications nombreuses;
plante des bois. (Fig. 13,1-m ) 8. T. Goldiana

1. Thelypteris Dryopteris (L.) Slosson. — Thélyptéride du Chêne. — (Oak F e r n ) . —


Rhizome grêle et rampant; pétioles jaunâtres, écailleux au bas; limbe largement triangulaire
dans son pourtour, d'apparence terne (larg. 10-15cm.), bi-tripinnatiséqué; segments primaires
formant un angle droit avec le rachis. Bois rocheux. Général. (Fig. 13, b).
Malgré son nom cette espèce n'a aucune préférence pour le Chêne. C'est essentiellement, en ce pays du moins
une plante de la forêt de Conifères.

2. Thelypteris Phegopteris (L.) Slosson. — Thélyptéride du Hêtre.— (Long Beech-


Fern). — Rhizome grêle et rampant ; pétioles écailleux ; limbe triangulaire, plus long que large
(long. 8-26 cm.) à rachis et nervures un peu écailleux, pinnatiséqué ; paire inférieure de segments
réfléchie et gauchie; fructifications petites et submarginales. Bois rocheux. Général. (Fig. 13, a).
Même observation que pour l'espèce précédente.

3. Thelypteris noveboracensis (L. ) Nieuwl. — Thélyptéride de New-York. — (New


York Fern). — Rhizome grêle et rampant; pétioles très courts; limbe mince, lancéolé dans son
pourtour (long. 30-60cm.), atténué aux deux extrémités, pinnatiséqué; segments inférieurs di-

[129]
FLORE LAURENTIENNE

minuant graduellement. En colonies serrées, formant des tertres dans les pâturages humides.
Général et commun. (Fig. 13, c-d).
« Eboracum » était le nom romain de la ville d'York en Angleterre. KALM, qui communiqua cette espèce à
LINNÉ, en parle comme venant du Canada, et l'on ne sait pourquoi LINNÉ l'a baptisée ainsi.

4. Thelypteris palustris Schott.— Thélyptéride des marais.— (Marsh Shield-Fern).


— Rhizome grêle et longuement traçant; frondes en touffes espacées sur le rhizome; limbe
(long. 30-60 cm.) lancéolé dans son pourtour, à peine rétréci à la base, pinnatiséqué, mince; seg-
ments pubescents inférieurement, les fructifères à bords enroulés. Lieux humides. Général.
(Fig. 13, e-g).
Espèce commune dans certaines tourbières, et la seule qui y joue un rôie écologique important. Elle présente
les adaptations ordinaires aux plantes de cet habitat: réduction du limbe, enroulement, etc. Le dimorpbisme des
frondes fertile et stérile est remarquable.

5. Thelypteris spinulosa (0. F. Muell. ) Nieuwl. — Thélyptéride spinuleuse. — (Spinu-


lose Shield-Fern). — Rhizome gros, rampant, et écailleux; frondes en couronne incomplète; limbe
d'un beau vert glabre ou presque, ové-lancéolé, acuminé, bipinnatiséqué ou presque; segments
secondaires obliquement insérés, un peu décurrents, à dents épineuses et arquées. Bois riches.
Général et la plus commune de nos Fougères. (Fig. 13, h). n = 64

lité des pétioles, et la disposition disgracieuse des frondes en couronne incomplète. Les frondes coupées sont em-
ployées pour garnir le surtout des tables de banquet, et elles font l'objet d'un commerce important.

6. Thelypteris marginalis (L.) Nieuwl. — Thélyptéride marginale. — (Evergreen


Shield-Fern). —Rhizome dressé, gros et ligneux; frondes persistant sous la neige, en couronne,
épaisses et coriaces, d'un vert bleuâtre; limbe ové-oblong, bipinnatiséqué ou presque; fructifications
distantes, rapprochées du bord des segments. Bois. Général et très commun. (Fig. 13, i).
Espèce facile à distinguer par sa couleur et ses sores marginaux. Elle hiverne sous la neige, protégée par le
mécanisme qui a été indiqué pour le Polystichvm acrostichoideii. La plante hybride facilement avec les autres espèces
du genre, particulièrement avec le T. spinulosa qui croît abondamment dans les mêmes habitats.

7. Thelypteris cristata (L. ) Nieuwl. — Thélyptéride accrêtée. — (Crested Shield-


F e r n ) . — Rhizome gros, oblique; frondes végétatives plus courtes que les fructifères, toutes
étroites (larg. 7-15 cm.), persistantes; fructifications peu nombreuses, médianes. Marais et
bois humides. Général et un peu rare. (Fig. 13, j - k ) .
Remarquable par le dimorphisme des frondes stérile et fertile. — Un extrême à frondes plus larges et plus
longues, à pinnules (long. 8 cm. ou plus), est parfois distingué spécifiquement, ou le plus souvent variétalement
[var. Clinloniana (D.C. E a t o n ) Weatherby].

8. Thelypteris Goldiana (Hook.) Nieuwl. — Thélyptéride de Goldie. — (Goldie's


Shield-Fern). — Rhizome dressé; frondes en couronne, très grandes; limbe (long. 60-120 cm.)
presque bipinnatiséqué, largement ové; segments (long. 15-25 cm.) élargis au milieu, portant
environ 20 lobes dentés; fructifications rapprochées de la nervure médiane. Bois riches. Ré-
gions d'Ottawa, de Montréal et des Cantons de l'Est. (Fig. 13, 1-m).
Remarquable par la grande largeur des frondes par rapport à !a longueur. Rappelle le nom de John R f i r m .
voyageur botaniste, fondateur du jardin botanique de Leningrad, et qui mourut dans l'Ontario en 1896.

[ 130 ]
POLYPODIACÉES Figure 14

Woodwardia: (a-b) W. virginica, (a) plante entière, (b) segments secondâtes. — Camptosorus: (c-d)
C. rhizophyllus, (c) plante entière, (d) base d'une fronde. — A s p l e n i u m : (e-f ) A. Trqïhomanes, (e) plante entière
(f ) segment primaire. —• A t h y r i u m : (g) A. pycnocarpon, portion de segment primaire; -(h) A. thelypteroides, portion'j
de segment primaire; (i-j) A. angustum, (i) portion de segment primaire, (j) segment secondaire.

10. WOODWARDIA Sm. — WOODWARDIE^ ,,

Fougères palustres à rhizome rampant. Frondes rigides, pinnatislquées et profondément


pinnatifides. Fructifications linéaires, parallèles à la nervure médiane!..
Genre monotypique. — Genre dédié à T. J. WOODWARD (1745-1820), botaniste anglais. \

1. Woodwardia virginica J. E. Smith. — Woodwardie de Virginie. —?(Virginia Chain-


Fern).— Rhizome très long (1-3 m.); frondes distancées le long du rhizome; pétioles (long.
30-90 cm.) couleur d'acajou; limbe (long. 30-60 cm.) subcoriace ; segments primaires (long. 8-15
cm. ) linéaires-lancéolés. Marécages. Régions d'Ottawa, du lac Saint-Pierre et du Richelieu.
Très rare sur notre territoire. (Fig. 14, a-b). . . ,-V.;

11. CAMPTOSORUS Link. — CAMPTOSORE.

Petites Fougères à limbe étroit, acuminé, simple et entier. Fructifications linéaires,


dispersées irrégulièrement sur toute l'étendue du limbe, celles du centre isolées, les autres con-
vergeant par paires.
Deux espèces: la suivante (est-américaine) et le C. sibiricus asiatique. — Le nom générique signifie: sores
flexibles; allusion à la courbure des fructifications.

1. Camptosorus rhizophyllus (L.) Link. — Camptosore à feuilles radicantes. —


Fougère ambulante. — (Walking Fern). — Rhizome court; frondes en touffes; limbe (long. 10-25

[131]
FLORE LAURENTIENNE

cm.) persistant, simple et cordé à la base, longuement acuminé, s'enracinant souvent par le
bout pour former une nouvelle plante. Rochers, surtout calcaires. Régions d'Ottawa, de
Montréal et de Saint-Hyacinthe; Montérégiennes. Rare. (Fig, 14, c-d).
La seule de nos Fougères dont le limbe ne soit aucunement découpé. Elle habite typiquement les crevasses
des lits de calcaire.

12. ASPLENIUM L. — ASPLÉNIE, DORADILLE.

Fougères de taille et d'habitat divers. Frondes simples ou pinnatiséquées. Fructifica-


tions (quelquefois doubles) linéaires ou oblongues, obliques, recouvertes au début d'une mem-
brane fixée dans le sens de la longueur.
Environ 400 espèces. •— On pourra peut-être trouver aussi, à l'est de l'aire, l'A, viride Hudson (long. 3-8
cm.; fronde vert pâle), et au sud, l'A. plalyneuron (long. 3-12 cm.; pétioles pourpres; limbe ferme).—Le
nom générique dérive du grec (a, privatif, et splên, rate); allusion à une propriété supposée de dissiper les engorge-
ments de la rate.

1. Asplenium Trichomanes L. — Asplénie chevelue. — (Maidenhair Spleenwort).


-—Frondes en petites touffes denses; pétioles couleur d'acajou; limbe (long. 18-22 cm.) linéaire-
lancéolé et pinnatiséqué; fructifications en 3-6 paires. Rochers calcaires ou non. Collines
montérégiennes et Apalaches. Rare et très disséminé. (Fig. 14, e-f).
Les frondes sont persistantes et il s'en développe même durant l'hiver quand le soleil atteint le bourgeon
végétatif. Sur la foi de la doctrine des signatures, la plante (tiges brunes et capillaires) a été fort employée autre-
fois contre la calvitie. A peu près dans toutes les régions montagneuses du globe.

13. ATHYRIUM Roth. — ATHYRIUM.

Fougères à pétioles verdâtres et succulents, à limbes pinnatiséqués ou pinnatifides. Fruc-


tifications arquées, linéaires-oblongues, recouvertes au début d'une membrane de même forme.
Environ 90 espèces.—-Le nom générique signifie: sans bouclier, c'est-à-dire, sans indusie; nom d'ailleurs
mal appliqué!

CLEF DES ESPÈCES.

Frondes pinnatiséquées.
Segments primaires entiers. (Fig. 14, g) 1- A. pycnocarpim
Segments primaires pinnatifides. (Fig. 14, h) 2. A. thelypteroides
Frondes bipinnatiséquées. (Fig. 14, i, j ) 3. A. angustum

1. Athyrium pycnocarpon (Spreng.) Tidestr. — Athyrium à sores denses. — (Nar-


row-leaved Athyrium).—Rhizome gros et rampant produisant des frondes groupées; limbe
(long. 3-75 cm.) lancéolé ou ové-lancéolé dans son pourtour, pinnatiséqué; segments primaires
entiers ou presque; fructifications rapprochées, obliques. Bois riches. Régions de Montréal
et des Cantons de l'Est. [Syn.: A. angustifolium (Michx.) Milde]. (Fig. 14, g).

2. Athyrium thelypteroides (Michx. ) Desv. — Athyrium fausse-thélyptéride. — (Sil-


very Athyrium). — Rhizome grêle; limbe (long. 30-90 cm.) lancéolé ou ové-lancéolé, pinnatisé-
qué; segments pinnatifides; fructifications oblongues et quelquefois doubles, recouvertes d'une
membrane argentée dans le jeune âge. Bois riches. Général, mais rare. (Fig. 14, h).

[132]
POLYPODIACÉES Figure 15

Onoclea senst/bi/ts Pterefts noo/ufosa


Onoclea: (a-d) 0. sensibilis, (a) fronde stérile, (b) fronde fertile, (c) fronde semi-fertile, (d) très jeune
plante. — Pteretis: (e-f) P. nodulosa, (e) plante entière, (f) segment primaire.

3. A t h y r i u m a n g u s t u m (Willd.) Presl. — A t h y r i u m à segments étroits. —Fougère


femelle.— (Female F e r n ) . — Rhizome grêle, r a m p a n t ou ascendant, p o r t a n t des frondes en
touffes; limbe (long. 30-90 cm.) largement oblong-ové, élargi au milieu, bipinnatiséqué; seg-
ments primaires (long. 10-30 c m . ) ; fructifications courtes, arquées, recouvertes a u d é b u t d'une
membrane fine. Bois humides. Général et très c o m m u n partout. (Fig. 14, i - j ) . n = ca. 45
Espèce très variable, représentant dans l'est de l'Amérique l'A. Filix-femina eurasiatique. Le rhizome a sou-
vent été substitué en pharmacie à celui du Thelypteris Filix-mas.

14. O N O C L E A L. — ONOCLÉE.

Rhizome r a m p a n t , f o r m a n t sans cesse de nouvelles plantes et p o r t a n t deux sortes de


frondes: les u n e s p u r e m e n t végétatives, vertes, foliacées, disparaissant à l'époque des gelées,
les autres fructifères, rigides, persistant t o u t l'hiver, à divisions primaires contractées en u n
chapelet d'enveloppes sphériques qui dissimulent les fructifications.
Genre monotypique. — Le nom générique signifie: je renferme; allusion aux segments enroulés de la fronde
fructifère.

1. O n o c l e a s e n s i b i l i s L. — Onoclée sensible. — (Sensitive F e r n ) . — Frondes végé-


tatives (long. 30-150 c m . ) triangulaires, pinnatifides, printanières; frondes fructifères autom-
nales. P a r t o u t d a n s les lieux humides. (Figs. 7, d; 15, a - d ) . n = 32
Espèce à forme originale, unique dans notre flore de Fougères. Elle est si commune partout qu'elle peut
être considérée comme une mauvaise herbe. C'est aussi l'une des rares Fougères modernes que l'on connaisse à l'état
fossile. Le nom spécifique semble emprunté à une ancienne croyance d'après laquelle la fronde de l'Onoclée se fane

[133]
F L O R E L A U R E N T I E N N E

au toucher de la main humaine. Les Iroquois lui ont appliqué un nom qui signifie:
couche ». On rencontre assez souvent (surtout lorsque la plante a été fauchée) des
l'état fertile et l'état stérile (fig. 15, c ).

15. P T E R E T I S Raf. — PTÉRÊTIDE.

Rhizome ascendant portant une couronne serrée de frondes, les végétatives formant un
cercle complet à l'intérieur duquel, plus tard, paraissent les fructifères, qui sont dressées, rigi-
des, à lobes contractés en enveloppes sphériques recouvrant les fructifications.
Trois espèces. — Le nom générique est une forme de pteris, fougère.

1. P t e r e t i s nodulosa (Michx.) Nieuwî. — Ptérétide noduleuse — (Ostrich F e r n ) . —


Rhizome-portant des stolons souterrains; frondes végétatives (long. 60-230 cm.) très grandes,
largement lancéolées, rétrécies à la base, pinnatiséquées, à segments pinnatifides; frondes fructi-
fères (long. 30-50 cm.) d'un brun foncé, contractées, à lobes enroulés sur les fructifications,
à rachis secondaires arqués en forme d'S allongés. Lieux humides. Général. (Figs. 7, c; 15,
e-f).
Espèce magnifique (rappelant la luxuriance des Fougères tropicales) envahissant parfois, grâce à ses nom-
breux stolons, les alluvions humides et ombragées. Les frondes arrachées et mises dans l'eau ne survivent qu'une
heure ou deux; elles ne se recroquevillent pas, mais le sommet s'incline et s'enroule. — Le P. nodulosa est le vica-
riant américain du P. Struthiopteris de l'ancien monde.

PTÉRIDOPHYTES

DANS
80
LE QUÉBEC

> DANS
7000
LE MONDE

[134 J
Division II. - SPERMATOPHYTES.

Les S p e r m a t o p h y t e s c o m p r e n n e n t les plantes vasculaires d o n t le cycle vital renferme


deux t r o n ç o n s séparés d a n s le t e m p s , mais non d a n s l'espace:
(a) U n tronçon asexué ou s p o r o p h y t e , issu d ' u n zygote, formé du corps végétatif vascu-
larisé: racine, tige et feuilles, et qui p o r t e toujours d e u x sortes de s p o r e s : microspores (grains d e
pollen), mégaspores (origine du sac e m b r y o n n a i r e ) ;
(b) U n tronçon sexué ou g a m é t o p h y t e , issu d ' u n e microspore et d'une mégaspore, formé
de deux prothalles unisexués et microscopiques, inclus d a n s le corps de la p l a n t e adulte. Le
zygote se forme à l'intérieur du s p o r o p h y t e , et y accomplit les premières phases de son déve-
loppement qui a b o u t i s s e n t à la formation de graines (d'où le n o m de Spermatophytes).
C o m m e le g a m é t o p h y t e est t o u j o u r s microscopique, e t qu'il n ' a encore été étudié que chez
un n o m b r e restreint d'espèces, la classification traditionnelle ne t i e n t encore c o m p t e que des ca-
ractères du s p o r o p h y t e .
Les S p e r m a t o p h y t e s c o m p r e n n e n t la masse des plantes vasculaires. Elles se divisent e n
deux sous-divisions: les G y m n o s p e r m e s , avec 600 espèces, et les Angiospermes, avec 135,000
espèces.

Sous-division I. — GYMNOSPERMES.
La sous-division des G y m n o s p e r m e s comprend u n groupe relativement peu n o m b r e u x
de plantes vasculaires (environ 600 espèces), dont la p l u p a r t sont c o m m u n é m e n t désignées sous
le nom de Conifères. L'ovule de ces plantes, qui n ' e s t pas c o m p l è t e m e n t enveloppé d a n s u n ovai-
re, n'est le siège que d ' u n e seule fécondation: celle de l'oosphère, q u i donne p a r développement
l'embryon p r o p r e m e n t dit.
D a n s la flore d u Québec, la sous-division des G y m n o s p e r m e s est constituée p a r le groupe
des arbres toujours v e r t s e t le plus s o u v e n t résineux. Ce groupe se r é p a r t i t e n trois familles
dont les genres, pour fins de commodité, sont réunis en u n e seule clef a n a l y t i q u e .

CLEF GÉNÉRALE DES GENRES DE GYMNOSPERMES

Feuilles groupées en faisceaux (fig. 1 6 , e; 2 0 , a) insérés à l'extrémité des rameaux ou latéra-


lement; cônes devenant ligneux; arbres. (ABIETACÉES. )
Feuilles (long. 2-18 cm.), 2-5 par faisceau, persistant toute l'année. (Figs. 1 6 , e; 1 7 ; 1 9 ) . 1 . Pinus (p. 1 4 0 )
Feuilles (long, moins de 5 cm. ), molles, nombreuses dans chaque faisceau, tombant à
l'automne. (Figs. 17; 20, a-b) 2. Larix (p. 1 4 2 )
Feuilles alternes, opposées ou verticillées autour du rameau, mais non insérées en faisceaux en
un même point latéral ou terminal; arbres ou arbustes.
Feuilles alternes. (ABIETACÉES, TAXACÉES.) (Fig. 1 6 , c-d).
Feuilles rayonnant en tous sens; traces foliaires fortement saillantes au sommet
de coussinets (fig. 16, c ) ; feuilles à section quadrangulaire (fig. 1 6 , a ) ; cônes
pendants se détachant tout d'une pièce à la maturité; bourgeons -non résineux;
arbres. (Figs. 17 et 20) 3. Picea (p. 142)

[135]
GYMNOSPERMES Figure 16

Illustration de la clef : (a) section transversale d'une feuille quadrangulaire de Picea; (b) section transversale
d'une feuille aplatie d'Abies; (c) traces foliaires de Picea, au sommet de coussinets saillants; (d) traces foliaires
d'Abies, non saillantes; (e) feuilles groupées en faisceau, Pinus; (f ) feuille isolée, Picea; (g) rameau aplati de Thuja,
avec feuilles en forme d'écaillés; (h) feuille sessile, Abies; (i) feuille pétiolée, Tsuga; (j-k) dimorphisme foliaire dans
le genre Juniperus; (1 ) feuille mucronée, Taxus.

Feuilles disposées dans un même plan, aplaties (fig. 16, b ) ; traces foliaires non sail-
lantes (fig. 1 6 , d ) .
Feuilles (long. 1 5 - 3 0 mm.) sessiles (fig. 1 6 h ) ; cônes (long. 5 - 1 0 cm.)
dressés, à axe persistant sur l'arbre à la tombée des écailles; bourgeons
résineux; arbres. (Figs. 1 7 et 2 1 ) 5. Abies (p. 1 4 5 )
Feuilles pétiolées (fig. 16, i ) .
Feuilles (long, moins de 1 5 mm.) dentées latéralement, émargi-
nées au sommet; cônes (long. 1 2 - 3 5 m m . ) généralement pen-
dants au bout des rameaux, tombant tout d'une pièce; bour-
geons non résineux. (Figs. 1 7 et 2 1 ) 4. Tsuga (p. 1 4 4 )
Feuilles (long. 1 0 - 2 0 mm.) non dentées, terminées par une pe-
tite pointe; arbuste déprimé à fruit rouge; dans les bois, sous le
couvert des autres arbres. (TAXACÉES). (Figs. 1 6 , 1 ; 1 8 , f-g). Taxus (p. 1 3 7 )
Feuilles opposées ou verticillées, en forme d'écaillés ou d'aiguilles courtes. (CUPRESSA-
CÉES.) (Fig. 16, j - k ) .

Rameaux arrondis; feuilles en forme d'écaillés ou d'aiguilles; fruit bleu en forme


de baie; arbustes déprimés (sauf / . virginiana). (Figs. 1 7 ; 18, a - d ) 1. Juniperus (p. 1 3 8 )
Rameaux aplatis; feuilles en forme d'écaillés, de deux sortes; cônes (long. 5 - 7
m m . ) ligneux. (Figs. 16, g; 1 7 ; 1 8 , e) 2 . Thuja (p. 1 3 9 )

[136]
Fam. 8. — TAXACÉES.

Arbres ou arbustes parfois résineux, à feuilles linéaires ou fiabelliformes. Fleurs générale-


ment dioïques. Chatons mâles solitaires. Carpelle presque nul. Ovule unique entouré à sa
base d'un arille plus ou moins développé.
Onze genres et 95 espèces, répandues dans les deux hémisphères.

1. TAXUS L. ~IF.

Arbres ou arbustes peu ou point résineux. Feuilles aciculaires, aplaties, mueronées.


Chatons très courts, solitaires, axillaires. Chatons pistillés réduits à un ovule solitaire. Graine
ovoïde, d'abord exserte, puis débordée par l'arille.
Huit espèces morphologiquement très voisines, répandues dans la zone tempérée boréale. — Le nom généri-
que signifie: un arc; allusion probable à un usage du bois.

1. Taxus canadensis Marsh. — If du Canada. —• Buis de sapin, Buis, Sapin traînard. —


(Ground Hemlock, Dwarf Yew). — Arbuste couché, ne dépassant pas 2 m. de hauteur
dans les formes les plus dressées, formant parfois un étage surbaissé dans la forêt; feuilles (long.
10-20 mm.; larg. 2 mm.), vertes sur les deux faces, mueronées, ne se détachant pas après la
dessiccation; fruit (long, environ 1 cm.) rouge à la maturité, à saveur résineuse. Floraison
printanière. Dans le sous-bois. Général et assez commun dans le Québec, même boréal.
(Figs. 16,1; 18, f-g). n = 12

[137]
FLORE L A U R E N T I E N N E

Très voisin du T. baccata d'Europe qui néanmoins est un grand arbre dont les feuilles contiennent un prin-
cipe toxique, la taxine. Le bois de l'If du Canada est très compact et très tenace, à cause de sa croissance extrême-
ment lente; il prend bien le poli, mais ses dimensions réduites ne lui permettent de se prêter à aucun usage intéres-
sant. — Il n'y a aucun rapport entre cet arbuste et le Buis (Buxus sempervirens), qui n'existe pas en Amérique;
aussi le nom de « Buis » employé partout par les Canadiens français rappelle simplement le feuillage persistant et
la petite taille communs aux deux plantes.

Fam. 9. - CUPRESSACÉES.

Arbres à feuilles opposées ou verticillées, persistantes. Chatons très petits. Fleur mâle
à étamines en verticillc de 4-8; sacs polliniques 3-5. Épi femelle formé de 1-6 verticilles de
bractées-mères, dont 1-2 seulement sont fertiles ; ces bractées-mères se soudent quelquefois
et deviennent charnues comme des baies. Fleur femelle formée d'un double carpelle portant
un ou plusieurs ovules,
Seize genres et environ 80 espèces.— (Clef des genres: page 136.)

1. JUNIPERUS L. — GENÉVRIER.

Arbrisseaux dioïques (rarement monoïques), toujours verts, aromatiques. Feuilles


persistantes, opposées ou verticillées, subulées ou écailleuses. Chatons solitaires, axillaires
ou terminaux. Chatons staminés ovoïdes, à étamines nombreuses. Chatons pistillés à fleurs
par 3. Fruit en forme de baie, bleu ou rouge. Graines 1-3, anguleuses, oléifères.
Trente-cinq espèces, dont 15 américaines.

CLEF DES ESPÈCES.

Feuilles épineuses (long. 7-22 m m . ) ; arbrisseau déprimé. (Figs. 16, j ; 18, a-b) 1. J. communis
Feuilles (long. 1-3 mm. ) réduites à des écailles généralement opposées (les jeunes feuilles sont
épineuses et longues de 4-5 m m . ) .
Arbre dressé; pédoncules des fruits droits; dans le Québec non maritime (vallée de
l'Ottawa seulement). Figs. 16, k; 17) 2. J. virginiana
Arbrisseau rampant; pédoncules des fruits recourbés; rivages maritimes du Québec.
(Fig. 18, c-d) 2. J. horizontalis

1. Juniperus c o m m u n i s L. — Genévrier commun. — Genièvre; aux îles de la Madeleine:


Genève.— (Common Juniper). — Arbrisseau à tiges (hauteur 25-150 cm.) nombreuses et
plus ou moins couchées; aiguilles (long. 7-14 mm.) fines et piquantes; fruits petits, 2-3 plus
courts que les feuilles, d'un noir bleuâtre, arrivant à maturité le troisième automne après la
floraison. Floraison printanière. Rochers, généralement dans le voisinage des grandes masses
d'eau. Région d'Ottawa; Cantons de l'Est; depuis la ville de Québec vers l'est. (Figs. 16, j ;
18, a-b). n = 11
Le Genévrier commun, si on le considère avec l'ensemble de ses variétés, est circumboréal. C'est l'arbre
boréal qui possède la plus vaste distribution géographique, et c'est aussi la seule plante gymnosperme q u e notre
pays ait en commun avec l'Europe. Souvent arborescent en Europe, il n'est toujours ici qu'un arbuste déprimé
(var. depressa Pursh). Les fruits ne sont mûrs que la troisième année après la floraison; ils sont employés pour
aromatiser la boisson alcoolique connue sous le nom de « genièvre » (gin).

2. Juniperus virginiana L. — Genévrier de Virginie. — Cèdre rouge. — (Red Cedar). —


Arbre conique ou cylindrique de 10-15 m.; feuilles (long. 1-3 mm.) de deux sortes: les adultes
squamiformes et imbriquées, les juvéniles distancées et épineuses, rougissant l'hiver; fruit bleuâ-

[138]
TAXACÊES, CUPRESSACÉES Figure 18

J u n i p e r u s : (a-b) J, communis, (a) rameau fructifère, (b) feuille; (c-d) J. horizontalis, (c) rameau fructifère,
(d) feuilles en forme d'écaillés. — Thuja: (e) T. occidentalis, rameau fructifère. — Taxus: (f-g) T. canadensis,
(f) rameau fructifère, (g) fruit arillé.

tre, subglobuleux, à pédoncule droit, à saveur sucrée-résineuse, mûrissant dès la première année
Floraison printanière. Régions calcaires. Environs de Hull. (Figs. 16, k; 17; 22). n = l l .
Le bois est odorant, rougeâtre, tendre, fragile, de croissance lente et se travaille facilement. Aux États-Unis, '
où il forme de petites forêts dans les régions calcaires, on l'emploie pour les poteaux des lignes de transmission élec-
trique, les conduites d'eau, les cercueils. Les crayons et les boîtes à cigares sont presque toujours fabriqués avec
ce bois. L'arbre est planté en Allemagne (Nuremberg) pour la fabrication des crayons.

3. Juniperus horizontalis Moench. — Genévrier horizontal. — Savinier, ou par cor-


ruption Sêvigné. — (Shrubby Red Cedar). — Arbrisseau rampant, étroitement appliqué contre
les rochers nus des rivages; feuilles adultes squamiformes et imbriquées, courtes (long. 1.5-2
mm.); feuilles juvéniles (long. 4-5 mm.) linéaires-lancéolées, subulées et épineuses; fruit à
pédoncule recourbé, d'un bleu pâle, mûrissant à la fin de la deuxième année. Floraison prin-
tanière. Rochers exposés des rivages. Depuis la Grosse-Isle et 1'Islet vers l'est. (Fig. 18, c-d).
Dans la région des prairies de l'Ouest, cette espèce couvre de grands espaces sablonneux à l'exclusion de toute
autre végétation. Dans la province de Québec c'est essentiellement une plante estuarienne et maritime, évidem-
ment d'origine reliquale.

2. THUJA L. — THUYA, THUÏA, THUIER.

Arbres monoïques, résineux et aromatiques, à rameaux aplatis. Feuilles squamiformes,


petites et opposées. Fleurs petites, solitaires ou terminales, les staminées et les pistillées portées
sur des rameaux différents. Cônes petits et ovoïdes-oblongs, formés de 8-12 écailles minces,
opposées par paires. Graines plus ou moins ailées, dicotylées.

[139]
FLORE L A U R E N T I E N N E

Six espèces, distribuées dans l'Amérique du Nord et l'Asie orientale et centrale. — Le nom générique, qui vient
du grec, a une signification obscure. LINNÉ écrivait Thuja. La plupart des auteurs, à la suite de TOTJENEFORT,
ont adopté la graphie Thuya, mais, en raison des lois de la nomenclature, l'orthographe linnéenne Thuja doit pré-
valoir.

1. Thuja occidentalis L. — Thuya occidental. — Cèdre, Balai. — (White Cedar). —


Arbre de 15-20 m.; feuilles (long. 3 mm.) imbriquées sur 4 rangs; cônes (long. 5-7 mm.) libé-
rant leurs graines de bonne heure à l'automne. Régions calcaires, surtout dans les lieux hu-
mides. Général dans son habitat. (Figs. 16, g; 17; 18, e; 22). n = 11
Bon indicateur de la nature du sol. Dans la région de Montréal la présence de bosquets de Thuya indique
le plus souvent un sous-sol constitué par des calcaires ordovicicns. Dans les Laurentides, où les roches sont acides,
le Thuya se tient au bord des lacs; il semble que l'eau, en lavant continuellement les racines, entraîne les produits
acides, et maintienne le pli au niveau voulu. — Le bois est odorant et léger, facilement fendable et réfractaire à la pour-
riture; d'où son emploi pour la construction des quais, les pièces de fondation, les poutres, les clôtures, les poteaux
télégraphiques, le bardeau. Dans nos campagnes c'est le bois de four par excellence, et avant l'invention des allu-
mettes chimiques, les aiguillettes de « Cèdre » remplissaient leur office. — Le nom de « Cèdre » que l'on donne en
ce pays au Thuya est impropre; le Cèdre est un arbre tout différent, qui n'appartient même pas aux Cupressacées.
— Le Thuya est très employé dans la médecine populaire et la pratique indienue.

Fam. 10. — ABIÉTACÉES.


Arbres résineux à feuilles persistantes, squamiformes, subulées ou aciculaires. Fleurs
monoïques. Chatons mâles formés d'étamines disposées en spirales; anthère biloculaire; grains
de pollen munis de deux ampoules aérifères. Chatons pistillés formés de fleurs nombreuses,
disposées en spirale, imbriquées; carpelle (écaille) ouvert, portant deux ovules à sa face interne.
Neuf genres et 120 espèces.—Les Abiétacées sont l'élément principal de la forêt laurentienne, surtout au nord.
(Clef des genres : pages 135-136. )

1. PINUS L. — PIN.

Arbres monoïques portant deux sortes de feuilles: les primaires, écaiïîeuses et fugaces;
les secondaires, vertes, en forme d'aiguilles, réunies par 2-5 dans une même gaine. Épis sta-
minés allongés, portés au bout des branches de l'année précédente; pollen aérifère. Chatons
pistillés solitaires ou fascicules, à écailles imbriquées, devenant des cônes plus ou moins ligneux.
Graines ailées, 3-18-eotylées.
Environ 70 espèces, dont 28 dans l'Amérique du Nord.—Outre les espèces décrites ci-dessous, on a planté
en beaucoup d'endroits le Pinus sylvestris, reconnaissable à ses feuilles géminées et à ses cônes aigus et pendants. —
Répandus dans les pays de vieille civilisation, fournissant l'un des meilleurs bois d'œuvre des pays tempérés, les
Pins ont été tellement liés à la vie intime des peuples qu'ils ont leur place marquée dans l'histoire, les lettres, le
folklore, l'héraldique, la symbolique et la langue populaire. — Le nom générique est classique, et d'origine celtique.

CLEF DES ESPÈCES.

Feuilles réunies par 5. (Figs. 17; 19, f-g) 1. P. Slrobus


Feuilles réunies par 2.
Feuilles (long. 10-15 cm. ) ; cônes terminaux ou presque, ovoïdes. (Figs. 16, e; 17; 19, k-o ). 2. P. resinosa
Feuilles (long. 2-3 cm.); cônes latéraux à la maturité, coniques, recourbés contre le
rameau. (Figs. 17; 19, a-e) 3- P- Banksiana

1. Pinus Strobus L. — P i n strobus.—Pin blanc.— (White Pine). — Grand arbre


de 30-35m.; feuilles fasciculées par 5 ; cônes peu lignifiés, très allongés (long. 10-15 cm.), com-

[140]
ABIÉTACÉES [PINUS] Figure 19

JB&n/csrsna âîrobus res in osa


P i n u s : (a-e) P. Banksiana, (a) cônes, (b) face dorsale d'une écaille, (c) graines sur face ventrale d'une
écaille, (d) feuilles, (e) coupe transversale d'une feuille; (f-j) P. Strobus, (f) cône, (g) face dorsale d'une écaille,
(h) graines sur face ventrale d'une écaille, (i) feuilles, (j) c. t. d'une feuille; (k-o) P. resinosa, (k) cône, (1) face
dorsale d'une écaille, (m) graines sur face ventrale d'une écaille, (n) feuilles, (o) c. t. d'une feuille.

plètement formés vers le commencement de juillet de la seconde saison, et s'ouvrant en sep-


tembre. Floraison printanière. Général. (Figs. 17; 19, f-g; 22). n = 12
L'une de nos plus précieuses essences forestières. L'arbre croît rapidement et atteint parfois des dimensions
extraordinaires (hauteur 90 m . ; diamètre 250 cm.). Ses grandes dimensions, sa résistance à la décomposition, la
légèreté et l'homogénéité de son bois, la finesse de son grain, la facilité avec laquelle il se travaille, la qualité de
ne pas gauchir et de ne pas se fendiller en séchant, le rendent propre à une infinité d'usages: construction de navires,
charpenterie, menuiserie, tonnellerie, tournage, etc. — Le Pin blanc a joué un rôle de premier plan dans la vie éco-
nomique du Canada français. D u r a n t tout le X I X e siècle, l'abattage et le flottage de ce précieux bois ont occupé
une véritable armée de bûcherons. Cette grande industrie forestière a donné naissance à nombre d'autres, en même
temps qu'elle a rendu possible la colonisation. L'ère du Pin blanc est aujourd'hui passée; à l'exploitation intensive
est venu s'ajouter une maladie parasitaire causée par le Cronartium ribicola, Rouille hétéroïque qui fait d'abord un
stage sur les Groseilliers sauvages (Ribes spp.).

2. Pinus resinosa Ait. — Pin résineux.—Pin rouge.— (Norway Pine). — Grand


arbre de 20-30 m., à écorce fissurée et rougeâtre; feuilles (long. 10-15 cm. ) réunies par 2; cônes
(long. 5-6 cm. ) ovoïdes-coniques, s'ouvrant durant la seconde saison et persistant sur les bran-
ches jusqu'à l'été suivant. Floraison printanière. Général. (Figs. 16, e; 17; 19, k-o; 22). n = 12
Arbre splendide dont les grosses touffes de longues aiguilles vert foncé contrastent vivement avec la couleur
rougeâtre de l'écorce. Distinctement héliophile, il ne peut supporter l'ombre des autres arbres: il doit dominer
ou disparaître. Dans les lieux ouverts, il fructifie vers la vingt-cinquième année; dans les bois, vers 50-60 ans. Sa
fertilité commence à décliner vers 150 ans. Le bois du Pin rouge est plus rouge (d'où le nom vulgaire), et plus r é -
sineux (d'où le nom scientifique ) que celui de nos autres Pins. Il est dur, léger et de longue durée, d'un usage géné-
ral comme bois de mâture et de charpente, pour la fabrication des boîtes, des portes et des fenêtres. Sans être aussi

[141]
FLORE LAURENTIENNE

abondant que le Pin blanc, il est cependant d'une importance considérable. Cette importance sera encore plus
grande quand la forêt canadienne sera aménagée scientifiquement, car il est comparativement exempt d'insectes
et de maladies cryptogamiques.

3. Pinus Banksiana Lamb. — Pin de Banks. — Pin gris, Cyprès.— (Jack Pine). —
Arbre de moyenne taille (15-20 m.); feuilles (long. 2-3 cm.) réunies par 2; cônes (long. 4-5
cm.) oblongs-eoniques, généralement dressés et fortement incurvés sur la branche, persistant
10-15 ans sur l'arbre. Floraison printanière. Abitibi et Saguenay; collines siliceuses de Ka-
mouraska-Témiscouata; stations isolées ailleurs (Trois-Rivièrcs, Nominingue, Rigaud, etc.).
(Figs. 17; 19, a-e; 22). n = 12
La plus parfaite oxylo-xérophyte de nos Abiétacées, notoirement absente des régions calcaires ou ar-
gileuses. C'est aussi un arbre essentiellement boréal qui pénètre très loin au nord dans la péninsule labradorienne,
presque jusqu'à la limite des arbres. Le bassin du lac Saint-Jean, à cause de ses grandes alluvions sablonneuses,
est une terre d'élection pour cette espèce qui y forme une remarquable association avec le Comptonia asplenifolia et
le Solidago puberula. Dans tout le nord du Québec, le Pin de Banks s'empare facilement des terrains brûlés siliceux;
les cônes éclatent à la grande chaleur de l'incendie et dispersent les graines qui, capables de germer en dix jours,
peuvent ainsi s'emparer immédiatement du sol et éliminer les concurrents. Le bois est généralement sans impor-
tance économique; néanmoins, on commence à l'employer pour la construction de lignes de transmission électrique
à faible voltage. —• Par une confusion difficile à expliquer, les Canadiens français du nord (lac Saint-Jean, Abitibi,
etc.) nomment le Pin de Banks « Cyprès »; l'emploi de ce nom était déjà général au commencement du X I X e siècle.
Le célèbre roman de Louis HÉMON, Maria Chapdelaine, a vulgarisé cette erreur dans les deux mondes.

2. LARIX Adans. — MÉLÈZE.

Arbres monoïques. Feuilles molles en courtes aiguilles, réunies en fascicules nombreux,


tombant à l'automne. Fleurs staminées en épis globuleux. Fleurs pistillées paraissant avec
les feuilles. Cônes petits, peu ligneux, subglobuleux. Graines ailées, 6-cotylées.
Neuf espèces, dont 3 américaines. — On plante ici quelquefois le Mélèze européen (L. decidua) et le Mélèze
du Japon (L. Kaempferî).—Le nom générique dérive d'un mot celtique qui signifie: gras; allusion probable
à l'abondance de la résine fournie par ces arbres.

1. Larix laricina (Du Roi) Koch. — Mélèze laricin. — Épinette rouge. — (Larch,
Tamarack). — Arbre de 15-20 m.; feuilles (long. 10-25 mm.). Floraison printanière. Ter-
rains humides, tourbeux ou granitiques. Général dans son habitat. (Figs. 17; 20, a-b; 22).
Le seul de nos Conifères à se dépouiller de ses feuilles pendant l'hiver. Son aire géographique est très vaste
et il se plaît aux habitats les plus divers. Son impuissance à supporter l'ombre des autres arbres est probablement
la raison de sa prédilection pour les tourbières, où t a n t de concurrents plus ou moins caleiphiles sont éliminés. Dans
la formation de nos tourbières, il y a un stade du Mélèze succédant au stade des Ericacées; mais le Mélèze est à
son tour déplacé par l'Épinette noire au fur et à mesure du dessèchement.— Vers 1874, une mouche-à-scie (Lygaeone-
matus erichsonii) détruisit presque complètement cette espèce ; les jeunes pousses seules échappèrent. Mais
cinquante ans après, l'espèce avait reconquis à nouveau sa place au soleil. — Le Mélèze est l'un de nos arbres les
plus précieux à cause de ses grandes dimensions, de sa force et de sa durée.— Le nom d'« Épinette rouge », appli-
qué universellement par les Canadiens français au Mélèze, est très ancien; il était déjà généralisé en 1664. Nos
ancêtres, venus des provinces françaises de la plaine (Normandie, Perche, Poitou), ont voulu réunir, sous un même
vocable (Épinette) diversement qualifié, tous les résineux qui leur étaient moins familiers. On sait qu'en France
le Mélèze {Larix decidua) ne se trouve que dans les montagnes du sud-ouest.

3. PICEA Link. — ÉPICÉA.

Arbres monoïques, coniques, à branches étagées et rameaux feuilles tout autour (ne parais-
sant pas aplatis). Feuilles à section quadrangulaire, en aiguilles courtes, disposées en spirale
persistantes, portées sur des coussinets saillants. Fleurs terminales ou axillaires, les staminées
presque sessiles. Cônes pendants. Graines ailées, 4-5-cotylées.

[142]
Larix: ( a - b ) L. laricina, (a) rameau, (b) cône. — P i c e a : (c-d) P. mariana, (c) cône, (d) rameau ultime
dépourvu de ses feuilles; (e-f ) P. glauca, (e) cône, (f ) rameau ultime dépourvu de ses feuilles.

Trente-sept espèces, dont 7 américaines. —• On plante fréquemment: le Picea Abies européen qui se reconnaît
facilement p a r ses rameaux ultimes retombants et ses très longs cônes (long. 1 0 - 1 3 c m . ) ; le P. Engelmanni (Ëpi-
nette bleue) dont le feuillage bleuâtre ou argenté est très ornemental. —'Le nom générique signifie probablement:
arbre qui fournit la poix. Ce mot a donné naissance à l'ancien français « pèce » et « pesse » puis à épicéa.

CLEF DES ESPÈCES.

Bois des rameaux ultimes glabre; cônes cylindriques à pédoncule droit, contenant 6 0 - 9 0 écailles,
encore molles à la maturité. (Figs. 1 6 , c; 1 7 ; 2 0 , e-f) 1. P. glauca
Bois des rameaux ultimes pubescent; cônes ovoïdes à pédoncule recourbé et épaissi, contenant
environ 3 0 écailles, rigides à la maturité. (Figs. 17; 2 0 , c-d ) 2 . P. mariana

1. Picea glauca (Moench) Voss. —Épicéa glauque. — Épinette blanche.— (White


Spruce). — Arbre de 20-25 m., en forme de cône large et souvent obtus; bois des rameaux glabre;
feuilles bleuâtres (long. 1-2 cm.); cônes (long. 4-5 cm.) à pédoncule droit, tombant chaque
année, plutôt cylindriques, contenant 60-90 écailles; graines disséminées au printemps de la
seconde saison. Floraison printanière. Général, mais abondant surtout dans la région mari-
time. [Syn.: P. canadensis (Mill.) BSP.]. (Figs. 16, c; 17; 20, e-f; 22).
Arbre remarquable par son adaptabilité à toutes les situations, particulièrement aux terrains rocheux où
la couche végétale est infime. La période de croissance active commence vers la fin de mai, au sud du Québec (plus
tôt que pour le P. mariana); vers le 2 0 juin, les pousses nouvelles ont déjà 5 - 1 5 cm. de longueur. — Cette espèce
fournit un précieux bois de commerce employé dans la menuiserie, la charpenterie, la construction maritime, et
l'industrie de la pulpe. Sa résine est la plus ancienne des « gommes à mâcher ». C'est avec la radicelle de l'Épi-
nette blanche que les Indiens cousaient l'écorce du Bouleau dans la fabrication des canots. L'Êpinette blanche était
probablement Yannedda, spécifique contre le «mal de terre», dont l'usage fut enseigné à CARTIER par DOMAGAYA.

2. Picea mariana (Mill.) BSP. — Épicéa mariai. —Épinette noire. — (Black Spruce).
— Arbre de 8-20 m., en forme de cône généralement étroit et aigu; bois des rameaux pubescent;

[143]
Figure 21
ABIÉTACÉES
Thutfa canadensis Abies halssmea

<^Co[3

Tsuga: (a-c) T. canadensis, (a) rameau et cône, (b) section transversale de la feuille, (c) feuille. — Abies:
(d-g) A. bahamea, (d) cône, (e) feuille, (f) section transversale de la feuille, (g) axe persistant du cône.

feuilles (long. 6-13 mm.) vert bleuâtre; cônes (long. 2-3 cm.) rouges à l'état jeune, d'abord
ovoïdes et pointus, globuleux une fois ouverts, contenant environ 30 écailles, pouvant persister
20-30 ans sur les branches; graines disséminées à l'automne de la première saison. Floraison
printanière. Terrains humides granitiques, sablonneux ou tourbeux. Général dans la forêt
laurentienne. (Le P. rubra Link, à rameaux ultimes retombants, à feuilles lustrées, d'un vert
jaunâtre, à cônes ovoïdes-oblongs, verts à l'état jeune, tombant à l'automne, se distingue mal
de cette espèce; ilsetrouve probablement dans le sud de l'aire. ) (Figs. 17; 20, c-d; 22). n = 12
L'Êpinette noire est l'espèce dominante de la forêt abitibienne, de la Côte-Nord et de l'Ungava central. A
l'extrême nord, ainsi que sur la Côte-Nord, à l'est de Natashquan, et sur les hautes montagnes de la Gaspésie, elle
cède graduellement la place à l'Êpinette blanche. Elle croît ordinairement en massifs denses qui arrêtent la lumière
du soleil, d'où refroidissement du sol et suppression des autres espèces. Un sol humide, noir et profond, couvert
d'un lit très épais de mousse, constitue son habitat d'élection. C'est alors que s'établit cette association remar-
quable Picea mariana - Cornus canadensis - Hypnum Schréberi, qui occupe d'immenses étendues dans le nord
du Québec. — Le bois de cet arbre est léger, mou, faible, sujet à la torsion. Son usage par excellence est la fabri-
cation du papier, pour laquelle sa fibre est supérieure à celle des autres bois flottables. On peut dire que durant
le premier quart du vingtième siècle, l'Êpinette noire aura été notre grande richesse nationale. — Enfin, mentionnons
que la petite industrie de la bière d'Épinette, si connue dans le Québec, utilise cette espèce; la technique de de
fabrication de cette boisson de ménage remonte au régime français.

4. TSUGA Carr. — TSUGA.


Arbres monoïques à écorce astringente. Feuilles molles, aplaties, brièvement pétiolées,
apparemment sur deux rangs. Fleurs en épis solitaires, les staminées portées à l'aisselle des
feuilles de la saison précédente, les pistillées terminales. Cônes ovoïdes-oblongs, pendants
et presque sessiles. Graines ailées, 3-6-cotylées.
Dix espèces, dont 4 américaines. — Ce genre, commun à l'Asie orientale et à l'Amérique, n'est pas repré-
senté en Europe — Tsuga est le nom japonais de l'une des espèces.

[144]
GYMNOSPERMES Figure 22

Limites approximatives, au nord, des Gymnospermes arborescentes du Québec.

1. Tsuga canadensis (L.) Carr. —Tsuga du Canada.—Proche. — (Hemlock). •—Arbre


de 20-25 mètres; feuilles (long. 8-13 mm.); cônes (long. 15-25 mm.) terminant les ra-
meaux, s'ouvrant durant l'hiver et persistant jusqu'au printemps. Floraison printanière.
Forêts élevées, mêlé aux arbres feuillus. Général au sud du Saint-Laurent et dans les
Laurentides inférieures; absent au nord dans la région Abitibi-Saguenay. (Figs. 16, i; 17;
21, a-c; 22). n = 12
De toutes les Gymnospermes du Québec, cette espèce est la moins boréale et la moins tolérante à l'égard
du froid. L a Pruche croît généralement associée avec le Bouleau, le Hêtre ou l'Erable à sucre. Pouvant vivre
500 ou 600 ans, elle commence à fructifier entre la vingtième et la soixantième année, et fructifie alors tous les deux
ou trois ans. Le bois de Pruche est léger, mou, cassant, mais plus fort que celui du Pin blanc; il s'emploie dans
la grosse charpente, la construction des ponts et des pavages, dans la fabrication des caisses, des lattes et du bardeau.
L'industrie de la tannerie utilise l'écorce de la Pruche, qui est très riche en tannin. — Le mot «Pruche» est un cana-
dianisme, et dérive probablement de « Prusse » et « Pérusse », noms employés en Europe pour désigner les Picea.
Les Acadiens désignent l'arbre sous le nom de « Haricot », qui a peut-être quelque rapport avec l'ancien verbe hari-
goter: couper en morceaux; ils le nomment aussi « violon », sans doute à cause d'un certain usage dans la fabrica-
tion des instruments à corde.

5. ABIES Hill. — SAPIN.

Arbres monoïques à écorce quelquefois ponctuée de vésicules résinifères, à branches verti-


cillées et étagées. Feuilles sessiles en aiguilles courtes, aplaties, laissant une cicatrice (trace
foliaire), paraissant disposées sur deux rangs. Fleurs axillaires, naissant sur les rameaux de
l'année précédente, en chatons staminés et pistillés séparés et involucres. Cônes dressés, à
écailles minces et tranchantes, se détachant de l'axe persistant, et tombant avec les graines.
Graines résinifères, 4-10-cotylées.
Environ 33 espèces, dont 9 américaines. — Le nom générique signifie: qui vit longtemps.

[145]
F L O R E L A U R E N T I E N N E

1. A b i e s b a l s a m e a ( L . ) Mill. — S a p i n b a u m i e r . — S a p i n . — ( B a l s a m F i r . ) — A r b r e
de 10-15 m . ; feuilles (long. 13-20 m m . ) ; cônes cylindriques-oblongs (long. 6 - 1 0 c m . ) , viola-
cés e t fortement résineux, a r r i v a n t à m a t u r i t é dès l ' a u t o m n e de la première saison. Florai-
son printanière. Général et d a n s des h a b i t a t s divers. (Figs. 16, b ; 17; 2 1 , d - g ; 2 2 ) . n = 1 2
Notre Sapin est le plus septentrional de tous les Sapins du monde, atteignant dans l'Ungava lat. N . 58°. Il
s'accommode de presque tous les habitats, mais il préfère un climat froid et un sol constamment humide. C'est
le plus vigoureux de tous nos résineux, et les individus parfaits sont d'une grande beauté. La croissance est d'abord
très lente durant une période de quatre ou cinq ans; elle s'accélère jusqu'à soixante ans, pour diminuer ensuite et
s'abolir vers cent cinquante ans. U n arbre adulte produit des graines tous les ans, mais le Sapin se multiplie aussi
par marcottage naturel, les basses branches s'enracinant aux points en contact avec le sol humide. — Le bois est
léger, mou, à grain grossier, assez blanc. Il n'est employé qu'à des usages secondaires (fabrication des instruments
de musique), en dehors de sa grande utilisation comme bois de pulpe (un quart de la production totale). Les vé-
sicules de l'écorce fournissent un produit universellement connu sous le nom de baume du Canada et dans le Québec
sous le nom de gomme de Sapin. La récolte de ce produit constitue une petite industrie localisée chez nous dans
les comtés de Montmorency et de Beauce. La plus grande partie de la production est employée pour le montage
des préparations microscopiques et pour l'assemblage des lentilles optiques. La gomme de Sapin est l'un des articles
essentiels de la médecine populaire des Canadiens français, qui l'emploient, avec raison d'ailleurs, comme antiscor-
butique, comme antiseptique dans les blessures, et en cataplasmes sur les brûlures.

GYMNOSPERMES

14
DANS LE QUÉBEC

600
DANS LE MONDE

t 146 j
Sous-division II. — ANGIOSPERMES.

La sous-division des Angiospermes comprend l'immense majorité ( 9 5 % ) des plantes


vasculaires, soit environ 1 3 5 , 0 0 0 espèces. L'ovule, chez ces plantes, complètement enve-
loppé dans u n ovaire m u n i d ' u n stigmate, est le siège d'une double fécondation donnant
naissance à l ' e m b r y o n d ' u n e p a r t , et à l ' a l b u m e n d ' a u t r e p a r t .
La sous-division des Angiospermes se divise en deux classes: les Dicotyles (environ 1 0 0 , 0 0 0
espèces) et les M o n o c o t y l e s (environ 3 5 , 0 0 0 espèces).
La s é p a r a t i o n des Angiospermes en Dicotyles et Monocotyles r e m o n t e , en u n sens, à An-
toine-Laurent DE JTJSSIETJ ( 1 7 8 9 ) . Depuis, les G y m n o s p e r m e s ont été exclues des Dicotyles.
Sauf cette modification, les choses sont demeurées en l ' é t a t . Mais il est clair m a i n t e n a n t que
cette division n ' e s t pas e n t i è r e m e n t naturelle, et qu'elle ne correspond p a s à u n e bifurcation
phylogénique u n i q u e . L ' e x a m e n critique des caractères assignés aux Monocotyles et aux
Dicotyles m o n t r e q u ' a u c u n n ' e s t a d é q u a t . M a i s il convient néanmoins de retenir ces cadres,
qui offrent u n e g r a n d e u t i l i t é p r a t i q u e .

Classe 1.-DICOTYLES.

Les Dicotyles sont les Angiospermes d o n t l'embryon est muni de deux cotyles. Ce carac-
tère est généralement d'observation difficile, parce que les cotyles sont le plus souvent minus-
cules, et que leur apparition est tardive d a n s le cycle vital de la plante. Heureusement, à ce
caractère f o n d a m e n t a l , sont liés d'autres caractères qui, bien que souffrant exception, sont assez
souvent réunis p o u r donner à l'ensemble une physionomie spéciale. Ce sont: la présence de
formations secondaires d a n s la tige (ces formations existent aussi chez les G y m n o s p e r m e s ) ;
le type floral p e n t a m è r e ou t é t r a m è r e (pièces de chaque verticille de la fleur p a r 5 , plus r a r e m e n t
p a r 4 , ou p a r multiples de ces n o m b r e s ) ; la nervation réticulée des feuilles. D a n s la p r a t i q u e ,
ce sont ces caractères secondaires qui servent à distinguer les Dicotyles.
Les Dicotyles se divisent assez naturellement en trois sous-classes:
Monochlamidées ou Apétales: enveloppe florale unique ou nulle, n e présentant p a s de diffé-
renciation en calice et corolle;
Dialypétales: calice e t corolle n e t t e m e n t différenciés; pétales i n d é p e n d a n t s les uns des a u t r e s ;
Sympétales ou Gamopétales : calice et corolle n e t t e m e n t différenciés; pétales soudés en t o u t
ou en partie p a r leurs bords latéraux.
Ces trois sous-classes se divisent en u n certain nombre d'ordres q u e nous ne définirons pas
en détail; ces ordres sont eux-mêmes des groupements souvent complexes de familles (cf.
Synopsis, p p . 8 0 - 8 3 ) .

[147]
Fam. 11. — BÉTULACÉES.

Arbres ou a r b u s t e s g é n é r a l e m e n t m o n o ï q u e s . Feuilles simples, a l t e r n e s , r e c t i n e r v e s , à


stipules décidus. F l e u r s m â l e s en c h a t o n s ; fleurs femelles en c h a t o n s ou e n petits groupes.
Ovaire biloculaire. F r u i t a p p a r e m m e n t uniloculaire et uniséminé.
Six genres et environ 75 espèces, répandues dans toutes les régions extratropicales de l'hémisphère boréal.
.Seul, le genre Alnus s'étend aux Andes de l'Amérique du Sud.

CLEF DES GENKES.

Écorce blanche ou jaunâtre, s'enlevant par feuillets minces; bractées des chatons femelles ni
ligneuses, ni foliacées. (Fig. 23, a - e ) 1. Betula
Ecorce n'ayant pas ces caractères; bractées des chatons femelles ligneuses ou foliacées.
Fruits à l'aisselle de petites bractées qui deviennent ligneuses; petits arbres ou arbustes.
(Fig. 23, f) 2. Alnus
Fruits munis de grandes bractées foliacées.
Fruits renfermés dans des sacs foliacés blanchâtres dont l'ensemble ressemble à
un cône (strobile) de houblon; arbre à feuilles très pubescentes. (Fig. 24) . . . . 3. Ostrya
Fruits renfermés dans un involucre charnu en forme de bouteille ; arbuste.
(Fig. 24) 4. Corylus
Fruits par 2, reposant chacun sur une grande bractée foliacée ouverte; arbuste
(Fig. 24) 5. Carpinus.

1. B E T U L A L.—BOULEAU.

Arbres à écorce s'exfoliant en feuillets papyracés. C h a t o n s c o n t e m p o r a i n s des feuilles


ou les p r é c é d a n t . C h a t o n s s t a m i n é s longs e t p e n d a n t s , déjà formés à l ' a u t o m n e . Chatons
pistillés oblongs ou cylindriques, p o r t a n t 2 - 3 fleurs à l'aisselle de chaque b r a c t é e ; b r a c t é e s 3 - l o -
bées ou entières. F r u i t : u n e nucule comprimée entourée d ' u n e aile m a r g i n a l e i n t e r r o m p u e au
sommet.
Environ 35 espèces. Les Bouleaux sont un élément important de la forêt laurentienne et de toutes les régions
froides de l'hémisphère boréal. Les Bouleaux sont des arbres à tronc grêle, à la fois de croissance lente et
de courte durée. Mais ils sont très rustiques, et prolifiques semenciers. Leur écorce caractéristique, qui est
presque indestructible, les distingue de tous les autres arbres. — Outre les espèces décrites ci-dessous, on trouvera
encore autour du Golfe, et dans les régions subarctiques, deux Bouleaux nains: B. Michauxii Spach (très petites
feuilles glabres; bractées supérieures fructifères entières); B. microphylla Bunge (ailes de la samare plus larges que
la nucule). — Le nom générique est d'origine celtique.

CLEF DES ESPÈCES.

Arbres; feuilles non glanduleuses; écorce blanche, rougeâtre, noirâtre ou d'un gris doré;
terrains plutôt secs.
Chatons pistillés pédoncules; écorce blanche ou rougeâtre.
Feuilles longuement acuminées; écorce très blanche, ne s'exfoliant pas facile-
ment, portant une large tache triangulaire noire au-dessous de l'insertion des
branches. (Fig. 23, a - b ) 1. B. populifolia
Feuilles simplement aiguës ; écorce un peu teintée, s'exfoliant facilement.
(Fig. 23, e ) 2. B. papyrifera
Chatons pistillés sessiles; écorce d'un gris doré ou noirâtre.
Écorce d'un gris doré; bractées fructifères (long. 7-10 m m . ) pubescentes; forêts
du nord et de l'est. (Fig. 23, c) 3. B. lutea

[148]
BÊTULACÉES Figure 23

B e t u l a : ( a - b ) B. populifolia, (a) rameau avec chatons pistillés jeunes, (b) calus noir à l'insertion d'une
branche; (c) B. lutea, rameau fructifère; (d) B. pumikt, feuille; (e) B. papyrifera, rameau fructifère. — A l h u s :
(f ) A. incana, rameau fructifère.

Êcorce devenant noirâtre avec l'âge; bractées fructifères (long. 4-5 m m . ) glabres;
sud-ouest du Québec seulement 4. B. lenta
Arbrisseaux ou arbustes des régions froides ou des tourbières humides; feuilles petites, coriaces,
crénelées-dentées, subsessiles.
Jeunes rameaux glabres, et fortement munis de glandes verruqueuses et résineuses;
feuilles vertes et glabres sur les deux faces; régions froides et montagnes 5. B. glandvlosa
Jeunes rameaux généralement munis de longs poils fins; feuilles pâles inférieurement, à
nervures finement réticulées sur les deux faces; tourbières. (Fig. 23, d) 6. B. pumïla

1. B e t u l a p o p u l i f o l i a M a r s h . — Bouleau à feuilles de P e u p l i e r . — B o u l e a u rouge.—


(Old Field B i r e h ) . — A r b r e de faible taille, p o u v a n t a t t e i n d r e au p l u s 10 m è t r e s , à écorce lisse
e t t r è s blanche, p o r t a n t d e s t a c h e s noires t r i a n g u l a i r e s à l'insertion des b r a n c h e s ; feuilles presque
t r i a n g u l a i r e s ; fruit ovale ou o b o v é , aigu ou arrondi à la base, u n p e u plus é t r o i t q u e l'aile. Flo-
r a i s o n p r i n t a n i è r e . Lieux sablonneux, c h a m p s a b a n d o n n é s . O u e s t e t centre d u Québec.
(Fig. 23, a - b ) . n = 14
Bois très blanc, très tendre, capable de prendre un beau poli, mais pourrissant promptement. Il est sans
utilité sauf pour le chauffage. Ce Bouleau est beaucoup moins boréal que le B. papyrifera; il est à peu près limité
vers le nord p a r les Laurentides. D a n s la plaine alluviale du Saint-Laurent, il prend rapidement possession des
champs abandonnés et forme une petite forêt pure dont l'existence est néanmoins transitoire. Il n e peut y avoir
sur place qu'une génération de ces Bouleaux, les graines ne pouvant germer à l'ombre. La formation est bientôt
envahie par les Conifères ou d'autres arbres et les Bouleaux disparaissent. La dissémination des fruits se fait très
tard, au cours de l'hiver qui suit la maturation. Les chatons se disloquent, et les graines ailées, répandues sur la
neige durcie ou le verglas, sont chassées à de grandes distances. La fonte des neiges abandonne partout ces graines

[149]
F L O R E L A U R E N T I E N N E

dans les champs, et elles sont prêtes à s'emparer du terrain si on néglige de le cultiver. On pourra rechercher dans
le sud-ouest du Québec le B. coerulea Blanchard, très voisin du B. popvMfolia, mais à feuillage vert sombre (bleuâ-
tre) et à écorce facilement exfoliée.

2. B e t u l a p a p y r i f e r a M a r s h . — Bouleau à papier. — Bouleau blanc, Bouleau à canot. —


(Canoë B i r c h ) . — G r a n d a r b r e p o u v a n t a t t e i n d r e 30 m è t r e s ; écorce b l a n c h e ou r o u g e â t r e ,
s ' e n l e v a n t facilement en longues b a n d e s horizontales minces et flexibles, m a r q u é e de lenticelles
saillantes, longues et étroites; feuilles ovées, graduellement a t t é n u é e s à la b a s e ; c h a t o n s pistillés
cylindriques, p e n d a n t s ; nucule plus étroite que l'aile. Floraison p r i n t a n i è r e . Général, et l ' u n
des éléments c a r a c t é r i s t i q u e s de la forêt îaurentienne. (Fig. 23, e ) . n = 35
Ce Bouleau n e constitue pas de forêts pures permanentes, et se môle naturellement aux autres arbres, for-
mant dans la forêt d u nord une association très nette avec le Tremble et les Conifères. Une formation pure de
Bouleau à papier ne se trouve que sur l'emplacement d'un feu de forêt. L'arbre a besoin de la pleine lumière et doit
s'élever au-dessus des autres sous peine de disparaître. C'est l'un des rares arbres américains qui sont plus répandus
aujourd'hui qu'à l'arrivée des Européens dans le nouveau monde, le défrichement et les incendies ayant favorisé
sa propagation. Sa longévité maximum est de 150 à 200 ans, et il est à maturité vers 70 ou 80 ans. — Le bois est dur
et pesant, de peu de durée. On l'emploie surtout pour le tournage des bobines, pour la fabrication des cure-dents,
des chevilles à chaussures et des fausses semelles. — La « culture » primitive de nos Indiens reposait en grande partie
sur le Bouleau. Le canot d'écorce de Bouleau était une véritable œuvre d'art qui assurait à ces peuples chasseurs la
mobilité indispensable à ce mode de vie. L'écorce de Bouleau est encore la ressource principale qu'utilisent ceux
qui vivent dans la forêt pour allumer le feu et confectionner des récipients (cassots) que l'on jette après s'en être
servi. D e la sève on peut faire du « sucre de Bouleau ». Le Bouleau « coule » abondamment, mais il faut une
très grande quantité de sève pour donner une petite quantité de sucre.

3. B e t u l a l u t e a Michx. f . — B o u l e a u j a u n e . — Merisier.— (Yellow B i r c h ) . — G r a n d


a r b r e p o u v a n t a t t e i n d r e 33 m è t r e s , à écorce a r o m a t i q u e (salicylate de m é t h y l e ) , gris d ' a r g e n t
ou gris doré sur les jeunes t r o n c s ; feuilles ovées, acuminées au sommet, o b t u s e s ou subcordées
à la b a s e ; épis pistillés sessiles; bractées des fruits (long. 7-10 m m . ) p u b e s c e n t e s ; n u c u l e p l u s
large que l'aile. Floraison p r i n t a n i è r e . Général. (Fig. 23, c ) . n = 42
L'un des plus grands arbres de la forêt Iaurentienne, où il atteint son maximum de développement. Le bois,
très pesant, à grain serré, est très employé dans la construction des machines aratoires, dans l'ébénisterie et la car-
rosserie. L'odeur aromatique de l'écorce blessée est la même que celle du Gaullheria procumbens. Le tronc de
cet arbre ne flotte pas, et l'espèce échappe ainsi à la dévastation amenée par l'industrie du papier; on ne coupe le
B. lutea que là où on peut le transporter par voie de terre. — Le nom populaire « Merisier » est u n pur canadianisme,
et assez déroutant. Le Merisier de France est le Prunus avium. Ce canadianisme s'explique par u n e certaine
similitude dans la forme de la feuille.

4. B e t u l a l e n t a L. — Bouleau flexible.—Merisier rouge.— (Cherry B i r c h ) . — G r a n d


a r b r e p o u v a n t a t t e i n d r e 25 m., à écorce n o i r â t r e avec l'âge, très a r o m a t i q u e (salicylate de mé-
t h y l e ) ; feuilles ovées-oblongues, généralement plus ou moins cordées; b r a c t é e s des f r u i t s (long
4 - 5 m m . ) glabres. Floraison p r i n t a n i è r e . Bois riches de la vallée de l ' O t t a w a et de la région
montréalaise. R a r e ou a b s e n t ailleurs. n = 14
Malgré les mentions que l'on trouve partout et qui étendraient la distribution de cette espèce à tout le Québec,
le B. lenta n'entre dans la province que par le coin sud-ouest. Le « Merisier » généralement répandu est le B. lutea.
Le bois du B. tenta est très serré et susceptible de prendre un beau poli.—La distillation de l'écorce fournit presque
toute l'huile de Wintergreen du commerce, le Gaultheria étant maintenant peu employé à cette fin.

5. B e t u l a g l a n d u l o s a Michx. — B o u l e a u glanduleux — ( G l a n d u l a r B i r c h ) . — - A r b u s t e
le plus s o u v e n t déprimé (ne s'élevant p a s au-dessus de 2 m . ) ; jeunes r a m e a u x glabres e t forte-
m e n t munis de glandes verruqueuses et résineuses; feuilles (long. 5-30 m m . ) v e r t e s e t glabres
sur les deux faces, obovées-cunéaires. Floraison printanière. Régions froides ou m o n t a g n e u s e s
du nord-est d u Québec.

[150]
F L O R E L A U R E N T I E N N E

6. B e t u l a p u m i l a L. — Bouleau n a i n . — (Dwarf B i r c h ) . — Arbuste ou arbrisseau


(long. 1-3 m . ) ; jeunes r a m e a u x généralement munis de long poils fins; feuilles (long. 1 0 - 3 5 m m . )
généralement u n p e u soyeuses et pâles inférieurement, obovées ou réniformes, à nervures fine-
m e n t réticulées sur les deux faces. Floraison printanière. Tourbières (Abitibi, lac Saint-Jean,
région de Lanoraie, e t c . ) . (Fig. 23, d ) . n = 28

2. A L N U S mil—AULNE, AUNE.

Arbres ou arbrisseaux à écorce écailleuse e t à bourgeons n u s ou presque. C h a t o n s sta-


minés p e n d a n t s ; chatons pistillés dressés e t groupés. F r u i t s à l'aisselle de petites bractées qui
deviennent ligneuses et persistantes. N u c u l e petite, comprimée, ailée ou non.
Environ 15 espèces, propres à l'hémisphère boréal et aux Andes de l'Amérique du Sud. — Les Aulnes sont gé-
néralement des arbustes. Cependant, l'A. glutinosa de l'Eurasie, l'A. rhombifolia des monts Cascades et l'A. rubra de
la côte du Pacifique, sont de vrais arbres. — Les racines portent des nodosités à bactéroïdes analogues à celles des
Légumineuses. — Le nom générique paraît venir du celtique et signifier: voisin des rivières.

C L E F DES ESPÈCES.

Face inférieure des feuilles verte, glutineuse et presque glabre; rare '. 1. A. crispa
Face inférieure des feuilles verte, et couverte d'une pubescence soyeuse; est du Québec 2. A. mollis
Face inférieure des feuilles blanchâtre, pubescente sur les nervures; lieux humides. (Fig. 23, f ).. .3. A. incana

1. A l n u s c r i s p a (Ait.) P u r s h . — - A u l n e c r i s p é . — (Green A i d e r ) . — ' A r b u s t e (long. 1-3


m . ) ; jeunes b r a n c h e s à peine pubescentes, ou glabres; feuilles à face inférieure verte, glutineuse
et presque g l a b r e ; chatons pistillés (long, à la maturité, 1 0 - 1 5 m m . ) ; nucule ailée de chaque
côté. Floraison printanière. R a r e dans le Québec. n = 14

2. A l n u s m o l l i s F e r n a l d . — A u l n e s o y e u x . — (Silky Aider). — Arbrisseau ou petit


arbre p o u v a n t a t t e i n d r e 3 m è t r e s ; jeunes b r a n c h e s à pubescence p e r s i s t a n t e ; feuillesovales-ar-
rondies, à face inférieure t o u j o u r s couverte d'une pubescence soyeuse; nucule ailée de chaque
oôté. Floraison printanière. Région m a r i t i m e du Québec. n = 14
L'un des arbrisseaux caractéristiques des falaises sèches et élevées du bas Saint-Laurent, qu'il borde souvent
d'une ligne continue.

3. A l n u s i n c a n a (L. ) Willd. — Aulne blanchâtre. — Vergne, Verne. — ( H o a r y A i d e r ) .


— Arbrisseau p o u v a n t a t t e i n d r e 6 m è t r e s ; feuilles largement elliptiques, doublement dentées en
scie, à face inférieure b l a n c h â t r e , glauque e t pubescente a u moins sur les nervures; c h a t o n s parais-
sant avant les feuilles, les s t a m i n é s développés dès la fonte des neiges; nucule sans aile. Flo-
raison très p r i n t a n i è r e . Général. (Fig. 2 3 , f ) . n = 14
Plante anémophile, la fécondation directe étant empêchée par la courbure des branches, qui amène les chatons
pistillés au-dessus des chatons staminés. Les jeunes plantes ne produisent généralement que des chatons staminés;
plus tard, les chatons pistillés sont beaucoup plus nombreux que les chatons staminés. L'allongement des chatons
de l'Aulne est l'un des premiers signes de la venue du printemps dans la vallée laurentienne. — L'Aulne (Verne)
fournissait aux anciens Canadiens une teinture jaune très employée.

3. O S T R Y A Scop. — OSTRYER.

Arbres à bois très d u r . Feuilles à nervures simples ou bifurquées. Chatons précédant


les feuilles. C h a t o n s staminés sessiles a u b o u t des r a m e a u x de la saison précédente; étamines

[151]
F L O R E L A U R E N T I E N N E

3-14, réunies sur u n seul pédoncule. C h a t o n s pistillés t e r m i n a u x sur les r a m e a u x de la saison ;


fleurs incluses séparément d a n s des involucres en forme de sacs m e m b r a n e u x dont l'ensemble
forme u n cône bien développé à la fin de l'été. Nucule comprimée, lisse, sessile.
Six espèces. lies Ostryers sont géologiquement anciens, antérieurs aux Charmes et aux Noisetiers. On en
connaît plusieurs espèces fossiles qui semblaient jouer dans les forêts tertiaires le même rôle subordonne que les
espèces d'aujourd'hui. — Le nom générique signifie: écaille; allusion aux bractées involucralcs.

1. O s t r y a v i r g i n i a n a (Mill.) Willd. — O s t r y e r de Virginie.—Bois dur, Bois de fer, Bois


à levier.—• ( I r o n - w o o d ) . — G r a n d arbre p o u v a n t atteindre 20 mètres; feuilles (long. 7-1.0 cm.)
ovées ou oblongucs, pubescentes ou tomenteuscs inférieurcment; sac involucral (long. 12-10
m m . ) ; nucule (long. 5 m m . ) comprimée, luisante. Floraison printanière. Général, sauf au
nord et à l'est. (Fig. 24). n = S
Bois fort, durable, le plus souvent teinté de rouge, employé pour faire des manches d'outils, des leviers, des
essieux. Ses fibres ondulées le rendent presque infendable, et c' est un excellent bois de tour. — A l'époque de la
maturité des graines, les vésicules sont couvertes d'un duvet très fin et qui irrite vivement la peau, mais pour un
instant seulement. L'Ostryer de Virginie est très voisin de l'Ostryer d'Europe ( 0 . carpinifolia) et peut-être pas
spécifiquement distinct.

4. C O R Y L U S L.—NOISETIER, COUDRIER.

Arbrisseaux ou petits arbres à grandes feuilles minces dentées en scie. Chatons staminés
sessiles au b o u t des rameaux de la saison précédente, paraissant longtemps a v a n t les feuilles;
fleurs à 4 étamines. Fleurs pistillées issues de bourgeons écailleux, formées d ' u n ovaire
incomplètement bilocuiaire, d ' u n style court et de deux stigmates grêles. F r u i t : une noix
renfermée d a n s un involucre charnu en forme de bouteille.
Sept espèces, dont 3 américaines.— Le C. Avellana d'Europe fournit les « Avelines » du commerce.— Le nom
générique signifie: casque; allusion à la forme des bractées du C. Avellana.

1. C o r y l u s c o r n u t a M a r s h . — Noisetier à long bec. — (Beaked H a z e l n u t ) . — Arbris-


seau a t t e i g n a n t au plus 3 m è t r e s (généralement plus petit ) ; feuilles ovées ou é t r o i t e m e n t ovales
(long. 7-10 c m . ) ; involucre d e la noix pubescent-épineux, prolongé en u n bec au moins deux
fois aussi long que la noix. Floraison t r è s printanière. Taillis. Général. (Syn. : C. rostmta
A i t . ) . (Fig. 2 4 ) . n = 14
Notre Noisetier a des tiges très flexibles, pouvant servir de liens, et une écorce astringente et fébrifuge. Les
feuilles, qui ne sont pas cutinisées supérieurement, s'enroulent très vite dès le début de la dessiccation. On sait
que les sourciers se servent d'une baguette de coudrier taillée en Y et tenue renversée pour repérer les cours d'eau
souterrains. Le bien-fondé de cette méthode est toujours un sujet de discussion, même parmi les hommes de science.
— Les fruits de cette espèce sont comestibles, mais ils n'ont guère d'importance commerciale.

5. C A R P I N U S L. —CHARME.

Arbres ou arbrisseaux à tronc cannelé-tordu. Feuilles à nervures droites se t e r m i n a n t


dans les grandes dents. C h a t o n s staminés sessiles à l'extrémité de c o u r t s r a m e a u x de la saison
précédente; é t a m i n e s 3-12. Chatons pistillés terminaux, p o r t a n t à c h a q u e b r a c t é e 2 fleurs
consistant en un ovaire bilocuiaire, un style grêle ou presque nul, et 2 stigmates subulés. N u -
cule ovoïde, nervée, se séparant, à l ' a u t o m n e , de la grande bractée foliacée ouverte.
Environ 12 espèces, dont une seule américaine. Le Charme européen (C. Betulus) est un arbre atteignant
2G m. — Le nom générique provient de deux mots celtiques, et signifie: bois et tête, c'est-à-dire bois propre à faire
des jougs pour les bœufs.

[ 152]
BETULACÊES Figure 24

Ostrya: O. virginiana, feuille et cône. — Corylus: C. cornuta, rameau fructifère.—• Carpinus: C. caroliniana
feuille et fruits.

1. C a r p i n u s c a r o l i n i a n a Walt. — C h a r m e de Virginie.—Bois dur, Bois de fer.— (Horn-


b e a m ) . — P e t i t arbre a t t e i g n a n t au plus 12 mètres, généralement b e a u c o u p plus p e t i t , à tronc
t r è s tordu; feuilles (long. 6-10 cm.) ovées-oblongues, u n peu a s y m é t r i q u e s ; bractées (long, à la
maturité, 25 m m . ) trilobées et fortement nervées; nucule (long. 4 m m . ) . Floraison printanière.
Ouest et sud du Québec. (Fig. 24). n = 8
Bois très dur, brun clair, durable, qu'il est pratiquement impossible d'écraser ou d'user par friction; il est
employé pour faire des leviers, des manches d'outils et autres articles exigeant de la force et de la dureté. Dans
le Québec cependant, où il atteint la limite de son aire, sa taille très réduite ne permet guère de l'utiliser. A l'au-
tomne, le feuillage du Charme se colore en rouge écarlate, puis jaunit. Les feuilles tombent avant les bractées.

Fam. 12. — FAGACÉES.

Grands arbres à feuilles simples, alternes et stipulées. Fleurs monoïques ou dioïques.


Fleurs staminées généralement en longs épis pendants, à é t a m i n e s plus ou moins nombreuses.
Fleurs pistillées en épis pauciflores et globuleux; calice à 6 sépales soudés avec le pistil; ovaire
3-6-loculaire, c h a q u e loge c o n t e n a n t 2 ovules. P e n d a n t le d é v e l o p p e m e n t de l'ovaire, toutes
les loges a v o r t e n t moins une, et dans cette loge un seul des ovules se développe. F r u i t : un
achaine couronné p a r le calice et les styles persistants, e n t o u r é à sa base p a r une cupule.
Cinq genres et environ 350 espèces. Les Fagacées sont de grands arbres des pays tempérés, capables de
former de vastes forêts.
CLEF DES GENRES.

Feuilles lobées ou sinuées (dans nos espèces); fruit: un gland ovoïde. (Figs. 25 et 28) 1. Quercus
Feuilles seulement dentées; fruit: une faîne triangulaire. (Figs. 25 et 28) 2. Fagus

[153]
F L O R E L A U K E N T I E N N E

1. Q U E R C U S L. —CHÊNE.

Arbres ou arbrisseaux à feuilles lobées. Fleurs très petites, p a r a i s s a n t a v a n t les feuilles.


Fleurs staminées à 3-12 é t a m i n e s . F l e u r s pistillccs solitaires, généralement formées sur les
r a m e a u x de la saison précédente, à calice en forme d'urne adnée à l'ovaire triloculaire. Fruit:
u n achaine ( g l a n d ) ovoïde-oblong ou subglobuleux, e n t o u r é à sa base p a r u n e cupule.
Environ 275 espèces, presque entièrement confinées dans l'hémisphère boréal. L'Amérique du Nord en
compte plus de 75 espèces arborescentes, et ses gîtes fossilifères en ont livré plus de 150 autres. Les types modernes
américains paraissent s'être développés indépendamment des types modernes eurasiatiques, et on n'observe pas,
entre les deux séries, ce parentage étroit si remarquable chez la plupart des genres d'arbres (Fagus, Ostrya, Ulmus,
etc. ). Les Chênes, qui sont chez nous sur la limite nord de leur aire, ne sont jamais de très grands arbres, et il serait
utile de n'employer qu'avec discernement, en ce qui nous concerne, certains clichés de la littérature (le Chêne géant,
le roi des arbres, etc.). — Le nom générique, d'origine celtique, signifie: arbre par excellence.

CLEF DES ESPÈCES. (Figs. 25 et 28.)

Feuilles à lobes aigus 1. Q. borealis


Feuilles à lobes arrondis ou indistincts.
Feuilles à lobes indistincts; gland longuement pédoncule 2. Q. bicolor
Feuilles nettement lobées.
Feuilles pâles ou glauques inférieurement; cupule peu profonde 3. Q. alba
Feuilles tomenteuses inférieurement; cupule profonde très frangée 4. Q. macrocarpa

1. Q u e r c u s borealis Michx. f. — Chêne boréal. — Chêne rouge.— (Red Oak).—


G r a n d arbre p o u v a n t a t t e i n d r e 30 m è t r e s ; feuilles (long. 10-18 cm.) ovées d a n s leur p o u r t o u r ,
à 7 - 1 3 lobes aigus e t t e r m i n é s p a r une p o i n t e spinuleuse; cupule en soucoupe p l u s ou m o i n s
profonde; gland amer. Floraison printanière. Général, mais absent depuis la M a l b a i e v e r s
l'est. (Figs. 25 e t 2 8 ) . n = 12
Bois pesant, fort, à grain serré, brun rougeâtre, à aubier plus pâle, employé dans la construction, l'ébénisterie,
la tonnellerie. C'est l'un des arbres de l'Amérique les plus anciennement introduits en Europe. — C'est la seule
espèce de Chêne de la région de la ville de Québec.

2. Q u e r c u s b i c o l o r Willd. — Chêne bicolore. — Chêne bleu. — ( S w a m p W h i t e O a k ) . —


G r a n d arbre p o u v a n t a t t e i n d r e 25 m è t r e s ; feuilles (long. 12-18 c m . ) obovées, g r o s s i è r e m e n t
sinuées, d ' u n v e r t foncé; cupule r e c o u v r a n t le tiers du gland, parfois u n peu frangée; g l a n d d o u x .
Floraison printanière. Ouest du Québec (vallée de l ' O t t a w a e t e n v i r o n s de M o n t r é a l ) .
(Figs. 25 e t 2 8 ) . n = 12
Bois lourd, dur et fort, brun clair, à aubier mince et presque de la même couleur, employé dans la construction
maritime, l'ébénisterie, la carrosserie, la tonnellerie, et pour le chauffage.

3. Q u e r c u s a l b a L. — Chêne blanc. — (White O a k ) . — G r a n d a r b r e p o u v a n t a t t e i n d r e


50 mètres ; feuilles (long. 1 2 - 2 2 cm. ) obovées d a n s leur p o u r t o u r , pinnatifides, à 3-9 lobes oblongs;
fruit plus ou moins pédoncule, a r r i v a n t à la m a t u r i t é dès la fin de la première saison; cupule t o -
menteuse e m b r a s s a n t le q u a r t inférieur d u gland; gland doux. Floraison p r i n t a n i è r e . Ouest
d u Québec. (Figs. 25 e t 2 8 ) . n = 12
Bois fort, pesant, dur, à grain serré, durable, brun pâle, à aubier mince et légèrement coloré. Dans le com-
merce, on ne distingue pas le bois de cette espèce de celui du Q. macrocarpa, et l'un et l'autre sont les principaux
Chênes employés dans la construction maritime. Ils sont très employés aussi dans la carrosserie, la fabrication des
instruments aratoires, la boiserie de luxe et le placage. Ces bois sont d'une élasticité remarquable et se prêtent
à des flexions de presque 90°. Certains pays tropicaux ont longtemps importé du port de Québec le Chêne blanc
(surtout le Q. macrocarpa) venant de la vallée d u Richelieu. Il n'existe plus en quantités commerciales dans cette
région.

[ 154 ]
FAGACÊES Figure 25

Q u e r c u s : feuille et fruit (gland) des espèces laurentiennes. —- F a g u s : F. grandifolia, feuille et fruits (faînes).

4. Q u e r c u s m a c r o c a r p a Michx. — Chêne à gros fruits. — ( M o s s y - C u p O a k ) . —


Grand arbre p o u v a n t atteindre 55 m è t r e s ; feuilles (long. 10-20 cm.) obovées, divisées en 5 - 7
lobes qui a t t e i g n e n t presque la nervure m é d i a n e ; fruit extrêmement variable de forme e t de di-
mensions, a r r i v a n t à la m a t u r i t é dès la fin de la première saison; cupule t r è s frangée, e m b r a s s a n t
plus ou moins le gland ; gland doux. Floraison printanière. Ouest et sud d u Québec,
atteignant la région des Trois-Rivières. (Figs. 25 et 2 8 ) . n = 12
Bois pesant, fort, dur, durable, à grain serré, brun foncé, à aubier mince et plus pâle. C'est le plus impor-
tant des Chênes de l'Amérique, au point de vue commercial. Pour les usages, voir Q. alba. La frange de la cupule
est le caractère le plus saillant de cette espèce; le développement de cette frange semble lié aux facteurs chaleur et
lumière. La frange est plus abondante quand l'arbre croît à découvert, dans les régions méridionales, ou durant
les étés très chauds. MICHAUX fils, en distinguant cette espèce, n'a fait que latiniser le nom vulgaire que lui don-
naient déjà les Français des Illinois: Chêne à gros glands. — T r è s commun dans la région montréalaise, le long des
haies ou au milieu des champs; sur la rive sud du fleuve, il remplace presque complètement le Q. alba. — Le Chêne
à gros fruits est un bel arbre en toutes saisons: soit à l'été, Wec ses feuilles découpées en lobes arrondis et ses gros
glands immergés dans une cupule délicatement frangée, soit en hiver alors que les milles branchettes zigzagantes
de sa ramure s'imposent en fouillis noir sur le ciel pâle.

2. F A G U S L. — HÊTRE.

Arbres à écorce grise et lisse et à feuilles reçtinerves. Fleurs p a r a i s s a n t avec les feuilles,
les staminées en capitules p e n d a n t s , les pistillées involuerées p a r 2 d a n s les aisselles des feuilles
supérieures. Fleurs staminées à 8-16 étamines. Fleurs pistillées à p é r i a n t h e 6-lobé et ovaire
triloculaire, u n seul des 2 ovules de c h a q u e loge se d é v e l o p p a n t . Achaines triangulaires, géné-
ralement deux d a n s chaque involucre ( b r o u ) ; brou s ' o u v r a n t par 4 valves.

[155]
F L O R E L A U R E N T I E N N E

Huit espèces, dont une seule américaine, confinées dans l'hémisphère boréal. Le genre voisin Nothofagus
réunit les pseudo-Hêtres de l'hémisphère austral. — Le nom générique, dérivé du grec, signifie: manger; le fruit est
comestible.

1. F a g u s grandifolia E h r h . — H ê t r e à grandes feuilles.-—(American Beech).—


G r a n d arbre p o u v a n t a t t e i n d r e 40 mètres, à écorce d'un gris d'acier; feuilles (long. 5 - 1 2 c m . )
ovées-oblongues, grossièrement dentées en scie; fruits (faînes) bruns, recouverts d'un b r o u à épines
courtes. Floraison printanière. Bois rocheux. Général d a n s l'ouest e t le sud, l i m i t é à l'est
par une ligne j o i g n a n t le c a p T o u r m e n t e e t la rivière Restigouche. (Figs. 25 e t 2 8 ) .
Le Hêtre isolé est généralement bas et buissonnant; en forêt, il a généralement un tronc uni, et libre de
branches sur la moitié de sa longueur. Le bois est dur, fort, à grain serré, de couleur foncée, à aubier blanc, mince.
Il est employé dans la construction maritime (il se conserve sous l'eau), la fabrication des chaises et des manches d'ou-
tils, et comme bois de chauffage. Le bois de notre Hêtre passe pour supérieur à celui du Hêtre européen (F. sylvalica).
On fait même subir à celui-ci une certaine préparation pour lui donner l'apparence du Hêtre américain. Les faînes
renferment une huile comestible et elles font l'objet d'un certain commerce, bien que la faîne ait été soupçonnée de
provoquer l'entérite. Les faînes mûrissent et tombent en septembre, mais par contre les feuilles sont extrêmement
tenaces; blanchies, dépouillées de leur parenchyme et réduites au seul réseau des nervures, elles persistent parfois
tout l'hiver sur les jeunes arbres, et font juger d'un coup d'œil de l'abondance des Hêtres dans la forêt.

Fam. 13 - MYRICACÉES.

Arbustes à feuilles alternes. Fleurs en épis ordinairement simples, m o n o ï q u e s ou dioï-


ques, sans p é r i a n t h e . F l e u r s staminées à 4 étamines. F l e u r s pistillées à ovaire u n i l o c u l a i r e
c o n t e n a n t u n seul ovule dressé. F r u i t : u n drupe à surface cireuse, ailé ou non, ou u n e n u c u l e .
Deux genres et 35 espèces.
CLEF DES GENRES.

Bractéoles de l'ovaire 2-4 ; feuilles dentées. (Fig. 26 ) 1. Myrica


Bractéoles de l'ovaire 8; feuilles pinnatifides. (Fig. 26) 2. Comptonia

1. M Y R I C A L. — MYRIQUE.

Arbres ou arbustes à feuilles généralement marquées de points résineux. F l e u r s dioïques.


C h a t o n s s t a m i n é s p a r a i s s a n t a v a n t ou avec les feuilles; étamines 4 - 8 . É p i s pistillés ovoïdes;
ovaire sous-tendu p a r 2 - 4 bractéoles. F r u i t : un drupe cireux.
Trois espèces, dont deux américaines. Outre l'espèce décrite ci-dessous, on trouvera aux îles de la
Madeleine le M. carolinensis Mill., à fruits cireux, blancs, qui fournissent un succédané de la cire d'abeille.
— Le nom générique signifie: parfum.

1. M y r i c a G a l e L. — M y r i q u e b a u m i e r . — Bois-sent-bon. — (Sweet G a l e ) . — A r b u s t e
( l o n g , environ 1 m è t r e ) ; feuilles oblancéolées, dentées au s o m m e t ; d r u p e cireux-résineux, ailé.
Floraison p r i n t a n i è r e . B o r d des rivières e t des lacs. Général. (Fig. 2 6 ) .
Espèce à très vaste distribution géographique (Eurasie boréale, Amérique), et l'un des arbustes universels
sur le bord des lacs laurentiens. Sa dissémination dans cet habitat est facilitée p a r un dispositif spécial: l'ovaire
est lisse et flanqué de deux bractéoles se développant en flotteurs aérifères. — On met les feuilles dans le linge pour
éloigner les insectes et lui communiquer une bonne odeur. — Les racines partent des nodosités à bactéroïdes, ana-
logues à celles des Légumineuses.

[156]
MYRICACÉES F i g u r e 26

Myrica: M. Gale, rameau fructifère. — C o m p t o n i a : C. asplenifolia, rameau fructifère.

2. C O M P T O N I A Banks. — COMPTONIE.

Arbuste m o n o ï q u e ou dioïque, très ramifié. Feuilles p r o f o n d é m e n t pinnatifides, à odeur


de miel. C h a t o n s c o n t e m p o r a i n s des feuilles, les s t a m i n é s rassemblés a u x e x t r é m i t é s des b r a n -
ches, les pistillés d e v e n a n t épineux à la m a t u r i t é . Ovaire sous-tendu p a r 8 bractéoles persis^
t a n t e s . F r u i t : u n e nucule striée.
Genre monotypique de l'Amérique du Nord, dédié à Henry COMPTON (1632-1713), évêque d'Oxford.

1. C o m p t o n i a a s p l e n i f o l i a (L. ) G a e r t n . — C o m p t o n i e à feuilles d'Asplénie. — (Sweet


F e r n ) . — T i g e (long. 3 0 - 6 0 c m . ) ; feuilles (long. 7-15 c m . ) . Floraison printanière.' Alluvions
sablonneuses. N o r d du Québec, vallée de l ' O t t a w a , région du lac Saint-Pierre, r a r e ailleurs.
[Syn.: C. peregrina (L.) C o u l t e r ] . (Fig. 2 6 ) .
L'odeur balsamique de cet arbuste est l'un des charmes qui corrigent la tristesse des grands brûlés sablon-
neux du nord. L a plante pousse en grandes formations serrées et on peut souvent compter une soixantaine d'in-
dividus par m è t r e carré. Dans la région du lac Saint-Jean, elle entre dans l'association caractéristique Pinua Bank-
iiana - Comptonia asplenifolia - Solidago puberula. Certaines adaptations écologiques semblent expliquer com-
ment ce monotype peut s'avancer si loin au nord: achaine fortement sclérifié, entouré d'une sorte de cupule pro-
tectrice; sécrétion résineuse qui protège contre la dessiccation, et explique l'habitat xérophytique et l'odeur péné-
trante de la plante, durant les grandes chaleurs de l'été. La propagation de l'espèce, en milieu libéré p a r le feu,
est éminemment favorisée par l'extension sous terre de rhizomes particuliers, grêles, blancs ou rougeâtres, qui cou -
rent horizontalement, se fixent de distance en distance par la production de racines, et émettent des bourgeons qui
deviennent des tiges aériennes.

[157]
F L O R E L A U R E N T I E N N E

Fam. 14. — JUGLANDACÉES.

Grands a r b r e s à feuilles alternes composées-pennées. F l e u r s m o n o ï q u e s , en épis. F l e u r s


mâles p o r t a n t 8-40 étamines. F l e u r s femelles constituées p a r 4 sépales et u n ovaire unilocu-
laire c o n t e n a n t un seul ovule dressé. F r u i t : un drupe m u n i d'un involucre t r i l o b é ; la zone
charnue du péricarpe ( b r o u ) s'ouvre parfois en 4 valves, et la couche seléreuse e n 2 v a l v e s ,
à la m a t u r i t é .
Six genres et 36 espèces, propres aux régions tempérées chaudes et atteignant les tropiques. Les graines
sont riches en huile, et souvent comestibles. Les Juglandacées tertiaires avaient une distribution plus boréale
(jusqu'à l'Alaska et au Groenland) et plus vaste.

CLEF DES GENRES.

Brou ne s'ouvrant pas à la maturité; noix grosse (long. 5-8 cm. ), rugueuse; feuilles à 11-17 folioles.
(Figs. 27 et 28) 1. Juglans
Brou se fendant en quatre valves à la maturité; noix petite (long. 2-4 cm. ), lisse; feuilles à 5-11
folioles. (Figs. 27 et 28) 2. Carya

1. J U G L A N S L. — NOYER.

Arbres à écorce sillonnée. Feuilles composées de nombreuses folioles, la t e r m i n a l e dis-


paraissant quelquefois de bonne heure. F l e u r s staminées en chatons cylindriques p e n d a n t s .
F l e u r s pistillées solitaires ou en c h a t o n s pauciflores. F r u i t : u n drupe t r è s c h a r n u , à e n d o c a r p e
osseux.
Environ 10 espèces, dont 5 américaines. C'est le seul genre de Juglandacées qui soit commun à l'Amérique
et à l'Europe. On a planté avec succès en divers endroits (jusque dans le comté de Lotbinière) le / . nigra (Noyer
noir ) caractérisé par ses fruits presque sphériques. — La « noix de Grenoble » du commerce est le fruit du Juglans
regia de l'Eurasie. — Le nom générique signifie: gland de Jupiter (Jovis glans).

1. J u g l a n s c i n e r e a L. — N o y e r c e n d r é . — Arbre à noix longues.— (Butternut).—


G r a n d arbre p o u v a n t a t t e i n d r e 35 m è t r e s , à grosses b r a n c h e s étalées h o r i z o n t a l e m e n t ; feuilles
(long. 40-80 c m . ) p o r t a n t 11-17 folioles; fruits groupés p a r 3 - 5 , d e n s é m e n t v i s c i d e s - p u b e s c e n t s
(long. 5-8 c m . ) ; noix sculptée, très a d h é r e n t e au b r o u ; a m a n d e douce. Floraison p r i n t a n i è r e .
Général sauf d a n s l'est. (Fig. 27, h - j ; 2 8 ) . n = 16

Noix excellente qui fait l'objet d'un certain commerce dans le district de Montréal. — Bois léger, mou, faible,
à grain grossier, d'un brun, pâle mais fonçant rapidement à l'air, à aubier blanc. Il est très employé pour les ouvrages
d'ébénisterie et la décoration intérieure des maisons. Les couches internes de l'écorce jouissent de propriétés ca-
thartiques utilisées depuis longtemps. On employait l'extrait d'écorce avec le miel, et le mélange opérait sans causer
de douleur ni d'rritation. On l'a aussi employé contre la dysenterie, les ophthalmies inflammatoires, et contre les
maux de dents par l'application, sur la nuque, d'un petit morceau d'écorce trempé dans l'eau tiède. D u brou et de
l'écorce de la racine, on extrait une teinture jaune. Les chatons mâles sont toujours portés par des rameaux de
l'année précédente; les fleurs femelles naissent sur des pousses entrées en végétation au printemps, de sorte qu'elles
sont fécondées par des fleurs beaucoup plus âgées qu'elles. Les bourgeons, qui contiendront les chatons mâles,
naissent en mai, peu de temps après l'épanouissement des fleurs de l'année; ils sont entièrement constitués dès le
mois de juillet. Cet arbre présente un bon exemple de dimorphisme dichogamique. Tous les individus se rangent
en deux catégories par rapport a u développement des organes sexuels. Dans la première, les étamines sont à ma-
turité quinze jours avant les pistils des mômes arbres. Dans la deuxième, les pistils à ce moment sont prêts à rece-
voir le pollen de ceux de la première catégorie, pendant que les étamines de la deuxième laissent échapper leur pollen,
juste à temps pour féconder les pistils de la première. — Bien qu'aujourd'hui essentiellement américain, le J. cinerea
a été trouvé à l'état fossile dans le Pléistocène de France.

[158]
JUGLANDAGEES F i g u r e 27

Carya: ( a - c ) C. cordiformis, (a) feuille, (b) fruit recouvert de son brou, (c) section transversale du fruit,
montrant une portion du brou mince; (d-g) C. ovata, (d) feuille, (e) fruit recouvert de son brou, (f ) section trans-
versale du fruit, montrant une portion du brou épais, (g) portion du tronc, montrant l'exfoliation de l'écorce.—
Juglans: (h-j) / . cinerea, (h) feuille, (i) fruit recouvert de son brou, (j) section transversale du fruit, dépourvu
de son brou.

2. C A R Y A N u t t . — CARYER, HICORIER. .

Arbres à écorce a p p l i q u é e ou d é c h i q u e t é e , et à bois t r è s dur. Feuilles c o m p o s é e s - p e n -


nées. Fleurs s t a m i n é e s en c h a t o n s grêles e t p e n d a n t s , p o r t é s p a r 2 - 3 s u r u n pédoncule c o m m u n .
Fleurs pistillées 2 - 1 0 ensemble, sessiles. F r u i t à brou d e v e n a n t ligneux à la m a t u r i t é , se sépa-
rant plus ou m o i n s c o m p l è t e m e n t en 4 valves.
Environ 15 espèces, toutes américaines sauf une asiatique ( C . cathayensis). On connaît plusieurs espèces de
Carya dans le Tertiaire européen, t r è s voisines des espèces vivantes américaines. Le genre est souvent désigné sous
le nom de Hicoria. Nos Caryers sont dispersés en tirailleurs, sur la limite de leur aire géographique, et n'ont pas
pour nous d'importance commerciale. •—• Le nom générique est un ancien nom grec du Noyer.

CLEF DES ESPÈCES.

Ecorce appliquée ou presque; folioles 7-11; noixamère. (Figs. 27, a - c ; 28) 1. C. cordiformis
Écorce déchiquetée; folioles 5-7; noix douce. (Figs. 27, d-g ; 28) 2. C. ovata

1. C a r y a cordiformis ( W a n g . ) K . Koch. — C a r y e r cordiforme. — N o y e r amer.-—


( B i t t e r n u t ) . — A r b r e a t t e i g n a n t 35 m è t r e s , à écorce appliquée et r u g u e u s e ; bourgeons ren-
fermés dans 6 - 8 petites écailles c a d u q u e s ; feuilles à 7 - 1 1 folioles; fruit (diam. 2-4 c m . ) à brou

[159]
FAGACÊES, J U G L A N D A C É E S F i g u r e 28

Limite approximative, au nord, des Fagacées et Juglandacées du Québec.

mince, s ' o u v r a n t j u s q u ' a u x deux-tiers ; noix à parois minces, à a m a n d e t r è s amère. B o i s e t pâ-


t u r a g e s . Floraison printanière. Sud-ouest du Québec. (Figs. 27, a - c ; 2 8 ) . n =16
L'amande de cette espèce est si amère que les Écureuils ne s'en nourrissent que dans le plus pressant besoin.
L'espèce semble hybrider facilement avec le C. ovata, et les arbres intermédiaires ( X C. Laneyi Sarg. ), quant
aux caractères des feuilles et du fruit, se rencontrent fréquemment.

2. C a r y a o v a t a (Mill.) K . K o c h . — C a r y e r ovale. — Arbre à noix piquées, Noyer tendre.—


(Shag-Bark H i c k o r y ) * — G r a n d arbre p o u v a n t a t t e i n d r e 40 mètres, à écorce d é c h i q u e t é e et
divisée en longues bandes étroites s e m b l a n t ne tenir à l ' a r b r e que p a r u n e étroite ligne de con-
t a c t ; bourgeons t r è s gros ( a t t e i g n a n t long. 5 0 - 7 5 m m . ) , renfermés d a n s 8-10 écailles v e l o u t é e s , les
intérieures t r è s g r a n d e s et c a d u q u e s ; feuilles à 5 folioles ( r a r e m e n t 7 ) ; fruit (diam. 3 - 6 c m . )
à b r o u très épais, s ' o u v r a n t c o m p l è t e m e n t en 4 valves; noix à parois p l u s ou moins épaisses, à
a m a n d e douce. Bois rocheux e t ouverts. Ouest du Québec, a t t e i g n a n t les T r o i s - R i v i è r e s à l'est.
(Figs. 27, d - g ; 2 8 ) . n = 16
Arbre qui ne se confond avec aucun autre, à cause de son écorce sans analogue dans notre flore. Cette écorce
s'enlève d'elle-même en longues bandes verticales paraissant ne tenir au tronc que p a r une étroite surface tangen-
tielle, et offrant un refuge à certains papillons hibernants. L'exfoliation de l'écorce commence lorsque l'arbre
a atteint 25 cm. de diamètre. L'arbre produit au printemps (surtout sur les jeunes pousses) les plus beaux bour-
geons que l'on puisse voir: grands (long. 5 0 - 7 5 m m . ) , dorés, veloutés; les écailles foliacées qui les recouvrent s'épa-
nouissent comme les sépales d'une fleur, laissant ensuite les feuilles réclinées se déployer comme des mains qui s'ou-
vrent. L'amande est délicieuse, mais difficile à extraire. Un arbre isolé peut produire, tous les deux ans, de deux
à trois boisseaux de noix. Les Écureuils et les Tamias rassemblent à l'automne, sous les feuilles mortes, les noix en-
core recouvertes de leur brou, en groupes de quinze ou vingt. Ces Rongeurs favorisent la reproduction du Caryer
ovale en éloignant les fruits de l'ombre de l'arbre, et en les enfouissant dans l'humus ou les fentes des pierres. C'est
probablement l'explication du fait que cette espèce se trouve partout dans les clôtures de pierre aux environs de
Montréal, à l'exclusion du Caryer amer dont les Écureuils ne transportent pas les fruits. Là où il rencontre ses con-
ditions d'optimum (vallée du Mississipi), ce Caryer peut atteindre 50 mètres et vivre plus de 300 ans.

[160]
SALICACÉES Figure 29

Populus: (a-c) P. balsamifera, (a) feuille, (b) fleur pistillée, (c) fleur staminée. — Salix: (d-h) S. discolor,
(d) individu mâle et chaton staminé, (e) individu femelle et chaton pistillé, (f ) feuille, (g) fleur staminée, (h) fleur
pistillée.

Fam. 15. - SALICACÉES.

Arbres ou arbustes à feuilles alternes, simples et stipulées. Fleurs dioïques, en longs


épis cylindriques, dépourvues de périanthe, mais munies à leur base d'un disque nectarifère.
Fleurs staminées à 2 étamines ou plus. Fleurs pistillées formées d'un ovaire uniloculaire et
multi-ovulé. Graines très petites portant une touffe de poils soyeux.
Deux genres et environ 200 espèces. La figure 29 montre les caractéristiques des deux genres qui
composent cette famille très importante dans un pays d'eaux abondantes comme le nôtre. La partie centrale de
la figure représente une Salicacée typique (Salix discolor): les chatons mâles et femelles sont sur des arbustes sé-
parés, et la pollinisation se fait par le vent, sans obstacle, pendant la période où les feuilles ne sont pas encore dé-
ployées.
CLEF DES GENRES.

Feuilles généralement moins de 3 fois aussi longues que larges; arbres; bractées fimbriées ou incisées;
étamines 4-60; stigmates allongés. (Figs. 29, a-c ; 30 ; 32, a-b) 1. Popvlus
Feuilles généralement 3 fois aussi longues que larges, ou plus; arbrisseaux ou arbustes, rarement
arbres ; bractées entières ; étamines 2-3 (dans nos espèces) ; stigmates courts. (Figs. 29, d-h ;
31 ; 32) 2. Salix

1. POPULUS h.— PEUPLIER.

Arbres à bourgeons résineux et à feuilles longuement pétiolées. Fleurs staminées munies


de bractées fimbriées ou incisées; étamines 4-60. Fleurs pistillées à ovaire sessile; style court;
stigmates 2-4.

[161]
FLORE LAURENTIENNE

E n v i r o n 3 5 espèces, p r o p r e s à l ' h é m i s p h è r e b o r é a l . L e s P e u p l i e r s f o r m e n t , d a n s le n o r d , d e v a s t e s f o r ê t s ,
e t p l u s a u sud ils a b o n d e n t d a n s l e s t e r r a i n s d ' a l l u v i o n . E n g é n é r a l , ils c a r a c t é r i s e n t l a zone t e m p é r é e e n l a t i t u d e
e t en a l t i t u d e . — L ' a g i t a t i o n d e s feuilles d e l a p l u p a r t d e s espèces ( s u r t o u t le P. tremuloides) est due à l'aplatisse-
m e n t d u pétiole d a n s le s e n s v e r t i c a l . C h e z n t o m b r e d ' e s p è c e s ( P . lacamahacca, P. balsamifera, P. grandidentaia,
P. tremuloides) il y a s u r les p r e m i è r e s feuilles q u i p a r a i s s e n t s u r c h a q u e b r a n c h e , a u p r i n t e m p s , u n e d o u b l e g l a n d e
nectairifère s i t u é e s u r l a f a c e s u p é r i e u r e , p r è s d e l a n a i s s a n c e d u p é t i o l e ; c e t t e g l a n d e s é c r è t e u n n e c t a r r e c h e r c h é
d e s i n s e c t e s . — L e s feuilles des P e u p l i e r s p o r t e n t s o u v e n t d e s galles, c a u s é e s p a r d i v e r s i n s e c t e s (fig. 3 2 ). — L e n o m
g é n é r i q u e signifie p e u t - ê t r e s i m p l e m e n t : p e u p l e ; chez les R o m a i n s on p l a n t a i t c e t a r b r e d a n s les lieux p u b l i c s .

C L E F DES ESPÈCES. (Fig. 30).

A r b r e s à b r a n c h e s dressées, m a i s n o n é t r o i t e m e n t a p p l i q u é e s c o n t r e le t r o n c .
Feuilles à l a m a t u r i t é b l a n c h e s - l a i n e u s e s e n - d e s s o u s ; a r b r e p l a n t é 1. P . alba
Feuilles g l a b r e s ou presque à la m a t u r i t é .
P é t i o l e s d e s feuilles p e u o u p o i n t a p l a t i s l a t é r a l e m e n t ; feuilles b l a n c h â t r e s e t l a v é e s
de roux inférieurement 2. P. tacamahacca
Pétioles fortement aplatis latéralement.
Feuilles grossièrement ondulées-dentées 3 . P. grandidentaia
Feuilles crénelées-denticulées.
Feuilles ovées ou suborbiculaires 4. P . tremuloides
Feuilles largement deltoïdes 5. P . balsamifem
A r b r e à b r a n c h e s é t r o i t e m e n t a p p l i q u é e s c o n t r e le t r o n c ; a r b r e p l a n t é 6. P . nigra

1. Populus alba L. — Peuplier blanc.— (White Poplar). — Grand arbre, pouvant


atteindre 40 mètres, à écorce grise; feuilles largement ovées ou orbiculaires, blanches-laineuses
en-dessous, irrégulièrement dentées ou sinuées, quelquefois obscurément lobées. Floraison très
printanière. Planté et subspontané dans les lieux habités du Québec. (Fig. 30).
Bel arbre q u i a été b e a u c o u p p l a n t é d a n s les vieux établissements d u Québec, e t qui p a r a i t parfois h y b r i d e r
a v e c les P e u p l i e r s i n d i g è n e s . I l s e m u l t i p l i e s p o n t a n é m e n t e t se r é p a n d p a r ses r a c i n e s d r a g e o n n a n t e s . S o n bois
e s t t e n d r e , léger, j a u n e r o u g e â t r e a v e c a u b i e r b l a n c h â t r e , difficile à f e n d r e . D a n s l ' a n c i e n n e p h a r m a c o p é e , l ' é c o r c e
é t a i t e m p l o y é e i n t é r i e u r e m e n t e t e x t é r i e u r e m e n t c o n t r e l a s c i a t i q u e e t d a n s les cas d e b r û l u r e . — D a n s n o t r e p a y s ,
l ' a r b r e femelle fructifie a b o n d a m m e n t , m a i s les c h a t o n s t o m b e n t a v a n t d e s'ouvrir, v e r s l a m i - m a i , b i e n a v a n t l a
dehiscence des fruits d u P . balsamifera.

2. Populus tacamahacca Mill. — Peuplier tacamahacca. — Peuplier; Liard (dans le


nord du Québec). •— (Balsam Poplar). — Grand arbre pouvant atteindre 35 mètres, à gros
bourgeons glabres et résineux; feuilles largement ovées, vert foncé et luisantes supérieurement,
blanchâtres et lavées de roux inférieurement, à pétiole cylindrique. Floraison printanière.
Terrains humides et bord des eaux. Général, mais abondant surtout au nord. (Syn. : P . bal-
samifera Du Roi, non L.). (Fig. 30).
C e P e u p l i e r , si r e m a r q u a b l e p a r la r é s i n e a r o m a t i q u e d e ses b o u r g e o n s , e s t le s e u l a r b r e feuillu q u i p u i s s e ê t r e
p l a n t é d a n s n o s v i l l a g e s d u n o r d ( A b i t i b i , l a c S a i n t - J e a n , C ô t e - N o r d ) . C ' e s t a u s s i l a s e u l e espèce q u e n o s g e n s
d é s i g n e n t s o u s l e n o m d e P e u p l i e r , les a u t r e s e s p è c e s a y a n t r e ç u d e s n o m s v u l g a i r e s d i f f é r e n t s . L e b o i s e s t m o u e t
faible, b r u n p â l e , a v e c u n a u b i e r é p a i s e t p r e s q u e b l a n c . — L e P . Jackii S a r g . (feuilles c o r d é e s , v e r t e s i n f é r i e u r e -
m e n t ) , q u e l ' o n r e n c o n t r e s o u v e n t d a n s l ' o u e s t d u Q u é b e c , est p e u t - ê t r e l ' h y b r i d e P . balsamifera x P. lacamahacca.

3. Populus grandidentata Michx. — Peuplier à grandes dents. — (Large-Toothed


Aspen). — Grand arbre pouvant atteindre 25 mètres; feuilles blanches-tomenteuses dans le
jeune âge, devenant glabres, ovées-orbiculaires, à pétiole aplati, grossièrement ondulées-dentées.
Floraison printanière. Terrains acides. Général. (Fig. 30).
S e d i s t i n g u e à p r e m i è r e v u e d u T r e m b l e p a r l a c o u l e u r m o i n s v e r t e d e son é c o r c e e t p a r les g r a n d e s d e n t s
f e s t o n n é e s d e ses feuilles a d u l t e s . A u m o m e n t d e l e u r a p p a r i t i o n , l e s feuilles s o n t a r g e n t é e s e t r e n v e r s é e s s u r le
r a m e a u ; l ' a r b r e à c e m o m e n t e s t u n o b j e t d e b e a u t é d a n s l a forêt. I l h y b r i d e f a c i l e m e n t a v e c le P . tremuloide
e t p r o b a b l e m e n t a v e c les a u t r e s e s p è c e s .

[ 162 ]
SALICACÊES [POPULUS] Figure 30

Populus: feuilles des espèces laurentiennes.

4. P o p u l u s t r e m u l o i d e s Michx. — Peuplier faux-tremble. — Tremble.— (Aspen).—


Arbre atteignant jusqu'à 3'5 mètres; feuilles glabres dès le jeune âge, largement ovées ou orbicu-
laires, finement crénelées, à pétiole très aplati. Floraison printanière. Terrains humides.
Général. L'espèce la plus commune du genre. (Fig. 3 0 ) . n = 19
Espèce américaine parallèle au P. Tremula de l'ancien continent, la divergence morphologique semblant
résulter d'un long isolement depuis la disparition du pont nord-atlantique à la fin du Tertiaire. Le P. tremuloides
est le seul arbre angiosperme à feuillage décidu qui s'étende de l'Atlantique au Pacifique. Général dans tout le
Québec tempéré, il s'étend au nord jusqu'au bassin de la rivière Hamilton, mais manque généralement depuis Na-
tashquan vers l'est. Il est très variable, et certaines de ses variations sont germinales. Le Tremble s'accommode des
sols les plus pauvres et prend rapidement possession des terrains ravagés par le feu; mais incapable de se reproduire
sous son propre ombrage, cette occupation n'est que temporaire, et il cède bientôt le pas aux Conifères. Le bois
est mou et faible; c'est l'un des plus employés dans l'industrie du papier, mais seulement lorsque le transport par
terre est possible, car il ne peut être flotté. — Les Indiens emploient l'écorce pulvérisée et additionnée de sucre comme
vermifuge.

5. P o p u l u s b a l s a m î f e r a L. — Peuplier baumier. — Liard (dans l'ouest et le sud du


Québec); Peuplier du Canada, Canada (en France). — (Cottonwood). — Grand arbre (le plus
grand du genre) pouvant atteindre 50 mètres; feuilles glabres, largement deltoïdes-ovées, abrupte-
ment acuminées au sommet, crénelées-serrées, tronquées à la base; pétiole aplati latéralement,
à peu près aussi long que le limbe. Floraison printanière. Bord des eaux. Ouest du Québec
jusqu'au lac Saint-Pierre, et à l'état de pousses rampantes sur les grèves estuariennes. (Syn. :
P. deltoides Marsh.). (Figs. 29, a-c; 3 0 ) .
L'un de nos plus beaux arbres, malheureusement restreint dans sa distribution laurentienne. Les individus
de vingt pieds de circonférence à la base ne sont pas rares. Il ne se reproduit naturellement que sur les rivages des
grandes rivières, mais si on le plante ailleurs, il réussit bien, même en terrain relativement see. L'explication est
probablement la suivante: la graine est légère, et l'aigrette qui l'accompagne lui donne une telle mobilité, qu'elle
ne peut se fixer un temps suffisant pour la germination que si la couronne de poils est mouillée de façon à servir de
fixateur; il y a aussi un retard dans le développement de la radicule qui nécessite une forte humidité durant tout
le temps de la germination. — Le port du Liard est caractéristique; les grosses branches font avec le tronc un angle

[163]
d'environ 45°, mais les ramifications ultimes sont le plus souvent verticales. De tous nos arbres angiospermes in-
digènes, le Liard est celui qui conserve ses feuilles le plus longtemps à l'automne. — Sous le nom de Peuplier du
Canada, cet arbre est depuis longtemps introduit en Europe. Il y a formé, avec le P. nigra, un hybride mâle qui
est planté partout le long de nos rues, sous le nom commercial de Peuplier de la Caroline, ou Carolin ( X P. cana-
densis Moench). Le Carolin joint au port agréable du Liard la grande rapidité de croissance propre aux hybrides;
sa feuille se distingue de celle du Liard par sa base non tronquée et légèrement cunéaire.

6. Populus nigra L. — Peuplier noir. — Peuplier d'Italie, Peuplier de Lombardie. — (Lom-


bardy Poplar). — Grand arbre staminé, à branches étroitement appliquées contre le tronc, des-
sinant une silhouette extrêmement étroite; feuilles aussi larges que longues, ovées-triangulaires.
Floraison printanière. Planté et se répandant autour des habitations par ses abondants dra-
geons. (Fig. 30).
Notre arbre (plus exactement désigné sous le nom de P. nigra var. italica Dur.), que son port unique ne
permet de confondre avec aucun autre, est probablement originaire de l'Afghanistan. Il croit très rapidement,
mais ne vit pas longtemps. A cause du peu d'accès que les branches internes ont à l'air et à la lumière, il y a tou-
jours une forte proportion de branches mortes. On l'emploie en bordure des avenues où l'on ne veut que peu ou
point d'ombrage. —• Tous les Peupliers de Lombardie plantés en Amérique sont mâles, ce qui semble indiquer une
origine par multiplication végétative, à partir d'un même individu.

2. SALIX L. —SAULE.

Arbres ou arbustes, à feuilles généralement étroites et courtement pétiolées, à sti-


pules persistantes ou caduques. Chatons munis de bractées entières et de disques nectarifères.
Fleurs staminées à 2 étamines ou plus. Fleurs pistillées à ovaire sessile ou stipité; style court
ou filiforme; stigmates 2.
Environ 200 espèces, dont une centaine américaines. Ce genre comprend dans le Québec une quarantaine
d'espèces dont l'identification présente parfois de grandes difficultés, les différentes parties fournissant les caractères

[164]
F L O R E L A U R E N T I E N N E

(feuilles, fleurs, fruits) n'existant pas simultanément sur la plante. Seules sont ici traitées les espèces fréquentes
dans la partie tempérée et habitée du territoire. On pourra encore trouver dans l'Ungava et autour du golfe Saint-
Laurent un bon nombre d'espèces, pour la plupart des arbustes rampants: S. ohtusata Fernald, S. planifolia Pursh,
<S. paraleuca Fernald, S. Uva-Ursi Pursh, <S. herbacea L., S. phylicifolia L., S. calcicola Fern. & Wieg., S. fuscescens
Anderss., S. chlorolepis Fernald, S. reticulata L., S. vestita Pursh, <S. myrtyllifolia Anderss., S. argyrocarpa Anderss.,
S. cordifolia Pursh, <S. arctica Pallas, S. anglorum Cham., S. arctophila Coek., S. brachycarpa Nutt., S. glaucophyUoides
Fernald, S. adenophylla Hook., 8. laurentiana Fernald, S. stenocarpa Fernald, S. simulans Fernald, S. hebecarpa Fer-
nald, etc. La clef analytique donnée ici est très artificielle, et n'a qu'une valeur de commodité; utilisant d'autre
part des considérations d'habitat et de répartition géographique, elle ne v a u t que pour le territoire considéré. — Les
feuilles des Saules portent souvent des galles causées par divers insectes (fig. 32). — Le nom générique, d'origine
celtique, signifie: près de l'eau; allusion à l'habitat.

CLEF DES ESPÈCES. (Figs. 31-32).

Arbres généralement de grande taille.


Grands arbres plantés autour des habitations.
Feuilles (larg. 25-40 m m . ) ; stipules larges, ovales 1. S.fragilis
Feuilles (larg. 10-30 m m . ) ; stipules très petites, lancéolées 2. S. alba
Grand arbre des lieux très mouillés de l'ouest du Québec, toujours dans des habi-
tats sauvages; feuilles plutôt pendantes, minces, lâchement denticulées; pétioles (long.
6-15 mm. ) dépourvus de glandes; rare 3. «S. amygdaloides
Arbre des bords du Saint-Laurent et de ses affluents (ouest du Québec jusqu'au lac
Saint-Pierre); feuilles étroitement lancéolées (larg. 4-18 m m . ) ; pétioles (long. 2-6
mm. ) 4. S. nigra
Petits arbres ou arbustes des habitats naturels humides.
Feuilles pâles inférieurement; pétioles fortement glanduleux; marécages de l'ouest du
Québec; fruit mûr à l'automne seulement; étamines 3; rare 5. S. serissima
Feuilles luisantes sur les deux faces à la maturité, fermes, à dents glanduleuses; éta-
mines 3 ; fruit mûr au milieu de l'été; très commun 6. S. lucida
Plantes ne présentant pas ces caractères.
Arbustes de tourbières, exclusivement.
P^euilles un peu crénelées-dentées, souvent un peu cordées, réticulées,
minces et mates à la maturité, à odeur balsamique même en h e r b i e r . . . 7. S. •pyrifolia
Feuilles entières, plutôt obovées (au moins les inférieures), à bords un
peu révolutés; pédicelles des capsules dépassant les bractées 8. S. pedicellaris
Arbustes d'habitats divers.
Feuilles peu ou point blanchâtres à la maturité (pubescentes inférieurement
dans S. Bebbiana).
Arbuste des rivages fluviaux (et des affluents), ne croissant que sur
les battures longtemps inondées au printemps ; feuilles (larg. 3-15
mm. ) à dents glanduleuses espacées 9. S. longifolia
Arbuste des lieux très humides, à stipules grandes et persis-
tantes; feuilles très variables 10. S. cordata
Arbuste des marais de l'ouest du Québec, à feuilles linéaires-
lancéolées (larg. 8-16 mm. ) noircissant à la dessiccation, mu-
nies de dents rapprochées; chatons paraissant avec les feuilles. 11. S. peliolaris
Arbuste (universel dans le Québec) émettant ses chatons long-
temps avant les feuilles; chatons pistillés devenant très gros et
très longs (long. 5-8 cm. ) avant Tappa'rition des feuilles; feuilles
lancéolées ou elliptiques, glabres sur les deux faces à la m a t u r i t é . 12. S. discolor
Arbuste (universel dans le Québec) à feuilles s'épanouissant
avec les chatons; feuilles elliptiques-oblongues, restant pubes-
centes inférieurement à la maturité 13. S. Bebbiana

[165]
FLORE LAURENTIENNE

Feuilles abondamment blanchâtres-tomenteuses (au moins sur l'une des


faces) à la maturité; plantes des parties froides du Québec. (Renferme
aussi certaines formes du >S. Bebbiana).
Pétioles (long. 4-10 mm. ) ; feuilles (larg. 8-16 mm. ) oblancéolées,
épaisses, d'un vert foncé supérieurement, tomenteuses inférieure-
ment; bois de montagne 14. S. humilis
Plantes n'ayant pas tous ces caractères; feuilles à bords révolutés.
Jeunes rameaux densément tomenteux; feuilles le plus sou-
vent tomenteuses et floconneuses sur les deux faces, à
bords révolutés; tourbières du nord et région du Golfe. . 15. S. Candida
Feuilles couvertes intérieurement d'une pubescence lustrée,
soyeuse-veloutée; face supérieure semblable (ou glabre);
le long des rivières, dans les régions froides, parfois dans
les terrains acides 10. 8. pellita

1. Salix fragilis L . — Saule fragile.—Saule.— (Crack Willow). — Grand arbre pou-


vant atteindre 25 mètres, à rameaux cassants; feuilles (larg. 25-40 mm.); stipules larges, ovales;
capsules à court pédicelle. Floraison printanière. Dans le voisinage des lieux habités. Origi-
naire d'Europe. (Fig. 31). n = 38
Planté depuis très longtemps et maintenant naturalisé dans tout l'est de l'Amérique, depuis Terre-Neuve
jusqu'au New-Jersey et au Kentucky. L'arbre est remarquable par la facilité avec laquelle il se multiplie par bou-
turage naturel ou artificiel; un piquet de ce Saule planté au maillet peut donner un arbre; une branche cassée et
tombée sur le sol humide s'enracine bientôt. On s'en sert en Europe comme bois d'oeuvre; il n'est guère employé
en Amérique que comme bois de chauffage. L'arbre est planté avec avantage le long des rivières, p o u r empêcher
l'érosion des rivages. — Depuis 1928, un champignon parasite, le Fusicladium saliciperdum, a complètement dé-
truit tous les grands Saules plantés, depuis Gaspé jusqu'à la vallée de la Matapédia. Le fléau s'avance rapidement
vers l'ouest et menace tous les Saules ornementaux de destruction complète.

2. Salix alba L.— Saule blanc.—Saule.— (Common Willow). — Grand arbre pou-
vant atteindre 30 mètres; feuilles lancéolées (larg. 10-30 mm.) soyeuses-pubescentes sur les deux
faces, à l'état jeune, beaucoup moins à l'état adulte; stipules très petites, lancéolées; capsules
sessiles ou presque. Floraison printanière. Bord des eaux dans le voisinage des lieux habités.
Originaire d'Europe. (Fig. 31). n = 38
Grand Saule européen communément planté dans les districts habités. Il devient en peu d'années un grand
arbre, augmentant facilement son diamètre de 8-10 cm. par année. On a aussi beaucoup planté sur notre territoire
l'hybride S. alba X S. fragilis dont les caractères sont intermédiaires entre ceux des deux parents. Cette espèce,
la précédente, et l'hybride des deux, sont les grands arbres que l'on appelle communément « Saules » en ce pays,
et que l'on plante à cause de leur croissance rapide.

3. Salix amygdaloides Anderss. —Saule à feuilles de Pêcher. — (Peach-leaved Willow).


— Grand arbre pouvant atteindre 25 mètres; feuilles (long. 4-10 cm.; larg. 2-3 cm.) plutôt
pendantes, minces, lancéolées et un peu en faux, lâchement denticulées, à nervure médiane co-
lorée; étamines 5-9 à chaque écaille. Fleurs paraissant avec les feuilles, au printemps. Maré-
cages de l'ouest du Québec. Seul grand Saule indigène de cet habitat. (Fig. 31).
Arbre de belle taille, à écorce fissurée, qui est ici sur sa limite nord-est. Le bois est mou, faible, à grain serré;
le liber est épais, presque blanc. Les longues feuilles pendantes rappellent celles du Pêcher, d'où le n o m spécifique.

4. Salix nigra Marsh. — Saule noir.— (Black Willow). — Arbre pouvant atteindre
40 mètres, mais beaucoup plus petit dans le Québec; feuilles étroitement lancéolées (larg. 4-18
mm.), à court pétiole (long. 2-6 mm.); chatons paraissant avec les feuilles, au printemps; éta-
mines 3-7; capsule glabre, deux fois aussi longue que son pédicelle. Bords du Saint-Laurent
et de ses affluents. Ouest du Québec jusqu'au lac Saint-Pierre. (Fig. 31 ).

[166]
Salix: feuille des espèces laurentiennes (fin); (c) galle causée par un Diptère, le Rhabdophaga strobiloides,
(d) galle causée par un Hyménoptère, le Pontania desmodioides. — P o p u l u s : (a) galle causée par un Puceron, le Pem-
phigus populitransversus, (b) galle causée par un Puceron, le Pemphigus vagabundus.

Le plus grand et le plus remarquable des Saules indigènes de l'Amérique, surtout abondant et de grande taille
dans le bassin du Mississipi. Il pénètre dans le Québec par la voie du Saint-Laurent et de l'Ottawa; on l'y trouve
généralement associé au S. longifolia, et il atteint rarement la taille d'un petit arbre de 8-10 m. Le bois est mou, fai-
ble, d'un brun rougeâtre; le liber est mince et presque blanc.

5. Salix serissima (Bailey) Fernald. — Saule très soyeux. — (Silky Willow). — Ar-
buste (long. 2-4 m.); feuilles (larg. 1-3 cm.) elliptiques-lancéolées, pâles inférieurement, à
nervures blanchâtres; pétiole lustré et fortement glanduleux; fruit mûr à l'automne. Floraison
printanière. Est du Québec. Rare. (Fig. 32).

6. Salix lucida Mùhl. — Saule brillant. — (Shining Willow). — Arbrisseau ou ar-


buste pouvant atteindre 8 mètres, à rameaux très cassants, d'abord orangés, puis rougeâtres;
feuilles (long. 8-12 cm.; larg. 2-4 cm.) luisantes sur les deux faces à la maturité, à dents glan-
duleuses, terminées par une pointe fine; environ 5 étamines à chaque écaille; fleurs paraissant
avec les feuilles, au printemps. Marais et rivages. Général. (Fig. 31). n = 38
Abondant partout et comprenant plusieurs variétés géographiques. C'est ordinairement un grand arbris-
seau, mais quand il croît isolément, il peut devenir un petit arbre. Sur les graviers des rivières des régions froides,
il abonde sous une forme réduite, de 30-60 cm. de hauteur, à feuilles très étroites.

7. Salix pyrifolia Anderss. — Saule à feuilles de Poirier. — (Pear-leaved Willow). —


Arbuste touffu et feuille seulement en haut, atteignant généralement 1-2 mètres; feuilles (long.
5-8 cm.; larg. 25-40 mm.), dégageant une odeur balsamique, ovées ou ovées-lancéolées, larges,
arrondies à la base, à nervation fortement réticulée. Fleurs paraissant avec les feuilles, au
printemps. Tourbières ou rochers très acides. Général. (Fig. 31).
C'est le Saule spécial des tourbières de la partie tempérée du Québec, particulièrement de la plaine basse.
Il est bien caractérisé par ses feuilles à nervation fortement réticulée et ne peut se confondre avec aucun autre.

[167]
F L O R E L A U R E N T I E N N E

8. Salix p e d i c e l l a r i s P u r s h . — Saule pédicellé.— (Bog Willow). — Arbuste (long.


30-100 c m . ) ; feuilles (larg. 6-15 m m . ) plutôt obovées, entières, glabres à la m a t u r i t é , pâles infé-
rieurement, à b o r d s u n peu révolutés; pédieelles des capsules dépassant les bractées; capsules
g l a b r e s . Floraison printanière. Tourbières du nord et de l'est. Rare ailleurs. (Fig. 3 2 ) .
Saule particulier aux tourbières du nord et de l'est du Québec, et généralement absent de celles de la plaine
basse. Il existe cependant dans quelques-unes de ces dernières (Lanoraie, etc. ) qui paraissent alimentées par des
eaux souterraines très froides, et qui hébergent une fiorule plutôt subarctique.

9. Salix l o n g i f o l i a M ù h l . — Saule à longues feuilles.—• (Sand-bar W i l l o w ) . — A r b u s t e


de 1-2 mètres, se multipliant p a r ses souches stolonifères et formant, sur les rivages longtemps
inondés, au p r i n t e m p s , de vastes saulaies; feuilles (long. 5-15 cm.; larg. 3-15 m m . ) linéaires-
lancéolées, munies de dents glanduleuses espacées, à nervure médiane jaune. Floraison plus
ou moins t a r d i v e selon que l ' h a b i t a t est plus ou moins inondé. Rivages du S a i n t - L a u r e n t et
de ses affluents, j u s q u ' à l'eau salée. (Fig. 3 1 ) .
Saule de peu d'apparence, mais qui joue un rôle très important dans l'écologie du Saint-Laurent, comme
espèce caractéristique des alluvions mobiles des grandes rivières de l'Amérique du Nord. C'est le premier arbuste
à s'établir sur les bancs de sable récemment formés, que ses racines et ses tiges souterraines contribuent à fixer
d'abord, à élever ensuite, en retenant les grains de sable en suspension dans les hautes eaux, préparant ainsi le terrain
aux autres Saules, aux Peupliers, et à la fiorule ordinaire de ces habitats. Dans le Québec, son habitat est très ex-
clusif: il occupe les rivages bas submergés une partie de l'année. Presque seul de tous ses congénères (quelquefois
avec le S. cordata), il peut subir impunément la puissante action mécanique des glaces en mouvement, au moment
de la débâcle du Saint-Laurent: sa tige très flexible se couche et laisse passer, sans paraître en souffrir. Ses racines
arrachées d'un endroit se fixent dans u n autre, émettant rapidement des stolons qui ont bientôt formé un taillis.
Probablement parce qu'il est mal outillé pour faire la lutte aux plantes strictement terrestres, il n'envahit pas de
lui-même les lieux émergés toute l'année, en sorte que la limite supérieure de la zone du S. hngifoUa indique le niveau
printanier du grand fleuve, au moins dans l'ouest du Québec.

10. Salix c o r d a t a M ù h l . — S a u l e à feuilles c o r d é e s . — (Heart-leaved W i l l o w ) . — A r -


buste a t t e i g n a n t 2-4 m è t r e s ; feuilles pubescentes dans le jeune âge, glabres à la m a t u r i t é , plus
de trois fois aussi longues que larges, oblongues-lancéolées; stipules obliques, grandes et persis-
santes. Fleurs paraissant a v a n t les feuilles, au printemps. Lieux h u m i d e s . Général, sauf
au nord. (Fig. 31).
Extrêmement variable, au point de n'être reconnaissable, sous ses diverses formes, que par les spécialistes.
Il peut subir une immersion prolongée au printemps, et il accompagne parfois le S. longifolia sur les îles et rivages
bas du Saint-Laurent. — On trouve souvent sur cette espèce des galles en forme de bouton de rose (fig. 32), mais
de couleur argentée, dues à la piqûre d'un insecte: Rhabdophaga strobiloides. L'infusion de cette galle a été em-
ployée contre la rétention d'urine.

11. S a l i x p e t i o l a r i s J. E. Smith. — Saule p é t i o l e . — (Stalked Willow). — A r b u s t e


de 2-4 mètres, à branches d ' u n pourpre foncé; jeunes feuilles soyeuses, d e v e n a n t v i t e glabres,
m e s u r a n t à la m a t u r i t é (long. 4 - 1 0 cm.; larg. 8-16 m m . ) , atténuées aux deux extrémités, munies
de petites d e n t s ; stipules linéaires et décidues. Fleurs paraissant a v a n t les feuilles, a u prin-
t e m p s . Marais, formant des saulaies étendues. Ouest et sud du Québec. (Fig. 3 1 ) .
C'est le Saule caractéristique des marécages argileux de l'ouest du Québec où il fleurit dans la première se-
maine de mai. Il forme généralement des Saulaies continues où pointent ça et là les têtes plus élevées du S. discolor
qui est généralement beaucoup moins grégaire.

12. S a l i x d i s c o l o r M ù h l . — S a u l e discolore. — Chaton.— (Pussy W i l l o w ) . — Arbris-


seau ou arbuste a t t e i g n a n t 8 mètres, à tête ouverte et a r r o n d i e ; feuilles (long. 8-12 cm.; larg.
2-4 cm. ) lancéolées ou elliptiques, graduellement rétrécies aux deux extrémités, discolores, d'abord

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F L O R E L A U R E N T I E N N E

pubescentes et teintées de rouge, à la m a t u r i t é fermes et glabres; chatons paraissant longtemps


a v a n t les feuilles, les staminés très soyeux a u sortir d u bourgeon, les pistillés d e v e n a n t t r è s gros
et très longs (5-8 cm.) a v a n t l'apparition des feuilles. Général. (Fig. 3 1 ) .
L'apparition des c h a t o n s s o y e u x du S. discolor sonne chez n o u s l ' a v è n e m e n t d u printemps. D è s la fin d e
m a r s , les « p e t i t s c h a t s » é c a r t e n t les écailles d u bourgeon. C h e z c e t t e espèce, b e a u c o u p plus n e t t e m e n t q u e chez
les autres, les processus de la floraison e t de la m a t u r a t i o n des fruits s'effectuent a v a n t l'apparition des feuilles, dis-
positions é m i n e m m e n t favorables à la pollinisation de plantes d i o ï q u e s e t à la dispersion de graines aigrettées. Les
c h a t o n s femelles s o n t visités par les abeilles e t les fourmis pour la g o u t t e de m i e l sécrétée par u n e p e t i t e glande à
la b a s e de l'ovaire, e t les c h a t o n s m â l e s pour le pollen odorant. N u l l e illustration de la sexualité chez les plantes
n'est aussi s c h é m a t i q u e , et c'est peut-être le meilleur matériel pour initier le d é b u t a n t e n botanique à c e t t e notion
capitale de p h i l o s o p h i e biologique qui relie si é v i d e m m e n t le m o n d e v é g é t a l au m o n d e animal.

13. S a l i x B e b b i a n a Sarg. — S a u l e de Bebb. — Chaton.— (Bebb's Willow). — Petit


arbre buissonneux ou a r b u s t e , p o u v a n t quelquefois a t t e i n d r e 8 m è t r e s ; feuilles (long. 3-8 cm.;
larg. 12-25 m m . ) elliptiques ou oblongues, encore pubescentes inférieurement à la m a t u r i t é ;
chatons s'épanouissant avec les feuilles, au printemps. Lieux humides. Général. (Fig. 31).
Très c o m m u n , très v a r i a b l e e t c o m p r e n a n t plusieurs v a r i é t é s géographiques.

14. S a l i x h u m i l i s M a r s h . — Saule h u m b l e . — (Bush W i l l o w ) . — Arbrisseau (long.


1-2 m . ) ; feuilles (larg. 8-16 m m . ) oblancéolées, épaisses, d'un v e r t foncé supérieurement, to-
menteuses inférieurement; pétiole (long. 4 - 1 0 mm. ) ; capsule longuement pubescente. Floraison
printanière. Bois de m o n t a g n e . Cà e t là d a n s son h a b i t a t , dans t o u t le territoire. (Fig. 3 2 ) .

15. S a l i x Candida F l u g g e . — Saule t o m e n t e u x . — ( H o a r y W i l l o w ) . — A r b r i s s e a u (long.


1-2 m . ) , à j e u n e s r a m e a u x densément t o m e n t e u x ; feuilles le plus souvent tomenteuses, flocon-
neuses sur les deux faces (larg. 6-16 m m . ) , à bords révolutés; capsule densément tomenteuse.
Floraison printanière. Tourbières du n o r d et a u t o u r du golfe Saint-Laurent. (Fig. 3 2 ) .
Petit Saule à feuillage t r è s ornemental, m a i s d o n t on n'a pas encore tenté la culture à cause d e ses exigences
d'habitat.

16. S a l i x p e l l i t a Anderss. — Saule satiné. — (Silky W i l l o w ) . - — G r a n d arbrisseau (long.


2 - 3 m m . ) ; r a m e a u x rougeâtres; feuilles (larg. 10-15 m m . ) couvertes d'une pubescence lustrée,
soyeuse, veloutée, sur les deux faces, ou complètement glabre supérieurement ; capsule densé-
m e n t velue. Floraison printanière. Le long des rivières des régions froides. (Fig. 3 2 ) .
Ce Saule se présente s o u s deux formes b i e n distinctes dans les cas extrêmes, m a i s qui passent d e l'une à l'autre.
Il est soit v e l o u t é , soit c o m p l è t e m e n t glabre, sur la face supérieure des feuilles. O n l'a t r o u v é sur les collines
de serpentine du c o m t é de M é g a n t i c , habitat extraordinaire pour c e t t e espèce.

Fam. 16. — ULMACÉES.

G r a n d s arbres ou a r b u s t e s à feuilles simples, alternes et dentées en scie, penninerves.


Fleurs petites, monoïques ou parfaites, ou polygames, généralement fasciculées. Périanthe
3 - 9 - p a r t i t . P é t a l e s nuls. Ê t a m i n e s 3 - 9 . Ovaire supère, uni-biloculaire. F r u i t : u n e samare,
u n drupe ou u n e nucule.
E n v i r o n 1 3 genres e t 1 4 0 espèces.
C L E F D E S GENRES.

Fleurs groupées sur les r a m e a u x de la saison p r é c é d e n t e ; fruit: u n e s a m a r e arrondie. (Fig. 3 3 , a - d ) . 1 . Ulmus


Fleurs sur les r a m e a u x de la saison, généralement solitaires; fruit: u n drupe; e n v i r o n s d e Montréal
seulement. (Fig. 3 3 , e, f ) 2. Cettis

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F L O R E L A U R E N T I E N N E

1. U L M U S L. — ORME.

Grands arbres, à feuilles sur deux rangs. Fleurs verdâtres, fasciculées, ou en grappes
sur les r a m e a u x de la saison précédente. Calice campanule, 4-9-lobé, persistant. É t a m i n e s
4 - 9 , cxsertcs. Ovaire comprimé p o r t a n t 2 styles divergents. F r u i t : une samarc arrondie,
plane, uniséminée.
Environ 2 0 e s p è c e s , propres à l'hémisphère boréal, dont 6 américaines. E n Amérique, les Ormes ne d é p a s -
s e n t guère, vers l'ouest, l e s y s t è m e d u Mississipi-Missouri. — Le n o m générique est le n o m classique latin, p r o b a b l e -
m e n t d'origine c e l t i q u e .

C L E F D E S ESPÈCES.

Feuilles peu r u g u e u s e s , planes; samares fortement ciliées sur les bords.


Branches secondaires normales; samares à faces glabres; distribution générale. (Fig. 3 3 ,
a, b ) 1. U. americar.a
Branches secondaires munies d'ailes subérifiées; faces c'e la sarriare pubescentes; o u e s t d u
Québec s e u l e m e n t . (Fig. 3 3 , c ) 2. U. racemosa

F e u i l l e s très rugueuses e t papilleuses, e n général f o r t e m e n t carénées e t t o r d u e s ; samares à bords


dépourvus de cils, glabres sur les ailes, pubescentes sur la graine; odeur forte. (Fig. 3 3 , d ) . . . 3. U. fulva

1. U l m u s a m e r i c a n a L. — Orme d'Amérique. — Orme blanc. —• (American E l m ) . — G r a n d


arbre p o u v a n t atteindre 40 m è t r e s ; feuilles ovées-oblongues, planes, peu r u g u e u s e s ; s a m a r e s
fortement ciliées sur les bords, à faces glabres, longuement pédicellées, les pointes des ailes r e -
courbées sur l'échancrurc, mûrissant a u m o m e n t de I'éclosion des feuilles. Floraison prin-
tanière. Terres grasses, plaines alluviales. Général. (Fig. 33, a - b ) . n = 28
Sans contredit, l e plus bel arbre de l'Amérique septentrionale. L e dessin de la ramure affecte d e u x f o r m e s
assez distinctes: l e t y p e dressé, d o n t le tronc m o n t e t o u t droit, sans ramifications, jusqu'à 2 0 - 2 5 m., p o u r s e diviser
e n s u i t e en b r a n c h e s a s c e n d a n t e s f o r m a n t une t ê t e c o m p a c t e et a p l a t i e ; le t y p e déliquescent o u r e t o m b a n t , d o n t le
tronc se divise à 1 0 - 1 5 m . du sol e n branches n o m b r e u s e s d'abord dressées, puis étalées, et se t e r m i n a n t en r a m e a u x
t é n u s qui v o n t à la périphérie s e recourber h a r m o n i e u s e m e n t pour former une belle t ê t e arrondie. C e s formes n e
s o n t p a s spécifiques, m a i s des e x t r ê m e s entre lesquelles se trouvent b e a u c o u p d'intermédiaires. — L'Orme d'Améri-
q u e fuit les terres acides, les terres noires. Il prospère dans la grande plaine argileuse d u Saint-Laurent. S o n s y s -
t è m e d e racines superficielles lui p e r m e t de v i v r e d a n s les terrains o ù la couche v é g é t a l e e s t r e l a t i v e m e n t m i n c e .
L'arbre porte s o u v e n t s o n feuillage très h a u t ; il e n résulte une ombre mobile, selon les heures d u jour, suffisante p o u r
fournir un abri a u x b e s t i a u x et qui n'exerce pas d'action nocive sur la v é g é t a t i o n e n v i r o n n a n t e . Aussi le r e s p e c t e - t -
o n d a n s la plaine laurentienne o ù s a t ê t e , déployée contre le bleu d u ciel, est un o b j e t d e grande b e a u t é . — L e b o i s
e s t dur, fort, difficile à fendre, à grain grossier, p e u durable. Les gros arbres ont s o u v e n t le cœur pourri et creux
sur t o u t e la l o n g u e u r d u tronc. L e b o i s de l'Orme d'Amérique est e m p l o y é dans la construction m a r i t i m e (parce
qu'il s e conserve sous l ' e a u ) , l'ébénisterie, la carrosserie, la tonnellerie. L e liber fournissait à nos p è r e s l e s f o n d s
d e leurs chaises rustiques. — L ' O r m e d'Amérique appartient au g r o u p e des Ormes à s a m a r e s ciliées, e t s e m b l e être
le pendant américain de Wlmus pedunculata d'Europe.

2. U l m u s r a c e m o s a T h o m a s . — Orme à grappes.—• (Cork E l m ) . — G r a n d a r b r e pou-


v a n t atteindre 35 mètres, à r a m e a u x souvent ailés-subérifiés; feuilles fermes et épaisses, m a i s t r è s
lisses et lustrées supérieurement; fleurs en grappes sur des pédicelles allongés; samares à faces
pubescentes, peu échancrées. Floraison printanière. Ouest du Québec seulement (régions
de M o n t r é a l e t d ' O t t a w a ) . (Fig. 33, c ) . n = 14
Bois dur, très fort, à grain serré. Il est e m p l o y é pour la fabrication des i n s t r u m e n t s aratoires, d e s chaises,
des m o y e u x d e roues, des traverses de chemin d e fer. On a autrefois largement exploité c e t t e espèce d a n s la v a l l é e
d e l'Ottawa o ù elle e s t devenue r e l a t i v e m e n t rare. L e port de l'arbre ne rappelle a u c u n e m e n t celui de l ' O r m e d ' A m é -
rique, et se rapproche plutôt de celui d u Frêne.

[170]
ULMACÉES Figure 33

U l m u s : ( a - b ) U.americana, (a) rameau feuille, (b) groupe de samares; (c) U. racemosa, groupe de samares;
(d) U. fulva, groupe de samares. — Celtis: (e-f ) C. occidentalis, (e) rameau florifère, (f) fruit.

3. U l m u s fulva Michx. — Orme roux. — Orme rouge, Orme gras. — (Slippery Elm)."—
Arbre pouvant atteindre 35 mètres, à branches étalées; feuilles odorantes en séchant, très ru-
gueuses-papilleuses supérieurement, généralement carénées et tordues; samares non ciliées,
glabres sur les ailes mais pubescentes sur la graine. Floraison printanière. Ouest et sud du
Québec. (Fig. 33, d). n = 14
Bois pesant, dur, fort, à grain serré, durable, facile à fendre de droit fil, résistant à la pourriture; il est em-
ployé pour faire des piquets, des traverses de chemin de fer, des instruments aratoires. — L'écorce intérieure de l'Orme
roux est mucilagineuse. Elle contient de la coumarine, substance aromatique qui se trouve aussi dans d'autres
plantes (Melihtus, Heraclmm, etc.) sans relation taxonomique avec les Ormes. Cette écorce est employée de
la même façon que la guimauve dans le traitement de certaines affections inflammatoires. Le liber macéré dans
l'eau, puis moulu et séché, constitue la poudre d'Orme de la pharmacie. — Il y a un parallélisme évident entre cette
espèce et l'Ulmus campestris d'Europe. L'un et l'autre appartiennent au groupe des Ormes à fruits non ciliés, groupe
de différenciation très ancienne qui occupait, à l'époque tertiaire, tout l'hémisphère boréal au nord du 30e parallèle.
— Dans la région de Montréal (île Jésus), on voit quelquefois les trois espèces ci-dessus croissant ensemble surjes
rochers calcaires.

2. CELTIS L. — MICOCOULIER.

Arbres ou arbrisseaux. Fleurs monoïques ou polygames, situées dans les aisselles des
feuilles de la saison, les staminées groupées, les pistillées solitaires ou par 2-8. Calice 4-6-par-
tit. Ovaire sessile. Fruit: un drupe ovoïde ou globuleux.
Environ 60 espèces, des régions tempérées et tropicales. — Le nom générique est un nom classique qui a servi
à désigner d'autres plantes, et qui a été appliqué aux Micocouliers par TOTJHNEFORT.

1. Celtis occidentalis L. — Micocoulier occidental. — Bois connu, Bois inconnu. —


(Sugarberry). — Arbre pouvant atteindre 40 mètres, mais beaucoup plus petit dans le Que-

[171]
FLORE L A U R E N T I E N N E

bec; feuilles (long. 4-10 cm.) minces, aiguës ou acuminées au sommet, lisses et glabres supé-
rieurement; drupes globuleux, pourpres ou presque noirs à la maturité, portés sur de longs pé-
doncules, persistant souvent sur l'arbre durant tout l'hiver. Floraison printanière. Environs
de Montréal (île Sainte-Hélène, etc.). (Fig. 33, e-f). n = 14
Arbre peu remarqué, qui est ici sur la limite nord-ouest de sa distribution géographique. La désignation
étrange de « Bois inconnu », qui est encore en usage dans la région de Montréal, est très ancienne; elle est mentionnée
par le voyageur-botaniste André MICHAUX ( 1 7 9 5 ) . — Le bois est mou, grossier, jaune clair, à aubier plus pâle. Son
extrait a été employé autrefois par les Français des Illinois, pour traiter la jaunisse.

Fam. 17. — URTICACÉES.

Plantes herbacées à feuilles simples, alternes ou opposées, et généralement stipulées.


Fleurs monoïques ou dioïques, petites, verdâtres, diversement groupées. Calice à sépales dis-
tincts ou partiellement soudés. Corolle nulle. Étamines 2-5. Pistil formé d'un seul carpelle
uniloculaire renfermant un ovule solitaire. Fruit: un achaine.
Environ 4 0 genres et 5 5 0 espèces. •— Outre les plantes décrites ci-dessous, on trouvera encore, sur le ballast
des ports, le Parietaria officinalis L. (feuilles entières, poils mous).

CLEF DES GENRES.

Plante grimpante. (Fig. 3 4 ) 1. Humulus


Plantes dressées.
Feuilles divisées en 5 - 1 1 segments linéaires-lancéolés. (Fig. 3 4 ) 2 . Cannabis
Feuilles plus ou moins dentées, mais non divisées en longs segments.
Plantes à poils cassants et brûlants (urticants).
Feuilles opposées. (Fig. 3 5 ) 3 . Urtica
Feuilles alternes. (Fig. 3 5 ) 4 . Laportea
Plantes sans poils urticants.
Calice des fleurs pistillées formé de 3 sépales séparés ou presque. ( Fig. 3 5 ) . . . . 5 . Pilea
Calice des fleurs pistillées entier ou 2-4-denté; sud-ouest du Québec. (Fig. 3 5 ) . . 6. Boehmeria

1. HUMULUS L. — HOUBLON.

Plantes vivaces, rugueuses, grimpantes. Feuilles opposées, minces, pétiolées, à stipules


persistantes. Fleurs dioïques, axillaires, les staminées pédonculées, les pistillées en épis (cha-
tons). Étamines 5. Fleurs pistillées réunies par 2 à l'aisselle de chaque bractée, consistant
en un périanthe entier et membraneux, embrassant l'ovaire. Épis (en fruit) ressemblant aux
cônes des Conifères.
Deux espèces : une espèce japonaise et la suivante. — Le nom générique est probablement un diminutif de
humus, sol humide.

1. H u m u l u s Lupulus L. — Houblon commun. — (Hops). — Tige s'enroulant à droite,


pouvant atteindre 8-10 mètres de longueur; feuilles 3-7-lobées; épis (long, à la maturité, 3-7
cm.). Floraison estivale. Plante de l'Eurasie, cultivée et souvent échappée de cultures. Gé-
néral. (Fig. 34). n = 10
Le Houblon est cultivé dans les contrées septentrionales pour le lupulin, espèce de poussière résinoïde jaunâtre,
aromatique et amère, que l'on trouve entre les bractées des fleurs pistillées et qui sert à aromatiser et à faire mousser
la bière. Dans la culture, on ne garde pas les pieds mâles, car la fécondation n'est pas nécessaire au développement
du cône et les graines fécondées augmenteraient inutilement le poids du lupulin.

[172]
SAURURACÉES, TJRTICACÉES Figure 34

Saururus: S. cernuus, sommité florifère. — Humxilus: H. Lupulus, rameau florifère et cône. •—• Cannabis:
C. saliva, sommité fructifère.

2. CANNABIS L. - CHANVRE.

Plante forte, dressée, rugueuse, à écoree intérieure composée de fibres très résistantes.
Feuilles minces, opposées ou alternes, divisées en 5-11 segments linéaires-lancéolés. Fleurs
dioïques, les staminées paniculées, les pistillées en épis. Étamines 5. Fleurs pistillées solitaires,
à l'aisselle de bractées foliacées, consistant en un calice entier embrassant l'ovaire sessile. Fruit:
un achaine comprimé.
Genre monotypique. —• Le nom générique est le nom grec de la plante.

1. Cannabis sativa L. — Chanvre cultivé. — Chanvre. — (Hemp). — Feuilles (long.


8-16 cm.). Floraison estivale. Autour des habitations. Général, sauf dans les parties froides
du Québec. (Fig. 34). n = 10
Les pieds staminés sont généralement plus petits que les pieds pistillés. P a r une singulière mépries, dont
il y a nombre d'exemples, ce sont les pieds pistillés que l'on appelle Chanvre mâle, et vice versa. Le Chanvre est
cultivé pour les fibres de son écorce, qui fournissent les meilleures toiles à voiles et les meilleurs cordages de marine.
La graine (ehènevis), dont les volailles sont t r è s friandes, fournit une huile siccative employée dans la peinture.
Enfin, les feuilles renferment un suc narcotique qui sert en Orient à la fabrication du hasckich, que l'on mâche pour
se procurer une espèce d'ivresse peuplée de rêves délicieux.

[173]
FLORE LAURENTIENNE

3. URTICA L. —ORTIE.

Plantes herbacées, annuelles ou vivaces, à poils urticants. Feuilles opposées, pétiolées,


stipulées. Fleurs nombreuses et très petites, dioïques, monoïques ou hermaphrodites. Exa-
mines 4. Fleurs pistillées à calice 4-partit. Ovaire droit contenant un ovule dressé. Fruit:
un achaine inclus dans le calice persistant et un peu charnu.
Environ 30 espèces. Outre l'espèce décrite ci-dessous, on pourra encore trouver dans la région maritime
du golfe Saint-Laurent plusieurs espèces indigènes: U. gracilis Ait., U. viridis Rydb., et occasionnellement ailleurs
des plantes introduites d'Europe: V. dioica L., U. urens L. Toutes ces plantes sont plus ou moins munies de poils
glanduleux et cassants (poils urticants ), renfermant de l'acide formique, et dont le contact avec la peau est très irri-
tant. •—• Le nom générique signifie : brûler.

1. Urtica procera Willd. — Ortie élevée. —(Stinging Nettle). — Tige (long. 60-120
cm.) plus ou moins raide, couverte de poils glanduleux et cassants; feuilles minces, ovées, lon-
guement pétiolées, 3-5-nervées (long. 8-12 cm.); inflorescence grande, composée. Floraison
estivale. Terres acides et lieux cultivés. Ouest et sud du Québec. (Fig. 35).
Grande plante parfois très envahissante, se défeuillant de bonne heure, mais conservant ses masses de fruits
jusqu'à l'automne.

4. LAPORTEA G&ud. — LAPORTÊA.

Plantes herbacées vivaces armées de poils urticants. Feuilles grandes, alternes, dentées,
pétiolées. Fleurs monoïques ou dioïques. Êtamines 5. Fleurs pistillées formées de 4 sépales
inégaux et d'un ovaire comprimé et oblique contenant un ovule dressé. Fruit: un achaine
plat, réfléchi.
Environ 2 5 espèces, toutes tropicales, sauf la suivante. — Le genre est dédié à François-L. DE LAPORTE, ento-
mologiste du X I X e siècle.

1. Laportea canadensis (L.) Gaud. — Laportéa du Canada. — Ortie du Canada.—


(Canada Nettle). — Tige (long. 60-120 cm.) fortement armée de poils urticants; feuilles très
grandes (long. 8-18 cm.; larg. 5-13 cm.), ovées, fortement nervées; inflorescence grande et
laxiflore. Floraison estivale. Bois marécageux. Ouest et sud du Québec. (Fig. 35).
Cette grande plante couvre souvent le parterre de la forêt d'Acer rubrum, d'Acer saccharinum, etc., dans les
terres alluviales grasses et humides, et ses larges feuilles forment un écran qui inhibe toute autre végétation au-dessous
d'elles. Vers 1873, on a introduit la culture de cette plante en Allemagne; on croyait que les fibres étaient d'une
préparation plus facile et moins coûteuse que ceiie du chanvre. Cette tentative ne paraît pas avoir eu de suite.

5. PILEA Lindl. — PILÉ A.

Plantes annuelles ou vivaces, sans poils urticants. Feuilles opposées, pétiolées, à sti-
pules soudées. Fleurs monoïques ou dioïques, en cymes axillaires ou en glomérules. Fleurs
staminées 2-4-partites; fleurs pistillées tripartites, à segments inégaux et ovaire dressé. Fruit:
un achaine comprimé.
Deux cents espèces, presque toutes tropicales. — Le nom générique signifie: un casque; allusion à la forme
du grand sépale dans l'une des espèces.

1. Pilea pumila (L.) A. Gray. — Piléa nain. — Petite Ortie. — (Stingless Nettle). —
Plante annuelle à tige transparente, glabre et charnue (long. 10-50 cm. ) ; feuilles (long. 3-12
cm.) membraneuses, ovées, grossièrement dentées. Floraison estivale. Lieux humides et
ombragés, et autour des habitations. Général. (Fig. 35).

[174]
URTICACÉES Figure 35

6. BOEHMERIA Jacq. — BOEHMÊRIA.

Plantes vivaces, herbacées ou ligneuses, sans poils urticants. Feuilles opposées ou al-
ternes, pétiolées, trinervées, stipulées. Fleurs monoïques ou dioïques, rassemblées en épis de
glomémles, parfois feuilles à l'extrémité. Fleurs staminées 4-partites; fleurs pistillées à calice
tubuleux 2-4-denté ou entier, enveloppant l'ovaire. Fruit: un achaine inclus dans le calice
persistant.
Environ 5 0 espèces, presque toutes tropicales. —• Le B. nivea (Ramie) est une plante textile importante. —
Le genre est dédié à G . R. BOBHMBR ( 1 7 2 3 - 1 8 0 3 ) , professeur à Wittenberg au XVIIIe siècle.

1. Boehmeria cylindrica (L.) Sw. — Boehméria cylindrique. — Ortie de savane.—


(False Nettle). — Tige (long. 30-100 cm.); feuilles généralement opposées, ovées (long. 3-8
cm.); épis staminés généralement interrompus; épis pistillés généralement continus, portant
souvent de petites feuilles à l'extrémité. Floraison estivale. Lieux humides et tourbières.
Sud-ouest du Québec. (Fig. 35).

Fam. 18. — S AUEURACÉES.

Plantes herbacées, à feuilles simples, alternes et pétiolées. Fleurs disposées en épi, her-
maphrodites, sans périanthe. Étamines 3-8. Pistil à 3-4 carpelles, ouverts ou fermés, conte-
nant plusieurs ovules orthotropes. Fruit: une capsule ou un groupe de follicules.
Trois genres et 4 espèces, de l'Amérique du Nord et de l'Asie.

[175]
FLORE L A U R E N T I E N N E

1. SAURURUS L. — SA URURE.

Plantes palustres, herbacées, à rhizome grêle et tiges articulées. Feuilles cordées, à pétiole
engainant. Fleurs petites, blanches, réunies en 1-2 épis allongés et opposés aux feuilles. Car-
pelles unis à la base. Fruit rugueux, déprimé-globuleux, se séparant en 3-4 carpelles uniséminés.
Deux espèces, la seconde asiatique. —• Le nom générique signifie : queue de lézard ; allusion à l'inflorescence.

1. Saururus cernuus L. — Saurure penché. — (Lizard's-tail). — Tige (long. 60-150 cm.);


feuilles (long. 7-15 cm. ) ; fleurs odorantes. Floraison estivale. Environs de Montréal. Très
rare. (Fig. 34). n = 10
Plante appartenant à une flore plus méridionale et qui ne maintient que quelques colonies dans les eaux de
l'archipel d'Hochelaga (île Perrot, Sainte-Rose, etc. )

Fam. 19. — SANTALACÉES.

Plantes herbacées ou ligneuses, à feuilles entières, alternes ou opposées. Fleurs ver-


dâtres, solitaires ou groupées, monoïques, dioïques ou hermaphrodites. Calice adné à la base
de l'ovaire, 3-6-lobé. Pétales nuls. Étamines 3-6. Ovaire uniloculaire, contenant 2-4 ovules.
Fruit: un drupe ou une nucule. Graine solitaire.
Vingt et un genres, et environ 200 espèces, en grande partie tropicales. Le type de cette famille est le Santalum.
album de l'Asie, le Bois de Santal de la pharmacie.

1. COMANDRA Nutt. — COM ANDRE.

Plantes herbacées, dressées, parasites sur les racines d'autres plantes. Feuilles alternes,
ovales, entières. Fleurs hermaphrodites, sans bractées. Calice campanule, 4-5-lobé. Étamines
4-5. Fruit drupacé couronné par le calice persistant.
Cinq espèces, dont 4 américaines. Les Comandres sont des plantes hémiparasites qui attachent leurs racines
au moyen de suçoirs sur les racines d'autres plantes. — Le C. umbellata (L. ) Nutt. (feuilles minces, inflorescence
paniculée) existe probablement dans l'ouest du Québec. — Le nom générique signifie: homme velu; allusion aux
poils qui unissent les anthères aux lobes calicinaux.

CLEF DES ESPÈCES.

Fleurs formant une inflorescence terminale 1. C. Richardsiana


Fleurs peu nombreuses, axillaires 2. C. livida

1. Comandra Richardsiana Fernald. — Comandre de Richards.— (Toad F l a x ) . —


Rhizome blanchâtre, très allongé; tiges aériennes (long. 5-25 cm.); feuilles oblongues; inflo-
rescence en corymbe. Floraison printanière. Terrains sablonneux. Général, mais très dissé-
miné. (Fig. 36).
Le rhizome souterrain porte ici et là de petites racines peu ramifiées et fixées aux racines d'autres plantes
par un suçoir en forme de disque. La plante fait proie de beaucoup d'espèces appartenant à des genres très diffé-
rents: Vaecinium, Ostrya, Aster, Solidago, Qteercus, Populus, Poa, Phleum, Carex, Comptonia, etc. Le parasitisme
paraît d'ailleurs facultatif et la plante semble, en beaucoup de cas, s'en affranchir. — Le C. Richardsiana est particu-
lièrement abondant sur les rivages maritimes calcaires, autour du golfe Saint-Laurent.

[176]
SANTALACÊES, LORANTHACÉES Figure 36

Comandra: C. livida, parasite sur Fragaria virginiana; C. Richardsiana, parasite sur racine à'Ostrya virgi-
niana.— Arceuthobium: A. pmillum, parasite sur rameau de Picea glauca.

2. C o m a n d r a livida Richards. — Comandre livide.— (Northern Comandra).—Rhi-


zome blanchâtre, allongé; tige (long. 10-25 cm.) simple ou presque; feuilles ovales, obtuses ou
arrondies; fleurs peu nombreuses (souvent une seule par plante), axillaires. Floraison estivale.
Lieux sablonneux. Nord-est du Québec. [Syn.: Geocaulon lividum (Richards.) Fern.]. (Fig. 36).
Plutôt silicicole et boréale, cette espèce est un élément remarquable de la flore des parties froides des Lau-
ren tides, et des collines de quartzite de la Côte-Sud (formation de Kamouraska). Les relations parasitaires sont
analogues à celles de l'espèce précédente; lorsque la plante croît dans le sable, ces relations (avec Fragaria virginiana
et Y omnium Vitis-Idaea, etc. ) peuvent être facilement reconnues en dégageant avec précaution les parties sou-
terraines.

Fam. 20. - LORANTHACÉES.

Plantes parasites croissant sur les branches des plantes ligneuses, à feuilles plus ou moins
développées. Fleurs régulières, généralement monoïques ou dioïques. Étammes 2 - 6 . Ovaire
solitaire et dressé. Fruit: une baie contenant une seule graine.
Environ 21 genres et 500 espèces, le plus généralement tropicales. Cette famille contient le genre Viscum
(Gui), familier dans l'ancien monde et qui n'est pas représenté dans notre flore.

[177]
FLORE LAURENTIENNE

1. ARCEUTHOBIUM Bieb. — AHCEUTHOBIE.

Très petites plantes, parasites sur les Conifères, à feuilles réduites à des écailles opposées-
connées. Fleurs dioïques. Étamines 2-5. Fleurs pistillées à ovaire adné au tube du calice
bipartit. Fruit: une baie charnue portée sur un petit pédoncule recourbé.
Environ 9 espèces, toutes nord-américaines, VA. Oxycedri seul s'étendant à l'Eurasie. — Le nom générique
signifie: qui vit sur le Genévrier; allusion au mode de vie parasitaire.

1. Arceuthobium pusillum Peck.—Arceuthobie naine. — Petit Gui.—• (Small Mistle-


toe). — Plante (long. 4-20 mm.) simple ou peu ramifiée, portant, en guise de feuilles, de petites
écailles (larg. 1 mm.); fleurs généralement solitaires; graines visqueuses. Floraison printa-
nière. Caché entre les feuilles sur les rameaux de certains Conifères. Très rare. (Fig. 36).
L'une des plus infimes et des plus curieuses plantes phanérogames de notre flore. C'est notre seul (( Gui »,
et notre seul représentant de la famille tropicale des Loranthacées. L'ArceuLhobium vit en parasite sur les bran-
ches du Larix laricina, du Picea mariana et du Picea glauca, enfonçant ses suçoirs sous l'écorce et dans le bois
de l'hôte. Il est si petit que, sur une longueur d'un pouce de rameau de Conifère, on peut trouver jusqu'à quinze
individus. Sa présence cause néanmoins sur l'arbre des productions anormales. Le fruit est visqueux et forte-
ment hygrométrique. Par les journées humides de l'automne les graines sont projetées avec force et vont infecter
les arbres voisins. L'Arceuthobium n'a été jusqu'à présent récolté que dans la Gaspôsie, dans la région Saguenay-
Lac-Saint-Jean, et à Sainte-Anne-de-la-Pocatière.

Fam. 21. - POLYGONACÉES.

Plantes herbacées annuelles ou vivaces, à tiges quelquefois volubiles à gauche. Feuilles


alternes, munies d'une ligule à bords concrescents en étui. Fleurs parfaites. Périanthe formé
de deux verticilles ternaires pétaloïdes ou sépaloïdes. Étamines 6-9. Ovaire uniloculaire et
uni-ovulé; styles 3. Fruit: un achaine enveloppé par le périanthe persistant et accrescent.
Environ 40 genres et plus de 800 espèces, répandues par toute la terre. Outre les deux genres décrits
ci-dessous, on pourra encore trouver sur les sommets des Shikshoks VOxyria digyna (L. ) Hill. C'est à cette famille
qu'appartient la Rhubarbe {Rheum raponticum L.) partout cultivée et quelquefois presque naturalisée.

CLEF DES GENRES.

Tige et rameaux clairement articulés; feuilles linéaires, presque filiformes; Ottawa supérieur.... 1. Polygonella
Plantes n'ayant pas tous ces caractères.
Périanthe à divisions unisériées, subégales, peu ou point accrescentes; stigmates ordi-
nairement capites; plantes de taille généralement médiocre 2. Polygonum
Périanthe à divisions bisériées, les internes accrescentes; stigmates en touffe; plantes
généralement de forte taille 3. Rumex

1. POLYGONELLA Michx. — POLYGON ELLE.

Plantes annuelles ou vivaces, glabres, à rameaux dressés et clairement articulés. Feuilles


étroites, alternes. Fleurs d'un blanc verdâtre, en grappes paniculées. Calice 5-partit, persis-
tant, à segments pétaloïdes, les trois internes souvent ailés. Étamines 8. Style tripartit,
court ou nul. Achaine lisse, triangulaire.
Environ S espèces, de l'Amérique orientale. — Le nom générique est un diminutif de Polygonum.

[ 178 ]
POLYGONACÉES Figure 37

Polygonella: P. arliculata, rameau florifère. — P o l y g o n u m : P. cilinode, sommité florifère et nœud cilié;


P. Convolvulus, sommité florifère; P. dumetorum, rameaux fructifères et fruit; P. scandens, fruit.

1. Polygonella articulata (L.) Meisn. — Polygonelle articulée. — (Jointweed). —


Plante annuelle; tige (long. 10-25 cm.); feuilles (long. 8-40 mm.) presque filiformes; grappes
(long. 25-40 m m . ) ; achaine (long. 2 mm.) brun, luisant. Floraison estivale. Lieux sablon-
neux sur l'Ottawa supérieur (île des Allumettes, etc.). (Fig. 37).
Appartient à la florule spéciale de l'Ottawa dont l'origine se rattache à une migration venue des Grands Lacs
à la période Champlain.
2. POLYGONUM L. — RE NOUÉE.

Plantes herbacées annuelles ou vivaces, à feuilles alternes. Périanthe ordinairement


coloré, 5-lobé ou 5-partit, à divisions subégales ou les 3 extérieures plus grandes. Étamines
3-8, à filets dilatés. Styles 2-3, plus ou moins unis. Achaine lenticulaire ou trigone, ordi-
nairement inclus dans le périanthe persistant.
Environ 250 espèces. Ce grand genre comprend plusieurs types reconnaissables à leur port et différant par
certains caractères plus ou moins significatifs. Ces types sont souvent considérés comme autant de genres: Polygo-
num, Persicaria, Tovara, Bistorta, Fagopyrum, Tracaulon, Tiniaria. — Les Polygonum sont remarquables par une
particularité affirmée aussi bien par le nom latin Polygonum (plusieurs genoux) que par le nom français « Renuoée »
La tige en effet possède des nœuds nettement marqués par un organe complexe, l'ochréa, formé de deux parties:
l'une opposée à la feuille, et qui est la gaine de cette feuille, l'autre, placée à l'aisselle de la feuille et détachée du
pétiole, et qui est une ligule. L'ochréa n'est pas absolument propre aux Polygonum: on retrouve quelque chose de
semblable chez les Ficus, les Magnolia, etc. — Outre les espèces décrites ci-dessous, on trouvera encore autour
du golfe Saint-Laurent plusieurs autres espèces: P. Raii Bab., P. maritimum L., P . viviparum L., P. lomentosum
Schrank, P. boréale (Lange) Small, etc. — Le nom générique signifie: plusieurs genoux; allusion aux tiges noueuses.

[ 179]
F L O R E L A U R E N T I E N N E

CLEF DES ESPÈCES.

Tiges grimpantes; feuilles ov6es-cordées.


Périanthe non ailé en fruit.
Nœuds munis de cils raides; plante vivace. (Fig. 37) 1. P. cilinode
Noeuds nus; plante annuelle. (Fig. 37) 2. P. Convolvulus
Périanthe fortement ailé en fruit.
Calice (long, en fruit 10-12 mm.); ailes crispées. (Fig. 37) 3. P. xcandens
Calice (long, en fruit 6-8 mm. ); ailes planes. (Fig. 37) 4. P. dumetorum
Tiges non grimpantes; feuilles non cordées.
Tiges armées de piquants.
Feuilles sagittées, étroites; styles 2. (Fig. 38) 5. P. sagittatum
Feuilles hastées, larges; styles 3. (Fig. 38) 6. P. arifolium
Tiges sans piquants.
Feuilles sagittées.
Inflorescence corymbiforme; fleurs roses ou blanches. (Fig. 38) 7. P. Fagopyrum
Inflorescence en panicule allongée; fleurs d'un blanc verdâtre, plus petites.
(Fig. 38) 8. P. tataricum
Feuilles non sagittées.
Tiges et branches anguleuses; région de l'Ottawa. (Fig. 38) 9. P. Douglasii
Tiges et branches cylindriques.
Fleurs axillaires; feuilles relativement petites.
Feuilles très étroites, lancéolées.
Grande plante dressée (long. 30-120 cm.); sépales à
bords verdâtres; ouest du Québec. (Fig. 3 8 ) . . . . 10. P. ramosissimwn
Petites plantes généralement couchées (long. 10-60
cm.).
Plante maritime. (Fig. 39) 11. P. Fowleri
Plante non maritime ; partout. (Fig. 39).. . 12. P. aviculare
Feuilles plus larges, ovales-lancéolées.
Feuilles bleuâtres, très arrondies à l'extrémité; lieux
tressées. (Fig. 39) 13. P. achoreum
Feuilles d'un vert jaunâtre, un peu acuminées; lieux
argileux frais. (Fig. 39) 14. P. erectum
Fleurs réunies en épis.
Épi grêle (long. 5-30 cm.), dépourvu de bractées. (Fig.
39) 15. P. virginianum
Épis généralement denses (sauf 21 et 23), bractéolés.
Gaines (sauf les supérieures ) non ciliées Groupe A
Gaines munies d'une rangée de cils raides Groupe B
Groupe A
Épis 1-2; plantes aquatiques ou palustres (avec forme terrestre), à longs rhizomes courant
dans la vase.
Feuilles flottantes, ovales ou étroitement lancéolées, obtuses ou subaiguës; épis (long. •
10-30 mm.) à pédoncule glabre. (Fig. 39) 16. P. natans
Feuilles flottantes, ovées-oblongues ou ovées-lancéolées, généralement très aiguës; épis
(long. 30-90 mm.) à pédoncule hispide-glanduleux. (Fig. 39) 17. P. coccineum
Épis plus de 2; plantes annuelles des sols riches, généralement dans les lieux habités.
Étamines 6; pédoncules peu ou point glanduleux; noeuds gonflés teintés de rouge; épis
penchés, allongés, étroits. (Fig. 40) 18. P. lapathifolium
Étamines 8; pédoncules fortement glanduleux; épis gros et courts, dressés. (Fig. 4 0 ) . . 19. P. pennsylvanicum

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F L O R E L A U R E N T I E N N E

Groupe B
Sépales ponctués de glandes.
Épis réelinés; entrenœuds (long. 2-4 cm. ); étamines 6; achaines rugueux et mats; lieux
humides. (Fig. 40 ) 20. P. hydropiper
Épis lâches, flexueux, mais non réelinés; entrenœuds (long. 3-8 cm.); étamines 8; achai-
nes luisants; généralement en eau profonde. (Fig. 40) 21. P. punctatum
Sépales non ponctués de glandes.
Feuilles largement ovées; fleurs (long. 3-5 mm.); épis de couleur foncée, réelinés;
plante annuelle. (Fig. 40) 22. P. orientale
Feuilles lancéolées (larg. 1-2 cm.); fleurs (long. 2-3 mm.); épis dressés, de couleur pâle
(rose, verte ou blanche).
Étamines 8; épis lâches, allongés, interrompus; plante vivace. (Fig. 40) 23. P. kydropiperoides
Étamines 6; épis courts et compacts; feuilles portant souvent une tache pourpre
au milieu; plante annuelle. (Fig. 40) 24. P. Persicaria

1. P o l y g o n u m c i l i n o d e Michx. — Renouée à n œ u d s ciliés.— (Fringed B i n d w e e d ) . —


Plante v i v a c e ; tige (long. 30-300 cm.) rougeâtre, g r i m p a n t e ou couchée, ou parfois dressée
sans s u p p o r t ; feuilles l a r g e m e n t ovées, cordées à la b a s e ; n œ u d s a r m é s de pointes réfléchies;
fleurs b l a n c h â t r e s en g r a p p e s paniculées; achaine lisse et luisant. Floraison estivale. Lieux
rocheux. Général. (Fig. 3 7 ) . n = 10
Plante caractéristique des rochers précambriens des Laurentides, dans les endroits découverts. Il se produit
des rameaux axillaires grêles qui s'enracinent de la pointe et propagent la plante végétativement.

2. P o l y g o n u m C o n v o l v u l u s L. — Renouée liseron. — (Corn B i n d w e e d ) . — P l a n t e


annuelle; tige (long. 15-100 c m . ) g r i m p a n t e ou t r a î n a n t e ; feuilles ovées-sagittées; n œ u d s glabres;
fleurs en g r a p p e s laxiflores, verdâtres, p e n d a n t e s sur des pédoncules grêles; achaine noir et m a t .
Floraison estivale. Lieux cultivés, a u