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INDiViDU ET SOCIETE : Confrontation de valeurs…

L’HOMME – CLE (Jo Hoestlandt)

CHAPITRE 1

Il partit un matin, il faisait encore un peu pas d’amis et qu’il écoutait les autres,
nuit, alors il ne fit pas de bruit. sans rien dire.

Il quitta sa maison sans rien emporter. Il avait jeté sa clé, et il aurait voulu jeter
Rien du tout. aussi ses yeux qui n’avaient jamais rien
vu d’extraordinaire, ses oreilles qui
Dans le jardin, en passant, il jeta la clé. 20
5
n’avaient rien entendu non plus, ses bras
 qui n’avaient jamais tenu grand-chose,
Il se disait cela depuis plusieurs mois
sa bouche qui n’avait goûté que des mets
déjà.
ordinaires, son nez qui ne connaissait
Que c’était ce qu’il lui fallait faire s’il 25 rien des parfums dont parlaient avec
voulait enfin devenir un homme volupté poètes et voyageurs.
10 extraordinaire, quelqu’un qui ait vécu
Il voulait changer tout ça, pour devenir
des choses qu’il pourrait raconter.
un autre.
Parce que dans la vie, si on n’a rien à
En mieux, évidemment.
dire, c’est difficile d’exister.
30 Découvrir le monde, et la Liberté, cette
Il le voyait bien, quand il se rendait
grande sœur d’Egalité et de Fraternité.
15 chaque soir au Bar des amis où il n’avait

CHAPITRE 2

Il avait décidé de se rendre à la gare, 45 homme qui aurait tout oublié de celui
pour prendre un train qui le conduirait à qu’il fut autrefois, ce misérable
35 la mer afin de monter dans un bateau qui d’aujourd’hui qui avait si peu vécu et
l’emporterait le plus loin possible, là où, n’avait pas d’amis.
pensait-il, il pourrait enfin faire ces

choses extraordinaires qui changeraient Il pensait que de l’autre côté de la mer, il
sa vie. 50 pourrait parcourir des déserts sous un
40 Peut-être alors, un jour, reviendrait-il soleil de fer chauffé à blanc, voir des
leur raconter, aux autres, ceux du Bar roses de pierres aux éclats brillants sous
des amis où il n’avait jamais eu d’amis. A lesquelles se planquaient de noirs
moins qu’il ne revienne pas, jamais, qu’il scorpions et des serpents qui se
demeure là-bas toujours, reste cet autre 55 déroulaient lentement. Il pensait qu’il

1
pourrait respirer, dans les oasis, s’apprivoiseraient, en silence, en
l’enivrant parfum du jasmin, boire l’eau 75 partageant un repas, un banc posé là
glacée d’un puits profond, dormir sous pour attendre un bus brinqueballant, une
un haut palmier. musique née sous les doigts d’un homme
sans âge qui n’en connaît ni les notes ni
60 S’il avait grande chance, ce qu’il n’avait
le nom mais la joue comme il l’a toujours
jamais eu, il verrait peut-être aussi un
jouée, et son père avant lui et peut-être
renard des sables près d’un avion tombé, 80

même son grand-père aussi.


un petit prince avec une écharpe et des
cheveux de blé, ou un lion blanc qu’il Il pensait enfin qu’il pourrait voir venir
65 traquerait des jours durant et auquel il de loin, dans un brouillard de poussière,
sauverait la vie, au dernier moment, ces femmes mystérieuses et belles qui
quand il le tiendrait, le cœur battant, au 85 avancent et portent lourd d’enfants sur
bout de son fusil chargé. le dos, et seaux pour l’eau.

Il pensait que là-bas, il rencontrerait des Mais pour le moment, il marchait


70 gens qui parleraient une autre langue simplement vers la gare.
que la sienne, et qu’ainsi, il saurait
pourquoi, d’abord, ni lui ni eux ne se
comprendraient très bien ; mais ils

CHAPITRE 3

Il croisa un chat qui miaula doucement. 100 n’avait jamais fait, il se sentait déjà un
90 Il s’arrêta un court instant pour lui peu un autre homme. Plus léger. Il
caresser le dos, en passant. Le chat s’aperçut que sa tristesse s’était
ronronna, mais un avion dans le ciel envolée.
ronronna plus fort encore. Ou bien elle était restée là-bas, dans sa
Ce chat n’était qu’un chat sur son 105 petite maison sans clé.
chemin. Il se demanda si c’était ça, la liberté. Se
95

Lui, il voulait un lion. sentir pousser de petites ailes le long


des bras, au bout des pieds.
Alors, il poursuivit sa route.
De petites ailes qui allaient le porter,

A marcher comme ça, seul, dans le 110 l’emporter, vers une autre destinée.

matin de ce jour nouveau, ce qu’il

2
CHAPITRE 4

Il passa sous des arbres ordinaires qui n’était pas là l’emporter pourtant
rêvaient peut-être d’être palmiers, jusqu’à elle qui était là vraiment. Il la
longea une haie sans parfum particulier, regarda qui portait si lourd, un gros sac,
buta contre un caillou grossier qui ne 140 un enfant, et avec une voix qu’il ne se
115 cachait ni serpent ni scorpion, connaissait pas, sans doute née de ce
seulement un mégot abandonné. matin, il lui demanda si elle cherchait
quelqu’un, quelque chose, un endroit,
Mais déjà, dans sa tête, il n’était plus là,
son chemin.
il était plus loin, beaucoup plus loin.
Déjà. 145 Elle lui montra un papier ; il avait plu sur
ce qui était écrit, ou elle avait pleuré
120 C’est pour cela qu’il ne fut pas vraiment
dessus, en tout cas, on n’y lisait plus
surpris quand il l’aperçut : cette femme
rien, l’encre s’était effacée. Mais elle le
qu’il vit venir de loin dans son paysage
et qui portait lourd. montrait tout de même, comme la
150 preuve de quelque chose : ce que
Elle avançait vers lui dans la brume du
quelqu’un lui avait dit, conseillé,
matin et dans la rue déserte comme si
ordonné : d’aller ici ou là, de faire ceci
125

elle allait au puits, même s’il n’y en avait


ou cela, la raison de sa présence ici,
pas.
juste à ce moment-là.
Il ralentit.
155 Ce papier où peut-être quelqu’un avait
Elle ralentit aussi, peut-être avait-elle écrit un nom, celui d’un ami qui l’aurait
130 peur de lui dans ce petit matin désert et accueillie, même si on n’y lisait plus rien,
frisquet. elle continuait de le tenir malgré tout

 bien serré dans la main qu’elle avait très


C’est alors qu’il commença de faire des 160 brune, avec une grosse bague de pierre
choses extraordinaires. aux éclats brillants, glissée au majeur. Il
pensa que cette pierre ressemblait à un
Entraîné par les toutes petites ailes qui
œil supplémentaire qui aurait poussé là,
135 lui avaient poussé le long des bras, au
à son doigt, pour l’aider à voir mieux que
bout des pieds, il sentit le vent qui
165 ses deux yeux.

3
CHAPITRE 5

Il faisait jour maintenant, un jour vu tomber les avions, lutté contre les
brouillardeux, laiteux. Une autre fois il vents de poussière.
se serait dit que c’était un temps à
Qui a quitté le lion blanc.
170 rester chez soi, à rêver au coin du feu.

Le jour était comme il était, mais Il a hésité, combien de temps, je ne sais
l’homme se dit que c’était tout de même 185 pas. Parfois, pris de pitié pour les
un jour étonnant, tout simplement parce pauvres humains, le temps s’arrête un
qu’il n’aurait pas dû être dehors à ce peu.
175 moment-là. Il leva les yeux pour voir ses
D’un côté il y avait la gare, et ce que cet
yeux, à elle.
homme avait rêvé.
Elle avait le regard de quelqu’un qui a vu
190 Mais là, à ses pieds, dans le petit jour
des choses extraordinaires, qui vient de
laiteux, il y avait cette femme, qui
l’autre côté de la terre, de la mer. Qui a
portait lourd. Et personne dans la rue
180 évité les scorpions, les serpents, qui a
Un vrai désert.

CHAPITRE 6

Alors, l’homme qu’il était devenu en Plus loin, il retrouva le chat qui
195 sortant de chez lui à une heure 210 l’attendait là, comme le renard des
inhabituelle, et qui en traversant son sables attend parfois celui qu’il espère
petit jardin clos avait jeté sa clé, se dit voir devenir son ami, et le chat le suivit.
qu’il n’était peut-être pas besoin d’aller Et la femme aussi, portant plus léger
beaucoup plus loin pour faire des choses maintenant, la main qui tenait le sac se
extraordinaires. balançant contre son corps, avec, au
200
215

Il prit le sac, puisqu’il n’avait rien dans majeur, cet œil de pierre qui regardait
les mains, et il lui indiqua, de la tête, le pour elle où elle posait les pieds, ses
chemin. autres yeux étant à demi fermés, de
fatigue peut-être, ou pour retenir
Il fit demi-tour. Il repassa sous les
derrière les paupières ce qui pouvait
arbres qui se balançaient maintenant 220
205
l’être encore : des larmes, d’anciens
comme des palmiers, le long de la haie
rêves d’enfants, des ombres de paysage
qui sentait à présent, sous le soleil
ou de parents, d’amours à jamais
naissant, le chèvrefeuille et la rosée.
quittées…

4
225 A un moment, l’enfant poussa un cri, yeux, il aurait vu ces mots-là, colorés, se
aigu, plaintif, comme s’il était, à poser sur les lèvres de cette femme
nouveau, nouvellement né. Alors elle se comme des papillons, puis voler jusqu’à
mit à chanter à voix douce, une chanson 235 lui, légers.
dans une langue que l’homme ne Et ce chant berça l’enfant, calma son
connaissait pas. Il ne la regarda pas, pleur, rythma leurs pas.
230

mais il était sûr que, s’il avait levé les

CHAPITRE 7

Du doigt, il montra sa maison, si petite, briller comme l’écaille argentée d’un


si ordinaire. Mais la femme, pour la serpent qui a mué.
regarder, ouvrit grand les yeux, comme
240

s’il lui montrait un palais L’homme et la femme entrèrent, tous les
extraordinaire ! deux.
Et alors sa maison le devint un peu, 255 Elle d’abord, qu’il fit passer la première,
telles ces petites maisons que les et quand elle déroula sa grande écharpe
245 enfants perdus découvrent après qu’ils où reposait l’enfant, il sentit son
ont beaucoup pleuré, qu’ils ont eu très parfum, une odeur de jasmin, ou bien
peur de mourir tout seuls, désespérés, d’autre chose qu’il nomma « jasmin »
tout au bout de la grande forêt. 260 parce que cela lui plaisait bien.
Il n’eut pas de mal à retrouver la clé ;
250 l’éclat du métal, dans l’herbe, la faisait

CHAPITRE 8

En enlevant son manteau, ses souliers, Quand la femme posa son petit papier
l’homme retrouva ses bras, ses pieds. Il muet sur la table de la salle à manger et
se dit qu’il avait peut-être perdu ses lui sourit comme à l’ami qu’elle aurait
ailes, mais les bras, c’est bien aussi 275 perdu et retrouvé, l’homme sentit
265 quand on veut tenir quelqu’un embrassé. brusquement son cœur battre aussi fort
que s’il avait tenu le lion blanc au bout
Ce qu’il ne fit pas encore, mais il se dit
de son fusil, et que tous les tambours
qu’un autre jour, peut-être, un peu plus
d’Afrique battaient pour lui donner
loin dans l’hiver, puisqu’il avait
courage ; alors qu’il tenait seulement
aujourd’hui commencé à faire des 280

cette femme-là, à portée de regard.


270 choses extraordinaires, à prendre ses
rêves pour la réalité.

5
Et il s’aperçut que le bateau qu’il que la femme berçait, où l’enfant,
espérait, même s’il venait de loin, n’était rassuré, dormait. C’est ce bateau-là
pas si loin qu’il le croyait. Il le voyait là, qu’il décida de prendre, sans réfléchir
285 tout près, beaucoup plus petit qu’il ne 290 davantage, pour le plus beau des
s’y attendait, dans l’arrondi des bras voyages…

CHAPITRE 9

Quand il retourna, plus tard, au Bar des Il reconnut que lui non plus, mais
amis, il leur dit seulement, aux autres : 305 cependant il ne pouvait s’arrêter de rire
encore et encore ! C’était plus fort que
 Ce matin, j’ai perdu ma clé, dans le
lui !
295 jardin…
Il se dit que c’était sans doute à cause
Et il se mit à rire, mais à rire !
de ses toutes nouvelles petites ailes,
Il ne reconnaissait pas ce rire fou qui
310 minuscules, timides, toujours là
sortait de lui comme un torrent
finalement, et qui le chatouillaient un
tumultueux, plein de force et de vie, un
peu sous son manteau…
300 rire comme il n’en avait jamais eu
A moins que ce ne soit à cause de tous
jusqu’ici.
ces mots nouveaux, entrés dans son
Les autres lui dirent qu’ils ne voyaient
315 cœur en douce effraction, et y palpitant
pas ce qu’il y avait de drôle !
maintenant comme des millions de
papillons.

6
TRAVAIL A FAIRE SUR LE CAHIER

CHAPITRE 1

1. Pourquoi part-il ?
2. A quoi faut-il penser en lisant: « la Liberté, cette grande sœur d’Egalité et de
Fraternité » (lignes 30 et 31) ?
3. Soulignez ces mots puis écrivez ce que vous pensez qu’ils signifient :
- mets (l. 23) - volupté (l. 26)
4. Recopiez les verbes de la 1ère phrase, écrivez leur infinitif et le temps.
5. « parlaient » (l.25) : écrivez l’infinitif, le sujet et le pronom personnel qui peut
le remplacer.

CHAPITRE 2

1. Que fait-il ?
2. Inventez un titre pour le chapitre 1 et un autre pour le chapitre 2
3. A votre avis, va-t-il revenir et pourquoi ?

CHAPITRE 3

1. Quel est le changement ?


2. Pourquoi le chat ne l’intéresse-t-il pas ?
3. Inventez un titre pour ce chapitre.
4. Complétez ce tableau et avec les verbes conjugués du premier paragraphe :
verbe sujet pronom infinitif temps

CHAPITRE 4

1. Proposez un titre pour ce chapitre.


2. Y a-t-il un rapport entre la réalité et ce qu’il avait imaginé ?
3. Soulignez d’une couleur ce qui correspond à son rêve, et d’une autre couleur ce
qui est différent.

CHAPITRE 5

1. A votre avis, d’où vient la femme?


2. Proposez un titre pour ce chapitre.
3. Trouvez et copiez :
7
- 2 verbes à l’imparfait avec leur sujet
- 2 verbes au passé simple avec leur sujet
- 2 verbes à un autre temps du passé, avec leur sujet

CHAPITRE 6

1. Proposez un titre pour ce chapitre.


2. Soulignez chaque mot dans le texte, puis trouvez d’autres mots de leur famille
- inhabituelle - nouvellement - plaintif
- se balancer - colorés - chant
3. Transformez la dernière phrase au présent.

CHAPITRE 7

1. Proposez un titre pour ce chapitre.


2. Complétez ce tableau et avec les verbes conjugués de la dernière phrase :
verbe sujet pronom infinitif temps

CHAPITRE 8

1. Qu’a-t-il commencé à faire d’extraordinaire?


2. « Il le voyait là, tout près, beaucoup plus petit qu’il ne s’y attendait… » (l. 284)
Que remplace le pronom souligné?
Comment comprenez-vous cette phrase, quel est le symbole?
3. Proposez un titre pour ce chapitre
4. Que peut-on dire des mots « bras » et « embrasser »?
5. Fabriquez des verbes sur le même modèle, à partir de :
- mur - prison - port - cadre - paquet - pile - caisse

CHAPITRE 9

1. A quoi compare-t-il son rire?


2. Quel mot est utilisé pour faire cette comparaison?
3. Comment se sent-il à la fin de l’histoire?
4. Qu’est-ce qu’un torrent : selon toi, puis vérifie dans le dictionnaire
5. Trouve pour le mot « tumultueux » :
- sa signification - sa nature - un synonyme - un contraire - un mot de sa famille

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