3.
l’application du système des banques islamiques au Maroc :
Sur les vingt-quatre banques que compte le système bancaire marocain, cinq banques et trois
fenêtres islamiques ont été agréées par Bank Al-Maghrib (Banque centrale du Maroc) en janvier
2017 et ont démarré leurs activités au second semestre de la même année.
L’arrivée sur le marché marocain de ces nouvelles institutions est l’aboutissement d’un
processus initié en 2004. En effet, bien que n’ayant pas autorisé l’offre de services financiers
islamiques auparavant, Bank Al-Maghrib commence dès 2004 à se préparer au lancement de tels
services au Maroc. Dans ce cadre, elle lance des formations pour ses ressources humaines aux
principes et techniques de la finance islamique, et devient en 2007 membre observateur de l’Islamic
Financial Services Board (IFSB). Année où elle émet une recommandation relative à l’offre de
services financiers dits alternatifs3 (Ijara, Moucharaka et Mourabaha). Elle agrée en 2010 la
première société de financement spécialisée sur ces produits.
Ensuite, Bank Al-Maghrib poursuit son approche progressive pour la mise en place d’un
environnement propice au développement d’un écosystème de finance islamique. Elle devient alors
membre à part entière de l’IFSB en 2013. Suivront deux actions majeures que sont la promulgation
en 2014 d’une nouvelle loi bancaire encadrant explicitement l’activité des banques islamiques et
organismes assimilés et la création en 2015 d’un Charia Board national intitulé « Comité charia
pour la finance participative) (CCFP) ».
De même, Bank Al-Maghrib a œuvré avec les départements concernés pour une meilleure prise en
compte des spécificités des opérations de financement alternatif par la réglementation fiscale et le plan
comptable en vigueur.
Aussi, Bank Al-Maghrib poursuit actuellement ses efforts pour l’émergence d’autres
composantes de l’écosystème de finance alternative. En particulier, des assurances islamiques
(Takaful), des certificats de sukuk et des garanties islamiques.
Plusieurs conférences, forums et rencontres traitant des différents aspects du financement
alternatif sont régulièrement organisés au Maroc. Cela, en plus des avancées ci-dessus, prouve
l’important potentiel de ces services financiers participatifs au Maroc.
2. Modèle marocain des banques islamiques
Les autorités marocaines ont essayé de façonner un cadre réglementaire propre à l’économie marocaine en
s’inspirant des modèles des pays à systèmes duals.
Ayant bénéficié des expériences précédentes, le législateur marocain a préféré employer les termes «
participatif et alternatif » pour ne pas utiliser le terme « islamique ». Ce choix a un double avantage, il permet,
d’une part d’éviter les critiques apparentes et relatives au cadre opérationnel et, d’autre part, de prévenir
d’apposer à l’activité traditionnelle et conventionnelle l’étiquette négative de « non islamique ou prohibé ».
En plus, les autorités marocaines ont voulu montrer une certaine rationalité et une maturité en évitant
d’adopter l’appellation islamique5 pour un modèle de banque qui doit fonctionner dans un système bancaire
conventionnel6, avant une éventuelle création de compartiments monétaires spécialement dédiés aux nouvelles
entités proposant des produits conformes à la Charia.
Concrètement, les textes fondateurs régissant cette nouvelle activité7 utilisent l’appellation de banque
participative et non islamique.
Dans un autre registre, le régulateur a seulement élargi le cadre réglementaire bancaire aux établissements
participatifs. Plus précisément, Bank Al Maghrib a essayé de croiser les principes de la Charia avec les règles
de refinancement, de garantie des dépôts, de surveillance et de contrôle des établissements conventionnels.
5 D’autres pays ont choisi l’appellation Islamique, même si ces établissements opèrent dans un système bancaire dual.
6 Les autorités n’annoncent pas un calendrier précis pour compléter le cadre réglementaire et opérationnel des produits participatifs.
7 La loi bancaire 103-12 de 2014 et ses circulaires d’application.
2.1. Le mode de refinancement limite le risque de liquidité
L’interdiction de l’usage des intérêts, selon les préceptes de l’Islam, réduit les voies de refinancement des
établissements participatifs. Les principes de la Charia exposent, donc, les banques islamiques aux risques de
liquidité. De plus, l’obligation de traiter, seulement, des actifs tangibles limite les opérations et les
transactions financières susceptibles de procurer des fonds aux banques participatives8.
L’intégration de ces entités dans le cercle des établissements de crédit ne les différencient pas
significativement des banques traditionnelles. A cet effet, les banques participatives ne recourent pas
automatiquement au marché monétaire et au concours de BAM dans le cadre de la politique
monétaire opposable à tous les établissements de crédit. Car le texte fondateur des banques
participatives leur interdit d’initier des opérations impliquant la perception et le versement d’intérêt
(article 52 de la loi bancaire 103-12)
2.2. La garantie des dépôts
Une autre spécificité du modèle marocain réside dans l’application aux banques participatives le
même dispositif applicable aux banques conventionnelles en matière de protection des déposants. A
cet effet, selon l’article 67 de la loi 103-12, le législateur prévoit la création d’un «fonds de garantie
des dépôts des banques participatives » pour rembourser les dépôts des déposants en cas
d’indisponibilité de leurs dépôts et de tous autres fonds garantis. Et les établissements participatifs
sont obligés d’adhérer à ce fonds.
Ce fonds, de garantie des dépôts semble contredire le principe du risque et de l’incertitude et se
rapproche plutôt du placement sécurisé sans risque qui caractérise les dépôts chez les banques
conventionnelles, même si en principe, cette mesure ne concerne pas les comptes d’investissement.
L’article 68 de la loi 103-12 prévoit également que le fonds de garantie peut accorder, à titre
préventif et exceptionnel, à une banque participative en difficulté et dans la limite de ses ressources,
des concours remboursables ou prendre une participation dans son capital. Ce dispositif représente
un risque pour les fonds qui sont en principe une garantie des dépôts. Le texte de la loi bancaire N°
103-12 ne définit pas, non plus, les contreparties de ces concours et laisse la voie ouverte aux
modalités de rémunération de ce genre d’opération de refinancement.
8 BenJedidia Khoutem et Djelassi Mouldi (2013), « Le risque de liquidité pour une Banque Islamique » Etudes en
Economie Islamique Vol. 7, No.1.
C’est officiel, les premières banques islamiques ou banques participatives
démarrent au Maroc en 2017. Plusieurs banques ont obtenu l’agrément
de Bank Al-Maghrib.
Bank Assafa : Attijariwafa bank a annoncé son intention de transformer
sa filiale Dar Assafaa en une banque islamique à part entière, avec son
identité indépendante. Attijariwafa bank développera sa banque
participative sans associé étranger.
Bank Al Yousr : la Banque Centrale Populaire – BCP a signé un
partenariat stratégique avec Guidance Financial Group. Basé aux Etats-
Unis et filiale du fonds souverain qatari Barwa, Guidance Financial
Group est un opérateur global de finance islamique actif dans plusieurs
régions du monde.
Bank Al Tamwil wal Inmaa – BTI Bank : le conseil d’administration de
BMCE Bank présidé par Othman Benjelloun a approuvé un projet
d’association avec Al Baraka Banking Group (ABG), l’un des leaders
mondiaux de la finance islamique. Al Baraka Banking Group, dont le
siège est situé à Bahrain, possède le plus large réseau mondial de banque
islamique, avec un réseau de 500 agences et des filiales dans de
nombreux pays musulmans.
Umnia Bank : C’est le nom définitif donné à la banque participative du
consortium constitué par CIH Bank, Qatar International Islamic Bank
(QIIB) et la CDG (Caisse de Dépôt et de Gestion, maison mère du CIH).
Une structure provisoire nommée QMB Company avait été créée pour
déposer la demande d’agrément auprès de Bank Al-Maghrib.
Al Akhdar Bank : le Crédit Agricole du Maroc, dont le capital est détenu à
75% par l’Etat marocain, a été autorisé à créer une banque participative
dont il détiendra 51% du capital, en s’associant avec la Banque Islamique
de Développement (BID), institution internationale dont le siège est à
Djeddah qui détiendra 49% du capital.
Bank Al-Maghrib a également autorisé trois banques à ouvrir des
fenêtres participatives (agences ou guichets spécialisés Islamic Window)
pour offrir à leur clientèle des produits bancaires participatifs : Banque
Marocaine du Commerce et de l’Industrie – BMCI, Crédit du
Maroc et Société Générale – SGMB.
Le Journal de la finance islamique publie ce sondage à l’intention de nos
lecteurs marocains intéressés par la finance islamique pour savoir dans
laquelle de ces futures banques islamiques ils préfèreraient ouvrir un
compte :
Bank Assafa فاءIIIIIIIIIIIIIIIIIIIك الصIIIIIIIIIIIIIIIIIII( بنAttijariwafa bank)
Bank Al Yousr ( بنك اليسرBanque Centrale Populaire – Guidance Financial
Group)
Bank Al Tamwil wal Inmaa – BTI Bank بنك التمويل واالنماء (BMCE Bank – Al
Baraka Banking Group)
Umnia Bank ( ُأمنية بنكCIH Bank, QIIB, CDG)
Al Akhdar Bank Iالبنك األخضر (Crédit Agricole du Maroc, BID)
Banque Marocaine du Commerce et de l’Industrie – BMCI.
Crédit du Maroc.
Société Générale – SGMB.