Accès à la terre à Mafa Kilda, Cameroun
Accès à la terre à Mafa Kilda, Cameroun
(éditeurs scientifiques),
2003. Savanes africaines : des espaces en mutation, des
acteurs face à de nouveaux défis. Actes du colloque, mai
2002, Garoua, Cameroun. Prasac, N’Djamena, Tchad –
Cirad, Montpellier, France.
Résumé — Le village de Mafa-Kilda, au sud de Garoua, est habité par les Mafa, population venue des
Monts Mandara depuis 16 ans pour les premiers migrants. Jusqu’aux années 70, la région était peu
peuplée. Différents clans peuls transhumaient à travers la zone avec leurs bovins, à la recherche d’eau
et de pâturages. La région était boisée. En 1972 fut mise en place la Mission d’étude d’aménagement
de la vallée supérieure de la Bénoué (MEAVSB) qui visait à mettre en valeur la vallée de la Bénoué par
la migration. Le projet nord-est Bénoué (NEB) et sud ouest Bénoué suivirent en 1976, pour stimuler la
culture de coton. En 1987, au moins 80 000 personnes avaient migré vers ces zones et le mouvement
s’est continué depuis. Les gens du Nord qui ne trouvent plus de terre chez eux et qui ont de la famille
dans cette région viennent s’installer en espérant avoir un terrain pour cultiver. Ces gens défrichent en
passant par les autorités traditionnelles pour installer leurs champs. Le résultat est qu’il reste peu de
brousses où les Peuls peuvent faire paître leurs bœufs (« on s’est bien occupé de la brousse, mais les
autres - ici, les Mafa - sont venus et l’ont finie »). Les Mafa, autrefois cantonnés autour de Mokolo,
sont maintenant largement dispersés. Les jeunes du village connaissent peu leur région d’origine et se
sentent chez eux sur place. A leur tour, les Peuls se sont fixés et ont commencé à défricher pour
pratiquer l’agriculture, d’une part parce qu’il y a beaucoup moins de pâturages disponibles, d’autre
part, pour s’approprier une partie de l’espace avant que d’autres ne l’occupent entièrement. Cette
communication décrit les processus en cours, et analyse les perceptions des populations concernées.
Abstract — Rules to access to land and to occupy the soil in a migration context: Mafa Kilda case. The
Mafa-Kilda village, situated in the South of Garoua, is occupied by the populations from Monts Mandara,
and who settled there for the past 16 years as first migrants. Until the 70s, the region was relatively less
populated. Different Fulbe clans –asongol- move to summer pastures throughout the region with their cattle
livestock, in search of water and pastures. The region was an afforested or a bushy one. In 1972, an
Authority was put in place to study the development of the upper valley of Benoue (MEAVSB) that made a
proposal to develop the upper valley of Benoue through migration. The North-East Benoue (NEB) and the
South-West Benoue (SWB) Project followed in 1976 to boost cotton farming. In 1987, at least 80 000
persons migrated to those zones and the trend continued since then. The people of North who cannot get
land at home, may have the family members in that zone and can settle there with the hope to have plot for
farming. Those people sometimes have cleared the land with the help of traditional authorities to install
their farms. The result is that there is less bushy areas where Fulbe can feed their cattle (“they have well
dealt with the bush, but others –here, the Mafa- have come and finished it”). In the past, the Mafa who were
settled around Mokolo, have now spread as the word Kilda means, that is to say scattered in Mafa
language. Many young men of the village do not know enough their origin region and feel at home here.
The Fulbe on their turn have settled down and started farming because there is much less pastures available
on one hand, and to appropriate some space before others fully occupy it, on the other hand. The present
communication describes the current process, and analyses the feelings of the concerned populations.
1 La Mission d’étude et d’aménagement de la vallée supérieure de la Bénoué (MEASVB) a été mise en place en 1972.
2 J’ai compté au moins trente têtes, des jolies vaches, toutes bien blanches.
Savanes africaines : des espaces en mutation, des acteurs face à de nouveaux défis
Comme la vie a changé ! Ainsi que le dit notre informateur Mafa ci-dessus. Cela ne se voit pas seulement
dans l’occupation de l’espace de cette région, mais également dans le mode de vie des différentes
populations. Pour l’accès à la terre et son occupation, nous allons en voir les différents aspects dans la
région étudiée, située au sud de Garoua, entre Lagdo et la Bénoué.
En 1972 a été créée la Mission d’étude et d’aménagement de la vallée supérieure de la Bénoué
(MEASVB), qui visait la mise en valeur de la vallée de la Bénoué. Par une migration organisée, le but était
de diminuer les densités de population dans l’Extrême-Nord en général, et dans les Monts Mandara en
particulier, où l’accès à la terre devenait de plus en plus difficile par manque d’espace (Slothouwer l997).
L’essentiel de la population du village où se situe notre étude, Mafa Kilda, sont des Mafa. Ce sont des
agriculteurs qui ont cultivé dans leur région d’origine, au nord et au nord-ouest de Mokolo, pendant des
siècles et des siècles. Ils sont venus s’installer dans une région où, autrefois, les Foulbe (Peuls) nomades
transhumaient avec leurs bœufs. Dans cette région, on trouve également d’autres ethnies. Comme l’a
souligné notre informateur, le migrant à son installation, défriche rapidement pour pratiquer différentes
cultures. La première année, on vend le bois pour vivre.
Nous aborderons en premier lieu le mode d’installation, puis l’accès à la terre et le droit foncier des
migrants, mais aussi des populations d’origine. Nous décrirons ensuite la nouvelle utilisation de l’espace
et les intérêts mis en jeux par les différents groupes ethniques. Enfin, nous conclurons sur la place des
populations originaires de la région, les Foulbe nomades.
3 Au fil du temps, il m’est apparu qu’il y a aussi des raisons religieuses à cette l’installation permanente. Autrefois, du temps de la
transhumance, les gens étaient aussi Musulmans, mais il est facile d’oublier de prier quand on déménage constamment. Dans le
village, ils ont construit une mosquée tout de suite après l’installation. Il y a également un Marabout, une école coranique et un
Pullo Daneejo, qui a fait le pélerinage à la Mecque l’an dernier.
4 Campbell (1980), par exemple, note qu’à Magoumaz et Koza, c’est le fils le plus jeune qui hérite du titre de chef et des terres,
mais qu’à Djinglya c’est le fils aîné.
5 La signification littérale de ce mot est « chien ».
6 Les Foulbe venus de Maiduguri, au Nigeria, ont été les premiers à s’installer sur le plateau de Mokolo, avec l’aide des colons
allemands, au début du vingtième siècle. Le plateau de Midrè était encore couvert de brousse dans les années 50. Selon un
informateur, l’endroit était encore fréquenté par de nombreux animaux sauvages, comme les gazelles.
Savanes africaines : des espaces en mutation, des acteurs face à de nouveaux défis
pour devenir esclaves, comme cela était le cas auparavant. Progressivement, ils se sont installés sur les
piémonts puis dans les plaines situées à proximité des montagnes. Le système agraire intensif pratiqué
dans les montagnes, a été remplacé par un système plus extensif (Boutrais 1973 ; Fadimatou, 1997 ;
Zuiderwijk, 1998). Au bout de quelques années, quand la terre était épuisée, les agriculteurs migraient
un peu plus loin. Dans les années 50, le Gouvernement a créé un projet de ‘casiers’ ou zones d’accueil,
en divisant une région non habitée, en périmètres linéaires, et en y créant des mares (Iyebi-Mandjek,
1993)7. Plus tard, la migration a été organisée plus loin vers le sud. En 1972, la MEASVB s’est proposée
de mettre en valeur la vallée de la Bénoué. En 1987, 81 000 personnes avaient émigré, 43 000 ayant été
amenées par le projet et les autres étant venues spontanément. Le Programme pour l’alimentation
mondial (PAM) leur fournissait de la nourriture la première année. Les vagues de migration ressemblaient
un peu à celles qui avaient existé auparavant vers les piémonts.
En arrivant, les migrants défrichaient presque totalement, ne laissant aucun arbre. Ils vivaient de la vente
de bois de feu. Ils utilisaient les terres pendant quelques années, puis, quand le sol était épuisé, ils
migraient un peu plus loin. Ainsi, la plupart des premiers migrants installés à Mafa Kilda s’étaient en fait
auparavant déjà installés ailleurs, en particulier à Bibémi (situé à l’est de la route goudronnée), lieu où de
nombreux Mafa sont d’abord passés, et parmi eux le Djaouro (chef de village) de Mafa Kilda.
Mais à Bibémi, ces Mafa se sont heurtés à des problèmes avec les Foulbé nomades, ce qui les a conduit
plus loin, là où se trouvaient de nombreux immigrants tchadiens : les Lakah. Ils ont demandé un accès à
la terre à travers leur chef. Puis, après les premières installations, les vagues migratoires suivantes se sont
souvent installées grâce à une personne connue : un homme ou une femme venu des montagnes allait
rendre visite à un membre de sa famille, il y restait un certain temps, puis constatant que l’endroit lui
plaisait, faisait venir le reste de sa famille. Le Djaouro actuel était d’abord dénommé « Djaouro des
immigrants » à Bibémi. Après son déménagement vers Mafa Kilda, il a été désigné comme « Djaouro
d’ici ». Il a également installé des ‘Wakili’, des notables, pour l’assister dans son travail et pour les fêtes,
copiant ainsi le système politique hiérarchique des Foulbé8. Les différents groupes ethniques se sont ainsi
créé de petits royaumes, avec leurs jours de fêtes. Mais ils ont adopté une structure politique autre que
celle qu’ils connaissaient dans leur zone d’origine.
Comme souvent après les migrations, une église chrétienne protestante s’est installée dans le village.
Mais on trouve également un quartier islamique, où réside le marabout des musulmans Mafa du village,
qui enseigne le Coran aux enfants.
Jusqu’à maintenant, des migrants continuent à arriver, et de nouveaux métiers apparaissent. La
communauté villageoise continue donc à se former.
7 Ces casiers étaient caractérisés par un fonctionnement très dirigiste. Le système social local n’était pas pris en considération. La
plupart des règles traditionnelles, comme la rotation des cultures, n’étaient pas respectées. D’où de sérieuses dégradations des sols.
8 Avant l’arrivé des colons, les Mafas avaient un système politique décentralisé. Le père de la maison bab gay, était la plus haute
autorité. Les bi-gwali, clan dirigeant, étaient les premiers installés et occupaient le sommet de la hiérarchie, du fait du système
d’appropriation de la terre.
Savanes africaines : des espaces en mutation, des acteurs face à de nouveaux défis
Les Foulbé nomades qui viennent de se fixer doivent également se conformer au même système, qui leur
est cependant moins étranger, car ils l’ont intégré depuis longtemps11. Bien qu’ils vivent sur des terres où
leurs grands-parents faisaient déjà paître leurs animaux, ils n’ont guère de droits d’accès à la terre par droit
coutumier, contrairement à d’autres groupes ethniques dans leur région d’origine. Autrefois, les Foulbé
demandaient l’accès aux pâturages à un chef traditionnel local régnant dans la région par où ils passaient.
Comme leurs pâturages diminuent de plus en plus en faveur d’autres utilisations (zones de chasse, surtout
utilisées par les touristes européens, agriculture des migrants), ils sont perdant sur tous les plans.
Les Foulbé risquent donc, dans le futur, d’être marginalisés encore plus qu’ils ne l’étaient en tant que
nomades. En effet, auparavant, ils avaient leurs bœufs comme capital et la fierté de vivre comme leurs
ancêtres. Aujourd’hui, après sédentarisation, ils deviennent des paysans pauvres qui ne peuvent plus
guère nourrir leurs bêtes. Les ONG, les projets, l’Etat camerounais, tous prennent part à cette
marginalisation : dans les villages de migrants, des points d’eau sont installés, des écoles sont construites
et des infrastructures sont mises en place. Les Foulbé, eux, boivent toujours l’eau du mayo. Beaucoup
aimeraient envoyer leurs enfants à l’école, mais l’école (organisée par les parents) n’est qu’une ‘danki’ de
paille, dirigée par un enseignant Toupouri qui favorise plutôt les enfants de son ethnie et fait payer très
cher les parents Foulbé. Par ailleurs, comme chez ce peuple musulman il n’y a pas d’âmes à convertir,
les églises n’installent pas non plus d’infrastructures.
Nous pouvons théoriser sur toutes sortes de mutations que connaissent ces espaces et sur les nouveaux
défis que doivent relever les acteurs. Mais la réalité de terrain est celle des préférences et des intérêts des
chefs traditionnels, qui ne sont pas toujours conformes aux intérêts de l’Etat camerounais et encore moins
à ceux de la population locale.
Il existe des lois camerounaises, avec des textes réglementaires, qui garantissent à chaque individu un
minimum d’espace vital. Leur rôle dans notre région d’étude et les relations entre ces lois et le droit
coutumier seront discutés dans le paragraphe suivant.
Au Cameroun, il existe un droit foncier qui régit les relations immobilières entre les individus. Il s’agit des
ordonnances n° 74/1, 74/2 et 74/3 du 6 juillet 1974, et de leurs décrets d’applications n° 76/165,
76/166 et 76/167 du 27 avril 1976. Des modifications ont été apportées à certains articles, en particulier
par la loi n° 19 du 26 novembre 1983, qui modifie l’article 5 de l’ordonnance n° 74/1 fixant le régime
foncier. Ces multiples textes restent les seuls légalement applicables au Cameroun s’agissant des
problèmes fonciers et domaniaux.
Une appropriation complète et totale des terres se fait par l’achat d’une parcelle de terrain en vue d’en
devenir propriétaire. C’est en principe un transfert du droit de propriété d’un individu à un autre d’une
manière définitive. Au Cameroun, la propriété est le droit de jouir, de disposer des choses de la manière
la plus absolue, pourvu qu’on n'en fasse pas un usage prohibé par les lois ou par les règlements (article
544 du Code civil). Cela veut dire tout simplement que l’utilisation d’un bien ne doit pas porter préjudice
aux tiers. Un propriétaire de terre devra éviter d’empiéter sur la parcelle du voisin ou sur celle de l’Etat.
Où commencent les terres de l’Etat, celles des chefs traditionnels, celles des populations locales ? Pour
analyser les contradictions dans l’accès à la terre, on peut essayer de faire la différence entre biens
privés, biens communautaires et bien publics (van Santen, 2000). La terre de l’Etat peut être considérée
comme bien public (en fait tout le Cameroun). Les terres des Mafa et des Foulbé, dans leur région
d’origine, comme terre communautaire, et la terre acquise à titre onéreux, comme bien privé. On peut
alors considérer que les migrants sont venus s’installer sur les terres communautaires des nomades, par
l’intermédiaire de l’Etat qui les considère comme des terres publiques. Les terres privées, au sens propre
du mot, n’existent guère, puisque l’acquisition de terres à titre onéreux requiert dans le droit moderne de
11 Ailleurs j’ai expliqué la différence qui existe entre les Foulbe aristocrates qui avaient le pouvoir politique à l’époque pré-
coloniale, les Foulbe qui se sont installés plus tôt et qui sont souvent pauvres paysans, et les Foulbe nomades qui font encore
la transhumance et qui, comme montre cette recherche, sont également entrain de s’installer pour devenir de pauvres paysans
à leur tour (van Santen 2000).
12 Ce paragraphe est basé sur le travail entrepris par Mme Mbon Attiné dans le cadre de cette recherche et en co-opération
avec l’auteur de ce papier.
Conclusion
Nous avons analysé ici les migrations et l’accès à la terre dans un village de migrants au sud de Garoua,
Mafa Kilda. Beaucoup de migrants Mafa s’y sont installés par manque de terre dans leur région d’origine.
Nous avons vu comment se sont déroulées les migrations et quel était le droit foncier coutumier des
Mafa, population qui connaissait une appropriation embryonnaire de la terre.
Nous avons examiné leurs conditions d’installation dans les régions de pâturage des Foulbé nomades,
Foulbé qui, à leur tour, ont été obligés de se fixer, car confrontés à la diminution des pâturages
accessibles à leur bétail et craignant de se retrouver sans terre dans le processus d’appropriation en
cours.
Bien que l’accès à la terre puisse, en théorie, se faire selon le droit moderne ou selon le droit coutumier,
nous avons constaté que c’est cette dernière forme qui est utilisée en pratique. Nous avons vu que les
droits coutumiers des plaines du Nord-Cameroun correspondent toujours à ceux de la période pré-
coloniale où la hiérarchie traditionnelle a le dernier mot pour l’accès à la terre, malgré l’existence des
lois modernes de 1974 et la présence de l’administration de l’Etat. Les relations entre loi coutumière et
loi moderne restent complexes et chacun les conçoit à sa manière : population concernée, chefs
traditionnels et pouvoirs étatiques.
Pour comprendre l’inquiétude des Foulbé nomades concernant la perte de leurs pâturages, nous avons
distingué les biens communautaires (terres coutumières des différentes populations), biens privés (acquis
par le droit moderne), et biens publics (terres de l’Etat camerounais). Nous avons vu que les migrants ont
d’abord été introduits par des projets de l’Etat, puis ont migré spontanément dans les plaines situées aux
environs de Garoua, pour y défricher et y cultiver des espaces qui servaient jusqu’alors de pâturages aux
Foulbé nomades. Ces Fulbé nomades perdent donc l’accès à leurs biens communs dès lors que l’Etat
13 L’immatriculation au livre foncier est un acte par lequel une personne ou une chose peut être inscrite sur un registre afin
d’obtenir un numéro d’identification. Elle permet d’organiser une certaine publicité et d’appliquer un statut. Elle constitue une
preuve en cas de litige. Ensuite, il y a les conditions applicables aux biens immeubles qui déterminent quel type de terrain peut
être immatriculé. Il y a les terrains faisant l’objet d’un droit de propriété privée et les terrains dont les actes doivent être
transformés en titre foncier. Puis il y a également les dépendances du domaine national, qui ne font pas l’objet de vente par
l’Etat, et encore moins par un particulier, mais qui peuvent faire l’objet d’une immatriculation. Les personnes habilitées à
demander l’immatriculation peuvent être : des personnes physiques de nationalité camerounaise, les membres d’une collectivité
coutumière ou des migrants. Ceci est codifié par l’article 9 du décret n° 76/165, qui précise que la demande d’obtention d’un
titre foncier peut être faite par toute personne de nationalité camerounaise.
Savanes africaines : des espaces en mutation, des acteurs face à de nouveaux défis
décide de transformer ces derniers en biens publics et en donne l’accès à d’autres Il en est de même pour
les aires de chasse, mais le cas de Mafa Kilda ne relève pas directement de cette problématique14.
La nouvelle génération de migrants, qui n’a jamais, ou à peine, connu les terres des ancêtres de leurs
parents, se sent chez elle dans les « nouveaux » villages. Cependant, ils n’ont aucune preuve que les
terres qu’ils cultivent leur appartiennent et aucune garantie qu’ils pourront en hériter de leurs parents. Les
dispositifs légaux modernes ne sont pas appliqués parce qu’ils sont longs et coûteux. Sur la base des lois
coutumières, ils n’ont pas non plus de droit sur ces terres. Ils dépendent donc de la volonté du chef
traditionnel de la région. Les droits coutumiers des populations nomades n’étant pas non plus reconnus,
tous les habitants se retrouvent simples usufruitiers de leurs terres, sans aucun droit permanent
d’occupation reconnu.
Pour faciliter une bonne cohabitation de ces diverses populations, qui sont condamnés à vivre ensemble
– et le font d’ailleurs d’une façon assez paisible en général, il faudrait d’une part reconnaître les droits
coutumiers des Foulbé nomades sur cette région et leur garantir des espaces de pâturage pour le futur, et
d’autre part, stabiliser les droits fonciers des migrants actuels, pour qu’ils puissent gérer leur terre d’une
manière plus durable et puissent investir dans un système agricole intensif, comme le faisaient leurs
ancêtres dans les Monts Mandara.
Nous pouvons théoriser sur toute sorte de mutations des espaces et sur les nouveaux défis que doivent
relever les acteurs. Mais la réalité est qu’aujourd’hui ces espaces dépendent des intérêts d’acteurs qui
n’ont pas toujours comme préoccupation le bien-être des populations. Mieux réglementer l’accès à la
terre dans des régions où l’occupation de sol change rapidement est une nécessité, non seulement pour
permettre une meilleure gestion du territoire, mais aussi pour éviter des conflits dans un avenir proche.
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14 Il en est de même pour les aires de chasse, mais Mafa Kilda ne relève pas directement de cette problématique.
Savanes africaines : des espaces en mutation, des acteurs face à de nouveaux défis