Diagonalisation et trigonalisation des matrices
Diagonalisation et trigonalisation des matrices
Pour ce cours il est important de connaı̂tre le théorème donnant les divers critères de diago-
nalisation des endomorphismes, (savoir calculer les sous-espaces propres d’un endomorphisme),
le théorème de Caylay-Hamilton, le théorème de trigonalisation, et de savoir les pratiquer sur des
exemples de taille 2, 3, éventuellement 4. On ne demande pas de connaı̂tre les démonstrations
de ces théorèmes, mais par contre de savoir les appliquer (diagonaliser ou trigonaliser sur des
exemples simples de taille ≤ 4). En complément (hors programme) : le théorème de Jordan en
rapport avec la trigonalisation.
Definition. 1.1. Soit u ∈ L(E). On dit que λ ∈ K est valeur propre de u si ∃x ∈ E, x 6= 0, t.q.
u(x) = λx. On note σ(u) l’ensemble des valeurs propres de u.
Proposition. 1.5. Les sous espaces propres Eλi sont en somme directe : pour tout (λ1 , . . . , λr )
distincts dans σ(u),
Eλ1 + · · · + Eλp = Eλ1 ⊕ · · · ⊕ Eλp .
1
On calcul |Rθ −xI| = (x−cos(θ))2 +sin(θ)2 . Pour sin(θ) 6= 0, il n’y a pas de valeur propre dans R.
par contre on trouve ±iθ
dans C les valeurs propres e , et les sous espace propres correspondants
1
Ee±iθ = C .
∓i
Exemple 3 : Soit u representé dans la base canonique par la matrice suivante :
cos(θ) sin(θ)
Sθ = .
sin(θ) − cos(θ)
cos(θ/2) − sin(θ/2)
On trouve deux valeurs propres ±1. Soit v1 = , et v2 = . On
sin(θ/2) cos(θ/2)
constate
E1 = V ect(v1 ) etl E−1 = V ect(v2 ). Dans la base F = (v1 , v2 ), M atF (u) =
que
1 0
. On constate de plus que la base F est orthonormée. Cette matrice est la symétrie
0 −1
orthogonale par rapport à la droite vectorielle d’angle θ/2.
Definition. 1.6 (Sous-espaces stables). Soit F un sev de E. On dit que F est stable par u si
u(F ) ⊂ F . On note alors v = u|F ∈ L(F ) l’endomorphisme de F t.q. v(x) = u(x) ∀ x ∈ F .
où B11 ∈ Mp (K), B22 ∈ Mn−p (K). Le bloc B11 est la représentation matricielle de l’operateur
v = u|F dans la base (f1 , . . . , fp ). En particulier, ∃P ∈ GLn (K),
B11 B12
A=P P −1
0 B22
Dans ce cas on voit que PA (x) = PB11 (x)PB22 (x), et PB11 (x) divise PA (x). 2
Dans F = Eλ , de dimension dim(Eλ ), on constate que v = u|F = λId sur F , et donc que
Pv (x) = (λ − x)dim(Eλ ) .
Corollaire. 1.8. Pour tout λ ∈ σ(u), 1 ≤ dim(Eλ ) ≤ α(λ), où α(λ) est la multiplicité de λ
dans Pu (x).
Remarque. 1.10. On note qu’il existe un premier entier k ≥ 1 t.q. (x, u(x), . . . , uk−1 (x)) libre
et (x, u(x), . . . , uk (x)) liée. Alors
2
De plus, F = hxi est un sev stable par u. On a uk (x) ∈ F , donc ∃ (α0 , . . . , αk−1 ) t.q.
k−1
X
k
u (x) = αi ui (x).
i=0
La matrice de u dans la base B = (uk−1 (x), uk−2 (x), . . . , u(x), x) s’écrit alors
αk−1 1 0 . . . 0
..
αk−2 0 . . . . . .
.
.
B = M atB (u) = .. ..
. 1 0
0 1
α0 0 . . . 0 0
2 Polynômes d’endomorphisme
Definition. 2.1 (Polynome d’endomorphisme). Soit un polynome P ∈ Kn [X] :
X
P (x) = ai xi = an xn + · · · + a1 x + a0 ,
i
Preuve : soit x 6= 0. On montre que sur F = hxi, sous espace stable par u, Pv (u)(x) =
Pv (v)(x) = 0 où v = u|F , en utilisant la remarque 1.10. Mais Pv div Pu : ∃ Q ∈ K[x], Pu (x) =
Q(x)Pv (x). Donc Pu (u)(x) = Q(u)o Pv (u)(x) = 0. Ainsi Pu (u) est l’endomorphisme nul. 2
Remarque : on montre aussi qu’il existe un polynôme de plus petit degré, unitaire, qui annule
u (appelé le polynome minimal). Tout polynôme qui annule u est nécessairement un multiple
du polynôme minimal.
Remarque : une preuve plus directe pourrait aussi s’obtenir en utilisant le fait que u est
trigonalisable dans C (voir partie trigonalisation).
3
3 Diagonalisation
Definition. 3.1 (Endomorphismes diagonalisables).
• On dit qu’un endomorphisme u est diagonalisable s’il existe E = (e1 , . . . , en ) une base de E,
et des scalaires µ1 , . . . , µn dans K tels que
∀i, u(ei ) = µi ei .
• On dira de même qu’une matrice A est diagonalisable si elle est semblable à une matrice
diagonale : ∃P ∈ GLn (K), et ∃∆ diagonale,
A = P ∆P −1 .
On a les équivalences
4 Trigonalisation
Definition. 4.1. 1) On dit qu’une matrice A = (aij ) de Mn (K) est triangulaire supérieure si
aij = 0 pour tout i > j.
2) On dit qu’un endomorphisme u est ”triangulable” (ou ”trigonalisable”) s’il existe une base
dans laquelle la matrice de u est triangulaire supérieure.
En particulier, étant donné une base B, u un endomorphisme et A = M atB (u), alors u est
trigonalisable si, et seulement si, il existe T triangulaire supérieure et P ∈ GLn (K) telles que
A = P T P −1 .
Théorème. 4.2. Soit A une matrice de Mn (K), K = R ou C. On suppose que PA (x) est scindé.
Alors A est triangulable.
4
(Preuve par récurrence).
Dans C le polynôme caractéristique est toujours scindé,
et donc toute matrice est trigona-
0 1
lisable. Dans R ce n’est pas toujours le cas. Ex : A = , A = Rθ avec sin(θ) 6= 0,
−1 0
a b
A= avec b 6= 0, etc.
−b a
On peut préciser ce théorème (voir le théorème de Jordan).
3 −1
Exercice. Trigonaliser la matrice A = . (On pourra même trouver une base B dans
1 1
1 1
laquelle M atB (A) = .)
0 1
où Fλi = Ker(u − λi 1)αi . Fλi est appelé le sous espace caractéristique associé à la valeur propre λi .
Application : Si Pu est scindé alors u est trigonalisable par r blocs de tailles αi avec dans chaque bloc
i, sur la diagonale, uniquement la même valeur propre λi . En effet, on utilise que E = ⊕i Fλi , avec Fλi
qui est stable par u. Dans chaque Fλi on peut trouver une base qui trigonalise u|Fλi . De plus, dans Fλi ,
si v = u − λi 1 alors v αi = 0 (par définition de Fλi ). Ainsi 0 est la seule valeur propre de v, puis λi est la
seule valeur propre de u (dans Fλi ). On en déduit le résultat.
Pour la démonstration du théorème de décomposition, on commence par demontrer que les Fλi sont
en somme directe, et stables par u :
Lemme. 5.2.
Fλ1 + · · · + Fλr = Fλ1 ⊕ · · · ⊕ Fλr
Preuve : Notons que la preuve classique utilise le ”Théorème du Ker” (voir la partie ”Complément :
preuve classique”). On propose ici une preuve élémentaire.
Dans le cas r = 2, il suffit de montrer que Fλ1 ∩ Fλ2 = {0}. Dans le cas r ≥ 2, on suppose qu’on a
une combinaison linéaire nulle suivante :
x1 + · · · + xr = 0,
entier t.q. v k (x1 ) = 0 (donc v k−1 (x1 ) 6= 0). Donc aussi 0 = P (v)v k−1 (x1 ) = a0 v k−1 (x1 ). Donc a0 = 0,
contradiction. On a prouvé que x1 = 0. De meme on montre xi = 0, ∀i. 2
Il est utile de remarquer que les Fλi sont stables par u :
Lemme. 5.3.
u(Fλi ) ⊂ Fλi , ∀i.
Reste à démontrer
5
Q (x−λk )αk
Soit Qi (x) = k6=i (λi −λk )αk . On considère la famille de polynomes suivant :
En particulier pour x = λi , on obtient déjà βi0 = 0. On observe aussi que pour j 6= i, les αi − 1
premières dérivées des Qj sont nulles en x = λi . Montrons alors par récurrence P que βik = 0 pour
k = 0, . . . , αi − 1 : En supposant que βi0 = βi1 = · · · = βi,k−1 , on observe que j=0,...,αi −1 βij Lij (x) =
βik (x − λi )k Qi (x) + βi,k+1 (x − λi )k+1 Qi (x) + · · · . En notant L(x) = i,j βij Lij (x), on obtient donc
P
dL d X
0= (λi ) = k βij Lij (λi ) = βik k!Qi (λi ).
dxk dx j=0,...,αi −1
γij (x − λi )j , et on obtient :
P
On regroupe les termes en j : Ai (x) := 0≤j≤αi −1
X
1= Ai (x)Qi (x), ∀x.
i
Vérifions que xi ∈ Fλi . En remarquant que (x − λi )αi Qi (x) = ±Pu (x), et en utilisant Caylay-Hamilton :
(u − λi Id)α
i (xi ) = ±Pu (u)o Ai (u)(x) = 0.
6
Théorème. 6.1 (Théorème de Jordan). Soit u ∈ L(E), avec Pu scindé. Il existe une base de E dans
laquelle la matrice de u est diagonale par blocs de Jordan.
Cela signifie que dans une certaine base la matrice est de la forme diagonale par blocs :
Bλ1 0 ... 0
.. ..
0
Bλ2 . .
. .
.. ..
0
0 ... Bλr
avec Bλi diagonale par blocs de Jordan associés à une meme valeur propre λi :
Jλi ,k1 0 ... 0
.. ..
0
Jλi ,k2 . .
Bλi =
... .. (6)
.
0
0 . . . Jλi ,kp
(pour des entiers kj qui peuvent dépendre de i). Autrement dit, les matrices Bλi n’ont que deux diagonales
non nulles, la diagonale principale, avec la valeur λi , et la premiere sur-diagonale contenant que des 0 ou
des 1.
7
7.2 *Preuve du Théorème de Jordan
Pour la preuve, on commence par le cas nilpotent. En effet, dans Fλ , v = (u − λId )F est nilpotent
λ
puisque v αi = 0.
Lemme. 7.5. Remarquons que dans Fλ , les opérateurs u et v = u − λId ont les mêmes sous-espaces
monogènes :
hxiu = hxiv , ∀x ∈ Fλ
Cela peut s’obtenir par récurrence sur dimhxi en remarquant que uk (x) = (v + λId )k (x) ∈ v k (x) +
V ect(x, . . . , v k−1 (x)).
Proposition. 7.6 (Théoreme de Jordan dans le cas nilpotent). Soit v ∈ L(F ), nilpotent, où F est un
sous-espace vectoriel de E. Alors il existe une décomposition de F en sous-espace monogènes pour v. En
particulier, il existe une base de F dans laquelle v est représenté par une matrice du type B0 :
J0,k1 0 ... 0 0 1 0 ... 0
.. .. .. .. .
. ..
0
J0,k2 . .
0 .
...
B0 = .. , avec J0,k = . .. (7)
..
.
. 1 0
0 0 1
0 . . . J0,kp 0 ... 0
| {z }
taille k
Preuve. Notons k t.q. v k = 0 et v k−1 6= 0. En particulier, il existe x 6= 0 t.q. v k−1 (x) 6= 0 et v k (x) = 0
(on a alors hxi = vect(x, v(x), . . . , v k−1 (x)), et aussi k = maxx∈F dimhxi).
On note l’adjoint de v l’application lineaire notée v ∗ : F → F telle que :
ha, v ∗ (b)i = hv(a), bi, ∀a, b ∈ F
On vérifie que (uo v)∗ = v ∗ o u∗ , si v ∗ (G) ⊂ G avec G sous espace vectoriel de F alors v(G⊥ ) ⊂ G⊥ .
Soit y = v k−1 (x) 6= 0. On a aussi (v ∗ )k−1 (y) 6= 0 car hx, (v ∗ )k−1 (y)i = hv k−1 (x), yi = kyk2 6= 0. On
considère hyiv∗ . Remarquons
L que (v ∗ )k = (v k )∗ = 0. Donc dimhyi = k. On pose G = hyi⊥ . On vérifie
hxi ∩ G = {0}, puis hxi G = F (par un argument de dimension). Enfin v(G) ⊂ G (car hyiv∗ stable par
v ∗ ). On conclu par récurrence en appliquant la décomposition au sous espace G. 2
Comme dans Fλ les sous-espaces monogènes pour u comme pour v sont les mêmes, on obtient dans
la même base pour l’opérateur u (qui correspond à v + λId ) une représentation matricielle de la forme
Bλ .
Preuve du Th. de Jordan, cas général. On utilise que E = ⊕i Fλi . Fλi est stable par u, dans chaque
Fλi on trouve une décomposition de v = u − λi 1 (qui est nilpotent) en blocs de Jordan, avec des zeros
sur la diagonale. De même, donc, pour u = v + λi , avec des λi sur la diagonale. On en déduit le résultat.
2.
8
Pr
Finalement, le fait que E = i=1 Fλi correspond à une décomposition astucieuse de x dans les Fλi qui
s’obtient en regardant la preuve du Th. de Bezout.