Victor Hugo : Vie et Œuvre Littéraire
Victor Hugo : Vie et Œuvre Littéraire
est un poète, dramaturge, écrivain, romancier et dessinateur romantique français, né
le 26 février 1802 (7 ventôse an X) à Besançon et mort le 22 mai 1885 à Paris. Il est considéré comme
l'un des plus importants écrivains de la langue française. Il est aussi une personnalité politique et
un intellectuel engagé qui a eu un rôle idéologique majeur et occupe une place marquante dans
l'histoire des lettres françaises au XIXe siècle.
Au théâtre, Victor Hugo s'est imposé comme un des chefs de file du romantisme français en présentant
sa conception du drame romantique dans les préfaces qui introduisent Cromwell en 1827,
puis Hernani en 1830, qui sont de véritables manifestes, puis par ses autres œuvres dramatiques, en
particulier Lucrèce Borgia en 1833 et Ruy Blas en 1838.
Son œuvre multiple comprend aussi des écrits et discours politiques, des récits de voyages, des
recueils de notes et de mémoires, des commentaires littéraires, une correspondance abondante, près
de quatre mille dessins dont la plupart réalisés à l'encre, ainsi que la conception de décors intérieurs et
une contribution à la photographie.
Très impliqué dans le débat public, Victor Hugo a été parlementaire sous la monarchie de Juillet et
sous la Deuxième et Troisième République. Il s'est exilé pendant près de vingt ans
à Jersey et Guernesey sous le Second Empire, dont il a été l'un des grands opposants. Attaché à
la paix et à la liberté et sensible à la misère humaine, il s'est exprimé en faveur de nombreuses
avancées sociales, s'est opposé à la peine de mort et a soutenu l'idée d'une Europe unifiée.
Son engagement résolument républicain dans la deuxième partie de sa vie et son immense œuvre
littéraire ont fait de lui un personnage emblématique, que la Troisième République a honoré par
des funérailles nationales et le transfert de sa dépouille au Panthéon de Paris le 1er juin 1885, dix jours
après sa mort.
Ayant fortement contribué au renouvellement de la poésie et du théâtre et ayant marqué son époque
par ses prises de position politiques et sociales, Victor Hugo est encore célébré aujourd'hui, en France
et à l'étranger, comme un personnage illustre, dont la vie et l'œuvre ont fait l'objet de multiples
commentaires et hommages.
Biographie
Enfance et jeunesse
Dernier d'une famille de trois garçons après Abel Joseph Hugo (1798-1855) et Eugène Hugo (1800-
1837), il passe son enfance à Paris, au 8 rue des Feuillantines, dans un logement loué dans
l'ancien couvent des Feuillantines, vendu comme bien national à la Révolution. Ce séjour dans un
jardin sauvage, vestige du parc de l'ancien monastère, lui laissera des souvenirs heureux.
De fréquents séjours à Naples et en Espagne, à la suite des affectations militaires de son père,
marqueront ses premières années. Ainsi, en 1811, alors que Madame Hugo rejoint son mari, la famille
fait halte à Hernani, ville du Pays basque espagnol. La même année, il est, avec ses frères Abel et
Eugène, pensionnaire dans une institution religieuse de Madrid, le Real Colegio de San Antonio Abad4.
En 1812, il s'installe à Paris avec sa mère qui s'est séparée de son mari, car elle entretient une liaison
avec le général d'Empire Victor Fanneau de la Horie, parrain et précepteur de Victor Hugo, duquel il
tient son prénom5.
En septembre 1815, il entre avec son frère à la pension Cordier. D'après Adèle Foucher, son amie
d'enfance qui deviendra plus tard son épouse, c'est vers cet âge qu'il commence à versifier.
Autodidacte, c'est par tâtonnement qu'il apprend la rime et la mesure6. Il est encouragé par sa mère à
qui il lit ses œuvres, ainsi qu’à son frère Eugène. Ses écrits sont relus et corrigés par un jeune maître
d'études de la pension Cordier qui s’est pris d'amitié pour les deux frères7. Sa vocation est précoce et
ses ambitions sont immenses. Âgé de quatorze ans à peine, Victor note dans un journal : « Je veux
être Chateaubriand ou rien »8.
Victor Hugo portraituré par Adèle Foucher en 1820.
En 1817, Victor Hugo a quinze ans lorsqu'il participe à un concours de poésie organisé par l'Académie
française, sur le thème Bonheur que procure l’étude dans toutes les situations de la vie. Selon le récit
qu'en fait Adèle Foucher, le jury est à deux doigts de lui décerner le prix, mais le titre de son poème
(Trois lustres à peine) suggère trop son jeune âge et l’Académie croit à un canular : il reçoit seulement
une mention9. Il concourt sans succès les années suivantes mais gagne, à des concours organisés par
l'Académie des Jeux floraux de Toulouse, en 1819, un Lys d'or pour La statue de Henri IVA 1 et
une Amaranthe d'or pour Les Vierges de VerdunA 2,10, ainsi qu’une Amaranthe d'or en 1820
pour Moïse sur le Nil11,12. Ayant remporté trois prix, il devient Maître-ès-jeux floraux de 182013, suivi
par Chateaubriand l'année suivante14.
Encouragé par ses succès, Victor Hugo délaisse les mathématiques, pour lesquelles il a des aptitudes
(il suit les cours des classes préparatoires au lycée Louis-le-Grand15), et embrasse la carrière littéraire.
Avec ses frères Abel et Eugène, il fonde en 1819 une revue ultraroyaliste, Le Conservateur littéraire,
qui attire déjà l’attention sur son talent. Son premier recueil de poèmes, Odes, paraît en 1821 : il a alors
dix-neuf ans. Les mille-cinq-cents exemplaires s’écoulent en quatre mois. Le roi Louis XVIII, qui en
possède un exemplaire, lui octroie une pension annuelle de mille francs16, ce qui lui permet de vivre de
sa passion et d’envisager d’épouser son amie d’enfance Adèle Foucher5.
Jeune écrivain
Hugo commence la rédaction de Han d'Islande, publié en 1823, qui reçoit un accueil mitigé, mais vaut à
son auteur une nouvelle pension de deux mille francs. Une critique de Charles Nodier, bien
argumentée, est l’occasion d’une rencontre entre les deux hommes et de la naissance d’une amitié18.
À la bibliothèque de l'Arsenal, berceau du romantisme, il participe aux réunions du Cénacle, qui auront
une grande influence sur son développement19. Son amitié avec Nodier dure jusqu’à 1827-1830,
époque où celui-ci commence à être très critique envers les œuvres de Victor Hugo. Durant cette
période, Victor Hugo renoue avec son père20, qui lui inspirera les poèmes Odes à mon pèrea et Après
la bataille21. Celui-ci meurt en 1828.
Jusqu'en mars 1824, le couple habite chez les parents d'Adèle. Ils déménagent pour le 90 rue de
Vaugirardb, appartement où leur fille Léopoldine naît, en août 1824. L'arrivée de leur fils Charles, en
novembre 1826, fait déménager la famille l'année suivante dans une maison au 11 rue Notre-Dame-
des-Champsc.
Sa pièce Cromwell, publiée en 1827, fait éclat. Dans la préface de ce drame, Victor Hugo s’oppose aux
conventions classiques, en particulier à l'unité de temps et à l'unité de lieu, et jette les premières bases
de son drame romantique23.
Le couple reçoit beaucoup et se lie avec Sainte-
Beuve, Lamartine, Mérimée, Musset, Delacroix24. François–Victor naît en octobre 1828. En mai 1830,
la famille déménage pour la Rue Jean-Goujon. Adèle, leur dernier enfant, naît en juillet. Ils habiteront
rue Jean-Goujon jusqu'en octobre 1832.
Adèle Foucher, délaissée dans le tourbillon qui a entouré la rédaction, les répétitions, les
représentations et le triomphe d'Hernani, se rapproche du meilleur ami et confident du couple, Sainte-
Beuve, puis entretient une relation amoureuse avec lui, qui se développe durant l'année 183125. Entre
les deux hommes, les relations courtoises se maintiennent pourtant avant que leur amitié ne se
transforme en haine (Hugo songe même à le provoquer en duel) lorsqu'Adèle avoue son infidélité à son
mari. Leur liaison dure jusqu'en 1837, date à laquelle Sainte-Beuve quitte Paris pour Lausanne26.
Années « théâtre »
De 1830 à 1843, Victor Hugo se consacre presque exclusivement au théâtre. Il continue cependant
d'écrire des poèmes pendant cette période et en publie plusieurs recueils : Les Feuilles
d'automne (1831), Les Chants du crépuscule (1835), Les Voix intérieures (1837), Les Rayons et les
Ombres (1840).
Déjà en 1828, il avait monté une œuvre de jeunesse Amy Robsart. L'année 1830 est celle de la
création d’Hernani, qui est l'occasion d'un affrontement littéraire fondateur entre anciens et modernes.
Ces derniers, au premier rang desquels Théophile Gautier, s'enthousiasment pour cette œuvre
romantique. Le 25 février 1830, la pièce est jouée au Théâtre-Français. Dès les premiers vers, les
querelles se font entendre dans le parterre. Rapidement les romantiques et les anciens se battent et se
défendent. Ce combat qui restera dans l'histoire de la littérature sous le nom de « bataille d'Hernani »,
souligne le triomphe de la pièce27.
Marion de Lorme, interdite une première fois en 1829, est montée en 1831 au Théâtre de la Porte-
Saint-Martin, puis, en 1832, Le roi s'amuse au Théâtre-Français. La pièce sera dans un premier temps
interdite, fait dont Hugo s'indignera dans la préface de l'édition originale de 183228.
En 1833, il rencontre l'actrice Juliette Drouet, qui devient sa maîtresse et le restera pendant cinquante
ans, jusqu'à sa mort. Il écrira pour elle de nombreux poèmes. Tous deux passent ensemble chaque
anniversaire de leur première nuit d'amour et remplissent, à cette occasion, année après année, un
cahier commun qu'ils nomment tendrement le Livre de l'anniversaired,29,30. Il aura cependant de
nombreuses autres maîtresses31, parmi lesquelles Léonie d'Aunet avec qui il entretiendra une liaison
de 1844 à 1851, et l'actrice Alice Ozy en 1847, alors même que son fils Charles en était l'amant32.
Victor Hugo accède à l'Académie française le 7 janvier 1841, après trois tentatives infructueuses
essentiellement dues à certains académiciens menés entre autres par Étienne de Jouye, opposés au
romantisme et le combattant férocement34. Il y prend le fauteuil (no 14) de Népomucène Lemercier,
l'un de ces opposants.
Puis, en 1843, est montée la pièce Les Burgraves, qui ne recueille pas le succès escompté. Lors de la
création de toutes ces pièces, Victor Hugo se heurte aux difficultés matérielles et humainesf. Ses
pièces sont régulièrement sifflées par un public peu sensible au drame romantique, même si elles
reçoivent aussi de la part de ses admirateurs de vigoureux applaudissements35.
Action politique
Victor Hugo
Victor Hugo, député de l'Assemblée nationale, 1849.
Fonctions
Sénateur de la Seine
30 janvier 1876 – 22 mai 1885
(9 ans, 3 mois et 22 jours)
Élection 30 janvier 1876
Réélection 8 janvier 1882
Groupe politique Extrême gauche
Député de la Seine
8 février – 1er mars 1871
(21 jours)
Élection 8 février 1871
Groupe politique Extrême gauche
4 juin 1848 – 2 décembre 1851
(3 ans, 5 mois et 28 jours)
Élection 4 juin 1848
Réélection 13 mai 1849
Groupe politique Droite
Pair de France
1845 – 1848
Biographie
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Élevé par sa mère, Sophie Trébuchet, dans l'esprit du royalisme, Victor Hugo se laisse peu à peu
convaincre de l'intérêt de la république (« J'ai grandi », écrit-il dans le poème « Écrit en 1846 »39 en
réponse au reproche d'un ami de sa mère).
Victor Hugo devient ainsi confident de Louis-Philippe en 1844, puis pair de France en 1845. Son
premier discours en 1846 est pour défendre le sort de la Pologne écartelée entre plusieurs pays40,
puis en 1847, il défend le droit au retour des bannis, dont celui de Jérôme Napoléon Bonaparte41.
Il réclame la diminution du temps de travail des enfants, de 16 heures à 10 heures, mais sa proposition
est contrée par le baron Louis Jacques Thénard dont il se vengera en formant le nom des Thénardier,
ses personnages les plus détestables des Misérables.
Le 25 février 1848, il est nommé maire du 8e arrondissement de Paris. Après un premier échec, il est
élu le 4 juin député de la deuxième République et siège parmi les conservateurs. Le 20 juin, il prononce
son premier discours à l'Assemblée. Lors des émeutes ouvrières de juin 1848, il devient, comme
soixante autres, commissaire chargé par l’Assemblée Constituante de rétablir l’ordre. Il commande des
troupes face aux barricades, dans l'arrondissement parisien dont il se trouve être le maire42. Il
désapprouvera plus tard la répression sanglante à laquelle il a participé43. Il fonde le
journal L'Événement44 en août 1848. Il est déçu par les autorités issues de la Révolution de février et
les lois répressives, que vote l’assemblée constituante contre la presse les 9 et 11 août, le révulsent et
lui font dire : « Les hommes qui tiennent le pays depuis février ont d’abord pris l’anarchie pour la
liberté ; maintenant ils prennent la liberté pour l’anarchie »45. Il soutient la candidature de Louis-
Napoléon Bonaparte, élu président de la République en décembre 1848. Après la dissolution de
l'Assemblée nationale, il est élu le 13 mai 1849 à l'Assemblée législative et prononce son Discours sur
la misère le 9 juillet 184946. Il rompt avec Louis-Napoléon Bonaparte, lorsque celui-ci soutient le
retour du pape à Rome47, et il se bat progressivement contre ses anciens amis politiques, dont il
réprouve la politique réactionnaire.
Exil
Lors du coup d'État du 2 décembre 1851 de Louis-Napoléon Bonaparte, Victor Hugo tente sans succès
d'organiser une résistance48. Devenu un opposant du pouvoir, il part le 11 décembre pour Bruxelles,
début d'un exil qui durera dix-neuf ans49. Un mois plus tard, le décret de proscription du 9 janvier 1852
ordonne l'expulsion du territoire français, pour cause de sûreté générale, de soixante-six anciens
représentants à l’Assemblée législative, dont Victor Hugo50. D'abord contraint, l'exil deviendra
volontaire en 1859, Victor Hugo refusant de rentrer en France malgré l'amnistie dont il bénéficie.
Bruxelles
La Maison du Pigeon, sur la Grand-Place de Bruxelles, où réside Victor Hugo de février à juillet 1852.
Victor Hugo arrive à Bruxelles le 12 décembre 1851 et y reste huit mois. Il loge successivement à
l’hôtel de la Porte Verte, puis dans une chambre de la Maison du Moulin à vent, sur la Grand-Place de
Bruxelles, et enfin dans un appartement de la Maison du Pigeon, également sur la Grand-Place, où il
demeure jusqu'à la fin de son séjour48,51. Parti seul pour Bruxelles, il y est rejoint le lendemain de son
arrivée par Juliette Drouet, qui apporte avec elle la malle à manuscrits, matériel précieux pour
l'écrivain48,51. Elle s'installe dans un logement séparé où elle recopie ses manuscrits48,52. Victor
Hugo commence l'écriture d'un récit des évènements du 2 décembre 1851, qui ne sera terminé et
publié qu'après son retour d'exil, sous le titre Histoire d'un crime53. Pour l'heure, il laisse de côté ce
projet et écrit Napoléon le Petit, pamphlet contre Louis-Napoléon Bonaparte54. Achevé en juillet
185255 et publié à Bruxelles le mois suivant56, l'ouvrage est diffusé clandestinement en France,
malgré la surveillance des autorités48. La publication de ce livre contraint cependant Victor Hugo à
quitter le territoire belge57. En recherche d'une nouvelle destination, il décide en avril 1852 de s'exiler
à Jersey51, île anglo-normande située entre la France et l'Angleterre, et placée sous la protection de
celle-ci. En juin 1852, Adèle Foucher, restée à Paris pour assurer les questions matérielles, met en
vente le mobilier de l'appartement parisien en vue du départ de la famille pour Jersey48,58.
Jersey
Victor Hugo quitte Bruxelles le 1er août 1852 à destination de Jersey. Il y débarque le 5 août, accueilli
par son épouse Adèle Foucher, leur fille Adèle Hugo et Auguste Vacquerie, arrivés avant lui48. Le 16
août, la famille Hugo s'installe dans une maison nommée « Marine Terrace », située dans le sud de l'île,
en bord de mer, et y réside jusqu'à la fin de l'exil à Jersey, qui dure trois ans48,51. Juliette Drouet,
arrivée en même temps que Victor Hugo, y loge dans des habitations séparées51. En novembre 1852,
Victor Hugo commence la rédaction des Châtiments, recueil de poèmes satiriques critiquant le Second
Empire et Napoléon III59. Interdit en France, le recueil est publié à Bruxelles en novembre 185348,56.
Victor Hugo écrit également plusieurs poèmes pour Les Contemplations, recueil poétique commencé
avant l'exil, qui sera publié en 185648.
L'exil à Jersey donne l'occasion à Victor Hugo d'explorer de nouvelles voies artistiques. En novembre
1852, son fils Charles installe un atelier de photographie à « Marine Terrace ». Charles
Hugo et Auguste Vacquerie prennent plus de trois cents photographies pendant l'exil à Jersey,
témoignage de la vie des proscrits60,61. S'il ne les réalise pas lui-même, Victor Hugo participe souvent
à leur mise en scène61,62,63 et prévoit d'en utiliser pour illustrer ses livres64 et même d'en publier un
recueil48, projets qui ne pourront pas se concrétiser60. Il utilise des photographies ou s'en inspire pour
exécuter ses dessins61, dont la production est d'une grande diversité pendant cette période, avec
l'expérimentation de nouvelles techniques graphiques, comme les pochoirs65. En septembre
1853, Delphine de Girardin initie les membres de la famille Hugo à la pratique des "tables parlantes",
qui permettent de "communiquer" avec l'esprit de personnes décédées. Victor Hugo prend part à ces
séances, qui dureront jusqu'à la fin de l'exil à Jersey48,51,66. Les échanges issus de ces séances,
retranscrits dans Le livre des tables, influencent son œuvre littéraire et graphique66,67.
Victor Hugo poursuit son combat contre la peine de mort en s'opposant à l'exécution de John Tapner,
condamné à mort à Guernesey pour meurtre et finalement exécuté le 10 février 1854. Le lendemain, il
écrit une lettre à Lord Palmerston, ministre de l'Intérieur anglais, pour exprimer son indignation48,68.
Marqué par cet évènement, il réalise Le Pendu, série de dessins emblématiques de sa lutte contre la
peine capitale69.
En octobre 1855, trois proscrits français sont expulsés de Jersey par les autorités britanniques, après
avoir publié dans leur journal L'Homme, un texte s'opposant à la visite officielle de la reine
Victoria à Napoléon III. Le 17 octobre 1855, Victor Hugo publie avec d'autres proscrits une déclaration
de soutien à leurs compagnons d'exil, ce qui amène les autorités à ordonner également leur expulsion
de Jersey. Le 31 octobre 1855, Victor Hugo s’embarque pour l'île voisine de Guernesey48,51,70.
Guernesey
Arrivé le 31 octobre 1855 sur l'île de Guernesey71, Victor Hugo loge d'abord à l'Hôtel de l'Europe puis,
à partir du 9 novembre, dans une maison située 20 rue Hauteville où il reste pendant un an51 et qu'il
achètera dix ans plus tard avec Juliette Drouet, qui y logera71,72. Il achève Les Contemplations, qui
paraît en avril 1856 à Bruxelles et à Paris57,73. Grâce au succès de ce recueil de poèmes57,74, il
achète, dans la même rue, le 16 mai 1856, « Hauteville House »51, qui sera sa résidence pendant près
de quinze ans, jusqu'à la fin de son exil74. La famille y emménage le 5 novembre 185651. Passionné
de brocante et de décoration, Victor Hugo se consacre pendant trois ans à l'aménagement de
« Hauteville House »57, qu'il personnalise entièrement, concevant et réalisant lui-même les décors
intérieurs75, composés à partir de meubles et objets collectés sur l'île73. Pendant cette période, il
aménage en même temps « La Fallue », première maison de Juliette Drouet à Guernesey57, située à
proximité de « Hauteville House »76.
Victor Hugo dénonce le sac du Palais d'Été (octobre 1860) par les troupes franco-britanniques dans
une lettre au capitaine Butler du 25 novembre 186180'81'82.
À partir de 1861, Victor Hugo reprend ses habitudes de voyages annuels avec Juliette Drouet, dont le
dernier remonte à dix-huit ans83. Chaque année jusqu'à la fin de son exil en 1870, ils passent plusieurs
mois sur le continent, principalement en Belgique, au Luxembourg et dans la vallée du Rhin83. Ces
séjours sont des moments de création intense pour Victor Hugo, aussi bien pour ses romans et ses
poèmes que pour ses dessins83. Il visite des monuments et collecte toute sorte d'objets qui lui servent
pour concevoir des décors et alimenter ses carnets83. En 1864, il achète avec Juliette Drouet la
maison située 20 rue Hauteville, où il avait habité huit ans auparavant et où cette dernière habite
désormais72. Il réalise les décors de la maison à partir de mobilier, panneaux et objets récupérés à
Guernesey ou lors de ses voyages avec Juliette76,84.
Vers la fin de l'exil, Victor Hugo publie de nouvelles œuvres : le recueil Les Chansons des rues et des
bois en 1865, le roman Les Travailleurs de la mer, hommage à Guernesey et à ses habitants, en 1866,
puis le roman L'Homme qui rit, en 186987. En même temps, il poursuit son combat politique et
maintient sa volonté de rester en exil tant que dure le Second Empire. En 1869, il contribue au journal
d'opposition Le Rappel, que fondent ses fils Charles Hugo et François-Victor Hugo avec Paul
Meurice et Auguste Vacquerie87,91. Rêvant d'une Europe unifiée56, il plante symboliquement le
« chêne des États-Unis d’Europe » dans le jardin de « Hauteville House », le 14 juillet 187087. Alors
que la défaite de la France dans la guerre franco-prussienne est proche, il quitte Guernesey pour
Bruxelles le 15 août 1870, en vue d'un éventuel retour en France51. Le 5 septembre 1870, lendemain
de la proclamation de la République, il rentre en France où il est accueilli comme un héros51,85.
Retour en France
De retour en France, il pense alors fermement, selon ses notes de la fin aoûtg, que son pays va lui
attribuer la dictature92. Les Parisiens lui font un accueil triomphal. Il participe activement à la défense
de la ville assiégée. Dans le même temps, il lui importe, au nom de l’intérêt du pays, de soutenir le
gouvernement de la Défense nationale présidé par le Général Trochu. Aussi, lorsque le 17 janvier
1871, Louis Blanc lui demande à nouveau d'intervenir pour exercer une pression sur le général, il
répond : « Je vois plus de danger à renverser le gouvernement qu’à le maintenir »93.
Élu à l'Assemblée nationale (siégeant alors à Bordeaux) le 8 février 1871, il en démissionne un mois
plus tard pour protester contre l'invalidation de Garibaldi. Le 13 mars, son fils Charles meurt
brusquement d'une apoplexie. Ses obsèques ont lieu le 18 mars à Paris, le jour même
du soulèvement qui marque le début de la Commune de Paris. Victor Hugo se rend ensuite
à Bruxelles pour régler la succession de son fils et y reste pendant l'insurrection. Il désapprouve si
vivement la répression contre la Commune qu'il est expulsé par les autorités belges94. C'est le Roi
Léopold II qui signe l'arrêté royal qui décide son expulsion au motif qu'il s'est rendu coupable d'avoir
accueilli en sa demeure les vaincus de la Commune95. Il trouve refuge pendant trois mois et demi
au Luxembourg (1er juin-23 septembre), séjournant successivement à Luxembourg ville,
à Vianden (deux mois et demi), à Diekirch et à Mondorf, où il suit une cure thermale. Il y achève le
recueil L'Année terrible. Il est largement battu à l'élection complémentaire du 2 juillet 1871. Sollicité par
plusieurs comités républicains, il accepte de se porter candidat à l'élection complémentaire du 7 janvier
1872 et est encore une fois battu, en raison de sa position en faveur d'une amnistie des
communards96.
Portrait de Victor Hugo par Léon Bonnat, Château de Versailles, 1879.
Le 30 janvier 1876, il est élu sénateur et milite pour l'amnistie des communards. Il s'oppose à Mac
Mahon quand celui-ci dissout l'assemblée94. Dans son discours d'ouverture du congrès littéraire
international de 1878, il se positionne pour le respect de la propriété littéraire, mais aussi pour le
fondement du domaine public. En juin 1878, Hugo est victime d'un malaise, peut-être une congestion
cérébrale97. Il part se reposer quatre mois à Guernesey dans sa demeure de Hauteville House, suivi
de son « secrétaire bénévole » Richard Lesclide98. Ce mauvais état de santé met pratiquement fin à
son activité d'écriture. Toutefois, de très nombreux recueils, réunissant en fait des poèmes datant de
ses années d'inspiration exceptionnelle (1850-1870), continuent à paraître régulièrement (La Pitié
suprême en 1879, L'Âne, Les Quatre Vents de l'esprit en 1881, la dernière série de la Légende des
siècles en septembre 1883), contribuant à la légende du vieil homme intarissable jusqu'à la morth.
Durant cette période, nombre de ses pièces sont de nouveau jouées (Ruy Blas en 1872, Marion de
Lorme et Marie Tudor en 1873, Le roi s'amuse en 1882)94.
Mort et funérailles
Jusqu'à sa mort en 1885, il est une des figures emblématiques de la république, en même temps
qu'une référence littéraire incontestéei. Le vendredi 15 mai 1885, il est victime d'une congestion
pulmonaire100. Il meurt le 22 mai 1885, jour de la fête de Juliette Drouet, dans son hôtel particulier
« La Princesse de Lusignan », qui était situé au 50 avenue Victor-Hugo, à la place de
l'actuel no 124101. Trois jours avant sa mort, il écrit cette dernière pensée : « Aimer, c’est agir »102, et
selon la légende, ses derniers mots sont : « C'est ici le combat du jour et de la nuit… Je vois de la
lumière noire »103.
Conformément à ses dernières volontésj, c'est dans le « corbillard des pauvres » qu'a lieu la
cérémonie. Le décret du 26 mai 1885, voté par 415 voix sur 418104, lui accorde des obsèques
nationales et sécularise à nouveau le Panthéon pour y déposer son corps, le 1er juin 1885105. Avant
d'y être transféré, son cercueil est exposé dans la nuit du 31 mai au 1er juin sous l'Arc de triomphe,
voilé obliquement par un crêpe noir. Des cuirassiers à cheval veillent toute la nuit
le catafalque surmonté des initiales VH, selon l'ordonnancement de Charles Garnier106. Le jour du
transfert, le cortège vers le Panthéon s'étire sur plusieurs kilomètres, avec près de deux millions de
personnes et 2 000 délégations venues lui rendre un dernier hommage107,108. Il est alors l'écrivain
français le plus populaire de son temps et est déjà considéré depuis plusieurs décennies comme l'un
des monuments de la littérature française109.
L'œuvre littéraire
Six personnages de Victor Hugo, huile sur toile de Louis Boulanger, Musée des beaux-arts de Dijon, 1853. De haut
en bas et de gauche à droite : Don Ruy Gomez, Don César de Bazan, Don Salluste, Hernani, la Esmeralda, Saverny.
L'ensemble des écrits de Victor Hugo, triés et organisés par ses exécuteurs testamentaires Paul
Meurice et Auguste Vacquerie110, a fait l'objet de plusieurs éditions complètes, représentant presque
quarante millions de caractères réunis en une cinquantaine de volumes.
« L'ensemble de mon œuvre fera un jour un tout indivisible […] Un livre multiple
résumant un siècle, voilà ce que je laisserai derrière moi111 »
Victor Hugo a pratiqué tous les genres : roman, poésie, théâtre, essai, etc. — avec une passion du
Verbe, un sens de l'épique et une imagination féconde112. Écrivain et homme politique, Victor Hugo n'a
jamais cherché à opérer une distinction entre son activité d'écrivain et son engagement113. Ainsi
mélange-t-il intimement, dans ses œuvres de fiction, développement romanesque et réflexion
politique114.
Ses écrits témoignent de ses intérêts multiples qui allaient de la science à la philosophie, de la Terre à
l’univers entier ; ils illustrent sa passion pour l'histoire tout autant que sa foi en l’avenir ; ils s'inspirent de
tout ce que Hugo voyait, entendait, vivait, de tout ce qu'il disait dans sa vie quotidienne.
Théâtre
Renouvellement du genre
Le théâtre de Victor Hugo se situe dans un renouveau du genre théâtral initié par Madame de
Staël, Benjamin Constant, François Guizot, Stendhal115 et Chateaubriand. Dans sa
pièce Cromwell qu'il sait être injouable à son époque115 (pièce de 6 414 vers et aux innombrables
personnages), il donne libre cours à son idée du nouveau théâtre. Il publie conjointement une préface
destinée à défendre sa pièce et où il expose ses idées sur le drame romantique : un théâtre « tout-en-
un »115, à la fois drame historique, comédie, mélodrame et tragédie. Il se revendique dans la lignée
de Shakespeare115, jetant un pont entre Molière et Corneille116. Il y expose sa théorie du grotesque
qui se décline sous plusieurs formes117 : du ridicule au fantastique en passant par le monstrueux ou
l'horrible. Victor Hugo écrit « Le beau n'a qu'un type, le laid en a mille »118. Anne Ubersfeld parle à ce
sujet de l'aspect carnavalesque du théâtre hugolien119 et de l'abandon de l'idéal du beau115. Selon
Victor Hugo, le grotesque doit côtoyer le sublime, car ce sont les deux aspects de la vie120.
Lors de la création de ses autres pièces, Victor Hugo est prêt à de nombreuses concessions121 pour
apprivoiser le public et le mener vers son idée du théâtrek. Pour lui, le romantisme est le libéralisme en
littérature122. Ses dernières pièces, écrites durant l'exil et jamais jouées de son vivant, sont d'ailleurs
réunies dans un recueil au nom évocateur Théâtre en liberté. Le théâtre doit s'adresser à tous :
l'amateur de passion, celui de l'action ou celui de la morale116,l. Le théâtre a ainsi pour mission
d'instruire, d'offrir une tribune pour le débat d'idées et de présenter « les plaies de l'humanité avec une
idée consolante123 ».
Victor Hugo choisit de situer ses pièces principalement dans les XVIe et XVIIe siècles, se documente
beaucoup avant de commencer à écrire124, présente souvent une pièce à trois pôles : le maître, la
femme, le laid125 où se confrontent et se mélangent deux mondes : celui du pouvoir et celui des
serviteursm, où les rôles s'inversent (Ruy Blas, serviteur, joue le rôle d'un grand d'Espagne), où le
héros se révèle faible et où le monstre a une facette attachanten.
Victor Hugo préfère écrire avec l'alexandrin auquel il donne cependant, quand il le souhaite, une forme
plus libre126 et rares sont ses pièces en prose (Lucrèce Borgia, Marie Tudor).
Controverses
Victor Hugo, s'il possède d'ardents défenseurs de son théâtre comme Théophile Gautier, Gérard de
Nerval, Hector Berlioz, Petrus Borel, etc.127, a aussi rencontré de nombreuses difficultés dans la
présentation de ses pièces.
La première est une opposition politique. Sa remise en question des représentants du pouvoir ne plaît
pas, Marion de Lorme est interdite, le Roi s'amuse l'est aussi après sa première représentation,
Les Ultras attaquent Ruy Blas128.
La seconde est la contrainte économique : il n'existe sur Paris que deux théâtres susceptibles de
représenter le drame, le Théâtre-Français et le théâtre de la Porte-Saint-Martin. Ces deux théâtres
subventionnés ne roulent pas sur l'or et sont tributaires des subsides de l'État. Leurs directeurs hésitent
à prendre des risques33. Victor Hugo se plaindra du manque de liberté qu'ils offrent129. C'est une des
raisons qui lui font entreprendre l'aventure du théâtre de la Renaissance.
La troisième et la plus importante est une opposition du milieu artistique lui-même. Les artistes et les
critiques de son époque sont pour beaucoup hostiles à la transgression des codes culturels que
représente le théâtre de Victor Hugo. Ils approuvent les grandes pensées qui élèvent l'âme, mais
s'insurgent contre tout ce qui relève du grotesque, du vulgaire, du populaire ou du trivial130. Ils ne
supportent pas tout ce qui est excessif, lui reprochent son matérialisme et son absence de morale131.
Ils critiquent vigoureusement chaque pièce présentée et sont souvent à l'origine de leur arrêt
prématuré. Le Roi s'amuse ne fut représenté qu'une seule foiso, Hernani, pourtant forte de cinquante
représentations à succès ne fut pas reprise en 1833, Marie Tudor n'est joué que 42 fois132, Les
Burgraves sont un échec et sont retirés de l'affiche après trente-trois représentations133. Ruy Blas est
un succès financier, mais est boudé par la critique134. Balzac envoya à Madame Hanska un
commentaire au vitriol : « Ruy Blas est une énorme bêtise, une infamie en vers. Jamais l’odieux et
l’absurde n’ont dansé de sarabande plus dévergondée. Il a retranché ces deux horribles vers : ...
Affreuse compagnonne/Dont la barbe fleurit et dont le nez trognonne. Mais ils ont été dits pendant deux
représentations. Je n’y suis pas encore allé : je n’irai probablement pas. À la quatrième représentation,
où le public est arrivé, on a sifflé d'importance »135.
Victor Hugo, assis sur les conventions (l'Académie française et le Théâtre français).
Postérité
Le théâtre de Victor Hugo a été peu joué dans la première moitié du XXe siècle136,137. Il est remis au
goût du jour par Jean Vilar en 1954 qui monte successivement Ruy Blas et Marie Tudor. D'autres
metteurs en scène suivent qui font revivre Lucrèce Borgia (Bernard Jenny), Les
Burgraves et Hernani (Antoine Vitez), Marie Tudor (Daniel Mesguich), les pièces du Théâtre en
liberté (L'Intervention, Mangeront-ils?, Mille Francs de récompense…) sont montées dans les années
1960 et continuent à l'être. On peut lire aujourd'hui l'ensemble de ce Théâtre en liberté dans l'édition
qu'en a procurée Arnaud Laster138. Naugrette souligne aussi les difficultés d'interprétation du théâtre
hugolien, comment n'être ni grandiloquent, ni prosaïque, mais sans fausse pudeur, comment présenter
le grotesque sans glisser vers la caricature et comment gérer l'immensité de l'espace scénique et
rappelle le conseil de Jean Vilar : « jouer sans pudeur en faisant confiance au texte de Victor Hugo ».
Poésie
Vers de jeunesse
À vingt ans, Hugo publie les Odes, recueil qui laisse déjà entrevoir, chez le jeune écrivain, les thèmes
hugoliens récurrents : le monde contemporain, l'Histoire, la religion et le rôle du poète, notamment. Par
la suite, il se fait de moins en moins classique, de plus en plus romantique, et Hugo séduit le jeune
lecteur de son temps au fil des éditions successives des Odes (quatre éditions entre 1822 et 1828).
En 1828, Hugo réunit sous le titre Odes et Ballades toute sa production poétique antérieure. Fresques
historiques, évocation de l'enfance ; la forme est encore convenue, sans doute, mais le jeune
romantique prend déjà des libertés avec le mètre et la tradition poétique. Cet ensemble permet en outre
de percevoir les prémices d'une évolution qui durera toute sa vie : le chrétien convaincu s'y montre peu
à peu plus tolérant, son monarchisme qui se fait moins rigide et accorde une place importante à la toute
récente épopée napoléonienne ; de plus, loin d'esquiver son double héritage paternel (napoléonien) et
maternel (royaliste), le poète s'y confronte et s'applique à mettre en scène les contraires (ce que l'on
appelle l'antithèse hugolienne) pour mieux les dépasser :
« Les siècles, tour à tour, ces gigantesques frères,
Différents par leur sort, semblables en leurs vœux,
Trouvent un but pareil par des routes contraires139. »
— Odes et Ballades
Puis Hugo s'éloigne dans son œuvre des préoccupations politiques immédiates auxquelles il préfère
— un temps — l'art pour l'art. Il se lance dans Les Orientales (l'Orient est un thème en vogue) en 1829
(l'année du Dernier jour d'un condamné).
Le succès est important, sa renommée de poète romantique assurée et surtout, son style s'affirme
nettement tandis qu'il met en scène la guerre d'indépendance de la Grèce (le choix de présenter
l'exemple de ces peuples qui se débarrassent de leurs rois n'est pas innocent dans le contexte politique
français) qui inspira également Lord Byron ou Delacroix.
Première maturité
Ces poésies touchent le public parce qu'elles abordent avec une apparente simplicité des thèmes
familiers ; pourtant, Hugo ne peut résister à son goût pour l'épique et le grand. Ainsi, on peut lire, dès le
début des Feuilles d'automne, les vers :
« Ce siècle avait deux ans ! Rome remplaçait Sparte
Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte »
À partir de l'exil commence une période de création littéraire qui est considérée comme la plus riche, la
plus originale et la plus puissante de l'œuvre de Victor Hugo. C'est alors que naîtront certains de ses
plus grands poèmesp.
1856 est l'année des Contemplations. Hugo déclare : « Qu'est-ce que Les Contemplations ? [...] Les
Mémoires d'une âme140. » A son éditeur Hetzel, il écrivait le 31 mai 1855 : « Il faut frapper un grand
coup et je prends mon parti. Comme Napoléon (Ier), je fais donner ma réserve. Je vide mes légions sur
le champ de bataille. Ce que je gardais à part moi, je le donne, pour que les Contemplations soient
mon œuvre de poésie la plus complète. Mon premier volume aura 4 500 vers, le second 5 000, près de
10 000 vers en tout. Les Châtiments n’en avaient que 7 000. Je n’ai encore bâti sur mon sable que des
Giseh ; il est temps de construire Chéops ; les Contemplations seront ma grande Pyramide141. »
Le succès est phénoménal. Le recueil sort le 23 avril 1856, tiré à 3 000 exemplaires. Dès le
lendemain, Paul Meurice demande à Hugo l’autorisation de procéder à un nouveau tirage, ce qui se fait
le 20 mai, à nouveau à 3 000. Entre-temps les premiers droits d’auteur permettent à Hugo d’acheter sa
maison de Hauteville-House à Guernesey142.
Apothéose lyrique, marquée par l'exil à Guernesey et la mort (cf. Pauca Meae) de la fille adorée : exil
affectif, exil politique : Hugo part à la découverte solitaire du moi et de l'univers. Le poète, tout comme
dans Les Châtiments, se fait même prophète, voix de l'au-delà, voyant des secrets de la vie après la
mort et qui tente de percer les secrets des desseins divins. Mais, dans le même temps, les
Contemplations, au lyrisme amoureux et sensuel, contient certains des plus célèbres poèmes inspirés
par Juliette Drouet. On y trouve également Demain, dès l’aube et les vers où il se représente en
révolutionnaire de la littérature : « […] sur l’Académie, aïeule et douairière, / […] je fis souffler un vent
révolutionnaire. / Je mis un bonnet rouge au vieux dictionnaire143. » Les Contemplations : œuvre
multiforme donc comme il convient aux « mémoires d'une âme »q.
Tantôt lyrique, tantôt épique, Hugo est présent sur tous les fronts et dans tous les genres: il a
profondément ému ses contemporains, exaspéré les puissants et inspiré les plus grands poètes.
Victor Hugo était convaincu que « l’élargissement de la civilisation » européenne au reste du monde
amenait la littérature à s’adresser à tous les hommes et que donc « les conditions, jadis étroites, de
goût et de langue » n’avaient plus de raison d’être. « En France, explique-t-il à l’éditeur italien
des Misérables, certains critiques m’ont reproché, à ma grande joie, d’être en dehors de ce qu’ils
appellent le goût français ; je voudrais que cet éloge fût mérité »144.
Ainsi que le rappelle Simone de Beauvoir : « Son 79e anniversaire fut célébré comme une fête
nationale : 600 000 personnes défilèrent sous ses fenêtres, on lui avait dressé un arc de triomphe.
L'avenue d'Eylau fut peu après baptisée avenue Victor-Hugo et il y eut un nouveau défilé en son
honneur le 14 juillet. Même la bourgeoisie s'était ralliée […] »145.
Romans
Victor Hugo a laissé neuf romans. Le premier, Bug-Jargal, a été écrit à seize ans ; le
dernier, Quatrevingt-treize, à soixante-douze. L'œuvre romanesque a traversé tous les âges de
l'écrivain, toutes les modes et tous les courants littéraires de son temps, sans jamais se confondre
totalement avec aucun ; en effet, allant au-delà de la parodie, Hugo utilise les techniques du roman
populaire en les amplifiant et subvertit les genres en les dépassant146 : si Han d'Islande, en
1823, Bug-Jargal, publié en 1826, ou Notre-Dame de Paris, en 1831, ressemblent aux romans
historiques en vogue au début du XIXe siècle ils en dépassent le cadre ; Hugo n'est pas Walter Scott et,
chez lui, le roman se développe vers l'épopée et le grandioser.
Le Dernier Jour d'un condamné en 1829 et Claude Gueux en 1834 engagent une réflexion directement
sociale, mais ils ne sont pas plus aisés à définir147. Pour Hugo lui-même, il faut distinguer « romans de
faits et romans d'analyse ». Ces deux derniers sont des romans à la fois historiques et sociaux, mais
sont surtout des romans engagés dans un combat — l'abolition de la peine de mort — qui dépasse de
loin le cadre de la fiction.
On peut en dire autant des Misérables, qui paraît en 1862, en pleine période réaliste, mais qui lui
emprunte peu de caractéristiques148.
Dans une lettre à Lamartine, Victor Hugo explique : « Oui, autant qu’il est permis à l’homme de vouloir,
je veux détruire la fatalité humaine ; je condamne l’esclavage, je chasse la misère, j’enseigne
l’ignorance, je traite la maladie, j’éclaire la nuit, je hais la haine. Voilà ce que je suis, et voilà pourquoi
j’ai fait Les Misérables. Dans ma pensée, Les Misérables ne sont autre chose qu’un livre ayant la
fraternité pour base et le progrès pour cime »149.
Il embarrasse encore aujourd'hui la critique, car il louvoie constamment entre mélodrame populaire,
tableau réaliste et essai didactique151.
Le roman hugolien n'est pas un « divertissement » : pour lui l'art doit en même temps instruire et
plaires et le roman est presque toujours au service du débat d'idées. Cette constante traverse les
romans abolitionnistes de sa jeunesse, elle se poursuit, dans sa maturité, au travers de ses
nombreuses digressions sur la misère matérielle et morale dans Les Misérablest.
Poète ou romancier, Hugo demeure le dramaturge de la fatalité155 et ses héros sont, comme les héros
de tragédie, aux prises avec les contraintes extérieures et une implacable fatalité ; tantôt imputable à la
société (Jean Valjean ; Claude Gueux ; le héros du Dernier jour d'un condamné), tantôt à l'Histoire
(Quatrevingt-treize) ou bien à leur naissance (Quasimodo). Le goût de l'épopée, des hommes aux
prises avec les forces de la Nature, de la Société, de la fatalité, n'a jamais quitté Hugo156 ; l'écrivain a
toujours trouvé son public, sans jamais céder aux caprices de la mode, et personne ne s'étonne qu'il ait
pu devenir un classique de son vivant157.
Textes politiques
Victor Hugo a rassemblé ses principaux discours et textes politiques dans le recueil Actes et paroles,
publié en trois volumes en 1875 et 1876, intitulés respectivement Avant l'exil, qui couvre la période de
1841 à 1851, Pendant l'exil pour les années 1852 à 1870, Depuis l'exil, pour les années qui ont suivi
son retour en France entre 1870 et 1876, auxquels s'ajoute un quatrième volume également Depuis
l'exil pour la période de 1876 à 1885.
Opposant déterminé à Napoléon III, il a écrit deux ouvrages visant directement la personne de
l'Empereur : le pamphlet Napoléon le Petit, écrit et publié en 1852 à Bruxelles, quelques mois après
son départ en exil, et Histoire d'un crime, un récit des événements du coup d'État du 2 décembre 1851,
qu'il avait commencé à écrire en 1852 et qui n'a été publié que bien plus tard, après son retour d'exil,
en 1877 et 1878.
Carnets de voyages
Victor Hugo a beaucoup voyagé jusqu'en 1871. De ses voyages, il rapporte des carnets de dessins et
des notes158,159. On peut ainsi citer le récit d'un voyage fait à Genève et dans les Alpes avec Charles
Nodier160. Il part aussi chaque année pour un voyage d'un mois avec Juliette Drouet découvrir une
région de France ou d'Europe et en revient avec notes et dessins94. De trois voyages sur le Rhin
(1838, 1839, 1840), il rapporte un recueil de lettres, notes et dessins publié en 1842 et complété en
1845161. Pendant les années 1860, il traverse plusieurs fois le Grand-Duché de Luxembourg comme
touriste, alors qu'il se rend sur le Rhin allemand (1862, 1863, 1864, 1865). De retour à Paris en 1871, il
cesse de voyager158.
Arts graphiques
Les créations picturales et graphiques de Victor Hugo, qui complètent son œuvre littéraire, sont restées
assez longtemps méconnues du grand public. Ses nombreux dessins, dont seulement certains ont été
publiés de son vivant, les décors intérieurs qu'il a conçus et son intérêt pour la photographie ont fait
l'objet d'une mise en valeur après son décès, et plus encore ces dernières décennies.
Dessins
Victor Hugo a réalisé près de 4 000 dessins162. Exclusivement destinés à ses proches ou gardés en
sa possession, ces dessins n'ont pas été exposés de son vivant, ni fait l'objet de publications, sauf
rares exceptions. Il légua tous les dessins qu'il avait conservés, avec ses manuscrits, à la Bibliothèque
nationale de France163.
Réalisant déjà des dessins dans ses jeunes années, Victor Hugo produit divers croquis et caricatures
dans les années 1830, prenant aussi l'habitude de dessiner des lieux ou monuments au crayon dans
ses carnets de voyage164. Inspiré par ses voyages sur les bords du Rhin avec Juliette Drouet entre
1838 et 1840, ses dessins prennent une nouvelle dimension, avec de nombreuses compositions à la
mine de plomb représentant des burgs typiques de la vallée du Rhin164,165. En 1850, il installe un
atelier chez Juliette Drouet et réalise de nombreux dessins de plus grand format166, représentant des
châteaux et paysages d'allure surnaturelle ou fantomatique, principalement des lavis à l'encre, parfois
rehaussés de fusain, d'aquarelle ou de gouache164,165. Pendant les années d'exil dans les îles anglo-
normandes de Jersey et Guernesey de 1852 à 1870, Victor Hugo, inspiré par la présence de la mer,
réalise des dessins presque fantastiquesu,167, dont beaucoup représentent des paysages marins, des
tempêtes et des navires en perdition, avec l'utilisation de nouvelles techniques graphiques, telles que
des pochoirs, des papiers découpés et des empreintes de dentelle164,165. La production graphique de
Victor Hugo se poursuit lorsqu'il reprend ses voyages annuels avec Juliette Drouet, en Belgique et sur
les bords du Rhin, à partir de 1861168.
•
Souvenir de Turnhout (1837)
•
Ville avec le pont de Tumbledown (1847)
•
Château dans les arbres (1850)
•
Burg entouré de maisons (1856)
•
Le burg à l'ange (1863)
•
Le rocher Ortach (1864)
•
Chat-huant dans les ruines de Vianden (1865)
•
La Durande (1866)
•
Ma destinée (1867)
•
Souvenir de Burscheid (1871)
Bien que l'œuvre picturale de Victor Hugo fut largement restée intime de son vivant, certains de ses
dessins ont été destinés à illustrer ses œuvres littéraires (dessins réalisés pour Les Travailleurs de la
mer, Le Rhin, Les Orientales et La Légende des siècles) et d'autres ont fait l'objet d'un ouvrage publié
en 1862 sous le titre Dessins de Victor Hugo164. Après sa mort, certains dessins ont été exposés dans
le cadre d'une levée de fonds en 1888 en vue de l'érection d'un monument au poète169. Ce n'est que
bien plus tard que l'œuvre picturale de Victor Hugo fit l'objet de nombreuses et
prestigieuses expositions, telles que « Soleil d'Encre » au Petit Palais lors du centenaire de sa mort en
1985170, et tout récemment, l'exposition « Victor Hugo, dessins » prévue à la Maison de Victor
Hugo en 2021. Plusieurs expositions ont aussi eu lieu à l'étranger, ainsi
à Bologne171, Bruxelles172,173, Madrid174, Zürich175, Lausanne176, New York177, Los
Angeles178 et dans plusieurs villes au Japon179.
Les surréalistes ont contribué à la redécouverte du génie pictural de Hugo chez qui ils admiraient
l'usage novateur de techniques telles que les empreintes, les tâches, le grattage, le pochoir ou la
réserve. En bon autodidacte, Victor Hugo n'hésitait pas à utiliser les méthodes les plus rustiques ou
expérimentales, mélangeant à l'encre le café noir, le charbon, la suie de cheminée, le jus de mûre,
l'oignon brûlé, la cendre de cigare, du dentifrice, peignant du bout de l'allumette ou au moyen des
barbes d'une plume, techniques similaires à celles qu'utiliseront plus tard les artistes surréalistes180.
Décors
L'activité de décorateur de Victor Hugo, concentrée pendant les années d'exil à Guernesey, peut
légitimement être considérée comme son « troisième art »84. Il commence à se livrer à cette passion
lors de l'achat de la maison de « Hauteville House » en 1856, sa résidence pendant près de quinze ans
jusqu'à la fin de l'exil et où il fera quelques séjours après son retour en France. Durant trois ans, il se
consacre presque entièrement à son aménagement intérieur, par l'achat de mobilier et la conception de
décors, composés à partir de meubles et objets collectés sur l'île57. Pendant cette période, il aménage
en même temps « La Fallue », la première maison où réside Juliette Drouet à Guernesey, à proximité
de « Hauteville House »57.
Le « salon chinois » de Hauteville Fairy, dont le décor a été entièrement conçu par Victor Hugo.
En 1864, Victor Hugo achète avec Juliette Drouet la maison située 20 rue Hauteville à Guernesey,
aujourd'hui connue sous le nom de « Hauteville Fairy » ou « Hauteville II » , où elle vécut de 1864 à
187076. Comme pour « Hauteville House », Victor Hugo réalise les décors de la maison à partir de
mobilier, panneaux et objets récupérés à Guernesey ou lors des nombreux voyages qu'il effectue avec
Juliette en Europe continentale à partir de 186184. Les décors chinois de la salle à manger ont été
entièrement conçus et imaginés par Victor Hugo et réalisés par des ouvriers sous sa direction72.
Beaucoup des décors de « Hauteville Fairy », comme ceux de « Hauteville House », se caractérisent
par l'association de multiples éléments, comme des fragments de coffres, de meubles, de carreaux ou
de faïence, parfois issus d'univers très différents, tels que des éléments décoratifs chinois et
gothiques84,75.
Les décors de « Hauteville Fairy » ont été démontés et installés dans la pièce connue comme le
« salon chinois », dans la Maison de Victor Hugo à Paris, à l'initiative de Paul Meurice, qui les a
rachetés à l'héritier de Juliette Drouet72, tandis que les décors de Hauteville House, restés en l'état,
sont accessibles au public à Guernesey.
Photographie
Victor Hugo sur le rocher des Proscrits, photographie de Charles Hugo, musée d'Orsay, vers 1853.
Pendant les trois années d'exil à Jersey, entre trois cents cinquante et quatre cents photographies sont
prises par Charles Hugo et Auguste Vacquerie, ami proche de la famille qui habite aussi à Marine
Terrace, ainsi que certaines par François-Victor Hugo61. S'il ne réalise pas lui-même les
photographies, Victor Hugo participe activement à leur mise en scène, dirigeant les séances de prises
de vue62,63, choisissant les cadrages et les poses183.
Plusieurs photographies des membres de la famille Hugo et d'autres exilés sont réunies dans des
albums, connus comme les « Albums des proscrits », remis à des proches de la famille en souvenir de
ces années d'exil, témoignages précieux sur la vie des proscrits à Jersey. Certains de ces albums,
agrémentés de collages et décorations, sont de véritables œuvres d'art, comme l'« Album Allix » qui
fixe l'amitié des Hugo pour Augustine Allix.
Victor Hugo et Auguste Vacquerie, qui prit de nombreuses photographies pendant les années d'exil.
Victor Hugo envisage aussi de composer un ouvrage constitué de clichés des paysages des îles anglo-
normandes et d'utiliser des portraits photographiques pour illustrer ses œuvres littéraires63. Ces projets
ne se concrétisèrent pas, principalement en raison de la réticence des éditeurs63, et la plupart de ces
photographies resteront dans l'intimité de la famille Hugo et de son entourage pendant plusieurs
décennies.
Cette activité se poursuit à Guernesey à partir de 1855, un atelier photographique étant aménagé
à Hauteville House. En 1860, les photographes Leballeur et Auzou sont invités à réaliser des vues
stéréotypiques de la maison. Edmond Bacot, qui avait aidé Charles Hugo à se former à la
photographie, se rend à Hauteville House du 28 juin au 15 juillet 1862 et réalise cinquante-sept clichés
de la maison et des occupants184. D'autres, comme Arsène Garnier185 et Henry Mulling prennent
aussi des portraits du poète. En 1862, à Bruxelles, Hugo fait la connaissance de Nadar, qui laissa de
nombreux portraits de Victor Hugo dans ses dernières années. Il sera également photographié
par Étienne Carjat et Bertall, autres grands photographes de l'époque.
Victor Hugo avait conscience que la photographie pouvait jouer un rôle considérable pour établir son
image de banni courageux fidèle à son pays et contribuer, dans le même temps, à la promotion de son
œuvre en offrant à ses lecteurs le visage de son auteur 186.
Convictions personnelles
Carrière politique
Les représentants représentés, caricature de Victor Hugo par Daumier, 1849, après l'élection de l'écrivain à
l'Assemblée constituante.
Homme de lettres engagé, Victor Hugo s'est impliqué pendant toute sa vie dans le débat politique187.
D'abord de conviction royaliste puis bonapartiste, il fut dans la deuxième partie de sa vie un républicain
convaincu. Il s'est vu reprocher son opportunisme politique, ayant changé à plusieurs reprises de bord
politique au cours de sa carrière188, comme il l'écrivait lui-même en 1850 (texte publié dans Actes et
paroles)189 :
« Voici les phases successives [sic] que ma conscience a traversées en avançant
sans cesse et sans reculer un jour – je me rends cette justice – vers la lumière :
1818, royaliste ; 1824, royaliste libéral ; 1827, libéral ; 1828, libéral socialiste ; 1830,
libéral, socialiste et démocrate ; 1849, libéral, socialiste, démocrate et républicain. »
Au départ de tendance ultraroyaliste, autant par conviction que par fidélité à sa mère, Victor Hugo
soutient la Seconde Restauration, publiant des odes favorables à Louis XVIII puis à Charles X, ce qui
lui vaut d'être récompensé par des gratifications financières187. Vers 1827, il prend ses distances avec
la monarchie et adhère au bonapartisme190, probablement sous l'influence de son père, ancien
général d'Empire, avec qui il renoue pendant ces années-là187. Vers la fin des années 1830, il soutient
la monarchie de juillet, sans toutefois renoncer complètement à ses opinions bonapartistes187. En
1845, il est nommé pair de France par Louis-Philippe190.
Lors du coup d'État du 2 décembre 1851, il tente d'organiser une résistance puis doit quitter le territoire,
début d'un exil de près de dix-neuf ans pendant lequel il lutta inlassablement contre le régime
du Second Empire, aussi bien par ses écrits et ses interventions que par son refus de rentrer en
France, malgré l'amnistie dont il bénéficie en 1859187,190.
Victor Hugo, qui a écrit qu’« une guerre entre Européens est une guerre civile »191, a fréquemment
défendu192 l'idée de la création des États-Unis d'Europe. Ainsi, dès 1849, au congrès de la paix, il
lance :
« Un jour viendra où vous France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous
Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et
votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité
supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne, absolument comme la
Normandie, la Bretagne, la Bourgogne, la Lorraine, l'Alsace, toutes nos provinces, se
sont fondues dans la France. Un jour viendra où il n'y aura plus d'autres champs de
bataille que les marchés s'ouvrant au commerce et les esprits s'ouvrant aux idées. -
Un jour viendra où les boulets et les bombes seront remplacés par les votes, par le
suffrage universel des peuples, par le vénérable arbitrage d'un grand Sénat
souverain qui sera à l'Europe ce que le parlement est à l'Angleterre, ce que la diète
est à l'Allemagne, ce que l'Assemblée législative est à la France193 ! »
Victor Hugo imagine une Europe axée sur le Rhin, lieu d'échanges culturels et commerciaux entre la
France et Allemagne qui serait le noyau central de ces États-Unis d'Europev. Il se désole de constater
que l’antipathie entre les deux pays n’est que la conséquence de manœuvres diplomatiques menées
par l’Angleterre et la Russie pour affaiblir la France ; de l’inquiétude que suscite une France modèle de
liberté, de justice et de droit des peuples ; de l’opposition de la Prusse194. Il présente une Europe des
peuples par opposition à l'Europe des rois, sous forme d'une confédération d'États avec des peuples
unis par le suffrage universel et l'abolition de la peine de mort195.
L'idée n'est pas neuve, ayant été défendue avant lui par Saint-Simon, Guizot et Auguste
Comte196,195, mais Victor Hugo en fut un de ses plus ardents défenseurs à une époque où le
contexte historique s'y prêtait peu. Considéré comme visionnaire ou fou196, Victor Hugo reconnaît les
obstacles qui entravent cette grande idée et précise même qu'il faudra peut-être une guerre ou une
révolution pour y accéder197.
Il croyait si fermement à cette idée d’une fédération européenne qu'il tint à lui donner corps, en plantant
symboliquement le « chêne des États-Unis d'Europe » dans le jardin de Hauteville-House, le 14 juillet
1870, arbre encore visible aujourd'hui.
Il souhaite pour l'Europe à venir la création d’une monnaie unique : « Une monnaie continentale, à
double base métallique et fiduciaire, ayant pour point d’appui le capital Europe tout entier et pour
moteur l’activité libre de deux cents millions d’hommes, cette monnaie, une, remplacerait et résorberait
toutes les absurdes variétés monétaires d’aujourd’hui [...]198. »
Grand opposant à la peine capitale, Victor Hugo a mené sans relâche un combat pour abolir ce
châtiment199. Dans Le Dernier Jour d'un condamné, publié en 1829, et Claude Gueux, publié en 1834,
il montre à la fois la cruauté, l'injustice et l'inefficacité du châtiment suprême. Dans la préface de la
deuxième édition du Dernier Jour d'un condamné en 1832, il expose en détail tous ses arguments
contre la peine de mort200.
Dans ses fonctions d'élu, il profite de la tribune que lui donne sa présence à la Chambre des Pairs puis
à l'Assemblée constituante et l'Assemblée nationale législative pour poursuivre son
combat abolitionniste. En tant que pair de France, il s'élève sans succès contre l'exécution de Pierre
Lecomte, qui a tenté d'assassiner Louis-Philippe201. En tant que député à l'Assemblée nationale, il y
prononce le 15 septembre 1848 son discours le plus célèbre pour l'abolition de la peine de mort,
déclarant que « la peine de mort est le signe spécial et éternel de la barbarie »199,201.
En 1851, son fils Charles Hugo est condamné pour avoir publié un article contre la peine de mort dans
le journal L'Événement. Victor Hugo défend son fils lors du procès et prononce un discours contre la
peine de mort devant la cour d'assises de la Seine, le 11 juin 1851202,203.
Alors en exil à Jersey, il proteste contre l'exécution de John Tapner, condamné à mort
à Guernesey pour assassinat. Malgré ses efforts, Tapner est finalement exécuté le 10 février 185468.
Le lendemain de l'exécution, il écrit une lettre à Lord Palmerston, ministre de l'intérieur anglais, pour
exprimer son indignation68. Marqué par cet évènement, il réalise une série de quatre dessins
représentant le cadavre d'un condamné pendu à une potence, emblématiques de sa lutte contre la
peine capitale. Ces dessins semblent avoir eu une importance particulière pour Victor Hugo, puisqu'il a
affiché l'un d'entre eux dans sa chambre de Marine Terrace puis à Hauteville House.
À Guernesey, Victor Hugo lance un appel en décembre 1859 pour protester contre l'exécution de John
Brown, militant antiesclavagiste, condamné à mort aux États-Unis, dans une affaire ayant un grand
retentissement78.
Sensible à la misère bien avant d'écrire Les Misérables, Victor Hugo se préoccupe dès les années
1830 de mettre fin à la pauvreté des classes populaires187. Dans son « discours sur la misère »,
prononcé à l'Assemblée nationale le 9 juillet 1849, il affirme être « de ceux qui pensent et qui affirment
qu'on peut détruire la misère » et déclare204,205 :
« Détruire la misère ! oui, cela est possible. Les législateurs et les gouvernants
doivent y songer sans cesse ; car, en pareille matière, tant que le possible n’est pas
fait, le devoir n’est pas rempli. »
Tout au long de sa vie, il pratique la charité et aide matériellement ceux qui sont dans le besoin187. En
exil à Guernesey, il organise à partir de 1862, chez lui à Hauteville House, des repas destinés aux
enfants pauvres206,207, écrivant à ce sujet : « Tous les mardis, je donne à dîner à quinze petits
enfants pauvres, choisis parmi les plus indigents de l’île, et ma famille et moi, nous les servons ; je
tâche, par là, de faire comprendre l’égalité et la fraternité »208.
Victor Hugo est convaincu qu'un des moyens d'éradiquer la misère et la criminalité est l'instruction
gratuite et obligatoire pour tous205. Le 15 juillet 1850, dans un discours contre la loi Falloux, il réclame
une instruction « obligatoire au premier degré seulement, gratuite à tous les degrés »205,209. Même
s'il croit profondément en Dieu, il s'oppose radicalement à l'influence de l'Église dans l'enseignement et
se prononce en faveur de l'instruction publique et laïque, contrôlée par l'État187.
Victor Hugo a été proche de deux femmes illustres et engagées, Louise Michel, avec qui il entretient
une correspondance lorsqu'elle est déportée en Nouvelle-Calédonie, et George Sand, aux obsèques
de laquelle il prononce un discours lui rendant hommage, déclarant : « George Sand meurt, mais elle
nous lègue le droit de la femme puisant son évidence dans le génie de la femme »210.
Croyance religieuse
Victor Hugo, élevé par un père franc-maçon et une mère non pratiquante, se construit une foi profonde,
mais personnelle212. Croyant fermement dans l'existence de Dieu213, il rejette aussi bien le
rationalisme que le dogmatisme religieux214.
Victor Hugo reproche à l'Église le carcan dans lequel celle-ci enferme la foi.
Son anticléricalisme transparaît dans ses écrits comme Religions et religion215, La Fin de
Satan, Dieu, Le Pape, Torquemada, ainsi que dans son adhésion à des mouvements anticléricaux216.
Il est l'auteur de l'expression « L'Église chez elle et l'État chez lui » prononcée le 14 janvier 1850 à
l'Assemblée nationale afin de marquer son profond attachement à la laïcité217
Spiritisme
Alors en exil à Marine Terrace sur l'île de Jersey, Victor Hugo y reçoit en 1853 son amie Delphine de
Girardin qui l'initie aux « tables parlantes », une pratique issue du spiritualisme anglo-saxon permettant
de communiquer avec les morts en "écriture automatique" au moyen d'un crayon fixé à l'un des pieds
d'un guéridon. En témoigne l'Album spirite conservé aux Manuscrits de la Bibliothèque nationale de
France221. Victor Hugo participe à de nombreuses séances de « tables parlantes » de 1853 à 1855,
dont les échanges avec les esprits des personnes disparues sont consignés dans Le livre des tables.
Ces séances enregistrent des communications avec des esprits très divers, ainsi la première avec sa
fille Léopoldine, d'autres avec des personnages historiques, dont Jésus, et des écrivains
comme Dante et Shakespeare, ainsi que des entités abstraites telles la Mort, Le Drame ou la Critique,
la Bouche d'Ombre ; ces textes lui serviront dans ses Contemplations et remodèleront sa vision du
monde :
« Tout parle. Et maintenant, homme, sais-tu pourquoi
Tout parle ? Écoute bien. C'est que vents, ondes, flammes,
Arbres, roseaux, rochers, tout vit !
Tout est plein d'âmes222. »
Épouse
Adèle Foucher, l'épouse de Victor Hugo, photographiée à Marine Terrace par Auguste Vacquerie vers 1853.
Victor Hugo et Adèle Foucher, amis d'enfance depuis dix ans et dont les parents sont proches,
commencent une relation amoureuse en 1819. Leur romance, d'abord secrète en raison de l'opposition
de la famille Foucher et de la mère de Victor Hugo, devient officielle après la mort de celle-ci en 1821.
Ils se marient le 12 octobre 1822 à Paris, civilement à la mairie du 11e arrondissement et
religieusement à l'église Saint Sulpice. Leur vie commune durera près de quarante-six ans, jusqu'au
décès d'Adèle en 1868223.
Plusieurs poèmes publiés par Victor Hugo entre 1822 et 1835 sont consacrés à son épouse223. Elle
donne naissance à cinq enfants, dont quatre survivent. Se sentant délaissée par son mari, très absorbé
par son intense activité littéraire, Adèle entretient à partir de 1830 une relation amoureuse de plusieurs
années avec Sainte-Beuve, ami intime du couple223,224. Les deux amants prennent leurs distances à
partir de 1836, tandis que Victor Hugo commence une relation amoureuse avec Juliette Drouet à partir
de 1833, qui durera jusqu'à la mort de celle-ci en 1883225,226. D'abord hostile à la liaison de son mari
avec Juliette Drouet, Adèle finit par accepter cette situation et la recevra à Hauteville House en
1866224.
En 1863, Adèle Foucher publie Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie, recueil de souvenirs
personnels sur son mari et témoignage précieux sur la vie de l'écrivain, auquel contribuent
également Charles Hugo, Auguste Vacquerie et Victor Hugo lui-même223. Pendant les dernières
années d'exil, Adèle Foucher fait de longs séjours en Belgique et en France, souvent accompagnée de
sa fille Adèle Hugo, et meurt à Bruxelles le 27 août 1868223. Ayant pris la décision de rester en exil,
Victor Hugo accompagne le cercueil de sa femme jusqu'à la frontière franco-belge, sans la franchir. Elle
est enterrée à Villequier auprès de sa fille Léopoldine223,224.
Enfants
Portrait de Victor Hugo avec son fils de François-Victor Hugo, 1836, Auguste de Châtillon
Victor Hugo avec ses fils Charles et François-Victor en 1860. Henry Mulling, Maison de Victor Hugo.
• Léopold (16 juillet 1823 - 10 octobre 1823) ;
• Léopoldine (28 août 1824 - 4 septembre 1843) ;
• Charles (3 novembre 1826 - 13 mars 1871) ;
• François-Victor (28 octobre 1828 - 26 décembre 1873) ;
• Adèle (24 août 1830 - 21 avril 1915).
Victor Hugo fut profondément marqué par la disparition de sa fille Léopoldine, morte noyée avec son
mari Charles Vacquerie dans les eaux de la Seine, le 4 septembre 1843 à Villequier, à l'âge de dix-neuf
ans, quelques mois après leur mariage227. Le décès de Léopoldine, celle des enfants dont il était le
plus proche228, eut une grande influence sur son œuvre et sa vie229. Ayant appris la disparition de sa
fille alors qu'il était en voyage, Victor Hugo interrompt alors ses habitudes de voyages annuels, qu'il ne
reprendra qu'en 1861230. Le recueil poétique Les Contemplations lui rend hommage, en particulier par
le poème Demain, dès l'aube…. Le recueil est divisé en deux parties, Autrefois (1830-
1843) et Aujourd'hui (1843-1855), l'année qui les sépare étant celle de la mort de Léopoldine231.
Victor Hugo fut proche de ses deux fils Charles et François-Victor, qui partageaient ses opinions
politiques. En 1848, ils fondent avec leur père le journal d'opinion L'Événement. En 1852, après leur
sortie de prison où ils étaient enfermés pour délit de presse, ils rejoignent leur père en exil et restent à
ses côtés à Jersey, puis pendant les dix premières années à Guernesey. Pendant l'exil, Charles se
consacre à la photographie, tandis que François-Victor traduit en français l'œuvre complète de William
Shakespeare, qui inspirera l'écriture de William Shakespeare par son père. Les deux frères s'installent
à Bruxelles en 1865, puis fondent en 1869 le journal politique Le Rappel, auquel leur père contribue.
Charles meurt brusquement en 1871, puis François-Victor en 1873. Victor Hugo leur rend hommage
dans Mes fils, texte publié en 1874.
Adèle Hugo, dernière née des enfants d'Adèle Foucher et Victor Hugo, fut profondément bouleversée
par la mort de sa grande sœur et ne se remit jamais complétement de cette disparition tragique.
Accompagnant son père à Jersey puis à Guernesey, elle tient un Journal de l'exil, témoignage de la vie
des proscrits et de sa famille pendant cette période. Elle s'enfuit au Canada en 1863 pour suivre un
officier britannique qu'elle avait connu à Jersey et qu'elle espérait épouser232. Elle dut être placée à
partir de 1872 dans une maison de santé, à l'initiative de son père et d'Émile Allix, médecin de la
famille.
Après la mort soudaine de son fils Charles en 1871, Victor Hugo s'occupa des deux enfants de ce
dernier, Georges et Jeanne. Le plaisir d'élever ses petits-enfants lui inspira l'écriture de L'Art d'être
grand-père, publié en 1877.
Maîtresses
En 1833, Victor Hugo et Juliette Drouet commencent une liaison amoureuse qui durera jusqu'au décès
de celle-ci en 1883. Le suivant pendant son exil, tout en vivant dans un logement séparé, elle
l'accompagne dans ses nombreux voyages en France et en Europe. En décembre 1851, elle lui fait
connaître un certain Lanvin, ouvrier typographe, qui lui offre son passeport. Elle le fait ensuite héberger
en cachette par des amis. En 1860, Hugo lui dédicace les épreuves de La Légende des siècles et lui
rend un hommage appuyé : « Si je n’ai pas été pris et, par conséquent, fusillé, si je suis vivant à cette
heure, je le dois à Mme Juliette Drouet qui, au péril de sa propre liberté et de sa propre vie, m’a
préservé de tous les pièges, a veillé sur moi sans relâche, m’a trouvé des asiles sûrs et m’a sauvé,
avec quelle admirable intelligence, avec quel zèle, avec quelle héroïque bravoure, Dieu le sait et l’en
récompensera233 ! ».
Elle le suit dans son exil à Guernesey où Victor Hugo lui loue une maison, La Fallue, à proximité de la
demeure familiale. Le 16 juin 1864, elle emménage à Hauteville Fairy, que Hugo a fait décorer. Le 22
décembre de la même année, elle reçoit d'Adèle Hugo une invitation au Noël que la famille organise au
profit des enfants pauvres, ce qui est une façon d’officialiser cette liaison234. Le 25 septembre 1870,
pendant le siège de Paris, Victor Hugo laisse des instructions à ses enfants, dont celles-ci, à propos de
Juliette Drouet : « Elle m’a sauvé la vie en décembre 1851. Elle a subi pour moi l’exil. jamais son âme
n’a quitté la mienne. que ceux qui m’ont aimé l’aiment. que ceux qui m’ont aimé la respectent. Elle est
ma veuve235. » Elle lui a écrit quelque vingt mille lettres exprimant son amour immense et sa jalousie.
Dans Les Misérables, Victor Hugo glisse une allusion très intime de leur vie amoureuse. La date du 16
février 1833, nuit de noces de Cosette et Marius (Cinquième partie, livre VI, chapitre I), fut aussi celle
où Juliette se donna à Victor pour la première fois. L’entourage de Hugo dissuade celui-ci d’assister
aux obsèques de sa maîtresse.
Juliette Drouet n'a cependant pas été la seule maîtresse de Victor Hugo et ses relations en dehors du
mariage auraient même été assez nombreuses. En mars 1843, il fait la connaissance de Léonie
d'Aunet, épouse du peintre François-Auguste Biard, et devient son amant le 1er avril 1844. Leur liaison
se poursuivra pendant plus de sept ans. Les deux amants sont surpris en flagrant délit d'adultère le 5
juillet 1845. Son statut de pair de France permet à Hugo d’échapper aux poursuites tandis que Léonie
d'Aunet passe deux mois en prison et six au couvent. Bien des années après la fin de leur liaison,
Victor Hugo continue d'aider financièrement son ancienne maîtresse.
Théâtre
• 1816 : Irtamène
• 1818 : Inez de Castro
• 1827 : Cromwell
• 1828 : Amy Robsart
• 1830 : Hernani
• 1831 : Marion de Lorme
• 1832 : Le roi s'amuse
• 1833 : Lucrèce Borgia
• 1833 : Marie Tudor
• 1835 : Angelo, tyran de Padoue
• 1838 : Ruy Blas
• 1843 : Les Burgraves
• 1882 : Torquemada
• 1886 : Théâtre en liberté (à titre posthume)
• 1939 : Le château du diable (pièce inachevée écrite en 1812 et publiée à titre posthume).
Romans
• 1818 : Bug-Jargal
• 1823 : Han d'Islande
• 1829 : Le Dernier Jour d'un condamné
• 1831 : Notre-Dame de Paris
• 1834 : Claude Gueux
• 1862 : Les Misérables
• 1866 : Les Travailleurs de la mer
• 1869 : L'Homme qui rit
• 1874 : Quatrevingt-treize.
Poésies
• 1822 : Odes et poésies diverses
• 1824 : Nouvelles Odes
• 1828 : Odes et Ballades (incluant les deux recueils précédent)
• 1829 : Les Orientales
• 1831 : Les Feuilles d'automne
• 1835 : Les Chants du crépuscule
• 1837 : Les Voix intérieures
• 1840 : Les Rayons et les Ombres
• 1853 : Les Châtiments
• 1856 : Les Contemplations
• 1859 : Première série de La Légende des siècles
• 1865 : Les Chansons des rues et des bois
• 1872 : L'Année terrible
• 1877 : L'Art d'être grand-père
• 1877 : Nouvelle série de La Légende des siècles
• 1878 : Le Pape
• 1879 : La Pitié suprême
• 1880 : Religions et religion
• 1880 : L'Âne
• 1881 : Les Quatre Vents de l'esprit
• 1883 : Série complémentaire de La Légende des siècles.
Recueils posthumes :
• 1891 : Dieu et 1941.
Choix de poèmes parmi les manuscrits de Victor Hugo, effectué par Paul Meurice :
• 1888 : Toute la Lyre (1893, 1893, 1835-1937),
• 1893 : Nouvelle série de Toute la Lyre
• 1898 : Les Années funestes
• 1902 : Dernière Gerbe et 1941 (le titre n'est pas de Victor Hugo)
• 1942 : Océan. Tas de pierres.
Autres textes
• 1818 : A.Q.C.H.E.B. (A quelque chose hasard est bon) (texte qualifié d'opéra-comique par son auteur)
• 1831 : Victor Hugo, « Guerre aux démolisseurs », La Revue des deux mondes, vol. Période Initiale,
tome 5, 1832, p. 607-622 (lire en ligne [archive]) (pamphlet)
• 1834 : Étude sur Mirabeau
• 1834 : Littérature et philosophie mêlées
• 1836 : La Esmeralda (livret d'opéra)
• 1842 : Le Rhin
Œuvres posthumes
Influence et postérité
Notoriété et critiques
Les relations sont plus conflictuelles avec les admirateurs de la première heure, que Victor Hugo déçoit
parfois par la suite et qui alternent éloges et critiques : Charles Baudelaire, Flaubert. D'autres
revendiquent leur filiation avec Victor Hugo tout en empruntant des voies qui leur sont propres, se
détachant même du romantisme : Théodore de Banville, Leconte de Lisle, Mallarmé, Verlaine.
L'étiquette d'auteur engagé que lui vaut son exil participe à sa notoriété, mais lui aliène l'estime de
poètes comme Baudelairew et provoque sa rupture avec Vigny, fidèle à l'Empereur.
Estimé par certains et critiqué par d'autres, Victor Hugo reste une figure de référence de son siècle.
Quand il retourne en France après l'exil, il est considéré comme le grand auteur qui a traversé le siècle
et comme un défenseur de la république239. Les monarchistes ne pardonnent pas facilement à celui
qui a trahi son milieu et si les républicains les plus à gauche doutent de sa conversion, il devient
cependant un enjeu politique, adulé par la gauche républicaine qui organise pour l'anniversaire de ses
79 ans, une grande fête populaire240.
Ce culte hugolien exaspère ses pairs. Paul Lafargue écrit en 1885 son pamphlet La légende de Victor
Hugo et Zola s'exclame :
« Victor Hugo est devenu une religion en littérature, une sorte de police pour le
maintien du bon ordre […]. Être passé à l'état de religion nécessaire, quelle terrible
fin pour le poète révolutionnaire de 1830241. »
Au début du XXe siècle, Victor Hugo reste une gloire nationale et l'anniversaire de sa naissance donne
lieu à de nombreuses manifestations officielles242.
Le milieu artistique a cependant pris un peu ses distances. Le mouvement parnassien et le mouvement
symboliste, en remettant en cause l'éloquence dans la poésie, se sont posés en adversaires de l'école
de Hugo243 et la mode en ce début de siècle est à une poésie moins passionnée244. André
Gide assume la paternité du mot « Hugo, hélas ! » donné en réponse à la question « Quel est votre
poète ? » posée par L'Ermitage en février 1902245 et que certains attribuaient à Verlaine. Il se souvient
de l'émotion que suscitait la poésie de Hugo chez l'adolescent qu’il était, mais pour l’écrivain, le défaut
essentiel de Victor Hugo est qu’il « a trop de confiance en son génie. » Son admiration pour lui « s’en
tient à la forme » et à son incomparable don d’observation, mais tous ses « défauts énormes [tels que]
antithèses constantes, procédés » l’agacent profondément246. Cela montre la double attitude des
poètes du XXe siècle, reconnaissant à Victor Hugo une place prééminente, mais exaspérés parfois
aussi par ses excès247. Charles Péguy, dans Notre patrie publié en 1905, n'est pas tendre envers le
grand homme248, l'accusant d'être un « hypocrite pacifiste »249, disant de lui que « Faire des mauvais
vers lui est complètement égal »250, mais plus loin s'exclamant « quels réveils imprévus, quel beau
vers soudain »250 et parlant d'« entraînement formidable de l'image et du rythme »251. Saint-John
Perse lui reproche d'avoir perverti le romantisme par son engagement politique252. On retrouve de son
influence aussi bien chez des admirateurs comme Dostoïevski253 que chez de violents détracteurs
comme Jean Cocteau254. Aux yeux de Paul Valéry, « Hugo est un milliardaire. — Ce n’est pas un
prince », exprimant ainsi l’idée que la richesse de ses dons ne fait pas de Victor Hugo un des grands
maîtres de la littérature255. Vers 1930, Eugène Ionesco écrit le pamphlet Hugoliade et reproche à
Hugo une éloquence masquant la poésie ainsi que sa mégalomanie256.
Entre les deux guerres, c'est en sa qualité de révolutionnaire qu'il est apprécié par les gens de gauche
(Romain Rolland, Alain) et exécré des réactionnaires (Charles Maurras257), c'est en sa qualité de
visionnaire qu'il est apprécié des surréalistes244. Il est admiré par Aragon258, par Desnos259.
Hommages
Plusieurs lieux où a vécu ou séjourné Victor Hugo font aujourd'hui l'objet d'une commémoration ou d'un
hommage particulier, certaines de ces habitations ayant été transformées en musées consacrés à sa
vie et à la conservation de son œuvre.
• La Maison de Victor Hugo, place des Vosges à Paris, qui a été sa demeure de 1832 à 1848 et qui a été
transformée en musée à l'initiative de son ami Paul Meurice, inauguré en 1903 et aujourd'hui géré par
la Mairie de Paris.
D'autres lieux ouverts au public font également mémoire de la présence de Victor Hugo, tels que la
« Maison natale de Victor Hugo » à Besançon, propriété de la municipalité transformée en musée en
2013263, le Château des Roches à Bièvres, où il séjourna à plusieurs reprises et baptisé « Maison
littéraire de Victor Hugo »264, la « Maison Victor Hugo » à Vianden au Luxembourg où il séjourna et
devenu en 1935 un musée documentant ses séjours dans la ville et le pays265, ou encore la « Casa de
Victor Hugo » à Pasaia en Espagne, commémorant son séjour dans cette maison et dans la région266.
La grande majorité des manuscrits et dessins de Victor Hugo sont conservés à la Bibliothèque
nationale de France, à qui Victor Hugo légua tous ceux qui étaient restés en sa possession. Le reste
des manuscrits, lettres, dessins et photographies se trouvent à la Maison de Victor Hugo à Paris et
dans d'autres musées, dont certains à l'étranger, ainsi que dans des collections privées.
Monuments et statues
Monument à la gloire de Victor Hugo réalisé par Ernest Barrias sur la place Victor-Hugo en 1902 pour le centenaire
de sa naissance, aujourd'hui disparu.
Plusieurs monuments et statues ont été élevés pour honorer Victor Hugo. Un monument à sa gloire,
réalisé par Ernest Barrias sur la place Victor-Hugo à Paris, a été inauguré le 26 février 1902 à
l'occasion du centenaire de sa naissance et fut détruit en 1941, remplacé par la « fontaine Victor-
Hugo »267. La « Colonne Victor Hugo » à Waterloo, en Belgique, édifiée en 1912, célèbre le séjour de
l'écrivain dans la ville.
Les plaques commémoratives signalant les lieux où il vécut ou qu'il a visités sont nombreuses, par
exemple à la Maison du Pigeon à Bruxelles, à Vianden et à Clervaux au Luxembourg, à Hauteville
Fairy à Guernesey et au lieu où se trouvait l'hôtel de la Pomme d'or à Jersey.
Commémorations
En 1902, le centenaire de la naissance de Victor Hugo a été commémoré de manière officielle, à la fois
par l'État et par la Ville de Paris. De nombreuses cérémonies sont organisées à cette occasion, dans sa
ville natale à Besançon, au Panthéon à Paris et au Sénat, ou Victor Hugo siégea268,269. Des
hommages et célébrations semblables ont lieu en 1985 pour le centenaire de son décès, puis en 2002
pour le bicentenaire de sa naissance270, à l'occasion duquel l'Assemblée nationale, le Sénat,
l'Académie française et le Ministère de la Culture organisèrent plusieurs manifestations pour honorer sa
mémoire271,272,273.
La Bibliothèque nationale de France a aussi participé à ces commémorations par deux expositions de
grande ampleur, « Soleil d'encre : manuscrits et dessins de Victor Hugo » en 1985, en partenariat avec
le Petit Palais, et « Victor Hugo l'homme océan » en 2002274,275.
Un rosier thé est baptisé en octobre 1885 du nom de 'Souvenir de Victor Hugo' en sa mémoire276.
Noms de lieux
De nombreuses voies publiques en France portent le nom de Victor Hugo. Certaines sont directement
liées à la vie de l'écrivain. L'avenue Victor-Hugo à Paris, où se trouve le logement qu'il occupait dans
ses dernières années, fut nommée ainsi de son vivant, en 1881. La place Victor-Hugo à Paris, située à
proximité de cette avenue, fut renommée en son honneur le jour de son décès. La place Victor-
Hugo à Besançon, où il est né, fut également renommée au moment de son décès.
Bien d'autres voies publiques célèbrent Victor Hugo, telles que le cours Victor-Hugo à Bordeaux, la rue
Victor-Hugo à Lyon et la place Victor-Hugo à Toulouse, parmi beaucoup d'autres. Selon une étude
réalisée en 2016 sur les noms des voies publiques françaises, Victor Hugo serait la troisième
personnalité la plus mentionnée dans les noms de voies en France, avec 2 555 voies portant son nom,
derrière Charles de Gaulle et Louis Pasteur277. À l'étranger, certaines voies publiques portent
également son nom, notamment dans les villes ou les pays où il a vécu ou qu'il a visités, ainsi la rue
Victor Hugo à Bruxelles et l'avenue Victor Hugo à Luxembourg.
Plusieurs écoles, collèges et lycées honorent également Victor Hugo en portant son nom, comme le
Lycée Victor-Hugo de Besançon, ville natale de l'écrivain, baptisé ainsi en 1885, l'année de son
décès278. C'est aussi le cas de certains lycées français à l'étranger, comme le Lycée Victor-Hugo de
Florence. Selon une étude réalisée en 2017, « Victor Hugo » serait le dixième nom de personnalité le
plus porté parmi les 66 557 établissements scolaires français, publics et privés confondus, avec 365
établissements portant ce nom279.
Timbres
Trois timbres à l'effigie de Victor Hugo ont été mis en circulation par la Poste française : un timbre émis
le 11 décembre 1933280, un autre émis le 30 mai 1935 pour le cinquantenaire de sa mort281 et un
autre émis le 23 février 1985 pour le centenaire de sa mort282. Ont également été émis le timbre
« Hernani de Victor Hugo » le 8 juin 1953283 et les timbres « Esmaralda », « Vidocq» et « Gavroche »
le 30 août 2003284.
Plusieurs timbres ont célébré Victor Hugo à l'étranger, par exemple un timbre en URSS et un
timbre en République démocratique allemande, émis en 1952 pour le cent-cinquantenaire de sa
naissance, un timbre émis en Albanie en 1987 et un timbre émis en Roumanie en 2002 pour le
centenaire de sa naissance, parmi beaucoup d'autres.
Monnaie
La Banque de France a mis en circulation le « Billet de 500 francs Victor Hugo » à l'effigie de Victor
Hugo à partir de 1954, remplacé à partir de 1960 par le « Billet de 5 nouveaux francs Victor Hugo » lors
du passage au nouveau franc, définitivement retiré en 1968. Une pièce commémorative de
dix francs « Pièce de 10 francs Victor Hugo » a été émise en 1985 à l'occasion du centenaire du décès
de l'écrivain.
Astronomie
Iconographie
Deux portraits en buste de Hugo, gravés par Auguste Rodin (pointes-sèches, 1884 et 1886), figuraient
sous les numéros 219 et 220 du catalogue de dessins et d'estampes de la galerie Paul Prouté de 1985.
Le sculpteur reçut deux commandes de l’État pour des statues de l'écrivain, une « assis sur un rocher »
pour le jardin du Palais du Luxembourg à Paris et qui, finalement, fin 1906, soit vingt-sept ans après sa
commande, fut placée dans celui du Palais-Royal, et en 1886 une autre destinée au Panthéon, où le
corps de l'écrivain était entré l'année précédente.
Cinéma et télévision
En plus des nombreuses adaptations de ses œuvres à l'écran, la vie de Victor Hugo a aussi fait l'objet
d'adaptations.
Adaptations
Les romans, pièces de théâtre et poèmes de Victor Hugo ont fait l'objet de plusieurs adaptations à
l'écran, sur scène et en musique. Contrairement à ce qui a pu être affirmé, Victor Hugo n'était pas
hostile à la mise en musique de ses poèmes, ni aux opéras inspirés par ses œuvres, du moment qu'il
était mentionné comme auteur de l'œuvre adaptéex,y.
Cinéma et télévision
Les romans et pièces de théâtre de Victor Hugo ont donné lieu à de nombreuses adaptations
au cinéma et à la télévision, avec quelque deux-cents productions adaptées ou librement inspirées de
ses œuvres, tous formats confondus (longs métrages, courts métrages, animation, séries
télévisées)288.
Son œuvre la plus souvent adaptée est le roman Les Misérables avec une cinquantaine d'adaptations
pour le cinéma et la télévision289. En 1897, les frères Lumière tournent un film très court nommé Victor
Hugo et les principaux personnages des Misérables289. Les adaptations les plus marquantes du
roman sont : Le Chemineau d'Albert Capellani (1905), Les Misérables d'Henri Fescourt (1925), Les
Misérables de Raymond Bernard (1934), Les Misérables de Richard Boleslawski (1935), Les
Misérables de Riccardo Freda (1948), Les Misérables de Jean-Paul Le Chanois (1958), Les
Misérables de Robert Hossein (1982), Les Misérables de Claude Lelouch (1995) et Les
Misérables de Tom Hooper (2012)289,290. Si la plupart des productions sont françaises, ainsi que
britanniques, américaines et italiennes, des adaptations ont été faites dans d'autres pays, comme le
film japonais La Légende du géant (1938), et plus récemment, dans d'autres genres,
l'anime japonais Les Misérables: Shoujo Cosette (2007) et le telenovela mexicain Los
miserables (2014).
Également très adapté à l'écran, Notre-Dame de Paris le fut pour la première fois en 1905 avec La
Esmeralda, film muet réalisé par Alice Guy291. Parmi les adaptations les plus notables figurent Notre-
Dame de Paris de Wallace Worsley (1923), Quasimodo de William Dieterle (1939), Notre-Dame de
Paris par Jean Delannoy (1956) et, plus récemment, le film d'animation Le Bossu de Notre-
Dame de Walt Disney Pictures (1997)290,292.
Les adaptations des autres romans de Victor Hugo incluent L'Homme qui rit de Paul Leni (1928)
et L'Homme qui rit de Sergio Corbucci (1966)293, ainsi que Les Travailleurs de la mer d'André
Antoine (1918) et La Belle Espionne de Raoul Walsh (1953), adaptés du roman Les Travailleurs de la
mer290.
Les pièces de théâtre de Victor Hugo ont aussi fait l'objet d'adaptations, comme Marion de
Lorme (1918), Rigoletto (1946), Ruy Blas (1948) et, surtout, La Folie des grandeurs (1971), adaptation
de Ruy Blas réalisée par Gérard Oury et ayant connu un grand succès sur les écrans français.
Certaines adaptations sont inspirés de l'œuvre poétique de Victor Hugo, comme le téléfilm
français L'Année terrible (1985), inspiré du recueil de poèmes éponyme, et le film français Les Neiges
du Kilimandjaro (2011), inspiré par un poème de La Légende des siècles290.
En 2016, le film documentaire Ouragan, l'odyssée d'un vent a utilisé le texte de Hugo intitulé La Mer et
le Vent pour l'essentiel de sa narration, accompagnant les images dédiées à l'ouragan.
Pièces de théâtre
Les romans de Victor Hugo ont fait l'objet d'adaptations au théâtre, comme la pièce Les
Misérables écrite et jouée en 1863 à Bruxelles par Charles Hugo, fils de l'écrivain. Les pièces de
théâtre de Victor Hugo elles-mêmes furent adaptées dans d'autres pièces, telles que Don César de
Bazan, écrite en 1844.
Opéras
Plus d'une cinquantaine d'opéras ont été inspirés par les œuvres de Victor Hugo294,z. Victor Hugo lui-
même écrit en 1836 les paroles de l'opéra La Esmeralda avec une musique de Louise Bertin, d'après
son roman Notre-Dame de Paris, seul opéra dont il ait été le librettiste295. Il fut retiré de la scène à la
sixième représentation, n'obtenant pas tout le succès attendu295.
Les adaptations qui ont eu le plus de succès et de notoriété sont les deux opéras que Verdi a
composés : Ernani, adapté de la pièce Hernani en 1844, et surtout Rigoletto, d'après la pièce Le Roi
s'amuse en 1851294. Avant lui, Gaetano Donizetti avait composé Elisabetta al castello di Kenilworth en
1829, d'après Amy Robsart, et Lucrezia Borgia en 1833, d'après Lucrèce Borgia. Victor Hugo intenta
sans succès un procès contre Donizetti pour s'être inspiré de ses pièces. Parmi les autres adaptations
notables figurent Ruy Blas, composé en 1869 par Filippo Marchetti d'après Ruy Blas, et La
Gioconda, composé en 1876 par Amilcare Ponchielli d'après Angelo, tyran de Padoue.
Comédie musicales
Parmi les comédie musicales créées d'après des œuvres de Victor Hugo, Les Misérables, une
adaptation réalisée en 1980 par Alain Boublil et Claude-Michel Schönberg pour Robert Hossein, est
celle qui a connu le plus grand succès. Sa version anglophone, lancée au Royaume-Uni en 1985, a
connu un grand succès international et détient le record mondial de longévité d'une comédie musicale.
Le spectacle a ensuite été traduit dans une vingtaine de langues et représenté dans une quarantaine
de pays289.
On peut également citer la comédie musicale Notre Dame de Paris, adaptée du roman du même nom
en 1998 par Luc Plamodon et Richard Cocciante. Cette comédie musicale fut un énorme succès
francophone et fut traduite en plusieurs langues dont l'anglais, l'italien, le coréen et le polonais. On peut
citer parmi ses chansons les plus connues le titre Belle, interprété par Garou, Daniel Lavoie et Patrick
Fiori, qui resta plus de 60 semaines dans le Top 50, dont 18 en première position.
Musique
Victor Hugo est un des poètes dont les textes ont été les plus adaptés en musique au XIXe siècle296.
Ses poèmes les plus souvent mis en musique par les principaux compositeurs de son temps
sont Guitare, L'Extase, L'Attente, Rêverie et L'Aurore296. Des parties de ses pièces ont aussi été
adaptées, en particulier des passages de Ruy Blas, Marie Tudor et Lucrèce Borgia296.
Le premier grand compositeur à adapter ses œuvres fut Hector Berlioz avec ses mélodies La
Captive (1832) et Sara la baigneuse (1834), adaptées de poèmes des Orientales296. Le
compositeur Franz Liszt, proche de Victor Hugo, composa plusieurs œuvres musicales tirées de ses
poèmes, parmi lesquelles les poèmes symphoniques Ce qu'on entend sur la montagne (1850)
et Mazeppa (1851), ainsi que huit lieders. Beaucoup d'autres compositeurs ont mis en musique des
poèmes de Victor Hugo, notamment Camille Saint-Saëns, Georges Bizet, Gabriel Fauré, Charles
Gounod, Édouard Lalo, Jules Massenet, Léo Delibes, César Franck, Reynaldo Hahn et Richard
Wagner296,297.
Le chanteur Georges Brassens a repris des poèmes de Victor Hugo pour écrire ses
chansons Gastibelza (1954) et La Légende de la nonne (1956).
Bande dessinée
Les romans de Victor Hugo influencèrent assez tôt les auteurs de comics américains, puisque la
création du Joker, un personnage de l'éditeur DC Comics, a été directement inspiré par le
film L'Homme qui rit (1928), adapté du roman éponyme de l'écrivain298,299. Dans les années 1940,
quatre romans de Victor Hugo ont été adaptés en comic book dans la collection Classics
Illustrated : Les Misérables, Notre-Dame de Paris, Les Travailleurs de la mer et L'Homme qui rit. En
1976, une adaptation du roman Notre-Dame de Paris a été publiée par Marvel Comics300. En France,
plus récemment, sont parus aux éditions Delcourt les albums Le Dernier Jour d'un condamné (2007)
et L'Homme qui rit (2007-2008), et aux éditions Glénat les albums Les Misérables (2017) et Notre-
Dame de Paris (2017), dans la collection Les Grands Classiques de la littérature en bande dessinée.
Notes et références
Notes
Références
1. ↑ Revenir plus haut en : a et b « Victor » est son prénom d’usage et « Marie » est son deuxième prénom (typographie conforme
aux préconisations du Lexique, p. 151)) et la signature du poète qui était « Victor Hugo ».
2. ↑ Escholier 1931.
3. ↑ Victor Hugo : la face cachée du grand homme.
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d'histoire sur France 2, 10 juillet 2012.
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23.↑ « Préface de Cromwell où l’auteur se pose en théoricien et en chef de file du romantisme. À la tragédie classique, il oppose le
drame moderne, qui doit mêler, comme le fait la nature-même, le sublime et le grotesque, ces deux éléments de la
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III, 2e partie, chap. XII - Lire en ligne.
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1170 p. (ISBN 978-2-221-04698-2), p. 484 - Février 1855.
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de la culture républicaine (1870-1914) [archive] dans Histoire, économie et société, 1991, 10e année, no 1, Le concept de
révolution, p. 127-142.).
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Catherine Mayaux, L'âge d'homme, 2004, article de Françoise Gerbaud, p. 13 et suiv..
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Mémoire de France, Collection Mémoire de France, Maisonneuve & Larose, 1994, p. 425.
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278.↑ « 1T7 Lycée Victor-Hugo » [archive], sur France Archives
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280.↑ « Dicotimbre Victor Hugo-293 » [archive], sur laposte.fr
281.↑ « Dicotimbre Victor Hugo-304 » [archive], sur laposte.fr
282.↑ « Dicotimbre Victor Hugo-2358 » [archive], sur laposte.fr
283.↑ « Dicotimbre Hernani de Victor Hugo-944 » [archive], sur laposte.fr
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impossible » [archive], sur Groupe Hugo
Voir aussi
Bibliographie
Catalogues bibliographiques
Œuvres complètes
• 1985 : Collection « Bouquins » aux éditions Robert Laffont. Textes proches de l'édition Massin et revus
pour le centenaire de la mort de Hugo. Œuvres complètes de Victor Hugo dirigée par Jacques
Seebacher et Guy Rosa ; en collaboration avec le Groupe inter-universitaire de travail sur Victor Hugo-
Paris VII, Robert Laffont, 15 vol.
Sources d'époque
• Adèle Foucher (Adèle Hugo), Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie, Paris, Bruxelles, Leipzig,
Librairie internationale A. Lacroix, Verboeckhoven & Cie, éditeurs, 2 t. in-8°, 1863
Remarque : C'est l'édition originale des souvenirs réunis par Adèle Hugo. Elle est préférable à l'édition
bruxelloise publiée l'année précédente, parce qu'elle est moins fautive et qu'elle comporte quelques
additions. Quoique Victor Hugo se soit toujours défendu d'avoir participé à la rédaction de ce livre, on sait
qu'il lui apporta un soutien actif, sinon, même, a-t-il rédigé quelques passages .
• Juliette Drouet, Mille et une lettres d'amour à Victor Hugo (choisies, préfacées et annotées par Paul
Souchon), Gallimard, coll. « L'Imaginaire », 1951.
• Paul Lafargue, « La Légende de Victor Hugo de 1817 à 1873 », dans Revue socialiste, 1885 [lire en
ligne [archive]].
Pamphlet virulent, écrit par un ancien communard, et à contre-courant, accusant l'écrivain de n'être
qu'un bourgeois opportuniste.
• Raymond Escholier, Victor Hugo raconté par ceux qui l'ont vu, Paris, Librairie Stock, 1931, 415 p. (lire
en ligne [archive]), p. 358
Sources récentes
• Danièle Gasiglia-Laster, Victor Hugo « Sa vie, son œuvre », Frédéric Birr, coll., 1984.
• Danièle Gasiglia-Laster, Victor Hugo, celui qui pense à autre chose, coll. « Petites biographies »,
Portaparole, Rome, 2006.
• Sophie Grossiord, Victor Hugo : et s’il n’en reste qu’un…, Gallimard/Découvertes - Paris-musées, 1998.
• Henri Guillemin, Victor Hugo par lui-même, Collections Microcosme "Écrivains de toujours", Paris, Le
Seuil, 1951, rééd. 2002.
• Henri Meschonnic, Hugo, la poésie contre le maintien de l’ordre, Paris, Maisonneuve & Larose, 2002.
• Annette Rosa, Victor Hugo, l'éclat d'un siècle, éditions Messidor, 1985 [lire en ligne [archive]].
• Philippe Van Tieghem, Victor Hugo : un génie sans frontières : dictionnaire de sa vie et de son œuvre,
Larousse, 1985.
• Cadot Virginie, Hugo et Juliette dans la tourmente d'un coup d'État, Edilivre, 2015
• Gaston Bordet, Hugo, Hier, maintenant, demain, Delagrave / CNDP / Centre régional de documentation
pédagogique de Franche-Comté, 2002
Monographies
• Corinne Charles, Victor Hugo, visions d'intérieur : du meuble au décor, Paris, éditions Paris-Musées,
2003 (ISBN 2-87900-768-2).
• Christian Chelebourg, Victor Hugo, le châtiment et l'amour - Sens de l'exil, Lettres Modernes Minard,
« Archives des Lettres Modernes », 2010.
• Frédéric Lenormand, Les Fous de Guernesey ou les amateurs de littérature, Robert-Laffont, 1991, sur
l'exil à Saint-Pierre-Port.
• Martin Feller, Der Dichter in der Politik. Victor Hugo und der deutsch-französische Krieg von 1870/71.
Untersuchungen zum französischen Deutschlandbild und zu Hugos Rezeption in Deutschland, Thèse
Marburg, 1988.
• Didier Philippot, Victor Hugo et la vaste ouverture du possible : essai sur l'ontologie romantique,
Classiques Garnier, 2017
• Jérôme Picon et Isabel Violante, Victor Hugo contre la peine de mort, avant-propos de Robert Badinter,
Paris, éditions Textuel, 2001.
• Baldine Saint Girons, Les Monstres du sublime : Hugo, le génie et la montagne, éditions Paris-
Méditerranée, 2005, rééd. Max Milo.
• Jacques Seray, Richard Lesclide, du « Vélocipède illustré » à « La Table de Victor Hugo », Vélizy,
Seray, 2009.
• Marieke Stein, « Victor Hugo vient de mourir. Les Funérailles du siècle », dans Dans les secrets de la
police, éditions l'Iconoclaste, 2008, (ISBN 9782913366206).
• Anne Ubersfeld, Le Roi et le Bouffon, étude sur le théâtre de Hugo de 1830 à 1839, Librairie José Corti,
1974.
• Frank Wilhelm, Victor Hugo et l'Idée des États-Unis d'Europe, Luxembourg, éd. par les Amis de la
Maison de Victor Hugo à Vianden, 2000.
• Victor Hugo et la musique, La Revue musicale, éditions Richard Masse, numéro 378.
• Alfred Jamaux, Victor Hugo en Bretagne, (" Fougères, Dol-de-Bretagne, Saint-Malo, Dinan, Le Mont-
Saint-Michel en compagnie de Juliette Drouet "), Saint-Malo : Éd. Cristel, 2002, 156.p. (ISBN 2-84421-
025-2)
Anthologies
• Ainsi parlait Victor Hugo, dits et maximes de vie choisis et présentés par Pierre Dhainaut, collection
« Ainsi parlait », Éditions Arfuyen, 176 p., 2018.
Articles de presse
• Louis Rousseau, La famille lorraine de Victor Hugo, dans Le Pays lorrain, 33e année, 1952, p. 81-
90 (lire en ligne) [archive]
Articles connexes
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