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LE Temps (Terminale 2023)

Ce document traite de la notion de temps en philosophie. Il présente le cadre général de la notion, ses différents sens (durée, passé, présent, futur), et des questions connexes sur la mesure du temps et sur le temps auquel il vaut mieux vivre.

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LE Temps (Terminale 2023)

Ce document traite de la notion de temps en philosophie. Il présente le cadre général de la notion, ses différents sens (durée, passé, présent, futur), et des questions connexes sur la mesure du temps et sur le temps auquel il vaut mieux vivre.

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Le temps

Analyse générale de la notion

Cette fiche a pour but de vous donner un aperçu général de la notion de temps en philosophie.
Vous y trouverez : a) le cadre général dans laquelle la notion s’inscrit en philosophie ainsi que des
exemples de sujets de BAC ayant rapport à la notion ; b) les différents sens de la notion ainsi les
questions principales et certains textes qui se rapportent à chacun des sens.

Une reprise sera faite en classe sous forme de questions de dissertation.

A – CADRE GÉNÉRALE DE LA NOTION

Pourquoi traiter du temps en philosophie ?

La notion est traitée, car l’existence humaine s’inscrit dans le temps. Le temps correspond au
milieu dans lequel l'existence se déroule. Ce temps de l'existence est marqué par un début, la
naissance, et une fin, la mort. Auparavant, le thème s’intitulait « L’existence et le temps », et plus
auparavant encore « L’existence, te temps et la mort ».

Les perspectives dans lesquelles s’inscrit la notion.

La notion s’inscrit dans deux perspectives principales :

- L’existence humaine (
- La connaissance (représentation adéquate de quelque chose – ici, le temps)

Exemples de sujets

- Suis-je ce que mon passé a fait de moi ? (ES, 1998, L, 2015)


- Faut-il oublier le passé pour se donner un avenir ? (L, 2010)
- Cela a-t-il un sens de vouloir échapper au temps ? (L, 2006)
- Connaissons-nous mieux le présent que le passé ? (L, 2002)
- Sommes-nous responsable de l'avenir ? (séries générales, 2021)

B – LES SENS DE LA NOTION

1. Sens 1 : Le temps désigne une période qui s’écoule entre deux événements.

En ce sens, le temps désigne un temps, c’est-à-dire une durée. La durée n’est pas le temps, mais un
temps délimité, c’est-à-dire compris entre un commencement et une fin. Mais toute durée est durée de
quelque chose : durée d’un cours, d’un film, d’une vie. La durée est donc la mesure finie d’un
changement.

En tant que durée délimitée, le temps est lié à l’idée de découpage. Ce que confirme l’étymologie.
Temps vient du latin tempus. La racine tem veut dire « couper », « diviser », « sectionner ».
Etymologiquement, temps signifie période.
2. Prolongement du sens 1 : Le temps est l’ensemble composé du passé, du présent et du
futur.

a) Le présent 

Du latin praesens « être en avant ». Il se distingue de l’absent. Le présent, c’est ce qui est actuellement.
Si je veux agir, le présent est le moment opportun. On ne peut agir ni au passé, ni sur le passé.

b) Le futur.

Le futur est ce qui n’est pas encore. Il n’est pas encore, mais il est visé par la conscience comme
pouvant être. En ce sens, il est prévisible. Ainsi, on y travaille.

Il faut distinguer le futur de l’avenir. Le futur, c’est ce que je prévois, ce vers quoi je me projette : le
métier que je ferai dans cinq ans, ce que je mangerai ce soir. En un sens, le futur est prévisible, mais
peut ne pas arriver. L’avenir, c’est ce qui arrivera. Exemple 1 : Je peux faire des études qui me
destinent au métier de médecin, mais devenir autre chose. Exemple 2 : on entre dans un magasin pour
acheter du pain, et on ressort bras dessus bras dessous avec la femme (l’homme) de sa vie,
rencontré(e) à la caisse. 

Mais futur et avenir ont deux choses en commun : ils ne sont pas encore, et ils sont plus ou moins
imprévisibles.

c) Le passé.

Le passé est ce qui a été. Il est objet de la mémoire. Il n’existe pas en soi, mais pour une mémoire qui
s’en souvient. Ainsi, on parle de devoir de mémoire.

3. Question connexe 1 : Si le temps est une période, combien de temps dure une période ?

Par exemple, combien de temps dure le film que je regarde avec des amis ?

Il y a deux façons de prendre la mesure du temps. On distingue deux façons d’envisager le temps.
Ainsi, on distingue le temps objectif du temps subjectif.

« Temps objectif » peut signifier deux choses : un temps qui existe indépendamment de l’existence
humaine (il existerait même s’il n’y avait aucun homme) ; ou un temps que mesure l’homme par des
instruments de mesure (il est relatif à ces instruments). En ce dernier sens, il est découpé en seconde,
minute, etc. Une minute et une minute, indépendamment de la perception que chacun en a. Par
exemple, pour mes amis et moi, le film dure deux heures.

« Temps subjectif » peut signifier la durée vécue par la conscience. Par exemple, deux heures de film
peuvent correspondre à une durée très longue pour moi qui n’aime pas le cinéma et relativement
courte pour eux qui en sont sensibles.
4. Question connexe 2 : Si le temps est une période, à quel temps vaut-il mieux vivre (au
passé, au présent ou au futur) ?

Texte :
« Dans le plus petit comme dans le plus grand bonheur, il y a quelque chose qui fait que le bonheur
est un bonheur: la possibilité d’oublier, ou pour le dire en termes plus savants, la faculté de sentir les
choses, aussi longtemps que dure le bonheur, en dehors de toute perspective historique. L’homme qui
est incapable de s’asseoir au seuil de l’instant en oubliant tous les événements du passé, celui qui ne
peut pas, sans vertige et sans peur, se dresser un instant tout debout, comme une victoire, ne saura
jamais ce qu’est un bonheur et, ce qui est pire, il ne fera jamais rien pour donner du bonheur aux
autres. Imaginez l’exemple extrême: un homme qui serait incapable de ne rien oublier et qui serait
condamné à ne voir partout qu’un devenir; celui-là ne croirait pas à sa propre existence, il ne croirait
plus en soi, il verrait tout se dissoudre en une infinité de points mouvants et finirait par se perdre dans
ce torrent du devenir. Finalement, en vrai disciple d’Héraclite, il n’oserait même plus bouger un doigt.
Toute action exige l’oubli, comme la vie des êtres organiques exige non seulement la lumière mais
aussi l’obscurité. Un homme qui ne voudrait sentir les choses qu’historiquement serait pareil à celui
qu’on forcerait à s’abstenir de sommeil ou à l’animal qui ne devrait vivre que de ruminer et de
ruminer sans fin. Donc, il est possible de vivre presque sans souvenir et de vivre heureux, comme le
démontre l’animal, mais il est absolument impossible de vivre sans oubli. Ou plus simplement encore,
il y a un degré d’insomnie, de rumination, de sens historique qui nuit au vivant et qui finit par le
détruire, qu’il s’agisse d’un homme, d’une peuple ou d’une civilisation. »

Nietzsche, Considérations inactuelles. 1874

Quelle question se pose Nietzsche ?

Nietzsche se demande en effet si l’oubli n’est pas nécessaire au bonheur, à l’action, et si, l’homme ne
peut être victime d’un excès de mémoire.

Quelle est la thèse de Nietzsche ?

Nietzsche soutient qu’un excès de mémoire nuit à la vie et à son bonheur. Extrait : « Il y a un degré
d’insomnie, de rumination, de sens historique qui nuit au vivant et qui finit par le détruire, qu’il
s’agisse d’un homme, d’une peuple ou d’une civilisation.» Ou encore : « Il est encore impossible de
vivre sans oubli. » Autrement dit, pour bien vivre, il faut savoir oublier. L’oubli est pensé dans la
perspective de la vie.

Est-ce évident de dire cela ?

Non, car généralement, on dévalorise la perte de mémoire, car elle est perçue comme un vide, un trou.
L’oubli est un trou de mémoire.

Dès lors, comme valoriser l’oubli alors que la parte de mémoire est considéré comme une
défaillance, un manque, une perte, un affaiblissement ?

Quels sont les arguments ?

Premier argument :
L’oubli permet de mieux sentir ce qu’on vit. Qu’est-ce que l’oubli ? L’oubli n’est pas considéré
comme un trou de mémoire. L’oubli est défini comme « la faculté de sentir les choses ». Ce qu’on vit
est vécu de manière nue, pure, sans être entaché d’autres choses. Or vivre quelque chose, c’est
précisément le ressentir. Et pour ressentir une chose, il faut s’y abandonner. Exemple : vous manger
un plat que vous aimez bien. Si en mangeant ce plat, vous pensez à la dernière fois que vous avez
mangé un tel plat et que vous êtes tombé malade, vous ne pouvez pas vous y abandonner, en profiter
pleinement.

Deuxième argument :

L’oubli permet de ressentir le bonheur. Le bonheur est un état de satisfaction ressenti. Et un ressenti
ne peut être réellement ressenti que si on le ressent de manière non historique, c’est-à-dire sans le
relier au passé ou au futur.
Celui qui veut vivre heureux doit savoir s’installer « au seuil de l’instant », c’est-à-dire qu’il doit savoir
goûter l’instant présent. Nous devons apprendre à savourer notre bonheur, à le sentir vraiment tant
qu’il dure sans nous perdre dans la conscience du passé ou du futur, sans quoi on passe à côté de ce
qu’il y a d’unique dans l’instant. Exemple : si vous prenez un plaisir, et si au même moment vous
pensez à la dernière fois que cela a foiré, ou si vous vous dites que ce n’est qu’un moment et que cela
va disparaitre, vous ne pouvez pas en profiter pleinement.

Troisième argument :

Celui qui est incapable d’oubli ne peut même pas sentir sa propre existence. Le temps de notre
existence, c’est le temps présent. On ne peut donc pas vivre sa vie, en profiter, si on est sans cesse
orienté vers le passé et vers le futur. Car tout devient passé, ou tout devient futur. Rien n’est  ; tout est
en devenir.

Quatrième argument :

L’action nécessite l’oubli. On peut supposer que la mémoire du passé ou même la perspective des
conséquences à venir peuvent tétaniser l’action.

Quelles objections peut-on faire à Nietzsche ?

On profitera davantage du présent si on est rempli de l’expérience du passé.

Quel est donc le sens du propos de Nietzsche ?

Il ne dit pas qu’il ne faut pas étudier le passé. Il y a pour tout homme (ou pour toute société, pour
toute civilisation) un besoin d’histoire (pour se référer à la grandeur du passé, pour s’en inspirer, on
peut trouver dans les traditions une certaine utilité), mais il s’agit aussi de penser les limites de cette
utilité et de trouver le juste rapport au passé : entre d’un côté un manque de mémoire (amnésie et
refoulement de certaines périodes de l’histoire, survalorisation du présent ou du futur), et de l’autre
une exacerbation de la mémoire, une vénération du passé (nostalgie trop forte) il doit y avoir un
équilibre.
5. Passage du sens 1 au sens 2

Tout le monde pourrait constater que le temps ne s’arrête pas. Il n’y a pas un moment où une période
marque un temps d’arrêt pour ensuite se relancer vers une autre période.

6. Sens 2 : Le temps est un écoulement continu par lequel le présent devient passé et le futur
présent.

Puisqu’il est écoulement, il est irréversible. On ne peut pas retourner dans le passé. On ne
peut pas revenir en arrière. Tout changement temporel comporte donc un caractère définitif.
Ce qui est fait est fait, à tout jamais, sans possibilité de retour. Par son caractère irréversible, le
passé renvoie donc à une certaine impuissance : on ne peut pas agir sur lui. Au sens strict, ce
n’est plus notre temps. Ce caractère irréversible du temps a une conséquence.

Ce qui est vécu ne l’est qu’une fois. L’irréversibilité du temps interdit toute seconde fois,
toute répétition ; chaque instant est unique et ne se répétera jamais à l’identique. Le
philosophe V. Jankélévitch l’exprime en ces termes :.
« Il est dit que nous ne reverrons jamais le même événement, et pas
même une seconde fois…surtout pas une deuxième fois (…) Chaque
fois n’arrive qu’une fois dans toute l’infinité éternelle du temps,
chaque fois est à la fois la première et la dernière et pour cette
raison nous la disons primultime. » (L’irréversible et la nostalgie)

La primultimité désigne le caractère unique des instants. C’est ce qui rend chaque
instant précieux si on considère que ce qui est unique est précieux.

Ce qui est passé est irrévocable, c’est-à-dire qu’on ne peut pas le défaire, l’effacer. Le passé
est ni à refaire (primultime), ni à défaire (irréversible). Par conséquent, l’irréversibilité du
temps peut s’accompagne de nostalgie, de remord, de regret.

7. Question connexe : Si le temps est écoulement, est-il une réalité que l’on peut définir et
connaître adéquatement ?

Texte

« Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne m’interroge, je le sais ; si je veux répondre à


cette demande, je l’ignore. Et pourtant j’affirme hardiment, que si rien ne passait, il n’y aurait
point de temps passé ; que si rien n’advenait, il n’y aurait point de temps à venir, et que si rien
n’était, il n’y aurait point de temps présent. Or, ces deux temps, le passé et l’avenir, comment
sont-ils, puisque le passé n’est plus, et que l’avenir n’est pas encore ? Pour le présent, s’il était
toujours présent sans voler au passé, il ne serait plus temps ; il serait l’éternité. Si donc le
présent, pour être temps, doit s’en aller en passé, comment pouvons-nous dire qu’une chose
soit, qui ne peut être qu’à la condition de n’être plus ? Et peut-on dire, en vérité, que le temps
soit, sinon parce qu’il tend à n’être pas ?

Or, ce qui devient évident et clair, c’est que le futur et le passé ne sont point ; et,
rigoureusement, on ne saurait admettre ces trois temps : passé, présent et futur ; mais peut-
être dira-t-on avec vérité : Il y a trois temps, le présent du passé, le présent du présent et le
présent de l’avenir. Car ce triple mode de présence existe dans l’esprit ; je ne le vois pas
ailleurs. Le présent du passé, c’est la mémoire ; le présent du présent, c’est l’attention actuelle ;
le présent de l’avenir, c’est son attente. Si l’on m’accorde de l’entendre ainsi, je vois et je
confesse trois temps ; et que l’on dise encore, par un abus de l’usage : Il y a trois temps, le
passé, le présent et l’avenir ; qu’on le dise, peu m’importe ; je ne m’y oppose pas : j’y consens,
pourvu qu’on entende ce qu’on dit, et que l’on ne pense point que l’avenir soit déjà, que le
passé soit encore. »

                                                                   Saint Augustin, Les Confessions, Livre XI

Quelle est la question que se pose Saint Augustin ?

Peut-on dire ce qu’est le temps ? Existe-t-il ?

Quelle est sa thèse ?

En un sens, oui il existe. Le temps, c’est l’ensemble composé du passé, du présent, de l’avenir.
Toutefois, on ne peut pas leur attribuer une réalité.

Quels sont les arguments ?

Premier argument : Le temps, c’est un écoulement par lequel le présent devient passé, l’avenir devient
présent. Ce qui manifeste qu’il y a du temps, c’est que les choses tendent à changer ou même à n’être
plus.

Deuxième argument : Ni le passé, ni l’avenir ne sont. Si le passé était encore, il ne serait pas du temps,
car il aurait échappé à l’écoulement. Il serait (le) présent. Quant à l’avenir, il n’est pas encore.

Troisième argument : On ne peut même pas dire que le présent lui est. Car, s’il était toujours présent,
il ne serait pas du temps. Il serait l’éternité. Est éternel, ce sur quoi le temps n’a aucune prise.

Peut-on alors dire que le temps n’est rien du tout pour nous ?

Le temps est bien quelque chose, mais dans notre conscience. Il existe sous forme de souvenirs (le
passé), d’attente (l’avenir) ou d’attention à ce qui se passe maintenant (le présent). Pour Saint
Augustin, il y a donc trois temps : le présent du passé (la mémoire), le présent de l’avenir (l’attente,
l’anticipation, les prévisions), le présent du présent (l’attention que nous portons à ce qui passe
maintenant). La narration du passé implique la mémoire. Se souvenir c’est avoir une image du passé,
et cette image est une empreinte laissée par les événements, qui, de la sorte, restent fixés dans notre
esprit. La prévision du futur implique l’attente. C’est grâce à l’attente que les choses futures sont
présentes comme à venir.

Conclusion du texte :

Le temps n’existe pas en soi. C’est notre conscience qui pense et conçoit le temps. Grâce à la
conscience, nous échappons au présent, songeons au passé, rêvons à l’avenir, saisissons le moment
présent qui tend à nous échapper.

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