VICTOR HUGO - LES CONTEMPLATIONS – 1838
MELANCHOLIA
Introduction :
Accroche et contexte
La révolution industrielle au XIXème siècle a engendré de grands besoins de main d’œuvre dans
l’industrie. Les enfants, issus des classes sociales pauvres, étaient alors généralement conduits à
travailler très jeunes.
Dès le début du XIXème siècle, en 1819, le Royaume Uni fixe à 9 ans l’âge minimal fixé pour travailler
puis, en 1833, fixe le temps de travail à 48 heures par semaine et 11 heures par jour.
Quand Victor Hugo écrit le poème « Melancholia » en 1838, la France n’a pas encore adopté de
législation encadrant le travail des enfants. « Melancholia » désigne alors la mélancolie politique de
Victor Hugo devant l’exploitation des enfants.
Problématique :
On peut alors se demander comment Victor Hugo transforme sa mélancolie en révolte politique
Annonce de plan linéaire (découpage en mouvements)
Dans « Melancholia », Victor Hugo dresse un tableau réaliste et tragique du travail de enfants (v. 1
à v. 6) pour critiquer l’industrialisme, doctrine influente au XIXème siècle qui voit dans le travail
industriel un progrès (v. 7 à v. 12). Cet extrait s’achève comme un véritable réquisitoire contre le
travail des enfants (v. 12 à v. 34).
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MELANCHOLIA
1ier mouvement
Tout d’abord, de la ligne 1 à 6, on observe un tableau réaliste et tragique du travail des enfants.
Première analyse
En effet, Victor Hugo dresse un tableau réaliste de la misère à travers le portrait en action
d’enfants allant au travail. Le poète se mue ainsi en chroniqueur qui va enquêter sur les
conditions de travail.
1) L’utilisation des déterminants déictiques « ces enfants », « ces doux êtres », « ces filles »
inscrit Victor Hugo dans une relation de présence et de proximité avec ces enfants.
2) Le champ lexical du mouvement « cheminer », « s’en vont », « vont », « mouvement »
montre le souci de réalisme du chroniqueur qui témoigne.
Deuxième analyse
Mais le poème « Melancholia » évolue rapidement vers un registre tragique.
1) Les périphrases « Ces doux êtres pensifs », « Ces filles de huit ans » suscitent la pitié du
lecteur en insistant sur la fragilité et l’innocence de ces enfants.
2) Le terme « fièvre », sujet du verbe « maigrit » (v.113) devient une allégorie de la maladie qui
s’abat sur les enfants et lui donne un caractère plus fatal.
3) Au vers 114, Victor Hugo joue avec l’homonymie entre « cheminer » et « cheminées » qui
suggère que le mouvement des enfants est entièrement tourné vers l’usinage et la production.
4) Le choix de l’âge de « huit ans » n’est pas le fruit du hasard. Il correspond à l’âge minimum
pour travailler en 1856 mais n’est pas encore voté en France. Victor Hugo, indigné par ce
seuil très bas, montre que le droit français incarne ce destin fatal.
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MELANCHOLIA
1ier mouvement
Troisième analyse
Enfin, ce sont des enfants aliénés.
1) Le champ lexical de l’économie « travailler », « quinze heures », « meules », « machines »
souligne l’enfermement des enfants dans les rouages d’une industrie aliénante.
2) Victor Hugo se situe dans le sillage de la pensée socialiste française qui critique l’exploitation
industrielle des ouvriers et recherche une organisation humaine du travail.
3) Victor Hugo dénonce ainsi un travail répétitif qui réduit les enfants à l’état de machines
comme le montre le champ lexical de la circularité : « de l’aube au soir », « éternellement »,
« même », « même ».
Transition
Les enfants « en mouvement » du vers 6 deviennent « accroupis » au vers 7, signe de
l’immobilisation du tableau des enfants pour entamer la critique de « la machine sombre » qui les
asservit.
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MELANCHOLIA
2ième mouvement
Ensuite, de la ligne 7 à la ligne 12, on entend une polémique contre l’industrialisme
Première analyse
Pour commencer, le travail assimilé à un Minotaure.
1) A l’époque de la révolution industrielle, l’usine est vue comme le creuset du progrès et de
l’émancipation humaine. Victor Hugo se fait donc polémiste au v.117 lorsqu’il compare l’usine à
une prison : « Dans la même prison le même mouvement ».
2) Victor Hugo a ensuite recours à un registre fantastique en transformant la machine en
créature mythologique comme le montre le champ lexical de la monstruosité : « dents », «
sombre », « Monstre », « hideux », « mâche on ne sait quoi », « enfer ».
3) La machine est comparée au Minotaure qui mangeait des enfants. Par analogie, l’usine devient
par un labyrinthe dans lequel l’homme perd son humanité.
4) Les antithèses « Innocents / bagne ; anges / enfer » soulignent l’incompatibilité entre les
enfants et la civilisation industrielle.
5) La position « Ils travaillent » en rejet au vers 120 suggère que l’homme est rejeté par une
usine qui le consomme, le consume puis le rejette comme un produit.
Deuxième analyse
Puis, c’est l’industrialisme qui est critiqué
1) Par le champ lexical du minéral (« machine », « airain », « fer » « cendre »), Victor Hugo
met en évidence la froideur de l’usine, le « fer » rimant avec « enfer ».
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MELANCHOLIA
2ième mouvement
2) Le travail à l’usine est ainsi marqué par le néant et la négation : « Jamais on ne s’arrête et
jamais on ne joue ».
3) Le pronom impersonnel « on » souligne que cette civilisation industrielle ne laisse pas de
place pour l’individu. L’allitération en (j) laisse entendre les sanglots du moi qui essaie
d’émerger de ce monde dépersonnalisant.
4) Dans ce monde industriel, les enfants à peine nés sont déjà des fantômes comme le suggère
l’exclamation v.113 : « Ainsi quelle pâleur ! » et le terme « cendre » qui renvoie à la mort.
Transition
Après s’être porté sur les « joues » au vers 12, le regard de l’auteur se porte maintenant sur les
sentiments de ces enfants. Leurs souffrances justifient son combat.
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MELANCHOLIA
3ième mouvement
La fin de cet extrait à partir de la ligne 13 constitue alors un réquisitoire contre le travail des
enfants.
Première analyse
En effet, Victor Hugo quitte le registre polémique pour se faire l’avocat de la cause des enfants.
1) L’anaphore en « ils » aux vers 124 et 125 met la lumière sur les enfants. Ces derniers
s’adressent à Dieu, (« Ils semblent dire à Dieu »), ce qui accentue leur pureté et leur
innocence.
2) Leur phrase prend d’ailleurs le ton d’une prière comme le suggère l’incise « Notre père » qui
rappelle la prière « Notre Père ».
3) C’est donc une parole qui suscite la pitié du lecteur.
4) Puis Victor Hugo, tel un avocat, reprend la voix par une invocation « Ô servitude infâme
imposée à l’enfant ! / Rachitisme (…) ».
Deuxième analyse
Puis, le travail est investi d’une valeur diabolique.
1) Il est présenté par Victor Hugo comme le diable, la figure inversée de Dieu, comme le
suggèrent les structures en chiasme sonore (« Défait ce qu’a fait Dieu ») ou syntaxique (« La
beauté sur les fronts, dans les cœurs la pensée »).
2) Au vers 132, Victor Hugo joue sur le sens du terme « fruit » : « c’est là son fruit le plus
certain ». Le « fruit » désigne certes la conséquence d’une action mais fait aussi allusion au
fruit du péché originel.
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MELANCHOLIA
3ième mouvement
3) Le travail des enfants est ainsi présenté comme diabolique et destructeur.
4) Victor Hugo montre le pouvoir néfaste du travail des enfants à travers des hyperboles qui
frappent l’imagination : « Qui ferait […] D’Apollon un bossu, de Voltaire un crétin ! »
5) Les antithèses suggèrent que le travail des enfants crée le chaos, crée une inversion des
valeurs : « produit la richesse en créant la misère », « un enfant ainsi que d’un outil ».
6) Le parallélisme entre « Travail » (v.134) et « Progrès » (v.137) donne une dimension ironique
à la tirade.
Troisième analyse
Enfin, à la fin de cet extrait de « Melancholia », Victor Hugo se fait imprécateur
1) L’anaphore de l‘adjectif « maudit » aux vers 141, 142 et 143 révèle cette position.
2) Par le champ lexical du vice (« haï » ,« vice », « opprobre », « blasphème »), il reproche aux
hommes de pervertir par le travail industriel la création de Dieu, dont l’enfant est l’image la
plus pure.
3) Victor Hugo ne veut pas abolir le travail mais il veut un travail conforme à la dignité de
l’homme.
4) Le champ lexical du bonheur aux vers 144 et 145 montre que Victor Hugo croit possible cette
société du travail et de la dignité : « vrai », « saint », « fécond », « généreux », « libre », «
heureux ».
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MELANCHOLIA
Conclusion
Bilan
« Melancholia » témoigne de l’engagement politique de Victor Hugo auprès des plus démunis. Le
poète a recours à de multiples registres pour dénoncer l’exploitation des enfants dans les usines :
descriptions réalistes, fantastiques, prise de position polémique contre l’industrialisme.
A une époque qui voit dans la révolution industrielle l’avènement d’une société heureuse, Victor
Hugo fait entendre une voix divergente.
Ouverture
Après des débats houleux, la chambre des députés vote en 1841 la première loi française relative au
travail des enfants employés dans les manufactures, usines ou ateliers.
Cette loi fixe l’âge minimum de travail à 8 ans, et le travail de nuit et du dimanche. En 1851, la loi
limite le travail à 10 heures par jour avant 14 ans et 12 heures par jour de 14 à 16 ans.