Définir la notion de texte en linguistique
Définir la notion de texte en linguistique
LA NOTION DE TEXTE
Jean-Michel Adam
(10-2019)
Le premier obstacle que rencontre tout essai de définition de la notion de texte réside dans
l’extrême diversité et l’hétérogénéité des textes possibles :
Quelle définition serait à la fois applicable et féconde pour embrasser des textes aussi
différents qu’une tragédie de Racine, un article de journal sportif, un traité d’anatomie
humaine ou de biochimie, un éditorial politique, un mémoire paru aux comptes rendus
de l’Académie des sciences, un roman et une thèse d’histoire ? (Molino 1989 : 41)
Weinrich le dit autrement dans la dernière édition de Tempus : « Die Texte einer Sprache
stehen also nicht am Ende oder gar weit jenseits der Grammatik, sondern an ihrem
Anfang »2 (1994 : 308). Ce qu’illustrent ses travaux sur les temps verbaux : « […] les
formes temporelles viennent d’abord à nous – et nous reviennent – à travers des textes.
C’est là qu’elles dessinent avec d’autres signes, et aussi avec d’autres temps, un complexe
de déterminations, un réseau de valeurs textuelles » (1973 [1964] : 13).
Il ne faut toutefois pas céder au leurre de l’évidence naturelle du texte, dénoncé aussi bien
par Charles (1995 : 40) que par Chartier (1998 : 279) : les textes sont des constructions
1
Je remercie Solange Ghernaouti pour ses remarques avisées sur les textes numériques.
2
« Les textes d’une langue ne se trouvent pas à la fin ni même au-delà de la grammaire, mais à
son point de départ ».
3
issues de procédures médiatrices qui assurent leur circulation. Ce dont les concepts de
textiel (contraction de texte et de logiciel) et d’architexte (de arkhè, origine et
commandement), développés dans Davallon et al. 2003, rendent bien compte, en
soulignant l’importance de l’outil technique qui permet de produire un texte numérique :
Du banal traitement de texte au logiciel d’écriture multimédia, on ne peut produire un
texte à l’écran sans outils d’écriture situés en amont. Ainsi le texte est-il placé en abîme
dans une autre structure textuelle, un « architexte », qui le régit et lui permet d’exister.
[…] Autrement dit, le texte naît de l’architexte qui en balise l’écriture. (Davallon et al.
[2003] 2013 : 10)
La théorie du texte doit intégrer une attention méthodologique aux opérations que les
énoncés subissent pour devenir textes d’un corpus. C’est très important lors de
l’établissement des grands corpus numériques et de la transcription d’interactions
conversationnelles, mais cela vaut tout autant pour la question du passage du
manuscrit/tapuscrit au livre, à l’article donné à un journal ou à une revue, à l’affiche
imprimée, etc. L’établissement philologique des textes rassemblés dans un corpus et
l’observation des états variationnels du « même » texte sont aussi importants dans le cas
des versions prononcées et écrites d’un discours politiques (Adam 2011a : 251-268 &
2016) que dans ceux des éditions et des traductions des textes littéraires (Adam 2018a),
du passage d’une dépêche d’agence aux différents articles journalistiques sur un même
événement et de la reprise d’un même article dans plusieurs journaux (Simon 2011).
Avec le numérique, les potentialités électroniques des fichiers sont les éléments de
textualités potentielles, stabilisables à un instant t, mais modifiables à tout instant pour
former ainsi autant de textes en genèse ou en variation.
Hjelmslev, dans ses Prolégomènes à une théorie du langage (1943 ; traduit en français en
1968 et 1971), est le premier linguiste de l’époque moderne à avoir accordé une place
importante au concept de texte dans les sciences du langage (Conte 1985, Rastier 1997,
Badir 1998) :
La théorie du langage s’intéresse à des textes, et son but est d’indiquer un procédé
permettant la reconnaissance d’un texte donné au moyen d’une description non
contradictoire et exhaustive de ce texte. Mais elle doit aussi montrer comment on peut,
de la même manière, reconnaître tout autre texte de la même nature supposée en nous
fournissant les instruments utilisables pour de tels textes. (Hjelmslev 1971 : 26-27)
Comme le montre Kyheng, les chapitres 1 à 8 des Prolégomènes, consacrés aux aspects
théoriques de la théorie du langage, sont dominés par le concept discontinuiste de textes
[tekster], objet empirique dénombrable. Les chapitres 9 à 20, qui portent sur les principes
et éléments de l’analyse linguistique, privilégient le concept continuiste de texte [tekst],
somme de tout ce qui a été écrit et dit dans une langue, « donnée primaire absolue à partir
de laquelle commence toute analyse linguistique » (Kyheng 2005). L’ambition est
extrême :
4
Il ne suffit pas que la théorie du langage permette de décrire et de construire tous les
textes possibles d’une langue donnée ; il faut encore que, sur la base des connaissances
que contient la théorie du langage en général, elle puisse faire de même pour les textes
de n’importe quelle langue. (Hjelmslev 1971 : 27)
Parcourir tous les textes existants est naturellement humainement impossible, et serait
du reste inutile, puisque la théorie doit être tout aussi valable pour des textes qui ne sont
pas encore réalisés. (Hjelmslev 1971 : 28)
La grammaire de texte de Slakta (1975, 1980, 1985) a pris, en revanche, appui sur la
Perspective Fonctionnelle de la Phrase du Second Cercle de Prague (Mathesius 1929,
Firbas 1964, Daneš 1974). Direction suivie également par Combettes dans Pour une
grammaire textuelle. La progression thématique (1983) et par Carter-Thomas dans La
Cohérence textuelle (2000). Ces travaux présentent l’intérêt de définir le texte comme le
lieu d’une tension permanente et d’un équilibre précaire entre reprise-répétition d’une
information posée comme connue (le thème) et progression par apport d’informations
nouvelles (rhème : ce qui est dit à propos du thème et focalisé, foyer d’information).
Combettes résume très bien cet équilibre instable : « L’absence d’apport d’information
entraînerait une paraphrase perpétuelle ; l’absence de points d’ancrage renvoyant à du
“déjà dit” amènerait à une suite de phrases qui, à plus ou moins long terme, n’auraient
aucun rapport entre elles » (1986 : 69). Tout en reposant le vieux problème de l’ordre des
mots dans la phrase (Weil 1879), c’est surtout la question des divers types
d’enchaînements inter-phrastiques que ces travaux abordent. En s’interrogeant sur ce qui
fait d’une suite de phrases un texte, ils retrouvent une idée de Blinkenberg :
La plupart des phrases ne sont pas isolées, elles sont enchaînées à d’autres ; une phrase
en amène une autre, elle la déclenche ; et le point d’aboutissement d’une phrase est très
souvent la notion initiale de la phrase suivante ; le prédicat de la première devient le
sujet de la deuxième, et ainsi de suite ; ou bien dans d’autres cas, un même sujet reçoit
une série d’attributs successifs. (1928 : 30)
(1) Dormir en wagon fut mortel à M. Émile Moutin, de Marseille. Il était appuyé contre la
portière ; elle s’ouvrit, il tomba.
Dire que « Le texte est d’abord un objet grammatical », comme c’était le cas, par
exemple, dans les entrées « Texte » et « Grammaire de texte » du Dictionnaire historique,
thématique et technique des littératures (Demougin éd. 1985-1986), avait déjà été mis en
question par Halliday & Hasan :
A text is best thought of not as a grammatical unit at all, but rather as a unit of different
kind : a semantic unit. (1976 : 293)
A text is a unit of language in use. It is not a grammatical unit, like a clause or a
sentence ; and it is not defined by its size. (1976 : 1)
In other words it is not simply a large grammatical unit, something of the same kind as a
sentence but differing from it in size – a sort of supersentence. (1976 : 293)
Jakobson le disait autrement : « Dans la combinaison des phrases en énoncés, l’action des
règles contraignantes de la syntaxe s’arrête […] » (1963 : 47). Position réaffirmée par
Soutet : « Dans le cas particulier du texte, le rapport du tout à la partie ne relève pas du
même type de prévisibilité que celui qui existe entre chacune des unités subphrastiques et
leurs constituants immédiats » (2005 : 325). Selon un point de vue distributionnel, si des
procédures de segmentation et de commutation permettent d’établir des classes et de
définir le morphème, le signe, le syntagme et la phrase comme des suites ordonnées de
phonèmes, de signes, de morphèmes et de syntagmes, « on voit mal ce que pourrait être
une classe distributionnelle de phrases » (Soutet 1995 : 325). Dans l’exemple (1), étudié
plus haut, on a vu qu’une classe de morphèmes comme les pronoms personnels de 3ème
personne (IL et ELLE) remplit une fonction textuelle de reprise et de liage entre clauses,
au-delà de la frontière du point, et diffère ainsi des autres membres de la classe
morphologique des pronoms personnels, à laquelle elle ne se réduit donc pas.
6
Même si, comme le disent Desclés et Guentchéva : « Toute grammaire du texte doit
nécessairement s’appuyer sur une analyse détaillée des formes et des valeurs des
marqueurs grammaticaux » (1987 : 112), il faut tenir compte du fait que Lita Lundquist a
démontré que le jugement de textualité (texte vs non-texte) est très proche du jugement de
grammaticalité (phrase vs non-phrase), mais que les règles linguistiques que l’on peut
tirer du fait que « l’agencement des parties du texte (les phrases) paraît régi par des
expressions linguistiques contenues dans ces parties » (Lundquist 1999 : 72) ne suffisent
pas. D’autres principes entrent en jeu, à savoir « des principes cognitifs » : schémas et
scripts, « Idealized Cognitive Models » de Lakoff (1987), « Patterns for integrating
symbolic structures » de Langacker (1991, 1999, 2008). Parmi les nombreux travaux qui
ont fait avancer la recherche, il faut encore citer l’approche textuelle et fonctionnelle de la
grammaire de Givón (1998), mais aussi la Rhetorical Structure Theory (RST) de Mann &
Thompson (1988) avec ses 23 relations entre clauses ou entre séquences formant un
paragraphe ou un texte (Péry-Woodley 1993) et, plus récemment, la Théorie des
Représentations Discursives Segmentées (SDRT de Busquets et al. 2001).
Pour s’engager dans une extension de la grammaire à des faits plus vastes que la phrase et
la période et rompre avec les conceptions classiques, centrées sur la bonne formation de
phrases-types, il faut partir du fait que les solidarités morpho-syntaxiques entre unités de
la langue n’ont qu’une portée limitée. Dès que l’on passe le seuil du syntagme et du
noyau de la phrase pour entrer dans les domaines de l’inter-phrastique/périodique et du
transphrastique/transpériodique, d’autres systèmes de connexions apparaissent, qui
reposent sur des marques dont la portée peut être lointaine. En signalant que « telle ou
telle unité doit être comprise comme entretenant telle relation avec telle ou telle autre »
(Charolles 1993 : 311), ces marques linguistiques ont pour fonction pragmatique d’inciter
le destinataire-interprétant à établir des ponts entre clauses ou segments textuels.
Par exemple, toujours dans (1), outre les anaphores dont nous avons parlé, les temps
verbaux prennent en charge la narration du fait divers et instaurent des rapports entre
clauses qui font de cette suite de deux phrases graphiques un récit :
(1) [c1] Dormir en wagon fut mortel à M. Émile Moutin, de Marseille. [c2] Il était appuyé
contre la portière ; [c3] elle s’ouvrit, [c4] il tomba.
7
Le passé simple de c1, avec le verbe être, résume l’événement et permet le déplacement
en position rhématique du nom de la victime, tandis que l’action de dormir passe en
position thématique et devient cause du verbe conjugué. Le plus-que-parfait de c2 sert
d’appui descriptif (état) à l’irruption du drame raconté par les deux passés simples
(événements) de c3 et de c4 (sur le fonctionnement textuel de cette distinction
état/événement, voir Desclés & Guentchéva 1987).
3
Audiovisuellement accessible sur youtube :
https://www.youtube.com/watch?v=vY7xOUZoN_s
9
Avec cette idée de « linéarité de l’échange jalonnée et structurée par des interruptions
plus ou moins marquées » se dessine l’identification d’un tout borné et de ses parties.
Bien que les textualités numériques, largement multimodales, paraissent remettre en
cause les questions de frontières et de linéarité, nous verrons qu’elles peuvent être
abordées à partir des principes que nous dégageons des textualités écrites et parlées.
La distinction entre les concepts de texte et de discours ne passe donc pas par l’opposition
de l’écrit et de l’oral : il s’agit d’une différence d’échelle que résume bien le double
principe énoncé par Provost-Chauveau : (a) « L’analyse du discours suppose la mise
ensemble de plusieurs textes » et (b) « Le texte – exemple de discours – n’est jamais
réellement clos, il est continuation, d’une part, et inachèvement, de l’autre. Il n’existe
comme texte que par ce qui le précède et le constitue, c’est-à-dire en fonction d’autres
discours » (1971 : 19). C’est très précisément pour cette raison que la théorie du texte
n’est qu’une partie de l’analyse discursive (Cossutta & Maingueneau 2019). Charaudeau
reprend cette idée assez communément partagée dans le champ de l’analyse du discours :
Le texte se fabrique avec des règles qui lui sont propres, qu’il faut mettre au jour et qui
témoignent à la fois des contraintes et des stratégies du sujet parlant, toutes choses qui
construisent la “matérialité textuelle” […]. Mais en même temps, il y a du discours, ou
plutôt des discours qui circulent sous les textes (qu’ils soient oraux ou écrits) et qu’il
faut détecter à travers les jeux d’intertextualité et d’interdiscursivité qui les constituent.
(2015 : 125-126)
358) que par Bronckart, qui parle de : « […] mise en interface entre les représentations
construites par l’agent à propos de sa situation d’action (motifs, intentions, contenu
thématique à transmettre, etc.), et les représentations de ce même agent concernant les
genres disponibles dans l’intertexte » (Bronckart 1997 : 138). L’appartenance générique
d’un texte conditionne son acceptabilité et sa pertinence, car, comme le dit Foucault dans
L’Archéologie du savoir :
Ce ne sont ni la même syntaxe, ni le même vocabulaire qui sont mis en œuvre dans un
texte écrit et dans une conversation, sur un journal et dans un livre, dans une lettre et sur
une affiche ; bien plus, il y a des suites de mots qui forment des phrases bien
individualisées et parfaitement acceptables, si elles figurent dans les gros titres d’un
journal, et qui pourtant, au fil d’une conversation, ne pourraient jamais valoir comme
phrase ayant un sens. (1969 : 133)
L’unité textuelle que constitue ce slogan d’une publicité ancienne pour la marque Opel
(voir en annexe) apparaît comme ponctuée de façon intempestive, irrecevable d’un point
de vue normatif :
L’alinéa après la phrase graphique P1 isole un thème et souligne l’ellipse du verbe avoir
(avoir de/du…), introducteur des deux propriétés prêtées à ce thème et qui pourrait relier
les trois phrases nominales réduites à l’état de syntagmes. Le point avant le connecteur
additif ET sépare les deux rhèmes tout en soulignant le second, modalisé par un point
d’exclamation. Conformément au genre du slogan d’accroche publicitaire, une structure
rythmique prend le pas sur la syntaxe phrastique. Mais surtout, l’autonomisation des trois
syntagmes annonce la première partie du rédactionnels : à chaque segment nominal
correspond un des trois premiers paragraphes (je souligne), ce qui transforme le slogan en
titre thématique, introducteur d’un contenu descriptif :
(3suite) Manta. Le coupé qui a la cote : le favori en Europe. Ce n’est pas par hasard !
Il y a d’abord sa ligne racée, incomparable. Grâce à elle, la Manta se détache du
peloton des autres voitures. Voilà pour l’allure.
Côté tempérament, voyez plutôt les performances de la nouvelle Manta i240 avec
son fougueux moteur à injection 2.4l : de 0 à 100 km/h en 8.8 sec., vitesse de pointe de
plus de 200 km/h !
Ajoutez à cela un châssis sport surbaissé, des jantes larges en métal léger, des freins
à disque ventilés à l’avant, des amortisseurs à pression de gaz Bilstein et un équipement
sport complet. […]
Ce petit poème de Paul Éluard, tiré de Les nécessités de la vie et les conséquences des
rêves, serait quant à lui illisible sans son péritexte :
La répétition obsédante de trois mots (dix fois FILLE et dix fois MÈRE, lexèmes faiblement
liés par la répétition 19 fois du coordonnant ET) empêche l’introduction d’informations
nouvelles et le développement d’une prédication. La non satisfaction de l’exigence de
progression textuelle entraîne un jugement d’irrecevabilité. Toutefois, la présence de ce
texte dans un recueil poétique d’un poète surréaliste et son titre génériquement explicite :
« Berceuse » qu’accompagne la dédicace à une personne qui porte le même nom que
l’auteur, tout cela permet de prêter une cohérence au tout textuel constitué du poème, de
son péritexte et de son inscription dans la section « Les conséquences des rêves » du
recueil. Le chant de la berceuse doit endormir l’enfant du poète qui, de plus, rend ainsi
hommage au sexe féminin. Le lecteur récupère les dysfonctionnements de surface de ce
texte, en accédant à un autre ordre du sens, un ordre dominé sémantiquement par une
thématique de la filiation et de l’engendrement, et rythmiquement par une structure
répétitive : 1 fois le vocable fille isolé (au début) et 1 fois mère isolé (à la fin), 3 fois le
redoublement de mère et 3 fois également et en alternance de fille, 1 fois le triplement de
mère et 1 fois celui de fille. Tout ceci n’est rendu acceptable que parce que le titre
suggère un autre usage de la langue : un passage poétique à la langue-babil, langue pour
le sommeil et les rêves, langue maternelle devenue musicale. Ce fait rythmique est ainsi
hautement porteur de sens.
Le même lien descendant, appuyé sur la représentation d’un tout et des genres discursifs
en usage dans la formation socio-discursive, était déjà présent, au début du XIXe siècle
(1805/1833), dans les remarques et aphorismes du philosophe allemand Schleiermacher :
La représentation générale du tout limite à elle seule la diversité du détail en
l’incorporant à un genre déterminé. Car tant les éléments matériels que les éléments
formels ont des sphères différentes dans la poésie et la prose, dans l’exposé scientifique
et l’exposé familier. (1987 : 81)
Si l’ouvrage entier a un sujet et une fin, chaque chapitre a également l’un et l’autre,
chaque article, chaque phrase. Il faut donc tenir la même conduite dans les détails. Par-
là, l’ouvrage sera un dans son tout, un dans chaque partie, et tout y sera dans la plus
grande liaison possible. (2002 : 212)
S’il distingue l’unité d’action, propre aux textes faits pour intéresser et potentiellement
narratifs (exemple (1) étudié plus haut), et l’unité d’objet, propre aux textes faits pour
instruire et potentiellement argumentatifs et descriptifs (exemple (3)), il leur fixe toutefois
les mêmes conditions de composition :
Chaque partie veut être considérée en particulier, et sous-divisée autant de fois, qu’elle
renferme d’objets qui peuvent faire chacun un tout. Rien ne doit entrer dans ces sous-
divisions qui puisse en altérer l’unité, et les parties ne connaissent d’autre ordre que
celui qui est indiqué par la gradation la plus sensible. Dans les ouvrages faits pour
intéresser, c’est la gradation de sentiment ; dans les autres, c’est la gradation de lumière.
(2002 : 211)
Condillac distingue trois grands « genres d’ouvrages » car, dit-il, « on raisonne, on narre,
ou l’on décrit » (2002 : 214). Ces trois grandes actions socio-discursives correspondent
aux distinctions assez généralement admises aujourd’hui entre l’argumentatif et
l’explicatif (rangés dans le didactique), la narration (récit factuel et fictionnel) et les
usages très variés de la description. Les différents « genres d’ouvrages » sont pensés sur
la base d’un principe de gradation entre deux pôles extrêmes : l’essai philosophique,
caractérisé par un « style d’analyse », et le poème lyrique, et son « style d’image » (2002 :
233). Condillac insiste sur les contraintes que des genres comme l’ode, le poème épique,
la tragédie, la comédie, les épîtres, les contes, les fables, etc., exercent sur la lecture et
surtout sur les effets des genres sur la perception de la complétude et de la cohérence d’un
texte : « Au seul titre d’un ouvrage, nous sommes disposés à désirer dans le style plus ou
moins d’art, parce que nous voulons que tout soit d’accord avec l’idée que nous nous
faisons du genre. […] Toutes les fois que les genres diffèrent, nous sommes disposés
différemment, et […] en conséquence nous jugeons d’après des règles différentes »
(2002 : 236).
C’est bien ce que nous avons constaté avec les exemples publicitaire (3) et poétique (4)
dont les faits locaux d’agrammaticalité deviennent acceptables à la lumière du tout textuel
et du genre de discours qui met chacun de ces textes en relation avec d’autres textes
semblables, disponibles dans une communauté socio-discursive donnée. Sous l’influence
de Vološinov, Bakhtine donne aux remarques de Schleiermacher et de Condillac une
dimension résolument dialogique, qui englobe les textualités écrites et parlées :
Nous apprenons à mouler notre parole dans les formes du genre et, entendant la parole
d’autrui, nous devinons, au tout premier mot, son genre, nous en pressentons le volume
déterminé (la longueur approximative d’un tout de la parole), la structure
compositionnelle donnée, nous en prévoyons la fin, autrement dit, dès le début, nous
sentons le tout de la parole qui, ensuite, se différencie dans le processus de la parole. Si
les genres de la parole n’existaient pas, si nous n’en avions pas la maîtrise, s’il nous
fallait les créer pour la première fois dans le processus de la parole et construire
librement et pour la première fois chaque énoncé, la communication verbale, l’échange
des pensées, serait quasiment impossible. (1984 : 285 ; traduction revue avec I.
Tylkowski-Ageeva)
13
Ceci nous amène à considérer l’effet de complétude produit par un tout unifié et borné et
le jugement de complétude qui en résulte comme constituant un premier critère de
textualité, inséparable de la généricité qui rattache tout texte à un corpus de textes et à (au
moins) une classe de discours.
Dans Tempus, Weinrich revient sur les pauses propres à l’oral et sur les délimitations, à
l’écrit, de la totalité du livre et des sections qui le composent. Il confère à cette
ponctuation textuelle une fonction « quasi-métalinguistique », instructionnelle :
Un texte est une succession signifiante de signes linguistiques entre deux ruptures
manifestes de communication. Seront considérées comme « manifestes » les pauses
assez longues de la communication orale, à l’exclusion des pauses de respiration ou de
celles qui traduisent la recherche des mots. Dans la communication écrite, ce seront, par
exemple, les deux volets de la couverture d’un livre. Ce seront aussi ces coupes,
délibérément introduites, et qui, dans un sens quasi-métalinguistique, ménagent des
ruptures manifestes dans la communication. (1973 : 13)
Les frontières externes et internes, que nous dirons péritextuelles, prennent diverses
formes :
• Dans une interaction orale, les bornes initiale et finale d’un échange – qu’il s’agisse
d’une conversation téléphonique ou par FaceTime, Skype ou WatsApp, de la rencontre
prévue ou impromptue d’amis, d’un entretien-interview, etc. – sont occupées par des
échanges phatiques d’ouverture et de clôture, plus ou moins longs selon les cultures et les
situations. Entrent dans cette catégorie les génériques des émissions radiophoniques et
télévisuelles, suivis des ouvertures et précédé des clôtures ritualisées et routinisées des
émissions. À l’intérieur de ces limites, tout changement de topic en cours de conversation
est négocié par les interactants et il fait l’objet d’une introduction et d’un bornage. Capt,
Jacquin et Micheli (2009 : 131-132) prennent l’exemple de la discussion d’un projet de
loi, dans le cadre d’un débat parlementaire. L’intervention d’un député, péritextuellement
marquée par le fait que le président de l’assemblée lui donne la parole et signale la fin de
son intervention en le remerciant et en donnant la parole à un autre député ou en levant la
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séance, pourra être considérée comme formant un texte. Mais on peut tout aussi bien
considérer l’ensemble de la discussion d’un amendement ou d’un projet de loi comme
formant un texte constitué par un certain nombre d’interventions et dont la complétude est
marquée péritextuellement par l’ouverture de la séance et fermée par le vote de
l’amendement en question et la clôture de la séance.
• Dans une interaction écrite, les limites d’un livre, d’une revue, des articles d’un
magazine ou d’un journal, d’un tract, d’une lettre, d’une feuille d’avis, d’une affiche
publicitaire ou politique, d’un poème sont occupées par un péritexte matériellement lié au
corps du texte proprement dit. À la suite de Genette (1987 : 9), on peut sans doute
avancer qu’il n’existe pas, et qu’il n’a jamais existé, de texte sans péritexte externe (au
moins un titre et facultativement, selon les genres de discours et les époques, un sous-
titre, un nom d’auteur et d’éditeur, une couverture et une quatrième de couverture, une
page de titre, une dédicace, une préface et/ou postface, une table des matières, l’indication
d’une date et d’un lieu de publication et d’impression, l’autorisation légale de publier) et,
plus facultativement, sans péritexte interne (intertitres et/ou numérotation de parties, de
sections ou de chapitres, fenêtres et chapeau de la presse écrite, illustrations avec ou sans
légende). Dans l’exemple du poème d’Éluard (4), nous avons constaté l’importance du
péritexte composé du titre du recueil, de l’intertitre de la section, du titre du poème (titre
générique) et de la dédicace. Dans l’exemple (3), le slogan jouait plus un rôle de titre-
annonce introduisant le contenu du rédactionnel.
Le concept de péritexte présente l’ambiguïté d’être, par son préfixe, plutôt placé en
périphérie du texte et donc séparé du texte. En fait, le péritexte fait partie du texte dont il
délimite très précisément le début et, plus facultativement, la fin. La question des
frontières des sous-ensembles textuels intermédiaires est bien illustrée par le cas de la
chapitraison (Dionne 2008) et par l’exemple de l’enchâssement d’un récit dans un texte
écrit ou dans la continuité d’une conversation orale. L’inscription d’un récit dans un co-
texte dialogal (récit oral, monologue narratif du théâtre ou narration écrite enchâssée dans
une nouvelle, une argumentation ou une explication) se traduit par la présence, à
l’ouverture, d’un préambule en forme de Résumé et/ou de simple Entrée-préface, et, au
terme de la narration, d’une Évaluation finale qui prend la forme de la Morale des fables
et des contes ou se réduit à une simple Chute ou Coda qui signale la fin d’un tour de parole
narratif (Labov & Waletzky 1967, Adam 2011a : 117-148 et 2011b). Ces segments textuels
spécialisés assurent l’entrée dans et la sortie du monde fictionnel ou réel (passé) du récit,
l’articulation entre le monde raconté et le monde actuel de l’interaction en cours entre le
narrateur et son auditeur/lecteur.
Les frontières textuelles sont plus ou moins marquées, au point d’être parfois floues,
comme le rappellent Halliday & Hasan :
It would be misleading to suggest that the concept of a text is fully determinate, or that
we can always make clear decisions about what constitutes a single text and what does
not. We can often say for certain that the whole of a given passage constitutes one text;
and equally we can often say for certain that in another instance we have to deal with
15
not one text but two, or more. But there are very many intermediate cases, instances of
doubt where we are not at all sure whether we want to consider all the parts of a passage
as falling within the same text or not. (1976 : 294-295)
C’est avec ce flou des frontières textuelles que joue Félix Fénéon dans ces brèves
journalistiques qui mélangent plusieurs dépêches au sein d’un seul texte. Je choisis
volontairement quatre brèves qui présentent un travail différent de la syntaxe : deux
phrases séparées en (5) ou trois phrases dans lesquelles la dernière fait office de liage en
(6) ; une phrase périodique terminée par deux points introducteurs d’une triple causalité
qui réunit ce qui était parataxiquement énuméré en (7) ; un texte où la causalité commune
précède l’énumération en (8) :
(5) [P1] Entre Deuil et Épinay on a volé 1.840 mètres de fils téléphoniques. [P2] A
Carrières-sur-Seine, M. Bresnu s’est pendu à un fil de fer.
(6) [P1] Un inconnu peignait d’ocre les murs du cimetière de Pantin. [P2] Dujardin errait nu
par Saint-Ouen-l’Aumône. [P3] Des fous paraît-il.
(7) Mme Fournier, M. Vouin, M. Septeuil, de Sucy, Tripleval, Septeuil, se sont pendus :
neurasthénie, cancer, chômage.
(8) Des trains ont tué Cosson, à l’Etang-la-Ville ; Gaudon, près de Coulommiers, et
l’employé des hypothèques Molle, à Compiègne.
Les deux phrases de (5) semblent ne pas former un texte unique. Deux dépêches
indépendantes, relatives à deux faits divers, ont été mises ensemble pour produire un effet
qui dépasse le cadre de la simple information. Leur seul lien est le lexème commun
« fil(s) » : d’un côté 1.800 mètres de fils de cuivre qui rapportent de l’argent aux voleurs
et de l’autre un misérable fil de fer et une mort sordide par pendaison. En (6), en
revanche, la dernière phrase (P3) crée un lien sémantique explicite – une isotopie
déclarée – entre les actions relatées dans les deux phrases correspondant aux deux faits
divers : la folie apparaît comme une explication possible des comportements des deux
sujets de P1 et de P2, même si cette explication, impersonnellement modalisée (« paraît-
il »), n’est pas prise en charge par l’énonciateur-journaliste. En (7) un lien est établi par le
noyau verbal commun au pluriel (« se sont pendus ») qui réunit trois faits divers. Ils sont
regroupés en une seule phrase-texte qui énumère d’abord les noms de trois personnes,
puis les noms de trois lieux. Après les deux points qui suivent le noyau verbal commun,
une triple explication des causes de ces suicides est froidement donnée au moyen de trois
substantifs dépourvus de déterminant : une maladie psychique, une maladie incurable et
une circonstance socio-économique connotée comme maladie sociale, à cause de la série
énumérative créée. Ces trois destins tranchés par le suicide contrastent avec les trois
victimes de trains qui, à travers tout le pays, semblent, en (8), s’acharner sur la
population. L’agent et le verbe sont placés en tête de phrase périodique cette fois, ce qui
induit une forme d’agentivité criminelle, et les victimes humaines sont énumérées
ensuite, avec l’indication du lieu du drame. Cette énumération en trois temps apparaît
ainsi comme une accumulation tragique. En dépit de la brièveté de ces textes, c’est bien
un travail du texte, qui commence avec la syntaxe et permet à l’écrivain-journaliste de
transgresser les limites informationnelles habituelles du genre de la brève : un fait divers
= un texte.
16
Le cas de la note, bien qu’un peu particulier, est un bon exemple de continuité et de
discontinuité textuelle. L’appel de note s’inscrit dans la continuité de la chaîne graphique
tandis que les notes sont déplacées dans une zone distincte : bas de page, marge droite
parfois, fin d’article ou de chapitre ou fin de livre, ou sous forme de fenêtre, dans les
éditions électroniques. Lefebvre considère l’appel-renvoi de note « comme le pivot d’une
textualité dont l’inscription discontinue dans l’espace graphique est l’une des propriétés
premières » (2011 : 74). Deux types d’appels-renvois de note peuvent être distingués : le
cas où l’appel-renvoi relie le corps du texte à un énoncé incident déplacé en note. Dans ce
cas, la discontinuité graphique est compensée par des liages anaphoriques, des
connecteurs et des modificateurs du nom ; le segment annexe de la note est dans la
continuité du texte principal et étroitement lié à lui. Dans le second cas de figure, la note,
généralement plus longue, a plus d’autonomie, au point d’apparaître comme un sous-texte
dans le texte principal. Ce fragment annexe, qui possède une certaine complétude, est le
lieu d’un discours parallèle au texte principal : il conserve ce qui a été exclu du corps du
texte. Ces observations nous mènent tout droit à la problématique des textualités
numériques hypertextuelles et arborescentes (Ertzscheid 2003). La question de la note
exemplifie le problème des textualités morcelées « et pourtant “une” », de ces textualités
singulières, caractérisées par la discontinuité spatiale (Lefebvre 2011 : 80).
17
Charles va fort justement plus loin, en considérant que « le texte jugé “discontinu” ou
fragmenté, voire fragmentaire, ne fait pas exception. Il suffit […] que j’aie le sentiment
qu’il existe comme un tout » (2018 : 86). Il est fréquent qu’un ensemble de fragments
textuels soit éditorialement proposé à la lecture comme une totalité. Ainsi, pour ne
prendre qu’un exemple, la composition en variation, entre les états textuels de 1688 (420
fragments) à 1696 (1120 fragments), des différentes sections des neuf éditions
successives d’un recueil comme Les Caractères de La Bruyère (sur le fragment 128, voir
Adam 2019 : 49-51, 115, 120-122, 153-154, 168-171, 188-189). Le problème se pose
avec, par exemple, les feuillets manuscrits de Ferdinand de Saussure réunis sous le titre
De l’essence double du langage. Les notes de travail publiées par Bouquet et Engler en
2002 tendent à faire texte et à induire une certaine continuité là où, comme l’a très bien
montré Matsuzawa (2012), l’écriture de Saussure est par essence fragmentaire et
s’interroge sur ce qui pourrait constituer un point de départ de la théorie. Les éditeurs
transforment une textualité provisoire et inachevée, faite de retours en arrière et de
doutes, en une textualité définitive, ayant un début et une fin et même des sortes de
chapitres. Ils rendent ainsi illisible une forme de pensée. Leur idéal du texte et de sa
continuité ne donne pas accès à une écriture en état de genèse et de recherche (voir
également l’édition critique raisonnée proposée par Amacker 2011).
Nous pouvons tirer de ces différents cas de figure une PREMIÈRE DÉFINITION
GÉNÉRALE ET BASIQUE :
Pour être interprétée comme un texte, ou un sous-texte dans un texte, voire même
comme un fragment possédant une certaine autonomie, une suite matérielle de
signes doit former un tout auquel peut être attribué un début et une fin. La fin
pouvant être signifiée par le début d’un autre texte, sous-texte, co-texte ou autre
fragment.
4
Pour la mise en recueil des Fleurs du Mal, voir Adam & Heidmann 2009 : 101-117, pour les
groupements de petits poèmes en prose de Baudelaire, voir Adam 2019 ; pour le recueil des
Illuminations de Rimbaud, voir Adam 2018a : 371-425 ; pour les premiers contes d’Andersen :
Adam & Heidmann 2009 : 85-99 ; pour les contes de Perrault : Heidmann & Adam 2010 : 191-
234
18
Il reste à préciser comment, entre les bornes du tout textuel considéré, en équilibre entre
reprises-répétition et progression-apport de sens, une suite de signes forme un tissu
textuel possédant une certaine connexité ou texture, comme le suggère l’étymologie.
L’étymologie latine textus (de texo : tisser, tresser) – présente semble-t-il tardivement et
figuralement dans le Livre IX (4, 13 et 17) de l’Institution oratoire de Quintilien, à
propos du tissu de la phrase/période et du tissu du style – est convoquée dans presque
toutes les définitions du texte comme enlacement, contexture, tissu, trame. Participe
passé de texo, le textus c’est ce qui est tissé. Derrière l’idée d’état achevé, d’accompli du
verbe, se profile la fixation de la parole divine (Segre 2006 : 360-361). C’est ainsi que la
notion de texte a été communément rabattue sur l’écrit, de façon juridique (ce qui est
attesté, inscrit, gravé), et dissociée de l’oralité.
Condillac intitule le Livre III de son Traité de l’art d’écrire : « Du tissu du discours ». Sa
thèse est la suivante : « Le tissu se forme, lorsque toutes les phrases construites par
rapport à ce qui précède et à ce qui suit, tiennent les unes aux autres par les idées où l’on
aperçoit une plus grande liaison » (2002 : 175). Le premier chapitre a pour titre :
« Comment les phrases doivent être construites les unes pour les autres » (2002 : 177).
Quand les phrases « se suivent, sans faire un tissu » (2002 : 178), quand elles « ne
tiennent plus les unes aux autres », dit-il, « il semble qu’à chacune je reprenne mon
discours, sans m’occuper de ce que j’ai dit, ni de ce que je vais dire ». Son « principe de
la plus grande liaison » (2002 : 176) porte sur le liage des « idées principales » entre elles
et sur le rapport entre « idées secondaires » et « principales ». Les exemples (5) et (6) de
Fénéon ont bien illustré ce problème. Dans le poème (4), l’association systématique des
mots deux à deux, au moyen du connecteur ET, assure certes un tissage formel étroit, mais
la progression du sens est ruinée par la répétition.
La question des unités linguistiques chargées de la connexion entre énoncés n’est abordée
qu’allusivement et normativement dans les quelques exemples que Condillac manipule en
les réécrivant. Outre des anaphores pronominales (2002 : 177-178) et le cas de
l’abondance qu’il juge importune de certains connecteurs, il considère, par exemple,
comme une faute un emploi de l’adverbe déictique « maintenant » en contexte énonciatif
de narration historique à l’imparfait. À propos d’un passage de Bossuet, son jugement
normatif est sans appel : « Il y a ici une petite faute : maintenant elle n’avoit ; il falloit
dire, elle n’a » (2002 : 180). Sans autre explication, on comprend que c’est une tension
énonciative entre plan embrayé du discours (ici/maintenant) et plan débrayé de
l’énonciation historique (imparfait), un effet d’énallage temporelle, qui sont ici
stigmatisées. L’audace de Bossuet n’est pas plus grande que celle de Racine, dans ce
quatrain du récit de Théramène dont le jeu avec la langue entraine ensemble AUTREFOIS
et MAINTENANT dans le co(n)texte narratif de l’imparfait :
19
(10)
Ici, c’est la ponctuation qui ruine le « tissu du discours ». Soit la virgule sépare deux
énoncés pris en charge par deux énonciateurs différents : un JE enfantin qui énonce la
partie située à gauche de la virgule (c1) tandis qu’un parent ou un adulte (disant « mon
enfant ») assume la partie droite (c2). Le lien serait alors un lien de réplique entre deux
énoncés séparés énonciativement et qui devraient l’être graphiquement. Le fait que « les
épinards » soit en gras pourrait signifier que le rhème de c1 est repris comme thème de
c2. Soit on est en présence d’un jeu sollicité par la compagnie d’assurance dont le logo
« SwissLife » signe l’affiche, sur le mode d’un énoncé à compléter : « Je déteste »… en
attente d’un objet de détestation : « les épinards, c’est bon pour la santé », qui serait alors
une citation. Cette récupération contextuelle du sens prend appui sur le logo et sur les
deux phrases en petits caractères : « La vie est pleine d’imprévus./Nos solutions de
prévoyance s’y adaptent ». Cette suite de l’énoncé étrange placé en position de slogan
n’est guère éclairante : les choses détestées (comme ici les épinards) deviennent ces
« imprévus » de la vie auxquels la compagnie d’assurance s’engage à apporter des
solutions. La « liaison des idées » de Condillac est pour le moins ténue ici. L’effet
pragmatique de la campagne publicitaire, dont ce texte n’est qu’un exemple, était
certainement de surprendre et de retenir ainsi l’attention.
L’étymologie des fibres entremêlées et du tissage textuel transparaît sous le mot texture
que l’on retrouve chez de nombreux linguistes, en opposition à la linéarité et pour rendre
compte de la complexité : « Le texte, c’est finalement une texture, c’est quelque chose de
beaucoup plus compliqué que du linéaire » (Culioli 2012 : 147). Halliday & Hasan
élargissent le concept au tout que le texte forme avec son environnement discursif (ce que
nous avons exploité pour lire (4) et (10)) :
The concept of TEXTURE is entirely appropriate to express the property of “being a
text”. A text has texture, and this is what distinguishes it from something that is not a
text. […] The texture is provided by the cohesive RELATION. (1976: 2)
A text is best thought of not as a grammatical unit at all, but rather as a unit of different
kind: a semantic unit. The unity that it has is a unity of meaning in context, a texture
that expresses the fact that it relates as a whole to the environment in which it is placed.
(1976 : 293)
La mise en avant de cet article par l’analyse de discours française naissante, vers la fin
des années 1960, est assez surprenante. Ni sa méthodologie, ni sa définition du discours
ne font de cette étude, entièrement tournée vers l’analyse d’un seul texte publicitaire, un
exemple d’analyse de discours. Elle illustre cependant bien la confusion terminologique
dont nous parlions plus haut.
21
ette complexité de la texture explique le fait que des linguistes comme Le Goffic, effrayés
par la trop grande « labilité » (2011 : 22) du niveau textuel, se rabattent sur le « concept
organisateur de phrase ». La « solidité du repère de la phrase » offrant, selon lui, « un
point stable, un point d’appui », Le Goffic fait de cette unité scripturale « le point clé de
la construction du texte ». À partir de ce point d’appui, chaque séquence de traitement
syntaxique serait intégrée « dans un processus global de construction du texte, au cours
duquel l’autonomie de chaque unité constituante est réévaluée » (2011 : 11). Définissant,
de façon comparable, le texte comme un « ensemble organisé de phrases », Riegel propose
de compléter les « outils d’une bonne grammaire phrastique » par une simple prise en
compte des « conditionnements proprement textuels des phrases lorsqu’elles sont mises en
séquence » (2006 : 53). Mais, pour décrire ces « conditionnements textuels » et cette « mise
en séquence », la seule délimitation d’unités phrastiques (Le Goffic 2011, Riegel 2006),
d’unités périodiques (Groupe de Fribourg 2012, Prandi 2013), d’unités textuelles de base
(Gardes Tamine 2004) ou d’unités discursives de base à la fois syntaxiques et
prosodiques (Simon & Degand 2011, Degand & Simon 2014), ne dit pas grand-chose des
enchainements de plus de deux ou trois de ces unités. Rien n’est dit des conditionnements
proprement textuels de leur mise en séquence, de la réévaluation de leur autonomie et de
leur place dans l’organisation textuelle globale.
Le texte n’est pas, selon l’expression de Halliday & Hasan, un chapelet de phrases : « A
text […] is not just a string of sentences » (1976 : 293). Le langage n’apparait pas sous
forme de mots ou phrases errants, mais, comme le disait Harris, dans des discours
connexes et des portions connexes d’énoncés : « Language does not occur in stray words
or sentences, but in connected discourse », « connected stretch of speech » (1952 : 3).
C’est ce que théorise T. A. van Dijk, quand il parle de groupements ordonnés de phrases :
« The difference with sentential grammars, however, is that derivations do not terminate
as simple or complex sentences, but as ordered n-tuples of sentences (n 1), that is as
SEQUENCES » (1973 : 19).
Schéma 1
<T> Texte
P1 P2 P3 P4 P5 P6 Etc. Périodes
Cette distinction de trois paliers de textualisation est apparue dans les travaux anglo-
saxons sur le paragraphe et donc à propos des textes écrits. Van Dijk situe la notion de
paragraphe « at a “meso-level” in between the unit of a clause or sentence on the one
hand, and the unit of a text, a discourse, or conversation as a whole » (1981 : 177). Il
prolonge ainsi les distinctions établies par Longacre entre Discourse, Paragraph and
Sentence Structure (1968). Ce dernier parle ailleurs d’un « paragraph level » situé entre la
« microsegmentation » et la « macrosegmentation » des textes (Longacre 1992). Plus
récemment, Moretti et ses collaborateurs (Allison et al. 2013 ; Algee-Hewitt et al. 2015 :
22) font du paragraphe une structure de niveau médian occupant une position unique et
centrale dans l’économie des textes. En parlant de Segments et de Séquences, il s’agit de
dépasser ce cas particulier du paragraphe, trop propre à l’écrit pour être généralisable.
Les trois paliers de structuration des énoncés distingués dans le schéma 1 constituent une
texture complexe car on ne passe pas du micro-palier au méso-palier puis au macro-palier
textuel et au macro-palier discursif selon un ordre ascendant d’emboîtement d’unités
structurales. Pour approcher l’organisation de ce que de Beaugrande appelle le « système-
texte », on distinguera [schéma 2 ci-après] trois plans d’analyse linguistique et trois
paliers de structuration textuelle qui constituent autant de sous-systèmes interagissant les
uns avec les autres, tant à la production qu’à l’interprétation : « Chaque sous-système
d’un texte […] fonctionne en partie d’après ses propres principes internes et en partie
selon des demandes ou des rétroactions des autres sous-systèmes » (de Beaugrande 1984 :
356). Ces sous-systèmes interagissent en permanence selon un double mouvement
complémentaire : descendant (du macro vers le micro, top-down) et ascendant (du micro
vers le macro, bottom up).
Schéma 2
PLANS D’ ANALYSE PALI ERS DE STRUCTURATI ON TEXTUELLE
INTRA-P* (clauses < périodes, phrases graphiques)
MICRO-TEXTUEL
INTER-P (opérations de liage inter-P)
TRANS-P MESO -TEXTUEL (paragraphes, segments & séquences)
MACRO -TEXTUEL (péritexte & plan de texte)
*
Ci-après, la majuscule P recouvre le concept de Période sans exclure la
notion (typo)graphique de Phrase. Sur ces deux concepts voir, ici-même, les
entrées « Période » et « Phrase ».
23
• Au plan inter-P, la mise en relation des énoncés passe par six facteurs de connexité et
de cohésion listés ci-après dans un ordre numérique non significatif, car il ne s’agit pas
d’un macro-système ordonné. Chacun des six sous-systèmes est un facteur de textualité,
mais aucun n’est une condition suffisante à lui seul. Ces différents sous-systèmes étant
décrits dans d’autres entrées de l’EGF (entrées anaphores, connecteurs, mémoire
discursive, temps verbaux, déictiques, actes de discours, etc.), on ne trouvera ci-après que
quelques références indicatives ou devenues classiques et une exemplification partielle.
Les liages inter-P peuvent opérer à des distances courtes ou longues et jouer ainsi un rôle
décisif au palier méso-textuel (en conférant une certaine unité à un paragraphe ou à une
partie de texte) et au palier macro-textuel (par le jeu des réseaux de vocables et des faits
d’isotopie ; la préparation d’un acte de discours peut s’étendre sur une portion très longue
de texte). La texture fine des liages micro-textuels jette des ponts entre des points de la
chaîne verbale. Ce tissage est dit micro-textuel moins en raison de la distance entre les
points à relier, qu’à cause du grain des unités linguistiques concernées : syntagme,
collocation, mot, morphème, graphème ou phonème, signe de ponctuation, acte de
discours.
(11) [P1] Les propriétaires de chiens de 1re ou 2e catégorie DOIVENT être titulaires d’un
permis de détention délivré par le maire de LEUR commune. [P2] En outre, ILS DOIVENT
être tenus en laisse.
24
L’interprétation la plus intuitive et naturelle de ILS est donc guidée dans le sens d’une
reprise de la tête nominale humaine et non pas du complément déterminatif « des chiens
de 1re ou 2e catégorie ». C’est cette interprétation linguistiquement guidée qui prête à se
moquer du journal qui a publié (11). Dans l’univers étrange de (11), les propriétaires de
chiens seraient, par la loi, dans l’obligation d’être eux-mêmes tenus en laisse… par leur
animal de compagnie. Bien sûr, des facteurs cognitifs interviennent dans l’interprétation
avec pour tâche de résoudre les problèmes de cohérence et de plausibilité, en fonction de
nos connaissances du monde et d’un principe d’économie cognitive. Le contenu de la
phrase-hôte du pronom doit être en accord avec le référent choisi et, s’il n’en va pas
ainsi : « le référent recruté est éliminé et c’est un autre candidat qui se trouve appelé »
(Kleiber 1994 : 108). C’est bien ce qui se passe ici : le rétablissement du « bon référent »
repose sur la recherche de la pertinence (cohérence isotopique) du lien entre ils et en
laisse. Tout le regard satirique du Canard Enchaîné consiste à jouer sur ce conflit entre
contraintes textuelles et facteurs cognitifs fondant l’interprétation du pronom sur le
contenu du texte et le savoir extralinguistique présumé partagé (Kleiber 1994 : 108).
L’interprétation sur le modèle du sketch de Raymond Devos : « Mon chien, c’est
quelqu’un » est trop coûteuse en termes cognitifs et le contexte discursif ne guide pas
l’interprétation dans le sens générique du récit fantastique. Le genre légal de
l’information municipale est détourné par le journal satirique qui transforme (11) en perle
du discours administratif, relevant alors du genre de l’histoire drôle.
Dans cette construction, l’attribut dénote une ou des propriétés déduites du cotexte
antérieur et attribuées au sujet inversé de la phrase, (Riegel, Pellat & Rioul 1994 : 616).
La nominalisation est souvent utilisée pour passer d’un paragraphe à un autre, voire
même d’un chapitre à un autre. La reprise peut être fidèle (nominalisation stricte) ou faire
progresser le sens (nominalisation avec reformulation), comme c’est le cas entre la fin du
chapitre VIII et le début du chapitre IX du Petit Prince de Saint-Exupéry :
(12) […] « Je n’ai alors rien su comprendre ! J’aurais dû la juger sur les actes et non sur les
mots. Elle m’embaumait et m’éclairait. Je n’aurais jamais dû m’enfuir ! J’aurais dû
deviner sa tendresse derrière ses pauvres ruses. Les fleurs sont si contradictoires ! Mais
j’étais trop jeune pour savoir l’aimer. »
IX
Je crois qu’il profita, pour son évasion, d’une migration d’oiseaux sauvages. Au matin
du départ il mit sa planète bien en ordre. […]
S5. Isotopies : cotopie, polyisotopie et hétérotopie (Greimas 1970 : 188 et, pour son
application à la question des figures Bonhomme 2005 & 2006). À la suite de Greimas,
Eco parle de l’isotopie en termes de « cohérence d’un parcours de lecture, aux différents
niveaux textuels » (phrastique et transphrastique) et il insiste sur sa fonction de
« désambigüisation transphrastique ou textuelle » (1985a : 120). La détermination du
topic est, selon Eco, un « mouvement coopératif (pragmatique) » qui amène l’interprétant
(lecteur ou auditeur) à « déterminer les isotopies comme des propriétés sémantiques d’un
texte » (1985a : 131). C’est ainsi que le texte publicitaire (3) glisse ponctuellement de
l’objet mécanique à l’animé féminin (animal ou humain). Déjà par les deux substantifs du
titre-slogan et, par la suite, au moyen de deux adjectifs (je souligne en gras) :
(3) La Manta.
De l’allure. Et du tempérament !
Manta. Le coupé qui a la cote : le favori en Europe. Ce n’est pas par hasard !
Il y a d’abord sa ligne racée, incomparable. Grâce à elle, la Manta se détache du
peloton des autres voitures. Voilà pour l’allure.
Côté tempérament, voyez plutôt les performances de la nouvelle Manta i240 avec
son fougueux moteur à injection 2.4l : de 0 à 100 km/h en 8.8 sec., vitesse de pointe de
plus de 200 km/h ! […]
Outre les effets figuraux – comme ici la métaphore de la jument de concours induite par
les collocations : allure racée et tempérament fougueux –, les problèmes d’ambiguïté et
de désambigüisation prennent particulièrement sens au niveau de la connexité-cohésion
27
En (3), on peut dire qu’une ambiguïté est « engendrée par le tissage progressif des
significations » et la féminisation de l’automobile. Comme le montre l’évolution de la
lexicométrie (Salem 1987), l’unité de traitement est moins le mot, unité
graphique/phonique le plus souvent ambigüe, que le segment : « Ainsi, l’étude des
segments répétés offre-t-elle une alternative à la lemmatisation. Elle permet de
désambigüiser les termes de manière formelle et surtout de manière endogène, en corpus
et non en référence (arbitraire) au dictionnaire ou à la langue » (Mayaffre 2007 : 9).
Plusieurs types de « connecteurs » peuvent être distingués (Adam 1990 : 141-252 &
Adam 2019 : 140-160).
(3) La Manta.
De l’allure. Et du tempérament !
Manta. Le coupé qui a la cote : le favori en Europe. Ce n’est pas par hasard !
Il y a D’ABORD sa ligne racée, incomparable. Grâce à elle, la Manta se détache du
peloton des autres voitures. VOILÀ POUR l’allure.
CÔTÉ tempérament, voyez plutôt les performances de la nouvelle Manta i240 avec
son fougueux moteur à injection 2.4l : de 0 à 100 km/h en 8.8 sec., vitesse de pointe de
plus de 200 km/h !
AJOUTEZ À CELA un châssis sport surbaissé, des jantes larges en métal léger, des
freins à disque ventilés à l’avant, des amortisseurs à pression de gaz Bilstein et un
équipement sport complet. […]
C2. Les connecteurs proprement dits (Ducrot 1980) : argumentatifs et concessifs (mais,
pourtant, cependant, certes, toutefois, quand même…), explicatifs et justificatifs (car,
parce que, puisque, si-c’est que, pourquoi, c’est pourquoi…), simples marqueurs d’un
argument (même, d’ailleurs, de plus…) ; fonctionnement périodique des hypothétiques
réelles et fictionnelles en SI c1 ALORS c2 et des intensives consécutives en si ou tellement :
SI/TELLEMENT + adjectif c1 QUE c2 ; etc.
(M2), avec la structuration rythmique des périodes (M3 ; Adam 2019 : 127-134 et 164-
171), ces liages du signifiant sont d’importants facteurs d’organisation textuelle, à
l’œuvre tout particulièrement dans les slogans, les proverbes, la chanson et la poésie, le
calembour, le lapsus et le mot d’esprit, mais aussi dans les titres de presse écrite et dans
l’art oratoire en général.
Cette attention aux liages du signifiant a son origine dans les travaux de Jakobson (1963)
sur la « fonction poétique du langage » (revus par Ruwet 1975) et dans la recherche de
Saussure consacrée aux anagrammes (Testenoire 2013 et, sur les anagrammes
homériques : Saussure 2013). Entre 1906 et 1909, le linguiste genevois s’est intéressé à
un principe de composition de la poésie gréco-latine qui repose sur la dissémination dans
les vers des syllabes d’un « mot-thème » (le plus souvent un nom propre) et sur les
couplages systématiques des phonèmes et groupes de phonèmes qui caractérisent, en
particulier, les vers saturniens. Testenoire (2018) a examiné comment ces travaux de
Saussure ont été interprétés et réinvestis dans les théories linguistiques du texte (dont les
liages du signifiants M1, tel que je les envisage ici).
Le titre-slogan (3), déjà étudié plus haut, est structuré par des liages isophoniques (M1) :
(3) LA MANta.
De L’Allure. Et du tempérAMENT !
Cette période est marquée par un important travail du signifiant (M1), avec les
répétitions, à la fin de chacun des trois membres de la période, de la syllabe -RANCE et
même deux fois (F)RANCE. La pression du signifiant engendre un glissement
métonymique de la partie (les citoyens, les français) vers le tout (la France), en forme
d’allégorisation. Le troisième membre de la période est la somme décasyllabique des
deux membres précédents. On ne peut mieux associer un fait formel et un fait
sémantique.
30
L’affiche (13) commence par la mise en parallèle (M2) de deux énoncés (centrés,
soulignés par des italiques et accentués par un point d’exclamation) dont le second est la
réfutation argumentative du précédent :
La phrase périodique [4] est un bel exemple syntaxique et rythmique (M3) de période à
quatre membres, avec expansion ternaire (constructions détachées) à droite du verbe :
4.2.4. Liages fondés sur le rétablissement inférentiel des informations implicites [i]
Dans (13), l’enchaînement les deux phrases typographiques repose sur un parallélisme si
fortement articulé autour du connecteur MAIS que ces deux clauses forment, au-delà de la
frontière du point d’exclamation, une seule période. Cette structure binaire en forme
d’enthymème repose sur l’ellipse (i1) d’une troisième clause, prémisse mineure d’un
syllogisme : (Or) une guerre ne se réduit pas à une seule bataille [c2]. Cette clause c2
assure le passage de la prémisse majeure concédée et posée comme admise (c’est le
propre des prémisses) : (certes) la France a perdu une bataille [c1] à la conclusion-
réfutation : (Donc) la France n’a pas perdu la guerre [c3].
Le petit poème en prose suivant de Baudelaire (14) permet d’illustrer presque tous les cas
d’implicitation répertoriés :
(14) LE MIROIR
Un homme épouvantable entre [c1] et se regarde dans la glace [c2].
« Pourquoi vous regardez-vous au miroir [c3], puisque vous ne pouvez vous y voir
qu’avec déplaisir ? » [c4]
L’homme épouvantable me répond [c5] : « — Monsieur [c51], d’après les immortels
principes de 89 [c52], tous les hommes sont égaux en droits [c53] ; donc je possède le
droit de me mirer [c54] ; avec plaisir ou déplaisir [c55], cela ne regarde que ma
conscience.” [c56]
Au nom du bon sens, j’avais sans doute raison [c6] ; mais, au point de vue de la loi,
il n’avait pas tort [c7].
Trois grandes catégories de faits énonciatifs assurent l’unité de portions de textes et les
transitions entre sections énonciativement hétérogènes : (É1) les ruptures de continuité
dans la prise en charge et l’attribution des énoncés (Dendale & Coltier 2011 ; Adam
2019 : 90-95) d’où découlent des variations voire des confrontations de points de vue
(Rabatel 1998 ; Nølke, Fløttum & Norén 2004 : 31-37) ; les variations de plans
d’énonciation (É2. Simonin-Grumbach 1975 ; Adam 2019 : 231-249) et les retours ou
boucles méta-énonciatives du dire sur le dit (É3. Authier Revuz 1995).
L’effacement énonciatif qui caractérise les brèves journalistiques de Fénéon est accentué
dans (6) par le surgissement de la phrase P3 : « Des fous paraît-il ». La qualification des
actes dans la catégorie de la maladie mentale est attribuée à un énonciateur anonyme que
l’on imagine institutionnel (police, médecins). L’énonciateur se distancie ainsi autant de
la rumeur que du jugement officiel.
Certaines propositions, plus ou moins signalées comme telles, peuvent apparaître comme
énonciativement hétérogènes. Les cas les plus simples sont ceux de la citation et du
discours rapporté. Ainsi le discours direct de « l’homme épouvantable » de (14), marqué
par les guillemets et un tiret, et où les pronoms personnels de première personne JE et ME
peuvent référer à deux énonciateurs différents : JE du narrateur dans les énoncés narratifs
et JE du personnage dans le discours direct. Le présent de narration (entre, se regarde) et
les imparfaits du dernier paragraphe (avais/avait) font de (14) un récit énonciativement
embrayé. C’est également au marquage de la prise en charge énonciative que servent les
trois cadratifs présents dans ce poème : ils introduisent une « énonciation médiatisée »
(Guentchéva 1994 & 1996) et donc des points de vue (PdV) différents :
[…] « — Monsieur [c51], D’APRÈS les immortels principes de 89 [c52], tous les
hommes sont égaux en droits [c53] ; donc je possède le droit de me mirer [c5 4] ; avec
plaisir ou déplaisir [c55], cela ne regarde que ma conscience.” [c56]
AU NOM DU bon sens, j’avais sans doute raison [c6] ; mais, AU POINT DE VUE DE la
loi, il n’avait pas tort [c7].
opposent deux PdV et la structure concessive place de façon très polémique la loi
républicaine et démocratique hors de la sphère du bon sens. Ajoutons que la négation « il
n’avait pas tort » est très différente de la « raison » attribuée sans négation au locuteur-
énonciateur je. Le dispositif énonciatif, qui pivote autour du connecteur argumentatif
MAIS, est résumée par le schéma 3 :
Schéma 3
À la suite d’Apostel (1980), Viehweger (1990) reproche fort justement aux grammaires
de texte de ne pas saisir la structure actionnelle des textes et le fait que les actes de
discours sont « rattachés les uns aux autres pour réaliser des objectifs complexes »
(1990 : 48). Ils constituent ainsi des structures illocutoires dont il note qu’elles « se
trouvent dans un rapport systématique avec des structures globales de textes (par
exemple structures de textes argumentatifs, descriptifs, narratifs, etc.) » (id.).
Vanderveken a, lui aussi, insisté sur cette structuration textuelle des actes de discours :
« Un véritable discours est bien plus qu’une simple séquence finie d’actes illocutoires.
Il a une structure et des conditions de succès qui lui sont propres et qui sont irréduc -
tibles à celles des actes illocutoires isolés qui en font partie » (1992 : 64). Les inter-
ventions complexes de Vanderveken sont très proches des structures illocutoires de
Viehweger et de mes types de séquences de base (Adam 2011a) : « des descriptions,
des argumentations, des explications, des justifications et des questionnements »
(Vanderveken 1992 : 58). Il les considère comme des actes de discours « dont la nature
est plus complexe que celle des actes illocutoires élémentaires auxiliaires qui les
composent » (id.). Kerbrat-Orecchioni reprend, dans sa perspective interactionniste,
cette idée d’« organisation séquentielle des actes de langages » (2001 : 58-68). La
célèbre dédicace du Petit Prince de Saint-Exupéry est un bel exemple d’une unité
(péri)textuelle structurée par des actes de discours (soulignés en gras) entre lesquels se
déroule un ensemble argumentatif balisé par les connecteurs SI-ALORS et DONC,
auxquels MÊME peut être ajouté, ainsi que le MAIS de la parenthèse finale :
grandes personnes ont d’abord été des enfants. (MAIS peu d’entre elles s’en
souviennent.) Je corrige DONC ma dédicace :
À Léon Werth
quand il était petit garçon.
L’énoncé « À Léon Werth », ami juif de l’auteur qui fuit la police de Vichy et cherche à
échapper à la Gestapo, est un acte rituel au seuil d’un livre (performatif implicite : « Je
dédie ce livre à Léon Werth »). Toutefois, de façon surprenante et rare, l’écrivain s’arrête
sur ce premier acte de dédicace avant de le réitérer après un autre acte (performatif
métadiscursif) : « Je corrige », en fin de texte. Un autre acte de discours fort intervient
entre deux : « Je demande pardon », avant qu’une triple excuse soit alléguée, manifeste-
ment jugée dialogiquement insuffisante, mais qui permet à l’auteur de Pilote de guerre et
de la Lettre à un otage d’inscrire Le Petit Prince dans le contexte historique de l’occupa-
tion et de l’écriture en exil d’un livre paru pour la première fois à New York, en 1943.
Dans l’affiche politique (13), les actes successifs de concession [5], d’explication [7],
de prédiction [9 à 11] préparent l’appel proprement dit : « Je convie tous les
français… » [13]. Cet appel à la désertion et à l’engagement dans la guerre, contre la
décision de capitulation du gouvernement en place, ne survient qu’au terme d’une
longue préparation argumentée qui le rend possible en le légitimant. Le texte se
termine sur une injonction à agir (impératif de 1 ère personne du pluriel : Luttons tous…
[15]) qui va plus loin que l’invitation de [13].
La prise en compte de l’écrit comme fait autonome a permis l’émergence d’une étude
linguistique de la ponctuation de texte. En accord avec la conception de l’« image
textuelle » développée par Neveu 2000, on peut distinguer deux types de faits de
ponctuation qui, bien que propres à l’écrit, rappellent la distinction commune entre
fonction expressive (iconique) et fonction démarcative (conventionnelle) de l’intonation à
l’oral (distinction contestée par Morel & Danon-Boileau 1998 : 9-12).
• Les faits de modulation regroupent les « ajouts typographiques » comme les italiques, le
gras (ex. 2), le soulignement, les guillemets, et les différents procédés d’emphase
graphique comme les « signes ponctuants de l’affectivité » (les points d’exclamation de
(3) et de (13), en particulier). Liés aux nécessités énonciatives de l’écrit, ces faits sont
bien décrits par Dahlet dans Ponctuation et énonciation (2003).
• Avec les faits de segmentation (frontières graphiques), on passe de faits micro-textuels
à des faits méso- et macro-textuels pas assez clairement distingués par Neveu :
[…] engagés dans les mécanismes de hiérarchisation des zones de localité et qui
forment des frontières graphiques intraphrastiques ou transphrastiques : ponctuation de
détachement et de clôture des segments syntaxiques, modes d’insertion des séquences
textuelles dans les structures englobantes, titres, types de p[l]ans – numériques,
alphanumériques, etc. –, numérotation et structure volumétrique des paragraphes,
gestion des alinéas et des espaces, etc. (2014 [2000] : 2)
35
À l’écrit, il est nécessaire de distinguer les faits de segmentation micro-textuelle, les faits
de segmentation méso-textuels (comme l’alinéa et le paragraphe) et les faits de
segmentation macro-textuels (titres, sous-titres et intertitres, plans numériques,
alphanumériques, blancs intercalaires). Au niveau méso-textuel, l’alinéa simple délimite
la frontière graphique du paragraphe par le retrait et le blanc en fin de ligne (ligne creuse).
L’alinéa marqué avec blanc d’une ou plusieurs lignes entre les paragraphes permet, au
palier macro-textuel, de baliser les frontières de groupes de paragraphes et ainsi les
parties d’un plan de texte.
[12] est détaché du §2 pour former un nouveau paragraphe. Le §3 est reconduit pour
former un §4 construit en parallèle avec le nouveau §3, parallélisme fondé sur la même
attaque de paragraphe par « That is… ». Enfin [14] et [15], en position d’alinéas centrés
dans (13), sont réunis pour former le dernier paragraphe (§5) du corps argumentatif de
l’affiche anglaise. Ce qui renforce l’unité de ces deux phrases qui forment une unité
périodique dans laquelle la dramatisation de [14] justifie [15].
À l’oral, ce sont les pauses marquées, les marqueurs discursifs et les chutes intonatives,
couplées à une complétude syntaxique et à certains mouvements corporels, qui servent de
ponctuants textuels. Ce qui complète, bien sûr, le rôle micro-textuel des pauses et de la
prosodie dans le marquage des constructions disloquées et autres incises micro-
syntaxiques. Dans Forms of Talk, Goffman met en évidence des unités qui, dans l’oral
conversationnel, au-delà des périodes, peuvent être considérées comme des équivalents
du paragraphe : les tours de parole (turns of talk) couplés sous forme d’échanges
bipartites (two-party interchanges) sont liés les uns aux autres par une ou plusieurs suites
(iso)topiques ou parcours thématiques (topical runs) :
Utterances are housed not in paragraphs, but in turns at talk-occasions implying a
temporary taking of the floor, as well as an alternation of takers. Turns themselves are
naturally coupled into two-party interchanges. Interchanges are linked in runs marked
off by some sort of topicality. One or more of these topical runs make up the body of a
conversation. (1978 : 787)
Les travaux sur les textes conversationnels mettent l’accent sur le fait qu’un dialogue-
conversation est une co-construction, une réalisation interactive (Schegloff 1982) qui se
présente non seulement comme une succession d’échanges, mais comme une structure
hiérarchisée d’échanges. Un texte dialogal est une suite hiérarchisée de séquences-
échanges. Il importe peu que cette forme de mise en texte soit polygérée (interventions de
plusieurs locuteurs), car les intervenants successifs sont, qu’ils le veuillent ou non,
engagés dans la co-construction d’un texte unique.
Schéma 4
PALI ER M ÉSO-TEXTUEL
ÉCRI TS ORAUX
STROPHE
PARAGRAPHE Narratives Dialogales Explicatives
TOURS DE Descriptives Argumentatives
PAROLES
37
En tant qu’unités de sens, les segments, soulignés par des alinéas à l’écrit et des pauses
marquées à l’oral, sont constitués d’un nombre indéterminé de clauses liées au sein de
phrases graphiques et de périodes. L’alinéa et la pause marquée confèrent au paragraphe
(ou à la strophe dans les poèmes, chansons et comptines) une connexité et une cohésion
sémantique subsumable par au moins une MP qui en résume le thème-topic (rôle des
titres et intertitres) ou l’acte de discours englobant (par exemple en qualifiant (13)
d’« Appel du 18 juin 1940 »).
• Dans une séquence narrative : liage d’une MP1-Situation initiale avec une MP5-
Situation finale ou issue du récit et d’une MP2-Nœud avec une MP4-Dénouement entre
lesquelles s’insère une MP3 ré-Action ou Évaluation, comme dans l’exemple (1) où la
première phrase résume l’ensemble du fait divers : l’infinitif narratif d’ouverture fixe le
cadre, tandis que l’emploi du passé simple du verbe être donne d’entrée le dénouement :
(1) Dormir en wagon [= MP1] fut mortel [= MP5] à M. Émile Moutin, de Marseille.
Il était appuyé contre la portière ; [= MP2] (ce n’est pas le fait de dormir qui
déclenche – nœud – le récit, mais bien de prendre appui contre la portière)
elle s’ouvrit, [= MP3] (causalité accidentelle, dépourvue d’intentionnalité)
il tomba. [= MP4] (cause ultime du décès = dénouement)
• Dans une séquence dialogale (ou échange) : une MP1-Question est liée à une MP2-
Réponse, suivie d’une MP3-Évaluation de cette réponse qui amène la clôture de
l’échange.
• Dans une séquence explicative : une MP1-Pourquoi ? est liée à une MP2-Parce que,
suivie (comme dans le cas précédent) d’une MP3-Évaluation de cette explication. Le
Pourquoi est généralement précédé de la description d’un Objet ou d’une Situation
problématique-MP0.
Eco insiste sur le fait que, dans le cas du récit, « les macropropositions par lesquelles le
lecteur actualise la fabula ne dépendent pas d’une décision arbitraire : elles doivent en
quelque sorte actualiser la fabula véhiculée par le texte » (1985a : 145). C’est-à-dire, au-
delà du cas du récit, actualiser les étapes de la construction d’un sens que la méso-
structuration donne à lire, plus ou moins explicitement, sous la forme de
« macropropositions consistantes » (1985a : 146). Dans son Apostille au “Nom de la
39
(14) Dans le lac d’Annecy, trois jeunes gens nageaient [= MP1]. L’un, Janinetti, disparut
[= MP2]. Plongeon des autres [= MP3]. Ils le ramenèrent [= MP4], mais mort [= MP5].
Tandis que cette autre ne suit pas exactement la chronologie des moments :
(15) Son képi de forestier s’étant envolé, [= MP2] Christian, qui dévalait en char la pente
Vologne (Vosges), [= MP1] sauta [= MP3] et, tombant, [= MP4] se tua. [= MP5]
Dans le cadre de l’oral, les spécialistes des échanges conversationnels identifient des faits
comparables. C’est le cas, par exemple, de Selting, proche de ce que nous disions plus
haut à propos des séquences d’actes de discours et des différents types de séquences :
Other kinds of activities that routinely seem to be constructed with more than one clause
or sentence are « big packages » or « larger projects » e. g. the telling of stories or jokes,
descriptions, direction-giving, and the formulation of complex arguments in
argumentation sequences. (2000 : 482)
Il ne faut pas confondre la double organisation transphrastique des discours par les genres
discursifs, d’une part, et, d’autre part, par « les règles, transversales aux genres, qui
gouvernent un récit, un dialogue, une argumentation, une explication… » (Maingueneau
2014a : 19). À un niveau méso-textuel pré-générique et qui, de ce fait, traverse les genres,
les séquences sont des organisations transphrastiques/périodiques articulant et
hiérarchisant des regroupements d’énoncés en plusieurs MP liées.
Schéma 5
PALI ER M ACRO-TEXTUEL
STRUCTURATI ON LI NÉAI RE & STRUCTURATI ON NON-LI NÉAI RE
PLAN DE TEXTE
RÉTI CULAI RE & CONFI GURATI ONNELLE
Effet de dominante
dans des genres narratifs, descriptifs,
argumentatifs, explicatifs, dialogaux.
L’unité d’un tout verbal peut être générée par la cohésion thématique qu’un titre ou un
résumé donnent à lire et par la cohérence interactionnelle d’une macro-action discursive.
Une maxime de morale d’une fable ou d’un conte, la reproduction d’un plat cuisiné dans
une recette de cuisine ou d’un meuble monté dans une notice de montage sont autant de
formes d’actualisation de cette structure configurationnelle.
Des logiciels comme Lexico 3, Hyperbase ou Arborling, qui intègrent une fonction de
topographie ou topologie textuelle, permettent de visualiser à l’écran, phrase à phrase,
paragraphe après paragraphe ou partie après partie, au moyen de carrés successifs, la
présence (ou non) et la co-occurrence de vocables tout au long du fil continu d’un texte
ou d’un corpus de textes (jusqu’à 3000 carrés-paragraphes, soit plusieurs centaines de
pages d’un ou de plusieurs textes, sont visibles sur un écran traditionnel). La combinaison
de la lecture linéaire et de la lecture tabulaire (Fresnault-Deruelle 1976, Adam 1991 :
191-214, Florea 2009) prend ici tout son sens : passer de la ligne, phrase ou paragraphe, à
la lisibilité d’un texte pris comme un tout. Mayaffre (2007 : 4-7) étudie ainsi ce qu’il
advient de vocables comme « Europe » ou « fracture sociale » dans les discours
présidentiels successifs de Chirac.
La lisibilité des textes poétiques, inséparable de leur disposition dans l’espace graphique
de la page, tient à leur tabularité : la fonction des dispositifs métriques est de dépasser la
lisibilité linéaire du sillon du vers pour mettre en relation des unités verbales distantes les
unes des autres et réparties dans des strophes (ou des paragraphes dans le poème en
prose). La rime et le dispositif spatial du poème favorisent le retour en arrière et les échos
sémantiques ou phono-graphiques (Anis 1983, Adam & Heidmann 2009 : 102-112).
42
Assurant la vi-lisibilité d’un plan de texte, un titre et des intertitres, un sommaire ou une
table des matières, sont des marqueurs de la structuration configurationnelle. Ils
rendent, par simple balayage du péritexte, la lecture d’un tout possible à partir d’une
perception de l’organisation hiérarchique des différents niveaux textuels de profondeur.
Ces énoncés, généralement en forme de phrases averbales, résument la cohésion
thématique d’un texte entier ou de ses parties et de ses sous-parties, qui forment elles-
mêmes autant d’unités de sens.
On a vu plus haut que le péritexte minimal d’un texte est la présence d’un titre, mais que
peuvent venir s’ajouter un sous-titre, un chapeau, un résumé, une dédicace et un exergue,
une préface et une postface. Ce sont les énoncés péritextuels internes (intertitres,
numérotation de sections ou de place d’un texte dans un recueil, illustrations et leurs
légendes, notes) qui bornent les frontières des sous-parties pour en faire autant de sous-
unités de sens et signalent ainsi la présence d’un plan de texte. Les sommaires et tables
des matières donnent explicitement à lire le plan de texte, de façon plus ou moins
détaillée selon les genres de discours.
À l’écrit, un plan de texte rend plus ou moins vi-lisibles les unités trans-P qui, entre le
titre et le point final, organisent le sens en paragraphes, groupes de paragraphes, parties
ou sections, sous-parties, chapitres. Cette vi-lisibilité est le résultat d’une coopération de
la macro-ponctuation blanche (alinéas, blancs intercalaires, sauts de page) et de la macro-
ponctuation noire (intertitres, numérotation décimale ou alphabétique, puces ou tirets de
début de ligne). Le degré de vi-lisibilité des plans de texte dépend du nombre d’énoncés
péritextuels et de la segmentation (typo/topo)graphique.
Il est nécessaire d’intégrer dans le concept de plan de texte non seulement les composants
ou modules péritextuels verbaux, mais aussi les composants péritextuels iconiques
(vignette, photos, graphiques, illustrations et légendes d’illustrations, cul de lampe et
frises florales). Comme nous le verrons plus loin, ces modules graphiques sont
particulièrement importants dans les iconotextes pluri-sémiotiques de type recettes de
43
cuisine, articles de presse écrite, publicités, affiches, etc., mais aussi dans les livres
illustrés, dans les encyclopédies et les manuels, ainsi que dans les placards publicitaires.
Sous la dépendance des langues, des genres et des modèles intertextuels qui circulent
dans une formation sociale, les plans de texte dépendent très largement du degré de pré-
formatage des textes par les genres discursifs et par les séquences prégénériques. Cela
veut dire que des facteurs « descendants », faisant partie des stocks de connaissances des
sujets, permettent de prendre appui, tant à la production qu’à l’interprétation, sur des
plans de texte ayant valeur de patrons préformatés. Cela crée des attentes et une
prévisibilité qui facilitent le travail interprétatif, mais ces patrons textuels peuvent, bien
sûr, pour des raisons variées, être détournés, brouillés ou occultés ; le producteur d’un
texte peut même y renoncer par principe, au nom d’une conception de la créativité.
Pour ne prendre qu’un exemple, en dépit d’une indéniable diversité générique, la forme
épistolaire présente un plan de texte relativement contraint. Pour la tradition médiévale,
une lettre comporte cinq parties : la salutatio, la captatio benevolentiæ, la narratio, la
petitio (demande ou objet de la lettre) et la conclusio. La tradition classique hésite entre 5
ou 3 grandes unités : la prise de contact avec le destinataire de la lettre qui correspond à
l’exorde de la rhétorique, la présentation et le développement de l’objet du discours, enfin
l’interruption finale du contact ou conclusion. Bien que monogéré, ce plan de texte est,
tout naturellement, très proche de la structure des textes dialogaux-conversationnels :
deux séquences phatiques d’ouverture et de clôture encadrent trois séquences
transactionnelles qui constituent le corps de l’interaction. Les différents genres
épistolaires règlent les variations tant formelles que stylistiques de ce dispositif. On
distinguera donc, très simplement, dans toute forme d’épistolaire, le plan de texte de base
suivant :
Facultatives et plus ou moins développées, les parties <2> et <4> du plan de texte sont
des zones discursives de transition (introduction-préparation et conclusion-chute) entre
les moments initial <1> et final <5> à dominante phatique et le corps de la lettre <3>
proprement dit. Elles comportent toutes les caractéristiques que la rhétorique accorde
44
Schéma 6
PLAN DE TEXTE DE L’AFFI CHE (13)
OUVERTURE CLOTURE
Terme d’adresse [17] Signature
[1] [18] & adresse
EXORDE PERORAI SON
[2] C [3] [14]-[15]-[16]
CORPS ARGUM ENTATI F DE LA LETTRE
[4] C [5] [6] C [7] à [12] [13]
Réfutation <<<< Explication >>>> Appel
§1 §2 §3
Dans tous ces cas, la production comme l’interprétation partent des informations macro-
textuelles fournies par le plan de texte pour organiser l’information en segments textuels
hiérarchisés. Le travail d’interprétation est facilité par la reconnaissance, dans les détails
locaux, des traces de ces organisations stockées dans la mémoire (inter-)discursive. Ces
patrons textuels sont à la fois appliqués au cas d’un texte particulier et ajustés, parfois
même modifiés, à la faveur de chaque nouvelle application.
Bien sûr, la partie la plus variable est le corps de la lettre <3>. Le plan de texte interne de
cette partie du plan global n’est préformaté que dans le cas du courrier administratif, des
lettres officielles. Dans l’épistolaire ordinaire et littéraire, il est inventé à la production et
découvert à la lecture sur la base d’indices du type de ceux que nous avons fait
fonctionner plus haut. C’est une bonne image de la diversité sous contrainte relative de
toutes les formes d’organisation macro-textuelles.
Une définition du texte doit donc rendre compte non seulement des formes textuelles
propres à l’écrit et propres à l’oral, mais aussi de l’insertion de modules iconiques aussi
bien dans l’écrit (icono-textes) que comme composants de certaines interactions orales
(supports iconiques accompagnant une conférence, un cours ou une émission télévisée).
Comment parler de texte sans tenir compte du fait que les pages des journaux, des
magazines, des manuels et des encyclopédies présentent de plus en plus de ressemblances
avec les dispositifs fragmentés des écrans numériques ?
46
Un peu paradoxalement, l’écrit est plus que jamais présent : « Sur internet, il y a surtout
du texte, et le web est majoritairement scriptural […]. L’activité principale en ligne est
l’écriture. L’internaute est celui qui écrit […] » (Paveau 2015 : 337). Ce que Ruffel dit
autrement : « Jamais le royaume de l’écrit n’a été aussi étendu, jamais l’idée de
publication aussi plurielle. Il n’est pas un jour sans qu’une grande partie de l’humanité ne
publie un ou plusieurs textes : sur un blog, un réseau social ou autre » (2018 : 23). Et Jack
Goody, spécialiste de l’interface entre l’oral et l’écrit, soulignait déjà en 1987 que les
propriétés de l’écriture n’ont pas été abolies par « le monde numérique […], il ne les a
pas même remplacées. Nous n’avons pas quitté le monde de l’écriture. Aujourd’hui, le
monde de l’écriture est beaucoup plus compliqué, c’est tout » (2006 : 82).
Toutefois, il ne faut pas oublier qu’en introduisant le mot hypertexte, Nelson avait pour
but de décrire « a body of written or pictorial material interconnected in such a complex
way that it could not conveniently be presented or represented on paper » (1965 : 96).
L’hypertexte se définit par son caractère non-séquentiel (Nielsen 1990 : 1) et par la nature
ouverte des interconnexions et donc des parcours de lecture possibles (voir plus loin
schéma 8). La lecture d’une page imprimée (roman, poème, page de journal,
d’encyclopédie ou de manuel scolaire) diffère effectivement de celle d’une page-écran et
de la lecture d’une page web (en F selon Nielsen 2006, discuté par Pernice 2017). Avec la
navigation hypertextuelle, la textualité se transforme, les modalités de lecture changent.
L’attention et la mémorisation ne sont pas sollicitées de la même manière (Grafton 2015 :
17-32), au point qu’on peut être tenté de parler d’une sorte de subversion de la logique
textuelle. Au vu de la fragmentation des pages d’écran sur Internet, on a le plus souvent
moins affaire à un texte qu’« à une mosaïque de modules hétérogènes » (Maingueneau
2014b : 81). Il s’agit de voir si ces modules – qui exploitent les ressources des autres
régimes médiologiques, en intégrant de l’écrit, des images fixes ou mobiles et du son –
font texte et d’examiner les éventuels rapports co-textuels qui les relient.
Le sentiment de complétude – degré de texture – est plus fort dans le cas de l’écrit
imprimé et de l’oral monologal planifié que dans les formes polygérées orales et
numériques (ci-après T1 et T4 ; voir Paveau 2015 : 349-350), beaucoup plus ouvertes,
hétérogènes et éclatées tant énonciativement (auteurs multiples) que sémiotiquement
(textes graphiques, textes sonores et images mêlés).
On peut distinguer quatre grandes formes de textualité de base (T1 à T4.3) et trois formes
intermédiaires ou mixtes (T5, T6 et T7). Les différentes formes de textualité placées au
centre du dispositif (T3, T4.1, T2.2 et T2.3) sont plus homogènes et les formes de textualité
placées à la périphérie sont plus hétérogènes. C’est d’ailleurs là que se rejoignent l’oral
polygéré de la conversation (T1) et la forme extrême des textualités numériques (T4.3) de
type forum ou blog augmenté de discussions. Ce que résume le schéma 7, dont les
rubriques vont être détaillées ci-après.
47
Schéma 7
RÉGI M ES
M ÉDI OLOGI QUES & FORM ES DE TEXTUALI TÉ
T 1.1 Polylogues
T1
POLYGÉRÉES T 1.2 Dialogues
ORAL
T2 M onologues T 2.1 improvisés
M ONOGÉRÉES T 2.2 mémorisés ORALI TURES
T 2.3 oralisés T6
SCRI PTURAL
I CONI QUE T3 T 3.1 M anuscrits I CONO-T EXTES
ÉCRI TES T 3.2 I mprimés H YPERSTRUCTURES T7
T 3.3 Édités TEXTUELLES
T4 T 4.1 Numérisées T5
NUM ÉRI QUE NUM ÉRI QUES T 4.2 Numériques
T 4.3-Numériquées
Au sein de l’oral, il est nécessaire de distinguer les textes polygérés, co-construits par
plusieurs locuteurs et dont l’unité est souvent problématique, et les textes monogérés,
énoncés par un orateur unique, dans une situation présentielle ou à distance (transmission
et enregistrement audio ou audio-visuel). Dans l’oral présentiel :
Le message linguistique transite par le canal sonore et a pour support la voix, tandis que
les expressions corporelles (physionomiques, gestuelles, posturales) transitent par le
canal visuel et ont pour support les zones corporelles sémiophoriques (yeux, visage,
doigts, mains, bras, épaules) […]. (Vouilloux 2017 : §8)
Les textualités orales polygérées correspondent à la fois aux dialogues (interaction chez
un commerçant, conversation téléphonique, rencontre au coin de la rue, interview en
direct, etc.) et aux multilogues ou polylogues engageant plus de deux participants (débat,
conversation en groupe, etc.). Dans les deux cas, les intervenants successifs sont engagés
dans la co-construction d’un texte unique et Kerbrat-Orecchioni peut ainsi retrouver
l’étymologie du texte-tissu : « Une conversation est un “texte” produit collectivement,
dont les divers fils doivent d’une certaine façon se nouer – faute de quoi on parle, à l’aide
d’une métaphore qui relève elle aussi de cette isotopie du tissage, de conversation
48
“décousue” » (1990 : 197). Comme elle le précise ailleurs, dans ce type de textes-en-
interaction :
[…] deux (ou plus) interlocuteurs/interlocutrices […] co-construisent une sorte de
« texte » bricolé on line, en s’interrompant sans cesse, en ajustant au coup par coup
leurs comportements mutuels, et en négociant tout au long du déroulement de
l’interaction les divers aspects de son fonctionnement (son ouverture et sa clôture,
l’alternance des tours de parole, les thèmes traités, les signes manipulés, les
interprétations effectuées, les opinions énoncées, les identités affichées, les « places » et
les rôles revendiqués…). (2015 : 29)
L’idée d’un bornage délimité par la rencontre et la séparation d’au moins deux
participants, en un temps et en un lieu donnés, semble une bonne définition de départ. Il
suffit toutefois de considérer le flou du découpage d’une pièce de théâtre en scènes –
pourtant délimitées, en principe, par les entrées et les sorties des personnages – pour
percevoir les limites de cette définition. L’unité d’une interaction a surtout quelque chose
à voir avec le ou les thèmes abordés, c’est pourquoi les changements d’objets de
conversation sont négociés par les participants et ces modifications structurent les
différentes parties du texte conversationnel. Toutefois, il ne faut pas oublier la mise en
garde de Maingueneau : « Dans l’oralité conversationnelle ordinaire, les partenaires ne
peuvent pas appréhender comme texte, globalement et de l’extérieur, l’activité de parole
dans laquelle ils sont engagés » (2014b : 85). La gestion en flux (à l’écrit comme à l’oral)
ne favorise pas l’élaboration d’une textualité unifiée, telle que définie plus haut, mais les
formes éclatées de textualité n’en sont pas moins des textes, au sens d’unités
communicatives signifiantes.
Du point de vue textuel, on peut distinguer trois sortes de textualités orales monogérées :
une forme improvisée et deux formes planifiées :
• T2.1 Les monologues improvisés. Il s’agit très souvent d’interventions plus ou moins
longues, qui peuvent prendre la forme de l’insertion d’un récit ou de l’exposé d’un point
de vue dans une conversation. Le soliloque absolu est un cas très particulier de
représentation de la parole intérieure (Bergounioux 2001), très profondément dialogique
et qui a été littérarisé sous la forme du monologue intérieur.
• T2.3 Textes oralisés prenant appui sur une préparation écrite antérieure. Ce troisième cas
correspond aux productions les plus formelles et fortement ritualisées, comme la
cérémonie, la déclaration politique mémorisée ou lue (l’exemple (2bis) l’a illustré plus
haut), le cours et la conférence également lus ou prenant plus ou moins librement appui
sur un exemplier ou sur un diaporama. Ces formes d’oralisations d’un écrit rapprochent
T2.3 de T3, au point qu’il est nécessaire d’envisager le cas des textualités mixtes, mêlant
explicitement l’oral et l’écrit.
50
Les mot-valise orature (Dor 1982 ; Hagège 1986 :110 ; Bowao & Rahman 2014) et
oraliture (Chamoiseau 1997 : 255) soulignent l’intrication de l’oralité et de l’écriture
dans les formes textuelles qui remettent en cause l’opposition radicale des deux pôles.
Deux cas doivent être considérés. T6.1 : la présence d’écrit dans l’oral, comme dans les
textes que nous venons de citer (déclaration lue sur prompteur ou mémorisée, conférence
ou cours avec support écrit (citations, résumé, plan), et T6.2 : la présence d’oral dans
l’écrit, comme dans le style oralisé littéraire, le dialogue romanesque, théâtral et
cinématographique, l’écriture sms, etc.
Les concepts d’orature et d’oraliture ont été forgés pour ce qu’on appelle parfois de
façon oxymorique les « littératures orales » (Biebuyck, Bornand & Leguy 2008), c’est-à-
dire la pratique des aèdes, griots, chanteurs et autres conteurs des sociétés dominées par la
transmission de traditions non écrites (T2.2). Dans le cadre de notre propos, nous
étendrons et déplacerons le concept d’oraliture vers, d’une part, l’ensemble des pratiques
discursives orales productrices de textes oralisés qui prennent non seulement souvent
appui sur un écrit antérieur (T2.3), mais qui mêlent explicitement l’oral et l’écrit, alternant
lecture de certains passages et improvisation (T6.1), et, d’autre part, en direction des textes
écrits littéraires qui intègrent stylistiquement certains traits de l’oral et forgent, comme les
œuvres de Duras et de Ramuz en sont l’exemple, une oraliture qui est un rythme, un
« mouvement de la voix dans l’écriture » (Meschonnic 2006 : 317), solidarisant la
littérature et le parler (T6.2).
Bruneau (1972 : 109) fait remonter le développement d’une « langue littéraire parlée »
aux Goncourt et Philippe (2009 : 64-65) au Daudet des Lettres de mon moulin, à Jules
Vallès et à Jules Renard. Déjà, de Hugo à Zola, les dialogues romanesques étaient envahis
par une parlure populaire (Dufour 2004) qui touchait même, dans L’Assommoir, la voix
du narrateur. Après la Seconde Guerre mondiale, la littérature s’est moins attachée à la
représentation des parlures sociales (paradigme oral) qu’au « souvenir de la langue
parlée », selon une belle expression de Céline (Philippe 2009 : 84). Le passage du modèle
oral au modèle vocal tend à renouer, dans l’écrit littéraire, avec la parole comme médium
sonore (Meizoz 2001, Mahrer 2017) ; ce que Philippe propose d’appeler le paradigme ou
modèle vocal inventé par le Giono de Colline (1929) et d’Un de Baumugnes (1929), par
le Céline de Mort à crédit (1936) et dont fait état Ramuz, dès 1926, dans une lettre à son
éditeur Bernard Grasset :
J’ai écrit (j’ai essayé d’écrire) une langue parlée : la langue parlée par ceux dont je suis
né. J’ai essayé de me servir d’une langue-geste qui continuât à être celle dont on se
servait autour de moi, non de la langue-signe qui était dans les livres. Et on me l’a
vivement reproché. (Ramuz 1992 : 53)
Nous rangerons dans la catégorie des « textes écrits » non seulement les textes manuscrits
(T3.1), tapuscrits ou imprimés (T3.2) et édités (T3.3), mais aussi les textes numérisés (T4.1),
ainsi que deux régimes mixtes de textualité, mêlant le verbal et l’iconique : les
hyperstructures (T5), dont les textualités numériques ont favorisé l’essor, et les
iconotextes (T7).
Les dialogues écrits littéraires (dialogue de discours direct, indirect, indirect libre et
narrativisé), philosophiques (dialogue philosophique) et journalistiques (discours rapporté
de personnes, genre de l’interview récrit pour être publié) sont, bien sûr, des formes
scripturales de textualisation, en dépit de leur plus ou moins grande proximité avec T 1.2.
La catégorie des textes écrits comprend un vaste ensemble de textes manuscrits (T3.1) : de
la note-liste de courses, des notes de cours et de la correspondance manuscrite, au graffiti
sur un mur et au brouillon d’un écrivain. La question de la textualité des brouillons
préparatoires des écrivains – qualifiés d’avant-textes – est au cœur des recherches
génétiques (Mahrer 2009, Mahrer & Nicollier Saraillon 2015). Le cas des manuscrits
établis par des copistes, du moyen âge à l’âge classique, est un peu à part puisqu’il ne
s’agit pas de textes autographes et qu’ils peuvent être accompagnés d’enluminures et
même de commentaires. Le passage du manuscrit (T3.1) au tapuscrit, tapé à la machine à
écrire ou imprimé (T3.2) voire numérisé (T4.1), est intéressant car il implique un outil
technique de remplacement de la main, voire l’intervention d’autres acteurs, en particulier
dans le cas de l’impression et de l’édition (T3.3). En passant du manuscrit au livre ou à
l’article imprimé dans une revue, un journal ou un magazine, voire au texte projeté sur un
écran (prompteur ou diapositive), tout un travail de mise en forme typographique, rendu
possible par des traitements de textes de plus en plus sophistiqués et accessibles,
transforme le contenu linguistique premier des énoncés. On comprend en conséquence
qu’une définition du texte soit obligée d’inclure les faits de ponctuation textuelle dont
nous avons parlé plus haut. Le texte écrit est aussi une image graphique qui se déploie
dans un « espace graphique » (Anis 1995) ou « aire scripturale » (Peytard 1982 : 120-
123). La page, la double page et la diapositive-écran sont des unités soumises à une
lecture linéaire et tabulaire, et elles diffèrent sur ce point du rouleau antique et du
défilement sur écran d’un texte numérisé (T4.1) : la numérotation des paragraphes est la
conséquence de la disparition de l’unité page.
52
Le propre de l’écrit est d’être soumis à deux activités de lecture : une lecture linéaire des
énoncés successifs (pour le français : de gauche à droite et retour à gauche en fin de ligne)
et une lecture tabulaire affranchie de la linéarité.
Le régime médiologique de l’image est difficilement séparable des trois autres régimes,
avec lesquels il se combine pour faire texte. Un très grand nombre de productions
scripturales sont, en effet, accompagnées d’illustrations, enluminures, vignettes, images,
photographies, schémas, et infographies (qui mêlent le verbal, le dessin et la couleur). À
l’origine du concept d’iconotexte, Montandon en donne une définition littéraire restreinte
qu’il est nécessaire d’étendre :
Les iconotextes sont des œuvres à la fois plastiques et écrites, se donnant comme une
totalité indissociable. Fruit de la collaboration d’un plasticien (peintre, photographe,
etc.) et d’un écrivain, qui peuvent être une seule et même personne (comme Blake,
Michaux, etc.) ou plusieurs […]. (1990 : 9)
Le champ littéraire ne manque pas de textes mêlant le verbal et des dessins ou images
photographiques, comme par exemple Le Petit prince de Saint-Exupéry et Nadja de
Breton, ou susceptibles d’une double vie, comme texte seul et comme iconotexte : c’est le
cas de Lettera amorosa de Char illustré par Braque, mais aussi des Contes de Perrault ou
du Don Quichotte de Cervantès illustrés par Doré pour les éditions Hetzel. N’importe
quelle fable de La Fontaine est un bon exemple d’un plan de texte génériquement
déterminé et intégrant une illustration en forme de vignette.
FABLE SECONDE
1. Indication numérique de la place de la fable dans le recueil,
2. Vignette,
Un dispositif semblable se retrouve dans l’édition originale (1697) des huit contes en
prose de Charles Perrault : 1. Vignette 2. Titre, 3. Sous-titre générique (sauf pour le 3ème
conte), 4. Récit en prose (comprenant 50% de dialogue), 5. Frise ou cul de lampe, 6.
Moralité(s) en vers, 7. Cul de lampe ou blanc.
53
Première page (p. 1) et deux dernières (p. 45 & p. 46) du premier conte du recueil :
Première page (p. 183) et deux dernières (p. 228 & p. 229) du dernier conte, avec
indication de « FIN » du recueil :
Bien que le concept d’iconotexte ait été forgé pour un type d’écrits littéraires et les livres
ou albums illustrés par un artiste plasticien (Nerlich 1990 : 268), il gagne à être étendu à
tous les cas de combinaison du verbal et de l’iconique. Ute Heidmann propose de parler
de « dynamique iconotextuelle » (2014 : 50) pour décrire l’enchevêtrement signifiant du
verbal et de l’iconique. C’est particulièrement évident dans les affiches publicitaires
(Lugrin 2006 ; Pahud 2009), dans la conférence et la propagande politique, dans les
journaux et magazines (photographies et dessins légendés), les sites en ligne, la moindre
recette ou fiche de cuisine, les guides de voyage, d’alpinisme ou de randonnée, sans
parler du cas de la carte postale, mais aussi de la bande dessinée et du photo-roman.
Le plan préformaté des placards publicitaires publiés dans la presse écrite ou en affichage
urbain est bien identifiable dans la publicité Kanterbräu (19), qui associe exemplairement
plusieurs types de modules :
54
(19)
• Trois modules verbaux : un slogan d’accroche (Kanterbräu est si bonne / Qu’on ne peut
s’en passer), un slogan d’assise et/ou de marque (Kanterbräu. La bière de Maître Kanter)
et un rédactionnel (en forme de chapitre d’un récit déployé dans une campagne en 3
chapitres), auxquels il faut ajouter, pour certains produits (comme le tabac et l’alcool),
une mention légale d’avertissement.
• Deux modules iconiques : une image d’accroche (photographique ou dessinée, comme
dans la pub Kanterbräu, exceptionnellement constituée d’une suite narrative de trois
images) créant un contexte ou monde référentiel et une image du produit (souvent
photographique), fortement référentielle et dénotative (image encerclée du produit, en bas
à droite).
• Deux modules mixtes : un logo et le nom de la marque dans lesquels le verbal est
typographiquement souvent fortement iconisé.
Ces modules forment un répertoire de parties complémentaires (le verbal guide la lecture
de l’image et l’image présente un contexte descriptif qui oriente la lecture du verbal) et
facultatives : chaque icono-texte publicitaire les distribue de façon plus ou moins
originale. Comme le confirme cet autre exemple, dépourvu de rédactionnel :
• Le dessin de presse peut se rencontrer seul, avec un titre, une légende et une signature
(Moirand 2015). Cette autonomisation topographique et la présence d’un péritexte en font
alors indubitablement un iconotexte à part entière. Le dessin de presse peut simplement
illustrer un article (iconotexte), mais il peut également compléter un article, pour donner
un point de vue particulier (humoristique et critique dans le cas de la caricature) et
constituer, avec l’article, une hyperstructure textuelle (T5).
• De la même manière, la photographie peut apparaître seule avec une légende, formant
ainsi un iconotexte, mais elle peut aussi accompagner un article (la légende étant alors
souvent une citation ou paraphrase d’un passage de l’article) et former dans ce cas, avec
lui, un iconotexte.
TITRE PRINCIPAL
CHAPEAU
ARTICLE PRINCIPAL RUBRIQUE
(sur 5 colonnes) régionale
(hors hyperstructure)
DEUXIEME
ARTICLE
(fond tramé)
PHOTOGRAPHIE
LEGENDE
INFOGRAPHIE
Publicité politique
TROISIEME (hors hyperstructure)
ARTICLE
(fond tramé)
Infographie 1 Infographie 2
Surtitre
Titre Photographie
Sous-titre / chapeau
Hyperarticle
hA1
A2 A3 A4
Un document hypertextuel ne se présente pas comme une totalité textuelle avec début et
fin stables, mais comme un assemblage de textes écrits, d’images et d’enregistrements
sonores connectés par des liens électroniques (Slatin 1991 : 56). C’est le parcours de
l’internaute, sa navigation propre, qui fait texte : le lecteur fabrique le texte qu’il lit
(Nielsen 1990 : 2 ; Maingueneau 2014b : 86). La navigation hypertextuelle est rendue
possible par les liens écrits ou iconiques qui renvoient à du texte ou à un enregistrement
sonore, ou audio-visuel, ou à un document iconique (image, dessin, infographie, film).
Ces liens (L1, L2, etc.) peuvent avoir été prévus par l’auteur de l’hypertexte, mais
l’interrogation de tel ou tel point d’un des textes rencontrés peut très bien être décidée par
le lecteur lui-même, qui passe alors par un lien de type URL ou par un moteur de
recherche qui lui permet d’accéder à telle ou telle information. La linéarité séquentielle
est alors emportée par l’attraction du réseau.
la lecture d’un texte T1 présente trois options : passer de T1 à T2 à partir du lien L1, ou
de T1 à T5 à partir de L2, ou de T1 à T6 à partir de L3. Le parcours qui mène de T1 à T5,
par exemple, est soit direct (à partir de L2), soit indirect, en passant par T2 (à partir de L1
de T1 et de L2 de T2), ou en passant par les liens L1 de T2, L1 de T3 et L1 de T4.
Le numérique pousse à leurs limites les possibles textuels imaginés, dès 1967, par
Raymond Queneau dans Un Conte à votre façon (récit hypertextuel de l’« Histoire des
trois alertes petits pois »), prolongés par les livres interactifs dans lesquels le déroulement
de l’histoire dépend des choix opérés par le lecteur (gamebook ou Livres dont vous êtes le
héros) : chaque parcours de lecture aboutit à un des textes rendus possibles par la
souplesse combinatoire des fragments.
On peut distinguer trois types de textualités numériques qui correspondent aux différentes
conceptions du texte issues des phases successives de développement du web (De Angelis
2018 : 462-463) : les textes numérisés, les textes numériques proprement dits et les textes
numériqués (Paveau 2015 : 348). Ces distinctions permettent d’aborder la variété des
contenus hébergés par le médium Internet : textes, sites multimédias, banques de
données, réseaux sociaux (Vouilloux 2017 : §8).
• Dans le « web statique » (Web 1.0), les textes écrits passent d’un support manuscrit,
tapuscrit ou imprimé sur papier à un support électronique, par l’intermédiaire d’un
logiciel ou en étant scannés et mis ou non en ligne. Reproduisant le modèle du texte-livre
et de la culture imprimée (T3), l’écriture de ces textes numérisés (T4.1) est très proche de
celle du support papier. Une fois numérisé, le texte offre toutefois une certaine liberté de
navigation, à partir de la fonction « Rechercher ». L’intégration d’éléments paratextuels
et intertextuels dans l’intra-texte est facilitée, sans parler de la grande rapidité d’accès à
des documents (textes, images, sons) qui résulte de la dématérialisation d’une véritable
bibliothèque virtuelle.
• La phase du Web 2.0 du « web dynamique » est celle du texte numérique (T4.2). Comme
le montre De Angelis (2018 : 462), le contenu des pages change selon la demande des
usagers et selon l’interaction établie entre le visiteur, formulant la demande, et le serveur,
traitant cette demande. L’écriture est cette fois conçue pour le support numérique, les
textes deviennent de plus en plus brefs et sont de plus en plus inter-connectés.
Les caractéristiques des hyperstructures textuelles (T5) se retrouvent, bien sûr, dans les
textes numériques qui, à la différence des hyperstructures, comportent des liens externes
vers d’autres textes, intégrant eux-mêmes des liens, et ceci potentiellement à l’infini.
Cette ouverture du texte se double d’un éclatement de la surface de la page-écran en
informations parallèles et publicitaires, plus ou moins en rapport avec la page-texte
(comme (23) comporte un module de publicité politique en bas à droite, sans rapport avec
l’information sur laquelle porte l’hyperstructure textuelle). D’où une très grande
hétérogénéité, une lecture éclatée de textes souvent très brefs et d’images, et une
diffraction de l’attention. La lecture de pictogrammes – les smileys l’emportant sur la
verbalisation des émotions –, d’images et de vidéos remplace la lecture de documents
écrits dépassant la limite des 280 caractères.
59
• Avec le « web sémantique », Web 3.0, l’exploitation des données se fait à l’échelle des
big data. Par ailleurs, Paveau parle de textes numériqués (T4.3) « pour désigner les textes
produits nativement en ligne. Outre sa délinéarisation, le texte numériqué présente des
traits d’augmentation énonciative, de technogénéricité et de plurisémioticité » (2015 :
349). Elle prend l’exemple d’un billet, signé d’un auteur, sur un blog, mais augmenté par
les discussions par lesquelles des co-auteurs co-construisent le texte jusqu’à la fermeture
de la discussion. Dans le cas du traitement de texte collaboratif en ligne, plusieurs
auteurs, identifiés par des marques graphiques (couleurs différentes), rédigent ensemble
et partagent simultanément un texte qui se rapproche ainsi du cas des polylogues
polygérés de l’oral (T1).
Les textes numériqués ressemblent, dans une étonnante boucle temporelle, aux textes
médiévaux retouchés par les copistes et autres récitants. Comme l’a montré Zumthor
(1972 : 41), en fort lien avec l’oralité, le texte médiéval ne s’identifie pas tant à l’objet
livre qu’à un objet auditif, fluide et mouvant. L’insertion de la glose et du commentaire
dans un texte ouvert se retrouve dans les discussions qui s’insèrent dans un texte en ligne
et plus encore lorsqu’il s’agit d’un écrit collaboratif en ligne. Cette instabilité des textes
numériques, facilement copiés-coupés-collés, est à l’origine du retour massif du plagiat,
conséquence de l’affaiblissement de l’auctorialité comme autorité. La toute-puissance
libertaire d’internet permet à chacun de soumettre les textes aux variations et découpages
qui étaient le propre des textes anciens : « L’auteur a disparu : reste le sujet de
l’énonciation, une instance locutrice intégrée au texte et indissociable de son
fonctionnement : “ça parle” » (Zumthor 1972 : 69).
Le codage des images par des pixels discontinus permet la même manipulation de ces
points indépendants les uns des autres et la production d’indétectables fausses
informations visuelles (comme verbales). Les vidéos truquées (deep fake) font certes les
délices des humoristes, mais surtout des officines de fabrication de fausses informations
(fake news) qui envahissent le web.
7. CONCLUSION
La prise en compte des régimes médiologiques et des différentes formes de textualité qui
en découlent montre que la définition du concept de texte ne peut pas être limitée à l’écrit
et qu’elle demande à être modulée. La définition que nous avons esquissée ici dessine un
cadre et appelle d’autres travaux linguistiques sur corpus (complétant ceux que nous
avons mené sur la publicité, sur la presse écrite, sur les textes instructionnels et sur le
discours littéraire). La description linguistique fine et systématique des différents paliers
de structuration et de toutes les formes textuelles qui relèvent aussi bien du régime oral,
que du régime scriptural, du régime numérique et des régimes mixtes ne pourra
qu’apporter aux différents domaines des sciences et disciplines du texte et du discours
(Cossutta & Maingueneau 2019 : §20-22 ; voir également Gilles Siouffi 2018) et, plus
largement, des sciences de l’information et de la communication, ainsi que de la
didactique.
60
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