Contes d’Andersen:
Biographie de l’auteur:
Le conteur Hans Christian Andersen est l’un des auteurs les plus lus dans le monde et à coup sur le
Danois le plus célèbre.
Andersen est né à Odense au Danemark en 1805, au sein d’une famille pauvre. Son père est
cordonnier et meurt lorsqu’il a 11 ans. A 14 ans, l’adolescent quitte sa ville natale pour Copenhague
où il tente de publier des pièces et des poésies. Il est tenté par le chant, le théâtre puis la danse et
travaille quelque temps pour le directeur du Théâtre Royal, qui financera plus tard ses études.
Souffre-douleur de ses camarades de collège, le jeune homme conserve néanmoins la folle ambition
d’accéder à la gloire littéraire. Ses examens d’université en poche, il part en 1830 à la découverte de
l’Europe.
Ses voyages donnent lieu à des récits pittoresques et lui inspirent aussi des petits romans. On lui doit
en outre plusieurs autobiographies, mais aussi des poèmes, des pièces théâtrales et des récits de
voyages. Mais c’est avec la publication d’un premier recueil de contes pour enfants, en 1835, à 30
ans, qu’Andersen acquiert enfin la célébrité tant recherchée. Il va dès lors multiplier les publications à
raison d’un volume par an. Émouvants, issus de sa seule imagination et de ses souvenirs de jeunesse,
ses 164 contes mêlent le merveilleux et le réel. A la différence des contes des frères Gram, ils n’ont
pas de prétention morale.
Parmi ses contes les + célèbres:
Le vilain petit canard
La reine des neiges
Les cygnes sauvages
La petite sirène
Il meurt à Copenhague en 1875. Ses histoires, traduites en + de 80 langues, connaissent un succès
durable et inspirent de nombreux écrivains, metteurs en scène, réalisateurs, chorégraphes, sculpteurs
et peintres.
“Ma vie est un beau conte de fées, riche et heureux” ainsi commence sa dernière autobiographie Mit
Livis Eventyr
Généralités sur les contes:
Etymologiquement, le mot conte vient du verbe latin "computare" qui signifie “compter”
mais aussi “conter” dans le sens de narrer. Au XVIIe s, calcul et narration ne s'opposent pas.
Ce n’est que plus tard que conter prend le sens d’ “énumérer des faits, relater des
événements d'une histoire”.
Les contes sont généralement des histoires courtes tirées du répertoire oral et qui
commencent par une formule d’entrée telle que: il était une fois...
Le schéma narratif d’un conte:
situation initiale: présente le lieu, l’époque, les personnages et leur situation.
L’élément perturbateur modifie l’état de la situation initiale et enclenche l’action.
Les péripéties sont les actions qui s'enchaînent.
La résolution est un événement qui met fin aux péripéties.
La situation finale établit un nouvel équilibre (majoritairement heureuse).
Le contexte de l’oeuvre :
Bien qu’il ait donné une vision heureuse de ses jeunes années, l’enfance d’Andersen contient tous les
ingrédients d’un conte triste. Andersen naît et grandit dans une famille nécessiteuse ; les circonstances
historiques et économiques, qui poussent son père à s’engager dans l’armée napoléonienne en 1812, le
contraignent à travailler dès l’âge de sept ans dans une usine de textile. C’est la mort de son père en
1816 (il a alors onze ans) qui scelle son destin : il quitte l’école et doit rapporter de quoi vivre. Les
Contes portent la trace de l’expérience de la pauvreté vécue par Andersen et de la nécessité pour les
enfants de travailler. S’ils peignent l’oisiveté et le jeu qu’on associe habituellement à l’enfance, les
Contes décrivent aussi des conditions de vie difficiles, dont « La petite fille aux allumettes » est
l’exemple le plus célèbre. Par sa famille, notamment sa grand-mère paternelle dont il fut proche,
Andersen a pu avoir accès à des histoires issues de la tradition scandinave et allemande ; ayant
fréquenté l’hospice des pauvres d’Odense, il raconte également avoir entendu les récits que les
anciens racontaient et les chansons traditionnelles.
Le conte suscite en effet un vif intérêt au début du XIXe siècle dans les milieux intellectuels
européens, notamment en France et en Allemagne, dont le Danemark subit l’influence intellectuelle,
c’est pourquoi Andersen a choisi la forme du conte pour s’exprimer.
Deux influences majeures ont eu une importance dans le choix d’Andersen de se tourner vers les
contes: l’œuvre des frères Grimm et celle d’E.T.A. Hoffmann. Toutefois, il choisira une troisième
voie, celle de l’inspiration personnelle, nourrie de souvenirs d’enfance et d’une sensibilité aiguë.
Plusieurs analystes considèrent que nombre des contes évoquent des souvenirs personnels de l'auteur,
par exemple Le vilain petit canard est la description de la métamorphose, qui fit d’un gosse pitoyable,
errant dans les bas-fonds de Copenhague, l’un des écrivains les plus adulés de son temps. : l’histoire
du Vilain petit canard exprimerait la revanche du cygne (le poète) sur les canards (le commun des
gens ordinaires).
Les souvenirs d’enfance de l’auteur se font sensibles dans le conte Elle n’était bonne à rien ! . Dans
ce récit tragique, un jeune garçon procure à sa mère, une lavandière, l’alcool dont elle a besoin pour se
réchauffer. Travaillant dans une eau glacée, la mère trouve du réconfort dans la boisson. Or cette mère
est dévouée à son fils et le narrateur renverse le paradigme de la mauvaise mère pour en faire une
figure idéale de mère aimante, au-delà de la mort. L’alcoolisme de la mère d’Andersen trouve ici une
réponse idéalisée.
Sur le plan social, bien avant que soient promulgués les « Droits de l’enfant 1 », Andersen s’est
intéressé à la condition de l’enfant. Une réflexion d’ordre économique et moral sous-tend l’écriture de
certains contes, nourris de la spiritualité personnelle de l’écrivain. Sur le plan esthétique, Andersen a
su renouveler le genre du conte de fées, en s’appropriant certains de ses stéréotypes, en puisant le cas
échéant dans la culture populaire. Mais ce qui fait l’originalité du traitement de l’enfance dans ses
récits tient surtout dans la modernité de son écriture, tendue entre une vision tragique et humoristique
de cet âge de la vie. Loin de prôner l’obéissance et la soumission des enfants à leurs parents, les
Contes mettent bien souvent en scène une aspiration à la liberté. Ainsi le motif de l’enfance est-il
souvent associé à celui du voyage, expérience majeure de la vie humaine dans l’imaginaire
andersonien. Qu’il s’effectue dans les abysses ou dans les nuages, à travers les forêts profondes ou les
paysages enneigés, le voyage symbolise le temps de l’enfance avec ses découvertes et ses
enseignements. Sa vie durant, Andersen n’a jamais pu se fixer, comme si le mouvement était une
manière pour lui de ne jamais entrer pleinement dans une vie d’adulte installé dans la société.
L’enfance dans Les Contes:
Les Contes d’Andersen mettent très souvent en scène l’enfance, soit à travers des figures
de bambins, soit à travers l’univers qu’on rattache à cet âge de la vie. Ainsi, certains Contes
ont pour héros des petits garçons ou des petites filles, auxquels les jeunes lecteurs peuvent
s’identifier à travers leurs aventures. L'expérience d’Andersen est omniprésente, et l’intérêt
du traitement de l’enfance dans les Contes repose essentiellement sur le regard subjectif
que le conteur porte sur elle.
Cette singularité de la représentation de l’enfance tient en partie à une vision idéaliste
d’Andersen, qui la dépeint comme le temps de l’innocence et de la vérité. Bien que
idéalisée, l’enfance n’est pas uniforme sous la plume d’Andersen. Ses Contes en présentent
des visions variées et mettent en scène des types d’enfants différents. Ce qui frappe le
lecteur, c’est plutôt l’acuité avec laquelle le conteur observe l’enfance, finesse qui se
manifeste en particulier dans la manière dont les Contes utilisent les jouets ou peignent un
univers à échelle d’enfant. La représentation des lieux et d'objets liés à l’enfance confère
aux récits leur cohérence. Un élément structurel récurrent caractérise également le
traitement de l’enfance dans les contes : sa solitude. Si parmi les figures enfantines se
trouve un bon nombre de jeunes princes et princesses, les Contes mettent aussi en scène
des enfants issus d’une réalité qu’a pu observer Andersen. Cette tension entre une
représentation merveilleuse et réaliste de l’enfance est l’une des marques de fabrique de
l’auteur. Si, dans certains contes, l’enfance présente un visage heureux, la plupart des récits
sont marqués par des séparations, des difficultés à s’intégrer, voire des deuils. Aussi le
thème de la famille est central dans la représentation de l’enfance. À cet égard, les motifs de
l’épreuve, de la mort de l’enfant, voire la mort de l’enfance, traversent l’univers des Contes
et leur donnent une dimension initiatrice ou à tout le moins formatrice.