Rôle et limites des ONG en développement
Rôle et limites des ONG en développement
développement
23-2 | 2004
Les ONG de développement : rôles et perspectives
Édition électronique
URL : [Link]
DOI : 10.4000/aspd.446
ISSN : 1663-9669
Éditeur
Institut de hautes études internationales et du développement
Édition imprimée
Date de publication : 1 novembre 2004
Pagination : 9-24
ISSN : 1660-5934
Référence électronique
Gérard Perroulaz, « Le rôle des ONG dans la politique de développement : forces et limites, légitimité et
contrôle », Annuaire suisse de politique de développement [En ligne], 23-2 | 2004, mis en ligne le 08 mars
2010, consulté le 21 septembre 2021. URL : [Link] ; DOI : https://
[Link]/10.4000/aspd.446
Introduction
Le terme « ONG » recouvre une très large palette d’organisations de nature dif-
férente et il n’existe pas de définition précise et unanimement acceptée de ce
que signifie ce terme. Il n’y a pas de définition juridique uniforme dans les dif-
férents pays du Nord, et une étude récente montre qu’il serait très difficile de
parvenir à une définition commune ne serait-ce que pour les pays de l’Union
européenne2. Les définitions que l’on trouve peuvent être plus ou moins larges,
en comprenant l’ensemble des acteurs non gouvernementaux (y compris les
organisations professionnelles, le secteur privé), ou en se limitant, comme nous
le faisons dans ce dossier, aux organisations à but non lucratif actives dans la
solidarité internationale. L’encadré ci-dessous donne un aperçu des types d’or-
ganisations existantes en Suisse. Il faut cependant être conscient que certaines
organisations peuvent difficilement n’appartenir qu’à une seule catégorie3.
9
Le groupe de travail chargé de conseiller le secrétaire général des Nations unies
sur les priorités à fixer pour améliorer l’interaction entre l’ONU et la société
civile distingue les acteurs d’Etat ou gouvernementaux, le secteur des affaires
privées (entreprises, fédérations d’industries et syndicats patronaux, fondations,
médias) et la « société civile ». Cette catégorie comprend les organisations de
masse représentant les intérêts de groupes particuliers (organisations de
femmes, de jeunes, de paysans, de peuples autochtones), les organisations cor-
poratives représentant leurs mandants par la profession qu’ils exercent (syndi-
cats et fédérations internationales les regroupant, associations d’employés de
secteur), les organisations religieuses, les universités, les ONG de bienfaisance
et les mouvements sociaux (mouvements des paysans sans terre, mouvement
altermondialiste, mouvement féministe)4.
La définition des ONG donnée par les Nations unies reste trop large pour être
applicable dans tous les pays puisqu’elle inclut des organisations de nature très
différente : mouvements sociaux, organisations proches d’Eglises ou des milieux
de l’économie privée (associations d’entreprises), centres de recherches univer-
sitaires, ainsi qu’associations de parlementaires et d’autorités locales. Plusieurs
organisations des Nations unies possèdent des guichets réglant les accréditations
des ONG et les relations entre ONG et organisations internationales, sans que
les critères soient forcément les mêmes. Le rapport final du groupe de travail
recommande notamment de fusionner les procédures d’accréditation en un
mécanisme unique placé sous l’autorité de l’Assemblée générale5.
Le Conseil de l’Europe a élaboré en 1986 la « Convention européenne sur la
reconnaissance de la personnalité juridique des organisations internationales
non gouvernementales » (convention 124), mais sa portée est régionale (seuls
huit Etats, dont la Suisse, l’ont ratifiée), et elle reste assez vague sur le caractère
international et sur l’aspect non lucratif, stipulant simplement qu’une ONG doit
« avoir un but non lucratif d’utilité internationale ». La convention peut com-
prendre des organisations de défense d’intérêts professionnels, des syndicats et
des organisations comme le Comité international olympique (CIO)6.
Pour faire une classification des ONG, une approche différente et intéressante
serait de regrouper les ONG autour de certains domaines d’activité, ou pôles de
compétences, comme cela a été fait par exemple dans l’étude sur les ONG inter-
nationales travaillant autour de la Genève internationale7. Cela permet de relever
les compétences indéniables d’analyse et d’action dans certains domaines (envi-
ronnement, droits humains, aide humanitaire, promotion des femmes, com-
merce international, promotion de la paix). Cet exercice, pratiqué pour les ONG
internationales présentes à Genève, reste encore à faire pour l’ensemble des
ONG locales présentes en Suisse.
Philippe Ryfman propose de renoncer à des définitions unidimensionnelles, qui
ne couvrent souvent qu’une partie de la réalité, pour donner le nom d’ONG aux
entités qui réunissent un faisceau de cinq caractéristiques :8
4 Source : UNO Panel of Eminent Persons on Civil Society and UN Relationships, <[Link]/reform/
[Link]>.
5 Rapport du Groupe de personnalités éminentes sur les relations entre l’Organisation des Nations unies
et la société civile, doc. A/58/817, 11 juin 2004, <[Link]/reform/panel. htm>.
6
Philippe Ryfman, Les ONG, coll. Repères, Paris, La Découverte, 2004.
7
Voir l’article de Yanik Marguerat dans ce dossier.
8
Philippe Ryfman, op. cit., pp. 28-30.
10
1. La notion d’association (soit le regroupement de personnes privées) avec un
projet non lucratif au bénéfice d’autrui.
2. La forme juridique d’association à but non lucratif, selon les droits nationaux.
3. Le fait d’être un espace autonome face à l’Etat ou des puissances privées.
L’Etat ne doit pas être à l’origine de la création de l’ONG même si celle-ci
peut avoir des liens avec l’Etat. La même autonomie doit exister face à l’éco-
nomie privée, l’Eglise, des sectes ou des groupes criminels.
4. « La référence à des valeurs impliquant, en même temps qu’un engagement
librement consenti, la volonté affichée d’inscrire l’action associative dans une
dimension citoyenne insérée dans un cadre démocratique. »9 L’ONG devient
ainsi un des segments de ce que l’on appelle la « société civile ».
5. Le caractère transnational de l’action : une action qui est menée dans un autre
pays (que le pays d’origine) où elle cherche à défendre les droits humains ou à
intervenir pour la protection de l’environnement et le développement durable.
Cette approche permet d’appréhender le monde des ONG avec une certaine pru-
dence, en étant conscient que les organisations utilisant l’étiquette « ONG » peu-
vent être de nature très différente, telles les ONG pures créations gouvernemen-
tales (GONGOs, governmental NGOs ; en français ONGOG, organisations non
gouvernementales organisées par le gouvernement) ou les organisations mises
sur pied par des entreprises ou des milieux défendant des intérêt commerciaux
(BINGOs, business NGOs).
Nous nous limitons, dans cet Annuaire de politique de développement, à l’ana-
lyse des ONG exerçant une activité de solidarité internationale, surtout des
ONG opérationnelles, mais sans oublier celles qui œuvrent dans les domaines
de la promotion du développement durable et des droits humains ni les organi-
sations de sensibilisation au développement. Il nous semble en revanche impor-
tant de distinguer ce que l’on appelle les organisations de solidarité internatio-
nale d’autres acteurs non étatiques (Eglises, entreprises, fédérations syndicales),
cela sans négliger les rôles importants de ces autres acteurs.
On peut estimer à 10’000 le nombre des institutions d’utilité publique en
Suisse10. Mille cinq cents institutions de solidarité Nord-Sud sont répertoriées à
l’iuéd. Sur la base de ce fichier, qui contient beaucoup d’institutions Nord-Sud
qui ne soutiennent pas forcément des projets au Sud, l’iuéd envoie chaque année
un questionnaire à plus de 500 organisations non gouvernementales (ONG) pour
leur demander une liste des projets conduits grâce aux fonds privés des organi-
sations (sans les contributions des cantons, des communes ou de la Confédéra-
tion). Les données disponibles et analysées dans cet article sur l’aide privée des
ONG portent sur les réponses d’environ 250 organisations qui ont géré des pro-
jets à l’étranger. On peut très difficilement avoir un nombre exact d’ONG, car il
n’y a pas d’obligation légale en Suisse pour enregistrer une nouvelle association
à but non lucratif.
Nous proposons dans l’encadré suivant une classification des ONG d’entraide.
Attention : souvent une ONG ne peut être classée dans une seule catégorie. Il
9
Ibid., p. 29.
10
10’000 ONG est le chiffre avancé par Dieter Pfister, Spendenmarkt Schweiz. 25 Jahre SMS : Die
Jubiläumsstudie, Basel, 1994.
11
existe beaucoup d’ONG multifonctionnelles, qui possèdent une division spéciale
chargée de la coopération au développement, mais qui mènent aussi d’autres
activités (aide sociale en Suisse, aide aux réfugiés en Suisse, analyse et débat sur
la politique de développement). Il est difficile de montrer l’importance, en
nombre d’ONG, de chaque catégorie, mais la grande majorité des ONG
suisses – et ce sont aussi les ONG les plus connues du public – appartiennent
sûrement aux catégories suivantes : les ONG opérationnelles de coopération ou
d’aide humanitaire, les organisations missionnaires (ayant un volet d’entraide),
les organisations de défense des droits de l’homme, les associations de solidarité
avec un pays donné et les organisations de défense de l’environnement. Face à
ces ONG traditionnelles sont apparus de nouveaux acteurs en Suisse au cours des
années 1990, dans les domaines de la résolution des conflits et de la promotion
de la paix, de la lutte contre la corruption (Transparency International), de la lutte
contre le sida, de la microfinance ou du commerce équitable.
o ONG de coopération au développement et/ou actives dans l’aide humanitaire, organisations menant
des activités opérationnelles sur le terrain, en Afrique, en Asie, en Amérique latine ou dans les pays
en transition. On peut appliquer une typologie de ces ONG par secteur d’activité (santé, éducation,
aide à l’enfance…).
o ONG de récolte de fonds auprès du public. Certaines ONG (comme la Chaîne du bonheur ou Pain pour
le prochain) sont actives dans la récolte de fonds, mais ne gèrent pas elles-mêmes des projets et
reversent l’argent à d’autres ONG. D’autres ONG représentent des labels de qualité (ZEWO, Bureau
central des œuvres de bienfaisance).
o ONG de sensibilisation aux problèmes de développement, lobbies en faveur de changements dans la
politique de développement, campagnes relevant le manque de cohérence entre certains instruments
de politique extérieure et la politique de développement (ce que l’on appelle en anglais advocacy).
Exemples : Communauté de travail des œuvres d’entraide regroupant six organisations (Caritas
Suisse, Action de carême, Pain pour le prochain, Swissaid, Helvetas et l’Entraide protestante EPER)a,
et la Déclaration de Berne.
o Mouvements antimondialisation ou milieux altermondialistes, autour de thèmes mobilisateurs (anti-
OMC, opposition aux institutions de Bretton Woods, à l’endettement des pays en développement).
Exemples : ATTAC et Action mondiale des peuples (AMP).
o ONG de lobbying et de sensibilisation dans les domaines de l’environnement et du développement
durable. Les ONG dans le domaine de l’environnement sont très nombreuses en Suisse, mais seule
une partie d’entre elles déploient des activités surtout à l’étranger, tels que le WWF ou Greenpeace.
Pro Natura, l’ATE (Association transports et environnement) et Equiterre travaillent surtout sur la
Suisse, mais abordent aussi certaines thématiques plus mondiales de développement durable.
o ONG développant des capacités d’expertise et d’analyse sur les questions de politique de développe-
ment. Bien que la plupart des ONG restent purement opérationnelles et refusent de prendre une
quelconque prise de position politique (notamment pour ne pas froisser les susceptibilités de leurs
donateurs), certaines ONG ont développé des capacités d’analyse plus larges. Exemples : Pain pour le
Prochain, Caritas Suisse ou Swisscontact.
o Groupes de solidarité avec certains pays. Associations composées de représentants des communau-
tés étrangères en Suisse (association des résidants chiliens ou associations de Mexicains par
exemple), groupes de solidarité avec certains pays ou certaines régions (Colombie, Tibet, etc.).
o Organisations de commerce équitable: Magasins du Monde, Fondation Max Havelaar, Fondation Step…
o Organisations de défense du droit d’asile et d’aide aux réfugiés.
12
o Organisations dans le domaine des droits humains. Certaines ONG internationales sont très connues
(Amnesty International, Fédération internationale des droits de l’homme, Human Rights Watch), mais
plusieurs autres ONG travaillent notamment autour des travaux de la Commission des droits de
l’homme et du Groupe de travail sur les populations autochtones.
o Associations de promotion culturelle Nord-Sud.
o Syndicats.
o Eglises et organisations missionnaires.
o Organisations défendant les intérêts de l’économie privée : economiesuisse, par exemple, s’intéresse
régulièrement à des dossiers de politique extérieure.
a
La contribution de Peter Niggli et d’André Rothenbühler à ce dossier comprend un encadré qui présente les activités de la Commu-
nauté de travail.
Sources : Catherine Schümperli Younossian et Gérard Perroulaz (iuéd) ; Mandat International ; CINFO (Bienne).
o Regroupements formels, tels que la Communauté de travail des œuvres d’entraide, Kontaktstelle
Umwelt ou la Fondation éducation et développement. Ce sont des collectifs d’associations, des fédé-
rations d’ONG (par exemple fédération sur le plan international de branches nationales), des ins-
tances de coordination.
o Regroupements régionaux, soit les fédérations cantonales d’ONG de développement qui existent
dans la plupart des cantons romands, la plus grande étant la Fédération genevoise de coopérationa.
o Plates-formes géographiques permettant de regrouper les organisations actives dans un pays parti-
culier ou dans une région (Haïti, Colombie, Brésil, Pérou…).
o Regroupements thématiques, comme par exemple la Coordination Suisse-OMC ou la Maison de l’en-
vironnement à Genève.
o Regroupements informels.
o Alliances stratégiques ponctuelles, notamment lors du lancement d’une initiative ou de l’organisa-
tion d’un référendum.
o Particulier à Genève : facilitateurs et accueil de délégués non gouvernementaux lors de conférences
internationales (par exemple CADONG – Mandat International).
a
Voir l’article de Daniel Fino dans ce dossier.
Sources : Catherine Schümperli Younossian et Gérard Perroulaz (iuéd) ; Mandat International ; CINFO (Bienne).
Forces des ONG dans la coopération et leur rôle dans la politique extérieure
Les ONG du Nord travaillent avec des ONG partenaires au Sud et sont proches
des populations bénéficiaires. Ces ONG seraient donc particulièrement bien pla-
cées pour participer aux programmes de lutte contre la pauvreté. La loi sur la
coopération de 1976 indique que l’aide doit être destinée en priorité aux pays,
populations et régions les plus pauvres, ce qui légitime le soutien financier de la
Direction du développement et de la coopération (DDC) à des programmes
13
gérés par des œuvres d’entraide. Notons aussi le professionnalisme et les réus-
sites incontestables de nombreux programmes menés au Sud par les ONG. Si
certaines ONG ont de la peine à dépasser un niveau très local (ou souhaitent
volontairement être efficaces localement), d’autres grandes ONG peuvent tou-
cher des dizaines de milliers de personnes avec leurs programmes dans les
domaines de la santé, de l’éducation et du développement rural.
La souplesse et la rapidité d’action qui caractérisent les ONG en font, selon
beaucoup, des instruments plus efficaces dans la lutte contre la pauvreté que les
gouvernements et les « grands machins », les grandes institutions multilatérales,
susceptibles d’être freinés par des lourdeurs bureaucratiques. En outre, les
petites ONG montrent une capacité à mobiliser la population pour des actions
rapides lorsqu’une crise éclate dans un pays donné. L’exemple de la Roumanie
illustre bien comment, au début des années 1990, une multitude d’ONG ont été
créées dans un temps record et beaucoup d’initiatives prises en Suisse pour
récolter de l’argent et acheminer l’aide à des communautés en Roumanie, alors
que seules quelques grandes ONG traditionnelles ont rapidement mis sur pied
des actions dans ce pays. Les crises humanitaires entraînent la présence rapide
de beaucoup (de trop ?) d’acteurs non gouvernementaux qui peuvent être com-
plémentaires aux agences gouvernementales, au CICR et aux organisations
internationales. Historiquement, les ONG ont été considérées comme plus effi-
caces que les agences gouvernementales et les organisations internationales et
moins sujettes à soutenir des « éléphants blancs ».
Les ONG sont très efficaces pour réunir des dons auprès des populations du
Nord. Les grandes ONG traditionnelles bénéficient d’une base de membres et
de donateurs avec en outre, pour les ONG confessionnelles, un ancrage dans les
Eglises. De même, les ONG ont la capacité de mobiliser des forces bénévoles au
Nord et des volontaires pour le soutien de projets dans les pays du Sud.
Ce travail de proximité et de mobilisation, ce maintien des dons reposent en
grande partie sur la confiance accordée par les membres d’une ONG, par les
sympathisants et les donateurs. Les ONG bénéficient en général d’un grand
prestige auprès du public. Dès les années 1970, elles ont réussi à être considé-
rées comme des porteuses d’espoir, face aux drames humains lors de catas-
trophes naturelles ou de conflits et face aux inégalités criantes. A l’écart des
lourdeurs bureaucratiques des gouvernements et des lois impitoyables du mar-
ché qui laisse de côté tous ceux qui n’ont pas de « pouvoir d’achat », elles ont
représenté une sorte de « troisième voie ».
Les ONG du Nord s’avèrent aussi de précieuses alliées des agences de coopéra-
tion pour sensibiliser la population à la nécessité de la solidarité Nord-Sud; elles
mobilisent une partie de l’opinion publique en faveur de l’aide au développement
et servent de canaux d’information sur les projets réalisés dans les pays en déve-
loppement et sur l’apport de la coopération aux personnes bénéficiaires. Ce rôle
de sensibilisation des populations du Nord aux questions de développement et aux
problèmes économiques et sociaux dans les pays en développement est très grand.
Advocacy. La possibilité qu’ont les ONG de travailler en réseau sur le plan
international et ainsi de se mobiliser en faveur de certaines causes a considéra-
blement renforcé le poids de leurs campagnes, en créant une sorte d’« opinion
publique mondiale ». Citons les campagnes contre les mines antipersonnel, pour
l’accès aux médicaments dans les pays en développement, contre certaines pra-
14
tiques d’entreprises transnationales, pour l’allègement de la dette, pour les
populations autochtones, pour les droits de l’homme et pour les droits des
enfants. Les milieux anti-OMC et les mouvements altermondialistes ont aussi
largement exploité les moyens offerts par les nouvelles technologies de la com-
munication, telles qu’Internet et la messagerie électronique. Ce travail d’advo-
cacy, existant déjà pour quelques organisations comme la Déclaration de Berne
et la Communauté de travail, s’est élargi grâce à de nouveaux acteurs (ATTAC
et l’endettement des pays pauvres, OXFAM et le commerce international…).
Dans certains domaines, comme le lobby antiguerre ou les négociations com-
merciales internationales, les ONG suisses ont joué un rôle important de contre-
pouvoir ; elles ont ainsi dénoncé notamment les exportations d’armes, l’aide liée
(crédits mixtes), la promotion de certaines exportations couvertes par la GRE, le
non-respect des droits humains ainsi que certaines activités des multinationales,
et œuvré en faveur du commerce équitable, du développement durable et de
l’éducation au développement.
La politique de concordance en Suisse, la recherche de compromis, le long pro-
cessus d’élaboration d’une loi (avec les procédures de consultation, les discus-
sions préparlementaires dans les commissions des Chambres fédérales puis les
discussions au Parlement), la menace de référendum pour porter certains sujets
controversés devant le peuple sont autant de facteurs qui permettent aux ONG
de faire valoir leur point de vue sur certaines décisions à prendre. Quelques
ONG se sont ainsi nettement engagées dans une participation au processus de
prise de décision politique. Les ONG internationales présentes à Genève font un
travail semblable en participant aux travaux des conférences internationales.
Les ONG sont devenues, particulièrement dès le début des années 1990, des
interlocuteurs sérieux et des partenaires de certains gouvernements du Nord lors
des grandes conférences internationales sur le développement social et sur le
développement durable. Certaines d’entre elles ont développé une grande apti-
tude à fournir des expertises, des rapports et des analyses, ce qui a considérable-
ment renforcé leur crédibilité. En Suisse, la reconnaissance du travail des ONG
sur le terrain et de leur expertise dans certains domaines a permis aux ONG de
devenir un interlocuteur privilégié de la DDC et d’autres offices de l’adminis-
tration fédérale ; les ONG s’expriment lors de procédures de consultation et cer-
taines sont régulièrement consultées par la DDC, le Secrétariat d’Etat à l’écono-
mie (seco) et l’Office fédéral des forêts, de l’environnement et du paysage
(OFEFP). La qualité du travail d’organisations comme Médecins sans frontières
et la Déclaration de Berne dans le domaine de l’accès aux médicaments en fait
des interlocuteurs sérieux. On peut évoquer aussi l’expertise d’ONG dans le
domaine du commerce équitable, avec par exemple la campagne Clean Clothes,
qui permet à ces ONG d’être écoutées à la fois par l’administration fédérale et
les entreprises privées.
Les ONG sont devenues un élément important de la gouvernance mondiale, qui
n’est plus du seul ressort des gouvernements. D’autres acteurs – société civile,
secteur privé, parlementaires – ont un rôle à jouer pour résoudre les problèmes
globaux. Les grandes conférences mondiales des années 1990 ont permis de
traiter des questions cruciales qui nécessitent une action concertée sur le plan
international. Les médias et les ONG ont sans doute largement contribué à sen-
sibiliser l’opinion publique aux enjeux en question.
15
La société civile est un acteur important du débat démocratique. Aujourd’hui, la
démocratie ne se résume plus, pour les citoyens, à l’élection de parlementaires
qui adopteront les lois ; on parle de plus en plus de la démocratie participative,
qui permet d’intervenir dans le débat politique. Cette intervention inclut les
pressions directes des ONG sur les détenteurs du pouvoir et le lobbying auprès
de parlementaires lors de discussions au Parlement sur des thèmes qui touchent
la politique de développement. Quand les ONG dénoncent publiquement le
manque de cohérence des politiques du gouvernement à l’égard des pays en
développement, le Conseil fédéral et l’administration publique peuvent être mis
sous pression et doivent quelquefois se distancer des positions des ONG ou
répondre aux critiques. L’administration publique reconnaît toutefois souvent le
rôle important des ONG pour relever l’importance de la coopération au dévelop-
pement et pour mieux prendre en compte les différents aspects de la politique
extérieure qui ont des incidences sur les pays en développement (protection-
nisme des pays du Nord, développement durable).
Dans ce domaine du lobbying politique, certains succès sont indéniables en
Suisse. On peut citer les aspects suivants, non exhaustifs :
o historiquement, dans les années 1960 et 1970, les débats et les revendications
de certaines ONG sur le « maldéveloppement Suisse-monde » ont apporté une
contribution non négligeable au processus d’élaboration de la base légale
pour la coopération au développement, la loi sur la coopération, adoptée en
1976. Ainsi, certaines organisations non gouvernementales, à l’instar de la
Déclaration de Berne, dont le texte fondateur a été rendu public en 1968, et
de la Communauté de travail des œuvres d’entraide, créée en 1971, ont eu un
rôle précurseur dans la coopération suisse lorsqu’elles ont lancé des cam-
pagnes dénonçant des incohérences dans la politique extérieure de la Suisse
vis-à-vis des pays en développement et qu’elles sont aussi intervenues de
diverses manières en faveur d’une politique extérieure plus ouverte au Sud.
Pour beaucoup de mouvements de solidarité avec le « tiers-monde », il s’agis-
sait d’affirmer qu’il ne suffisait pas d’augmenter l’aide en « donnant plus »,
mais qu’il fallait aussi « prendre moins » ;
o autre succès remporté par les ONG, la pétition sur le désendettement, avec
250’000 signatures récoltées en 1990, a débouché sur l’adoption par le Parle-
ment du crédit-cadre de 700 millions destiné à des mesures de désendette-
ment et de protection de l’environnement. Les ONG ont été étroitement asso-
ciées à la gestion des fonds de contre-partie, les pays bénéficiant de remises
de dettes s’engageant à déployer des ressources financières pour des projets
de développement ;
o des campagnes internationales ont permis d’avancer rapidement dans le
domaine de la lutte contre les mines antipersonnel.
Mentionnons encore les domaines dans lesquels les ONG de développement
mènent des activités de lobbying :
o politique économique, relations économiques et politiques des droits
humains : exportations d’armes, relations économiques et de coopération éco-
nomique de la Suisse avec certains pays (Maroc, Chine, Afrique du Sud et
mouvement anti-apartheid), octroi de la Garantie contre les risques à l’expor-
tation pour certains grands projets contestables du point de vue de la poli-
tique du développement et de l’environnement (grands barrages) ;
16
o place financière suisse et fuites de capitaux ; endettement international ;
o activités des firmes transnationales par rapport à la politique de développe-
ment et à la politique des droits humains. Certaines campagnes de dénoncia-
tion de pratiques d’entreprises ont modifié le comportement des entreprises
qu’elles visaient, comme la campagne contre les substituts au lait maternel de
Nestlé ou celle exigeant le retrait de Triumph de Birmanie ;
o politique d’asile ;
o développement durable ;
o sensibilisation et éducation au développement, valorisation des cultures du
Sud ;
o promotion des droits de l’homme ;
o lobbying, au niveau fédéral mais aussi dans certains cantons, en faveur d’une
augmentation de l’aide publique au développement et contre les coupures
budgétaires dans ce domaine lors des discussions sur les budgets annuels de
coopération.
11
Dans ce dossier, Yanik Marguerat relève l’importance du travail des ONG internationales autour des
conférences et organisations internationales à Genève.
17
le leader disparaît ? Beaucoup d’ONG sont menées par des directions quasiment
familiales ou avec un comité d’association quasiment « invisible », ce qui a
l’avantage d’éviter des procédures et des administrations bureaucratiques, mais
qui pose le problème de la légitimité de l’organisation et aussi des problèmes de
gouvernance. On peut aussi mentionner, pour certaines ONG, le manque de pro-
fessionnalisme de leur personnel.
Le foisonnement d’ONG renforce-t-il ou non leur « poids politique » ? La frag-
mentation peut empêcher les ONG d’avoir une masse critique suffisante pour
faire entendre leur voix. Ce problème du foisonnement se retrouve au niveau
des Nations unies : les nombreuses interventions de différentes ONG à certaines
conférences internationales (commissions des droits de l’homme par exemple)
sont-elles véritablement la manière la plus efficace pour des ONG de faire
entendre leur voix, ou faut-il favoriser des coalitions d’ONG ? Enfin, le nombre
très élevé d’associations démultiplie les tâches administratives.
18
domaines. Des recherches sur la mesure de l’efficacité relative des différents
acteurs13 restent à faire de manière scientifique et la bonne réputation des ONG
est peut-être surfaite. Certains auteurs trouvent aussi que le poids réel des cam-
pagnes d’ONG est souvent surestimé et qu’elles n’ont que le pouvoir que les
Etats veulent bien leur céder (leurs interventions humanitaires sont par exemple
utiles lorsque les Etats ne veulent pas trop « se mouiller » ou en raison de la
complémentarité des actions)14. Il manque pour l’instant des analyses sérieuses
pour évaluer l’impact réel du travail des ONG et leur poids pour influer sur les
politiques des droits humains ou les politique d’asile des pays du Nord.
o Manque de transparence
La confiance du public dans le travail des ONG doit reposer sur une transpa-
rence des activités et des comptes des associations. Les ONG ont souvent criti-
qué le manque de transparence des activités et des processus de prise de déci-
sion des agences de coopération gouvernementales ; or, ces mêmes aspects ne
sont pas toujours plus clairs au sein de certaines ONG. La transparence finan-
cière, la cohérence des actions sur le terrain, la coordination entre acteurs du
développement, la reconnaissance des erreurs passées ne devraient pas seule-
ment concerner l’aide bilatérale gouvernementale, mais aussi les acteurs non
gouvernementaux. Les bulletins d’information des nombreuses ONG parlent
surtout de succès, mais bien peu reconnaissent que l’aide au développement,
c’est aussi des échecs, des projets à réorienter, des rapports complexes entre
« donateurs » et populations bénéficiaires.
13
A ce propos, voir par exemple l’étude de Michael Edwards, David Hulme, Non-Governmental Orga-
nisations. Performance and Accountability : Beyond the Magic Bullet, London, Earthscan Publica-
tions & Save the Children, 1998, 260 p.
14
Voir par exemple Samy Cohen, « Les ONG ont déminé la moitié du terrain », Alternatives internatio-
nales, nº 6, janvier 2003, ou Sylvie Brunel, « L’humanitaire, nouvel acteur des relations internatio-
nales », La Revue internationale et stratégique, nº 41, printemps 2001.
19
Le discours sur la coopération évoque le nombre croissant de « partenariats avec
des institutions du Sud », le « soutien des initiatives de partenaires » et la néces-
sité de « répondre aux besoins des partenaires du Sud ». Mais, comme le dit un
proverbe africain, la main qui donne est au-dessus de la main qui reçoit ; c’est
tout de même l’ONG du Nord qui a le dernier mot pour choisir de financer tel
projet plutôt que tel autre et qui souvent impose ses règles de contrôle15. Le mot
« partenariat » a-t-il un sens au-delà d’une rhétorique convenue ?
20
ments, qui tiennent leur légitimité des urnes, alors que les ONG seraient créées par
des personnes non élues, avec un staff ne devant rendre de comptes à personne
(sauf à un comité ou une assemblée générale quelquefois « fantôme »), et peuvent
avoir des procédures de prises de décision internes peu transparentes. Manque de
représentativité, manque de transparence, trop grande influence de la part de
petites minorités, prétention de détenir le monopole de la bonne conscience, cor-
poratisme, ONG du Nord parlant abusivement au nom des pauvres de la planète,
voilà des affirmations qui apparaissent régulièrement dans les médias.
Le reproche du manque de légitimité et de représentativité est au cœur du débat
public actuel sur les ONG. Certains gouvernements, du Nord comme du Sud,
voient d’un mauvais œil que des voix autres que celles des politiciens et parle-
ments s’expriment et cherchent à influencer les décisions internationales. Les
régimes dictatoriaux ne supportent tout simplement pas l’existence d’ONG.
Face à ce que les uns considèrent comme une richesse du débat démocratique,
d’autres gouvernements et politiciens prétendent être les seuls habilités à parler
au nom des citoyens, puisqu’ils ont été élus démocratiquement. Selon eux,
« ONG » n’est pas synonyme de « société » ; les ONG ne défendent pas forcé-
ment un intérêt général et représentent un segment seulement de la société, et le
terme de « société civile » reste vague (« société civile » n’est en outre pas un
synonyme d’« ONG »). Enfin, chaque conférence mondiale sur un thème donne
lieu à des conférences examinant le suivi des engagements pris (Copenhague +5
par exemple), et les gouvernements du Nord et du Sud n’apprécient pas forcé-
ment que la société civile leur reproche de ne pas avoir tenu leurs promesses.
On peut toutefois relever que les parlements et les gouvernements démocra-
tiques n’ont jamais adopté des politiques sans tenir compte non seulement des
pressions de leur électorat (il faut bien essayer de se faire réélire), mais aussi de
toute une série de lobbies qui cherchent à influencer les prises de décision poli-
tiques sur le plan national et international lors des conférences internationales :
pensons notamment au lobby puissant de l’économie privée, aux associations
professionnelles, aux milieux agricoles, aux milieux religieux, aux syndicats. Il
semble donc tout aussi légitime que d’autres segments de la société civile puis-
sent s’exprimer sur des thèmes qui les concernent (mouvements sociaux, organi-
sations de peuples autochtones, ONG d’intérêts public, organisations de bienfai-
sance, mouvements de retraités, etc.). Les problèmes mondiaux ne peuvent être
résolus uniquement par les gouvernements ; cette tâche implique l’engagement
d’autres acteurs, parlementaires, société civile et entreprises.
En bref, on peut considérer que la légitimité des ONG se construit et se renforce
sur les facteurs suivants17 :
Studies », proche des milieux conservateurs et de l’économie privée aux Etats-Unis. Les articles
publiés sur le site dénoncent par exemple la place trop importante prise par les ONG dans les organi-
sations internationales et leur influence jugée excessive dans certains gouvernements, où certaines
ONG assument des rôles quasi gouvernementaux. Selon ces articles, il existe des gouvernements et
des parlements élus démocratiquement, qui légifèrent et qui exécutent des décisions ; le lobby de la
société civile et des ONG jouent un rôle trop important et les pressions des ONG ne sont pas démo-
cratiques. En Europe, des critiques virulentes sur le manque de légitimité des ONG ont été émises par
exemple par le ministre des Affaires étrangères français, Hubert Védrine (Le Monde, 18 avril 2001), et
dans la presse lors de manifestations anti-OMC ou à l’occasion de rencontres du G8.
17
Voir notamment : Philippe Ryfman, op. cit., pp. 95-104, ainsi que la contribution de Peter Niggli et
d’André Rothenbühler à ce dossier.
21
o base reconnue, avec un nombre élevé de membres et de donateurs (ne pas
être une one-man-NGO et avoir une base de donateur ayant confiance en l’ac-
tivité de l’organisation) ;
o insertion dans une structure fédérative (fédération d’ONG de différents pays)
ou être membre d’un réseau mondial important (voir l’impact d’organisations
comme Human Rights Watch ou Amnesty International) ;
o capacité de former des coalitions, de travailler en réseau, d’avoir des relais et
des partenaires à l’étranger ;
o réussite des programmes menés au Sud, qualité des activités opérationnelles ;
o gestion professionnelle des projets et expertise accumulée dans certains
domaines, cette expertise qui fait des ONG, comme on l’a vu, des interlocu-
teurs reconnus ;
o capacité d’élaborer un projet puis de susciter la mobilisation citoyenne en obte-
nant un large soutien d’organisations, de groupes sociaux, de partis, de médias,
de citoyens (par des pétitions par exemple) pour faire aboutir ce projet.
22
aux organisations d’aide sociale de bienfaisance mais pas du tout aux organisa-
tions qui font un travail plus « politique » de sensibilisation aux problèmes
Nord-Sud et de lobbying sur les questions de développement et les rapports
Nord-Sud. Les organisations de promotion des droits humains et de sensibilisa-
tion au développement ne correspondent d’ailleurs pas aux critères d’admission
du label ZEWO. Ainsi, ne pas obtenir le label ZEWO ne veut pas forcément dire
que l’organisation est peu transparente ou qu’il y a détournements de fonds,
mais que les critères d’octroi du label ne correspondent pas au travail particulier
de certaines ONG, ou que certaines ONG estiment le coût administratif interne
pour répondre aux exigences du label trop élevé, ou encore que la cotisation
pour l’affiliation est trop importante. Dernièrement, les quatre Centres sociaux
protestants sont même sortis de la ZEWO, jugeant notamment le coût d’adapta-
tion au renforcement de règles de la ZEWO trop élevé20.
D’autres systèmes pour établir des normes de qualité se développent, avec par
exemple la certification ISO 9001 pour un management fondé sur la qualité, à
laquelle se sont soumises dès 1998 certaines ONG comme Caritas Suisse,
Medair, Réalise ou Terre des Hommes Lausanne21. La Société Générale de Sur-
veillance (SGS) a pour sa part mis sur pied des critères de contrôle des organisa-
tions non gouvernementales, et l’une des premières organisations à obtenir cette
certification adaptée de l’ISO 9000 a été Swisscontact en novembre 2003. Sont
certifiés les structures internes, le déroulement et les mécanismes de contrôle, et
non pas les projets particuliers. Pour Swisscontact, la certification est impor-
tante dans un contexte de stagnation des dons, pour améliorer la qualité du tra-
vail des ONG22 ; l’évaluation de Swisscontact par la SGS a été très favorable
pour l’ONG qui a obtenu la très bonne quotation « AAA », avec une note de 88
sur 100. Comme le relève l’auteure d’une étude à ce propos, plusieurs facteurs
ont poussé les ONG à se soumettre aux exigences d’une certification ISO 9001 :
o l’exigence économique, pour garantir que les ressources allouées à l’ONG
soient bien gérées et utilisées conformément aux objectifs fixés par l’ONG ;
o la recherche d’efficacité ;
20
« Les Centres sociaux protestants renoncent au label ZEWO », Le Courrier, 15 avril 2004.
21
Voir notamment : Justine Rosselet, ONG et management fondé sur la qualité : terre des hommes ou
terre des normes ?, coll. Itinéraires Etudes du développement, nº 19, Genève, iuéd, 2003, 76 p.
22
« Wie gut arbeiten Entwicklungsorganisationen ? Surveillance und Swisscontact präsentieren Rating-
System », Neue Zürcher Zeitung, 13 novembre 2003.
23
Justine Rosselet, op. cit., pp. 43-49.
23
Conclusion
Face aux remises en question actuelles du rôle des ONG dans la société civile, il
est important que les ONG puissent montrer au public ce que signifie leur tra-
vail et l’informer sur les réalisations concrètes sur le terrain. Des milliers de
projets de soutien auprès de communautés locales, un soutien à la société civile
du Sud, des dizaines de millions de pauvres qui peuvent bénéficier d’une aide
dans les domaines de la santé, de l’éducation ou de l’accès à l’eau potable, des
actions de reforestation ou de lutte contre la désertification et l’érosion, des cen-
taines de jeunes qui s’engagent dans la solidarité internationale, voilà autant
d’initiatives porteuses d’espoir pour le monde qui illustrent le rôle important des
ONG dans l’agroforesterie, l’éducation de base, la santé et le renforcement des
capacités locales.
Dans les sociétés occidentales, les ONG remplissent aussi un rôle social absolu-
ment fondamental en tant que courroie de transmission de valeurs de solidarité,
de lutte contre les injustices et les inégalités. L’action des ONG est sans doute
une composante essentielle de ce que l’on appelle la société civile et un élément
important des mouvements sociaux, aux côtés des mouvements syndicaux, des
mouvements féministes et de ceux qui luttent contre les discriminations et
contre la pauvreté. La vivacité et le dynamisme du monde des ONG permettent
aussi de rêver qu’un « autre monde est possible ». Les actions menées au Nord
pour informer le public sur le problème persistant de la pauvreté, pour dénoncer
le manque de cohérence des politiques des pays du Nord à l’égard du Sud, pour
montrer aussi le soutien que l’on peut apporter aux populations pauvres par des
projets concrets constituent autant de domaines où les ONG ont un rôle impor-
tant à jouer, complémentaire au rôle d’information des médias, complémentaire
aussi à l’action des gouvernements et des grandes agences multilatérales.
SOURCES
Ouvrages et études
Comeliau Christian, L’émergence internationale des organisations non gouvernementales, coll. Itiné-
raires notes et travaux, nº 68, Genève, iuéd, 2003, 25 p.
Deler J.-P., Fauré Y.-A., Piveteau A., Roca P.-J., ONG et développement. Société, économie, politique,
coll. Hommes et Sociétés, Paris, Karthala, 1998, 684 p.
Freymond Jean-F., Boyer Brook, Les organisations non gouvernementales et la politique extérieure de la
Suisse. Rapport de synthèse, Genève, CASIN (Centre d’études pratiques de la négociation internatio-
nale), 1998, 22 p.
Organisation des Nations unies, Rapport du Groupe de personnalités éminentes sur les relations entre
l’Organisation des Nations unies et la société civile, 58e session de l’Assemblée générale de l’ONU,
Renforcement du système des Nations unies, doc. A/58/817, <[Link]/reform/[Link]>.
Ryfman Philippe, Les ONG, coll. Repères, Paris, La Découverte, 2004, 124 p.
Article
Niggli Peter, Rothenbühler André, « ONG et gouvernance mondiale. Une légitimité contestée », article
paraissant dans le présent dossier.
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