Manon Lescaut, explications
La rencontre à Amiens :
J’avais marqué le temps de mon départ d’Amiens. Hélas ! que ne le marquai-je un jour plus tôt !
j’aurais porté chez mon père toute mon innocence. La veille même de celui que je devais quitter
cette ville, étant à me promener avec mon ami, qui s’appelait Tiberge, nous vîmes arriver le coche
d’Arras, et nous le suivîmes jusqu’à l’hôtellerie où ces voitures descendent. Nous n’avions pas
d’autre motif que la curiosité.
Le narrateur intervient en commentant ses actions passées. L’interjection «Hélas!» témoigne de son
jugement rétrospectif marqué par le regret. La phrase négative et exclamative qui suit explicite la
raison du remords: le choix du jour du départ d’Amiens. Avant le récit même de l’événement, le
narrateur procède ainsi à une dramatisation qui vise à susciter l’intérêt de ses auditeurs et à
souligner l’importance de cet épisode. L’emploi du conditionnel passé («j’aurais porté»), traduisant
l’irréel du passé, souligne le caractère irréversible des conséquences associées à la perte de
l’«innocence». Un tel jugement rétrospectif du «je narrant» met en évidence les changements
profonds qui ont affecté le personnage depuis cette date. Mais ce n’est qu’avec la connaissance des
événements qui ne sont pas encore advenus que le narrateur peut juger du caractère funeste du choix
du jour de son départ. Des Grieux narrateur montre ainsi qu’il n’était pas en son pouvoir d’échapper
à cette rencontre qu’il présente comme une œuvre du destin.
Le récit débute véritablement avec l’emploi du passé simple («nous vîmes», «nous le suivîmes»).
Des Grieux pose alors un cadre spatio-temporel précis («Amiens», «La veille», «cette ville»,
«Arras») qui donne un ancrage géographique et chronologique. L’évocation de détails («le coche»
et «l’hôtellerie») et le présent de vérité générale («où ces voitures descendent») renvoient à la vie
quotidienne d’une ville de province et contribuent à l’effet de réel.
La vue de l’arrivée du coche constitue une action de premier plan relatée au passé simple alors que
le participe présent fait de la promenade de Des Grieux et de Tiberge une action de second plan qui
est ainsi interrompue. Ils modifient leur trajet, comme l’indique le verbe de mouvement «nous le
suivîmes». Cette mise en relief d’un événement en apparence anecdotique («pas d’autre motif que
la curiosité») annonce qu’il s’agit d’un élément perturbateur
Il en sortit quelques femmes qui se retirèrent aussitôt. Mais il en resta une, fort jeune, qui s’arrêta
seule dans la cour, pendant qu’un homme d’un âge avancé, qui paraissait lui servir de conducteur,
s’empressait pour faire tirer son équipage des paniers. Elle me parut si charmante, que moi, qui
n’avais jamais pensé à la différence des sexes, ni regardé une fille avec un peu d’attention ; moi,
dis-je, dont tout le monde admirait la sagesse et la retenue, je me trouvai enflammé tout d’un coup
jusqu’au transport. J’avais le défaut d’être excessivement timide et facile à déconcerter ; mais, loin
d’être arrêté alors par cette faiblesse, je m’avançai vers la maîtresse de mon cœur.
Le récit de Des Grieux traduit l’agitation qui règne. Les verbes au passé simple «Il en sortit», «se
retirèrent» signalent l’apparition des femmes et leur disparition presque immédiate. L’adverbe
«aussitôt» renforce cet effet. Par ailleurs, deux actions se déroulent en même temps, comme le
montre la proposition conjonctive circonstancielle de temps introduite par «pendant que» et dont le
verbe «s’empressait» renvoie à une action effectuée avec rapidité. En effet, le conducteur est animé
par un mouvement vif tandis que Manon «s’arrêta». Ce contraste met en valeur l’immobilité de la
jeune fille qui se distingue ainsi au milieu de l’effervescence. C’est alors Des Grieux qui agit avec
un mouvement dont la spontanéité est rendue par les verbes «loin d’être arrêté» et «je m’avançai ».
Si Manon se trouve avec les autres femmes, elle ne se confond pas avec elles. Les antithèses
«quelques»/«une» et «se retirèrent»/«s’arrêta» soulignent sa singularité. Des Grieux ne s’attarde pas
sur sa silhouette ni sur les traits de son physique. L’impression qu’elle suscite semble effacer les
détails factuels si bien que le narrateur préfère des adjectifs peu précis qu’il renforce par des
adverbes d’intensité: «fort jeune», «si charmante». La périphrase «maîtresse de mon cœur», qui
désigne Manon, achève de la placer sur un piédestal.
Pour souligner le ravissement dont il est l’objet, Des Grieux prend soin de mettre en évidence avec
insistance son innocence et sa tempérance, comme le prouvent les négations («qui n’avais jamais
pensé à la différence des sexes, ni regardé une fille avec un peu d’attention»), l’incise («moi, dis-
je») et les tournures hyperboliques («tout le monde admirait la sagesse et la retenue»,
«excessivement timide»). La rencontre produit un véritable bouleversement dans la mesure où elle
lui révèle la violence de la passion. Les deux phrases «je me trouvai […] transport» et «je
m’avançai […] de mon cœur» suivent une cadence mineure qui met en relief les dernières
propositions, traduisant une attraction irrésistible. Les termes «enflammé», «transport» et
«maîtresse de mon cœur» sont empruntés au lexique de la tragédie et suggèrent que Des Grieux est
dépossédé de lui-même
Quoiqu’elle fût encore moins âgée que moi, elle reçut mes politesses sans paraître embarrassée. Je
lui demandai ce qui l’amenait à Amiens, et si elle y avait quelques personnes de connaissance. Elle
me répondit ingénument qu’elle y était envoyée par ses parents pour être religieuse. L’amour me
rendait déjà si éclairé depuis un moment qu’il était dans mon cœur, que je regardai ce dessein
comme un coup mortel pour mes désirs. Je lui parlai d’une manière qui lui fit comprendre mes
sentiments ; car elle était bien plus expérimentée que moi : c’était malgré elle qu’on l’envoyait au
couvent, pour arrêter sans doute son penchant au plaisir, qui s’était déjà déclaré, et qui a causé dans
la suite tous ses malheurs et les miens.
Après avoir été fasciné à la vue de Manon et après avoir opéré un rapprochement physique, Des
Grieux entame un dialogue avec Manon. Les paroles échangées sont rapportées selon trois
manières. Le narrateur a tout d’abord recours au discours indirect, en consacrant une phrase à sa
question («Je lui demandai ce qui») et une autre à la réponse de Manon («Elle me répondit […]
qu’elle»), ce qui donne un effet de rapidité. Par la suite, il emploie le discours narrativisé («Je lui
parlai d’une manière qui lui fit comprendre mes sentiments»), qui permet de ne garder que la teneur
du propos. La réponse de Manon est alors rapportée au discours indirect libre («c’était malgré elle
qu’on l’envoyait») dans une proposition juxtaposée qui donne l’impression d’un flot de paroles
continu. Par le biais des paroles rapportées, Des Grieux informe ses auditeurs de la raison qui
amène Manon au couvent, à savoir «son penchant au plaisir, qui s’était déjà déclaré». L’expérience
qu’elle a acquise est soulignée par le biais d’une comparaison («bien plus expérimentée que moi»).
La proposition circonstancielle de concession introduite par «Quoiqu’elle fût encore moins âgée que
moi» met en place un paradoxe renvoyant à son comportement («sans paraître embarrassée») qui ne
peut s’expliquer que par la précocité de Manon. Pour autant, si Des Grieux justifie ainsi l’aisance de
Manon, il prend soin de souligner son absence de malice, comme en témoigne l’adverbe
«ingénument». Toutefois, le lecteur peut mettre en doute la perception de Des Grieux ou y voir tout
du moins un effet d’idéalisation rétrospectif, quand bien même le narrateur veut donner des gages
de sincérité en ne passant pas sous silence l’expérience de Manon qu’il a pu constater d’emblée.
Manon est sous la domination d’une autorité familiale («elle y était envoyée par ses parents»). La
construction passive renforce sa soumission et son impuissance. Plus loin, la construction «on
l’envoyait» qui la place en position de COD redouble cet effet et ce d’autant plus que le pronom
indéfini «on» paraît renvoyer à un groupe plus large que sa famille: c’est l’ensemble de la société
qui impose ce choix de la réclusion religieuse. La volonté de Manon est contraire à cette décision:
«c’était malgré elle». Cet obstacle qui conduit à la séparation des jeunes gens est envisagé par Des
Grieux «comme un coup mortel pour mes désirs». Cette dramatisation pathétique et héroïque traduit
la violence de l’amour qui s’empare de lui et laisse présager une transgression pour faire opposition
à ce projet. Seul contre tous, Des Grieux est contraint d’agir. La fatalité est en marche.
La liberté de Des Grieux semble restreinte par sa passion pour Manon. Il va ainsi inéluctablement
vers son but sans pouvoir tempérer ses «désirs». Par une prolepse, le narrateur confirme la
dimension tragique de cette rencontre («dans la suite tous ses malheurs et les miens»), suscitant
ainsi l’empathie et la curiosité de ses auditeurs (et des lecteurs) qui attendent des péripéties
nombreuses, comme le suggèrent les pluriels employés .
Explication linéaire 2: Les retrouvailles à Saint-Sulpice (p. 50, l. 879-899)
Comment le récit de cette scène de retrouvailles est-il dramatisé ?
Elle s'assit. Je demeurai debout, le corps à demi tourné, n'osant l'envisager directement. Je commençai
plusieurs fois une réponse, que je n'eus pas la force d'achever. Enfin, je fis un effort pour m'écrier
douloureusement : Perfide Manon ! Ah ! perfide ! perfide !
I. Lignes 879-882 (du début à «perfide!»): Du silence aux reproches
Elle s'assit. Je demeurai debout, le corps à demi tourné, n'osant l'envisager directement.
a. l’isolement de chaque personnage est mis en évidence par deux phrases indépendantes
qui présentent Manon et Des Grieux dans des attitudes figées. Les pronoms «Elle» et «Je»
qui ouvrent ces phrases contribuent à isoler les personnages. Les verbes renvoient à une
action achevée («s’assit») ou à un état immobile («demeurai debout»). La scène décrite
présente une dimension picturale («le corps à demi tourné») qui vise l’effet pathétique. La
douleur est tout autant celle de Des Grieux personnage que celle du narrateur qui reconstruit
cette scène a posteriori. L’attitude d’évitement, soulignée par le participe présent («n’osant
l’envisager directement»), permet à Des Grieux de mettre en évidence sa sidération. De plus,
le regard de Manon apparaît comme possiblement dangereux, tel celui d’une gorgone.
Je commençai plusieurs fois une réponse, que je n'eus pas la force d'achever.
b. Des Grieux peine à trouver les mots. Des Grieux est presque contraint au silence, malgré
ses efforts, mis en évidence par l’inachèvement de sa réponse: «Je commençai plusieurs fois
une réponse». La locution adverbiale temporelle «plusieurs fois» suggère des tentatives qui
ne sont pas nombrables. La difficulté est telle qu’elle se traduit par une souffrance d’ordre
physique: il est presque exsangue («je n’eus pas la force d’achever»).
Enfin, je fis un effort pour m'écrier douloureusement : Perfide Manon ! Ah ! perfide ! perfide !
c. À quoi tient la force des paroles prononcées par Des Grieux?
La pétrification qui semblait en cours est interrompue par un sursaut, mis en relief par les
adverbes «Enfin», en ouverture, et «douloureusement», en clôture de phrase. Le verbe
introducteur de paroles «m’écrier» traduit à la fois la brutalité et l’intensité de cette voix qui
surgit. Le contraste avec le silence qui précédait est ainsi saisissant. Les paroles prononcées
par Des Grieux sont des apostrophes redoublées («Perfide Manon!», «perfide! perfide!»)
scandées par une interjection («Ah!») qui accentue la force exclamative du propos. Des
Grieux narrateur reconstitue ainsi sa vive réaction dans un but aussi bien pathétique
(émouvoir ses auditeurs) que moral (se disculper). Il fait ainsi porter toute la responsabilité à
Manon, l’accusation de perfidie renvoyant à un vice intrinsèque alors que celle de traîtrise
n’aurait porté que sur l’acte ponctuel accompli.
II. L'échange passionné
Elle me répéta, en pleurant à chaudes larmes, qu'elle ne prétendait point justifier sa perfidie. Que
prétendez-vous donc ? m'écriai-je encore. Je prétends mourir, répondit-elle, si vous ne me rendez votre
cœur, sans lequel il est impossible que je vive. Demande donc ma vie, infidèle ! repris-je en versant moi-
même des pleurs, que je m'efforçai en vain de retenir. Demande ma vie, qui est l'unique chose qui me
reste à te sacrifier ; car mon cœur n'a jamais cessé d'être à toi.
a. la colère de Des Grieux se trouve-t-elle renforcée par un sentiment d’incompréhension?
Elle me répéta, en pleurant à chaudes larmes, qu'elle ne prétendait point justifier sa perfidie. Que
prétendez-vous donc ? m'écriai-je encore. Les exclamations de Des Grieux appellent une réponse de
Manon mais celle-ci ne parvient pas à apaiser la colère du chevalier, comme le montre la question
rhétorique «Que prétendez-vous donc?». Cette interrogation traduit son incompréhension qui semble
redoubler sa colère, comme le montre le verbe «s’écrier», déjà employé. En effet, Manon répond par une
tournure négative: «elle ne prétendait point justifier». (DIL)Pense-t-elle que son attitude est injustifiable?
Joue-t-elle la comédie du repentir? Toujours est-il que Des Grieux ne perçoit pas les motivations qui ont
poussé Manon à venir le retrouver.
b. la colère laisse-t-elle place à l’expression de l’amour
Je prétends mourir, répondit-elle, si vous ne me rendez votre cœur, sans lequel il est impossible que je
vive. Après avoir rapporté les paroles de Manon au discours indirect libre, Des Grieux fait entendre sa
voix («répondit-elle»). Le recours au discours direct accélère le rythme de l’échange tout en donnant plus
d’intensité aux propos de Manon par lesquels elle proclame son amour. C’est elle qui, par la proposition
subordonnée circonstancielle à valeur hypothétique «si vous ne me rendez votre cœur», introduit la
thématique amoureuse. Demande donc ma vie, infidèle ! repris-je en versant moi-même des pleurs, que
je m'efforçai en vain de retenir. Demande ma vie, qui est l'unique chose qui me reste à te sacrifier ; car
mon cœur n'a jamais cessé d'être à toi. La colère de Des Grieux, initialement motivée par l’épisode avec
M. de B…, trouve alors une autre cause: Manon a douté de ses sentiments. De ce fait, l’exclamation
«Demande donc ma vie, infidèle!» traduit dans sa formulation paradoxale cette confusion de la colère et
de l’amour : tout en continuant d’exprimer son ressentiment, il lui jure sa fidélité. Par la suite, l’amour
finit par l’emporter, comme le montre l’élan créé par la reprise anaphorique de «demande ma vie» et par
la négation «mon cœur n’a jamais cessé d’être à toi». En reprenant le mot «cœur» employé par Manon et
en liant le déterminant possessif «mon» et le pronom «toi», il rend possible les retrouvailles.
c. Ce brutal changement est accompagné d’effusions pathétiques. Le motif des larmes («chaudes
larmes»; «versant moi-même des pleurs») donne à la douleur une force visuelle et permet
également la réunion des amants dans une même attitude. Cette souffrance partagée constitue
ainsi un prélude aux embrassades à venir. Les propos participent également à la dramatisation de
la scène: les hyperboles («impossible», «en vain», «l’unique chose»), les impératifs («Demande
donc ma vie», «demande ma vie») et le verbe «sacrifier» contribuent à donner à cet amour une
dimension fatale: rien ne pourrait l’empêcher, faudrait-il en mourir. On perçoit également que cet
échange, tel qu’il est rapporté, relève d’une certaine mise en scène de la part de Des Grieux
narrateur: en insérant la proposition incise «répondit-elle» après le verbe «mourir», il suspend la
parole de Manon avec un effet mélodramatique.
III. Lignes 889-893: Les caresses de Manon
A peine eus-je achevé ces derniers mots, qu'elle se leva avec transport pour venir m'embrasser.
Elle m'accabla de mille caresses passionnées. Elle m'appela par tous les noms que l'amour
invente pour exprimer ses plus vives tendresses. Je n'y répondais encore qu'avec langueur.
a. A peine eus-je achevé ces derniers mots, qu'elle se leva avec transport pour venir
m'[Link] pouvait craindre que Des Grieux ne la rejette mais ce n’est pas le cas.
Elle prend alors alors l’initiative du rapprochement. Non seulement Des Grieux a éteint
toute forme de colère mais il exprime un amour inconditionnel. Il n’en faut pas plus à
Manon pour achever de réduire la distance physique. La concomitance des actions est mise
en évidence par le système corrélatif («À peine […] que»). L’effet de surprise est accentué
par la vigueur de Manon mise en évidence par le complément circonstanciel de manière
«avec transport». Le récit de Des Grieux donne ainsi une dimension toute théâtrale à ce
rapprochement.
b. Elle m'appela par tous les noms que l'amour invente pour exprimer ses plus vives tendresses.
Je n'y répondais encore qu'avec langueur. Les actions de Manon et de Des Grieux diffèrent.
Manon est à l’origine de toutes les actions. Elle est le sujet de verbes conjugués au passé
simple («elle se leva», «Elle m’accabla», «Elle m’appela») tandis que Des Grieux est le
complément d’objet et semble réduit à une forme de passivité. Les hyperboles «mille
caresses passionnées», «tous les noms que l’amour invente» et «ses plus vives tendresses»
accentuent la sensualité de l’étreinte: Manon déploie tous ses charmes. Mais cet assaut de
Manon est proprement scandaleux dans la mesure où Des Grieux porte l’habit
ecclésiastique. Afin d’atténuer sa faute aux yeux de ses auditeurs, il prend soin de
mentionner, dans une phrase brève qui contraste avec les phrases évoquant Manon, sa
«langueur». L’emploi de l’imparfait («Je n’y répondais») crée une mise à distance de
l’action et la négation restrictive participe d’un discours qui vise à la justification des
actions: Des Grieux se construit l’image d’un homme qui ne cède pas facilement alors même
qu’il avait offert sa vie à Manon quelques instants auparavant.
IV. Lignes 894-899: L’analyse de Des Grieux
Quel passage, en effet, de la situation tranquille où j'avais été, aux mouvements tumultueux que je
sentais renaître ! J'en étais épouvanté. Je frémissais, comme il arrive lorsqu'on se trouve la nuit dans une
campagne écartée : on se croit transporté dans un nouvel ordre de choses ; on y est saisi d'une horreur
secrète, dont on ne se remet qu'après avoir considéré longtemps tous les environs.
a. Quel passage, en effet, de la situation tranquille où j'avais été, aux mouvements tumultueux
que je sentais renaître ! ces lignes sont le fruit du regard rétrospectif du narrateur? Le récit
cède la place à l’analyse marquée par l’emploi du plus-que-parfait («j’avais été») et de
l’imparfait («je sentais»). Si la modalité exclamative permet à Des Grieux d’exprimer
l’étonnement qui fut le sien sur le moment, en opposant ce qu’il nomme une «situation
tranquille» et des «mouvements tumultueux», il offre une mise en perspective de deux
moments de son passé observés avec le recul qui est à présent le sien. Il pointe ainsi sa
propre candeur.
[Link] Grieux exploite des clichés romanesques afin de souligner toute l’intensité de la
situation. La comparaison et le présent de vérité générale («comme il arrive») rattachent son
expérience à celle de héros dignes de récits romanesques. C’est une esthétique du
cauchemar, bien loin de la vie réglée de Saint-Sulpice, qui est développée: absence de
repères («nuit», «campagne», «tous les environs»), lexique de l’angoisse («épouvanté»,
«frémissais», «horreur secrète»). On sent ici poindre une veine que les romanciers gothiques
exploreront dès la seconde moitié du xviiie siècle. Par le biais de cette analogie, ce sont tous
les tourments engendrés par le retour de Manon, véritable «nouvel ordre de choses» pour lui,
que Des Grieux exprime de manière très romanesque .
Explication linéaire 3 : la mort de Manon p. 198 l. 2178-2020
Je demeurai plus de vingt-quatre heures la bouche attachée sur le visage et sur les mains de ma
chère Manon. Mon dessein était d'y mourir; mais je fis réflexion, au commencement du second jour,
que son corps serait exposé, après mon trépas, à devenir la pâture des bêtes sauvages. Je formai la
résolution de l'enterrer et d'attendre la mort sur sa fosse. J'étais déjà si proche de ma fin, par
l'affaiblissement que le jeûne et la douleur m'avaient causé, que j'eus besoin de quantité d'efforts
pour me tenir debout. Je fus obligé de recourir aux liqueurs que j'avais apportées. Elles me rendirent
autant de force qu'il en fallait pour le triste office que j'allais exécuter. Il ne m'était pas difficile
d'ouvrir la terre, dans le lieu où je me trouvais. C'était une campagne couverte de sable. Je rompis
mon épée, pour m'en servir à creuser, mais j'en tirai moins de secours que de mes mains. J'ouvris
une large fosse. J'y plaçai l'idole de mon coeur, après avoir pris le soin de l'envelopper de tous mes
habits, pour empêcher le sable de la toucher. Je ne la mis dans cet état qu'après l'avoir embrassée
mille fois, avec toute l'ardeur du plus parfait amour. Je m'assis encore près d'elle. Je la considérai
longtemps. Je ne pouvais me résoudre à refermer la fosse. Enfin, mes forces recommençant à
s'affaiblir, et craignant d'en manquer tout à fait avant la fin de mon entreprise, j'ensevelis pour
toujours dans le sein de la terre ce qu'elle avait porté de plus parfait et de plus aimable. Je me
couchai ensuite sur la fosse, le visage tourné vers le sable, et fermant les yeux avec le dessein de ne
les ouvrir jamais, j'invoquai le secours du Ciel et j'attendis la mort avec impatience.
En quoi le récit de cette cérémonie mortuaire donne-t-il une image idéalisée de Manon ?
I. Lignes 2178-2183: De la prostration à l’action
Je demeurai plus de vingt-quatre heures la bouche attachée sur le visage et sur les mains de ma
chère Manon. Mon dessein était d'y mourir; mais je fis réflexion, au commencement du second jour,
que son corps serait exposé, après mon trépas, à devenir la pâture des bêtes sauvages. Je formai la
résolution de l'enterrer et d'attendre la mort sur sa fosse.
a. Des Grieux traduit son attachement pour Manon. Je demeurai plus de vingt-quatre heures
la bouche attachée sur le visage et sur les mains de ma chère Manon.
Des Grieux ne peut se résoudre à la séparation. Son attachement pour Manon se traduit par
sa proximité physique avec elle. Le verbe d’état «Je demeurai», placé en début de phrase,
traduit son immobilité, sa prostration. Le lexique du corps, renvoyant aussi bien à Des
Grieux («bouche») qu’à Manon («visage», «mains»), et le participe passé «attachée»
signalent le lien indéfectible qui unit les amants. Il offre ainsi à ses auditeurs un tableau
pathétique qui s’inscrit dans la durée, comme le suggère l’indicateur de temps associé à un
comparatif de supériorité «plus de vingt-quatre heures». La perception du temps est ainsi
bouleversée par l’émotion. On notera également que le pronom «Je» ouvre la phrase qui se
clôt par l’évocation laudative de l’aimée, exprimant un sentiment d’appartenance («ma chère
Manon»). Des Grieux veut ainsi retenir l’objet de son amour par-delà la mort.
[Link] désir de mort de Des Grieux l’apparente à un héros tragique. Mon dessein était d'y
mourir; mais je fis réflexion, au commencement du second jour, que son corps serait exposé,
après mon trépas, à devenir la pâture des bêtes sauvages. Je formai la résolution de l'enterrer
et d'attendre la mort sur sa fosse.
Des Grieux sature ses propos d’expressions qui renvoient à sa fin prochaine à laquelle il ne
peut échapper: «mourir» / «mort», «trépas», «fosse». Cet horizon fatal paraît d’autant plus
certain qu’il est désiré: «Mon dessein», «Je formai la résolution». Par son récit qui adopte un
style élevé, il se pose en héros tragique qui «atten[d]» et se soumet ainsi à son destin.
Cependant, la raison le pousse à agir, il prend conscience de la réalité.
Des Grieux envisage avec grandeur sa propre mort parce qu’elle l’unira à tout jamais à
Manon. Cependant, la locution verbale «fit réflexion», mise en relief par la conjonction
«mais» qui la précède, traduit une action de sa pensée. L’émotion et le désir tragique de mort
cèdent la place à un raisonnement: il ne peut rester dans l’inaction car la dépouille de Manon
serait alors dégradée. La réalité du corps de l’être aimé, soumis à un environnement hostile,
lui fait alors entrevoir une vision insoutenable qu’il exprime par la métaphore «pâture». La
violence de cette image triviale est accentuée par le complément du nom «des bêtes
sauvages». Des Grieux perçoit la réalité dans toute sa crudité, celle d’un cadavre soumis au
temps qui passe et au lieu où il se trouve.
II. Lignes 2183-2191: L’ouverture de la terre
J'étais déjà si proche de ma fin, par l'affaiblissement que le jeûne et la douleur m'avaient
causé, que j'eus besoin de quantité d'efforts pour me tenir debout. Je fus obligé de recourir
aux liqueurs que j'avais apportées. Elles me rendirent autant de force qu'il en fallait pour le
triste office que j'allais exécuter. Il ne m'était pas difficile d'ouvrir la terre, dans le lieu où je
me trouvais. C'était une campagne couverte de sable. Je rompis mon épée, pour m'en servir à
creuser, mais j'en tirai moins de secours que de mes mains.
a. L'héroïsme est mis en évidence.
J'étais déjà si proche de ma fin, par l'affaiblissement que le jeûne et la douleur m'avaient
causé, que j'eus besoin de quantité d'efforts pour me tenir debout.
En évoquant son état, Des Grieux souligne de manière hyperbolique sa faiblesse («si proche
de ma fin», «affaiblissement»), qui est à la fois d’ordre physique («le jeûne») et moral
(«douleur»). Cette image pathétique donne alors une portée héroïque à ses actions, qui le
conduisent à un dépassement de lui-même: «j’eus besoin de quantité d’efforts pour me tenir
debout». La mention de la «campagne couverte de sable» accentue l’aridité du lieu et le
réalisme de la scène. L’enchaînement des phrases, juxtaposées sans outil de coordination ou
de subordination, dans lesquelles Des Grieux est le sujet de verbes d’action («Je rompis»,
«J’ouvris»), souligne son abnégation. Ce n’est plus pour lui qu’il agit mais pour Manon.
b.L’acte accompli prend une dimension religieuse. C’est un véritable martyre qu’endure
Des Grieux.
Il accepte de souffrir dans sa chair pour honorer celle qu’il nommera ensuite «l’idole de mon
cœur». Je fus obligé de recourir aux liqueurs que j'avais apportées. Elles me rendirent autant
de force qu'il en fallait pour le triste office que j'allais exé[Link] dimension religieuse de
l’acte est également mise valeur par le recours aux «liqueurs», qui font écho de manière
presque blasphématoire au vin de l’eucharistie, et par l’emploi du terme «office», qui
désigne une action accomplie par devoir mais aussi un service divin. Ancien séminariste,
Des Grieux joue ici sur la polysémie de ce mot.
En brisant son épée, dont l’utilité est vaine, Des Grieux rejette symboliquement son rang
aristocratique. Le recours aux mains témoigne donc ici d’un renoncement au passé, mais
aussi de l’humilité de l’action accomplie que Des Grieux envisage comme un don de lui-
même.
III. Lignes 2191-2202: L’éloge et l’adieu
J'y plaçai l'idole de mon coeur, après avoir pris le soin de l'envelopper de tous mes habits,
pour empêcher le sable de la toucher. Je ne la mis dans cet état qu'après l'avoir embrassée
mille fois, avec toute l'ardeur du plus parfait amour. Je m'assis encore près d'elle. Je la
considérai longtemps. Je ne pouvais me résoudre à refermer la fosse. Enfin, mes forces
recommençant à s'affaiblir, et craignant d'en manquer tout à fait avant la fin de mon
entreprise, j'ensevelis pour toujours dans le sein de la terre ce qu'elle avait porté de plus
parfait et de plus aimable. Je me couchai ensuite sur la fosse, le visage tourné vers le sable,
et fermant les yeux avec le dessein de ne les ouvrir jamais, j'invoquai le secours du Ciel et
j'attendis la mort avec impatience.
a. Des Grieux rend un culte par ses actions.
J'y plaçai l'idole de mon coeur, après avoir pris le soin de l'envelopper de tous mes habits,
pour empêcher le sable de la toucher. Je ne la mis dans cet état qu'après l'avoir embrassée
mille fois, avec toute l'ardeur du plus parfait amour. Je m'assis encore près d'elle. Je la
considérai longtemps. Je ne pouvais me résoudre à refermer la fosse. Enfin, mes forces
recommençant à s'affaiblir, et craignant d'en manquer tout à fait avant la fin de mon
entreprise, j'ensevelis pour toujours dans le sein de la terre ce qu'elle avait porté de plus
parfait et de plus aimable.
Les périphrases qui désignent Manon («l’idole de mon cœur» et «ce qu’elle avait porté de
plus parfait et de plus aimable») traduisent l’idéalisation de celle qui était désignée par son
prénom jusque-là. Les termes mélioratifs, renvoient aussi bien à une perfection physique
que morale et légitiment l’amour éprouvé par Des Grieux: «cœur», «aimable» (adjectif à
prendre au sens de «digne d’être aimée»). Des Grieux honore Manon en accomplissant une
succession d’actes auxquels il donne une portée sacrée dans la mesure où ils participent d’un
rituel. («J’y plaçai», «Je ne la mis dans cet état», «Je m’assis», «Je la considérai» et
«j’ensevelis») et retrace sobrement le déroulement chronologique de la cérémonie. Ces
verbes d’action, dont Des Grieux est le sujet et Manon le complément d’objet, sont précisés
par des adverbes de temps («encore», «longtemps», «Enfin», «pour toujours») qui mettent
en évidence le recueillement et le caractère solennel du moment .
[Link] enterrement est aussi une scène d’amour marquée par une forme de sensualité.
Le cérémonial, dont la gravité est palpable, est ponctué d’effusions pathétiques renforcées
par le lyrisme dont fait preuve le narrateur qui transforme l’enterrement en scène d’amour.
Des Grieux se dépouille de «tous [s]es habits» et en pare Manon pour éviter la souillure.
Mais ce geste protecteur est aussi une presque mise à nu de lui-même et constitue un acte
d’amour sensuel. En effet, les vêtements qui servent à «envelopper» fonctionnent comme
des substituts métonymiques de Des Grieux, assurant un contact des corps pour l’éternité.
Les actions traduisent une intensité charnelle et nient la réalité de la mort: «l’avoir
embrassée mille fois», «toute l’ardeur».
c. La dernière phrase de l’extrait marque l’accomplissement de cette mission par un retour à
la situation initiale de Des Grieux. Je me couchai ensuite sur la fosse, le visage tourné vers
le sable, et fermant les yeux avec le dessein de ne les ouvrir jamais, j'invoquai le secours du
Ciel et j'attendis la mort avec impatience. La dernière phrase opère un retour à la situation
initiale puisque Des Grieux se trouve à nouveau immobile et couvre de son corps celui de
Manon. La seule différence tient à la terre qui les sépare à présent. La posture de l’amant
endeuillé indique son renoncement au monde et fait de lui un être qui mime la mort: «le
visage tourné vers le sable, et fermant les yeux». Il exprime encore une fois son désir de
mort et on note un écho qui donne un effet de clôture à cet épisode de l’ensevelissement:
«Mon dessein était d’y mourir» (1er mouvement) / «avec le dessein de ne les ouvrir jamais»,
«j’attendis la mort avec impatience». On peut reconnaître une portée blasphématoire dans sa
prière à Dieu («j’invoquai le secours du Ciel») destinée à précipiter sa mort. Des Grieux est
bien un idolâtre dont le récit vise à diviniser Manon.
Textes du parcours : Pierre de Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses, 1782
Lecture linéaire 4 : Lettre II
Présentation du texte
La lettre II est la première lettre de Mme de Merteuil. Il s'agit d'une lettre
d'[Link] une page seulement, Laclos parvient à dresser le portrait de son
héroïne, qui tranche avec la niaiserie de Cécile de Volanges dans la lettre I et à
annoncer une intrigue complexe.
Le personnage de roman doit-il être un modèle pour le lecteur ?
LA MARQUISE DE MERTEUIL AU VICOMTE DE VALMONT, AU CHÂTEAU DE…
I. Un effet réaliste
Le lieu (« au Château de … ») et la date (« Paris, ce 4 août. 17** ») sont indiqués car
cela fait partie des conventions de la lettre. Ces indications ont également pour fonction
d’ancrer la lettre dans un contexte réel et contemporain de la rédaction du roman. En
effet, Laclos prétend dans sa préface que ces lettres sont authentiques. Si le nom du
château et l’année ne sont pas précisés, c’est pour donner l’impression que l’on veut
protéger l’anonymat de Mme de Merteuil (qui porterait alors un autre nom dans la
réalité), ce qui donne également envie de lire ces lettres, si sulfureuses qu’elles ne
devraient pas être publiées. Les contemporains de Laclos ont ainsi pu lire Les Liaisons
dangereuses comme un roman à clés.
II. Une lettre d'exposition qui nous renseigne sur les liens qu’entretiennent les personnages
et sur l'intrigue du roman :
(...)Mme de Volanges marie sa fille : c’est encore un secret ; mais elle m’en a fait part
hier. Et qui croyez-vous qu’elle ait choisi pour gendre ? Le Comte Gercourt. Qui
m’aurait dit que je deviendrais la cousine de Gercourt ? J’en suis dans une fureur… Eh
bien ! Vous ne devinez pas encore ? Oh ! L’esprit lourd ! Lui avez-vous donc pardonné
l’aventure de l’Intendante ? Et moi, n’ai-je pas encore plus à me plaindre de lui, monstre
que vous êtes? Mais je m’apaise, & l’espoir de me venger rassérène mon âme.
On comprend que Madame de Volanges est la cousine de Merteuil grâce à la périphrase
« la cousine de Gercourt » et qu'elles sont proches c’est encore un secret ; mais elle
m’en a fait part hier.
La marquise de Merteuil et le vicomte de Valmont sont complices : ils ont
manifestement un passé commun dont elle va se servir comme argument pour le
convaincre de participer à sa vengeance qui constituera une des intrigues du roman ( à ce
stade, le lecteur pense même que le roman reposera sur cette intrigue).D'une part, elle
emploie l'expression « l'espoir de me venger » et d'autre part, elle emploie le mot
« fureur » qui signifie inspiration. En effet, on comprend que Gercourt a été l’ancien
amant de Mme de Merteuil et qu’il l’a quittée pour l’intendante, la maîtresse de M. de
Valmont. Lui avez-vous donc pardonné l’aventure de l’Intendante ? Et moi, n’ai-je pas
encore plus à me plaindre de lui,Ainsi, elle souligne la trahison dont ils ont été tous les
deux victimes pour que M. de Valmont soit solidaire de son plan. Mme de Merteuil se
sert ainsi de l’amour-propre de Valmont. Mais, paradoxalement, Mme de Merteuil fait
preuve d’une grande autorité à l’égard de son complice. Le faux dialogue qu’elle invente
a pour fonction de ridiculiser M. de Valmont, incapable de répondre à Mme de Merteuil,
qui le traite d’« esprit lourd » .
Vous avez été ennuyé cent fois, ainsi que moi, de l’importance que met Gercourt à la femme
qu’il aura, & de la sotte présomption qui lui fait croire qu’il évitera le sort inévitable. Vous
connaissez ses ridicules préventions pour les éducations cloîtrées & son préjugé plus ridicule
encore, en faveur de la retenue des blondes. En effet, je gagerais que, malgré les soixante milles
livres de rente de la petite Volanges, il n’aurait jamais fait ce mariage, si elle eût été brune, ou si elle
n’eût pas été au Couvent. Prouvons-lui donc qu’il n’est qu’un sot(1): il le sera sans doute un jour ;
ce n’est pas là qui m’embarrasse : mais le plaisant serait qu’il débutât par là. Comme nous nous
amuserions le lendemain en l’entendant se vanter ! Car il se vantera ; & puis, si une fois vous
formez cette petite fille, il y aura bien du malheur si le Gercourt ne devient pas, comme un autre, la
fable(2) de Paris.
Au reste, l’Héroïne de ce nouveau Roman mérite tous vos soins : elle est vraiment jolie ; cela
n’a que quinze ans, c’est le bouton de rose ; gauche(3) à la vérité, comme on ne l’est point, &
nullement maniérée(4) : mais, vous autres hommes, vous ne craignez pas cela ; de plus, un certain
regard langoureux qui promet beaucoup de vérité : ajoutez-y que je vous la recommande ; vous
n’avez plus qu’à me remercier & m’obéir.
Paris, ce 4 août 17…
sot : cet adjectif signifie « idiot » mais également « cocu »
la fable : le sujet de toutes les conversations
gauche maladroit
maniérée : faisant trop de manière