Introduction à la chimie de coordination
Introduction à la chimie de coordination
NH3 Cl
Co NH3 NH3 NH3 NH2Cl
NH3 Cl
C’est en 1893 que Werner eut l’inspiration (à deux heures du matin, paraît-il) que le nombre de
groupement fixés sur l’ion métallique n’est pas forcément égal à son nombre d’oxydation. D’où
les trois postulats qu’il proposa :
1) Les métaux possèdent deux types de valence, la valence primaire qui correspond à la
formation de l’ion et une valence secondaire, qui correspond au nombre de groupements
fixés sur l’ion métallique.
2) La valence primaire correspond au nombre d’oxydation
3) La valeur secondaire correspond au nombre de coordination.
4) La valence primaire est satisfaite par des ions. Dans l’exemple ci-dessus, trois ions chlorures
Cl-.
5) La valence secondaire est satisfaite par des ions (positifs ou, le plus souvent, négatifs) ou par
des molécules.
6) Dans l’exemple ci-dessus : les 6 molécules d’ammoniac.
7) On écrira donc la formule du complexe : [Co(NH3)6]Cl3. Le cation [Co(NH3)6]3+ est l’entité
complexe, raison pour laquelle on l’écrit entre parenthèses carrées.
8) Les valences secondaires sont dirigées vers des positions fixes de l’espace autour de l’atome
central :
H 3+
H H
N
H
H
H N N H
H Co H
H H
N N
H H
H H
N
H H
H
Le polyèdre dont les sommets sont constitués par les atomes directement liés à l’ion
métallique s’appelle le polyèdre de coordination.
Un complexe est constitué d’un ion métallique central sur lequel viennent se fixer un certain
nombre de molécules neutres ou d’ions, appelés ligands. Les propriétés chimiques de
l’assemblage qui en résulte dépendent de la nature de la liaison entre l’ion métallique et les
ligands (ion-dipôle, ionique) et de l’arrangement géométrique de ceux-ci autour de l’ion central,
lui-même contrôlé par les propriétés électroniques de l’ion et des ligands.
Deux exemples d’arrangements octaédriques sont présentés ci-dessous, dans lesquels
l’assemblage se fait soit par liaisons ion-dipôle (ici entre le cation et le
O dipôle de l’eau) ou ion-ion (entre le cation et le chlorure. L’arrangement
H H chois est octaédrique, une géométrie que l’on retrouve souvent dans les
complexes des cations métalliques 3d, (c’est-à-dire de la première série de
transition).
n+ O
H H
O H
H
O O
H O O H -
(X )n M
H M+n H
O O O O
H O H
H H O
octaèdre
3+
H H 3-
O Cl-
H H
H O O H - Cl- +3
Cl-
H Co +3
H (Cl )3 Co (Na+)3
O O Cl- Cl-
H H Cl-
O
H H
ion-dipôle ion-ion
Lorsqu’un ion s’entoure de ligands pour former un complexe, on parle de réaction de
complexation. Ces réactions provoquent souvent des changements de couleur, démontrant que
les propriétés électroniques des complexes sont différentes de celles des réactifs de départ.
Exemple 1 : le sulfate de cuivre
Solide ionique blanc lorsqu’il est anhydre, le sulfate de cuivre devient bleu par hydratation :
CuSO4(s) + 6 H2O(l) +2 -2
[Cu(H2O)6] + SO4 (aq)
blanc bleu incolore
La coloration bleue provient de transitions électroniques centrées sur l’ion métallique (voir plus
loin) indiquant que les niveaux électroniques du cation cuivrique CuII sont influencés par la
complexation. Le nombre de coordination (valence secondaire) de CuII est 6. Les ions hydratés
sont appelés aqua ions. Il n’est pas nécessaire de dissoudre le sulfate de cuivre(II) pour observer
un changement de couleur : une simple exposition à l’air le transforme lentement en un solide
bleu de composition CuSO4·5H2O. C’est sous cette forme qu’il est vendu commercialement. La
structure cristallographique de ce composé montre que chaque ion CuII est entouré de 4
molécules d’eau et de 2 atomes d’oxygène appartenant à deux anions sulfates différents. La 5e
molécule d’eau stabilise le réseau par des liaisons (ou ponts) hydrogène.1
Exemple 2 : complexes de CoIII
L’existence des deux types de valence (primaire et secondaire) peut être démontrée à l’aide des
deux complexes [Co(SO4)(NH3)5]Br et [Co(Br)(NH3)5]SO4. Dans le premier composé, le sulfate
est fixé sur l’ion CoIII, alors que dans le deuxième composé c’est le bromure qui est lié à l’ion
métallique. La dissolution de ces composés provoque leur dissociation électrolytique libérant du
bromure dans le premier cas et du sulfate dans le second cas :
AgNO3 AgBr
H2O
[Co(SO4)(NH3)5]Br [Co(SO4)(NH3)5]+ + Br-(aq)
BaCl2 rien
AgNO3 rien
H 2O
[Co(Br)(NH3)5]SO4 [Co(Br)(NH3)5]2+ + SO4-2(aq)
BaCl2 BaSO4
1
L’énergie d’une liaison hydrogène est de l’ordre de 40-60 kJ·mol-1, à comparer à 250-400 kJ·mol-1 pour une
liaison covalente et 350-450 kJ·mol-1 pour une liaison ionique.
+ 4 HCl(aq)
2- +
[Cu(Cl)4(H2O)2] + 4 NH4 (aq)
jaune vert
A l’inverse, un complexe est dit inerte si une réaction de substitution de ligand est difficile :
[Cr(H2O)6]3+ + 6 NH3(aq) [Cr(NH3)6]3+ + 6 H2O(l)
Cr(OH)3
Solvant
coordonné
Anion mono-
denté
Anion
+ bidenté
Molécule de
solvant polarisée
Solvant libre
Anion libre
Aqua ions
Métaux alcalins : liaisons non directionnelles, NC = 4-8
Métaux alcalino-terreux : liaisons non directionnelles, NC = 6-8
Métaux d au nombre d’oxydation usuel : liaisons directionnelles, NC = 6
Métaux 4f : liaisons non directionnelles, NC = 8-10.
Lorsque les liaisons ne sont pas directionnelles, l' échange entre les molécules de solvant libres et
complexées est souvent très rapide (106-109 s-1).
1.4. Types de complexes
La classification des complexes se base sur le nombre d’ions (ou d’atomes) centraux qu’ils
comportent. Les complexes dont les formules sont données ci-dessus sont organisés autour d’un
seul ion central. Ce sont des complexes monométalliques (on dit aussi mononucléaires). Si
l’entité complexe comporte deux ou plusieurs ions métalliques on la désigne par les termes
bimétallique (binucléaire), trimétallique (trinucléaire), polymétallique (polynucléaire).
OH2 H OH2 H OH2 -
Cl Cl
Cl Cl O O OH
Cl HO
Nb Nb Cr Cr Cr
Cl Cl HO
Cl O O OH
Cl Cl OH2 H OH2 H OH2
III
Bimétallique, NbV trimétallique , Cr
Dans les exemples ci-dessus, les ions métalliques sont éloignés les un des autres. Lorsque la
distance diminue, il peut se former des liaisons métal-métal. Le complexe résultant est appelé
agrégat (cluster en anglais) :
CO
OC CO
Cl Cl 2-
Cl Cl CO Fe
Re Re OC
Cl Fe OC CO
Cl OC
Cl Cl CO Fe
CO
bimétallique trimétallique
2 4 0 6 2
[Re2Cl8] +, ReIII , 5d [Fe3(CO)12 ], Fe , 3d 4s
• ligands bidentés :
- -
O C C O oxalate H2N CH2 CH2 NH2
O O 1,2-diaminoéthane
(éthylènediamine, en)
N N
ortho-phénanthroline
o-phen
• ligands polydentés
HOOC COOH
N N acide éthylènediamine
HOOC COOH tétraacétique edta
edta [Y(edta4-)F2]3-
• ligands macrocycliques
O
O O OH HO
OH HO
O O
OH
O
éther 18-couronne-6
p-tert-butylcalix[5]arene
18-C6 [Nd(NO3)2(18C6)]+
• Les ligands liés à deux ions métalliques sont appelés pontants : Cl- dans Nb2Cl10, OH-
dans [Cr3(OH)8(H2O)6]-, ou plusieurs ligands comme dans l’exemple ci-dessous :
[Eu2(Cx[8]-6H)(dmso)5
.
Certains ligands se comportent différemment suivant les situations. Par exemple le nitrate :
O O O
M n+
O N O N M n+ Mn+ O N Mn+
O O O
monodenté bidenté tridenté (pontant)
Polyèdre de coordination
Le polyèdre de coordination est la figure géométrique ayant comme sommets les atomes
directement liés au métal. Quelques exemples courants :
NC=5
NC=4 NC = 5 pyramide NC = 6
tétraèdre bipyramide trigonale à base carrée octaèdre
5. Le nombre de ligands est indiqué par les préfixes di-, tri-, tétra-, penta-, hexa-, etc. Si le
ligand a un nom composé on utilise bis-, tris-, tétrakis-, pentakis, hexakis, etc.
Exemples :
[Cr(H2O)6]Cl3 chlorure d’hexaaquachrome(III)
[Co(NH3)4(H2O)2]Cl3 chlorure de tetraamminediaquacobalt(III)
Na[AlCl4] tetrachloroaluminate(III) de sodium
[CoCl(NO2)(NH3)4]Cl chlorure de tétraamminechloronitritocobalt(III)
[Eu(mbzimpy)3](ClO4)3 perchlorate de tris{(2,6-bis(1-methylbenzimidazol-2-yl)
pyridine}europium(III)
H 3C CH 3
N N N
N N
mbzimpy
[Eu(mbzimpy)3]3+
K1 =
[ML]
[M] ⋅ [L]
M + L ML
K2 =
[ML 2 ]
[ML] ⋅ [L]
ML + L ML2
K3 =
[ML 3 ]
[ML 2 ] ⋅ [L]
ML2 + L ML3
Kn =
[ML n ]
[ML n-1 ] ⋅ [L]
MLn-1 + L MLn (1-1)
Les Ki sont les constantes successives de formation. Si l’on écrit directement la formation d’un
complexe MLi, l’équilibre correspondant est qualifié de « global » :
βi =
[ML i ]
[M] ⋅ [L]i
M + iL MLi (1-2)
∏Kj
successifs :
Dans les tables, on reporte les logK ou les logβ. Dans l’eau, les complexes sont formés à partir
j=1
des aqua ions, si bien que les équilibres devraient s’écrire comme dans l’exemple ci-dessous.
Les K’ sont sans unité. Mais comme la concentration de l'eau dans l'eau [H2O] est constante, on
l’introduit dans les constantes d'équilibre :
Diagrammes de distribution
∑ [ML j ]
(1-4)
n [M] tot
j=0
∑αi = 1
β i [ L]i
αi =
n
∑ β j[ L] j
n (1-5)
j=0
j=0
Ainsi, les αi ne dépendent que des βi et de la concentration en ligand libre. Ils ne sont pas
fonction de la concentration en métal !
Une autre notion utile est le nombre moyen total de molécules de ligand liées au métal, n :
∑ j ⋅ β j[ L] j
n
j=1
n= =
[L] tot - [L]
∑ β j [ L] j
[M] tot n (1-6)
j= 0
Les αi étant reliés à la concentration en ligand libre, il peut être utile de disposer d’un autre
∑ β j[ L] j+1
n
j= 0
[ M ] tot =
∑ (q − j)β j[ L]
n (1-7)
j
j= 0
usuellement sous les formes suivantes : (i) αi et n = ƒ(log[L]) et (ii) log[M]tot = ƒ(log[L]) pour
Ainsi, un système métal/ligand est complètement caractérisé par deux diagrammes, présentés
différentes valeurs de q.
Exemple : formation de [Nd(Cl)i](3-i)+dans la diméthylformamide (i = 1-4)
Sur le diagramme du haut (page suivante), on peut vérifier que la somme des αi est égale à 1
Les constantes de stabilité valent : logK1 = 3,26, logK2 = 2,01, logK3 = 1,35 et logK4 = 0,63.
Valeur maximale de α1 dans le cas d’un équilibre entre 2 espèces ML1 et ML2
La concentration pour laquelle α1 est maximale se calcule en égalant à 0 sa dérivée par rapport à
la concentration en ligand libre [L] :
β1[L]1
α1 =
1+ β1[L]1 + β 2 [L]2
∂α 1 β 1 + β 1 [L] + β 1 β 2 [L] − β 1 [L] - 2β 1 β 2 [L]
= =0
2 2 2 2
et α1 (max) =
1 1
β2
(1-8)
2 β2 / β12 +1
[L] =
H2N NH2
Remplace 2 NH3
2+ 2+
[Ni(H2O)6] + 2 NH3(aq) [Ni(H2O)4(NH3)2] + 2 H2O(l)
2+ 2+
[Ni(H2O)4(NH3)2] + 2 NH3(aq) [Ni(H2O)2(NH3)4] + 2 H2O(l)
[Ni(H2O)4(en)]
2+
+ en(aq) [Ni(H2O)2(en)2]2++ 2 H2O(l)
nulle, si bien que la valeur négative de ΔG0 est principalement due à une valeur négative de ΔH0,
une molécule de NH3 remplace une molécule de H2O ; la variation d’entropie est pratiquement
c’est dire que la liaison Ni-NH3 est plus stable que la liaison Ni-OH2.
Dans le deuxième cas, [Ni(H2O)4(en)]2+ est environ 400 fois plus stable que [Ni(H2O)4(NH3)2]2+.
Si l’on admet que l’énergie de la liaison Ni-N(en) est environ égale à celle de la liaison Ni-
libère deux molécules de H2O. Le raisonnement se tient car Δ(ΔG0) est environ le même pour les
N(NH3), la stabilisation est imputable à un effet entropique : la fixation d’une molécule de en
H3C O O CH3
O O O logK = 5,04
La structure cristallographique de ces deux complexes est très semblable avec, notamment le
ligand non cyclique adoptant une conformation semblable à celle du ligand cyclique lors de la
complexation
La formation des deux complexes à partir de l’ion solvaté libère le même nombre de molécules
de solvant. Par contre, l’éther linéaire (éther diméthylique du pentaéthylèneglycol) 15P5 doit
modifier considérablement sa conformation pour se rapprocher de celle du macrocycle lors de la
complexation. Son nombre de degrés de liberté s’en trouve réduit et la différence de stabilité
entre le deux complexes s’explique par cet effet entropique. C’est ce que l’on appelle l’effet
macrocyclique.
Effets statistiques
Les constantes de formation successives Kn diminuent généralement lorsque n augmente (en
absence d'effet coopératif). Si l’on suppose que les N sites de coordination sont tous identiques
(symétrie sphérique), et qu’ils restent identiques lors du processus de complexation, on a pour un
ligand monodenté :
( N − j + 1) ⋅ ( j + 1)
j ⋅ ( N − j)
K j / K j+1 (1-9)
Pour un ligand bidenté et une géométrie octaédrique (N = 3), il faut tenir compte du fait que le
premier ligand peut se fixer le long de n’importe laquelle des 12 arêtes de l’octaèdre, alors que la
dissociation de ML ne peut se produire que d’une manière. Le deuxième ligand peut se fixer le
long de 5 arêtes et la dissociation de ML2 peut se faire de 2 manières différentes. Le troisième
ligand n’a plus qu’une possibilité de fixation, mais ML3 peut se dissocier de 3 manières
différentes. De plus, si le 2e ligand s’est fixé dans le même plan que le premier, il n’y a pas
possibilité de former ML3. La probabilité de former ML3 doit encore être corrigée car l’un des 5
composés ML2 possibles ne peut accepter un troisième ligand, donc :
K1 / K 2 = ⋅ = 4.8 et K 2 / K 3 = ⋅ ⋅ = 9.4
12 2 5 3 5 (1-10)
1 5 2 1 4
En réalité, les rapports Kj/Kj+1 dévient souvent des valeurs statistiques. Par exemple pour les
complexes de NiII avec le 1,2-diaminoéthane (N = 3), K2/K1 = 13 et K3/K2 = 110. Les déviations
proviennent notamment de contraintes stériques entre les brins de ligand et du fait qu’après
coordination du premier ligand, la densité électronique sur l’ion diminue, ce qui résulte en une
attraction plus faible du ligand suivant.
Remarque
Les constantes de stabilité, qui sont des constantes d’équilibre, devraient être exprimées en
fonction des activités et non des concentrations. Les activités étant difficiles à déterminer
expérimentalement, on garde cependant l’habitude d’utiliser les concentrations. Ainsi, les
constantes dépendront-elles non seulement de la température, mais également de la force ionique
I de la solution :
I = ∑ qi 2ci où qi représente la charge de l’ion i et ci sa concentration
1
2
Une solution 1 M de CaCl2 aura une force ionique égale à: ½(+2)2 + ½(-1)2·2 = 3 M.
Les constantes de stabilité sont souvent déterminées par potentiométrie ou spectrophotométrie ;
les mesures se font à force ionique constante, en ajoutant un électrolyte indifférent, c’est-à-dire
dont aucun ion n’interagit avec les constituants du système étudié (ex. Et4NClO4).
1.8. Contributions à la stabilité des complexes
Les facteurs qui influencent la stabilité des complexes sont représentés dans la figure ci-dessous.
Densité
Densitéde
decharge
charge
Polarisabilité
Polarisabilité
Ion
Ion Structure
Structure
électronique
électronique
Stabilité
Stabilité
Atomes
Atomesdonneurs
donneurs
Polarisabilité
Polarisabilité
Structure
Structure
Ligand
Ligand électronique
électronique
Structure
Structure(effet
(effet
stérique,
stérique,préorganisation)
préorganisation)
Les liaisons ion-ligand étant fortement électrostatiques (ion-dipôle ou ion-ion), la charge des
particules (plus précisément la densité de charge pour les ions métalliques) ainsi que leur
polarisabilité, vont jouer un rôle central. La structure électronique de l’ion et des ligands
déterminera les propriétés magnétiques et optiques, ainsi que la contribution « covalente » à la
liaison. Finalement, la structure des ligands sera également très importante car elle déterminera
l’effet stérique et l’effet entropique ([Link]. effet macrocyclique, voir paragraphe précédent).
δ-
La liaison de coordination possède une
Contribution contribution électrostatique résultant de
z+ électrostatique l’attraction entre la charge positive du
cation et la charge ou fraction de charge
négative portées par les atomes donneurs
Contribution des ligands. De plus, il y aura une
covalente contribution covalente associée au
recouvrement entre les orbitales atomiques
M L du métal et les orbitales moléculaires des
Contribution électrostatique
Pour un ligand donné L, la magnitude de l’interaction électrostatique dépendra de la taille du
cation, donnée par son rayon ionique ri, ainsi que de sa charge z. La densité de charge est définie
par z2/ri et c’est ce paramètre qui sera décisif. Quelques données numériques sont reportées dans
tabulées ci-dessous. On voit par exemple que, d’après ce critère uniquement, les stabilités
relative d’un complexe de Na(I), Ca(II), et Eu(III) devraient être dans le rapport 1 :4 :8. En
première approximation, on s’attend à une augmentation de la stabilité des complexes le long
d’une période du tableau périodique. En première approximation seulement, car les rayons
ioniques pour les éléments d ne varient pas de manière monotone le long d’une série. Cet aspect
sera traité plus tard, en invoquant les effets de champ des ligands.
1.25
Ln3+, CN = 9
1.20
Ionic radii / Å (CN = 9)
1.15
0.18 Å
1.10
1.05
1.00
La Ce Pr Nd Pm Sm Eu Gd Tb Dy Ho Er Tm Yb Lu
8.8
8.6 Ln3+, CN = 9
8.4
8.2
z / ri
7.8
7.6
7.4
7.2
La Ce Pr Nd Pm Sm Eu Gd Tb Dy Ho Er Tm Yb Lu
Figure : Rayons ioniques des lanthanides trivalents (haut) et facteur électrostatique (bas).
5.0
4.5
4.0
3.5
3.0
malonate
LogK1
2.5
2.0
1.5
1.0 acetate
0.5
0.0
0.82 0.84 0.86 0.88 0.90 0.92 0.94 0.96 0.98
-1
1/ri (CN = 9) in Å
Figure : Constantes de stabilités des complexes des lanthanides trivalents avec l’acétate et le
malonate.
23
dtpa
22
HOOC COOH
LogK1 21 N N N
HOOC COOH
20 COOH
19
18
17
16
edta
15
0.82 0.84 0.86 0.88 0.90 0.92 0.94 0.96 0.98
-1
1/ri (CN = 9) in Å
Figure : Constantes de stabilités des complexes des lanthanides trivalents avec des ligands
polyaminocarboxylates, edta et dtpa.
NH2CH2CH2S-
10
8
logKf
6 en
oxalate
4
2 NH2CH2CO2-
Ba Sr Ca Mg Mn Fe Co Ni Cu Zn
Figure : Constantes de stabilité de quelques complexes des ions divalents M(II) avec la cystéine,
l’éthylènediamine, l’oxalate et la glycine– série d’Irving-Williams.
Contribution covalente
A la fin des années 1950, Ahrland, Chatt et Davies ont proposé une classification empirique des
ions métalliques selon trois groupes : classes A, B et « frontière » (en anglais : « borderline »).
Cette classification est basée sur l’affinité de ces ions pour des ligands possédant des atomes
donneurs des groupes V (N, P), VI (O, S) et VII (halogènes). Les classes A et B correspondent à
la notion d’acides respectivement durs (A) et mous (B) de Pearson.
Les métaux de la classe A forment des complexes plus stables avec les atomes donneurs
localisés au sommet des colonnes V, VI et VII, le contraire étant observé pour les métaux de la
classe B.
D’une manière générale, les métaux A sont fortement électropositifs et forment des liaisons à
forte composante électrostatique avec des ligands possédant des atomes donneurs fortement
électronégatifs, d’où l’émergence de la tendance de stabilité : F > Cl > Br > I.
En revanche, les cations de la classe B sont moins électropositifs et forment plutôt des liaisons
covalentes avec des atomes donneurs peu électronégatifs, d’où la tendance de stabilité inverse : I
> Br > Cl > F.
La classification de quelques cations métalliques est donnée ci-dessous.
H+, Li+, Na+, K+ Fe2+, Co2+, Ni2+ Cu+, Ag+, Au+, Hg22+, Tl+
Be2+, Mg2+, Ca2+, Sr2+, Mn2+ Cu2+, Zn2+, Pb2+ Hg2+, Pd2+, Pt2+, Pt4+, Tl3+
Al3+, Sc3+, Ga3+, In3+, Cr3+, Co3+, Fe3+
Ln3+ (Ln = La-Lu)
Ti4+, Sn4+
Tendance de stabilité
N >> P > As > Sb N << P < As < Sb
O >> S > Se > Te O << S ≈ Se ≈ Te
F > Cl > Br > I F < Cl < Br < I
χ A − χ B = 0 ,102 Δ(ΔH 0f ) χ H = 2 ,1
Un peu plus tard, Mulliken a défini l’électronégativité comme étant la moyenne entre l’énergie
d’ionisation (I) et l’affinité électronique (AE), ce qui permet de relier cette grandeur aux énergies
des orbitales frontières de l’atome , les orbitales HOMO (« highest occupied molecular orbital »)
et LUMO (« lowest unoccupied molecular orbital ») :
I + AE
χ=
2
E(φat)
ionisation
0
I AE
2η χ LUMO
HOMO
Ainsi, une grande électronégativité implique que l’atome perd difficilement l’électron de son
HOMO, mais qu’il acceptera volontiers un électron dans sa LUMO, comme, par exemple, le
fluor qui forme très facilement l’anion fluorure F- , mais beaucoup plus difficilement le cation F+.
Lors de la formation d’une liaison M-L, une faible différence d’électronégativité entre les atomes
considérés implique que les orbitales frontières du métal et du ligand sont proches en énergie et
produisent donc une forte contribution covalente.
Dans la figure ci-dessus, la grandeur η caractérise la dureté de l’atome (ou de l’ion métallique,
ou du ligand) qui est la moyenne de la différence d’énergie entre l’énergie d’ionisation et
l’affinité électronique :
I − AE
η=
2
Cela correspond aussi à la moitié de la différence énergétique entre les orbitales frontières. La
notion de dureté est intimement liée à celle de polarisabilité, qui représente la facilité avec
laquelle le nuage électronique peut se déformer sous l’action d’un champ électrique (par exemple
généré par la présence d’une charge partielle).
Pour mieux comprendre cette notion, nous l’explicitons ici dans le cas d’une orbitale 1s de
l’atome d’hydrogène.
r
E
δ+ δ−
s’annulent se renforcent
E2p − E1s
2p
avec
séparation entre HOMO et LUMO est grande aura un paramètre λ petit et s’avérera être un
orbitales 1s et 2p dans le cas de l’atome d’hydrogène. Un ion ou une molécule pour lesquels la
=⎣
∫
⎡ Ψ*LUMO Η r Ψ HOMO ⎤
⎦
2
ELUMO − EHOMO
E
Estab
Estab
ΔE ≈ 0 petit ΔE grand ΔE
δ+ δ+
Lorsque les deux partenaires sont durs et possèdent une grande différence d’électronégativité, la
contribution covalente est faible et la liaison est contrôlée par les interactions électrostatiques.
Celles-ci sont maximisées par (i) des charges élevées et (ii) des systèmes peu polarisables. Les
complexes sont stables.
Lorsque qu’il y a interaction entre deux partenaires dont l’un est dur et l’autre mou, celle-ci est
faible et les complexes résultants peu stables.
2
J.-C.G. Bünzli in Rare Earths, R. Saez-Puche, P. Caro, eds, Editorial Complutense, Madrid,
1998, 224 ff.
Professeur Jean-Claude Bünzli
Chimie de coordination 2008 - Chapitre 1 32
Nous avons vu plus haut, sur l’exemple de la complexation du Ni(II) avec l’éthylènediamine,
que la complexation d’un ligand polydenté produit un effet de stabilisation entropique, par
rapport à la complexation d’un nombre de ligands monodentés correspondant au nombre
d’atomes donneurs du ligand polydenté. L’effet chélate est associé à deux effets importants, la
taille du cycle chélate formé, ainsi que la neutralisation de la charge.
Expérimentalement, on trouve généralement l’ordre de stabilité suivant :
5 membres > 6 membres > 7,8 membres
N N N N N N
2.8 Å 2.5 Å
C C C C C
1.7 Å C
On voit ci-dessus que le cycle à 5 membres est celui qui conduit à la plus faible répulsion entre
les atomes donneurs (représentés ici par des atomes d’azote). L’effet est illustré ci-dessous pour
3.5
3.0
2.5
2.0
1.5
1.0 succinate
0.5
0.0
Mn Fe Co Ni Cu Zn
La stabilisation du complexe augmente également avec le nombre de cycles chélates formés lors
de la complexation. Par exemple, la complexation de l’edta4- résulte en la formation de 5 cycles
chélates à 5 membres, d’où la stabilité particulière des complexes avec ce ligand.
Neutralisation de la charge
Si le ligand est chargé négativement, la formation du complexe s’accompagne d’une
neutralisation partielle ou complète de la charge électrostatique initiale. Or comme nous l’avons
vu lors de la discussion du phénomène de solvatation, plus un ion est petit et chargé, plus le
paramètre z2/ri est important et plus cet ion structurera la solution autour de lui. Le remplacement
favorable et représente aussi une source de stabilisation du complexe final. La relation entre ΔS
de cet ion par une entité complexe plus grosse et moins chargée est donc entropiquement très
350
LnIII
300
MII(3d)
-1
ΔS f / Jmol K
250
-1
Mg
200 Fe
0
150
Ca
100 Sr 2
Ba z / ri
50
2 3 4 5 6 7 8 9
Préorganisation du ligand
Les effets chélate et macrocyclique sont associés à une préorganisation des sites de complexation
du ligand. Ceci est démontré par les chélates d’edta et de cdta, un ligand dans lequel le pont -
CH2-CH2- est remplacé par un groupement cyclohexanyl. Dans edta4-, la répulsion entre les
charges des groupements carboxylates fixés sur deux amines différentes fait que ceux-ci sont très
éloignés l’un de l’autre. Dans cedta4-, le pont 1,2-cyclohexane rapproche les deux charges
négative. Ainsi, lors de la complexation, celles-ci seront déjà plus proche de leur position finale
et les complexes de cedta4- sont effectivement plus stables que ceux d’edta4-, d’environ deux
ordres de grandeur.
13.5
13.0 cdta
12.5
12.0
11.5
Log K
11.0
10.5
10.0
9.5
9.0
8.5 edta
8.0
7.5
Mg Ca Sr Ba
O O
N O N
O
O O
(2,2,2)
[EuClO4(2,2,2)]2+
d’électrons π : CO, CN-, NO, N2, phosphines, pyridines, etc, comme dans [V-III(CO)5]3-,
En revanche, les états d’oxydation bas sont favorisés par la présence de ligands accepteurs
Sc 3d1 4s2 0 3
Ti 3d2 4s2 0 2 3 4
V 3
3d 4s 2
-3 -1 0 1 2 3 4 5
Cr 5
3d 4s 1
-3 -2 -1 0 1 2 3 4 5 6
Mn 3d5 4s2 -3 -1 0 1 2 3 4 5 6 7
Fe 3d6 4s2 -2 -1 0 1 2 3 4 6
Co 7
3d 4s 2
-1 0 1 2 3 4 5
Ni 3d8 4s2 0 1 2 3 4
Cu 10
3d 4s 1
0 1 2 3
Zn 10
3d 4s 2
0 2
1.10. Exercices
1. Nommer les entités complexes suivantes :
[Cu(H2O)6]2+, [Fe(CN)6]4-, Na3[Co(NO2)6], K3[AlF6], NH4[CoCl4], K2[Eu(NO3)5].
2. La constante de formation globale de [Cd(CN)4]2- vaut logβ4 = 18,4. Calculer :
a) La concentration de Cd2+(aq) dans une solution 0.1 M en complexe.
b) La concentration en ions CN- qu’il serait nécessaire d'ajouter à cette solution si l’on veut
que la concentration en ions Cd2+(aq) soit inférieure à 4·10-16 M.
3. Les complexes du CuII(aq) avec l’éthylènediamine (en) ont les constantes de formation
successive suivantes : logK1 = 10,6 et logK2 = 9,1. Pour quelle concentration en ligand
libre la fraction de [Cu(en)]2+ sera-t-elle maximale et quelle sera sa valeur ?
Les deux complexes [Ni(CN)4]2- et [NiBr4]2- ont des constantes de stabilité globales égales
à logβ4 = 32 et 24, respectivement. Dites quel est le complexe qui résistera le plus à la
4.
réduction en Ni(s), c’est-à-dire lequel aura le potentiel standard le plus négatif (X = CN,
Br) :
[NiX4]2-(aq) + 2 e-(aq) ' Ni(s) + 4 X-(aq) E0r
On en tire x4 = 10-4 M4, donc x = 0,1 M. Il faut donc ajouter au moins cette quantité.
4. Plus le complexe est stable, plus sa résistance à la réduction est élevée. Puisque le
complexe tetracyano est plus stable, il sera plus difficile à réduire que le complexe
tetrabromo et, par conséquent, son potentiel standard de réduction sera le plus négatif.
On a la relation ΔGor = -nF ΔEor. Ici, n = 1, F = 96500 C et ΔEor = 2,29 V. Donc ΔGor = -
220,9 kJ·mol-1. Comme ΔGor = -RT lnK, K = 5,7·1038 à 298 K.
5.
1.12. Bibliographie
1. S. F. A. Kettle, Physico-chimie inorganique, une approche basée sur la chimie de
coordination, traduction française, De Boeck Université, Paris 1999
Chapitres sur le cours Chapitres 2, 3, (partiellement), 5, 6, 7, 8, 9, 13
(partiellement)