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35 Grandesnotionotions de La Sociologie PDF

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35 grandes notions de la sociologie Frédéric Lebaron DUNOD Du méme auteur chez le méme éditeur Manuel visuel de sociologie (avec Christophe Gaubert et Marie-Pierre Pouly, 2013) Ilustration de couverture Franco Novati © Dunod, Paris, 2014 5 rue Laromiguiére, 75005 Paris wwwrdunod.com ISBN 978-2-10-070077-6 le Code de a prop invlaculle overs, ou ems do Focle C1225, 2 23 dm por gu lo copies cu repoaucon sicher sre 8 usge pid cop non Sota 8 elton clacte = {oo par qv ona cous casos dans un bt expe ‘Fakareon, «lod ertriten ou rprinen ingle ov pred ‘ans consort do aout ou So sr jon oh ob yan coe ot iat on. 1224), Cote etéetaon ob rapedcton, por une pect ae cs, conte foe done una eontloganvonconnd pat arses | S082 o surone Code rp ioc Table des matiéres (Chixprrae 1 Les FONDEMENTS HisroRiques 1. Le fait social 1.1 Définitions 1.2 Naissance de la pensée sociologique 1.3 La sociologie dans I’espace des sciences x La soctologie comme science 2.1. La construction d’un savoir sociologique 2.2 Alarecherche du fait social 2.3 Les pratiques sociologiques au xix*siécle 2.4 Linterprétation en sociologie 3. La tradition sociologique 3.1 Lanotion de « fondateur > 3.2 Karl Marx et la dynamique historique 3.3 Emile Durkheim et les croyances collectives 3.4 Max Weber et la sociologie de la domination 3.5 Des fondateurs complémentaires Cutan 2 Tatonies er wéMHoDES DE LA SOCIOLOGIE 1. Les interactions 1.1 La tradition sociologique de Chicago 1.2 Lerécit de vie et la méthode biographique 1.3. Lanalyse des interactions 1.4 Les méthodes de la sociologie interactionniste 2. Le structuro-fonctionnalisme 2.1 Dusystme a Vacteur 10 i 2 1B 14 15 7 19 19 20 20 a 22 2strandesnotons dela sotegie 2.2 Des théories de niveau intermédiaire (middle-range theories) 24 2.3. Une sociologie mathématique 24 2.4 Lestructuro-fonctionnalisme face a ses critiques 25 3. Les écoles sociologiques en France 27 3.1 La sociologie frangaise aprés Durkheim 27 3.2 Les écoles sociologiques francaises contemporaines 28 3.3 Quelques enjeux de la sociologie frangaise contemporaine 31 4, La méthodologie statistique 33 4.1. Les données statistiques en sociologie 33 4.2. Les méthodes statistiques en sociologie 35 4.3 DeT'interprétation statistique a 'interprétation sociologique 39 5. Venquéte de terrain 40 5.1 Lobservation 40 5.2 Entretiens, textes, discours 2 Cuaprras 3. STRUCTURES SOCIALES EF INSTITUTIONS 45 1. Classes sociales, stratification, espace social 47 1.1 Lanotion de « classe» 47 1.2 La dynamique de la structure de classe 50 1.3 La structure de classe au niveau mondial 52 1.4 Lespace social 53 2, La mobilité sociale 56 2.1 Les enjeux de la mobilité sociale 56 2.2 Les grandes tendances de la mobilité sociale en France et dans le monde 59 2.3. Capitaux et mouvements dans lespace social 60 te tun (© Danod- Toute reed nn a 8. rabledesmattres ‘Le monde du travail 3.1 Place et « valeur » du travail 3.2 L/organisation du travail 3.3 Du taylorisme au néotaylorisme . économie comme objet sociologique 4.1 Sociologie et économie 4.2 Définition et histoire de la sociologie économique 4.3 Linsertion sociale de économie - La consommation et les styles de vie 5.1 Létude des budgets 5.2 Les pratiques de consommation . Mouvements et conflits sociaux 6.1 Mouvement social et mouvement ouvrier 6.2. Le développement de I'Btat-providence au xx*siécle 6.3. La recomposition des mouvements sociaux VEtat et le droit 7.1 Définition et histoire de I’Etat 7.2. Acteurs et enjeux du champ bureaucratique 7.3 Ledroit Pouvoir et politique 8.1 Théorie politique et sociologie politique 8.2 Lechamp politique 8.3 Action publique et problémes politiques 8.4 Soctologie des comportements et attitudes politiques . Médias et nouveaux moyens de communication 9.1 Les médias entre économie et politique 9.2 information journalistique et la communication 63 63 64 65 68. 68 68 6 7 1 7B 76 76 78 79 81 81 82 83 8s 85 86 87 89 89 90 Jppundes notion del sacioote 10. La religion 10.1 La religion, fait social par excellence 10.2 La dynamique sociale du religieux 10.3 Le champ religieux Chaprre 4 DE LA SOCIALISATION A L'ACTION 1, La socialisation 4.1 Les fondements du processus de socialisation 1.2 Les formes de la socialisation 2, La famille 2.1 La famille, « unité sociale de base » 2.2 La famille comme construction sociale et politique 2.3 Enjeux sociaux des structures familiales Ages de la vie et générations 3.1. Age biologique, age social 3.2. La construction sociale des ages de la vie 4, Léducation 4.1 La sociologie de l'éducation 4,2 Les tendances en matiére d’accés au systéme scolaire 4,3 L/éducation comme enjeu mondial 4.4 Politiques publiques et inégalités scolaires 5. Les rapports de genre 5.1 Socialisation et différences sexuelles 5.2 La permanence de la domination masculine 5.3 Une longue tendance au changement 6. Corps et santé 6.1 Le corps, construction sociale 6.2 Styles de vie, santé, sexualité 92 92 93 94 7 99 99, 100 102 102 104 105 107 107 108 110 110 2 3 us 116 116 7 19 120 120 121 © Dunas Toute epodetin nn oie un dt, rovteces matires 7, Le sport 7.1 La genése de l'espace sportif 7.2. Llespace des sports, 8. Le langage 8.1 L’apport de la sociologie a l'étude scientifique des langues 8.2 Langues et différenciations sociales 9. La connaissance, les sciences et les techniques 9.1 La sociologie de la connaissance 9.2 La sociologie dela communauté savante 9.3. La sociologie des savoirs scientifiques et techniques 10, La culture et les arts 10.1 Sociologie des pratiques culturelles 10.2_Les champs de production culturelle Ciarrraz S DyNaMques CONTEMPORAINES DBS CLASSES SOCIALES 1, Blites, classes dominantes et champ du pouvoir 1.1 Fondement et permanence des élites 1.2. Transformations et internationalisation des classes dominantes 2. Permanences et transformations des classes populaires 2.1 ethos « traditionnel » des classes populaires 2.2 Les transformations des pratiques populaires 3. Les inégalités sociales 3.1 Perception et mesure des inégalités 3.2. Dynamiques des inégalités 122 122 123 124 124 126 127 127 128 129 131 131 133 135 137 137 138, 140 140 141 143 143 144 EE) ss trondesnovon det seco (Cuanirae 6 Les cHANGeMENTS sociRUX 1, La dynamique historique 1.1 Sociologie, histoire, sociohistoire 1.2 Les changements structurels 2, La mondialisation 2.1 Un phénomene historique de trés longue durée 2.2 Lamondialisation contemporaine 3. Le capital social 3.1 Les définitions du capital social 3.2, Liévolution du capital social 4, Anomie et pathologies sociales 4.1 anomie dans les sociétés contemporaines 4.2, La diversité des pathologies sociales dans le monde contemporain Index des notions 147 149 149 150 152 152, 154 156 156 157 160 160 162 169 Avant-propos Cet ouvrage présente les principaux concepts et démarches de a sociologie. Issue de Valliance entre les enquétes sociales et la théorie, la sociologie a développé depuis plus d'un siécle un corpus important d’énonoés scientifiques qui modifient profon- dément notre regard sur le monde. Cet ouvrage se donne pour but d’en fournir une présenta- tion accessible sans simplification caricaturale. Il s‘adresse aux lycéens qui souhaitent approfondir leurs cours dans ce domaine, aux étudiants & partir de la premiére année du cursus universi- taire de sociologie et, plus largement, aux étudiants en sciences humaines et sociales (psychologie, sciences de l'éducation, sciences sanitaires et sociales, sciences politiques, droit, admi- nistration économique et sociale, économie et gestion, etc.) Il s‘adresse également a tout étudiant ou citoyen intéressé par une discipline qui ne laisse dans 'ombre aucun aspect de la vie sociale, des plus globaux (V'Etat, la mondialisation, l'entre- prise...) aux plus individuels (Vintimité, les affects, le couple...) Les trente-sept sous-chapitres couvrent l'ensemble des domaines composant le cursus de sociologie en L1-L2 : I’his- toire, l'épistémologie et la méthodologie de la discipline, les principaux champs de recherche empirique qui sont les siens, jusqu’aux recherches contemporaines. Chaque sous-chapitre présente des notions de base, un état des controverses, des données récentes, des applications contemporaines et la réfé- ence a quelques ouvrages accessibles. Concu comme une premiére « boite a outils », cet ouvrage permettra aussi a chacun de mettre en ceuvre, dans diverses situations professionnelles ou quotidiennes, face aux objets les plus variés, les différents aspects du raisonnement sociologique : rigueur conceptuelle, rapport critique au langage, observation méthodique, usage systématique de la comparaison et de la mise en perspective spatiales et historiques. LES FONDEMENTS HISTORIQUES omme science. \ciologique. prodacion nan autores un i Lestondementsistoraues AE 1. Le fait social 1.1 Définitions 144 Spécificité du fait social La sociologie se distingue d’autres domaines consacrés a la production de connaissances sur ’étre humain qui se sont développés & partir de la révolution scientifique, tels que la biologie, la médecine, la psychologie ou, depuis plus long- temps encore, "histoire, le droit, l'économie, la philosophie... Son autonomie comme science se fonde sur la spécificité de Vobjet sociologique : le fait social. Celui-ci peut étre défini comme tout ce qui, dans I’étre humain, est irréductible aux facteurs purement biologiques et aux processus psychiques strictement individuels. Tous les phénomenes corporels ou psychiques ne sont donc pas exclus du domaine de la sociologie pour autant qu'ils puissent étre considérés comme « sociaux ». ‘Tableau 1.1 - Typologie des sciences de l'homme et de la société Disdpines ae ae erenetives, expérimontales: observation Trill dt | coi mda, | Hil striae, hutore «rodent» [POSED seslogie Les connaissances sur etre humain et la société peuvent etre rangées en trois catégories : sciences expérimentales, sciences normatives, sciences d'observation. 14.2 Lémergence du raisonnement sociologique Discipline jeune, la sociologie est parfois considérée comme moins « avancée », moins « scientifique » que d’autres. Pourtant, elle est issue d’une longue histoire de pensée de plus en plus élaborée sur le monde social. Le raisonnement sociolo- ique s'est progressivement détaché des raisonnements de types normatif et spéculatif, comme ceux développés par la théologie, la métaphysique, le droit, la philosophie politique. Par opposition, le raisonnement sociologique posséde trois caractéristiques : il est indépendant de considérations morales et politiques, ancré dans les faits (empiriquement fondé) et 11 doit faire Vobjet d’un controle collectif, qui a pour but sa validation. 1.2 Naissance de la pensée sociologique 1.24 L’émergence d'une pensée rationnelle sur Ie monde social La naissance de la pensée sociologique est antérieure a Yapparition du mot utilisé pour la désigner : en Occident, la réflexion sur le « monde social » émerge des ’Antiquité, plus particuliérement I’Antiquité grecque. Cette pensée philoso- phique et politique donne liew & la premiere forme prise par la pensée sociologique, si Yon entend par la une tentative pour penser les phénoménes humains de nature collective dans un cadre rationnel. En Orient, la pensée de Confucius constitue a certains égards la premitre « théorie » rationnelle de la société (traditionnelle), centrée sur la notion d’harmonie et sur I'im- portance du rituel pour le maintien de l'ordre social. 1.2.2 Naissance de la sociologie A partir du xvir® sidcle, la pensée sociologique se consolide, se précise et s'approfondit. En suivant Johan Heilbron, on peut considérer que histoire « prédisciplinaire » de la sociologie a connu trois phases successives : Les fondements historiques ~ éclosion de théories sociales séculidres (comme celles de Montesquieu et Rousseau) entre 1730 et 1775 ; ~ Vintégration des concepts et représentations modernes dans une problématique scientifique explicite (avec notamment Condorcet et Cabanis) entre 1775 et 1814 ; — la diffusion plus large des théories sociales, la diversité des approches et un début de « disciplinarisation » (avec la figure d’Auguste Comte) entre 1814 et le milieu du xn sidcle, Le mot « sociologie », souvent attribué a Comte, apparait pour la premiere fois, en francais sous la plume de Yabbé Sieyés. 1.2.3. Latradition de Penquéte sociale au xix* sidcle Das le début du xix* sidcle, I'investigation sociologique se développe aussi sous une forme concrete : ce sont, en France, les enquétes philanthropiques, puis les enquétes d’hygiéne publique comme celles de L.-R. Villermé, centrées sur les mala- dies professionnelles, la mortalité, etc. A partir des années 1830, des enquétes officielles sont menées sur l'enseignement primaire, le travail des enfants, le monde ouvrier. Un processus similaire se produit en Grande-Bretagne et en Allemagne. Cette approche se déploie sous la forme de monographies avec un objectif de réforme sociale. Une école sociologique se constitue autour des recherches de Frédéric Le Play et de la Société d’économie sociale. Ne séparant pas les objectifs scien- tifiques et pratiques, Le Play tire de ses monographies, qui portent principalement sur le monde ouvrier, des propositions de réforme sociale. Il place en particulier la famille, unie sous Yautorité paternelle, a la base de ordre social, confortant la philosophie traditionnelle. ss¢randesotonsdelasoctogie 1.3 La sociologie dans espace des sciences 13.4 Lahiérarchie des sciences selon Auguste Comte Trés vite se pose la question de la place de la sociologie par rapport aux autres disciplines. Auguste Comte considére que, étant la plus jeune des « sciences positives », elle a vocation & « couronner » l'ensemble de celles-ci, car elle étudie le niveau le plus complexe de la réalité. Cette Iégitimation théorique marque la discipline : elle en fait une science naissante aux ambitions générales. 1.3.2 Sociologie et philosophie La sociologie se présente, qu’elle se reconnaisse ou non dans Ja pensée d’ Auguste Comte, comme une science empirique et non comme une pure spéculation (théologique, métaphysique, politique, morale). Elle reprend a la philosophie ’ambition de connaitre l'action humaine dans toute sa spécificité. Dés lors, les relations entre sociologie et philosophie sont marquées par deux tentations en partie contradictoires : d’un cdté, le rejet par la sociologie de la philosophie comme relevant de ce que Comte appelle I’« Age métaphysique », définitivement dépassé par I's ge positif », de l'autre, chez certains philosophes, la restriction de I'univers de la sociologie a la production de faits sans implication théorique. BORLANDL M., BOUDON R., CHERKAOUI M, VALADE B. (2005). Dietionneire de a pensée soiologique. Paris : PUF HEILBRON J. (2006), Naissance de la sociologie. Marseille: Agone. KALAORAB. SAVOYEA. (1989) Les Inventeursoubllés: Le Ply et ses continuateurs aux origines des sciences sociales, Seyssel : Champ Vallon (© Dunos-— Tout repreducon non ute ua dt Lestondementsisoraves Lepenies W. (1990). Les Trois Cultures. Entre science et littérature, Vavénement de la sociologie. Paris : La Maison des sciences de homme, 1 éd. 1985. site Web ttpil/wwwaliens-socio.org/ (Le portall de la sociologie en France). 2. La sociologie comme science 24 Laconstruction d’un savoir sociologique 1 Les étapes de la démarche sociologique La démarche sociologique repose sur une série d’opérations scientifiques : ~ Vaffirmation de la spécificité du fait social (cf. p. 3-6) ; ~ la définition de celui-ci ; = la formation d’un lexique technique et d'un corps hypotheses propres ; ~ la constitution de dispositifs de recueil et de traitement de Yinformation ; =a mise en place de procédures de vérification et de validation des hypothéses. 2.12 Sociologie, sciences expérimentales et sciences historiques Plusieurs voies se sont présentées trés tot pour établir la sociologie en tant que science : certains, en particulier autour de Durkheim, affirment Fidentité fondamentale de la démarche sociologique et de la méthode expérimentale telle qu’elle a @é formulée, notamment, par le biologiste Claude Bernard (1865) ; d'autres, notamment en Allemagne autour de Wilhelm strands atin del soli Dilthey (1883), insistent plut6t sur la séparation iréductible entre les « sciences de la nature » et les « sciences de I’esprit ». Lrespace de la sociologie est délimité par ces deux positions 6pistémologiques. La premiére met en avant explication des «régularités » qui gouvernent les sociétés indépendamment des intentions individuelles, la seconde V'interprétation des actions historiques & partir du sens que leur donnent les acteurs. 2.2 Alarecherche du fait social 2.2.4 Une définition Le fait social peut étre défini, plus précisément, par oppo- sition au fait physique, chimique, biologique, mais aussi au fait psychique individuel, comme tout ce qui, dans la réalité humaine, dépend d'une maniére ou d'une autre des relations interindividuelles (interpersonnelles) directes ou indirectes (ce qui inclut donc les significations interindividuelles associées & une action individuelle) 2.2.2 Emile Durkheim et le fait social Avec fimile Durkheim, le fait social est caractérisé par sa généralité, son extériorité et son caractére contraignant. « Est fait social toute maniére de faire, fixée ou non, susceptible d'exercer sur individu une contrainte extérieure ; ou bien encore, qui est générale dans ’étendue d’une société donnée tout en ayant une existence propre, indépendante de ses mani- festations individuelles » (Les Regles de la méthode sociologique, 1895, p. 14). Le raisonnement sociologique est a la fois causal et empi- rigue :ils‘agit d’@tablir les facteurs sociaux de phénoménes les plus divers. « La premiére régle et la plus fondamentale est de considérer les faits sociaux comme des choses » (ibid., p. 15), Cest-a-dire de fagon objective. Lestondemens hitoraues 2.2.3 Lasociologie comme science historique Dans une tradition issue de la philosophie allemande, la sociologie est d’abord définie comme une science historique, donc interprétative. Mais elle n’abandonne pas non plus l’ob- jectif d’une explication causale des phénomenes sociaux. Les processus historiques peuvent en effet étre interprétés et expli- qués en se référant au sens subjectif que les acteurs donnent a leur action. 2.3. Les pratiques sociologiques au xix‘ siécle 234 Entre « statistique morale » et monographie Avant que la sociologie ne se constitue comme discipline universitaire, des dispositifs de production d'information sociale se sont développés, en particulier au xix* siécle. La « statistique morale » fournit une source de données & la pensée sociologique (avec d’abord les données d'état civil : naissances, morts, mariages, etc., les données sanitaires, etc.). Llenquéte « monographique » se développe également au xixt sidcle et fournit des observations fines, par exemple sur les dépenses et Ia structure sociale des familles ouvriéres. 2.3.2, Méthode comparative En s‘appuyant notamment sur les données recueillies par la statistique morale, les sociologues dans la tradition durkhei- mienne déploient instrument de la comparaison, dans le temps et dans l’espace. La comparaison est le substitut en sciences sociales de I’expérimentation. ee 2.4 Vinterprétation en sociologie 2.4.1 Compréhension ou explication ? Autour des notions de compréhension et d'explication s'arti- culent deux conceptions de la démarche d’interprétation en sociologie. Dans la tradition subjectiviste, la sociologie ne cherche pas a établir de « lois » objectives. Il s‘agit plut6t de reconstituer par la compréhension le sens subjectif de l'action des acteurs pour interpréter les faits historiques dans toute leur singularité, Pour comprendre la Révolution frangaise, on cherche a comprendre le sens, les représentations et les valeurs que les divers acteurs de celle-ci ont engagés dans le processus révolutionnaire. La démarche compréhensive ainsi entendue n’échappe pas a la nécessité de recourir a des dispositifs de connaissance, tels que la construction d’idéaux-types, la construction concep- tuelle épurée ne retenant que certains traits abstraits d’un phénoméne. Dans une orientation plus objectiviste, la compréhension de action individuelle suppose d’abord la connaissance de l'en- semble des déterminants sociaux qui la conditionnent (normes sociales, contraintes, dispositions intériorisées...). Comprendre action « de l'intérieur » et accéder au systéme complet des causes qui la fagonnent « de extérieur » sont alors les deux aspects d'un méme processus. 2.4.2. Lois d’évolution versus sociologie du singulier ? Si la sociologie est une science historique et interpréta- tive qui ne peut découvrir de lois universelles au sens de la physique, quelles connaissances nouvelles apporte-t-elle ? Lexemple par excellence est analyse par Weber de la nais- sance et du développement en Occident d’une organisation de économie structurée autour de la propriété privée des moyens | wetness j de production et de 'accumulation rationnelle, le capitalisme. Léthique ascétique des sectes putitaines, qui valorise l’épargne et le travail, est I'une des causes de ce processus : est 'expan- sion d’un ethos, un systéme de valeurs mis en ceuvre dans la pratique quotidienne des acteurs sociaux qui contribue au succés du capitalisme moderne en Occident. A Vopposé, le confucianisme, qui dévalorise le commerce, érige les lettrés en caste séparée et les fonctionnaires en groupe dominant, constitue tn facteur limitatif pour le développement capitaliste de Orient a partir des xvi-xvut sidcles. our aller plus loin > BERTHELOT J-M. (1995). Durkheim 1895. Les Régles de la méthode sociologique. UAvénement dela sociolgie scientifique, Toulouse Ife Dunk €. (1986). Les Régles de la méthode sociologique. Paris, PUF, coll. « Quadrige », 22" édition ‘Weer M. (1995). Economie et société, t. | « Les catégories de la sociologie », t. Il « Lorganisation et les puissances de la société dans leur rapport avec''économie ». Paris: Pocket. 3. _ La tradition sociologique 3-1 Lanotion de « fondateur » 3a1 Les trois « fondateurs » Test courant aujourd'hui dans les cursus et les manuels fran- ais de sociologie de présenter la sociologie comme issue des ceuvres de trois grands « fondateurs » : Karl Marx (1818-1883), Emile Durkheim (1858-1917) et Max Weber (1864-1920). Leurs apports ne peuvent pas étre mis sur un méme plan car leurs ‘© Duned- Toute repedton non totes un 35 grandes notions de la sociologie contributions sont de natures différentes. Insister sur ces trois auteurs ne doit pas non plus conduire a oublier les apports autres sociologues, comme Spencer, Le Play, Simmel, Pareto, Schumpeter, Mauss, etc. 3.1.2 Actualité de Poeuvre des « fondateurs » Les « fondateurs » ont posé les bases de démarches et de problématiques qui restent largement valides dans le monde contemporain, caractérisé par des processus comme le déclin et les transformations de univers religieux, I'expansion du capitalisme et les tensions et désordres multiformes qui 'ac- compagnent, l'affirmation de I'Etat, celle de l'individu. Ils ont mis au jour des processus sociaux que l'on continue de voir Yoeuvre aujourd'hui: la rationalisation et la bureaucratisation, les relations structurelles entre désorganisation et pathologies sociales, les rapports d’exploitation et de domination consti- tutifs de économie capitaliste, etc. 3.2 Karl Marx et la dynamique historique Marx n’est pas & proprement parler sociologue, mais écono- miste, philosophe et militant. Sa contribution a la pensée sociologique est néanmoins fondamentale. Il s'est concentré sur le conflit structurel qui se noue, au sein d’une société, dans Vorganisation de lactivité productive, c'est-a-dire au sein des entreprises. Son objet est en premier lieu relatif aux sociétés «industrielles » telles qu'il les voit se constituer au xx siécle en Grande-Bretagne, en France et en Allemagne ; mais sa problé- matique a une portée beaucoup plus vaste. La conception des sociétés développée par Marx met I'ac- cent sur importance des facteurs économiques dans les dynamiques historiques. Les forces productives (innovations technologiques, capital accumulé, niveau de qualification de Ja population) et les rapports de production (relations entre groupes et individus au sein du syst8me productif, conflits pour le partage de la valeur) constituent le soubassement matériel objectif de l'ensemble des phénomenes sociaux. | Lestondementshiteraves IE f } | Comment utiliser Marx en sociologie? Etudier une société dans la perspective inaugurée par Marx consiste d’abord & caractériser I’état des forces productives et des rapports de production qui lui sont propres, ce qui implique d'étudier la structure de classes et les relations entre groupes sociaux dans un contexte historique donné, puis 3 en inférer des effets relatifs aux enjeux les plus divers : idéologiques, politiques, mais aussi intellectuels et culturels. On peut ainsi sinspirer de travaux d’historiens marxistes comme Albert Soboul sur la Révolution francaise, Edgar P. Thomson sur la formation de la « classe ouvrigre » britannique, Eric Hobsbawm sur le « court xx" sibcle », etc. 3.3. Emile Durkheim et les croyances collectives Durkheim ne se contente pas d’entreprendre de fonder la sociologie comme science. Entouré d’une équipe de jeunes chercheurs, comme Francois Simiand, Maurice Halbwachs, Marcel Mauss, il réalise une série de contributions empiriques majeures, qui vont participer a I'accumulation initiale des connaissances sociologiques. ~ Les transformations de la division sociale du travail sont étudiées a partir des formes successives prises par le droit. On passe ainsi de sociétés dominées par la « solidarité mécanique » (communautaires) a des sociétés dominées par la « solidarité organique » (plus individualisées) au fur et & mesure de la différenciation des activités sociales. © Duro Toue pod non ose et un TD sserrces rotons dea socilege ~ Létude quantitative du suicide montre qu’il s'agit d’un phénoméne social et non strictement psychologique. Les différences entre les taux de suicide renvoient 4 des variations dans le degré d’intégration et la régulation des comportements des individus 4 Vintérieur de groupes sociaux. ~ Vévolution religieuse des sociétés humaines est un processus social fondamental, qui est a Vorigine de l’émergence des catégories de l'entendement (temps, espace, causalité...). 3.4 Max Weber et Ia sociologie de la domination Weber, juriste et économiste de formation, se rattache a 'ori- gine a une école de pensée économique connue sous le nom d'« école historique allemande ». Il se penche comme Marx sur les dynamiques historiques des sociétés, en accordant un rOle important & des facteurs tels que les croyances religieuses et en récusant une perspective évolutionniste naive. Weber cherche a comprendre la spécificité de histoire de ’Occident et de la fabrication d'un type d’homme qui I'accompagne. Il la met en relation avec I’histoire universelle, mais sans en faire le point d’aboutissement nécessaire de celle-ci. Il construit ainsi une théorie sociologique fondée sur un usage systématique de la comparaison historique, en premier lieu relative aux grandes religions (judaisme, chris- tianisme, islam, hindouisme et bouddhisme, confucianisme et taoisme...) et a leurs prescriptions concernant les conduites de vie. Au sein de chaque religion sont en rapport plusieurs types d'acteurs sociaux : les détenteurs professionnels du « savoir » religieux, les prophétes, les laics... Weber rattache le fait reli- gleux a des besoins sociaux ordinaires qui se cristallisent dans des « conduites de vie », qu'il appelle ethos ou habitus. Lestondementshistosques Max Weber construit une théorie de la domination et de la légitimité. Il distingue la légitimité rationnelle-légale (fondée sur des procédures universelles), la légitimité charismatique (sur la croyance en la singularité du chef) et la légitimité tradi- tionnelle (sur Yobéissance a la coutume). 3.5 Des fondateurs complémentaires ILest courant d’opposer les « fondateurs » les uns aux autres en leur attribuant des conceptions diamétralement opposées de la sociologie. Or ils partagent une méme démarche : rationnelle, largement indépendante de considérations morales ou poli- tiques préalables (méme si leur « rapport aux valeurs », selon Yexpression de Weber, les oriente vers certains problémes), fondée sur les faits, ouverte a la réfutation empirique. S COLLIOT-THELENE C. (2006). La Sociologie de Max Weber. Paris : La Découverte. | DUMENL G., Loewy M., RENAULT E. (2009), Les 100 mots du ‘marxisme. Paris: PUF. ‘STEINER P. (2005). La Sociologie de Durkheim. Paris :La Découverte, aed. Site Web ttpil{classiques.ugac.ca/ (Classiques des sciences sociales en ligne) THEORIES ET METHODES DE LA SOCIOLOGIE ‘© Denad Toute eration non autores wn dt Tories et méthodes dela socloge 1, _Les interactions 1.41 Latradition sociologique de Chicago ta Les deux écoles de Chicago C'est & Chicago, des la fin du xix* sigcle, qu’apparait, au sein du premier département universitaire de sociologie, un mouvement de recherche qui va imprimer a Ja discipline une orientation résolument tournée vers ’enquéte de terrain et Yobservation. On associe a la « premiére école de Chicago », celle du début du xx* sidcle, les noms de Robert Park, Ernest W. Burgess et Ellsworth Faris ; a la « deuxiéme école de Chicago », qui prend son essor aprés 1950, ceux de Howard Becker, Anselm Strauss, Erving Goffman. Les sociologues dans la tradition de Chicago congoivent leur discipline comme scientifique, objective et non tournée vers Faction comme les réformateurs sociaux : ils souhaitent arracher la science sociale 4 une perspective essentiellement normative et politique. Ce qui les réunit est la priorité qu’ils donnent au travail empirique et a une démarche inductive. 44.2 Une sociologie dans la ville On qualifie fréquemment la ville de Chicago au début du xx* sidcle de « laboratoire social ». Ville d’immigration, elle se préte particuligrement bien a la multiplication d’enquétes de terrain portant sur des populations diversifiées et en perpétuel mouve- ‘ment : communautés de méme origine, catégories populaires marginalisées... La tradition de Chicago est particuliérement attentive aux différenciations de toutes sortes qui structurent Yespace social urbain. L’écologie urbaine consiste dans Vétude de ces phénomenes. La sociologie s’oriente vers des phénoménes sociaux de petite taille tels que les interactions, les petits groupes, les 35 grandes notions de la sociologie quartiers, les histoires de vie, etc. Cette posture attentive aux microphénomenes rapproche la sociologie de l’ethnologie et de ethnographic. Elle s‘intéresse tout particulirement aux groupes déviants, aux communautés ethniques marginalisées, ‘aux pratiques dominées et socialement peu légitimes, 1.2 Le récit de vie et la méthode biographique La sociologie dans la tradition de Chicago accorde une place importante aux récits de vie. Louvrage de Thomas et Znaniecki ‘The Polish Peasant (1918-1920) sert ici de référence. Il s'agit de restituer lexpérience extrémement riche dont les acteurs sociaux sont porteurs. Mais les trajectoires individuelles sont reliées a des processus plus généraux. De méme que Durkheim s'est penché sur les phénoménes d’anomie (voit p. 160-168), ‘Thomas et Znaniecki s‘intéressent eux aussi aux phénomenes de désorganisation sociale liés a un changement urbain rapide. Is insistent particulidement sur le rOle des attitudes et des valeurs des immigrés. 1.3 L’analyse des interactions Par interaction, on entend en sociologie une relation interper- sonnelle directe entre deux individus au moins : elle peut étre linguistique (€change verbal), physique ou visuelle. La notion interaction est sans aucun doute l'une des plus fondamentales en sociologie. On parle d’approche « interactionniste » (chez certains auteurs « interactionnisme symbolique >) pour dési- _gner une perspective théorique avant tout centrée sur la prise en compte des interactions. Les fondements théoriques de cette approche sont déve- loppés par divers auteurs. George Herbert Mead montre dans Mind, Self and Society (L'Esprit, le Soi, 1a Société, 1934) que Vindividu est construit par le regard des autres au cours d'un (© Dunot Te reprtucton non autre unt Théores et mithodes del socslogie ensemble d interactions. Erving Goffman montre comment certains individus sont « stigmatisés » du fait de particularités physiques ou morales (1963). 1.4 Les méthodes de la sociologie interactionniste = La grounded theory ou « théorie ancrée ». Barney Glaser et Anselm Strauss proposent de concevoir la théorie sociologique comme émergeant progressiverment du traitement de l'information empirique, dans un processus de généralisation progressif (approche inductive). ~ Lobservation. Le recours méthodique a diverses techniques @'observation est trés valorisé dans la tradition de Chicago, notamment pat opposition a des procédures de recueil «informations plus indirectes (questionnaires, entretiens) et @ fortiori aux statistiques officielles, toujours construites pat les institutions et complexes a interpréter. - Le comptage. Contrairement a une vision répandue, la tradition de Chicago ne se caractérise pas par un recours exclusif aux méthodes qualitatives, méme si celles-ci ont été abondamment utilisées dans cette tradition. La pratique du comptage est un outil important de Vobjectivation sociologique. Mais le sociologue se défie des statistiques dont la production n’est pas controlée. ~ Le récit de vie. attention aux trajectoires individuelles conduit & accorder une grande importance aux récits de vie et aux analyses biographiques. BECKER H. (1985). Outsiders. Etudes de sociologie de la déviance. Paris: Métal ‘CHAPOULIE J-M. (2001). La Tradition soctologique de Chicago, 1892- 1961. Paris: Le Seu. | BB ssrontes notin deisel Foor WuyTe W. (1996). Street Corner Society. La structure sociale un quartier latino-américain. Paris: La Découverte. GLASER B., STRAUSS A. (2010). La Découverte de la théorie ancrée. Stratégies pour la recherche qualitative. Paris : Armand Colin. GoFFMAN E. (1975). Stigmate. Paris : Ed. de Minuit. 2. _ Le structuro-fonctionnalisme 24 Dusystéme a Pacteur La sociologie américaine de I'aprés-Seconde Guerre mondiale est dominée par trois noms : Talcott Parsons (1902-1979), Robert King Merton (1910-2003) et Paul Lazarsfeld (1901- 1976). Elle trouve son unité dans un paradigme théorique, le structuro-fonctionnalisme, associé a une méthodologie prin- cipalement quantitative, positiviste. Ce courant se manifeste par la publication par Talcott Parsons en 1937 de La Structure de Vaction sociale (The Structure of Social Action), 2.41 Action individuelle et ordre social ‘Th€oricien de I'action, Parsons entend faire le lien entre Vaction individuelle et la permanence d’un ordre social rela- tivement cohérent et stable. C’est selon lui « I'intégration autour de valeurs communes » qui fonde un « systéme d'action sociale » Iui-méme relativement cohérent. La sociologie structuro-fonctionnaliste accorde donc une place centrale a la dimension normative de I’action et aux fonctions remplies par les institutions sociales. Ce modéle fournit un cadre théorique intégrateur qui marque profondé- ment la sociologie mondiale, en particulier dans les décennies 1950 et 1960. aR H i : i E Thor t mitodes ela sosotoge 2.1.2 Systémes et sous-systémes Tout systéme social est supposé devoir faire face A quatre enjeux : 'adaptation (@ l'environnement) [A], la poursuite des buts [G], l'intégration [I] et enfin le maintien des buts culturels (latence (L]). Cela conduit a distinguer quatre grands sous- systémes sociaux correspondants, ainsi que quatre syst&mes d'action. Tableau 2.1 — Le paradigme fonctionnel du systéme de Vaction chez T. Parsons (dit « schéma AGIL ») (Source : G. Rocher, Talcott Parsons et la sociologie américaine) Externe | Adopiotion (A) Poursite des bus (6) Interne | Lorene Ingato Parsons utilise le cadre de ce schéma pour analyser divers processus comme la socialisation, l'apprentissage, etc. 2.43. Les professions comme objet sociologique privilégié Parsons partage le théme de la différenciation des sociétés avec les sociologues européens (depuis Herbert Spencer). Les «< professions » (médecins, scientifiques, etc.) émergent de la division du travail et conquiérent une position dominante dans les sociétés modemes. Elles constituent des unités sociales spécifiques, avec leurs valeurs, leurs normes, les roles et les systémes d’action qui en découlent. Chaque profession est caractérisée par sa déontologie, son processus de socialisa- tion, des procédures de recrutement et d’avancement dans la carriéze, etc. Avec la famille, la profession constitue la deuxiéme unité fondamentale de ordre social. sserandesratons dea soeeogi 2.2. Des théories de niveau intermédiaire (middle-range theories) 2.2.1 Un fonctionnalisme assoupli Robert K. Merton développe une conception de la théorie sociologique en apparence moins ambitieuse que celle de Parsons : avec les « théories de niveau intermédiaire », il ne s'agit ni de renoncer a la théorisation sociologique au profit d'une approche inductive ni de s’éloigner des données empi- riques sur lesquelles elle repose. 2.2.2 Naissance et normes de la communauté savante La premiere grande recherche de Merton consiste, dans une perspective trés fortement marquée par Weber, a établir le lien existant entre l’éthique protestante et la naissance de Vethos scientifique au xvit sigcle en Grande-Bretagne. Le monde de la science est défini comme une communauté particuliére dotée de ses propres normes. Celles-ci sont a la fois des normes éthiques et des normes techniques, dont Merton effectue I’ana~ lyse systématique (voir p. 127-131). 2.3. Une sociologie mathématique 2.3.1 Venquéte quantitative en sciences sociales Lruniversité de Columbia est le lieu oft se développent rapidement apr’s la Seconde Guerre mondiale des pratiques d’enquéte par questionnaire qui fournissent a la sociologie américaine une base empirique quantitative. Au niveau inter- national, tout un réseau d’enquétes quantitatives se struc- ture, notamment autour de I'Association internationale de sociologie. {© Danud ~The repodcton no autores an Théories et méthodes de la sociologie 2.3.2, Une méthodologie fondée sur les relations entre variables La sociologie quantitative établit des relations entre diverses variables et cherche a faire apparaitre des causalités entre les divers facteurs. Dans les années 1960, les méthodologues insistent tout particuligrement sur la complexité de la causa- lité en sociologie. 2.3.3 Lamathématisation de la sociologie La mathématisation de la sociologie est l'un des objectifs développés dans les années 1960, notamment autour de Paul Lazarsfeld et Raymond Boudon. Les mathématiques sont introduites a divers niveaux dans les cursus de sociologie, des revues de mathématiques en sciences humaines apparaissent. Ce projet de mathématisation se heurte cependant a de trés nombreuses difficultés, jusqu’a aujourd’hui, méme s'il demeure un « idéal régulateur » pour beaucoup de sociologues. 2.4 Le structuro-fonctionnalisme face a ses critiques 2.44 Lacritique interactionniste Pour les interactionnistes, normes et rles sont plutot le résultat de processus d’interactions que le produit de 'inté- riorisation de valeurs communes. L'approche interactionniste fait émerger les normes de I'interaction et décrit l’émergence des professions a travers des processus de monopolisation et de légitimation : une profession se construit en s‘appropriant une « juridiction », selon l'expression d’Andrew Abbott (1988) sur un domaine d’activité et en imposant des criteres d'accé’s A cette activité. Les statistiques utilisées par les structuro-fone- tionnalistes sont, parfois, jugées peu fiables ou trop globales. BEB) ss rons notion soil La posture qu'ils adoptent prend insuffisamment en compte leur caractére socialement construit au jour le jour. 2.4.2, Vethnométhodologie Adoptant une position-limite, les ethnométhodologues considérent que la sociologie ne peut prétendre opérer de rupture par rapport a la connaissance ordinaire et quelle doit se contenter d’étudier les modalités de celle-ci, en partant de Yanalyse des connaissances ordinaires mises en oeuvre au jour Je jour par les acteurs. La sociologie se déplace vers une socio- ogie cognitive, attentive a la complexité des savoirs et savoir- faire ordinaires, 2.4.3 La théorie de action rationnelle Pour les tenants de la théorie de action rationnelle issue de la théorie économique et en sociologie des travaux de Gary Becker et James Coleman, la sociologie structuro-fonctionna- liste accorde trop de place aux structures et aux contraintes au détriment des choix individuels et de leur compréhension subjective. Elle promeut selon eux une conception « sursocia- lisée » de V@tre humain. La notion de norme est rejetée comme faussement explicative. plus loin <5 > BOUDON R. (1970). Les Méthodes en sociologe. Paris: PUF. MERTON R. K (1998). Eléments de théorie et de méthode sociologique. Paris: Armand Colin, deriére édition Rochen G. (1972). Talcott Parsons et a sociologie américaine. Paris: Pur. SaiT-MaRTIN A. (2013). La Sociologie de Robert K. Merton, Pais: La Découverte coos Théores et méthodes dela soctogie 3. __ Les écoles sociologiques en France 3.1 La sociologie frangaise aprés Durkheim 3.1 L’éclipse de la sociologie durkheimienne aprés les années 1930 Ala différence de la sociologie américaine de Vaprés-guerre, relativement unifiée autour de I’école « structuro-fonctionna- liste », la sociologie francaise a toujours présenté une apparence assez diversifiée. La sociologie durkheimienne a été dominante du début du xx* sidcle jusqu’aux années 1930, sans parvenir 4 s/institutionnaliser en dehors de la revue L’Année sociologique, mais d'autres orientations, comme celles de Frédéric Le Play ou de Gabriel Tarde, ont profondément marque la discipline. Lécole durkheimienne a connu une certaine éclipse durant Vaprés-guerre, tout particuligrement a partir de la seconde moitié des années 1930, 3.4.2 La sociologie frangaise de Vaprés-guerre, entre sociologie empirique et grande théorie Aprés-guerre, la sociologie empirique se reconstitue en premier lieu autour de Ia sociologie du travail, représentée notamment par Georges Friedmann et Pierre Naville. Il s‘agit alors d'un domaine socialement important, en France comme dans de nombreux pays d'Europe : la poussée du mouvement ouvrier, les preoccupations liées a la quéte de la producti- vité forment un contexte favorable a Vétude des réalités du travail. La critique du modéle taylorien menée aux Etats- Unis (voir p. 107-110) est également d’actualité en Europe de Ouest. D’autres domaines de recherche se développent en France autour de Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) et de l'Institut national d’études eee démographiques (Ined), comme l'étude de la stratification et de la mobilité sociales. Un autre péle est incaré par les « théoriciens », des socio- logues généralistes qui développent des systémes théoriques (Georges Gurvitch) ou réalisent de grandes fresques compara- tives sur les sociétés industrielles Raymond Aron). 3.2 Les écoles sociologiques francaises contemporaines 3.2.1 La sociologie dynamique Alain Touraine débute sa carriére de sociologue comme spécialiste du travail industriel au début des années 1960. Puls, il construit un modéle théorique centré sur les notions de « société industrielle » et de « société postindustrielle ». Une méthode particulire est associée a cette théorie: Vintervention sociologique. Réunissant des acteurs sociaux autour du sujet de Venquéte, le sociologue leur soumet des hypotheses et les fait réagir a ses analyses. Il en résulte une approche intégrant la diversité des points de vue des acteurs et leurs réactions a analyse sociologique. Cette sociologie invoque le « retour de Yacteur » ou du « sujet » dans l'interprétation sociologique, sujet qui aurait été oublié dans les années 1960-1970, notam- ‘ment sous V'influence marxiste. De nombreux travaux issus de I’école d’Alain Touraine ont &té réalisés depuis les années 1960, sur les nouveaux mouve- ments sociaux, le mouvement ouvrier, les lycéens, les étudiants, Ie communautarisme, I'Amérique latine, la Russie... Ils ont en commun de mettre au premier plan 'expérience des acteurs sociaux et de décrire une société postindustrielle caractérisée par des enjeux souvent éloignés de ceux qui caractérisaient la société industrielle, Plus récemment, les représentants de cette école (Francois Dubet, Michel Wieviorka) critiquent le ‘© Dunos Tut production aon arse et un det Théores et méthoces del soclogie « nationalisme méthodologique » qui caractériserait encore trop souvent les recherches sociologiques. 3.2.2 La sociologie de Vaction stratégique Les travaux de Michel Crozier sur le phénomene bureaucra- tique sont le point de départ d’une conception centrée sur les relations entre acteur et systéme au sein des organisations. La notion de stratégie est fondamentale dans ces recherches. Dans cette tradition, l'étude des organisations accorde une grande place aux acteurs et leur comportement face aux régles qui caractérisent le systéme. Aopposé de la conception wébérienne qui identifie large- ment bureaucratie et rationalité, les analyses des organisations mettent I'accent sur le « cercle vicieux » de lorganisation bureaucratique et la complexité des jeux et enjeux interes a une organisation. Cette tradition s’est beaucoup renouvelée a la lumiére des développements internationaux en sociologie économique et en sociologie des organisations. 3.2.3. Vlindividualisme méthodologique Lindividualisme méthodologique se réclame d’une longue tradition intellectuelle, dont Weber, mais aussi dans une certaine mesure Marx et Durkheim, seraient des représentants. Il s‘agit d’expliquer les faits sociaux en partant des motiva- tions et croyances des acteurs individuels, tout en intégrant les conditions systémiques de leur action comme cadre rela- tivement contraignant. L'agrégation de choix individuels peut ainsi engendrer des effets pervers ou plus largement non voulus. Dans la conception élargie synthétisée en France par Raymond Boudon, les acteurs individuels agissent 4 partir des « bonnes raisons » qu’ils ont de le faire. La rationalité BEd ss sronces notions dela soca instrumentale (arbitrage codt/bénéfice) des économistes n’en est donc plus qu’un cas particulier. 3.2.4 Le structuralisme constructiviste La théorie de la pratique développée par Pierre Bourdieu se fonde sur une conception de ’action articulée autour de la notion de disposition (voir p. 99-102). Les agents sociaux inté- riorisent les structures objectives a travers le processus de socia- lisation : ces structures intériorisées constituent les habitus. Les actions individuelles sont indissociables de ces structures inté riorisées, méme si une part d’invention est toujours possible, notamment dans des contextes de changement, mais cette invention repose sur les possibilités de ’habitus. Lespace social est structuré pat des oppositions relatives a la distribution inégale des capitaux (économique, culturel, social, symbolique...), en particulier des oppositions relatives au volume et & la composition du capital (voir p. 47-56). Les champs sont les univers sociaux relativement autonomes, od des agents rivalisent pour le monopole de la production et de la répartition d’un bien spécifique. Dans le champ litt raire par exemple, l'enjeu principal est la reconnaissance de la valeur proprement littéraire. Les champs sont des « modéles réduits » de espace social global, caractérisés par des espéces particuliéres de capitaux, inégalement distribués. 3.2.5 Les courants constructivistes, pragmatiques et interactionnistes Les courants constructivistes francais trouvent pour une part leur origine dans la réflexion menée autour de Luc Boltanski, Alain Destosiéres et Laurent Thévenot autour des catégories socioprofessionnelles, puis ce qu’ils appellent les « économies de la grandeur » : les « cités » sont des univers de référence, Théores tméinodes del soclogie régis par certaines « grammaires » de 'action et du discours. D/autres auteurs se réclament plus de la tradition pragmatique ou de I'interactionnisme et développent une sociologie inter- prétative plus ou moins fortement ancrée dans l'enquéte de terrain. La sociologie pragmatique est attentive a toutes les formes de construction sociale de la réalité, du niveau le plus microsocial jusqu’aux aspects les plus globaux. 3.3 Quelques enjeux de la sociologie frangaise contemporaine 3.34 Enquéte de terrain et dépassements de I’ethnocentrisme Un important courant de recherche dans la sociologie francaise contemporaine se caractérise par l'affirmation de la nécessité de V'enquéte de terrain et de observation directe. I rapproche la sociologie de l’ethnologie et se nourrit de la référence a l’école de Chicago, dont les travaux ont été traduits ct largement diffusés. Howard Becker est l'un des sociologues de référence de ces auteurs. 3.3.2. Moyennisation ou « retour des classes sociales »? Issu en partie des recherches menées autour d’Henri Mendras et Louis Dirn, fortement inspiré par la sociologie anglo-saxonne de la stratification, un groupe de chercheurs entend fournir une analyse systématique des transformations de la société francaise contemporaine, a partir de données d’enquétes diver- sifiées. En s‘appuyant sur diverses techniques statistiques, ces chercheurs entendent déterminer précisément quelles sont les tendances lourdes de la société francaise, en particulier en ce qui concerne les inégalités économiques et sociales et, de plus en plus, leur perception par les individus et les groupes. _35 grandes notions de la sociologie 3 Vanalyse géométrique des données et la théorie des champs 3. Lexistence d'une tradition statistique issue de recherches menées en France a partir des années 1960 autour de Jean-Paul Benzécri a eu un role important au sein de la discipline socio- logique en France. L’analyse des correspondances (en particu- lier Vanalyse des correspondances multiples, ACM), souvent appelée « analyse factorielle », est une des techniques statis- tiques les plus utilisées en sociologie. Avec la notion de champ, la relation entre théorie sociologique et méthodologie statis- tique sous-tend un ensemble de travaux empiriques contem- porains, notamment dans le domaine de la sociologie de la culture, mais aussi en sociologie économique. Pour aller plus loin Sy ‘ACCARDO A. (2006), introduction @ une sociologie critique. Lire Pierre Bourdieu. Marseille: Agone. BERTHELOT JoM. (2003). La Sociologie francaise contemporaine. Paris: PF, 2 éd. GALLAND O., LEMEL Y. (201). La Société frangalse. Un bilan sociologique des évolutions depuis Vaprésguerre, Pars, Armand oii. LeBaron F., MAUGER G. (dir) (2012), Lectures de Pierre Bourdieu Paris: Elipses. Site Web httpsnvvcliens-socio.org (Ie portal de la sociologie en France) roan ‘Théories et méthodes de la sociologie statistique 4A tiques en sociologie 4.1.4 Les fondements statistiques de la sociologie La sociologie repose sur une « assise statistique », selon Vexpression de Frangois Héran (1984). Depuis les recherches de Durkheim sur le suicide (1897), les types dé données et les techniques statistiques utilisées ont évolué. La conscience du caractére construit, et donc des limites, de la statistique sociale a également progressé, nourrissant les enquétes d'un sprcrott de réflexivité. / 2 | 4.1.2 Quels types de données? LE Les statistiques utilisées en sociologie sont essentiellement_ des données d’observation. On distingue usuellement : celles issues de fichiers ou registres administratifs ; celles issues des recensements de la population ; celles recueillies par le moyen de questionnaires sur des échantillons de tailles trés variées en fonction des objectifs et les conditions de I'enquéte ; celles issues de la reconstitution d’informations biographiques & partir de sources d’archives diverses (« prosopographie ») ; les données textuelles, bibliométriques et issues d’observations directes ; les données des comptes nationaux et des indicateurs synthétiques regroupant des informations issues de modes de collectes divers. Ces données sont produites par des institutions ou des acteurs eux-mémes diversifiés : administrations, entre- prises, organismes de statistique publique, instituts d’études de marché et de sondages, centres de recherches universitaires, 2 randes ations de a seco 4.13. Limites des données sociologiques Les données issues d'un enregistrement administratif posent divers problémes. Le principal est lié a 'opération de classifica- tion. Les systémes de classement officiels n’ont que rarement le caractare universe] qui les rendrait valides sans limitation dans le temps et I'espace. Dans certains cas, le questionnaire auprés d'un échantillon de taille suffisamment importante apparait aux cheycheurs comme un recours face aux déficiences de I’inforn’ administrative. Le questionnaire suppose en particulier ui production de discours ; celle-ci dépend du contexte et des caractéristiques des locuteurs. Parmi les principales critiques que l'on peut adresser aux questions d’opinion : le caractére trés particulier des échantillons prélevés compte tenu de l'im- portance actuelle des refus de réponse ; la sous-évaluation des non-téponses ; la signification fragile de nombreuses réponses qui sont en quelque sorte arrachées aux enquétés. Le travail prosopographique ou sur un corpus de texte souleve certaines difficultés. Les principales d’entre elles portent sur la définition de la population ou du corpus étudiés, ainsi que sur les limites de Vinformation accessible (informations absentes pour certains individus, hétérogénéité des textes du corpus, etc.) La construction d’agrégats et d'indicateurs a des fins de synthése de l'information économique et sociale pose de nombreux problémes souvent sous-estimés par les usagers de ces données qui circulent en permanence dans ’espace publi choix des indicateurs de base, des pondérations, conventions de calcul (comme dans I'indice des prix la consommation). Tories etmethodes dei socio EB 4.2 Les méthodes statistiques en sociologie Confrontés a des données statistiques recueillies ou non par eux, de qualité variable, plus ou moins aisées a interpréter, les sociologues ont a leur disposition l'ensemble des techniques issues des développements de la statistique. 4.24 Les tableaux de contingence Llutilisation des tableaux de contingence permet de préciser quelles sont les liaisons entre deux variables et d’étudier leur structure. L’étude des tableaux de contingence est le « pain quotidien » du chercheur en sciences sociales. L’exemple qui suit est emprunté 4 Max Weber, dans L’Ethique protestante et esprit du capitalisme (1904-1905). Il donne les fréquences conditionnelles (pourcentages en lignes) des confessions dans les différents types d’établissement scolaire. La liaison positive ou attraction assez forte entre les moda- lités « protestants » et « Realgymnasien », et la liaison négative ou répulsion assez forte entre « catholiques » et « Gymnasien » conforte I'hypothése d'une affinité élective entre le protestan- tisme et les formations plus scientifiques et professionnelles : il s'agit pour Weber de mettre en relation un habitus religieux spécifique et certaines dispositions mentales et culturelles propres a favoriser l'investissement dans Vactivité économique. ee ae \ ‘Tableau 2.2 ~ Proportion des différentes confessions dans différentes institutions en Bade (1895-1891) (Source : Offenbacher, repris par M. Weber, Lébthique protestante et Vesprit du capitalisme, p. 74) ae eng wa Gymnasien ore) 4 «| 95 | 10 nea (lycées non 60 3 9 100 classiques) Oberreaecholon faeeotee| a |e | re oes Tealachlon (tees ® wo | 1 | 100 classiques) there neaeiene| 1 x | | es) ieee] a | [100 4.2.2. Les méthodes géométriques et la construction d’un espace social Les méthodes géométriques telles que V'analyse en compo- ssantes principales (ACP) et analyse des correspondances multiples (ACM) permettent de construire un espace social, en définis- sant une distance entre les individus statistiques a partir des variables retenues dans ce but (les « variables actives »). Les individus sont alors représentés sous la forme d’un nuage de points dans un espace multidimensionnel. Une fois l'espace défini par le choix des variables actives, analyse géométrique des données consiste réduire le nombre de dimensions de cet espace en créant un nouveau systéme cc © Danad~ Toate ero Theories et méthoes dela soctoge d’axes (appelés dimensions principales, axes factoriels, etc,), tel que la dispersion (variance) du nuage projeté sur la premiére dimension soit maximale et ainsi de suite pour les dimensions suivantes. Liinterprétation statistique d’une ACM s‘appuie sur ’étude d’un ensemble de valeurs numériques et sur celle de nuages de points. 4.2.3. Classification Le souhait de construire des classes d’individus sur la base des données et non d’a priori conduit a utilisation de méthodes de classification automatique, telles que la classification ascendante hhiévarchique (CAH) selon le critére de la variance. 4.2.4 Régression Le souhait de prédire la valeur d’une variable a partir de variables indépendantes conduit a approche de la régression, beaucoup utilisée en sociologie (surtout aux Etats-Unis), au moins depuis les années 1950. On utilise classiquement la régression linéaire pour les variables numériques, d'autres types de régression pour les variables catégorisées (en particulier la régression logistique). On peut chercher & prédire la réussite d'un éléve d’abord & partir du sexe, puis en ajoutant le lycée, puis la catégorie socio-€conomique de la famille, etc. Dans une perspective de prédiction, la valeur du coefficient R (ou de son carré R?), en tant qu’indice de qualité de 'ajustement, se doit «etre aussi élevée que possible. La régression met en jeu un schéma explicatif si Yon donne a la variable a prédire le statut de « variable a expliquer » et aux variables prédictrices celui de « variables explicatives » oer 4.2.5 Autres méthodes statistiques d’usage courant existe d/autres méthodes statistiques utilisées pour les données d'observation : = les modales log-linéaires dans l'étude des tableaux de contingence ; ~ les méthodes d’analyse de réseaux qui permettent de décrire et de visualiser les relations (« liens ») entre individus dans une unité sociale déterminée (une entreprise, une association...), beaucoup utilisées dans le domaine de la sociologie économique, de la sociologie des élites ; = les méthodes d’analyse des biographies qui visent a rendre compte de la probabilité d’événements individuels ; = Les méthodes d’analyse des séquences, issues de la génétique, qui permettent de classer les types de parcours individuels ; = les méthodes d’analyse « multiniveaux » qui visent & étudier les articulations entre différentes échelles (locale, régionale, nationale, etc.) de la réalité sociale ; 4.2.6 Les données textuelles Le travail statistique sur des données textuelles consiste a produire et 4 analyser des données qui peuvent étre fondées sur les occurrences, dans une logique qui va de la description a Vanalyse, mais aussi a partir d’un travail de construction théorique (linguistique et cognitif) préalable. 4.2.7 Vinférence statistique Dans une perspective inférentielle, on souhaite étendre la mise en évidence d’un effet au-dela de la seule population étudiée dans enquéte. On distingue l'inférence ensembliste, Vinférence fréquentiste et I'inférence bayésienne. = Inférence ensembliste : c'est le cadre d’interprétation qui se situe le plus directement dans le prolongement de 'analyse — (© Duned- Toute epadution nan vores end Tres et methods del socilogie descriptive. On veut situer le protocole observé par rapport a un ensemble de protocoles possibles. ~ Inférence fréquentiste: on suppose que les données constituent un échantillon au hasard de la population. = Inference bayésienne : comme V’écrit Henry Rouanet, « 'inférence bayésienne est la méthodologie statistique dans laquelle la probabilité retrouve son sens naturel : mesurer Vincertitude inhérente a aller du connu (les données) vers Vinconnu (le modéle). La statistique bayésienne, sous sa forme modérée (de Laplace a Jeffreys), est la méthode analyse inductive des données la plus en harmonie avec la philosophie d’analyse des données : la description d’abord, Vinférence ensuite ! ». 4.3 De Vinterprétation statistique a Pinterprétation sociologique 4.341 Les deux phases de l’interprétation On peut distinguer deux phases dans l'interprétation globale «une analyse statistique en sociologie : linterprétation statis- tique et l'interprétation sociologique. Cette derniére met en ceuvre un modéle explicatif (plus ou moins formalisé) et renvoie donc au cadre théorique de référence. La phase d’inter- prétation statistique proprement dite doit étre indépendante des hypothases et du cadre théorique posés au départ. 4.3.2. Statistique et explication, causalité et corrélation La question du caractére « explicatif » d’une analyse est souvent posée par les sociologues. On sait depuis longtemps que « corrélation n'est pas causalité ». L’explication reléve en propre du domaine des sciences sociales : la statistique permet de fonder des explications, de départager des théories explicatives opposées, mais elle ne fournit pas en elle-méme explication, sparenes roe delat Pouraller plus loin <> ibois P. (2011). Les Méthodes d’analyse d’enquéte, Paris: PUF. Comaessie J-C. (2001). La Méthode en sociologie. Paris : La Découverte. Lepanon F. (2006). L'Enquéte quantitative en sciences sociales Recuell et analyse des données. Paris : Dunod, MARTIN O. (2005). LAnalyse de données quantitatives. enquéte et ses méthodes. Paris: Armand Colin. Now M. (1998) Pourcentages et tableaux statistiques. Paris: PUP. Rovaner H., LE ROUX B. (1993). LAnclyse des données ‘multidimensionnelles, Pris: Dunod. Sites Web: httpyfiwmuinsee ffir (institut francais de statistique) http://www.observationsociete.fr/ (Ie site du Centre d’observation de la société, avec de nombreuses ressources) hetpulwworw.reseau-quetelet.enrsfispip! (pour accéder 8 des microdonnées issues d’enquétes) a 5. _Venquéte de terrain 5.1 observation 5.14 Une pratique scientifique élémentaire L/observation systématique est un instrument de base de la démarche scientifique. Il en est ainsi de l'observation clinique telle qu'elle est pratiquée dans les sciences médicales et psycho- logiques, qui est le fondement d’une accumulation de savoirs sur le corps et sur le psychisme, ou encore observation des planétes et de leurs mouvements en astronomie. ny SE © Denod-outeeprarton nn autre et va. Théores etnéthodes de socegte 5.1.2. La démarche ethnographique En sociologie, l'observation directe a longtemps été consi- dérée comme une technique d’enquéte subalteme, alors que les plus grands sociologues pouvaient s’appuyer dans leurs travaux sur des observations, parfois issues de leur propre expé- rience personnelle. Elle a plutot été associée a l'ethnographie, et, encore aujourd’hui, les techniques d’observation dites in situ sont souvent qualifiées d’« ethnographiques > 5.1.3 De Chicago & la codification des méthodes ‘Avec la « premiére école de Chicago », Vobservation avait acquis le statut d'une méthode d'investigation concréte en sociologie. Elle commence alors & faire objet d’une « norma- lisation » méthodologique et devient, dans les années 1970- 1980, l'une des techniques les plus utilisées de la discipline. Le caractére prolongé et répété de l'observation, le recours a des annotations précises et réguliéres, les plus systématiques possibles (avec le « caret de terrain » de Vethnologue), des enregistrements et des photographies, la pratique du codage, voire du comptage, tous ces dispositifs d’établissement critique des faits définissent désormais un ensemble de guides et ressources pratiques de lenquéte. 5.4 Vauto-analyse Llexpérience personnelle est la source de données socio- logiques. L’auto-observation, qui est le fondement de Vauto- analyse, a non seulement droit de cité en sociologie, mais elle apparait méme comme une condition de controle par le cher- cheur de ses propres biais sociaux. Une auto-analyse réguliére fait partie des conditions de réalisation d’un travail sociolo- gique controlé, ne serait-ce qu’en participant a l’objectivation des conditions de production des faits analysés. ED serondes notions deta secoge 5.2 Entretiens, textes, discours 5.2.1 Les matériaux linguistiques et visuels en sociologie La sociologie fait un usage abondant de matériaux linguis- tiques, de paroles et de discours écrits et oraux qui peuvent étre recueillis de diverses maniéres. La pratique de lobservation in situ conduit a recueillir des extraits d’interactions langagieres, de discours individuels (issus, par exemple, d’entretiens), de divers documents textuels. Ce recueil s‘accompagne de I'uti- lisation paralléle de photographies et de matériaux iconogra- phiques, voire de films. 5.2.2. Lentretien La technique de ’entretien permet de recueillir les discours dindividus bien choisis. La méthodologie de lentretien met Vaccent sur les conditions sociales de production du discours 4 est toujours concu dans une situation particuliére pour un enquéteur doté lui-méme de caractétes spécifiques. Cette tech- nique est enseignée en sociologie comme l'une des principales méthodes d’investigation, car elle permet de produire rapide- ment et a relativement peu de frais des informations situées et précises, et de saisir les enjeux qui traversent un univers social, une organisation, un groupe... Elle permet d’atteindre les représentations et les perceptions subjectives, a la fois complexes et situées. La misére du monde Dans La Misére du monde, un groupe de chercheurs réunis autour de P. Bourdieu étudie les souffrances sociales liées au retrait de état providence en France, & partir d’entretiens approfondis auprés d’agents situés dans des positions diverses de espace social. Ces positions ont en commun d'etre travaillées par des tensions:misére «de condition »(pauvreté), mistre «de position» ‘© Daned Tose repeduton non autre un Théories et méthodes de la sociologie (frustrations relatives, insatisfactions, déceptions). Il s'agit de construire un espace des points de vue et de comprendre a partir de chaque situation et trajectoire les fondements sociaux de la souffrance. (P. Bourdieu et al, La Misére du monde, Paris, Le Seuil, 1993.) 5.2.3. Biographies et récits de vie Les techniques biographiques reposent également le plus souvent sur l'étude de discours ou récits biographiques et autobiographiques, mis en contexte et situés au sein d’univers sociaux particuliers. Leur usage croissant dans les années 1970 et 1980 correspond notamment a une volonté de réhabiliter les visions du monde, les représentations des catégories margi- nalisées ou subalternes. > ARBORIO AcM., FOURNIER P. (1999). L’Enquéte et ses méthodes : observation directe. Paris : Nathan. BeaUo S., WEBER F. (1998). Guide de l'enquéte de terrain. Paris: La Découverte. BoURDIEU P. (dir.) (1993). La Misére du monde. Paris: Le Seull. Corans J. (1999). UEnquéte ethnographique de terrain. Paris Nathan. PENEFF J. (2009). Le Godt de observation. Comprendre et ratiquer observation participante en sciences sociales. Pari Découverte. Site Web httpilfwww.cecherche-qualitative.qe.ca (portall de la recherche qualitative) STRUCTURES SOCIALES ET INSTITUTIONS Ime objet sociologique n et les styles de vie -conflits sociaux. Structures sdlseinsttutins 1 Classes sociales, stratification, espace social 14 Lanotion de « classe » 11 Les classes dans les sociétés traditionnelles Llopération consistant distinguer des groupes d’individus dotés de caractéristiques sociales particuliéres est le fait des sociétés elles-mémes. C’est la société indienne qui a « inventé » Ie systéme des castes, ensemble cohérent de groupes sociaux identifiés par des noms (« les Brahmanes, qui ont le mono- pole de la pritre et du sacrifice, les Kshatryas, guerriers nés, les Vaicyas, destinés au commerce, les CAdras, faits pour servir les autres », selon les formules de Célestin Bouglé dans son Essai sur le régime des castes, 1935), hiérarchisés, spécialisés dans une fonction strictement définie et se repoussant mutuel- Iement. Les castes se caractérisent par leur caractére fixé (en théorie) une fois pour toutes : on nait et meurt dans sa caste, et l'ordre social est entirement structuré selon le principe hi€razchique, comme le montre Louis Dumont dans Homo hierarchicus (1967). Dans|’Ancien Régime, ce sont les « ordres » (noblesse, clergé, © tiers état) qui définissent les grands groupes statutaires et leurs privileges respectifs, fondés juridiquement. Les sociétés tradi- tionnelles sont, elles aussi, trés hiérarchisées, méme si des ‘mouvements sont théoriquement possibles dans espace des groupes sociaux. Le développement de la fonction publique d'tat, du commerce et des échanges, la montée des professions juridiques et médicales contribuent a la formation de « groupes, professionnels » structurés. {© Danod ~The repeducton non autores an ED sernces notions deb sei 1.4.2 Classes sociales et révolution industrielle La notion de « classe » s/impose comme une évidence au sein des sociétés connaissant la révolution industrielle, en parti- culier avec la croissance démographique et la structuration politique de la classe ouvriére. Une frange de la paysannerie, numériquement dominante dans la société traditionnelle, émigre vers les villes et nourrit la formation de ce nouveau groupe. Celui-ci s‘unifie a la faveur des luttes sociales : c'est ce que monte, dans le cas britannique, 'historien Edward-Palmer Thomson (1963). Dans les sociétés industrielles, le nombre de salariés augmente tout au long du dix-neuvieme, puis du xxt sigcle, au détriment des petits indépendants (agriculteurs, artisans, commergants). 14.3 Des conceptions diverses des classes La notion de « classe » est utilisée par les sociologues clas- siques. Marx en développe une conception articulée a un critére principal, la propriété des moyens de production, qui sépare Ja bourgeoisie du prolétariat. Ces deux classes sont en lutte et la société se polarise autour de cette lutte. La conception wébérienne met plutot accent sur les différences de pouvoir, de prestige et de style de vie des « groupes de statut ». Un « groupe de statut » (Stand) se définit par des attributs écono- miques, mais aussi politiques et symboliques. Les groupes sont en concurrence les uns avec les autres, mais ne sont pas néces- sairement opposés. Ils se hiérarchisent selon plusieurs critéres. La sociologie de la deuxiéme moitié du xx siécle retient souvent une conception des groupes sociaux proche de celle de Weber. Le théme de la « stratification » Villustre bien classes sont plutot des catégories hiérarchisées selon divers principes. Secures sodlesetinstutons EB 1.4.4 Classes, catégories et professions : les nomenclatures Les nomenclatures de catégories sociales et professionnelles sont un des outils de base de la sociologie. Le sociologue classe les individus ou les ménages a partir des professions qu’ils exercent ou qu’exerce Ia personne dite « de référence » du ménage. Les regroupements en « catégories » ou « classes » permettent ainsi de décrire la structure socio-€conomique dune société et d’analyser son évolution. Les nomenclatures utilisées dans différents pays ne sont pas identiques, ce qui rend difficiles les comparaisons internatio- nales. La nomenclature francaise des professions et catégories sociales (CSP/PCS) créée dans les années 1950 a été réformée en 1982 et révisée en 2003. Au niveau international, le Bureau international du travail a créé la classification internationale type des professions (CITP —en anglais ISCO), rénovée en 1988 puis en 2008. Une nomenclature européenne est en cours d’élaboration dans le cadre d’Eurostat. Certains sociologues proposent des nomenciatutes & voca- tion universelle fondées sur une théorie : c’est le cas de John Goldthorpe en Grande-Bretagne (wébérienne) ou encore de Erik Olin Wright aux Etats-Unis (marxiste, cf. schéma 3.1). Bi trends notions de a soci Figure 3.1 ~ Schéma de Wright (1985) (Source : Louis Chauvel, site Web personnel) Popitrer Nonpoprties Sager se podion faba As a fea ele Aonages | 7.209"! 10 nara SEisars |* toes) |“ SR eee cos | car tole] d Coot wisn! Ener | 2m 5 a Be Ses fSsotres mas] ,2R. || parisons | sports | upon 0 erantoor Pospowcauer | STEW | | “Econ” Lecco] nnvecoms | rloe “afro opt et aro o lodigendommen,| 9 pete 2" lo roallous| 19 petnsies tals pos por | borpeoie || IO. leonrconnal "2 Po Segoe + > si a be recomeinoneeusificaon (Locos, 0 «us»: cadet, 1.2. La dynamique de la structure de classe 1.2.4 La« fin des classes sociales » ? Dans la période contemporaine s'est répandu un discours public sur la « fin des classes sociales ». Ila pris corps aux Ftats- Unis aprés la Seconde Guerre mondiale, dans un contexte d’op- timisme sur la capacité du progrés a résorber les disparités les plus criantes entre les individus et les groupes. Mais il est régu- liérement contredit par les données empiriques, qui montrent Ja persistance d’écarts importants, voire trés importants, entre les groupes sociaux, phénomene encore plus flagrant lorsque Yon raisonne au niveau mondial, et qui semble méme s’accen- tuer depuis la crise économique mondiale de 2007-2008. En France, des sociologues comme Henri Mendras ont développé I’hypothese d’une moyennisation, c'est--dire de la montée en puissance d’une grande classe moyenne, a l’opposé de l'idée d’une polarisation entre bourgeoisie et salariat issus de la représentation marxiste, Ce théme fait l'objet d’un débat important. 1.2.2. Les grandes tendances de la structure de classe au xx sidcle Au xx" siécle, les sociétés industrielles ont connu une évolu- tion marquée : expansion réguliére du salariat ; déclin rapide des paysans et agriculteurs ; montée, stabilisation, puis déclin récent (en France de 1975 a aujourd’hui) du groupe ouvrier ; montée rapide des personnels d’encadrement (supérieur et moyen) ; montée et diversification du groupe des employés, lige a la croissance de Vactivité feminine. Le monde des classes populaires se diversifie lui aussi. Le groupe des employés, a majorité feminine, est ainsi trés diffé- rencié, avec A un pdle des employés trés qualifiés, a ’autre des employés de plus en plus « prolétarisés » et caractérisés par diverses formes de précarité (temps partiel, contrats courts, etc.) ssermesnolos delacocolee Figure 3.2 ~ Répartition de la population active par catégorie socioprofessionnelle (Source : INSEE, Centre d’ Observation de la Société, données en %) 1.3. Lastructure de classe au niveau mondial Pour donner une idée de la structure de classe au niveau mondial a la fin du xx° sigcle telle qu'elle ressort des statis- tiques officielles accessibles sur le site du BIT, on considérera les données relatives & la Chine — la catégorie skilled and fishing agricultural regroupant trés vraisemblablement d’autres groupes populaires que les seuls paysans et pécheurs. Dans tous les cas, on observe au niveau mondial : — une importante paysannerie, fortement différenciée, avec 2 un pole les agriculteurs industriels des pays riches et de certains pays émergents et a l'autre la grande masse des petits paysans (dont certains sont des paysans « sans terre », livrés aux aléas de offre de travail agricole) ; — un « sous-prolétariat » urbain caractérisé par le sous- emploi et ’emploi indépendant informel dans le secteur tertlaire (extrémement difficile 4 quantifier), nourri pat le mouvement incessant venant des campagnes ; ‘© bunod—Tout reproduction non tore ct Structures soles et ntutons - un prolétariat industriel, minoritaire mais plutot en augmentation dans les pays en développementet émergents, en déclin numérique quoique toujours important dans les pays les plus développés ; le monde différencié des employés, numériquement important dans les pays développés mais minoritaire dans les pays en développement, en augmentation rapide dans les deux cas ; ~ enfin, il faut ajouter que le chOmage, important dans certaines zones géographiques du monde et évalué par le BIT a 6,2 % de la population active mondiale en 2010, contribue a la précarisation des classes populaires urbaines, phénoméne accentué avec la crise mondiale. ‘Tableau 3.1 ~ Structure sociale chinoise selon le BIT en 2005 (Source : BIT) Occupation esa 87489 1 Legions, senior oficial end managers 7 111572 2. Proersionas 37% Bear 4. Clots 3.1% 207105 5: Serie wor and op ond malate Loy a 6. Skiledogriculral end Fishery workers Cho Bora 7. Croft and rleted odes workers 15.0% 105849. 1.4 L’espace social 1.41 La multidimensionnalité de espace social Les principes de différenciation sociale relévent de plusieurs dimensions : revenus et patrimoines, mais aussi styles de vie, culture, éducation... Pour rendre compte de cette diversité, on se référe a la notion d’espace social, A Vorigine due a Pitirim Sorokin (1927) et développée par Pierre Bourdieu (1979). Un EBs erertesroonsele solo espace social se caractérise par plusieurs dimensions, iméduc- tibles les unes aux autres. Llespace social peut étre défini & partir de la distribution inégale des diverses ressources sociales : capital économique (patrimoine), capital culturel, capital social (relations person- nelles), capital symbolique (prestige, reconnaissance, visibi- lité). Ces ressources sociales se combinent différemment dans chaque société nationale. Llespace social frangais dans les années 1960-1970 est, pour Bourdieu, structuré par deux dimensions principales : le volume du capital ; la structure du capital (avec a un péle une domination relative du capital économique, a autre du capital culturel, opposition forte au sein des classes supérieures). 1.4.2. La construction des classes La « classe » est une construction symbolique (au moins en partie politique) qui peut émerger dans certaines circons- tances historiques sur la base des proximités de position dans espace social. Elle peut au contraite ne pas étre une categorie de perception légitime, méme dans des configurations d’inéga- lités extrémes, comme en Inde avant I’émergence du mouve- ment nationaliste au xx! siécle. L/émergence de la « classe ouvriére » comme force historique est le résultat d’un travail politique : construction de collectifs et de formes de résistance dans Vusine, naissance des organisations de masse, élabora~ tion et diffusion des doctrines socialistes et marxistes, etc. Ces processus fondent une unité symbolique qui repose sur la similitude des conditions d’existence, les affinités sociales, les caractéristiques des représentants, Sur la base des inégalités de classe se sont ainsi mis en place les composants d’une « iden- tité » politique et intellectuelle de la classe ouvriére. La réf. rence a 'appartenance de classe est auyjourd’hui concurrencée par dautres principes d’identification, nationaux, ethniques, religieux.. a TTT cara cota (ou he Pano | ridge colt Equitation PROFESSEURS | PROFESSIOHSLIERALES —, y Gumpape SUPEREURS. Echecs"Wnaky | tems su BSE cronesonves nao GE 4 INGENIEURS scrabble GY Chasse 0 coon ak ge EB msoresseuns, Ses 38 B TCONDAIE Montane ee = Marche jaration ae cydotoutime «urine sence nese Sc Vere Abrome co INTERMEDIAIRES TERMEDIAIRES expression corporelle ‘CADRES MOYENS aera cucture.+ COMMERCE ‘CAPITAL CULTUREL~ STA RONOURE™ _ ORETE_| ——, —GRTALECONOMIQIE® nstiruteuas,_ TECHNICIENS z TS nora 5 ames 4 enniores i a OnE ae | oe et B contremalTnes| péche Mouseux 2 vorrAcwane E 2 uvnensquauinés z adote font Acorn uvmlens SPECIALISES | in rouge ordinaire MANGUVRES SALARIES AGRICOLES (CAPITAL GLOBAL Figure 3.3 — Espace des positions sociales et espace des styles de vie (Source : P. Bourdieu, Raisons pratiques) EE scone ntrs de soo Bosc S. (2011). Stratification et transformations sociales. La société francaise en mutation. Paris: Nathan (7° é¢). BouRDIEU P, (2001). « Espace social et genése des classes », in Langage et pouvoir symbolque. Paris: Le Seul Desnosiénes A, THEVeNor L. (1988). Les Catégories socioprofessionneles. Pars : La Dé&couvert. MAUR L. (2009), Déchifrer Ja société frangaise. Paris : La Découverte Sites Web htpiwmwinegalites fr (le site de "Observatoire des inégelités) httpslwwwinequalitywatch.euPangzfr (équivalent 8 échelle européenne) SS 2. _Lamobilité sociale 24 Les enjeux de la mobilité sociale ait Un nouveau regard sur un phénoméne ancien La littérature et 'imaginaire social ont depuis longtemps évoqué les déplacements rapides au sein de I’espace social, d'une génération a l'autre ou au sein d'une méme génération. La sociologie se propose de les observer, de les mesurer, de les comparer, d’en étudier les conséquences et d’en proposer des interprétations théoriques. La perception spontanée fait en effet dépendre ces déplacements du hasard ou de qualités intrinséques des individus : g8nes, volonté, ambition, persé- vérance, capacité de travail, etc. La sociologie fait apparaitre des forces collectives, comme les changements dans le systme producti, le développement de la scolarisation de masse, Structures sociales et institutions Vinertie lige aux phénoménes de socialisation, qui affectent de fagon importante les processus de mobilité et d’immobilité sociales, 2.1.2 Les enquétes de mobilité De nombreux travaux sociologiques se sont concentrés sur la mesure du phénomene. L/usage de nomenclatures socioprofessionnelles est une condition de observation quantitative des phénomenes de mobilité. La mesure de la mobilité dépend de la nomenclature utilisée : plus la nomenclature est fine, plus la mobilité apparait forte, mais elle est surtout importante entre catégories proches dans lespace social. Une table de mobilité est un tableau croisé (tableau de contin- gence) qui croise la catégorie du ménage d'origine (exemple : profession du pére) et la catégorie occupée par individu (exemple : profession du fils). Il y a mobilité au sens strict lorsque l'une et autre different. L'immobilité sociale corres- pond donc a la diagonale du tableau. Plus les valeurs de la diagonale sont proches de 100, plus V'immobilité est élevée (¢f tableau 3.2). re, tel fils ? Position sociale des jeunes sortis de formation initiale en 2007 trois ans apras selon ‘ma CSP du pere (en %) (Source : CEREQ) SP des jeunes, trois ans aprés leur sortie de formation ‘Artisan, Agricul- |commersant,| Cadre | Profession peers teur chet _ | supérieur | intermédicire | FPloyé | Ouvrier Total d'entreprise 52 05 123 333 23,1_| 356 | 100 o7 32 184 32,7 264 | 186 | 100 > 0,0 12 36,8 36,8 15,2 10,1 | 100 8 g 0,0 09 22.1 47 19,1 | 163 | 100 3 z 12,0 336 264 | 245 | 100 2 87 292 26,0 | 347 | 100 2 179 34,0 237 | 22,6 | 100 {© Dunod- Toute repodcton non autores un dt, strctars scl etinstiions EB 2.2 Les grandes tendances de la mobilité sociale en France et dans le monde 2.24 Lamobilité structurelle Les changements dans la structure de classe, liés a des processus socio-économiques de grande ampleur comme la ‘modernisation de l'agriculture ou le déclin du petit commerce (voir p. 47-56), bouleversent les possibilités d'insertion profes- sionnelle des nouvelles générations : les positions se raré- fient dans certains secteurs, alors qu’elles deviennent plus nombreuses dans d’autres. Compte tenu du déclin rapide de Vemploi dans V'agriculture, tous les enfants d’agriculteurs ne peuvent a leur tour devenir agriculteurs. Le changement struc- turel crée ainsi un volant de mobilité contrainte. On appelle cette mobilité induite par le changement dans la structure des positions mobilité structurelle 2.2.2. La fluidité Une fois évalué le facteur structurel se pose la question d’un éventuel facteur résiduel de mobilité : on emploie alors les notions de fluidité ou de mobilité nette. On essaie alors d’évaluer la propension qu’ont les sociétés, une fois tenu compte des changements de structure, & favoriser ou non les déplacements au sein de lespace social. 2.2.3 De Porigine au dipléme et du dipléme ala profession Les études de mobilité décomposent le mouvement des indi- vidus dans 'espace social en deux mouvements successifs : le passage de l'origine sociale au dipléme, qui reléve de la socio- logie de l'éducation et le passage du dipléme a la profession, qui relave de la sociologie de ’insertion professionnelle. 35 grandes nations de la sociologie Certains travaux francais font apparaitre une tendance a la diminution en longue période des inégalités face aux diplémes (voir p. 143-146). Cette tendance devient trés faible, une fois tenu compte du phénoméne de massification scolaire, qui s'est traduit par la croissance globale du nombre des diplomés. Les hiérarchies restent stables, alors que le niveau global de scola- risation s’est élevé : tous les groupes sont plus scolarisés mais Yordre ne change pas. Des données plus récentes font appa- raitre une baisse de la mobilité nette, et le poids important des mobilités descendantes. Les conditions d'insertion varient selon les périodes : le méme dipléme peut ouvrir la voie a des professions tres diverses. Depuis les années 1960, on observe plutot en France une tendance a la baisse du rendement social des diplomes et alla montée du « déclassement ». A diplome identique, I'inser- tion dans un emploi de cadre tend par exemple a diminuer. Les inégalités intergénérationnelles s’accroissent. 2.2.4 Comparaisons internationales Des recherches ont tenté de mesurer des niveaux de mobi- lité (en particulier de mobilité nette) dans différents pays et & différentes périodes. Elles conduisent a existence de faibles différences entre les sociétés, méme lorsqu’elles valorisent beaucoup la mobilité et, dans certains cas, elles font meme apparaitre des baisses de la mobilité nette une fois tenu compte de Veffet du changement structurel. 2.3. Capitaux et mouvements dans espace social 2 1 Stratégies de reproduction et capitaux Compte tenu du caractére multidimensionnel de espace social (p. 47-56), on ne peut s’en tenir a l'étude des tables ' Dunod- Toute rerodcton no autre wn stractres secs etisttutions de mobilité. On étudie plus finement les mouvements dans Vespace social partir des types de capitaux que les familles travaillent a maintenir et & accumuler. Ces stratéyies de reproduc- tion en partie inconscientes varient selon la position occupée. Lusage de méthodes qualitatives complete ici le recours & des méthodes statistiques. Lenom, la famille : le capital symbolique hérité Dans la noblesse traditionnelle, c'est d’abord un nom, une lignée plus ou moins ancienne dont les familles cherchent 4 maintenir le rang, Cela passe par le contrdle de I'accés a la famille, qui suppose celui des mariages et s’accompagne de la valorisation de Vancienneté dans le groupe. Plus largement, Je nom de famille est un marqueur de position sociale chargé de capital symbolique, c’est-a-dire susceptible d’étre ou non connu et reconnu, & Le capital social A niveau de dipléme identique, deux étudiants s'insérent de facon différente sur le marché du travail, notamment du fait du jeu de leurs réseaux de relation qui constituent leur capital social. Celui-ci est lié a Vorigine sociale : les familles de Ja grande bourgeoisie entretinnent, par exemple, leur capital social, a travers un ensemble de techniques de sociabilité (réceptions, rallyes, etc.). La transmission du capital économique A travers Vhéritage, les différences sociales tendent a se reproduire d’une génération a autre, cela indépendamment des parcours scolaires et professionnels des enfants. Certaines positions sociales (notamment les professions indépendantes) dépendent particuliérement de la transmission du patrimoine Cependant, le recours croissant au systéme scolaire dans tous Jes secteurs affecte les conditions de reproduction des catégories BE sores oon dela sole fort capital économique, en les obligeant a intégrer de plus cen plus le systeme scolaire, d’oi le développement des écoles de gestion. ‘& Capital culturel et titres scolaires La transmission du capital culturel renvoie a la socialisation, en particulier culturelle et scolaire. Le capital culturel tend ainsi a se perpétuer de génération en génération. Si les enfants d’enseignants réussissent mieux a l’école que les autres, cela tient d’abord a leur proximité a V’égard de la culture légitime au sein de Vinstitution scolaire. Les titres scolaires créent des diffé- ences sociales (comme le montrait en 1925 Edmond Goblot dans La Barriére et le Niveau), des sentiments de légitimité ou diillégitimité, etc. 2.3.2 Espace social et migrations Le phénoméne migratoite, et plus largement la mobilité ‘géographique individuelle ou familiale, est un processus social fondamental. Les émigrés quittent un espace social et s‘in- strent dans un nouvel espace, qui est souvent situé en position dominante par rapport 4 leur espace d'origine. & Immigration et classe ouvriére en France En France, le phénoméne migratoire a contribué au premier plan a la construction historique de la classe ouvriére. Par ‘vagues successives, les franges inférieures du monde ouvrier se sont ainsi renouvelées jusqu’a aujourd'hui. Les cadres internationaux Les cadres expatriés des fires multinationales constituent ‘un groupe social trés spécifique, qui met en ceuvre des straté- gies de reproduction propres, comme la scolarisation dans des lycées internationaux, ’apprentissage des langues, etc. Structures sociales et institutions a BeATAUX D. (1985). La Mobilité sociale. Paris : Hatier. Meni D. PREVOT J. (1997). La Mobilité sociale. Paris : La Découverte Peuany C. (2013). Le Destin au berceau, Inégalités et reproduction sociale. Paris : Le Seuil Le monde du travail 3.1 Place et « valeur » du travail 3a Lae fin du travail »? Le travail continue de structurer la vie sociale, En 1999, selon lenquéte internationale sur les valeurs, 68 % d’un échan- tillon représentatif des Francais « estim|aijent que le travail est tune part trés importante de la vie, loin aprés la famille (88 9) mais nettement avant les amis (50 9%) ou les loisirs (37 %) » (Bréchon (dir.), Les Valeurs des Francais, Paris, Armand Colin, 2003, p. 109). Les enquétes menées depuis la fin des années 1990 sur le « bonheur au travail » ou la « place du travail » confirment ce résultat, que l'on retrouve dans les autres pays. 34.2 L’ambivalence du travail Le rapport au travail est a double face : source d’implica- tion, de rencontres, d’échanges, de satisfaction, d’intégration sociale, il est en méme temps vecteur de souffrances, d’humi- liation, de frustration et 4 'origine de diverses pathologies (Ff p. 160-168). EB 3s renter ron dela sole Le contenu de cette ambivalence varie fortement selon les catégories sociales : en 1996, en France, le « bonheur au travail » est nettement plus important chez les cadres et profes- sions intellectuelles supérieures (prés de 80 9% de satisfaction affichée) que chez les ouvriers, en particulier les ouvriers non qualifiés (moins de 30 %). La hiérarchie du bonheur at travail suit étroitement celle des catégories sociales. 3.1.3 Chémage, sous-emploi et intégration Une preuve a contrario du caractére structurant du travail pour la vie des individus est la situation de ceux qui en sont privés en totalité ou partiellement. C’est en particulier le cas ‘des chOmeurs de longue durée. Paul F. Lazarsfeld, Marie Jahoda, Hans Zeisel ont montré dans Les Chomeurs de Marienthal (1932) que le chomage prolongé était associé a un moindre investis- sement dans la vie collective, un déclin généralisé des liens sociaux, une perte de godt pour les relations sociales. Toutes les enquétes menées depuis lors sur les effets de la perte d’emploi ont confirmé ce constat, que l'on retrouve dans les travaux sur les conséquences de la crise mondiale de 2008. 3.2. Vorganisation du travail 3.24 Llorganisation bureaucratique comme organisation rationnelle ‘Max Weber a caractérisé Vorganisation bureaucratique par sa rationalité. Elle se définit en particulier par la separation entre la personne et la fonction. Aboutissement de la division du travail, la bureaucratie est done caractéristique de la société moderne et s’étend bien au-dela de la seule administration étatique. structures sociales etinstutons 3.2.2. Les dysfonctionnements de la bureaucratie La sociologie des organisations a trés tot fait apparaitre des limites a Vefficacité de l'organisation bureaucratique. Robert K. Merton (1940) montre que certains aspects du fonctionnement bureaucratique peuvent étre profondément dysfonctionnels, car les fonctions latentes d'une institution peuvent étre éloignées des leurs fonctions manifestes. Miche! Crozier décrit en 1964 dans Le Phénomene bureaucratique un « cercle vicieux de la bureaucratie » lié a Vimpossibilité de contrdler toutes les zones d’incertitude dans le fonctionne- ‘ment ordinaire des organisations. 3.3 Du taylorisme au néotaylorisme 3.3.1 organisation scientifique du travail ‘Au début du xx" sidcle, l'organisation du travail dans les ‘grandes entreprises se transforme profondément sous Veffet de Ja mobilisation des ingénieurs, qui souhaitent lui conférer un caractére scientifique, Taylor en premier lieu. organisation du travail évolue a travers la parcellisation des tdches, un encadre- ment hiérarchique strict, etc. Cette organisation « rationnelle » ~ aboutit au renforcement du pouvoir des cadres et ingénieurs 3 au sein des grandes entreprises, a la dépréciation de Vinitiative 2 et des savoir-faire ouvriers. 4 2 3.3.2 L’enquéte de Hawthorne Dans les années 1920-1930, les effets de organisation scientifique du travail sur la productivité sont l'objet d'une critique sociologique serrée. L’enquéte dirigée par Elton Mayo a la General Blectric est menée pendant plusieurs années (1927- 1932). Elle conduit @ remettre les motivations personnelles aut centre de étude du travail humain. En France, Ia sociologie du _35 grandes notions de la saciologie travail multiplie les observations empiriques sur la pénibilité du travail industriel taylorisé, sous I'impulsion notamment de Georges Friedmann. 3.3.3. Les nouvelles formes de management A partir des années 1980, de nouvelles formes de mana- gement, dites « participatives », se développent au sein des entreprises. Elles sont censées substituer des liens horizontaux aux procédures verticales héritées du taylorisme. Ce « nouvel esprit du capitalisme », selon l'expression de Luc Boltanski et Eve Chiapello (1999), intégre des éléments de la critique « soixante-huitarde ». Les nouvelles formes de management ne se sont toutefois pas généralisées et s'accompagnent tres, souvent d’un renforcement des contraintes et de Vintensifi- cation du travail. On observe ainsi de nouvelles formes de domination dans le travail 3.3.4 La diversité des organisations et des régulations dans le monde du travail Les recherches menées sur organisation du travail font apparaitre la diversité des normes et des conventions mises en ceuvre, selon les branches, les pays, etc. Les « régles du jeu» sont construites dans des contextes différents, par des acteurs trés inégaux. Les relations professionnelles sont liées a des histoires nationales spécifiques : syndicalisation, habitudes de négociation différenciées, etc. 3.3.5 Les conditions de travail La notion de condition de travail désigne l'ensemble des dimensions matérielles et symboliques du travail. Le déve- loppement de nouvelles politiques managériales ne s'est pas accompagné d'une amélioration des conditions de travail de (© Deno Tot patton non autre un it. ensemble des salatiés. Au contraire, plusieurs indicateurs font plutot apparaitre une dégradation dans les années 1990-2000 dans plusieurs pays d’Europe. Les différences sociales sont trés prononcées dans ce domaine. Tableau 3.3 ~ Qui est exposé a au moins un produit cancérigone ? (Source : ministére du Travail, données 2010) % Sexe Hommes 161 Femmes 28 Ag Meine de 25 ane 157 2529 ans nz 3039 ons 98 4049 ans 10 50 ons ot plus 7 Catégorie so Codes supériours 2a Professions idemédiiros 7 Empoyésadminisrats 16 Empoyts de conmerce 4A Ouwiers quali 28, Cuwrior non quale 189 3.3.6 Du travail a Pemploi? La sociologie du travail s’est de plus en plus intéressée aux trajectoires biographiques des travailleurs, en sortant de 'uni- vers clos de V'atelier ou du bureau. Elle fait ainsi le lien entre les expériences du travail et les enjeux qui le traversent, d’une patt, et le monde social environnant (école, quartier, expé- riences professionnelles, etc.), d’autre part. Les trajectoires emploi, la précarité des statuts deviennent des éléments clés dans la compréhension de 'expérience du travail. rn a 35 grandes notions de la sogiologie S BAUDELOT C,, GOLLAC M. (di) (2002). Travaller pour étre heureux? Paris: Fayard. LALLEMENT M. (2010). Le Travail sous tensions. Paris : Editions Sciences Humaines. TruPie P. (1991). Du travail a Femploi. Paradigmes, idéologies et interactions. Bruxelles: €d. de "ULB. 4. _L’économie comme objet sociologique 4.1 Sociologie et économie 4.1 Une longue histoire Les relations entre sociologie et économie ont une longue histoire d’échanges, de dialogues, d'emprunts réciproques et de conflits. Le partage des territoires entre les deux disciplines est loin d’étre clairement fixé ; les tentatives pour dépasser cette séparation sont nombreuses, comme le montre la multiplicité des expressions visant a désigner ces tentatives : « sociologie économique », « socio-éonomie », « sciences économiques et sociales ». 4.2. Définition et histoire de la sociologie économique 4.2.1 Définition La sociologie économique, c’est la sociologie — ses concepts et ses méthodes (voir p. 1-43) ~ lorsqu’elle est confrontée aux objets traditionnels de l'économie : la monnaie, les prix, le ‘© Dunod Tut rprofuction non ators un dt, Structures sociales et institutions marché, la politique économique, les institutions de la vie économique. 4.2.2. Dela sociologie économique classique ala nouvelle sociologie économique La sociologie économique est née en Europe dans les années 1890. Elle s'est constituée comme une branche de la socio- logie consacrée aux questions léguées par économie politique, dans une période de crise et de remise en cause de la théorie économique dominante, centrée sur l'acteur rationnel, hédo- niste et I'équilibre de marché. Du début du siécle jusqu’aux années 1920-1930, certains des plus grands économistes et sociologues contribuent & son développement (Max Weber, Vilfredo Pareto, Joseph Schumpeter, Thorstein Veblen, Emile Durkheim, Frangois Simiand, Maurice Halbwachs). La sociologie économique réapparait avec force dans les années 1970 aux Etats-Unis. Elle compte trois grands courants : I'analyse structurale des marchés, l'approche orga- nisationnelle ou « néoinstitutionnelle » et enfin l'approche ethnographico-culturelle. 4.3. insertion sociale de économie 4.3.1 Lanotion de réseau et les conceptions alternatives La notion centrale de la sociologie économique contem- poraine est celle de réseau. Le réseau est le moyen d’appré- hender les conditions sociales dans Jesquelles se forme I'action économique individuelle. Il est Vintermédiaire entre I'individu asocial de la théorie néoclassique, qui opére des choix ration- nels dans un espace indéterminé et l'individu passif agi par les structures globales. Toutes sortes de liens sont étudiées : participation commune a des conseils d’'administration, liens interpersonnels directs, pratiques d’entraide. FD) 35 grandes notions dela socologie Lapproche organisationnelle élargit la perspective de la sociologie des organisations en I’étendant aux marchés elle recourt pour cela a Vhistoire (travail sur archives), 4 des entretiens avec les acteurs, a I’étude des conflits au sein des organisations et des marchés, a V'analyse des rapports entre régles juridiques et actions économiques, etc. Neil Fligstein et Alec Stone Sweet (2002) ont montré que la construction du marché unique européen reposait sur un travail poli- tico-juridique. Vapproche ethnographico-culturelle inscrit les processus économiques dans des enjeux symboliques et dans leur environnement culturel, en mettant ’accent sur les cadres contextuels d'interprétation des pratiques et institutions économiques. Viviana Zelizer (2005) étudie les enjeux liés a la monétarisation de la vie sociale, les usages différenciés de Vargent, ete. 432 La« nouvelle sociologie économique » en France A cété des courants évoqués plus haut, la sociologie de langue frangaise développe également des travaux inspirés par le mouvement « anti-utilitariste » en sciences sociales, un « paradigme » original inspiré par les recherches historiques et anthropologiques de Karl Polanyi et Marcel Mauss qui conteste Yuniversalité de homo ceconomicus. La présence en France de traditions « hétérodoxes » en économie crée un espace large & Vintersection des deux disciplines. Enfin se développe égale- ‘ment une sociologie du champ économique sous Vinfluence de Pierre Bourdieu. Elle est centrée sur les relations entre les dispositions des agents et les univers économiques analysés comme des espaces sociaux. FRANGOIS P. (2008). Sociologie des SS Paris: Armand Colin STEINER. (1999). La Sociologie économique. Paris: La Découverte SwEDBERG R. (1994). Une histoire ce la sociologie économique. Paris: Desciée de Brouwer. ZeuzeRV.(2005).La signification sociale de argent. Paris: Le Sell Site Web wuw.nsee-fr (le site de institut francais de statistique) 5. _Laconsommation et les styles de vie 5.1 Létude des budgets 5.1 Les budgets des familles ouvriéres La connaissance des dépenses des familles ouvridres a été Yun des premiers domaines d’investigation de enquéte sociale. File s'est attachée a l'étude de la structure des budgets. La description conduisait souvent a une prescription morale. 5.1.2 Les lois de Engel La statistique sociale a produit au xix* siécle des observations de plus en plus systématiques sur les dépenses des ménages, en fonction notamment de leurs revenus. Engel, statisticien allemand, établit plusieurs « lois » : — plus le revenu est élevé, plus est petite 1a proportion de dépenses consacrées 4 la nourriture, méme si la dépense pour la nourriture augmente en valeur absolue ; 5 g E é

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