0 évaluation0% ont trouvé ce document utile (0 vote) 762 vues182 pages35 Grandesnotionotions de La Sociologie PDF
Copyright
© © All Rights Reserved
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF ou lisez en ligne sur Scribd
35 grandes notions
de la sociologie
Frédéric Lebaron
DUNODDu méme auteur chez le méme éditeur
Manuel visuel de sociologie
(avec Christophe Gaubert et Marie-Pierre Pouly, 2013)
Ilustration de couverture
Franco Novati
© Dunod, Paris, 2014
5 rue Laromiguiére, 75005 Paris
wwwrdunod.com
ISBN 978-2-10-070077-6
le Code de a prop invlaculle overs, ou ems do Focle
C1225, 2 23 dm por gu lo copies cu repoaucon sicher
sre 8 usge pid cop non Sota 8 elton clacte =
{oo par qv ona cous casos dans un bt expe
‘Fakareon, «lod ertriten ou rprinen ingle ov pred
‘ans consort do aout ou So sr jon oh ob yan coe ot
iat on. 1224),
Cote etéetaon ob rapedcton, por une pect ae cs, conte
foe done una eontloganvonconnd pat arses | S082 o surone
Code rp iocTable des matiéres
(Chixprrae 1 Les FONDEMENTS HisroRiques
1. Le fait social
1.1 Définitions
1.2 Naissance de la pensée sociologique
1.3 La sociologie dans I’espace des sciences
x
La soctologie comme science
2.1. La construction d’un savoir sociologique
2.2 Alarecherche du fait social
2.3 Les pratiques sociologiques au xix*siécle
2.4 Linterprétation en sociologie
3. La tradition sociologique
3.1 Lanotion de « fondateur >
3.2 Karl Marx et la dynamique historique
3.3 Emile Durkheim et les croyances collectives
3.4 Max Weber et la sociologie de la domination
3.5 Des fondateurs complémentaires
Cutan 2 Tatonies er wéMHoDES DE LA SOCIOLOGIE
1. Les interactions
1.1 La tradition sociologique de Chicago
1.2 Lerécit de vie et la méthode biographique
1.3. Lanalyse des interactions
1.4 Les méthodes de la sociologie interactionniste
2. Le structuro-fonctionnalisme
2.1 Dusystme a Vacteur
10
i
2
1B
14
15
7
19
19
20
20
a
222strandesnotons dela sotegie
2.2 Des théories de niveau intermédiaire
(middle-range theories) 24
2.3. Une sociologie mathématique 24
2.4 Lestructuro-fonctionnalisme face a ses critiques 25
3. Les écoles sociologiques en France 27
3.1 La sociologie frangaise aprés Durkheim 27
3.2 Les écoles sociologiques francaises contemporaines 28
3.3 Quelques enjeux de la sociologie
frangaise contemporaine 31
4, La méthodologie statistique 33
4.1. Les données statistiques en sociologie 33
4.2. Les méthodes statistiques en sociologie 35
4.3 DeT'interprétation statistique
a 'interprétation sociologique 39
5. Venquéte de terrain 40
5.1 Lobservation 40
5.2 Entretiens, textes, discours 2
Cuaprras 3. STRUCTURES SOCIALES EF INSTITUTIONS 45
1. Classes sociales, stratification, espace social 47
1.1 Lanotion de « classe» 47
1.2 La dynamique de la structure de classe 50
1.3 La structure de classe au niveau mondial 52
1.4 Lespace social 53
2, La mobilité sociale 56
2.1 Les enjeux de la mobilité sociale 56
2.2 Les grandes tendances de la mobilité sociale
en France et dans le monde 59
2.3. Capitaux et mouvements dans lespace social 60te tun
(© Danod- Toute reed nn a
8.
rabledesmattres
‘Le monde du travail
3.1 Place et « valeur » du travail
3.2 L/organisation du travail
3.3 Du taylorisme au néotaylorisme
. économie comme objet sociologique
4.1 Sociologie et économie
4.2 Définition et histoire de la sociologie économique
4.3 Linsertion sociale de économie
- La consommation et les styles de vie
5.1 Létude des budgets
5.2 Les pratiques de consommation
. Mouvements et conflits sociaux
6.1 Mouvement social et mouvement ouvrier
6.2. Le développement de I'Btat-providence au xx*siécle
6.3. La recomposition des mouvements sociaux
VEtat et le droit
7.1 Définition et histoire de I’Etat
7.2. Acteurs et enjeux du champ bureaucratique
7.3 Ledroit
Pouvoir et politique
8.1 Théorie politique et sociologie politique
8.2 Lechamp politique
8.3 Action publique et problémes politiques
8.4 Soctologie des comportements et attitudes politiques
. Médias et nouveaux moyens de communication
9.1 Les médias entre économie et politique
9.2 information journalistique et la communication
63
63
64
65
68.
68
68
6
7
1
7B
76
76
78
79
81
81
82
83
8s
85
86
87
89
89
90Jppundes notion del sacioote
10. La religion
10.1 La religion, fait social par excellence
10.2 La dynamique sociale du religieux
10.3 Le champ religieux
Chaprre 4 DE LA SOCIALISATION A L'ACTION
1, La socialisation
4.1 Les fondements du processus de socialisation
1.2 Les formes de la socialisation
2, La famille
2.1 La famille, « unité sociale de base »
2.2 La famille comme construction sociale et politique
2.3 Enjeux sociaux des structures familiales
Ages de la vie et générations
3.1. Age biologique, age social
3.2. La construction sociale des ages de la vie
4, Léducation
4.1 La sociologie de l'éducation
4,2 Les tendances en matiére d’accés au systéme scolaire
4,3 L/éducation comme enjeu mondial
4.4 Politiques publiques et inégalités scolaires
5. Les rapports de genre
5.1 Socialisation et différences sexuelles
5.2 La permanence de la domination masculine
5.3 Une longue tendance au changement
6. Corps et santé
6.1 Le corps, construction sociale
6.2 Styles de vie, santé, sexualité
92
92
93
94
7
99
99,
100
102
102
104
105
107
107
108
110
110
2
3
us
116
116
7
19
120
120
121© Dunas Toute epodetin nn oie un dt,
rovteces matires
7, Le sport
7.1 La genése de l'espace sportif
7.2. Llespace des sports,
8. Le langage
8.1 L’apport de la sociologie a l'étude scientifique
des langues
8.2 Langues et différenciations sociales
9. La connaissance, les sciences et les techniques
9.1 La sociologie de la connaissance
9.2 La sociologie dela communauté savante
9.3. La sociologie des savoirs scientifiques et techniques
10, La culture et les arts
10.1 Sociologie des pratiques culturelles
10.2_Les champs de production culturelle
Ciarrraz S DyNaMques CONTEMPORAINES
DBS CLASSES SOCIALES
1, Blites, classes dominantes et champ du pouvoir
1.1 Fondement et permanence des élites
1.2. Transformations et internationalisation
des classes dominantes
2. Permanences et transformations
des classes populaires
2.1 ethos « traditionnel » des classes populaires
2.2 Les transformations des pratiques populaires
3. Les inégalités sociales
3.1 Perception et mesure des inégalités
3.2. Dynamiques des inégalités
122
122
123
124
124
126
127
127
128
129
131
131
133
135
137
137
138,
140
140
141
143
143
144EE) ss trondesnovon det seco
(Cuanirae 6 Les cHANGeMENTS sociRUX
1, La dynamique historique
1.1 Sociologie, histoire, sociohistoire
1.2 Les changements structurels
2, La mondialisation
2.1 Un phénomene historique de trés longue durée
2.2 Lamondialisation contemporaine
3. Le capital social
3.1 Les définitions du capital social
3.2, Liévolution du capital social
4, Anomie et pathologies sociales
4.1 anomie dans les sociétés contemporaines
4.2, La diversité des pathologies sociales
dans le monde contemporain
Index des notions
147
149
149
150
152
152,
154
156
156
157
160
160
162
169Avant-propos
Cet ouvrage présente les principaux concepts et démarches
de a sociologie. Issue de Valliance entre les enquétes sociales et
la théorie, la sociologie a développé depuis plus d'un siécle un
corpus important d’énonoés scientifiques qui modifient profon-
dément notre regard sur le monde.
Cet ouvrage se donne pour but d’en fournir une présenta-
tion accessible sans simplification caricaturale. Il s‘adresse aux
lycéens qui souhaitent approfondir leurs cours dans ce domaine,
aux étudiants & partir de la premiére année du cursus universi-
taire de sociologie et, plus largement, aux étudiants en sciences
humaines et sociales (psychologie, sciences de l'éducation,
sciences sanitaires et sociales, sciences politiques, droit, admi-
nistration économique et sociale, économie et gestion, etc.)
Il s‘adresse également a tout étudiant ou citoyen intéressé
par une discipline qui ne laisse dans 'ombre aucun aspect de la
vie sociale, des plus globaux (V'Etat, la mondialisation, l'entre-
prise...) aux plus individuels (Vintimité, les affects, le couple...)
Les trente-sept sous-chapitres couvrent l'ensemble des
domaines composant le cursus de sociologie en L1-L2 : I’his-
toire, l'épistémologie et la méthodologie de la discipline, les
principaux champs de recherche empirique qui sont les siens,
jusqu’aux recherches contemporaines. Chaque sous-chapitre
présente des notions de base, un état des controverses, des
données récentes, des applications contemporaines et la réfé-
ence a quelques ouvrages accessibles.
Concu comme une premiére « boite a outils », cet ouvrage
permettra aussi a chacun de mettre en ceuvre, dans diverses
situations professionnelles ou quotidiennes, face aux objets les
plus variés, les différents aspects du raisonnement sociologique :
rigueur conceptuelle, rapport critique au langage, observation
méthodique, usage systématique de la comparaison et de la mise
en perspective spatiales et historiques.LES FONDEMENTS
HISTORIQUESomme science.
\ciologique.prodacion nan autores un i
Lestondementsistoraues AE
1. Le fait social
1.1 Définitions
144 Spécificité du fait social
La sociologie se distingue d’autres domaines consacrés a la
production de connaissances sur ’étre humain qui se sont
développés & partir de la révolution scientifique, tels que la
biologie, la médecine, la psychologie ou, depuis plus long-
temps encore, "histoire, le droit, l'économie, la philosophie...
Son autonomie comme science se fonde sur la spécificité
de Vobjet sociologique : le fait social. Celui-ci peut étre défini
comme tout ce qui, dans I’étre humain, est irréductible aux
facteurs purement biologiques et aux processus psychiques
strictement individuels. Tous les phénomenes corporels ou
psychiques ne sont donc pas exclus du domaine de la sociologie
pour autant qu'ils puissent étre considérés comme « sociaux ».
‘Tableau 1.1 - Typologie des sciences de l'homme et de la société
Disdpines ae ae
erenetives, expérimontales: observation
Trill dt | coi mda, | Hil striae,
hutore «rodent» [POSED seslogie
Les connaissances sur etre humain et la société peuvent etre
rangées en trois catégories : sciences expérimentales, sciences
normatives, sciences d'observation.
14.2 Lémergence du raisonnement sociologique
Discipline jeune, la sociologie est parfois considérée comme
moins « avancée », moins « scientifique » que d’autres.
Pourtant, elle est issue d’une longue histoire de pensée de plusen plus élaborée sur le monde social. Le raisonnement sociolo-
ique s'est progressivement détaché des raisonnements de types
normatif et spéculatif, comme ceux développés par la théologie,
la métaphysique, le droit, la philosophie politique.
Par opposition, le raisonnement sociologique posséde trois
caractéristiques : il est indépendant de considérations morales
et politiques, ancré dans les faits (empiriquement fondé) et
11 doit faire Vobjet d’un controle collectif, qui a pour but sa
validation.
1.2 Naissance de la pensée sociologique
1.24 L’émergence d'une pensée rationnelle
sur Ie monde social
La naissance de la pensée sociologique est antérieure a
Yapparition du mot utilisé pour la désigner : en Occident, la
réflexion sur le « monde social » émerge des ’Antiquité, plus
particuliérement I’Antiquité grecque. Cette pensée philoso-
phique et politique donne liew & la premiere forme prise par
la pensée sociologique, si Yon entend par la une tentative pour
penser les phénoménes humains de nature collective dans un
cadre rationnel. En Orient, la pensée de Confucius constitue a
certains égards la premitre « théorie » rationnelle de la société
(traditionnelle), centrée sur la notion d’harmonie et sur I'im-
portance du rituel pour le maintien de l'ordre social.
1.2.2 Naissance de la sociologie
A partir du xvir® sidcle, la pensée sociologique se consolide,
se précise et s'approfondit. En suivant Johan Heilbron, on peut
considérer que histoire « prédisciplinaire » de la sociologie a
connu trois phases successives :Les fondements historiques
~ éclosion de théories sociales séculidres (comme celles de
Montesquieu et Rousseau) entre 1730 et 1775 ;
~ Vintégration des concepts et représentations modernes
dans une problématique scientifique explicite (avec
notamment Condorcet et Cabanis) entre 1775 et 1814 ;
— la diffusion plus large des théories sociales, la diversité
des approches et un début de « disciplinarisation » (avec
la figure d’Auguste Comte) entre 1814 et le milieu du
xn sidcle, Le mot « sociologie », souvent attribué a Comte,
apparait pour la premiere fois, en francais sous la plume de
Yabbé Sieyés.
1.2.3. Latradition de Penquéte sociale au xix* sidcle
Das le début du xix* sidcle, I'investigation sociologique se
développe aussi sous une forme concrete : ce sont, en France,
les enquétes philanthropiques, puis les enquétes d’hygiéne
publique comme celles de L.-R. Villermé, centrées sur les mala-
dies professionnelles, la mortalité, etc. A partir des années
1830, des enquétes officielles sont menées sur l'enseignement
primaire, le travail des enfants, le monde ouvrier. Un processus
similaire se produit en Grande-Bretagne et en Allemagne.
Cette approche se déploie sous la forme de monographies
avec un objectif de réforme sociale. Une école sociologique se
constitue autour des recherches de Frédéric Le Play et de la
Société d’économie sociale. Ne séparant pas les objectifs scien-
tifiques et pratiques, Le Play tire de ses monographies, qui
portent principalement sur le monde ouvrier, des propositions
de réforme sociale. Il place en particulier la famille, unie sous
Yautorité paternelle, a la base de ordre social, confortant la
philosophie traditionnelle.ss¢randesotonsdelasoctogie
1.3 La sociologie dans espace des sciences
13.4 Lahiérarchie des sciences selon Auguste Comte
Trés vite se pose la question de la place de la sociologie par
rapport aux autres disciplines. Auguste Comte considére que,
étant la plus jeune des « sciences positives », elle a vocation &
« couronner » l'ensemble de celles-ci, car elle étudie le niveau
le plus complexe de la réalité. Cette Iégitimation théorique
marque la discipline : elle en fait une science naissante aux
ambitions générales.
1.3.2 Sociologie et philosophie
La sociologie se présente, qu’elle se reconnaisse ou non dans
Ja pensée d’ Auguste Comte, comme une science empirique et
non comme une pure spéculation (théologique, métaphysique,
politique, morale). Elle reprend a la philosophie ’ambition de
connaitre l'action humaine dans toute sa spécificité. Dés lors,
les relations entre sociologie et philosophie sont marquées par
deux tentations en partie contradictoires : d’un cdté, le rejet
par la sociologie de la philosophie comme relevant de ce que
Comte appelle I’« Age métaphysique », définitivement dépassé
par I's ge positif », de l'autre, chez certains philosophes, la
restriction de I'univers de la sociologie a la production de faits
sans implication théorique.
BORLANDL M., BOUDON R., CHERKAOUI M, VALADE B. (2005).
Dietionneire de a pensée soiologique. Paris : PUF
HEILBRON J. (2006), Naissance de la sociologie. Marseille: Agone.
KALAORAB. SAVOYEA. (1989) Les Inventeursoubllés: Le Ply et ses
continuateurs aux origines des sciences sociales, Seyssel : Champ
Vallon(© Dunos-— Tout repreducon non ute ua dt
Lestondementsisoraves
Lepenies W. (1990). Les Trois Cultures. Entre science et littérature,
Vavénement de la sociologie. Paris : La Maison des sciences de
homme, 1 éd. 1985.
site Web
ttpil/wwwaliens-socio.org/ (Le portall de la sociologie en France).
2. La sociologie comme science
24 Laconstruction d’un savoir sociologique
1 Les étapes de la démarche sociologique
La démarche sociologique repose sur une série d’opérations
scientifiques :
~ Vaffirmation de la spécificité du fait social (cf. p. 3-6) ;
~ la définition de celui-ci ;
= la formation d’un lexique technique et d'un corps
hypotheses propres ;
~ la constitution de dispositifs de recueil et de traitement de
Yinformation ;
=a mise en place de procédures de vérification et de
validation des hypothéses.
2.12 Sociologie, sciences expérimentales
et sciences historiques
Plusieurs voies se sont présentées trés tot pour établir la
sociologie en tant que science : certains, en particulier autour
de Durkheim, affirment Fidentité fondamentale de la démarche
sociologique et de la méthode expérimentale telle qu’elle a
@é formulée, notamment, par le biologiste Claude Bernard
(1865) ; d'autres, notamment en Allemagne autour de Wilhelmstrands atin del soli
Dilthey (1883), insistent plut6t sur la séparation iréductible
entre les « sciences de la nature » et les « sciences de I’esprit ».
Lrespace de la sociologie est délimité par ces deux positions
6pistémologiques. La premiére met en avant explication des
«régularités » qui gouvernent les sociétés indépendamment des
intentions individuelles, la seconde V'interprétation des actions
historiques & partir du sens que leur donnent les acteurs.
2.2 Alarecherche du fait social
2.2.4 Une définition
Le fait social peut étre défini, plus précisément, par oppo-
sition au fait physique, chimique, biologique, mais aussi au
fait psychique individuel, comme tout ce qui, dans la réalité
humaine, dépend d'une maniére ou d'une autre des relations
interindividuelles (interpersonnelles) directes ou indirectes (ce qui
inclut donc les significations interindividuelles associées & une
action individuelle)
2.2.2 Emile Durkheim et le fait social
Avec fimile Durkheim, le fait social est caractérisé par sa
généralité, son extériorité et son caractére contraignant. « Est
fait social toute maniére de faire, fixée ou non, susceptible
d'exercer sur individu une contrainte extérieure ; ou bien
encore, qui est générale dans ’étendue d’une société donnée
tout en ayant une existence propre, indépendante de ses mani-
festations individuelles » (Les Regles de la méthode sociologique,
1895, p. 14).
Le raisonnement sociologique est a la fois causal et empi-
rigue :ils‘agit d’@tablir les facteurs sociaux de phénoménes les
plus divers. « La premiére régle et la plus fondamentale est de
considérer les faits sociaux comme des choses » (ibid., p. 15),
Cest-a-dire de fagon objective.Lestondemens hitoraues
2.2.3 Lasociologie comme science historique
Dans une tradition issue de la philosophie allemande, la
sociologie est d’abord définie comme une science historique,
donc interprétative. Mais elle n’abandonne pas non plus l’ob-
jectif d’une explication causale des phénomenes sociaux. Les
processus historiques peuvent en effet étre interprétés et expli-
qués en se référant au sens subjectif que les acteurs donnent
a leur action.
2.3. Les pratiques sociologiques au xix‘ siécle
234 Entre « statistique morale » et monographie
Avant que la sociologie ne se constitue comme discipline
universitaire, des dispositifs de production d'information
sociale se sont développés, en particulier au xix* siécle.
La « statistique morale » fournit une source de données &
la pensée sociologique (avec d’abord les données d'état civil :
naissances, morts, mariages, etc., les données sanitaires, etc.).
Llenquéte « monographique » se développe également au
xixt sidcle et fournit des observations fines, par exemple sur les
dépenses et Ia structure sociale des familles ouvriéres.
2.3.2, Méthode comparative
En s‘appuyant notamment sur les données recueillies par la
statistique morale, les sociologues dans la tradition durkhei-
mienne déploient instrument de la comparaison, dans le
temps et dans l’espace. La comparaison est le substitut en
sciences sociales de I’expérimentation.ee
2.4 Vinterprétation en sociologie
2.4.1 Compréhension ou explication ?
Autour des notions de compréhension et d'explication s'arti-
culent deux conceptions de la démarche d’interprétation en
sociologie.
Dans la tradition subjectiviste, la sociologie ne cherche pas a
établir de « lois » objectives. Il s‘agit plut6t de reconstituer par
la compréhension le sens subjectif de l'action des acteurs pour
interpréter les faits historiques dans toute leur singularité, Pour
comprendre la Révolution frangaise, on cherche a comprendre
le sens, les représentations et les valeurs que les divers acteurs
de celle-ci ont engagés dans le processus révolutionnaire. La
démarche compréhensive ainsi entendue n’échappe pas a la
nécessité de recourir a des dispositifs de connaissance, tels
que la construction d’idéaux-types, la construction concep-
tuelle épurée ne retenant que certains traits abstraits d’un
phénoméne.
Dans une orientation plus objectiviste, la compréhension de
action individuelle suppose d’abord la connaissance de l'en-
semble des déterminants sociaux qui la conditionnent (normes
sociales, contraintes, dispositions intériorisées...). Comprendre
action « de l'intérieur » et accéder au systéme complet des
causes qui la fagonnent « de extérieur » sont alors les deux
aspects d'un méme processus.
2.4.2. Lois d’évolution versus sociologie du singulier ?
Si la sociologie est une science historique et interpréta-
tive qui ne peut découvrir de lois universelles au sens de la
physique, quelles connaissances nouvelles apporte-t-elle ?
Lexemple par excellence est analyse par Weber de la nais-
sance et du développement en Occident d’une organisation de
économie structurée autour de la propriété privée des moyens| wetness
j de production et de 'accumulation rationnelle, le capitalisme.
Léthique ascétique des sectes putitaines, qui valorise l’épargne
et le travail, est I'une des causes de ce processus : est 'expan-
sion d’un ethos, un systéme de valeurs mis en ceuvre dans
la pratique quotidienne des acteurs sociaux qui contribue au
succés du capitalisme moderne en Occident. A Vopposé, le
confucianisme, qui dévalorise le commerce, érige les lettrés
en caste séparée et les fonctionnaires en groupe dominant,
constitue tn facteur limitatif pour le développement capitaliste
de Orient a partir des xvi-xvut sidcles.
our aller plus loin >
BERTHELOT J-M. (1995). Durkheim 1895. Les Régles de la méthode
sociologique. UAvénement dela sociolgie scientifique, Toulouse
Ife
Dunk €. (1986). Les Régles de la méthode sociologique. Paris,
PUF, coll. « Quadrige », 22" édition
‘Weer M. (1995). Economie et société, t. | « Les catégories de la
sociologie », t. Il « Lorganisation et les puissances de la société
dans leur rapport avec''économie ». Paris: Pocket.
3. _ La tradition sociologique
3-1 Lanotion de « fondateur »
3a1 Les trois « fondateurs »
Test courant aujourd'hui dans les cursus et les manuels fran-
ais de sociologie de présenter la sociologie comme issue des
ceuvres de trois grands « fondateurs » : Karl Marx (1818-1883),
Emile Durkheim (1858-1917) et Max Weber (1864-1920). Leurs
apports ne peuvent pas étre mis sur un méme plan car leurs
‘© Duned- Toute repedton non totes un35 grandes notions de la sociologie
contributions sont de natures différentes. Insister sur ces trois
auteurs ne doit pas non plus conduire a oublier les apports
autres sociologues, comme Spencer, Le Play, Simmel, Pareto,
Schumpeter, Mauss, etc.
3.1.2 Actualité de Poeuvre des « fondateurs »
Les « fondateurs » ont posé les bases de démarches et de
problématiques qui restent largement valides dans le monde
contemporain, caractérisé par des processus comme le déclin
et les transformations de univers religieux, I'expansion du
capitalisme et les tensions et désordres multiformes qui 'ac-
compagnent, l'affirmation de I'Etat, celle de l'individu. Ils ont
mis au jour des processus sociaux que l'on continue de voir
Yoeuvre aujourd'hui: la rationalisation et la bureaucratisation,
les relations structurelles entre désorganisation et pathologies
sociales, les rapports d’exploitation et de domination consti-
tutifs de économie capitaliste, etc.
3.2 Karl Marx et la dynamique historique
Marx n’est pas & proprement parler sociologue, mais écono-
miste, philosophe et militant. Sa contribution a la pensée
sociologique est néanmoins fondamentale. Il s'est concentré
sur le conflit structurel qui se noue, au sein d’une société, dans
Vorganisation de lactivité productive, c'est-a-dire au sein des
entreprises. Son objet est en premier lieu relatif aux sociétés
«industrielles » telles qu'il les voit se constituer au xx siécle en
Grande-Bretagne, en France et en Allemagne ; mais sa problé-
matique a une portée beaucoup plus vaste.
La conception des sociétés développée par Marx met I'ac-
cent sur importance des facteurs économiques dans les
dynamiques historiques. Les forces productives (innovations
technologiques, capital accumulé, niveau de qualification deJa population) et les rapports de production (relations entre
groupes et individus au sein du syst8me productif, conflits pour
le partage de la valeur) constituent le soubassement matériel
objectif de l'ensemble des phénomenes sociaux.
| Lestondementshiteraves IE
f
}
|
Comment utiliser Marx en sociologie?
Etudier une société dans la perspective inaugurée par Marx
consiste d’abord & caractériser I’état des forces productives et
des rapports de production qui lui sont propres, ce qui implique
d'étudier la structure de classes et les relations entre groupes
sociaux dans un contexte historique donné, puis 3 en inférer des
effets relatifs aux enjeux les plus divers : idéologiques, politiques,
mais aussi intellectuels et culturels. On peut ainsi sinspirer
de travaux d’historiens marxistes comme Albert Soboul sur la
Révolution francaise, Edgar P. Thomson sur la formation de la
« classe ouvrigre » britannique, Eric Hobsbawm sur le « court xx"
sibcle », etc.
3.3. Emile Durkheim
et les croyances collectives
Durkheim ne se contente pas d’entreprendre de fonder la
sociologie comme science. Entouré d’une équipe de jeunes
chercheurs, comme Francois Simiand, Maurice Halbwachs,
Marcel Mauss, il réalise une série de contributions empiriques
majeures, qui vont participer a I'accumulation initiale des
connaissances sociologiques.
~ Les transformations de la division sociale du travail sont
étudiées a partir des formes successives prises par le droit.
On passe ainsi de sociétés dominées par la « solidarité
mécanique » (communautaires) a des sociétés dominées par
la « solidarité organique » (plus individualisées) au fur et &
mesure de la différenciation des activités sociales.
© Duro Toue pod non ose et unTD sserrces rotons dea socilege
~ Létude quantitative du suicide montre qu’il s'agit d’un
phénoméne social et non strictement psychologique.
Les différences entre les taux de suicide renvoient 4 des
variations dans le degré d’intégration et la régulation des
comportements des individus 4 Vintérieur de groupes
sociaux.
~ Vévolution religieuse des sociétés humaines est un processus
social fondamental, qui est a Vorigine de l’émergence des
catégories de l'entendement (temps, espace, causalité...).
3.4 Max Weber et Ia sociologie
de la domination
Weber, juriste et économiste de formation, se rattache a 'ori-
gine a une école de pensée économique connue sous le nom
d'« école historique allemande ». Il se penche comme Marx
sur les dynamiques historiques des sociétés, en accordant un
rOle important & des facteurs tels que les croyances religieuses
et en récusant une perspective évolutionniste naive. Weber
cherche a comprendre la spécificité de histoire de ’Occident
et de la fabrication d'un type d’homme qui I'accompagne. Il
la met en relation avec I’histoire universelle, mais sans en faire
le point d’aboutissement nécessaire de celle-ci.
Il construit ainsi une théorie sociologique fondée sur
un usage systématique de la comparaison historique, en
premier lieu relative aux grandes religions (judaisme, chris-
tianisme, islam, hindouisme et bouddhisme, confucianisme et
taoisme...) et a leurs prescriptions concernant les conduites de
vie. Au sein de chaque religion sont en rapport plusieurs types
d'acteurs sociaux : les détenteurs professionnels du « savoir »
religieux, les prophétes, les laics... Weber rattache le fait reli-
gleux a des besoins sociaux ordinaires qui se cristallisent dans
des « conduites de vie », qu'il appelle ethos ou habitus.Lestondementshistosques
Max Weber construit une théorie de la domination et de la
légitimité. Il distingue la légitimité rationnelle-légale (fondée
sur des procédures universelles), la légitimité charismatique
(sur la croyance en la singularité du chef) et la légitimité tradi-
tionnelle (sur Yobéissance a la coutume).
3.5 Des fondateurs complémentaires
ILest courant d’opposer les « fondateurs » les uns aux autres
en leur attribuant des conceptions diamétralement opposées de
la sociologie. Or ils partagent une méme démarche : rationnelle,
largement indépendante de considérations morales ou poli-
tiques préalables (méme si leur « rapport aux valeurs », selon
Yexpression de Weber, les oriente vers certains problémes),
fondée sur les faits, ouverte a la réfutation empirique.
S
COLLIOT-THELENE C. (2006). La Sociologie de Max Weber. Paris : La
Découverte.
| DUMENL G., Loewy M., RENAULT E. (2009), Les 100 mots du
‘marxisme. Paris: PUF.
‘STEINER P. (2005). La Sociologie de Durkheim. Paris :La Découverte,
aed.
Site Web
ttpil{classiques.ugac.ca/ (Classiques des sciences sociales en
ligne)THEORIES
ET METHODES
DE LA SOCIOLOGIE‘© Denad Toute eration non autores wn dt
Tories et méthodes dela socloge
1, _Les interactions
1.41 Latradition sociologique de Chicago
ta Les deux écoles de Chicago
C'est & Chicago, des la fin du xix* sigcle, qu’apparait, au
sein du premier département universitaire de sociologie, un
mouvement de recherche qui va imprimer a Ja discipline une
orientation résolument tournée vers ’enquéte de terrain et
Yobservation. On associe a la « premiére école de Chicago »,
celle du début du xx* sidcle, les noms de Robert Park, Ernest
W. Burgess et Ellsworth Faris ; a la « deuxiéme école de
Chicago », qui prend son essor aprés 1950, ceux de Howard
Becker, Anselm Strauss, Erving Goffman.
Les sociologues dans la tradition de Chicago congoivent
leur discipline comme scientifique, objective et non tournée
vers Faction comme les réformateurs sociaux : ils souhaitent
arracher la science sociale 4 une perspective essentiellement
normative et politique. Ce qui les réunit est la priorité qu’ils
donnent au travail empirique et a une démarche inductive.
44.2 Une sociologie dans la ville
On qualifie fréquemment la ville de Chicago au début du xx*
sidcle de « laboratoire social ». Ville d’immigration, elle se préte
particuligrement bien a la multiplication d’enquétes de terrain
portant sur des populations diversifiées et en perpétuel mouve-
‘ment : communautés de méme origine, catégories populaires
marginalisées... La tradition de Chicago est particuliérement
attentive aux différenciations de toutes sortes qui structurent
Yespace social urbain. L’écologie urbaine consiste dans Vétude
de ces phénomenes.
La sociologie s’oriente vers des phénoménes sociaux de
petite taille tels que les interactions, les petits groupes, les35 grandes notions de la sociologie
quartiers, les histoires de vie, etc. Cette posture attentive aux
microphénomenes rapproche la sociologie de l’ethnologie et
de ethnographic. Elle s‘intéresse tout particulirement aux
groupes déviants, aux communautés ethniques marginalisées,
‘aux pratiques dominées et socialement peu légitimes,
1.2 Le récit de vie et la méthode biographique
La sociologie dans la tradition de Chicago accorde une place
importante aux récits de vie. Louvrage de Thomas et Znaniecki
‘The Polish Peasant (1918-1920) sert ici de référence. Il s'agit
de restituer lexpérience extrémement riche dont les acteurs
sociaux sont porteurs. Mais les trajectoires individuelles sont
reliées a des processus plus généraux. De méme que Durkheim
s'est penché sur les phénoménes d’anomie (voit p. 160-168),
‘Thomas et Znaniecki s‘intéressent eux aussi aux phénomenes
de désorganisation sociale liés a un changement urbain rapide.
Is insistent particulidement sur le rOle des attitudes et des
valeurs des immigrés.
1.3 L’analyse des interactions
Par interaction, on entend en sociologie une relation interper-
sonnelle directe entre deux individus au moins : elle peut étre
linguistique (€change verbal), physique ou visuelle. La notion
interaction est sans aucun doute l'une des plus fondamentales
en sociologie. On parle d’approche « interactionniste » (chez
certains auteurs « interactionnisme symbolique >) pour dési-
_gner une perspective théorique avant tout centrée sur la prise
en compte des interactions.
Les fondements théoriques de cette approche sont déve-
loppés par divers auteurs. George Herbert Mead montre dans
Mind, Self and Society (L'Esprit, le Soi, 1a Société, 1934) que
Vindividu est construit par le regard des autres au cours d'un(© Dunot Te reprtucton non autre unt
Théores et mithodes del socslogie
ensemble d interactions. Erving Goffman montre comment
certains individus sont « stigmatisés » du fait de particularités
physiques ou morales (1963).
1.4 Les méthodes de la sociologie
interactionniste
= La grounded theory ou « théorie ancrée ». Barney Glaser
et Anselm Strauss proposent de concevoir la théorie
sociologique comme émergeant progressiverment du
traitement de l'information empirique, dans un processus
de généralisation progressif (approche inductive).
~ Lobservation. Le recours méthodique a diverses techniques
@'observation est trés valorisé dans la tradition de Chicago,
notamment pat opposition a des procédures de recueil
«informations plus indirectes (questionnaires, entretiens)
et @ fortiori aux statistiques officielles, toujours construites
pat les institutions et complexes a interpréter.
- Le comptage. Contrairement a une vision répandue, la
tradition de Chicago ne se caractérise pas par un recours
exclusif aux méthodes qualitatives, méme si celles-ci ont
été abondamment utilisées dans cette tradition. La pratique
du comptage est un outil important de Vobjectivation
sociologique. Mais le sociologue se défie des statistiques
dont la production n’est pas controlée.
~ Le récit de vie. attention aux trajectoires individuelles
conduit & accorder une grande importance aux récits de vie
et aux analyses biographiques.
BECKER H. (1985). Outsiders. Etudes de sociologie de la déviance.
Paris: Métal
‘CHAPOULIE J-M. (2001). La Tradition soctologique de Chicago, 1892-
1961. Paris: Le Seu.| BB ssrontes notin deisel
Foor WuyTe W. (1996). Street Corner Society. La structure sociale
un quartier latino-américain. Paris: La Découverte.
GLASER B., STRAUSS A. (2010). La Découverte de la théorie ancrée.
Stratégies pour la recherche qualitative. Paris : Armand Colin.
GoFFMAN E. (1975). Stigmate. Paris : Ed. de Minuit.
2. _ Le structuro-fonctionnalisme
24 Dusystéme a Pacteur
La sociologie américaine de I'aprés-Seconde Guerre mondiale
est dominée par trois noms : Talcott Parsons (1902-1979),
Robert King Merton (1910-2003) et Paul Lazarsfeld (1901-
1976). Elle trouve son unité dans un paradigme théorique,
le structuro-fonctionnalisme, associé a une méthodologie prin-
cipalement quantitative, positiviste. Ce courant se manifeste
par la publication par Talcott Parsons en 1937 de La Structure
de Vaction sociale (The Structure of Social Action),
2.41 Action individuelle et ordre social
‘Th€oricien de I'action, Parsons entend faire le lien entre
Vaction individuelle et la permanence d’un ordre social rela-
tivement cohérent et stable. C’est selon lui « I'intégration
autour de valeurs communes » qui fonde un « systéme d'action
sociale » Iui-méme relativement cohérent.
La sociologie structuro-fonctionnaliste accorde donc une
place centrale a la dimension normative de I’action et aux
fonctions remplies par les institutions sociales. Ce modéle
fournit un cadre théorique intégrateur qui marque profondé-
ment la sociologie mondiale, en particulier dans les décennies
1950 et 1960.aR
H
i
:
i
E
Thor t mitodes ela sosotoge
2.1.2 Systémes et sous-systémes
Tout systéme social est supposé devoir faire face A quatre
enjeux : 'adaptation (@ l'environnement) [A], la poursuite des
buts [G], l'intégration [I] et enfin le maintien des buts culturels
(latence (L]). Cela conduit a distinguer quatre grands sous-
systémes sociaux correspondants, ainsi que quatre syst&mes
d'action.
Tableau 2.1 — Le paradigme fonctionnel
du systéme de Vaction chez T. Parsons (dit « schéma AGIL »)
(Source : G. Rocher, Talcott Parsons et la sociologie américaine)
Externe | Adopiotion (A) Poursite des bus (6)
Interne | Lorene Ingato
Parsons utilise le cadre de ce schéma pour analyser divers
processus comme la socialisation, l'apprentissage, etc.
2.43. Les professions comme objet sociologique
privilégié
Parsons partage le théme de la différenciation des sociétés
avec les sociologues européens (depuis Herbert Spencer). Les
«< professions » (médecins, scientifiques, etc.) émergent de la
division du travail et conquiérent une position dominante
dans les sociétés modemes. Elles constituent des unités sociales
spécifiques, avec leurs valeurs, leurs normes, les roles et les
systémes d’action qui en découlent. Chaque profession est
caractérisée par sa déontologie, son processus de socialisa-
tion, des procédures de recrutement et d’avancement dans
la carriéze, etc. Avec la famille, la profession constitue la
deuxiéme unité fondamentale de ordre social.sserandesratons dea soeeogi
2.2. Des théories de niveau intermédiaire
(middle-range theories)
2.2.1 Un fonctionnalisme assoupli
Robert K. Merton développe une conception de la théorie
sociologique en apparence moins ambitieuse que celle de
Parsons : avec les « théories de niveau intermédiaire », il ne
s'agit ni de renoncer a la théorisation sociologique au profit
d'une approche inductive ni de s’éloigner des données empi-
riques sur lesquelles elle repose.
2.2.2 Naissance et normes de la communauté savante
La premiere grande recherche de Merton consiste, dans une
perspective trés fortement marquée par Weber, a établir le lien
existant entre l’éthique protestante et la naissance de Vethos
scientifique au xvit sigcle en Grande-Bretagne. Le monde de
la science est défini comme une communauté particuliére
dotée de ses propres normes. Celles-ci sont a la fois des normes
éthiques et des normes techniques, dont Merton effectue I’ana~
lyse systématique (voir p. 127-131).
2.3. Une sociologie mathématique
2.3.1 Venquéte quantitative en sciences sociales
Lruniversité de Columbia est le lieu oft se développent
rapidement apr’s la Seconde Guerre mondiale des pratiques
d’enquéte par questionnaire qui fournissent a la sociologie
américaine une base empirique quantitative. Au niveau inter-
national, tout un réseau d’enquétes quantitatives se struc-
ture, notamment autour de I'Association internationale de
sociologie.{© Danud ~The repodcton no autores an
Théories et méthodes de la sociologie
2.3.2, Une méthodologie fondée sur les relations
entre variables
La sociologie quantitative établit des relations entre diverses
variables et cherche a faire apparaitre des causalités entre les
divers facteurs. Dans les années 1960, les méthodologues
insistent tout particuligrement sur la complexité de la causa-
lité en sociologie.
2.3.3 Lamathématisation de la sociologie
La mathématisation de la sociologie est l'un des objectifs
développés dans les années 1960, notamment autour de Paul
Lazarsfeld et Raymond Boudon. Les mathématiques sont
introduites a divers niveaux dans les cursus de sociologie, des
revues de mathématiques en sciences humaines apparaissent.
Ce projet de mathématisation se heurte cependant a de trés
nombreuses difficultés, jusqu’a aujourd’hui, méme s'il demeure
un « idéal régulateur » pour beaucoup de sociologues.
2.4 Le structuro-fonctionnalisme
face a ses critiques
2.44 Lacritique interactionniste
Pour les interactionnistes, normes et rles sont plutot le
résultat de processus d’interactions que le produit de 'inté-
riorisation de valeurs communes. L'approche interactionniste
fait émerger les normes de I'interaction et décrit l’émergence
des professions a travers des processus de monopolisation et
de légitimation : une profession se construit en s‘appropriant
une « juridiction », selon l'expression d’Andrew Abbott (1988)
sur un domaine d’activité et en imposant des criteres d'accé’s
A cette activité. Les statistiques utilisées par les structuro-fone-
tionnalistes sont, parfois, jugées peu fiables ou trop globales.BEB) ss rons notion soil
La posture qu'ils adoptent prend insuffisamment en compte
leur caractére socialement construit au jour le jour.
2.4.2, Vethnométhodologie
Adoptant une position-limite, les ethnométhodologues
considérent que la sociologie ne peut prétendre opérer de
rupture par rapport a la connaissance ordinaire et quelle doit
se contenter d’étudier les modalités de celle-ci, en partant de
Yanalyse des connaissances ordinaires mises en oeuvre au jour
Je jour par les acteurs. La sociologie se déplace vers une socio-
ogie cognitive, attentive a la complexité des savoirs et savoir-
faire ordinaires,
2.4.3 La théorie de action rationnelle
Pour les tenants de la théorie de action rationnelle issue
de la théorie économique et en sociologie des travaux de Gary
Becker et James Coleman, la sociologie structuro-fonctionna-
liste accorde trop de place aux structures et aux contraintes
au détriment des choix individuels et de leur compréhension
subjective. Elle promeut selon eux une conception « sursocia-
lisée » de V@tre humain. La notion de norme est rejetée comme
faussement explicative.
plus loin <5 >
BOUDON R. (1970). Les Méthodes en sociologe. Paris: PUF.
MERTON R. K (1998). Eléments de théorie et de méthode
sociologique. Paris: Armand Colin, deriére édition
Rochen G. (1972). Talcott Parsons et a sociologie américaine. Paris:
Pur.
SaiT-MaRTIN A. (2013). La Sociologie de Robert K. Merton, Pais:
La Découvertecoos
Théores et méthodes dela soctogie
3. __ Les écoles sociologiques en France
3.1 La sociologie frangaise aprés Durkheim
3.1 L’éclipse de la sociologie durkheimienne
aprés les années 1930
Ala différence de la sociologie américaine de Vaprés-guerre,
relativement unifiée autour de I’école « structuro-fonctionna-
liste », la sociologie francaise a toujours présenté une apparence
assez diversifiée. La sociologie durkheimienne a été dominante
du début du xx* sidcle jusqu’aux années 1930, sans parvenir 4
s/institutionnaliser en dehors de la revue L’Année sociologique,
mais d'autres orientations, comme celles de Frédéric Le Play
ou de Gabriel Tarde, ont profondément marque la discipline.
Lécole durkheimienne a connu une certaine éclipse durant
Vaprés-guerre, tout particuligrement a partir de la seconde
moitié des années 1930,
3.4.2 La sociologie frangaise de Vaprés-guerre,
entre sociologie empirique et grande théorie
Aprés-guerre, la sociologie empirique se reconstitue en
premier lieu autour de Ia sociologie du travail, représentée
notamment par Georges Friedmann et Pierre Naville. Il s‘agit
alors d'un domaine socialement important, en France comme
dans de nombreux pays d'Europe : la poussée du mouvement
ouvrier, les preoccupations liées a la quéte de la producti-
vité forment un contexte favorable a Vétude des réalités du
travail. La critique du modéle taylorien menée aux Etats-
Unis (voir p. 107-110) est également d’actualité en Europe
de Ouest. D’autres domaines de recherche se développent
en France autour de Institut national de la statistique et des
études économiques (Insee) et de l'Institut national d’étudeseee
démographiques (Ined), comme l'étude de la stratification et
de la mobilité sociales.
Un autre péle est incaré par les « théoriciens », des socio-
logues généralistes qui développent des systémes théoriques
(Georges Gurvitch) ou réalisent de grandes fresques compara-
tives sur les sociétés industrielles Raymond Aron).
3.2 Les écoles sociologiques francaises
contemporaines
3.2.1 La sociologie dynamique
Alain Touraine débute sa carriére de sociologue comme
spécialiste du travail industriel au début des années 1960. Puls,
il construit un modéle théorique centré sur les notions de
« société industrielle » et de « société postindustrielle ». Une
méthode particulire est associée a cette théorie: Vintervention
sociologique. Réunissant des acteurs sociaux autour du sujet
de Venquéte, le sociologue leur soumet des hypotheses et les
fait réagir a ses analyses. Il en résulte une approche intégrant
la diversité des points de vue des acteurs et leurs réactions a
analyse sociologique. Cette sociologie invoque le « retour de
Yacteur » ou du « sujet » dans l'interprétation sociologique,
sujet qui aurait été oublié dans les années 1960-1970, notam-
‘ment sous V'influence marxiste.
De nombreux travaux issus de I’école d’Alain Touraine ont
&té réalisés depuis les années 1960, sur les nouveaux mouve-
ments sociaux, le mouvement ouvrier, les lycéens, les étudiants,
Ie communautarisme, I'Amérique latine, la Russie... Ils ont en
commun de mettre au premier plan 'expérience des acteurs
sociaux et de décrire une société postindustrielle caractérisée
par des enjeux souvent éloignés de ceux qui caractérisaient
la société industrielle, Plus récemment, les représentants de
cette école (Francois Dubet, Michel Wieviorka) critiquent le‘© Dunos Tut production aon arse et un det
Théores et méthoces del soclogie
« nationalisme méthodologique » qui caractériserait encore
trop souvent les recherches sociologiques.
3.2.2 La sociologie de Vaction stratégique
Les travaux de Michel Crozier sur le phénomene bureaucra-
tique sont le point de départ d’une conception centrée sur les
relations entre acteur et systéme au sein des organisations. La
notion de stratégie est fondamentale dans ces recherches. Dans
cette tradition, l'étude des organisations accorde une grande
place aux acteurs et leur comportement face aux régles qui
caractérisent le systéme.
Aopposé de la conception wébérienne qui identifie large-
ment bureaucratie et rationalité, les analyses des organisations
mettent I'accent sur le « cercle vicieux » de lorganisation
bureaucratique et la complexité des jeux et enjeux interes a
une organisation.
Cette tradition s’est beaucoup renouvelée a la lumiére des
développements internationaux en sociologie économique et
en sociologie des organisations.
3.2.3. Vlindividualisme méthodologique
Lindividualisme méthodologique se réclame d’une longue
tradition intellectuelle, dont Weber, mais aussi dans une
certaine mesure Marx et Durkheim, seraient des représentants.
Il s‘agit d’expliquer les faits sociaux en partant des motiva-
tions et croyances des acteurs individuels, tout en intégrant
les conditions systémiques de leur action comme cadre rela-
tivement contraignant. L'agrégation de choix individuels
peut ainsi engendrer des effets pervers ou plus largement non
voulus. Dans la conception élargie synthétisée en France par
Raymond Boudon, les acteurs individuels agissent 4 partir
des « bonnes raisons » qu’ils ont de le faire. La rationalitéBEd ss sronces notions dela soca
instrumentale (arbitrage codt/bénéfice) des économistes n’en
est donc plus qu’un cas particulier.
3.2.4 Le structuralisme constructiviste
La théorie de la pratique développée par Pierre Bourdieu se
fonde sur une conception de ’action articulée autour de la
notion de disposition (voir p. 99-102). Les agents sociaux inté-
riorisent les structures objectives a travers le processus de socia-
lisation : ces structures intériorisées constituent les habitus. Les
actions individuelles sont indissociables de ces structures inté
riorisées, méme si une part d’invention est toujours possible,
notamment dans des contextes de changement, mais cette
invention repose sur les possibilités de ’habitus.
Lespace social est structuré pat des oppositions relatives a
la distribution inégale des capitaux (économique, culturel,
social, symbolique...), en particulier des oppositions relatives
au volume et & la composition du capital (voir p. 47-56).
Les champs sont les univers sociaux relativement autonomes,
od des agents rivalisent pour le monopole de la production
et de la répartition d’un bien spécifique. Dans le champ litt
raire par exemple, l'enjeu principal est la reconnaissance de la
valeur proprement littéraire. Les champs sont des « modéles
réduits » de espace social global, caractérisés par des espéces
particuliéres de capitaux, inégalement distribués.
3.2.5 Les courants constructivistes,
pragmatiques et interactionnistes
Les courants constructivistes francais trouvent pour une part
leur origine dans la réflexion menée autour de Luc Boltanski,
Alain Destosiéres et Laurent Thévenot autour des catégories
socioprofessionnelles, puis ce qu’ils appellent les « économies
de la grandeur » : les « cités » sont des univers de référence,Théores tméinodes del soclogie
régis par certaines « grammaires » de 'action et du discours.
D/autres auteurs se réclament plus de la tradition pragmatique
ou de I'interactionnisme et développent une sociologie inter-
prétative plus ou moins fortement ancrée dans l'enquéte de
terrain. La sociologie pragmatique est attentive a toutes les
formes de construction sociale de la réalité, du niveau le plus
microsocial jusqu’aux aspects les plus globaux.
3.3 Quelques enjeux de la sociologie
frangaise contemporaine
3.34 Enquéte de terrain
et dépassements de I’ethnocentrisme
Un important courant de recherche dans la sociologie
francaise contemporaine se caractérise par l'affirmation de la
nécessité de V'enquéte de terrain et de observation directe.
I rapproche la sociologie de l’ethnologie et se nourrit de la
référence a l’école de Chicago, dont les travaux ont été traduits
ct largement diffusés. Howard Becker est l'un des sociologues
de référence de ces auteurs.
3.3.2. Moyennisation ou « retour des classes sociales »?
Issu en partie des recherches menées autour d’Henri Mendras
et Louis Dirn, fortement inspiré par la sociologie anglo-saxonne
de la stratification, un groupe de chercheurs entend fournir
une analyse systématique des transformations de la société
francaise contemporaine, a partir de données d’enquétes diver-
sifiées. En s‘appuyant sur diverses techniques statistiques, ces
chercheurs entendent déterminer précisément quelles sont
les tendances lourdes de la société francaise, en particulier en
ce qui concerne les inégalités économiques et sociales et, de
plus en plus, leur perception par les individus et les groupes._35 grandes notions de la sociologie
3 Vanalyse géométrique des données
et la théorie des champs
3.
Lexistence d'une tradition statistique issue de recherches
menées en France a partir des années 1960 autour de Jean-Paul
Benzécri a eu un role important au sein de la discipline socio-
logique en France. L’analyse des correspondances (en particu-
lier Vanalyse des correspondances multiples, ACM), souvent
appelée « analyse factorielle », est une des techniques statis-
tiques les plus utilisées en sociologie. Avec la notion de champ,
la relation entre théorie sociologique et méthodologie statis-
tique sous-tend un ensemble de travaux empiriques contem-
porains, notamment dans le domaine de la sociologie de la
culture, mais aussi en sociologie économique.
Pour aller plus loin Sy
‘ACCARDO A. (2006), introduction @ une sociologie critique. Lire
Pierre Bourdieu. Marseille: Agone.
BERTHELOT JoM. (2003). La Sociologie francaise contemporaine.
Paris: PF, 2 éd.
GALLAND O., LEMEL Y. (201). La Société frangalse. Un bilan
sociologique des évolutions depuis Vaprésguerre, Pars, Armand
oii.
LeBaron F., MAUGER G. (dir) (2012), Lectures de Pierre Bourdieu
Paris: Elipses.
Site Web
httpsnvvcliens-socio.org (Ie portal de la sociologie en France)roan
‘Théories et méthodes de la sociologie
statistique
4A tiques en sociologie
4.1.4 Les fondements statistiques de la sociologie
La sociologie repose sur une « assise statistique », selon
Vexpression de Frangois Héran (1984). Depuis les recherches
de Durkheim sur le suicide (1897), les types dé données et les
techniques statistiques utilisées ont évolué. La conscience du
caractére construit, et donc des limites, de la statistique sociale
a également progressé, nourrissant les enquétes d'un sprcrott
de réflexivité. /
2 |
4.1.2 Quels types de données? LE
Les statistiques utilisées en sociologie sont essentiellement_
des données d’observation. On distingue usuellement : celles
issues de fichiers ou registres administratifs ; celles issues des
recensements de la population ; celles recueillies par le moyen
de questionnaires sur des échantillons de tailles trés variées
en fonction des objectifs et les conditions de I'enquéte ; celles
issues de la reconstitution d’informations biographiques &
partir de sources d’archives diverses (« prosopographie ») ; les
données textuelles, bibliométriques et issues d’observations
directes ; les données des comptes nationaux et des indicateurs
synthétiques regroupant des informations issues de modes de
collectes divers. Ces données sont produites par des institutions
ou des acteurs eux-mémes diversifiés : administrations, entre-
prises, organismes de statistique publique, instituts d’études
de marché et de sondages, centres de recherches universitaires,2 randes ations de a seco
4.13. Limites des données sociologiques
Les données issues d'un enregistrement administratif posent
divers problémes. Le principal est lié a 'opération de classifica-
tion. Les systémes de classement officiels n’ont que rarement
le caractare universe] qui les rendrait valides sans limitation
dans le temps et I'espace.
Dans certains cas, le questionnaire auprés d'un échantillon
de taille suffisamment importante apparait aux cheycheurs
comme un recours face aux déficiences de I’inforn’
administrative. Le questionnaire suppose en particulier ui
production de discours ; celle-ci dépend du contexte et des
caractéristiques des locuteurs. Parmi les principales critiques
que l'on peut adresser aux questions d’opinion : le caractére
trés particulier des échantillons prélevés compte tenu de l'im-
portance actuelle des refus de réponse ; la sous-évaluation des
non-téponses ; la signification fragile de nombreuses réponses
qui sont en quelque sorte arrachées aux enquétés.
Le travail prosopographique ou sur un corpus de texte souleve
certaines difficultés. Les principales d’entre elles portent sur
la définition de la population ou du corpus étudiés, ainsi
que sur les limites de Vinformation accessible (informations
absentes pour certains individus, hétérogénéité des textes du
corpus, etc.)
La construction d’agrégats et d'indicateurs a des fins de
synthése de l'information économique et sociale pose de
nombreux problémes souvent sous-estimés par les usagers de
ces données qui circulent en permanence dans ’espace publi
choix des indicateurs de base, des pondérations, conventions
de calcul (comme dans I'indice des prix la consommation).Tories etmethodes dei socio EB
4.2 Les méthodes statistiques en sociologie
Confrontés a des données statistiques recueillies ou non par
eux, de qualité variable, plus ou moins aisées a interpréter, les
sociologues ont a leur disposition l'ensemble des techniques
issues des développements de la statistique.
4.24 Les tableaux de contingence
Llutilisation des tableaux de contingence permet de préciser
quelles sont les liaisons entre deux variables et d’étudier leur
structure. L’étude des tableaux de contingence est le « pain
quotidien » du chercheur en sciences sociales. L’exemple qui
suit est emprunté 4 Max Weber, dans L’Ethique protestante et
esprit du capitalisme (1904-1905). Il donne les fréquences
conditionnelles (pourcentages en lignes) des confessions dans
les différents types d’établissement scolaire.
La liaison positive ou attraction assez forte entre les moda-
lités « protestants » et « Realgymnasien », et la liaison négative
ou répulsion assez forte entre « catholiques » et « Gymnasien »
conforte I'hypothése d'une affinité élective entre le protestan-
tisme et les formations plus scientifiques et professionnelles :
il s'agit pour Weber de mettre en relation un habitus religieux
spécifique et certaines dispositions mentales et culturelles
propres a favoriser l'investissement dans Vactivité économique.ee ae
\
‘Tableau 2.2 ~ Proportion des différentes confessions
dans différentes institutions en Bade (1895-1891)
(Source : Offenbacher, repris par M. Weber,
Lébthique protestante et Vesprit du capitalisme, p. 74)
ae eng wa
Gymnasien
ore) 4 «| 95 | 10
nea
(lycées non 60 3 9 100
classiques)
Oberreaecholon
faeeotee| a |e | re
oes
Tealachlon
(tees ® wo | 1 | 100
classiques)
there
neaeiene| 1 x | |
es)
ieee] a | [100
4.2.2. Les méthodes géométriques
et la construction d’un espace social
Les méthodes géométriques telles que V'analyse en compo-
ssantes principales (ACP) et analyse des correspondances multiples
(ACM) permettent de construire un espace social, en définis-
sant une distance entre les individus statistiques a partir des
variables retenues dans ce but (les « variables actives »). Les
individus sont alors représentés sous la forme d’un nuage de
points dans un espace multidimensionnel.
Une fois l'espace défini par le choix des variables actives,
analyse géométrique des données consiste réduire le nombre
de dimensions de cet espace en créant un nouveau systémecc
© Danad~ Toate ero
Theories et méthoes dela soctoge
d’axes (appelés dimensions principales, axes factoriels, etc,), tel
que la dispersion (variance) du nuage projeté sur la premiére
dimension soit maximale et ainsi de suite pour les dimensions
suivantes.
Liinterprétation statistique d’une ACM s‘appuie sur ’étude
d’un ensemble de valeurs numériques et sur celle de nuages
de points.
4.2.3. Classification
Le souhait de construire des classes d’individus sur la base des
données et non d’a priori conduit a utilisation de méthodes de
classification automatique, telles que la classification ascendante
hhiévarchique (CAH) selon le critére de la variance.
4.2.4 Régression
Le souhait de prédire la valeur d’une variable a partir de
variables indépendantes conduit a approche de la régression,
beaucoup utilisée en sociologie (surtout aux Etats-Unis), au
moins depuis les années 1950. On utilise classiquement la
régression linéaire pour les variables numériques, d'autres types
de régression pour les variables catégorisées (en particulier la
régression logistique). On peut chercher & prédire la réussite
d'un éléve d’abord & partir du sexe, puis en ajoutant le lycée,
puis la catégorie socio-€conomique de la famille, etc. Dans une
perspective de prédiction, la valeur du coefficient R (ou de son
carré R?), en tant qu’indice de qualité de 'ajustement, se doit
«etre aussi élevée que possible. La régression met en jeu un
schéma explicatif si Yon donne a la variable a prédire le statut
de « variable a expliquer » et aux variables prédictrices celui
de « variables explicatives »oer
4.2.5 Autres méthodes statistiques d’usage courant
existe d/autres méthodes statistiques utilisées pour les
données d'observation :
= les modales log-linéaires dans l'étude des tableaux de
contingence ;
~ les méthodes d’analyse de réseaux qui permettent de décrire
et de visualiser les relations (« liens ») entre individus
dans une unité sociale déterminée (une entreprise, une
association...), beaucoup utilisées dans le domaine de la
sociologie économique, de la sociologie des élites ;
= les méthodes d’analyse des biographies qui visent a rendre
compte de la probabilité d’événements individuels ;
= Les méthodes d’analyse des séquences, issues de la
génétique, qui permettent de classer les types de parcours
individuels ;
= les méthodes d’analyse « multiniveaux » qui visent & étudier
les articulations entre différentes échelles (locale, régionale,
nationale, etc.) de la réalité sociale ;
4.2.6 Les données textuelles
Le travail statistique sur des données textuelles consiste a
produire et 4 analyser des données qui peuvent étre fondées
sur les occurrences, dans une logique qui va de la description
a Vanalyse, mais aussi a partir d’un travail de construction
théorique (linguistique et cognitif) préalable.
4.2.7 Vinférence statistique
Dans une perspective inférentielle, on souhaite étendre
la mise en évidence d’un effet au-dela de la seule population
étudiée dans enquéte. On distingue l'inférence ensembliste,
Vinférence fréquentiste et I'inférence bayésienne.
= Inférence ensembliste : c'est le cadre d’interprétation qui se
situe le plus directement dans le prolongement de 'analyse—
(© Duned- Toute epadution nan vores end
Tres et methods del socilogie
descriptive. On veut situer le protocole observé par rapport
a un ensemble de protocoles possibles.
~ Inférence fréquentiste: on suppose que les données constituent
un échantillon au hasard de la population.
= Inference bayésienne : comme V’écrit Henry Rouanet,
« 'inférence bayésienne est la méthodologie statistique dans
laquelle la probabilité retrouve son sens naturel : mesurer
Vincertitude inhérente a aller du connu (les données) vers
Vinconnu (le modéle). La statistique bayésienne, sous
sa forme modérée (de Laplace a Jeffreys), est la méthode
analyse inductive des données la plus en harmonie avec la
philosophie d’analyse des données : la description d’abord,
Vinférence ensuite ! ».
4.3 De Vinterprétation statistique
a Pinterprétation sociologique
4.341 Les deux phases de l’interprétation
On peut distinguer deux phases dans l'interprétation globale
«une analyse statistique en sociologie : linterprétation statis-
tique et l'interprétation sociologique. Cette derniére met en
ceuvre un modéle explicatif (plus ou moins formalisé) et
renvoie donc au cadre théorique de référence. La phase d’inter-
prétation statistique proprement dite doit étre indépendante
des hypothases et du cadre théorique posés au départ.
4.3.2. Statistique et explication, causalité et corrélation
La question du caractére « explicatif » d’une analyse est
souvent posée par les sociologues. On sait depuis longtemps
que « corrélation n'est pas causalité ». L’explication reléve
en propre du domaine des sciences sociales : la statistique
permet de fonder des explications, de départager des théories
explicatives opposées, mais elle ne fournit pas en elle-méme
explication,sparenes roe delat
Pouraller plus loin <>
ibois P. (2011). Les Méthodes d’analyse d’enquéte, Paris: PUF.
Comaessie J-C. (2001). La Méthode en sociologie. Paris : La
Découverte.
Lepanon F. (2006). L'Enquéte quantitative en sciences sociales
Recuell et analyse des données. Paris : Dunod,
MARTIN O. (2005). LAnalyse de données quantitatives. enquéte
et ses méthodes. Paris: Armand Colin.
Now M. (1998) Pourcentages et tableaux statistiques. Paris: PUP.
Rovaner H., LE ROUX B. (1993). LAnclyse des données
‘multidimensionnelles, Pris: Dunod.
Sites Web:
httpyfiwmuinsee ffir (institut francais de statistique)
http://www.observationsociete.fr/ (Ie site du Centre d’observation
de la société, avec de nombreuses ressources)
hetpulwworw.reseau-quetelet.enrsfispip! (pour accéder 8 des
microdonnées issues d’enquétes)
a
5. _Venquéte de terrain
5.1 observation
5.14 Une pratique scientifique élémentaire
L/observation systématique est un instrument de base de la
démarche scientifique. Il en est ainsi de l'observation clinique
telle qu'elle est pratiquée dans les sciences médicales et psycho-
logiques, qui est le fondement d’une accumulation de savoirs
sur le corps et sur le psychisme, ou encore observation des
planétes et de leurs mouvements en astronomie.
nySE
© Denod-outeeprarton nn autre et va.
Théores etnéthodes de socegte
5.1.2. La démarche ethnographique
En sociologie, l'observation directe a longtemps été consi-
dérée comme une technique d’enquéte subalteme, alors que
les plus grands sociologues pouvaient s’appuyer dans leurs
travaux sur des observations, parfois issues de leur propre expé-
rience personnelle. Elle a plutot été associée a l'ethnographie,
et, encore aujourd’hui, les techniques d’observation dites in
situ sont souvent qualifiées d’« ethnographiques >
5.1.3 De Chicago & la codification des méthodes
‘Avec la « premiére école de Chicago », Vobservation avait
acquis le statut d'une méthode d'investigation concréte en
sociologie. Elle commence alors & faire objet d’une « norma-
lisation » méthodologique et devient, dans les années 1970-
1980, l'une des techniques les plus utilisées de la discipline.
Le caractére prolongé et répété de l'observation, le recours a
des annotations précises et réguliéres, les plus systématiques
possibles (avec le « caret de terrain » de Vethnologue), des
enregistrements et des photographies, la pratique du codage,
voire du comptage, tous ces dispositifs d’établissement critique
des faits définissent désormais un ensemble de guides et
ressources pratiques de lenquéte.
5.4 Vauto-analyse
Llexpérience personnelle est la source de données socio-
logiques. L’auto-observation, qui est le fondement de Vauto-
analyse, a non seulement droit de cité en sociologie, mais elle
apparait méme comme une condition de controle par le cher-
cheur de ses propres biais sociaux. Une auto-analyse réguliére
fait partie des conditions de réalisation d’un travail sociolo-
gique controlé, ne serait-ce qu’en participant a l’objectivation
des conditions de production des faits analysés.ED serondes notions deta secoge
5.2 Entretiens, textes, discours
5.2.1 Les matériaux linguistiques et visuels en sociologie
La sociologie fait un usage abondant de matériaux linguis-
tiques, de paroles et de discours écrits et oraux qui peuvent étre
recueillis de diverses maniéres. La pratique de lobservation in
situ conduit a recueillir des extraits d’interactions langagieres,
de discours individuels (issus, par exemple, d’entretiens), de
divers documents textuels. Ce recueil s‘accompagne de I'uti-
lisation paralléle de photographies et de matériaux iconogra-
phiques, voire de films.
5.2.2. Lentretien
La technique de ’entretien permet de recueillir les discours
dindividus bien choisis. La méthodologie de lentretien met
Vaccent sur les conditions sociales de production du discours
4 est toujours concu dans une situation particuliére pour un
enquéteur doté lui-méme de caractétes spécifiques. Cette tech-
nique est enseignée en sociologie comme l'une des principales
méthodes d’investigation, car elle permet de produire rapide-
ment et a relativement peu de frais des informations situées
et précises, et de saisir les enjeux qui traversent un univers
social, une organisation, un groupe... Elle permet d’atteindre
les représentations et les perceptions subjectives, a la fois
complexes et situées.
La misére du monde
Dans La Misére du monde, un groupe de chercheurs réunis autour
de P. Bourdieu étudie les souffrances sociales liées au retrait de
état providence en France, & partir d’entretiens approfondis
auprés d’agents situés dans des positions diverses de espace
social. Ces positions ont en commun d'etre travaillées par des
tensions:misére «de condition »(pauvreté), mistre «de position»‘© Daned Tose repeduton non autre un
Théories et méthodes de la sociologie
(frustrations relatives, insatisfactions, déceptions). Il s'agit de
construire un espace des points de vue et de comprendre a partir
de chaque situation et trajectoire les fondements sociaux de la
souffrance. (P. Bourdieu et al, La Misére du monde, Paris, Le Seuil,
1993.)
5.2.3. Biographies et récits de vie
Les techniques biographiques reposent également le plus
souvent sur l'étude de discours ou récits biographiques et
autobiographiques, mis en contexte et situés au sein d’univers
sociaux particuliers. Leur usage croissant dans les années 1970
et 1980 correspond notamment a une volonté de réhabiliter
les visions du monde, les représentations des catégories margi-
nalisées ou subalternes.
>
ARBORIO AcM., FOURNIER P. (1999). L’Enquéte et ses méthodes :
observation directe. Paris : Nathan.
BeaUo S., WEBER F. (1998). Guide de l'enquéte de terrain. Paris: La
Découverte.
BoURDIEU P. (dir.) (1993). La Misére du monde. Paris: Le Seull.
Corans J. (1999). UEnquéte ethnographique de terrain. Paris
Nathan.
PENEFF J. (2009). Le Godt de observation. Comprendre et
ratiquer observation participante en sciences sociales. Pari
Découverte.
Site Web
httpilfwww.cecherche-qualitative.qe.ca (portall de la recherche
qualitative)STRUCTURES
SOCIALES
ET INSTITUTIONSIme objet sociologique
n et les styles de vie
-conflits sociaux.Structures sdlseinsttutins
1 Classes sociales, stratification,
espace social
14 Lanotion de « classe »
11 Les classes dans les sociétés traditionnelles
Llopération consistant distinguer des groupes d’individus
dotés de caractéristiques sociales particuliéres est le fait des
sociétés elles-mémes. C’est la société indienne qui a « inventé »
Ie systéme des castes, ensemble cohérent de groupes sociaux
identifiés par des noms (« les Brahmanes, qui ont le mono-
pole de la pritre et du sacrifice, les Kshatryas, guerriers nés,
les Vaicyas, destinés au commerce, les CAdras, faits pour servir
les autres », selon les formules de Célestin Bouglé dans son
Essai sur le régime des castes, 1935), hiérarchisés, spécialisés
dans une fonction strictement définie et se repoussant mutuel-
Iement. Les castes se caractérisent par leur caractére fixé (en
théorie) une fois pour toutes : on nait et meurt dans sa caste,
et l'ordre social est entirement structuré selon le principe
hi€razchique, comme le montre Louis Dumont dans Homo
hierarchicus (1967).
Dans|’Ancien Régime, ce sont les « ordres » (noblesse, clergé,
© tiers état) qui définissent les grands groupes statutaires et leurs
privileges respectifs, fondés juridiquement. Les sociétés tradi-
tionnelles sont, elles aussi, trés hiérarchisées, méme si des
‘mouvements sont théoriquement possibles dans espace des
groupes sociaux. Le développement de la fonction publique
d'tat, du commerce et des échanges, la montée des professions
juridiques et médicales contribuent a la formation de « groupes,
professionnels » structurés.
{© Danod ~The repeducton non autores anED sernces notions deb sei
1.4.2 Classes sociales et révolution industrielle
La notion de « classe » s/impose comme une évidence au sein
des sociétés connaissant la révolution industrielle, en parti-
culier avec la croissance démographique et la structuration
politique de la classe ouvriére. Une frange de la paysannerie,
numériquement dominante dans la société traditionnelle,
émigre vers les villes et nourrit la formation de ce nouveau
groupe. Celui-ci s‘unifie a la faveur des luttes sociales : c'est ce
que monte, dans le cas britannique, 'historien Edward-Palmer
Thomson (1963). Dans les sociétés industrielles, le nombre
de salariés augmente tout au long du dix-neuvieme, puis du
xxt sigcle, au détriment des petits indépendants (agriculteurs,
artisans, commergants).
14.3 Des conceptions diverses des classes
La notion de « classe » est utilisée par les sociologues clas-
siques. Marx en développe une conception articulée a un critére
principal, la propriété des moyens de production, qui sépare
Ja bourgeoisie du prolétariat. Ces deux classes sont en lutte
et la société se polarise autour de cette lutte. La conception
wébérienne met plutot accent sur les différences de pouvoir,
de prestige et de style de vie des « groupes de statut ». Un
« groupe de statut » (Stand) se définit par des attributs écono-
miques, mais aussi politiques et symboliques. Les groupes sont
en concurrence les uns avec les autres, mais ne sont pas néces-
sairement opposés. Ils se hiérarchisent selon plusieurs critéres.
La sociologie de la deuxiéme moitié du xx siécle retient
souvent une conception des groupes sociaux proche de celle
de Weber. Le théme de la « stratification » Villustre bien
classes sont plutot des catégories hiérarchisées selon divers
principes.Secures sodlesetinstutons EB
1.4.4 Classes, catégories et professions :
les nomenclatures
Les nomenclatures de catégories sociales et professionnelles
sont un des outils de base de la sociologie. Le sociologue classe
les individus ou les ménages a partir des professions qu’ils
exercent ou qu’exerce Ia personne dite « de référence » du
ménage. Les regroupements en « catégories » ou « classes »
permettent ainsi de décrire la structure socio-€conomique
dune société et d’analyser son évolution.
Les nomenclatures utilisées dans différents pays ne sont pas
identiques, ce qui rend difficiles les comparaisons internatio-
nales. La nomenclature francaise des professions et catégories
sociales (CSP/PCS) créée dans les années 1950 a été réformée
en 1982 et révisée en 2003. Au niveau international, le Bureau
international du travail a créé la classification internationale
type des professions (CITP —en anglais ISCO), rénovée en 1988
puis en 2008. Une nomenclature européenne est en cours
d’élaboration dans le cadre d’Eurostat.
Certains sociologues proposent des nomenciatutes & voca-
tion universelle fondées sur une théorie : c’est le cas de John
Goldthorpe en Grande-Bretagne (wébérienne) ou encore de
Erik Olin Wright aux Etats-Unis (marxiste, cf. schéma 3.1).Bi trends notions de a soci
Figure 3.1 ~ Schéma de Wright (1985)
(Source : Louis Chauvel, site Web personnel)
Popitrer
Nonpoprties
Sager
se podion faba
As a
fea ele Aonages | 7.209"! 10 nara
SEisars |* toes) |“ SR eee cos |
car tole] d
Coot wisn!
Ener | 2m 5 a Be Ses
fSsotres mas] ,2R. || parisons | sports | upon 0 erantoor
Pospowcauer | STEW | | “Econ” Lecco] nnvecoms | rloe
“afro
opt et
aro o
lodigendommen,| 9 pete 2" lo roallous| 19 petnsies
tals pos por | borpeoie || IO. leonrconnal "2 Po
Segoe
+ > si
a
be recomeinoneeusificaon
(Locos, 0 «us»: cadet,
1.2. La dynamique de la structure de classe
1.2.4 La« fin des classes sociales » ?
Dans la période contemporaine s'est répandu un discours
public sur la « fin des classes sociales ». Ila pris corps aux Ftats-
Unis aprés la Seconde Guerre mondiale, dans un contexte d’op-
timisme sur la capacité du progrés a résorber les disparités les
plus criantes entre les individus et les groupes. Mais il est régu-
liérement contredit par les données empiriques, qui montrent
Ja persistance d’écarts importants, voire trés importants, entre
les groupes sociaux, phénomene encore plus flagrant lorsque
Yon raisonne au niveau mondial, et qui semble méme s’accen-
tuer depuis la crise économique mondiale de 2007-2008.En France, des sociologues comme Henri Mendras ont
développé I’hypothese d’une moyennisation, c'est--dire de la
montée en puissance d’une grande classe moyenne, a l’opposé
de l'idée d’une polarisation entre bourgeoisie et salariat issus
de la représentation marxiste, Ce théme fait l'objet d’un débat
important.
1.2.2. Les grandes tendances de la structure de classe
au xx sidcle
Au xx" siécle, les sociétés industrielles ont connu une évolu-
tion marquée : expansion réguliére du salariat ; déclin rapide
des paysans et agriculteurs ; montée, stabilisation, puis déclin
récent (en France de 1975 a aujourd’hui) du groupe ouvrier ;
montée rapide des personnels d’encadrement (supérieur et
moyen) ; montée et diversification du groupe des employés,
lige a la croissance de Vactivité feminine.
Le monde des classes populaires se diversifie lui aussi. Le
groupe des employés, a majorité feminine, est ainsi trés diffé-
rencié, avec A un pdle des employés trés qualifiés, a ’autre
des employés de plus en plus « prolétarisés » et caractérisés
par diverses formes de précarité (temps partiel, contrats
courts, etc.)ssermesnolos delacocolee
Figure 3.2 ~ Répartition de la population active
par catégorie socioprofessionnelle (Source : INSEE,
Centre d’ Observation de la Société, données en %)
1.3. Lastructure de classe au niveau mondial
Pour donner une idée de la structure de classe au niveau
mondial a la fin du xx° sigcle telle qu'elle ressort des statis-
tiques officielles accessibles sur le site du BIT, on considérera
les données relatives & la Chine — la catégorie skilled and fishing
agricultural regroupant trés vraisemblablement d’autres groupes
populaires que les seuls paysans et pécheurs. Dans tous les cas,
on observe au niveau mondial :
— une importante paysannerie, fortement différenciée, avec
2 un pole les agriculteurs industriels des pays riches et de
certains pays émergents et a l'autre la grande masse des
petits paysans (dont certains sont des paysans « sans terre »,
livrés aux aléas de offre de travail agricole) ;
— un « sous-prolétariat » urbain caractérisé par le sous-
emploi et ’emploi indépendant informel dans le secteur
tertlaire (extrémement difficile 4 quantifier), nourri pat le
mouvement incessant venant des campagnes ;‘© bunod—Tout reproduction non tore ct
Structures soles et ntutons
- un prolétariat industriel, minoritaire mais plutot en
augmentation dans les pays en développementet émergents,
en déclin numérique quoique toujours important dans les
pays les plus développés ;
le monde différencié des employés, numériquement
important dans les pays développés mais minoritaire dans
les pays en développement, en augmentation rapide dans
les deux cas ;
~ enfin, il faut ajouter que le chOmage, important dans
certaines zones géographiques du monde et évalué par
le BIT a 6,2 % de la population active mondiale en 2010,
contribue a la précarisation des classes populaires urbaines,
phénoméne accentué avec la crise mondiale.
‘Tableau 3.1 ~ Structure sociale chinoise selon le BIT en 2005
(Source : BIT)
Occupation
esa 87489
1 Legions, senior oficial end managers 7 111572
2. Proersionas 37% Bear
4. Clots 3.1% 207105
5: Serie wor and op ond malate Loy a
6. Skiledogriculral end Fishery workers Cho Bora
7. Croft and rleted odes workers 15.0% 105849.
1.4 L’espace social
1.41 La multidimensionnalité de espace social
Les principes de différenciation sociale relévent de plusieurs
dimensions : revenus et patrimoines, mais aussi styles de vie,
culture, éducation... Pour rendre compte de cette diversité, on
se référe a la notion d’espace social, A Vorigine due a Pitirim
Sorokin (1927) et développée par Pierre Bourdieu (1979). UnEBs erertesroonsele solo
espace social se caractérise par plusieurs dimensions, iméduc-
tibles les unes aux autres.
Llespace social peut étre défini & partir de la distribution
inégale des diverses ressources sociales : capital économique
(patrimoine), capital culturel, capital social (relations person-
nelles), capital symbolique (prestige, reconnaissance, visibi-
lité). Ces ressources sociales se combinent différemment dans
chaque société nationale.
Llespace social frangais dans les années 1960-1970 est, pour
Bourdieu, structuré par deux dimensions principales : le
volume du capital ; la structure du capital (avec a un péle une
domination relative du capital économique, a autre du capital
culturel, opposition forte au sein des classes supérieures).
1.4.2. La construction des classes
La « classe » est une construction symbolique (au moins
en partie politique) qui peut émerger dans certaines circons-
tances historiques sur la base des proximités de position dans
espace social. Elle peut au contraite ne pas étre une categorie
de perception légitime, méme dans des configurations d’inéga-
lités extrémes, comme en Inde avant I’émergence du mouve-
ment nationaliste au xx! siécle. L/émergence de la « classe
ouvriére » comme force historique est le résultat d’un travail
politique : construction de collectifs et de formes de résistance
dans Vusine, naissance des organisations de masse, élabora~
tion et diffusion des doctrines socialistes et marxistes, etc.
Ces processus fondent une unité symbolique qui repose sur la
similitude des conditions d’existence, les affinités sociales, les
caractéristiques des représentants, Sur la base des inégalités de
classe se sont ainsi mis en place les composants d’une « iden-
tité » politique et intellectuelle de la classe ouvriére. La réf.
rence a 'appartenance de classe est auyjourd’hui concurrencée
par dautres principes d’identification, nationaux, ethniques,
religieux..
a TTTcara cota
(ou he
Pano | ridge
colt Equitation
PROFESSEURS | PROFESSIOHSLIERALES —, y Gumpape
SUPEREURS. Echecs"Wnaky | tems su BSE
cronesonves nao GE
4 INGENIEURS scrabble GY Chasse
0 coon ak ge
EB msoresseuns, Ses 38
B TCONDAIE Montane ee
= Marche jaration ae
cydotoutime «urine
sence
nese Sc Vere Abrome
co
INTERMEDIAIRES
TERMEDIAIRES expression corporelle
‘CADRES MOYENS
aera cucture.+ COMMERCE ‘CAPITAL CULTUREL~
STA RONOURE™ _ ORETE_| ——, —GRTALECONOMIQIE®
nstiruteuas,_ TECHNICIENS z
TS nora 5
ames 4
enniores i a
OnE ae | oe et B
contremalTnes| péche Mouseux 2
vorrAcwane E 2
uvnensquauinés z
adote font Acorn
uvmlens SPECIALISES | in rouge ordinaire
MANGUVRES
SALARIES AGRICOLES
(CAPITAL GLOBAL
Figure 3.3 — Espace des positions sociales et espace des styles de vie
(Source : P. Bourdieu, Raisons pratiques)EE scone ntrs de soo
Bosc S. (2011). Stratification et transformations sociales. La société
francaise en mutation. Paris: Nathan (7° é¢).
BouRDIEU P, (2001). « Espace social et genése des classes », in
Langage et pouvoir symbolque. Paris: Le Seul
Desnosiénes A, THEVeNor L. (1988). Les Catégories
socioprofessionneles. Pars : La Dé&couvert.
MAUR L. (2009), Déchifrer Ja société frangaise. Paris : La
Découverte
Sites Web
htpiwmwinegalites fr (le site de "Observatoire des inégelités)
httpslwwwinequalitywatch.euPangzfr (équivalent 8 échelle
européenne)
SS
2. _Lamobilité sociale
24 Les enjeux de la mobilité sociale
ait Un nouveau regard sur un phénoméne ancien
La littérature et 'imaginaire social ont depuis longtemps
évoqué les déplacements rapides au sein de I’espace social,
d'une génération a l'autre ou au sein d'une méme génération.
La sociologie se propose de les observer, de les mesurer, de
les comparer, d’en étudier les conséquences et d’en proposer
des interprétations théoriques. La perception spontanée fait
en effet dépendre ces déplacements du hasard ou de qualités
intrinséques des individus : g8nes, volonté, ambition, persé-
vérance, capacité de travail, etc. La sociologie fait apparaitre
des forces collectives, comme les changements dans le systme
producti, le développement de la scolarisation de masse,Structures sociales et institutions
Vinertie lige aux phénoménes de socialisation, qui affectent
de fagon importante les processus de mobilité et d’immobilité
sociales,
2.1.2 Les enquétes de mobilité
De nombreux travaux sociologiques se sont concentrés sur
la mesure du phénomene.
L/usage de nomenclatures socioprofessionnelles est une
condition de observation quantitative des phénomenes de
mobilité. La mesure de la mobilité dépend de la nomenclature
utilisée : plus la nomenclature est fine, plus la mobilité apparait
forte, mais elle est surtout importante entre catégories proches
dans lespace social.
Une table de mobilité est un tableau croisé (tableau de contin-
gence) qui croise la catégorie du ménage d'origine (exemple :
profession du pére) et la catégorie occupée par individu
(exemple : profession du fils). Il y a mobilité au sens strict
lorsque l'une et autre different. L'immobilité sociale corres-
pond donc a la diagonale du tableau. Plus les valeurs de la
diagonale sont proches de 100, plus V'immobilité est élevée
(¢f tableau 3.2).re, tel fils ? Position sociale des jeunes
sortis de formation initiale en 2007 trois ans apras selon
‘ma CSP du pere (en %) (Source : CEREQ)
SP des jeunes, trois ans aprés leur sortie de formation
‘Artisan,
Agricul- |commersant,| Cadre | Profession peers
teur chet _ | supérieur | intermédicire | FPloyé | Ouvrier Total
d'entreprise
52 05 123 333 23,1_| 356 | 100
o7 32 184 32,7 264 | 186 | 100
> 0,0 12 36,8 36,8 15,2 10,1 | 100
8
g 0,0 09 22.1 47 19,1 | 163 | 100
3
z 12,0 336 264 | 245 | 100
2 87 292 26,0 | 347 | 100
2 179 34,0 237 | 22,6 | 100{© Dunod- Toute repodcton non autores un dt,
strctars scl etinstiions EB
2.2 Les grandes tendances de la mobilité
sociale en France et dans le monde
2.24 Lamobilité structurelle
Les changements dans la structure de classe, liés a des
processus socio-économiques de grande ampleur comme la
‘modernisation de l'agriculture ou le déclin du petit commerce
(voir p. 47-56), bouleversent les possibilités d'insertion profes-
sionnelle des nouvelles générations : les positions se raré-
fient dans certains secteurs, alors qu’elles deviennent plus
nombreuses dans d’autres. Compte tenu du déclin rapide de
Vemploi dans V'agriculture, tous les enfants d’agriculteurs ne
peuvent a leur tour devenir agriculteurs. Le changement struc-
turel crée ainsi un volant de mobilité contrainte. On appelle
cette mobilité induite par le changement dans la structure des
positions mobilité structurelle
2.2.2. La fluidité
Une fois évalué le facteur structurel se pose la question d’un
éventuel facteur résiduel de mobilité : on emploie alors les
notions de fluidité ou de mobilité nette. On essaie alors d’évaluer
la propension qu’ont les sociétés, une fois tenu compte des
changements de structure, & favoriser ou non les déplacements
au sein de lespace social.
2.2.3 De Porigine au dipléme et du dipléme
ala profession
Les études de mobilité décomposent le mouvement des indi-
vidus dans 'espace social en deux mouvements successifs : le
passage de l'origine sociale au dipléme, qui reléve de la socio-
logie de l'éducation et le passage du dipléme a la profession,
qui relave de la sociologie de ’insertion professionnelle.35 grandes nations de la sociologie
Certains travaux francais font apparaitre une tendance a la
diminution en longue période des inégalités face aux diplémes
(voir p. 143-146). Cette tendance devient trés faible, une fois
tenu compte du phénoméne de massification scolaire, qui s'est
traduit par la croissance globale du nombre des diplomés. Les
hiérarchies restent stables, alors que le niveau global de scola-
risation s’est élevé : tous les groupes sont plus scolarisés mais
Yordre ne change pas. Des données plus récentes font appa-
raitre une baisse de la mobilité nette, et le poids important des
mobilités descendantes.
Les conditions d'insertion varient selon les périodes :
le méme dipléme peut ouvrir la voie a des professions tres
diverses. Depuis les années 1960, on observe plutot en France
une tendance a la baisse du rendement social des diplomes et
alla montée du « déclassement ». A diplome identique, I'inser-
tion dans un emploi de cadre tend par exemple a diminuer.
Les inégalités intergénérationnelles s’accroissent.
2.2.4 Comparaisons internationales
Des recherches ont tenté de mesurer des niveaux de mobi-
lité (en particulier de mobilité nette) dans différents pays et &
différentes périodes. Elles conduisent a existence de faibles
différences entre les sociétés, méme lorsqu’elles valorisent
beaucoup la mobilité et, dans certains cas, elles font meme
apparaitre des baisses de la mobilité nette une fois tenu compte
de Veffet du changement structurel.
2.3. Capitaux et mouvements
dans espace social
2
1 Stratégies de reproduction et capitaux
Compte tenu du caractére multidimensionnel de espace
social (p. 47-56), on ne peut s’en tenir a l'étude des tables' Dunod- Toute rerodcton no autre wn
stractres secs etisttutions
de mobilité. On étudie plus finement les mouvements dans
Vespace social partir des types de capitaux que les familles
travaillent a maintenir et & accumuler. Ces stratéyies de reproduc-
tion en partie inconscientes varient selon la position occupée.
Lusage de méthodes qualitatives complete ici le recours & des
méthodes statistiques.
Lenom, la famille : le capital symbolique hérité
Dans la noblesse traditionnelle, c'est d’abord un nom, une
lignée plus ou moins ancienne dont les familles cherchent
4 maintenir le rang, Cela passe par le contrdle de I'accés a la
famille, qui suppose celui des mariages et s’accompagne de la
valorisation de Vancienneté dans le groupe. Plus largement,
Je nom de famille est un marqueur de position sociale chargé
de capital symbolique, c’est-a-dire susceptible d’étre ou non
connu et reconnu,
& Le capital social
A niveau de dipléme identique, deux étudiants s'insérent
de facon différente sur le marché du travail, notamment du
fait du jeu de leurs réseaux de relation qui constituent leur
capital social. Celui-ci est lié a Vorigine sociale : les familles de
Ja grande bourgeoisie entretinnent, par exemple, leur capital
social, a travers un ensemble de techniques de sociabilité
(réceptions, rallyes, etc.).
La transmission du capital économique
A travers Vhéritage, les différences sociales tendent a se
reproduire d’une génération a autre, cela indépendamment
des parcours scolaires et professionnels des enfants. Certaines
positions sociales (notamment les professions indépendantes)
dépendent particuliérement de la transmission du patrimoine
Cependant, le recours croissant au systéme scolaire dans tous
Jes secteurs affecte les conditions de reproduction des catégoriesBE sores oon dela sole
fort capital économique, en les obligeant a intégrer de plus
cen plus le systeme scolaire, d’oi le développement des écoles
de gestion.
‘& Capital culturel et titres scolaires
La transmission du capital culturel renvoie a la socialisation,
en particulier culturelle et scolaire. Le capital culturel tend
ainsi a se perpétuer de génération en génération. Si les enfants
d’enseignants réussissent mieux a l’école que les autres, cela
tient d’abord a leur proximité a V’égard de la culture légitime au
sein de Vinstitution scolaire. Les titres scolaires créent des diffé-
ences sociales (comme le montrait en 1925 Edmond Goblot
dans La Barriére et le Niveau), des sentiments de légitimité ou
diillégitimité, etc.
2.3.2 Espace social et migrations
Le phénoméne migratoite, et plus largement la mobilité
‘géographique individuelle ou familiale, est un processus social
fondamental. Les émigrés quittent un espace social et s‘in-
strent dans un nouvel espace, qui est souvent situé en position
dominante par rapport 4 leur espace d'origine.
& Immigration et classe ouvriére en France
En France, le phénoméne migratoire a contribué au premier
plan a la construction historique de la classe ouvriére. Par
‘vagues successives, les franges inférieures du monde ouvrier
se sont ainsi renouvelées jusqu’a aujourd'hui.
Les cadres internationaux
Les cadres expatriés des fires multinationales constituent
‘un groupe social trés spécifique, qui met en ceuvre des straté-
gies de reproduction propres, comme la scolarisation dans des
lycées internationaux, ’apprentissage des langues, etc.Structures sociales et institutions a
BeATAUX D. (1985). La Mobilité sociale. Paris : Hatier.
Meni D. PREVOT J. (1997). La Mobilité sociale. Paris : La
Découverte
Peuany C. (2013). Le Destin au berceau, Inégalités et reproduction
sociale. Paris : Le Seuil
Le monde du travail
3.1 Place et « valeur » du travail
3a Lae fin du travail »?
Le travail continue de structurer la vie sociale, En 1999,
selon lenquéte internationale sur les valeurs, 68 % d’un échan-
tillon représentatif des Francais « estim|aijent que le travail est
tune part trés importante de la vie, loin aprés la famille (88 9)
mais nettement avant les amis (50 9%) ou les loisirs (37 %) »
(Bréchon (dir.), Les Valeurs des Francais, Paris, Armand Colin,
2003, p. 109). Les enquétes menées depuis la fin des années
1990 sur le « bonheur au travail » ou la « place du travail »
confirment ce résultat, que l'on retrouve dans les autres pays.
34.2 L’ambivalence du travail
Le rapport au travail est a double face : source d’implica-
tion, de rencontres, d’échanges, de satisfaction, d’intégration
sociale, il est en méme temps vecteur de souffrances, d’humi-
liation, de frustration et 4 'origine de diverses pathologies
(Ff p. 160-168).EB 3s renter ron dela sole
Le contenu de cette ambivalence varie fortement selon
les catégories sociales : en 1996, en France, le « bonheur au
travail » est nettement plus important chez les cadres et profes-
sions intellectuelles supérieures (prés de 80 9% de satisfaction
affichée) que chez les ouvriers, en particulier les ouvriers non
qualifiés (moins de 30 %). La hiérarchie du bonheur at travail
suit étroitement celle des catégories sociales.
3.1.3 Chémage, sous-emploi et intégration
Une preuve a contrario du caractére structurant du travail
pour la vie des individus est la situation de ceux qui en sont
privés en totalité ou partiellement. C’est en particulier le cas
‘des chOmeurs de longue durée. Paul F. Lazarsfeld, Marie Jahoda,
Hans Zeisel ont montré dans Les Chomeurs de Marienthal (1932)
que le chomage prolongé était associé a un moindre investis-
sement dans la vie collective, un déclin généralisé des liens
sociaux, une perte de godt pour les relations sociales. Toutes les
enquétes menées depuis lors sur les effets de la perte d’emploi
ont confirmé ce constat, que l'on retrouve dans les travaux sur
les conséquences de la crise mondiale de 2008.
3.2. Vorganisation du travail
3.24 Llorganisation bureaucratique
comme organisation rationnelle
‘Max Weber a caractérisé Vorganisation bureaucratique par
sa rationalité. Elle se définit en particulier par la separation
entre la personne et la fonction. Aboutissement de la division
du travail, la bureaucratie est done caractéristique de la société
moderne et s’étend bien au-dela de la seule administration
étatique.structures sociales etinstutons
3.2.2. Les dysfonctionnements de la bureaucratie
La sociologie des organisations a trés tot fait apparaitre
des limites a Vefficacité de l'organisation bureaucratique.
Robert K. Merton (1940) montre que certains aspects du
fonctionnement bureaucratique peuvent étre profondément
dysfonctionnels, car les fonctions latentes d'une institution
peuvent étre éloignées des leurs fonctions manifestes. Miche!
Crozier décrit en 1964 dans Le Phénomene bureaucratique un
« cercle vicieux de la bureaucratie » lié a Vimpossibilité de
contrdler toutes les zones d’incertitude dans le fonctionne-
‘ment ordinaire des organisations.
3.3 Du taylorisme au néotaylorisme
3.3.1 organisation scientifique du travail
‘Au début du xx" sidcle, l'organisation du travail dans les
‘grandes entreprises se transforme profondément sous Veffet de
Ja mobilisation des ingénieurs, qui souhaitent lui conférer un
caractére scientifique, Taylor en premier lieu. organisation du
travail évolue a travers la parcellisation des tdches, un encadre-
ment hiérarchique strict, etc. Cette organisation « rationnelle »
~ aboutit au renforcement du pouvoir des cadres et ingénieurs
3 au sein des grandes entreprises, a la dépréciation de Vinitiative
2 et des savoir-faire ouvriers.
4
2 3.3.2 L’enquéte de Hawthorne
Dans les années 1920-1930, les effets de organisation
scientifique du travail sur la productivité sont l'objet d'une
critique sociologique serrée. L’enquéte dirigée par Elton Mayo a
la General Blectric est menée pendant plusieurs années (1927-
1932). Elle conduit @ remettre les motivations personnelles aut
centre de étude du travail humain. En France, Ia sociologie du_35 grandes notions de la saciologie
travail multiplie les observations empiriques sur la pénibilité
du travail industriel taylorisé, sous I'impulsion notamment de
Georges Friedmann.
3.3.3. Les nouvelles formes de management
A partir des années 1980, de nouvelles formes de mana-
gement, dites « participatives », se développent au sein des
entreprises. Elles sont censées substituer des liens horizontaux
aux procédures verticales héritées du taylorisme. Ce « nouvel
esprit du capitalisme », selon l'expression de Luc Boltanski
et Eve Chiapello (1999), intégre des éléments de la critique
« soixante-huitarde ». Les nouvelles formes de management
ne se sont toutefois pas généralisées et s'accompagnent tres,
souvent d’un renforcement des contraintes et de Vintensifi-
cation du travail. On observe ainsi de nouvelles formes de
domination dans le travail
3.3.4 La diversité des organisations et des régulations
dans le monde du travail
Les recherches menées sur organisation du travail font
apparaitre la diversité des normes et des conventions mises
en ceuvre, selon les branches, les pays, etc. Les « régles du jeu»
sont construites dans des contextes différents, par des acteurs
trés inégaux. Les relations professionnelles sont liées a des
histoires nationales spécifiques : syndicalisation, habitudes de
négociation différenciées, etc.
3.3.5 Les conditions de travail
La notion de condition de travail désigne l'ensemble des
dimensions matérielles et symboliques du travail. Le déve-
loppement de nouvelles politiques managériales ne s'est pas
accompagné d'une amélioration des conditions de travail de(© Deno Tot patton non autre un it.
ensemble des salatiés. Au contraire, plusieurs indicateurs font
plutot apparaitre une dégradation dans les années 1990-2000
dans plusieurs pays d’Europe. Les différences sociales sont trés
prononcées dans ce domaine.
Tableau 3.3 ~ Qui est exposé a au moins un produit cancérigone ?
(Source : ministére du Travail, données 2010)
%
Sexe
Hommes 161
Femmes 28
Ag
Meine de 25 ane 157
2529 ans nz
3039 ons 98
4049 ans 10
50 ons ot plus 7
Catégorie so
Codes supériours 2a
Professions idemédiiros 7
Empoyésadminisrats 16
Empoyts de conmerce 4A
Ouwiers quali 28,
Cuwrior non quale 189
3.3.6 Du travail a Pemploi?
La sociologie du travail s’est de plus en plus intéressée aux
trajectoires biographiques des travailleurs, en sortant de 'uni-
vers clos de V'atelier ou du bureau. Elle fait ainsi le lien entre
les expériences du travail et les enjeux qui le traversent, d’une
patt, et le monde social environnant (école, quartier, expé-
riences professionnelles, etc.), d’autre part. Les trajectoires
emploi, la précarité des statuts deviennent des éléments clés
dans la compréhension de 'expérience du travail.rn
a
35 grandes notions de la sogiologie
S
BAUDELOT C,, GOLLAC M. (di) (2002). Travaller pour étre heureux?
Paris: Fayard.
LALLEMENT M. (2010). Le Travail sous tensions. Paris : Editions
Sciences Humaines.
TruPie P. (1991). Du travail a Femploi. Paradigmes, idéologies et
interactions. Bruxelles: €d. de "ULB.
4. _L’économie comme objet sociologique
4.1 Sociologie et économie
4.1 Une longue histoire
Les relations entre sociologie et économie ont une longue
histoire d’échanges, de dialogues, d'emprunts réciproques et de
conflits. Le partage des territoires entre les deux disciplines est
loin d’étre clairement fixé ; les tentatives pour dépasser cette
séparation sont nombreuses, comme le montre la multiplicité
des expressions visant a désigner ces tentatives : « sociologie
économique », « socio-éonomie », « sciences économiques
et sociales ».
4.2. Définition et histoire
de la sociologie économique
4.2.1 Définition
La sociologie économique, c’est la sociologie — ses concepts
et ses méthodes (voir p. 1-43) ~ lorsqu’elle est confrontée aux
objets traditionnels de l'économie : la monnaie, les prix, le‘© Dunod Tut rprofuction non ators un dt,
Structures sociales et institutions
marché, la politique économique, les institutions de la vie
économique.
4.2.2. Dela sociologie économique classique
ala nouvelle sociologie économique
La sociologie économique est née en Europe dans les années
1890. Elle s'est constituée comme une branche de la socio-
logie consacrée aux questions léguées par économie politique,
dans une période de crise et de remise en cause de la théorie
économique dominante, centrée sur l'acteur rationnel, hédo-
niste et I'équilibre de marché. Du début du siécle jusqu’aux
années 1920-1930, certains des plus grands économistes et
sociologues contribuent & son développement (Max Weber,
Vilfredo Pareto, Joseph Schumpeter, Thorstein Veblen, Emile
Durkheim, Frangois Simiand, Maurice Halbwachs).
La sociologie économique réapparait avec force dans
les années 1970 aux Etats-Unis. Elle compte trois grands
courants : I'analyse structurale des marchés, l'approche orga-
nisationnelle ou « néoinstitutionnelle » et enfin l'approche
ethnographico-culturelle.
4.3. insertion sociale de économie
4.3.1 Lanotion de réseau et les conceptions alternatives
La notion centrale de la sociologie économique contem-
poraine est celle de réseau. Le réseau est le moyen d’appré-
hender les conditions sociales dans Jesquelles se forme I'action
économique individuelle. Il est Vintermédiaire entre I'individu
asocial de la théorie néoclassique, qui opére des choix ration-
nels dans un espace indéterminé et l'individu passif agi par
les structures globales. Toutes sortes de liens sont étudiées :
participation commune a des conseils d’'administration, liens
interpersonnels directs, pratiques d’entraide.FD) 35 grandes notions dela socologie
Lapproche organisationnelle élargit la perspective de la
sociologie des organisations en I’étendant aux marchés
elle recourt pour cela a Vhistoire (travail sur archives), 4 des
entretiens avec les acteurs, a I’étude des conflits au sein des
organisations et des marchés, a V'analyse des rapports entre
régles juridiques et actions économiques, etc. Neil Fligstein
et Alec Stone Sweet (2002) ont montré que la construction
du marché unique européen reposait sur un travail poli-
tico-juridique. Vapproche ethnographico-culturelle inscrit
les processus économiques dans des enjeux symboliques et
dans leur environnement culturel, en mettant ’accent sur les
cadres contextuels d'interprétation des pratiques et institutions
économiques. Viviana Zelizer (2005) étudie les enjeux liés a
la monétarisation de la vie sociale, les usages différenciés de
Vargent, ete.
432 La« nouvelle sociologie économique » en France
A cété des courants évoqués plus haut, la sociologie de
langue frangaise développe également des travaux inspirés
par le mouvement « anti-utilitariste » en sciences sociales, un
« paradigme » original inspiré par les recherches historiques et
anthropologiques de Karl Polanyi et Marcel Mauss qui conteste
Yuniversalité de homo ceconomicus. La présence en France de
traditions « hétérodoxes » en économie crée un espace large &
Vintersection des deux disciplines. Enfin se développe égale-
‘ment une sociologie du champ économique sous Vinfluence
de Pierre Bourdieu. Elle est centrée sur les relations entre les
dispositions des agents et les univers économiques analysés
comme des espaces sociaux.FRANGOIS P. (2008). Sociologie des SS Paris: Armand Colin
STEINER. (1999). La Sociologie économique. Paris: La Découverte
SwEDBERG R. (1994). Une histoire ce la sociologie économique.
Paris: Desciée de Brouwer.
ZeuzeRV.(2005).La signification sociale de argent. Paris: Le Sell
Site Web
wuw.nsee-fr (le site de institut francais de statistique)
5. _Laconsommation et les styles de vie
5.1 Létude des budgets
5.1 Les budgets des familles ouvriéres
La connaissance des dépenses des familles ouvridres a été
Yun des premiers domaines d’investigation de enquéte
sociale. File s'est attachée a l'étude de la structure des budgets.
La description conduisait souvent a une prescription morale.
5.1.2 Les lois de Engel
La statistique sociale a produit au xix* siécle des observations
de plus en plus systématiques sur les dépenses des ménages,
en fonction notamment de leurs revenus. Engel, statisticien
allemand, établit plusieurs « lois » :
— plus le revenu est élevé, plus est petite 1a proportion de
dépenses consacrées 4 la nourriture, méme si la dépense
pour la nourriture augmente en valeur absolue ;
5
g
E
é
Vous aimerez peut-être aussi