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Groupes Résolubles

Ce document introduit la notion de groupe résoluble via les suites de composition. Un groupe est résoluble s'il admet une suite de composition dont les quotients sont abéliens. Un groupe est également résoluble s'il existe un entier n tel que le n-ième groupe dérivé soit trivial.

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Groupes Résolubles

Ce document introduit la notion de groupe résoluble via les suites de composition. Un groupe est résoluble s'il admet une suite de composition dont les quotients sont abéliens. Un groupe est également résoluble s'il existe un entier n tel que le n-ième groupe dérivé soit trivial.

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VII

GROUPES RÉSOLUBLES

La notion de groupe résoluble est centrale dans la caractérisation, au moyen de


la théorie de Galois, des équations polynomiales qui sont résolubles par radicaux,
comme on le verra au chapitre XVI.

VII.1. Suites de composition

Définitions VII.1.1. Soit G un groupe.


a) Une suite de composition de G est une suite finie de sous-groupes Gi
de G, 0  i  n, telle que

{e} = Gn Gn−1 · · · Gi+1 Gi · · · G1 G0 = G.

(On rappelle que la notation H G signifie que H est un sous-groupe normal


de G.)
b) Les groupes quotients Gi /Gi+1 sont appelés les quotients de la suite
de composition et n est sa longueur (n est le nombre de quotients).
c) Si, pour tout i, 0  i  n − 1, on a Gi = Gi+1 , on dit que la suite de
composition est strictement décroissante.

Définitions VII.1.2. Soient Σ et Σ deux suites de composition d’un groupe G :


Σ : {e} = Gn Gn−1 · · · G1 G0 = G
Σ : {e} = Kp Kp−1 · · · K1 K0 = G.
Chapitre VII. Groupes résolubles

a) On dit que Σ est un raffinement de Σ, si p  n et pour tout i,


0  i  n, il existe ji , 0  ji  p tel que Gi = Kji (autrement dit, la suite Σ
est extraite de Σ ). On écrit alors Σ ⊆ Σ . Si, de plus, il existe j, 0  j  p,
tel que pour tout i, 0  i  n, Kj = Gi , on dit que Σ est un raffinement
propre de Σ. On écrit alors Σ ⊂ Σ .

b) On dit que les suites de composition Σ et Σ sont équivalentes si n = p


et s’il existe une permutation σ ∈ Sn telle que, pour tout i, 0  i  n − 1, les
groupes Gi /Gi+1 et Kσ(i) /Kσ(i)+1 soient isomorphes. On écrit alors Σ ∼ Σ .

Remarques - Exemples VII.1.1.


a) Tout groupe a une suite de composition {e} G.
b) La suite {e} K V4 A4 S4 est une suite de composition de S4 (cf.
[Link].B).
c) Une suite extraite d’une suite de composition peut ne pas être une suite de
composition (non transitivité des sous-groupes normaux).

Lemme VII.1.1. Soient H, H  , K, K  des sous-groupes d’un groupe G, tels que


H  H et K  K. On a
(i) H  (H ∩ K  ) H  (H ∩ K), K  (H  ∩ K) K  (H ∩ K)
(ii) H  (H ∩ K)/H  (H ∩ K  )  K  (H ∩ K)/K  (H  ∩ K).

Démonstration. L’assertion (i) est évidente. Pour démontrer l’assertion (ii),


on montre que chacun des deux groupes est isomorphe au groupe
(H ∩ K)/(H ∩ K  )(H  ∩ K). Pour cela, on va construire un morphisme surjec-
tif de groupes

ϕ : H  (H ∩ K) −→ (H ∩ K)/(H ∩ K  )(H  ∩ K)

et montrer que Ker(ϕ) = H  (H ∩K  ), d’où l’isomorphisme cherché. Soient x ∈ H  ,


y ∈ H ∩ K ; posons ϕ(xy) = y, où y est la classe de y modulo (H ∩ K  )(H  ∩ K).
Montrons que ϕ est une application : soient x ∈ H  , y  ∈ H ∩K tels que xy = x y  .
Alors, x−1 x = yy −1 et yy −1 ∈ H  ∩ K, d’où y = y  et ϕ(xy) = ϕ(x y  ). Mon-
trons que ϕ est un morphisme de groupes : soient x, x ∈ H  , y, y  ∈ H ∩ K,
on a xyx y  = xyx y −1 yy  et yx y −1 ∈ H  . D’où, en posant x1 = yx y −1 , on a
ϕ(xyx y  ) = ϕ(xx1 yy  ) = yy  = yy  = ϕ(xy)ϕ(x y  ). Le morphisme ϕ est surjectif
par construction. On a xy ∈ Ker(ϕ) si et seulement si y ∈ (H ∩ K  )(H  ∩ K),
d’où Ker(ϕ) = H  (H ∩ K  ).
On fait la même démonstration pour le groupe K  (H ∩ K)/K  (H  ∩ K). 

178
VII.2. Suites de Jordan-Hölder

Théorème VII.1.1. Soient Σ1 et Σ2 deux suites de composition d’un groupe G. Il


existe deux suites de composition Σ1 et Σ2 telles que
Σ1 ⊆ Σ1 , Σ2 ⊆ Σ2 , Σ1 ∼ Σ2 .

Démonstration. Soient

Σ1 : {e} = Hn Hn−1 · · · H1 H0 = G
Σ2 : {e} = Kp Kp−1 · · · K1 K0 = G.
On pose Hi,j = Hi (Hi−1 ∩ Kj ) et Kl,m = Kl (Kl−1 ∩ Hm ), 1  i  n,
1  m  n, 1  j  p, 1  l  p. Puisque Hi Hi−1 et Kl Kl−1 , Hi,j et
Kl,m sont des sous-groupes de G. On considère Σ1 la suite de sous-groupes de G
obtenue en intercalant entre Hi et Hi−1 les sous-groupes Hi,j , 1  j  p. D’après
le lemme (VII.1.1.(i)), on a
Hi = Hi,p Hi,p−1 · · · Hi,j Hi,j−1 · · · Hi,0 = Hi−1
et la suite Σ1 est une suite de composition de G, de longueur np, qui est un
raffinement de Σ1 . On procède de la même manière à partir de Σ2 , en intercalant
les Kl,m , pour obtenir une suite de composition Σ2 , de longueur np, qui est un
raffinement de Σ2 . D’après le lemme (VII.1.1.(ii)), on a Hi,j−1 /Hi,j  Kj,i−1 /Kj,i .
On en déduit donc que Σ1 ∼ Σ2 . 

VII.2. Suites de Jordan-Hölder

Définition VII.2.1. Une suite de composition d’un groupe G est une suite de
Jordan-Hölder si tous les quotients de la suite sont des groupes simples.

Proposition VII.2.1. Une suite de composition d’un groupe G est une suite de
Jordan-Hölder si et seulement si elle est strictement décroissante et n’admet aucun
raffinement propre.

Démonstration. Soit Σ une suite de composition de G,

Σ : {e} = Gn · · · G1 G0 = G.
Le groupe Gi /Gi+1 est simple si et seulement si Gi = Gi+1 et, pour tout sous-
groupe normal N de Gi contenant Gi+1 , on a N = Gi ou N = Gi+1 . Autrement
dit, Gi /Gi+1 est simple si et seulement si Gi+1 est un sous-groupe normal maximal
de Gi . D’où le résultat. 

179
Chapitre VII. Groupes résolubles

Remarques - Exemples VII.2.1.


a) Si Σ et Σ sont deux suites de composition équivalentes et si Σ est une suite
de Jordan-Hölder, il en est de même de Σ .
b) Un groupe simple G admet une suite de Jordan-Hölder {e} = G1 G0 = G.
c) La suite {e} A3 S3 est de Jordan-Hölder.
d) La suite {e} K V4 A4 S4 est de Jordan-Hölder.
Proposition VII.2.2.
(i) Si un groupe abélien admet une suite de Jordan-Hölder, il est fini.
(ii) Un groupe fini (non trivial) admet une suite de Jordan-Hölder.

Démonstration. (i). Soit G un groupe abélien et

{e} = Gn · · · G0 = G
une suite de Jordan-Hölder de G. Chaque groupe quotient Gi /Gi+1 est abé-
lien simple, donc cyclique d’ordre premier pi (TR.I.B). On en déduit que
|G| = p0 . . . pn−1 est fini.
(ii). Soit G un groupe fini (non simple) et N0 l’ensemble de ses sous-groupes
normaux propres. C’est un ensemble non vide fini. Toute suite strictement crois-
sante d’éléments de N0 est finie, donc N0 a un élément maximal G1 et le groupe
G/G1 est simple. Si le groupe G1 est simple, on a une suite de Jordan-Hölder
{e} G1 G. Sinon, on recommence en considérant l’ensemble N1 des sous-groupes
normaux propres de G1 . Puisque le nombre de sous-groupes de G est fini, en un
nombre fini de telles opérations, on a une suite de Jordan-Hölder
{e} = Gn Gn−1 · · · G1 G0 = G. 
Théorème VII.2.1. Soit G un groupe admettant une suite de Jordan-Hölder.
(i) Toute suite de composition strictement décroissante de G admet un raffi-
nement qui est une suite de Jordan-Hölder.
(ii) Deux suites de Jordan-Hölder quelconques de G sont équivalentes.

Démonstration. (i). Notons Σ0 une suite de Jordan-Hölder donnée de G et soit


Σ une suite de composition strictement décroissante de G. D’après le théo-
rème (VII.1.1), Σ0 et Σ admettent des raffinements équivalents Σ0 et Σ . Mais,
d’après la proposition (VII.2.1), Σ0 = Σ0 , d’où Σ ∼ Σ0 et Σ est une suite de
Jordan-Hölder.
(ii). Avec les mêmes notations, si Σ est une suite de Jordan-Hölder, on a
Σ = Σ, d’où Σ ∼ Σ0 . 

180
VII.3. Groupes résolubles

VII.3. Groupes résolubles

Définition VII.3.1. Un groupe G est résoluble s’il admet une suite de compo-
sition dont les quotients sont des groupes abéliens.

On rappelle que les sous-groupes dérivés Di (G) d’un groupe G sont définis
par D0 (G) = G, D1 (G) = [G, G] (sous-groupe engendré par les commutateurs
d’éléments de G (cf. [Link].A), Di+1 (G) = D(Di (G)). Il est clair que ces sous-
groupes forment une suite décroissante et que Di+1 (G) Di (G).

Proposition VII.3.1. Le groupe G est résoluble si et seulement s’il existe un entier


n  0 tel que Dn (G) = {e}.

Démonstration. Si le groupe G est résoluble, il admet une suite de composition


(qu’on peut supposer strictement décroissante)

{e} = Gn Gn−1 · · · G1 G0 = G

telle que Gi /Gi+1 , 0  i  n − 1, soient des groupes abéliens. Or, le groupe


Gi /Gi+1 est abélien si et seulement si Di+1 (G) ⊂ Di (G1 ) ([Link].A). D’où, par
récurrence,
Di+1 (G) ⊂ Di (G1 ) ⊂ · · · ⊂ D(Gi ) ⊂ Gi+1
et, en particulier, Dn (G) ⊂ Gn = {e}.
Réciproquement, s’il existe n  0 tel que Dn (G) = {e}, on a une suite de
composition
{e} = Dn (G) Dn−1 (G) · · · D(G) G.
Par construction, chaque quotient Di (G)/Di+1 (G) est abélien ; le groupe G est
donc résoluble. 

Exemples VII.3.1.
a) Tout groupe abélien est résoluble.
b) Le groupe S3 est résoluble, car {e} A3 S3 est une suite de composition
et A3  Z/3Z, S3 /A3  Z/2Z.
c) Le groupe S4 est résoluble, car {e} V4 A4 S4 est une suite de composition
et V4  Z/2Z × Z/2Z, A4 /V4  Z/3Z, S4 /A4  Z/2Z.

181
Chapitre VII. Groupes résolubles

Théorème VII.3.1. Soit G un groupe.


(i) Si G est résoluble tout sous-groupe de G est résoluble.
(ii) Si H est un sous-groupe normal de G, alors G est résoluble si et seulement
si H et G/H sont résolubles.

Démonstration. (i). Soit

{e} = Gn Gn−1 · · · G1 G0 = G

une suite de composition de G dont les quotients sont abéliens et soit H un


sous-groupe de G. On pose Hi = H ∩ Gi : alors,

{e} = Hn Hn−1 · · · H1 H0 = H

est une suite de composition de H. On a,

Hi /Hi+1 = (H ∩ Gi )/(H ∩ Gi+1 ).

Ce dernier groupe est, d’après le lemme (VII.1.1.(ii)), isomorphe à


(Gi+1 (H ∩ Gi ))/Gi+1 qui est un sous-groupe de Gi /Gi+1 , donc abélien.
(ii). Soit H un sous-groupe normal de G. Supposons que G soit résoluble.
D’après (i), H est résoluble ; montrons que G/H est résoluble. On considère la
suite de composition de G/H,

{e} = H/H = Gn H/H Gn−1 H/H · · · G1 H/H G0 H/H = G/H.

On a,
(Gi H/H)/(Gi+1 H/H)  (Gi (Gi+1 H))/Gi+1 H
 Gi /(Gi ∩ Gi+1 H)  (Gi /Gi+1 )/((Gi ∩ Gi+1 H)/Gi+1 )
qui est un quotient de Gi /Gi+1 , donc abélien.
Réciproquement, supposons que H et G/H soient résolubles. On a deux suites
de composition
{e} = Hn Hn−1 · · · H1 H0 = H
{e} = Gp /H Gp−1 /H · · · G1 /H G0 /H = G/H
dont les groupes quotients sont abéliens. On considère la suite de composition
de G,

{e} = Hn Hn−1 · · · H0 = H = Gp Gp−1 · · · G1 G0 = G.

Les groupes quotients sont Hi /Hi+1 ou Gi /Gi+1  (Gi /H)/(Gi+1 /H), qui sont
abéliens, donc G est résoluble. 

182
VII.4. Applications

VII.4. Applications

Proposition VII.4.1. Les groupes simples résolubles sont les groupes cycliques
d’ordre premier.

Démonstration. Il est clair que les groupes cycliques d’ordre premier sont simples
et résolubles. Réciproquement, soit G un groupe simple et résoluble. Puisqu’il
est simple, sa seule suite de composition décroissante est {e} G et puisqu’il est
résoluble, il est donc abélien. On sait qu’un groupe abélien simple est cyclique
d’ordre premier (TR.I.B). 

Corollaire VII.4.1. Les groupes Sn , pour n  5, ne sont pas résolubles.

Démonstration. Soit n  5 un entier ; si le groupe Sn est résoluble, le groupe An


l’est aussi, d’après le théorème (VII.3.1.(ii)). Or, on sait que pour n  5 le groupe
An est simple ([Link].B) ; d’après la proposition (VII.4.1) il serait donc cyclique,
ce qui est absurde. 

Proposition VII.4.2. Un groupe fini non trivial est résoluble si et seulement si


les quotients de ses suites de Jordan-Hölder sont des groupes cycliques d’ordre
premier.

Démonstration. Soit G un groupe fini non trivial. Il admet des suites de


Jordan-Hölder, proposition (VII.2.2.(ii)), qui sont toutes équivalentes, théo-
rème (VII.2.1.(ii)). Supposons que G soit résoluble ; alors, d’après la proposi-
tion (VII.3.1), on a D(G) = G. On peut donc considérer l’ensemble N0 des sous-
groupes normaux de G contenant D(G). Cet ensemble est non vide (D(G) ∈ N0 ),
fini, ordonné par inclusion : il admet donc un élément maximal G1 . On a
D(G) ⊂ G1 , donc le groupe G/G1 est abélien ([Link].A), et il est simple puisque
G1 est maximal. Le groupe G/G1 est donc cyclique d’ordre premier. Le groupe G1
est résoluble, comme sous-groupe d’un groupe résoluble : on applique le même pro-
cédé que ci-dessus pour construire un sous-groupe normal G2 de G1 tel G1 /G2
soit cyclique d’ordre premier. Puisque G est fini, en réitérant un nombre fini de
fois ce procédé, on obtient une suite de composition

{e} = Gn Gn−1 · · · G1 G0 = G

qui est une suite de Jordan-Hölder dont les quotients sont des groupes cycliques
d’ordre premier.

183
Chapitre VII. Groupes résolubles

Réciproquement, supposons que le groupe G admette une suite de Jordan-


Hölder dont les quotients sont des groupes cycliques d’ordre premier : c’est une
suite de composition dont les quotients sont des groupes abéliens, donc G est
résoluble. 

Corollaire VII.4.2. Si p est un nombre premier, tout p-groupe fini est résoluble.

Démonstration. C’est une conséquence du lemme suivant :

Lemme VII.4.1. Un groupe G d’ordre pn , où p est un nombre premier, admet une


suite de composition de longueur n, {e} = G0 · · · Gn = G, avec |Gi | = pi .

Démonstration. On fait un raisonnement par récurrence sur n. Si n = 1, c’est


évident, puisque G est cyclique d’ordre premier. Supposons le résultat vrai pour
n − 1 et soit G un groupe d’ordre pn . On sait que G étant un p-groupe, son centre
Z(G) n’est pas réduit à {e}, (exercice IV.4). Le groupe Z(G) est d’ordre pm , il a
donc un sous-groupe H d’ordre p, normal dans G (puisque H ⊂ Z(G)). Le groupe
G/H est un p-groupe d’ordre pn−1 . Par hypothèse de récurrence, il admet une
suite de composition

{e} = H/H G1 /H · · · Gn /H = G/H

telle que |Gi /H| = pi−1 . D’où, on a

{e} = G0 G1 · · · Gn = G

avec |Gi | = pi . 

184

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