Le Suprême conseil de la
Rose-Croix / Ordre
kabbalistique de la Rose-
Croix
Source [Link] / Bibliothèque nationale de France
Ordre kabbalistique de la Rose-Croix. Suprême conseil. Auteur du
texte. Le Suprême conseil de la Rose-Croix / Ordre kabbalistique
de la Rose-Croix. 1891.
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LE SUPRÊME CONSEIL DE LA ROSE t CROIX
Considérant qu'un membre démissionnaire dudit
Conseil, M. JOSÉPHIN PÉLADAN, a fondé, en août 1890,
- une secte schismatique, sous le nom de Tiers-ordre
intellectuel de la Rose-Croix catholique R 7 C -ï C 7 ;
Considérant que cette secte, dont M. Péladan s'est
proclamé le Grand Maître et l'Archi-mage, affiche
des principes d'ultramontanisme intransigeant, d'in-
féodation au Saint-Siège, etc..., diamétralement
hostiles à ceux de tous temps professés par les
t
Frères illuminés de la Rose Croix;
Qu'il suffit, en effet, pour s'en convaincre, de relire
le Manifeste et la Confession symboliques des
Frères de la R f C, tels qu'on les trouve dans le livre
latin publié h Francfort, en 1615, par le F.-. VALENTIN
ANDREW : Fama fraternitatis Roseœ-crucis, etc.,
1623, sous ce titre Instruction à la France sur la-
:
vérité de l'histoire des Frères de la Roze-Croix (par
Gabriel Naudé, Julliot, petit in-8) ou encore dans le
Traité méthodique de science occulte (Paris, 1891,
grand in-8), où Papus les a reproduits in extenso;
Que silesdoctrinesultramontainesdela R-j- C C† t
sont contradictoires à celles de l'ancienne et authen-
tique Rose f Croix, elles ne sont pas moins en opposi-
tion avec celles de son héritière direc te, la Rose f Croix
rénovée, comme il appert du Concordat publié aux
pages 159-161 du Seuil du mystère, par STANISLAS
DE GUAITA (Paris, 1890,
in-8) ;
Considérant que M. Péladan a lui-même pris soin
de proclamer dans sa Lettre à Papus, imprimée à la
suite de son roman Cœur en peine : — « Je me sé-
de tout qui n'est pas ma R + C f C †,
« pare ce
celle dont je suis l'ARCHI-MAGE... Ne voulant pas
«
interrompre un beau commerce d'amitié avec ces
«
messieurs de la Rose † Croix kabbalistique, je me
«
dois de rompre tout rapport doctrinal et solidaire
«
Et nul ne pourra appartenir à mes
« avec eux.
qui sera des leurs, etc... (Cœur en peine
« œuvres » ,
pages 323-32i, passim) ;
Attendu qu'en dépit de cette déclaration, M. Péla-
dan et les siens se sont publiquement exprimés en
des termes ambigus et propres à établir une confu-
sion entre l'Ordre kabbalistique de la Rose f Croix
j
orthodoxe (R C, N) et leur secte schismatique (R i
C F C t) : Voir le Salon de Joséphin Péladan (Paris,
mai 1890, in-12) où l'auteur va jusqu'à promulguer
des « mandements » sous ces titres : Acta Rosœ-
crucis (page 51) et Parole du Sar de la Rose-Cî oix à
ses pairs (page 53) ; voir aussi Eôraka, par le comte
de Larmandie et l' Imprimatur du Grand Maître du
Temple de la Rose-Croix ;
Attendu que de telles expressions sont propres à
entretenir le public dans une erreur déplorable, et à
perpétuer un malentendu qui n'a duré que trop long-
temps :
-
A ces causes,
LE SUPRÊME CONSEIL DE LA ROSE † CROIX,
Estimant qu'il est de son devoir de mettre fin à un
pareil état de choses, en éclaircissant une question
qui intéresse les occultistes de toute école,
MANDE ETORDONNE: :
ARTICLE Ier.— Une courte note sera rédigée, où l'on
t
précisera l'essence de la Rose Croix et les ten-.
dances de l'enseignement rosicrucien à toutes les
époques. On y joindra un précis sommaire des cir-
constances qui ont motivé la retraite de M. Péladan
et la fondation de sa R C C t f t.
ARTICLE Il. — On donnera à cette note la publicité
nécessaire, pour qu'elle tombe sous les yeux de tous
les intéressés.
Statué à Paris, le 5 Août 189-1.
POUR LE SUPRÊME CONSEIL DE LA ROSE -j- CROIX
ET PAR SON ORDRE :
NOTES SUR LA ROSE + CROIX
i
EL'AS ARTISTA
Quand, vers la fin du règne d'Henri IV, le monde pro-
fane entendit parler pour la première fois d'une associa-
tion très occulte de théosophes-thaumaturges, les
t
Rose Croix dataient de plus d'un siècle. Ils tiraient leur
nom d'un emblème pantaculaire de tradition chez eux, le
même que Valentin Andrese, le grand maître d'alors,
portait gravé sur le chaton de sa bague : une croix de
saint Jean, dont l'austère nudité s'égayait au sourire des
quatre roses, épanouies à ses angles.
L'on a beaucoup dit que l'ordre no remontait pas au
delà de ce Valentin Andreœ. Erreur manifeste. Si nous in-
voquions, pour la combattre, cet article des statuts qui
ordonnait de dissimuler durant cent vingt ans l'existence
de la mystique fraternité, l'on pourrait estimer la preuve
insuffisante. Mieux valent d'autres arguments. Bien avant
t
l'année 1615, où parut le manifeste des Rose Croix, et
même avant 1604, où le monde se prit à. soupçonner leur
existence, nous relevons, cà et là, des vestiges non équi-
yoques de leur association : ils abondent, pour qui sait lire,
dans les écrits des adeptes du temps.
?
Veut-on des exemples — Tous les arcanes rosicruciens
sont figurés en l'un des pantacles de l'Amphitheatrum
sapienlice æternæ (1), où Khunrath a dessiné un Christ, les
(L) Hanovise, 1609, in-folio, fig.
bras en croix dans une rose de lumière. Or le livre de
Khunrath porte une approbation impériale en date de
1598. Mais c'est surtout à Paracelse, mort en 1S41, qu'il
faut demander les preuves décisives d'une Rose + Croix
latente au XVIe siècle. On peut lire en son Traité De Mine-
ralibus (tome II, p. 341-350 de l'édition de Genève (1),
l'annonce formelle du miraculeux avènement qui devait
confondre le prochain siècle : — « Rien de caché (dit-il)
« qui ne doive être découvert. C'est ainsi qu'après moi
« paraîtra un être prodigieux, qui révélera bien des choses
« (DeMineralibus, 1). p Quelques pages plus loin, Paracelse
précise sa pensée, en prédisant certaine découverte « qui
« doit rester cachée jusqu'à l'avènement d'ELIE-ARTISTE
* (De Mineralibus, 8). »
Elias Artista! Génie recteur des Rose + Croix, personni-
fication symbolique de l'Ordre, ambassadeur du saint Pa-
raclet Paracelse le Grand prédit ta venue, ô Souffle col-
!
lectif des généreuses revendications, Esprit de liberté, de
science et d'amour qui dois régénérer le monde !...
Ailleurs, Paracelse est plus formel encore. Ouvrons sa
stupéfiante Pronoslication (2), recueil de prophéties impri-
mé en 1536. Qu'y voyons-nous, figure xxvi ? Une rose
épanouie dans une couronne, et le mystique digamma (F),
emblème de la double croix, greffé sur cette rose. Or,
voici la légende qu'on lit au bas : — « La Sibylle a pro-
« phétisé du digamma éolique. Aussi est-ce à bon droit,
« ô croix double, que tu fus entée sur la rose : tu es un
« produit du temps, venu à maturité précoce. Tout ce qu'a
«
prédit de toi la Sibylle s'accomplira infailliblement en toi,
tt devant même que l'été ait produit ses roses... Triste
Il époque, en vérité, que la nôtre, où tout se fait sens
et
dessus dessous Ce désordre est bien le plus évident
!
« symbole de l'humaine inconstance. — Mais Toi cons- !
« tamment d'accord avec toi-même, toutes tes affaires
« seront stables ; car tu as bâti sur la bonne pierre : telle
(1) Generæ. 1658, 3 vol. in-folio.
("!) S. L.; 1536, in-4, fig.
CI
la montagne de Sion, rien ne pourra t'ébranler jamais ;
« toutes choses favorables t'arriveront comme à souhait.
« Si bien que les hommes confondus crieront au miracle.
* Mais le temps et l'âge propice apporteront ces choses
« avec eux ; quand sonnera l'heure, il faudra bien qu'elles
« s'accomplissent, et c'est pour cela qu'IL VIENT. » (Version
textuelle.)
Qui donc doit venir? — Lui, l'Esprit radiant de l'ensei-
gnement intégral des Hose 7 Croix: Elie-artislel
Nous n'aurions nul embarras à produire, si besoin était,
d'autres textes non moins formels, à l'encontre de l'opi-
nion assez répandue qu'Andreæ fut l'inventeur des Rose †
Croix.
Les traditions rosicruciennes ne nous arrêteront pas.
Ce n'est point le lieu de disputer si l'histoire du fonda-
teur Chrétien Rosenkreutz est purement légendaire, ou
si un gentilhomme de chair et d'os, né en Allemagne vers
1378, parvint, après un long périple aux contrées d'Orient,
à se faire ouvrir le sanctuaire de la Kabbale par les sages
de Damcar (probablement Damas); et si, de retour en Alle-
magne, ayant transmis à quelques fidèles le dépôt des
arcanes, il devint l'ermite du mystère et coula une
longue vieillesse au fond d'une caverne, ôii la mort l'oublia
jusqu'en 1484. Pendante depuis trois siècles, la contro-
verse sur ce point n'a jamais abouti ; nous n'avons nulle
vocation pour entasser de nouvelles pages futiles sur le
monceau des anciennes... Que cette grotte, sépulcre de
Rosenkreutz, n'ait été découverte qu'en 1004, cent vingt
ans après le décès du mage, conformément à l'étrange pro-
phétie qu'on a pu lire, gravée sur la paroi du roc: « Après
six vingt ans, ie seray descouuert, » — Voilà qui nous
importe assez peu pour l'instant. Toutes ces légendes ont
leur intérêt, sans aucun doute, et leur raison d'être kabba-
[Link] en peut dire autant des mille et une merveilles
qu' (assure-t-on), les héritiers spirituels de Hosenkreutz
découvrirent encore dans la spelunque du mystère. Les
latitudes d'un cadre plus large seraient requises en tous
-cas pour dresser cet inventaire et dévoiler le sens intime
<et profond de ces multiples symboles ; peut-être y songe-
fons-nous quelque jour.
Ce qu'il nous est loisible d'affirmer d'ores et déjà, c'est
-que la Rose -i- Croix, dont les emblèmes constitutifs nous
reportent aux poèmes de Dante et Guillaume de Lorris, a
-très longtemps fonctionné dans l'ombre, avant de se mani-
tester par des œuvres de plein jour.
Aujourd'hui que des fantaisistes en magie osent bien
pousser la mystification jusqu'à couvrir de l'étiquette
t
ultramontaine la Rose Croix, — restituée dès lors (pro-
fessent-ils) à la pureté de sa glorieuse origine, — il peut
paraître piquant de transcrire deux paragraphes du Mani-
leste (1) de l'Ordre, publié par le grand maître, en 1615.
Les frères y proclament, dit le contemporain Naudé (2),
Que par leur moyen le triple. diadème du pape sera
-réduit en poudre ;
Qu'ils confessentlibrement et publient sans aucune crainte
-d'en estre repris, que le pape est l'Antechrist.
Trois lignes plus loin, ils émettent le vœu qu'on en
revienne à la simplicité dogmatique et ritualiste de la
primitive Église.
Sans doute ces paragraphes, comme tous les autres de
leur Manifeste, sont intentionnellement outrés, notoire-
ment poussés au merveilleux, parfois jusqu'à l'absurde.
Nombre de prodiges y sont annoncés, dont plusieurs, pris
au pied de la lettre (qui tue, dit saint Paul), se heurtent à
l'impossibilité physique. Mais sous cette forme paradoxale,
-ces ingénieux théosophes ont pris soin de dérober aux
•yeux des sots et de désigner à la sagacité des sages les plus
précieuses lumières de l'occultisme traditionnel.
- t
Ainsi, jamais les Rose Croix n'ont renié le catholicisme
dans la sigriification splendide de son étymologie vraie,
révélatrice d'un ésotérisme supérieur; ils étaient trop ins-
(1) Fama Fraternitatis Rosese-Crucis ; Francofurti, 1615, in-8.
(2) Instruction à la France sur la vérité de l'histoire des frères de
pirés par l'Esprit qui vivifie, pour attenter jamais à la
hiérarchie gnostique. Eux, (si attachés aux symboles chré-
tiens, qu'ils nommaient leur collège suprême Chapelle du
Saint-Esprit, et Liberté de l'Evangile un de leurs plus oc-
cultes manuels), n'avaient garde de méconnaître dans le
souverain pontife le principe incarné de l'unité vivante,
et dans la papauté spirituelle la clef de voûte du temple-
synthèse olt officieront un jour les pontifes enseignants
de la religion-sagesse universelle. Bien plus, beaucoup
d'entre les Frères, nés dans le protestantisme, se procla-
maient bien haut catholiques, à l'exemple de leur illustre
patron Khunrath, de Leipsig.
Rappellerons-nous encore que Valentin Andreœ créa, en
1620, une Fraternité chrétienne, qui se fondit elle-même
plus tard dans la Fraternité-Mère des Rose + Croix?
Mais les abus de la papauté temporelle les trouvaient
impitoyables, et ils en flagellaient les ridicules, en flétris-
saient les intrigues, sans trêve comme sans merci.
Notre éminent frère Roca, qui n'est pas Rose f Croix de
nom, n'en est pas moins peut-être, à l'heure présente,
l'apôtre qui fait le plus puissamment tonner le verbe anti-
clérical des Rose f Croix. Anticlérical, disons-nous, non
point anticatholique ou antichrétien ; l'on aurait tort de
confondre. Dans le pape, les Rose f Croix distinguaient
deux puissances, incarnées en une seule chair : Jésus,
César; et lorsque, qualifiant d'Antéchrist le successeur de
Pierre, ils menaçaient de briser sa triple couronne, ils ne
visaient que le despote temporel du Vatican.
C'était en tout leur système, d'outrer les formules jus-
qu'au paradoxe, de fausser les œuvres jusqu'au miracle.
Ils avaient emprunté cette méthode à leurs maîtres, les
Kabbalistes. Donner aux allégories une tournure si invrai-
semblable, que les seuls imbéciles prissent intérêt au
sens apparent, et que tous autres devinassent de prime-
abord la valeur intime d'un sens caché : ce n'était pas si
bète. Ainsi affichèrent-ils dans Paris, l'an 1622, les pro-
clamations qu'on va lire, bien propres — on en conviendra
à intriguer les esprits subtils en rebutant les lour-
dauds :
PREMIÈRE AFFICHE : «Nous, deputez du College principal
« des Frères de la Roze-Croix, faisons séjour visible et inui-
« sible en ceste ville, par la grâce du Très-Haut, vers lequel
« se tourne le cœur des iustes. Nous monstrons et enseignons
« sans liures ny marques à parler toutes sortes de langues
« des pays où voulons estre, pour tirer leshommes nos sem-
« blables d'erreur et de mort. »
26 AFFICHE : « S'il prend enuie à quelqu'vn de nous voir,
« par curiosité seulement, il ne communiquera iamais auee-
« nous; mais si la volonté le porte reellement et de fait à
M
s'inscrire sur le registre de nostre confraternité, nous qui
« iugeons les pensées luy ferons voir la verité de nos pro-
messes : tellement que nous ne mettons point le lieu de
« nostre demeure, puisque les pensées, iointes à la volonté
« reelle du lecteur, seront capables de nous faire cognoistre
« à luy et luy à nous. »
Nous n'étonnerons pas lés étudiants même peu avancés
en occultisme, si nous protestons ici que l'énoncé de ces
prérogatives dont les Frères faisaient parade, dérobe, sous
les apparences d'une incurable folie, des significations de
la plus parfaite sagesse. La dernière des prétentions dont
ilsse targuent là, celle qu'on jugera peut-être exorbitante
entre toutes, est précisément la seule qu'on puisse prendre
à la lettre. Elle rappelle la condition expresse de l'admis-
sion au plus haut grade d'une Fraternité très [Link]
fort peu connue, dans l'aréopage suprême de laquelle
le postulant est tenu de se présenter en corps astral....
t
Les Frères illuminés de la Rose Croix étaient obligés
par leurs engagements de pratiquer la médecine occulte,.
partout sur leur passage, sans recevoir jamais de rémuné-
ration, sous quelque prétexte que ce fût. Psychurgie,
Maîtrise vitale, Hermétique, Théurgie et Kabbale n'avaient
guère de secrets pour les plus avancés d'entre eux.
Un article de leur profession de foi leur enjoignait de
« croire fermement que, leur compagnie venant à fail-
lir, elle pouuoit estre redintegrée au sépulchre de leurpre-
mier fondateur. s Ce qui veut dire : s'il arrive aux Frères
de se compromettre dans le monde, l'Ordre qu'ils auront
imparfaitement manifesté en actes rentrera en puissance ;
de patent, il redeviendra occulte... Nul homme n'est par-
fait, nulle société indéfectible. L'ordre faillit, et, vers 1630,
il rentra — en tant qu'association régulière — dans les
-ténèbres occultes d'où il était sorti quelque vingt années
t
auparavant (1). Seuls, des Rose Croix isolés semanifestè-
rentde loin en loin. L'unité collective parut sommeiller
longtemps dans le silence de la grotte dont on l'a fait
sortir à nouveau, en 1888.
Les hommes sont sujets àl'erreur, à la malice, à-l'aveu-
t
glement, et les Rose Croix sont des hommes ; mais ou
ne saurait imputer leurs fautes à l'abstrait de l'Ordre. Elie-
artiste est infaillible, immortel, inaccessible par surcroît
aux imperfections comme aux souillures et aux ridicules
des hommes de chair qui s'offrent à Le manifester. Esprit
de lumière et de progrès, Il s'incarne dans les êtres de
bonne volonté qui L'évoquent. Ceux-ci viennent-ils à
trébucher sur la voie ?—Déjà l'artiste Elie n'est plus en eux.
Faire mentir ce Verbe supérieur est chose impossible ;
encore que l'on puisse mentir en son nom. Car tôt on
tard il trouve un organe digne de lui (ne fût-ce qu'une
minute), une bouche fidèle et loyale (ne fût-ce que le
temps de prononcer une parole). Par cet organe d'élection,
ou par cette bouche de rencontre — qu'importe ? — sa
voix se fait entendre, puissante et vibrant de cette autorité
sereine et triomphale que prête au verbe humain l'inspi-
ration d'En-haut. Ainsi sont exécutés sur la terre ceux-là
que Sa justice avait condamnés dans l'abstrait.
Gardons-nous de fausser l'esprit traditionnel de l'Ordre :
réprouvés là-haut sur l'heure même, tôt ou tard nous
(1)Vers cette époque, surgit, sous le titre d'Association des Philo--
t
sophes Inconnus, une fraternité dérivée de la Rose Croix, et dont les
adeptes s'occupaient principalement d'alchimie. On peut en lire les Statuts
dans les Traittez du Cosmopolite nouvellement descouverts. Paria,
1691, in-12.
-serions reniés ici-bas du mystérieux démiurge que l'Ordre
salue de ce nom : Elias Artista !
Il n'est pas la Lumière, mais, commesaint Jean-Baptiste,
sa mission est de rendre témoignage à la Lumière de gloire,
qui doit rayonner d'un nouveau ciel sur une terre rajeunie.
Qu'il se manifeste par des conseils de force et qu'il déblaie
la- pyramide des saintes traditions, défigurée par ces cou-
ches hetéroclites de détritus et de platras, que vingt siècles
ont accumulées sur elle. Et qu'enfin, par Lui, les voies soient
ouvertes à l'avènement du Christ glorieux, dans le nimbe
majeur de qui s'évanouira — son œuvre étant accomplie —
le précurseur des temps à venir, l'expression humaine du
saint Paraclet, le daïmon de là Science et de la Liberté, de
la Sagesse et de la Justice intégrale : Élie-artiste.
11
SAR PELADAN
Le vocable de Rose-croix ne porte pas bonheur aux
ultramontains : par prudence, tout au moins, ils devraient
s'abstenir d'y toucher..... Les jésuites ne sont-ils pas les
auteurs du grade maçonnique de R.'. C.'. (18e de l'actuel
Ecossisme)? — C'est un fait connu. Par cette innovation et
quelques autres, les jésuites espéraient, en donnant le
change sur leurs intentions, accaparer en mode indirect
les forces vives-d'un ordre florissant. Ce sont d'habiles
meneurs que les jésuites. Mais l'abstrait du nom ainsi pros-
titué fut plus fort que ces politiques sournois ; cet occulte
agent s'empara de leur œuvre et lui fit faire volte-face : en
sorte que le grade maç.'. de Rose-Croix,fondé par les jésuites
au dernier siècle, étoile actuellement de sa quincaillerie
symbolique la poitrine de leurs pires ennemis Et comme
!
c'est une loi de nature, que la réaction inversement-
proportionnelle à l'action, l'agnosticisme [Link] des
fondateurs a fait place à l'agnosticisme matérialiste de
leurs héritiers du jour.
Sans le savoir, les jésûites avaient évoqué le fantôme
lointain d'Élie-artiste. Élie-artiste parut un instant,
retourna leur institution comme on retourne un gant, puis
disparut aussitôt, laissant l'œuvre de ces fanatiques en
proie à l'envahissement du fanatisme contraire.
En dépit de cet échec, un nouvel effort a été tenté récem-
ment, pour infliger àla Rose-Croix à peine rénovée une éti-
quette ultramontaine. Le 14 mai 1890, parut une brochure
tapageuse, sous ce titre : la Décadence esthétique (théopha-
nie) XIX. Le Salon de Joséphin Péladan... etc,, suivi de
Trois Mandements de la Rose-Croix catholique à l'aristie
(Paris, in-12).
SYNCELLI ÀCTA : I. Mandement à ceux des arts du dessin.
— II. Lettre ci l'archevêque de Paris. — III. Excommunica-
tion de la femme Rotschild (sic). — Tel était le titre des trois
mandements, promulgués au nom de la Rose + Croix, et
signés : Sar Mérodack (Joséphin Péladan).
Or, qu'était donc M. Péladan, pour ainsi pontifier au
nom de l'ordre ? -
L'un des membres du Conseil des
douze de la Rose f Croix, rénovée en 1888 par Stanislas de
Guaita et des occultistes de ses amis. Le Sar avait-il seu-
lement consulté ses collègues?... Ouvrons Cœur en peine (1)
à la page 322 : «... Avant de lancer mes Acta syncelli (écrit-
il à Papus), je vous avais averti de la nécessité de nous
rencontrer et de nous entendre. » M. Péladan déplace la
question : le fait certain, c'est que, n'ayant consulté per-
sonne, il s'est arrogé le droit de parler au nom de tous.
(1) Paris, 1890, in-18.
Il est vrai qu'au vocable de Rose-Croix, M. Péladan avait
accolé, pour la circonstance, l'épithète de catholique,
laquelle, prise dans le sens ultramontain, faisait d'ailleurs
l'effet d'une chasuble sur les épaules d'un quaker ou d'un
triangle maçonnique au cou d'un capucin (1).
Mais quelle distinction le public profane pouvait-il faire
entre la véritable Rose f Croix, et cette Rose f Croix Catho-
lique à ressort, surgissant soudain comme d'une boîte à
surprise, et dont le membre unique — Péladan — man-
dait, prophétisait, excommuniait, gesticulait au nom d'un
Ordre imaginaire ?... Inévitable était la confusion, et
M. Péladan aurait dû la prévoir. En fait, tout le monde
demeura convaincu que le Sar Mérodack — grand maître
occulte, apparemment — fulminait tous ces anathèmes
bizarres avec l'assentiment de ses collègues du Suprême
Conseil.
Encore si ces actes, promulgués au nom de tous avec
un pareil sans-gêne, eussent eu le sens commun !
Mais le Sar s'y élevait d'un coup d'aile à l'empyrée du
...
grotesque, et, chose plus grave, s'abaissait, sans plus
d'effort, jusqu'aux plus prosaïques invectives.
Il insultait tout le monde, depuis les administrateurs
des Beaux-Arts dont il dénonce la grossière insolence, jus-
qu'à l'Univers, celle immondice; depuis les francs-maçons
dont il méprise l'imbécillité, jusqu'à la femme Rotschild
qu'il proclame sacrilège et iconoclaste.
« Pour ces crimes (conclut-il, en ce ce qui touche cette
< dernière), nous, Tribunal vehmique, déclarons infâme
« celle femme, infâme son nom, à moins que ceux qui le
« portent ne désavouent publiquement la coupable.
La R.-C. objurgue les la Rochefoucault, comme les d'Uzès
t< et autres gens
de nom, qu'ils ne peuvent plus recevoir la
« femme Rotschild...
(1)Nous mettons au défi les R † C + C 1 de nous montrer, soit dans
l'histoire, soit dans les livres ou les manuscrits anciens, le moindre ves-
tige d'une Rose-Croix papiste.
« La R.-C. objurgue les hommes de lettres et d'art, qu'ilsne
« peuvent plus même saluer la femme Rotschild...
« Au nom de toutes les religions et de tous les arts, ceci
« est V arrêt de la R.-C ..., etc. »
C'était roide, et ne pouvait passer ainsi. De longue
date, cependant, M. Péladan était l'ami de plusieurs
d'entre nous ; dès la première heure, ses romans avaient.
beaucoup contribué à la diffusion de l'idée magique...
Et puis, nous l'aimions, en dépit de ses fredaines, cet
enfant terrible du mystère, ce Panurge de l'occultisme.
Bref, on usa d'indulgence à son endroit. Ou s'en tint au
minimum des protestations rendues nécessaires: trois-
lettres collectives, à l'archevêque, aux francs-maçons, à
Mme de Rotschild, pour désavouer les mandements -au
nom de l'Ordre ; et ce fut tout.
Quant à certaine lettre au Figaro, pour protester que la.
Rose-Croix catholique n'avait rien à v oir avec l'authen-
t
tique Rose Croix, nous la passerions sous silence, puis-
qu'elle ne fut pas publiée, s'il n'importait de contredire
à une erreur sérieuse de M. Péladan. Dans sa Lettre à
Papus, il insinue que l e Figaro refusa l'insertion. Cela est
si faux que M. Magnard, trouvant trop peu explicite notre
laconique billet, en écrivit à M. Maurice Barrés : on peut
produire la lettre. M. Magnard demandait un article dé-
taillé sur le motif de nos griefs et la retraite de M. Péla-
dan. Nous décidâmes de ne rien publier, sur les instances
d'un tiers, dépêché vers nous par le Sar démissionnaire.
Car on pense bien que la première mesure avait été de
demander à M. Péladan sa démission. Il écrivit même à
ce sujet un long factum, amphigourique et solennel, que
nous eûmes le très grand tort de publier sur sa demande-
dans l'Initiation. L'insertion de cette pièce ridicule, der-
nier coup de chapeau tiré à la vanité du démissionnaire,
fit un effet déplorable. Il y présentait sa R † C f C†
t
comme une sorte d'annexe de la Rose Croix, et parlait
de son « exode, unanimement consenti de notre suprême
conseil. » Cette assertion erronée mérite le plus formel
démenti. M. Péladan a rêvé ce consentement unanime..
Voilà dans quelles conditions M. Péladan fonda sa
t
R f et C (1). Nous jugeons inutile d'entrer dans plus
de détails. M. Péladan n'a fait depuis qu'enfantillage sur
enfantillage, toujours au nom de sa Rose-Croix catholique,
qu'il qualifie souvent de Rose-Croix tout court.
Toutes ces.... fantaisies déconsidèrent les chercheurs
sérieux, décrient l'occultisme, et ridiculisent le nom de
Rose-Croix. C'est pourquoi nous n'avons pu nous taire
plus longtemps.
Nul, mieux que nous, n'apprécie à sa valeur le talent
.
très original de M. Péladan, et le séduisant vernis d'occul-
tisme dont il fait miroiter ses romans, excellents miroirs
pour attirer _et éblouir les- alouettes de l'idéal. Nous-
n'avons garde de méconnaître les services qu'il a pu
rendre, en forçant l'attention publique sur une science
impopulaire et ses problèmes décriés. A chacun selon ses
œuvres.
Mais, à force de multiplier les paradoxes, et d'épuiser
sa souplesse ingénieuse en des funambulismes divers, —
exhibitions archaïques, poses truculentes, attitudes
chaldéennes, pense-t-il, méridionales, dirons-nous, —
le Sar a décidément passé toute mesure.
Or il est temps de le dire : justice rendue au romancier,.
(1) La R + C + C tn'est vraiment pas heureuse dans ses tentatives de
restitution traditionnelle! D'une part, dans ses Acta Rosse Cnicis
(Roseæ, ne lui déplaise), M. Péladan se déclare « en communion catho-
lique romaine avec Hugues des Payens et Rosenkreutz a Rosen-
kreutz, fondateur de ces Rose-Croix, qui, dans leur Manifeste (Francfort,
1615, in-8), « confessent librement et publient sans aucune crainte d'en estre
repris, que le Pape est l'Antéchrist n ; Hugues des Payens, fondateur
de l'Ordre des Templiers, lesquels étaient manichéens, misogynes, et
reconnaissaient la suprématie occulte du patriarche de Constantinople
sur le pape. Tout cela n'empêche pas le Sar de vaticiner ensuite « au
nom de Jésus, seul Dieu, et de Pierre, seul roi. » Il n'y regarde pas de
si près. N'exhume-t-il pas jusqu'à l'oriflamme templière, ce Beauséant
des chevaliers (un nom malheureux, symbole apparemment de leurs
mœurs excentriques). D'autre part, ignorant sans doute la devise
authentique des Rose + Croix : In cruce sub sphærâ venit Sapientia
vera, M. Péladan Ad inaugure une charade baroque (ô Cicéron, bouche-
toi les oreilles !) « rosam per crucem, ad crucem per rosam ; in
ed,in eis gemmatus resurgeam. » (Nous mettrions resurgam, si ça-
ne lui faisait rien).
au styliste, au critique d'art abstraction faite de ces
;
qualités très distinguées et très précieuses que nous
serons toujours les premiers à applaudir, que reste-t-il
en M. Péladan ? — Un bon fumiste.
PAR ORDRE :
-
La commission exêculive :
S. DE GUAITA. — PAPUS. — F.-CH.
BARLET.