Année Universitaire
:
2022 – 2023
MASTER II RECHERCHE
SEMINAIRE DROIT DES SURETES APPROFONDI
THEME 6 :
Le droit de rétention
Exposants :
AMESSAN Badjou Leslie-Marie Anaïs
OULE Noe Balkiss Auréle Agnes-
Emmuella
AKA Michelle
GOHO Emeraude Illarie
ASSOUAN Manou Marie-Ange Theresa
D’avila
GOUSSOU Koudou Cedric Desiré
Professeur Chargé de cours :
N’GUETTIA Kossia Marie-Christine
Liora Professeur TCHAKOUA Jean-Marie
KOUADIO Kouamé Jean-Max Kevin
SOMMAIRE
I- Le droit de rétention, un droit efficace en tant que
sûreté……………………...............………………………………..P.3
A- Une efficacité du fait des conditions d’exercice du droit de
rétention……………………………………...………………P.4
B- Une efficacité quant aux effets rattachés au droit de
rétention……………………………………….……………..P.5
II- Le droit de rétention, une sureté à l’efficacité
limitée…………………………………..………………………….P.6
A- Une efficacité limitée du fait des effets de la détention
précaire……………………..……………………………………P.6
B- Une efficacité limitée du fait de la suppression des droits de suite
et de préférence………….………………………………………P.7
Bibliographie………….……………………………………………………P.9
2
« On ne passe jamais de contrat avec le diable, tout simplement parce que
le diable n'a pas d'honneur et ne respectera jamais sa parole ». Ces propos sont
ceux de Dean Koantz qui préconise de prendre des précautions avant de
contracter au risque de contracter avec des débiteurs de mauvaise foi.
Pour pallier à cette éventualité, la loi a mis en place plusieurs mécanismes
permettant au créancier de garantir l'exécution de l'obligation du débiteur. Parmi
ces mécanismes on y retrouve le droit de rétention qui constitue l'objet de notre
travail. L'article 67 de l'Acte uniforme OHADA portant sûretés dispose que le
droit de rétention est la prérogative accordée au créancier consistant en le fait de
détenir légitimement un bien mobilier de son débiteur jusqu'au paiement
complet de ce qui lui est dû. Le droit de rétention a fait l'objet de controverse
quant à sa nature. Tantôt, pour certains il s’agirait d’un droit personnel, pour
d’autres il constituerait une simple exception d'inexécution ; d’autres encore
parlent d’un droit réel ou encore d’un droit réel inachevé ; tantôt certains le
qualifient de garantie, d’autres de sureté ou encore de sûreté inachevée. Face à
ce débat houleux sur la nature du droit de rétention, le législateur OHADA, à
l’instar du législateur Sénégalais, lui-même inspiré des législateurs Allemand et
suisse, a tranché le débat en qualifiant le droit de rétention de sûreté réelle
mobilière. Cependant force est-il de se demander si le droit de rétention est une
sûreté efficace ?
Le choix d'un tel sujet se justifie à travers par son intérêt théorique. En effet, ce
sujet nous permettra d'avoir une connaissance approfondie sur l'efficacité du
droit de rétention en tant que sûreté.
Notre analyse s'articulera autour de deux (02) principaux axes. Nous verrons
successivement le droit de rétention, un droit efficace en tant que sûreté (I) et Le
droit de rétention, une sûreté à l'efficacité limitée (II).
I- Le droit de rétention, un droit efficace en tant que sûreté
Le droit de rétention se définit comme étant le droit pour un créancier de retenir
le bien de son débiteur jusqu’à complet paiement de la dette de ce dernier.
Il apparait de ce fait comme un droit exercé par un créancier dans le but de
garantir l’exécution par le débiteur de l’obligation.
L’efficacité du droit de rétention en tant que sûreté s’appréhendera tout d’abord
quant à ses conditions d’exercices (A) et ensuite quant à ses effets (B).
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A- Une efficacité du fait des conditions d’exercice du droit de
rétention
Le législateur OHADA a érigé le droit de rétention au rang des sûretés
réelles à l’article 50 de l’Acte Uniforme portant sûreté. Ce sont les articles 67 et
suivants de l’AUS qui régissent le droit de rétention.
L’efficacité du droit de rétention se voit au niveau de certaines de ses
conditions d’exercice notamment celles relatives la créance et à la détention de
la chose.
En effet, l’article 67 le définit comme la détention légitime du bien mobilier du
débiteur jusqu’au complet paiement de ce qui lui (le créancier) est dû
indépendamment de toute autre sûreté.
A travers la formule « indépendamment de toute autre sûreté »1, le droit de
rétention est énoncé comme une sûreté autonome dans son exercice. Il ne peut
donc se concevoir comme l’accessoire d’une autre sureté, il peut toutefois se
combiner avec une sûreté dont le créancier parait être titulaire sur la chose.
L’AUS reconnait la possibilité de se prévaloir du droit de rétention à celui qui
bénéficie d'un gage avec dépossession. Par « bien meuble » il faut entendre les
biens meubles corporels et incorporels pour lesquels un titre est nécessaire.
Au titre des conditions de la créance, l’AUS prévoit qu’elle doit être
certaine2, liquide3 et exigible4.
Certaine en cela, qu'elle doit être actuelle incontestable par le débiteur.
Liquide en cela que son montant doit être déterminé. Cependant, il arrive qu'une
créance ne soit pas déterminée. Ainsi, le créancier doit fournir les éléments
permettant la détermination de la créance.
Cependant, il arrive qu'une créance ne soit pas déterminée. Ainsi, le créancier
doit fournir les éléments permettant la détermination de la créance.
Exigible en cela que la créance est arrivée à terme de sorte que le créancier peut
en exiger le paiement.
Dès lors que ces conditions sont remplies, le créancier peut se prévaloir du droit
de rétention qui lui est reconnu afin d’exercer une pression sur son débiteur.
1
Article 67 AUS
2
Article 68 AUS
3
Article 68 AUS
4
Article 68 AUS
4
Au titre des conditions relatives à la détention, l’AUS dispose qu’elle doit
être « légitime »5 et qu’il faut un lien de connexité entre la créance et la
détention6.
La légitimité suppose l’absence de vice. En effet, le rétenteur ne doit pas entrer
en possession du bien par fraude, violence ou faute.
Il est reconnu au créancier la faculté de détenir le bien de son débiteur sans qu’il
n’y ait eu transfert de propriété à son profit. Une détention précaire est
suffisante. Cette détention suppose ainsi le dessaisissement volontaire ou
accidentel du débiteur et la détention par le rétenteur.
L’AUS prévoit également l’existence d’un lien de connexité entre la créance et
la détention. Ainsi, la loi prévoit trois liens de connexité.
Tout d'abord, la loi prévoit le lien de connexité juridique7"celui dont la créance
impayée résulte du contrat qui l'oblige à la livrer". En ce sens, la créance et la
détention résultent d'un même contrat. Ainsi, le contrat est la source de la
créance mais aussi la source de la détention.
Puis, la loi prévoit le lien de connexité matérielle8 "celui dont la créance
impayée est née à l'occasion de la détention de la chose".
Enfin, la loi prévoit un lien de connexité conventionnelle9 "celui à qui la chose a
été remise jusqu'au paiement de sa créance".
B- Une efficacité quant aux effets rattachés au droit de rétention
Le créancier qui se prévaut du droit de rétention peut retenir la chose tant
qu'il n'a pas été intégralement payé10. Ainsi, même si le débiteur a payé une
partie de ce qu'il doit payer au créancier, ce dernier peut tout de même continuer
à retenir la chose jusqu’au paiement complet de la dette. En ce sens, le droit de
rétention est indivisible. Cette indivisibilité constitue une véritable garantie pour
le créancier en cela qu’elle lui permet de continuer à maintenir la pression sur
son débiteur.
En outre, le droit de rétention est opposable à tous. Il est tout d'abord, opposable
au débiteur en cela que le bien ne lui sera pas restitué tant qu’il ne paiera pas
complètement la créance. L’AUS reconnait au créancier la prérogative de retenir
le bien jusqu’au paiement complet de la créance.
Puis, il est opposable aux autres créanciers du même débiteur. Cette opposabilité
se justifie par l’indisponibilité du bien objet de la rétention. En effet le créancier
peut opposer aux autres créanciers sa rétention du bien. Aucune dépossession à
5
Article 67 AUS
6
Article 69 AUS
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Article 69 al. 2
8
Article 69 al. 2
9
Article 69 al. 1
5
son égard n’est possible tant10qu’il détient le bien.
Il peut aussi être opposé au sous-acquéreur du bien11, même s'il est de bonne foi.
Le sous-acquéreur du bien détenu ne pourra obtenir libération du bien par le
créancier détenteur car le droit de rétention est en quelque sorte attaché à la
chose et de ce fait opposable. De plus il faut noter qu’il ne peut exercer plus de
droits que celui qui lui a cédé le bien.
Mais également, il peut être opposé aux tiers non tenus de la dette.
Concernant les procédures collectives, le créancier rétenteur échappe aux
suspensions de la poursuite du paiement des dettes antérieures à l’ouverture de
la procédure collective car étant déjà en possession du bien. Il devra cependant
produire à la masse des créanciers12. Le créancier rétenteur étant déjà en
possession du bien, on ne pourra le contraindre à le rendre. L’administrateur
désigné ne pourra que vendre le bien et payer le créancier rétenteur.
Si le rétenteur n’a pas déclaré sa créance antérieure, il conserve tout de même
son droit de rétention qui l’installe dans une attitude de passivité en attendant la
marche du débiteur vers lui.
II- Le droit de rétention, une sureté à l’efficacité limitée
Certes, le droit de rétention se présente du fait de ses conditions et de ses
effets, assez efficace comme sureté ; mais certains éléments relèvent une
certaine inefficacité du droit de rétention : Les effets de la détention précaire (A)
et la suppression des droits de suite et de préférence (B)
A- Une efficacité limitée du fait des effets de la détention précaire
La détention de la chose est une condition fondamentale du droit de
rétention : pour qu’une personne puisse retenir une chose, il faut bien qu’elle
soit, au préalable, en sa possession (possession au sens littéraire du terme). La
détention signifie la mainmise physique sur la chose, c’est un pouvoir de fait sur
cette chose ; il n’est pas nécessaire que le créancier ait l’intention de se
comporter comme un possesseur ou un propriétaire, il suffit qu’il ait la détention
en vertu d’un titre légitime qui l’oblige à restitution. Ainsi, ressort le caractère
précaire de la détention. Que signifie alors cette précarité ? La détention requiert
le corpus c’est-à-dire que le détenteur a une emprise matérielle sur la chose,
néanmoins, elle ne requiert pas l’animus13 c’est-à-dire que le détenteur n’a pas la
10
Article 67
11
Cass. com., 31 mai 1994, n° 92-16-505, Bull. civ.-IV, n° 195 : « Le droit de rétention du dépositaire est
opposable aux tiers qui a acquis la chose déposée ».
12
Article 78 al.1 AUPC
13
A. Bamdé & J. Bourdoiseau Le Droit dans tous ses états, De la distinction entre la possession et la détention
précaire
6
volonté de se comporter comme le véritable propriétaire de la chose, ses
agissements se limitent à exercer une emprise matérielle sur la chose, sans
intention de se l’approprier.
Le créancier détenteur ne bénéficiant ni de la possession, ni de la propriété de la
chose, ne peut pas l’utiliser pour jouir des fruits ou encore l’aliéner.
Il a une obligation de conservation comme le dispose l’article 70 de l’AUS. La
loi ne lui donne la faculté, non de la vendre, mais de faire procéder, sur
autorisation de la juridiction compétente statuant à bref délai, à la vente de ce
bien, que lorsque l’état ou la nature périssable de ce dernier le justifie ou encore
si les frais occasionnés par sa garde sont hors de proportion avec sa valeur14 Et
en telle circonstance, l’exercice de son droit sera reporté sur le prix de vente qui
doit être consigné. Mais pour des biens dont la nature n’est pas périssable ou
dont les frais occasionnés par sa garde ne sont pas hors de proportion avec sa
valeur, le créancier est lié, il n’a pas une grande marche de manœuvre.
On dénote là, une certaine rigueur du droit de rétention dans la nouvelle
législation, qui rend le droit de rétention inefficace d’une certaine manière.
En effet, on se demande à qui profite la suspension du bien, surtout en cas de
non-paiement ? le débiteur n’a pas la possibilité de payer le créancier et il ne
peut pas non plus utiliser la chose car elle est sous l’emprise du créancier ; mais
le créancier non plus ne peut pas l’utiliser car il a une simple obligation de
conservation, pourtant il ne peut pas entrer en recouvrement de sa créance.
Emettons l’hypothèse où le débiteur ne porte pas grand intérêt au bien retenu ?
qu’adviendra-t-il de la créance du rétenteur ? Le droit de rétention n’est donc
plus efficace pour ce créancier qui est d’une certaine manière peut être soumis
au bon vouloir du débiteur.
B- Une efficacité limitée du fait de la suppression des droits de
suite et de préférence
Dans l’ancien acte uniforme relatif aux suretés, le créancier pouvait, après
signification faites au débiteur, exercer ses droits de suite et de préférence
comme dans le gage. Mais le législateur OHADA de 2010 a supprimé le droit de
suite et le droit de préférence de la solde du créancier rétenteur.
A titre de rappel, il faut noter que le droit de suite permet à un créancier de
poursuivre le bien grevé de sûreté afin de faire réaliser ses droits, le droit de
préférence, lui, est un droit de priorité accordé à un créancier afin d’obtenir le
recouvrement de ses créances en premier. En clair, le créancier rétenteur qui
voudrait exercer son droit de préférence, ne peut plus, en cas de pluralité de
14
Elvis LEUMEGA, Le droit des suretés dans l’espace OHADA, 24 Novembre 2014
7
créanciers (saisissants, gagistes, nantis, etc…) exiger le bien meuble qui passe
dans d'autres mains ou disposer d’un privilège sur le prix, en cas de vente du
bien, ou sur toute indemnité d’assurance éventuelle en cas de perte ou de
destruction, à hauteur du montant de la créance garantie, frais et intérêts inclus.
Ceci dit, il ne faut pas omettre le cas que certes, lorsque le débiteur pourrait
vendre le bien, la rétention en paralysera la délivrance. Et donc, soit avant de
procéder à la vente, le débiteur (vendeur) et l’acquéreur s’accorderont à
désintéresser préalablement le créancier rétenteur, soit, après la vente,
l’acquéreur qui fait face à l’opposition de délivrer du rétenteur actionnera en
résolution ; le vendeur étant dans l’incapacité matérielle d’opérer la tradition
avant désintéressement intégral du rétenteur.
BIBLIOGRAPHIE
8
Principaux ouvrages
- OHADA suretés ; François Anoukaha, Aminata Cisse-Niang, Messanvi Foli,
Joseph Issa-Sayegh, Isaac Yankhoba Ndiaye, Moussa Samb, BRUYLANT
BRUXELLES, Juriscope
- IDEF (Notre ambition : consolider l’influence mondiale de la culture
civiliste, celle du droit écrit ), Le régime juridique du droit de rétention dans
l’OHADA et en droit français
- Mr Brou Kouakou Mathurin, Le droit de rétention en droit ivoirien : Les
conditions d’exercice et prérogatives du rétenteur à propos de l’affaire
Société SATA MALI c/ société INCART-FIAT, ohadata D-07-10
- Mme Yvette Rachel Kalieu ELONGO, Cours de droit des suretés (OHADA),
Février 2016
- Elvis LEUMEGA, Le droit des suretés dans l’espace OHADA, 24 Novembre
2014
- NJUTAPVOUI Zakari, Le droit de rétention dans le nouvel acte uniforme
portant organisation des sûretés : sûreté active ou passive ?, Revue de
ERSUMA: Droit des affaires. Pratiques professionnelles, N6 janvier 2016 ;
Études.
- HOUEDJISSIN Arnaud, Le droit de rétention dans l'acte uniforme portant
sûretés
Codes et lois
- Code civil ivoirien
- Acte uniforme de l’OHADA portant organisation des sûretés de 1997
- Acte uniforme de l’OHADA portant organisation des sûretés révisé de 2010
- Code civil français