100% ont trouvé ce document utile (1 vote)
2K vues14 pages

La Parure

Ce document présente une introduction à l'étude de la nouvelle 'La Parure' de Guy de Maupassant. L'introduction décrit le style d'écriture de Maupassant et propose plusieurs plans d'analyse du texte, notamment le portrait du personnage principal, la structure ternaire de l'œuvre, l'évolution psychologique du personnage et le réalisme de la description.

Transféré par

Chahdae Bakhat
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
100% ont trouvé ce document utile (1 vote)
2K vues14 pages

La Parure

Ce document présente une introduction à l'étude de la nouvelle 'La Parure' de Guy de Maupassant. L'introduction décrit le style d'écriture de Maupassant et propose plusieurs plans d'analyse du texte, notamment le portrait du personnage principal, la structure ternaire de l'œuvre, l'évolution psychologique du personnage et le réalisme de la description.

Transféré par

Chahdae Bakhat
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

MAUPASSANT

La Parure

Nouvelle édition, introduction et notes de Gilles Ernst,


Le Livre de Poche « Libretti », no 13656, 96 pages
(illustrations, repères chronologiques et bibliographie).

Lecture

INTRODUCTION

L’écriture de la cruauté
Courte nouvelle, une des plus célèbres de Maupassant, La
Parure représente pour un public adolescent une excellente
incitation à la lecture, de par son écriture originale, fondée
sur l’art du dénouement. C’est également le cas des deux
autres textes, Sur l’eau et La Légende du Mont Saint-Michel,
et l’on pourra par conséquent choisir ce fil directeur pour
mener l’étude des trois récits.
La présentation de Gilles Ernst souligne d’ailleurs l’im-
portance de cette composition dense, qui tient constam-
ment le lecteur en haleine par une tension dramatique
croissante, atteignant son apogée lors du dénouement,
2 Maupassant

aussi cruel qu’imprévu. Progressant imperceptiblement


vers l’annonce tragique qui sonne le glas d’une vie banale,
la double révélation finale constitue un des attraits essen-
tiels du texte.
Un autre centre d’intérêt de l’œuvre réside dans le
foisonnement des thèmes : c’est le cas des préparatifs
enthousiasmants du bal, éphémère réalisation du rêve de
Cendrillon, et du destin tragique frappant cette jeune
femme, qui a simplement donné libre cours à son désir
de splendeur. Était-ce une faute ? La présentation, en souli-
gnant l’ironie du sort et la cruauté de l’écriture, éclaire les
temps forts du récit et met en valeur la réflexion profonde
qu’elle suscite ; ainsi, ce constat du narrateur, qui prépare
le dernier épisode : « Qui sait ? Comme la vie est singulière,
changeante ! Comme il faut peu de chose pour vous perdre
ou pour vous sauver ! » (p. 44).

EXPLORATION

En guise d’introduction à l’étude de La Parure, on peut


partir de la lecture d’autres textes courts de Maupassant,
comme Rose1 par exemple, qui permettent de familiariser les
élèves avec l’art du conteur : on insistera sur le suspense sys-
tématiquement entretenu par l’auteur, comme par exemple
l’indétermination concernant le sexe de la jeune servante,
dans le texte cité précédemment.
De même, on profitera de cette caractéristique narrative
pour préciser le cadre thématique de l’étude : la cruauté
latente qui décuple l’effet de surprise, et ce jusque dans les

1. Boule de Suif, Le Livre de Poche, « Classiques », no 650.


La Parure 3

textes humoristiques normands, tels que Toine ou Le Petit


Fût 1.

Le premier contact avec l’auteur peut également prendre


la forme d’exposés et d’exercices oraux :
• Les correspondances entre l’auteur et ses personnages :
Dégager les similitudes entre la biographie de Maupassant
(cf. chronologie pp. 11 sqq.) et la vie d’employé de bureau
qui est celle du couple Loisel, dont Maupassant, fort de son
expérience, a si souvent dénoncé l’aspect besogneux et sté-
rile ; l’atmosphère des bals du ministère, semés de sots et
d’arrivistes, etc.
• Le statut social des personnages :
Commenter la présentation des petits employés, tels
Georges Ramponneau ou le couple Loisel ; Mme Fores-
tier, qui incarne le rêve d’une ascension bourgeoise, ou, au
contraire, le menu peuple auquel Mathilde finit par s’identi-
fier, et qui représente une menace de déclassement.
• La hiérarchie sociale au XIX e siècle :
Étudier la mobilité que le roman cherche à représenter
(cf., par ex., Rastignac dans Le Père Goriot 2 de Balzac, ou, sur
un autre plan, Gervaise dans L’Assommoir 3 de Zola).

Les personnages féminins : La Parure apparaît aussi


comme un « texte de femmes » : Mme Loisel et, accessoire-
ment, Mme Forestier, en sont les héroïnes ; les hommes res-
tant au second plan, la femme prend une place décisive dans
la littérature du XIXe siècle et manifeste souvent l’autre face

1. Toine, Gallimard, « Folio », no 2278 ; Les Sœurs Rondoli, Le Livre


de Poche, « Classiques », no 2636.
2. Le Livre de Poche, « Classiques », no 757.
3. Le Livre de Poche, « Classiques », no 97.
4 Maupassant

de la société, celle du rêve, du désir contrarié, des ambitions


étouffées1.
Le personnage de la femme, enfermée dans son rêve de
reconnaissance sociale et d’aisance matérielle, contribue
donc à caractériser cette période littéraire. Peut-être Ma-
thilde est-elle la sœur cadette de Jeanne2, ou celle d’Emma
Bovary3 ? Quels sont les points communs et les diffé-
rences ?

Le portrait, dans La Parure, ou la description dans Sur


l’eau, pourront faire l’objet (sous forme de travaux indivi-
duels ou collectifs) de comparaisons entre le texte et l’image,
à partir des illustrations judicieusement choisies. On pourra,
par exemple, s’appuyer sur Le Nouveau Collier de Scalbert
(p. 33) pour évoquer le rôle symbolique du miroir, ou sur le
très beau tableau de Caillebotte, Les Périssoires, pour mettre
en place les catégories de la rêverie aquatique4.
Enfin, dans le cadre d’une étude de l’image, pourquoi ne
pas lier l’étude du texte à celle d’un film, en particulier ceux
réalisés par Claude Santelli pour la télévision ? On trouvera
d’ailleurs, à la suite de la nouvelle de Maupassant, le scéna-
rio du film de Jean Renoir, Une partie de campagne 5.

1. Cf. Balzac : La Femme de trente ans, Le Livre de Poche, « Clas-


siques », no 4487.
2. Maupassant : Une vie, Le Livre de Poche, « Classiques », no 478.
3. Flaubert : Madame Bovary, Le Livre de Poche, « Classiques »,
no 713.
4. Cf. Bachelard : L’Eau et les Rêves, Le Livre de Poche, « Biblio
essais », no 4160.
5. Le Livre de Poche, « Libretti », no 13805.
La Parure 5

Perspectives d’analyse

PLAN 1 : LE PORTRAIT DE MADAME LOISEL

Le portrait de Mathilde Loisel confère toute son origina-


lité à l’incipit :
– D’emblée, elle est présentée comme un personnage qui
échappe à la médiocrité quotidienne par le biais du rêve. On
pourra, par exemple, mettre en parallèle ces deux phrases du
portrait : « Elle souffrait de la pauvreté de son logement »
(p. 24) / « Elle songeait aux antichambres muettes… » (p. 24).
– La magie évocatrice du rêve évacue la banalité de sa
vie quotidienne et s’impose, au cours de la description, par
l’évocation des splendeurs que Mathilde entrevoit hors de
sa sphère : tentures orientales, domestiques languissamment
assoupis, etc. (p. 24).
– Le portrait lui-même se présente sous une forme inhabi-
tuelle, Mathilde n’apparaissant pas par ce qu’elle est, mais à
travers ce qu’elle rêve : on notera, par exemple, l’abondance
des tournures négatives.

PLAN 2 : LA STRUCTURE TERNAIRE DE L’ŒUVRE

L’écriture de la nouvelle s’articule autour du moment cru-


cial du bal. Pour en faire la preuve, on partira bien sûr de la
dimension spatio-temporelle du récit, de l’évolution du per-
sonnage principal (cf. infra), mais aussi des repères tels que
les temps verbaux, les registres de vocabulaire, les connec-
teurs logiques ; ainsi, ce « or » qui introduit le dénouement
et marque une transition, amène des circonstances propres à
éclairer les réflexions qui précèdent sur l’aspect aléatoire de
l’existence.
6 Maupassant

On établira ainsi la composition de la nouvelle :


– 1re partie (pp. 23 à 36) : portrait, exposition et dia-
logue ; Mathilde avant le bal : « Le jour de la fête appro-
chait, et Mme Loisel semblait triste, inquiète, anxieuse »
(p. 32).
– 2e partie (p. 36) : « Le jour de la fête arriva » : le bal ;
passage au passé simple ; concentration et rapidité du récit,
imprécision du vocabulaire, centré sur l’évocation d’une
volupté tout onirique.
– 3e partie (pp. 36 à 45) : après le bal, retour à la trivialité
du dialogue, puis récit à l’imparfait : l’enlisement quotidien
des Loisel dans la besogne et la misère ; accumulation des
marques temporelles signifiant l’usure (« au bout de dix ans ;
maintenant… »).

PLAN 3 : L’ÉVOLUTION PSYCHOLOGIQUE DE MATHILDE

– On partira du portrait initial qui la montre fragile,


oisive, rêveuse, occupée seulement de l’éclat qu’elle devine
hors de son ménage.
– Après le bal, qui consacre son rêve, la perte du bijou
(p. 39) la confine définitivement du côté d’une réalité diffi-
cile, qui lui façonne un nouveau visage : « Mme Loisel sem-
blait vieille, maintenant. Elle était devenue la femme forte,
et dure, et rude… » (p. 43).
– Cette comparaison invite alors à s’interroger sur les
intentions de l’auteur : pourquoi Mathilde a-t-elle changé ?
De quelle façon les épreuves sont-elles parvenues à la façon-
ner ? Est-ce pour autant une victoire, au regard du dénoue-
ment ?
La Parure 7

PLAN 4 : L’ÉCRITURE RÉALISTE (3e partie, pp. 36-45)

On s’arrêtera surtout sur le récit de l’existence besogneuse


des Loisel (à partir de la p. 42) : « Mme Loisel connut la vie
horrible des nécessiteux… »
– Énumération des travaux pénibles effectués par le
couple pour rembourser la parure, travaux dont le caractère
sordide est souligné par l’emploi des adjectifs : « Elle connut
les gros travaux du ménage, les odieuses besognes de la cui-
sine » (p. 42).
– À partir de là, mise en place du contexte, du milieu,
par l’intermédiaire de la description sordide des lieux : pas-
sage de l’appartement de la rue des Martyrs, par exemple, à
une sombre mansarde, ce qui n’est pas sans rappeler les loge-
ments successifs de Gervaise, dans L’Assommoir.
– Conséquence : la métamorphose physique et morale
de Mathilde que son amie ne reconnaît même plus :
« Oh !… ma pauvre Mathilde, comme tu es changée !… »
(p. 44).

PLAN 5 : LE DÉNOUEMENT DE LA PARURE OU L’ÉCRITURE


DE LA CRUAUTÉ

Mme Loisel et Mme Forestier représentent d’abord deux


destinées antithétiques de femmes, l’une préservée par le
demi-luxe qui l’entoure et lui impose de figurer en retrait,
l’autre usée par les dures réalités de la classe besogneuse, aux-
quelles elle a tenté de se soustraire.
La double révélation finale dévoile alors tout le sens de la
nouvelle et met un comble au fourvoiement de Mathilde,
dont l’effort de dix années se trouve balayé soudain, rendu
8 Maupassant

inopérant et vain, une fois le but atteint : « Oh ! ma pauvre


Mathilde ! Mais la mienne était fausse. Elle valait au plus
cinq cents francs… » (p. 45).
D’où le choix des aphorismes pour accentuer la cruauté
des hasards de l’existence et faire apparaître les créatures
comme le jouet de représentations et d’idées fausses :
« Qui sait ? Comme la vie est singulière, changeante… »
(p. 44).

PLAN 6 : L’ÉTUDE GRAMMATICALE AU SERVICE DE LA


LECTURE

L’expressivité du style chez Maupassant nous invite à


conduire en parallèle l’étude et la pratique raisonnée de la
langue et celle de la signification littéraire de l’œuvre.
– Les temps verbaux dans le récit : imparfait duratif,
lié à l’attente du bal / Passé simple évoquant la fugacité
des moments heureux : « Le jour de la fête approchait… »
(p. 32), « Le jour de la fête arriva » (p. 36).
– Les types et formes de phrases et leur rôle dans l’expres-
sion des sentiments et des sensations. Par exemple, l’emploi
récurrent des tournures exclamatives dans le dialogue de clô-
ture (pp. 44-45), où l’émotion atteint son comble.
– Les styles direct et indirect, miroir de l’âme des person-
nages : passage du récit et de la description au dialogue,
où apparaît la dimension affective des personnages, où
s’expriment, par exemple lors de la perte de la parure, les ter-
reurs et les angoisses dont l’existence est chargée (p. 39).
La Parure 9

Étude

INITIATION À LA LECTURE MÉTHODIQUE

Depuis : « Le jour de la fête arriva » jusqu’à « Je vais appe-


ler un fiacre » (p. 36).

Le bal, tournant du récit


L’étude de ce texte particulièrement suggestif permet de
mettre en place l’utilisation des outils grammaticaux et sty-
listiques nécessaires à l’adoption d’une démarche cohérente,
dans la pratique ultérieure de la lecture méthodique.
Nous choisirons un axe structurant, facile à repérer
pour des élèves de 4e ou de 3e : l’opposition entre le rêve de
Mathilde et son brutal retour à la réalité.

Le rêve de Cendrillon
Mathilde, transfigurée par sa robe (acquise p. 32) et par sa
précieuse parure, fait figure, comme Cendrillon, de « reine
d’un soir ». L’effet en est accentué par l’accumulation des
adjectifs qualificatifs et par le foisonnement des complé-
ments du nom exprimant son rayonnement : « Elle était
plus jolie que toutes, élégante, gracieuse, souriante et folle
de joie. »
Pour la première fois de sa vie, Mathilde se sent belle et
heureuse, enfin reconnue. On procédera au relevé systéma-
tique des mots appartenant au champ lexical du bonheur
(exercice quasi ludique auquel les élèves du 1er cycle sont
rompus) et soulignant ainsi toute l’importance du thème.
En outre, les structures de phrases répétitives n’ont d’autre
but que de souligner la joie, la plénitude et l’enthousiasme
de la jeune femme : « Elle dansait […] dans le triomphe de
10 Maupassant

sa beauté, dans la gloire de son succès, dans une sorte de


nuage de bonheur… »
Ainsi, elle est heureuse et elle danse. La valse l’emporte
dans un tourbillon voluptueux. Le vocabulaire utilisé nous
noie alors dans l’imprécision propre au rêve : Mathilde est
ainsi dépeinte « grisée par le plaisir », « dans une sorte de
nuage de bonheur » ; et le texte se fait danse, par le rythme
ternaire de ses phrases, les temps de la valse : « Tous les
hommes la regardaient, demandaient son nom, cherchaient
à être présentés. »
Mathilde obtient ce soir-là tout ce dont elle rêvait : « Elle
eût tant désiré plaire, être enviée, être séduisante et recher-
chée » (p. 28). C’est chose faite : « Tous les hommes la regar-
daient […]. Le ministre la remarqua » (p. 36). Le succès
unanime ressort de la hiérarchie sociale, volontairement mise
en scène par Maupassant : ce sont d’abord tous les hommes,
puis les attachés de cabinet, enfin le ministre lui-même, qui
accordent leur attention à l’éclat de la jeune femme. C’est
là le fondement de cette phrase qui, à l’ouverture, peut sus-
citer la perplexité : « Mme Loisel eut un succès. » Pourquoi
un succès ? On pourra tenter de rechercher des équivalents
significatifs : l’indéfini exprime en effet un succès unique, un
succès absolu, un succès éphémère.

Un rêve éphémère : la valeur des temps dans le récit


Un succès total, magnifique, inoubliable parce qu’il ne
dure que le temps d’une valse… On aura soin de mettre en
évidence l’emploi des temps dans le texte, et en particulier
l’opposition de l’imparfait et du passé simple. Mme Loisel
eut un succès : voilà bien l’expression la plus rapide et la
plus dépouillée qui soit de ce moment tant attendu. À titre
de comparaison, on rapprochera la phrase inaugurant l’évo-
cation des préparatifs fastidieux du bal avec celle qui ouvre
La Parure 11

le récit de la fête : « Le jour de la fête approchait » (p. 32) /


« Le jour de la fête arriva » (p. 36).
D’ailleurs, le déséquilibre de la composition apparaît de
manière flagrante à travers l’étendue des préparatifs, qui
couvrent plus de trois pages, alors que le bal lui-même en
occupe moins d’une. Le rythme même du texte, son aspect
tourbillonnant, ses structures redondantes, accentuent
l’impression de rapidité qui accompagne la lecture : « Elle
dansait avec ivresse, avec emportement […], dans la gloire
de sa beauté, dans le triomphe de son succès, dans une sorte
de nuage de bonheur… »
Autant d’impressions de lecture qui renvoient à l’expé-
rience du temps, et qui font appel au souvenir de chacun
pour manifester l’évanescence des moments heureux (cf.
infra : deuxième exercice d’écriture).

Départ ou fuite ?
Pour Mathilde, comme pour Cendrillon qui, elle aussi,
a oublié l’heure, le retour à la réalité s’avère pour le moins
brutal :
– L’intrusion brusque du dialogue constitue le premier signe
de réveil chez Mathilde, emportée hors de la réalité. L’arrivée
de son mari, qui lui parle et s’adresse à elle sans détour, consti-
tue une sorte de rupture avec le monde de la danse et du rêve,
que vient interrompre le cortège des préoccupations triviales,
à commencer par la nécessité de s’en aller, et donc de revenir
à la réalité. La présentation du mari, dans les premières pages
de la nouvelle, son enchantement devant le pot-au-feu du
dimanche (p. 27), de même qu’ici, son sommeil lourd et peu
discret, manifestent une vulgarité qu’elle exècre.
– Le jeu du vocabulaire, de la même façon, rend immé-
diatement perceptible les oppositions entre le registre abs-
12 Maupassant

trait – lié à l’évocation des sensations et des sentiments


suscités par le bal – et l’irruption d’un univers concret,
à travers l’accumulation des détails matériels. Les termes
employés renforcent d’ailleurs la violence du choc qui
s’exerce entre ces deux mondes : « [Son mari] lui jeta
sur les épaules les vêtements qu’il avait apportés pour
la sortie, modestes vêtements de la vie ordinaire » (p. 36)
qui incitent Mathilde à fuir pour apaiser la violence du
contraste entre le rêve entrevu et la vie étriquée qu’elle
s’apprête à retrouver.
– Le sens exact du verbe « jurer », employé de manière
intransitive à la fin du texte, restitue d’ailleurs toute l’ampleur
du gouffre qui sépare ces deux univers irréconciliables. Deux
univers qui, par leur antagonisme radical, incitent Mathilde
à fuir éperdument et, par là même, à plonger définitivement
dans la vie besogneuse qu’elle refusait.

EXERCICES, RECHERCHES ET TRAVAUX

Préparation aux sujets du brevet des collèges :


a) Sujet d’imagination :
Écrire une suite de texte :
Madame Forestier avoue à Mathilde que sa parure était
fausse. Or, celle-ci a consacré dix ans de sa vie à payer une
parure neuve pour remplacer celle qu’elle avait perdue.
Elle se met en colère, le ton monte entre les deux femmes.
Comment Madame Forestier réagit-elle ? En mêlant dia-
logue et récit, imaginez leur confrontation.
b) Sujet de réflexion :
« Qui sait ? Qui sait ? Comme la vie est singulière, chan-
geante ! Comme il faut peu de chose pour nous perdre ou
pour nous sauver ! » (p. 44)
La Parure 13

Ne pensez-vous pas, comme Maupassant, que les événe-


ments heureux ou malheureux qui nous arrivent dans la vie
sont liés au hasard, à la chance ?
Vous répondrez à cette question dans un devoir struc-
turé, illustré d’exemples tirés de votre expérience person-
nelle.

Exercices d’éxpression écrite :


– En utilisant les mêmes procédés que Maupassant (ponc-
tuation et juxtaposition, adjectifs, compléments du nom,
négations et présentatifs, pp. 23 à 26), faites le portrait d’un
personnage malheureux et déçu.
– « Le jour de la fête approchait, et Madame Loisel sem-
blait triste, inquiète, anxieuse » (p. 32). Vous avez déjà vécu
semblable expérience : attendre un grand jour, un moment
très important de votre vie. Angoisse, gorge nouée, cœur qui
bat. Racontez la scène.
– Il vous est arrivé de perdre un objet très précieux.
Racontez la recherche éperdue, l’affolement, la peur. Mais
par chance, vous retrouvez votre trésor. Imaginez alors le
dénouement heureux de cette expérience angoissante (texte
d’étude : la perte de la parure, pp. 39-40).

BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE
Inutile de recourir, pour ce qui concerne Maupassant, à
une bibliographie trop étendue. On se bornera à conseiller la
lecture des nouvelles et des recueils les plus significatifs, et en
particulier, à l’usage des élèves du 1er cycle, des textes parus
dans la collection des « Classiques » du Livre de Poche :
Boule de Suif, Le Livre de Poche, « Classiques », no 650
(un recueil composite, qui initie à la variété dans l’art du
récit chez Maupassant).
14 Maupassant

La Petite Roque, Le Livre de Poche, « Classiques »,


no 1191.
Le Horla, Le Livre de Poche, « Libretti », no 13646.
Une partie de campagne, suivi du scénario du film de Jean
Renoir, Le Livre de Poche, « Libretti », no 13805.
Concernant les études sur Maupassant, on recourra essen-
tiellement à deux ouvrages d’accès aisé :
Albert-Marie SCHMIDT, Maupassant par lui-même, éd. du
Seuil, « Écrivains de toujours », 1962.
Armand LANOUX, Maupassant, le Bel Ami, Fayard, « Les
Cahiers rouges », 1967 (étude d’ensemble très complète, par
un des continuateurs du naturalisme).

Dossier réalisé par Valérie BRIOT.

Vous aimerez peut-être aussi