Construction mixte acier-béton : principes et types
Construction mixte acier-béton : principes et types
1.0. Introduction :
Consacré aux généralités sur les constructions mixtes acier-béton, ce chapitre définit
une construction mixte et son mode de fonctionnement en précisant l‘apport des
principaux matériaux utilisés, à savoir : l‘acier et le béton. Ensuite, il passe en revue
les différents types d’éléments mixtes ainsi que les avantages et inconvénients
qu’engendrent ce type de construction. Enfin, il expose un bref aperçu sur les ponts
mixtes.
Bien que de nature différente, ces deux matériaux (acier et béton) se complètent très
bien de façon opportune :
le béton est très bien indiqué pour résister à la compression tandis que l'acier
est mieux indiqué pour transmettre les efforts de traction ;
l’élancement des éléments en acier les rend sensibles au flambement par flexion,
flambement par flexion-torsion et au voilement local tandis que la présence du
béton permet de limiter l’apparition de ces formes d’instabilités ;
le béton recouvrant l'acier met celui-ci à l’abri de la corrosion ;
le béton, à cause de sa grande inertie thermique, constitue une bonne protection
contre incendie de l’acier ;
grâce à sa ductilité, l'acier confère à la construction mixte une très bonne
capacité de déformation plastique.
Les poteaux partiellement enrobés de béton sont des profils en I ou H dont l'espace
entre les semelles est rempli de béton. (Figure 1.1. (a))
Dans les poteaux totalement enrobés de béton, les semelles et les âmes sont enrobées
d'une épaisseur minimale de béton. (Figure 1.1. (b))
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Les profils creux remplis de béton peuvent être circulaires ou rectangulaires. Le béton
confiné à l'intérieur du profil voit sa résistance en compression augmenter. Également,
la résistance en compression du poteau augmente. (Figure 1.1. (c))
(a) Poteau mixte à profilé partiellement enrobé. (b) Poteau mixte à profilé
totalement enrobé.
Les poteaux étant des éléments essentiellement soumis à de la compression, même s'ils
restent toujours des éléments comprimés et fléchis, le cisaillement longitudinal à
l'interface acier-béton est nettement plus faible qu'avec les poutres mixtes, et il n'est
pas nécessaire, en général, d'utiliser des connecteurs sur la partie courante de leur
hauteur pour assurer la collaboration complète des deux matériaux. Il peut en aller
différemment aux extrémités des poteaux où des efforts venant des poutres attachées
(notamment des efforts tranchants) doivent être repris en section mixte de poteau sur
une longueur, dite « de transfert », relativement courte (de l'ordre de deux fois la
dimension transversale appropriée du poteau). L'ajout de connecteurs peut s'avérer
nécessaire pour compléter la liaison par adhérence et frottement sur la longueur de
transfert.
Les variantes les plus utilisées sont les poteaux complétement enrobés et partiellement
enrobés. Le tableau 1.1 dresse une comparaison entre ces deux variantes
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Tableau 1.1. : Comparaison de deux sections couramment utilisées.
Poteau complètement enrobé Poteau pré bétonné entre les ailes
La présence d'un renformis (Figure 1.2 (b)), bien qu'assez rare en bâtiment, va se
traduire par une plus grande excentricité de la dalle par rapport à l'axe du profilé
métallique, d'où une plus grande inertie en flexion et un plus grand moment résistant
de la section mixte. On peut trouver des réalisations avec des poutres métalliques en
caisson, éventuellement constituées d'un profilé creux laminé (de géométrie
rectangulaire) pour de petites sections mixtes (Figure 1.2. (c)) ; cette solution peut offrir
l'avantage d'une plus grande stabilité au déversement, y compris en phase de
construction. La solution de poutres mixtes partiellement enrobées, c'est-à-dire
consistant à remplir de béton armé les deux chambres du profilé (Figure 1.3 (d))
apparaît actuellement beaucoup plus intéressante que la précédente, et même que les
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deux autres, dans la mesure où elle permet d'augmenter considérablement la durée de
tenue à l'incendie sans avoir à protéger le profilé par une peinture intumescente, par
un enduit ignifuge projeté ou encore par des panneaux isolants rapportés.
La solution des poutres mixtes à treillis permet de franchir sans difficulté de grandes
portées tout en facilitant le passage des gaines techniques. La membrure supérieure de
la poutre mixte est constituée de la dalle en béton liée par les connecteurs à la
membrure métallique. Dans des cas extrêmes, seule la dalle sert de membrure
supérieure, la connexion n’étant réalisée qu’à l’endroit des nœuds. Les boulons-
connecteurs sont placés à l’intérieur de manchons tubulaires incorporés aux dalles.
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Les formes des tôles profilées en acier (section de bossages) sont réalisées de manière
à offrir une bonne liaison entre la tôle et la dalle en béton. Cette liaison est primordiale
au bon fonctionnement de la dalle mixte qui transmet les charges dans le sens des
nervures vers les solives.
Les épaisseurs de tôles varient de 0,75 et 1,5 mm. Les épaisseurs les plus courantes
varient entre 0,75 et 1 mm tandis que les hauteurs courantes de profil vont de 40 à 80
mm. Les tôles sont généralement protégées contre la corrosion, sur les deux faces, par
une couche de zinc.
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1.2.4. Assemblages mixtes.
Les assemblages se font presque toujours par les constituants métalliques des pièces
mixtes. Ils répondent aux règles usuelles de la construction métallique. Leur
conception est guidée par l’idée directrice de placer les boulons ou cordons de soudure
à des endroits abrités de l’action directe du feu, tout en conservant une accessibilité
suffisante lors du montage et en réduisant autant que possible les opérations
ultérieures destinées à en assurer la protection ou l’enrobage.
Par exemple, des boulons disposés dans l’épaisseur de la dalle en béton et de la chape
de finition seront noyés dans la masse de béton et protégés sans aucune opération
supplémentaire spécifique.
Ces considérations ont conduit à quelques types d’assemblages particuliers, devenus
assez communs :
Par gousset d’âme : l’assemblage boulonné doit être protégé du feu après montage,
par des matériaux isolants ou par un remplissage au béton. Cette dernière opération
est facilitée par les coupes obliques de l’aile supérieure du profilé permettant un
remplissage de la cavité lors du coulage de la dalle.
Par platine d’about et boulons supérieurs : lorsque cela est possible, on peut concentrer
des boulons dans l’épaisseur de la dalle, ou au moins en nombre et diamètre suffisants
pour garantir la résistance ultime pour la situation accidentelle d’incendie sous la
combinaison d’actions correspondante. Une platine d’écartement peut être intercalée
pour laisser libre la rotation d’appui.
Par appui direct dans les poteaux : cette disposition a été utilisée pour des poteaux
préfabriqués de section importante, qui sont interrompus à chaque niveau. La
transmission des charges exige des plaques d’about épaisses et des pièces massives en
acier incorporées dans la traversée des planchers. Les poteaux pré bétonnés de grande
dimension (sous-sols de bâtiments à étages) peuvent comporter des ouvertures dans
l’âme au niveau des planchers pour recevoir les poutres, avec une possibilité de
réglage utilisable en système pré fondé pour compenser les défauts de verticalité.
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équipements techniques. Un plat de continuité peut être soudé sur les ailes des solives
après montage. Les boulons de positionnement peuvent bien sûr rester sans protection
incendie. L’aile supérieure du sommier non connectée à une dalle peut recevoir une
plaque d’isolant pour augmenter sa résistance au feu en diminuant la section
d’armatures dans les chambres.
Par gousset d’âme : un gousset sort du béton des chambres du sommier et reçoit l’âme
de la solive qui n’a pas été pré bétonnée jusqu’à son extrémité. Ce gousset ne gêne pas
le ferraillage du sommier s’il n’est pas prolongé trop bas vers l’aile inférieure ; il suffira
de couper à cet endroit les barres constructives supérieures des paniers d’armatures
pré assemblées au moment de les poser dans les chambres.
Comme dans le cas d’un assemblage sur poteau, il faudra refermer ou protéger la zone
des boulons après le montage.
Par tasseau : comme dans le cas d’une liaison sur poteau, un accrochage sur tasseau
avec une attache supérieure de montage est possible. Cependant, s’il est situé trop bas
dans le sommier, sa fixation peut gêner la pose des armatures principales du sommier,
qui doit alors être prévue en atelier.
Par bec d’appui supérieur : une pièce métallique de forte épaisseur est soudée sur
l’aile supérieure de la solive, et repose simplement sur le sommier avec un boulon de
positionnement. Cette solution très répandue permet de remplir complètement toutes
les pièces, et ne crée aucune entrave pour la disposition des armatures dans les
chambres.
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Figure 1.5 : Exemples d’assemblage poteau-poutre.
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1.3. Avantages et inconvénients de la construction mixte dans le bâtiment
La construction mixte présente d’énormes avantages sur les plans fonctionnels,
architecturaux et financiers, en effet l’association entre l’acier et le béton dans ce
procédé permet de faire travailler ces deux matériaux avec les meilleures
performances respectives, atteignant ainsi des portées considérables avec des
retombés réduites, des planchers plus minces et des poteaux de sections plus petites,
tout en réduisant le temps et le coût de la construction.
1.3.3. Fonctionnalité
Les structures métalliques traditionnelles présentent des systèmes de protection au feu
rapportés qui permettent d'isoler l'acier de la chaleur due à l'incendie. Les structures
métalliques et mixtes actuelles peuvent présenter une résistance au feu en utilisant les
principes des constructions en béton armé dans lesquelles le béton protège l'acier grâce
à sa masse élevée et sa conductivité thermique relativement faible.
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Tout comme les planchers mixtes qui peuvent résister au feu, les poutres mixtes
peuvent également être utilisées sans protection des semelles mais avec un enrobage
de béton armé entre les semelles. Ce béton ne sert pas uniquement à maintenir des
températures relativement basses dans la semelle supérieure et dans l'âme mais
également à apporter de la résistance flexionnelle compensant la perte de résistance de
la semelle inférieure portée à haute température.
1.3.5. Faisabilité.
Les planchers mixtes sont maintenant la solution privilégiée pour une grande variété
de structures car ils offrent aux concepteurs et aux clients les avantages suivants :
Plate-forme de travail :
Avant le bétonnage, la tôle profilée constitue une plate-forme de travail sûre et qui
permet d'accélérer le processus de construction d'autres éléments.
Coffrage permanent :
La tôle profilée porte de poutre à poutre et sert de coffrage permanent au béton tel que
généralement des étais provisoires ne sont pas nécessaires.
La retombée de la poutre reste propre après le bétonnage et l'utilisation de tôles peintes
peut donner un bon aspect au plafond mais la peinture peut causer des difficultés en
cas de soudage des goujons à travers la tôle.
Armatures
La section d'acier du profilé métallique est généralement suffisante pour résister, en
tant qu’armature, au moment de flexion positif. Des armatures supplémentaires
peuvent être présentes dans la dalle pour résister au retrait, aux mouvements dus à la
température ou afin d'assurer une continuité aux appuis (moment négatifs). L'action
mixte est obtenue grâce à la forme du profil ou à l'aide de moyens mécaniques tel que
des indentations ou un bossage de la tôle profilée.
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Vitesse et simplicité de construction
Les tôles profilées combinant une rigidité élevée et un faible poids rendent aisé le
transport et le stockage du matériel sur chantier. A titre illustratif, un camion est
souvent capable de transporter jusqu'à 1500m² de plancher. Également, une équipe de
quatre hommes peut installer 400m² de plancher par jour. Les panneaux sont légers et
sont des éléments préfabriqués qui peuvent être aisément transportés et installés par
deux ou trois hommes.
Produits à la qualité contrôlée
Les éléments métalliques des structures mixtes sont fabriqués et contrôlés en usine.
Cela permet l'établissement de procédures de qualités strictes qui diminuent
l'incertitude liée au travail sur chantier. Le résultat en est une précision de construction
plus élevée.
Tableau 1.1 : Comparaison entre une poutre mixte et une poutre métallique
h
h
h
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De même, le tableau 1.2, par exemple, compare les tailles de poteaux et poutres mixtes
relativement importantes avec leur équivalent en béton armé pour des conditions de
chargements identiques.
Poteau
Poutre
La comparaison de ces deux méthodes montre que leur combinaison est la voie la plus
économique. En plus de présenter les avantages de chacune de ces méthodes, d'autres
avantages peuvent apparaître. Ainsi par exemple, les éléments mixtes peuvent
présenter des capacités de charge plus élevées que des éléments métalliques ou en
béton armé. La rigidité et la redistribution plastique peuvent également être
augmentées en combinant l'acier et le béton. D'une part, cela permet de tirer parti des
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réserves plastiques de la structure et de l'autre de réduire les facteurs de sécurité grâce
à la ductilité inhérente aux modes de ruine des structures mixtes.
Parlant ici de construction mixte, il est important de signaler que dans beaucoup de
cas, ce sont des technologies de construction mélangées qui constituent les solutions
les efficaces. Le terme mixte décrit seulement l'interaction de deux matériaux dans un
même élément constructif (par exemple un poteau tubulaire métallique rempli de
béton) alors que les technologies de constructions mélangées se rapportent à la
combinaison d'éléments constructifs réalisés selon différentes méthodes de
construction (par exemple un poteau en béton utilisé conjointement avec une poutre
mixte et une dalle préfabriquée).
Réaliser une structure mixte de manière économique peut se faire suivant les
opérations suivantes :
Tout d'abord, l'ossature métallique contreventée ou non est érigée. Si des tubes
creux sont utilisés pour les poteaux, les cages d'armatures peuvent déjà être
positionnées en atelier.
Tous les corbeaux, ailettes et goujons (boulons sans têtes ou clous tirés au
pistolet) assurant le transfert d'efforts entre l'acier et le béton doivent être
préparés en atelier pour accélérer l'érection sur chantier qui demande une
planification détaillée. Après avoir positionné les poteaux, les poutres
métalliques sont simplement appuyées entre elles.
Les éléments en béton armé ou la tôle profilée sont disposés entre les poutres
servant à la fois de coffrage et de plate-forme de travail.
Finalement, lors du bétonnage en une même phase des dalles et des poteaux, la
rigidité et la résistance des poteaux et des poutres augmentent et les
assemblages cessent d'être des rotules pour devenir semi-rigides.
1.3.9. Conclusion.
La construction mixte est populaire pour les bâtiments et les ponts à causes des aspects
suivants :
économie ;
architecture ;
fonctionnalité ;
équipements et utilisation flexible du bâtiment ;
assemblage.
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Illustration de l’interaction dans la construction mixte
Dans le cas des poutres mixtes, les dalles en béton sont appuyées sur les profilés
métalliques avec une liaison plus ou moins forte. Si la dalle et la poutre sont librement
superposées, les deux éléments fléchissent de manière autonome avec un glissement
libre à leur interface. Par contre, le fait de créer des liaisons à l’interface acier béton
permet d’augmenter la résistance et la raideur de la poutre.
L’interaction entre les parties acier et béton d’une structure mixte est le plus souvent
créée par des connecteurs qui sont chargés de transférer les efforts internes entre la
dalle et la poutre métallique. La section mixte typique est alors constituée de la poutre
métallique, de la dalle en béton armé avec des barres de ferraillage placées dans le sens
longitudinal et transversal et de connecteurs (Figure 1.6).
Dans le cas où aucune liaison n’existe entre les deux éléments, chacun d’entre eux
reprend la moitié de l’effort appliqué. Dans ce cas, la flèche et les déformations du
système sont 2 fois moins grandes que dans le cas, où la totalité du chargement serait
reprise par une seule de ces poutres. Dans le cas où la liaison entre les deux éléments
est parfaitement rigide, on obtient une section homogène d’une hauteur 2h, dont
l’inertie est 4 fois plus importante que celle d’une seule poutre. Les flèches de cette
poutre avec une connexion rigide sont alors 4 fois moins grandes que les flèches de la
poutre de base agissant seule et deux fois moins grandes que les flèches de deux
poutres superposées et non connectées.
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Figure 1.7 : Principe de fonctionnement du mécanisme mixte.
Figure 1.8 : Axes neutres dans la section selon le type d’interaction acier-béton
Dans le cas, où il n’y a pas d’interaction entre le profilé métallique et la dalle en béton,
chacune des deux composantes de la poutre mixte reprend une partie équivalente du
moment sollicitant. Si on part de l’hypothèse qu’il n’y a pas de séparation verticale
entre les deux éléments (courbure identiques), le moment repris par le profilé
métallique (Ma) et le moment repris par la dalle (Mb), ainsi que le moment sollicitant
(MEd) peuvent être mis en relation sous la forme suivante :
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où Φ est la courbure des poutres et (EI)a, (EI)b sont les raideurs en flexion de la poutre
métallique et de la dalle en béton prises séparément. Les moments repris par chacun des deux
composants de la poutre mixte sont ensuite exprimés en tant que :
L’inertie de la section mixte est alors obtenue par simple superposition des inerties des deux
composants :
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