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Manuel

Le Manuel d'Agriculture Haïtienne, produit par le Groupe de Recherche et d'Échanges Technologiques, vise à fournir des solutions pour améliorer la production agricole en Haïti, face à des défis écologiques et économiques variés. Il souligne l'importance d'une approche théorique et pratique pour former les agronomes, en tenant compte des réalités locales et des besoins des agriculteurs. Ce manuel est conçu comme un outil pour les étudiants et les professionnels afin d'adapter les techniques agricoles aux contextes haïtiens.

Transféré par

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Manuel

Le Manuel d'Agriculture Haïtienne, produit par le Groupe de Recherche et d'Échanges Technologiques, vise à fournir des solutions pour améliorer la production agricole en Haïti, face à des défis écologiques et économiques variés. Il souligne l'importance d'une approche théorique et pratique pour former les agronomes, en tenant compte des réalités locales et des besoins des agriculteurs. Ce manuel est conçu comme un outil pour les étudiants et les professionnels afin d'adapter les techniques agricoles aux contextes haïtiens.

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Manuel

Facultéd’Agronomieet de MédecineVétérinaired’Haïti
Damien, Port au Prince, Haïti

Groupe de rechercheet d’échangestechnologiques


213 rue La Fayette,75010Paris,FRANCE
Photo de couverture : Damien Mermet

OGRET 1990
ISBN Z-86844-034-7
Ce Manuel d’AgricultureHaitienne a été produit par le Groupe de Rechercheet
d’EchangesTechnologiquessousla directionde DidierPillotà la demandedu Ministère
Françaisde la Coopérationet du Développement.

Michel Bonnefoya assuréla rédactiondéfinitivedes parties 1 et 3 et Didier Pillot celle


de la partie2 ; ils ont ensemblerevu la partie4. Certainschapitresn’auraientpas vu le
jour sans la contributionde leurs collè[Link] soient remerciésici :
l AudalbertBienaimé (chapitres12 et 13)
l Marc Dufumier(chapitre4)
* HélèneMassieu (chapitres5 et 6)
l PhilippeMathieu(chapitre10)
* FrançoisMonicat (chapitres12, 13 et 14)
9Agnès Temple (chapitre11)
l PhilippeVazeilles(chapitre10)

Marie-AgnèsLeplaideura patiemment relu et corrigé les textes et suivi l’éditiondu


[Link] conçu la maquetteet exécutéles dessins.

D’autres encore, spécialistes d’Haïti ou pédagogues,ont conseillé, amicalement


critiqué,et en définitivetoujourssoutenules auteurspar la permanencede leur intérêt.
Les enseignantsde k-faculté d’Agronomieet de MédecineVétérinaired’Haïti ont su,
chacun dans sa propre discipline, apporter d’utiles remarques. Ceux qui n’ont pu
participerdirectementà la rédactionde cet ouvrageont néanmoinsfournises basesles
plus originalespar les travauxqu’ils ont conduitsavec les paysanshaïtiens.

Enfin,LucienCousinaurasansdoute été l’undes premiersà croireen ce [Link]


encouragementspersonnelsaurontété décisifs pour mener à terme sa publication.

III
A Sintilus Sintil,
paysan des mornes...

La compréhension du monde réel observé implique un travail


incessant de la pensée théorique sur la multiplicité infinie
des faits bruts. Sans cette discipline, l’effort de recherche
reste à la surface des données empiriques ou s’y enlise. A
l’inverse, si on laisse libre cours à la spéculation théorique,
sans que celle-ci ne soit fermement guidée par des données
réelles soigneusement établies, il peut en résulter une sorte de
griserie intellectuelle, mais notre compréhension du monde
réel ne sera pas avancée pour autant.

Wassily Léontieff
Prix Nobel d’Economie

IV
PREFACE

L’agriculture est un secteur incontournable du développement économique d’Haïti. Les


agronomes sont régulièrement invités à proposer des solutions pour augmenter la produc-
tion agricole afin de mieux satisfaire les besoins du pays. Ceux-ci sont considérables.
Produire davantage de vivres pour nourrir une population croissante, notamment dans les
villes, et réduire les importations alimentaires, est le premier objectif. Disposer de denrées
d’exportation en quantité et en qualité pour procurer des devises suffisantes à l’économie
nationale est le second but visé.

Alors qu’on pourrait croire que le dénuement et la précarité des techniques agricoles
traditionnelles rend leur amélioration aisée, l’expérience a montré que des solutions
simples n’existaient pas.

La diversité des conditions écologiques dans lesquelles opèrent les paysans haïtiens est
probablement la première difficult.& De la plaine de Jacmel aux sommets cultivés du morne
La Selle, sur une distance de quelques dizaines de kilomètres à vol d’oiseau, la quantité
annuelle de précipitations varie de 1 à 4. On passe des sols riches sur alluvions à des sols
basaltiques profonds ou, au contraire, totalement érodés, en traversant les pentes calcaires
et les plateaux à sols rouges. Chaque unité écologique pose des problèmes de développement
agricole spécifiques qui méritent des solutions techniques particulières.

La diversité des conditions économiques des agriculteurs haïtiens constitue le second écueil
auquel se heurte l’agronome. Du paysan «de mouatié» de 1’Artibonite au grand planteur de
canne à sucre de Léogane, l’éventail des situations économiques est large. Or, pour être
véritablement prise en compte et appropriée par un agriculteur, il ne suffit pas qu’une
amélioration technique soit efficace, il faut aussi qu’elle corresponde aux possibilités et aux
moyens de celui qui doit la mettre en oeuvre : l’agriculteur.

Etre capable d’identifier puis de mettre en oeuvre des techniques agricoles plus productives,
adaptées au milieu, préservant les ressources naturelles et compatibles avec les moyens des
agriculteurs, telle est l’ambition proposée aux jeunes agronomes haïtiens. Ambition
démesurée, objectif impossible, diront les pessimistes et les résignés. Pourtant, d’autres
veulent relever le défi. Depuis quinze ans, la Faculté d’Agronomie et de Médecine Vétéri-
naire et la Coopération française se sont souvent associées pour montrer qu’il était possible
de transformer l’agriculture d’une région pour qu’elle soit plus favorable à la fois aux
agriculteurs et à l’ensemble de la collectivité nationale. D’autres ont également mené des
actions exemplaires dont la leçon est toujours la même : pour réussir face à la complexité
des situations, il faut de la durée dans l’action, et encore plus de compétence et de
connaissance du milieu rural.

Donner la compétence, former aux techniques de production et d’analyse du milieu, est


l’objectif de la Faculté d’Agronomie et de Médecine Vétérinaire d’Haïti. Pour ce faire, la
formation qu’elle entend donner passe par un rapport étroit avec le milieu rural, auquel les
futurs agronomes doivent être systématiquement confrontés. La formation aux disciplines
de base ne doit cependant pas être oubliée. Elle seule apporte les outils nécessaires pour bien
observer et analyser une situation et intervenir au mieux.

La Coopération française a toujours soutenu cet effort pour lier la formation des agronomes
à la recherche et aux actions de développement. Aujourd’hui, alors que les enjeux de
développement se font toujours plus difficiles, c’est une contribution supplémentaire
qu’apporte cet ouvrage. Nul doute que les nouvelles générations d’agronomes y trouveront

V
l’alliance équilibrée entre les nécessaires apports théoriques et leur adaptation aux contex-
tes haïtiens. Nul doute également que les professeurs sauront s’en faire un précieux
auxiliaire, pour donner à leurs élèves une formation plus complète et plus profonde.
Souhaitons enfin que les techniciens en activité puissent y trouver matière à réactualiser
leurs connaissances et améliorer leurs interventions.

Nous ne saurions terminer sans rappeler qu’une grande partie des références qui ont
permis la préparation de ce manuel, notamment celles qui portent sur la réalité haïtienne,
sont dues au travail des professeurs et des étudiants. Leurs savoirs sur l’agriculture du pays
progressivement accumulés au cours de leurs sorties et leurs stages se trouvent utilement
valorisés ici.

Souhaitons que l’exemple de ces anciens soit repris par leurs jeunes collègues pour que
progresse la connaissance agronomique en Haïti.

Michel Fritz
Doyen de la Faculté d’Agronomie et de Médecine Vétérinaire

Michel Monfort
Chef de la Mission Française de Coopération et d’Action Culturelle

VI
AVANT-PROPOS

Ceux qui ouvrent cet ouvrage pour y chercher des «recettes» - la variété de haricot ou la dose
d’engrais à utiliser dans leur région, la formule idéale pour l’élevage de porcs ou la
rentabilité d’un investissement en attelage et charrue - seront sans doute déçus. Ils ne les
y trouveront pas, parce qu’elles n’existent pas.

En agriculture, rares sont les techniques dont la validité est indépendante du contexte
écologique et économique dans lesquelles elles sont appliquées. Au contraire, dans leur très
grande majorité, le succès de ces techniques est étroitement conditionné par les caractéris-
tiques du milieu, l’organisation sociale ou l’environnement économique.

A la question de savoir par exemple, si le labour est un progrès technique ou non, la réponse
est “ça dépend” (du type de labour, de l’objectif poursuivi et du milieu). Le même raisonne-
ment peut être conduit à propos d’un investissement économique. Selon les conditions
propres à la famille en question, et les objectifs qu’assigne en conséquence le paysan à son
agriculture, l’achat d’un nouvel équipement sera ou non justifié. Faut-il maximiser le
revenu agricole, la production agricole ou le taux de profit ?

Respecter une recommandation-type ne garantit nullement la réussite. L’agronome se


trouve obligé d’analyser la situation sur laquelle il envisage d’intervenir. Aussi ne s’agit-il
plus pour les étudiants en agronomie d’apprendre des modes d’emploi mais plutôt d’acquérir
les moyens nécessaires pour obtenir un bon résultat.

L’agronome devra alors posséder une théorie agronomique (au sens large, c’est-a-dire
incluant l’économie et la zootechnie) qui lui permette de dépasser la recette et de mettre en
oeuvre des interventions adaptées. Cette théorie doit donner les outils pour interroger le
réel, c’est-à-dire les techniques mises en oeuvre par les paysans et l’organisation économi-
que et sociale qui structure le milieu rural. Elle permet de <<lire»les faits, de les classer, de
les hiérarchiser, de les relier entre eux.
Le savoir théorique dont il est question ici n’a rien à voir avec une collection de techniques,
ni avec la mémorisation de formules d’engrais ou de valeurs fourragères, que trop
d’étudiants considèrent à tort comme de la théorie.

Agronomie et agriculture se distinguent donc bien, la première se définissant comme la


science qui a pour objet d’étude la seconde. En ce sens, ce manuel estdavantage un manuel
d’agronomie qu’un manuel d’agriculture, et plus précisément un manuel d’agronomie
tropicale car il privilégie les situations des régions chaudes.

Cependant, la théorie agronomique se construit à partir de l’observation des faits et de leur


classification en un ensemble ordonné et cohérent. Il faut éviter une connaissance théorique
coupée des réalités de l’agriculture, et particulièrement des pratiques empiriques des
paysans. C’est pourquoi ce manuel s’intitule <(Manuel d’Agronomie Tropicale appliquée à
l’agriculture haïtienne».

Le choix d’Haïti n’est pas dû au hasard. En Haïti, sans doute plus qu’ailleurs, se sont
développés depuis quinze ans des travaux de recherche sur la réalité agraire du pays, sur
les pratiques paysannes, leur diversité, leur logique, leur efficacité, sur l’économie des ex-
ploitations agricoles ou celles de régions entières de production. De ce fourmillement ont
émergé les résultats qui, patiemment collectionnés, ont fourni la matière de base à l’illus-
tration du discours théorique. Certains secteurs fondamentaux, comme l’élevage des

VII
ruminants, ont fait l’objet de très peu de travaux et les références haïtiennes y sont trop
rares. Des références caribéennes ou, à défaut, africaines, ont alors été recherchées.
Puissent les lacunes qui paraissent ainsi susciter chez les jeunes agronomes le désir de les
combler par des recherches qui, tout en portant sur les réalités agraires nationales - une
paysannerie pauvre économiquement mais riche techniquement - et dans des conditions de
travail difficiles, sauront ne faire aucune concession à la qualité scientifique de leurs
travaux.

VIII
Sommaire général*

A LA DÉCOUVERTE
DECAMP-LOUISE 1

q Camp-Louise,
petiterégionagricolede la Plainedu Nord. 3

LE~CONDITIONS
ÉCOLOGIQUES
DEL’AGRICULTURE 25

q La grandediversitédesclimatshaïtiens 27

EI Natureet diversitédessols haïtiens 41

L’EXPLOITATION
ETSONENVIRONNEMENT
ÉCONOMIQUE 91

q1 Définirl’exploitationet la situerdansson environnement 93

RI Décrirele fonctionnementde l’exploitationet


mesurerles résultatséconomiques 119

q. Etuderégionale: la canneà sucredansla Plainedu Nord 147

LESSYSTÈMES
DECULTURE 177

q Lefonctionnementde la plantecultivée 179

q*: La gestionde la lumiere 223

q La gestionde l’eau 237

qI La gestionde la fertilité 283

LESSYSTÈMES
D’ÉLEVAGE 381

q L’élevageà la Valléede Jacmel 383

q La reproductiondesanimaux 393

q Lesbesoinsalimentaireset la digestion 413


1 Nourrirau mieuxle troupeau 433
a
q La santéanimale 471

Pouren savoirplus 480

Glossaire 488

l Au début de chaque chapitre figure un sommaire détaillé.


A LADËCOUVERTE
DECAMFkOUISE
CAMP-LOUISE,
PETITERÉGIONAGRICOLEDELA PLAINEDU NORD 3

Observerle paysage 4
l Premiereapproche : une diversité des milieux et de la végétation 4
l L’observationdétaillée : des cultures spécifiquesà chaque zone 4
- les mornes 6
- la plaine 6

Comprendrel’agriculture 9
l Connaître les données physiques 9
- le climat : des pluies abondantes mais irrégulières 9
- de haut en bas : trois types de sols 9

l Comprendre la société paysanne 10


- étudier les pratiques agricoles 10
- analyser les exploitations agricoles 11

Expliquerla diversité 13
0. Des structures d’exploitation et des stratégies paysannes diverses 13
- les salariésagricoles 14
- les métayers 14
- les petits propriétaires 14
- les moyens propriétaires 14
- les autres métiers 15
l Des systèmes de culture adaptés à chaque milieu 15
- systèmes de cultures à base de riz en plaine inondable 15
- dans les mornes : des associationsde cultures très diverses 18
- systèmes de cultures et alimentation des animaux 20

Commentdécouvrirrapidementet comprendrel’agriculture 21
d’unepetiterégion
l Parcourirle terrain et observer le paysage 21
- recueillirl’informationet la classer 22
- questionner des paysans et des personnes connaissant bien la région 23
- utiliserles documents existants 24

1
Camp-Louise,
petiterégionagricole
de la Plaine-db-Nord
Comprendre l’agriculture d’une petite région, c’est comprendre
comment une société paysanne utilise et transforme le milieu pour
obtenir les produits végétaux et animaux dont elle a besoin.

Ces produits peuvent être soit consommés dans la région, soit vendus
sur les marchés des régions voisines ou des villes. Inversement,
certains produits nécessaires aux familles, à la broduction agricole
ou à d’autres activités proviennent d’autres régions ou d’autres pays
(vêtements, outils, vivres...). L’agriculture d’une petite région test
donc économiquement dépendante de l’extérieur-.
,
La découverte d’une agriculture régionale met ainsi en évidence sa
complexité. Pour la comprendre, il est nécess~air,ed’acquérir #des
outils et des méthodes d’observatioq et d’analyse.
i
8,
Observerle paysage :
La région de Camp-Louise se présente comme une longue bande de terrain se
déroulant du nord au sud sur une dizaine de ‘kilomètres.
Elle est limitée à l’est par la mer (baie de’l’Acu1) et à l’ouest par un massif
montagneux s’élevant de 200 à 400m d’altitude.

PREMIÈREAPPROCHE: UNE DIVERSITÉDES MILIEUX


ET DE LA VÉGÉTATION
L’observation visuelle du paysage permet une première appréhension de ses
différentes composantes.

Vue générale de la petite région de Camp-Louise et de la baie de I’Acul (photo D. Mermet).


Sur la photo ci-dessus on peut ainsi distinguer trois milieux physiques très diffé-
rents :
l les mornes, très déboisées sauf dans le fond des ravines ;
l la plaine, relativementboisée, où se trouve la plupart des habitations et la route ;
l une zone de marécage séparée de la mer par une mangrove.
En regardant de plus près chacun de ces milieux, on constate des différences au
sein de chacun d’entre eux.

4
OCÉANATLANTIQUE

Figure ,l : la Plaine du Nord cri Haïti.

OCÉAN

AGUI
‘duNord

Figure 2 : la région de Camp-Louise dans la Plaine du Nord.

5
L’OBSERVATIONDÉTAILLÉE :
DES CULTURES SPÉCIFIQUESÀ CHAQUE ZONE
LES MORNES l Les mornes, au sud, n’ont pas du tout le même aspect qu’au nord ; d’altitude plus
faible, elles sont plus boisées et plus rocailleuses.
On observe, entre ces deux zones, de grandes différences de morphologie (relief’),
de végétation et de type de sol. Ces différences sont essentiellement dues à la
nature différente des sous-sols (géologie), basaltiques au sud, calcaires au nord.

A gauche, au sud de la région, l Les cultures qui y sont pratiquées sont aussi différentes :
les mornes basaltiques sont . maïs, manioc, patate, haricot (pois) dominent sur les versants déboisés des mor-
très déboisées, sauf dans le nes basaltiques ;
fond des ravines. . café, banane, igname, taro, couvrent les pentes boisées des mornes calcaires (et
A droite, au nord les mornes le long des ravines des mornes basaltiques).
sont moins élevées, plus.
En bas des pentes des mornes, quelles qu’elles soient, on observe des parcelles de
rocailleuseset boisées
terrain très boisées. La plupart des arbres sont des fruitiers : des bananiers, des
(photos M. Bonnefoy).
ignames, des taros, des caféiers et cacaoyers.
Cette observation plus fine du paysage révèle finalement trois zones distinctes :
l les versants des mornes basaltiques ;
. les versants des mornes calcaires ;
l les pieds mornes (bas des pentes).

LA PLAINE De la même manière, la plaine présente une grande diversité de cultures regrou-
pées en trois zones.
En partant du pied des mornes et en allant vers la mer, on distingue :
l la plaine sèche : une zone relativement boisée, surtout d’arbres fruitiers, et
dont les cultures principales sont le bananier, le manioc, la patate douce, le maïs,
lepois inconnu (vigna). C’est dans cette zone traversée par la route que se trouvent
la plupart des habitations. Ce morceau de plaine est plus étroit au nord, au niveau
des mornes calcaires (cf. fig. 3).
l la plaine inondable : une zone de marécage où certains terrains sont inondés,
Plus on se dirige vers la mer, plus la proportion de terre inondée est importante.
Les cultures pratiquées sont :
. surtout le riz et la patate douce, mais aussi la banane, le taro, la canne à sucre.
. lorsque l’on approche de la mer, on ne trouve plus qu’une seule culture : le riz.
l la mangrove, couverte de mangliers (arbustes supportant l’eau de mer), sépare
cette plaine de la mer.
Une simple observation du paysage et quelques discussions avec les paysans sur
leurs connaissances du milieu ont permis de reconnaître six zones distinctes dans
cette petite région: les mornes basaltiques, les mornes calcaires, les pieds-mornes,
la plaine sèche, la plaine inondable, la mangrove.

6
Nous avons ainsi réalisé un zonage de la région en y distinguant des wnités de
paysage>>. Chacune de ces unités se caractérise par son milieu physique et des
pratiques agricoles spécifiques.
L’observation visuelle des paysages permet de distinguer leur variété et de reiérer
les différences d’occupation des sols. Cette première approche n’est cependant pas’
suffisante pour expliquer l’agriculture de la région et sa diversité.

Au premier plan, la plaine


inondable où l’on distingue une
parcelle de maïs, manioc et
patates douces et une parcelle de
riz plus basse et régulièrement
inondée. Au fond la zone boisée
correspond à la plaine sèche
(photo Ph. Vazeille).

Figure 3 : répartition dans I’espac


des unités de paysage.
OCEANATLANTIQUE

2
-’#-+’\

7
Figure 4 : ces schémas sont des
coupes topographiques
correspondant aux lignes AA’ et
BB’ sur la carte
(perpendiculairesà la pente). Figure 5 : pluviométrie mensuelle,
La répartition de la végétation, des station de Limbe (alt. 25 m).
cultures dans les différentes unités moyenne sur 30 ans
de paysages y est présentée. année très sèche (1929)

Pluviométrieannuelle :
l moyenne sur 30 ans : 2010 mm
l année la plus sèche (1929) :
1227 mm
* année la plus humide (1931) :
3999 mm
(1) saison pluvieuse de printemps.
(2) saison pluvieuse d’automne.

;Ii :....
l : : :..,i .....

l . . . . . . . . . l

J FMAMJ JASOND

8
Comprendre
.I’agriculture ~
Comprendre et expliquer l’agriculture de Camp Louise nécessite de connaître à la
fois le milieu physique qui détermine les possibilités agricoles et leur mise, en
valeur par les paysans, mais aussi les contraintes sociales, économiques et
techniques qui pèsent sur eux.

CONNAîTRE LES DONNÉESPHYSIQUES


La lecture des documents et des cartes, ainsi qu’une étude encore plus fine du
paysage, va expliquer en grande partie les différences observées.

LE CLIMAT: DES PLUIES Au sein de la petite région de Camp Louise, le principal facteur de variation du cli-
ABONDANTES MAIS mat est l’altitude. La pluviométrie moyenne annuelle aux niveau de la plaine
avoisine les 2.000 mm ([Link]. 5). Elle augmente avec l’altitude alors que la tempéra-
IRRÉGULIÈR$ ture moyenne diminue ainsi que l’étilairement.
Le climat est caractérisé par deux saisons pluvieuses, la plus importante se situe
à l’automne et l’autre au printemps. Ces deux saisons permettent deux périodes de
mise en culture par an, l’une en octobre-novembre et l’autre en mars-avril.
L’histogramme ci-contre représente la hauteur d’eau reçue par mois, en moyenne,
depuis 30 ans. Mais en réalité, les précipitations annuelles etleur,répartition dans
le temps varient fortement d’une année sur l’autre.. Ainsi, la courbe en pointillés
représente la pluviométrie de 1929, année particulièrement sèche.
La grande variabilité inter-annuelle de la pluviométrie, caractéristique des
climats tropicaux, est une contrainte pour Yagriculture. Les agriculteurs gèrent
généralement leurs cultures de manière à réaliser une production quelque soit la
pluviométrie. Cela se traduit notamment parla recherche de terres dans différents
milieuxcàdes altitudesdifférentesparexemple) etparlapratique desassociations
de cultures.

DE HAUT EN BAS : Le sol, élément déterminant du milieu et de sa fertilité, doit ,être pris en compte
dans la réalisation d’un zonage régional tel, que celui réal~isé à Camp-Louise.,
TROIS TYPES DE SOLS
A première vue, la végétation est déjà révélatrice de la répartition des différents
types de sol dans le paysage.
Pour l’agriculteur chaque type de sol a des caractéristiques particulières dont il
tient compte autant pour le choix des espèces et des variétés que pour le choix des
techniques à appliquer et leurs dates de mise en oeuvre.
A Camp-Louise, nous pouvons distinguer en fonction de leur mode de formation
trois grands types de sol.
Lës sols dés niornes Ils sont issus de la décomposition de la roche sous-jacente. Leur profondeur est
limitée par les phénomènes d’érosion ; les fortes pluies arrachent aux pentes
déboisées des particules de sol, qui sont ensuite entraînées par les eaux de

‘9
ruissellement. Leur profondeur et leur fertilité dépendent de leur situation
topographique (forte ou faible pente) et de,la nature de la roche sous-jacente.
Les sols des mornes basaltiques sont plus sensibles à l’érosion que ceux des mornes
calcaires, car ils sont formés sur une roche plus tendre. Ce phénomène est accentué
par le déboisement.
Lessols de piedmornes Ils sont issus de l’accumulation des particules de terre arrachées aux mornes. Ces
et de la plainedrainée colluvions déposées sur des sables marins ont des caractéristiques différentes se-
lon qu’elles proviennent des mornes calcaires ou basaltiques.
La moindre intensité de l’érosion sur le calcaire dur explique l’étroitesse de la
plaine littorale au pied des mornes calcaires.
Lessolsde la plaine Ils sont constitués de particules fines transportées par l’eau de ruissellement des-
inondable cendant des mornes et déposées sur les sables.
Plus on s’approche de la mer, plus les sols sont argileux, les particules les plus fines
étant déposées les dernières, quand l’eau a perdu sa vitesse.

I-zone d’érosion zone d’accumulation I

i Littoral

Pierrelx sur mornes calcaires

Figure 6 : phénomènes Surlegraphique ci-dessus, on distingue une zone d’accumulation et une zone d’éro-
d’érosion représentés sur une sion. Les éléments constitutifs du sol se dëplacent avec l’eau de pluie qui ruisselle.
coupe topographique. Ce phénomène est relativement rapide et continu, il entraîne une évolution du
paysage et des modifications du milieu, ainsi :
l certaines parcelles des mornes ne sont plus cultivées car le sol a complètement
disparu ;
l certaines parcelles ne sont plus inondées (alors qu’elles l’étaient avant) car elles
ont fait l’objet d’une forte accumulation d’éléments. Les cultures pratiquées chan-
gent.

COMPRENDRELA SOCIETE PAYSANNE


L’agriculture d’une région est déterminée par son milieu physique, mais aussi par
son milieu économique et social. En effet, face à des données physiques semblables,
le type d’agriculture adopté varie avec la population qui en a la charge.

ETUDIERLES Etudier l’agriculture, c’est donc aussi étudier les pratiques agricoles mises en
PRATIQUES oeuvre par la société. Ces pratiques peuvent être sociales, économiques ou
techniques. Leur très grande diversité au sein d’une région comme dans l’ensemble
AGRICOLES du pays explique la grande variété des situations rencontrées.
Voici quelques exemples de ce qu’il faut étudier :

10
l pratiques sociales : les modalités d’accèslau foncier ; les formes d’organisation
du travail comme les «ramponneaux» ;
l pratiques économiques : les prix pratiqués pour la location de terre, la vente
de produits ; la nature des échanges et leur forme (ventes,, trocs) ;
l pratiques techniques : le choix des cultures ; le choix des dates de semis.
Ces pratiques sont le résultat de décisions prises individuellement ou collective-
ment (comme le parcours d’animaux, la gestion de l’eau d’irrigation, la mise en
culture de terres en indivision). Le pouvoir de chaque individu de prendre une
décision varie selon son statut social et ses ressources économiques.
La société qui vit dans une petite région comme Camp-Louise est composée
essentiellement d’agriculteurs mais aussi d’artisans, de commerçants et éventuel-
lement de pêcheurs. Ils contribuent tous à la vie économique de la région. La
manière dont l’ensemble de ces personnes (qui ont entre elles de multi-
ples relations) exploite le milieu, représente ce qu’on appelle un <<système
agraire».

ANALYSER LES C’est l’étude du fonctionnement des exploitations agricoles qui permet de bien
EXPLOITATIONS comprendre le fonctionnement de l’agriculture d’une région. Les enquêtes auprès
des agriculteurs sont donc à la base de ce travail.
AGRICOLES Une exploitation agricole est une unité de production que l’on étudie en tant que
telle. Elle est constituée d’un ensemble de facteurs de production gérés par un
agriculteur et sa famille en fonction de leurs objectifs.
Ces objectifs sont multiples mais visent essentiellement à satisfaire les besoins
familiaux par l’auto-consommation, la recherche d’un revenu monétaire et d’une
certaine sécurité.
Les facteurs de production constitutifs de l’èxploitation à étudier sont :
l La terre (le foncier) : qui se caractérise par une surface (taille de l’exploitation)
et sa répartition en parcelles (jardins) dans les différents écosystèmes de la région’
(parcellaire). La valeur de chacun de ces jardins dépend de ses caractéristiques
physiques (type de sol - pente) et de sa capacité à produire telle ou telle plante
(fertilité). Une parcelle cultivée par un agriculteur est aussi définie par’son mode
de faire-valoir (propriété, fermage, indivision).
l Les animaux : ils peuvent être en propriété ou pris engardiennage. Leurs rôles
sont multiples dans le fonctionnement de l’exploitation.
l Les plantes : aux plantes présentes dans les différents jardins, il faut ajouter
les plantes «stockées», c’est-à-dire les récoltes destinées à la vente ou à l’auto-
consommation et les semences gardées pour les prochaines cultures.
l La main-d’oeuvre : elle peut être familiale (l’agriculteur, sa femme et ses
enfants) ou salariée, temporaire ou permanente. On parlera souvent de main-
d’oeuvre extérieure à l’exploitation. La santé est un élément déterminant de la
disponibilité de la main-d’oeuvre familiale.
l La maison d’habitation ou kuy : c’est le centre de l’exploitation où vit la
famille. Elle peut faire l’objet d’investissements intéressant directement la pro-
duction agricole : citerne, glacis de séchage, grenier de stockage.
l Les outils : ils peuvent être fabriqués par l’agriculteur, achetés ou empruntés.
Ils concernent le travail du sol et les techniques culturales, la transformation des
produits et leur transport.
l L’argent : les disponibilités financières de l’agriculteur lui permettent, au
moment voulu, d’acheter les semences dont il a besoin (éventuellement de l’engrais
ou des produits de traitement), mais aussi de louer une parcelle ou de faire appel
à la main-doeuvre extérieure.
Le nombre des parcelles cultivées par un agriculteur, leur taille, leur répartition
dans [Link]érents écosystèmes, leur situation par rapport à la& et leur mode de
faire-valoir définissent la structure d’une exploitation.
Cette structure est déterminante pour les choix que va faire l’agriculteur notam-

11
ment pour la mise en place de son système de production (voir encadré).
Le plus souvent, l’agriculteur cherche à cultiver danS la plupart des milieux (unités
de paysage), ce qui lui permet de diversifier ses systèmes de culture et ainsi de:
l subvenir à la plupart des besoins de sa’famille ;
l étaler ses périodes de travail dans le temps ;
l limiter les risques face aux aléas climatiques ;
l avoir des ressources fourragères toute l’année.
La structure d’une exploitation agricole est également liée à son histoire, à son
évolution passée. Il est nécessaire de la connaître afin de mieux évaluer les
contraintes que rencontre aujourd’hui l’agriculteur pour réaliser ses objectifs et les
voies d’évolution qui lui sont permises.
L’exploitation est considérée aussi comme un système dont nous venons de décrire
rapidement les principaux éléments.
L’ensemble de ces facteurs de production mis en oeuvre par l’agriculteur afin
d’obtenir différentes productions animales ou végétales définit un système de
production.
A chaque exploitation agricole correspond u,n système de production composé d’un
ou plusieurs systèmes de culture et systèmes d’élévage dépendant les uns des
autres.
Les activités de transformation des produits, de transport, de commercialisation
doivent être aussi prises en compte dans l’étude d’une exploitation ainsi que toute
activité réalisée par l’agriculteur ou un membre de la famille à l’extérieur du
système considéré. Le fonctionnement de l’exploitation agricole dépend aussi de
son environnement. Cet environnement physique, économique et social se pré-
sente comme une série de contraintes qui gênent l’agriculteur dans la réalisation
de ses objectifs, ou d’atouts qui, au contraire, favorisent sa reussite.

. Systéme de production : c’est la’combinaison Un système de culture est caractérisé par le


Quelques des moyens de production mis en oeuvre par niveau de production qu’il permet et par son
définitions l’agriculteurafin d’obtenir différentes productions
animales ou végétales. A chaque exploitation
influence sur la fertilité du milieu. Dans une
exploitation, plusieurs systèmes de culture
agricole correspond, à un moment donné, un coexistent généralement (parfois en concurrence
système de production que l’on considère entre eux).
comme un ensemble de sous-systèmes . kuccession de cultures : c’est l’ensemble des
interdépendants : cultures apparues sur une parcelle, en
. les systèmes de culture au niveau de chacune association ou non, durant une période donnée
des parcelles, avec leur ordre de succession. Exemple, les
. les systèmes d’élevage au niveau de chacun rotations des mornes à base de manioc décrites
des troupeaux, precédemment.
. les systèmes de transformation et de
l Itin&aire technique : c’est une combinaison
commercialisationdes produits.
logique et ordonnée de techniques appliquées à
. Systbme d’blevage : c’est l’ensembfe des une culture ou une association de cultures. Ces
pratiques et techniques mises en oeuvre par un techniques (culturalesa>vont de la préparation
paysan ou une communauté pour faire exploiter du sol à la récolte en passant par toutes les
les ressourcesvégetales par des animaux et techniques d’entretien telles que le sarclage,
ainsi obtenir une production animale. Cette l’irrigationou la lutte contre un parasite. Elles
notion s’appliqueen Haïti surtout à l’échellede sont mises en oeuvre par l’agriculteurdans le but
l’exploitationagricole et du troupeau. Pour mieux de tirer le meilleur parti des espèces qu’il cultive,
comprendre ces concepts, relisez leurs compte tenu des caractéristiquesdu milieu.
définitions au fur et à mesure qu’ils seront . L’assolement est la répartition des différentes
utilisesdans les chapitres suivants, notamment associations de cultures pratiquées sur
dans les études de cas. l’ensemble des parcelles d’un agriculteur à un
lSystbme de culture : c’est l’ensemble des moment donne.
successionsde cultures et des techniques mises l La rotation est la successiondes espèces ou
en oeuvre sur une même parcelle pour obtenir associationssur la même parcelle durant un
une ou plusieursproductions végétales. temps donné.

12
Expliquer
la diversité

La prise en compte des conditions écologiques et socio-économiques permet de


mieux comprendre les comportements des agriculteurs et d’expliquer les raisons
de la diversité des systèmes de production rencontrés.
Dans cette région fortement peuplée, une des principales contraintes que rencon-
trent la plupart des agriculteurs est la diffkulté d’accéder au foncier.
La proximité du Cap-Haïtien, la piste qui traverse-toute la région et les nombreux
circuits de commercialisation poussent les agriculteurs à produire des marchan-
dises destinées à la vente, quitte à devoir acheter une grande partie de leur
nourriture sur les marchés. Ainsi, ,aucunem exploitation paysanne n’est orientée
-uniquement vers des cultures vivrières d’auto-subsistance. Les échanges entre les
exploitations et entre les exploitations et leur environnement économique sont
denses et très monétarisés.
Face à un même environnement économique, les exploitants agricoles ne font pas
tous les mêmes choix. Leur attitude dépend-des ressources dont ils disposent
(terres, main d’oeuvre, capital...). Ainsi, les petits agriculteurs disposant de très
peu de terre en propriété ont tendance à la cultiver intensivement et sont
contraints pour faire vivre la famille soit d’exploiter des surfaces en faire valoir
indirect soit de travailler à l’extérieur de de l’exploitation. Au contraire, les moyens
et grands propriétaires fonciers ne peuvent pas exploiter eux-mêmes la totalité de
leur exploitation et ont donc recours à de la main d’œuvre extérieure, ils ont intérêt
à rentabiliser au mieux le capital-argent investi.

DES STRUCTURESD’EXPLOITATIONET
DES STRATÉGIES PAYSANNESDIVERSES
L’analyse qui a été faite dans cette région à partir d’enquêtes a permis de classer
les exploitations en fonction des critères qui paraissaient déterminer le plus leur
mode de fonctionnement. Les principaux critères qui ont été retenus sont :
l la structure des exploitations
. la surface totale travaillée par I’agriculteur et sa famille ; elle varie à Camp-Louise
entre O,25 et 4 carreaux (un carreau = 1,29 ha) ;
. la localisation des parcelles travaillées dans les différentes zones écologiques ;
. le mode de tenure ou mode de faire-valoir de ces différentes parcelles.
. la possibilité de travailler à l’extérieur et d’avoir ainsi un revenu monétaire,
en distinguant les niveaux de rémunération de ce travail (certains travaux non
agricoles peuvent être très rémunérateurs).
La surface minimale permettant d’utiliser toute la main-d’oeuvre familiale sans
avoir besoin de vendre son travail à l’extérieur est voisine d’un carreau.

13
Sur la base de ces deux critères, on a pu regrouper les agriculteurs de la région en
quatre classes. Au sein de chacune de ces classes,il existe en fait une diversité d’ex-
ploitations qui n’est pas prise ici en considération.

LES SALARIÉS Ils ne possèdent qu’un petit jardin de 0,25 à 0,30 carreau cultivé d’une manière
AGRICOLES intensive près de leur kaye, en plaine ou en piedmorne. Ils ne cultivent jamais de
parcelles de lagon. La moitié de leur production est vendue (surtout du manioc).
Le manque de ressources fourragères ne leur permet pas de pratiquer l’élevage.
Ils travaillent entre 150 et 300 jours par an hors de leur exploitation chez des
pêcheurs, des artisans ou d’autres agriculteurs. Les femmes et les enfants adultes
vendent Cgalement de nombreux jours de travail.
La journée de travail est rémunérée 5 à 10 gourdes, soit 1 à 2 dollars selon le type
de travail (1988). Leur principal problème est bien sûr le manque de terre et autres
moyens de production. Ils n’ont reçu qu’une petite parcelle en héritage et il leur est
impossible d’en acquérir davantage étant donné le coût élevé du foncier et leurs
faibles revenus.

LES MÉTAYERS Ils cultivent une surface de 0,6 à 0,8 carreau dont la moitié est prise en métayage.
Ils ne cultivent que des cultures annuelles (surtout manioc) sur les terres de morne
et de plaine les moins fertiles. Ils n’ont’jamais accès au lagon. La possibilité de
cultiver sur des terres en métayage leur permet de laisser, de temps à autre, leur
jardin en jachère. Certains disposant de meilleures terres les plantent en bana-
niers.
Les métayers vendent environ 50 journées de travail par an et prennent parfois
une vache en gardiennage. Leur problème est aussi le manque de terre, certains
d’entre eux parviennent parfois à en acheter (mais jamais en lagon).

LES PETITS Ils cultivent 1 à 2 carreaux, dont plus de ;la moitié est en propriété, mais ne
PROPFilÉTAIRES possèdent en général aucune parcelle en lagon. Ils ont acquis leur foncier par
héritageetrarementparachat. Ilscultiventunegamme deculturespluslargeque
les métayers, notament du riz et du café, car leur situation financière leur permet
de prendre des parcelles de lagon ou de plantation de café en fermage. Ils ont
souvent une vache en gardiennage.
Toute la main-d’oeuvre familiale travaille sur l’exploitation et des salariés agrico-
les peuvent être employés occasionnellement.
L’objectif principal des petits propriétaires est l’accès à des terres de lagon car la
culture du riz est une des plus rémunératrices etpermet donc de valoriser aumieux
le travail familial investi dans l’exploitation.

LES MOYENS Ils possèdent 2 à 4 carreaux, souvent dans les meilleures terres, les lagons et les
PROPRIÉTAIRES sols les plus profonds de la plaine. Ils ne peuvent pas tout cultiver avec la main-
d’oeuvre familiale disponible sur l’exploitation. Ils cèdent les moins bonnes terres
ou les plus éloignées de leurkuye à des métayers et/ou utilisent de la main-d’oeuvre
salariée extérieure à leur exploitation.
On distingue deux catégories de moyens propriétaires :
l ceux dont le système de production est basé sur le café et le cacao dans les jardins
boisés de plaine et de piedmornes. Ils exercent pour la plupart un autre métier qui
leur a permis l’achat de ces terres. Leur objectif est l’achat de terres de lagon ;
l ceux dont le système de production est basé essentiellement sur le riz de lagon
sont les plus nombreux. Ils achètent beaucoup de main-d’oeuvre à l’extérieur de
l’exploitation. Leurs systèmes de culture sont diversifiés (accès aux terres de
plaine et de piedmornes). Ils pratiquent l’élevage et sont aussi parfois commer-
çants.
Les moyens propriétaires disposant de surfaces importantes peuvent pratiquer
couramment la jachère, ce qui leur permet d’avoir du fourrage pour leurs animaux
tout en maintenant une certaine fertilité de leur terre.
Ils possèdent souvent un glacis devant leur maison d’habitation et peuvent faire
sécher leurs produits pour mieux les conserver. Ainsi, ils pourront attendre pour
vendre que les prix soient élevés.

14
LES AUTRES MÉTIERS La société rurale comprend aussi des pêcheurs, des artisans, des commerçants
dont les activités sont plus ou moins liées à la production agricole. A Camp-Louise,
ces individus investissent peu dans la terre mais ont presque tous quelques
parcelles de café, banane ou autres cultures vivrières. Les plus aisés (gros commer-
çants) emploient de la main-d’oeuvre salariée, mais beaucoup d’entre eux s’occu-
pent eux-mêmes de leurs terres et de leurs animaux.
Cette description rapide des types d’exploitations agricoles identifies a Camp-
Louise nous montre la diversité des problèmes qui se posent aux agriculteurs.

DES SYSTÈMES DE CULTURE ADAPTÉS À CH,AQUEMI,LIEU


Pour aller plus loin dans l’analyse, il est nécessaire d’étudier avec précision les
systèmes de culture adoptés,par les paysans en fonction des contraintes du milieu.
Deux cas nous serviront d’exemples: la plaine inondable et les mornes.

SYSTÈMES DE Au moment des grosses pluies d’automne, une partie de l’eau pénètre dans le sol,
CULTURES À BASE une autre partie ruisselle sur les pentes érodées des mornes et se concentre dans
les ravines. Ces ravines traversent la plaine littorale (drainée) et débouchent sur
DE RIZ EN PLAINE la plaine inondable. Ici, la pente étant pratiquement nulle et le sol moins
INONDABLE perméable, l’eau ralentit et s’étale, couvrant la surface du sol.
Cependant, il existe un micro-reliefet seules certaines parcelles sont inondées en
fonction de la ha’uteur de l’eau.
Cette dynamique de l’eau dans la plaine amène les paysans à distinguer trois
types de situations, visibles sur la photo ci-dessous.

Arrivée de l’eau en provenance


des mornes, dans la plaine
inondable dont la partie basse
est cultivée exclusivement en
riz : c’est le lagon
(photo Ph. Vazeille).

l les terrains les plus hauts ne sont (pratiquement) jamais inondés. Ils sont
plantés en bananiers, en canne à sucre, voire dans certains cas en arbres fruitiers.
Ils correspondent entre autres aux débouchés des ravines où s’accumulent les
alluvions ;
l les lagons sont les terrains les plus bas, inondés ou boueux toute l’année. Ils sont
cultivés exclusivement en riz ;
l les demi-lagons se situent àun niveauintermédiaire. Ils ne sont inondés qu’une
partie de l’année et généralement secs durant l’été. Le riz et la patate y sont
cultivés en alternance.

15
L’eau commence à monter après le début de la grande saison des pluies en
novembre/décembre et atteint son niveau maximum en janvier/février. A la fin de
la petite saison des pluies, en mai/juin, les demi-lagons s’assèchent.

Au premier plan, le demi-lagon,


cultivé en riz ou en patate
douce sur billon. Au fond, des
terrains qui ne sont jamais
inondés, plantés en bananiers,
canne à sucre, arbres fruitiers
(photo Ph. Vazeille).

Des mises en cultures La répartition des pluies étant très variable d’une année sur l’autre, l’agriculteur
différentes sur lagon ou ne sait jamais précisément à quel moment ses parcelles seront inondées et donc
prêtes à être repiquées. Certaines années, cela peut se traduire par de très faibles
sur demi-lagon rendements.
Aussi, pour limiter les risques, l’agriculteur qui posséde une parcelle en lagon et
une autre en demi-lagon a-t-il mis au point des systèmes de culture parfaitement
adaptés à ces deux situations.
Il prépare deux pépinières, l’une en novembre et l’autre en décembre. Les plants
de la pépinière de décembre seront repiqués en premier dans la parcelle de demi-
lagon (janvier-février), et les plants de la pépinière de novembre, un peu plus tard
dans la parcelle de lagon.
A première vue, ce choix peut paraître incohérent aux yeux de l’agronome. En
réalité, il est fondé sur une bonne connaissance du milieu et répond à une certaine
logique de l’agriculteur face à des contraintes précises :
l en demi-lagon, le risque qui guette le riz est le manque d’eau en fin de cycle; le
repiquage doit donc être réalisé sur ces parcelles le plus tôt possible. On utilise des
plants jeunes que l’on repique dans la boue avant que l’eau ne soit à son niveau
maximum ;
l le principal risque sur les parcelles de lagon est que l’eau monte trop vite et noie
les jeunes plants. On attend donc que l’eau atteigne son niveau maximum et on y
repique des plants plus âgés (donc plus grands).
Jusqu’à la récolte, les parcelles de riz ne sont plus travaillées. Dans les parcelles
de lagon, l’eau ralentit la reprise des ad&tices. En revanche, pour certaines
parcelles de demi-lagon qui sont repiquées avant l’inondation, des mauvaises
herbes ont le temps de se développer et entrent en compétition avec le riz dont le
rendement pâtit.
Un mois avant la récolte, une surveillance est nécessaire pour empêcher les
oiseaux (<<Madam Sara>>) de manger le riz. Il faut rester toute la journée sur la
parcelle et Yagriculteur est aidé pour cela par ses enfants.
La récolte doit souvent se faire en deux passages car la venue à maturité des épis

16
s’étale sur un période pouvant dépasser un mois. Cet échelonnement est dû
essentiellement à l’utilisation de semences de différentes variétés mélangées.
Attendre que tous les épis soienttiûrs entraînerait des pertes par égrenage (chute
-. des grains trop mûrs) et à cause des oiseaux. Le premier passage a lieu en mai/juin
et le deuxième ,en juillet.
Les parcelles de demi-lagon sont récoltées avant celles de lagon. La récolte se fait
manuellement ; on coupe les épis avec un petit couteau spécial et on laisse la tige
et les feuilles en place. Cette technique permet de choisir les épis à récolter.

Figure 7 : les contraintes


agronomiques rencontrées Notion de contrainte agronomique Choix’technique
en lagon et demi-lagon. Risque d’échaudage
1 l---

1 Climat aléatoire

Figure 8 : rotation sur lagon et demi-lagon.

/- _\

Aprèsla-récoltedu riz : Selon l’abondance des pluies durant les mois de juin, juillet et août, l’état des
uneutilisationvariabledeparcelles varie. Les lagons et les demi-lagons sont alors conduits de manière
laparcelleenfonctionde différente’
sa situationet de la Lagon
Dès la fin de la récolte, les animaux (attachés à un piquet que l’on déplace) sont mis
/ pluviométrie

17
à pâturer dans les pailles de riz :
l si les pluies sont suffisantes, il reste dans les rizières assez d’eau pour permettre
une repousse de riz. Les bêtes sont retirées de la parcelle vers la fin août. Les
touffes de riz non pâturées sont coupées à la machette à 10-15 cm au-dessus du sol
pour faciliter la repousse. La récolte aura lieu en novembre/décembre juste avant
la nouvelle saison. Cette deuxième pousse s’appelle le c~patabefi~.
l si les pluies sontjugées insuffisantes, les animaux sont laissés àpâturerjusqu’à
la prochaine culture (décembre).
La variabilité du climat est telle que la production depatabefn’est réalisable qu’un
an sur deux en moyenne.
Demi-lagon
Les bêtes ne sont mises 21pâturer que pendant un temps très court après la récolte
du riz :
l si les pluies sont très abondantes, les paysans font une récolte depatabefcomme
sur les lagons. Mais cela arrive seulement une année sur dix, en année exception-
nellement humide ;
l généralement, ces parcelles sont asséchées en été, ce qui permet une culture de
patates douces dont la récolte aura heu en décembre;
Le sol est travaillé à la houe; l’agriculteur confectionne de grosses buttes sous
lesquelles il enfouit les pailles de riz et les adventices. Les boutures de patate douce
sont alors plantées au sommet de la butte.
Le principal rôle de ces buttes est de maintenir les tubercules hors de l’eau pour
éviter leur pourrissement en cas de grosses pluies.
Dans les parcelles régulièrement inondées, le choix d’espèces cultivées est très
limité: riz en lagon, riz et patate douce en demi-lagon et taro en bordure des
parcelles. Les agriculteurs y pratiquent des rotations annuelles : les mêmes
cultures reviennent tous les ans avec des variantes selon le climat de l’année.

DANS LES MORNES: Dans les autres zones de la région (plaine drainée, piedmornes, mornes), les
DES ASSOCIATIONS systèmes de culture sont plus variés et complexes. Les deux espèces qui dominent
sont le manioc amer pour la vente et la banane plantain essentiellement pour l’au-,
DE CULTURES toconsommation, mais toujours en associ&on avec d’autres espèces.
TRÈSDIVERSES
Dans les diverses associations de cultures pratiquées dans la région de Camp-,
Louise on rencontre un grand nombre d’espèces.
l Les cultures annuelles:
céréales : maïs, riz ;
tubercules : manioc, igname, taro ;
légumineuses : pois Congo, haricot, arachide, vigna.
l Les cultures pluri-annuelles (restant en place plusieurs années) sont repré-
sentées essentiellement par la canne à sucre et le bananier.
l Les arbres : caféiers, cacaoyers, arbres fruitiers, arbres fourragers et d’om-,
brage.
Ces différentes espèces se différencient surtout par :
. la durée de leur cycle ;
. leurs besoins spécifiques en facteurs de croissance (lumière, eau, éléments’
minéraux...) ;
. leur place dans le système de culture ;
. leurs rôles dans l’économie de l’exploitation agricole et de la région.
Un agriculteur choisit ses productions et son assolement de manière à obtenir des
résultats économiques optimum par rapport aux critères qu’il privilégie: nombre
de calories produites, revenu monétaire par carreau ou par journée de travail...
Ainsi l’assolement choisi dépendra:
l des caractères structurels de l’exploitation agricole:
. foncier disponible,
. localisation des parcelles dans les différents écosystèmes et distance par rapport

18
à l’habitation,
. mode de faire-valoir des différentes parcelles,
. disponibilité en main d’oeuvre,
. disponibilités. financières,

Les bananiers sont cultivés l du climat à la période de mise en culture,


en priorité dans les parcelles l des prix du marché l’année considérée :
abritées et proches des . prix des semences et des produits,
habitations . prix de
~- la journée de travail,
(photo Ph. Vazeille).
l du fonctionnement de l’exploitation :
. relations entre les cultures et I’élevage (fourrages, fertilité),
. cultures présentes sur les parcelles l’année precédente (rotations).
Nous avons vu précedemment comment étaient réparties les cultures dans les
différents milieux situés le long de deux transects à Patrice et A St Michel.
Les jardins boisés sont situés sur les piedmornes, les mornes calcaires et près des
habitations en plaines ($-~dins pré-kuye»). Les principales cultures qui y sont
pratiquees sont la banane plantain, le taro et l’igname en association ou le caféier
et le cacaoyer.
La localisation des systèmes de culture à base de bananier est déterminée par les
exigences de celui-ci : sol profond, riche en matière organique et bien drainant. De
plus, le bananier étant sensible au vent qui découpe ses feuilles, il sera particuliè-
rement présent dans les zones abritées. L’agriculteur évite de planter en bananier
les parcelles trop éloignées de sa maison (par crainte des voleurs) de même que les
parcelles en location (car il n’estjamais sûr de pouvoir les garder l’année suivante).
Ainsi, bien que la banane plantain soit à la base du régime alimentaire de la
plupart des paysans de Camp-Louise, elle n’est cultivée ni dans les zones inonda-
bles précédemment décrites, ni sur les mornes basaltiques érodés qui représentent
pourtant une part importante des surfaces cultivées.

Lesrotationsà base Le manioc est la culture dominante sur les sols érodés des mornes basaltiques. On
de manioc le trouve aussi en plaine et en piedmorne, sur les sols les moins fertiles et impro-
pres à la culture du bananier. Dans tous les cas, il est cultivé en association avec
d’autres espèces.
Il est planté à deux périodes de l’année correspondant au début de chaque saison
des pluies. S’il est planté en mars-avril, il sera plutôt associé à du maïs et du vigna.
Si1 est planté en novembre, c’est de préférence avec de la patate douce.
Le manioc est toujours planté sur de larges buttes, parfois sur billon en plaine.
La butte a plusieurs rôles essentiels :
l éviter les excès d’eau, surtout en plaine, ce qui provoquerait le pourrissement des
tubercules ;
l augmenter le volume de terre meuble exploitable par les racines ;
l concentrer la matière organique sous la butte lors de son enfouissement ;
l limiter l’érosion sur les fortes pentes.
Figure 9 : représentation
graphique des différentes JFMAMJJASOND JFMAMJJASOND JFMAMJJASOND ?!k
rotations à bases de manioc
pratiquées à Camp-Louise.
1. Associationde manioc, maïs,
et vigna de printemps et de
patates douces d’automne.
2. Maïs et vigna au printemps et
manioc et patates à l’automne.
3. Manioc, maïs et vigna au prin-
temps et manioc-patates
douces à l’automne.

19
La figure 9 presente les différentes associations à base de manioc pratiquées à
Camp-Louise :
l les rotations 1 et 2 sont biennales (la même association de culture revient sur la
parcelle tous les deux ans) ;
l dans la rotation 3, la même association ne revient que tous les 3 ans (rotation
triennale).
Pour chacune de ces rotations, il existe des périodes de jachère. Leur durée est plus
ou moins longue (3 à 7 mois) et elles interviennent à différentes époques de l’année.
Ce sont des rotations-types auxquelles correspondent dans la réalité de multiples
variantes.
En fonction de leurs ressources en surface et en main-d’oeuvre, les agriculteurs
peuvent certaines années soit réaliser une culture supplémentaire (indiquée entre
parenthèses dans le tableau), soit laisser une de leurs parcelles une année de plus
en jachère pour y faire pâturer leurs animaux.
Dans les associations à base de manioc, ce dernier reste seul sur la parcelle durant
la longue période qui suit la récolte du maïs, du vigna ou de la patate douce. Cela
permet un développement des mauvaises herbes qui serviront de fourrage.

SYSTÈMES DE Les paysans de Camp-Louise essayent, dans la mesure du possible, de cultiver des
parcelles situées dans les différents milieux. Cela leur permet de diversifier leurs
CULTURES ET
productions, de réduire les risques face aux aléas climatiques mais aussi de
ALIMENTATION faciliter l’affouragement des animaux en disposant de ressources échelonnées sur
DES ANIMAUX l’année.
Quelques paysans exploitent de grandes surfaces et ainsi peuvent laisser régulièl
rement certaines parcelles en jachère pour y faire pâturer leurs animaux. Mais la
plupart rencontrent des problèmes dans l’alimentation de leurs bêtes.
l En juin, après la récolte du riz, les animaux sont mis à pâturer sur les lagons
et les demis-lagons. A cette époque, les parcelles des mornes sont en culture.
l En août, les animaux doivent quitter les, demis-lagons pour la plantation des
patates douces, mais aussi les lagons si une repousse du riz est possible. Ils sont
alorsmisàpâturerdanslesmorneslesrésidusdeculturedumaïsrécoltéenjuillet.
Ceci jusqu’en novembre, époque de mise en culture (patates-manioc).
l De novembre à mars, les animaux restent obligatoirement dans les mornes car
toutes les parcelles de lagons et demi-lagons sont en culture. Les paysans qui ne
disposent pas de jachère font alors pâturer leurs animaux sur le bord des chemins
où l’herbe est relativement abondante durant la saison pluvieuse.
l De mars à juin, la disponibilité-en fourrage est très faible pour les paysans qui
n’ont pas de parcelle en jachère. L’herbe des bords des chemins est rare, elle est
complétée par des apports tels que : fleurs de maïs ; branches d’arbres, fourragers
(orme, gommier...) ; feuilles de bananiers.

Figure 10 : calendrier des


disponibilitésfourragères à
Camp-Louise. IJIFIMIAIR

20
Commentdécouvrir
rapidementet ~
-.
.comprendre
l’agriculture d’une
petite région
L’objectif de la méthode présentée ici est d’arriver, en quelques jours, à décrire et
comprendre l’agriculture d’une petite région comme nous venons de le faire pour
Camp-Louise.
Les sources d’informations que l’on peut utiliser sont de quatre types :
l l’observation du paysage ;
l les discussions avec les paysans ;
l les entretiens avec des informateurs privilégiés : personnes connaissant parti-
culièrement bien la région et son histoire ;
l la lecture des documents existants.

PARCOURIR LE TERRAIN ET OBSERVERLE-PAYSAGE


Les parcours d’observation ne sont pas réalisés au hasard, on les choisira selon les
critères suivants :
l l’époque : le paysage est très différent selon qu’on se situe en saison sèche ou
pluvieuse, en période de début ou de fin de cultures. Des parcours réalisés à
différentes périodes de l’année apporteront des informations complémentaires
notamment sur les rotations pratiquées dans les différents milieux.
l les trajets : on passera en priorité sur les points hauts et dégagés pour avoir
différentes vues d’ensemble de la région.
On repérera les principales particularités (zones érodées, bâtiments, végétation
différente), ce qui permettra d’organiser le parcours de manière à passer dans les
endroits ainsi repérés.
On cherchera à traverser le maximum de situations différentes en tenant compte
des variations de milieu (relief, végétation, rivières) et de l’organisation de l’espace
(villages, routes, limites de parcelles).

21
a.. ..f’ limik duterrifoire
- courbes
dehmu

Figure 11 : choix des Un parcours réalisé de cette façon est appelé un transect. Il est réalisé dans le sens
directions de transect de la pente car l’altitude est un facteur important de variabilité du milieu, on parle
alors de transect altitudinal.
Dans le cas d’une plaine, les transects seront choisis, à partir d’un village, dans
différentes directions en s’arrangeant pour traverser les zones particulières
observées sur la carte : zones hydromorphes, rivières, zones plus arborées par
exemple.
Les parcours sont effectués à pied, mais un véhicule peut-être utile dans le cas de
vastes zones à traverser.
Les observations permettent de caractériser par exemple :
l les différents types de sol rencontrés, leur nature, leur profondeur, leur localisa-
tion et leur importance en superficie ;
l les problèmes d’érosion et leur localisation ;
l la végétation naturelle, la répartition des espèces ;
l la faune ;
l les associations de cultures pratiquées par les paysans dans ces différentes
situations et certaines des techniques utilisées ;
l les animaux domestiques et les lieux de pâturages ;
l les équipements agricoles.
La réalisation de croquis permet de compléter la prise de note et aide à mieux
observer.
L’intérêt est d’alterner l’étude globale du paysage et l’analyse de détails des
éléments le composant. On définit ainsi différents niveaux d’observation qui
peuvent être: le jardin, un groupe de jardins, le versant d’une colline ou le fond
dune vallée, la petite région.
Quant au matériel utile, les seuls objets indispensables sont un bloc-notes et un
crayon pour relever, au fur et à mesure du cheminement, les informations que l’on
recueille, faire des dessins et des schémas. Mais d’autres objets peuvent rendre
service tels qu’une boussole, une paire de jumelle, un mètre...
Les cartes sont très utiles et on les emportera toujours sur le terrain. Elles aideront
à définir les trajets, à se repérer et à resituer les observations.

RECUEILLIR Sur le terrain, il est important de recueillir toutes ces informations avec méthode.
Pour cela, il est nécessaire de s’arrêter régulièrement pour :
L’INFORMATION ET l prendre des notes, écrire les questions que l’on se pose, les hypothèses qu’il
LA CLASSER faudra vérifier ;
l rapporter des échantillons de plantes pour ultérieurement les déterminer ou dé-
terminer une maladie ;
l resituer les informations recueillies sur une carte de la région.
Très rapidement, il est possible de réaliser un zonage, de découper la région en
différentes unités de paysages.
Une fois les limites entre ces zones reportées sur une carte, chacune d’elles sera
décrite, ce qui permet de faire une première synthèse des informations recueillies
et d’élaborer de nouvelles hypothèses.

22
QUESTIONNERDES En observant le paysage, on se pose une multitude de questions et on Cmet des
PAYSANS ET DES hypothèses sur les pratiques agricoles de !a région et leur évolution.
C’est lors d’entretiens avec les paysans rencontrés durant la réalisation de ces
PERSONNES transects, puis dans les villages avec les personnes connaissant bien la r6gion et
CONNAISSANT BIEN son histoire que l’on répondra à ces questions.
LA RÉGION L’encadré ci-dessous donne une idée des informations que l’on peut recueillir lors
de discussions avec les habitants.

En observant le paysage . association de cultures ; techniques utilis6es ;


. utilisation d’engrais,Bd’outils,de l’irrigation.
l ~wwwhie:
altitude, forme du relief, mesure de pente. l Elevage :
. taille des troupeaux ;
que l’on peut : Géologie-podologie : . modes de’gestion, reproduction, gardiennage ;
. alimentation: types de fourrages utili&.
recueillir sur le : ~k~d~~ ~~~~~~ndeur;
. structure, texture ; 9 Forêt :
terrain . phénomènes d’érosion ; . qode d’exploitation : par qui ; parcours d’ani-
maux ; bois,de chauffage, de constructions; char-
l Végétation : bon de bois.
. densité des différentes zones arborées et conti-
nuité ; Outillage :
l

. identificationdes espèces spontanées et réparti- . pour les cultures ;


tion par strates (indicationsur la fertilitédu milieu) ; . pour la récolte ;
. effets de l’action de l’homme. . pour le transport (lieu de fabrication).
l Utilisation du milieu : Environnement socio-Bconomique :
l

. utilisation des forêts ; . marché : prixdes produits,de la journée de travail,


. forme et dimension des parcelles,nature de leurs de la terre, destination des produits, types de
limites ; commercialisation,approvisionnement ;
. identification des cultures, répartition ; . unités de transformation ;
. localisationdes friches, des animaux ;
. artisanat
. état des cultures et des animaux ;
. types d’habitat et localisation. . La famille et l’exploitation agricole :
répartition des activitésentre les membres ;
En questionnant les paysans . répartition des activités dans l’année ;
. transmissiondu patrimoine.
* Foncier :
. mode de faire valoir, prix de la terre, mode de Pour tous ces thèmes, il est important d’aborder
transmission ; l’aspect histbrique :
. parcellairedes exploitations ;
. nouvelle culture, disparition d’une autre,
, mode d’utilisationdes terres collectives.
. nouvel outil, depuis quand ?
Cultures :
l . zone en friche, depuis quand ?
. assolements et rotations pratiqués ; . évolution des prix.

Lors de la réalisation du transect, les questions posées sont surtout relatives, à ce


que l’on observe. Cela peut-être, par exemple, reconstituer avec un paysan sur sa
parcelle les itinéraires techniques qu’il met en oeuvre; essayer d’expliquer l’origine
d’un6 pratique comme la construction de murets; ou bien encore essayer de
comprendre l’importance économique d’une production comme le charbon de bois.
Des entretiens plus longs peuvent être réalisés ensuite avec certaines personnes.
11est alors nécessaire de préparer une liste de questions à poser ou d’informations
à recueillir.
On cherchera à rencontrer des personnes différentes de manière à confronter les
informations car, selon leur situation sociale et familiale, les gens n’ont pas les
mêmes points de vue (il faut donc connaître la personne à qui on s’adresse).
De la même manière que le parcours des transects a suscité des questions à poser
lors des entretiens, les réponses fournies par les gens peuvent inciter à retourner
sur certaines zones.
Il y a donc alternance entre l’observation et l’enquête.

23
UTILISER LES Il existe différents types de cartes : topographiques, géologiques, climatiques.
DOCUMENTS Elles fournissent de nombreuses indications sur le relief, la localisation des routes,
des rivière’s et la répartition de l’habitat.
EXISTANTS La comparaison de cartes réalisées à des époques différentes met en évidence les
transformations qui ont affecté le paysage.
La comparaison d’une carte de végétation assez ancienne avec la réalité permet
par exemple de voir l’évolution de certains milieux. Il faudra alors rechercher les
causes possibles de cette évolution, qu’elles soient techniques, sociales ou écono-
miques.
Les photos aériennes sont aussi une source très riche d’informations, mais elles
sont onéreuses, difficiles à interpréter et nécessitent l’utilisation d’un stéréoscope.
Les documents écrits complétent la connaissance de la région. Ils sont plus ou
moins nombreux selon les régions et il n’est pas toujours facile de se les procurer.
On peut trouver sur certaines régions des études historiques, des études économi-
ques, des résultats d’enquêtes ou des rapports administratifs. La comparaison des
informations recueillies et des études anciennes permet de confirmer ou d’infirmer
les hypothèses que l’on avait faites sur l’évolution de l’agriculture.
En règle générale, il ne faut jamais se contenter d’une seule information sur un
sujet mais chercher à recouper des informations de sources différentes.

24
LESCONDITIONS
ECQLOGIQUES
DEL’AGlWJlTllRE
LA GRANDEDIVERSITÉ
DESCLIMATSHA-l-TIENS 27

Les pluieset lessaisons 28


l Les alizés et la zone intertropicalede convergence 28
l Les mécanismes des pluies et leur répartition 29
- les pluies orographiques ou effet de foehn 29
- les orages liés aux vents locaux, aux brises de mer 30
- les pluies de “nordé” 30
- les dépressions tropicales et les cyclones 30
* De grandes variations dans le temps et l’espace 31
- les pluies sont très variables d’une année à l’autre 31
- les trois grands types de distribution saisonnière 32
l Des températures stables 33
Lesrégionsclimatiques 34
l La répartition spatiale des pluies 34
l Les huit régions climatiques 34
- la région du nord 34
- la région du nord-ouest 34
- la Haute-Artiboniteet le plateau central 35
- la Basse-Artibonite 35
- la région de Port-au-Princeet du cul de sac 35
- la région du sud-est 35
- le Sud-Ouest caraïbe 36
- le Sud-Ouest jérémien 36
L’étudedescomposantesclimatiques 37
- la température 37
- les précipitations 37
- l’humidité relative 38
- I’insolation 38
- le vent 38
- I’évaporation 38
- utilisationdes données climatiques 39

25
NATUREETDIVERSITÉ
DESSOLSHAïTIENS 41

Constitutionphysique,propriétéset coniportementdes sols 43


l Etudier la fraction minérale du sol 44
- l’analysegranulométrique 44
- propriétés des différents constituants minéraux du sol 44
- la texture d’un sol 48
l Etudier la fraction organique du sol 52
- origine et évolution de la matière organique d’un sol 52
- propriétés de la fraction organique du sol 55
l Analyser-lecomportement physique d’un sol, étudier sa structure 56
- qu’est-ce que la structure d’un sol .: 57
- les différentes formes de structure 58
- État et comportement d’un sol 60

Lafertilité chimiqued’unsol 64
- origine et nature des éléments minéraux 64
l Les échanges d’ions entre le complexe adsorbant et la solution du sol 65
- des échanges permanents 65
- maintien d’un équilibre entre le complexe adsorbant et la solution du sol 66
- mesure de la CEC et du taux de saturation 66
- le pH du sol et ses variations : échanges d’ions H+ 67
l La dynamique des éléments nutritifs de base dans le sol 68
- le pool alimentaire 68 :
- les cyclesdes élements minéraux 69
Lessols haïtienset l’agriculture _ 73
l La formation des sols et leur évolution 73
- origine et évolution de la fraction minérale 75
- condition de formation des argiles 76
l Les grands types de sols haïtiens dans le paysage 77

26
Lagrandediversi’té
des climats
Le climat est l’état de l’atmosphère et son évolution en un lieu don-
né. Les composantes climatiques qui le caractérisent sont : la tempe-
rature, les précipitations, l’insolation; le vent, l’évaporation, ’
l’hygrométrie.. .
Le climat agit directement sur la croissance et le développement des
plantes tout au long de leur vie; ainsi chaque espèceou variété a ses
propres exigences climatiques. Nous verrons, en particulier dans le
chapitre 7, comment les différentes composantes climatiques condi-
tionnent la vie des plantes et les rendements des cultures.
Le climat agit aussi indirectement sur les plantes’enmodifiant l’état
du sol et l’environnement biologique constitué des êtres vivants du
sol et de l’atmosphère: micro-organismes, champignons, insectes,
plantes.. . favorables ou défavorables aux cultures.
Le rôle important que joue le climat dans la formation et l’évolution
des sols sera étudié dans le chapitre suivant portant sur la nature et
la diversité des sols haïtiens.
Comme nous l’avons observé à Camp-Louise, les conditions climati-
ques et, en particulier, la répartition des pluies déterminent en
grande partie le rythme des semis, des sarclages, des récoltes.
Les habitants des régions comprises entre le tropique du Cancer (23” 27’N) et celui
du Capricorne (23” 27’s) voient le soleil tantôt au sud, tantôt au nord, suivant la
‘Nous verrons dans le chapitre 7
son influence sur les plantes cultivées. saison. Et, deux fois par an, le soleil passe exactement à la verticale (au zénith).
A l’équateur, ces passages ont lieu aux équinoxes, les 21 mars et 23 septembre.
Figure 12 : évolution de la En Haïti, situé entre 18” et 20” de latitude nord, on voit le soleil environ 10 mois
hauteur du soleil à midi au au sud et deux mois au nord (en juin et juillet). A Port-au-Prince, le soleil passe au
cours de l’année, à Port-au- zénith le 13 mai et le 30 juillet.
Prince, sous le tropique du Lalongueur dujour* est beaucoup moinsvariable que dans les régions tempérées,
Cancer et sous l’équateur. elle varie de 10 h 54 à 13 h 12 à 19’ de latitude nord (St Marc).

I I I 1

,baJFMAMJTASOND
I l I
Figure 13 : durée théoriwe du

Les pluies .-,


jok à 19” de latitude Nord
(position de la pointe Nord de
l’île de la Gonave).

et les [Link]
Haïti est un pays tropical aux climats extrêmement variés : la pluviométrie
moyenne est de 550 mm par an à Gonaïves et de 2000 mm aux Cayes, soit près de
quatre fois plus. Certaines régions sont très marquées par la sécheresse, caractère
parfois accentué par le déboisement de vastes zones et l’érosion.

LES ALIZÉS ET LA ZONE INTERTROPICALEDE CONVERGENCE


Plus ou moins à la verticale du soleil, se trouve une zone pluvieuse correspondant
au point de rencontre des alizés, vents caractéristiques des régions tropicales qui
se chargent d’humidité en parcourant les surfaces maritimes. Cette zone, appelée
front intertropical (FIT), ou zone intertropicale de convergence (ZIC), suit le soleil
dans son voyage aller et retour entre les deux tropiques.
Ainsi à Port-au-Prince, comme le montre la figure 14, les deux périodes les plus
pluvieuses correspondent approximativement aux passages du soleil au zénith.
Ceci explique le découpage de l’année en quatre saisons, courant dans toutes les

28
Antilles et particulièrement marqué à Port-au-Prince et dans le sud du pays :
l une grande saison sèche- du mois de novembre au mois de mars; la zone
intertropicale de convergence étant dans l’hémisphère sud ;
l une première saison des pluies du mois d’avril à la mi-juin correspondant au
passage du soleil au zénith ;
l ~une petite saison sèche centrée sur le mois de juillet; la TIC’ remontant versle
nord jusqu’au tropique du Cancer ;
Figure 14 : chutes dé pluies l une seconde saison des pluies qui s’étale entre août et octobre, correspondant~au
mensuelles et dates’de vntnnr r-lnln RTf-!mm-a
1
l'&-m~tnnr
passage du soleil au zér$h à
Port~au-Prince.
Figure 15.: i’ëffët de fqehn, -~
exemple du massif du Nord,
entre la plaine du Nord
(humide ) et la plaine des
Gonaïves (sèche) .

LES MÉCANISMESDES PLUIES ET DE LEUR RÉPARTITION


LES PLUIES Explication du phénomène : les Ven#ts véhiculent des masses d’air humide
OROGRAPHIQUES- souvent à la limite de l’instabilité. Lorsqu’elles rencontrent un relief suffisamment
élevé, ces masses d’air subissent un refroidissement par élévation, ce qui provoque
OU EFFET DE FOEHN des précipitations sur le versant “au vent”. A l’inverse, la descente de l’air sous le
vent entraîne son réchauffement et donc la disparition rapide de la nébulosité et
des précipitations (voir figure 15).
Les chaînes de montagne du pays sont globalement perpendiculaires à la direction
des vents et ainsi les empêchent d’atteindre de la même manière toute les régions:
l les versants exposés au vent et les sommets des massifs sont les plus pluvieux,
l inversement, les versants sous le vent et les dépressions (vallées, bassins)
représentent les zones les plus sèches.
Cette opposition est certainement la caracteristique majeure du climat haïtien.
Elle [Link] par exemple que la pluviometrie annuelle soit de 2000 mm à Grison-
Garde dans la plaine du Nord et seulement de 550 mm à Gonaïves, ces deux plaines
étant séparées par un haut massif montagneux.(le Massif du Nord).
Sur le versant au vent de la plaine du Nord, les masses d’air subissent une
ascension forcée qui provoque une chute de température, des accumulations de
nuages et de la pluie. Sur le versant SOUSle vent de la plaine des Gonaïves, les
masses d’air subissent une descente forcée qui provoque une élévation de la tem-
pérature, la disparition plus ou moins complète des nuages et l’absence de pluies.

29
Paysage de plaine au vent, Quand il n’existe pas de montagnes suffisamment élevées pour contraindre les
la plainedu Nord (2000 mm/an). ventsà s’élever,iln’y aplusd’effetde foehn etlesfaiblesprécipitationsenregistrées
ne créent pas d’opposition entre versants’au vent et sous le vent. C’est le cas, par
Paysage de plaine aride sous le
exemple, de la presqu’île du Nord-Ouest et de l’île de la Gonâve.
vent, la plaine de Larbre
(400 à 500 mmlan) Le cas de la péninsule du Sud est original par le fait qu’il existe un équilibre, au
(photos Michel Bonnefoy). long de l’année, entre les vents de nord-est et les vents de sud-est. Cet équilibre
entraîne une symétrie de la pluviométrie moyenne annuelle de part et d’autre du
relief orienté est-ouest.

LES ORAGES LIÉS Le jour, la terre se réchauffe plus vite que la mer. L’air chaud s’élève, créant un
AUX VENTS LOCAUX, appel d’air en provenance de l’Océan : c’est la brise de mer qui a une intensité maxi-
male dans l’après-midi. Ces brises, chargées d’humidité, provoquent dans les ré-
AUX BRISES DE MER gions montagneuses de l’intérieur du pays des orages locaux. Ces orages se déclen-
chent en fin de journée, surtout durant les mois les plus chauds : juillet et août.
Ces pluies d’été font le lien entre la saison pluvieuse d’avril-juin et celle d’août-
novembre. Ainsi, dans la région du Plateau-Central (en altitude) on n’observe que
deux saisons, très contrastées:
l une grande saison pluvieuse du mois d’avril au mois d’octobre,
* une saison sèche très marquée de cinq mois, de novembre à mars.

LES PLUIES De décembre à février, un vent de secteur nord appelé “nordé” (norte en espagnol,
DE “NORDÉ” norther en anglais) souffle du continent nord-américain vers l’Amérique centrale
et les Antilles.
Ceventqui traduit l’intervention de l’air polaire se fait sentir essentiellement dans
la région Nord d’Haïti. Son approche donne lieu à des brouillards et des pluies
fines; son arrivée est marquée par le passage de lignes de grains (perturbations
pluvieuses).
Ainsi, dans les régions du Nord et du Nord-Ouest, les mois de novembre, décembre
et janvier sont les plus pluvieux alors qu’ils correspondent à la saison sèche dans
le reste du pays (voir les graphiques pluviométriques de la figure 16).

LES DÉPRESSIONS Les dépressions tropicales sont des zones perturbées et classées selon lavitesse des
TROPICALES vents en dépression, tempêtes ou cyclones. Leur passage en quelques heures pro-
voque des précipitations dont l’importance n’est pas liée directement à la vitesse
ET LES CYCLONES des vents.
Les cyclones sont des événements plutôt accidentels. En Haïti, il en passe à peu
près un tous les cinq ans. Leurs effets sont dévastateurs et certains d’entre eux,
comme Allen qui a ravagé le Sud-Ouest d’Haïti en août 1980, atteignent une
intensité exceptionnelle avec des vents de plus de 250 km/h. Les plus célèbres sont
Hazel (octobre 1954), Flora (octobre 1963) e,t Ines (septembre 1966). La période des
cyclones s’étend du mois d’août au mois d’octobre. Ils ne touchent en général que
le sud du pays.

30
DE GRANDES VARIATIONSDANS LE TEMPS ET DANS’L’ESPACE
LES PLUIES SONTTRÈS Les données plwiométriques présentées dans les graphiques de la figure 16 sont
VARIABLES D’UNE des moyennes établies sur plusieurs dizaines d’années. Ces moyennes cachent en
fait des variations importantes d’une année à l’autre.
ANNÉE À L’AUTRE

300 --

200 Q l~
2. ..: a’.’
m .,..‘Z

J&nie-1293.3? Con&s-554-5

Figure 16 : carte climatique


d’Haïti (d’après l’atlasd’Haïti).
Haïti est affecté par la sécheresse à peu près une année sur cinq. Les secteurs les
moins pluvieux sont naturellement les plus touchés.
Deux sécheresses successives particulièrement catastrophiques ont été enregis-
trées en 1975 et 1976. Le Nord et le Nord-Ouest ont été frappés par la famine qui
en a résulté. Cap-Haïtien n’a reçu en 1976 que 805 mm soit 53 % de la normale. La
situation était pire à Port-de-Paix où la pluviométrie a été 50 % inférieure à la
moyenne annuelle déjà faible.
Inversement, les années exceptionnellement pluvieuses sont très rares. Elles sont,
cependant plus fréquentes au Cap-Haïtien, ce qui traduit une plus grande
variabilité pluviométrique pour les régions bien exposées au vent.

Figure 17 : variabilité
inter-annuelle de la 1960:2641mm 1972:X56 mm
3000 o\uwoknZhc n
pluviométrie, exemple de la
linnuelleen mm
Plaine du Nord 1961:1801mm 1973:1865 mm
(Station de Grison-Garde).
1962:1476 mm 1974:2359 mm

1963:1944 mm 1975:1700 mm

1964:1880 mm 1976:1247 mm

1965:1818 mm 1977:2048 mm

1966:2209 mm 1978:2942 mm

1967:1599mm 1979:2095mm

1968:2005 mm 1980:2485 mm

1969:2249 mm 1981:3115 mm

1970:2514 mm 198231595 mm

1971:2033 mm

LES TROIS En Haïti comme souvent dans le monde tropical, les saisons se présentent sous la’
GRANDS TYPES forme dune alternance de périodes sèches et de périodes pluvieuses avec de faibles1
variations de température annuelle.
DE DISTRIBUTION Selonles régions l’influence des alizés, des vents locaux et des fronts froids est plus
SAISONNIÈRE ou moins marquée. La répartition des pluies dans l’année y est donc différente.
On distingue ainsi trois grands types de distribution des saisons.
l Dans tout le sud du pays, en remontant jusqu’à la plaine du Cul-de-sac,;
l’année se partage en quatre saisons pluviométriques : une première saison des
pluies allant de mars-avril-mai à début juin, une petite saison sèche en juin-juillet,
et enfin une seconde saison pluvieuse entre août et octobre, cette dernière étant la
plus arrosée de l’année {cf. pluviométrie de Port-au-Prince, Jacmel, Jérémie).
l Dans les régions du Plateau Central et de l’Artibonite, règne un climat à’
deux saisons très contrastées (voir les pluviométries de Mirebalais et des Gonaï-m
ves): une saison pluvieuse centrée sur l’été, d’avril-mai à octobre, et une saison’
sèche coïncidant avec l’hiver, de novembre à mars. On observe cependant une
légère récession des pluies au milieu de la saison pluvieuse, au mois de juillet.
l Dans le nord, on observe une relative inversion des saisons par rapport a celles
du type précédent. A Cap-Haïtien la période pluvieuse s’étend de septembre à juin
avec un maximum pluviométrique en novembre-décembre et une récession en fé-8
vrier-mars. Elle est suivie d’une courte saison sèche en juillet-août.
On observe un décalage des pluies entre le nord, le sud et le centre du pays. Les’

32
mois les plus humides à Cap-Haïtien (novembre-décembre-janvier) correspondent
à la saison sèche sur la plus grande partie du pays. Inversement, l’été qui est la
saison sèche dans le Nord regroupe les mois les plus pluvieux dans la partie
centrale.
Il faut souligner que le rythme des saisons est fortement perturbé certaines
années. Une saison sèche peut avoir une durée anormale et réduire la saison
pluvieuse qui la suit.
Cela arrive une fois sur deux entre la sécheresse hivernale (décembre à février) et
les pluies de printemps qui sont alors plus tardives (mai). Dans ce cas les semis
doivent être aussi retardés. S’ils sont réalisés trop tôt, à l’occasion dune petite
pluie précoce, ils échouent à cause de la sécheresse qui suit et il faut alors les re-
faire.
Il est en revanche plus rare que la sécheresse de juillet-août déborde sur la saison
pluvieuse d’automne (septembre à novembre).

DES TEMPÉRATURESSTABLES
En Haïti les températures varient très peu d’une saison à l’autre. La différence de
température entre le jour et la nuit (amplitucte diurne, de 10% à 12°C) est bien plus
grande que la différence entre le mois le plus chaud et le mois le moins chaud
(amplitude annuelle, de 3°C à 4°C).
En revanche, les températures présentent de nombreuses et importantes varia-
tions dans l’espace en raison surtout des changements d’altitude. Ainsi, la
température s’abaisse de un degré à chaque fois qulon s’élève de 150 à 200 m.
La fibre 18 résume bien l’ensemble des possibilités qu’on peut trouver en Haïti.
La température annuelle moyenne varie entre 12”5 C à Seyin (Massif de la Selle)
et 2.8”2 C aux Gonaïves, mais pour la plupart des stations elle oscille entre 23” et
27°C.
En gros, l’année comprend deux saisons thermiques : une saison très chaude de
mars à novembre culminant en juillet-août et une saison moins chaude de
décembre à février.

Figure 18 : courbes de
températures moyennes b GONAÏVE (5 ml
mensuelles pour cinq stations
d’altitudesdifférentes (d’après
G. Anglade, Espace Haïtien).

, V.J. = 12°C

I , , , , , , , , , , !l’EMPERATUREi
.T<MAH~TAcoND

33
Les régions
‘climatiques

LA RÉPARTITIONSPATIALE DES PLUIES


La carte pluviométrique (voir figure 16) m;intre du nord au sud une succession de
bandes bien arrosées correspondant aux côtes et aux massifs montagneux exposés
aux vents pluvieux, et de bandes sèches constituées par les dépressions et les côtes
sous le vent.
Les zones les plus sèches sont la presqu’île du Nord-Ouest, la plaine des Gonaïves,
laBasse-Artiboniteetl’intérieurdelaplainedeCul-de-Sacquiformentunegrande
diagonale, mais aussi l’île de la Gonave, la région de Belle-Anse et la bande côtière
d’Aquin/Côtes-de-Fer. Pour l’ensemble de ces régions les précipitations moyennes
annuelles sont inférieures à 1000 mm. Environ le quart de la superficie d’Haïti
reçoit moins de 1200 mm.
Les zones les plus arrosées (>1500 mm) correspondent aux massifs montagneux,
puisque la pluviosité augmente avec l’altitude, et en particulier les versants
exposés au vent. On peut citer du nord au sud: le massif du Nord et la plaine du
Nord, les montagnes et le plateau du centre du pays, le massif de la Selle et l’ouest
de la presqu’île du Sud.

LES HUIT RÉGIONSCiIMATIQUES


On peut diviser le pays en huit régions climatiques. Ce découpage traduit
l’influence des différents facteurs climatiques qui viennent d’être présentés mais,
au sein de chacune de ces régions, il existe’de multiples nuances locales liées sur-
tout à l’altitude et à l’exposition.

LA RÉGIONDU NORD Elle est délimitée vers l’intérieur par une ligne passant par Port-de-Paix, Plai-
sance, St-Raphaël et Mont-Organisé. Elle inclut la plaine du Nord, le massif du
Nord et l’île de la Tortue.
L’année y est découpée en quatre saisons comme nous l’avons vu à Camp-Louise,
avec une petite saison des pluies en avril-mai et une grande saison des pluies de
septembre à décembre. Le mois le plus sec est le mois de juillet.
Les pluies sont plus abondantes à l’ouest de Cap-Haïtien et en particulier sur les
sommets des massifs du Nord où on observe des orages l’été. La partie Est de la
plaine du Nord est plus sèche (1120 mm à Ouanaminthe) car abritée des vents par
les massifs montagneux de la République Dominicaine.
Il faut souligner enfin que cette région est l’une des moins touchées par les
cyclones.

LA RÉGION Elle est l’une des plus sèches du pays car elle est à l’abri des massifs du Nord et est
DU NORD-OUEST de faible altitude. La pluviométrie moyenne est de 800 mm par an mais diminue

34
vers l’ouest jusqu’à 590 mm au Môle St-Nicolas où certaines années elle est infé-
rieure à 300 mm. Il est difficile d’y distinguer des saisons en raison des faibles pré-
cipitations tout au long de l’année.

Figure 19 : précipitations
moyennes mensuelles dans les
huit régions climatiques

PRECIPITATIONS MOYENNES MENSUELLES


T T

Région climatique Station J F M A M J J, A S 0 N D

Région du Nord Cap-Haïtien 123 115 88 106 139 88 32 62 97 206 278 195

Région du Môle-saint
Nord-Ouest Nicolas 21 40 27 52 63 57 26 38 51 71 100 43

Ba&e-Artibonite Gonaïves 3 12 14 33 87 89 75 63 84 63 23 8

Hautektibonite
et Plateau central Mirebalais 17 26 50 136 280 215 187 244 256 223 74 23

Région de Port-au-
Prince et du Port-au-
Cul-de-sac Prince 33 35 69 215 91 83 137 155 176 87 41.

Sud-Ouest jérémien Jérémie 68 73 80 159 111 92 95 109 139 165 108

Sud-Ouest caraïbe Les Cayes 76 72 90 254 161 180 205 235 310 117 69

Jacmel 42 147 152 170 66 40


gg %-$qq
$f&& g?jg

LA HAUTE- Cette région est entourée de massifs montagneux: les massifs du Nord au nord, les
ARTIBONITE montagnes duTrou d’Eau au sud, la chaîne des Cahos à l’ouest et la Cordillère cen-
trale dominicaine à l’est. On pourrait, du fait de cette situation, s’attendre à un’cli-
ET LE PLATEAU mat sec. Pourtant, la pluviométrie moyenne est de 1500 mm par an et dépasse 2 m
CENTRAL dans certains secteurs comme celui de Mirebalais par exemple. Le climat se carac-
térise par deux saisons très contrastées.
C’est la région la plus “continentale” du pays, peu marquée par les variations
interannuelles et où l’amplitude thermique annuelle est la plus élevée.

LA BASSE-ARTIBONITE La Basse-Artibonite, abritée des alizés par les massifs du Nord et les Montagnes
Noires, est une région presqu’aussi sèche que le Nord-Ouest. La pluviométrie
décroit d’est en ouest avec une moyenne de 520 mm par an à Gonaïves. Comme
dans la Haute7Artibonite l’année comprend deux saisons.

LA RÉGION DE Cette région, située entre les deux précédentes dune part et le massif de la Selle
PORT=A&PRINCE d’autre part, englobe l’île de la Gonave. On y trouve la distribution classique en
quatre saisons pluviométriques. Si les pluies d’avril sont liées à l’action de la brise
ET DU CUL-DE-SAC de mer, celles d’automne découlent plutôt de l’arrivée des vents du sud-est.
De nombreuses nuances sont à souligner. Ainsi par exemple, la région de 1’Etang
Saumâtre ne reçoit en moyenne que 500 à 600 mm par an alors qu’on enregistre
près de 3 m de pluies sur certains sommets du Massif de la Selle.

LA RÉGIONDU SUD-EST Située au sud de la région précédente, le Sud-Est est une région assez pluvieuse
saufdanslapartieàl’EstdeBelle-Anse. L’influencedela topographieyestdécisive
car, en dehors d’une mince plaine côtière, l’ensemble de la région est constitué par
le versant sud du massif de la Selle qui reçoit uniquement les vents provenant de
la Mer des Antilles.

35
On retrouve ici un climat à quatre saisons, les pluies tombant en avril-mai d’une
part et en août-septembre-octobre d’autre part. La sécheresse d’été est peu
marquée et la pluviométrie des mois d’hiver est assez médiocre. Les maxima
pluviométriques s’observent sur les sommets où les totaux dépassent souvent 2 m.
Enfin cette région est souvent touchée par les cyclones comme tout le sud d’Haïti.

LE SUD-OUEST Le climat de cette région est assez confus. On peut y distinguer quatre saisons mais
on s’accorde en général pour n’en retenir que deux : une période pluvieuse s’étalant
CARAIBE
d’avril à novembre avec une légère baisse des pluies en juin-juillet, et quatre mois
secs (décembre à mars).
Le relief et la situation par rapport aux vents introduisent de nombreuses nuances
dans le climat de cette région. La station typique est celle des Cayes où la pluvio-
métrie moyenne est de 2010 mm par an avec des records de plus de 3 m certaines
années.

LE SUD-OUEST Cette région, légèrement abritée des vents pluvieux, a un rythme pluviométrique
qui rappelle celui de la région de Port-au-Prince, mais avec des saisons moins con-
JÉRÉMIEN
trastées. De nombreuses nuances climatiques locales pourraient être également
soulignées ici.

36
L’étude
des composantes
climatiques
,.~
L’étude du climat dune région est indispensable à l’agronome pour comprendre les
systèmes de culture mis en place par les paysans, pour mettre en évidence les
principaux problèmes qu’ils rencontrent et pouvoir proposer des améliorations
techniques adaptées aux conditions locales.
Pour étudier le climat d’une région, on mesure régulièrement les valeurs de
chacune des composantes climatiques en’ un lieu donné (enregistrements). On
s’intéresse ensuite aux moyennes de ces valeurs sur des périodes de différentes
durées, à leurs fréquences et leurs gammes de variation.
On cherche aussi à estimer la probabilité de réalisation d’un événement climati-
que et le comportement probable des cultures. Par exemple, combien de fois sur 10
ans la pluviométrie sera-t-elle favorable--à un semis du riz pluvial entre le ler et
le 15 avril dans telle région ?

LA TEMPÉRATURE La température météorologique est la température de l’air mesurée à 2 m de


hauteur dans un abri météorologique.
La température moyenne journalière est estimée à partir des maxima et des
minima enregistrés chaque jour a l’aide de thermomètres spécifiques :
A A
l température moyenne journalière = t = Jx&& ,
2
tx : température maximale journalière, tn : température minimale journalière.

l température moyenne mensuelle = ti+ ti


2 ’
tx et tn étant les moyennes des températures minimas et maximas du mois.

LES PRÉCIPITATIONS On mesure à l’aide d’un pluviomètre le volume d’eau tombe par unité de surface,
traduit en hauteur d’eau (1000 m3/ha = 100 mm).
l Le pluviomètre ne permet de mesurer que les hauteurs d’eau journalière.
l Le pluviographe enregistre la durée, l’intensité et la fréquence journalière des
pluies.
La pluviométrie, c’est-à-dire les chutes de pluie, n’est qu’un élément des précipi-
tations. La condensation (la rosée du matin), si elle demeure dune importance
quantitative très limitée, peut-être essentielle pour les plantes s’il n’y a pas
d’autres sources d’eau. Ainsi, dans le sud du pays pendant les mois d’hiver froids
et peu pluvieux, sur certains terrains, la condensation peut atteindre 3 mm par
nuit claire, soit la moitié des besoins quotidiens de la plante.
La répartition des précipitations dans le temps est une caractéristique climatique

37
très importante. Les variations des quantités et des dates de pluies dans l’espace
sont considérables de même que les variations inter-annuelles de la pluviométrie
en un même point.
L’analyse de la pluviométrie dans une région (moyennes et fréquences) nécessite
l Un exemple détaillé d’analyse
des données sur une longue période d’observation (20 à 30 ans>.*
fréquentielle est présenté à la fin
du chapitre 9 p. 266.

Relevé de la pluviométrie jour-


nalière à l’aide d’Ainpluviomètre
(photo G. de Laubier).

L’HUMIDITÉ RELATIVE L’humidité relative de l’air (hygrométrie) est le pourcentage de vapeur d’eau’qu’il
contient par rapport à celle qu’il contiendrait à saturation à la même température.
On la mesure à l’aide d’un hygromètre ou d’un psychromètre.

L’INSOLATION La radiation globale a une action directe par sa durée et son intensité sur les
* voir chapitre 7. végétaux* .
On mesure ia durée d’insolation journalièie à l’aide d’un héliographe. On peut
complèter cette information par l’estimation de la nébulosité (évaluation de la
fraction du ciel couverte de nuages plusieurs fois par jour).

LE VENT On mesure sa direction et sa vitesse à 2 m au dessus du sol. La vitesse en n-k est


relevée plusieurs fois par jour à l’anémomètre instantané, ou de façon continue à
I’anémomètre totaliseur.
Le vent a une importance considérable en agriculture : il augmente l’évaporation;
il peut provoquer des dégâts aux cultures; il est responsable de l’érosion éolienne;
il transporte du pollen, mais aussi des spores de parasites.

L’ÉVAPORATION L’évaporation s’estime par différentes méthodes utilisant divers types d’appareil:
l les bacs d’évaporation (bac Colorado) permettent la mesure de la perte en eau
d’une nappe d’eau libre,
l l’évaporométre de Piche mesure la perte en eau d’une colonne d’eau obturée par
une pastille de buvard,
l la mesure des variations de l’humidité du sol en l’absence de drainage et sur sol
nu.
L’évapotranspiration potentielle (ETP) est étudiée dans le chapitre 9.

38
UTILISATION Il importe d’abord de définir l’échelle d’étude: pays, région, parcelle (micro-climat).
DES DONNÉES Et il faut s’assurer de la représentativité du poste météorologique par rapport a la
région que l’on étudie (relief, exposition, altitude). 11 ne faut jamais oublier que
CLIMATIQUES certaines donn$es (pluviométrie, température) varient très rapidement dans l’es-
pace.
Les composantes climatiques sont ensuite analysées une,par une ou de~manière
plus synthétique par l’étude d’indices tels que les sommes de températures ou les
’ voir chapitre 9. bilans hydriques*.
On peut comparer les caractéristiques du climat dune région avec ce que l’on
connaît des exigences des cultures, ou avec le climat dune autre région.
On distingue dans les effets du climat ce qui est favorable ou défavorable
directement aux plantes et ce qui joue indirectement à’ travers les techniques
culturales employées.
Pour interpréter des observations sur les cultures et les mesures de rendements,
il est nécessaire d’avoir les valeurs des principales composantes climatiques (au
minimum la pluviométrie locale) au cours de l’année considérée. Ces valeurs ne
pourront être interprétées (année favorable oudéfavorable pour la culture étudiée)
que si l’on dispose de données sur un grand nombre d’annees.

39
.&l u est -ce‘qlu unpaysan attend de sa “terre”? Quand il y cultive du’riz
pluvial, par exemple, il attend : 7
. que le sol permette aux graines de, bien germer,
l que l’état du sol favorise l’enracinement des jeunes plants,
l que le sol fournisse aux plantes la chaleur, l’eau et les éléments nu-
tritifs dont elles ont besoin tout au long de leur cycle, du semis à la
récolte.
L’état du sol évolue dans le temps sous l’action du climat, des plantes
et des outils de travail utilisés par le paysan.
Dans les exemples d’itinéraires techniques décrits à Camp-Louise,
nous avons remarqué que la plupart des techniques employées par
les paysans, que ce soit pour une culture de riz ou de manioc,
s’appliquaient directement au sol : préparation du sol à la houe -
buttage - enfouissement de la matière organique, ou indirectement
par le sarclage des mauvaises herbes.
Nous avons vu aussi que l’agriculteur, dans. la mesure de ses possi-
bilités, organise son assolement de façon à cultiver les différentes
espèces dans les sols qui leur conviennent le mieux. Par exemple, il
réserve ses terres les plus profondes et les plus fertiles aux bananiers
et cultive les associations à base de manioc sur les pentes érodées des
mornes.
La même association de cultures ne fournit pas le même montant de
production selon qu’elle est pratiquée sur tel ou tel type de sol.
Chaque type de sol possède des contraintes et des atouts qui permet-
tent des niveaux de rendement plus ou moins élevés selon les
exigences des cultures ; on parle alors despotentialités agronomiques
d’un sol.

41
Qu’est-ce qui détermine la potentialité agronomique d’un sol et comment peut-on
l’apprécier ?
La diversité des sols en Haïti est grande et l’agronome doit être capable de
s’adapter rapidement aux différentes situations. Sur une courte distance parcou-
rue à pied, on peut rencontrer des types de sols très‘différents.
On peut caractériser le sol par :
l sa situation : sa topographie et son exposition (dans le fond dune vallée, sur un
plateau, au milieu dune pente) ;
l son aspect de surface : sa couleur, la sensation qu’il produit au toucher
(rugueux, farineux, collant...), la taille et la forme des mottes de terre ;
l sa profondeur : celle-ci peut varier de quelques centimètres à plusieurs métres.
Au sein d’un même champ, desvariations du simple au double sont tres courantes ;
l son organisation spatiale : l’observation d’une coupe de sol (sur le bord dune
route, en creusant une tranchée dans un ~champ) permet de distinguer les
différentes: couches (horizons) superposées qui le constituent. La nature et la
répartition de ces différents horizons définissent ce qu’on appelle leprofil du sol ;
Profil pédologique, d’un l la composition physique et chimique de chacune de ces couches et l’activité
vertisol peu profond sur biologique qui y règne ;
calcaire (photo J. Cavalié). l son comportement sous l’action de facteurs tels que le climat ou les outils.

Par exemple : après un travail du sol à la houe, l’aspect de la surface du champ


est motteux. Après quelques jours de pluie, son état a changé. Les mottes ont été
détruites par les gouttes de pluie. Le comportement d’un sol dépend de sa compo-
sition physique et chimique. Ses caractéristiques déterminent son aptitude à
produire et s’étudient de façon complémentaire par des observations de terrain et
des analyses en laboratoire.

Figure 20 : destruction des


mottes par la pluie.

42
Constitut’ion ‘!
physique,propriétés
et comportement
des~sols ,’

l Le sol est un milieu poreux de composition très complexe.


Si l’on pétrit de la terre humide dans sa main, on se rend vite compte que sa
composition est complexe. En comparant ainsi des échantillons de terre pris à
differents endroits ou différentes profondeurs, on s’aperçoit que leur composition
est extrêmement variable. On y trouve, en proportions différentes, des particules
de taille variable dont les plus fines, non visibles à l’oeil nui forment une sorte #de
pâte plus ou moins collante et plus ou moins plastique.
Si l’on prend un peu de terre sèche, on remarque qu’elle se présente sous forme de
mottes de tailles et de formes différentes. La difficulté d’écraser ces mottes entre
ses doigts varie d’un échantillon à l’autre.
Quand on plonge une motte de terre dans l’eau, il s’en échappe des bulles, Le sol
peut donc contenir de l’air ou de l’eau.
l Le sol est un milieu poreux dans lequel on distingue trois phases :
. une phase solide : constituée de particules minérales provenant de la dégrada-
tion des roches et de particules organiques provenant de la décomposition des
végétaux ;
. une phase liquide : l’eau qui circule dans le sol y dissout les éléments soIubles;
c’est la solution du sol ;
. une phase gazeuse : l’air circule dans le sol et permet aux racines et à certains
micro-organismes de respirer. Les gaz dégagés par les activités biologiques
modifient la composition de l’atmosphère du sol.
L’importance relative de ces trois phases varie constamment (dans le cas par
exemple d’un sol complètement sec, la phase liquide est nulle).
Le mode d’assemblage des constituants de la phase solide crée un milieu poreux
dont les pores sont plus ou moins comblés d’eau ou d’air.
l La nature des constituants solides du sol permet de faire une première
classification:
. la fraction minérale du sol, issue de la dégradation des roches en particules plus
ou moins fines et de leur altération (modification chimique).
. la fraction organique, qui provient de la décomposition des végétaux par les
micro-organismes. Elle peut représenter entre 1% et 20% du poids de terre sèche.
Nous étudierons successivement ces deux fractions.

43
ETUDIER LA FRACTION MINERALE DU SOL
L’ANALYSE L’analyse granulom&rique sert à classer les différentes particules de la fraction
GRANULOMÉTRIQUE minérale du sol selon leur taille et à déterminer le pourcentage de chaque fraction.
Elle permet ainsi de déterminer, à partir d’un échantillon de terre, sacomposition
granulométrique.
Après avoir séché la terre et écrasé les mottes, on passe l’échantillon au travers
d’un tamis à trous ronds de 2 mm. On élimine ainsi les cailloux, graviers et gros
débris végétaux et on obtient la terre fine sur laquelle porte l’analyse.
La matière organique est ensuite détruite par de l’eau oxygénée.
Les différentes particules constituant la terre fine sont classées selon leur taille.

Figure 21 : classes
granulométriques retenues par
les méthodes internationales
(1 micron = 111000mm).

50 à 200 microns
200 microns à 2 mm

Mais les particules se trouvant dans une même classe peuvent être de nature
minéralogique différente, car d’origine différente, selon :
l les roches dont elles sont issues,
l le mode d’altération qu’elles ont subi (décomposition chimique).
Il sera donc important, en plus, de l’analyse granulométrique, de connaître la
nature de ces particules et notamment leur comportement chimique d’où décou-
lent certaines propriétés du sol.

PROPRIÉTÉS DES Les constituants solides du sol ont des propriétés qui dépendent en grande partie
DIFFÉRENTS de leur taille, mais aussi de leur nature (comportement physico-chimique).
Ainsi par exemple, les sables grossiers n’adhèrent pas facilement les uns aux
CONSTITUANTS autres et, s’il y en a beaucoup, le sol est perméable ou “filtrant”. Si, en revanche,
MINÉRAUX DU SOL les éléments fins sont majoritaires, ils constituent lorsqu’ils sont humides une
masse plus ou moins continue, le sol est alors moins perméable.
On distingue les argiles de l’ensemble des autires constituants du sol :
l les argiles forment la partie active d’un sol,
l les liinons et les sables forment sapartie inerte ou encore son “squelette’!
Cette distinction s’explique par les particularités des argiles et les propriétés
qu’elles confèrent au sol. ’

44
Propriétésspécifiques A l’appellation “argile” correspondent dans la pratique plusieurs définitions, qu’il
des argiles est important de bien distinguer :
argiles granulométriques : c’est l’ensemble des particules minérales du sol dont
la taille est inférieure à 2 pm et donc classées dans les “argiles” par l’analyse gra:
nulométrique ; mais elles peuvent être de natures très différentes :
l minéraux provenant de la fragmentation des roches, appelés minéraux
primaires(silice-quartz-calcaire...),
l minéraux provenant de l’altération chimique des roches : argiles minéralogiques
(montmorillonite, illite, kaolinite); oxydes de fer et d’aluminium.
argiles minéralogiques : ce sont aussi des particules de taille inférieure à 2’prn
mais de nature spécifique. Elles sont issues de 13 transformation chimique (alté-
ration) des minéraux constitutifs des roches. C’est leur comp,osition chimique
(silicates d’alumine hydratés) et leur structure en feuillet qui leur donnent des pro-
priétés particulières (cf. encadré).

Propriétés des argiles minéralogiques


l Propriétés hydriques : rétentiond’eau, variation de volume.
La structure en feuillets extrêmement fins donne à l’argile la capacité de stocker
une importante quantité d’eau. Selon leur teneur en eau, ces minéraux présentent
des variations de volume :
l en phase d’humectation (augmentation de la teneur en eau), l’argile gonfle,
l en phase de dessiccation (diminution de 13 teneur en eau), l’argile se rétracte.
Au niveau d’un sol, cela se traduit par la formation de fissures en période sèche.
Cette propriété concerne surtout les argiles de type montmorillonite (argiles
gonflantes). Elle concerne très peu la kaolinite (celle-ci sert à la fabrication des
poteries et si elle changeait de volume, les poteries se fissureraient à 13 cuisson).
Une terre riche en argile pourra stocker une grande quantité’ d’eau:

Fentes de retrait en saison l Propriétés physico-chimiques : rétention d’ions, dispersion et floculation.


sèche dans les vertisolsriches Les-particules argileuses, de par leur composition, possèdent des charges électri-
en argiles gonflantes - ques capables de retenir les ions présents dans le sol.
(photo G. de Laubier) Ces charges sont essentiellement négatives et retiennent donc principalement les
ions positifs ou cations (par ex. K+, Ca++, H’).
Les argiles jouent ainsi un rôle essentiel de stockage d’éléments minéraux
nécessaires à 13 plante. (Cf. fig. 22).
Figure 22 : rétention des Pour être disponibles pour les plantes, ces éléments minéraux (cations) doivent
cations par une particule être libérés et passer sous forme dissoute dans la solution du sol (eau).
d’argile Le nombre de cations que peut retenir (adsorber) une particule d’argile représente
sa Capacité d’Echange Cationique, notée CEC. Celle-ci dépend du nombre de char-
ges électronégatives que présente la particule. Elle varie selon le type d’argile et
est particulièrementimportante pour 13 montmorillonite.
Les particules d’argiles possèdent aussi quelques charges positives leur permet-
tant de retenir des anions, en particulier PC,---, mais en très faible quantité.
Les particules d’argile étant toutes chargées négativement, elles ont tendance,
dans l’eau, à se repousser entre elles. Elles seront donc à l’état dispersé en
suspension dans l’eau. Si l’on introduit dans cette suspension d’argile un acide qui
libère des ions H+ ou un sel de calcium libérant des ions Ca++, ceux-ci s’accolent aux
particules d’argile et les neutralisent. Les micelles d’argiles s’agglutinent alors
entre elles : c'est 13 floculution.
L’argile floculée maintient soudés les différents constituants d’un sol sous forme
d’agrégats (mottes).
Au contraire, l’argile dispersée se mélange à l’eau et peut être entraînée par le
ruissellement ; elle rend le sol compact et asphyxiant pour les racines.
Un sol dont l’argile est floculée est relativement perméable ; il devient imperméa-
ble lorsqu’elle est dispersée (problème d’érosion).

45
Les argiles sont des silicatesd’ahmine hydratés, Une classificationde ces minéraux est réaliséeen
LES cristallisésen forme de feuillets. Certains feuillets considkrant la constitution des feuillets(surtout le
PROPRIETES sont constituhsde silice(atomes de siliciumentou- rapport SVAI)et leur mode d’association(distance
rés d’atomes d’oxygéne), d’autres d’alumine (ato- entre les feuillets). Les trois principauxtypes d’ar-
DESARGILES mes d’aluminium entourés d’atomes d’oxygène et gilescouramment rencontrésdans les solssont la
MINERALOGI- de groupements OH). Une particule d’argile est kaolinite, Mite et la montmorillonife (cette der-
constituée de plusieurs feuillets superposés et niére faisant partie des smecfiques).
QUESSONT s’appelle une micelle.
Les propriétés des argiles s’expriment de façon
DUESA LEUR plus ou moins importantes selon leurs structures.
CONSTITUTION
Structure des feuillets de
2 types d’argile

Angstrom : unit6 de mesure de


longueur d’onde et des distances
atomiques et valant 1O-10 mktre.

Strwture typekaolinit6 Strwctwetpe montvnorilloirite

Comparaison des propriéth


dé trois types d’argile.

* Propriétés mécaniques : plasticité-adhésivité-cohbsion


Plasticité : c’est l’aptitude à être modelé, à recevoir une déformation permanente.
C’est cette propriété qui est utilisée en pdterie (kaolinite). Un sol contenant de
l’argile devient plastique A partir d’une certaine teneur en eau.
Adhésivité : c’est l’aptitude d’une terre à rester collée aux doigts ou aux outils.
L’adhdsivité de l’argile est forte; elle augmente avec l’humidité, jusqu’A un maxi-
mum au delà duquel elle décroît. On parle aussi parfois d’adhbrence.
Cohésion : elle correspond à la force qu’il est nécessaire d’appliquer sur une motte

46
pour provoquer son fractionnement. La cohésion entre les particules d’argile est
forte. Plus une terre est riche en argile, plus il est difficile d’en casser les agrégats.
La cohésion diminue quand l’humidité augmente.
‘i
Figure 23 : la cohésion et
l’adhésivitédépendent de sol Gyileux
l’humidité du sol
(d’après Henin. Le profil
cultural, Masson 1970).

*
w
. . . . . cohésion
Lorsque croît l’humidité d’un sol, la cohésion diminue et l’adhésivité i,
u’A un maximum au-delà duquel,elle décroît.

Propriétés des argiles granulométriques


l Les minéraux provenant de la fragmentation des roches se comportent comme
des limons très fins (voir plus loin).
l Les hydroxydes de fer et d’aluminium sont chargés positivement et peuvent ainsi
retenir les anions (PO,-- par exemple). Ils jouent donc aussi un rôle dans le stockage
des éléments nutritifs de la plante. Ils existent en quantité importante dans
certains types de sols haïtiens. Comme l’argile, ils peuvent être floculés ou
dispersés.

Propriétésdes limons Les limons, les sables et les éléments grossiers proviennent de la désagrégation des
et des sables roches; Ce sont donc soit des fragments de roches (pierres, graviers), soit des
minéraux qui constituaient ces roches (limons et sables). Ils constituent ce qu’on
appelle le squelette du sol.
Les limons et les sables ne représentent pas de phénomène de gonflement ou de
retrait et ne sont pas plastiques à l’état humide.
Seuls les limons fins peuvent présenter une certaine capacité de rétention d’eau et
éventuellement d’ions (mais beaucoup plus faible que celle de l’argile).
Les limons
Leslimons sont peu perméables : ces éléments fins n’étant pas capables de floculer,
ils sont facilement mélangés à l’eau de pluie et peuvent être entraînés par le
ruissellement.
Dans un sol constitué essentiellement de limons, les mottes de terre sont ,très
facilement détruites par la pluie. La surface du sol devient alors compacte et
imperméable, ce qui peut poser des problèmes de germination des grains, d’enra-
cinement et d’asphyxie des plantes : c’est la battance. On dit d’un sol sensible à ce
phénomène qu’il est battant. Lorsqu’ensuite’il sèche, il devient très dur et compact,
c’est la prise en masse.
Un sol limoneux (riche en limons) peut présenter une cohésion très forte à l’état sec
mais elle diminue très vite dès que lhumidit4 augmente. Son adhésivité est faible.
(voir figure 23)
Les sables
Les sables sont très perméables. Leur capacité de rétention d’eau est très faible,
sauf pour certains sables calcaires poreux. Ils sont ‘rugueux et peuvent user les
outils de travail du sol. Ils n’ont aucune cohésion, ni adhésivité, ni plasticité.
Dans les sols basaltiques, ils peuventjouer un rôle important : lorsqu’ils s’altèrent

47
(se décomposent chimiquement), ils sont source d’éléments minéraux assimilables
par les plantes.

Particularité Ils peuvent qaire partie des différentes classes granulométrigues. Cert,aines
desélémentscalcaires méthodes d’analyse utilisent l’acide chlorhydrique pour disperser les éléments
fins. Les particules calcaires sont alors dissoutes. D’autres méthodes utilisent le
KCl qui ne les dissout pas..Leur comparaison permettra de connaître la repartition
de particules calcaires dans les différentes classes granulométriques.
Le calcaire joue un rôle important dans les propriétés physiques et chimiques d’un
sol. Les ions Calcium (Ca++) provoquent la floculation des argiles, au point qu’en
excès il devient très diffkile de faire une analyse granulométrique. Ils ont aussi
pour effet de réduire fortement la disponibilité du phosphore (PzO,).
Certains limons ou sables calcaires poreux peuvent jouer un rôle dans la capacité
d’un sol a retenir l’eau.

Figure 24 : récapitulatif des


propriétés des différentes i Propriétes Argiles (1) Limons Sables
fractions granulométriques. (0 -2 Id (0 - 20 l-4 (50 - 200 p)
-~~-.---
t
Rétention d’eau Forte Moyenne Faible à nulle
t -.~
Variationde volume
à I’humectation Forte à faible Nulle Nulle
dessication
--
Plasticitéet adhésivité Très forte Faible Nulle
à l’état humide

Cohésion à sec Très forte Nulle à faible Nulle

Cohésion à Assez forte Nulle à très faible Nulle


l’état humide
--
Rugosité Nulle Nulle Forte

Rétention Forte Très faible Nulle

(1) Variable selon la nature minéralogique des argiles

LA TEXTURE D’UN SOC Les propriétés d’un sol résultent de celles de, ses différents constituants et de leur
importance relative, elles dépendent donc en grande partie de sa composition gra-
nulométrique.
La texture est l’ensemble des propriétés qui résultent d’une composition
granulométrique donnée. Elle permet de porter un jugement global sur un sol.
Dans la pratique, on assimile souvent la texture d’un sol à sa composition granu-
lométrique, mais il faut se rappeler qu’àune même texture correspond de nombreu-
ses compositions granulométriques.

Letriangletextural Le triangle textural permet une identification ‘graphique des textures issues des
compositions granulométriques possibles des sols. Elle est basée sur la proportion
DDE: sables (de 50 p à 2 mm); limons totaux (de 2 p à 50 p) ; argiles (< 2 p).
l La somme de leurs pourcentages respectifs pour un sol est égale à 100%. Le
triangle est construit de telle façon qu’à chacun de ses points correspond une

48
composition granulométrique précise (cf. figures 25 et 26). Il est divisé en “‘[Link]
de texture” auxquelles correspondent une appellation. Par exemple, un sol qui est
constitué de plus de 60% d’argile correspond à une “texture d’argile”. Un sol
composé de 25% d’agile, 40% de limons et 35% de sable a une “texture limqno-
argilo-sableuse”.
Les limites entre ces classes et les appellations sont légèrement différentes entre
les triangles français et américains. Le mode de,représentation graphique est
aussi différent.

Figure 25 : triangle de texture


du Geppa cité par Henin,
Gras, Monnier - 1969.
Figure 26 : triangle de texture
d’après le Soi1Survey
Manual- 1951.

tièsfifi
90 SO ?b 60 & 40 30 20 io

1 \ \
10 20 30 40 50 60 Xl SO 90

Utilisationet limites ,’ l Le triangle textural permet de prévoir le comportement global d’un sol grâce à
sa composition granulométrique, mais cela ne doit être qu’un élément complémen-
taire aux observations réalisées sur le terrain. ~
l Il permet de comparer des sols entre-eux de manière plus objective que par des
observations de terrain.
l Les rôles de la matière organique et du taux de calcaire (voir plus loin) ne sont
pas pris en compte.
l Il n’est pas tenu compte de la nature minéralogique des divers constituants du
sol, notamment des argiles.

49
Figure 27 : exemple d’utilisa-
tion du triangle textural
pour quelques sols haïtiens ;
échantillons de terre prélevés
entre 0 et IO’cm.

4
I(
0
u
a
6

1 \ . \.
10 20
20 30 40 !Xl
!Xl 60
60 H, BO
BO 90
90
hm (2-50~) ~-
.7- I
type de sol situation topographique argile limon

39 54 7 518
Colluvionssur piedmont 39 48 13 2,5
calcaire 40 56 4 4,7
Sols du versant Sols rouges
Nord de la bauxitiques 23 45 32 5,2
presqu’île Sud Milieu de pente sur 13 75 12 10,o
(transect calcaireérodé 18 72 10 5,0
Madian-Salagnac)
calcaire 49 42 9 739
Vertisols bas de pentes basalte 53’ 34 13 2,7
‘calcaire 70 26 4 5,5

Sol peu évolué d’apport alluvial / 25 42 33 3,4


Sols du périmètre
irrigué de 39 7 593
St Raphaël
(Plateau Central) Sol brun calcaire 60 36 4 498

Vertisolshydromorphes 65 29 6 5,3

Sois sablo-limoneux d’alluvions(Plaine de Larbre) 28 56 2,7

50
On utilise les différentes propriétés des 1) Essai de rbalisation d’un anneau de tbsre
APPRECIATION constituants solides du sol et en particulier la 9 On prend entre ses mains un peu de terre que
DE LA TEXTURE pfasticite de l’argile. l’on amène à son humidité maximale
Ce diagnostic tactile de la texture donne des d’absorption, à laquelle elle est le plus plastique.
SURLE TERRAIN indications qui peuvent expliquer les autres ob- l On essaie de réaliser ensuite, un boudin
servations réalisées sur un profil cultural d’environ 5 mm de diametre et de 10 cm de
(voir chapitre 10) notamment les états structu- long:
raux observés à differentes périodes. II permet - si cela est impossible, il y a moins de 10%’
aussi de plus ou moins prévoir ou expliquer le d’argile ;
comportement de certains sols (battance, - si cela est réalisable, il y a plus de 10%
stabilite structurale...). d’argile
et on essaie alors de faire un anneau.
9 Lors de la réalisationd’un anneau avec le . Savonneux : abondance de limons grossiers
boudin : (20 à 50 p).
- si l’anneau est facilement réalisable, la teneur . Rugueux : sables grossiers.
en argile est sufkieure à 30%. Si, de plus, la
Remarques
terre trés humide est très collante aux doigts, elle l Lorsqu’une terre riche en argile est seche, il
contient au moins 40% d’argile ;
est difficile de faire ce test, car elle s’humecte
- si l’anneau se fissure aux 3/4 de sa fermeture,
lentement. II est difficilede l’homogénéiser et
la teneur en argile est inférieure à 30% et la terre
on peut alors confondre des petits agrégats très
contient plus de limon que d’argile ;
durs avec des sables grossiers.
- si l’anneau se fissure avant la 112fermeture, le
0 La présence de beaucoup de matière
taux d’argile est inférieur à 30% et la teneur en
organique peut conduire à assimiler son
limon est égale ou légèrement supérieure à celle
comportement à celui d’une terre riche en argile
de l’argile.
ou limons fins.
Trés humide, si la terre colle encore aux doigts, La présence de sables grossiers rend plus
l

elle contient 15% à 25% d’argile ; si elle séche difficile ce test.


rapidement et ne colle pas, elle contient 10% à Des terres peuvent être diagnostiquées
l

15% d’argile. comme riches en argile par l’analyseet ne pas


en avoir le comportement. Cela est fonction de
2) Aspects de la terre sbche au toucher la nature minéralogique des argiles : les
. Soyeux ou talqueux : abondance de limons fins hydroxydes de fer et d’aluminium qui sont
(2 à 20 p). Ceux-ci salissentla main, mais cela dominants en sol ferralitique se comportent
peut étre aussi le signe de la présence comme des limons très fins bien que classés
d’oxydes ferriques (sols ferralitiques). dans les argiles par l’analysegranulométrfque.

51
ETUDIER LA FRACTION ORGANIQUE DU SOL
La fraction organique joue un rôle très important dans le comportement d’un sol,
l’alimentation minérale des plantes et le stockage de l’eau.

ORIGINEETÉVOLUTIONElle provient principalement dela décomposition des résidus végetaux et animaux


DELA MATIÈRE morts par les micro-organismes vivant dans le sol. Sa composition est variable,
principalement constituée de carbone, d’oxygène, d’hydrogène et d’azote mais
ORGANIQUE D’UNSOL aussi de phosphore, de potassium, de calcium, de soufre et d’oligo-éléments.
La décomposition des matières organiques fraîches se déroule en différentes
phases successives, de durées plus ou moins longues et dont l’aboutissement est la
formation d’humus.
Au cours de cette décomposition, une partie des matières organiques est transfor-
mée en éléments minéraux: c’est la min&uZisation. L’humus se mineralise aussi,
mais beaucoup plus lentement que les, matières organiques fraîches.
Les matières organiques présentes dans’Ûn sol sont plus ou moins decomposées et
on peut les classer selon leur stade d’évolution.
l Les matières organiques libres (ou fraîches) : ce sont les résidus de culture, les
racines, les feuilles d’arbres, les déjections animales, déposés sur le sol ou enfouis
et les corps microbiens. Elles sont peu évoluées et le plus souvent encore visibles,
car non liées à la matière minérale du sol. Elles correspondent aux matières orga-
niques qu’on isole facilement en laboratoire (par sédimentation).
l L’humus : c’est la forme la plus évoluée et la plus stable des matières organiques.
Il constitue de ce fait l’essentiel du stock de matière organique du sol. Il se
transforme lentement en éléments minéraux, 1% à 10% du stock d’humus est
minéralisé chaque année dans les sols tropicaux.
l Les produits transitoires : ce sont toutes les substances issues d’une première
décomposition rapide des matières organiques libres et qui évolueront ensuite en
partie pour donner de l’humus.
L’humus et les produits transitoires constituent ce qu’on appelle les matières
organiques liées car elles sont étroitement associées aux constituants minéraux du
sol, plus particulièrement aux argiles. Dans un sol, la matière organique existe à
tous les stades d’évolution, l’humus représentant la fraction la plus importante en
conditions normales.

Processusd’évolution Selon leur composition d’origine, les matières organiques libres ne suivront pas la
desmatièresorganiques même évolution, mais toutes passeront par les êtres vivants du sol (petits
animaux, champignons, micro-organismes) auxquels elles servent de “nourri-
ture”.
On considère trois grandes étapes dans le processus d’évolution des matières
organiques qui, dans la réalité, se déroulent plus ou moins simultanément.
lère étape : la minéralisation directe (ou primaire)
Les résidus végétaux et animaux sont constitués de différentes substances.
l Celles qui sont faciles à décomposer, comme les sucres, l’amidon, les protéines,
la cellulose. Elles vont être rapidement transformées par les micro-organismes du
sol qui vont, dans un premier temps, se multiplier puis mourir. La décomposition
de ces matières organiques et la mort des micro-organismes aboutissent à la
libération d’éléments minéraux et de quelques substances organiques simples
appelées substances pré-humiques.
l Certaines sont plus difficiles à décomposer, comme la lignine, les graisses, les
résines, les tanins. Elles vont être lentement attaquées par les animaux et micro-
organismes du sol et transformées en divers substances organiques plus simples
(molécules moins complexes).
Cette première étape, rapide, s’accompagne d’une prolifération de micro-organis-
mes et d’une libération d’eau, de gaz carbonique (CO,) et d’énergie (chaleur).

52
Figure 28 : évolution dés
matières organiques dans ORGANISMES
le sol ViVANTS.

. kdMV~T\O~. ’
physico-cltbmqh3

Une grande partie des matières organiques libres sont ainsi transformées en
éléments minéraux : c’est la minéralisation directe. L’autre partie donne de
nouvelles substances organiques qui sont des produits transitoires.
Au cours de cette première étape, les fortes concentrations en carbone provoquent
une forte multiplication des micro-organismes qui ont aussi besoin d’azote (envi-
ron lg d’azote pour 30g de carbone soit UN = 30). Si les matières organiques a
décomposer sont pauvres en azote (C/N c 30), ils utilisent alors l’azote minéral: du
sol, le rendant ainsi indisponible momentanément pour les dlantes;. Ce phénomène
se produit souvent à l’arrivée des premières pluies, au moment de la preparation
des terres et de l’enfouissement des résidus de la culture précédente. Il peut se tka-
duire par un effet dépressif sur les cultures immédiatemr(nt mises en place, ,on
parle alors de “faim d’azote”.
~!
2ème étape : l’humification
Le processus de décomposition que nous venons de décrirè consiste en une
dégradation de molécules complexes en molécules plus simples, minérales !OU
organiques.
‘A l’inverse, l’humification consiste en une construction de molécules de plus en
plus grosses, à partir des molécules simples obtenues par la décomposition des
matières organiques libres.
Ce processus, plus lent, aboutit à la fabrication de produits organiques plus
stables, les substances “humiques” que l’on regroupe sous le nom d’humus.
Lors de cette phase d’humification, une partie des produits transitoires est
intégrée dans la fabrication de l’humus, l’autre partie est minéralisée.

'53
La quantité d’humus qui sera produite à partir d’une quantité donnée de matières
végétales (ou animales) dépend de leur composition. Ce sont surtout les végétaux
riches en lignine, substance constituant le bois, et dans une moindre mesure en
cellulose qui fournissent de l’humus.
Par exemple, si l’on enfouit de l’herbe jeune et verte dans le sol, elle sera
rapidement et totalement minéralisée et ne produira pas d’humus. Par contre, les
tiges de maïs ou de sorgho qui restent après la récolte sur le sol sont riches en
lignine et fournissent beaucoup d’humus.
Sème étape : la minéralisation de l’humus ou minéralisation indirecte
L’humus est relativement stable, mais bien que résistant aux attaques microbien-
nes, il est lentement minéralisé par les micro-organismes car les variations des
conditions physico-chimiques (ex: humidité, température...) le déstabilise : c’est la
minéralisation indirecte.
La part de l’humus stocke dans le sol, qui est ainsi minéralisée chaque année,
dépend essentiellement de la nature du sol, mais aussi des conditions climatiques
et des pratiques culturales. Elle varie entre 2% et 12% dans les sols tropicaux.
La minéralisation nette
L’action des micro-organismes sur des résidus organiques récemment enfouis
dans le sol se traduit à la fois par :
l une décomposition des résidus avec libération de carbone et d’azote minéral: cela
correspond à la minéralisation brute,
. une synthèse de composés humiques (humus) à partir de chaînes carbonées et
d’azote minéral: c’est la réorganisation ou immobilisation.
Le bilan de ces deux processus correspond à la minéralisation nette, soit:
minéralisation nette = minéralisation brute - immobilisations.
l Si la matière enfouie a un rapport C/N inférieur à 20, sa décomposition fournit
plus d’azote que les micro-organismes n’en utilisent. Il y a donc libération d’azote
minéral dans le sol: la minéralisation nette est positive.
l Si au contraire la matière enfouie a un rapport C/N très supérieur a 20, sa
décomposition fournit une quantité de carbone telle que l’azote minéralisé ne suffit
pas à satisfaire les besoins des micro-organismes. Ces derniers utilisent alors
l’azote minéral du sol: la minéralisation nette est négative. L’azote minéral du sol
ainsi immobilisé n’est plus disponible pour les plantes, il le sera de nouveau
ultérieurement au fur et à mesure de la minéralisation de l’humus.

Répartitiondesmatières En général, la couche de terre la plus riche en matières organiques et en humus


organiquesdansle sol correspond a l’horizon travaillé par l’agriculteur et colonise par la plupart des
racines. Cet horizon de surface est en effet celui où sont enfouis tous les résidus
végétaux : on l’appelle Z’horizon humifere, il est de couleur noire ou foncée, d’epais-
seur très variable et correspond en général a la couche du sol la plus fertile.

La gestion de la fertilité des sols passe toujours par le maintien d’un horizon
humifère (ou organique) en surface, le plus important possible.
Lorsqu’un terrain est soumis a l’érosion, cet horizon est le premier a être dégradé
et sa disparition entraîne une chute brutale et très importante de la fertilité. Il est
donc nécessaire de privilégier toute technique permettant le maintien ou la
création d’un horizon de surface riche en matières ,organiques.
Une augmentation de la profondeur de travail du sol aboutit a une dilution
irréversible de la matière organique dans un volume de terre plus grand.
La quantité et la nature des matières organiques présentes dans le sol sont en
constante évolution. Chaque année, une partie de l’humus est minéralisee, mais
il est remplacé plus ou moins par celui qui se forme a partir des résidus végétaux
Profild’un sdl brun vertique sur et animaux déposés sur le sol.
basalte. On distingue l’horizon Ainsi la variation de la quantité d’humus du sol sur une période donnée correspond
supérieur plus sombre, dû à au résultat du bilan suivant : humus produit - humus mineralisé. Un résultat
une concentration plus élevée négatif de ce bilan indique que le stock d’humus du sol décroît, un résultat positif
en matière organique indique qu’il augmente. Le mode de réalisation de ce bilan humique est exposé
(photo J. Cavalié). dans le chapitre 10.

54
PROPRIÉTÉS l Propriétés hydriques : I’humus est hydrophile ; il peut retenir beaucoup plus
DELA FRACTION d’eau que l’argile (jusqu’a 15 fois son poids). Mais il la retient énergiquement et
celle-ci n’est donc pas totalement disponible pour les plantes: Dans les sols pauvres
ORGANIQUEDU SOL en argile, surtout les sols sableux, l’humus aura un rôle très imqortant: augmen-
Propriétésde I’homus ter la capacité de stockage en eau du sol. ,
l L’humus est électronégatif : comme l’argile, les molécules d’humus sont en-
tourées de charges électronégatives. De ce fait, elles sont capables de fixer les ions
positifs. La capacité qu’a I’humus de retenir les cations est plus importante que
celle de l’argile.

Figure 29 : capacité d’échange


cationique de I’humus et de
différents types d’argile.

(1) Voir définition p. 65.

Ainsi, dans un sol pauvre en argile, l’humus permettra d’augmenter la capacité


d’échange cationique (CEC) et donc d’àméliorer l’alimentation minérale des plan-
tes. L’humus peut être floculé, mais plus difficilement que l’argile à cause de
l’épaisse couche d’eau entourant ses molécules. Cependant, le calcium (cation
bivalent Ca++) le flocule en particulier dans les milieux où les saisons sèches et
humides sont bien marquées.

L’argilet Ilhumus= Les micelles d’humus et d’argile sont électro-négatives; elles ne devraient donc pas
le complexe s’associer. Mais cela se réalise par l’intermédiaire de cations tels que le fer (Fe++)
et surtout le calcium (Ca++, plus stable). On parle alors de pont calcique ou pont
argilohumique ferrique. Dans un sol pauvre en argile mais riche en oxydes de fer ou d’aluminium,
l’humus se fixe directement à ces derniers. Cette association argile + humus forme
le complexe argilo-humique (Cf. encadre le complexe argilo-humique).
De cette manière, l’humus protège l’argile contre la dispersion, Ils forment
ensemble un ciment qui, avec les autres constituants du sol, permet la formation
d’agrégats résistants à la dégradation par l’eau. Ainsi, dans certaines terres
sensibles à l’érosion, une forte teneur en humus limitera le phénomène.
Une forte teneur [Link] favorise la formation d’humus Cnumification) et limite
sa minéralisation (surtout en terrain calcaire).

Le rôlede I’humus D’une manière générale, l’efficacité de l’humus sera d’autant plus importante que
dépenddu type de sol le sol est pauvre en argile :
l il permet une meilleure cohésion des agrégats, il améliore la structure du sol ;
l il augmente la rétention de l’eau et des éléments minéraux, surtout dans les sols
sableux ;
l il rend les terres argileuses moins imperméables et plus faciles à travailler
(moins collantes);
l il fournit aux plantes des éléments minéraux lors de sa minéralisation.

Lesmatières Elles augmentent fortement la stabilité strr+cturale du sol (cf. ci-après) mais du fait
organiques.
libres de leur utilisation rapide par les micro-organismes, ce role est temporaire.
Leur évolution est rapide en saison humide, ce qui limite les problèmes qu’elles
peuvent causer, la création d’obstacles aux racines par exemple.
Leur rôle essentiel dans les sols où les agriculteurs n’utilisent pas d’engrais
chimiques est l’immobilisation sous forme organique des éléments nutritifs néces-
saires à la plante et leur libération sous forme mi)nérale.
La minéralisation directe des matières organiques libres et la minéralisation
indirecte de l’humus constituent l’essentiel de l’alimentation des plantes dans la
plupart des sols haïtiens.

55
Les particules d’argile et d’humus, bien que de
LE COMPLEXE même l

signe négatif, peuvent se lier ensemble :


ARGILO-HUMIQUE
-- -c---, n, ,A. --“--<I t?l ,-\.- - ----^d-- 1-b Ha

. par l’intermédiairedes . par l’intermédiairedes . sur les quelques charges positive&


ions Ca++(pont calcique); hydroxydes de Fe ou d’Al; des feuillets d’argile.

lCette liaisonargile-humus est tres resistante,


ainsi I’humus protège l’argilecontre la dispersion.
Lors dune pluie importante par exemple :

. l’argile seule risque de se disperser et d’être en- .’ce risque est très faible s’il y a formation d’un
traînée par ruissellement; complexe argilo-humique.

l L’humus joue donc un rôle de protection contre retour, l’argile ralentit la minéralisation de
la dispersion des cléments fins de sol et limite I’humus.
les risques d’une dégradation par les pluies. En

Elles jouent aussi un rôle important dans les comportements physiques des sols et
améliorent leurs qualités biologiques en étant l’aliment des animaux et micro-
organismes qui y vivent.
Enfin elles protègent le sol contre Yerosion.
Les matières organiques, sous leurs différentes formes constituent la base de la
fertilité chimique des sols haïtiens.

ANALYSER LE COMPORTEMENTPHYSIQUED’UN SOL :


ETUDIERSA STRUCTURE
Quels sont les principaux
l rôles du sol vis-à-vis d’une culture ?
. un rôle de support physique des plantes ; il doit donc favoriser la pénétration des
racines en profondeur,
. un rôle d’approvisionnement en eau des plantes ; il doit être capable de stocker
une grande quantité d’eau et de la rendre disponible pour les racines,
. un rôle d’alimentation chimique des plantes en fournissant les éléments miné-
raux dont elles ont besoin. Ce rôle est lié à celui d’enracinement.

Porter un diagnostic sur un sol, c’est évaluer ses aptitudes à jouer ces différents
rôles en fonction des techniques qui lui sont appliquées.

56
QU’EST-CE QUE LA La structure, c’est le mode d’assemblage dés différents constituants d’une
STRUCTURED’UNSOL? couche de terre à un moment donné.
Les différents constituants-du sol s’associent entre eux de différentes façons :
l les sables et les limons jouent le rôle de squelette,
l les argiles et la matière organique jouent un rôle de ciment.
Cette association constitue des éléments structuraux (ou mottes) de tailles et de
formes variables, et plus ou moins solides (cohérents).
On caractérise la structure d’un sol par :
l la forme et la taille des mottes (éléments structuraux),
l la cohésion de ces mottes, c’est-à-dire leur résistance à la rupture,
l la porosité, c’est-à-dire l’espace occupé dans le sol par des gaz ou des liquides.

La porosité Pour un volume de sol donné, la manière dont sont associées entre elles les
particules élémentaires de la terre et dont sont agencés les éléments structuraux
ainsi formés définit la répartition entre les pleins et les vides, donc la porosité.
Celle-ci joue un rôle important sur :
l la circulation de l’eau et de l’air dans le sol (éléments nécessaires aux racines) ;
l la croissance et le fonctionnement des racines; ’
l la vië biologique dans le sol.
Généralement, les techniques culturales et en particulier le travail du sol, viseront
à favoriser l’aération, la circulation de l’eau, l’enracinement et donc à augmenter
la porosité du sol (saufpar exemple dans certaines rizières où l’on cherche à garder
l’eau en créant un horizon imperméable).
Les cavités ou pores qui constituent cette porosité peuvent être d’origine diffé-
rente.
l La porosité due à l’assemblage des particules élémentaires est une caractéristi-
que de la constitution granulometrique du sol ; c’est la porosité texturale. Par
exemple, dans un tas de sable, cela correspond à l’ensemble des vides existant
entre les grains. Elle est peu modifiable par des agents externes.
l Laporosité structurale est due à l’arrangement entre eux des agrégats. Contrai-
rement à la précédente, elle varie dans le temps sous l’action du climat, des outils,
de la faune et de la flore. Le travail d’une terre à la’houe, par exemple, augmente
la porosité structurale. Dans les parties non travaillées du sol, elle représente une
faible part de la porosité totale.

Figure 30 : porosité structurale


et texbrale.

*‘...* .. ..’ :‘.... . I’.‘.,,


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La porosité texturale intervient dans le stockage de l’eau et sa circulation par des


mécanismes de succion (voir chapître 9).
La porosité structurale est le plus souvent observable à l’oeil. Son influence est
déterminante sur les possibilités d’enracinement, la circulation de l’eau par gra-
vite et sur celle de l’air.

57
LES DIFFÉRENTES La structure d’un sol se modifie sous l’action des outils de travail du sol, du climat,
FORMES DE des racines et de la faune. Leurs effets sont très variables selon la nature du sol,
en particulier selon l’abondance des argiles et de leur état (dispersé ou floculé). En
STRUCTURE effet, ce sont surtout les argiles (avec les matières organiques) qui jouent le rôle de
ciment.
l Dans un sol sableux, pauvre en argile, les constituants du sol sont peu liés entre-
eux. La structure d’un tel sol ne seprésentepas, ourarement, sous forme de mottes,
mais plutôt comme une juxtaposition des particules minérales du sol (comme dans
un tas de sable par exemple). On parle dans ce cas de structure particulaire, sa-
bleuse.
l Dans un sol argileux, au contraire, l’argile lie fortement entre eux les différents
constituants du sol. Si l’on prend entre les doigts une motte relativement sèche, il
est difficile de la casser. Lorsqu’un tel sol présente une structure motteuse, celle-
ci résiste bien à l’action de la pluie, elle est stable.

Structure motteuse obtenue


par un travail du sol à la
4ouchettelb (sorte de bêche
très étroite) dans un sol brun
argileux, Dondon
(photo M. Bonnefoy).

L’observation de la structure d’un soi se fait lors de l’étude de son profil


cultural.
Le profil cultural se définit comme l’ensemble constitué par la succession des
couches de terre, individualisées par l’intervention des instruments de
culture, des racines des végétaux et des facteurs naturels réagissant A ces
actions.
Son étude a pour objet d’observer principalement l’état structural de ces couches
de terre et la façon dont elles sont exploitées par les racines dans le cadre d’un
diagnostic sur la culture en place. On cherche particulièrement a porter un
jugement sur les techniques culturales employées.
Les techniques de réalisation d’un profil cultural sont décrites dans le chapitre 10.
Ne pas confondre le profil cultural avec le profil pédologique. Ce dernier a pour
objet d’identifier les mécanismes? naturels qui ont présidé à la formation et
l’évolution des sols ainsi que de connaître leurs propriétés en vue de leur mise en
valeur. Les horizons pédologiques se distinguent par leur texture, leur structure
et leur couleur.

58
On distingue trois grands types de structure plus ou moins favorables à
la croissance et au développement des plantes.

Lesstructures Les constituants solides du sol sont entassés sans aucune liaison.
particulaires Elles sont le plus souvent défavorables .
l
l Si les constituants qui dominent sont des sables plus ou moins grossiers, la
porosité texturale est importante et le sol est filtrant. Mais il’ne retient ni l’eau, ni
les éléments minéraux.
l Si ce sont les éléments fins qui dominent (sables fins et limons), ils s’accumulent
dans les fissures de façon à réduire au maximum la porosité et le sol est battant
et imperméable.
Dans ces deux cas, le sol est très sensible à l’erosion, surtout s’il est pauvre en
matières organiques.

Lesstructures Les constituants sont liés entre eux, mais en un seul bloc. Il n’apparaît aucune
compactesoucontinues fissure permettant la distinction d’éléments structuraux.‘Elle sont également
défavorables. .
l L’air et l’eau n’y circulent pas suffisamment par manque de porosité. Le sol est
asphyxiant, ce qui est néfaste à la vie des animaux, des microbes et des racines.
l Le sol résiste à la pénétration [Link].
l La plage d’humidité favorable auxravail du sol est réduite.

Lesstructures Les constituants sont liés entre eux sous forme d’éléments structuraux plus ou
fragmentaires moins gros et qui se séparent facilement les uns des autres. Chaque élément
structural est constitué d’un ciment argileux entourant les limons et les sables.
A l’intérieur de ce denier groupe, on distingue une multitude de formes de
structure selon :
l la taille des mottes, du millimètre au décimètre ;
l leur forme : sphérique, prismatique, feuilletée... ;
l leur cohésion (solidité) ;
l la netteté des séparations.
Lorsque l’on prend une motte dune vingtaine de centimètres de diamètre et que
l’on exerce une pression dessus, elle se divise en plusieurs mottes qui à leur tour
se divisent en mottes plus petites et ainsi de suite. On définit ainsi, plusieurs
niveaux d’organisation de la structure dont le niveau supérieur est appelé la ma-
crostructure.
.Les séparations entre les éléments structuraux à chacun de ces niveaux sont plus
ou moins nettes et, pour un sol donné, elles sont plus nettes en conditions sèches.
Les structures fragmentaires sont en général recherchées car elles permettent :
. une bonne circulation de l’eau en profondeur lorsqu’elle est en excès (sauf s’il
existe un horizon imperméable dessous);
l une bonne aération favorable à la vie des racines et des micro-organismes;
l une bonne germination des graines (selon la taille des mottes en surface);
l une pénétration facile des racines.
La notion de structure favorable dépend de la culture à mettre en place.
Au cours des différentes phases de leurs cycles, les plantes n’ont pas les mêmes
exigences.
Germination : pour pouvoir germer correctement, les graines ont besoin d’air et
d’eau, il faut donc que la structure de l’horizon de surface favorise leur circulation,
et permette un bon contact entre les graines et les particules de terre (imbibation).
Semis de riz sur un sol dont la
La structure à rechercher dépend donc de la taille des graines, mais aussi des con-
structure superficielle (lit de
ditions hydriques.
semence) est trop grossière. De
nombreux grains risquent de ne Levée : la structure doit aussi permettre la circulation des fluides. La sortie hors
pas donner de pieds (photo D. du sol des parties aériennes ne doit pas être gênée par la présence de grosses mottes
Mermet). en surface ou de croûte de battance.
Développement et croissance des racines : les racines ont besoin d’air, d’eau et
d’éléments nutritifs. On recherchera unelstructure favorisant la circulation des

59
fluides et la pénétration des racines, en profondeur. On évitera la création
d’obstacle aux racines (voir chapitre 7). Les effets dune structure sur l’enracine-
ment dépendent du type d’enracinement. Lorsque l’organe récolté est la racine de
la plante (tubercule), la structure a une influence particulière.

ETATET On caractérise l’état d’un sol a un moment donné principalement par sa structure.
COMPORTEMENT Le comportement d’un sol est la façon ‘dont il va modifier son Btat (donc sa
structure) sous l’action de facteurs externes. Ainsi, la structure d’un sol, et donc sa
D’UNSOL porosite, sont en constante évolution.
Une augmentation de la porosité a, en général, un caractère favorable aux cultures
(jusqu’a une certaine limite), alors qu’une diminution est le plus souvent défavo-
rable et correspond à une dégradation della structure.

Dégradation
de la structure

Figure 31 : dégradation de la
structure par les pluies :

l La pluie est le facteur essentiel de la dégradation de la structure d’un sol :


. l’impact des gouttes d’eau sur le sol désagrège la structure de surface. Les
éléments fins entraînés par l’eau s’accumulent dans les fissures et les bouchent,
le sol devient imperméable : c’est la battanc~ 8’les sols limoneux y sont sensibles, on
dit qu’ils sont battants ;
. lorsque les agrégats s’imbibent d’eau, ils peuvent éclater d’autant plus facilement
que leur cohésion est faible.
Plus les pluies sont longues et intenses, plus la structure risque d’être dégradée.
. Le tassement, provoqué par le piétinement d’animaux par exemple, diminue la
porosité d’autant plus qu’il a~lieu en conditions humides.
. Une structure dégradée, compacte, rend 1e:sol très sensible à l’érosion en favori-
sant le ruissellement.
l La stabilité structurale
La stabilité structurale d’un sol est sa capacité à résister à la dégradation
de sa structure par les pluies,
Augmenter la stabilité structurale d’un sol, c’est aussi le rendre moins sensible à
l’érosion.
La stabilité structurale dépend de la texture du sol. Les sols où les limons dominent
ont tendance à avoir une structure très instable, à être battants, sauf si la teneur
en matière organique est forte.
Les argiles jouent un rôle important et en particulier la montmorillonite : plus la
teneur en argile est Blevee, plus la structure du sol est stable. Mais le rôle des
argiles varie selon la nature des cations fixés :
. le calcium (Ca++) flocule l’argile et rend ainsi la structure du sol très stable ;
. au contraire, le sodium (Na+) a pour effet de disperser les micelles d’argile en s’en
écartant pour former de la soude avec l’eau. Les terres riches en sodium sont donc
particulièrement instables. C’est le cas des sols de plaines proches de la mer.

60
Les matières organiques ont pour effet d’accroître la stabilité structurale des sols.
Les produits transitoires ont une efficacité supérieure à celle ,de l’humus. Les
substances libérées lors de la décomposition des matières organiques libres et les
microbes qui proliferent à ce moment enrobent les agrégats de terre et les rendent
moins mouillables.
L’humus joue un rôle en constituant avec l’argile un complexe argilo-humique qui
lie entre eux les constituants du sol.
L’intensité de la dégradation de la structure du sol dépend :
. de la stabilité structurale du sol,
. de la somme des pluies reçues depuis le dernier travail du sol et de leur intensité,
. de l’état initial du sol : une structure émiettée se dégrade plus vite, dans les
mêmes conditions, qu’une structure plus grossière.
l Protéger la structure et limiter les risqués d’érosion,
Plusieurs techniques peuvent être utilisées, :
. apports réguliers de matières organiques ;
. paillage pour protéger contre l’effet de choc dès gouttes de pluies ;
. éviter de laisser un sol nu, surtout en saison pluvieuse ;~ ~
. éviter les excès d’eau, par exemple en cultivant sur buttes ou billons ;
. limiter le ruissellement sur les pentes par’des aménagements ‘anti-érosifs. ~

Régénération de la Une structure fragmentaire se crée sous l’action du climat, des racines,, des outils
et correspond à une augmentation de la porosité par fkuration du sol. ~
structure,formation
d’unestructure l Action du climat
fragmentaire Ce sont les alternances d’humectation et de dessication du sol qui sont a l’origine
de la fissuration du sol. L’aptitude d’un sol à se fissurer est liée aux variations de
volume que subissent les argiles selon leur humidité.
Elle dépend :
. dé la teneur en argile du sol et de la nature minéralogique de cette argile, la
montmorillonite étant la plus sensible aux variations de volume,
. de la teneur en matière organique qui joue un rôle régulateur : elle diminue
l’aptitude à la fissuration d’un sol riche en argile et augmente celle des sols qui en
sont moyennement pourvus.
Cette action du climat est spectaculaire sur les uertisols que l’on trouve souvent en
bas des pentes ou dans les zones d’accumulation.
Lorsque la teneur en argile gonflante dépasse 40%, cette fissuration atteint aussi
bien les couches profondes que les couches superficielles.
l Action des racines
Les racines, surtout celles des graminées, sont un moyen efficace d’améliorer la
structure de l’horizon superficiel du sol. Elles fragmentent le sol en s’introduisant
dans les moindres fissures qu’elles agrandissent et qu’elles laisseront libres en
mourant l’année suivante. Elles créent des zones préférentielles d’humectation-
Figure 32 : régénération de la dissécation dans les horizons qu’elles colonisent.
structure du sol par le climat.
l Action de la faune
Figure 33 : facteurs influençant Les animaux vivants dans le sol, vers, insectes, larves, en créant des galeries
le comportqent du sol sous augmentent la porosité du sol. Les micro-organismes
- jouent aussi un rôle sur la
l’actiond’Ainoutil.. structure en décomposant les matières organiques.

1
ETATSTRUCTIJRRL w El-ATFINAL
INITIAL m wwh&Jn
deY laporositi

61
Actiondes outils La préparation des terres à l’aide d’outils (houe, machette, charrue) a plusieurs
sur la structuredu sol objectifs possibles :
. la suppression des mauvaises herbes, qui peuvent être soit enfouies, soit brûlées,
soit mises en tas,
. la création d’une structure favorable à la germination des graines,
. la création dune structure favorisant la croissance des racines,
. l’enfouissement des graines, l’incorporation d’éléments fertilisants...

Travail du sol à la charrue Dans de nombreuses situations en Haïti, la préparation des terres consiste à
tractée par deux bovins supprimer les adventices et les résidus de la culture précédente et à créer un lit de
(labeur) à la plaine du Nord. semence en ameublissant le sol sur 3 ou 4 cm.
Dans d’autres situations, c’est l’ameublissement d’un grand volume de terre qui
Travaildu sol à la houe, en est recherché par un travail du sol plus profond (10 à 20 cm) ou la constitution de
équipe dans les rizières,
buttes.
Grison-Garde, plaine du Nord
Quelques soient les objectifs assignés au travail du sol, il aboutit à une modifïca-
(photo M. Bonnefoy).
tion de la structure du sol plus ou moins prévue.
Différents outils n’auront pas les mêmes effets sur la structure (types de houe,
types de charrue, état des outils).
Un même outil n’aura pas les mêmes effets sur la structure selon (fig. 33) :
. la façon de faire de l’agriculteur,
. la nature du sol,
les conditions d’humidité du sol et son état structural lors de l’utilisation de
i’outil.

. Lorsqu’un sol est très peu humide, sa cohésion est forte et sa plasticité est faible.
Les mottes se cassent très difficilement et le travail du sol demande une énergie
très importante.
. A une humidité moyenne, la cohésion diminue et le sol devient légèrement
plastique. Les mottes sont beaucoup plus faciles à casser et la fragmentation est
plus importante.
. Lorsque le sol est très humide, la cohésion est réduite et il devient plastique. La
terre colle aux outils, les mottes peuvent se souder les unes aux autres, les outils
créent des lissages, la porosité des élémentssstructuraux peut être diminuée (cf. fig.
23).
Ainsi, le travail du sol n’a pas toujours un effet positif sur la structure du sol, c’est
le cas par exemple du labour réalisé dans les rizières inondées.

62
Paysan sarclant au “couteau
digo” (photo G. de Laubier).

Semis de mil en paquet sans


aucun travail du sol A la plaine
de Larbre
(photo M. Bonnefoy).

Figure 34 : schéma des


hypothèses de comportement
des sols de Colombier.

/Yewii&ww$horizonpouflreux

SAISON
HUMIDE

,
I ,, 8’ ‘j, ::

La fertilité:chimimque
/
d’un sol ’

ORIGINE ET NATURE Les plantes puisent dans le sol les éléments minéraux dont elles ont besoin. Ces
DE~ÉLÉ~IIENT~ cléments existent sous différentes formes qui ne sont pas toutes assimilables par
les plantes.
MINÉRAUX Les éléments minéraux peuvent se trouver dans le sol soit :
l sous forme insoluble, combinés à des fragments de roche ou à des matières
organiques; ils constituent ainsi les réserves du sol,
l sous forme soluble dans la solution du sol,
* échangeables, fixés sur le complexe adsorbant.
Ils sont absorbés par les racines sous forme minérale simple (ionique), et pour la
plus grande partie sous forme dissoute dans la solution du sol. Une faible part est
puisée par contact direct des racines avec les particules du sol.
Pour une bonne alimentation des plantes, il donc est nécessaire que la concentra-
tion de la solution du sol en éléments minéraux soit importante.
On distingue les éléments qui se trouvent dans la solution du sol, sous forme de
cations (chargés positivement) de ceux qui s’y trouvent sous forme d’unions
(chargés négativement);
l principaux cations : K+, Ca++, Na+, Mg++, NH,’
l principaux anions : NO,-, SO,--, PO,---.
Leur origine peut être :
. minérale : provenant de l’altération des minéraux constitutifs des roches mais
aussi des engrais,
. ‘organique : provenant de la minéralisation des matières organiques (animales ou
végétales). Les réserves du sol en N et S sont essentiellement organiques.
Généralement, on classe les éléments minéraux en fonction des quantités qu’en
absorbent les plantes.
l Les éléments majeurs ou macro-éléments :
. le phosphore (P), l’azote (N) et le soufre (S) se trouvent dans la solution du sol sous
forme d’unions ;
. le potassium (K), le calcium (Ca) et la magnésium (Mg) sont dans la solution du
sol sous forme de cations.
Parmi ces six éléments, les plantes prékvent en plus grande quantité l’azote, le
potassium et le phosphore qui constituent donc la base de la fertilisation minérale.
Les trois autres éléments (Ca, Mg et S) sont aussi très importants bien que prélevés
en moindre quantité. Ils entrent dans la composition de certains engrais (sulfate
de potassium - phosphore bicalcique).
l Les oligo-éléments sont-prélevés en très faibles quantités par les plantes, mais
sont indispensables àleurbonfonctionnement. L’insuffisance d’un de ces éléments
peut provoquer une carence. Les principaux sont : le fer (Fe), l’aluminium (Al), le
manganèse (Mn), le cuivre (CU), le zinc (Zn), le cobalt, le bore, le molybdène.
Certains se trouvent en grande quantité dans le sol comme le fer, l’aluminium, le
silicium, le chlore.

64
LES ECHANGES D’IONS ENTRE LE COMPLEXEADSQRBANT
ET LA SOLUTION DU SOL
~,
Le complexe adsorbant est l’ensemble des particules solides du sol qui
sont capables de retenir les ions grâce aux charges électriques (ou sites)
qu’elles portent.
Il est constitué :
. des particules argileuses et des matières organiques liées (humus). Ces particu-
les sont charges négativement et s’associent pour former le complexe argilo-
hu+que (cf. p. 55). Ce complexe retient essentiellement des cations.
. des hydroxydes de fer et d’aluminium, chargés positivement et qui retiennent les
anions, essentiellement le phosphore : PO,--- . Ils se trouvent en très grande
quantite dans les sols ferralitiques.
,’
DE~ÉCHANGES Le potassium peut être rétrogradé : les ions K+ peuvent s’introduire entre les!
PERMANENTS feuillets d’argile et s’y fixer. Il sont alors retenus très énergiquement et deviennent
très difficilement échangeables.
Echangesde cations
La présence d’humus limite ce phénomène de rétrogradation (mécanisme impor-
tant avec des argiles du type Illite).
La Capacité d’Echange Cationique (CECI est la quantité maximale de
cations de toutes sortes qu’un poids déterminé de sol est capable de
retenir. Elle correspond autrement dit au total des charges négatives des
particules du sol. La CEC est d’autant plus importante que le sol est riche en
argile et en humus.
Figure 35 : échanges de . .*...
cations.
1- Echanges rapides entre
les ions de la solution et ceux
adsorbésen surface.
2- Echanges plus lents entre
les ions adsorbés en surface
et sur les sites internes.

Figure 36 : fixation des ions


PO;-- sur lezcomplexe argilo-
humique.

Echangesd’anions Les anions phosphates ‘(PO;--) sont les seuis qui sont très bien retenus par le
complexe adsorbant. Les autres sont entraînés facilement par les eaux de drai-
nage, on dit qu’ils sont “lessivés” (NO;, Cl, SO,--).
Les ions phosphates sont retenus de différentes façons :
. par les quelques charges positives du complexe argilo-humique ;
.. par les hydroxydes de fer et d’aluminium,, particulièrement en sol acide (sols
-ferralitiques) ;
. en sols neutres ou calcaires par l’intermédiaire d’ions Ca++ qui forment des “ponts
calciques”.
Dans certains sols,les ions phosphates sont retenus très fortement, ce qui rend très
.
difficile l’alimentation phosphatée des plantes :
. dans les sols calcaires et basiques (pH > S), le phosphore peut être fixé sous forme
insoluble (phosphate tricalcique) et être indisponible pour les plantes. C’est le’cas
des rendzines, nombreuses en Haïti sur pente calcaire ;
. dans les sols riches en hydroxydes de fer et d’aluminium, le phosphore, est
fortement retenu et en grande partie sous des formes non assimilables par les
plantes. Ce phénomène de rétrogradation du phosphore est d’autant plus impor-
tant que le sol est pauvre en matières organiques (sols ferralitiques).

,65
MAINTIEN Lorsque la concentration de la solution du sol en un élément diminue, le complexe
D’UN ÉQUILIBRE ENTRE adsorbant libère une certaine quantité de cet élément jusqu’à obtention d’un nou-
vel équilibre. Cette diminution peut être due par exemple à l’absorption de cet élé-
LE COMPLEXE ment par les racines des plantes où à son lessivage par les eaux de drainage.
ADSORBANT ET LA Inversement, lorsqu’on apporte un engrais soluble, une partie desionslibérés dans
SOLUTION
DU SOL la solution va se fixer sur le complexe adsorbant jusqu’à équilibre.
Plus les possibilités d’adsorption du complexe adsorbant sont importantes, plus sa
saturation nécessite de grandes quantités d’ions. Pour K+ les possibilités d’adsorp-
tion sont fonction de la richesse du sol en argile et en humus. Pour PO,--- elles
dépendent de la saturation du complexe argile-humique en Ca++ ou de la richesse
du sol en hydroxydes de fer et d’aluminium.
Dans des sols argileux, la concentration de la solution en cations n’augmente que
très lentement.

Fig. 37: relation entre la


richesse de la solution et le
degré de saturation du
complexe adsorbant pour
différents types de sol.

Ainsi, le sol s’oppose à toute cause tendant àmodifier la composition de sa solution.


Ce mécanisme est d’autant plus fort que le sol est riche en argile et en humus.
Les différents ions ne sont pas retenus avec la même- intensité par le complexe
adsorbant. Les lois déchanges entre les différents ions sont très complexes et ne
seront pas abordés ici. Cependant, on peut retenir un ordre préférentiel de fixation
valable pour la majorité des sols :
H+>Ca++>Mg++>K+ >NH,+>Na+.
L’ions H+ est retenu plus facilement que l’ion Ca++, lui-même prioritaire sur l’ion
Mg++... Par exemple, en sol acide la plupart des sites du complexe sont occupes par
des ions H+ et les autres cations sont peu retenus.

MESURES DE LA CEC L’importance du complexe adsorbant d’un sol correspond à la mesure de sa CEC
ET DU TAUX (T, dans les analyses de sol):
Elle s’exprime en milliéquiualents pour 100 g de terre. C’est cette, unité qui est
DE SATURATION utilisée dans la plupart des analyses de sol.
L’équivalent d’un corps est le rapport de sa masse atomique sur sa
valence. Le milliéquivalent (mes) en est le millième.
Par exemple, un sol qui a une CEC de 20 meq pourrait retenir :
. en Na (monovalent) : 20 meq x 23/1= 460 mg de Na pour 100 g de terre,
. en K (monovalent) : 20 meq x 39/1= 780 mg de K pour 100 g de terre,
. en Ca (bivalent) : 20 meq x 40/2 = 400 mg de Ca pour 100 g de terre,
. en Mg (bivalent) : 20 meq x 24/2 = 240 mg de Mg pour 100 g de terre.
La CEC d’un sol est stable, elle dépend du taux et de la nature des argiles et de
l’humus du sol. Elle est trés forte pour les argiles du type “montmorillonite” que
l’on trouve, par exemple, en grande proportion dans les vertisols.
Dans les sols rouges ferralitiques, la CEC est très faible (peu d’argile) et dépend
essentiellement du taux de matière organique.
La somme des bases échangeables (S) est la quantité de cations métalli-
ques échangeables, fixés sur le complexe à un moment donné. Elle
s’exprime également en meq pour 100 g de terre. La différence T-S représente donc

66
la quantité d’ions’H+ fixés sur le complexe.
Le taux de saturation (v) est le rapport entre la somme des bases
échangeables et la CEC. Il s’exprime en pourcentage : V = S/r x 100.

Cette relation ne peut-être établie que pour des Les analyses de cinq sols du transect
RELATIONENTRE sois de même type, ayant des argiles de même “Colombier”, à la Pla)nede Larbre mettent ausli
LE TAUX nature et des teneurs en mati&es organiques en Rvidencecette relation
proches. (sdls alluviaux calcaires) :
D’ARGILE Ainsi, pour les sols non-calcaires(CaCO, < 5%)
ET LA CEC de la plaine des Gonaïves, il a été montré
une relation entre la CEC et le taux d’argile
granulométrique : CECul meq _’,’

Relation entre la CEC l pourlOOgd~5d


,..’
:
,.;’

et la teneur en argile des sols Argile en % CEC en m.e.q. ,’


....

non-calcairesde la plaine pour 100 g de sol .


;
:.
.’
des Gonaïves. :;
:
lOà20 20 à 25
Relation entre les CEC ,:
:’
.
et les teneurs en argile de sols
20 à 30 30 à 40
de la plaine de Larbre.
30à40 45à55 1
(0% 20 30 40

40 à 50 50 à 65

LEPHDU SOL Comme pour les autres cations, il existe dans le sol un équilibre entre les ions H’
dans la solution et ceux fixés sur le complexe adsorbant.
ETSESVARIATIONS:
ÉCHANGESD’IONSH+ Rappels
Lorsqu’on mesure le pH d’un sol, on mesure la concentration en ions H+ de sa
solution. Mais celle-ci est influencée par le complexe adsorbant.
1
pH = log
concentration en ions H+

La concentration en ions H+ de l’eau pure est del/lO’ion-gramme, son pH est de 7.


Lorsque le pH d’un sol est voisin de 7, on\dit qu’il est neutre. Si le pH est inférieur
à 7, le SOIest acide. A pH 6, la solution du sol contient 10 fois plus d’ions H+ que l’eau
pure. Si le pH est supérieur à 7, le sol est basique (ou alcalin). A pH 8, la solution
du sol contient 10 fois moins d’ions H+ que l’eau pure.
Le pouvoir tampon d’un sol est sa capacité à résister à une variation de pH. Cette
capacité est d’autant plus forte que le complexe adsorbant est important, ,donc
capable de libérer ou de fixer de grandes quantités d’ions H’. Le pouvoir tampon
d’un sol argileux ou humifère est fort, celui d’un sol sableux est faible.
Il existe une certaine corrélation entre le pH d’un sol et son taux de saturation. En
effet, lorsque le complexe est saturé en bases échangeables, il ne reste plus de place
pour les ions H+. Cette corrélation est ma?quée pour les sols acides ou basiques
mais n’existe pas pour les sols voisins de la neutralité.
.‘Les sols ferralitiques lorsqu’ils sont pativres en matières organiques sont très

67
acides. Leur pH est souvent inférieur à 6 et leur taux de saturation est faible. Les
cations échangeables sont très facilement lessivés par les eaux de drainage.
l Les “rendzines” sont des sols très calcaires. Leur pH est souvent supérieur à 8
et leur taux de saturation égal a 100%. Mais, le complexe adsorbant est sature en
grande partie avec des ions Ca++ issus de la roche. Pour cette raison, dans ces sols
l’alimentation des plantes en potassium (K+) et magnésium (Mg++) est souvent
diffkile.

Figure 38 : valeurs de CEC (T),


sommes de bases Type de soi SI V
échangeables (S), taux de et lieu de pr618vement somme& des S/T
saturation (V) et pH de bases échang. taux de
quelques sols haïtiens saturation
(horizons de surface : 0 à 10 cm).
Presqu’île Sud, versant N.

l sol bauxitique sur calcaireérodé


(Moneyron) 2,75 894
l sol bauxitique sur colluvions
(Moneyron) 2,26 7,6
lrendzine sur calcaire
(Mathurin) 41
lsol fersiallitique
(plateau Astrie) 42 42
l vertisol à argile gonflante
(Madian) 63 63

Plaine du Nord-Grison-Garde

lsol sur alluvions provenant de


mornes basaltiques 26 87%

Plateau central : périmètre irrigué


de St-Raphaël

lsol sur alluvionscalcaires


peu évoluées 30

l sols bruns calcaires

Dans les sols termes sur matériau talc ! par les ions calcium.

LA DYNAMIQUEDES ELEMENTS NUTRITIFS D,EBASE DANS LE SOL


LE P()OL ALIMENTAIRE Le pool alimentaire correspond à l’ensemble des ions présents dans le sol et
rapidement assimilables par les plantes, ce sont :
. les ions dissous dans la solution du sol ;
. les ions fixés sur les sites externes du complexe adsorbant et qui peuvent être
rapidement libérés dans la solution.
Au fur et à mesure que les plantes puisent-dans le sol les éléments dont elles ont
besoin, la terre située autour des racines s’appauvrit. Les mouvements d’ions dans
le sol permettent alors d’enrichir de nouveau ces zones.
Les ions se déplacent de deux manières :

68
. soit entraînés par les mouvements d’eau dans le sol : drainage en profondeur
(lessivage), vers les racines grâce à I’évapotranspiration.
. soit par diffusion dans la solution du sol (sans qu’il y ait mouvement d’eau) d’une
zone à forte concentration vers une zone où le sol est appauvri.
Les déplacements par diffusion se font sur de faibles distances :
. de l’ordre du millimètre pour POL- ;
. de l’ordre du centimètre pour K+ ;
. de l’ordre du décimètre pour NO,- ;
Il est donc nécessaire pour une bonne alimentation des plantes en éléments
minéraux que les réserves du sol soient importantes, mais aussi :
. que le sol soit humide pour faciliter les mouvements d’ions ;
. que le système racinaire soit dense et développé.
Les sols ferralitiques de plateaux sont très filtrants de par leur structure et sont
soumis à une pluviométrie importante. Les ions mobiles comme la potasse et
l’azote sont facilement entraînés en profondeur par les eaux de drainage et sont
perdus pour les cultures.

LESCYCLESDESÉLÉ- Les [Link] solution sont régulièrement prélevés par les plantes, mobilisés par les
MENTSMINÉRAUX micro-organismes ou lessivés en profondeur. D’où viennent les ions qui réalimen-
tent en permanence le pool alimentaire ?
Pour l’azote (N) et le soufre ($9, l’essentiel du stock du sol est sous forme organique,
leurs cycles sont donc liés à celui de la matière organique. Pour le phosphore (P)
et le potassium (K), il y a des réserves minérales qui libèrent des ions p’ar
solubilisation.

Les différentessources Les matières organiques en libèrent lors de leur minéralisation (Cf. p. 52). Le
l

d’ionsK+et PO,--- potassium est très rapidement libéré sous forme ionique. Par contre le phosphore
est soumis comme l’azote à un cycle de minéralisation et de réorganisation par les
micro-organismes (Cf. ci-après le cycle de l’azote).
l Les minéraux primaires (issus des roches) lors de leur altération peuvent aussi
en libérer, surtout dans les sols jeunes, peu épais et sur roche cristalline (basalte).
l Dans les sols calcaires, le phosphore à tendance à précipiter sous forme peu
soluble. Une légère acidification peut libérer quelques ions phosphates.
l Les engrais en libèrent plus ou moins rapidement selon leur solubilité.
l/ Certains micro-organismes, associés aux racines, permettentl’utilisationpar les
plantes d’éléments présents au départ sous forme peu assimilables.
L’azote du sol est d’origine organique ou atmosphérique. Contrairement au
calcium, au phosphore, au potassium, l’azote ne provient pas de la dégradation des
‘roches.
1

Trois sources et trois l Les trois sources d’azote


formesd’azote 1) Les matières organiques sont les principales réserves d’azote du sol :
. l’humus ;
. les matières organiques enfouies, plus ou moins décomposées ;
. les micro-organismes morts et les racines restant dans le sol.
2) L’azote de l’air est fixé par des micro-organismes qui le libèrent ensuite dans le
sol.
Ainsi les légumineuses vivent au niveau de leurs racines en symbiose avec une
batterie (Rhizobium). Cette association permet à ces plantes d’utiliser l’azote
atmosphérique fixé par les bactéries. De ce fait, elles ne nécessitent qu’une faible
fourniture en azote (au départ) et de plus la culture suivante bénéficiera de l’azote
contenu dans les résidus de cultures lors de leur minéralisation.
Les pluies entraînent en faible quantité de l’azote de l’air et le libèrent dans le sol.
3) Les engrais azotes sont synthétisés à partir de l’azote de l’air ou issus de déchets
organiques.

69
.

. . . . . . . . . . . . . . . . ..i I
Figure 41 : cycle de l’azote
au niveau d’une parcelle

eh+. PV
colGfillsntto
,....:[Link]
...,,
. du sol

l .Les trois formes d’azote dans le sol


L’azote contenu dans les matières organiques constitue la réserve en azote du sol.
La plus grande partie se trouve dans l’humus stable qui contient en moyenne 5%
d’azote. Chaque année, une quantité d’azote est libérée1 dans le sol lors de la
minéralisation des matières organiques fraîches et de Ilhumus par les micro-
organismes.
Cette minéralisation se produit en deux temps.

Figure 42 : minéralisation de azote organique -NH;- (NO,) - NO,


l’azote
azote azote azote
ammoniacal nitreux nitrique
I
1 I
(1) ammonification (2) nitrification

1. Durant l’ammonification,il y a libérationdans le sol d’ions NH; à partir des matiéres organi-
ques. Cet azote ammoniacal est une forme transitoire, soluble dans la solution du sol et retenu
par le complexe adsorbant.
2. Les ions NH,+sont transforméspar les micro-organismesdu sol en ions NO; (lesnitrates),c’est
la nitrification. Les anions NO; sont très solubleset ne se fixent pas sur le complexe adsorbant.
Ils sont facilement [Link] plantes sont capables d’assimilerl’azote minéral sous ces
deux formes mais utilisent préférentiellement l’azote nitrique (NO;).
C’est la forme la plus fréquente dans le sol sauf lorsque les conditions de milieu sont peu
favorables à la nitrification.

71
l Les conditions de la nitrification
L’ammonifïcation a lieu dans la plupart des conditions, par contre, la nitrification
en nécessite de particulières. Ce sont celles qui favorisent la vie des bactéries
nitrifïantes :
. présence indispensable d’oxygène ;
. humidité du sol suffisante ;
la température optimale est de 25°C. La nitrification s’arrête lorsqu’elle est
inférieure à 5°C ou supérieure à 40°C ;
. le pH optimal est voisin de la neutralité. La nitrification est inhibee lorsque le pH
est inférieur à 5 ou supérieur à 9.
La libération de nitrates dans les sols haïtiens a lieu surtout au début de la saison
des pluies (humidité suffkante), en particulier après la préparation des terres
(aération du sol, enfouissement des matières organiques, élévation de la tempéra-:
ture du sol).

Lorsque les conditions sont mauvaises, ce qui est le cas des sols hydromorphes par
exemple, il peut y avoir accumulation de NH,’ ou NO; qui peuvent être alors
toxiques pour les plantes, les pertes sont alors surtout sous forme gazeuse.
Dans la réalité, on ne sait jamais très bien quand et quelle quantité d’azote est
nitrifiée dans un sol.

Comme nous le verrons par la suite, l’alimentation minérale d’une culture ne


dépend pas seulement de la richesse du sol en éléments minéraux mais aussi de
l’enracinement (profondeur et densité des racines) qui détermine le volume de,
terre exploitée.
Les besoins journaliers d’une culture varient au cours du temps avec son stade de:
développement (pour le riz par exemple ils sont maximaux durant la montaison).
La satisfaction de ces besoins dépend de la disponibilité instantanée des éléments,
minéraux.
Enfin la notion de richesse d’un sol est très relative, elle dépend des cultures, qui’
ont des exigences différentes, et des objectifs de rendement que l’on se fixe.

72
.Lessols h@itiens
et I’agricu;lture
Il existe en Haïti, une grande diversité de sols plus ou moins favorables à
I’agriculture.
Dans les limites de leurs possibilités, les paysans adaptent leurs systèmes de
culture aux, types de sol qu’ils cultivent. En effet, à chaque type de sol correspond
des contraintes dont il faut tenir compte. Connaître les caractéristiques d’un, ,sol
permet aussi de mieux comprendre comment un paysan choisit les espèces qu’il
cultive et les techniques culturales qu’il applique.
Dans la majorité des situations en Haïti, la faible fertilité des sols est une des
principales contraintes à l’obtention de rendements corrects. Elle constitue donc
1’
un problème urgent à résoudre.
Malheureusement, les sols haïtiens n’ont fait l’objet d’études approfondies que sur
quelques régions limitées. L’agronome devra donc le plus souvent se passer
d’analyse de laboratoire et privilégier les observations de terrain.
Les caractéristiques d’un sol dépendent de son histoire, c’est-à-dire des conditions
de sa formation. Les trois séries de facteurs qui conditionnent la formation des sols
sontleclimat,le~reliefetlanaturedelarochedontils sontissus. Lateneuren argile
d’un sol et la nature de cet argile jouent un rôle essentiel dans son comportemekk.
Connaître les conditions de formation net d’accumulation des’ argiles permet ‘de
savoir si, sur un terrain donné, le sol en est constitué.
Ainsi, en resituant une parcelle dans son milieu, on peut connaître facilement son
type de sol et ses principales caractéristiques agronomiques. Quelques observa-
tions et une discussion avec le paysan sur le comportement de sa terre perméttent
ensuite d’affiner le diagnostic. ~ :
Enfin, il faut tenir compte du fait que l’agriculture modifie Iles conditions dévolu-
-tien des sols, notamment en favorisant l’érosion, ou en modifiant ses propriétés par
ses modes de gestion des matières organiques.

LA FORMATION DES SOLS ET LEUR EVOLUTION


Lorsqu’une roche affleure, elle est progressivement colonisée par la végétation,
d’abord herbeuse, puis arbustive, puis arborescente si le climat est suffisamment
humide. Les effets cumulés du climat et de la’végétation faisant évoluer le sol, de
nouveaux types de végétaux pourront se mettre en place jusqu’à une relative
stabilité correspondant à un type de sol associé à un climat et à un type de
végétation. L’agriculture rompt cet équilibre, modifiant les processus d’évolution
des sols (déboisement par exemple).
Il est nécessaire de bien distinguer les processus de pédogenèse, de ceux de
morphogenèse :
l la pédogenèse concerne la formation d’un sol par dégradation et altéra-
tion d’une roche sur place ;

73
l la morphogenèse concerne les modifications dues à des déplacements
de matériaux tels que l’érosion (départ) et le colluvionnement (apports).
Ainsi, sur une forte pente sans végétation, au fur et à mesure que le sol se forme
(que la roche se dégrade), les éléments fins sont entraînés par les eaux de
ruissellement : le sol est constamment “rajeuni”. En bas de la pente, en revanche,
les éléments fins s’accumulent sans cesse, le sol est profond, mais n’évolue guère,
car il est régulièrement recouvert de nouveaux éléments ; il est aussi constamment
rajeuni.
Dans cet exemple, le processus de morphogenèse domine sur celui de pédogenèse.
Les sols dépendent en premier lieu du type de matériau à partir duquel ils ont été
formés : la roche-mère.
Paysage de mornes calcaires
Les trois grands types de formation géologique que l’on rencontre en Haïti sont :
aux formes arrondies
(la Vallée de Jacmel). l les roches calcaires : ce sont des matériaux sédimentaires, déposés par la mer
il y a plusieurs millions d’années. Une classification de ces roches est faite en
Paysage de mornes
fonction de leur composition et de leur résistance à la dégradation par le climat
basaltiques aux pentes abrup-
(calcaire dur ou tendre) ;
tes et aux arêtes vives. Seuls
les fonds de ravines sont l les roches basaltiques : ce sont des roches éruptives, issues d’un volcanisme
boisés, région de Jacmel très ancien. Leur dégradation est assez rapide (plus rapide que la plupart des
(photos M. Bonnefoy). roches calcaires) ;

. les alluvions : formées beaucoup plus récemment par l’accumulation, dans les
,vallées fluviales ou les plaines d’épandage,, de particules fines arrachees par l’eau
aux mornes calcaires ou basaltiques. Ces particules, transportées sur de courtes
distances et accumulées à mi-pente ou en bas de pente constituent des colluvions.
Ces matériaux se distinguent par leur composition chimique, qui jouera directe-
ment sur les caractéristiques chimiques des sols formes (donc sur l’alimentation
minérale des plantes) et aussi sur leurs caractéristiques physiques.
Ils se distinguent aussi par leur résistance à la degradation et l’altération. Dans
les mêmes conditions pédogénétiques, certaines roches se dégraderont plus rapi-
dement, formant un sol plus profond. Enfin leur perméabilité jouera aussi un rôle,
I’eau étant le facteur principal d’évolution’ d’un sol.

74
ORIGINE La fraction minérale des sols provient dei la transformation des roches qui
ETÉVOLUTION subissent une désagrégation physique et une altération chi+que~sous l’action du
climat et de la végétation.
DELA FRACTION Parallèlement, des déplacements d’éléments se produisent à l’intérieur du sol,
MINÉRALE modifiant sa constitution.

Désagrégation Elle se produit sous l’effet :


physiqueet mcicanique . des fortes variations d’humidité ;
. des variations de températures ;
. des racines d’arbres qui s’introduisent dans les fissures des roches.
Le vent et la pluie jouent un rôle en déplaçant les matériaux (ruissellement
SuStout).
Ainsi, il se produit une fragmentation de la rpche-mère donnant des particules de
différentes tailles : les sables, les limons et les argiles granulométriques.

Altérationchimique Elle provoque une transformation des minéraux primaires (constitutifs de la


roche) et une formation de minéraux secondaires (synthèse des argiles). Elle
aboutit à la formation d’un ensemble de produit solubles ou pâteux, le complexe
d’altération, qui contient :
. des éléments solubles : sels de cations (Ca++, Mg++, Na+...) qui seront soit lessivés,
soit fixés sur les argiles ou l’humus ;
. les hydroxyde6 de fer ou d’aluminium ;
. les argiles qui fixent à leur surface les cations et les hydroxydes de fer et
d’aluminium.
On retrouve ici les éléments constitutifs du lcomplexe adsorbant.
Le facteur essentiel d’altération est l’eau gui entraîne dans le sol de l’oxygène, du
gaz carbonique et les acides provenant de la décomposition des matières organi-
ques. L’altération, comme toute réaction chimique, est d’autant plus rapide que la
température est élevée. Elle est très intense sous climat chaud et huniide
‘(tropical).
Elle est d’autant plus active en Haïti que l’on monte en altitude (pluviométrie plus
importante). Elle est plus réduite dans les plaines semi-arides comme la plaine des
Gonaïves par exemple.

Figure 43 : mécanismes de
la formation des sols
ROCHEMÈRE
mAth-;AMxdwhjlne

durs
c6ilcM.s
[Link]&s
brasdès
fllhions
cdluviom

75
Déplacements l Migrations descendantes : c’est un phénomène très important dans les sols
d’élémentsh l’intérieur haïtiens qui conditionne leur fertilité chimique et physique. L’eau qui s’infiltre
dans le sol entraîne avec elle les éléments solubles ou en suspension (minéraux
du sol d’altération).
Ceux-ci peuvent, soit être déposés plus profondément dans le profil, soit être
entraînés hors du profil. Dune manière générale, on parle de lessivage. Cela
concerne par ordre décroissant : les cations (Na, K., Ca, Mg...), la silice (minéral
constitutif des argiles), les oxydes de fer ou d’alumine, les argiles.
Nous verrons plus loin que l’intensité de ce phénomène détermine les caractéris-
tiques des différents types de sols haïtiens.
Les déplacements descendants sont plus ou moins importants selon :
l le drainage : c’est la quanttité d’eau qui s’infiltre en profondeur dans le sol. Il
dépend du climat et correspond à la pluie moins l’évapotranspiration (D = P - ETP).
Il dépend aussi de la pente : plus la pente est forte, plus grande est la proportion
d’eau reçue qui ruisselle (et ne s’infiltre donc pas). Il dépend aussi de la perméa-
bilité du sol et de la roche ;
l la nature de la roche : dans les sols très calcaires, les argiles restent floculés par
le calcium et ainsi retiennent les cations ; le lessivage est moindre ;
l E’humus : il fixe les cations, les hydroxydes, en s’associant à l’argile pour former
le complexe argilo-humique et limite ainsi le lessivage.
l Migrations ascendantes : en saison sèche, l’évapotranspiration provoque une
remontée del’eau dansle sol par capillarité, cette eauentraîne avec elle des cations
solubles qui se fixent sur les argiles et l’humus (resaturation du complexe argilo-
humique). Ce phénomène peut provoquer aussi des remontées de sels (sodium) qui
se cristallisent à la surface du sol et rendent la terre impropre aux cultures (cas de
certaines plaines maritimes en Haïti).
Dans les sols hydromorphes, le fer remonte avec la nappe d’eau et se cristallise.
l Remontées biologiques : elles sont dues aux êtres vivants : les vers de terre
ou les termites mais surtout les végétaux (arbres) dont les racines puisent en
profondeur les éléments et les restituent au sol par les feuilles, les branches, les
racines qui meurent chaque année. Ce phénomène, très important, permet le
maintien dune bonne fertilité dans les parcelles arborées notamment les jardins
devant kuye.

CONDITIONS Les argiles se forment en milieu riche en cations (ou bases : Ca++ - Mg+ - K+ - Na+)
DEFORMATION à partir de la silice et de l’aluminium. Cependant, les cations et la silice sont
facilement lessivables.
DESARGILES
Si le drainage
l est faible (roche imperméable, faible pluviométrie), ces élé-
ments ne sontpas éliminés et il se forme des argiles du type montmorillonite, argile
gonflante riche en silice (dans les vertisols’ par exemple). ”
l Si le drainage est plus important (roche plus perméable, moins forte pente,
forte pluviométrie) une partie de la silice et des cations est entraînée en profon-
deur. Les argiles formées sont plus pauvres en silice, ce sont en partie des
montmorillonites et en partie des kaolinites. Plus le drainage est important, plus
la proportion de kaolinite est importante.
C’est la fersiallitisution (sols fersiullitiques).
Sile drainage est très important,
l la plus grande partie de la silice est lessivée
et seule la kaolinite peut se former ; c’est la ferrulisation qui aboutit à la formation
de sols riches en hydroxydides de fer et d’aluminium : les sols ferrulitiques.

Formationdes“argiles Certaines roches calcaires contiennent à l’origine des argiles déposées par la mer.
de décarbonatation” C’est le cas des calcaires à plaquettes et surtout des marnes.
L’altération de ces~roches consiste surtout en une décarbonatation (dissolution du
ensols calcaires. carbonate de cacium CaCO, par l’eau et lessivage) d’autant plus rapide que la roche
est filtrante.
Après dissolution du calcaire, il reste en surface une “argile de décarbonatation”,
constituée essentiellement d’argiles gonflantes (type montmorillonite). Ces argi-

76
les s’accumulent souvent, par érosion, dans les dépressions. Dans les situations de
drainage intense, elles s’altèrent en libérant de la silice et de l’alumine.
Ces sols meuvent aussi être soumis à la ferralitisation, c’est le cas des sols
ferralitiques du plateau des Rochelois.

Figure 44 les types d’argiles Conditions de


formés selon l’intensitédu Drainage Milieu
drainage liees à Drainage
drainage (d’après D. Soltner). intense moyen confine
la pluviométrie,
la topographie (sans drainage)
et la roche-m&e

Présence de bases Bases lessivées Lessivage plus ou Riche en Ca et Mg


acidité sols acides moins accentué sols neutres à
des bases calcaires

Types d’argile Kaolinite ou plus Kaolinite Montmorillonite


formés du tout faute de t
silice montmorillonite ;Kaolinite)

Autres éléments du Gibbsite : Al *03


du complexe oxyde de fer : Fe, 0, oxyde de fer (oxyde de fer)

Types de sols Sols ferralitiques Sols fersiallitiques Sols vertiques


(ou ferrugineux) (ou vertisols)

LES GRANDS TYPES DE SOLS HAïTENS DANS LE PAYSAGE


Les sols se classent selon leur degré d’évolution qui dépend, en Haïti, essentielle-
ment de la pente et de la pluviométrie.
Plus le climat est humide (altitude-exposition), plus l’évolution est rapide, les sols
sont plus évolués.
.Plus la pente est forte, plus l’eau reçue ruisselle en entraînant les éléments fins.
Le sol est ainsi rajeuni en permanence.
Le degré d’évolution dépend aussi de la nature de la roche-mère, plus ou moins
résistante aux agents de dégradation et d’altération.
Dans les bas de pentes où s’accumulent les éléments fins se forment des sols sur
colluvions plus riches et plus épais.
A partir des sols bruns, formés sur calcaire ou sur basalte, plus l’évolution est
poussée avec de bonnes conditions de drainage, moins les sols sont fertiles.
La fertilité décroît dans le sens suivant :
l sols bruns

l sols fersiallitiques
l sols ferrugineux tropicaux
l sols ferralitiques
Au cours de cette évolution “normale” sous climat tropica! :
l la réserve en ,bases devient de plus en plu,s faible ;
l les phosphates deviennent de plus en plus insolubles ; ~
l la CEC de plus en plus faible ;
l la structure devient de plus en-plus fragile ;
l la fertilité devient de plus en plus liée à la matière organique.
l _ Dans les bas-fonds, l’évolution est plus liée à la situation topographique qu’au
climat.
!

77
Figure 45 : évolution des sols, Pentes faibles Bas-fonds et
Roche Pentes Pentes
en fonction de la roche, moyennes ou plateaux dépression
fortes
de la pente et du climat
Rendzines Bruns calciques
Sols bruns Vertiques
calcaires Fersiallitiques
Calcaires Lithosols
Bruns Vertiques
Bruns calciques Fersiallitiques et
Fersiallitiques Hydromorphes

Calcaires a (Lithosols) Bruns calcaires Bruns vertiques


plaquettes Régosols Bruns calcaires
Bruns vertiques Vertisols

Marnes Rendzines Bruns Hydromorphes


fersiallitiques Vertiques
Argilites Bruns eutrophes Humide
Bruns calciques Bruns vertiques

Cal&ques Bruns eutrophes Bruns vertiques


mélanisés
(pararendzines) Rouges Vertisols
Basaltes fersiallitiques

Rouges Vertisols
Bruns fersiallitiques
Fersiallitiques
Bruns Vertisols
fersiallitiques hydromorphes

Les paysans donne une dénomination à lëurs sols en fonction de certaines carac-
téristiques de l’horizon travaillé. Ils tiennent comptent essentiellement de leur
couleur, de leur consistance, de leur aspect et de leur réaction à l’outil. Le paysan
privilégie une caractérisation de la terre au moment où il intervient : travail ausol,
semis, sarclage.
Les horizons plus profonds ne font pas systématiquement l’objet d’une observa-
tion.
Un qualificatif complémentaire chaude ou froide &? chô ou tè furet? exprime à la fois
la température moyenne (liée à la couleur et la pierrosité) et l’état hydrique moyen
(caractère séchant plus ou moins accusé).
Une telle classification est importante à connaître car elle permet un meilleur
dialogue avec le paysan et une meilleure appréhension de sa vision du milieu.
Mais elle est limitée dans l’espace : elle concerne pour un paysan donné la
caractérisation des sols de son terroir et conduit à des dénominations équivoques
lorsqu’on change de terroir (tè rouj’par exemple).

Sur pentesfortes, Ces sols sont constamment soumis à l’érosion et n’ont, de ce fait, qu’une très faible
dessols peuévolués : épaisseur de terre :
Sur calcaire dur, ce sont des litho-sols constitués uniquement
l de pierres et
les lithosolset régosols impropres à la culture. Dans les fissures où s’accumule un peu de terre fine, des
arbres peuvent pousser.
l Sur calcaires à plaquettes ou sur marnes (roches plus tendres), ce sont des
régosols ou, lorsqu’il y à un début d’évolution, des rendzines.
l Sur arène basaltique (basalte en voie d’aitération), les sols peuvent faire l’objet
d’aménagements anti-érosifs. En effet, cette roche à l’avantage de s’altérer
rapidement, formant ainsi un nouveau sol retenu par les aménagements et la
végétation (terrasses progressives).

78
Figure 46 : correspondance
entre la classificatiorlfrançaise Classification française nuancbe Typologie crbole, Caractbre privilégib
des sols et la classificationcréole pour la rbgion paysanne
des paysans de la Vallée de
Jacmel (d’après Luc Pierre Jean . Sols sur basalte
cité par Y-M Cabidoche, 1984). Consistance
Sol fersiallitiquesaturé Tè,gra ou melanj t ‘Couleur
Vertisol Tè nwa Couleur
Soi calcique mélanisé profond Tè mélanj Couleur t texture
Sol calcique mélanisé court Tè gra Consistance
Altérite désorganisée Té grizon Cohésion
Isaltérite Tè grizon Cohésion

l Sols sur argilites


Sol fersiallitiquedésaturé Té rouj (1) Couleur

lSols sur calcaire dur


Sol fersiallitiquesaturé profond Tè rouj (1) Couleur
Sol fersiallitiquesaturé court, Té rouj gravwa Couleur + Pierrosité
caillouteux
Régosols divers ou sols calciques Té gravwa Pierrosité
mélanisés très caillouteux

. Sols sur calcaire en plaquettes


Vertisol Té nwa (/Tè mar (1)) Couleur/aspect
Sol fersiallitique Tè gra (/?è rouj) Consistancelcouleur
Rendzine grise Té tuf gra Consistance + aspect
Rendzine blanche Tè tuf Aspect
Sol calcique mélanisé caillouteux Té tuf ou Té gravwa Aspect
(selon pierrosité)
Sol fersiallitiqueà croûte calcaire Té grasilè pov Cohésion
Consistance
Sol brun calcique Tè’nwa

e Sols sur molasses


Sol brun calcaire Couleur

Lithosol sur calcaire dur et


forte pente (photo M. Bonnefoy).
Sur lesversants l Les rendzines sur pentes moyennes à fortes
calcaires: dessols Une rendzine est le résultat de l’évolution d’un lithosol ou d’un régosol sous l’action
du climat et de la végétation.
calci-magnésiques . Sur calcaire dur, les rendzines sont souvent grises avec un horizon superficiel noir
riche en matière organique.
. Sur calcaire plus tendre (marnes), les rendzines peuvent prendre une couleur
brune ou rouge. Cela est dû à un début d’élimination du calcaire, le calcium étant
très lessivable.
La matière organique se lie alors aux argiles par l’intermédiaire du fer. La couleur
brune apparaît : le sol se brukfie (évolution vers les sols bruns calcaires). Si ce phé-
nomène est important, le sol devient rouge, couleur du fer oxydé.
Leurs caractéristiques agronomiques
Les caractéristiques physiques et chimiques de ces sols sont essentiellement liées
à l’abondance de calcaire actif.
l Comportement physique : le calcaire actif confere à ces sols une structure très
stable, souvent grumeleuse en surface et bien aérée. Mais il les rend très collants
lorsqu’ils sont humides et très durs quand ils sèchent ce qui les rend difficiles à tra-
vailler.
Les rendzines sont peu épaisses (10 à40 cm), de profondeur irrégulière, caillouteu-
ses et sèchent très vite, ce qui pose des problèmes d’alimentation hydrique des
cultures. Leur bonne porosité facilite la pénétration des racines.
l Fertilité organique et chimique : ces sols sont riches en matière organique mais
leur fertilité chimique est limitée par le faible volume de terre fine et la présence
de calcaire actif.
Le calcaire actif:
. accélère la décomposition des matières organiques fraîches mais ralentit la
minéralisation de l’humus. Le taux de matière organique est élevé, 4% à 5% en
surface, puis diminue en profondeur (2%);
. rend le phosphore inassimilable par les plantes en le “rétrogradant” sous forme
de phosphates tricalciques;
. rend le fer aussi plus diffkile à assimiler, ce qui peut provoquer la chlorose de
certaines plantes (blanchissement);
. élève le pH au dessus de 7 (7,5 à 9). Il en résulte une lenteur de la minéralisation
de l’azote, dont une partie est perdue par drainage sous la forme de nitrate de
calcium, et une insolubilisation de certains éléments comme le bore et le manga-
nèse;
provoque la saturation du complexe adsorbant par le calcium, pouvant induire
des carences en potassium (K+) et en magnésium (Mg++).
Les rendzines nécessitent particulièrement des apports réguliers de matières
organiques de manière à maintenir une teneur en humus suffisante. Les engrais
verts rendent ces sols moins alcalins et favorise la minéralisation de l’humus.
On peut donc observer sur les végétaux cultivés sur ces sols des carences en K, N,
P et Mg. Les apports d’éléments fertilisants doivent être réalisés en petites doses
répétées pour éviter les pertes par lessivage (azote) ou rétrogradation (phosphore).
. Les sols bruns calcaires ou bruns calciques
Ce sont des sols plus évolués que les rendzines. Ils ont subi une “brunifïcation” par
élimination du calcaire. Ils se forment sur roches calcaires, en conditions de
drainage plus important : r
l pente moyenne à faible- (selon pluviométrie) ;
l zones d’accumulation en bas de pente (faible pluviométrie).
Les sols bruns calcaires contiennent encore’des carbonates (calcaire fin). Ils
‘sont plus profonds que les rendzines, les plus épais sont ceux situés sur colluvions.
Le sol brun calcaire devient calciquél lorsque tous les carbonates ont été
éliminés par drainage. Le calcium n’est présent que sous forme soluble et sature
le complexe adsorbant.

80
Leurs caractéristiques agronomiques
Ils sont riches en matières organiques et en argiles.’ Leur réserve en eau dépend
de leur profondeur et de leur pierrosité qui sont très variables.
Sur le planchimique, ces sols sont moins défavorables que les rendzines; car le
calcaire actif est moins abondant ou absent. Il cesse d’exercer une action nocive,
mais garde une influence favorable sur la structure. ~
Les,sols bruns sont le plus souvent des sols profonds et fertiles qui conviennent à
une gamme étendue d’espèces. Le facteur limitant sur ces sols sera souvent plus
le climat (pluviométrie).
Les sols bruns calcaires peuvent se former aussi sur des alluvions calcaires.

Surversants Le basalte est une roche riche en calcium et en magnésium.


l Sur pente moyenne, se forment les sols calciques mélanisés, proches des
basaltiques:
rendzines mais sans carbonates (calcaire fin>. La matière organique est très liée
des sols calciques aux argiles.
mélaniséset des sols l Sur pente faible, le drainage étant plus important une ;Partie du calcium est
brunseutrophes lessivé, il se forme des sols bruns eutrophes; très proches des sols bruns calciques
sur calcaire.
En général, sur versants basaltiques, les sols sont plus profonds et plus fertiles que
sur les pentes calcaires. Ils sont plus sensibles à l’érosion mais se reconstituent
aussi beaucoup plus vite.

Sur peritesfaibles Ces sols-se forment sur toute roche lorsque la pente est faible et dans les
calcairesou basaltiques: dépressions des plateaux calcaires où le drainage est important.
Leur formation (la fersiallitisation) nécessite :
dessols rouges un climat humide avec une saison sèche marquée ;
l

fersiallitiques . une élimination totale-des carbonatespour les roches calcaires donc un bon drai-
-~ l

nage;
l une richesse suffisante en Fer, Silice et Aluminium, (d’où leur nom : Fer-Si-Al-
litique). -,

Les SOIS formés sur versants Durant la saison humide, les minéraux sont fortement altérés, le fer est libéré,
basaltiquesà fortes pentes sont oxydé et donne au sol une couleur rouge (c’est la rubéfaction). La silice et les bases
très sensiblesà l’érosion. sont plus ou moins lessivées.
Lavial, région de Jacmel Durant la saison sèche, les bases remontent avec la solution du sol par capillarité
(photo M. Bonnefoy). et saturent le complexe adsorbant. La présence de silice et de bases permet la
formation d’argiles du type montmorillonite (argile gonflante).
.Dans les situations où le drainage est important, une plus grande partie de la silice
et des bases est lessivée et les argiles qui dominent sont alors des kaolinites.
Leurs propriétés agronomiques
Ce sont des sols d’épaisseur très variable où la matière organique évolue assez
rapidement. Les fortes teneurs en argile leur contèrent une structure stable,
polyédrique fine à moyenne en surface, grossière en profondeur.
Leur CEC peut être importante lorsque les argiles gonflantes dominent. Elle est
souvent saturée par le calcium. Leur pH est neutre ou légèrement alcalin (7 a 8).
Leur fertilité chimique est bonne et ne présente aucun déséquilibre. Elle est
malgré tout étroitement liée aux restitutions organiques.
Lorsque ces sols sont sur des pentes moyennes, et surtoutbasaltiques, ils sont très
sensibles à l’érosion.
Lorsque les conditions de drainage sont bonnes et que la pluviométrie est
importante, ces sols peuvent devenir acides, première étape vers la ferralitisation.
Sur les hauts plateaux calcaires de la région de Désarmes (Artibonite), des sols
fersiallitiques se sont formés dans le fond ‘des dépressions (dolines). Ces sols,
reconnus comme les plus fertiles de cette zone sont les terrains privilégiés pour
l’installation des “lakous” (jardins boises, devankay).

'81
Enbas Les conditions nécessaires à la formation des vertisols sont :
l un climat à saison sèche marquée ;
des pentes,dansles
l un mauvais drainage ;
dépressionsou les l un milieu riche en calcium et en magnésium.
bas-fonds: Il se forment donc dans les endroits où s’accumulent les éléments fins apportés par
des wertisoh et des les eaux de ruissellement.
6oIs vertiques)) On peut en trouver sur différents types de matériaux : calcaires et marnes, basalte,
colluvions d’origine basaltique ou calcaire, alluvions anciennes.

Dans les bas-fonds se forment


des cwertisols~~
ou des
4oIs vertiques)*
(photo M. Bonnefoy).

Le mauvais drainage et la richesse du milieu permettent la formation d’argiles


gonflantes en grande quantité (montmorillonite).
Les variations d’humectation et de dessication favorisent la maturation d’un
humus stable et fortement lié à l’argile. Il se produit des “mouvements vertiques”:
sous l’effet des alternances de retrait et de gonflement de l’argile, les matières
organiques sont incorporées profondément dans le sol (en tombant régulièrement
dans les importantes fentes de retrait).
Ces sols, riches en matières organiques, présentent un épais horizon supérieur
noir qui les caractérisent : “tê nwà’.
Dans certains cas particuliers, ils peuvent être rouges (comme a Petite Rivière de
Nippes par exemple).
Les sols vertiques se rattachent à d’autres types de sols,‘mais, de par leur teneur
en montmorillonite et leur situation, ils sont soumis à des mouvements vertique,s.
On trouve par exemple des sols bruns vertiques ou des sols alluviaux vertiques.
Leurs caractéristiques agronomiques
l Des propriétés physiques liées à l’argile gonflante
La texture de ces sols est toujours très argileuse ; de 30% dans les sols peuvertiques
à plus de 80% dans certains vertisols typiques (,a Petite Rivière de Nippes par
exemple).
Leur structure est assez grossière, prismatique et présente a sec de grandes fentes
verticales. En surface elle peut être fine et grumeleuse à polyédrique moyenne
selon le caractére vertique plus ou moins marqué.
La terre est très collante à l’état humide et de cohésion très forte à l’état sec ; ce qui
la rend difficile à travailler. Notons que les mouvements vertiques réalisent
naturellement un bon travail du sol.

82
Ces sols emmagasinent de grandes quantités d’eau mais celles-ci sont très
fortement retenues par les argiles. La part facilement accessible aux plantes est
finalement réduite (cf. le chapitre 9 ).
Leur faible perméabilité se traduit dans les situations de cuvette par des engorge-
ments ponctuels (voire inondations) qui peut les rendre hydromorphes.
Sur la plaine d’Aquin où les vertisols sont dominants, cette imperméabilité
favorise le ruissellement et l’erosion est importante malgré:la très faible pente.
l Une très bonne fertilité chimique et organique
Le taux de matière organique dans l’horizon de surface est élevé (4% à 6%), il reste
encore important en profondeur. Le pH de ces sols peut êtr’e legèrement acide à
franchement alcalin. Leur capacité d’échange est extrêmement élevee (souvent
proche de 80 meq/lOOg) dans l’horizon humifère. Le complexe adsorbant est très
souvent saturé en bases.
Lorsque ces sols sont formes à partir de matériaux calcaires, la saturation de la
CEC par le calcium peut provoquer une mauvaise disponibilité du potassium ou
du magnésium et une immobilisation du phosphore.
La présence de calcaire actif peut aussi dans certains cas réduire l’assimilabilité
du phosphore.
Ces sols sont parmi les sols tropicaux les plus fertiles. La plupart du temps, ils se
situent dans des zones où la pluviométrie est faible et c’est l’eau qui est alors le
facteur limitant les rendements.
l Les uertisols peuvent être hydromorphes
Dans les dépressions ou les bas-fonds, à la saison des pluies, ces sols peuvent être
temporairement engorgés d’eau ou mêmé inondés. On dit alors qu’ils sont hydro-
morphes.
Ils sont privés d’oxygène plus ou moins longtemps car l’eau occupe toute la porosité
du sol et cela a plusieurs conséquences :
- la structure se dégrade et devient compacte ;
- les racines ne respirent plus, elles réduisent leur développement et nourrissent
mal la plante ;
- la matière organique évolue mal ;
- le fer n’est plus oxydé, il est réduit et devient soluble. Le sol prend par endroits
une teinte gris-bleu, ce sont des gleys, caractéristiques des sols asphyxiés.
Dans les vertisols, l’hydromorphie est toujours temporaire et la matière organique
évolue bien grâce à l’alternance des saisons.
Dans certains sols alluviaux de plaines ou de cuvette, l’hydromorphie peut être
plus ou moins permanente. Ces sols sont la plupart du temps réservés à la
riziculture. Dans certains, des aménagements sont réalises pour les drainer.

Sur les, hauts plateaux Ces sols n’ont été étudiés que dans la péninsule sud d’Haïti, sur le plateau des
calcaires: dessols Rochelois près de Miragoane et sur les plateaux de Ridoré et Ternier près de Jac-
mel.
rougesferralitiques La présence de sols profonds sur calcaires durs (jusqu’à plusieurs mètres) laisse
supposer qu’ils se sont formés à partir d’une roche qui recouvrait antérieurement
ces plateaux.
Ala suite dune longue évolution, cette roche (probablement du calcaire marneux)
aurait totalement disparu, laissant à la place des sols très évolués : des sols
ferralitiques.
Les conditions sont réunies pour permettre une ferralitisation ;
l une pluviométrie élevée ;
l une température moyenne élevée ;
l une altération très ancienne ;
l un sous-sol très perméable.
Ainsi, les bases et la silice sont, pour l’essentiel, évacuées par les eaux de drainage.
Les sols formés dans ces conditions sont riches en hydroxydes de fer et en alumine,
le premier donnant la couleur rouge aux sols. Seules, les argiles à une seule couche
de silice (kaolinites) peuvent se former et subsister dans ces sols.

83
Dans certains cas extrêmes, la ferralitisation conduit à un lessivage complet de la
silice et des bases et à une accumulation d’hydroxydes de fer et d’alumine qui
forment la bauxite. C’est le nom donné au minerai d’aluminium, exploité jusqu’en
1982 par la Compagnie Reynolds sur le plateau des Rochelois.
Leurs propriétés agronomiques
l Des propriétés physiques favorables
Bien que les analyses granulométriques donnent des teneurs en argile importan-
tes pour ces sols, ils ne se comportent pas comme des sols très argileux. En effet,
la fraction argileuse est constituée uniquement d’hydroxydes de fer, d’aluminium
et de kaolinite.
La structure de ses sols est fine, elle se présente sous la forme de micro-agrégats
très stables (de 50 à 100 PL)qui s’assemblent en mottes cohérentes. Elle se dégrade
lorsque le taux de matière organique diminue fortement.
La porosité de ces sols est importante et permet un bon drainage (surtout micro-
porosité).
La réserve en eau par unité de volume est assez faible mais, dans la mesure où les
plantes ont un enracinement profond, la réserve en eau globale est importante
(sols profonds).
l Une fertilité chimique très fragile Ivoir’aussi le chapitre 10)
La capacité d’échange cationique de la fraction minérale est pratiquement nulle.
C’est donc la matière organique qui assure à elle seule le stockage des éléments
nutritifs de deux façons :
- en fixant les bases échangeables sur les sites électronégatifs de l’humus ;
- en stockant sous forme organique, dans l’humus et les matières organiques
fraîches,lescations,l’azoteetlephosphorequiserontlibérésparlaminéralisation.
Le phosphore, en milieu acide et riche en AP’ et Fez+, se trouve sous forme peu
soluble et est inassimilable par les plantes.
Etant donné la présence dune roche calcaire, la CEC est souvent saturée en
[Link] revanche, on y observe des carences en potassium.
Dans ces sols, la fertilité chimique dépend donc uniquement du taux de matière
organique.
Cela explique les pratiques des paysans de’ces plateaux calcaires qui concentrent
les matières organiques dans les parcelles cultivées de manière intensive près des
habitations (fumier, résidus de cultures et de cuisine).

Figure 47 : relation entre la teneu


en matière organique et la CEC 32 CEC es kvxq potiv IOOgdes01
des sols ferralitiquesdu Plateau
des Rochelois.
28-

24

4-
0

4% 2 b 4 b 6 3

84
Dans les sols ferralitiques courts, en plus des problèmes organiques et minéraux
évoqués ci-dessus, se posent des problèmes d’alimentation’en eau des plantes.
Dans des sols ferralitiques appauvris en matières organiques, l’utilisation d’en-
grais solubles aurait plusieurs effets défavorables :
l un gaspillage des cations qui seraient rapidement lessivés, ne pouvant être fixés
(très faible CEC) ;
l un blocage du phosphore apporte sous forme de phosphate d’aluminium ;
l un éventuel déséquilibre cationique provoquant une acidification du sol.
Il faut donc privilégier la fertilisation organique qui non seulement fournit des
éléments minéraux mais produit de l’humus, capable de retenir les cations
apportés par la suite.

Dans les plaines et les Les alluvions sont constituées par des accumulations de particules (argiles,
vallées : des sols limons, sables, pierres) arrachées sur les versants des mornes par l’érosion, puis
déposées dans des zones planes quand l’eau qui les transportent perd de savitesse.
formés sur alluvions Les facteurs qui conditionnent ces accumulations sont complexes : matériaux
d’origine, vitesse de l’eau, conditions d’alluvionnement. /’
Ces sols de composition et de caractéristiques très variables constituent toutes les
plaines et vallées d’Haïti - (plaine du Nord - plaine des Cayes-vallée de l’Artibo-
nite...) et représentent donc des surfaces agricoles très importantes.
Il faut distinguer :
l les alluvions anciennes qui ont pu subir une forme de pédogenèse (altération des
matériaux accumulés) et peuvent être soumis à l’érosion ;
l les alluvions récentes (ou actuelles) qui sont constamment rajeunies par de
nouveaux apports.
Souvent, le problème de ces sols n’est pas la fertilité chimique. Ils sont générale-
ment bien pourvus en éléments minéraux puisque ce sont d’abord les éléments les
plus fins qui sont emmenés par l’eau de ruissellement. Ce sont surtout le climat,
l’hydrologie de la zone et le fonctionnement hydrique de ces sols qui vont détermi-
ner leurs aptitudes culturales.
Les sols formés sur alluvions se situent souvent dans des régions à faible
pluviométrie (basses altitudes) ; l’alimentation en eau des plantes est ainsi
souvent le facteur principal limitant la production agricole (ex : plaine d’Aquin,
plaine des Gonaïves).
Dans ces conditions, la possibilité d’irrigation est déterminante ; la contrainte liée
à la disponibilité en eau étant levée, ces sols sont souvent fertiles et permettent de
bons rendements (plaine de 1’Artibonite).
Sols hydromorphes
Les sols hydromorphes se situent dans les “bas-fonds”, à proximité des rivières, en
bordure de mer (avec parfois des problèmes de salinité) et dans les plaines aux sols
Profil pédologique sur ou sous-sols imperméables : certains secteurs de la plaine du Nord par exemple.
alluvionsà la plaine de Larbre Une hydromorphie peut être due soit à une nappe perchée d’origine pluviale
(paroi d’une ravine). retenue par un horizon imperméable, soit à la proximité de la nappe phréatique.
On observe une successionde Ellepeutêtretemporaire (apparitiondurantlasaisondespluies) soitpermanente.
couches de terre de couleurs Ces sols sont, en général, cultivés en riz durant la saison des pluies (période
différentes. La couche plus d’inondation), puis en cultures pluviales (tubercules, haricots) sur buttes ou
sombre est un horizon billons durant la saison sèche (voir les systèmes de culture ,de Camp-Louise).
organique qui a été recouvert Les possibilités de mises en valeur de ces sols dépendent essentiellement de la
par des alluvions rkentes dynamique de l’eau. Certaines zones hydromorphes en Haïti ont été l’objet
(photo M. Bonnefoy). d’aménagements de drainage.

l Les alluvions dans les vallées fluviales


Ces alluvions sont déposées par les rivières (ou les ravines) lors des crues. Le mode
de dépôt des particules transportées par l’eau suit la loi de sédimentation ; les plus
fines étant déposées en dernier quand l’eau a perdu le maximum de sa vitesse.
l Les éléments les plus grossiers sont déposés en premier et forment ainsi les
berges qui petit à petit peuvent soulever le lit de la rivière.,

85
CHAîNES DE SURVERSANT
0ASALTMUE
SOLS SUR
VERSANTS
CALCAIRES ET
BASALTIQUES.
(d’après Y.M Cabidoche-INRA
Guadeloupe - Reconnaissance
pédologique dans le district de
Jacmel - 1984).

tt
EN PRÉSENCE D’ÉROSION t
.: +
4
+ 4
:
.
./ + z

SURCALCAIRE
DURhorner) SURCALCAIRETENDRE

86
Lors des crues, les éléments les plus fins (argiles> sont déposés en dernier et
s’accumulent dans la cuvette où l’on trouve des sols hydromorphes (imperméables
et engorgés d’eau à la saison des pluies).
Ceci concerne les alluvions récentes qui ‘reçoivent encore régulièrement des
apports. En cas de crues plus importantes, les argiles accumulées dans les dépres-
sions peuvent être recouvertes de sables ou de graviers. C’est ainsi que l’on peut
observer des profils de sols caractérisés par des successions de couches de terres
de composition granulométrique différente.

Figure 48 : sols formés sur


alluvions.
Dans les vallées plus importantes, les alluvions qui ont été déposées à différentes
Figure 49 : sols formés et périodes forment des terrasses alluviales anciennes qui ne sont plus inondées.
alluvions.
l Les sols de plaine alluviale: cas d’une plaine au climat sec, la plaine de Larbre.
. Les sols de la plaine d’épandage
Ce sont des sols jeunes et constamment rajeunis par: les apports des crues
naturelles ou de l’irrigation.
Lapédogenèse y est d’autant plus faible que le climat est sec. La mise en valeur de
ces terres par les paysans est liée aux différentes possibilités d’irrigation. La
pratique de l’irrigation, quelqu’en soit la technique, modifie le rythme de sédimen-
tation et conditionne l’évolution pédogénétique de ces sols. Ces sols se caractéri-
sent par une faible structuration (peu de’ cohésion), une porosité élevée (mais
surtout texturale) et une alternance de dépôts de texture variée.
Dans les zones les plus basses (cuvettes), l’accumulation des éléments fins et
l’alternance d’humectation et de dessication favorisent la néo-formation de mont-
morillonites. Les sols de ces zones sont à tendance vertique.
Au niveau agronomique, une grande variabilité des sols à l’intérieur d’une même
parcelle rend difficile le choix de techniques adaptées (cultures, doses d’irrigation,
fertilisation).
Fertilité de ces sols
. Ils sont pourvus en matières organique (2 à S%>, celle-ci est répartie dans tout le
profil.
. La CEC est élevée et saturée en calcium.
. La richesse en calcaire (souvent supérieure à 20%) et le pH élevé (> 7,8) de ces sols
conditionnent leur fertilité chimique :
- carences possibles en fer et en manganèse, en bore, cuivre et zinc qui peuvent
provoquer une chlorose.
- le phosphore peut être bloqué sous forme de phosphates tri-calciques insolubles.
- le pH favorise l’assimilation du K, Mg, N et S d’autant plus qu’il n’apparaît pas
de déséquilibre &/Mg ou Mg/K (qui pourrait rendre Mg ou K insuffisamment
disponible).
. Les teneurs en phosphore sont moyennes et par endroits faibles.
. Les teneurs en potassium sont bonnes et parfois très élevées.

87
Figure 50 : bloc diagramme
explicatif : transect du
Colombier, plaine de Larbre.
(LEO,1983).

I
MORNES GLACIS PLAINE . PLAINE
.
D’EPANDAGE
.
- Calcaires ou basaltes - Alluvions anciennes - Alluvions récentes - D@ôt des alluvions
définissent la nature des traversées par des et soumises à des les plus fines surtout
minéraux qui vont constituer ravines et soumises à apports réguliers de dans la mangrove où
les alluvions. I’érosion en nappe limons, sables, argiles Peau devient plus calme
(accumulation de et pierres selon - Sols sales puis
pierres en surface). I’hydrologie. hydromorphes.
- Raccordement entre - Les ravines ici se
la plaine et les mornes. divisent en nombreux
- Texture des sols très chenaux et I’écoulement
variables : devient laminaire
limoneux - Texture des sols tres
limoneux-sableux variable :
avec de I’argile quand surélévation des
la pente est nulle chenaux par apport de
(terrasse). sables.
accumulation des argiles
dans les partiesbasses.

. Les reserves en eau de ces sols sont assez élevees, fonction du pourcentage de
matière organique et de la granulonktrie. (voir chapitre 9, exemple de calcul de
R.U.).
l Les sols de la plaine maritime
Au fur et à mesure que l’on va vers la mer, la nappe phréatique d’eau douce ou peu
salée se rapproche de la surface. La forte évaporation permet une remontée
capillaire et une concentration des sels en surface rendant le sol inculte (profon-
deur inférieure à 3-4 cm). Ce sol est issu d’un matériau d’origine salé et gypseux.
Ces sols salés précèdent les sols hydromorphes (engorgés d’eau).

88
Figure 51 : sols de plaine
maritime. sol sn;bl i sol salé ; solhyAvomovphe

. .
. .,: . .*. , . . 8

Galinew dans la plaine


maritime de la plaine de Larbre
(photo M. Bonnefoy).

89
L’EXPLOITATION
ETSONENVIRONNEME
ECONOMIQUE’
DÉFINIRL’EXPLOITATION
ETLA SITUERDANSSONENVIRONNEMENT 93
Qu’estcequ’uneexploitationagricole? 96
l Les éléments d’une exploitation agricole 96
l Caractériser l’appareilde production 98
L’exploitationdansson environnementéconomiqueet social 104
l L’accès à la terre 104
l L’accès aux moyens de production 108
l L’accèsà la main-d’œuvre“extérieure” : les relations entre agriculteurs 110
l La commercialisationdes productions agricoles 112
l Les relationsavec I’Etat 115

DÉCRIRELEFONCTIONNEMENTDEL’EXPLOITATION
ET
MESURER LE~ RÉSULTATS
ÉCON~MIOUES 119

Deuxexploitationsen fonctionnement: Dieujusteet Luckner 120


l Première étape : caractérisationdes exploitations 121
l Deuxième étape : l’analysedu fonctionnement 122
0’ Apporter des améliorationsadaptées 127
Calculdesrésultatséconomiques 130
l La production de l’exploitation: calcul du produit brut 130
l Calcul de la valeur ajoutée 132
l Répartition de la valeur ajoutée : calcul du revenu 134
l Exemples de calcul 136
l Analyse des résultats économiques 141

: LA CANNEÀ SUCREDANSLA PLAINEDU NORD


ETUDERÉGIONALE 147

L’histoireagrairede la Plainedu Nord 149


l Une successionde productions 149
l Les leçons de l’histoire 150
Dessystèmesde cuitureet d‘élevagevariés 152
l La culture de la canne 152

91
l La culture de la banane 154
. Les associationsvivrières 155
l Les autres systèmes de cultures 157
l L’élevage 158
. Un choix économique plus qu’agronomique 159
La logiquede fonctionnementéconomiquedesexploitations 160
l Les salariésagricoles, métayers et fermiers (type 1) 161
l Les petits propriétaires (type 2) 164
l Les moyens propriétaires (type 3) 166
l Les exploitationscapitalistes (type 4) 168
l Une sous-utilisationdes ressources nationales : terre et travail 159
Quellepolitiqueagricolepour la Plainedu Nord 171
l Les causes des difficultés de l’industriesucrière 171
l En cas de fermeture de I’USN : quelles évolutions ?’ 173

92
.~-~~
dans-son environnement
Les exploitations agricoles haïtiennes seprésentent, pour la plupart,
comme des exploitations familiales, car le rôle de la famille y &t
,essentiel. Pour comprendre le fonctionnement de ces unités ,de
production, il faut en analyser chaquk composante, puis les resitper
dans leur environnement économique et social. ~m ~ ~
Il
Des exploitations essentiellement familiales
l La construction même de l’exploitation
L’exploitation est constituée autour de lamaison d’habitation (la kuye) occupée par
une famille: un couple et ses enfants, une femme et ses enfants....
Cependant, à certains moments de l’histoire de‘l’exploitation, il se peut que la
maison ne soit pas occupée par une famille, mais seulement par un jeune n’ayant
pas encore fondé une famille, ou par une personne seule dont la famille (enfants,
adultes...) n’est plus présente.
Il se peut aussi que la maison ne soit pas encore construite: c’est le cas chez les
jeuneshommes qui sont en train de constituer leur exploitation. Les constructions
La kaye est le centre de I’exploi- sur I’exploitation se limitent alors a une cuisine. La maison sera construite
tation familiale. progressivement avec les premiers revenus de l’agriculture ou dé l’élevage. La
maison terminée, le jeune homme pourra alors prendre femme.
Assurer la subsistance de la Une même unité de résidence, c’est-a-dire une même maison ou plusieurs maisons
famille est le premier objectif de rassemblées dans la même cour, peuvent abriter plusieurs exploitations. C’est
l’exploitationagricole notamment le cas lorsqu’un jeune continue à vivre avec ses parents, mais dispose
(photos G. de Laubier). déjà de parcelles et d’animaux dont il a, seul, la responsabilité.

l Son fonctionnement
Le travail nécessaire au fonctionnement de l’exploitation (travail sur les jardins,
soins aux animaux, vente des produits,...) est essentiellement fourni par les
membres de la famille.
Cependant une part plus ou moins importante de travail peut être réalisée par des
ramponneau, des coumbites ou encore par des journées achetées à des voisins, des
jeunes sans terre,....
Inversement, certains membres de la famille peuvent consacrer une partie de leur
travail hors de l’exploitation familiale.
Ce travail familial hors exploitation peut être agricole (notamment lorsqu’il y a
vente de journées à un voisin...), ou non-agricole. C’est souvent le cas des femmes
qui font du commerce ; parfois celui des hommes qui ont une activité artisanale par
exemple. Ces activités familiales hors exploitation sont importantes à considérer
dansl’analyse du fonctionnement de l’exploitation. En effet, elles réduisentlaforce
de travail disponible mais génèrent des revenus complémentaires, parfois utilisés
Eour l’activité agricole (achat d’un animal, de semences...).
l Ses objectifs
Le premier objectif poursuivi est d’assurer, par l’activité agricole, la subsistance
des travailleurs, c’est-à-dire de la famille. Le travail familial investi sur l’exploi-
tation vise donc d’abord à produire pour satisfaire les besoins de la famille.
Il est important de remarquer que les besoins sont de différents ordres:
l des besoins alimentaires pouvant être satisfaits par des productions réalisées

94
sur I’exploitation même: céréales, fruits, légumes....
l des besoins alimentaires qui ne peuvent pas être satisfaits par des produits en
provenance de l’exploitation: sel, huile, poisson....
l des besoins non alimentaires nécessitant pour être satisfaits de disposer d’ar-
gent : achat d’outils, habits, écolage des enfants, frais de maladie....
La satisfaction de l’ensemble des besoins de la famille peut donc difficilement être
obtenue a partir de la seule autoconsommation des produits de l’exploitation. Il est
indispensable que la famille vende au moins une partie de ses productions pour
obtenir un revenu dit monétaire (c’est-à-dire sous forme d’argent); les exploita-
tions doivent donc, de ce point de vue, être marchandes. Une exploitation est qua-
lifiée de marchande lorsqu’elle vend une part de ses productions sur le marché.
Si toutes les productions de l’exploitation sont utilisées ou consommées directe-
ment par la famille, l’exploitation est dite en autosubsistance.

Cependant, toutes les exploitations agricoles haïtiennes ne sont pas des exploita-
tions familiales. Il existe des exploitations qui utilisent pour l’essentiel ou quasi-
exclusivement de la main-d’œuvre fournie par des travailleurs salaries (temporai-
res ou permanents, journaliers, travailleurs engagés pour des contrats à la
tâche,...). Ce type d’exploitation est appelée exp2oitation capitaliste.
Dans l’exploitation capitaliste,contrairement à l’exploitation familiale, il y a
séparation entre celui qui fournit le capital (le propriétaire) et ceux qui fournissent
le travail (les salariés). Ces exploitations sont généralement de grande, voire de
très grande taille: dune dizaine à plusieurs centaines de carreaux. Elles sont
dirigées par des exploitants individuels ou des sociétés.

95
Qu’est-ce
‘qu’une [Link]
agricol-e?

Une exploitation agricole, dans son fonctionnement productif, c’est-à-dire en tant


qu’unité de production, doit réunir différents éléments, tous nécessaires pour
qu’une production, qu’elle soit végétale ou animale, puisse être entreprise. Ces
éléments sont: la terre, le travail (humain) et les moyens de production.
l La terre
C’est évidemment le support indispensable pour toute production, même pour les
* La production de porcs productions “hors-sol”* qui ne nécessitent que très peu de terre (à la limite
réalisée dans des seulement l’emplacement pour des bâtiments).
exploitations spécialisées
achetant la totalité des . Le travail humain
aliments pour les animaux 9 Toute activité productive est impossible sans la mise en oeuvre de travail, que ce
en dehors de l’exploitation est
un exemple de production travail soit fourni par la famille, par des salariés ou par toute autre personne en
hors-sol. relation avec l’exploitation.
l Les moyens de production
Ils correspondent à tous les autres biens ou matériels qui vont être utilisés au cours
de la production :
l outils et machines: houe, machette, attelage de trait, charrue, tracteur,...
l bâtiments, infrastructures: maison d’habitation, intallations de stockage (gre-
nier, drums ,... ), glacis de séchage, citerne, porcherie, . . .
l animaux reproducteurs (mâles et femelles),
l semences, engrais, produits de traitements, aliments pour le bétail achetés (son
pour les porcs)...
l aménagements fonciers: canaux et parcelles planées pour l’irrigation, terrasses,
canaux de contour...
l plantations pérennes: café, cacao, canne, banane...
On regroupe souvent ces biens en deux catégories:
l les biens qui vont servir à plusieurs cycles de production (outils, bâtiments,
cheptel reproducteur, aménagements fonciers, plantations). On les appelle aussi
moyens de production à usage (ou à consommation) pluriannuel.
l les biens qui vont entrer dans le processus de production~pour être transformés
au cours d’un cycle. Ils sont encore appelés consommations intermédiaires ou
intrants (inputs en anglais). Ce sont: semences, engrais, produits de traitement,
aliments pour le bétail achetés, .. .
L’exploitation agricole, en tant qu’unité de production, peut donc être définie
comme une combinaison de terre, travail et moyens de production choisie

96
par l’exploitant pour artificialiser le milieu en sa faveur. Autrement dit,
l’exploitation agricole applique du travail et des moyens de production aux
écosystèmes dans lesquels elle se trouve afin d’assurer au moins la subsistance
de ses. travailleurs.

CERNER Il est souvent difficile de cerner les limites exactes de l’exploitation agricole.
L’EXPLOITATION Prenons l’exem$e de la famille de Relus
Relus a 45 ans. Il habite l’essentiel de l’année à “Tête de l’eau”, où il a une femme,
Anilia, et cinq enfants. Les deuxainés, Gérard (21 ans) et Lucien (18 ans), sont sui-
vis de deux filles; puis d’un très jeune garçon, Elifet.
A “Tête de l’eau” et dans ses environs, Relus cultive sept jardins, totalisant un
carreau et demi. Il a aussi deux boeufs, trois chèvres (dont Elifet s’occupe). En plus
de ces sept jardins cultivés sous la responsabilité du père, chacun des deux fils
cultive de son côté d’autres parcelles. Gérard travaille deux jardins : le premier lui
a été cédé par son père, et le second est “afferme”, c’est-à-dire en fermage. Lucien
cultive un seul jardin, donné par Rélus, mais a en plus un jeune boeuf, qu’il laisse
pâturer sur les terres de la famille. Le petit Elifet possède lui-même déjà un jeune
cabrit. Anilia tient un petit commerce, avec la plus jeune de ses filles.
L’autre fille fait un peu de couture, et vend les vêtements fabriqués.
Dans cet exemple, comme souvent en Haïti, il n’y a pas coïncidence exacte entre
l’unité de résidence, l’unité deproduction, l’uriité de consommation et l’unité d’ac-
cumulation. Ainsi, toute la famille résidant dans la même kuye, nous sommes en
présence d’une seule unité de résidence. Si tout le monde mange la même cuisine,
il n’y a également qu’une seule unité de consqmmation. En réalité, ceci n’est pas
vrai:, chacun des grands enfants est individuellement responsable lorsqu’il s’agit
‘d’acheter une chemise... ou de jouer à la borlette.
Lorsqu’enfin on considère la production, on peut identifier six unités de produc-
tion :
l la première constituée de Relus et de sa famille a temps partiel, de ses sept
jardins, deux boeufs, trois chèvres et six poules....;
l la seconde avec Gérard (à temps partiel) et !de ses deux parcelles,
l la troisième avec Lucien, son jardin et son jeune boeuf,
l la quatrième avec Elifet et son cabrit, ~
l la cinquième avec le commerce d’ArClia,
l la sixième avec l’atelier de couture de la jeune fille.

Figure 52 : la famille de Relus, Le travail La terre Les moyens UP


six unités de ptodüction de production

1 Relus IJlJ2J3 18182 ) UP1 1 Anilia ( fond de 1UP5 g


J4 J5 J6 57 Cl c2 c3 lère fille commerce

Gérard J8 J9 UP2 Pnde fille atelier UP8


couture

Lucien JlO 83 UP3

Elifet c4 UP4

Jl : jardin rio1 ; Bl : boeuf no1 ; Cl : cabri n”l.

Les quatre premières sont des unités de production agricoles, les deux dernières
sont des unités de production familiales, mais non agricoles;
En theorie, chaque unité de production est caractérisée par un centre de décision
unique. Dans la pratique, la distinction est souvent malaisée: ainsi le boeuf de
Lucien est bien reconnu par tous comme sa propriété personnelle, puisqu’il l’a
acquis grâce à la vente de ses journées de travail. Mais comme’il pâture le plus sou-
vent dans les jardins de Relus, peut-on vraiment le considérer comme élément

97
dune exploitation à part?
Pour simplifier, on considérera souvent, dans une première approche, qu’il n’y a là
qu’une seule exploitation agricole. On fait alors l’assimilation entre l’unité de
résidence, l’unité de consommation et l’unité de production. Mais on gardera
présent à l’esprit que cette assimilation est abusive, et par une analyse plus
approfondie, il faudra faire la distinction entre ‘les différentes unités, puisque
chacune met en jeu une combinaison différente de terre, de travail et de moyens
de production.

Figure 53 : la famille de Relus,


une exploitation agricole et des
Relus Jl J2 J3
J4 J5 J6 J7
Bi B2
Cl C2 C3 unité de
Anilia
1ère fille
fond de
commerce
.r
unité de l---
production
activités annexes production non
Gérard J8 J9 agricole 2nde fille atelier agricole
= couture =
Lucien JlO B3 exploitation activités
agricole annexes
Elifet c4

L’exemple présenté ici apparait complexe, mais la réalité l’est souvent encore
davantage. Il peut en effet y avoir plusieurs unités de consommation au sein dune
même unité de résidence (fréquemment si l’un des enfants est “placé”). Un même
exploitant peut aussi avoir installé une femme-jurdin sur une partie éloignée de
son exploitation: il y a alors une seule exploitation pour deux résidences...
Pour un agronome, comprendre ces situations est nécessaire pour pouvoir expli-
quer les pratiques agricoles des paysans. Ainsi pourra-t-il identifier les facteurs de
blocage du développement pour une exploitation, puis un quartier et enfin une
petite région.

Le commerce pratiqué par une


femme ou une fille est
considéré comme extérieur à
l’agriculture,tout comme
l’artisanat souvent pratiqué par
les hommes, tels ces scieurs
de long.
(photos D. Mermet).

CARACTERISERL’APPAREIL DE PRODUCTION
La première étape dans la description et l’analyse d’une exploitation agricole est
la caractérisation qualitative et quantitative de son appareil de production (terre,
travail, moyens de production).

98
LATERRE Le foncier .de l’exploitation est constitué par l’ensemble des terres exploitées
OUFONCIER (jardins, raks, pâturages pour le bétail, bois,...) et des superficies construites (oc-
cupées par la kuye, la cuisine, le glacis,...).
Les jardins sont des parcelles cultivées.. Celles-ci peuvent être effectivement en
culture ou en jachère. Les ruks sont des surfaces non cultivées, mais utilisées col-
lectivement pour le pâturage des animaux.

Lanaturedesterres Elle peut être appréciée par des caractéristiques physiques et par la nature des
écosystèmes représentés sur l’exploitation: type de sol, nature du sous-sol, niveau
de fertilité, morne/plaine, humidekec, pente, exposition, altitude,...
Ces renseignements sur le foncier de l’exploitation sont, dans certains cas, décisifs.
En effet, certains exploitants cherchent à disposer de jardins dans différents
écosystèmes, ce qui peut leur ‘permettre par exemple :
l de cultiver un plus grand nombre d’espèces (par exemple riz irrigue ou inondé en
plaine ou dans des bas-fonds et espèces pluviales dans les mornes) ;
l de décaler les calendriers culturaux pour mieux faire face aux pointes de travail
(par exemple en disposant de jardins situés à différentes altitudes) ;
l de réduire les risques de mauvaise récolte; un accident climatique a moins de
chances de se produire également et simultanément sur tous les jardins s’ils sont
dispersés dans différents écosystèmes.

Laswerficie Elle est une donnée essentielle à connaître pour qui s’intéresse à une analyse
économique de l’exploitation.
La superficie totale de l’exploitation comprend les superficies exploitées (jardins,
terres utilisées par le bétail) et les surfaces construites. Les unités de mesure ha-
bituellement utilisées sont le carreau (c) ou l’hectare (ha), 1 c = 1,29 ha.
‘Cependant, dans certaines régions, les paysans utilisent d’autres unités ; il
conviendra d’en réaliser une estimation en carreaux avant d’entreprendre tout
travail d’analyse économique dans ces régions.
Lors d’une enquête, on ne cherchera pas à connaître directement la superficie
totale de l’exploitation. On préferera faire l’inventaire de toutes les parcelles, en
identifiant chacune par le nom du lieu-dit où elle est située. On demandera la
surface de chacune, puis on effectuera la s,omme pour calculer la superficie totale
de l’exploitation.
Il est rare que le premier inventaire suffise pour dresser la liste de toutes les
La terre, la force de travail et parcelles de-l’exploitation, car l’enquêté en omet #souvent quelques-unes, soit vo-
les moyens de production lontairement, soit involontairement. L’expérience et le savoir-faire de l’enquêteur
(ici un outil et les semences) permettent de réduire ces omissions.
constituent les bases de Lors de l’étude d’une exploitation, il est parfois souhaitable de visiter toutes les
l’appareilde production (photo parcelles afin d’en estimer la superficie plus précisément que ce qui peut être fait
G. de Laub,ier). à partir des déclarations de l’exploitant.

Le modede tenure Il définit la nature des relations juridiques existant entre l’exploitant et le sol qu’il
utilise.
La situation foncière en Haïti se caractérise lpar une très grande diversité des
modes de tenure, avec des différenciations régionales importantes. Pour simpli-
fier, nous n’en distinguerons ici que quatre grands types.
l Les terres en propriété
Les terres dont les exploitants sont propriétaires sont exploitées en faire-ualoir
direct. Il s’agit d’abord des parcelles achetées, en bonne et due forme. On trouve
également dans cette catégorie les surfaces héritées, pour lesquelles il y a eu un
partage formel, avec arpentage et légalisation par un notaire.
Parcelles achetées ethéritées avec séparation formelle représentent les’té tit;pour
lesquelles l’exploitant dispose d’un titre individuel de propriété. L’exploitant
propriétaire peut utiliser ces terres à sa guise, en toute liberté. Il est très rare que
son droit de propriété soit remis en cause. On dit que la sécurité de tenure est forte.
Parmi les terres en propriété, on classe également les terres en indivision. Celles-
ci sont des terres héritées, mais qui n’ont pas été officiellement partagées entre les

99
achetées héritiers. La propriété est collective. Ce sont les terres “mineures”,‘té minb;au sens
t strict.
è
Les transactions foncières au moment d’un héritage peuvent se dérouler de
différentes manières:
. soit les CO-héritiers n’arrivent pas à se mettre d’accord pour procéder à un partage
formel du foncier et la terre reste en indivision stricte ; chacun des cohéritiers est
héritées avec libre de l’utiliser comme bon lui semble.
partage légalisé . soit la taille des parcelles résultant de la division serait si faible que les dépenses
nécessaires à l’établissement d’un titre de propriété (frais d’arpentage et de nota-
riat) dépasseraient la valeur de la terre. Les CO-héritiers peuvent alors choisir
partage informel
d’exploiter les terres en indivision stricte. Mais ils peuvent aussi procéder, d’un
(titre collectif,
utilisation commun accord, à un partage sans l’officialiser avec l’établissement de titres de
individuelle) propriété par un notaire. Dans ce cas, la sécurité de tenure pour chaque “proprié-
taire” est moindre que lorsqu’il y a émission de titres de propriété, car le partage
peut être remis en cause en cas de mésentente. On dit qu’il y a partage informel.
L’indivision en partage informel est le statut foncier le plus courant au sein de la
indivision stricte petite paysannerie haïtienne. L’indivision peut être de première génération (il
(titre collectif, s’agissait d’une‘té tit’d’un des parents), mais aussi de seconde, troisième généra-
utilisation tion ou au-delà. L’indivision peut remonter au-delà des souvenirs des occupants
collective) actuels.
Plus l’indivision est ancienne, plus le risque d’un conflit entre les héritiers est
Figure 54 : les terres important; la sécurité de tenure devient ‘alors très faible.
en propriété Les conséquences de l’indivision sont très graves en Haïti. L’indivision est souvent
accusée de décourager l’occupant de protéger sa terre, et encore plus de l’amélio-
rer ou d’y faire des investissements susceptibles d’augmenter sa productivité.
l Les terres en métayage
Il s’agit d’un mode de faire-valoir indirect: l’exploitant n’est pas le propriétaire
direct de la terre. L’exploitant et le propriétaire établissent un contrat oral
donnant droit à l’exploitant (appelé métayer) d’utiliser les terres du propriétaire,
pour une durée déterminée, et en échange d’une part déterminée de la récolte.
Cette part s’élève généralement en Haïti au tiers ou à la moitié de la récolte. Le
contrat est le plus souvent de courte durée, pouvant se réduire a une saison’de
culture.
Ces terres sont dites’socié’ou’de mouatié: La sécurité de tenure est faible. Un
métayer n’a aucun intérêt à améliorer la qualité de sa terre; dans la plupart des
cas, cela encouragerait le propriétaire à la reprendre pour l’exploiter directement.
l Les terres en fermage
Il s’agit encore d’un mode de faire-valoir indirect. L’exploitant et le propriétaire
établissent un contrat (appelé bail) pour une durée déterminée, par lequel
l’exploitant (appelé fermier) pourra utiliser les terres en échange d’une somme
déterminée et réglée au moment de l’établissement du contrat.
La durée des baux est très variable. Elle peut ne pas excéder une saison de culture
dans certaines plaines rizicoles (Artibonite, Solon, Saint Raphaël, . ..). le fermage
est alors appelé’ferm: Le bail peut porter sur un grand nombre d’années; c’est
généralement le cas dans les régions de morne et il est alors appelé’potek.’
l Les terres occupées.
Il peut arriver que des exploitants utilisent des terres dont ils ne sont pas
propriétaires légaux et pour lesquelles. ils n’ont pas établi de contrat avec le
propriétaire. Cette situation, souvent, concerne des terres occupées depuis très
longtemps et dont le nom des propriétaires est méconnu.
Ces terres peuvent faire l’objet de transactions (ventes, locations, partages entre
héritiers, . ..) mais il n’est pas possible d’établir de contrats ni de titres de propriété.

‘Dans la caractérisation du foncier d’une exploitation, il importe de bien préciser le


mode de tenure pour chaque jardin de l’exploitation. Mais attention à ne pas
confondre propriété foncière et exploitation agricole. Les parcelles d’une
même propriété foncière peuvent être confiées à des exploitants diffé-

100
rents, et une même exploitation peut rassembler des parcelles aux modes
de tenure très variés.

Un paysan cultive des jardins de statut multiple: propriétaire de certains jardins,


il en cultive d’autres en métayage ou en fermage. Des terres indivises mais infor-
mellement partagées peuvent être cultivées. Il peut enfin avoir accès à des terres
indivises non partagées, par exemple pour le pâturage de son bétail.
Dans une enquête, on n’oubliera pas, après, avoir fait l’inventaire des jardins et
avoir caractérisé leur statut de demander à l’exploitant s’il ne possède pas en outre
d’autres parcelles qu’il a données en métayage ou en fermage à’d’autres paysans.
L’inventaire et la caractérisation du foncier est d’un grand intérêt pour avoir une
idée du niveau social et économique dune exploitation agricole. Ils permettent de
distinguer [Link] qui ont plus de jardins oumoins, et ceux qui sont plutôt pro-
priétaires de ceuxqui sont métayers.

Le capitalfoncier Il est égal à la valeur des terres en propriété.


Bien que difficile à connaître précisément, on peut en faire une estimation simple
après avoir demandé à des exploitants locaux à quel prix se vendent, en général,
des terres de qualité analogue à celles de l’exploitation étudiée.

LETRAVAIL La description de l’appareil de production nécessite l’évaluation du travail effec-


tivement dépensé dans l’activité agricole pendant un cycle de production (généra-
lement un an). Ce travail peut être fourni :
l par la main-d’oeuvre dite “familiale”. Il s’agit de la main-d’oeuvre fournie par les
personnes de la famille vivant sur l’exploitation (dans la kaye) ;
l par une main-d’oeuvre dite “extérieure” (à l’exploitation): groupes d’entraide
(corvées), associations de travail (escouades, ramponneaux, coumbites), salariés ou
journaliers.
L’analyse économique d’une exploitation agricole demande une évaluation quan-
titative du travail utilisé sur 1‘exploitation.
Cette évaluation est délicate+ surtout pour la-main-d’oeuvre familiale. En effet, les
tâches domestiques, qui ne doivent pas être prises en compte dans l’analyse de
lùnitédeproduction, sont difficiles à distinguer des tâches agricoles. De plus, toute
la main-d’oeuvre familiale ne s’investit pas toujours totalement dans un travail
sur l’exploitation : commerce pour la femme, travail d’artisanat, participation à
des échanges ou à des groupes de travail,....
En première approximation, on peut évaluer, en pourcentage, la part de travail
que consacre chaque individu de la famille à l’activité agricole (au sens large, c’est-
à-dire y compris l’élevage). Par exemple, la femme de l’exploitant peut être comptée
à 80 % si elle consacre une journée par semaine à aller aumarché, et les autres jours
dans les jardins. Si, en revanche, elle tient une petite boutique, qui exige sa
présence quotidienne, elle ne pourra être comptée qu’à 20 %.
Pour aller davantage dans le détail, on peut repérer, sur toute la durée d’un cycle
de production, les principales périodes de travail et lister, pour chacune d’entre
elles, le temps de travail fourni par la main-d‘oeuvre “extérieure’:. On obtient, en
additionnant ces deux types de travail, le nombre total d’heures de travail
consacrées annuellement à la production agricole. On peut ensuite transformer
cette valeur avec une unité de mesure plus simple (par exemple en journées de 6
ou 8 ou... heures de travail).
Une autre méthode, encore plus précise mais plus difficile à mettre en oeuvre
consiste à faire l’inventaire, jardin après jardin, des travaux culturaux entrepris
lors du dernier cycle: préparation du sol, semis, sarclages, . .. . Pour chacun de ces
travaux, on reconstitue le nombre de journées qui ont été nécessaires, puis on
additionne. On fait ensuite la même chose pour le bétail.
On peut remarquer que de tels calculs ne tiennentpas compte des différences dans
la qualité de la force de travail des différents travailleurs (âge, force physique, état
de santé, savoir-faire technique...)

101
LES MOYENS Pour connaître les moyens de production dune exploitation, il faut en faire un
inventaire à une date déterminée.
DE PRODUCTION
L’outil le plus courant est la
houe dont il existe de
nombreuses formes. La
longueur du manche et la
largeur du fer doivent être
adaptées aux utilisateursde
l’outil et aux types de sols
I (photo G. de Laubier).

Là encore, tous les outils utilisés ne sont pas automatiquement en propriété. Une
houe peut, par exemple, être cédée par un tiers au paysan en échange de services:
une demi-journée de travail par exemple:
Parmi les moyens de production, une attention particulière est à porter au bétail:
on distingue les animaux par leur espèce? leur âge, leur fonction (reproduction, en-
graissement, transport, traction...) et éventuellement leur état (femelles en
gestation).
Tous les animaux ne sont pas en propriété. Certains sont en gardiennage, c’est-à-
dire soignés et entretenus par l’exploitant alors qu’ils appartiennent a un tiers. En
échange, l’exploitant reçoit une part du produit, par exemple un veau sur deux
dans le cas dune vache ou une part de la valeur à la vente dans le cas d’un jeune
boeuf. Le gardiennage représente, pour les animaux, ce que le métayage est au
foncier.
Lorsqu’on cherche à comparer plusieurs exploitations, il peut parfois être intéres-
sant de faire une évaluation quantitative des moyens de production avec une unité
de mesure homogène pour tous ces biens.
Les moyens de production sont tous de l’argent, du capital que l’exploitant a dû
investir, à un moment ou à un autre, pour pouvoir en disposer. On peut donc
calculer leur valeur.

l Le capital fixe d’exploitation est la valeur des biens qui servent à


plusieurs cycles de production. Exemple: une houe, une vache, un glacis de
séchage.

l Le capital d’exploitation circulant est la valeur des consommations in-


termédiaires, consommées pendant un cycle de production. Exemple: un
lot de semences, un sac d’engrais, des aliments concentrés pour les porcs.

l Le capital total d’exploitation est égal à: capital foncier + capital fixe


d’exploitation + capital circulant d’exploitation.

102
Parmi les moyens dë
production, ne pas oublier les
éléments de construction qui
ont une fonction dans la
production agricole : ainsi les
glacis, les greniers ou les
citernes individuetles
(photo D. Mermet et
G. de Laubier).

Le bétail est un moyen de


production-important. Même
s’il n’est pas en propriété, il
permet de transformer des
végétaux en viande ou en lait
(photo G. de laubier).
L’exploitation dansé
son ehiron-nement
économiqueet social
L’agriculteur haïtien ne produit pas de façon isolée. Les exploitations agricoles
sont des systèmes “ouverts” dans la mesure où, pour pouvoir réaliser leur activité
de production, les exploitants sont presque toujours amenés à nouer des relations
de natures diverses avec leur environnement économique et social.
Ces relations se traduisent par la mise en’rapport de l’exploitant avec des agents
économiques exterieurs à l’exploitation. Ces rapports sociaux sont appelés rup-
ports de production et d’échange et forment la-base des conditions économiques et
sociales de la production pour les exploitants.
Citons par exemple:
l rapport avec un propri&aire foncier poùr obtenir un jardin en fermage ou en
métayage,
0 rapport avec des agriculteurs voisins ,ou des commerçants pour l’achat de
semences,
l rapport avec des commerçant Ce>set des transporteurs pour la vente des produc-
tions,
l rapport avec d’autres agriculteurs pour établir les échanges de travail, pour
acheter ou vendre des journées de travail,
l rapport avec des ‘gro nèg-‘pour emprunter l’argent nécessaire à l’achat de
semences ou d’aliments,
l rapport avec le notaire et l’arpenteur pour acheter un morceau de terre.
Nous allons étudier quelques-unes des conditions économiques les plus détermi-
nantes pour l’activité agricole et’leur influence sur le fonctionnement de l’exploi-
tation. Car le choix des types de production et des techniques de production n’est
pas seulement conditionné par la nature et l’importance des moyens de production
dont disposent les exploitants, il dépend aussi étroitement des rapports que
l’exploitant est en mesure d’établir avec son environnement économique.

L’ACCÈS À LA TERRE
Pour les exploitants agricole,s haïtiens, l’accès à la terre représente un enjeu
considérable. Du fait de la très forte pression démographique, la concurrence pour
accéder au foncier est très vive et le coût à payer pour dispos,er d’un terrain à
,cultiver est toujours très élevé.

LA SÉCURITÉ Les conditions d’accès au foncier déterminent le niveau de sécurité dont l’exploi-
DE TENURE tant peut jouir sur les terres qu’il cultive. La sécurite de tenure est satisfaisante
lorsque l’exploitant peut utiliser la terre à sa guise et pendant une durée assez

104
longue et connue d’avance.
Lorsque la sécurité sur le foncier est faible, l’agriculteur n’a pas d’intérêt à y
investir du capital ou du travail qui risqueraient de bénéficier au propriétaire (cas
de faire-valoir indirect) ou aux autres co-exploitants (cas d’indivision).
l Ainsi, les terres en indivision stricte, c’est-à-dire non partagées (même infor-
mellement), demeurent-elles en général non cultivées. En effet, aucun des héri-
tiers ne se risquera a y semer une culture, puisque n’importe lequel de ses frères
ou soeurs peut venir y attacher un animal au piquet. Ces terres sont généralement
utilisées comme terres de parcours pour l’élevage.
Ce sont souvent des jardins trop petits pour être partagés au moment de l’heritage
ou de trop mauvaise qualité. Une exception notable existe dans certaines régions :
il s’agit du jardin boisé entourant la maison, le jardin‘Zako$ La fertilité de celui-
ci est élevée et il est plante d’espèces riches (arbres de charpente, fruitiers, caféiers,
bananiers...). A la disparition des parents, il est fréquent que les héritiers ne
puissent se résoudre à l’attribuer à un seul d’entre ‘eux. Ce jardin reste alors ‘en
indivision et tous les membres de la famille peuvent venir y prélever du bois, des
fruits ou des plants. Comme personne ne veut l’entretenir, ce jardin périclite
rapidement, alors qu’il-avait fallu beaucoup de travail pour le constituer.
L’indivision n’est donc pas seulement un obstacle à la capitalisation; elle est aussi
une source importante de décapitalisation.
l La faible durée des contrats de métayage (qui, de plus, sont souvent
seulement oraux) incite rarement les exploitants à investir autre chose que leur
propre travail sur les parcelles concernées. Il n’y a pas lieu de s’étonner si les
métayers ne sont pas enclins à épandre des engrais: ou entreprendre des amélio-
rations foncières.: .pour le bénéfice de leurs succeseurs!
l En revanche, le paysan qui exploite ses propres terres sait qu’il pourra lui-
-même bénéficier de tout investissement a moyen et long terme. Il aura tout intérêt
à entretenir son patrimoine en maintenant ou améliorant la fertilité, en plantant
des arbres, en utilisant des techniques ou des dispositifs anti-érosifs...
D’une façon générale, les maisons d’habitation sont construites sur des parcelles
en propriété ‘qui bénéficient par ailleurs d’importants transferts de fertilité
(résidus de culture provenant d’autres parcelles, déjections animales,...) et sur
lesquelles sont très souvent établis des jardins boisés.
Les paysans mettent en place des plantations pluriannuelles préférentiellement
- voire exclusivement - sur’des parcelles en propriété ou là où ils bénéficient d’une
grande sécurité de tenure.
l hs fermiers de 1’Etat bénéficient généralement des terres pour des durées
indéterminées, souvent très longues. Certains baux semblent même pouvoir être
hérités de génération en génération, La sécurité de tenure peut donc y être assez
élevée.
Toutefois, il est fréquent que, les terres de 1’Etat soient attribuées à des “grands
fermiers” qui résident en ville et sous-louent ces terres, par petits morceaux, à des
paysans. La sécurité de tenure est alors faible.
. Sur les terres “occupées~’ de fait, la sécurité de tenure est assez faible, les
exploitants (et/ou ~acquéreurs s’il y a eu une transaction avec les prdcédents occu-
pants) pouvant se trouverprivés de tout recours légal en cas d’éventuels conflits
ou procès.

LA RENTEFONCIÈRE Ces conditions d’accès au foncier déterminentiégalement le coût que doivent payer
les exploitants pour pouvoir utiliser ce foncier. Ce coût, versé au propriétaire
foncier, est appelé rente fone2re.
La rente foncière et le prix des terres en Haïti sont très élevés en raison de
l’importante demande de foncier de la part d’une population nombreuse. On dit
qu’il y a une forte pression foncière.

Lemétayage: l La rente fpncière, dans le cas du métayage, est payée au propriétaire au


unepart de la récolte moment de la récolte, c’est un pourcentage, fixé de la récolte.

105
Lors de larécolte, on appelle le propriétaire et on procède au partage. Les modalités
de celui-ci sont diverses :
l soit on partage le jardin et le propriétaire effectue lui-même la récolte sur la
partie qui lui revient. Dans ce cas, le choix de l’emplacement (plus ou moins fertile)
est de grande importance ;
l soit on récolte d’abord, puis on met en tas et on partage. Cette solution est en
général préférée par les propriétaires qui sont présents sur place.
Le taux de rente foncière varie, selon les régions, entre un tiers et la moitié de la
récolte. Plus la terre est riche et productive, plus ce taux est éleve. Plus la pression
foncière est forte, plus ce taux est également fort.
A cette rente “en nature”, le métayer devra fréquemment ajouter d’autres presta-
tions à son propriétaire, comme par exemple des journées de travail ou des services
personnels (s’occuper d’un animal, aller chercher de l’eau). Ces prestations ne sont
jamais exigées dans le contrat oral passé entre les parties, mais sont souvent
indispensables si le métayer veut continuer à disposer du jardin une année
supplémentaire. Ces services représentent une rente masquée en travail.
En cas de mauvaise récolte, ce que devra payer le métayer sera réduit en
proportion. Ainsi, si pour un jardin de haricots, un paysan, métayer à 50 %, récolte
8 q/ha en bonne saison, il paiera 4 q de rente foncière. Mais si la saison est
défavorable et qu’il ne récolte que 2 q/ha, il devra donner seulement 1 q de haricots
au propriétaire. Il lui restera alors 1 q, ce,qui représente à peu près ce qu’il avait
dû mettre comme semence. De ce point de vue, la prise de terres en métayage
convient .assez bien aux paysans les plus pauvres puisque le paiement de la rente
foncière ne leur fait pas prendre un risque trop important. Mais c’est aussi pour
le métayage que la rente est la plus élevée.
l Dans le cas du métayage, la fixation de la rente sous forme d’une part de
la récolte a une conséquence essentielle sur I’investissement en travail et en
capital de l’exploitant.

Le métayage : un tas pour


l’exploitant,un tas pour le
propriétaire
(photo G. de Laubier).

Dans la mesure où les frais de culture sont en général à la charge de l’exploitant,


ce dernier hésite à utiliser des engrais, des produits phyto-sanitaires ou de la main-
d’oeuvre salariee car l’accroissement de la production qui en rbsulte, une fois
amputé de la part qui revient au propriétaire, ne permet pas toujours de compenser
les frais correspondants.

106
Prenons l’exemple de l’engrais. Supposons qu’une application de 10 $ d’engrais
permette de doubler la production en valeur d’un jardin qui passe de 15 à 30 $.

(30$ x 0,50)- lO$ = 5$


(prix de l’engrais lO$)

On voit que seul le propriétaire-exploitant a intérêt à mettre de l’engrais. Le


métayer, lui, gagne moins d’argent s’il met des engrais que s’il s’abstient. Bien
entendu, ce n’est pas toujours le cas et tout dépend du niveau des prix du produit
et des intrants, ainsi que du taux de rente foncière. Objectivement, le métayer a
toujours intérêt à cultiver’avec moins d’intrants que,le propriétaire.

Le raisonnement sur l’engrais est aussi valable pour la quantité de travail fournie
par l’exploitant sur le jardin. C’est en partie parce que les métayers n’ont pas
intérêt à fournir les mêmes soins aux cultures que les parcelles en métayage ap-
paraissent souvent moins bien entretenues ou sarclées en retard.
On dit que le métayage est un facteur d’extensification de l’agriculture.

Lefermage: l Dans le cas du fermage, la rente foncière (encore appelée loyer de la terre) est
le loyerde la terre payable avant la récolte. L’exploitant doit être en mesure de payer la rente pour
toute la durée du fermage, au moment de l’établissement du “contrat”. Ainsi, pour
un fermage de sept ans à 10 $ par an, le fermier doit-il payer 7 x 10 $ = 70 $ dès la
conclusion de l’accord. Ce système présente quelques risques,pour le preneur dans
la mesure où il ne peut être sûr que la récolte permettra de compenser les dépenses
effectuées, et en particulier la rente. A l’inverse du métayage, la prise de terres en
fermage n’est pas àlaportée de toutes les bourses; elle est généralement le fait d’ex-
ploitants plus aisés.
l La rente foncière est variable suivant la nature des contrats de fermage.
Le fermage de courte durée CfermJ traduit une forte dépendance du preneur à
l’égard du propriétaire et le poids de la rente est à peu près du même ordre que dans
le cas du métayage.
Les fermages de longue durée @otek. ont une tout autre signification. Un proprié-
taire cède souvent ses terres en location lorsqu’il doit faire face à des besoins
d’argent immédiats. Il consent donc à louer ses terres à relativement bas prix à
ceux qui peuvent fournir tout de suite les sommes correspondant à la rente
foncière. Le rapport de force est alors beaucoup plus favorable à celui qui loue les
terres, et le poids de la rente foncière est d’autant plus bas que la durée du bail est
longue.

Calculons à titre ‘d’exemple la rente foncière d’un jardin de 1/4 de carreau,


cultivé un an sur deux et affermé pour cinq ans au prix de 30$ au total.
l la rente annuelle est de 30/5 = 6$.
l la rente annuelle par carreau est de : 6 $/0,25 c = 24 $/c
l la rente par culture est de : 30/3 = 10$ (trois cultures en sept ans)
l la rente par culture et par carreau est de : 10 $/0,25 c = 40 $/c
Comme 1 c = 1,29 ha, tous ces chiffres doivent être divisés par 1,29 pour obtenir
des rentes par hectare. Ainsi la rente par culture et par hectare est de
40s / 1,29 = 31s
Supposons que ce jardin ait permis de produire 70 “marmites” de haricots (pois
noir), soit 210 kg, le rendement par carreau a été de’70 m X 4 = 280 marmites ou =
840 kg/carreau. Si le haricot peut être vendu à 3 $‘par marmite, le produit brut est

107
de : 280 X 3$ = 840$/carreau.
En métayage au tiers, la rente par culture et par carreau aurait été de :
840 / 3 = 280 $ et de 420$ en métayage à moitié. Ces chiffres sont à comparer aux
40 $ de rente par culture et par carreau dans le cas du’potek:
On voit que la différence de rente foncière entre le métayage et le’potek’peut être
considérable.

Certains paysans aisés qui ont accès à des terres en’potek’ne manquent d’ailleurs
pas de recèder ces mêmes terres en métayage a de tout petits paysans, afin de
profiter sans effort de la différence de montant des rentes correspondant à ces deux
modes de tenure. Remarquons enfin que, contrairement au métayage, le fermage
n’est pas un facteur d’extensifïcation. Un paysan a le même intérêt Bconomique à
augmenter son rendement, qu’il soit fermier ou qu’il soit propriétaire.
l Les terres appartenant au domaine national sont pour la plupart cédées par
1’Etat en fermage contre paiement d’une rente annuelle au service des contribu-
tions. Le loyer de la terre est généralement très faible, souvent de dix fois inférieur
à celui demandé par des propriétaires privés. Les grands fermiers de l’Etat,
bénéficiant d’une bonne sécurité de tenure, se considèrent quasiment comme “pro-
priétaires” et en profitent pour recéder les terresà de tout petits paysans (en
fermage ou en métayage) afin de tirer un bénéfice de l’écart entre le niveau des
rentes, sans avoir aucunement besoin de travailler.
l La rente foncière payée par les exploitants occupant des terres sans titre de
propriété ou sans contrat, est évidemment nulle.

L’ACCÈS AUX MOYENS DE PRODUCTION


L’agriculteur haïtien produit parfois lui-même dans son exploitation certains
moyens de production dont il a besoin pour mettre en oeuvre ses productions
animales et végétale : semences, haies vives, greniers (colombiers), fumier et
animaux reproducteurs.
Mais, dans un très grand nombre de cas (houe, machette, arrosoirs, charrue,
engrais minéraux, semences améliorées, vaccins, produits phytosanitaires,...),
l’exploitant doit s’approvisionner à l’extérieur de son exploitation: chez des voisins,
dans des boutiques, auprès des commerçantes sur les marchés locaux ou régio-
naux, etc.
Les modes d’accès à ces différents moyens de production peuvent être très divers
selon que l’exploitant a pu ou non dégager préalablement des revenus suffisants
pour s’autofinancer, c’est-à-dire acheter ces biens au comptant avec ses propres
revenus.
L’histoire haïtienne montre que, dans leur immense majorité, les paysans ont
toujours éprouvé de grandes difficultés pour épargner et dégager les ressources qui
leur permettraient de développer ou d’améliorer leurs moyens de production. Un
achat au comptant est alors impossible et les exploitants ont recours à l’achat à
crédit ou à la prise d’animaux en métayage.
L’ACHAT Lorsque l’agriculteur dispose de ressources monétaires suffrsantes au moment de
AU COMPTANT la transaction, quitte à devoir vendre un animal pour la circonstance, l’achat peut
se faire au comptant.
L’acheteur s’efforce alors, dans la mesure du possible, de mettre en concurrence les
divers fournisseurs afin d’obtenir le meilleur rapport qualité/prix.
Mais peu de commerçants disposent de toute une gamme d’intrants et de matériels
agricoles. Face à cette situation de monopole, l’agriculteur doit alors accepter le
prix qu’ils proposent.
Aujourd’hui les petits commerçants privés hésitent souvent à commercialiser de
telles marchandises car la demande leur paraît encore insuffisante et aléatoire du
fait du faible pouvoir d’achat de la paysannerie.

108
L’ACHAT-À CRÉDIT Nombreux sont les petits paysans qui ne peuvent renouveler ou acheter de
nouveaux moyens de production sans avoir recours au crédit.
Le crédit agricole, officiel n’a jamais représenté de très grosses sommes d’argent et
në bénéficie en réalité qu’à un trés faible nombre d’exploitants (5 % du total
environ).
l L’Institut du Développement Agricole et Industriel (IDAI) a longtemps octroyé
des prêts de campagne (pour un cycle de production) et d’équipement a des
producteurs individuels, pour les productions de riz, coton, haricot, dans Iles
plaines de l’Artibonite, des Gonaïves et des Cayes, sur le plateau central et dans
la région de JacmkXMais ces crédits n’ont généralement concerne qu’une minorité
d’exploitants parmi les plus aisés.
l Le Bureau du Crédit Agricole (BCA) concède des, prêts de campagne a de plus
petits agriculteurs, pour les cultures vivrières et I’engraissement animal, à
condition que les bénéficiaires constituent desgroupements à caution solidaire (so-
ciétés agricoles de crédit).
l A cela, s’ajoutent aussi des crédits qui sont fournis par des organismes de
(1) Le taux d’intérêtest Bgal (exprimé développement régional du type O.D.V.A. (Artibonite), O.D.N. (Nord), O.D.P.G.
en’%) à: (Gonaïves), et les avances faites par certaines compagnies industrielles (Usine
100 X (1 - capital remboursékapital Sucrière du Nord, “Comme il faut”,...).
emprunté)
(2) L’hypothèqueconsiste, De l’avis unanime, les prêts fournis par des organismes officiels n’ont jamais
pour une personne realisantun permis de répondre aux immenses besoins de financement de la paysannerie.
emprunt,a donner un de sas biens en
propriété (ici les recoltes ou les terres) La paysannerie a donc largement recours au crédit fourni par de petits commer-
commegarantie du remboursement çants et des spéculateurs locaux. En cas de difficultés de trésorerie, les paysans
de l’[Link] l’empruntne peut être leur achètent à crédit les biens dont ils ont besoin, ou leur empruntent les fonds qui
rembourselorsqu’il arrive à échéance, leur sont nécessaires.
le prêteur a le droit de faire vendre
le bien hypothéque pour obtenir Les taux d’intérêts (1) pratiqués sont’ extrêmement élevés, pouvant dépasser
le remboursementde la créance. 100 % par-an. L’emprunteur risque donc de devoir hypothéquer (2) ses futures
récoltes ou ses terres.

On va chercher du crédit chez


les notables du bourg mais
aussi chez les paysans plus
aisés de la localité
(photo D. Mermet).

La vente surpied des récoltes est un autre moyen de se procurer les liquidités dont
une famille paysanne peut avoir besoin.
Cette pratique est plus fréquente pour le caf& qui est une culture uniquement
destinée à la vente (on parle de czdture de rente), que pour les vivres. Elle consiste
&Vendre le produit dune culture bien avant sa récolte. Le prix fixé est évidemment
marqué par une décote d’autant plus importante (par rapport au prix attendu a la
récolte) que le stade de la culture est précoce.
On distingue :
l la vente sur pied d’une surface : on vend la récolte dune certaine surface de
jardin. L’acheteur supporte le risque d’un éventuel accident cultural sur le jardin
(passage dune tempête, par exemple...),
l la vente sur pied d’une quantité : l’exploitant promet un certain volume de la
récolte. L’acheteur ne supporte plus alors le risque cultural,‘et la décote de prix est
un peu moins élevée.

109
Cette procédure n’est pas sans risque pour les producteurs et l’on comprend que les
paysans, souvent endettés (3) pour les besoins de consommation familiale, hési- ’
(3) On dit qu’une personne est
tent à s’endetter encore davantage pour améliorer leurs moyens de production. Le
endettée lorsqu’elle a réalisé un
emprunt qu’elle n’a pas encore besoin d’argent pour l’équipement des unités de production n’en reste pas moins
totalement remboursé. réel.

L’ACCÈS À LA MAIN-DYEUVRE“EXTÉRIEURE” :
[Link] ENTRE AGRICULTEURS
Pour mener a bien les travaux agricoles, les paysans sont fréquemment amenés a
établir entre eux des relations plus ou moins stables et complexes.
Trois catégories de rapports peuvent être distinguées : la coopération simple, la
coopération élargie et le salariat.

LA COOPÉRATION l Les escouades sont des associations d’échange de travail qui regroupent
SIMPLE: LES un nombre limité de travailleurs ayant, en principe, les mêmes droits et les mêmes
obligations les uns envers les autres. Selon les régions, on les appelle aussi’kolonn,
ESCOUADESOU
chenn, kbuadi, mazinga, ramponneau:
L’ÉCHANGE Pour mieux en saisir le fonctionnement, prenons l’exemple dune escouade de cinq
MUTUALISTE personnes A, B, C, D et E. Le premier jour, l’ensemble de l’escouade travaille pour
A, le second pour B et ainsi de suite jusqu’à la fin du cinquième jour, où après avoir
travaillé pour E, chacun se retrouve dans une situation où il a reçu autant qu’il Ia
donné.
L’intérêt des exploitants à participer à de telles associations réside dans le fait qu’il
est souvent plus facile et plus rapide de réaliser certains travaux en groupe qu’iso-
lément (par exemple: la défriche). Ces associations permettent, par ailleurs, a
chacun d’affronter les pointes de travail aux moments optima, en concentrant la
force de travail du groupe pendant les quelques jours adéquats pour la réalisation
Travaillervite et au bon des travaux. Elles évitent ainsi les retards qui occasionnent des pertes de récolte,
moment : la première fonction sans pour autant payer plus cher-la main-d’oeuvre. Les pointes de travail peuvent
de l’escouade. Cependant les’ intervenir à des moments différents pour’les membres d’un même groupe, car les
escouadesdejeunesoude systèmes de culture dune même zone peuvent être variés et les dates de travaux
paysans sans terre sont une très échelonnées. La capacité qu’ont les associations de faire face aux pointes de
forme déguisée de salariat travail de chacun des membres dépend surtout de la souplesse avec laquelle ceux-
(photb G. de Laubier). ci parviennent à s’échanger leurs tours dans la rotation.
l Les escouades sont de deux types, selon les rapports sociaux existant entre
les membres.
. Les unes rassemblent des paysans de même catégorie sociale, par exemple des
jeunes démarrant leur exploitation. Au lieu de travailler chez les uns et les autres,
l’escouade travaille alors souvent chez un tiers, qui rémunère alors celui des
membres dont c’est le tour. La “vente des tours” est un phénomène de plus en plus
fréquent: l’échange mutualiste dérive vers le salariat.
. Les autres rassemblent des exploitants de niveau différent, qui jouent alors sur
la complémentarité de leurs besoins pourtirer avantage de l’escouade. Dans ce
deuxième cas, l’échange entre les membres est fréquemment inegalitaire. Ainsi,
une escouade peut parfaitement rassembler plusieurs paysans dont l’un est le
propriétaire de jardins cultivés par les autres en métayage. On constate alors que
le propriétaire est favorisé dans le fonctionnement de l’escouade. On lui “offre” des
tours. Lorsqu’on travaille pour lui, on arrive plus tôt au jardin, on part plus tard
et on s’active davantage.

LA COOPÉRATION ‘Entre paysans voisins, il est fréquent de pratiquer l’entraide dans le travail
ÉLARGIE: agricole. Cette entraide peut prendre la forme de “coups de main” que l’on se donne
LE COUMBITEOU KOVÉ mutuellement de temps à autre, pour ‘effectuer certains gros travaux qu’un
exploitant et sa famille ne sauraient réaliser tout seuls. Cette forme d’entraide
repose alors, implicitement, sur la réciprocité des services rendus entre agricul-

110
leurs sans que l’apport en travail desuns et des autres soit nécessairement comp-
tabilisé. Celui qui invite au travail offre la nourriture a sesinvités. En principe, il
devra ensuite répondre aux invitations de ceux qui sont venus travailler chez lui.

La coumbite est une forme


d’entraide sans réciprocité
automatique... mais où la
distribution de nourriture joue
un grand rôle
(photo G. de Laubier).

Dans la réalité, on constate là aussi que la réciprocité n’est que rarement complete.
Dans un quartier, ce sont les plus gros agriculteurs qui organisent le plus de’ko@
Beaucoup de paysans y participent, car ils sont souvent redevables envers
l’organisateur (jardin en métayage, petit crédit accordé oumespéré,..). L’organisa-
teur peut, en offrant un repas modeste, disposer d’une main-d’oeuvre a très bas
coût.
Il est néanmoins possible aux plus petits paysans d’organiser une’koué: Mais ils
devront alors offrir davantage de nourriture pour attirer leurs invités. Le travail
leur revient alors aussi cher, voire davantage que s’il avait été fait par des salariés.

Figure 55 : exemples de
coumbifes organisés pour les organisateur nombre de
semis de haricots à Rey participants
(Miragoane). travaillées

propriétaire local
(plus de 15 carreaux)
paysan modeste
(1,5 carreau)
paysan pauvre
(1/4 c. en indivision)

LE SALARIAT Nombreux sont aujourdhui les paysans aisés qui ont recours à des travailleurs
INDIVIDUEL salariés individuels, permanents ou temporaires, pour la réalisation de travaux
agricoles. Ces travailleurs sont généralement des paysans sans terre ou de petits
exploitants dont les surfaces ne sont pas suffisantes pour assurer le plein emploi
de leur main-d’oeuvre familiale. Ces’o!jobktes’peuvent être payés à la journée ou
à la tâche (au forfait). Dans ce dernier cas, ils restent relativement libres
d’organiser leur travail comme ils l’entendent et peuvent même faire appel à des
aides extérieurs qu’ils rémunérent à leur tour. Cette forme de travail salarié
s’étend de plus en plus actuellement, notamment dans les zones de plaine et les
quelques grandes plantations en faire-valoir direct ou par l’intermédiaire de
gérants.
Il est à noter enfin, la présence de’restauecs’dans certaines familles paysannes
aisées qui acceptent d’élever des enfants qui leur ont été confiés par les familles les
plus misérables. Ces’restuuecs’effectuent généralementles tâches les plus ingrates
sur les exploitations et ne bénéficient en échange d’aucune rémunération en
dehors des soins qui leur sont apportés quotidiennement par les familles d’accueil.
LA COMMERCIALISATIONDES PRODUCTIONSAGRICOLES
On appelle conditions dechange les relations qui s’établissent avec le marche, que
ce soit pour la vente ou l’achat des produits.
L’économie coloniale agro-exportatrice Btait déjà totalement intégrée aux échan-
ges marchands(*) internationaux: exportations de coton, de sucre et de café, et
(‘) Les échanges sont des mouve-
mentsde marchandisesqui importations d’esclaves et de produits manufacturés.
s’effectuent directementou par Depuis l’indépendance, la paysannerie haïtienne n’a cessé de commercialiser une
I’intermédiairede la monnaie. Dans ce partie plus ou moins importante de ses productions (café, vétiver, haricot, produits
dernier cas, les échangessont dits animaux...) de façon à pouvoir acheter sur les marchés les biens qu’elle ne pouvait
marchands.
produire par elle-même (outils, sel, poisson séché...).
Certaines conditions de la commerciali~sation;des produits agricoles sont détermi-
nantes dans la conduite de l’exploitation ‘paysanne. Ce sont:
l la nature du circuit de commercialisation,
l le prix des produits sur le marché et ses fluctuations,
l le niveau de dépendance de l’exploitant avec le(s) commerçant(s),

LESCIRCUITSDE Des producteurs aux consommateurs, les produits agricoles transitent par des
COMMERCIALISATION circuits de commercialisation où une même marchandise peut être achetée et
vendue plusieurs fois par des agents économiques différents.
Ces circuits sont de nature différente pour les circuits vivriers et les denrées
d’exportation. La nature du circuit de commercialisation détermine le coût de la
commercialisation pour le producteur. Ce cotit peut être appréhendé par la diffé-
rence entre le prix payé par le consommateur et celui perçu par le producteur.

La commercialisation Si l’on excepte les produits vivriers que les consommateurs achétent parfois
des produitsvivriers directement aux producteurs, l’essentiel desvivres commercialisées passent entre
les mains de commerçantes appelées’Madam Sara: Leur travail consiste principa-
lement à acheter ces vivres sur un marché et à les revendre un peu plus cher sur
un autre.
On a coutume de distinguer deux grands types de Madam Sara.

Figure 56 : les deux types de Revendeuse


Madam Sara (Sara locale)

Capital investi faible fort

Produits produits de faible valeur produits de forte valeur


transport& volumique, mais difficile volumique’faciles a rassembler
à rassembler : fruits! en quantité importante : grains.
tubercules, volailles.

Objectif valorisationdu travail de valorisation du capital investi


collecte au niveau local

chez le oui non


Centres producteur
d’approvi-
sionnement marchés sur les sentiers, près des sur la route, près du lieu de
, centres de production imaiché

producteurs producteurs et revendeuses

l lespetites revendeuses de~détail résident généralement en milieu rural. La


plupart sont elles-mêmes agricultrices. Elles achètent des produits diversifiés
(fruits, tubercules, céréales,...) sur les marchés de leur alentour immédiat.

112
. Les grossistes résident en ville et rachètent des produits souvent de même
nature (haricot, céréales,...) aux petites vendeuses locales pour les revendre
ensuite sur-les plus gros marchés urbains. Ces grossistes se consacrent unique-
ment à leur activité commerciale et leur fonds de roulement dépasse souvent 500$.
Les premières se consacrent au petit commerce afin d’accroître leurs revenus
lorsque leur force’de travail ne peut être pleinement employée aux tâches agricoles
sur leur exploitation. Les secondes exercent leur activité à plein temps avec
l’objectif de valoriser au mieux le capital-argent dont elles disposent. Mais la
différence n’est pas toujours aussi tranchée: il peut arriver qu’une petite reven-
deuse locale devienne progressivement commerçante grossiste à plein temps au
fur et à mesure que son capital s’accroît.

De la~petiterevendke Aux w,,‘“:,_ ,’ : ..


marchés de Port au-Prince Q
(le marché dë la Croix des
B&ales), les circuitsde
commercialisationmobilisent
beaucoup d’intermédiaires
(photos-D. Mermet et -Fzy
G. de lautjer)~ ,“’
f”d

La part du prix payé par le consommateur qui passe aux mains des commerçantes
est évidemmentfonction du produit et de la distance entre le lieu de production et
le lieu de consommation. Elle peut varier de 20 à 50%, ce qui est relativement faible
en comparaison de celle relative aux denrées d’exportation.
Cette situation relativement favorable aux producteurs résulte de la multiplicité
des commerçantes. Etant en concurrence, chacune d’elles a intérêt a offrir les con-
ditions les plus avantageuses à sa clientele afin de la conserver et de l’étendre.

La comryercialisation A la différence des produits vivriers, la~commercialisation des denrées d’exporta-


desdenrées tion (café, cacao, sisal, vétiver...) n’est pas aux mains d’une multitude d’opérateurs.
Elle depend d’un nombre réduit de [Link] d’exportc-kion qui, en outre, établissent
d’exportation entre elles des accords implicites pour léurs zones de collecte respectives.
La concurrence entre les commerçants est très réduite. Le’ négoce présente donc
peu de risques pour les maisons d’exportations et les producteurs se voient quasi-
ment imposer le prix d’achat de leurs produits.
On peut remarquer que la faiblesse du mouvement coopératif n’a pas encore
permis de remettre en cause la toute puissance des négociants qui assurent parfois
eux-mêmes la première transformation ‘des denrées (décortiquage et déparchage
du café, extraction des huiles essentielles...).

LEPRIXDESPRODUITS L e prix des produits subit des variations interannuelles en fonction des auantités
SURLE MARCHÉ récoltées. Il existe aussi des variations de prix selon la saison: les prix sont bas
pendant les périodes de récolte et s’élèvent dans les périodes “de soudure” (avant
récolte). Ces variations, particulièrement sensibles pour les produits vivriers,
peuvent être considérablement amplifiées par la spéculation réalisée par certains
commerçants.
La spéculation est d’autant plus importante que la concurrence est faible entre les
commerçants. Les commerçants qui disposent de moyens lde stocker des vivres
tirent profit de la situation en achetant à bas prix au moment de la récolte Po:ur
revendre à des prix élevés à la période de soudure.
Les agriculteurs les plus soumis à ces variations de prix sont ceux qui ne disposent
pas de moyens de stockage ou ceux qui, endettés, doivent vendre immédiatement
à la récolte pour rembourser leurs dettes.
Un marché rural
(photo G. de Laubier).

Ces mouvements de prix ont des conséquences très importantes sur les économies
des exploitations agricoles. Le cas des haricots est révélateur car l’investissement
en semences y est particulierement élevé (la graine est grosse). Il n’est pas rare que
les prix varient du simple au double dans l’année, les prix les plus élevés
intervenant au moment des semis (beaucoup1 de paysans achètent sur le marché),
alors que les plus bas cours se constatent au moment des récoltes.

Si un paysan récolte 3 q/ha, alors qu’il lui a fallu 1 q/ha de semence, la marge
réalisée est de 2 q. Mais si le prix double au moment des semis, il faut vendre 2, q
pour couvrir le coût des semences. Il ne reste alors qu’un quintal par hectare pour
rémunérer le travail agricole. Sile paysan est métayer et ne touche en réalité de
1,5 q à la récolte, on calcule aisément qu’il subit alors une perte financière nette.

LE NIVEAU Il peut exister des relations de dépendance assez fortes entre l’agrioulteur et le
DE DÉPENDANCE commerçant. Cette dépendance est établie le, plus souvent à travers des mécanis-
AVEC LE COMMERÇANT mes d’usure. Les prix sont alors imposés aux producteurs.
l Les commerçants qui spéculent sur les variations de prix des produits vivriers
peuvent aussi être usuriers dans la mesure où en période de soudure ils revendent
fréquemment les produits à crédit avec des taux d’intérêt très élevés.
Les agriculteurs les plus démunis doivent avoir recours au crédit usuraire qu’ils
proposent pour acheter vivres et semences. Certains sont même contraints
d’hypothéquer leurs futures récoltes, voire de vendre celles-ci “sur pied’ à leurs
prêteurs pour des prix très bas.
l Les maisons d’exportation accordent généralement des avances monétaires aux
“spéculateurs” (*> des bourgades de l’arrière-pays. Ces avances sont le principal
(‘) Les spklateurs sont des agents
liés aux maisons d’exportation, chargés moyen dont disposent les exportateurs1 pour s’assurer un approvisionnement
par elles de collecter les denrbes autour régulier. Les “spéculateurs” accordent ensuite eux-mêmes des crédits à des taux
de leur résidence. usuraires aux habitants producteurs lorsque ceux-ci ont des besoins financiers im-
portants. Le remboursement s’effectue aussi par le biais de la fourniture de
denrées, au moment de la récolte, à ‘des prix fixés unilatéralement par “les
spéculateurs” dont les producteurs sont devenus dépendants.
l Consciente de sa dépendance et de sa’v+érabilité face au quasi-monopole des

114
négociants, la paysannerie limite depuis de nombreuses années les superficies
consacrées aux cultures d’exportation pour se tourner davantage vers les cultures
vivrières.
Dans leur immense majorité, les paysans, même ceux qui disposent de peu de
surface et vivent dans des régions isolées, produisent des marchandises destinées
‘à la vente. Mais ils n’ont pas tous intérêt à se spécialiser pour produire un ou quel-
ques produits pour lesquels les conditions écologiques, les techniques utilisables
par eux et les prix de marché sont particulièrement favorables.
Les agriculteurs ont intérêt à se spécialiser ‘dans une ou plusieurs productions
destinées à la vente lorsque leurs prix sont favorables et lorsque les conditions
d’approvisionnement et de commercialisation sont relativement sûres, stables et
rémunèrent correctement leur travail. Lorsque les conditions de marché sont
aléatoires et défavorables, ils ont au contraire intérêt à se soustraire aux échanges
marchands, à produire en priorité pour l’autoconsommation une gamme la plus
large possible de productions animales et végétales.
Il est, cependant, rarement possible de produire sur l’exploitation tous les biens de
première nécessité et l’agriculteur se trouve maigre tout dans l’obligation de ’ .~
vendre quelques produits pour pouvoir acheter ceux dont il a besoin. Son intérêt
peut être alorsde ne commercialiser que des surplus vivriers lorsque les conditions
de marché sont favorables.

LES RELATIONSAVEC.L’ETAT
La politique agricole définie et menée par 1’Etat influence le choix et l’évolution des
processus de production mis en oeuvre par les exploitants.
Les interventions de l’Etat en matière de production agricole peuvent prendre des
formes multiples et variées: modalités diverses de taxation des produits à lïmpor-
tation et à l’exportation, politiques de prix, taxes et subventions aux productions,
mise en place d’infrastructures, recherche agronomique et vulgarisation agricole,
prévention vétérinaire et protection phytosanitaire, réforme agraire,....
L’Etat haïtien a presque toujours privilégié deux grands types d’intervention: la
taxation des produits agricoles et la mise en oeuvre de projets de développement
rural.
l La taxation des produits agricoles a longtemps éte pratiquée et a constitué
la principale ressource budgétaire de l’Etat. Depuis 1986, ces taxes ont considéra-
blement diminué et même parfois totalement disparu.
Les taxes à l’importation des produits vivriers protégèrent pendant longtemps les
produits vivriers nationaux et l’agriculture nationale. En effet, ces taxes élevaient
le prix relativement bas des biens produits à l’étranger,’ et les rendaient non
concurrentiels avec les produits nationaux. Ainsi, les importations étaient-elles
limitées et les prix relativement élevés (donc favorables aux producteurs) sur le
marché intérieur.
La contrebande, qui a pris de l’essor à partir de 1986, occasionna une chute des prix
agricoles sur le marché haïtien et contribua notablement à fragiliser la production
vivrière des régions les plus spécialisées (comme la plaine rizicole de 1’Artibonite).
l Le Ministère de l’Agriculture, des Ressources Naturelles et du Développement
Rural, avec l’appui fréquent de certaines agences de financement international, a
promu de nombreux”projets de développement ruralintkgré”. Ces projets ont
pour objectif d’apporter un appui scientifique, technique, financier et matériel aux
exploitants de régions définies.
L’expérience de ces projets montre qu’il est souvent inutile de proposer des
solutions toutes faites aux agriculteurs tant que l’on ne connaît pas précisément
leur savoir-faire, leurs intérêts et les moyens dont ils disposent pour les satisfaire.
Toute “solution” issue des stations expérimentales ou en provenance de l’étranger
doit pouvoir faire l’objet d’adaptations progressives par les intéressés eux-mêmes.
La réaction des agriculteurs aux diverses interventions de 1’Etat differe suivant les
conditions économiques et sociales dans lesquelles opère chacun d’eux.
Quelles que soient, par ailleurs, les grandes options de politique agricole des gou-
vernements, 1’Etat doit toujours être à même de concevoir et de créer les conditions
socio-économiques permettant à la plus grande majorité des agriculteurs d’avoir
intérêt à produire dans le sens souhaite et leur en donnant les moyens matériels
et financiers.
En résumé, nous avons vu que :
l Si chaque agriculteur dispose de moyens de production, leur distribution parmi
la population rurale est inégale. La structure des exploitations est un paramètre
essentiel pour comprendre les choix de production que fait l’exploitant et les
résultats qu’il obtient.
l Chaque agriculteur est inséré, à sa manière, dans des rapports sociaux de
production et d’échange qui sont également déterminants dans les choix de
production.
En fait, la paysannerie haïtienne frappe d’abord par sa diversité. Loin
d’être un ensemble homogène sur lequel on pourrait intervenir sans discernement,
la paysannerie est un assemblage complexe de situations différentes mais très
imbriquées entre elles, un peu comme un puzzle.
Pour reconstituer la réalité agraire dune région, puis la comprendre, il est souvent
utile de commencer par classer les exploitations, comme on classerait les pièces
d’un puzzle selon les formes ou les couleurs avant d’en entamer le montage. On
regroupe ainsi dans une même catégorie ou “type” des exploitations qui “se
ressemblent” soit par les moyens de production dont ‘elles disposent, soit par les
rapports sociaux dans lesquels elles sont engagées.
On bâtit ainsi une typologie. Comme celle-ci est surtout basée sur la structure des
exploitations, on parle de typologie structurelIe.
Quelques exemples de typologie structurelle :
l la plus simple :
“Les gros, les moyens et les petits paysans” (mais encore faut-il définir ce que l’on
entend par gros ou petit...).
l ou plus précise :
- les agriculteurs cultivant plus de 5 carreaux,
- les agriculteurs cultivant entre 2 et 5 carreaux,
- les agriculteurs cultivant moins de 2 carreaux.
ou plus compliquée,
l la typologie suivante :

Figure 57 : un exemple de
activité annexe . type 1
typologie structurelle
moins de 2 bovins
pas d’activitéannexe type 2
l les agriculteurscultivant plus de
3 carreauxltravailleurfamilial
type 3

moins de 2 bovins type 4


en propriété ou potek
{ (pas de métayage) i 2 bovins ou plus type 5
l les agriculteurs cultivant entre
1 et 3 carreauxltravailleur
activité annexe type 6
métayage significatif
pas d’activité annexe type 7

l les agriculteurscultivant moins


de 1 carreauhravailleur type 8

116
Le choix des critères qui sont retenus pour bâtir une typologie structurelle doit se
faire, non pas au hasard, mais de façon raisonnée : on retiendra les critères qui
semblent les plus déterminants, dans la région étudiée, pour expliquer les choix de
production des agriculteurs et leurs résultats économiques.

117
de l’exploitation 1
et mesurer
L’appareil de production est mis en oeuvre a& niveau de l’exploita-
tion pour aboutir à des productions v$gétales et animales. L’exploi-
tant organise une combinaison cohérente dans l’espace et le
temps des capacités de production (terre, travail, capital) en
vue de la production.
Il est essentiel d’identifier les relations qui s’établissent, dans cette
combinaison, entre les différels éléments de l’appareil de produc-
tion, certaines de ces relations pouvant être déterminantes dans les
résultats obtenus. C’est ce qu’on appelle étudier le fonctionnement
d’une exploitation agricole.
Pour porter un jugement sur l’exploitation, il faut ‘aussi mesurer ses
performances économiques. L’étude du fonctionnement et le calcul
économique permettent de classer les exploitations beaucoup plus
finement que par leurs structures. On peut alors’adapter les inter-
ventions de développement agricole aux besoins réels des paysans.

119
Deux exploitations
en fonctiornnement:
Dieujuste
.:“I et Luckner
En comparant l’exploitation à un moteur automobile, on comprend tout l’intérêt de
l’étude de son fonctionnement. Ainsi pour décrire une voiture, il n’est pas néces-
saire de connaître comment fonctionne le #moteur. On donne sa couleur, sa forme,
ses caractéristiques techniques, ses performances. De la même façon, on peut
décrire une exploitation agricole par tous les critères que nous avons détaillés dans
le chapitre précédent: le foncier, le travail, les moyens de production. On peut aussi
préciser ses performances par le calcul économique ou les rendements obtenus.
Cependant, il serait risqué de modifier dès réglages ou de changer des parties du
moteur sans savoir comment il fonctionne. Bien des parties sont en effet interdé-
pendantes: la carburation et l’allumage, les transmissions et l’embrayage, etc.
L’intervention sur lune d’entre elles a des conséquences sur les autres. On dit que
les éléments sont interreliés. Les rapports qu’ils établissent entre eux constituent
le fonctionnement du moteur.
Il en est de même pour une exploitation agricole. Il est utile de comprendre son
fonctionnement pour déterminer des interventions adaptées, ou pour prévoir les
effets dune action de développement ou de politique agricole. Parmi les relations
les plus importantes à prendre en compte, Citons :
l les affectations du foncier dans le temps et vers différentes productions: succes-
sions culturales, rotations, assolements...
l les affectations de la main-d’oeuvre dans l’espace et le temps: étude du calendrier
de travail (pointes de travail, temps morts...), itinéraires techniques...
l les affectations dans le temps du capital, analyse de la trésorerie au cours d’un
cycle de production (déficits...)
l les relations entre l’agriculture et l’élevage : calendriers fourragers, complémen-
tarité ou concurrence pour les temps de travaux, utilisation des animaux pour la
reproduction de la fertilité sur les jardins...

L’habitat, premier témoin du


niveau socialdes familles
(photos G. de Laubier et
D. Mermet).

120
De nombreuses études ont été réalisées’en Haïti sur le fonctionnement d’exploita-
tions agricoles, notamment par des étudiants et des enseignants de la Faculté
,’ d’Agronomie et de Médecine Vétérinaire. Bien comprendre comment fonctionne
une exploitation agricole exige des suivis très fins, avec des enregistrements
répartis sur toute une année. Sans rentrer dans les détails, ce qui serait trop long
dans le cadre de ce manuel, nous pouvons prendre, à titre d’exemple, le cas de deux
exploitations différentes localisées à Changieux, sur la commune de YAsile, dans
le Département du Sud.

Dieujuste et Luckner
Dieujuste a 54 ans. C’est un exploitant moyennement aisé qui dispose de neuf
carreaux de terre. Il travaille avec sa femme et son dernier fils, Emmanuel, 28 ans,
qui se prépare à quitter la famille pour fonder son propre foyer (il a construit sa
maison sur une parcelle voisine).
Luckner a 32 ans. C’est un exploitant beaucoup plus pauvre, qui dispose seule-
ment d’un carreau et demi, ce qui est peu dans cette région de mornes où la pression
foncière n’est pas très forte. Lui et sa femme ont trois enfents en bas âge, qui, ne
sont pas encore en mesure de travailler, mais qui, en revanche, pèsent lourdement
sur l’économie du ménage.

PREMIÈREÉTAPE:~ARA~TÉRI~ATI~NDE~EXPLOITATI~N~

Figure 58 : ressourcesde Surface cbdbe~


Surface exploitée directement (carreaux)
Dieujuste et de Luckner en
(SED) faire-valoir indirect
foncier et mode de faire-valoir

Propriété Indivision Prisen Prisen total


divisée non partagée “potek” métayage

Dieujuste 5 0,25 2 0,25 73

Luckner 0,25 0,5 - 0,75 1,5

Figure 59 : ressourcesde Main-d’oeuvre familiale


Dieujuste et de Luckner en
main-d’oeuvre

l Sur les 9 carreaux dont il dispose, Dieujuste n’en exploite que ‘7,5. Il cède
1,5 carreau en métayage, dont la moitié à Luckner. On peut être surpris de
constater que simultanément Dieujuste prend des jardins en faire-valoir indirect
et en cède d’autres. Ainsi que nous l’avons déjà souligné, cette situation est assez
courante: Dieujuste cède d’abord des terres en métayage, avec une rente élevée,
mais en prend d’autres en “pot&“, avec une rente très faible. Il en prend aussi en
métayage, ce qui est plus étonnant, mais c’est pour disposer d’un jardin situé assez

121
haut en altitude, là où il n’en possède pas lui-même et où le haricot de juillet “vient”
bien.
l Luckner ne dispose que d’un seul jardin en propriété pleine et entière CO,25
carreau). L’essentiel de la surface qu’il travaille est soit en indivision (0,5 carreau),
soit en métayage (0,75 carreau, appartenant a Dieujuste). Le jardin en indivision
correspond a un héritage de son père, ses frères et soeurs ayant tous migre 8 Port-
au-Prince depuis plusieurs années.
* SED : surface exploitée l Au total, l’exploitation de Dieujuste est caractérisée par un rapport SEDiMOF*
directement. assez élevé. Chaque unité de main-d’oeuvre exploite 3,4 carreaux, contre 0,9 chez
MOF : main-d’oeuvre Luckner. Aussi Dieujuste doit-il fréquemment recourir a de la main-d’oeuvre ex-
familiale.
térieure: il propose des “djobs” à la tâche et surtout, il participe h une escouade.
Jamais il ne vend son tour, mais il achète fréquemment le tour de ses associés.
Luckner, en revanche, fait exactement l’inverse: il vend souvent son tour pour se
procurer une petite somme d’argent.
l Les moyens de production des deux exploitations sont également sensiblement
différents (figure no 59).

Figure 60 : moyens de pro-


. ..
auctron des exploitations de
Dieujuste et Luckner

DEUXIÈMEÉTAPE : L’ANALYSE DU FONCTIONNEMENT


Examinons quelques-unes des conséquences de ces différences structurelles sur le
fonctionnement des exploitations de Dieujuste et de Luckner, en regardant plus
particulièrement les systèmes de culture, les calendriers de travail et les systèmes
d’élevage.

LES SYSTÈMES On appelle assolement l’affectation des jardins aux différentes utilisations agrico-
DE CULTURE les : les cultures ou associations de culture, bien entendu, mais aussi les jachères
et les pâturages.
L’assolement Un assolement est donc une photographie de l’utilisation des jardins à un moment
donné. L’assolement change dune saison à l’autre.

Figure 61 :
assolement de Luckner

0,lO c : maison
0,15 c : jardin de mars haricot-maïs puis sorgho
(pas de patate)

0,35 c : jachère puis jardin d’octobre


haricot patate

jardin de mars: maïs, patate puis sorgho

122
Figure 62 :
N” du Localisation Superficie Destination
assolement de Dieujuste
jardin carreaux

lc : café t arbres de couverture et fruitiers (notamment


avocatiers, ignames eimalangas sous couvert)
‘La Sous , 1,75
(propriét@ 0,5 c : fourrages t quelques arbres fruitiers (manguiers)
0,25 c : maison d’habitation et dépendances

Nan Zaiguy 1,25 0,50 c : jardin :de mars : maïs-haricot, puis sorgho
(propri&é) 0,75 c :mjachére

Nan Sab 1 jardin de mars : maïs-haricot, puis sorgho


(propriété) 0 25 c boise avec arbres “veritables” et avocatiers

4 Tet Roch jachère


(profkté)

5 Platon Corail 0,25 pâturage permanent


(indivision)

0,75 0,25 c : jachére


6 Morne Cabrit (pris en 0,50 c : haricot-patate de juillet
qotek~~)

1,25
Fond Pilastre (pris en 0,75 c : jachère toute l’année
qo tek,,)

0,25
Tête Boeuf (pris en haricot de iuillet
métayage)

l la proportion de jachère est fonction de la dispoiGbilit6 globale en


terres cultivables. Elle est plus importante’chez Dieujuste que chez Luckner :
l Dieujuste a 2,75 carreaux de jachère complète soit 46 % de la superficie exploitée;
ou 3,25 carreaux jusqu’en octobre, soit 46 % de la surface exploitée.
l Luckner n’a aucune jachère complète ; 0,35 carreau de jachère jusqu’en octobre,
soit 23 % de la surface exploitée.
La faiblesse du foncier disponible conduit Luckner à supprimer la jachère.
l Il en est de même pour les proportions respectives de culture de rente
et de vivres. Luckner n’a pas de jardin de café. Toute sa superficie est consacrée
aux cultures vivrières, qui sont indispensables pour la subsistance de la famille.
Dieujuste dispose d’un carreau en café, bien situé près de sa maison.
Ceci a des conséquences importantes sur la structure des revenus monétaires:.
l Dieujuste peut compter sur les ventes de cafe pour obtenir l’argent indispensa-
ble aux achats de la famille (huile, pétrole,...) et aux besoins monétaires de l’exploi-
tation: achat des semences de haricot, achat de main d:oeuvre, affermage des terres
en “pot&“...
l Luckner, lui, n’a pas cette ressource: il ne peut donc ni prendre de terres en potek,
ni acheter de main-d’oeuvre. Il doit au contraire se salarier pour obtenir le
minimum d’argent qui demeure nécessaire pour sa famille. Il’ne peut pas, non plus,
cultiver beaucoup de cultures coûteuses en intrants, comme les haricots. C’est
faute de suffisamment d’argent, par exemple, qu’il sème le haricot beaucoup moins
dense que Dieujuste.
l Dieujuste, grâce à ses jardins plus nombreux, peut répartir les risques de
mauvaises récoltes dues à des circontances climatiques incertaines. Ainsi, il
cultive le haricot de juillet en deux endroits différents:

123
LESCALENDRIERS l à “Tête Boeuf’, en altitude, cette culture sera plus à l’abri des risques de
sécheresse (il y pleut davantage) et des problèmes sanitaires fréquents à cette
DETRAVAIL époque de l’année (citadelles et mosaïque dorée qui sévissent en période chaude);
l à “Nan Zaiguy”, il installe un deuxième jardin de juillet qui donnera bien si
l’année est pluvieuse.
.Luckner, qui n’a aucun jardin en altitude, est obligé de tenter “le tout pour le tout”
en semant le haricot de juillet dans un seul jardin (Nan Sab, un endroit qui de plus
n’est pas très favorable à cette culture). Bien qu’il ait l’exploitation la plus fragile,
c’est lui qui, faute de suffisamment de terre, est obligé de prendre le plus de risques.
l Les besoins de l’élevage se traduisent dans l’assolement. Pour ses trois
bovins, Dieujuste reserve les jachères (3,25 carreaux jusqu’en octobre) puis le
jardin d’Herbe de Guinée qu’il a installé à côté de sa maison.
Grâce aux avocatiers, manguiers, palmistes et “arbres véritables” dont il dispose,
il va pouvoir faire de l’engraissement de porc au moment où ces arbres fruitiers
sont en production.
Mais il fait peu de patate douce, car :
l il faut faire des buttes, la récolte est étalée; la patate douce est une culture
exigeante en main-d’oeuvre, ce dont Dieujuste ne dispose pas en abondance ;
l c’est une culture qui se pratique avec le haricot; sa présence réduit les densités
du haricot, alors que ce dernier rapporte beaucoup plus d’argent ;
l il n’a pas de gros besoins en fanes de patate (les bois-patate) puisqu’il n’entretient
pas de cochon en permanence.
Faute de terre, faute de jachère, Luckner ne peut pas élever de bovin. Il prend
néanmoins deux truies en gardiennage, tentant ainsi de se constituer un cheptel
en propriété, à partir des porcelets qui lui seront laissés. On dit qu’il fait du
naissage. Pour satisfaire aux besoins alimentaires de ses truies, Luckner est obligé
de mettre systématiquement de la patate dans ses jardins en mars, en juillet ou en
octobre de façon à toujours disposer de fanes à distribuer. Cela va évidemment
contribuer à réduire les densités en haricot dans ces jardins (facteur qui va se
cumuler avec les faibles ressources monétaires pour l’achat des semences de
haricot).
En outre, la patate douce est exigeante en main-d’oeuvre, ce dont Luckner dispose
largement, mais ne coûte rien en plants.
Luckner ne peut pas faire d’engraissement, faute d’arbres fruitiers.
l Les modes de faire-valoir expliquent une partie des choix. Nous avons vu
que Luckner ne disposait que de peu de semences de haricot. Lorsqu’il a le choix,
comme par exemple en mars, il met donc du haricot dans un jardin en propriété
(Fond Palmiste) plutôt que dans un jardin en métayage (La Sous). La rente qu’il
paiera alors sera sous forme de patate, culture peu coûteuse pour Luckner, et non
pas en haricot.

Lestechniques Ce sont les techniques appliquées au jardin. L’effet des techniques culturales sur
culturales le milieu et les rendements est l’objet spécifique de l’Agronomie, et sera traité dans
les chapitres 7, 8,9 et 10. Mais ces techniques sont en partie déterminées par le
fonctionnement de l’exploitation. Nous n’en citerons qu’un seul exemple: celui des
techniques de plantations de patate.
l Toujours pressé par le temps du fait de’la vente de nombreux tours d’escouade,
Luckner plante ses patates seul, avec un minimum d’investissement. La prépara-
tion se limite à un simple coup de “louchette” (empruntée, puisque Luckner n’en
dispose pas en propre).
l Pour sa part, Dieujuste, lorsqu’il prépare son jardin de juillet avec son escouade,
demande à ce que l’on construise de petites buttes, ce qui facilitera le développe-
ment’ des tubercules (voir figure 64). La situation économique plus favorisée de
Dieujuste lui permet donc plus de facilités techniques, et donc, en retour, de
meilleures performances.

124
On appelle calendrier culturul les dates des travaux culturaux operés sur un
jardin, de la préparation des terres à la récolte.
AChangieux;il existe trois grandes époques de semis-plantation (voir figure 63).
l Les ‘jardins de ,mars” sont nettoyés en février et en mars. Les herbes So)nt
rassemblées en tas et brûlées, puis on procède à la plantation des patates, sur ‘de
petites buttes préalablement constituées, et au semis du maïs et du haricot,,en
général en avril.
Un “grattage”, c’est-à-dire en réalité un sarclage, permet de contrôler les mauvai-
ses herbes. En juin, après la récolte des haricots et un secondgrattage, on sème le
sorgho, entre les plants de maïs et de patate.
On récolte le maïs en août, puis la patate et enfin le sorgho, à la fin de l’année.
Ceci est le calendrier-type, mais des variations sensibles peuvent exister entre les
jardins. Il est, par exemple, fréquent qu’une des trois composantes de l’association
maïs-haricot-patate soit absente. 11 reste alors une association maïs-patate ou
maïs-haricot ou encore haricot-patate sans que les grands traits du calendrier
cultural soient bouleverses.
l Les ‘jardins de juillet” sont préparés avant le 20 juillet, semés en haricot-
patate ou haricot pur. Il n’y a, en principe, pas de sarclage.
l Les’jardins d’octobre”sont préparés en octobre et semés en novembre (haricot
seul ou haricot-patate selon les cas). La récolte du haricot est souvent l’occasion
d’un sarclage de la patate.

Figure 63 : calendrier cultural


type à Changieux. I J F tl A tl J 3 A S 0 N Dl

9dii9e
v&-,,\~c

Ces calendriers sont plus ou moins bien respectes selon les possibilités des
exploitations. On constate en effet que les retards par rapport au calendrier “op-
timum” sont fréquents. A ceci, deux raisons principales:
l un manque d’argent pour acheter les semences. Ce fut le cas pour Luckner en
juillet. Il a alors dû vendre, avant la mise-bas, l’un des porcelets qui allait lui
revenir dans la portée d’une de ses truies. Malgré cela) il n’a pu semer que le 2 août,
ses haricots sont donc arrivés à maturité mi-octobre, en pleine saison des pluies,
Une partie d’entre eux a germé sur pied, l’autre s’est très mal conservée.
l une compétition dans les travaux agricoles. On parle alors de pointe de tramil.
C’est le cas de Dieujuste, dont la main-d’oeuvre est limitée, notamment en
septembre. Il y a une forte compétition entre la préparation des jardins d’octobre
et la récolte du café. Celle-ci est considérée comme prioritaire; c’est pourquoi
Dieujustefaitpeu de haricot d’octobre. Il fait appel à des salariés. Le travail est mal
fait, les reprises d’adventices sont importantes et le rendement est faible:
0,8 q par hectare alors que plusieurs jardins voisins atteignent 3 q/ha.
Luckner doit faire face à une autre forme de compétition dans les travaux: c’est

125
celle qui s’établit entre le travail sur ses propres jardins et celui qu’il doit réaliser
en vendant ses tours d’escouade pour disposer d’argent. Ainsi, en juin, à la
(‘) Remarquons au passage que recherche de moyens monétaires pour acheter ses haricots de juillet, Luckner a
Luckner n’a pas appliqué cette
technique du semis à la volée sur tous vendu tous ses tours. Il a pris du retard pour les semis de sorgho. Il a alors dû semer
ses jardins de sorgho. A Fond à la volée, technique beaucoup plus rapide, mais beaucoup moins efficace que le
Palmiste, là où il est propriétaire, il semis en poquet.
sème en pcquets. Une fois de plus, on Là encore, les conséquences sur les rendements sont importantes: 5 q/ha pour
constate que Luckner privilégie
I’utilisation de ses ressources limitées Luckner dans son jardin de “La Sous” (*> contre 12 q/ha pour Dieujuste qui a pu
sur son jardin semer en poquets a “Nan Zaïguy”.

Figure 64 I récapitulatif de Aspect du Opération Jardin


quelques effets du fonctionnement culturale Modalitbs concernb
fonctionnement des en cause
exploitations de Dieujuste et
de Luckner sur les productions
sans butte Luckner 52
végétales.
plantation
patate _ - - _ - - - - - .
Disponibilitéen avec butte Dieujuste J6
main-d’oeuvre,
concurrence
avec la vente de journées
salariées

Disponibilitéen préparation bâclée Dieujuste J7


main-d’oeuvre, concurrence haricot _ - - _ _ _ - - -
avec la récolte du café d’octobre soignée Luckner J2

Disponibilitéen trésorerie semis du semis le 15/7 Dieujuste J6


haricot - -A - _ - - - - -
juillet sgmis le 218 Luckner J2

La méthode utilisée ici consiste à comparer des jardins deux à deux. Il convient de
l’employer avec beaucoup de prudence. En effet, elle suppose que, hormis les
techniques dont on veut comparer les effets, tous les autres paramètres condition-
nant l’élaboration du rendement aient été les mêmes: les types de sol, les dates des
autres travaux, lesvariétés utilisées, etc... On dit que les différences de traitement
doivent s’exprimer “toutes choses égales par ailleurs”. Dans la réalité, ce n’est
pratiquement jamais le cas.

LES SYSTÈMES Nous avons déjà noté que les moyens de production propres a Dieujuste et à
D’ÉLEVAGE Luckner les amenaient à entreprendre des élevages de nature différente:
l Dieujuste possède une vache et son veau, auquel s’ajoute un jeune boeuf
appartenant en fait a son fils Emmanuel.’ Il’ne pratique l’élevage de cochon qu’a
certaines périodes de l’année.
l Luckner ne possède pas d’animal en propre. Il est conduit Q prendre des cochons
en gardiennage.
Au-delà du choix des espèces, c’est tout le système d’élevage qui apparaît étroite-
ment relié aux autres paramètres de l’exploitation.
l L’acquisition et la vente d’un animal sont des moyens de réguler la
trésorerie. Ainsi, pendant l’année du suivi Dieujuste a-t-il acheté un premier
cochon en mars, grâce à’la vente du veau. ‘Il en achète deux autres en septembre,
grâce à l’argent provenant de la vente de son’café. Il les revend tous fin décembre,
à un moment où les cours sont élevés, pour racheter une vache.
l .L’arrivée ou le départ d’un animal dépend aussi de la force de travail

126
susceptible de s’en occuper. La vente du veau peut s’expliquer par la charge de
travail qu’il représentait pour le déplacer, alors que les pâturages sont éloignés
après les mises en culture de mars. La femme de Dieujuste, en revanche, peut
s’occuper du jeune cochon qu’il achète alors avec l’argent de la vente du veau.
Pendant tous les sarclages du maïs en mai-juin, période de l’année la plus occupée,
le cochon est attaché dans les jachères, avec des apports complémentaires limités
aux déchets de cuisine. L’objectif est que l’animal survive, mais en demandant le
moins de travail possible. A partir de juin, les sarclages étant finis, Dieujuste
décide de se consacrer àl’engraissement de l’animal. Le temps qu’il lui consacre est
alors multiplié par trois (apports de mangues, de graines de palmiste, etc...) par
rapport au mois d’avril.
Il diminue de nouveau en août, faute de fruits, et encore plus en septembre où la
concurrence avec le travail sur le café joue a plein. L’animal est alors au pâturage,
sans apport et avec des abreuvements peu fréquents. Enfin en octobre-novembre,
l’animal est ramené près de la maison, aujouk et nourri essentiellement avec les
Figure 65 : temps consacré avocats.
par Dieujuste à l L’engraissement se fait parles apports’aujouk qui sont surtout constitués
l’engraissement de son des fruits. Aussi Dieujuste centre-t-il la présence de ses cochons sur les périodes
cochon (en minutes par jour). d’abondance des mangues (mai-juin) et des avocats (octobre-novembre).
Selon les cas, et les moments de l’année, ce sera tantôt la trésorerie, tantôt la
disponibilité du travail, tantôt les ressources alimentaires qui détermineront la
conduite de l’élevage.
l Ceux qui le peuvent jouent volontiers sur les variations des cours. Grâce
à son jardin d’herbes à proximité de la rivière, Dieujuste peut acheter un bovin à
bas prix en début de saison sèche et le revendre en mars à un moment où les prix
sont plus élevés.

APPORTER DES AMÉLIORATIONSADAPTÉES


l Dieujuste et Luckner, n’ayant pas les mêmes moyens de production, ni les
mêmes disponibilités en [Link] en travail, sont conduits à faire des choix
différents pour l’organisation de leurs productions.
Les choix de culture et d’élevage apparaissent dépendants entre eux, et étroite-
ment liés aux disponibilités en trésorerie et en main-d’oeuvre. Comme tous ces
éléments sont liés entre eux, on parle de système dephoduction. Pour comprendre
les choix techniques opérés par les agriculteurs, il faut s’intéresser à latotalité du
système.
l Inversement, lorsqu’on examine les choix techniques de Dieujuste et de Luckner,
on leur trouve une raison d’être, une justification qui tient au fonctionnement
global du système de production. On dit que ces choix sont rationnels, affirmant
ainsi la cohérence du système.
En d’autres termes, Dieujuste et Luckner ont de bonnes raisons de faire ce
qu’ils font, même si ces pratiques aboutissent à des résultats médiocres
sur le plan technique. Lorsqu’on est surpris par la pratique d’un agriculteur,:il
faut toujours se demander s’il n’existe pas une raison qui justifie cette pratique.
Les agriculteurs sont souvent capables d’expliquer eux-mêmes la raison de leur
choix. Ce n’est cependant pas toujours le cas et c’est alors l’analyse scientifique du
fonctionnement de l’exploitation qui la fait apparaître.
Remarquons aussi que la rationnalité n’a de sens que par rapport au système de
production concerné. Ainsi, ce qui est rationnel pour Dieujuste ne l’est pas
systématiquement pour Luckner.
Les caractéristiques stmcturelles de l’exploitation déterminent, dans une large
mesure, le choix des productions et des techniques qui “peuvent” être adoptées par
l’exploitant.

127
l Pour mietix comprendre la logique ou l’intérêt de la combinaison observée au
moment, de l’analyse, une étude historique est toujours une aide très
précieuse - voire une étape obligée de l’analyse.
II est conseillé de retracer, depuis l’installation de l’exploitant jusqu’à la pdriode
actuelle, les évolutions de l’appareil de production (qualitative et quantitative),
de la combinaison des éléments terre /travail / capital d’exploitation, des produc-
tions pratiquées: espèces cultivées, rotations, assolements, itinéraires techniques,
rendements; races, conduite des troupeaux, performances zootechniques,...
L’ordre dan8 lequel s’enchaînent 16s transformations permet souvent, d’en repérer
la logique et, de comprendre, par exemple:
. pourquoi la transformation a été opérée àl ce moment? Comment. la disponibilité
en terre, travail, capital l’a rendue possible?
. quels étaient les objectifs poursuivis lors de la mise en oeuvre du changement?
l La cohérence du système et la rationnalité des choix techniques des agriculteurs
n’empêche pas d’apporter des améliorations techniques et économiques. En
effet, de meilleures performances peuvent être atteintes dans deux circonstances:
. Une action de développement peut modifier les conditions de l’environnement
socio-économique (par un aménagement,, ou une action sur les prix, la disponibi-
lité du crédit,..). Le système de production $un agriculteur est ainsi amené A se ré-
équilibrer pour abo’utir à des résultats plus satisfaisants pour la collectivité : une
production supérieure, dégageant plus de surplus vivriers, ou encore un emploi
rural plus abondant, ralentissant ainsi l’exode rural...
. Même si l’environnement socio-économique n’est pas modifié, des apports pure-
ment techniques peuvent permettre au système de production de mieux satisfaire
aux objectifs de l’agriculteur. Ainsi une nouvelle variété à cycle plus court, peut
supprimer une pointe de travail par exemple.
l Les propositions de développement doivent donc être ajustées aux
systèmes de production. Les propositions intéressantes pour l’exploitation de
Dieujuste sont différentes de celles adaptées aux contraintes de’ Luckner.

Prenons quelques exemples:


F Toute action sur la production de café intéressera Dieujuste, qui en possède,
mais pas Luckner, qui n’en cultive pas. C’est le cas le plus simple.
l Un crédit “porcelets” offrant, aux producteurs la possibilité d’obtenir de jeunes
porcelets à engraisser intéresserait certainement Dieujuste. Elle intéresserait
également Luckner, mais dans son cas, elle devra être accompagnée d’un crédit
“aliments” car Luckner n’a rien pour engraisser ses porcs.
l Si on veut, proposer à Dieujus& et à Luckner des variétés améliorées de haricot,
les critères de sélection ne seront pas les mêmes. Luckner sera intéréssé par des
variétés rustiques, susceptibles de s’adapter à des conditions de culture difficiles:
semis en retard, culture en juillet à basse altitude... Dieujuste préferera des
variétés à haut rendement,, mais devant êtriz impérativement cultivées dans les
meilleures conditions...

On remarque que les propositions sontplus faciles & faire pour Dieujuste que pour
Luckner, qui est davantage prisonnier dë szi situation économique et, sociale.
Ce cas est généralisable: il est plus facile d’apporter des améliorations techniques
aux agriculteurs plus favorisés qu’aux plus pauvres. C’est, pourquoi les projets de
développement ont, souvent du mal à atteindre les catégories inférieures de la
population.
l L’étude du fonctionnement des ex@oitations permet d’adapter les pro-
positions de développement. Mais il ri’est-évidemment pas possible d’étudier
le fonctionnement de toutes les exploitatioiw, d’une petite région avant, d’y installer
une opération de développement.

128
Aussi est-il courant de n’en étudier que quelques-unes (un échantillon de familles
qui sont choisies pour recouvrir toutes les situations sociales existantes), puis de
les-regrouper en grand types o?efonctionnement. On bâtit alors une typologie de
fonctionnement, laquelle se différencie de la typologie de structure vue precédem-
ment.

En Haïti, la typologie de fonctionnement la plus sommaire distingue trois catégo-


ries d’agriculteurs selon la combinaison’quïls réalisent entre foncier et travail.
l Ceux qui possèdent peu de terres en regard de la force de travail dont
ils disposent. Ils prennent des terres en métayage, vendent des journées de
travail, doivent fréquemment recourir au crédit usuraire. Ils ne peuvent organi-
ser leur système de production que pour la satisfaction de leurs besoins essentiels
à très court terme. C’est le cas de Luckner.
l Ceux qui, à l’inverse, disposent de davantage de terres que ce qu’ils
peuvent directement exploiter. Ils en cèdent une partie en métayage, utilisent
du salariat ou achètent desjoumées. Ils pratiquent souvent une activité artisanale
ou commerciale lucrative. Ils offrent du crédit, se créant ainsi un réseau de
dépendants qui leur sont liés. Leur système de production comprend davantage de
cultures de rente, et leur stratégie se raisonne à moyen ou long terme. C’est le cas
‘de Dieujuste.
l Entre les deux, il y a les agriculteurs qui disposent d’une quantité de
foncier équilibrée avec leur capacité de travail.

La construction de ces typologies est également utile pour le suivi-évaluation des


projets de développement. Elle permet de voir sur quel groupe d’exploitations le
projet a un effet et pourquoi.
Les typologies sont un instrument très utile pour l’agronome, mais elles supposent
un effort important d’enquête, de suivi et d’analyse.

129
Calcul des résultats
économiques

La calcul économique présenté dans Lorsqu’on a mis en évidence le fonctionnement d’une exploitation, il importe
cette partie est inspiré de :
ensuite d’en mesurer les performances. Les performances purement techniques
J.M. VIEL - Le calcul économique s’appréhendent au niveau des parcelles par la mesure des rendements, et au
appliqué B l’exploitation agricole - INA niveau des animaux par celle de leur production (production laitière ou gain moyen
Paris-Grignon et ESAT Montpellier,
1989. quotidien en poids). Les performances économiques, elles, se mesurent au niveau
de l’exploitation par le calcul économique.
0. DENISSE - Analyse économique
de I’exploitation de stage - INA Paris- Le calcul économique a pour objectif de mesurer les résultats obtenus par l’agri-
Grignon, 1987. culteur dans les processus de production qu’il met en oeuvre. Autrement dit, il
s’agit de se donner les moyens de juger, compte-tenu de l’appareil de production
disponible, de l’efficacité du travail investi dans l’activité agricole.
La finalité de l’activité agricole est de permettre à l’exploitation d’existerdurable-
ment. Pour cela, il faut pouvoir au moins:
l assurer la subsistance des travailleurs,
l renouveler le matériel et les installations.
Toutes les exploitations n’arrivent pas à ce résultat; certaines parviennent à peine
à faire vivre la famille. D’autres, au contraire, s’agrandissent (foncier et cheptel)
et améliorent leurs moyens de production (outillage, stockage,...).

LA PRODUCTIONDE L’EXPLOITATION : CALCUL DU PRODUIT BRUT


Le produit brut correspond à la valeur de la production. Il est calculépour un cycle
de production. Pour des raisons de commodité, nous choisirons un cycle égal à un
an (365 jours>. Ce calcul peut être réalisé pour une année déterminée ou pour une
année “moyenne”.
Le produit brut (PB) est donc la valeur de ce qui a été produit pendant un
an sur l’exploitation.
Il ne faut pas confondre la valeur de la production (ce qui constitue le PB) et la
valeur des ventes (ce qui constituent les recettes). En effet:
l la production de l’année n’est pas toujours entièrement vendue pendant cette
même année. Une partie peut être utilisée pour la consommation familialê. Une
partie peut être stockée pour être vendue l’année suivante ;
l les ventes ne résultent pas toujours dune production de l’année. Il peut y avoir
vente de produits récoltés l’année précédente et stockés, ou vente de produits
résultant de la production de plusieurs années (par exemple vente de bois).

CALCUL DU PRODUIT Il existe plusieurs méthodes’pour mener ce calcul. La plus simple est de partir
BRUT VÉGÉTAL directement des quantités physiques produites pendant le cycle de production (un
an) et de calculer, pour chaque culture:
Quantité physique produite x valeur d’l unité physique de produit

130
Le produit brut : ce que La quantité physique de produit est obtenue soit directement (l’exploitant sait
I’explqitationa produit en une quelle quantité de produit il a “sorti” de son jardin), soit en calculant:
année (photos & de LaUbier). superficie cultivée x rendement à l’unité de surface.
La détermination de la valeur d’une unité de produit est délicate. L’intérêt est,
dans le calcul économique, de choisir un critère de “valeur” qui soit le plus proche
possible de celui utilisé par le paysan lorsque ce dernier raisonne ses objectifs de
: production. Ainsi, il peut être souhaitable, dans le cas d’une paysannerie produi-
sant quasi-exclusivement pour l’autoconsommation familiale, de mesurer #la
valeur de la production en nombre de calories produites.
Dans le cas de la paysannerie haïtienne, nous avons vu que toutes les exploitations
sont marchandes, même si la part de la production commercialisée varie selon l’ex-
ploitation. Il est donc intéressant dévaluer la production en termes deprix; Mais
quel prix choisir sachant que toute la production vendue ne l’est pas toujours en
une fois et a un seul prix, et que la production n’est pas toujours entièrement ven-
due?
l La part de production. consommée par la famille peut être estimee de deux
manières selon qu’on la considere comme autant de moins à acheter en période de
disette ou comme autant de moins à vendre (au moment de la récolte ouplus tard).
Dans le premier cas, l’estimation de l’autoconsommation se’fera au prix pratiqué
sur le marché au moment où l’exploitant devrait acheter ce produit sur le marché
s’il ne disposait pas de sa production (prix élevé de la période de soudure). Cette
estimation est intéressante pour les exploitants dont la production est essentiel-
lement autoconsommée.
Dans le deuxième cas, l’estimation de l’autoconsommation se fera au prix pratiqué
sur le marché au moment où l’exploitant vend ses produits (en général, prix bas de
la récolte). Cette estimation est intéressante pour les exploitants pratiquant des
cultures essentielIement pour la vente.
l Pour simplifier la collecte d’information etles calculs, on peut se limiter a un
calcul du produit brut végétal dans lequel on estime toute la production (autocon-
sommée + vendue) au prix de vente de la production sur le marché au moment de
la récolte. Cette méthode donne, la plupart du temps, une approche des résultats
économiques suffisante. On a donc pour chaque culture:
Produit Brut végétal
= quantités récoltées x prix de marché (unitaire) à la récolte
Remarque: les fourrages ne sont pas, en général, un produit final de l’exploitation.
Ils sont utilises ,pour la production animale qui, elle, fournit le produit final,
consommé par la famille ou vendu. Il n’y a donc pas lieu de tenir compte de la
production de fourrage pour le calcul du PB végétal de l’exploitation. La produc-
tion de fourrage sera “présente” dans le calcul du produit brut animal.

131
La production animale réalisée au cours du cycle de production étudié (1 an) peut
apparaître sous différentes formes:
l vente de produits animaux (lait, oeufs,...),
l vente d’animaux,
l consommation par la famille d’animaux ou de Pr~oduits animaux,
l croissance du cheptel provenant de la croissance interne du troupeau (naissan-
ces d’animaux sur l’exploitation). Même si cette croissance~n:entraîne pas de
recette en argent dans l’immédiat, il s’agit bien dune production’de l’exploitation.
Mais il ne faut pas considérer comme production de l’exploitation une croissance
du troupeau qui proviendrait d’achats d’animaux.
On calculera le PB animal en additionnant, pour chaque troupeau present sur l’ex-
ploitation:
valeur des produits consqunés par la famille
(‘) Pour faire ce calcul, on réalise un + montant de ventes de produits animaux
inventaire du troupeau en début et en
fin de cycle. La valeur du cheptel est + montant de (ventes - achats) d’animaux
obtenue en additionnant la valeur + valeur du cheptel en fin de cycle - valeur du cheptel en début de cycle
estimée de chaque animal. c*>

Les troupeaux sont généralement de petite taille dans les exploitations haïtiennes
et l’estimation des variations de valeur des animaux au cours dune année est
difficile. Le plus souvent, le calcul du PB peut donc difficilement être réalisé en sui-
vant la démarche ci-dessus.
On étudiera la production sur une période correspondant à la durée réelle du cycle
de productioti pratiqué sur l’exploitation. Cette durée est égale, pour un atelier
animal donné, au temps séparant le début de la production (achat de l’animal ou
naissance) et le moment de sa consommation ou de sa vente.
On calculera le produit brut (pour 1 an> en rapportant le PB total pour le cycle de
production à la duree (en année) de ce cycle.

Prenons un exemple.
Le cheptel reproducteur est constitué .de deux vaches qui produisent chacune un
petit par an (supposons un mâle et une femelle par an>. Les petits mâles sont élevés
jusqu’à 3 ans et sont alors vendus 150 $. Les petits femelles sont élevés jusqu’à 2
ans et sont alors soit vendus (pour 200 $1, soit intégrés au cheptel reproducteur de
l’exploitation. Lesvaches produisent chacune 150 gallons de lait par an vendus 0,8
$ par gallon.
Le PB est constitué par la vente du lait, la production de mâles et la production de
femelles.
Le PB animal annuel est égal à:
(2 vaches x 150 gal. x 0,8 $/ga1)+(150 $ en 3 ans/ 3)+(200 $ en 2 ans/ 2) soit 390 $

Pour calculer le produit brut total, on additionne le produit brut végétal et animal.
PB total = PB vé&tal + PB animal

CALCUL DE LA VALEUR AJOUTÉE


Pour obtenir cette production, l’exploitant a dû utiliser des biens et services achetés
à léxtérieur : semences, engrais, prod-uits phytosanitaires,
de 1éxploitation eau
d’irrigation, aliments pour le bétail, produits et frais de vétérinaire, carburants,
location de tracteur ou dë charrue, frais d’entretien et de réparation des maté-
riels,...
Ces biens ‘et services sont destinés à entrer dans un processus de production. Ils
vont être entièrement utilisés, consommés au cours d’un (et un seul) cycle de
production; on les appelle consommations intermédiaires (CI).
Les consommations intermédiaires vont être transformées grâce au travail et aux

132
moyens de production (outils, installations,...) mis en oeuvre, en des produits plus
élaborés qui auront donc une valeur supérieure.
Les personnes qui travaillent sur l’exploitation ajoutent ainsi chaque année une
certaine, valeur aux moyens de production qu’elles utilisent.
Les semences : une Mais il existe d’autres biens achetés à l’extérieur de l’exploitation qui sont utilisés
consommation intermédiaire dans la production: outils, matériel de stockage, plantations, aménagements
(photo G; de Laubier). fonciers,.... Ils constituent le capital fixe; ils ne seront pas entièrement consommés
au cours d’un cycle de production mais pourront être utilisés pendant plusieurs
années. Ils s’usent et donc perdent progressivement de leur valeur au cours des-f-
férents cycles de production.
On appelle amortissement la fraction de la valeur du capital fixe qui est incorporee
chaque année à lavaleur des produits, et ce durant toute la duree d’utilisation des
biens considérés.
Par exemple, pour un matériel ou un bâtiment ayant une durée probable d’utili-
sation de 10 ans (estimation demandée à ~l’exploitant lui-même), l’amortissement
sera estimé à l/lO ème du capital nécessaire; pour le remplacer.
Pour une plantation occupant une parcelle pendant 5 ans, l’amortissement est égal
à l/5 ème du capital nécessaire à sa mise en place. Ce capital comprend la valeur
des plants achetés, les salaires dépensés lors de l’installation de la culture.
Le produit brut ne correspond donc pas exclusivement à de la valeur créée s,ur
l’exploitation; il intègre la valeur des consommations intermédiaires et celle des
amortissements. On définit la valeur ajoutée (sous-entendu “par le travail sur
I’exploitation”) par:
Valeur Ajoutée (VA) =
Produit Brut - Consommation Intermédiaire - Amortissements
La valeur ajoutée est un résultat important car elle permet de comparer l’activité
productive des exploitations sans préjuger de l’utilisation de cette valeur. Autre-
ment dit, on peut comparer des exploitations qui ne sont pas dans la même
situation du point de vue de la propriété des divers éléments de l’appareil de pro-
duction.

Prenons le cas de deux exploitants, Delius et Emecene.


Delius a produit 3600 $ sur son exploitation, et Emecene 22,OO$. Mais Emecene a
peu de consommations intermediaires (200 $1: il ne met pas d’engrais, et il cultive
surtout du maïs et du sorgho qui demandent peu de semences. Delius, a planté
beaucoup de bananes, ce qui lui a coûte 900 $ en plants, amortis sur 18 mois, soit
600 $/an. Il a aussi répandu pour 200 $ d’engrais.
Le calcul de valeur ajoutée donne donc:
VA Delius = PB - CI - A
= 3600 - 200 - 600
= 2800$
VA Emecene = PB - CI - A
= 2200 - 200
= 2000$
(‘) La productivité d’un facteur est égal Si Delius a créé, par le travail sur son exploitation, davantage de valeur qu’Eme-
à la valeur ajoutée produite par unité cene, cela ne veut pas dire que la productivité de son travail est supérieure.
de ce facteur. 0~ peut aussi calculer
la productivité du capital. On définit la productivité du truuaiZ(*) sur l’exploitation par le ratio Valeur
Ajoutée / travail investi sur l’exploitation (travail total utilisé, d’origine
familiale, salariée, entraide, etc...). La productivité du travail s’exprime donc en
dollars par unité de temps de travail (heure, jour, travailleurs à plein temps
pendant l’année,...)
Ainsi, Delius, pour la plantation et le soin à ses bananiers, a dû recourir à de
nombreuses escouades qu’il a payées: 800 hommes-jours en tout pendant l’année,
auxquelles il faut ajouter 600 journées de travail familial.

133
La productivité du travail dans l’exploitation de Delius est donc de :
P= 2800&300 + 600) = 2 $ par jour de travail.
Emecene, lui, n’a utilise que 100 jours de travail extérieur, lui-même et sa famille
ont travaillé 400 jours.
P = 2000 $/(100+400) = 4 $ par jour.

RÉPARTITIONDE LA VALEUR AJOUTÉE : CALCUL DU ‘REVENU


La valeur ajoutée par les travailleurs ne correspond généralement pas a’leur
revenu. L’exploitation doit encore faire face à des charges qui reflètent les condi-
tions économiques et sociales dans lesquelles elle opère.
Lavaleur ajoutée est donc répartie entre les différents agents intervenant dans ‘le
processus productif, soit parce qu’ils possèdent une partie du capital d’exploita-
tion, soit parce qu’ils ont travaillé directement sur l’exploitation. De plus, l’Etat
* Pour un emprunt d’une somme (K)
à un certain taux (i) et pour un peut prélever directement sous forme d’impôts une partie de la valeur ajoutée,
nombre d’années (n), chaque année
l’exploitant remboursera au prêteur: Ainsi, la valeur ajoutée va se répartir entre différentewfictutions:
une fraction Wn du capital l la rente foncière payée au propriétaire foncier,
des intérêts annuels Ki. l les intérêts des emprunts payés au prêteur (banque ou usurier)*.
0n ne compte pas dans les affectations la fraction du capital remboursée chaque
année, puisqu’elle a servi a acheter des moyens de production dont nous avons déjà
tenu compte en charge de production (dans le calcul des amortissements).
l les taxes liées à la production et payées à l’Etat.
Elles peuvent exister sur certains périmètres irrigués.
La part de la valeur ajoutée (PVA) conservée par l’exploitation est ce qui reste de
la valeur ajoutée une fois ces prélèvements effectués.

Pour reprendre l’exemple d’Emecene et de Delius, nous avons:


PVA Delius = 2800 - 900 = 1900 $ si Delius a la moitié de sa terre en métayage à
50% (RF = 1800 X 0,50 = 900 $), mais n’a,rien emprunté.
PVA Emecene = 2000 - (2200/2) = 900 $ si Emecene est métayer à 50% sur toute
sa surface.

La PVAne correspond pas toujours aurevenuagricole de l’exploitation, c’est-à-dire


à ce qui va servir à rémunérer le travail de la famille.
l Si l’exploitation n’utilise pas de main-d’oeuvre extérieure à l’exploitation, la PVA
correspond au revenu de l’exploitant.
PVA=rémunération du travail familial.
l Si l’exploitant a utilisé du travail extérieur à l’exploitation, une fraction de la
PVA sert à payer les travailleurs extérieurs qui sont intervenus.
Remarque: les travailleurs “extérieurs” ne’sont pas toujours payés uniquement
sous forme monétaire. Souvent, en Haïti, les travailleurs reçoivent, au cours de
leur travail, nourriture et boisson payées par l’exploitantiemployeur. D’autres fois
(pour le travail de récolte en particulier), ils peuvent être payés “en nature”; ils
reçoivent alors une certaine quantité du produit récolté.
Dans le calcul du paiement des’travailleurs extérieurs (montant qui sera a déduire
de la PVA), il faut compter ces rémunérations ,en nature qui font partie de la
rémunération reçue par le travailleur. Si’l’exploitant les a achetés sur le marché
(boisson,. ..>, on les estimera au prix d’achat payé par l’exploitant. S’il s’agit de biens
produits sur l’exploitation, ils seront estimés au même prix que celui utilisé pour
le calcul du produit brut.

134
La rémunération du travail Revenu agricole = rémunération du travail familial
extérieur à l’exploitationdoit = [Link]. - paiement des travailleurs “extérieurs”
être estimée pour calculer le
revenu agricole
(photo G. de Laubier). Pour Delius, qui a payé chacune des 800 journées de travail qu’il a achetées à 1,6 $,
on a : RA = 1900 - (800 x 1,s) = 620 $.
Pour Emecene on a : RA = 900 - 160 = 740 $.
Si on rapporte le revenu agricole au nombre de journées de travail fournies par la
famille (revenu du travail journalier), on a:
RTJ Delius = 620/600 = 1,03 $/j RTJ Emecene = 660/400 = 1,65 $/j

C’est le revenu agricole qui servira à assurer les besoins DDEla famille. S’il est
suffisant, il pourra de plus permettre d’épargner, d’accroître le capital d’exploita-
tion, d’élargir et d’améliorer l’[Link] production (nourrir mieux la famille,
ameliorer l’outillage, accroître le foncier, améliorer la fertilité des jardins, aug-
menter le troupeau,...)
On voit dans l’exemple de Delius et d’Emecene que la comparaison des résultats
économiques de deux exploitations dépend étroitement des critères que, l’on
retient. C’est pourquoi, il est très important de bien saisir ‘le sens des différents
paramètres que sont la production, la valeur ajoutée, la productivité du travail ou
le revenu agricole. Chacun de ces paramètres a un sens qui donne un éclairage
particulier à l’analyse économique de l’exploitation.
Remarque: les exploitants qui investissent peu ou pas du tout de main-d’oeuvre
familiale sur l’exploitation, et qui disposent de quantités importantes de capital,
utilisent un autre critère pour juger et orienter leur activité productive. Il s’agit du
taux de profit.
Le tati de profit annuel est égal au revenu agricole annuel rapporté au
total du capital-argent immobilisé dans la production.

Ainsi, prenons l’exemple d’un exploitant qui ainvesti 80 OOOl$dans une plantation
de canne, pour acheter le matériel, aménager les terres et assurer la trésorerie
(c’est-à-dire la “caisse” pour payer les journaliers, les intrants, etc.)
Imaginons que le produit brut (la vente de la canne) soit de 50 000 $ et que les
consommations intermediaires, les amortissements et les salaires distribués
soient de 30 000 $, le revenu agricole annuel [Link] 50 000 - 30 000 = 20 000 $.
et le taux de profit T = 20 OOOBO 000 = 25 %

135
Le taux de profit exprime l’intérêt que perçoit l’exploitant en décidant d’investir
son capital dans l’agriculture. Les exploitants capitalistes comparent aisément ces
taux de profit à ceux qu’ils obtiendraient en plaçant la même somme dans le
commerce ou l’industrie. Une baisse des prix agricoles déplace ces capitaux hors
de l’agriculture, alors que les hausses de prix ont tendance à les y ramener.

Figure 66 : calcul des résultats


consommations
économiques
intermédiaires
C.I C.I.
C.I.
Ymortissements A
A ;

Rente foncière? RfF.


Produit R.F. t
Brut I
Total Intérêts I
Valeur f
Ajoutée Taxes T
-
V.A.
Paiement des
Part de la V.A travailleurs
restant à “extérieurs”
l’exploitation
P.V.A. Revenu
Agricole

EXEMPLESDECALCUL
l Le plus souvent, en Haïti, la culture est manuelle. Le capital investi sous forme
d’outils (houe, bêche, machette,...) est modeste, même s’il constitue l’essentiel du
capital pour les petites exploitations. Les amortissements annuels pour les outils
sont donc faibles. On peut généralement les négliger dans le calcul économique.
C’est ce qui est fait dans le calcul ci-dessous. Nous considérons qu’il n’existe aucun
autre capital fixe hormis l’outillage.
l Pour des raisons de commodité de présentation, nous ferons les calculs par sous-
activités, c’est-à-dire pour chaque atelier animal et pour chaque jardin. Puis nous
ferons le récapitulatif pour l’exploitation tout entière. Cette méthode peut être
intéressante à suivre aü cours de la collecte des informations auprès de l’exploi-
tant; elle évite les oublis dans le recueil des données.
l Dans les exemples suivants, le capital d’exploitation est uniquement du capital
détenu en propre par l’exploitant. Il n’y a donc pas d’emprunt.

UN PETITMÉTAYER Soit une exploitation constituée de 0,5 carreau en métayage, cultivés avec l’asso-
ciation arachide/maïs/manioc. L’exploitant a un boeuf et une vache en gardien-
nage.

La productionvégétale l Le métayage est au tiers


’ m : marmite
l L’exploitant achète 4 m* de semence de vigna à 3 $/m, 2 m de semence de maïs
à 1 $/m et 10 m de semence d’arachide à 1 $/m. Les boutures de manioc sont
produites sur l’exploitation.
l Tout le travail pour la culture de ce jardin est fourni par l’exploitant, sa famille
et des voisins dans un cadre d’entraide.

136
pour la préparation du sol : 6 personnes pendant 10 jours
le semis du vigna 6 4
le semis du maïs 5 2
le semis de l’arachide 5 4
le ler sarclage 6 11
la plantation du manioc 4 6
le 2ème sarclage 6 10
la récolte du vigna 4 5'
la récolte du maïs 5 2
la récolte de l’arachide 5 10
la récolte du manioc faite par l’acheteur
l Le manioc est vendu sur pied pour 160 $
l La récolte de vigna est de 12 m à 1,4 $ la marmite
maïs 50 m à 0,5 $ la marmite
arachide 220 m à 0,8 $ la marmite

Le produit brut est égal a :


PB = 160 $ + (12m x 1,4 $/m3 + (50m x 0,5 $/m> + (220m xX 0,8 $/m>
= 377,a $
l Les seules consommations intermédiaires utilisées sont les semences.
=(4mx3$/m)+(2mx1$/m)+(10mx1$/m)=24$
ti = PB - CI = 377,8 $ - 24 $ = 353,8 $.
l Le travail total investi sur le jardin est de:
60+24+10+20+66+24+60+20+10+50= 344j.
l Lu productivité du travail pour cette culture est de:
-’ 353,s $ / 344 jours = 1,02 $lj.

Cn peut supposer que le travail fourni dans le cadre d’une entraide sera “rendu”
par l’exploitant et sa famille et que le nombre de jours de travail reçu sera égal à
celui rendu. Cette hypothèse n’est pas toujours vérifiée.
Cela revient à dire que tout le travail investi sur le jardin doit être pris en compte
comme de la main d’oeuvre-familiale. On a donc:
PVA = VA - rente foncière = 353,8 $ - (377,B $/3) = 228 $
et Revenu = PVA
La rémunération du travail par jour de travail investi sur la production végétale
est de: 228 $1344 jours = 0,66 $1 jour

Laproductionanimale Le contrat de métayage précise que le montant de la vente de l’animal sera partagé
à part égale entre le propriétaire et le gardien. La bête est en général vendue après
“bovin à l’engraisse-ment”
deux ans pour 240 $. L’exploitant consacre une heure de travail par jour pour
l
nourrir et déplacer sa bête. I
PB annuel = 120 $.
Il n’y a pas de consommation intermédiaire pour l’élevage: pas d’aliments achetés,
pas de frais vétérinaires,... Donc: VA = PB
La part de la valeur ajoutée restant à l’exploitation est donc égale à:
VA - “rente” = 120 - 12012 = 60 $.
Le travail est totalement fourni par la main-d’oeuvre familiale. On a donc:
Revenu = PVA = 60 $.
Le temps de travail est de 365 heures par an. En estimant, comme pour la
production végétale, les journées à environ 8 heures, l’exploitant investit donc
environ 45 jours de travail dans sa production animale.
La productivité du travail est de :
120145 = 2,66 $/‘j.
La rémunération du travail est de :
60 $145 = 1,32 $/j.

137
Production Production Total
vbgbtale animale

PB (en $4 377,8 120,o 497,8


CI (en $1 24,0 w 24,0
VA(en$4 354,9 120,o 474,0
PVA (en $) 228,0~ 60,O 288,0
Revenu (en $) 228,0 60,O 288,0
Nombre jours de travail 344' 45 389
Productivitédu travail 1,02 2,66 1,34
Rémunérationljour de travail 0,66 1,32 0,74
familial (en $/jour)

UN EXPLOITANT DE Soit une exploitation constituée d’un carreau en propriété cultive en canne.
L’exploitant ne travaille pas directement sur les terres. La force de travail est
CANNE À SUCRE
fournie par des journaliers et autres travailleurs “extérieurs” à l’exploitation. Un
carreau de “terre à canne” s!achète 3500 $.
l An&!e 1
l La préparation du sol est faite à la charrue (tracteur) dans le cadre d’un contrat
à la tâche avec un propriétaire de [Link]ût : labour 140 $ et sillonage 20 $
l 60 charges de plants sont achetées à 0,l $ par charge,
l La plantation est faite par 10 journaliers qui travaillent pendant 2 jours et
gagnent 2 $ par jour,
- ler sarclage: réalisé par des salariés ” à la tâche” pour 80 $,
- 2ème sarclage: même coût,
- coupe: par des journaliers payés au rendement 2 $ par tonne coupée,
- transport: par des transporteurs (petits entrepreneurs) qui prennent 2,6 $ par
tonne de canne transportée.
l Année2, 3et4
- 1 sarclage par an: voir sarclage de l’année 1
- coupe et transport: voir année 1
l Récolte: la canne est vendue à l’USN qui l’achète 13 $ la tonne rendue usine.
récolte année 1: 10 camions de 10 tonnes
récolte année 2: 8 ”
récolte année 3: 7 ”
récolte année 4: 6 ”

La durée de la plantation est de 4 ans. .Chaque année, les résultats économiques


sont différents. Si l’on veut connaître le produit brut d’une année précise, il est
nécessaire de faire un calcul économique en faisant intervenir un calcul d’amortis-
sement de la plantation. Mais il est bien rare que l’on ait ce type d’objectif; on
cherche en général’ à connaître les résultats sur une année “moyenné”. C’est ce
dernier calcul que nous allons mener
La méthode la plus simple consiste à calculer les résultats pour toute la durée de
la plantation et à les diviser par la durée de plantation pour obtenir les résultats
annuels de l’exploitation.
l Le produit brut
PB total = (10+8+7+6 camions) x 10 tkamions x 13 $/t
=310tx13$/t=4030$
Soit un produit brut annuel de :
PB annuel = 4030 $/4 = 1007,5 $
. Les consommationsintermédiaires sont constituées par:
. l’achat des plants soit 60 charges x 0,l $/Charge = 6 $
. le travail réalisé par une “entreprise” pour la préparation du sol,

138
soit 140 + 20 = 160 $
. le transport de la canne, également réalisé par des “entrepreneurs”,
soit 310 tonnes x 2,6 $lt = 806 $

Soit un total de 966 $ pour les 4 années de culture, et 241,5 $ par an.
. Lu valeur ajoutée’ annuelle est égale à:
VA = PB - CI = 1007,5 - 241,5 = 766 $
l Le temps de travail consacré à la culture pour les 4 années se répartit en:
- travail de plantation, soit 20 jours
- travail de sarclage (5 sarclages).
On ne connaît pas ici le nombre de jours de travail effectif. L’exploitant lui-même
n’a pas contrôlé le déroulement des opérations. Il faut donc nécessairement faire
une hypothèse de calcul pour poursuivre. Lorsqu’on n’a pas de renseignements
précis sur le fonctionnement des groupes de travail qui fournissent les contrats à
la tâche, le plus simple est de supposer que la rémunération des personnes qui
travaillent dans ces groupes est du même ordre de grandeur que celles des
journaliers (cette hypothèse s’appuie sur le fait constaté que les journaliers et les
travailleurs à la tâche sont souvent les mêmes personnes qui travaillent avec des
“contrats” différents suivant les opportunités).
On supposera donc que les contrats à la tâche équivalent à du travail réalisé par
des journaliers payés 2 $/jour.
Chaque sarclage payé 80 $. représente donc 40 journées de’ travail :
- soit 5 x 40 j = 200 jours de travail de sarclage pour’les quatre années.
- travail de récolte
Le travail de récolte, avec la même hypothèse que précédemment, est de :
(310 t x 2 $/t> / 2 $Yjour = 310 j.
Le temps de travail investi pour les 4 années est de :
20 + 200 + 310 = 530j. soit 132 j par an.
l Lu productivité du travail est égale à:
766 $ / 132 j = 5,8 $/j.
l La part de valeur ajoutée conservée sur l’exploitation équivaut à la valeur
ajoutée, puisqu’il n’y a ni rente foncière, ni taxes, ni’intérêt d’emprunt à payer.
PVA = VA
l La main-d’oeuvre extérieure reçoit, sur les 4 années de culture:
- pour le travail de plantation:
10 journaliers x 2 j x 2 $/j = 40 $
- pour les 5 sarclages:
5 sarclages x 80 $/Sarclage = 400 $
- pour le travail de coupe:
310 tonnes x 2 $lt = 620 $
soit au total 1060 $ pour les quatre années
soit 1060 $14 = 265 $ par an.
l Revenu agricole pour une année moyenne :
RA = PVA - paiement de la maind’oeuvre extérieure = 766 $ - 265 $ = 501$
Le revenu agricole ne peut, dans le cas de cette exploitation, être appelé rémuné-
ration du travail familial puisque l’exploitant ne travaille pas du tout sur son
exploitation. Calculer le revenu par jour de travail n’aurait aucun sens. Le résultat
économique le plus intéressant à calculer est le taux de profit du capital.
Taux de profit = reventi /
(prix de la terre + CI+ paiement de la main d’oeuvre extérieure)
Taux de profit (année moyenne) = 501$ / (3500+241,5+265) = 12,5 %
Cela signifie que, pour cet exploitant, le capital qu’il investit dans la production
agricole équivaut à un capital qui lui rapporterait 12,5 % d’intérêt par an.

139
UN EXPLOITANT Soit une exploitation de 1 carreau de terre en propriété planté en banane.
DE BANANE L’exploitant ne travaille sur sa parcelle que pour la récolte. La plantation dure 3
ans. Les travaux culturaux sont les suivants:
l Année 1
l nettoyage de la parcelle: avec un contrat ” à la tâche” pour 60 $ ;
l achat et transport des plants: les plants sont achetés 0,056 $ par plant et sont
transportés pour 24 $ par des travailleurs sous contrat “a la tâche”;
l plantation: densité de 2000 pieds par carreau réalisée par 25 journaliers tra-
vaillant pendant 2 jours et payés 2 $ par jour ;
l 3 sarclages faits par des travailleurs sous contrat pour 60 $, 60 $ et 40 $,
l récolte réalisée par l’exploitant. Un homme récolte environ 9 douzaines de
régimes par jour.,
l éclaircissage: contrat “à la tâche” de 30 $.
l Année2et3
l 3 sarclages par an: voir-année 1
l éclaircissage de année 2: voir année 1
l Récolte
année 1: 1600 régimes
année 2 : 2200 régimes
année 3 : 2500 regimes
1 régime est vendu en moyenne 2,6 $ par le producteur.
Une partie de la production est consommée par la famille, l’autre est vendue.
Il s’agit ici, comme dans l’exemple précédent, d’une plantation pluriannuelle. On
raisonnera encore sur une année “moyenne”.
l Pour le calcul du produit brut se pose la question de l’estimation de la valeur de
la part de récolte consommée par la famille. De plus, l’exploitant n’a pas su
indiquer quelles étaient les quantités autoconsommées et vendues.
Lorsqu’on ne peut pas mener une enquête plus approfondie sur l’exploitation, le
plus simple est d’estimer toute la production au prix auquel l’exploitant vend la
fraction commercialisée de la récolte.
Cela revient à considérer l’autoconsommation comme autant de moins à vendre
pour l’exploitant, ce qui, dans le cas présent, correspond assez bien au raisonne-
ment mené par l’exploitant. En effet, l’exploitant travaille sur ses parcelles
uniquement pour la récolte, la surveillance contre les vols étant indispensable à ce
moment et ce travail ne pouvant être effectué que par l’exploitant lui-même. On
peut donc supposer que l’objectif de l’exploitant est la recherche dune rémunéra-
tion maximale par jour de travail à travers la vente de ses productions.
On a donc:
PB total = (1600 + 2200 + 2500) régimes x 2,6 $/régime
= 16380 $ pour 3 ans
soit PB annuel = 5460 $

l Les consommations intermédiaires sont constituées par:


l’achat des plants: 2000 plants x 0,056 $/Plant = 100 $
: le transport des plants soit 24 $
Total des consommations intermédiaires : 100 $ + 24 $ = 124 $.
Le transport des plants est effectivement à considérer comme une consommation
intermédiaire car le travail ne [Link] pas sur l’exploitation. Il ne va pas ajouter
de valeur aux moyens de production utilisés sur l’exploitation. Au contraire, il fait
partie de la valeur de la consommation intermédiaire “plant”.
VA = 16380 - 124 = 16256 $ pour 3 ans
soit
VA annuelle = 5419 $.
l Pour calculer le nombre de jours destravail ‘[Link] employés à la tâche,
on fait la même hypothèse que -dans l’exemple précédent : un travailleur gagne
2 $/jour.

140
tempsdetravail “salaires” tempsdetravail
familial payes
enjours y $
nettoyageannéel 60
plantation 100
sarclages anriée 1 160
éclaircissageannée 1 30
sarclages année 2 160
éclaircissageannée 2 30
sarclage année 3 160
* Calcül du’ temps de travail récolte année 1 ‘15
poufla rkolte (exemple de l’an- récolte année 2 20
née 1) :
T = 1600 régimes/@x 12) = 15 j.
récolte année 3 23
T

TOTAL I I 700 I 350

Le temps de travail total est de 408 jours, soit 199 jours par an. La productivité du
,travail est égale à:
5414 $1199 j = 27,2 $/j
l Lapart de valeur ajoutée restant sur l’exploitation est de 100 %
PVA = VA
l Revenu agricole (pour 3 ans) = 16 256 $ - 700 $ = 15 556,$
soit un revenu annuel de 5185 $
soit une rémunération par jour de travail familial de:
15 556 $ /58 jours = 268 $/jour

ANALYSE DES RESULTATSECONOMIQUES


Connaissant les définitions des principaux critères économiques utiles a l’analyse
du fonctionnement des exploitations, il convient de s’interroger sur ce qui déter-
mine les résultats économiques.

LE NIVEAU Les caractkristiques structurelles de l’exploitation affectent directe-


DE PRODUCTIVITÉ ment le niveau de productivité.
DU TRAVAiL l Plus le foncier disponible par travailleur familial présent sur l’exploitation est
important, plus la productivité du travail est grande. Pour deux exploitations,
ayant la même disponibilité en main-d’oeuvre familiale et pratiquant les tiêmes
productions, celle qui dispose du foncier le plus important dégagera davantage de
valeur ajoutée par travailleur qu’une exploitation plus petite.
l Le foncier intervient au niveau de la productivité du travail, non seulement par
son importance quantitative, mais aussi par sa “qualité”: niveau de fertilité
organique,épaisseurdusol,importancedel’érosion,... Pluslaqualitédes terresest
bonne, plus les rendements sont élevés et plus la production de valeur ajoutée par
travailleur est importante.
l La productivité du travail dépend aussi, en grande partie, du niveau d’équipe-
ment (outillage, matériel,...) de l’exploitation. Elle est d’autant plus importante
que le niveau d’équipement est élevé.
Quelle que soit l’intelligence et l’ardeur au travail d’un exploitant, il lui faudra
toujours plus de temps pour retourner une parcelle avec une houe qu’avec une
charrue, et donc plus de temps pour obtenir une production équivalente.
Les exploitants, qui ne disposent pas de moyens financiers stisants pour
améliorer leur matériel, seront contraints detravailler davantage pour dégager la
.. mêmevaleur ajoutée que des exploitationspratiquantles mêmes productions mais
mieux équipées.

141
l Avec un appareil de production donné, les agriculteurs ont intérêt à valoriser au
mieux les ressources dont ils disposent en relativement moins grande quantité.
Ces ressources peuvent être selon les cas: le terre, la force de travail, le capital-
argent,.... Les processus de production mis en oeuvre sont choisis par l’exploitant
pour essayer d’obtenir une maximisation des productions (ou des revenus)
rapportées à l’unité de la ressource la plus rare: par carreau si le foncier est
limité, par heure de travail si la main-d’oeuvre familiale est peu abondante par
rapport au foncier et/ou au capital disponibles, par dollar investi si le capital est
limitant.
On peut de cette manière analyser les objectifs (d’ordre économique) qui
guident les choix des exploitants en matière de production.
Ce raisonnement sur les objectifs des exploitants peut être fait de manière
analogue à l’échelle nationale. L’agriculture qui satisfait le mieux l’interêt
national (c’est-à-dire l’intérêt de l’ensemble de la population) est celle qui permet
de maximiser la productivité de la ressource la plus rare au niveau national. En
Haïti, il est clair que la ressource la plus rare est la terre (comme le prouve les très
fortes pressions démographique et foncière).
Le moyen le plus sûr de satisfaire au mieux les besoins de la population est donc
l’établissement des conditions économiques et sociales qui permettent de maximi-
ser la valeur ajoutée par carreau sur l’ensemble du territoire national.
l Les objectifs de l’exploitant, fixés pour tenir compte des caractéristiques struc-
turelles de l’exploitation (à savoir les disponibilités en terre, force de travail
familiale, capital), influencent donc la nature et l’intensité des productions
(‘) sauf accident climatique ou mau- pratiquées.
vaise efficacité technique qui ne per- On dit qu’un procès de production est intensiflorsqu’il met en oeuvre une quantité
mettraientpasde”valoriser”,sousforme de travail ou de capital importante par unité de surface. L’accroissement de la
d’une valeur ajoutée accrue, le travail ou
le capital (engrais, produits de traite- quantité de travail ou de capital à l’unité de surface s’accompagne généralement
ment,...) utilisés. (“1 d’une augmentation de valeur ajoutée.
Le critèreVA/carreau peut être un indicateur intéressant pour traduire le niveau
d’intensification d’une exploitation. Mais ce critère intègre à la fois les effets des
potentialités du milieu naturel et ceux duniveau d’intensification. Pour des exploi-
tations placées dans des conditions de milieu identiques, comparer lesVA/c permet
de comparer les niveaux d’intensification.
l De mauvais résultats provenant dune mauvaise efficacité technique (mau-
vaise mise en oeuvre technique de l’appareil de production) sont susceptibles d’être
corrigés. De mauvais résultats, liés aux caractéristiques structurelles de l’exploi-
tation, indiquent que l’exploitation a peu de chance d’améliorer ses capacités de
production si les conditions économiques et sociales ne sont pas radicalement
modifiées.

LE NIVEAU L’importance des dépenses à effectuer pour disposer des terres et des
DE REPRODUCTION capitaux dont l’exploitant n’est pas propriétaire n’intervient pas sur le
niveau de productivité mais influe directement sur le revenu de l’exploi-
DES EXPLOITATIONS tation.
Le coût très élevé que doivent payer les exploitants haïtiens pour avoir accès au
foncier (par achat, par le paiement d’une rente foncière > limite considérablement
le revenu des exploitations.
De plus, soumise depuis longtemps (*) à de multiples prélèvements financiers
(‘) En fait depuis Vindépendance et la
fuite des esclaves marrons vers les (rente foncière, intérêt des emprunts, taxes, amendes...), la paysannerie haï-
mornes. tienne, dans sa grande majorité, ne dispose pas aujourd’hui des fonds nécessaires
pour acheter au comptant les moyens de production8dont elle aurait besoin. Aussi
est-elle souvent contrainte d’avoir recours là des achats à crédit, à des emprunts,
à des locations et prises en métayage... Mais ces modes d’accès aux moyens de
production ne sont jamais véritablementgratuits et grèvent lourdement le budget
des exploitations.
Les sommes versées aux propriétaires fonciers, aux CO-héritiers ou aux prêteurs
quittent, en général, la sphère agricole: elles ne sont pas investies pour mettre en
place ou développer l’activité agricole. En effet, ces derniers ont accès à des inves-

142
tissements dans des secteurs qui dégagent des taux de profit du capital plus élevés
que dans l’agriculture (par exemple dans le commerce, dans la spéculation foncière
en milieu urbain,...). Ils utilisent aussi leurs revenus pour permettre l’émigration
de leur famille. La rentabilité de cet “investissement” n’est pas forcément immé-
diate mais elle peut être, à terme, très importante.
L’analyse du i-evenu agricole permet de déterminer si le produit de
l’année, une fois payées les charges anmielles de profluction et assuré’le
maintien des installations existantes, permet + ceux qui travaillent sur
l’exploitation d’en vivre, c’est-à-dire de rémunérer, suffisamment leur
travail.
Toutes les exploitations qui n’atteignent pas au moins ce résultat sont vouées, a
plus ou moins long terme, à la disparition.
L’exploitation, considérée comme une unité de production agricole mettant en jeu
du travail et des moyens de production, doit, pour exister durablement, assurer la
subsistance de ses travailleurs et le renouvellement de ses~installations.
Remarque: le renouvellemént à lïdeniique des installations et équipements
intervient dans le calcul économique au niveau des amortissements. Nous avons
considéré les amortissements comme la part de capital fixe consommée annuelle-
ment. On peut aussi~comprendre la notion d’amortissement comme la somme
d’argent que l’exploitant doit dégager ou épargner’annuellement pour être en
mesure, au moment du renouvellement du matériel, de disposer du capital
nécessaire à l’achat d’un matériel neuf identique à celui qui est totalement usé.

Lesexploitations Les exploitations ne disposant que d’un appareil de production très réduit
vouéesà disparaitre n’obtiennent pas toujours un revenu agkicole assez élevé: pour permettre a la
famille de satisfaire ses besoins minimaux. On dit alors que la reproduction de ces
exploitations n’est pas assurée.
De telles exploitations sont marquées par :
l une sous-alimen’tation de lsi famille,
l un endettement profond qui nécessite pour les remboursements, la vente sur
pied des récoltes,
l l’absence d’épargne pour le renouvellement dumatériel. Souvent lorsque la houe
est usée, l’exploitant n’a pas de quoi en racheter une nouvelle. La dégradation des
moyens de production va même jusqu’à’la vente progressive du foncier et du
cheptel en propriété, des équipements (s’ils existent!). Les “recettes” ainsi déga-
gées permettent momentanément de compenser la faiblesse du revenu.
A terme, ces exploitations vont vers une baisse de la productivité du travail (déjà
faible) et une baisse du revenu. Elles rencontreront des diffkultés de plus en plus
grandes pour rembourser les emprunts. Enfin, elles disparaîtront avec l’exode
rural d’une partie ou de la totalité de la famille.

La reproduction Lorsque le revenu agricole ,est suffisant pour exister durablement, certaines
simpleet élargie exploitat3ons peuvent tout juste vivre, d’autres s’agrandissent et améliorent sans
cesse leurs moyens de production. On parle alors respectivement d’exploitations
en reproduction simple et en repraluqction élargie.
Remarque : la reproduction d’une exploitation peut être assurée sur le long terme
mais certaines années, un accident climatique, une chute des prix des produits,
une dépense exceptionnelle de la famille (décès,...) peut empêcher un revenu
suffisant pour vivre. Pendant ces années “diffkiles”, le revenu agricole peut être
complété par la vente de moyens de production; on parle alors de décapitalisation
(vente de cheptel reproducteur, vente de matériel, hypothèque sur un jardin,...,).
Lorsque le revenu agricole d’une exploitation est suffisant pour permettre sa
reproduction élargie, cela signifie que la rémunération du travail familial obtenue
permet:
l de satisfaire les besoins de la famille,
l de disposer d’un surplus qui pourra constituer la base d’une épargne, d’une
accumulation de capital. On dit de telles exploitations qu’elles accumulent.

143
L’accumulation peut servir à augmenter la productivité du travail et à développer
les capacités de production. L’exploitant est en mesure de choisir :
l acheter du foncier,
l améliorer et élargir la main-d’oeuvre familiale disponible sur l’exploitation:
manger mieux, être en bonne santé, prendre des “iestauecs”,...
l agrandir le capital fixe d’exploitation: agrandissement du troupeau de reproduc-
teurs, amélioration de l’outillage (nouveaux outils manuels, culture attelée,...),
développement de l’équipement (glacis de séchage, moyens de stockage,...),
l utiliser davantage de capital circulant: achat d’engrais,... sans avoir recours au
crédit.
Cependant certains exploitants préférent parfois ne pas investir directement dans
leur exploitation l’épargne ainsi dégagée. Ces exploitants ne modifient pas leur
appareil de production et utilisent l’épargne pour investir dans le commerce ou
pour faire émigrer un membre de la famille.
Parmi ceux qui investissent dans leur exploitation pour développer leur appareil
de production et accroître leur revenu, tousn’ont pas obtenu ce capital de leur seule
activité agricole. Les investissements sont faits parfois a partir des revenus tirés
d’autres activités. C’est le cas lorsque l’exploitant a une autre profession assez ré-
munératrice (artisan, “boss” maçon, charpentier, houngan, instituteur,...) ou
lorsque la femme a un commerce important.
Meilleures seront les conditions du milieu naturel de l’exploitation, plus
important sera leur appareil de production, moins lourd seront le fer-
mage et les intérêts d’emprunts à payer, plus les eploitations seront pro-
ductives et obtiendront un revenu a&ricole important.
Plus leur revenu sera important, plus elles pourront élargir et améliorer
encore leur foncier et leurs moyens de production, plus leur productivi-
té du travail sera augmentée ainsi que leur revenu.
Le creusement des inégalités de productivité entre exploitations peut
être, par ce mécanisme cumulatif, assez rapide et conduire à une différen-
ciation accrue dans le niveau de vie des familles paysannes.
Les exploitants qui ne disposent pas de moyens financiers suffisants pour autofi-
nancer des investissements, ou pour avoir accès à emprunt, seront contraints de
travailler plus, de limiter la dimension de leur exploitation, ou de choisir des
productions (choix des espèces, des itinéraires techniques,...), moins coûteuses en
équipement et qui leur assurent un revenu suffisant pour vivre.
Dans certaines régions, ce mouvement peut induire une spécialisation des exploi-
tations qui cherchent ainsi à tirer profit d’avantages naturels (écosystèmes
particuliers). ou d’avantages économiques (proximité du marché de consomma-
tion,...) leur permettant d’avoir une meilleure productivité du travail. C’est le cas
dans les plaines rizicoles (Artibonite,...) et dans les régions maraîchères (Kens-
koff,...).
Dans son ensemble, la paysannerie haïtienne a dû très tôt supporter des prélève-
ments importants. Elle se retrouve limitée dans ses capacités à dégager des
surplus et donc à améliorer sa productivité. La grande faiblesse des moyens de
production et des revenus de la majorité des exploitations que l’on peut constater
aujourd’hui trouve là son origine.

144
Caractériser une exploitation agricole, comprendre et analyser son fonc-
tionnement économique signifie:
1. décrire la structure de l’exploitation (appareil de production),
2. décrire comment les éléments constitutifs de l’appareil de production sont
organisés, combinés dans l’espace et dans le temps, pour permettre d’aboutir a des
productions végétales ou animales (fonctionnement),
3. retracer l’histoire de la constitution de l’appareil de production et des transfor-
mations dans les pratiques agricoles et d’élevage,
4. décrire les relations qu’entretient l’exploitation avec son environnement écono-
mique et social pour accéder à la terre, au capital et au marché (des produits et de
la force de travail).
5. calculer et analyser les résultats économiques obtenus. Les comparer aux
objectifs de l’exploitant et voir dans quelle mesure ils permettent la reproduction
simple ou élargie de l’exploitation.
La démarche que nous avons suivie peut être menée au niveau d’une région. Elle
permet alors de caractériser les exploitations, d’identifier les objectifs des exploi-
tants, de comprendre leurs choix en matière de production, de hiérarchiser les
éléments conditionnant leur situation et leur avenir.

145
Étuderégionale:
la canneà sucre
dansla Plainedu Nord1
La Plaine du Nord a été marquée, au cours de son histoire par une
succession de tentatives de développement de productions agricoles
dans le cadre dune agriculture capitaliste. Elles se sont toutes
soldées, à plus ou moins long terme, par des échecs alors que les
exploitations paysannes ne cessaient de s’accroître en nombre. La
première tentative fut la mise en place des habitations sucrières
dans la Plaine du Nord au 18ème siècle. Mais la période qui s’étend
du début de l’occupation américaine (1915) aux années 50 est égale-
ment riche d’expériences d’implantation de cultures d’agro-exporta-
tion produites dans de larges exploitations utilisant de la main-
d’oeuvre salariée: ananas, canne à sucre, figue-banane, si&...
On constate aujourd’hui que seule la canne à sucre s’est maintenue,
mais elle est menacée par le déficit chronique de ~1’Usine Sucrière.
Imaginer un avenir pour cette région et les mesures de politique qui
en découlent, tel est l’objet de l’étude régionale.

147
On constate aujourd’hui que le seul secteur de production, hormis les productions
vivrières, qui se soit maintenu plus ou moins bien dans la plaine du Nord est celui
de la canne à sucre, avec notamment l’implantation de 1’Usine Sucrière du Nord
(USN), l’existence de nombreuses unités de transformation artisanales ou indus-
trielles (moulins à canne, siroteries, guildives,*......) et 8 500 ha de canne dans la
* Guildives : petites unités arti-
sanales de fermentation et dis- plaine. Cependant, ce secteur apparaît maintenant touché par une crise qui risque
tillation du jus de canne pour d’atteindre tous les agents économiques: unités de transformation, “salariés” de la
enfaireleclairin6urhumblanc. canne, exploitations paysannes et aussi grandes exploitations capitalistes où la
canne à sucre reste la culture présentant le plus d’avantages économiques. L’USN,
confrontée à de graves diffkultés d’approvisionnement présente un déficitrégulier
qui grève lourdement le budget national depuis son rachat par l’Etat en 1982. De
plus, ces difficultés s’inscrivent dans un environnement international défavorable
au développement de l’industrie sucrière: saturation du marché mondial du sucre
(surproduction mondiale) et changements structurels visant le remplacement du
sucre par des produits de substitution (isoglucose à partir du maïs).

OBJECTIFS ET Nos objectifs dans cette étude sont:


DÉMARCHES l d’illustrer comment s’établit un diagnostic agro-socio-économique régional, à
partir du calcul économique, en montrant quels sont les choix et les objectifs, des
DE L’ÉTUDE différents types d’agents économiques de’la filière et quels sont les éléments qui
conditionnent ces choix;
l de montrer, au vu du diagnostic précédent, comment peuvent être élaborées et
formulées les orientations de politique agricole et industrielle pour mettre en place
une dynamique de développement des exploitations agricoles dans la région.
La compréhension de l’origine et du fonctionnement d’une réalité agraire donnée
est rarement complète quand l’analyse est menée dans un cadre trop étroit, trop
local. Une réalité agraire résulte. de l’interaction de mécanismes économiques
Figure 67 : la culture de la relevant de différents niveaux d’analyse (régional, national, international....).
canne à sucre dans la Plaine Cette étude sera l’occasion de prendre en compte ces différents niveaux dans une
du Nord. même démarche pour éclairer une même réalité.

148
~L’histoireagraire de
la Plaine du Nord
Au 18ème siècle, les habitations sucrières de la Plaine du Noyd sont parmi les plus
importantes de la colonie. En 1789, les quartiers de Limonade, du Cap et du Limbé
comptent, à eux seuls, 139 sucreries “en blanc”. L’Qconomie de l’île, et celle de la
Plaine du Nord particulièrement, reposent sur la production et la transformation
de la canne produite par les grands domaines capitalistes. ‘Elle dépend entière-
ment de la métropole pour l’exportation ,du sucre et pour l’importation de main-
d’œuv-re et de vivres.

UNE SUCCESSIONDE PRODUCTIONS

APRÈS Après 1804, les grandes habitations, laissées vacantes par les colons, vont être
l’enjeu de multiples tentatives de reconstruction d’urwprospère industrie sucrière.
LINDÉPENDANCE Elles échouent et ne se traduisent que par des reliquats de manufacture mainte-
nus par une aristocratie de grands planteurs sur un mode paternaliste, des
distilleries rustiques, une culture disséminée etfortementintégrée àl’exploitation
L’installationde l’usinesucrière
familiale, productrice de sirop et de rapadou. La plupart des grandes plantations
n’a pas empêché le maintien
sont morcellées et occupées par une paysannerie qui accède ainsi, tout au long du
de petites guildives tradition-
19ème siècle, à la “propriété” foncière. Elle pratique des cultures viyrières qui lui
nelles disséminées dans la
assure une meilleure valorisation de la main-d’oeuvre familiale. La production de
plaine.
sucre s’effondre, les exportations ne dépassent pas 43000 livres en 1871 (contre
Les techniques de transport plus de 162 millions de livres en 1788). Vers 1910, on ne compte plus qu’une seule
sont restées les mêmes depuis usine active dans la Plaine du Nord.
l’époque colonia!e Ce n’est qu’avec l’investissement de capital étranger dans 1~ secteur agro-indus-
(photos G. de Laubier). trie1 que parviendront à se reconstituer de vastes latifundia agro-exportateurs.

149
DE L’OCCUPATION La période qui va de 1915 à 1934 marque le début de ce nouveau développement
AMÉRICAINE d’une agricuhure capitaliste dans la Plaine idu Nord. La concession par 1’Etat de
vastes superficies à des compagnies étrangères ou à de riches particuliers, accom-
A NOS JOURS pagnées d’expulsions paysannes, permet la reconstitution de quelques grandes ex-
ploitations capitalistes a salariés. Les productions qui sont pratiquées sur ces
domaines sont diverses.
l En 1923, la “Haitian Pineapple CO.” produit de l’ananas en conserve sur 800 à
1000 c. L’activité de cette compagnie se terminera avec la crise de 1929.
l En 1935, la ” Standart Fruit and Steamship CO.‘! produit des figues-bananes
d’exportation grâce à un monopole d’achat sur tout le territoire national. Après
être passé de 2 000 régimes exportés en 1930 à 3 millions de régimes en 1940 et à
7,4 millions en 1947, cette florissante économie bananière va s’effondrer rapide-
ment en raison de désaccords entre 1’Etat haïtien et la compagnie américaine dûs
notamment à un frénétique trafic de concessions privées.
l Dans les années 20, la culture de sisal domine, sur 8000 ha avec deux usines dans
la region de Fort Liberté. En 1942, la ” Société Haitiano-Américaine de Develop-
pement Agricole” afferme 2000 c aux propriétaires locaux pour créer une nouvelle
usine de transformation. Cette ” monstrueuse réussite” de l’économie du sisal ne
durera qu’un temps et ce secteur s’effondrera en même temps que les cours
mondiaux et la demande du marché américain.
l En 1928, des entrepreneurs d’origine corse et italienne créent une sucrerie
industrielle à La Rue, profitant de la politique de taxation de la production d’alcool
de canne mise en oeuvre pour favoriser’ l’implantation de la HASCO (Haitian
American Sugar Company) dans la région de Port-au-Prince. Cette usine fonction-
nera jusqu’en 1952 mais ne produira jamais plus de 1500 t de sucre par jour.
l Plus récemment, plusieurs grands planteurs de la Plaine du Nord ont tenté la
culture intensive de tabac dans le cadre de contrats avec la compagnie de
fabrication de cigarettes “Comme il faut” . Cette expérience s’est soldée par un
échec et certains planteurs ont dû, pour rembourser leurs dettes, céder gratuite-
ment une partie de leurs terres à la compagnie pendant plusieurs années.

LES LECONS DE L’HISTOIRE


l Les capitalistes ont toujours cherché à profiter des conditions agro-écologiques
” tropicales” de la Plaine du Nord en y produisant ananas, banane, sisal, canne...
Parmi ces productions, celle qui se maintient le mieux jusqu’à aujourd’hui est la
canne. Comme le prouve l’implantation dune usine en 1970 dotée d’une capacité
de broyage de 2000 t de canne par jour, et l’extension des superficies en canne qui
l’accompagna. Or, paradoxalement, la Plaine du Nord ne présente pas des condi-
tions agro-écologiques particulièrement favorables à la culture de la canne à sucre.
Les pluies interviennent en pleine période de récolte ce’qui ‘donne un très faible
taux de sucre (4 à 5%) aux cannes livrées ‘aux unités de transformation. Le choix
des exploitants n’est donc pas exclusivement régi par dès avantages comparatifs
dûs à des conditions agro-écologiques particulières. Ce choix dépend surtout des
conditions socio-économiques: disponibihté foncière,, disponibilité ou accès au
capital, rapports d’échange, prix de marché;.... ~
8’
l La concentration foncière actuelle dans la Plaine du Nord est le fruit d’une
(*) D’après les chiffres de l’M-
histoire agraire particulière. Elle est relativement importante pour un pays large-
SI qui sont peutAtre suresti- ment dominé par la petite et micro-propriété paysanne et pour une région aussi
més. densément peuplée que la Plaine du Nord (480 habitants/km2 en milieu rural)(*).

150
Lorsque les conditions de climat et de sol d’une sur le marché mondial par rapport à la Thaï-
Avantages réaion sont favorables à une oroduction. ou au lande où la productivité est supérieure.
comparatifs et moins plus favorables que dans la moyenne des
situations d’un pays, on dit que cette région
Prenons maintenant le cas du producteur le plus
mal placé, celui vis-à-visduquel tous les autres
rentes bénéficie d’un avantage comparatif. bénéficient d’avantages comparatifs.
On veut dire par là que les producteurs de cette Soit P la valeur de sa production. Un autre
différentielles région, à niveau d’intensification équivalent, producteur produit P’ avec la même quantité de
retireront une plus grande rémunération de leur travail et on a P’>P.
travail. PI-Pest le surplus de production dont bénéficie
Ainsi, les zones de plaine bien arrosées et bien le second paysan grace à son avantage
drainées, aux sols profonds bénéficient pour la comparatif.
plupart des cultures d’un avantage comparatif On l’appelle rente différentielle.
par rapport aux mornes érodées. II existe deux grands types de rentes différentiel-
On parle aussi d’avantages comparatifs sur le les :
marché mondial lorsque les produits d’origine l les rentes différentielles de situation, liées à
différente se retrouvent a ce niveau face à une des conditions de milieu plus favorables,
même demande. l les rentes différentielles de capitalisation, dont
Ainsi, si les zones bien irriguéesde I’Artibonite bénéficient les producteurs qui ont amélioré leur
bénéficient d’avantages comparatifs vis-à-vis productivité par le capital (en s’équipant d’outils
des lagons pour le riz, il n’en est pas de même plus performants ou en installant l’irrigation...).

Figure 68 : la distribution
Type d’exploitation l I / II I Ill IV Total’ ”
foncière actuelle.
Superficie par exploitation Oàl ,2,5 à 10 210
(carreaux)

Nombre d’exploitants Nb 8.222 4.118 726 138 13.204


% 62,3 31,2 595 1,O 100

* y compris les 3.000 ha de Superficie totale ha 3.550 8.925 3.550 6.750* 22.775
terres d’Etat à Escagedo.
% 15,6 39,2 15,6 29,6 100

Superficie moyenne ha 0,43 2,16 4,89 58

Cette répartition foncière résulte des tentatives répétées de spéculations agro-


industrielles de la part de capitalistes (locaux ou étrangers)‘pour tirer profit des
conditions offertes par la Plaine du Nord, privilégiées par rapport à la majeure
partie du reste du pays: zone de plaine, mécanisable selon le modèle euro-améri-
tain, sols profonds assez riches en matière organique et en éléments minéraux,
Les échecs successifs des tentatives de développement d’une agriculture capita-
liste depuis la période coloniale ont permis à la’paysannerie de regagner à chaque
fois le terrain perdu par les exploitations capitalistes: les exploitations de moins
de un carreau et demi (soit 83 % du total des exploitations) occupent actuellement
42 % de la surface agricole. La dernière illustration de ce dynamisme paysan a eu
lieu en 1986 avec les occupations paysannes des terres de grands propriétaires ab-
sentéistes. La forte concentration foncière ajoutée à la croissance démographique
importante induit aujourd’hui une forte pression foncière.
Des systèmes d,e
culture et ‘d’élevage
variés
Les principaux systèmes de culture présents dans lazone sont les suivants: canne,
banane , vivrier type manioc ou patate douce-associée, riz de lagon, tomate, tabac
café-cacao ou fruitiers (oranges, chadèques).

Figure 69 : occupation des


canne sucre destinée à l’usine 5 000 ha
sols dans la plaine du Nord.
canne sucre pour siroterieset guildives 3 500 ha
total canne sucre 8500ha
café, cacao, agrumes 2 000 ha
bananiers 2800 ha
associationscultures vivrières 6250 ha
maïs-haricot,purs,en rotation 100 ha
riz pluvial 550 ha
riz de lagon 450 ha
maraîchage 100 ha
total cultures vivribres 12250 ha
pâtures, prairies naturelles et friches 2000ha
TOTAL 22775 ha

LA CULTURE DE LA CANNE
Elle est très présente au coeur de la plaine (Plaine du Nord, Quartier Morin, La
Rue, Laury, Chiron, Limonade, Ca Douche). Elle est beaucoup moins importante
dans les zones bordant les mornes. L’éloignement des structures de transforma-
tion impliquerait un surcoût de transport important pour un produit aussi
pondéreux que la canne.
La zone de culture influe sur le type de transformation de la canne. A proximité de
l’USN, on vend à I’USN mais aussi aux giildives qui ne sont jamais très loin (cas
de La Rue, Quartier Morin). Dans~ le,s zones plus éloignées de I’USN, on vend
préférentiellement aux guildives (cas de, Laury, Chiron).

LA CONDUITE La mise en place de la plantation se fait le plus souvent avec du vivrier associé à
DES PLANTATIONS la canne pendant la première année (maïs et vigna, avec manioc quelquefois). La
préparation du sol est unique pour la plantation de la canne et pour les semis de
vivrier, même si les mises en terre des différentes espèces ne sont pas toujours
simultanées. Elle est réalisée à la houe ou à la charrue (louee ou en propriété).
Les planteurs confient souvent la première année de culture à des “métayers” qui

152
(*) ler sarclage : 1 à 2 mois sont des paysans disposant de très peu de foncier. Le propriétaire fournit les plants
apr&s la plantation
2ème sarclage : 4 B 6 mois
de canne, assure la coupe de la canne et garde la totalité de la récolte de canne. Le
ap&s la plantation métayer réalise l’implantation et le sarclage des cultures (*>, fournit les semences
LC4 canne et le vivrier devivrier, le récolte et le conserve en totalité. Dans ce cas, le travail d’implantation
profitent du ler skrclage. et d’entretien de la canne constitue la rente fonciére que paye le métayer pour sa
Le Péme sarclage a lieu après
la rkolte de ;ïs et de vigna.
culture de vivrier. A l’inverse, on peut considérer que la récolte de vivrier
représente, pour le propriétaire, le salaire qu’il abandonne à son métayer pour le
travail de sa parcelle de canne.
La durée dune plantation est en général de sept à huit ans. La récolte a lieu de
treize à vingt mois (le plus souvent de quinze à dix-huit mois) après la plantation
et; les annees suivantes, de douze à quatorze mois après la iprécédente récolte.’
Les calendriers de culture et le choix de la~date de plantation (de septembre’&
janvier) permettent toujours une récolte pendant la période de fonctionnement de
l’usine (de janvier à avril en 1987). Même les planteurs qui livrent aux guildives
coupent en général pendant cette période. C’est la période où le taux de sucre, bien
que relativement bas, est optimal. Cependant, quelques planteurs livrant aux
guildives profitent de leur fonctionnement sur toute’ l’année pour décaler leurs
dates de plantation et étaler leurs récoltes (par exemple: plantation en mars et
récolte en septembre).
Le temps de travail nécessaire pour cultiver un carreau de canne est de 100 à 250
jours(moyenne sur toute la durée de la plantation), presque identique à celui du
manioc associé. Mais pour la canne, le travail essentiel se situe au moment de la
récolte: un homme par jour pour deux tonnes récoltées en moyenne. Ala différence
de ce qui se passe pour les associations de culture à dominante manioc, le temps
de travail à investir pendant la période de (re)pousse est très limité (*>.
(*) La seule intervention
pendant les années suivant 11 apparaît donc que le système de culture canne peut facilement être ‘mis en
l’année de plantation est un
sarclage réalisé 1 ZI 2 mois pratique par des grands planteurs absentéistes, dans les Con~ditions de production
après récolte. qui sont celles de la Plaine du Nord.
l Grâce au système de “métayage” particulier existant pour ,la canne, la première
année de culture n’induit pas d’autre charge pour le propriétaire que le coût de la
récolte.
l La totalité du travail sur la canne (sarclage, coupe) ne nécessite pas de sur-
veillance particulière et peut être complètement réalisée par des salariés rémuné-
rés à ‘la tâche.
l Les planteurs de canne ont besoin d’acheter de la main-d’oeuvre à un moment
qui ne correspond pas à une pointe de travail pour ceux qui veulent en vendre. En
effet, pour les petits agriculteurs, les plus gros travaux se situent au moment de
la mise en place des cultures vivrières, pendant la période des pluies ,d’octobre à
décembre.

DESRÉSULTATS Les rendements sont très variables et dépendent pour l’essentiel de l’âge des
VARIABLES SELON plantations et du type d’exploitant. Ils peuvent atteindre 150 WC en première
récolte (dix-huit mois après la plantation) et en année exceptionnelle. Mais ils des-
~ LES EXPLOITANTS cendent ensuite très rapidement et se situent fréquemment au-dessous de 40 tic
après la quatrième coupe.
Les résultats économiques dépendent donc, pour l’essentiel, des fréquences de
coupe et de replantation. Les revenus dégagés par carreau et par an sont
supérieurs chez les petits exploitants qui renouvellent fréquemment leur planta-
tion et qui s’efforcent de faire une coupe tous les douze à quatorze mois. Ils sont bien
inférieurs chez les grands planteurs qui conduisent leur’ plantation de façon
beaucoup plus extensive.
Dans la figure 70, on a reporté, à titre d’exemple, les résultats économiques
‘- correspondant à deux parcelles de canne à sucre. La première est conduite de façon
extensive par un propriétaire qui réside au ,Cap Haïtien, :alors que la seconde
concerne le champ d’un petit planteur qui réside sur place. Le premier ne travaille
pas la terre directement, mais utilise des journaliers, notamment pour la récolte.
Il fait faire la plantation par un métayer qui conserve la récolte de vivrier associé.
Le second fait tout lui-même, mais avec l’aide de journaliers. La récolte de vivrier
associé fait donc partie du produit brut d’exploitation qu’il r6alise.
Globalement, on remarque que la canne $ sucre est une culture qui exige peu de
travail. Même si la valeur ajoutée par carreau est faible, cette culture représente
un coût en salariat très faible pour les absentéistes et, en définitive, elle leur
permet d’obtenir un taux de profit de 10 % sans exiger d’eux de présence continue
sur leur propriété.

Figure 70 : résultats économiques pour la culture de canne CI Figure 71 : résultatskconomiques pour la culture de banane pour
sucre pour deux exemples d’exploitants dans la plaine du Cap deux exemples d’exploitants (calculsde moyenne sur toute la
Haïtien (calculsde moyenne sur toute la durée de la plantation). durée de la plantation).

Cl % B,
Planteur moyen Petit planteur Propriétaire non
propriétaire (0,75 c. en canne] absentéiste mais
exploitant 3,5 c. éloigné de l’usine ne travaillant
livrant à I’usine livrant aux qu’à la récolte
guildives des régimes

Rendement 60 t/c (canne) 17 dhms sirop t Rendement 2100


vivrier associé (en régimesMan)
Produit brut ($/c) sirop : 680 Produit brut 5 460
I
11=13$ 780 vivrier : 67
1 drum=40$ total : 747 ConsommationS
Consommations intermédiaires et 41
intermédiaires et 230 21 amortissements (plants)
amortissements ($)
Valeur ajoutée ($)
(plants, transport, labour)
VA=P-CI-A 5 419
Valeur ajoutée ($/c)
VA=P-CI-A 550 726 Temps Familial Wf 93
de travail
Temps Familial Wf 0 32 117
(jours) Salarié Ws
de travail
(jourslc) Salarié Ws 110 152 Coût du travail salarié.($)
Coût du travail salarié ($) Cw=Wsx2$/j, 234
Cw=Wsx2$/j 220 304
Productivité du travail
Productivité du travail Pw = VA / (W t Ws) (en $/j) 26
Pw = VA / (Wf t Ws) (en $4) 510 33
Revenu agricole ($/c) 5185
Revenu agricole ($/c) 320 422 RA=VA-Cw
RA=VA-Cw
Revenu du travail familial Revenu du travail familial ($/j;
pas de sens 13,2 RA/Wf pas de sens
RAMlf ($4
Prix de la terre ($/c) T 3 000 Prix de la terre ($/c) T 4 000
I
Taux de profit Taux de profit
RA/(TtCItCw) 9,3 % RAj(TtCItCw)

LA CULTURE DE LA BANANE
Cette culture est très présente dans toute la plaine, mais beaucoup plus faiblement
dans les zones bordant les mornes. Les systèmes ‘canne et banane coexistent en
général dans toute la plaine. La seule zone où le système banane est généralisé,
alors que la canne y est presque absente, est la zone de Bord-de-Mer-de-Limonade.
Là, il existe une rente différentielle en faveur de la banane en raison de la bonne

154
fertilité des sols sablo-argileux (sédimentation par les inondations de la Grande
Rivière du Nord) et d’une faible profondeur de la nappe phréatique assurant une
bonne alimentation hydrique.
La plantation est réalisée en association avec du vivrier : maïs, vigna, haricot. La
densité de plantation varie de 1200 à plus de 3 000 pieds par carreau. Ces gran-
des variations sont surtout liées au type d’exploitation. La dùrée de la Plantation~
est en général de trois à six ans.
Le temps de travail nécessaire pour cultiver un carreau de banane est de 120 à 150
jours par an et le plus souvent de 170 à 220 jours en moyenne sur toute la durée
de la plantation. Il comprend pour l’année de plantation: le nettoyage de la
parcelle, la trouaison, la préparation et le transport des plants, au minimum deux
sarclages, la récolte et un éclaircissage. Pour les années suivantes, il comprend un
sarclage chaque trois à quatre mois et la récolte-éclaircissage.
Pour une plantation de 2000 pieds, on obtient un rendement moyen sur toute la
durée de la plantation de 2 000 a 2 400 régimes par an.
Dans la figure 71, on a reporte l’exemple de deux parcelles de banane, la première
étant conduite par un absentéiste (présent néanmoins en période de récolte), la
seconde étant cultivée par un paysan moyen.
On notera que, de toutes les cultures présentes dans la plaine, c’est la banane qui
permet d’obtenir le produit brut et lavaleur ajoutée les plus élevés (7 à 10 fois ceux
de la canne à sucre). Le travail de plantation et d’entretien est aussi plus important
(le double de la canne), mais cette culture demeure très rémunératrice pour ceux
qui peuvent l’entreprendre.

LES ASSOCIATIONSVIVRIÈRES
Présentes en tout lieu de la plaine du Nord, elles occupent une superficie variable.
Le terme “associations vivrières” regroupe les associations suivantes, où le manioc
est l’une des cultures principales :
l manioc-maïs-vig-ria-pois congo,
l patate-manioc-maïs,
l manioc-maïs-vigna-patate-arachide,
l riz pluvial:maïs,
Les associations vivrièresplus l riz-manioc.
intensives, produisent une La plantation a lieu entre octobre et février, ce qui correspond à une saison de
valeur ajoutée élevée et culture pendant la grande saison des pluies. Toutes les cultures associées sont gé-
emploient davantage de main- néralement implantées en même temps. Les dates de semis varient selon les
d’œuvre que !a canne (photos climats (différences entre les zones) et, dans une même zone, selon la disponibili-
D. Le Pelletieret D. Mermet). té en main-d’oeuvre de chaque type d’exploitation.
(*) Par exemple les associations Le temps de travail [Link]~sur ce système de culture est en moyenne de 200 à 300
avec arachide sont beaucoup
jours et peut aller jusqu’ a 600 jours par an et par carreau. Il est variable suivant
plus exigeantes en travail : 300
h 700 jours. Engénéral, les tra- la nature des espèces de l’association (*> et suivant le type de l’exploitation où elles
vaux culturaux comprennent 2 sont pratiquées.
SI 3 sarclages, 1 h 2 pour le maïs-
vigna et 1 sur le manioc quand Ainsi, par exemple, la présence d’arachide dans l’association augmente fortement
les autres espèces ont été rhcol- le temps de travail, du fait des sarclages ,et de la récolte, longs et pénibles.
tées.
La figure 72 permet la comparaison des résultats de deux jardins (V, et VJ, de
qualité agronomique Bquivalente, mais dont le second est cultivé plus intensive-
ment que le premier. Grâce à l’arachide, la ,valeur ajoutée double, mais le temps
de travail total est multiplié par trois. bu total, la productivité du travail du
système le plus intensif est très inférieure à celle du système sans arachide : 1,8
$/jour contre 2,5 $/jour.
La parcelle V, correspond a un champ plus fertile. L’agriculteur bénéficie alors
d’une rente différentielle, par rapport a V,. Le produit brut, la valeur ajoutée et la
productivité du travail y sont plus élevés,.

Figure 72 : exemple de V
résultats économiques pour
V2
Association Association
trois parcelles vivrières. -vivrièretype vivrièreintensive
ManiocVigna ArachideVigna
Patate MaïsManioc

Rendement Manioc Ventes/pied


Vigna 36 m
Maïs 15Om
Arachide 660 m
Patates
Produitbrut($/c)Manioc
Vigna 50
480

Maïs
Arachide
Patates i
512$
1
175
528
1133$

Consommations
intermédiaires
et 4
amortissements (plants)
cValeurajoutée($/c)
VA=P-CI-A 508
Temps FamilialWf 200 610
de travail
(jours) SalariéWs
Coût du travailsalarié($)
Cw=Wsx2$lj
Productivité
du,travail
Pw= VA/ (Wft Ws)(en$4) 2,5 138
Revenuagricole($/c) 508
PA=VA-Cw
Revenudu travailfamilial
l+wf ($4 2,5
Prixde la terre($/c)T
Tauxde profit
FIA/(T t Clft Cw) pas de sens [Link]

156
LES AUTRES SYSTÈMESDE CULTURES
Le système café-cacao ou fruitiers n’est pas typiquement un système de plaine: on
ne le trouve que dans les zones limitrophes des mornes.

LE RI; DE LAGON Il n’est présent que là où il existe un lagon c’est-à-dire une zone inondée après la
saisonmde pluies, mais dont la maîtrise de l’eau est limitée : c’est le cas à La Suisse,
Modrène et dans la zone de rivière Salée.
Les principaux résultats économiques (valeur ajoutée, quantité de travail, produc-
tivité) sont proches de ceux duvivrier associé, lorsque celui-ci n’est pas cultivé très
intensivement. Ils sont très dépendants du prix du riz. Dans la figure 73, ils ont été
calculés sur la base du prix au moment de l’enquête, soit 1,4 $ par marmite. Avant
la chute des prix due a l’entrée massive de riz détaxé à partir de 1986, les prix
atteignaient couramment 2 $ par marmite. Les résultats économiques du riz de
lagon étaient alors beaucoup plus favorables et faisaient apparaître une rente
différentielle par rapport au vivrier associé (productivité de travail : 3,7 $/jour).

Figure 73 : exemple de
résultats économiques pour la
culture du riz de lagon et de la
tomate da?s la plaine du Cap’
Haïtien

Coût du travail salarié ($)

LA TOMATE Ce système n’est présent que là où il existe une rente différentielle due à la
ET LE TABAC présence de sols légers avec possibilité d’arrosage-irrigation: c’est le cas à Ca
Douche. Il n’occupe qu’une partie de la superficie de la zone mais est présent dans
des exploitations de tailles différentes.
Les résultats économiques expliquent cette localisation: malgré un nombre de
jours de travail à investir par carreau supërieur à Celui~ du système “vivrier
manioc”, le système tomate-tabac permet d’obtenir des revenus par carreau et d,es
rémunérations du travail familial supérieures.

157
L’ÉLEVAGE
Les bovins, bien que moins nombreux que les caprins, représentent la part la plus
importante du capital sous forme cheptel. Cette prédominance de l’élevage bovin
dans la Plaine du Nord suppose que les conditions nécessaires à son developpe-
ment sont ici réunies : un capital d’exploitation relativement important (par
rapport à d’autres régions du pays) et des ressources en fourrage et en eau
suffkantes pour satisfaire les besoins des animaux.
Des cultures comme la canne et la banane fournissent des quantités élevées de
résidus de récolte pouvant être utilisés comme fourrages. En particulier, la canne
pour les guildives, qui est récoltée pratiquement toute l’année, joue un rôle
important dans l’alimentation des animaux pendant la période de soudure (mois
secs de juin à septembre)
Les petites exploitations prennent en gardiennage jusqu’à trois fois plus de bovins
qu’elles n’en possèdent grâce à des possibilités d’affouragement particulières à la
canne. Les salariés pour la coupe de la canne chez les moyens et grands planteurs
ont le droit d’amener leurs animaux consommer les feuilles de canne sur les
parcelles récoltées.
D’autre part, certains grands domaines privés ou appartenant à YEtat, du fait de
l’absentéisme des propriétaires et des fermiers, sont laissés en friche et constituent
une importante ressource en fourrage gratuit pour les paysans voisins qui peuvent
y faire pâturer leurs animaux.

L’élevage bovin intensif


valorise les sous-produits de la
canne et de la banane mais
peut aussi constituer une
forme d’utilisationdes friches
laissées par les propriétaires
absentéistes (photo R.
Cogno).

(*) Le gallon de lait se vend 1 L’élevage bovin peut constituer, pour des petites exploitations, une source de
A 1,6 $ de septembre A revenu non négligeable car la ville du Cap constitue un débouché important pour
novembre et se maintient
ensuite B 0,8 $. le lait (*>. La production laitière permet un revenu annuel par vache compris entre
260 $ et 110 $ ( en incluant le produit de la vente du veau), ce qui représente une
(**) Le cobt d’opportunité est rémunération du travail familial intéressante. Le temps de travail réellement
la charge supplc5mentaire que
reptisente I’utilisation d’un
consacré à l’élevage laitier est faible et souvent fourni par de la main- d’oeuvre
nouveau facteur de produc- familiale dont le coût d’opportunité(**) est quasiment nul (enfants).
tion. L’élevage bovin laitier est aussi pratiqué par quelques grands planteurs non
absentéistes, mais il est alors conduit de façon extensive sur prairies naturelles.

158
UN CHOIX É~~N~MIGUE PLU~ OU~AGR~N~MI,OUE
Une caractéristique essentielle de la Plaine du Nord est la quasi-omniprésence de
tous les systèmes de culture dans toutes les zones. Al’intérieur de toutes les petites
régions de la plaine définies par leurs caractéristiques pédo-climatiques, les
systèmes canne, banane et “association vivrière” sont toujours simultanément
présents et imbriqués dans l’espace. Seuls sont localisés, dans des petites régions
bien délimitées, les systèmes riz de lagon et tomate-tabac, là où existent des
conditions spécifiques qui sont à l’origine dune rente différentielle. Il est donc
impossible de comprendre les déterminants de la localisation et de l’importance
des principaux systèmes de culture, uniquement à partir de l’étude de leurs
caractéristiques pédo-climatiques et des avantages comparatifs qui en découlent.
En termes de valeur ajoutée produite par unité de surface, critère qui permet
d’évaluer la création de richesse d’un système et donc d’en évaluer l’avantage pour
l’intérêt national, la culture de la banane se situe loin au-dessus de la canne et des
systèmes “vivrier manioc”. Le rapport est inversé pour les temps de travaux par
unité de surface: le nombre de journées de travail consacré par carreau au “vivrier
manioc” est supérieur à celui fourni pour la canne et pour la banane.
De plus, il existe de grandes variations, suivant le type d’exploitation considéré,
dans la conduite des cultures et dans les résultats économiques obtenus. C’est donc
que tous les exploitants ne prennent pas en compte les avantages comparatifs de
type agro-économiques de la même manière.
Lechoix d’un système de culture étant déterminé essentiellement par l’interêt
matériel que l’exploitant peut attendre compte-tenu des conditions socio-économi-
ques et des ressources dont il dispose, il apparaît donc évident que l’intérêt éco-
nomique des exploitants pour tel ou tel système n’est pas le même dans tous les cas.

159
La logique de
fonctionnement
économique des
exploitations
Les exploitants de la région ne réagissent pas tous de la même manière face aux
incitations économiques de leur environnement et aux interventions de 1’Etat. Il
faut donc rechercher la logique de fonctionnement économique des exploitations
en mettant en évidence les critères que chacune d’elles a intérêt à optimiser. Les
exploitations ayant la même logique seront regroupées dans une même classe de
la typologie.
Les exploitations agricoles sont en relation avec leur environnement économique
en particulier à travers les rapports d’échange au moment de la mise sur le marché
des produits.

l?ES EXPLOITATIONS Toutes les exploitations de la Plaine du Nord sont marchandes et même étroite-
MARCHANDES ment intégrées au marché, c’est-à-dire engagées dans des rapports d’échange
marchands concurrentiels. En effet. étant donné la proximité de la capitale
régionale, le réseau dense de pistes et les nombreux circuits de commercialisation,
les exploitants ont intérêt à produire des marchandises destinées a la vente plutôt
que pour leur propre consommation. Ils maximisent donc leur revenu monétaire,
quitte à acheter une grande partie de leur nourriture sur les marchés. Les
systèmes de production sont alors susceptibles de changer rapidement en fonction
de l’évolution des prix.
Dans leur recherche de revenus monétaires, les exploitants s’efforcent de valoriser
au mieux les ressources dont ils disposent relativement le moins. Les plus petits
agriculteurs ont tendance à faire un usage intensif du peu de terre à laquelle ils
ont accès. Ceux dont la force de travail familial est relativement limitée par
rapport à leur surface disponible et /ou aux opportunités d’emplois à l’extérieur,
ont intérêt à mettre en oeuvre le; systèmes de production qui rémunèrent le mieux
leur force de travail familiale. Ceux qui, ne pouvant .travailler eux-mêmes la
totalité de leur exploitation, ont largement recours à de la main-d’oeuvre salariée,
s’efforcent de rentabiliser au mieux le capital investi.
Cependant, face aux nombreuses fluctuations climatiques et aux mouvements
erratiques des prix sur certains marchés, les agriculteurs qui opèrent dans des
conditions de grande précarité (endettement, dépendance à l’égard des usuriers et
du faire-valoir indirect, terres hypothéquées,...) s’efforcent en général de minimi-
ser et de disperser les risques de très mauvaise récolte, quitte à ne pas toujours
maximiser l’espérance mathématique des revenus. Cela va souvent de pair avec

160
des systèmes de production fondés sur la polyculture-élevage. Les exploitants les
plus aisés, qui ont accès aux marchés les plus stables, peuvent au contraire prendre
les risques inhérents à une-monoculture (canne à sucre par exemple).
. . :

LES SALARIES AGRICOLES, METAYERSET-FERMIERS(TYPE 1) '~

PEU DE TERRE, Ces exploitations agricoles sont les plus petites de la Plaine du Nord. Les exploi-
BEAUCOUP DE BRAS tants de type 1 sont quasiment des paysans ‘!Sans terre”.
La caractéristique principale de ces exploitations est de disposer de moyens de
production ét d’un capital-d’exploitation extrêmement réduit (de 0 à 1000 $1. La
superficie cultivee est de 0,2 a 0,8 c dont-0 a 0,25 c en faire-valoir direct. Cette
contrainte d’un foncier limité détermine la logique économique des exploitants de
ce type ainsi que les différentssystèmes de production qu’ils vont mettre en oeuvre
pour subvenir_ à lëùrs besoins essentiels et a ceux de leurs familles.
.~.T~ i
La :faible ~superficie des exploitations ne permet en auc,un cas de- satisfaire
l’ensemble~dës besoins alimentaires de la famille sur la base .de ‘la seule culture.
Même si les systèmes de production étaient exclusivement toürnésvers la produc-
tion devivrespourl’autoconsommation, les exploitants seramnt contraints d’aclie-
ter une partie de leurs aliments sur le marche. En fait, toutes les exploitations de
type 1 sont très intégrées au marché, à la fois marché des produits (pour la vente
et pour l’achat, et marché’ de la force de travail. Compte-tenu des conditions
d’échange (prix des produits et prix de la force de travail),, la survie de cas
exploitations passe par un’fonctionnement marchand. ~
La force de travail’familiale est la ressource la plus abondante. Ils sont donc prets
à en faire un usage intensif à l’hectare pour maximiser leurs-revenus. Mais, ils
peuvent aussi avoir intérêt à ne pas investir la totalité de leur forcè de travail sur
l’exploitation et en vendre une partie à l’extérieur lorsque des opportunités se
présentent. Leur logique économique est de rechercher la rémuneration maximale
de chaque journée de travail en combinant étroitement le trabail investi dans leurs
propres exploitations et la vente de force de travail à l’extérieur.

La vente de travail hors


exploitation des~petitspaysans
se fait surtout en période de
récolte de la canne, car 16s
prix so$ plus élevés
(photo D. Mermet).
Figure 75 : logique de fonctionnement des exploitations de type 1,:

/
Foncier Foncieren Faiblessede l’outillage Capital circulant rare
--
inégalement réparti quantité limitée et des équipements et difficile d’accès

intensifs en travail avec

1
Productiondu travail faible ~
Intérêts des emprunts
sur l’exploitation très élevés
If, ~
Faible rémunération du travail
sur l’exploitation -.
I S”I I.” I”. .“.“.V
1 Endettement quasi
importante permanent
l-1
I I l

I I
i
I
Existenced’acheteurs
de force de travail ” l
(opportunité
d’emploi salarié)

L’accumulation est donc rarement possible sur du long terme: elle reste fugace et
limitée. La satisfaction des besoins minimaux de la plupart desfamilles n’est pas
assurée. L’auto-consommation de produits vivriers et l’achat sur le marché de
compléments vivriers éventuels grâce aux revenus de la vente de travail n’y suf-
fisent pas. La plus grande partie des exploitants de type 1 vont même jusqu’à ven-
dre du vivrier produit (riz, haricot, banane, vigna) pour racheter sur le marché du
vivrier constitué par des calories moins chères.

LES PETITS PRO’PRIETAIRES(TYPE 2)


Les exploitants de type 2 disposent d’un foncier de 1 à 2,5 carreaux dont la moitié
au moins en faire-valoir direct. Leur capital d’exploitation varie de 1000 a 7000 $.

LA FORCE DE TRAVAIL : Pour reprodmre leurs conditions de vie, ils vont chercher à dégager un revenu
UNE RESSOURCE RARE maximal en valorisant au mieux leur ressource la plus rare: le foncier. Leur main-
d’oeuvre s’investit totalement dans des systèmes de culture intensifs en travail.
Cette stratégie n’est viable queparce que les exploitants de type 2 peuvent mettre
en place des systèmes de culture pour lesque!s la rémunération du travail familial
est supérieure au prix de la journée sur le marché du travail. Faute de quoi ils
auraient intérêt, comme ceux de type 1, à vendre des journées de travail.
.
Etant donné le faible coût de la main-d’oeuvre salariée, ils peuvent même avoir
recours à l’emploi de maind’oeuvre extérieure, généralement dans le cadre de
groupes de travail (escouades,~ ramponneaux..;) avec échange de journées, sans
avoir nécessairement besoin d’engager des liquidités. Ces formes de travail en
groupe s’apparentent davantage à de l’entraide qu’à l’achat et à la vente de

164
journées de travail. L’intérêt des exploitants à participer à de tels groupes est
double:
l pouvoir travailler à plusieurs, ce qui, outre le fait d’être plus agreable, permet
parfois d’accroître la productivité du travail- en comparaison avec les travaux
réalisés par des personnes isolées,
l pouvoir affronter des pointes de travail aux moments optima, sans que des
retards éventuels viennent occasionner des pertes de récolte, et sans qu’il soit non
plus nécessaire de payer de la main-d’oeuvre plus cher pouwéaliser les travaux à
temps. Les pointes de travail peuvent intervenir à des moments différents pour
les membres d’un même groupe, dans une même zone, car les systèmes de culture
y sont variés et les dates de travaux peuvent y être très différents pour un même
système. Il semble que [Link] de travail aient alors pour objectif d’éviter
l’indexation du prix de la force de travail sur son coût d’opportunité ou sa
productivité.

DESSYSTÈMESDE Les petits propriétaires, dont les moyens de production sont moins limités que ceux
CULTUREVARIÉS du type 1, sont en mesure de maximiser leur revenu par carreau en choisissant
leurs systèmes de culture parmi une gamme plus large. La diversité observée dans
les systèmes de culture pratiqués à l’intérieur d’air-es géographiques assez res-
treintes est, en grande partie, le reflet de l’activité des petits propriétaires qui
mettent en oeuvre des systèmes de production différenciés selon les zones.

Dansleszones Les exploitants de type 2 ne cultivent pas du tout de canne, peu ou pas de manioc
limitrophesde mornes associé, de la banane, du café-cacao et des pâturages pour l’élevage.
l La quasi-absence de canne n’est pas ici liée au manque de capital. Mais dans ces
zones éloignées des structures de transformation de la canne, les exploitants
devraient supporter un surcoût de transport. De fait; moyens et petits propriétai-
res ne la cultivent pas dans cette zone. En revanche,.dans d’autres zones, on trouve
des petits propriétaires qui cultivent la canne:-
* Les exploitations étant marchandes et pouvant s’approvisionner en vivrier sur
le marché, elles n’ont donc intérêt à cultiver que les associations de vivrier où la
valeur ajoutée est la plus élevée. Il est donc rarement à base de manioc, il s’agit sur-
tout de riz pluvial, maïs, haricot....qui apparaît de manière significative dans des
régions comme Grison Garde où il existe une rente différentielle liée à l’irrigation.
l L’importance de labanane (de même que pour le café-cacao) estjustifiée car cette
culture est celle qui répond le mieux aux intérêts économiques de petits proprie-
taires. Cette culture dégage les revenus mon@aires ‘les plus élevés eu égard à ,la
terre et à la force de travail disponibles.
l L’élevage, qui comprend de 2 à 5 ovins et de 1 à 3 caprins en propriété, permet
également de dégager un revenu par carreau important.

Dansla plaine Les exploitants de type 2 pratiquent des systèmes de culture soit uniquement
proprementdite’ basés sur la banane, soit basés sur banane et canne, soit sur des productions liées
à une rente-différentielle (cas de la tomate et du tabac à Ca Douche).
l La banane est ici aussi la culture qui répond le mieux aux intérêts des petits
propriétaires.
l La culture de la canne leur permet de diversifier les systèmes de culture pour
limiter les risques inhérents à une “monoculture” de banan,e. En effet, la banane
est sensible au vent et les risques de destruction dune plantation sont ressentis
comme une contrainte importante par les petits propriétaires.
Les exploitants de type 2 mettent en oeuvre des systèmes de production fondés sur
la polyculture-élevage qui dégagent des valeurs ajoutées souvent importantes à
l’unité de surface. Leurs disponibilités en terre vont donc hêtre suffisantes pour
faire vivre la famille uniquement sur la base du revenu tiré de l’exploitation. Les
exploitants de type 2 se différencient des types 1 avant tout par l’absence de vente
- de travail hors exploitation. De plus, l’élevage joue pour eux le rôle de placement
de l’épargne.

165
LES MOYENS PROPRIETAIRES(TYPE 3)
Les exploitations du type 3 se caractérisent surtout par une quantité de terre en
propriété relativement importante, environ ;quatre carreaux. Le capital d’exploi-
tation (foncier et capital circulant) est important: environ 12 000 $.

DE LA TERRE La quantité de terre disponible en propriété est donc nettement supérieure à la


ET DES SALARIÉS superficie que peut cultiver la seule main-d’œuvre familiale en culture manuelle,
même extensive. Dans une telle situation, les choix des exploitants peuvent être
les suivants:
l conserver une culture manuelle, mais en cédant une partie de leurs terres en
faire-valoir indirect ; de fait ces cessions sont très rares ;
l utiliser des moyens de production permettant d’obtenir une meilleure producti-
vité du travail familial, mais la grande majorité fonctionne avec un outillage
manuel. On note seulement la présence de quelques charrues à traction animale
et de quelques motoculteurs. Leur utilisation ne concerne alors que les opérations
de préparation du sol avant implantation de la culture (labour, hersage, sillon-
nage), ce qui limite fortement l’augmentation de la productivité du travail au
niveau d’un cycle de production et, surtout, oblige à toujours faire appel a de la
main d’oeuvre salariée pour les opérations de semis, sarclage et récolte ;
l recourir à de la main-d’œuvre salariée en complément de la main-d’oeuvre
familiale. C’est la solution la plus généralement retenue par les exploitants. La
part de la main-d’œuvre salariée est toujours plus abondante que la part de la
main-d’oeuvre familiale. A l’exception toutefois de certaines parcelles cultivées en
vivrier et où il y a, soit équilibre entre main-d’oeuvre salariée et familiale, soit
domination de cette dernière.
Dans certain cas, la main-d’oeuvre salariée constitue même la seule force de travail
utilisée pour la mise en valeur des terres. Toutefois les propriétaires absentéistes
sont rares parmi les exploitants du type 3.

DES CULTURES La majorité des exploitants de type 3 pratique des systèmes de culture intensifs en
INTENSIVES travail qui dégagent des revenus importants par carreau, la banane étant de loin
la culture la plus intéressante. Elle est d’ailleurs cultivée par un grand nombre
d’exploitants de type 3. La diversité des autres cultures pratiquées résulte
essentiellement de leur recherche de spéculations tirant le meilleur parti des avan-
tages comparatifs de type agro-écologiques de chacune des zones: banane à Bord
de Mer, tomate et tabac à Ca Douche, riz dè lagon à La Suisse,....
Cependant, si la majorité des exploitants de type 3 cultive la banane, cette culture
est souvent présente au sein de l’exploitation avec la canne, et certains exploitants
ne cultivent même que la canne.
L’importance de la canne apparaît d’autant plus grande dans les exploitations
proches des ateliers de transformation et dans celles où les sols sont moins
favorables à la culture de la banane (la canne tolérant mieux des périodes de
sécheresse que la banane). Pourtant, certains exploitants cultivent la banane sans
cultiver la canne alors qu’ils se tro,uvent à proximité de l’USN (Quartier Marin) ou
de guildives en fonctionnement (Ca Douche). Il faudra donc expliquer pourquoi la
canne, bien que moins intéressante que la banane, tient une telle place dans les
systèmes de culture.

LA MISE EN L’utilisation très rare de la culture attelée et de motoculteurs par ces exploitants
VALEUR DIRECTE : UN n’est pas liée à un manque de capital. Mais dans les conditions actuelles de la
Plaine du Nord où les paysans sans terre’sont très nombreux, il est économique-
INTÉRÊTÉCONOMIQUE ment plus intéressant d’acheter la force’de travail bon marché et abondante des
journaliers agricoles que d’investir dans du matériel de culture. En effet, l’achat
d’un attelage (investissement de 800 $ plus les frais d’entretien, en particulier en
fourrages pour les boeufs) n’est rentable par rapport à l’achat de main-d’oeuvre
salariée, qu’à condition de rendre des services hors de l’exploitation. De plus, les
difficultés pour faire réparer correctement et de façon durable le matériel agricole
autre que manuel, ont pu décourager les acquéreurs potentiels que sont les exploi-

166
tants de type 3, alors que la force de trava,il des journaliers agricoles est toujours
disponible, bon marché et . .. ne tombe jamais en panne.
Les agriculteurs de type 3 ont de bonnes raisons pour préfèrer acheter de la force
de travail plutôt que de céder une partie de leurs terres en faire-valoir indirect.
Al’exception des unités artisanales directement liée à l’activité agricole (transfor-
mation de la canne...), les exploitants n’ont pas véritablement les moyens d’inves-
tir leur argent et leur travail dans des activités non agricoles qui leur assurent une
meilleure rémunération de leur travail ou IWI meilleur profit que dans leur
8’
exploitation.
,, Le montant de la rente foncière qu’ils obtiendraient dune cession de terre est
inférieur au revenu monétaire et au taux de profit qu’ils! peuvent réaliser en
exploitant eux-mêmes leurs terres. Un carreau, cédé en métayage au quart à un
exploitant de type 1 qui y cultive du vivrier, dégage un produit brut dè 400 $, soit ,,
une rente foncière de 100 $, soit un taux de profit de 5% si ~la terre vaut 2000 $/.
carreau. Un carreau de terre exploité en faire-valoir direct peut procurer urrrevenu
monétaire de 300 à 700 $ (jusqu’à 4000 $ pour la banane), soit un taux de ‘profit
rarement inférieur à 20%.
L’intérêt économique pour les exploitants de type 3 est donc la mise en valeur
directe de leurs terres en ayant recours à de la main-d’oeuvre salariée. Cette voie
est rentable car la force de travail salariée s’obtient à un coût faible (1 à 2 $ par jour)
et les exploitants de type 3 disposent de suffisamment de capital-argent à investir
(essentiellement sous forme ‘de salaires) pour mettre en~ place des systèmes
permettant d’obtenir un revenu par carreau etiou un taux de profit élevés.
On peut distinguer deux catégories drexploitants de type 3 selon la stratégie qu’ils
vontadopter pour,tirer profit’ de cette situation.
l La grande majorité est constituée par ceux qui sont présents sur l’exploitation
et effectuent eux-mêmes avec le reste de la main-d’oeuvre familiale certains
travaux agricoles. 11scherchent à maximiser le revenu monétaire par unité de sur-
face cultivée.
Disposant du capital circulant nécessaire, ils sonten mesure de mettre en place les
systèmes de culture les plus rémunérateurs (banane en particulier) mais qui
.,’
_’ nécessitent les disponibilités en capital les plus importantes (pour la plantation,
mais surtout pour supporter les risques de destruction par ‘le vent).
l Une minorite est constituée d’exploitants qui sont plutôt absentéistes et cher-
chent davantage à maximiser le taux de profit du capital investi. La culture de Ila
canne répond mieux à leurs intérêts. En effet, la banane exige une présence quasi-
permanente en raison des vols fréquents dans’la Plaine du Nord. La canne, moins
sensible à ce dernier phénomène, se prête mie’ux à une présènce occasionnelle, les
.,, 1,
opérations culturales étant, de plus, très bien délimitées dans le temps.
.’ Les .exploitations de type 3 sont des exploitations en voie de capitalisation.
L’accumulation est visible au niveau du cheptel (3 à 4 bovins adultes et 2 jeunes
, ,’ bovins enmoyenne par,exploitation) et du foncier. En effet, la plus grande part des
..,, ,, terres en propriété (60%) ont été achetées par l’actuelle génération, le reste ayant
., ‘.. été reçu en héritage (terres achetées par la génération précédente). L’accumula-
).
tion du capital peut avoir été faite au départ grâce aux revenus tires d’activités non
agricoles relativement bien rémunérées, (artisanat, commerce, “compagnies”),
investis dans l’achat de terres. Une bonne gestion du capital foncier, combinée à
la poursuite des activités extra-agricoles, a permis ensuite de franchir le seuil à
partir duquel l’accumulation sur une base uniquement agricole est devenue
possible.

16’7
LES EXPLOITANTSCAPITALISTES(TYPE 4)
DE GRANDS Les exploitants capitalistes sont de relativement grands propriétaires: plus de dix
PROPRIÉTAIRES carreaux . 11s sont pour la plupart absentéistes, leur travail sur l’exploitation se
limite le plus souvent aux tâches de gestion de leur patrimoine. Généralement, ces
grands planteurs exercent aussi d’autres métiers extérieurs à l’agriculture: com-
merce de détail, négoce import-export, petites industries (guildives, usines à gla-
ce...), profession libérale, fonction publique, transport, etc... 11s ont ainsi accès,
pour leur propre capital, à d’autres opportunités d’investissement que la seule
agriculture.

Le recours à de la main-
d’œuvresalariée est indispen-
sable pour les grands plan-
teurs, notamment pour la
coupe (photo D. Mermet).

Avec les ressources dont ils disposent, les grands planteurs ont intérêt à maximi-
ser leur taux de profit global. 11smettent en oeuvre des systèmes de. production
agricole qui leur garantissent un taux de profit au moins égal à celui qu’ils peuvent
réaliser dans les autres secteurs d’activité.

DES SYSTÈMES Les grands planteurs utilisent exclusivement de la main-d’oeuvre salariée pour les
bE PRODUCTION travaux directement productifs sur l’exploitation. Dans la grande majorité des cas,
ils pratiquent des systèmes de production extensifs, peu exigeants en force de
EXTENSIFS
travail et en intrants à l’unité de surface. La canne à sucre, conduite de façon ex-
tensive avec une faible fréquence de coupe et de replantation, est la règle quasi-
générale. Cette canne est pour une très large part destinée à I’USN. Certaines
terres sont laissées en prairies naturelles pour l’élevage bovin extensif. D’autres
sont le siège dune arboriculture conduite :assez médiocrement: café, cacao, agru-
mes, bois de chauffe... Le caractère extensif peut surprendre à première vue quand
on connait le coût relativement faible de la force de travail salariée. Mais il
s’explique aisément par le fait que les planteurs investissent une grande part de
leur capital dans des activités non~agricolesjugées plus lucratives que l’agriculture
intensive. De plusles systèmes de production intensifs (banane, légumes, tabac...)
exigent pour être bien conduits, une présence régulière sur les exploitations, ce qui
limite aussi les risques de vol.
Ces systèmes de production apportent unevaleur ajoutée et des revenus monétai-
res relativement faibles par unité de surface, mais le taux de profit réalisé n’est pas
nettement inférieur a celui réalisé dans les autres activités économiques. Cela
tient à deux raisons:
l les revenus agricoles sont obtenus avec peu d’investissements annuels en
capital-argent,
l le profit est réalisé pour une large part par l’augmentation annuelle du prix de
la terre qui résulte notamment de l’accroissement démographigue sur des surfa-
ces agricoles limitées (spéculation foncière). Certains grands propriétaires ont

168
même tendance à céder des parcelles en faire-valoir indirect à des paysans sans
terre, et se satisfont des revenus apportés par le paiement de la rente foncière en
plus de l’accroissement du prix du foncier.
Les exploitants de type 4 sont donc pour la plupart des propriétaires absentéistes.
Seule une minorité de ces exploitants réside sur l’exploitation-même ou la visite
quotidiennement. Ces derniers sont les seuls à pratiquer des systèmes de produc-
tion plus exigeants en soins: banane, maraîchage, cultures vivrières mécanisées,
élevage bovin laitier... Encore ne le font-ils en général que pour des courtes durées
et sur des superficies restreintes.

UNESOUS-UTILISATION DES RESSOURCESNATIONALES :


TERREET TRAVAIL
Nous avons vu que nous pouvions relier :
l le type de l’exploitant ;
l la superficie agricole qu’il cultive :
- moins d’un carreau pour le type 1,
- entre 1 et 2,5 carreaux pour le type 2,
- entre 2,5 et 10 carreaux pour le type 3,
- plus de 10 carreaux pour le type 4.
Grâce aux résultats du recensement agricole pour le département du Nord, nous
savons combien d’agriculteurs appartiennent à ces différentes catégories et nous
pouvons construire ainsi le tableau de la page 170.
Une fois ce résultat obtenu, on peut, grâce à des enquêtes sur un échantillon
raisonné d’exploitations des quatre types, établir un profil moyen d’assolement par
type.
Grâce aux paramètres établis dans les figures, 70,71,72, on peut calculer l’emploi
et la valeur ajoutée créés par l’activité agricole d’un exploitant moyen de chaque
type., Il suffit alors de multiplier ces résultats par le nombre d’exploitants pour
obtenir la contribution de toutes les exploitations de ce type à la création de valeur
et. d’emploi dans la Plaine du Nord (figure 76).
L’analyse du fonctionnement économique des différentes exploitations de la
Plaine, en mettant en évidence l’intérêt économique de chaque agent, montre
clairement où se situent les sous-utilisations des ressourcessnationales et quelles
sont les limites de la situation actuelle du point de vue de l’intérêt national.
l Les exploitants de type 1 constituent de loin la catégorie la plus importante
en nombre (62% du total des exploitations) mais ils ne controlent, en propriété ou
en faire-valoir indirect que 15,6% de la superficie agricole, soit une superficie
moyenne de 0,43 ha par famille.
Dans cette situation d’une précarité extrême, les exploitants de type 1 risquent de
venir renforcer la masse des chômeurs qui affluent dans’les bidonvilles péri-
urbains si l’on ne parvient pas à les doter très rapidement de nouvelles terres, ou
si les interventions delEtat (en matière de politique, programmes ou projets de dé-
veloppement agricole) ne veillent pas à assurer des conditions d’emploi à des fins
directement productives pour cette abondante force de travail. L’emploi salarié
généré par les grandes exploitations et les industries agricoles n’est pas, en effet,
e,n mesure d’absorber l’afflux actuel de main-d’oeuvre qui résulte de l’accroisse-
ment démographique.
l Avec 2,16 ha par famille, les exploitants du type 2 contrôlent environ 39,2%
de la superficie agricole disponible. 11s sont sans doute ceux qui sont à même de
satisfaire au moindre coût l’intérêt général, car ils assurent le plein emploi de la
force de travail familiale sur les exploitations grâce à des systèmes de production
intensifs en travail et fortement producteurs de valeur ajoutée à l’hectare. Leur

169
intérêt est de produire toujours davantage sur les surfaces dont ils disposent en
ayant recours au maximum à leur propre force de travail familiale. Renforcer ce
type d’exploitation permettrait d’assurer le plein emploi de la force de travail pay-
sanne et de faire le meilleur usage possible des superficies agricoles disponibles.
l Avec 156% de la superficie totale, les exploitants de type 3 ne reprèsentent
que 5,5% du nombre des exploitants. Avec leurs systèmes de production intensifs,
ces exploitations assurent un volume dlemploi relativement important pour la
main d’oeuvre salariée et procurent des valeurs ajoutées à l’hectare non négligea-
bles.
l Avec près de 30% de la superficie agricole disponible, les exploitations de
type 4 font l’objet dune mise en valeur extensive, avec un volume d’emploi et des
valeurs ajoutées à l’hectare relativement faibles. L’intérêt de ces exploitants n’est
pas d’intensifier leur système de production et ils manifestent ouvertement leurs
craintes par rapport à une éventuelle fermeture de I’USN.

Figure 76 - répartition des


superficies,de la création de Type1 Type2 Type3 Type 4
valeur et d’emploi entre les
Agents % ,6%3 #QI,2, 5,5 18
quatre types d’exploitants de la
Plaine du Nord.
Superficie occup6e % 15,6 39,2 15,6 29,6 100,o

Valeur cr&e $ 2966 . 7 278 3 117 1 566 14 928


% 19,9 48,7 20,9 10,5 100,o

Création d’emploi QW 976 1’491 527 733 3 727


% 26,2 40,o 14,l 19,7 100,o

170
‘.:’ ,.Qu.,elle
\,,-., pc#[Link]

.,<’

L’industrie sucrière est donc en crise. Les déficits de I’USN, regulièrement combles
parl’Etat,, pèsent’ sur la collectivité nationale. ‘Faut-il alors fermer l’usine su-
’ ‘crière ?Mais ne risque-t-on pas, ce faisant;,de’précipiter le déclin agricole de toute
._ ,‘, ‘la plaine, de’priver d’emploi des dizain&de milliers de paysans et de gonfler ainsi
,, .’
ll. ,, l’exode rural vers les villes de Cap Haïtien et de Port-au-Prince ? Pour répondre à
ces questions, il convient d’examiner le pr,oblème de la canne à sucre à plusieurs
niveaux :
,~ .‘, >‘,. l celui du marché mondial, pour en connaître l’évolution possible et la place que
/ peut tenir Haïti face aux autres pays producteurs, compte tenu de leur producti-
1
vité ;.,
.% 1
_,, -- ‘, l celui ,de l’usine proprement, dite, en analysant les causes du déficit actuel ;
: L, l celui de l’activité économique agricole au’niveau de l’ensemble de la région, qui
;, ;1
..~ -sera affecté par la décision de 1’Etat;quelque soit lalsolution retenue ;
l celui des agriculteurs et de leur famille, qui, en définitive, sont ceux qui prennent
les ‘décisions de culture et de commercialisation.
,c,-, .-
{’
‘8,.

LES &USES [Link]ÉSDE L’INDUSTR!ESUCRI’ÈRE

-, Ces causes sont à rechercher tout d’abord dans la situation mondiale du marché
du sucre et la place occupée par Haïti sur. ce marche, ainsi, que dans la politique
suivie par le gouvernement haitien dans le secteur sucrier (production et transfor-
mation).

UN MARCHÉ MONDIAL Le marché mondial du sucre connaît à l’heure actuelle des problèmes structurels.
Les stocks accumulés sont de l’ordre de ,38 millions de tonnes en 1988.
PLÉTHORIQUE
Le sucre de betterave dans les pays de la CEE et la production d’isoglucose (sucre
*
de maïs) aux Etats-Unis, principal pays importateur du sucre haitien se dévelop-
pent.
Les Etats-Unis développent une politique d’auto-suffisance avec la substitution
progressive du sucre par des édulcorants de synthèse. Ils réduisent leurs quotas
d’importation en 1986-87, ils ont déjà été drastiquement réduits pour différents
pays : Philippines, République Dominicaine... A terme Haïti n’aurait donc aucun
intérêt à développer une production de sucre pour 1:exportiition.
l I ,< Le marché mondial se caractérise aujourd’hui par une baisse tendancielle du prix
~ ,I ,-, (, du sucre de canne, se situant entre ‘7 et 9 cents de dollars par livre. Le prix intema-
tional du sucre raffiné est descendu jusqu’à 6 cents la livre en 1987. Au-delà de
possibles fluctuations conjoncturelles, le prix international du sucre sera sans
doute amené à subir de nouvelles baisses dans l’avenir a cause surtout de la
concurrence des marchandises substituables produites dans les pays industriali-
sés avec une très forte productivité du travail.
Cependant, parmi les pays producteurs de sucre de canne, le cas d’Haïti est assez
atypique. Haïti dispose de quotas d’exportation aux Etats-Unis à des prixgarantis
de 18 cents la livre. Mais le sucre exporté aux Etats-Unis ne représente qu’une
moyenne de 10 000 tonnes par an alors que le quota est de 30 000 tonnes depuis
les années 60. En effet, la production nationale de sucre ne suffit pas Q satisfaire
la demande nationale.
Pendant les années 80, Haïti importe deux fois plus de sucre qu’elle n’en exporte.
Le volume moyen importé représente environ 20 000 tonnes, soit le tiers de la
consommation effective courante. La consommation de sucre en Haïti se situait en
1988 aux alentours de 60 000 tonnes par an et avait progressé de 30% au cours des
10 dernières années. On suppose que si le rythme de croissance de la demande
nationale reste le même, la demande atteindra 100 000 tonnes de sucre par an dans
20 ans.

UNE CONCURRENCE Dans ce contexte de non satisfaction de la demande intérieure, et en l’absence de


EXACERBÉE mesures efficaces de protection de la production nationale, la concurrence d’autres
pays producteurs de sucre peut librement s’exprimer. Ce jeu de la libre concur-
rence, a pour résultat l’entrée en contrebande sur le marché haïtien de sucre
dominicain dont le prix est nettement inférieur au prix du sucre produit locale-
ment. Non seulement cela ne génère pas de recettes pour 1’Etat haïtien mais cela
constitue même un nouveau coût pour la nation.
Les importations (licites ou illicites) ont eu pour conséquence la mévente du sucre
haïtien et l’accumulation de stocks importants dans les usines sucrières, en
particulier à l’USN, à partir de 1986. Cette situation s’est traduite par une aug-
mentation considérable dans les coûts de production sortie-usine (frais de stockage
supplémentaires), rendant encore moins compétitif le sucre haïtien. Les autorités
locales ont du baisser le prix sortie-usine, le sac de 100 livres passant de 24 $ à 17
$, niveau correspondant au prix de gros local du sucre importé en contrebande de
la République Dominicaine. Les usines sucrières haïtiennes ont ainsi dûfaireface
à de graves difficultés financières qui n’ont pu être réglées qu’au prix de soutiens
apportés par 1’Etat aux usiniers sous différentes formes :
l octroi d’une part accrue des recettes (20% du prix fixé en 1970 et 47,8% en 1987)
l comblement de tout ou partie de leur déficit financier, soit 3,4 millions de $ pour
I’USN,
l le subventionnement du prix du sucre. Ainsi dans’le Nord, malgré une baisse du
prix payé aux planteurs pour leur canne livrée à l’USN, le prix de 13 $ [Link] reste
encore soutenu, si on le compare aux 7,4 $ payés par les guildives et siroteries. 11
en coûte ainsi plus de 800 000 $ par an à l’Etat, dont la moitié environ revient aux
exploitants de type 4.
L’ensemble de ces soutiens se traduit, déduction faite des rentrées que constituent
les taxes sur le sucre, par des dépenses annuelles pour 1’Etat de 54 millions de
dollars.

DES DIFFICULTÉS Dans le cas de I’USN, outre les difficultés liées au marché international du sucre
DE GESTION et qui touchent toutes les usines sucrières’haïtiennes, se surajoutent les problèmes
de gestion de l’entreprise qüi affectent sa rentabilité.
l L’USN dispose d’une capacité installée de 2000 tonnes de canne broyée par jour.
Or, cette capacité n’a été utilisée qu’a40% de 1983 a 1987, ce qui a eu des incidences
malheureuses sur la rentabilité de l’entreprise.
l Les principaux fournisseurs de 1’USN sont des grands propriétaires. Seulement
8% des agriculteurs-exploitants de la Plaine du Nord sont impliqués dans l’appro-
visionnement de I’USN, et parmi ces fournisseurs,’ 95 exploitants de plus de dix
carreaux délivrent à eux seuls 64% de la canne broyée. Lorsque l’usine estinstallée

172
en 1970, de nombreux grands propriétaires se lancent dans la plantation de canne.
-usine représente, en effet, un débouché sûr, par lequel les risques techniques in-
hérents a la culture sont faibles ; il est possible et rentable de conduire la culture
sur un mode extensif (durée des plantations très longues, soins quasi-nuls après
la première année, pratiquement pas d’intrants... 1. Ce mode de culture des prin-
cipaux fournisseurs de l’usine a pour conséquence des rendements très médiocres
et un ren~dement en sucre très faible (5,SF en moyenne de ‘1983 à 87).
Les différents responsables de I’USN ont tente vainement de trouver une période
.~m
de coupe qui permette d’obtenir un rendementen sucre acceptable et susceptible
de viabiliser l’entreprise. Le problème apparaît incontournable, la qualité de la
canne dans la Plaine du Nord, fortement exposée aux pluies alizées, ne convient
pas- à une usine sucrière.
Même si l’usine vendait toute sa production aux Etats-Unis au prix garanti de 18
cents la livre, elle n’en resterait pas moins déficitaire.
Dans cette situation, 1’Etat haïtien semble subventionner une entreprise et une
culture d’intérêt économique nul. Les propriétaires de l’usine perdent de l’argent
alors que les principales exploitations agricoles en amont sous-utilisent une des
ressources les plus rares du pays: la terre agricole de plaine humide. Dans ces
conditions, l’Etat peut décider de cesser ses soutiens financiers au secteur sucrier
‘de la plaine du Nord. L’étude économique régionale permet d’imaginer quelles
seraient les conséquences dune telle mesure sur l’économie agricole de la région.

DES SYSTÈMES Considérons l’hypothèse de la fermeture de l’usine Sucrière du Nord, mais sans
MODIFICS intervention de d’Etat, les exploitants agricoles modifiant ‘par eux-mêmes leurs
systèmes de production en fonction de la nouvelle conjoncture. Les modifications
prévisibles dans la production agricole, compte-tenu des comportements économi-
ques mis en évidence pour chaque type d’agricuteur, seront les suivantes :
‘0 Les. exploitants de type 4 seraient les premiers touchés. Ne pouvant plus
~livrer à l’usine, ils devraient soit livrer aux guildives, soit reconvertir leurs terres
vers d’autres cultures, soit vendre ou céder leurs terres en’faire-valoir indirect.
Il est. probable que les propriétaires qui, sans exploiter directement, résident
néanmoins à proximité de leurs plantations, chercheront vraisemblablement à
éviter les investissements qu’exigerait la reconversion de leur système de culture.
Sans doute s’efforceront-ils de livrer leur récolte aux guildives déjà présentes dans
(*) Les guildives sont actuelle- la Plaine du Nord (*>, au risque de faire baisser les prix de la canne dans la région,
ment en mesure d’augmenter ce qui ne manquerait pas de porter préjudice aux tout petits propriétaires.
leur volume de canne traitée
en fonctionnant a des niveaux
Cette modification sera plus difficile à réaliser pour les exploitants absentéistes;
plus proches de leurs capaci- en effet, leurs livraisons à l’usine étaient concentrées dans le temps, avec de gros
tés maximales. Cependant, tonnages à chaque livraison, ce qui est un mode d’organisation inadapté pour les
ceci signifie une réorganisa- guildives. Les superficies libérées par la canne chez les exploitants absentéistes
tion complete de la filière
guildive pour l’approvisionne-
seront plus probablement reconverties en prairies naturelles pour l’élevage bovin
ment en canne et il n’est pas extensif ou cédées en faire-valoir indirect à des exploitants offrant suffisamment
certain que cela puisse se de garanties (type 3, plus difficilement type 2).
faire sans heurts. Or, dans la Nous pouvons penser que les agriculteurs de type 4 ne mettront pas en oeuvre des
situation de rbférence, cette
filière fonctionne de manier-e systèmes de production avec monoculture pour l’exportationvers les Etats-Unis ou
tout 31 fait satisfaisante. d’autres pays: ananas, pamplemousses... Leur intérêt est de maximiser leur taux
de profit, quel que soit le type d’activités dans lesquelles ils investissent. Or
l’histoire agraire de la Plaine du Nord montre que les conditions n’ont jamais été
réunies pour que les tentatives de développement de ce type de production soient
viables.
l Les exploitants de type 3 reporteront vers les guildives une partie de leur
production de canne destinée auparavant à l’usine. Néanmoins ils subiront de
plein fouet la baisse du~prix du sirop que la’nouvelle concurrence d’agriculteurs du
type 1 provoquera. Il est probable que beaucoup d’entre eux diminueront leurs
cultures de canne, la rémunération de leur travail familial devenant trop faible. Ils
préfèreront installer des cultures de banane, là où le sol et le climat sont le moins
défavorables, et des cultures vivrières ailleurs.
Ces nouvelles cultures seront beaucoup plus exigeantes en travail que la canne.
Aussi, les agriculteurs de ce groupe chercheront-ils vraisemblablement a s’atta-
cher les services des anciens salariés de la canne. Néanmoins, alors que l’emploi
pour la canne est extrêmement saisonnier,lcelui procuré par les bananeraies ou les
parcelles vivrières est plus permanent.’ La demande ne sera donc vraisemblable-
ment pas satisfaite. Aussi peut-on s’attendre a une augmentation des prix de la
main-d’œuvre. Ceux-ci peuvent dépasser sensiblement les rémunérations du
travail, de l’ordre de un à deux dollars par jour de travail familial, qu’obtiennent
les paysans les moins productifs, notamment ceux qui, au sein du type 4, sont
contraints au système le plus intensif avec arachide, ou ceux des mornes avoisi-
nantes pour lesquels l’avantage comparatif est négatif.
l Les exploitants de type 2 subiront de pIein fouet la concurrence des agricul-
teurs de type 3 et 4 pour la vente de leur canne aux guildives.
La baisse du prix de la can,ne entraînera une baisse du revenu agricole insuppor-
table pour ces agriculteurs. On peut penser que les superficies jusque là cultivées
en canne seront très largement reconverties en vivrier. Là encore, cette modifica-
tion s’accompagnera dune demande supplémentaire en travail que les familles
productrices ne pourront sans doute compenser elles-mêmes totalement.
l Les agriculteurs de type 1 seront largement privés des emplois que leur pro-
curaient les activités liées au fonctionnement de l’usine; notamment lors, de là
coupe, du transport et de la transformation de la canne. Le surcroît de travail
qu’offriront les nouvelles plantations de banane et de vivrier des agriculteurs de
type 2 et 3 compenseront en partie les pertes d’emploi dans les plantations de
canne. Cependant l’emploi journalier offert se ‘produira à des saisons où les
agriculteurs de type 1 sont justement occupés sur leur propre exploitation.
Les plus petits agriculteurs, déjà fragiles économiquement, vont voir leurs difficul-
tés s’accroître’alors même que le niveau des salaires offerts dans les plantations
,de banane et de vivrier augmentera. Il est vraisemblable qu’ils réduiront le niveau
d’intensification de leurs cultures vivrières (abandon de l’arachide par exemple...),
voire seront contraints à l’abandon de leur exploitation.

L’INTERVENTION ,Dans ce scénario, 1’Etat haïtien réalisera une kconomie importante par rapport à
DE L’ETAT la situation actuelle, puisqu’il n’aura plus à subventionner I’USN.
Mais ,ia diminution de la valeur’ajoutée due à la canne à sucre et à la fabrication
de sucre risque de n’être que partiellement compensée par les,nouvelles activites
créées : accroissement du travail des guildives, nouvelles plantations de banane et
de vivrier.
Pour dépasser ces limites, il revient à 1’Etat d’intervenir. 11 s’agit,pour lui non pas
de chercher à installer lui-même de nouvelles activités créatrices de valeur ajoutée
et d’emploi, mais de mettre en place les conditions les plus favorables pour que les
agents économiques, notamment les paysans, le fassent dans un sens conforme, à
l’intérêt national.
Ainsi, dans le cas présent, 1’Etat devrait favoriser la reconversion de la canne en
banane : ,-.
l par la mise en place d’un système dè crédit agricole, notamment au profit des
agriculteurs de type 2 dont les capacités financièrès sont souvent insuffisantes
pour assurer l’investissement d’une plantation de bananes ;
,,
l par des mesures fonciè[Link] l’acquisition par des propriétaires de type
3 des terres des absentéistes libéré[Link] la canne, ce qui facilite leur reconversion
vers des productions intensives plutôt que vers lrélevage extensif. Il en serait de

174
même en réglementant les cessions de terre en faire-valoir indirect. L’objet de,
telles mesures serait de créer une situation où les grands propriétaires absenteis-
tes auraient davantage intérêt à céder leurs terres en fermage plutôt qu’a les
garder dans un but spéculatif ou pour une mise en valeur extensive. Il faut en
particulier qu’ils soient assurés de pouvoir revendre leurs terres le jour où ils le
souhaitent.
De la même façon, les fermiers et les métayers doivent être assurés dune sécurité
foncière suffisante pour se lancer dans la production bananière.
On voit que tous les partenaires économiques peuvent avoir intérêt a une
intervention mesurée de l’Etat pour réguler le jeu du marché. L’objectif d’une
politique agricole doit donc être de creer les conditions d’un développement rural
harmonieux, au bénéfice de la collectivité toute entière.

175
[Link]ÈMES
DE~CULTUR
LEFONCTIONNEMENT
DELA PLANTECULTIVÉE’ 179

Multiplicationet rendementdes plantescultivées 180


l Les plantes et leurs modes de multiplication 180
l Qu’est-ce que le rendement ? 186
Croissanceet développement
des plantescultivées 192
l La vie d’une plante 192
l La croissancedes plantes cultivées 193
l Le développement des plantes cultivées 196
l L’analyse de l’élaborationdu rendement 200
Densitéet compétitionentreles plantes 208
l Mesurer la densité 208
l Densité et rendement des cultures 2ii
L’enracinement
descultures 214
l Qu’est-ce que l’enracinement ? 214
l La croissancedes racines et leur fonctionnement 216
l Compétition entre les plantes pour les facteurs du sol- 220

LA GESTIONDELA LUMIÈRE 223

Utilisationde la lumièrepar la plante 224


l Rayonnement net et production potentielle 224
l L’indicefoliaire 225
9 Utiliserau mieux la lumière 227
l La lumière dans les associationsde cultures 228
l Les relations de compétition dans l’associationmaïs-sorgho-pois congo 230

LA GESTIONDEL’EAU 237

Lesbesoinsen eaudescultures 238


l Transpiration et photosynthèse 238
l Evaluer les besoins en eau d’une culture 239
l Evapotranspirationet production de matière sèche 244
L’eaudansle sol et sa disponibilitépour la plante 247
l Humidité, porosité et densité apparente dun sol 247
. Rétention de l’eau par fe sol et succion par la plante 249
. Réserve d’un sol en eau utflisablepar les plantes 252

177
Lacirculationde l’eaudansle sol 255
l Infiltration de l’eau et perméabilité du sol 2558
l Déplacement de l’eau par diffusion capillaire 257
l Dessèchement d’un sol saturé en eau 257’
Luttecontrela sécheresse: techniquespouréconomiserl’eau 259
l Limiter l’evaporation maximale des cultures (ETM) 259
l Augmenter la quantité d’eau disponible pour les cultures 262
L’alimentationeneaudu riz pluvialà Grison-Garde 265
l Analyse fréquentielle des pluies ,. ., ~ 266
l Calage du cycle du riz en automne 1986 268
l Bilanshydriques 272
L’excésd’eauet lestechniquesadaptées 276
l Effets sur les plantes 276
l Effets sur le sol 277
l Techniques culturales pratiquées dans les zones inondées 279

LA GESTIONDELA FERTILITÉ ‘,‘, 283

Un modede gestionde la fertilité : Ies’jardinsdu plateaudes Rochelois 285


l Les trois “jardins” 285
. Les jardins proches les plus fertiles 287
* Une gestion paysanne de la fertilité 288
Les besoinsdesculturesen éléments‘minéraux 292
l Des besoins qui varient dans le temps 293
l Prélèvements par les cultures et exportation des irécoltes 294
l Carences et toxicités 297
. Une fertilisationadaptée aux besoins 301
Apprécierla fertilitéd’unsol 302
l Le profil cultural 303
l L’analysede terre i 308
l Les bilans humiques et minéraux ., ‘, 320
La luttecontre l’érosionen Haïti 329
l Les formes d’erosion ‘: II’ 330
l Lutte contre’l’erosiondiffuse : effkacite’et contraintes 333
l Aménagement des petites et moyennes ravines, ,_ 340
2’ ‘, ,,s _,“>
Lafertilisationorganique ’ 345
l Deux exemples de gestion de la fertilité organique 346
. Les effets des techniques de [Link] leurs difficultés d’utilisation 351
Lafertilisationminérale .: :+ 360
l Les principauxtypes d’engrais minet-aux ” 360
l Les grands principes de la fertilisation minérale 363
l Pratique de la fertili,sationminérale I ,‘,1 , 365
l Fertilisationminerale,[Link] ,m 372
l Résultats d’expérimentationsen Haïti 374

178
LefonctionnemiM
de la plantecultivée
Les techniques culturales mises en œuvre par l’agriculteur ont pour
but de favoriser lacroissance et le développement’des plantes afin
d’obtenir les meilleures récoltes possibles.
: -_., .<‘l>”

,“;
Ces techniques peuvent concerner la plante directement (taille des
~_.. -, arbres, traitement contre les parasites), mais le plus ‘,souvent elles
agissent, sur le milieu (le travail du so$ l’irrigation par exemple).
‘I
Le:choixd’une technique et de sa date d’application est déterminé
par : 8.
l les besoins et les exigencesdes plantes cultivées,
‘,.
l les aptitudes du milieu à répon,dre a ces besoins’,
l les objectifs de production du paysan,-définis par son système de
production et l’environnement socio&conomique, en particulier la
destination du produit selon sa qualité et sa date de récolte.

Chaque ‘espèce de plante cult+ée ‘a ,des besoins, particuhérs qui


varient tout au long de sa vie. Ainsi l’on distingue’ :
T les facteurs de croissance de la plante : la lumiere, l’eau, le gaz
carbonique, les éléments minéraux, qui doivent ‘être fournis à la
plante par le milieu,
l ,les conditions de vie de ‘la plante, principalement la température,
r ,!,, ,‘I l’aération et l’humidité du sol, qui vont régler l’utilisation de ces
,’ ,, ._
facteurs.’

,., i.
Multiplication et
rendementdes
plantes cultivées

LES PLANTES ET LEURS MODES DE MULTIPLICATION


CHAQUEORGANE .Une partie de la plante est souterraine, ce sont les racines. L’autre est aérienne,
JOUEUN RÔLE elle est constituée des tiges, des feuilles et des organes reproducteurs.

Partiesouterraine l Les racines forment la partie souterraine de la plante, sauf pour certaines
espèces qui ont des tiges souterraines : rhizomes, bulbes.
. Elles fixent la plante dans le sol,
. Elles puisent dans le sol l’eau et les éléments minéraux dont la plante a besoin
pour sa croissance,
. Elles respirent, donc consomment de l’oxygène et de l’énergie et libèrent du gaz
carbonique dans le sol,
. Elles peuvent aussi rejeter certaines substances dans le sol par sécrétion
racinaire,
. Certaines plantes accumulent des réserves dans leurs racines : le manioc,
lïgname, la patate douce.

Partieaérienne l Les feuilles : elles captent l’énergie lumineuse qui leur permet de fabriquer à
partir de CO,, des éléments minéraux et de l’eau, des composés organiques qui
constitueront les différentes parties de la plante : c’est laphotosynthèse.
. Elles respirent et donc puisent de l’oxygène dans l’air et rejettent du gaz
carbonique.
. Elles transpirent en rejetant de la vapeu d’eau.
l Les tiges : les tiges vertes jouent aussi un role dans la photosynthèse.
. Elles transportent dans leurs canaux la sève brute des racines vers les feuilles et
la sève klaborée des feuilles vers les roganes en croissance.
. Elles forment le “port” de la plante, caractéristique de chaque espèce.
Comme les racines, les tiges de certaines plantes peuvent être le lieu d’accumula-
tion de réserves, c’est le cas du taro et de la pomme de terre.
Certaines plantes ont des tiges souterraines comme le gingembre, la pomme de
terre ; on les appelle des rhizomes.
Chez les plantes pérennes, les tiges se lignifient en formant dubois, constitutif des
branches et du tronc de l’arbre.

180
Photosynthèseet lLa production de mati&e sèche est r4alMe /‘équation générale de la photosynthése peut
par les plantes lors de la photosynth&se : être résumée de la façon suivante :
respiration
gaz carbonique t eau - substance organique t oxygène
énergie lumineuse
n CO, t n H,O P n (C HOH) t n 0,

Lors de la photosynthèse, les plantes consomment de l’eau et du gaz carbonique et rejettent de


l’oxygène. L’énergie lumineuse nécessaire a ce phénomene est captée par la chlorophylle.

. La respiration est la degradation d’une partie de la matikre skhe fabyiquée lors de la


photosynth&se. Ellefournit l’énergie nécessaire au métabolisme des plantes. La respiration répond
à l’équation inverse de la précédente :

oxygéne inspirée t matière végétale -gaz carbonique expiré t eau t Bnergie


schbma explicatif
de la photosynthèsë
nO,tn(CHOH) w n CO, t n H,O (t énergie)

l Les fleurs - les fruits - les graines


Les fleurs sont les organes de reproduction sexuée des plantes, elles proviennent
de la ramification d’un rameau. Après fécondation, la fleur donne naissance à un
fruit ou à une graine. La disposition générale des fleurs sur la tige représente
l’inflorescence.
Une graine provient de la transformation d’un ovule fécondé8 : grain de maïs -
grain de haricot - pépin d’orange.
Un fruit provient de la transformation de l’ovaire contenant lui-même un ou
plusieurs ovules fécondés. Il contient donc plusieurs graines (pépins, fèves dans
une~cabosse de cacao, graines dans une gousse de haricot) ou une seule graine
(noyau de mangue).
-Cas particulier : certains fruits se développent sans graines, ils sont parthéno-
carpiques : c’est le cas de la majorité des variétés de bananes.
La. matière sèche des fruits et des graines ne résulte pas uniquement de la
photosynthèse ayant lieu après la floraison, mais aussi de la migration de réserves
constituées avant et stockées dans les autres organes.

DEUX-MODES-DE On distingue deux grands modes de multiplication des plantes, qui ont des
MULTIPLICATION conséquences importantes pour le paysan : ~
l l’utilisation de semences issues de la reproduction sexuée : les graines,
l l’utilisation de semences végétatives, qui sont des morceaux de tiges, de racines
ou de tubercules.

Multiplicationpar voie C’est le cas des céréales (riz, maïs, sorgho> et des légumineuses vivrières (pois, pois
sexuée: lesgraines congo, pois inconnu).
Dans ce cas, les semences pour la culture suivante sont prélevées sur la récolte et
doivent être conservées dans les meilleures conditions possibles. Parfois, pour des
raisons économiques, un paysan est obligé de vendre la totalité de sa récolte. Lors
de la mise en culture suivante, il doit alors acheter de nouvelles semences lorsque
les prix sont très élevés ; pour cette raison, les densités de semis sont parfois trop
faibles.
Par exemple, le paysan du plateau des Rochelois recherche des variétés de haricots
à petites graines pour réduire ses coûts de production. En effet, plus les graines
sont petites, plus le poids de semences nécessaire est faible pour une densité
donnée. Les problèmes auxquels sont confrontés les paysans en matière de
semences sont leur prix et leur qualité, liée au mode de conservation.

181
Le choix des graines lors de la récolte est très important car certaines maladies sont
transmissibles par les semences : c’est le cas de l’anthracnose pour le haricot et de
la pyriculariose pour le ‘riz; Une mauvaise conservation des semences (humidité,
parasites3 se traduit par une mauvaise germination et une chute de rendement de
1
la culture suivante.
l La germination des graines
Pour germer, une graine doit être en état physiologique correct (par exemple ne pas
être en dormante) et a besoin :
. d’eau ; c’est l’imbibition qui déclenche la germination,,,
. d’oxygène,
. dune certaine température,. I
La quantité d’eau que doit absorber une graine pour germer dépend des espèces.
L’imbibition est plus’ou moins rapide selon la nature des téguments de la graine.
Pour la’faciliter on utilise, dansmcertains cas, la technique de prégermination qui
consiste à tremper les graines dans l’eau avant le semis (trempage de 24 h pour le
riz par exemple).
Pour chaque espèce, il existe une température minimale et maximale de germina-
tion. Dans cet intervalle, la vitesse de germination varie avec un optimum
thermique. En Haïti, la température est très rarement un facteur limitant. En
revanche, l’eau en est un dans les régions à’faible~pluviométrie.~
Cas particulier : lorsque la maturation des graines en fin de culture se passe en
conditions très humides, il arrive qu’elles ,germent sur pied avant la récolte. C’est
le cas, parfois, du haricot ou du maïs en altitude durant la saison pluvieuse.

Figure 77 : évolution du
pouvoir germinatif de deux lots VARIÉTÉS POUVOIRGERMINATIF
de semences de haricots de
variétés différentes au cours 1 mois après 4 mois après m
du temps. la récolte la récolte

Salagnac 92 96% 83% 58%

76% 63% 60%

La germination dépend de la qualité des semences: la capacité d’une graine


à germer s’appelle le pouvoir germinatif.‘11 décroit avec le temps et il sera toujours
préférable d’utiliser des semences issues de la récolte précédente plutôt que de
vieilles semences.
l La qualité des semences. Pour avoir des semences de bonne qualité il faut:
. Choisir les plantes sur lesquelles onles récolte en fonction des caractéristiques
‘recherchées (rendement - résistances aux ,maladies). C’est sur ce principe de
sélection «massale» qu’ont été’sélectionnées à Salagnac des variétés de haricots
résistants à l’oïdium. :i
. Récolter les graines lorsqu’elles ont atteint leur maturité physiologique qui
correspond à la fin du développement de l’embryon. Les graines inon mûres n’ont
pas accumulées suffisamment de réserves pour nourrir correctement la jeune
plantule.
. Trier les graines indemnes de maladie (exemple: anthracnose du haricot visible
sur la graine).
. Sécher correctement les graines. Leur tauxd’bumidit8 doit être inférieur à 15 %
afin d’éviter le développement des moisissures ‘et les attaques d’insectes.
. Stocker les graines dans de bonnes conditions: à l’abri de l’humidité et des
parasites (insectes - rats).
l Les conditions de senhs.,Les exigences de’ la germination définissent les
conditions dans lesquelles doivent se trouver les graines après le semis:
. la structure du sol doit permettre à la fois une bonne aération et un bon contact

182
La cabosse, fruit du cacaoyer, contient plusieurs graines ou Les patates douces sont des racines tubérisées
8’ ”
“fèves”. Chaque feve est issue d’un ovule fécondé (photo G. de Laubier).,
(photo G. de’Laubier).

Germination de grains de riz en


pépinière irriguée
(photo M. Bonnefoy):

Pour une bonne conservation


des grains, il est nécessaire de
les faire sécher correctement.
Séchage du riz sur glacis dans
la Plaine du Nord
(photo D. Mer-met).

Les conditions de stockage des


grains jouent sur leur qualité
alimentaire et leur pouvoir
germinatif. Colombier pour le
stockage du sorgho, plateau
central, 1987
(photo D. Mermet).

Les jeunes plants de riz


produits en pépinière sont
repiqués dans les parcelles
irriguées entre 20 et 30 jours
(photo M. Bonnefoy).

Jeunes plants d’arbres


destinés au reboisement des
versants érodés
(photo J. Cavalie).
entre la terre et la graine; la taille des mottes dulit de semence est donc à adapter
en fonction de la taille des graines. Dans un sol battant il faudra’choisir un bon
compromis entre un lit de semence très~fin et un risque de battance,
l l’humidité de la terre doit être suffisante pour l’imbibition,
l la graine doit être placée à la bonne profondeur qui se raisonne en [Link]
climat.
Dans certains cas, le paysan doit attendre une pluie suffisamment importante
pour semer car le sol est trop sec; c’est le climat qui détermine alors la date de semis.
Parfois, ce sont, au contraire, les excès d’eau qui sont à craindre (sols hydromor-
phes, zones inondables) car ils provoquent une asphyxie des graines.

l On prend dans le sac de semences, 100 germées le pouvoir germinatif est de 85 %.


Mesuredu graines choisiesen différents endroits (pour
pouvoir avoir un échantillon représentatif car souvent les Cela permet :
conditions de conservation sont moins bonnes
germinatif d’un au fond du sac).
‘a de vérifier, ou de comparer différentes
conditions de conservation des semences,
lot de semences 9On étale ces semences au fond dune assiette
l d’ajuster la quantité de graines à semer pour
sur un morceau de tissu (ou coton)
obtenir la densité de plantes désirée,
réoulièrement imbibé d’eau (sans excès, les
graines ayant besoin d’oxygène). ; si l’on constate une mauvaise levée, de
l’attribuer soit aux graines elles-mêmes, soit aux
l Au bout de quelques jours, on vérifie le nombre ‘conditionsde germination (sol, techniques,
de graines germées: si l’on trouve 85 graines climat).

l Cas particuliers

L’utilisation de plants: pour le riz irrigué et de nombreuses plantes maraîchè-


res (tomates - choux - tabac, . ..> l’implantation de la culture se fait en deux étapes:
l les graines sont semees avec une forte densité et sur une petite surface : la
pépinière,
l ensuite, les jeunes plants sont arrachés et transplantés sur la parcelle réservee
à la culture.
Cette méthode permet de mieuxmaîtriser les conditions de germination; ce qui est
particulièrement important pour les semences maraîchères qui sont très petites.
Cela permet aussi de mieux contrôler les densités et d’économiser de la surface en
réduisant le temps de présence de la culture sur la parcelle. On utilise cette
méthode également pour la productiond’arbres.
Dans le cas de variétés hybrides, obtenues par croisement de variétés différen-
tes (certaines variétés de maïs par exemple) ; le paysan ne peut pas utiliser une
part de sa récolte comme semence car les plantes issues de ces graines perdent les
caractères génétiques obtenus par hybridation.

Multiplication Pour multiplier de nombreuses espèces,:on utilise différents organes de la plante:


l morceaux de tiges pour le manioc ou la patate douce,
végétative
l rejet de bananier,
l morceaux de tubercules pour l’igname’et le taro.
La plante obtenue possède exactement les mêmes caractères génétiques que la
plante mère sur laquelle on a prélevé la bouture (ou le tubercule). Comme il n’y
a pas de fécondation, il ne peut donc y avoïr aucun croisement entre individus de
caractères différents.
L’ensemble des plantes obtenues à partir~d’une seule plante constitue ce qu’on
‘appelle un clone. Toutes les plantes d’un même clone ont un parent unique dont
ils p0rten.t les caractères. Mais, après ungr(and nombre de multiplications, un
clone peut se montrer hétérogène car il peut se produire des mutations dans
certains bourgeons.

184
Ce mode de reproduction a plusieurs conséquences:
l les risques de transmission desmaladies sont très grands, en particulier pour les
maladies virales. C’est le cas de la mosaïque du manioc transmise par les boutures
d’une génération à l’autre. Il est donc nécessaire de prélever le matériel végétal
de reproduction sur des plantes saines,
l la qualité des organes récoltés est importante, elle conditionne la croissance et
le développement de la future plante dans lapremièrepartie de savie et détermine
en partie le rendement. Les réserves nécessaires à une bonne reprise doivent être
importantes (taille des boutures de manioc ou de taras),
l Les boutures sont souvent prélevées au moment de la mise en culture et ne
posent pas de problèmes de conservation comme pour les grains.
La reprise des boutures
La qualité des boutures, qui dépend des conditions du milieu qu’elles ont subies
durant leur formation sur la plante-mère, est très importante. Elle doivent être
sur des plantes saines, ayant fourni une bonne production. Cette sélection est
facile à opérer par les paysans. Comme les graines, les semences végétatives ont
besoin, pour avoir une bonne reprise, de chaleur, d’humidité, et d’oxygène. De fa-
çon générale, elles sont moins exigeantes que les graines car elles possèdent des
réserves plus importantes.
Prenons quelques exemples:
l les boutures de patate ont besoin d’humidité et sont généralement plantées
après une bonne pluie,
l les boutures de manioc résistent bien à un manque d’eau. Elles sont parfois
plantées en conditions sèches. Mais, après la reprise, l’alimentation en eau durant
les deux premiers mois de végétation doit être réguliére. Lors de la reprise, la
plante vit uniquement sur ses réserves et la taille des boutures est déterminante,
l pour l’igname, la qualité de la bouture dépend aussi de sa taille, du nombre
d’yeux et de la partie du tubercule choisie comme plant.

Plantation d’une bouture de


patate douce
(photo G. de Laubier)

185
D’une manière générale, le rendement est la quantité.d’organes récoltés par le
paysan par unité de surface, Cette notion est nécessaire mais insuffisante pour
porter un jugement sur la production d’une parcelle.

LESORGANES Voici pour quelques plantes la nature des organes récoltés:


l grhines: c’est le cas des légumineusesvivrières telles que le haricot, la pistache,
RECOLTES
le pois congo dont le fruit est la gousse,
l fruits: on distingue les fruits secs tels que les grains de céréales; les fruits
charnus comme la mangue, l’avocat, la banane, la tomate,
l tiges et feuilles: c’est le cas des fourrages et des plantes qui y accumulent leurs
réserves: feuilles pour les choux et les oignons, tiges pour la pomme de terre et la
canne à sucre,
l racines: les racines tubérisées comme celles du manioc et de la patate douce;
les racines de vétiver dont l’essence est utilisée en parfumerie,
l fleurs: chou-fleur dont on récolte le bouton floral.
La nature de ces organes détermine les modes de récolte et de stockage.
Pour certaines plantes, les organes récoltes sont différents de ceux qui servent à
la multiplication, pour dautres ce sont les mêmes:
l lorsque les organes récoltés sont aussi les semences pour la culture suivante, le
paysan doit garder une partie de sa récolte. C’est le cas des céréales, des
légumineuses alimentaires et de l’igname dont on sème des morceaux de tuber-
cules. Pour beaucoup de paysans haïtiens, trouver les semences nécessaires à la
culture est un problème important,
l pour d’autres espèces comme le manioc, la patate douce, le bananier, le paysan
peut vendre ou consommer toute sa récolte sans que cela ait une incidence sur la
culture suivante. Il trouvera dans ses parcelles les boutures ou rejets dont il aura
besoin.
l Les organes non récoltés sont des soh-produits, mais ont toujours une
utilité particulière:
. les pailles de céréales, les fanes de haricots, sont souvent destinées,à l’alimenta-
tion des animaux,
. les organes non utilisés et qui restent sur la parcelle restituentau sol de lamatière
organique. Lorsqu’elles sont brûlées, les cendres participent à l’alimen-tation
minérale de la culture suivante.

Stadede récolte La maturité à la récolte de certains organes détermine leur qualité qui peut avoir
maturité une incidence sur la commercialisation.’ Clest le cas des fruits et légumes en
général. C’est vrai aussi pour la canne ‘a sucre pour laquelle on recherche une
bonne teneur ‘en sucre.

Récolte de pommes de terre


sur le plateau des Rochelois.
Récolte du vigna (pois connu)
dans le Nord-Est(photos D.
Mermet).

186
La période de récolte est plus ou moins longue selon les espèces. Prenons quelques
exemples.
l Pour le riz et la plupart des céréales, la récolte se fait en quelques jours et, dès
que les grains sont mûrs, ils sont récoltés pour Qviter les attaques d’oiseaux. Ce-
pendant, il est nécessaire pour certaines varietés (populations de ~maïs ; riz dont
les talles mûrissent après les brins maîtres) d’effectuer plusieurs récoltes, espa-
cées de quelques jours a quelques semaines.
l Par contre, pour certaines variétés de patate douce ou de manioc, les périodes de
récolte sont longues. Les tubercules peuvent rester en terre longtemps (plus d’un
an pour certaines variétés de manioc) sans s’abîmer. Cela permet aux paysans de
récolter au fur et à mesure de leurs besoins et de garder des réserves sur leurs
parcelles.

LESMESURES Au niveau de son exploitation agricole, le paysan s’intéresse à l’ensemble de ses


DU RENDEMENT productions animales et végétales. Celles+i constituent son revenu monétaire et
l’alimentation de sa famille, ou y participent s’il a d’autres sources de revenu.

Le rendementagricole Au niveau de chacune des parcelles, le rendement est la production récoltée par
rapport àla surface de la parcelle considérée. Ainsi, lorsqu’on calcule le rendement,
on détermine la production produite sur une surface standard : un hectare ou un
carreau. Cela permet de comparer les niveaux de production atteints dans
différentes situations.

Le rendement agricole d’une parcelle est le poids d’organes récoltés


(grains de riz par exemple) sur la surface de la parcelle.

l Sur une parcelle de riz, un paysan a récolté cinq “chuj” de paddy. Une “chaj”
représente ce qui est chargé sur le dos d’un mulet soit deux sacs d’environ 60 kg
chacun, ainsi : une “ch@” : 120 kg ; cinq “chuj” : 600 kg, soit 6 quintaux.
l La parcelle a une surface de 2500 m2. Un hectare équiv’aut à 10.000 m2. Un
carreau équivaut à 1,29 ha soit 12.900 m2. Le rendement agricole de cette parcelle
est de :
6 x 10.000/2.500 = 24 quintaux par hectare (q/ha)
ou : 6 x 12.900/2.500 = 31 quintaux par carreau (q/c).

l Mais, le rendement agricole n’exprime pas la production réelle de la culture


puisqu’il ne tient pas compte des pertes (grains tombés lors de la récolte, mangés
par les oiseaux) qui peuvent parfois être importantes.
. Il exprime une moyenne qui ne permet pas de mettre en évidence les variations
de rendement entre les différents points de la parcelle.
. Sa mesure précise nécessite de connaître exactement le poids de chaque sac et la
surface exacte de la parcelle. Ceci est rarement réalisé bien qu’il soit important de
bien connaître les niveaux de production de chaque culture dans une région.

Lerendement Le rendement biologique est la quantité d’organes *ellement produits


biologique par une culture sur une surface donnée, une parcelle ou une partie de
parcelle.
C’est le rendement que, l’on mesure lors d’expérimentations agronomiques en
station ou dans des parcelles paysannes en faisant des cari-és de rendement.

Un carré de rendement est facile à réaliser comme le montre l’exemple suivant :


l dans une parcelle de riz pluvial par exemple, on mesure un carré d’un mètre de
côté, soit une surface dl m2 que l’on matérialise par une corde et quatre pique+.
On récolte délicatement les épis de tous les pieds situés dans ce carré et on les bat
soigneusement ;
l si le poids de grains obtenus est de 250 g, cela correspond à un rendement de 25
q/ha. En effet, 250 g = 0,25 kg = 0,25/100 quintaux, et 1 ha k 10.000 m2.
Le rendement est donc de :
(0,25/100) x 10.000 = 25 q/ha soit 32,25 Q/c.
Lors de laréalisation d’un carré de rendement, de nombreuses autres mesures sur
les plantes et le milieu peuvent être réalisées.

Séchage du riz récolté dans


différents carrés de
rendement, Grison Garde
1988 (photo D. Mermet).

l Taille du carré de rendement


Le choix de la taille du carré de rendement à réaliser se fait selon la densité, c’est-
à-dire selon le nombre de plantes par unité de surface. Il faut qu’il y ait dans le carré
un minimum de cinquante pieds (ou paquets) et jusqu’à deux cents s’il existe une
grande variabilité.

. Riz pluvial : les densités pratiquées sont élevées et peuvent dépasser 100 pieds
par mètre carré. Un carré de 1 m2 (1 m x 1 m) suffit. On prendra un carré plus grand
(4 m2> lorsque la densité sera faible (~50 pds) et hétérogène.
. Maïs, sorgho : les densités sont extrêmement variables (5000 à 50.000 pieds/ha
pour le maïs) : une densité de 30.000 pieds/ha correspond à 3 pieds par m2, il faut
donc 5013 = 17,6 m2 pour avoir 50 pieds.
On prendra un carré: de 5 m x 5 m soir 25 m2 dans lequel on aura 75 pieds.
Pour une densité de 10.000 piedsAra, il faut faire un carré de 50 m2 pour avoir 50
pieds.

En cultures associées, les carrés doivent être au minimum de 25 m2, les densités
de certaines espèces étant faibles.
Le rendement obtenu lors de la réalisation d’un carré de rendement ne correspond
jamais au rendement agricole pour plusieurs raisons :
. il n’y a pas de pertes à la récolte,
. le rendement varie d’un endroit à l’autre de la même parcelle car les facteurs du
rendement ne sont pas les mêmes :
- la profondeur et la nature du sol,
- les densités,
- les techniques culturales pratiquées,
- la date de réalisation de ces techniques,
- le matériel végétal utilisé.
l Localisation et nombre des carrés de rendement
Lorsque l’on réalise un diagnostic sur une culture dans une petite région, on est
amené à comparer les rendements obtenus dans différentes parcelles.
Pour que la comparaison entre deux parcelles aboutisse à des conclusions, il faut
que :

188
l le nombre de facteufs variant d’une parcelle à l’autre soit limité. Il est conseillé
pour cela de [Link] parcelles par couple au sein duquel lun seul facteur varie
(par exemple deux ptircèlles ayant subiles mêmes itinéraires techniques mais avec
deux types de terrains diffbrents),
l les parcelles choisiés soient aussi homogènes que possible car, si lavariabilité du
rendement est plus importante à l’intérieur de la parcelle qu’entre les différentes
parcelles étudiées, aucune conclusion ne pourra en être déduite.
Lorsqu’une parcelle est hétérogène, on la divise en plusieurs petites surfaces plus
homogènes appelées stations. La réalisation de carrés de rendement sur ,chaque
station d’une même parcelle permet de comparer des situations où un seul facteur
varie.
Ces comparaisons permettent de porter un jugement sur le8 techniques utilisées
ou sur des différences de milieu (par exemple, bas de pente et haut de pente).
Dans chaque station ou parcelle homogène, N carrés de rendement doivent être
réalisés. Pour être représentatifs, ces carrés de rendement sont choisis au hasard
-(par exemple, par tirage au sort de N endroits à partir d’un quadrillage préalable
de la station). Le nombre N dépend de la culture ,étudiée, des observations à
réaliser et de la taille de la station (2 à 5 carrés de 1 m2 poUr le riz).

Lerendementdes L’association de plusieurs espèces différentes est pratiquée par tous les paysans
associationsde haïtièns. cette pratique complique beaucoup l’ir$erprétation des rendements et
leur comparaison (on ne peut pas additionner des productions d’espèces différen-
cultures tes !). Les méthodes doivent être adaptées à chaque type d’association.

LAVARIABILITÉ Pour la même saison de culture, les rendeme,nts sont difféients d’une parcelle à
l’autre, d’une région à l’autre. Ces variations sont dues à dei différences de milieu
DU RENDEMENT
(climat, sol, topographie, attaques de parasites) ou de techniques (dates de semis
Variabilitédans -ou de sarclage différentes par exemple). Ces variations peuvent aussi exister au
l’espace sein de la même parcelle.

Figure 78 : rendements
mesurés sur 15 parcelles
paysannes de maïs semées
en avril et récoltées en juillet
1985, dans 2 villages de la
Plaine d’Aquin.

Dans les associations de


cultures, l’interprétation des
rendements est plus difficile,
maïs et vigna dans la Plaine
du Nord (photo D. Mermet).

Variabilité Sur la même parcelle, avec les mêmes techniques et les mêmes variétés, les
dansle temps rendements changent d’une année à l’autre. Cela est essentiellement dû aux
conditions climatiques (auxquelles sont liées aussi certaines attaques parasitai-
res) et aux interactions techniques-milieu dont le résultat dépend du climat.

No Parcelle Rdt 1979 Rdt 1980 I Rdt 1981

Clé0 1 20,7 4,2


Clé0 2 18,8 296
Admon 1 60 14,7
Porismé 1 8x7 0
Porismé 2 615 990
Fritz 1 10;8 10,9
Fritz 2 55 6-7
L’APPRÉCIATION
DU L’agriculteur apprécie le résultat d’une culture en fonction des objectt-fs qu’il a
assignés à cette culture. Ces objectifs peuvent être atteints avec des rendements
RENDEMENTPARLE
différents et des coûts de production différents. Dans l’appréciation du rendement,
PAYSAN Yagriculteur tient compte en particulier :
l de la destination de la production,
l des moyens de production mis en oeuvre.

l Dans les zones non irriguées de la plaine de l’Artibonite, l’association patate-pois


Destinationde
laproduction congo est assez fréquente. La patate est destinée àlavente, expédiée en sacs à Port-
au-Prince. Dans ce cas, le paysan cherche à ce que toutes les patates arrivent à
maturité en même temps et ne plante donc qu’une seule variété. Lepois congo est
autoconsommé.
l Dans les mornes d’altitude, on cultive surtout la patate douce pour l’alimenta-
tion de la famille. Le paysan cherche alors à étaler ses récoltes et plante un mélange
de variétés de diverses précocités (jusqu’à 10 variétés).
l L’opération qui consiste à récolter tous les tubercules en même temps est
désignée: «Batpatat». Celle qui consiste à récolter au fur et à mesure des besoins
est désignée: «fouyé patat».
La présence sur un même champ d’espèces et de variétés à cycles de diverses
durées répond aux objectifs de la plupart des paysans pour de nombreuses
cultures:
l étaler au maximum les récoltes dans le temps,
l répartir les pointes de travail,
l résoudre en partie les problèmes de stockage.
L’amélioration génétique, ou l’introduction de nouvelles variétés (ou espèces) dans
une région doivent en tenir compte.
Certaines espèces sont cultivées à la fois pour la vente et pour Yautoconsomma-
tion ; la part de la récolte qui est vendue est alors déterminée par les besoins
monétaires du moment (médicaments, écoles...). Les productions peuvent avoir
d’autres buts :
l alimentation animale,
l engrais vert, ~
l production de plants ou de semences,
l production artisanale (bois),
l conservation des sols.
Certaines peuvent avoir plusieurs destinations.

Productivitédes Ce n’est pas toujours le rendement, en terme de production par unité de surface,
moyensdeproduction qui intéresse le paysan. Pour le pois, par exemple, il mesure la prqductivité des se-
,mences qu’il a investies:
«X marmites de semences me donne y marmites de pois à la récolte».
C’est alors le rapport x/y : récolte sur semences utilisées qui est important et
significatif pour lui. ceci est d’autant plus vrai que le prix des semences est élevé
et qu’il y a des terres disponibles.
On peut aussi mesurer le rendement en fonction :
l du’rendement ,de la main-d’œuvre,
. du rendement de l’engrais ou de l’eau : on parle alors plutôt d’efficience ou
d’efficacité.

Rendementsur les Quand un paysan prend une parcelle en métayage; une part de la production
parcellesen métayage revient au propriétaire. Dans ce cas, le rendement des moyens qu’il investit dans
la mise en culture est plus faible que pour une parcelle qui lui appartient. Par
exemple, un paysan investit 100 heures’ de travail dans une parcelle dont la
production récoltée a une valeur marchande de 100 gourdes. Si la parcelle lui
appartient, il peut vendre toute la récolte. Il obtient ainsi 100 gourdes et la
rémunération de son travail est de 1 gourde de l’heure. En revanche, s’il a pris une
parcelle en métayage, seule la moitié de la récolte lui appartient et sa vente ne lui

190
rapporte que 50 gourdes. Dans ce cas, la rémunération de’son travail est de 0,5
gourde de l’heure soit deux fois moindre (les rendements par unité de surface sont
identiques).
La notion de productivité des moyens de production est importante car elle
conditionne en permanence les choix techniques que font les paysans.: «si je mets
cinq marmites d’engraisdans mon jardin, combien de marmites de pois supplémen-
taires cela va-t-il me rapporter ?)A

L’ANALYSE DES Le rendement ne permet qu’un jugement global de la culture, correspondant a son
COMPOSANTES DU état final, et l’on peut obtenir le même rendement avec, des techniques très
différentes. Or, le rendement est la résultante des interactions qui se sont établies
RENDEMENT entre le sol, le climat et ‘les plantes tout au long du cycle de la culture.
Lors d’un diagnostic, l’intérêt est d’analyser la façon dont le rendement a été ob-
tenu, de comprendre ce qui s’est passé sur la parcelle durant la culture. Dans cet
esprit, la décomposition du rendement en plusieurs composantes, participantl’une
après l’autre a son élaboration, est d’une grande utilité.
Nous pouvons décomposer par exemple le rendement du riz comme suit. Il est égal :
l au poids des grains/m2
l ou au nombre de grains/m2 x poids moyen’ d’un grain
l ou au nombre de pieds/m2 x nombre d’épis/pied x nombre de grainskpi x poids
d’un grain.
Chacune de ces composantes est déterminée à une période définie du cycle et
constitue donc un témoin de ce qui s’est passé durant cette! période.
L’analyse des composantes du rendement sur’une parcelle permet de retracer, en
quelque sorte, l’histoire de la culture ; de rechercher les éléments qui ont été
déterminants durant telle période du cycle et qui ont donc limité la valeur de telle
composante.
Cette méthode de diagnostic est aussi bien adaptée aux parcelles expérimentales
qu’aux parcelles paysannes.
Très souvent, la seule comparaison du rendement entre les parcelles ne permet pas
d’émettre une conclusion car il n’existe aucune liaison directe entre une
technique et un rendement.
Les techniques employées modifient l’état du milieu et le rendent plus ou moins
favorable à la culture en place. Les effets d’une même technique sont variables
selon les conditions de climat et les interactions avec le sol. Les relations à étudier
sont donc du type :
Techniques x Milieu - Composantes du rendement
ou:
Techniques - Etat du milieu - composantes du
t t rendement
climat climat

L’analyse de ces relationsnécessite d’une part une bonne connaissance de la plante


considérée, de ses besoins et de son processus d’élaborati,on durendement et,
d’autre part, un suivi de la culture et des états du milieu en fonction des techniques
appliquées.
Ainsi, par un suivi minimal des parcelles des agriculteurs, complété par des
enquêtes sur les techniques culturales, on peut aboutir à :
l une identification des problèmes rencontrés au niveau de la parcelle. Mettre en
évidence le ou les facteurs qui limitent telle composante du rendement ;
l une comparaison des effets de différentes techniques et à discuter leur choix. Il
faut alors pouvoir faire la part des effets propres de ces techniques et de leurs
interactions avec le milieu et les autres techniques ;
l une hiérarchisation des facteurs limitants les rendements d’une culture au
niveau d’une petite région (climat, sol, techniques);
l une prévision des effets possibles de l’introduction de nouvelles techniques. A
partir de cette analyse, des solutions adaptées aux problèmes identifiés et aux
techniques employées peuvent être recherchées.

191
Croissance et
développementdes
plantes cultivées
LA VIE D’UNE PLANTE
LES TROIS PHASES DE On distingue :
l une première période durant laquelle la plante se ramifie, multiplie ses organes
LA VIE D’UNE PLANTE
végétatifs : tiges, feuilles, racines, c’est lapériode végétative,
l ensuite, la plante fabrique les organes dans lesquels la matière sèche s’accumu-
lera ultérieurement, c’est lapériode reproductrice,
l enfin, la plante accumule de la matjère sèche dans les organes fabriqués
précédemment, c’est la période de remplissage des grains pour les céréales et
légumineuses; elle débute après la floraison et fécondation.
Le début de la période reproductrice n’entraîne pas forcément l’arrêt de la
production d’organes végétatifs. Ainsi on distingue:
l les plantes déterminées pour lesquelles la période végétative et la période
reproductrice ne se chevauchent pas comme par exemple le maïs,
l les plantes indéterminées pour lesquelles durant une partie de leur cycle les trois
périodes se chevauchent. C’est le cas deslégumineuses ou on distingue en début
de cycle une période végétative stricte puis une période végétative et reproductrice.

Le maïs

Figure 79 : le cycle végétatif et


reproducteur du maïs.

NB : Durant la période
reproductrice, les organes
reproducteurs sont fabriqués
mais ne sont pas visibles. Ils
n’apparaissent qu’à la
floraison. La fécondation qui
suit immédiatement la
floraison, marque la fin be la
période reproductrice et le
debut de la période de swiis
remplissage du grain.

Le manioc
Dans le cas des plantes à tubercules, la floraison a peu d’importance. Pour le
manioc, les organes dans lesquels s’accumulent les réserves sont des racines qui
tubérisent. C’est cette période de tubérisation qu’il faut considérer et qui suit la
période végétative.
Le début. de la période reproductrice n’entraine par l’arrêt de la production
d’organesvégétatifs; il y a chevauchement des deux périodes. Ainsi, durant le
remplissage des tubercules, la plante continue d’émettre de nouvelles feuilles.

192
On distingue quatre phases principales dans le développement du manioc :
l La reprise : c’est une phase relativement courte (3 semaines) caractérisée par
l’émission des premières racines et le départ du ou des bourgeons végétatifs de la
bouture.
l L’installation : durant cette phase qui dure 1 mois à 1 mois et demi, la plante
vit principalement de ses réserves, la croissance des racines est beaucoup plus
rapide que celle des tiges et feuilles.
l Développement aérien : c’est une période de multiplication et de croissance
active des tiges et des feuilles. On considère que cette phase prend fm lorsque la
plante a atteint sa surface foliaire maximum (nombre et taille des feuilles). Cette
phase dure 1 mois et demi à 2 mois.
l Développement des tubercules : à trois ou quatre mois, la plante n’augmente
plus son nombre de feuilles mais les remplace régulièrement. Trois à cinq
tubercules se mettent à grossir; leur croissance diminue six-a huit mois après la
plantation. Après deux ans, les tubercules peuvent se lignifier et pourrir.

LA DURÉEDEVIEDES On distingue deux types de plantes :


PLANTES l les plantes annuelles dont la vie se termine après la première floraison et
fructification. Ce sont les plantes dites saisonnieres dont le cycle varie de quelques
mois à 1 an. C’est la cas des céréales (riz - maïs) et des petites légumineuses
(haricots; pois inconnu; arachide).
l les plantes pluriannuelles (on dit aussi vivaces ou pérennes). Leur vie
comporte plusieurs floraisons et fructifications; c’est le cas de tous les arbres et de
nombreuses plantes telles que la canne à sucre, le piment, le sisal, le vétiver.
Certaines plantes, ou variétés de plantes, sont cultivées comme des plantes an-
nuelles alors qu’elles sont pérennes à l’état sauvage : le manioc, la patate douce
sont des plantes vivaces dont on interrompt la vie par la récolte qui nécessite
l’arrachage de la plante. Le pois Congo, souvent cultivé comme plante annuelle,
peut fournir une récolte plusieurs années de suite si les conditions de milieu sont
favorables. Le temps qui s’écoule entre le semis ou la plantation et la dernière
récolte est le cycle cultural, il peut être différent de la durée de vie des plantes.
Dans la vie d’une plante on distingue : sa croissance qui est son accrois-
sement en taille et en poids et son développement qui correspond à
l’initiation et l’apparition de nouveaux organes.
Croissance et développement ne doivent pas être confondus. Leurs significations
agronomiques sont très différentes; par exemple :
l un déficit hydrique ralentit la croissance, mais pas le développement. (Sauf cas
extrême : mort de la plante),
l une température supérieure à la température optimale de végétation peut
ralentir la croissance mais pas le développement,
l la croissance est proportionnelle aux facteurs de croissance (à l’assimilation
nette), fe developpement à la température et/ou(la photopériode.

LA CROISSANCEDES PLANTES CULTIVÉES


QU’EST-CE
QUELA La croissance est l’augmentation en dimension de la plante. Elle résulte de deux
CROISSANCE? phénomènes : l’augmentation en dimension de chacun des organes après leur
initiation, et celle du nombre des organes de la plante (nombre de feuilles par tige,
nombre de tiges par pied). C’est en fait une production de matière sèche.
Laproductionde
matièresèche: La quantité de matière sèche produite par un végétal est le résultat d’un bilan
l’assimilationnette entre la photosynthèse et la respiration (voir page 18 1). C’est Z’assimilation nette.
Lorsque la quantité de matière sèche produite par la photosynthèse est supérieure
à celle qui est dégradée par la respiration, l’assimilation nette est positive : il y a
croissance.
Maïs et manioc cultivés en association
La croissanced’un pied de maïs peut être estimé par sa hauteur et le diamètre de sa tige à la base (photos G. de Laubier).

(Matière sèche produite par la photosynthèse)


- (Pertes de matière sèche par respiration)

= (matière sèche réellement produite)


= assimilation nette (ou photosynthèse nette)

La respiration est continue alors que la photosynthèse n’a lieu que le jour et varie
en fonction de l’éclairement comme le montre la figure 80 ; un éclairement
minimum est nécessaire pour que l’assimilation nette soit positive (point de
compensation).

Figure 80 : l’assimilationnette varie avec l’éclairement.


Figure 81 : effet de la température sur la production de matière sèche de la tomate (d’après Bierhuizen, 1973).

pho~osydhè~sbrub

. . . . . . . . . . -.-mimik%o~
..--. . . . . .nette
. . . *. ..-
Actionde la La photosynthèse et la respiration varient en fonction de la température avec des
températuresur optima thermiques différents pour ces deux activités.
La respiration est plus sensible aux variations de température et son optimum
l’assimilationnette thermique est (pour la plupart des plantes) plus élevé que celui de la photosyn-
thèse.
Il existe donc une température pour laquelle l’assimilation nette est maximale :
c’est la température à laquelle l’écart entre la photosynthèse et la respiration est
le plus grand (voir la figure 81).

La mesurede la La croissance d’une plante se mesure de différentes façons, mais dans tous les COS
croissance c’est la quantité de matière sèche produite que l’on cherche à déterminer, directe-
ment ou indirectement :

l Mesure directe de la matière produite :


. soit on pèse la matière sèche; mais il faut que les plantes récoltées soient correc-
tement séchées, ce qui est délicat pour des quantités importantes,
. soit on pèse la matière verte récoltée et on en déduit le poids en matière sèche. On
sèche alors à l’étuve un échantillon des plantes que l’on pèse avant et après. Le rap-
port poids sec/poids humide obtenu est le taux qu’il faut appliquer au poids de
matière verte pour connaître le poids de matière sèche. On ne peut pas comparer
des poids de matières vertes. Mais cette méthode est destructive et pose de ce fait
souvent problème car : les plantes n’existent plus pour des mesures ultérieures.

l Mesure indirecte de la matière sèche produite :


. On mesure la hauteur de la plante, et son diamètre à la base et on applique à ces
mesures une formule de regression permettant d’en déduire le poids de matière
sèche. Ces dimensions sont corrélées à la matière sèche des parties aériennes
jusqu’à la floraison. Cette méthode permet de faire plusieurs mesures sur les
mêmes plantes mais nécessite que les corrélations aient été établies auparavant
en station par mesures directes.
A Petite Rivière de Nippes, des formules de régression du type :
log (matière sèche) = a + b log (hauteur) + C log (diamètre),
ont été mises au point pour étudier la croissance de certaines variétés de maïs,
sorgho et pois Congo. Une formule ne peut être utilisée que pour la variéte et les
conditions de milieu pour lesquelles elle a été mise au point.
Une mesure de croissance en fonction du temps permet de déterminer une vitesse
de croissance et d’établir une courbe de croissance qui servira au diagnostic de la
culture.

Facteurset conditions Pour qu’une plante ait une bonne croissance, il faut que ses besoins et ses exigences
de la croissance soient satisfaits. Cela dépend du milieu et des techniques employées par le paysan.
l Les facteurs de croissance sont les éléments du milieu qui interviennent dans
la fabrication même de la matière sèche. Ce sont : l’énergie lumineuse, l’eau, le gaz
carbonique et les éléments minéraux. Il existe des liaisons quantitatives entre
facteurs et croissance.
l Les conditions de croissance sont les caractéristiques du milieu qui influent
sur le fonctionnement de la plante. Ce sont : la température, l’aération des racines,
la structure du sol qui permet l’enracinement. Les liaisons entre conditions et
croissance sont qualitatives.
L’eau est àlafois condition et facteur. Facteur car élément constitutif de lamatière
sèche et condition car elle permet l’absorption et le transport des autres facteurs
et les échanges gazeux.
11 est nécessaire pour une plante, que les facteurs de croissance soient disponibles
dans le milieu en fonction de ses besoins et qu’elle soit capable de les utiliser. Les
conditions du milieu doivent donc permettre son bon fonctionnement. Les besoins
d’une plante évoluent dans le temps en fonction de sa vitesse de croissance et de
son stade de développement. A chaque fois qu’un besoin n’est pas satisfait, on dit
qu’il y a un facteur limitant.

195
LE DÉVELOPPEMENTDES PLANTES CULTIVÉES
BIENCONNAîTRE Le développement, c’est l’ensemble des modifications qualitatives de la
LESCYCLESDE plante correspondant B l’initiation et à l’apparition de nouveaux organes
(racines, tiges, feuilles, fleurs, puis fruits et graines).
DÉVELOPPEMENT
La connaissance des cycles de développement des plantes permet :
l de connaître les possibilités de cultiver telle espèce ou telle variété dans une
région donnée en fonction du climat,
l de mieux choisir une date de semis en fonction des données climatiques et du
cycle des plantes,
l de choisir une variété en tenant compte des calendriers culturaux pratiqués par
les paysans,
l d’analyser les possibilités d’introduction d’une nouvelle espèce dans une région,
l de connaître l’évolution des besoins d’une culture dans le temps,

A Madian, sur la presqu’île Sud, les paysans disposent de plusieurs variétés de


maïs au cycle de développement de durée différente sont :
l le maïs «alizaine» qui fleurit à 60 jours et termine son cycle à 100 jours,
l le maïs «gros bougon», qui fleurit à 85 jours et termine son cycle à 135 jours.
Selon la date de semis (avril à mai) et la variété utilisée, les risques de voir se
dérouler la floraison (phase sensible) durant la petite période sèche de juin-juillet
sont différents. C’est la connaissance des cycles de développement de ces variétés
qui permet de les choisir en fonction des dates de semis possibles.

Les différents organes de la plante ont chacun une vie propre avec différents
stades :
l induction : la plante devient capable de fabriquer un nouvel organe.
l initiation : la plante commence à construire cet organe par différenciation
cellulaire. ce stade est suivi par une période de croissance active de cet organe.
Les différents stades déterminent au cours de la vie dune plante des phases au
cours desquelles ses exigences vis-à-vis du milieu varient.
l l’optimum thermique du haricot est de 25”C, ce qui explique qu’il est surtout
cultivé en altitude,
l le manioc ralenti sa croissance à partir de 40°C.

Lessommesde Le temps qui s’écoule entre l’apparition de deux stades phénologiques (par
températurescomme exemple levée et floraison) détermine une vitesse de développement.
Ainsi le maïs «aZizaine» qui fleurit à 60 jours a une vitesse de développement
mesurede la vitessede supérieure à celle du maïs <gros bougon» qui fleurit, dans les mêmes conditions, a
développement 80 jours. On dit qu’il est plus précoce.
Cette vitesse dépend particulièrementde la température et pour certaines varié-
tésde la durée du jour (cas des variétés photopériodiques).
On constate expérimentalement que si I’on exprime le temps qui s’écoule entre
deux stades pour une même variété en somme de températures, celle-ci est
pratiquement constante d’une année sur l’autre ou entre deux lieux. Et inverse-
ment, une même variété aura un cycle de développement plus long lorsque les
températures moyennes journalières seront plus basses.

196
La précocitévariétale A l’intérieur d’une même espèce, on distingue des variétés hâtives (ou précoces) et
des variétés tardives.
A la même température, les variétés hâtives réalisent leur cycle de développement
en un temps plus court. Pour comparer la précocité de plusieurs variétés, on s’ar-
rangera pour qu’elles soient semées à la même date et on pourra alors comparer
leur cycle en nombre dejours. Sinon, on les comparera en sommes de températures.

Calcul dine Somme de température 690 = n (27,25 - 10)


donc n = 690/(27,25 - 10) = 40 jours
somme‘de = t (Tj-TO) (10 est le zéro de végétation du maïs).
I
température: n : nombre de iour entre les deux stades Si la température durant cette même phase est
considérés. - de 21,5”C. en moyenne (haute altitude) sa
Tj : temperature moyenne du jour j durée sera de :
T, f zéro de végétation de l’espèce.
n = 690/(21,5 - 10) = 60 jours
Exemple : la somme de température dont a
besoin le maïs ualizaineB>
a partirdu semis pour En effet, les observations ont montré que le
commencer à fabriquer ses fleurs est de maïs «alizaine~~réalisait son cycle en 3 mois a
690%. jour (phase végétative). Madian (niveau de la mer) et en 5 a 6 mois à
Salagnac (800 m.). De’la même façon, une
Si la température moyenne durant cette phase même variété de manioc aura un cycle plus long
est (basse altitude : Madian) de 27,25X. le en altitude qu’en plaine.
temps qui s’écoulera durant cette phase est :

Souvent, un paysan cherche à cultiver plusieurs variétés de précocité’différente


pour étaler sa récolte dans le temps et limiter les risques face aux aléas climati-
ques. C’est ainsi que l’on trouve courammentjusqu’à 10 variétés de patates douces
dans une même parcelle de paysan, ce qui lui permet d’en recolter durant la plus
grande partie de l’année.
En Haïti, les températures varient peu d’une année, sur l’autre, cela permet de
prévoir facilement une date de récolte pour une date de semis données et pour une
variété connue.
En revanche, les températures varient d’une région a l’autre, surtout avec l’alti-
tude. Il sera donc nécessaire de dresser une carte des variétés cultivées et
utilisables dans les différenteszones climatiques (les autres conditions, et surtout
la pluviométrie, doivent être aussi considérées).

Durant la période de floraison,


le riz est particulièrement
sensible a un manque d’eau
ou à une trop forte chaleur
(photo M. Bonnefoy).

197
Let hermopériadisme Certaines espèces ont besoin de subir des’températures particulières pour initier
certains organes. Par exemple la tomate a une floraison beaucoup plus abondante
lorsque l’écart de température entre le jour et la nuit est de 10 à 12 degrés C : c’est
le thermoperiodisme journalier.

ACTIONDELA Le photopériodisme est la sensibilité des plantes à des durées variables du jour et
LONGUEUR DU JOUR: de la nuit. Cette durée influe sur le développement de certains organes comme la
floraison ou la tubérisation.
LE PHOTOl%RIODISME
On divise classiquement les plantes en trois catégories selon leur réaction à la
longueur du jour :

Lesplantesde jours Elles mettent en train leur floraison (ou leur tubérisation) lorsqu’elles ont subi un
courts certain nombre de nuits plus longues qu’une durée donnée (ou jours inférieurs à
une durée donnée).
Ce sont en général des plantes d’origine tropicale dont la floraison se trouve ainsi
placée a la fin de la saison des pluies. Leurs graines mûrissent à temps pour germer
au début de la saison des pluies suivante. Il existe unphotopériodisme strict : c’est
le cas [Link] plupart des variétés de sorgho et depois congo cultivées en Haïti et qui
ne fleurissent que lorsque les jours deviennenent inférieurs à une durée précise.
Lephotopériodismepeut être relatif: c’est le cas du maïs qui a besoin d’une somme
de température plus faible lorsqu’il fleurit en jours courts, mais qui fleurit quand
même en jours longs.

Le degré de photopériodisme est une caractéristique variétale, certaines variétés


de sorgho sont non photopériodiques.
Autres exemples : le manioc tubérise mieux en jours courts. En jours longs, le
développement de ses organes aériens est favorisé par rapport à celui des
tubercules.

Lesplantes Elles peuvent former leurs organes en toutes saisons, quelque soit la longueur du
indifférentes jour.

Lesplantesde Elles fleurissent après avoir subi un certain nombre de jours plus longs qu’une
jours longs durée donnée. Ce sont en général les plantes des régions tempérées dont la
floraison ou la tubérisation se trouvent ainsi placées en été. On peut cultiver en cli-
mat tropical les plantes de jours longs dont les parties aériennes sont consommées,
et non les fruits.

198
La plupart des variétés de sorgho cultivéesen courbe suivante montre la corrélation qui existe
Le sorghd : effets Haïti sont photopériodiques : leur floraison a lieu entre la duree du cycle et le rendement par pied.
combinés de la en periode de jours courts. A Petite Riviere de Chaque point est une date de semis différentes.
Nippes (côte nord de la presqu’île sud), sur une La photopkode agit en liaison avec la
températureet de centaine de parcelles paysannes qui ont été temperature. Le sorgho a besoin d’une somme
la photopériode suivies : de température en un temps donne pour pouvoir
lles dates de semis etaient Ataléesde la fin mai fleurir.
à la fin août (sur 3 mois),
lmais toutes les parcelles avaient atteint 50 % ConSéquences pour le paysan
de floraison entre le 13 et le 16 novembre (sur
II existe une relation entre la somme des
une semaine) et étaient récoltées en janvier.
températures du semis à l’épiaison et le
Les résultats d’expérimentationsréalkees au rendement du sorgho. Pour une variété donnée,
Tchad nous montrent comment secomportent il existe une valeur optimale de la somme des
des variétés de sorgho photopériodiques températures, déterminant une productivité
semées à intervallesd’un mois : maximale. II est donc possible en étudiant cette
plus le sorgho est seme tard, plus la pkode
l relation d’en déduire pour une variete donnée,
végétative est courte. La quantité de matiere dansune région donnée, une date de semis
sèche fabriquée est plus faible,#lasomme de optimale.
température accumulée entre le semis et la
floraison diminue, Remarque : le choix de la date de semis par le
on constate aussi que le nombre de feuilles
l paysan tient compte surtout de la date d’arrivee
fonctionnelles et le nombre de grains par des pluies. Le rendement du sorgho est aussi
panicule diminuent avec la durée de l’intervalle déterminé par la quantité d’eau reçu durant son
semis-épiaison.‘Pourles semis réalisesà partir cycle et la répartition de cette pluviométrie (cas
de septembre, les rendements sont nuls. de régions ou l’eau est le principale facteur
A partir des données du tableau précédent, la limitant).

Données sur [Link]


développement et les
rendements de variétés tardives
et photopériodiques de sorgho
au TCHAD
(d’après Cocheme et Franquin,
1967).

Nbre de feuilles 1 &O

Courbe de productivité d’un


sorgho tardif en fonction ‘de la 1 pwrépi ..
somme de températures entre Avril
AWII
le semis et l’épiaison A
A Ml.-+-.-’
(d’après Cochemé et Franquin, -800 .-:
1967). -600
,..@Jcrin
.’
AM
.i5~illet
-200 ::’

199
L’ANALYSE DE L’ÉLABORATION DU RENDEMENT
L’analyse de la croissance et de l’élaboration du rendement permet de déterminer
quels ont été les facteurs limkants durant les différentes phases du cycle des plan-
tes. Cela nécessite aussi une analyse fine des conditions. du milieu .: climat, sol,
parasites.

L’élaborationdu On distingue quatre phases dans le cycle du maïs :


rendementdu maïs lère phase : au départ, le fonctionnement de la plante dépend uniquement de la
taille de la graine dont les réserves permettent l’établissement des premières
feuilles et des premières racines.
Sème phase : durant la phase végétative, la plante fabrique ses cupteurs : les feuil-
les captant I’énergie lumineuse et le CO,,‘les racines captant Yeau et les éléments
minéraux. C’est durant cette phase qu’est déterminé le nombre de feuilles total.
3ème phase : c’est la période reproductrice ; le fonctionnement de la plante assure
l’extension de ses feuilles et racines et la fabrication des organes reproducteurs
(fleurs mâles et femelles). Durant cette phase, s’élabore le nombre de fleurs, donc
de futurs grains.
A lieu ensuite la fécondation ; le nombre de grains est déterminé par le nombre de
fleurs formées et le taux de fécondation.
4ème phase :dans la dernière phase; après fécondation, la plante ne fabrique plus
ni feuille, ni racine. Son fonctionnement assure uniquement l’accumulation de
matière sèche dans le grain.
Le rendement du maïs peut se décomposer ainsi :

poids de grains nb de grains


Rendement = = x poids d’l grain
surface surface

Le nombre de grains par unité de surface et le poids d’un grain sont des
composantes du rendement (voir p. 193) :
l le nombre de grains/m2, noté NG/m2, s’élabore entre le semis et la floraison
femelle,
l le poids moyen d’un grain, noté PlG est déterminé entre la floraison femelle et
la maturité.

l Interprétation de ces valeurs


Le poids moyen d’un grain (PlG) est lié aumnombre de gruinslm2 (NG/m2); on ne
peut donc juger de sa valeur qu’en fonction du nombre de grains/m2.
Le poids maximum que peut atteindre un grain est défini par lavariété (génotype).
Lorsque le nombre de grains formés est supérieur à un seuil NGx/m2, le poids d’un
grain ne peut plus atteindre son niveau maximum, même si les conditions
d’alimentation minérale et hydrique ne sont pas limitantes. C’est le rayonnement
(lumière) reçu qui devient insuffisant,pour satisfaire la demande de croissance
exprimée par le nombre de grains.
Ainsi, à toute augmentation de NG/m2 au delà du seuil NGx/m2 correspond une
diminution de PlG. Mais cette diminution n’affecte pas le rendement. Le rende-
ment potentiel (maximum) permis par le rayonnement et !a variété est une
constante telle que: Rdt max.= NG/m2 x PlG; d’où la courbe de la figure 82 :
. Si le poids moyen d’un grain est jugé trop faible (C et D)
On s’intéressera à rechercher quels ont été les .facteurs limitants durant’ la
dernière phase. Cela n’est possible que si l’on a bien déterminé cette période et les
conditions de milieu correspondantes : alimentation en eau, maladies ou parasi-
tes... Cela peut être aussi la conséquence d’une récolte réalisée avant maturité.
. Si le,nombre de grain est faible (A et D>
Soit un ou plusieurs facteurs ont été limitants entre le semis et la floraison ; soit
la densité était trop faible, soit il y a eu une mauvaise fécondation; ces causes
pouvant se cumuler.

200
Figure 82 : relation entre le
poids moyen d’un grain et le
nombre de grains par m*.

On peut resituer par rapport à


cette courbe les valeurs
mesurées sur les parcelles
paysannes suivies:
- en A, la culture n’a pas formé
assez de grains, il faut donc
essayer-de comprendre
pourquoi;
- en B, le nombre grains/m* et
le [Link] d’un grain sont
suffisants; [Link]
potentiel est atteint;
- en C, NG/m* est suffisant
mais Pl G est trop faible et il
faut en rechercher la cause;
- en D, ,le rendement est limité
a la fois par le NG/m* et le
PlG.
:

Il est nécessaire alors de préciser le diagnostic en décomposant A son tour le


j nombre de grains par mètre carré en autres composantes du rendement :
-.
nbre de grains/m 2 = nbre de pieds/m2 x nbre d’épis par pieds
x nbre de grains par épi.
NG/m2 = NP/m2 x NE/P x NG/E

9 Si le nombre de pieds est faible, ce qui est facilement mesurable, on recherche-


ra la cause de cette faible densité : nombre de grains semés, qualité des semences,
conditions de germination.
Si le nombre de grains par épi est faible : soit il y a eu une mauvaise fécondation;
l

il faut alors connaître les conditions climatiques durant cette période; soit la croks-
sance durant la période semis-floraison a été mauvaise, le poids de matière lsèche
à la floraison est alors réduit, ce dernier peut être facilementmesuré (cf. fig.-W.
Les pieds sans épi résultent de situations particulièrement limitantes ou d’acci-
dents.

Les composantes du rendement du maïs sont On pèse les grains récoltés et on obtient :
Déterminationdes l

les suivantes : 3.600 grammes, soit 144 grammes par m*.


comDosantesdu - nombre de DiedsDar mètre carré : NP/m* On @se 3 fois 500 grains pris au hasard et on
- nombre d’épis par pieds : NE/P obtient le poids moyens des 3 pesées =
rendementdu - nombre de grains par épi : NOIE 90 grammes.
maïs - poids moyen d’un grain : Pl G On en déduit :
- le poids moyen d’un grain : 901500= 0,18 gr.
ona donc: - le nombre de grains par m* :
Rendement (en glm2) = (144 x 500)/90 = 800 grains/m*
NP/ti x NBP x NGIE x Pl G - le nombre de grains par épi : 80013 = 267
l Exemple sur un carre de 25 m* : grains par épi
- on compte 75 pieds soit : nombre de pieds par Le rendement se décompose donc ainsi :
m2=3
Rendement =
- chaque pieds à un épi : nombre d’épis par
3P/m*xl P/Ex267G/Ex0,18gr.=144g/m2
Dieds = 1
soit 1440 kg/Ha.

201
NOTION DE PHASES Certains organes sont particulièrement sensibles aux conditions’de milieu. C’est
CRITIQUES le cas des fleurs pour les céréales et les légumineuses. Si les conditions du milieu
provoque la mort des fleurs pendant la phase critique, cela conduit à une chute
irréversible du nombre de grains donc du rendement.
l Le maïs
La sensibilité du maïs àla sécheresse varie au cours de son cycle. Elle est maximale
durant la quinzaine de jours qui précèdent la floraison femelle et la semaine
suivante : si l’on mesure un faible nombre de grains par épi lors d’une analyse, de
rendement, il faut étudier les conditions climatiques lors de cette phase critique.
Un déficit hydrique sans conséquences sur le rendement durant les cinquante
premiers jours de végétation peut faire chuter le rendement de plus de 50 % s’il a
lieu lors de la phase critique.
Pour toutes les céréales (riz, mil, sorgho); une mauvaise alimentation en eau
durant la période entourant la floraison fait chuter considérablement-le rende-
ment.
l Le riz
l De mauvaises conditions de température, d’éclairement ou d’alimentation en
eau durant la période de formation des panicules (25 jours avant la floraison) et la
floraison entraîne un nombre important de fleurs stériles, donc réduit le nombre
de grains par panicule,
l Durant la phase de remplissage des grains, la plante a besoin d’eau pour assurer
la circulation de la sève. Une mauvaise alimentation hydrique ou un fort coup de
chaleur provoquant un déssèchement de,la’plante pendant cette phase empêche
les migrations des réserves vers les grains : on dit qu’il y a échaudage. La période
la plus sensible se situe entre 15 et 20 jours après la floraison. Lorsqu’il y a
échaudage, le poids moyen d’un grain est réduit, il y a une grande proportion de
grains vides.
l Les légumineuses
Pendant la floraison, les légumineuses sont particulièrement sensibles aux mau-
vaises conditions de milieu (fortes températures, sécheresse ou excès d’eau, vent

Figure 83 : le déficit de
rendement occasionné par un STADESDE VÉGÉTATION DÉFICITDEREtJDEMLkËN %
même stress hydrique varie en