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Histoire Pittoresque de La Franc-Maçonnerie Et Des Sociétés Secrètes Anciennes Et Modernes (3e Édition Revue Avec (... )

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Hist oire pit t oresque de la

franc-maçonnerie et des
sociét és secrèt es anciennes
et modernes (3e édit ion
revue avec [...]

Source [Link] / Bibliothèque nationale de France


Clavel, François-Tim oléon Bègue (1798-1852). Aut eur du t ext e.
Hist oir e pit t or esque de la f r anc-m açonner ie et des sociét és
secrèt es anciennes et modernes (3e édit ion revue avec soin...) /
par F.-T. B. Clavel.... 1844.

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d es r ep r o d u ct i o n s n u m ér i q u es d ' o eu vr es t o m b ées d an s l e
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HISTOIRE PITTORESQUE

DE LA

FRANC-MAÇONNERIE.
SAINT-DENIS. — UU'ItUlJJlllli JOE PREVOT ET DUOUAHI).
HISTOIRE PITTORESQUE
BB LA

FRANC-MACONNEROE
ET DES SOCIÉTÉS SECRÈTES

ANCIENNES ET MODERNES;

l'A II

F.-T. B.-CLAVEL.
ILLUSTRÉE

DE 25 BELLES GRAVURES SUIt ACIEH.

TROISIÈME ÉDITION

Jlniie aiec soin i! aiijntii'iili'i' iln f';iil¥ cl 4' liunimeub iioim'^tn.

PARIS.
[Link], ÉDITEUR,
HUE DE SE1N1Î, 14 BIS.

1 SU,
PRÉFACE.

Le succès de ci? livre- a tic beaucoup dépassé nosespérances: deux éditions


successives, tirées à grand nombre d'exemplaires , se sont écoulées en peu de
temps ; et nous sommes heureux de pouvoir constater que le point de vue sous le-
quel nous avons présenté la franc-maçonnerie n'a pas été sans influence sur le
redoublement d'activité qui, depuis lors, s'est- manifesté de toutes parts dans les
loges, et sur la détermination qui a ramené aux travaux maçonniques une foule
d'hommes de coeur et de capacité qui s'en étaient éloignés parce qu'ils n'avaient
pas été mis à même d'en apprécier l'utilité et l'importance. Toutefois ce succès
ne s'est pas établi sans quelques protestations. L'ignorance et la routine, et
d'honorables susceptibilités, trop promptes cependant à s'émouvoir, se sont éle-
vées avec une sorte de violence contre les prétendues révélations que ren-
ferme noire oeuvre. Nous avons été dénoncé au Grand-Orient comme, ayant
violé le serment de discrétion que nous avons prêté en nous faisant initier, et
nous nous sommes vu l'objet des censures de celte autorité maçonnique(l). Une
telle, rigueur devait d'autant plus nous surprendre que prévoyant le reproche
,
d'indiscrétion qui nous serait adressé, nous avions eu la précaution d'y répondre
à l'avance par des arguments suivant nous sans réplique. Voici, en ell'el, ce
, ,
qu'on lisait dans la préface de notre première édition :
« Jl nous a paru indispensable de faire précéder la premièrepartie de notre bis-
Loire d'une Introduction où se trouvent décrits les symboles les cérémonies cl
,
les usages divers de l'association maçonnique, et où les mystères de celte asso-
ciation sont expliqués et comparés avec les mystères de l'antiquité. Et, à ce
propos, nous nous hâtons de remarquer que nous n'avons rien dit qui déjà
n'eût été cent fois imprimé, non-seulement par les ennemis de la société maçon-
nique mais aussi par beaucoup de ses membres les plus zélés et les plus rc~
,
commandablcs , avec l'approbation implicite ou formellement exprimée des
grandes-loges et des grands-orienls.
« Comme une assertion de cette nature, a besoin d'être justifiée , qu'il nous
soit permis de l'appuyer de quelques preuves. Dès 1723 la Grande-Loge de
,

(1)La sentence a été prononcée « la majorité de20 voix conlre ir>. Plus de HiO membres
ayant voix délibôralive n'étaient pas venus siéger.
il PREFACE.
Londres elle-même donnait à plusieurs de. ses membres la mission de réunir et
de publier les statuts, les doctrines , les instructions, et différentes cérémonies
intérieures de la franc-maçonnerie. Ce recueil parut, peu de temps après, sous le
nom du frère Anderson, avec le visa de la Grande-Loge. Toutes les autres admi-
nistrations maçonniques ont traduit ou réimprimé le livre d'Andcrson, ou en
ont publié d'analogues. Le Grand-Orient de France est même allé plus loin.
En 1777, il lit paraître, un journal ayant pour titre : Jilul du Grand-Orient, dans
lequel se trouvaient rapportés et décrils ses travaux les plus secrets. Ce journal
est remplacé, depuis 1813, parla publication des procès-verbaux des deux
l'êtes solstitiales annuelles. On peut y lire les discours des orateurs, lcscomples-
rendus des travaux opérés dans le semestre, cl jusqu'à nos formulaires les plus
mystérieux. De nos jours, il n'y a pas une loge do ce régime qui ne se serve, pour
la tenue de ses assemblées, pour la réception des profanes, des rituels imprimés
de la maçonnerie française. Ces rituels se vendent même publiquement. Ils ont
été insérés en entier dans le tome X des Cérémonies et Coutumes religieuses, de
Bernard Picard, édition de 1809.
« Si quelques membres du Grand-Orient répugnent à ce genre de publications,
la majorité s'y montre favorable, comme étant de nature à propager parmi les
frères les notions Irop peu répandues de la franc-maçonnerie. Cela est si vrai,
qu'il y a quelques années, le Grand-Orientnomma chef de son secrétariat le frère
Bazol, qui avait précédemment mis au jour un Manuel où sont reproduits les ri-
tuels maçonniques (1), et un Tuilcur, où sont rapportés les mots , les signes et
les attouchements de tous les grades; donnant conséquemment, par un tel
choix, une sanction implicite à la publication de ces ouvrages. Cette tendance
du Grand-Orient à favoriser la propagation des connaissances maçonniques s'est
manifestée tout récemment encore d'une manière non moins frappante. Il a au-
torisé, en 1841, par une délibération spéciale, l'impression du Cours interprétatif
du frère ltagon, qui confient l'explication des symboles et des mystères les plus
cachés de la Iraiic-maçonnerie.
« Les autres orients maçonniquesse sont généralement montrés tout, aussi dé-
sireux devoir ces connaissances se répandrepanni les frères de leurs juridictions.
En 1812, la Mère-Loge du riie écossais philosophique autorisa le frère Alexandre
Lenoir à publier son livre intitulé : La franc-maçonnerie rendue à su véritable ori-
gine, où, comme dans l'ouvrage du frère Kagôn , les mystères maçonniques sont
décrits et interprétés. D'un autre côté, le Suprême-Conseil do France, qui comp-
tait au nombre de ses membres le frère Wuillaumc, auteur d'un Tuilcur de tous
les grades, s'empressa, lors de la reprise de ses travaux, en 1821, d'adresser ce
tuileur à tous les ateliers de son régime, qui lui en firent la demande.
«Nouspourrions sans pcinemulliplierles citations de ce genre; mais que prou-
veraient-elles de plus? Les seuls exemples que nous venons de rapporter nous
(1) Rendant compte do ce manuel dans la Gazelle de. France, le 7 février ISIS, Colnel
disait en terminant : « Pour en finir avec le très clier frère lîazot, j'ajouterai que son ma-
nuel apprendra aux profanes tout ce qu'ils peuvent désirer de savoir sur la franc-maçonnerie.»
PRÉFACE. m
autorisaient suffisamment à publier noire Introduction, Il nous paraissait évident
que ce que d'autres avaient l'ait avant nous, que ce que les grands-orientsavaient
approuvé ou toléré, nous était également permis. Dès lors, toutes nos hésitations
ont cessé, tous nos scrupules se sont évanouis. Cependant, nous nous sommes
abstenu d'aborder certaines matières qui nous semblent devoir rester voilées;
nous nous sommes gardé de même avec soin de décrire aucun des moyens qui
servent aux. francs-maçonsà se reconnaître entre eux.
« On objectera que les livres dont- nous parlons n'étaient destinés qu'aux seuls
membres de l'association maçonnique. Cela est vrai ; et c'est pour eux seuls aussi
que nous avons écrit. Biais , de même que les auteurs de ces livres ne pouvaient
répondre qu'ils ne tomberaient pas entre des mains profanes, nous ne garantis-
sons pas non plus que le nôtre échappera à cette destinée commune à tout ce qui
est imprimé. Au reste, à parler franchement, nous n'y verrions pas un inconvé-
nient bien grave. Le secret de la franc-maçonnerie ne réside pas les frères in-
,
struits le savent bien, dans les cérémonies et les symboles. Quel danger y aurait-
il donc à ce que les profanes apprissent de nous-mêmes ce que nous sommes,
ce que nous faisons et ce que nous voulons? Ne serait-ce pas une réponse victo-
rieuse à toutes les plaisanteries, à toutes les calomnies qu'on a répandues sur
notre compte? Une telle publicité ne pourrait même qu'être favorable à la franc-
maçonnerie, et lui attirerait certainement de nombreux prosélytes (1). 11 esta
remarquer, en effet, que l'immense développement qu'a pris notre société date
seulement de l'époque où le livre d'Anderson a soulevé pour le public le voile
épais qui avait couvert jusque-là les mystères maçonniques. »
Au reste si les considérations qui précèdent n'ont pas été assez puissantes
pour démontrer au Grand-Orient la non-culpabilité de notre oeuvre, nous avons
été amplement dédommagé de-la sévérité qu'il a déployée à notre égard, parles
témoignages d'intérêt que nous avons reçus de l'immense majorité de nos frères.
11 en est un surtout dont nous sentons vivement tout le prix. Une des loges les
plus importantes de Paris, la Clémente-Amitié, qui déjà avait chaleureusement
protesté contre notre mise en jugement, a voulu nous donner une nouvelle
marque de confiance et d'estime : elle nous a appelé à diriger ses travaux, et
elle a chargé le frère Pagnerrc, notre éditeur et notre ami, du soin de la re-
présenter, en qualité de député, près du sénat de la maçonnerie française". Ile-
venu enfin tout entier des fâcheuses préventions qu'il avait conçues contre
nous, ce corps nous a admis l'un et l'autre dans ses rangs avec une bienveil-
lance toute fraternelle.
Nous avons accumulé dans celte histoire une telle abondance de dates et de
faits que, malgré toute l'attention que nous avions apportée, lors des premières
éditions, àla correction du texte, il était presque impossible qu'il ne s'y glissât pas
quelques erreurs. Nous nous sommes efforcé cette fois d'éviter un pareil écueil;

(1)L'événement a justifié cette opinion. 11 n'est pas rare aujourd'hui de voir des profanes
déclarer qu'ils ont été déterminés à demander l'initiation par les lumières que noire livre
leur avait fournies sur la nature et sur le but de la franc-maçonnerie.
rv PRÉFACE.
et, pour y parvenir plus sûrement, nous sommes remonté aux sources où nous
avions puisé. G^àcc à une vérification scrupuleuse, nous avons la confiance
fondée que l'édition actuelle est tout à fait exempte d'inexactitudes-
Là ne se bornent pas les améliorations que nous y avons introduites. Tout en
nous attachant à conserver la pagination des éditions précédentes, afin qu'il fût
facile de vérifier dans toutes les citations qui pourraientêtre faites de cet ouvrage,
nous n'avons cependant laissé échapper aucune occasion d'y intercaler des faits
nouveaux, -quand ils nous paraissaient offrir quelque intérêt. Le chapitre qui
traite des sociétés secrètes politiques a été refondu presque en entier, et consi-
dérablement augmenté, en ce qui touche notamment les sociétés irlandaises,
anglaises et américaines, sur lesquelles nous nous sommes procuré des rensei-
gnements étendus. L'appendice qui suif VIntroduction a également subi des
corrections et reçu des accroissements notables; et. celui qui terminait le livre
s'est grossi de plusieurs notices détachées dont la longueur eût entravé la
,
marche de la narration, et qui, pour la plupart, forment autant de morceaux,
aussi neufs que piquants. Parmi ces additions, nous citerons plus spécialement
l'article qui traite des fendeurs-charbonniers; de précieuses recherches sur
Yordre royal de Bércdom de Kilwinniwj ; des éclaircissements nouveaux sur
la création du rite, écossais ancien et accepté en Amérique ; des anec-
dotes peu connues sur les sociétés secrètes politiques allemandes, enfin des
détails pleins d'intérêt sur les associations polynésiennes des aréoys et des
oulilaos, etc.
Peut-être toutes nos études et toute notre persévérance n'eiissent-ellcs point
suffi pour nous mettre en étal de former un ensemble de notions aussi étendu et
aussi complet sur les associations secrètes que celui que présente notre livre, si
plusieurs frères non moins instruits que zélés ne nous avaient facilité l'accomplis-
sement d'une lâche si vaste et si pénible, en mettant à noire disposition le. résul-
tai de leurs recherches personnelles et les riches collections dont ils sont pos-
sesseurs. Dans le nombre, nous nommerons plus spécialement le frère Morison
de Greenlield, qui nous a généreusement livré tous les trésors de ses archives,
les plus abondantes et les plus curieuses qui aient jamais été réunies ; — le frère
de Alarconnay, qui nous a fourni d'importants et nombreux documents sur les
sociétés du Canada et des Etats-Unis d'Amérique; —le frère Théodore Juge, à
qui nous devons d'intéressants matériaux sur les loges de la Suisse; —le frère
Foelix, enfin, ancien vénérable de loge à Jlayonce, et le frère Kloss, grand-
maître de la Mère-Loge de l'union éclectique, à Francfort sur le Mein, qui
tous deux nous ont communiquéde précieux renseignements sur l'histoire ma-
çonnique en Allemagne. C'est donc pour nous un devoir de payer ici à ces frères
un juste tribut de reconnaissance pour l'utile-concours qu'ils ont bien voulu
nous prêter.
HISTOIRE PITTORESQUE
1)1! LA

FRANC-MACONNERIE
ET DES SOCIÉTÉS SECRÈTES.

PREMIÈRE PARTIE.

INTRODUCTION.

Si"lics eiléricuis <1« la franc-maçonnerie —Hspiil de prosélytisme des maçons. —Proposition d'un pro-
fane. — ij; cubinul «lus relierons. — Description do In loge. — Places, insignes cl fonctions des ollieiciï.
— Ouverture des travaux d'apprenti. — [Link] visiteurs. — Les lionncurs inaçonnnpics. —Réception du
profane. — Discours de l'orateur : dogmes, morale, règles générales di: la franc-maçonnerie, rites, orga-
nisation des ([Link] et des Crands-Orieiils, etc. -— Clôture des travaux d'apprenti. — Banquets. —
Luges d'adoption. - - Almc de Xaiulraille-s reçue franc-maçon. — Pose du la première pierre et inaugura-
liun d'tiu nouveau temple — Installation d'une loge et de ses oMcier.s. — Adoption d'un louveteau. —
Cérémonie funèbre. — Réception de compagnon. — Héecplion di; maître. — Inlerprëliiliun dessymboles
maçonniques. — Les liants grades. — Carré mystique. — Appendice : Statistique universelle de lu
franc-maçonnerie.—Calendrier. —Alpliabel. — Abréviations. —' Protocoles. — Implication des gravure
.

L'attention des passants est particulièrement attirée h Paris par certains


signes hiéroglyphiques et mystérieux qui décorent les enseignes d'un assez
grand nombre de marchands. Ici, ce sont trois points disposés on triangle;
là, une équerre et un compas entrelacés; plus loin, une étoile rayonnante
ayant au centre la lettre G; ailleurs, des branches d'acacia. Quelquefois
ces divers signes sont réunis et groupés. Au Palais-Royal, rue aux Fers,
rue Saint-Denis, on voit aussi figurer à l'étalage de plusieurs boutiques des
objets du même genre : de peliis tabliers de peau, de larges rubans bleus,
rouges, noirs, blancs, orange, chargés des emblèmes dont nous venons de
parler, ou de croix, de pélicans, d'aigles, de roses, etc. Ces symboles et ces
insignes appartiennent à la irauc-maçonnerie, association secrète que le
gouvernement tolère à Paris et dans les autres villes de la France-, et qui a
des établissements sur tous les points du globe.
Peut-être n'y a-t-il pas un habitant do cette capitale, pas un étranger,
qui n'ait été vivement sollicité de se faire agréger à la société maçonnique.
« C'est, dit-on à ceux que l'on veut enrôler, une institution philanthropique,
progressive, dont les membres vivent en frères sous le niveau d'une douce
égalité. Là sont ignorées les frivoles distinctions de la naissance et de la for-
tune, et ces autres distinctions, plus absurdes encore, des opinions cl des
1
2 PREMIÈRE PARTIE.

croyances. L'unique supériorité qu'on y reconnaisse, est celle du talent; en-


core faut-il que le talent soit modeste, cl. n'aspire pas à la domination. Une
ibis admis, on trouve mille moyens et mille occasions d'être utile à ses sem-
blables, et, dans l'adversité, on reçoit des consolations et des secours. Le
franc-maçon est citoyen de l'univers : il n'existe aucun lieu où il ne rencoti-
tredes frères empressés à le bien accueillir, sans qu'il ait -besoin de leur
être recommandé autrement que par son titre, de se l'aire connaître d'eux
autrement que par les signes et les mots mystérieux adoptés par la grande
famille des initiés. » Pour déterminer les curieux, ou ajoute que la société
conserve religieusement un secret qui n'est cl ne peut être le partage
que des seuls francs-maçons. Pour décider les hommes de plaisir, on fait va-
loir les fréquents banquels où la bonne chère et les vins généreux excitent à
la joie et resserrent les liens d'une fraternelle intimité. Quant aux artisans
et aux marchauds, on leur dit que la franc-maçonnerie leur sera fructueuse,
en étendant le cercle de leurs relations et de leurs pratiques. Ainsi, l'on a
des arguments pour tous les penchants, pour loutes les vocations, pour
toutes les intelligences, pour toutes les classes; mais peut-être conipte-l-on
un peu trop sur l'influence des préceptes et de l'exemple maçonniques, pour
rectifier les fausses idées et pour épurer les sentiments égoïstes qui portent.
quelques personnes à se faire recevoir.
Dès que le sujet qu'on s'efforce d'attirer a cédé aux instances ou à l'élo-
quence de l'apôtre maçon, il est averti qu'il aura à payer un droit de récep-
tion et plus lard une cotisation annuelle, destinés à subvenir aux frais d'as-
semblées el aux autres dépenses de la loge à laquelle il sera présenté ; car
les membres de la sociélé sont distribués, même dans une seule ville, en pe-
tites communautés séparées, ou loges, distinguées en Ire elles par des litres
spéciaux, tels que les Neufs-soeurs, la Trinité, les Trinosophes, la Clémente,
amitié, etc. Dans la plupart des villes, chaque loge a un local ou un temple
particulier. A Paris, à Londres, un même local, sert à plusieurs loges ( 1 ).
Le profane, qui doit être majeur, de condition libre, de moeurs honnê-
tes, de bonne réputation et sain de corps el d'esprit, est proposé à l'initia-
tion dans la plus prochaine tenue de la loge. Son nom, ses prénoms, son
âge, sa profession, el toutes les autres désignations propres a le l'aire recon-
naître, sont inscrits sur un bulletin, et jetés, à la fin des travaux-, dans un
sac, ou dans une boîte, appelé sac des propositions, qui est présenté à cha-
cun des assistants, dans l'ordre de ses fonctions ou de son grade. Le bulletin
(1) Les principaux locaux de Paris sont situés rue de Grenclle-Saint-Honoré, 45;
rue Saint-Merry, 41; place du Palais dé Justice, au Prado, et rue de la Douane, 10.
A Londres, il y a trente-sept locaux de loges ; les plus fréquentés sont ceux de Cornhill,
de Covent-Gardeu, de Greal-Queen-Slreet, et de Bishopsgale-Slreet,
FRANC-MAÇONNERIE. O

est lu par le vénérahle, ou président, à l'assemblée, qui est appelée à voter au


scrutin déboules sur la prise en considération de la demande. Si toutes les
boules contenues dans la capse sont blanches, il est donné suite à la propo-
sition. S'il s'y trouve trois boules noires, le postulant est repoussé définiti-
vement et sans appel. Une ou deux boules noires font ajourner la délibération
à un mois. Dans l'intervalle, les frères qui ont volé contre la prise en con-
sidération sont tenus de se transporter chez le vénérable, pour lui faire con-
naître les motifs qui les ont dirigés dans leur vole. Si ces motifs paraissent
suffisants au vénérable, il lofait savoir à la loge dans la séance qui suit, et
lu proposition est abandonnée. Dans le cas contraire, il engage, les frères a
se désister de leur opposition. S'il n'y peut réussir, il rend la loge juge des
raisons alléguées contre l'admission [Link]; el, lorsque la majorité
partage son avis, il est passé outre à la prise en considération.
La règle veuf qu'après ce premier scrutin, le vénérable donne secrètement
à trois frères la mission de recueillir des renseignemenls sur la moralité du
profane. Mais trop souvent, ce devoir est enfreint : le vénérable néglige do
nommer les commissaires, ou bien ceux-ci ne remplissent point leur man-
dat; ella loge ferme les yeux sur ces irrégularités. De là vient, qu'on admet
dans les temples maçonniques beaucoup de gens qu'on eût mieux fait de
laisser dehors.
A la tenue suivante, les commissaires jettent leurs rapports écrits dans le
sac des propositions, el. le vénérable en donne lecture à l'assemblée. Si les
renseignemenls obtenus sont défavorables, le profane est repoussé, sans
qu'il soit nécessaire de consulter la loge; dans le cas contraire, le scrutin
circule de nouveau, et, quand les votes sont unanimes, la réception du pro-
fane est fixée à un mois de là.
Le profane n'est jamais amené au local de la loge par le frère présenta-
teur. Un frère qu'il ne connaît pas est chargé de ce soin. A son arrivée, il
est placé clans une. chambre tapissée de noir, où sont dessinés des emblèmes
funéraires. On lit sur les murs des inscriptions dans le genre de celles-ci :
— « Si une vaine curiosité t'a conduit ici, va-l-en. — Si lu crains d'être
éclairé sur les défauts, lu n'as que faire ici.
— Si tu es capable de dissimu-
lation, tremble; on le pénétrera.
— Si tu liens aux distinctions humaines,
sors; on n'en connaît point ici. — Si Ion âmea senti l'effroi, ne va pas plus
loin. — On pourra exiger de loi les plus grands sacrifices, même celui de
.
ta vie. Y es-lu résigné? »
Celte chambre est ce qu'on appelle le cabinet des réflexions. Le candi-
dat doit y rédiger son testament et répondre par écrit à ces trois questions :
—'« Quels sont les devoirs de l'homme envers Dieu ? — Envers ses sembla-
bles? — Envers lui-même? »
h PREMIÈRE PARTIE.
Pendant que le profane, laissé, seul, médile dans le silence sur ces divers
sujels, les frères, réunis dans la loge, procèdent à l'ouverture des travaux.
Ce qu'on nomme la loge est une grande, salle ayant la forme d'un paral-
lélogramme, ou carré long. Les quatre côtés portent les noms des points
cardinaux. La partie la plus reculée, où siège le vénérable, s'appelle Va-
rient, el fail l'ace à la porte d'entrée. Elle se compose d'une estrade élevée de
trois marches au-dessus du sol de la pièce, et bordée d'une balustrade. L'cw-
tel, ou bureau, placé devant le trône du vénérable, porte sur une seconde
estrade haute de qualre. marches; ce qui fait sept marches pour arriver du
parvis à l'autel. Un dais de couleur bleu-ciel parsemé d'étoiles d'argent
surmonte le trône. Au fond du dais, dans la partie supérieure, est un délia
rayonnant, ou gloire, au cenlreduquel onlilen caractères hébraïques le nom
de Jéhovah. A la gauche du dais, est le disque du soleil ; à la droite, le crois-
sant de la lune. Ce sont les seules images qui soient admises dans la loge.
À l'occident, des deux côlés de la porte d'entrée, s'élèvent deux colonnes
de bronze dont les chapileaux sonl ornés de pommes de grenades entrou-
vertes. Sur la colonne de gauche, est tracée la LeUre B: sur l'autre, on lit
la lettre .1. Près de celle-ci, se place le premier surveillant, et, près de la
première, le second surveillant. Ces deux officiers ont devant eux un aulel
triangulaire chargé d'emblèmes maçonniques. Ils sonl. les aides el. les sup-
pléants du vénérable, et, ainsi que lui, ils lieiment à la main un maillet,
comme signe de leur autorité.
Le temple est orné dans son pourtour de dix autres colonnes; ce qui en
porte le nombre lotal à douze. Dans lit frise, ou architrave, qui repose sur
les colonnes, règne un cordon qui forme' douze- noeuds en lacs d'amour.
Les deux exlrémilés se terminent par une houpe, nommée lwupe dentelée,
et viennent aboutir aux colonnes el B. Le plafond décrit une courbe ; il est
,1

peint en bleu-ciel, et parsemé d'étoiles. De l'orient, parlent trois rayons,


qui figurent le lever du soleil.
La Bible, un compas, une éqnerre, une épée à lame, torse, appelée «))«'
flamboyante, sont placés sur l'autel du vénérable, el trois grands flambeaux
surmontés de longs cierges sont distribués dans la loge; l'un à l'est, au bas
des marches àe-Y orient; le deuxième à l'ouest, près du premier surveil-
lant, et le dernier au sud.
Des deux côlés de la loge, régnent plusieurs rangs de-..banquelles, où
prennent place les frères non fonctionnaires. C'est ce qu'on désigne, sous
les noms de colonne du nord et de colonne du midi.
Dans quelques loges, le dais, qui ombrage le trône du vénérable, est de
soie cramoisie ; et alors le second surveillant occupe le centre de la colonne
du midi. C'est ce qui a lieu dans les loges dues écossaises, et dans toutes les
FRANC-MAÇONNERIE. 5
loges anglaises et américaines. Aux États-Unis, le vénérable [worshipful
mailler) est coiffé d'un claque, garni intérieurementde plumes noires et dé-
coré d'une large cocarde de la même couleur. Au lieu de maillet, il tient une
masse assez semblable à une sonnette de table-. Les surveillants (senior war-
denn\ junior warden)sont placés dans une espèce déniche ornée de dra-
peries à franges, et ils portent, appuyé sur la cuisse, comme les hérauts d'ar-
mes, un bâton d'ébène tourné en forme de colonne.
Indépendamment du vénérable el des surveillants, qu'on appelle figuré-
ment les trois lumières, on compte dans la loge un certain nombre d'au-
tres officiers qui, d(j même que les trois premiers, sonl élus au scrutin, cha-
que année, à la Saint-Jean d'hiver. Tels sont Y orateur, le secrétaire, le
trésorier, Y hospitalier, Y expert, le maître des cérémonies ,1e garde des
sceaux, Y archiviste, Y architecte,!?, maître des banquets, elle couvreur, ou
garde du temple. Les loges écossaises ont. en outre \m premier et un second
diacres, un porte-étendard et un porle-épée.
En Angleterre elaux Etat-Unis, les loges n'ont pas un aussi grand nom-
bre d'officiers. On y compte seulement un vénérable (worsliipfulmaster),
un premier el un second surveillants (senior and junior wardens), un se-
crétaire (sccrelarij), un trésorier (treasurer), un chapelain (ehaplain), un
premier etun second [Link]'or and junior deacons), un garde intérieur
(inner guard), un garde extérieur, ou tuilcur (ouler guard, or lyler), et un
expert (steward). Dans les loges dites misraimiles, les surveillants ont le
nom d'assesseurs, les diacres celui d'acolytes, el l'hospitalier s'appelle élë-
mosinaire. '
La plupart des officiers occupent dans la loge, une place, déterminée.
L'orateur el le secrétaire ont leur siège à l'orient, près de la balustrade ; le
premier à la gauche du vénérable; le second, à la droite. Le trésorier est à
l'extrémité delà colonne du midi, au-dessous de l'orateur ; l'hospitalier, à
l'extrémité de la colonne du nord, au-dessous du secrétaire. Chacun de ces
fonctionnaires a devanlhiiun bureau. L'expert elle maître des cérémonies
sonl. assis sur des pliants, au bas des marches de l'orient, l'un devant l'hos-
pitalier, l'autre devant le trésorier. Le premier diacre siège à l'orient, à la
droite du vénérable; le second diacre, à l'occident, à la droite du premier
surveillant ; le couvreur, derrière le second diacre, près de la porte d'entrée.
L'extérieur, qu'on nomme \ospas perdus, est habituellement gardé par un
frère servant, rétribué par la loge.
Des insignes particuliers servent à distinguer les officiers des membres
sans fonctions. Tous portent un large ruban bleu-ciel moiré , en forme de
camail, dont la pointe leur descend sur la poitrine. A ce cordon, où sont
ordinairement brodes des branches d'acacia et d'autres emblèmes maçon-
6 PREMIÈRE PARTIE.
niques, est attaché un bijou symbolique dont la nature varie suivant les
attributions de l'officier qui en est décoré. Ainsi, le vénérable porte une
équerre ; le premier surveillant, un niveau ; le second surveillant, une ligne
d'aplomb ; l'orateur, un livre ouvert ; le secrétaire, deux plumes en sautoir;
le trésorier, deux clés ; le premier expert, une règle et un glaive ; le second
expert, ou frère terrible, une faux el un sablier ; le garde des sceaux, un
rouleau et un cachet. ; l'hospitalier, une main tenant une bourse ; le maître
des cérémonies, une canne et une épée croisées ; le maître des banquets,
une corne d'abondance ; l'architecte, deux règles en sautoir ; le garde du
temple, ou couvreur, une massue. Les diacres ont des,brassards. Les ex-
perts et le couvreur portent une épée ; le maître des cérémonies, une canne;
les diacres, un long bâton blanc, el quelquefois une lance.
En Angleterre, en Hollande, aux Etals-Unis, les cordons des officiers ne
sonl pas uniformémentbleu-ciel. Ils sont delà couleur particulière adoptée
par la loge. Les frères qui n'ont pas de fonctions y sont décorés d'un, sim-
ple tablier de peau blanche.
C'est le vénérable qui convoque et préside les assemblées, qui ouvre et
ferme les travaux; qui communique aux initiés les mystères delà franc-
maçonnerie ; qui met en délibération toutes les matières dont s'occupe Ya-
lelier ; qui accorde, refuse ou retire la parole; qui résume les avis, ferme
les discussions et fait voler, el qui surveille l'administration de la loge.
Les surveillants dirigent les colonnes du midi et du nord. C'est par leur
entremise que les maçons qui y siègent demandent la parole au président.
Ils rappellent à l'ordre les frères qui s'en écartent.'
L'orateurprononce les discours d'instruction et d'apparat. Il requiert l'ob-
servation des statuts généraux de la maçonnerie el des règlements particu-
liers de la loge, s'il s'aporçoilqu'on les enfreigne. Dans loulcslcs discussions,
il donne ses conclusions, immédiatement avant le résumé du vénérable.
Les procès-verbaux des tenues, ou tracés d'architecture, les planches de
convocation, el en général toutes les écritures de la loge, sont expédiés par
le secrétaire. 11 fait partie, de même que le vénérable, de loulesles com-
missions, et il en rédige les rapports.
Le trésorier est le dépositaire des finances de la loge. L'hospitalier a la
garde de tous les dons que les frères déposent dans le tronc de bienfaisance,
à la Ym de chaque tenue. Les Anglais elles Américains n'ont pas d'hospi-
talier. Chez eux, chaque maçon l'ail un don annuel pour le soulagement
des frères indigents, lequel est adressé à la Grande-Loge, qui en l'ail elle-
même la distribution, par l'entremise de son commitlec ofcharily, ou com-
mission de bienfaisance.
Les francs-maçons étrangers à la loge, qui se présentent pour la visiter,
FRANC-MAÇONNERIE. 7
sont tuiles, c'est-à-dire examinés par. le frère expert. Ce soin est confié en
Angleterre et en Amérique à Voûter guard, ou luileur. C'est aussi l'expert
ou son suppléant, le frère terrible, qui prépare le récipiendiaire elle guide
dans le cours des épreuves auxquelles il est soumis. Dans les loges anglai-
ses, celte fonction est remplie par le senior deacon, ou premier diacre.
Les attributions du maître des cérémonies, du garde des sceaux, de l'ar-
chiviste, du maître des banquets, sont suffisamment désignées par les titres
que portent ces officiers.
L'architecte est le dépositaire du mobilier de la loge. C'est lui qui or-
donne et surveille lous les travaux de construction el de décoration que
l'atelier a pu délibérer.
Le, couvreur a la garde des portes qu'il n'ouvre aux frères ou aux pro-
,
fanes qu'après l'accomplissement des formalités voulues. C'est à lui que les
frères visiteurs donnent à l'oreille le mol de semestre, lorsqu'on les intro-
duit dans le temple.
Le premier diacre est chargé de transmettre les ordres du vénérable au
premier surveillant el aux autres officiers de la loge, pendant la durée des
travaux qui ne peuvent, être interrompus, tels que les délibérations, les
recopiions et les discours. Le second diacre est, dans les mêmes circon-
stances, l'intermédiaire du premier surveillant avec le second, et des deux
surveillants avec les frères qui décorent les colonnes, c'est-à-dire qui garnis-
sent les deux côtés de la loge.
C'est seulement dans les cérémonies d'apparat, dans les dépu la lions so-
lennelles, el, en Amérique et en Ecosse, dans les processions publiques,
que le porte-étendard el le porle-épée ont des fonctions à exercer. En gé-
néral, le porle-élendard ouvre la marche du cortège, et le porle-épée pré-
cède immédiatement le vénérable.
Le chapelain des loges anglaises prononce les invocations et les prières
dans les grandes occasions. Habituellement, c'esl un ministre du culte, ap-
partenant indifféremment à l'une ou à l'autre des communions existantes.
C'est toujours le soir que les frères se réunissent. Le temple, qui n'a
point de fenêtres, est éclairé par un nombre déterminé de lumières ou
A'étoiles. Ce nombre est de neuf, de douze, de vingt-un, de vingl-sepl,de
trente-six, de quatre-vingt-un, suivant la grandeur delà salle ou l'impor-
tance de la solennité.
Lorsque le vénérable veut ouvrir les travaux, il frappe plusieurs coups
sur l'autel avec son maillet. Alors les frères s'asseyent à la place qu'ils doi-
vent occuper ; le couvreur ferme les portes.
Ce préalable accompli, le vénérable debout devant le trône, se couvre,
,
saisit de la main gauche l'épée flamboyante, dont il appuie le pommeau sur
8 PREMIÈRE PARTIE.
l'autel ; prend, de la droite, son maillet ; frappe un coup, que les surveil-
lants répètent, el le dialogue suivants'établit :
LE VÉNÉRABLE. Frère premier surveillant, quel est le premier devoir
d'un surveillant en loge?
LE PREMIER SURVEILLANT. C'est de s'assurer si la loge est couverte.
SuiTordre, que lui en donne le vénérable, le premier surveillant charge
le second diacre de s'informer auprès du couvreur s'il n'y a point de pro-
fanes dans le parvis, el si, des maisons voisines, on ne peut ni voir ni enten-
dre ce qui va se passer. Le couvreur ouvre la porte, visite les pas perdus,
s'assure que tout est clos à l'extérieur, et vient rendre compte de cet examen
au second diacre, qui en fait connaître le résultat au premier surveillant.
Dans les loges anglaises et américaines les choses se passent plus sim-
,
plement : le garde intérieur se borne à heurter à la porte avec le pommeau
de son épée, elle lylerhn répond, au dehors, par une semblable percus-
sion : cela veut dire que le temple est couvert. Celte précaution prise, le
dialogue continue.
LE PREMIER SURVEILLANT. Vénérable, la loge est couverte.
LE VÉNÉRABLE. Quel est le second devoir?
LE PREMIER SURVEILLANT. C'est de s'assurer si tous les assistai ils sont
maçons.
LE VÉNÉRABLE. Frères premier et second surveillants, parcourez le nord
el le midi, et faites votre devoir. Debout cl à l'ordre, mes frères.
A cet appel du vénérable, tous les frères se lèvent, se tournent vers l'o-
rient, el se incitent dans la posture consacrée. Les surveillants quittent leurs
places, se dirigent de l'ouest vers l'est, el examinent successivement tous les
assistants, qui, à leur approche, font le signe maçonnique, de manière que
ceux qui se trouvent devant eux n'en puissent, rien voir. Cet examen ter-
miné, cl de retour à leur poste, les surveillantsinforment le vénérable qu'il
n'y a dans la loge aucun profane, aucun coican (ennemi), suivant l'expres-
sion des maçons anglais.
Après avoir interrogé les diacres et la plupart des autres officiers sur la
place qu'ils occupent en loge et sur les fonctions qu'ils y remplissent, le
vénérable continue ses interpellations.
LE VÉNÉRABLE. Pourquoi, frère second surveillant, vous placez-vous au
sud?
LE SECOND SURVEILLANT. Pour mieux observer le soleil à son méridien,
pour envoyer les ouvriers du travail, à la récréation et pour les rappeler de la
récréation au travail, afin que le Maître en relire honneur et contentement.
LE VÉNÉRABLE. OÙ se lientle frère premier surveillant ?
LE SECOND SURVEILLANT. A l'ouest.
FRANC-MAÇONNERIE. 9
LE VÉNÉRABLE. Pourquoi, frère premier surveillant?
LE PREMIER SURVEILLANT. Comme le soleil se couche à l'ouest pour fer-
mer le jour, de même le premier surveillant s'y tient pour fermer la loge,
payer les ouvriers el les renvoyer contents et satisfaits.
LE VÉNÉRABLE. Pourquoi le vénérable se tient-il à l'est?
LE PREMIER SURVEILLANT. Comme le soleil se lève à l'est pour ouvrir le
jour, de même le vénérable s'y lient pour ouvrir la loge, la diriger dans ses
travaux et l'éclairer de ses lumières.
LE VÉNÉRABLE. A quelle heure les maçons ont-ils coutume d'ouvrir leurs
travaux?
LE PREMIER SURVEILLANT. A midi, vénérable.
LE VÉNÉRABLE. Quelle heure est-il, frère second surveillant?
LE SECOND SURVEILLANT. Vénérable, il est midi.
LE VÉNÉRABLE. Puisqu'il est midi, et que c'est à celte heure que nous
devons ouvrir nos travaux, veuillez, mes frères, me prêter voire concours.
Le vénérable, frappe trois coups, que les surveillants répèlent. Use tourne
ensuite vers le premier diacre, et, la tète découverte, il lui dit la parole h
l'oreille. Le premier diacre va transmettre la parole au premier surveillant,
qui, par le second diacre, l'envoie au deuxième surveillant.
LE SECOND SURVEILLANT. Vénérable, tout, est juste et parfait.
LE VÉNÉRABLE. Puisqu'il en est ainsi, au nom du Grand Architecte de
l'univers, je déclare celle loge ouverte. A moi, mes frères.
Tous les assistants, les regards tournés vers le vénérable, font, à. son
exemple, le signe el la batterie d'apprenti, avec l'acclamation houzzé!
LE VÉNÉRABLE. Les travaux sont ouverts. En place, mes frères.
Ce formulaire est le plus généralement adopté ; c'est celui des loges dites
écossaises, et de loules les loges qui suivent le rite des anciens maçons, ou
rite anglais, et sont répandues dans les vastes possessions delà Grande-
Bretagne, dans les divers Elals de l'Union américaine, dans le Hanovre, etc.
11 diffère
peu de celui des loges dites françaises. L'acclamation de celles-ci
est vivat ! l'acclamation des loges misraimiles est alléluia! Les Anglais el
les Américains n'ont [Link] ni batterie manuelle.
Aussitôt que la loge est ouverte, le vénérable engage le secrétaire à don-
ner connaissance à l'assemblée delà planche tracée des derniers travaux,
c'est-à-dire du procès-verbal de la séance précédente. Lorsque la lecture est
terminée, il invite les surveillants à provoquer les observations des frères
de leurs colonnes sur le morceau d'architecture qui vient de leur être com-
muniqué. Puis, si aucune rectification n'est demandée, il .requiert l'ora-
teur de conclure, elles frères de manifester leur sanction ; ce qui se fait eu
élevant les deux mains et en les laissant retomber avec bruit sur le tablier.
2
10 PREMIÈRE PARTIE.
C'est à peu près de celte manière qu'il est procédé dans les autres délibéra-
tions.
Quand des frères étrangers à la loge se présentent pour visiter les tra-
vaux, ils sont introduits après celle adoption du procès-verbal, qui n'a ja-
mais lieu qu'en famille. Jusque-là, ils se tiennent dans une pièce voisine,
où le frère servant leur fait inscrire, sur un. livre appelé registre de pré-
sence, leurs noms, leurs grades, et les titres des loges auxquelles ils appar-
tiennent. On n'admet aucun visiteur qui ne soit au moins pourvu du grade
de maître, el qui ne soif porteur de son diplôme.
Sur l'avis donné par le couvreur qu'il se trouve des visiteurs dans les
pas perdus, le vénérable envoie auprès de ces frères le maître des cérémo-
nies pour leur tenir compagnie, et l'expert pour les luiler, c'est-à-dire pour
s'assurer qu'ils sont réellement francs-maçons. Celle formalité accomplie,
l'expert se l'ait remettre les diplômes, et va les déposer avec le registre de
présence, sur le bureau de l'orateur de la loge. Cet officier compare les si-
gnatures apposées, ne varie tw, sur les diplômes, avec celles que les frères
ont tracées sur la feuille de présence; et, lorsqu'il en a. reconnu l'identité,
il fait pari du résultai de son examen au vénérable, qui ordonne alors d'in-
troduire les visiteurs.
Les honneurs qu'on leur rend varient suivant le grade ou les fonctions
dont ils sont revêtus.
Si ce sont, de simples maîtres, on leur donne l'entrée dans les formes
consacrées, el le vénérable leur fait une courte allocution, à laquelle un
d'eux répond ; puis, après avoir applaudi maçonniquement à leur présence,
on les l'ait asseoir sur l'une des deux colonnes. '
Dans quelques loges [Link] piquent de se conformer aux traditions an-
ciennes, le vénérable adresse au visiteur les questions qui suivent, avant de
l'autoriser à prendre place.
— Frère visiteur, d'où venez-vous?
— De la loge de Saint-Jean, vénérable.
— Qu'en apportez-vous?
— Joie, santé el prospérité à tous les frères.
— N'en apporlez-vous rien, de plus ?
— Le maître de ma loge vous salue par trois fois trois.
— Que fait-on à la. loge de Saint-Jean?
— On y élève des temples à la vertu, et l'on y creuse des cachots pour le
vice.
— Que venez-vous faire ici?
— Vaincre mes passions, soumettre ma volonté, et faire de nouveaux
progrès dans la maçonnerie.
FRANC-MAÇONNERIE. 11

Que demandez-vous, mon frère?



place parmi vous.
— Une
Elle vous est acquise.

Quand le visiteur est décoré des hauts grades, les membres de la loge se
réunissent sur son passage, et, joignant leurs épées au-dessus de sa tête,
forment ce qu'on appelle la voûte d'acier. Pendant ce lemps, le vénérable el
les surveillants frappent, alternativement des coups de maillets sur leurs au-
tels, et ne s'arrêtent que lorsque le visiteur est parvenu à l'orient. Alors les
frères retournent à leurs places; le vénérable exprime, au visiteur les félici-
lalions de la loge ; le visiteur y répond ; on applaudit, et chacun se rassied.
Lorsque le visiteur appartient à l'autorité maçonnique, on lui envoie,
dans les pas perdus, une députalion de sept frères, porteurs de glaives et
A'étoiles. Le maître, des cérémonies, qui marche en tête, le prend par la
main el le conduit à la porte de la loge. Là, il trouve le vénérable, qui lui
présente sur un coussin les trois maillets de l'atelier, cl prononce un dis-
cours approprié à la circonstance. Le visiteur prend les maillets, et s'avance
vers l'orient, sous la voûte d'acier, escorté du vénérable, des surveillants,
du maître, des cérémonies et des sepl membres de la dépulalion. Arrivé au
Irône, il rend les maillets au vénérable et aux surveillants, en adressant à
chacun d'eux quelques paroles obligeantes. Ensuite la loge applaudit, el
les travaux reprennent leur cours.
Les plus grands honneurs sont réservés au grand-maître. Quand il se
présente en visiteur dans un loge, on lui envoie, d'abord, dans la salle d'at-
tente, deux maîtres des cérémonies, accompagnés de neuf frères avec des
étoiles ; puis, le vénérable, précédé du porte-étendard et du porle-épée,
entouré, des deux surveillants et de douze frères avec des étoiles, se rend
près de lui., le harangue, lui offre sur un coussin les trois maillets, les
clés du trésor et celles de la loge, et le conduit ensuite à l'orient, à Ira-
vers une double haie de frères qui forment, la voûte d'acier sur le passage
du corlége. Là, s'accomplit le même cérémonial que dans le cas précédent.
Lorsque le grand-maître veut se retirer, le cortège qui l'a [Link] forme
de nouveau et le. reconduit jusque .dans le parvis du temple. Le vénérable
et les surveillants [Link] place, et battent de leurs maillets sur l'autel,
jusqu'à, ce qu'il soit parti.
On rend aussi des honneurs aux vénérables de loges qui se présentent
comme visiteurs. Ce sont les mêmes que ceux qu'on attribue aux frères des
hauts grades, et que nous avons décrits ci-dessus.
Généralement, quand les honneurs ont été rendus au commencement
d'une séance, les frères qui surviennent sonl introduits sans cérémonie, et
conduits à la place que leur grade leur donne le droit d'occuper dans la loge.
12 ' PREMIÈRE PARTIE.
s
On est très prodigue en France des honneurs maçonniques. Dans les
loges anglaises el; américaines, on procède plus simplement. Après avoir
été convenablement tuile par Voûter guard, qui le décore d'un tablier aux
couleurs de la loge, et ne lui permet pas de porter d'autres insignes, le visi-
teur est introduit avec les formalités d'usage. Il s'arrête un moment entre
les deux colonnes, fait le salut maçonnique au worshipful masler et aux
deux wardens, et va s'asseoir ensuite à la place qu'il lui plaît de choisir. Ce
n'est que dans les grandes occasions que ces loges reçoivent les visiteurs
avec quelque, apparat.
Le moment étant venu de recevoir le profane, le frère terrible se rend au-
près de lui, dans le cabinet des réflexions, prend à la pointe de son épée son
testament et ses réponses, et les apporte au vénérable, qui en donne con-
naissance à la loge. S'il ne s'y trouve aucune proposition contraire [Link]-
cipes de la franc-maçonnerie, le frère terrible retourne près du candidat,
lui bande les yeux, et lui ôle tous les objets de métal qu'il peut avoir sur
lui; ensuite il lui découvre le sein et le bras gauche, le genou droit, lui fait
chausser du pied gauche une pantoufle, lui entoure le cou d'une corde dont
il lient l'extrémité; puis, dans cet élat, il l'amène à la porte du lemple où
,
il le l'ail heurter trois fois avec violence.

— Vénérable, dit le premier surveillant, on frappe à la porte en profane !


— Voyez, dit le vénérable, quel est le téméraire qui ose ainsi troubler
nos travaux !
En cet instant, le couvreur, qui a entrouvert la porte, pose la pointe de
son épée sur la poitrine nue du récipiendaire, et dit d'une voix for le :
— Quel est l'audacieux qui tente de forcer l'entrée du lemple?
— Calmez-vous, répond le frère terrible; personne n'a l'intention de pé-
nétrer malgré vous dans cette enceinte sacrée. L'homme qui vient de frapper
est un profane désireux devoir la lumière, et qui. vient la solliciter hum-
blement de notre respectable loge.
— Demandez-lui, dit le vénérable, comment il a osé concevoir l'espé-
rance d'obtenir une si. grande faveur.
— C'est, répond le frère terrible, parce qu'il est né libre, et qu'il est. de
bonnes moeurs.
— Puisqu'il en est ainsi, dit le vénérable, faites-lui décliner son nom, le
lieu de sa naissance, son âge, sa religion, sa profession et sa demeure.
Le profane satisfait à toules ces demandes ; ensuite le vénérable donne
l'ordre de l'introduire. Le frère terrible le conduit entre les deux colonnes,
c'est-à-dire au centre de la loge, et lui appuie la pointe de son épée sur. le
sein gauche.
— Que sentez-vous? que voyez-vous? dit le vénérable.
FRANC-MAÇONNERIE. 13
Je ne vois rien, répond le profane ; mais je sens la poin le d'une arme.

— Apprenez,
dit le vénérable, que l'arme dont vous sentez la pointe est
l'image du remords qui déchirerait voire coeur, si jamais vous étiez assez
mal heureux pour trahir la société dans laquelle vous sollicitez votre admis-
sion, el que l'état d'aveuglement dans lequel vous vous trouvez figure les
ténèbres où est plongé tout homme qui n'a pas reçu l'initiation maçonnique.
Répondez, monsieur. Est-ce librement, sans contrainte, sans suggestion,
que vous vous présentez ici?
— Oui, monsieur.
— Réfléchissez bien à la
démarche que vous faites. Vous allez subir des
épreuves terribles. Vous sentez-vous le courage de braver tous les dangers
auxquels vous pourrez être exposé?
— Oui, monsieur.
lie réponds plus de vous!... Frère terrible, reprend le véné-
— Alors je
rable, entraînez ce profane hors du temple, et conduisez-le partout où doil
passer le mortel qui aspire à connaître nos secrets.
On entraîne le récipiendaire dans le parvis. Là, pour le dérouter, ou lui
fait faire [Link] sur lui-même; ensuite on le ramène à l'entrée du
temple. Le couvreur a ouvert les deux ballants de. la porto; on a placé, un
peu en avant, un grand cadre dont, le vide est rempli par plusieurs couches
de fort, papier, et que soutiennent des frères de chaque côté.
— Que faut-il faire du profane? demande le frère terrible.
— Introduisez-le dans la caverne, répond le vénérable.
Alors deux frères lancent violemment, le récipiendaire sur le cadre, dont
le papier se rompt et lui livre passage. Deux autres frères le reçoivent, du
côté opposé, sur leurs bras entrelacés. On forme avec force les deux bat-
tants de la porte. Un anneau de fer, ramené plusieurs fois sur une barre cré-
nelée, de même métal, simule le bruit d'une serrure qu'on fermerait à plu-
sieurs lours. Pendant quelques instants, on observe le plus profond silence.
Enfin, le vénérable frappe un grand coup de maillet, et dit :
— Conduisez le récipiendaire près du second surveillant, et faites-le
mettre à genou. Profane, ajoute-l-il, quand cet ordre est exécuté, prenez
part à la prière que nous allons adresser en votre faveur à l'auteur de toutes
choses. Mes frères, continue le vénérable, humilions-nous devant le Sou-
verain Architecte des mondes ; reconnaissonssa puissance et notre faiblesse..
Contenons nos esprits et nos coeurs dans les limites de l'équité, et efforçons-
nous, par nos oeuvres, de nous élever jusqu'à lui. Il est un; il existe par
lui-même, et c'est de lui que lous les êtres tiennent l'existence. Il se révèle
en tout et par tout ; il voit et juge toutes choses. Daigne, ô Grand Architecte
de l'univers, protéger les ouvriers de paix qui sont réunis dans Ion temple:
VA PREMIÈRE PARTIE.
anime, leur zèle, fortifie leur âme dans la lutte des passions; enflamme leur
coeur de l'amour des vertus, et donne-leur l'éloquence et la persévérance
nécessaires pour faire chérir ton nom, observer tes lois el en étendre l'em-
pire. Prête à ce profane ton assistance, et soutiens-le de ton bras tulélaire
au milieu des épreuves qu'il va subir. Amen l
Tous les frères répètent : Amen !
— Profane, reprend le vénérable, en qui mettez-vous votre confiance'?
— En Dieu, répond le récipiendaire.
— Puisque vous mêliez votre confiance en Dieu, suivez votre guide d'un
pas assuré, el ne craignez aucun danger.
Le frère terrible relève le récipiendaire el le conduit entre les deux colon-
nes. Le vénérable poursuit:
— Monsieur, avant que cette assemblée- vous admette aux épreuves, il est
bon que vous lui donniez la certitude que vous êtes digne d'aspirer à la ré-
vélation des mystères dont elle conserve le précieux dépôt. Veuillez répon-
dre aux questions que je vais vous adresser en son nom.
On fait asseoir le récipiendaire. Il est d'usage que le siège qu'on lui pré-
sente soit hérissé d'aspérités el porte sur des pieds d'inégale hauteur. On
veut voir jusqu'à quel point la gêne physique qu'il en éprouve influe sur la
lucidité de ses idées.
Le vénérable lui adresse diverses questions sur des points de métaphy-
sique. De ses réponses, il doit résulter qu'il croit, en Dieu, et qu'il est per-
suadé que tous les hommes se doivent réciproquement affection el dévoû-
menl, quelles que soient d'ailleurs leurs opinions religieuses et politiques,
leur patrie et leur condition. Le vénérable commente toutes les réponses du
récipiendaire, les développe, cl lui fait, en quelque sorte, un cours de phi-
losophie el, de morale. Puis il ajoute :
— Vous avez convenablement répondu, monsieur. Cependant ce que je
vous ai. dit vous a-t-il pleinement satisfait, el. persistez-vousdans le dessein
de vous faire recevoir franc-maçon ?
Sur la réponse, affirmative du récipiendaire, le vénérable reprend :
— Alors, je vais vous faire connaître à quelles conditions vous serez
admis parmi nous, si toutefois vous sortez victorieux des épreuves qu'il
vous reste à subir. Le premier devoir dont, vous contracterez l'obligation
sera de garder un silence absolu sur les secrets de la franc-maçonnerie. Le
second de vos devoirs sera de combattre les passions qui dégradentl'homme
et le rendent malheureux, et, de pratiquer les vertus les plus douces et les
plus bienfaisantes. Secourir son frère dans le. péril ; prévenir ses besoins,
ou l'assister dans la détresse; l'éclairer de ses conseils quand il est sur
le point défaillir; l'encourager à l'aire le bien quand l'occasion s'en pré-
FRANC-MAÇONNERIE. 15

sente : telle est la conduite que doit, se tracer un franc-maçon. Le troisième


de vos devoirs sera de vous conformer aux statuts généraux de la franc-
maçonnerie, aux lois particulières de la loge, el d'exécuter tout ce qui vous
sera prescrit au nom de la majorité de celte
respectable assemblée. Main-
tenant que vous connaissez les principaux devoirs d'un maçon, vous sen-
lez-vous la force et êles-vous résolu de les mettre en pratique?

Oui, monsieur.
Avant d'aller plus loin, nous exigeons votre serment d'honneur; mais

ce serment doit être fait sur une coupe sacrée.
Si vous êtes sincère, vous
pourrez boire avec confiance ; mais si la fausseté est au fond de votre coeur,
ne jurez pas: éloignez plutôt cette coupe, et craignez l'effet prompt et ter-
rible du breuvage qu'elle contient 1 Consentez-vous à jurer?
— Oui, monsieur.
— Faites approcher cet
aspirant de l'autel, dit le vénérable.
Le frère terrible conduit le récipiendaire au bas des degrés de l'autel.
Frère sacrificateur, poursuit le vénérable, présentez à cet aspirant la

coupe sacrée, si fatale aux. parjures 1
Le frère terrible met dans les mains du profane une coupe à deux com-
partiments, tournant; sur un pivot. D'un côté, il y a de l'eau ; de l'autre, une
liqueur amère. Le vénérable reprend :
— Profane, répétez avec moi voire
obligation : « Je m'engage à l'obser-
vation stricte et. rigoureuse des devoirs prescrits aux francs-maçons; et si
jamais je viole mon serment... (Ici, le frère terrible fait boire au récipien-
daire une partie de l'eau contenue dans la coupe. Puis, en lui pesant sur la
main, pour l'empêcher de boire davantage, il fait pivoter le vase de manière
que le compartiment qui contient le bilter vienne prendre la place de celui
qui renferme l'eau, et se trouve à son tour du côté du profane), je consens
que la douceur de ce breuvage se change en amertume, el que son effet
salutaire devienne pour moi celui d'un poison subtil. (Le frère terrible fait'
boire le bilter au récipiendaire.)
Le vénérable frappe un grand coup de maillet.
— Que vois-je, monsieur? dit-il d'une voix forte. Que signifie l'altération
qui vient de se manifester dans vos traits? Votre conscience démentirait-elle
les assurances de votre bouche, et la douceur de ce breuvage se serait-elle
déjà changée en amertume I Éloignez le profane.
On conduit le récipiendaire entre les deux colonnes.
— Si vous avez dessein de nous tromper, monsieur, reprend le vénérable,
n espérez pas y parvenir : la suite de vos épreuves le manifesterait claire-
ment à nos yeux. Mieux vaudrait pour vous, croyez-moi, vous retirer à
1 instant même, pendant
que vous en avez encore la faculté ; car un instant
16 PREMIÈRE PARTIE.
de plus, et il sera trop tard. La certitude que nous acquerrions de voire per-
fidie vous deviendrai (fatale : il vous faudrait renoncer à revoir jamaisla lu-
mièredu jour. Méditez donc sérieusement sur ce que vous avez à faire. Frère
terrible, ajoute le vénérable après avoir frappé un grand coup de maillet,
emparez-vous de ce profane, et. faites-le asseoir sur la sellette des réflexions.
(Le frère terrible exécute cet ordre avec rudesse.) Qu'il soit livré à sa con-
science, et qu'à l'obscurilé qui couvre ses yeux se joigne, l'horreur d'une
solitude absolue !
Tous les assistants observent, pendant quelques minutes, le silence le plus
complet.
— Eh
bien! monsieur, reprend le vénérable, avez-vous bien réfléchi à
la détermination qu'il vous convient de prendre? Vous relircrez-vous, ou
persislerez-vous, au contraire, à braver les épreuves?
— J'y persiste,
répond le récipiendaire.
— Frère terrible , dit le
vénérable, faites faire à ce profane son premier
voyage, et appliquez-vous aie garantir de tout accident.
Le frère terrible exécute cet. ordre. Dirigé par lui, le récipiendaire fait
trois fois le tour de la loge. Il inarche sur des planchers mobiles posés sur
des roulettes et hérissés d'aspérités, qui se dérobent sous ses pas. 11 gravit
d'autres planchers inclinés, à bascule, qui, tout à coup, fléchissent sous lui,
et semblent l'entraîner dans un abîme. Il monte les innombrables degrés
d'une échelle sans fin ; et lorsqu'il croit êlre parvenu à une élévation consi-
dérable, et qu'il lui est enjoint de s'en précipiter, il tombe à trois pieds au-
dessous de lui. Pendant ce temps, des cylindres de tôle remplis de sable, et
tournai!I sur un axe, à l'aide d'une manivelle, imitent le bruit de la grêle;
d'autres cylindres, froissant, dans leur rotation, une étoffe de soie fortement
tendue, imitent les sifflements du vent; des feuilles de tôle suspendues à la
voûte par une extrémité, et violemment agitées, simulent le roulement du
tonnerre elles éclats de la foudre. Enfin , des cris de douleur, des vagisse-
ments d'enfants, se mêlent à cet épouvantable fracas. Le voyage terminé,
le frère terrible conduit ie récipiendaire près du second surveillant, sur l'é-
paule duquel il lui fait frapper trois coups avec la paume de la main. A ce
moment, le second surveillant se lève, pose son maillet sur le coeur du réci-
piendaire cl dit brusquement. ;
,
— Qtû va là?
— C'est, répond le frère terrible, un profane qui demande à être reçu
.
maçon.
— Comment
a-l-il osé. l'espérer'?
— Parce qu'il est né
libre et qu'il est de bonnes moeurs.
— Puisqu'il en est ainsi,
qu'il passe.
FRANC-MAÇONNERIK. 17
Profane, dit alors le vénérable, êtes-vous disposé à faire un second

voyage ?
monsieur, répond le récipiendaire.
— Oui,
Le second voyage a lieu. Dans celui-ci, le récipiendaire ne rencontre pas
les obstacles qui ont entravé sa marche dans le précédent. Le seul bruit qu'il
entende est un cliquetisd'épées. Lorsqu'il a l'ait ainsi trois tours dansla loge,
il est conduit par le frère terrible au premier surveillant. Là se répètent le
cérémonial, les questions et les réponses qui ont suivi le premier voyage.
Alors le frère terrible saisit la main droite du récipiendaire et la plonge h
trois reprises dans un vase contenant de l'eau.
Le troisième voyage a lieu ensuite, au milieu d'un profond silence. Après
le troisième tour, le frère terrible conduit le récipiendaire à l'orient, à la
droite du vénérable. Là se répèlent encore lé cérémonial, les questions et
les réponses qui ont terminé les deux premiers voyages.
— Qui va là? demande le vénérable,
quand le récipiendaire lui a frappé
sur l'épaule.
— C'est, répond le frère
terrible, un profane qui sollicite la laveur d'être
reçu maçon.
a-t-il osé l'espérer'?
— Comment
— Parce qu'il est né libre et
qu'il est de bonnes moeurs.
Puisqu'il en est ainsi, qu'il passe par les flammes puriiicatoires, aliu

qu'il ne lui reste plus rien de profane.
Au moment où Je récipiendaire descend les'marches de l'orient pour se
rendre entre les deux colonnes, le frère terrible l'enveloppe de llammes à
trois reprises. L'instrument dont, il se sert à cet elfet s'appelle la lampe à
lycopodo. C'est un long tube de métal, se terminant, à une extrémité, par
\nm embouchure, et, à l'extrémité opposée, par une lampe à esprit de vin
entourée d'un crible en forme de couronne dont les trous livrent passage
à une poudre très inflammable, appelée lycopode, renfermée dans l'inté-
rieur, et que le souille de celui qui embouche l'instrument pousse sur la
tlamme de la lampe.
— Profane, dit le vénérable, vos voyages sont heureusement terminés;
vous avez été purifié par la terre, par l'air, par l'eau et le par le feu. Je ne
saurais trop louer votre courage; qu'il ne vous abandonne pas, cependant,
car il vous, reste encore des épreuves à subir. La société dans laquelle vous
désirez être admis pourra peut-être exiger
que vous versiez pour elle jus-
qu'à la dernière goutte de votre sang. Y consentiriez-vous?
— Oui, monsieur.
Nous avons besoin de nous convaincre que ce n'est pas là une vaine as-
surance. Etes-vous résigné à ce qu'on vous ouvre la veine à l'instant même?
5
18 PREMIÈRE PARTIE.

— Oui, monsieur.
Quelques récipiendaires objectent qu'il y a peu de temps qu'ils ont dîné,
et qu'une saignée pourrait avoir pour eux des suites dangereuses. Dans ce
cas, -le vénérable engage le chirurgien de la loge à leur tâter le pouls; ce
qui a lieu. Le chirurgien affirme toujours que la saignée peut être pratiquée
sans inconvénient.
— Frère chirurgien, dit le vénérable, faites donc votre
devoir.
Le frère chirurgien bande le bras du récipiendaire, et lui pique la saignée
avec la pointe d'un cure-dents. Un autre frère, qui lient un vase dont le
goulot est fort étroit et qu'on a eu soin de remplit' d'eau tiède, l'incline, fait
tomber un filet d'eau très mince sur le bras du récipiendaire, et, de là, dans
un bassin, où il épanche le reste de l'eau avec bruit, de manière à faire croire
au patient que c'est son sang qui coule. L'opération s'achève suivant la forme-
usitée, et, quand elle est terminée, on fait tenir au récipiendaire son bras
en écharpe.
Le vénérable lui dit ensuite que les maçons portent tous sur la poitrine
une empreinte mystérieusequi sert à les faire reconnaître; il lui demande
s'il serait heureux de pouvoir, lui aussi, montrer celte empreinte, qui s'ap-
plique à l'aide d'un fer chaud. Sur sa réponse affirmative, le vénérable
donne ordre de lui imprimer le sceau maçonnique. Celle opéra lion se fait de
plusieurs manières. Les plus usitées consistent à appliquer sur le sein du
récipiendaire, soi lie côté chaud d'une bougie qu'on vient d'éteindre, soit.
un verre de petite dimension qu'on a légèrement, échauffé en y brûlant du
papier. Enfin, pour dernière épreuve, le vénérable invite le récipiendaire à
faire connaître à voix basse au frère hospitalier, qui se transporte à cet effet
près de lui, l'offrande qu'il a l'intention de faire pour le soulagement des
maçons indigents.
— Vous allez bien lot, monsieur, lui dit le vénérable, recueillir le fruit,
de votre fermeté dans les épreuves, et des sentiments si agréables au Grand
Architecte de l'univers, ceux de la pillé cl de la bienfaisance, que vous venez
de manifester. Frère maître des cérémonies, ajoute le vénérable, remettez
le candidat au frère premier surveillant, afin qu'il lui apprenne à faire le
premier pas dans l'angle d'un carré long. Yous lui. ferez faire les deux au-
tres, et vous le conduirez ensuite à l'autel des serments.
Les trois pas dans l'angle d'un carré long sont, ce qu'on appelle la mar-
che d'apprenti. Lorsque le premier surveillant a enseigné celte marche au
récipiendaire, il est conduit à l'autel par le maître des cérémonies.
Les loges n'ont pas, en France, d'autel particulier pour les prestations
de serment; celui du vénérable est seul destiné à cette cérémonie. Dans les •
loges anglaises et américaines, l'autel des serments est placé au milieu du
FRANC-MAÇONNERIE. "
19
temple, un peu avant d'arriver aux marches de l'orient. 11 est de forme trian-
gulaire et orné de draperies et de franges ; on y pose la Bible ouverte ; et on
met sur la Bible l'équerre, le compas et l'épée flamboyante.
Le maître des cérémonies fait agenouiller le profane au pied de l'autel, et
lui appuie sur le sein gauche les pointes du compas. Le vénérable frappe
alors un coup, et dit :
— Debout elà
l'ordre, mes frères! Le néophyte va prêter le serment re-
doutable-
Tous les frères se lèvent, saisissent une épée, et. se tiennent., pendant la
prestation du serment, dans la posture consaerée.
Le serment, prononcé, le maître des cérémonies conduit le récipiendaire
entre les deux colonnes ; tous les frères l'entourent et. dirigent vers lui leurs
glaives nus, de manière qu'il soit comme un centre d'où partiraient des
rayons. Le maître des cérémonies se place derrière lui, dénoue, le bandeau
qui lui. couvre les yeux, et attend que le vénérable lui donne le signal de
le faire tomber. En même temps, un frère tient la lampe à lycopode à un
mètre en avant du néophyte.
— Frère premier
surveillant, dit le vénérable, maintenant que le cou-
rage et la persévérance de cet aspirant l'ont fait sortir victorieux de ses lon-
gues épreuves, le jugez-vous digne d'être admis parmi nous?
•—
Oui, vénérable, répond, le premier surveillant.
•—
Que demandez-vous pour lui?
— La lumière.
— Que la lumière soil, dit le vénérable.
Puis il frappe trois coups. Au troisième, le maître des cérémonies ar-
rache le bandeau du récipiendaire, et, au même instant, le frère qui a
embouché la lampe à lycopode souffle fortement, et produit, une vive
clarté (1).
— Ne craignez rien, mon frère, dit le vénérable au néophyte, des glaives
qui sont, tournés vers vous. Ils ne [Link]çants que pour les parjures. Si
vous êtes fidèle à la franc-maçonnerie, comme nous avons sujet de l'espé-
rer, ces glaives seront toujours prêts à vous défendre ; mais si, au contraire,
vous veniez jamais à la trahir, aucun lien de la terre ne vous offrirait, un
refuge contre, ces armes vengeresses.
Tous les frères baissent, la pointe de leurs épées, et le vénérable ordonne
au maître des cérémonies de conduire le nouveau frère à l'autel. Lorsqu'il
y est parvenu, on le fait agenouiller; le vénérable lui place la pointe de
l'épée flamboyante sur la tête, et lui dit :

(1) Voyez planche n" 2.


20 PREMIÈRE PARTIE.

— Au. nom du Grand Architecte de l'univers, et en vertu des pouvoirs qu i


m'ont été confiés, je vous crée, et constitue apprenti maçon, et membre de
celle respectable loge.
Ensuife il frappe trois coups sur la lame du glaive avec sou maillet; il
relève le nouveau frère ; lui. ceint un tablier de peau blanche, emblème du
travail ; lui donne des gants blancs, symbole de la pureté de moeurs prescrite
aux. maçons; lui remet des gants de femme, pour qu'il les offre à celle qu'il
estime le plus; puis il lui révèle les mystères particuliers au grade d'ap-
prenti maçon, et lui donne, le triple baiser fraternel.
Reconduit alors entre les deux colonnes, le néophyte y est proclamé on
sa nouvelle qualité, et tous les frères, sur l'ordre du vénérable, applau-
dissent à son initiation par le signe, la batterie manuelle et l'acclamation
d'usage.
Le nouvel initié, après avoir repris les babils dont on l'avait dépouillé,
est conduit parle maître des cérémonies à l'extrémité est de la colonne du
nord, où il. prend place, pour cette fois seulement, sur un siège particulier;
et le frère orateur lui adresse un discours conçu à peu près en ces termes :
«;
Mon frère, tel est le litre que vous recevrez et que vous donnerez désor-
mais parmi nous. 11 vous dit. quels sentiments vous devez y apporter, et de
quels sentiments vous y serez l'objet.
« En vous faisant agréger à la société maçonnique, vous avez contracté,
mon frère, d'importantes cl de nombreuses obligations. Notre digne véné-
rable n'a pu vous en indiquer que quelques-unes dans le cours des épreuves
que vous avez subies : permettez que j'achève de vous instruire sur un point
aussi essentiel.
« L'association maçonnique exige de tout, homme qu'elle admet dans ses
rangs qu'il croie, en un être suprême, créateur et directeur de l'univers, et
qu'il professe le petit nombre de dogmes qui forment,la base de ton les les re-
ligions. Elle l'autorise, d'ailleurs, à suivre, en toute liberté, hors de la loge,
tel culte qu'il lui plaît, pourvu qu'il laisse chacun de ses frères user paisible-
ment de la même faculté. Elle veut aussi, qu'il se conforme aux préceptes de
la morale universelle ; c'est-à-dire qu'il soit bon cl charitable, sincère et. dis-
cret, indulgent, et modeste, équitable et juste, lempéran loi probe; et ce n'est
pas assez pour elle qu'il fasse ce qui est bien : elle prétend encore qu'il s'ap-
plique à acquérir une bonne, réputation.
« Le maçon ne doit faire aucune distinction entre lesbommes, quelles que
soient la couleur de leur visage, la latitude de leur patrie, leur condition so-
ciale, leurs croyances religieuses, leurs opinions politiques, du moment qu'ils
sont vertueux. Il doit les embrasser tous dans un même sentiment de bien-
veillance, el les aider tous à l'occasion par tous les moyens dont il peut dis-
FRANC-MAÇONNERIE. 21

profane et un de ses frères,


poser. Néanmoins, s'il lui fallait opter entre un
qui, l'un et l'autre, se trouveraient dans la détresse ou courraient quelque
danger, c'est de préférence au maçon qu'il serait tenu déporter secours.
« L'observation des
lois et la soumission aux autorités sont au nombre des
devoirs les plus impérieux du maçon. Si, comme ci loyen, il juge défectueux
les institutions elles codes qui régissen t sa patrie, il lui est loisible d'en signa-
le]' les vices par toutes les voies que la législation en vigueur met à sa dispo-
sition, ayant soin toutefois de le faire sans acception de personnes et sans
au Ire passion que celle du bien public.
Mais il lui est, dans tous les cas, in-
terdit de tremper dans des complots ou dans des conspirations, parce que
ces trames sont tout à la fois contraires à la loyau lé et à
l'équité : à la loyauté,
en ce que le conspirateur n'attaque pas son
ennemi en face ; à l'équité, en
ce que le petit nombre tente d'imposer sa volonté, par force ou par surprise,
à la majorité.
« Si donc il arrivait à votre connaissance qu'un de vos frères
s'engageât
dans une de ces entreprises, vous devriez l'en détourner par la persuasion,
cl, s'il y persistait , ne point lui prêter votre appui. Cependant, si ce frère
venait à succomber, rien ne s'opposerait à ce que vous eussiez compassion
de son malheur; et, à moins qu'il ne fût convaincu d'un autre crime, comme,
par exemple, d'avoir attenté à la vie d'un de ses semblables, il vous serait
permis, et le lien maçonnique vous ferait même un devoir d'user de toute
voire influence personnelle ou de celle de vos amis pour parvenir à tempérer
la rigueur du châtiment qu'il aurait encouru.
« 11 est expressémentdéfendu aux maçons de discuter entre eux, soit dans
l'intérieur de la loge, soit au dehors, des matières religieuses et politiques,
.ces discussions ayant, pour effet, ordinaire de jeter la discorde là où régnaient
auparavant la paix, l'union et la fraternité. Cette loi maçonnique no souffre
point d'exceptions. Les maçons ne doivent savoir ce qui se passe dans le
monde profane que lorsqu'il se présente pour eux l'occasion de soulager
quelque infortune.
« Les maçons sont tenus d'avoir l'un pour l'autre toute l'affection et tous
les égards que se doivent des hommes estimables à un même degré. Ils sont
obligés de se donner le nom de frères, cl. de se traiter fraternellement dans
la loge et au dehors. Néanmoins, comme
on n'a pas dans le monde les mêmes
idées que dans la franc-maçonnerie sur le principe del'égalité, il ne faut pas
(lue ceux: des maçons dont la condition sociale est infime affectent en public
avec leurs frères d'un rang plus élevé une familiarité qui pourraitleur nuire
dans l'esprit des profanes ; mais aussi les derniers, de leur côté, doivent s'ef-
lorcer de tempérer par leur aménité ce qu'une nécessitéde colle nalurepeut
• avoir
d'amer pour leurs frères moins bien partagés de la fortune. Quanta
22 PREMIÈRE PARTIE.

ceux-ci, ils doivent se défendre de tout sentiment d'envie, et s'appliquer,


par leur travail et par le constant exercice de toutes leurs facultés, à faire
disparaître l'inégalilé qui existe entre leur position el celle de leurs frères
plus heureux.
« Au nombre des devoirs les plus sacrés des maçons est. celui qui les
oblige à secourir leurs frères dans la détresse. Ce devoir doit s'accom-
plir sans fasle el sans ostentation, cordialement, et comme un acte tout
naturel, qu'on pourrait soi-même, à l'occasion, réclamer comme un droit. Ce-
pendant, un maçon n'est tenu de venir au secours de son frère que dans la
limite de ses facultés, el sans que le don qu'il fait puisse porter préjudice au
bien-être de sa famille, ou l'empêcher de satisfaire à ses propres besoins. De
son côté, le maçon qui. vient réclamer l'assistance de son frère doit le faire
avec franchise, sans arrogance et sans humilité, et ne point s'offenser d'un
refus qui ne saurait être dicté que par l'impossibilité de lui. être utile.
« Tout ce qui peut avoir pour effet de relâcher ou de rompre lelien fra-
ternel qui les unit l'un à l'autre doit être évité avec le plus grand soin par
les maçons. Ainsi, dans quelque circonstance- que ce soit, nul n'est autorisé
à supplanter son frère, à lui nuire dans ses intérêts ou dans sa considération.
Tous doivent constamment, au contraire, se rendre, tous les lions offices qui
dépendent d'eux, et défendre réciproquement leur honneur, lorsqu'il est
attaqué. Ils doivent surtout être conciliants en affaires, el ne plaider l'un
contre l'autre que dans le cas où la loge, qu'ils auraient saisie delà connais-
sance de leurs différends, n'aurait, pu parvenir à les accommoder. Alors ils
doivent voir dans la décision des juges un arrêt de Ions poinls équitable, et
se traiter, cependant, suivant, l'expression des vieilles conslitutiousmaçonni-
ques, « non avec indignation, comme il se pratique ordinairement, mais
« sans colère, sans rancune , en ne disant, et. en ne faisant, rien qui puisse
« empêcher l'amour fraternel. »
« Après ces devoirs généraux, que vous aurez à remplir, mon frère, avec,
une religieuse ponctualité, il y a des devoirs particuliers, qui n'ont pas une
moindre importance. .11 faut même les considérer comme la clef de voûle de
la franc-maçonnerie; car, si l'on venait aies retrancher, l'édifice tout, entier
s'écroulerait au mémo instant.
<c
Tout maçon est tenu d'appartenir à une. loge, et. d'assister à ses assem-
blées, chaque fois du moins que le soin de ses intérêts personnels ou le bien
de sa famille n'y apporte pas un empêchement absolu. La mort, onde
graves infirmités peuvent seules l'affranchir de cette obligation. Il n'a pas
le droit de déserter un moment la tâche sainte cl toute de dévoûment. qu'il
a entreprise. Quoique cette tâche soit immense, et que sa vie tout entière ne
puisse suffire à l'accomplir, cependant le moindre progrès qu'obtiennent
FRANC-MAÇONNERIE. 23
efforts est un bienfait pour le monde, et, pour lui-même, un titre de
ses
«loire; et il doit s'estimer heureux que ses devanciers n'aient pas conduit
l'oeuvre à la perfection et lui aient encore laissé une pari de travail.
« Chacun de nous, mon
frère, doit s'efforcer d'augmenter le nombre des
ouvriers appelés à élever le pieux édifice de la franc-maçonnerie. Gardons-
nous cependant d'introduire dans nos ateliers les hommes
qui n'auraient
pas toutes les qualités voulues, dont nous ne connaîtrions pas et
donl nous
ne pourrions pas garantir la parfaite
moralité. C'est profaner les choses
saintes que de les livrer à des mains impures. Mieux vaudrait, cent fois que
le bienfait de notre association lui renfermé dans un petit, cercle d'hommes
de choix, que de voir nos doctrines perverties, notre but déserté, et le mé-
pris universel remplacer la juste considération qui nous est due.
« Non-seulement il faut que le maçon
assiste aux réunions de sa loge,
régulièrement el aux heures indiquées, mais encore il faut qu'il étudie avec
soin les règlements qui la gouvernent, el qu'il se conforme strictement aux.
prescriptions relatives à ses rapports avec les frères, aux fonctions dont il
peut être investi, aux délibérations, aux élections et aux autres travaux en
général. Toute la puissance de la franc-maçonnerie réside essentiellement
dans la fidèle observation de ces formes savantes.
« L'apprenti doit obéissance au compagnon; le compagnon, au maître;
le maître, aux officiers qu'il a librement élus. Tout apprenti qui remplit
exactement ses devoirs peut être reçu compagnon après un intervalle de
cinq mois; tout, compagnon peut devenir maître sept mois après sa. récep-
tion au compagnonnage; loul maître est apte à remplir les diverses fonctions
de la maçonnerie, depuis la plus humble jusqu'à la plus élevée, jusqu'à celle
de grand-maître elle-même.
« Ce grade de maître est donc pour tous les jeunes maçons, il doit être
aussi pour vous, mon frère, le but, d'une louable, ambition. C'est seulement
quand vous l'aurez obtenu que vous pourrez contribuer efficacement au
bien que le système maçonnique a mission d'opérer dans le monde. Ce bien
est immense, mon frère, el le seul énoncé suffira, je le pense, pour exciler
votre enthousiasme el pour vous animer d'une généreuse ardeur. Effacer
parmi les hommes les distinctions de couleur, de rang, de croyances, d'opi-
nions, de patrie; anéantir le fanatisme et la superstition; extirperles haines
nationales, et, avec elles, le fléau de la guerre; faire, en un mot, de tout le
genre humain une seule et même famille unie par l'affection, par le dévoû-
ment, par le travail el par le savoir ; voilà, mon frère, le grand oeuvre qu'a
entrepris la franc-maçonnerie, auquel vous êtes appelé à associer vos efforts,
et qui ne nous paraîtrait à nous-mêmes, il faut l'avouer, qu'une magni-
fique mais stérile utopie, si les résultats obtenus dans le passé
ne nous don-
%A PREMIÈRE PARTIE.
liaient, pour l'avenir, une foi entière dans la possibilité d'une complète
réalisation.
« Remarquez, en effet, mon frère, qu'elle puissante et heureuse influence
la franc-maçonnerie a exercée sur le progrès social depuis moins de deux-
siècles, qu'abandonnant l'objet matériel de son institution, elle s'est uni-
quement attachée à en poursuivre le but philosophique!
a Lorsqu'elle lança dans le monde ses premiers missionnaires de charité
fraternelle, les hommes se faisaient la guerre au nom d'un Dieu de paix et
de concorde; Rome el Genève, dans leurs luttes impies, faisaient couler des
Ilots de sang pour quelques dogmes incompris, et ce qu'épargnait le glaive
était, des deux paris, dévoré par la flamme des bûchers. Catholiques et pro-
testants, chrétiens, juifs , musulmans, sectateurs de Yichnou et de Chiva,
étaient animés les uns contre les autres de haines implacables et féroces.
Dites, mon frère, ce que ces frénésies religieuses sont devenues !
<c
Que sont devenues aussi, ces haines nationales, non moins aveugles el
barbares, qui poussaient les peuples à s'enlre-luer à la voix de quelques
,
ambitieux!
« Qu'est devenue celle sanctification de l'oisiveté, qui, sous le nom de
noblesse, déversait le mépris sur le travail et. parquait, le travailleur dans un
absurde et inique ilotisme]
« Qu'est devenu l'esclavage héréditaire des serfs; que sera bientôt l'escla-
vage de la race noire!

« Toutes les barrières qui séparaient, les hommes se sont écroulées, mon
frère, grâce au mystérieux apostolat de la franc-maçonnerie. Si la liberté
humaine présente encore quelques lacunes, elle ne peut tarder à étendre
partout son bienfaisant empire ; si. la guerre n'est pas entièrement anéantie,
elle est du moins plus rare ; et toujours la vue d'un signe maçonnique a le
pouvoir d'en calmer la fureur.
« Sans doute le christianisme avait proclamé déjà le principe de la frater-
nité des hommes ; mais, seule, la franc-maçonnerie a. le privilège heureux
de pouvoir l'appliquer. Le Christ a dit : « Mon royaume n'est pas de ce
« monde; » la franc-maçonnerie, au contraire, dit : « Mon royaume est de
« ce monde. »Le Christ commandait des sacrifices qui. ne devaient recevoir
leur récompense que dans le ciel; les sacrifices que commande la franc-
maçonnerie ont leur récompense sur la terre. Le christianisme et la franc-
maçonnerie se complètent l'une par l'autre, et peuvent se prêter un mutuel
secours pour le bonheur de l'humanité.
« ,1e vous ai montré le but, mon frère. C'est à vous maintenant à faire
tous vos efforts pour parvenir à l'atteindre. Soyez désormais le propagateur
discret et zélé de nos doctrines ; mais, surtout, ne manquez pas de les appli-
FR ANC-MAÇONNERIE.
25
dans toutes vos actions. Songez que vous exercez un haut ministère
quer
social, et qu'on mesurera, dans le monde, l'estime qu'on
doit à la franc-
maçonnerie sur les exemples que vous donnerez.
Je ai dit, mon frère, que l'association maçonnique a produit
a vous
beaucoup de bien ; j'ajouterai, car il ne faut rien vous cacher,
qu'elle en
eût fait plus encore, si elle avait su se garantir d'innovations dont le
résultat
inévitable était de jeter le trouble et la discorde dans ses rangs. Malheureu-
sement, elle n'eut pas celle sage prévoyance. Des frères à l'imagination
ardente, égarés par de fausses lueurs ; d'autres, dirigés par des motifs qu'on
ne saurait avouer, introduisirent
dans les loges, à diverses époques, et
firent adopter par une grande partie des .membres de la société, des nou-
veautés qui ont, jusqu'à un certain point, paralysé l'action bienfaisante de
la franc-maçonnerie, et qui, plus d'une fois, en ont mis l'existence même
en péril. C'est ainsi, qu'aux grades
d'apprenti, de compagnon et de maître,
les seuls qui soient véritablement de l'essence de notre institution, les no-
vateurs ont ajouté, sous le nom de hauts grades, d'interminables séries
d'initiations prétendues, dans lesquelles sont enseignées les doctrines les
plus incohérentes, qui. tendent, le plus souvent à propager des erreurs dont
la raison et la science humaines ont dès longtemps fait justice, et qui s'éloi-
gnent particulièrement delà pensée maçonnique, en substituant, pour les
adeptes, à l'humble qualification d'ouvriers, les titres ambitieux de cheva-
liers, de princes et de souverains. De la combinaison d'un plus ou moins
grand nombre de ces hauts grades avec les premiers, ou, pour mieux dire,
avec les seuls degrés delà franc-maçonnerie, sont nés des systèmes appelés
rites, qui partagent aujourd'hui notre société, el qui, pendant de longues
années, ont. été pour elle une occasion permanente de querelles et de déplo-
rables scissions. Grâce à Dieu, cet esprit de secte et de rivalité, n'existe plus;
et tous les maçons, quels que soient les rites qu'ils aient embrassés, s'aiment
el se traitent comme des frères. Quelques-uns pensent même que le mo-
ment est venu de réaliser une réforme à laquelle ils travaillent de longue
main, et qui ramènerait l'unité dans la maçonnerie par la suppression des
hauts grades et par la fusion de tous les rites (1). Nous espérons, mon frère,
que, lorsque vous aurez atteint le grade de maître el le complément d'in-
struction qui en découle, vous comprendrez mieuxcombien est urgente cette
oeuvre d'union et de paix, et que vous n'hésiterez pas à vous y associer de
tous vos efforts. '
.
« Les rites pratiqués sur la surface du globe sont en assez grand nombre.
(1) Celle réforme a déjà été réalisée partiellement en Allemagne par les loges diLes
.
éclectiques, par les ateliers dépendant de la Mère-Loge Royal-York à l'amitié, de Ber-
;
lin, et par ceux qui reconnaissent l'autorité do la Grande-Loge de Hambourg.
4
26 PREMIÈRE PARTIE.
Le plus ancien et le plus répandu, est le rite anglais. Ensuite viennent le
rite français, qu'on appelle, en Hollande et en Belgique, rite ancien ré-
formé; le rite de la Grande-Loge aux trois globes, de Berlin ; le système de
Zinnendorf; le rite écossais ancien et accepté, etc., etc. (1).
« Chacun de ces rites s'administre séparément. Chaque pays même ren-
ferme une administration distincte pour chaque rite. Le plus communé-
ment, le gouvernement d'un, rite se forme des députés des loges qui l'ont
adoplé; et c'est là l'organisation primitive et la seule logique de la franc-
maçonnerie. En Angleterre, par exemple, en Ecosse, en Irlande, dans
chacun des États de l'Union américaine, dans quelques contrées de l'Alle-
magne, chaque atelier est représenté dans la Grande-Loge par son vénérable
et ses surveillants, ou, s'il est trop éloigné de la capitale, par un délégué
(proxy) qui remplace le vénérable et choisit lui-même ses surveillants. Tous
les trois mois, ont lieu des assemblées générales, qu'on appelle communica-
tions de quartier, et dans lesquelles sont décidées, à la majorité des voix,
toutes les questions qui peuvent intéresser la société. Les loges y envoient
leurs tributs; on y fait le rapport des travaux du trimestre; le trésorier et.
les divers comitésde bienfaisance y rendent leurs comptes. Il y a en outre
deux assemblées, l'une à la Saint-Jean d'été, et l'autre à la Saint-Jean d'hi-
ver, pour la célébration de la fête de l'ordre. Les élections de tous les offi-
ciers se font dans la dernière de ces assemblées, et tous les membres de la
Grande-Logey concourent individuellement. Dans l'intervalle des commu-
nications de quartier, l'administration est confiée au grand-maître ou à sou
député, au grand-trésorier, au grand-secrétaire, el à la grande loge des
stewards, qui tient ses séances chaque mois.
« La France compte trois gouvernements maçonniques, dont l'organisa-
tion diffère de celle-là en beaucoup de points : ce sont le Grand-Orient de
France; le Suprême Conseil du 55" degré du rite écossais ancienet accepté;
la Puissance Suprême du rite de Misraïm.
« Le Grand-Orient se forme des vénérables des loges proprement dites,
et des présidents des divers ateliers qui pratiquent les hauts grades des rites
français, écossais ancien et accepté, d'Hérédom,philosophique, et rectifié.
À. défaut de leurs présidents, ces divers corps sont représentés par des dé-
putés spéciaux, élus par eux annuellement à la majorité des voix. Le Grand-
Orient s'attribue la puissance suprême dogmatique, législative, judiciaire
et administrative de tous les ateliers de tous les rites et de tous les grades
existant dans toute l'étendue de la France. La direction en est remise aux

(1) Voir, à la tin


de l'introduction, la statistique universelle de la franc-maçonnerie,
où sont émimérés tous les rites en vigueur, avec les noms de leurs différents grades.
FRANC-MAÇONNERIE. 27
mains de quatre-vingt-un officiers choisis et nommés au scrutin parmi les
députés élus des divers ateliers qui reconnaissent son autorité. Les électeurs
sont les officiers eux-mêmes; mais leurs choix doivent être sanctionnés par
le Grand-Orient, c'est-à-dire par l'universalité des députés réunis en assem-
blée générale. Le Grand-Orient se subdivise en cinq chambres principales:
la Chambre de correspondance el des finances, constituant l'administration
proprement dite; la Chambre sijmbolique, qui s'occupe de tout ce qui est
relatif aux ateliers des trois premiers grades ; le Suprême Conseil des rites,
[Link] sur tout ce qui a rapport aux ateliers des degrés supérieurs; la
Chambre de conseil el d'appel, qui donne son avis sur toutes les affaires
intéressant l'existence des ateliers, et qui. prononce en dernier ressort dans
les contestations qui surgissent entre les ateliers ou. entre les frères; enfin
le Comité central et d'élections, qui s'occupe des mêmes matières, à huis-
clos. Indépendamment de ces cinq chambres, le Grand-Orient renferme
dans soir sein le Grand Collège des rites, qui confère les hauts degrés ; un
Comité des finances, de statistique et de bienfaisance, et un Comité d'in-
spection du secrétariat el des archives.
« Le Suprême Conseil du rite écossais
ancien et accepté se compose de
membres du 55e et. dernier grade de ce rite, au. nombre de vingt-sept. Il est
à la fois législateur et administrateur, il décrète, les impôts, et il prononce
dans toul ce qui touche au dogme el au contentieux. Au-dessous de ce
corps, est placée la Grande-Loge centrale, qui se forme de tous les maçons
de l'obédience pourvus des 50e, 5'1c, 52° et 55" degrés; des députés des
ateliers des départements et de l'extérieur, et des présidents des ateliers
existant à Paris. La Grande-Loge centrale est divisée en sections. La pre-
mière section, dite symbolique, connaît des affaires relatives aux trois pre-
miers gracies; la deuxième section, dite chapitraie, connaît des affaires qui
concernent, les degrés du ^° au 18e inclusivement; enfin la troisième sec-
tion, dite des hauts grades, slatue sur les affaires du 19<! au 52<: degrés
inclus, el confère l'initiation de ces différents degrés à Paris. Ces sections
comprennent tous les membres de la Grande-Loge, suivant leurs gracies et
la nature des mandais dont ils sont investis. Les deux premières sections
donnent leur avis sur les matières qui leur sont attribuées; cet avis est
transmis à la troisième section, qui le renvoie au Suprême Conseil, en y
joignant son avis particulier; le Suprême Conseil reste et demeure juge
souverain. Il est au besoin suppléé par sa Commission administrative, qui
est revêtue de tous ses pouvoirs, et où il peut arriver que les décisions qui
importent le plus aux intérêts des ateliers du rite soient pris à la majorité
de deux voix contre une.
« Le rite de Misraïm se compose de 90 grades, divisés en quatre séries.
28 PREMIÈRE PARTIE.
La première série, dite symbolique, comprend les 55 premiers degrés.
Elle est gouvernée et administrée par la première chambre de la Puissance
Suprême, formée des grands-ministres constituants du 87e degré. La
deuxième série, appelée philosophique, embrasse les 55 degrés suivants;
l'administration en est dévolue aux grands ministres constituants du
88e degré, deuxième chambre de la Puissance Suprême. La troisième série,
dite mystique, renferme les degrés du 67,; au 77" inclusivement; elle est
régie par les grands-ministres constituants du 89'' degré, troisième cham-
bre de la Puissance Suprême. La quatrième série enfin, qui a le titre de
cabalistique, se compose des degrés supérieurs jusqu'au 90° ; elle est spé-
cialement gouvernée par la quatrième chambre, appelée Suprême Grand-
Conseil-général des souverains grands-maîtres absolus du 90e el dernier
degré du rite de Misraim el de ses quatre séries. Aucune décision des trois
autres chambres ne peut recevoir son exécution que le Suprême Grand-
Conseil-général ne l'ait approuvée, el celle approbation est soumise elle-
même à la sanction souveraine du supérieur grand-conservateur, ou grand-
maître, qui est libre de la réformer el de l'annuler.
« D'après ce tableau succinct de l'organisation des corps maçonniques
de la France, vous aurez pu remarquer, mon frère, comment, à la faveur
des hauts grades, le despotisme de quelques-uns, et même le despotisme
d'un seul, a pu s'introduire dans le gouvernement d'une société qui a pour
base l'égalité fraternelle. Cette monstrueuse anomalie renferme en elle
seule la condamnation de tout le système des hauts grades, et sera une des
plus puissantes considérations qui. en amèneront le renversement. Les bons
esprits, mon frère, et, par bonheur, ils sont nombreux dans la maçonnerie,
appellent de tous leurs voeux cedénoûmcnt; car ce n'est, qu'alors que notre
association formera réellement une seule et môme famille, et pourra con-
courir, plus efficacement encore qu'elle ne l'a fait jusqu'ici, à l'accomplis-
sement du grand et noble objet de son institution.
« Notre digne vénérable vous a communiqué déjà plusieurs des secrets
de la franc-maçonnerie; les autres vous seront dévoilés à mesure que vous
avancerez en grade. Tout vous sera dit quand vous aurez reçu la maîtrise.
Jusque-là, il vous faut travailler à vous rendre digne do ces hautes révé-
lations.
« Yoici maintenant, comme objet, de simple curiosité, et c'est par là que
je terminerai cette longue instruction, l'interprétation morale de l'allégorie
maçonnique, telle que l'a tracée d'une façon pittoresque el concise un de
nos frères du siècle passé : « Ce n'est pas par un vain caprice que nous nous
« donnons le titre de maçons. Nous bâtissons le plus vaste édifice qui fût
« jamais, puisqu'il ne connaît d'autres bornes que celles de la terre. Les
FRANC-MAÇONNERIE. 29
hommes éclairés et vertueux en sont les pierres vivantes, que nous lions
«
«
ensemble avec le ciment de l'amitié. Nous construisons, suivant les rè-
« gles
de notre architecture morale, des forteresses imprenables autour de
ic
l'édifice, afin de le défendre des attaques dû vice et de l'erreur. Nos tra-
vaux ont pour modèle les constructions de l'Architecte Suprême. Nous
it
« contemplons ses
perfections el dans le grand édifice du monde, et dans
« la structure
admirable de tous les corps sublunaires. Nous lui bâtissons,
« parles
mains delà vertu, un sanctuaire au fond de nos coeurs; et c'est
« ainsi que le maçoD est
transformé en la pierre angulaire de tous les êtres
« créés. »
Aces généralités, on ajoute habituellement quelques notions particu-
lières sur les règles d'ordre et de police à observer dans la loge quand les
travaux, sont ouverts. Ces règles se réduisent à ceci :
Tout membre d'une loge, à son arrivée dans les pas perdus, se décore de
Vhabil de son grade, c'est-à-dire de son tablier, et frappe à la porte les coups
mystérieux. Averti, par un signal de l'intérieur, qu'il a été entendu, il at-
tend, pour entrer, que le couvreur lui ait ouvert. Si l'on est au milieu d'une
délibération ou il reste dehors, ou il s'abstient, de voler. Introduit, il
,
marche suivant le mode prescrit, s'arrête entre les deux colonnes, salue
maçonniquement à l'orient, à l'occident et au midi, se met à l'ordre, c'est-
à-dire dans une posture consacrée, el attend que le vénérable lui dise de
prendre séance. S'il est apprenti, sa place est au nord; compagnon, au
sud; maître, indifféremment sur les deux colonnes. Il n'est permis ni de
sortir du temple, ni de passer d'une colonne à l'autre, sans en avoir obtenu
l'autorisation, dans le premier cas, du vénérable ; dans le second, d'un sur-
veillant.
Un maçon doit se tenir décemment sur sa colonne, et ne parler ni à haute
voix, ni. à voix basse, el encore moins converser en langue étrangère avec
les frères qui sont assis à ses côtés. Toute son attention est due aux travaux.
Quand il veut faire quelque, observation ou quelque demande, il se lève,
se. tourne vers le [Link] sa colonne, frappe dans les mains pour atti-
rer ses regards, se met à l'ordre, et attend que la parole lui soit, accordée.
Alors il expose sa pensée en termes clairs, précis el mesurés. Il ne peut,
parler plus de deux fois sur le même sujet. Si, au milieu de son discours,
le vénérable frappe, il s'interrompt, et ne continue que sur l'invitation qui
lui en est faite. S'il emploie des expressions inconvenantes ou ironiques, ou
s'il commet quelque autre faute contre les préceptes maçonniques ou contre
la discipline, le vénérable lui fait présenter le tronc de bienfaisance, et il
doit, sans murmurer, y déposer son offrande.
Il est aussi d'usage qu'avant de clore les travaux, le vénérable fasse Vin-
50 PREMIÈRE PARTIE.
struclion, c'est-à-dire qu'il adresse une série de questions aux surveillants,
qui y répondent suivant une formule adoptée. Celle sorte de catéchisme
rappelle les différentes circonstances de la réception. Nous reviendrons sur
ce sujet lorsque nous expliquerons les allégories maçonniques.
Les cérémonies qui ne sont pas spéciales aux degrés de compagnon et de
maître ont lieu en loge d'apprenti, afin que tous les membres de l'atelier
aient la faculté d'y assister.
On a vu que la fêle de l'ordre se célèbre deux fois par an : la première, à
la Saint-Jean d'hiver; la seconde, à la Saint-Jean d'été. Chacune de ces réu-
nions se termine par un banquet auquel tous les maçons, sans exception,
sont obligés de prendre pari-
La salle où se fait le banquet doit être, comme la loge, à l'abri des regards
profanes. On la décore habituellement de guirlandes de fleurs; el l'on sus-
pend aux murs la fram!?èr<! delà loge el celles de tous les ateliers qui ont en-
voyé des dépu talions. La table a la forme d'un fer à cheval. Le vénérable en
occupe le sommet; les surveillants, les deux extrémités. Dans l'intérieur,
se placent, en face du vénérable, le maître des cérémonies et les diacres. Les
différents objets qui couvrent la table sont disposés sur quatre, lignes paral-
lèles. La première ligne, à partir du bord extérieur, se compose des as-
siettes; la seconde, des verres; la troisième, des bouteilles; la quatrième,
des plats.
La loge de table a son vocabulaire particulier. On y appelle la table, ate-
lier; la nappe, voile; les serviettes, drapeaux; les plats, plateaux; les as-
siettes, tuiles; les cuillers, truelles; les fourchettes, pioches; les couteaux,
glaives. On donne le nom de barriques, aux bouteilles; de canons, aux
verres; de matériaux, aux mets; de pierre brute, au pain. Le vin est de
la poudre forte ; l'eau, de la poudre faible; les liqueurs, de la poudre ful-
minante ; le sel, du sable; le poivre, du ciment ou du sable jaune. Manger,
c'est, mastiquer; tirer une canonnee, c'est boire. Cel argot maçonnique
est d'invention française, et ne remonte pas très haut, comme l'indiquent
quelques-uns des mots adoptés. Quoi qu'il en soit, on est tenu d'employer
ce langage; el tout lapsus linguoe est puni d'une canonnee de poudre fai-
ble, d'un verre d'eau. La même peine est infligée pour toute autre faute
commise à table. L'instrument du supplice est présenté au coupable par le
maître des cérémonies (1).

(1) Cet usage remonte à la plus haute antiquité, e La fable nous apprend, dit Bail-
ly*, que, dans la légion céleste, on suivait le même régime. Les dieux qui se parju-
raient après avoir juré par le Styx étaient condamnés a boire une coupe de cette
eau empoisonnée. Celle coupe leur était présentée par Iris, >
* Estai sur le; FMa, t. I, p. 197.
FRANC-MAÇONNERIE. 51

Pendant le repas, on porte sept toasts ou santés d'obligation; ce qui


n'empêche pas d'en porter d'autres ; mais, dans ce cas, les termes des san-
tés doivent, être approuvés d'avance par le vénérable. Les manuels anglais
contiennent, pour ces toasts supplémentaires, des formules toutes faites,
dans lesquelles les fidèles ont coutume de se renfermer. Les toasts maçon-
niques américains sont au nombre de cinquante-huit. Les profanes préten-
dent que cette circonstance n'est pas étrangère à la mesure prise par la
Grande-Loge de New-York, qui interdit l'usage des liqueurs spiritueuses
dans les banquets. Le plus probable, c'est que la Grande-Loge a voulu rap-
peler aux maçons qu'ils doivent l'exemple de la sobriété. Au reste, voici
quelques-unes de ces formules anglaises : — « Santé, bonheur et unani-
mité à tous les maçons libres et acceptés répandus sur le globe ! Puissent-
ils être toujours empressés à soulager les frères dans la détresse, et ne
manquer jamais des moyens d'accomplir ce devoir! — Puisse l'amour fra-
' lemel, base de la maçonnerie, non-seulement se perpétuer et s'accroître
parmi nous, mais encore pénétrer et se répandre dans tous les rangs de
la société humaine! —Puissions-nous, comme maçons, être affectionnés
à nos amis, fidèles à nos frères, soumis aux lois, el justes, même envers
nos ennemis! — Puissions-nous redouter moins la mort que le plus petit
reproche de notre conscience ! — A. tout le genre humain en une seule
famille 1 »
Les sept santés d'obligation se composent : 1° dans les Elats monar-
chiques, de celle du souverain et de sa famille; el, dans les républiques,
de celle du magistrat suprême; 2° de la santé du grand-maître et des chefs
de l'ordre ; 5° de celle du vénérable de la loge ; #" de celle des surveillants;
5° de celle des autres officiers ; 6° de celle des visiteurs ; 7° enfin de celle de
« tous les maçons répandus sur les deux hémisphères, heureux .ou mal-
heureux, libres ou dans les fers, sédentaires ou voyageurs. » Dans les loges
anglaises, les santés d'obligation sont, au nombre de trois seulement. On
porte la santé du souverain, celle du grand-maître national, et celle de tous
les maçons.
Lorsqu'on tire les santés, la mastication cesse. Les frères se lèvent, se
mettent à l'ordre, et jettent leur drapeau sur leur épaule gauche. Sur l'in-
vitation du vénérable, ils chargent leurs canons, les alignent sur la table ;
et, quand toul cela est fait, le vénérable dit : « Mes frères, nous allons por-
ter une santé qui nous est infiniment chère et précieuse : c'esl celle de
....
Nous y ferons feu, bon feu, le feu le plus vif et le plus pétillant de tous les
leux. Mes frères, la main droite au glaive I
— Haut le glaive l — Salut du
glaive !
— Le glaive clans la main gauchel — La main droite aux armes!
(c'esl le verre.)
— Haut les armes ! —Enjoué! (ici, les frères approchent le
52 PREMIÈRE PARTIE.

verre de leur bouche.) — Feu! (on boit une partie de ce qu'il y a dans le
verre.)—Bon feu! (on boit encore une partie du vin contenu dans le verre.)
feux! (on vide entièrement le
— Le plus vif et le plus pétillant de tous les
verre.) — L'arme au repos ! (on approche le verre de l'épaule droite.)— En
avant, les armes (1)! — Signalons nos armes! — Un! (à ce commandement,
on rapproche le canon de l'épaule gauche.)—Deux 1 (on le ramène à l'épaule
droite.) — Trois ! (on le reporte en avant.)—Posons nos armes ! Un I Deux !
Trois! (à chacun de ces temps, les frères font un mouvement par lequel ils
descendent graduellement, le canon vers la table. Au troisième, ils le po-
sent avec bruit et avec ensemble, de manière qu'on n'entende qu'un seul
coup.) Le glaive àla main droite! — Haut le glaive 1 —Salut du glaive! —Le
glaive au repos ! (on pose doucement le couteau sur la table.) A. moi, mes
frères 1 (tous les frères font, à l'exemple du vénérable, le signe, la batterie
manuelle et l'acclamation.)
Il est assez généralement d'usage de faire précéder chaque/eu de l'expres-
sion de quelque sentiment ou de quelque voeu pour le frère qui est l'objet
de la santé. On répond à tous les toasts. Le maître des cérémonies parle au
nom des absents el des nouveaux initiés. Aussitôt qu'on a lire la. sauté du.
roi, le maître des cérémonies se place entre les deux surveillants, demande
la parole, et se rend l'interprète du monarque. Son remercîment achevé,
il tire une canonnee dans la forme qu'on a vue; ensuite il brise le canon,
afin qu'il ne puisse désormais servir pour une occasion moins solennelle.
C'est le premier surveillant qui porte la santé du vénérable. À. cet effet, il
le prie « d'inviter à charger et à aligner pour une santé qu'il va avoir la,
faveur de proposer. » Lorsque tout est chargé et aligné, il annonce que la
santé qu'il propose, est celle du vénérable, et il commande les armes en la
manière usitée. On place, entre la sixième et la septième santé, toutes celles
qu'on juge à propos d'ajouter ; et, entre la troisième el la quatrième, les
morceaux d'architecture, ou discours; elles cantiques, c'est-à-dire les
chansons, qui toutes doivent avoir la franc-maçonnerie pour sujet.
La septième santé se confond avec la clôture des travaux de table. On
y appelle les servants, qui se placent entre les surveillants et les maîtres des
cérémonies. Les armes chargées et alignées, les frères debout et à l'ordre, et
rangés en cercle, chacun donne un bout de son drapeau à ses voisins de
droite et de gauche, el reçoit, en échange, un des bouts du leur; ce qui
s'appelle former la chaîne d'union. Alors le vénérable proclame la santé et
entonne le cantique qu'on va lire.-Tous les frères reprennent en choeur le
refrain.

(lj Voyez planche n° 3.


FRANC-MAÇONNERIE. 53

- ne la preu-ve que d'ac-cord Nous bu-vons à nos- Fié - res.

Joignons-nousmain en main ;
Tenons-nous terme ensemble.
Rendons grâce au destin
Du îiwud qui nous rassemble.

Kt soyons assurés
Qu'il ne se boit, sur les deux hémisphères,
l'oint de plus illustres santés
Que celles de nos frères.

Le cantique fini, le vénérable, après avoir commandé les armes, donne à


ses voisins de droite et de gauche le baiser fraternel el un mot d'ordre, qui
circulent, sur les colonnes et lui sont rapportés de l'occident
par le maître
des cérémonies. La clôture a lieu ensuite dans les termes usités.
La loi maçonnique exclut impérieusement les femmes de la participalion
aux mystères. Cependant les Français ont transigé avec cette loi. A côté de
la vraie maçonnerie, ils ont créé
une maçonnerie de convention, spéciale-
ment consacrée aux femmes, qui remplissent toutes les fonctions et ne dé-
daignent pas d'admettre les hommes dans leurs assemblées. C'esl. qu'on
ce
appelle k maçonnerie cïadoption. Celle-ci,
comme l'autre, a ses épreuves,
*es grades, ses secrets, ses insignes. Mais ce sont là les prétextes des réu-
nions; le but, c'est le banquet, dont elles sont toujours accompagnées, et
le bal, qui en est inséparable.
La salle où se tient le banquet
est partagée en quatre climats. L'orient
s^ appelle Asie; l'occident, Europe ; le sud, Afrique ;\c nord, Amérique, La
table est en fer-à-cheval. Tout s'y trouve rangé
comme dans les banquets
M PREMIÈRE PARTIE.
d'hommes. La présidente a le titre de grande-mai-tresse ; elle est assistéepar
un grand-maître, et siège au climat d'Asie. La soeur inspectrice, assistée du
frère inspecteur, et la soeur dépositaire, secondée du frère dépositaire, oc-
cupent les deux extrémités du fer-à-cheval, la première, dans la région d'A-
mérique; l'autre, dans la région africaine.
Les loges d'adoption ont aussi une langue à part. On y appelle le temple.
Ed-en; les portes, barrières; le procès-verbal, échelle. On nomme lampe.
le verre ; huile rouge, le vin ; huile blanche, l'eau ; les bouteilles et les ca-
rafes, cruches. Garnir la- lampe, c'est, verser du vin dans son verre; souffler
la lampe, c'est boire; exalter par cinq, ou faire son- devoir par cinq, c'est
exécuter la batterie manuelle.
L'ordreconsiste à placer les deux mains sur sa poitrine, la droite sur la.
gauche, les deux pouces réunis cl [Link] triangle. L'acclamation esiEva!
répété cinq fois.
On porteles santés à peu près de lamèmc façon que dans les loges d'hom-
mes. La grande-maîtresse se serf également du maillelpour appeler l'allen-
lion de rassemblée. Les annonces se transmettent aussi par l'entremise des
officiers cl. des offlcièresqiu tiennent la place des surveillants. On l'ail garnir
les lampes, et on les fait aligner; et, quand tout est convenablement disposé-
la grande-maîtresse s'exprime comme il suit : « Mes frères el mes soeurs, la
santé rme je vous propose est. celle do En l'honneur d'une santé qui nous
est aussi chère, soufflons nos lampes par cinq. La main droite à la lampe!
— Haut la lampe! — Souillez la lampe! — En avant la lampe! — Posez la
lampe! — Un, deux, (rois, quatre—cinq! » La grande-maîtresse et tous les
assistants, à son exemple, portent quatre fois la lampe sur loeoeur, [Link] temps
cinq, la posent ensemble avec bruit sur la table. Ensuile, on exalte par cinq,
c'csl-à-dire qu'on frappe cinq coups dans ses mains, en poussant chaque fois
l'acclamation Eval
Bien que la loi qui interdit aux femmes l'accès des loges soit, absolue, elle
a pourtant été enfreinte un fois dans une circonstance assez remarquable.
La loge des Frères Artistes, présidée par le frère Cuvelier de Trie, donnait,
une fête d'adoption. Avant l'introduction des femmes, les frères avaient ou-
vert leurs travaux ordinaires. Au nombre des visiteurs qui attendaient dans
les pas perdus, se trouvait un jeune officier en uniforme, de chef d'escadron.
On lui demande son diplôme. Après avoir hésité quelques instants, il remet
un papier plié à l'expert, qui., sans l'ouvrir, va le porter à l'orateur. Ce papier
était un brevet d'aide-de-camp, délivré à madame deXaintrailles, femme du
général de ce nom, qui, à l'exemple des demoiselles de Fernig et d'autres
héroïnes républicaines, s'était distinguée dans les guerres de la révolution,
et avait gagné ses grades à la pointe de son épée. Lorsque l'orateur lut à la
FRANC-MAÇONNERIE. 35

loge le contenu de ce brevet, l'étonncment fui général.


Les esprits s'exallè-
décidé que le premier grade, non de la maçon-
ren I, et il l'ut spontanément
nerie d'adoption, mais de la. vraie maçonnerie, serait conféré séance tenante
à une femme qui, Unit de fois, avait manifesté des vertus toutes
viriles, et
avait mérité d'être chargée de missions importantes, qui exigeaient autant
de courage que de discrétion el de prudence. On se rendit aussitôt près, de
Ji""' deXaintrailles, pour lui faire part de la décision de la loge, et lui de-
mander si. elle acceplailune faveur sans exemple jusqu'alors. Sa réponse fut
affirmative. «. Je suis homme pour mon pays, dit-elle; je serai homme pour
mes frères. » La réception eut lieu avec
la réserve convenable; et, depuis
celle époque-, M1KU deXaintrailles assista souvent aux travaux des loges.
Pour qu'une loge puisse conférer légitimement, l'initiation maçonnique,
il faut qu'elle soif régulière. Celle régularité résulte de la délivrance de let-
tres de constitutions,qui lui est l'aile par la grande-loge dans le ressort, de la-
quelle elle est établie. Sept maçons pourvus du grade de maître ont qualité
pour former une loge el pour être constitués. Toute loge doit tenir ses as-
semblées dans un local approprié à cet usage el solennellement consacré.
Ku Ecosse el aux Etals-Unis particulièrement, les maçons qui fonl con-
struire un temple en posenl processionnellemcnlla première pierre. A. cet
elfel, les frères se. réunissent dans la demeure d'un d'entre eux. Là, tousse
décorent de leurs insignes. Les abords de la pièce où se tient l'assembléesont,
gardés par les luileurs. La séance s'ouvre, el le frère qui doit présider à la
cérémonie en expose l'objet par un discours. Bientôt le cortège se forme et
se dirige, à travers les rues, vers remplacement où. doit s'élever l'édifice pro-
jeté. En tète, marchent deux luileurs, l'épée nue à la main, suivis de la co-
lonne d'harmonie, ou de frères jouant de. divers instruments. Viennent alors
m\ troisième tuileur et plusieurs sle/wards ou experts, qu'on reconnaît à
leurs baguettes blanches. Derrière les stewards, s'avancent successivement
le secrétaire avec son sac; le trésorier avec son registre; le vénérable ayant
devant lui le porte-étendard, et à ses cotés les deux surveillants; puis un
choeur de chanleurs, l'architecte de la loge et le porte-glaive. A. ces frères-,
succèdent un vénérable portant, sur un coussin, la Bible, l'équerre et le
compas; le chapelain ; les officiers de la Grande-Loge qui. ont pu se trans-
porter sur les lieux ; le principal magistral de la ville ; les vénérables et les
surveillai] Is des loges du voisinage, avec leurs bannières déployées ; ensuite,
le vénérable delà plus ancienne de
ces loges, qui. porte, appuyé contre sa
poitrine, le livre des constitutions, c'est-à-dire les statuts généraux de la
banc-maçonnerie; enfin, le président delà fêle, qui est le grand-maître,
ou
son délégué. Deux experts ferment la marche.
En arrivant sur les lieux où doit s'accomplir la cérémonie, le cortège
56 PREMIÈRE PARTIE.

passe sous un arc-de-triomphe et. va se distribuer sur des gradins qui ont été
dressés pour cette occasion. Le président et ses assistants ont des sièges à
part. Quand tout le monde est placé et cjue le silence s'est établi, le choeur
entonne une hymne à la louange delà maçonnerie. Le chant terminé, le
président se lève et avec lui tous les frères ; le chapelain récite une courte
prière; et, sur l'ordre du président, le trésorier dépose sons la pierre, qu'on
a hissée à l'aide d'une machine, des monnaies et des médailles de l'époque.
Cela fait, les chants recommencent ; puis la pierre est descendue el convena-
blement scellée, à la place, qu'elle doit occuper. Alors le président quitte son
siège, et, suivi des principaux officiers de la loge, va frapper trois coups de
son maillet sur celle pierre, où se trouvent gravés la date de la fondation, le
nom du souverain régnant ou du magistral suprême en exercice, celui du
grand-maître des francs-maçons, etc. Après avoir rempli, cette formalité
mystérieuse, le président remet à l'architecte les divers instruments dont se
servent, les maçons, el. l'investit de la conduite spéciale des travaux de con-
struction du nouveau temple. De retour à sa place, il prononce un discours
approprié à la circonstance: on fait une collecte au profil, des ouvriers qui
vont coopérer à l'édification du temple, ella cérémonie est terminée par un
dernier chant en l'honneur de la maçonnerie. Ensuite, le cortège se reforme
[Link] au local d'où il était parti. Là, les travaux sont fermés; el tous
les assistants sont réunis dans un banquet.
Lorsque le temple est construit, on l'inaugure avec solennité. L'assem-
blée se forme dans une pièce voisine de la loge, où, sans ouvrir les travaux,
chacun se décore de ses insignes el se place, suivant, l'ordre hiérarchique de
ses fonctions ou de son grade. Le vénérable fait alors connaître l'objet de la
réunion, et il invite les frères à se transporter processionnellemenl. dans le
nouveau temple. Un expert ouvre la marche en le le des frères de l'harmonie.
Puis viennent les membres de la loge, à l'ordre, el l'épée à la main. Derrière
eux, s'avanccnl les maîtres des cérémonies; le secrétaire, avec son livre
d'or ; l'orateur, avec les règlements de l'atelier ; le trésorier, avec son. regis-
tre; l'hospitalier, avec le tronc de bienfaisance; le garde-des-sceaux, avec
le sceau el le timbre de la loge ; les au 1res officiers, avec les marques de leur
dignité. Les visiteurs von là la suite. Après eux, vient le vénérable, précédé
du porte-étendard el du porte-épée ; il porte sur un coussin les troismaillets
do l'atelier, la Bible, l'équerre el le compas. A ses côtés, sont les deux sur-
veillants, qui marchent les mains vides. La procession se termine par les
membres de la Grande-Loge, s'il y en a, el par deux experts armés de glai-
ves, cpii ferment la marche.
Le temple n'est éclairé que par trois lampes placées au pied de l'autel,
dans lesquelles brûle de l'esprit de vin, cl par la gloire du Jéhovah, qu'on
FRANC-MAÇONNERIE. 57

a recouverte d'im voile noir. Le cortège se rompt au moment


où il entre
dans la loge, et chacun se place., à l'exception du vénérable, des surveil-
lants et du maître des cérémonies, qui restent à l'occident, entre les deux
colonnes.
dit le vénérable, le premier voeu que nous devons former
— Mes frères,
en en Iran t dans ce temple, esl qu'il soit agréé par le Grand. Architecte de
l'univers à qui nous l'avons dédié ; le second voeu que tous les maçons qui
,
viendront y travailler après nous soient animés, comme nous le sommes, de
sentiments de fraternité, d'union, de paix et d'amour de l'humanité.
En achevant ces mots, le vénérable, suivi des surveillants, fait un premier
voyage autour du temple, en commençant par le midi. Arrivé [Link].
l'autel, il allume les trois étoiles de son chandelier el le candélabre de l'o-
rient. Au même instant, le maître des cérémonies découvre la gloire du Jé-
hovah.
— Que ces flambeaux mystérieux,
reprend le vénérable, illuminent de
leurs clartés les profanes qui auront accès dans ce temple, et leur permettent
d'apprécier la grandeur el la sainteté de nos travaux!
Le vénérable el les surveillants font un second, voyage, en passant par le
nord. Parvenus à l'autel du premier surveillant, cet officier allume son étoile
et le candélabre de l'occident, et il dit :
—Que ce feu sacré purifie nos âmes ; que la lumière céleste nous éclaire,
et. que nos travaux soient agréables au Grand Architecte de l'univers 1
Un troisième voyage a lieu ensuite. Le second surveillant, arrivé à la place
qu'il doit occuper, allume son étoile et le candélabre du midi.
— Que ces lumières, dit-il, nous dirigent dansla conduite de noire oeuvre 1
Qu'elles nous enflamment de l'amour du travail, dont le Grand Architecte de.
l'univers nous a fait une loi. el don l il nous donne de si adorables exemples !
Après celte triple station, le vénérable el les surveillants retournent à
l'autel de l'orient. Le maître des cérémoniesverse de l'encens dans des cas-
solettes ; les autres officiers allument les bougies placées sur leurs autels ; les
frères servants complètent l'éclairage de la loge. Pendantce temps,les frères
sont restés debout elle glaive à.la main.
— Reçois, ô Grand Architecte de l'univers, dit le vénérable, l'hommage
que le font de ce nouveau temple les ouvriers réunis dans son enceinte. Ne
permets pas qu'il soit jamais profané par l'inimitié ou par la discorde. Fais,
au contraire, que la tendresse fraternelle, le dévoûnieiit, la charité, la paix
et le bonheur, y régnent coiistammen L ; cl qu'unis pour le bien, nos travaux
aient ce résultat ! Amen !
Tous les frères répètent Amen !
— Frères premier el second surveillants, dit ensuite le vénérable, repre-
38 PREMIÈRE PARTIE.

nez les maillets don I vous avez fait jusqu'ici un si habile et si prudent usage.
Continuez de maintenir, avec leur aide, l'ordre et l'accord sur vos colonnes,
el veillez à ce que le seul bruit de leurs harmonieuses percussions parvienne
à mes oreilles pendant le cours de nos travaux. La prospérité de cet atelier et
le bonheur des frères sont à ce prix.
Le vénérable adresse pareillement quelques instructions aux divers offi-
ciers, et le maître des cérémonies les rceondui t. successivemen t à leurs places.
Ce cérémonial achevé, l'harmonie se fait on tendre, el, quand, elle a cessé,
les travaux sont, ouverts au grade d'apprenti, en la forme accoutumée. 11
est. d'usage que l'orateur prononce ensuite un discours préparé pour celle
occasion, et qu'un banquet termine la solennité.
Le temple construit, et inauguré, on installe la loge, si cet le formalité n'a
pas déjà été remplie, c'est-à-dire, si la loge, de formation récente, n'a pas en-
core reçu ses lettres de constitution.
Quand. laGrando-Logeconstituante est trop éloignée pourpouvoir envoyer
des commissairespris dans son sein à l'effet de procéder à l'installation,elle
donne mission de la représente]" dans celle solennité, soit à des frères ap-
partenant à une loge du. voisinage, soit à des membres de la. nouvelle! loge
elle-même.
Le jour de la cérémonie arrivé, le vénérable ouvre les travaux, fait ap-
prouver le procès-verbalde la tenue précédente, et reçoit, les visi leurs isolés
et les dépouillons des loges.
Informé que les commissaires installateurs attendent dans le parvis que
l'atelier leur ouvre ses portes, il députe près d'eux, trois des principaux offi-
ciers pour les reconnaître, vérifier leurs pouvoirs et leur tenir compagnie
jusqu'à ce que tout soit prêt pour leur introduction. Lorsque ces trois dé-
putés ont accompli leur mission, un maître des cérémonies, qui les a accom-
pagnés, va transmettre au vénérable le résultai de leur examen, et lui annon-
cer que les commissairesinstallateursdemanden l à être admis dai is le temple.
Sur cet avis, le vénérable suspend les travaux. Les divers officiers se dé-
pouillent de leurs cordons d'offices, el les passent à leur bras gaucho. Une
députalion de sept frères porteurs d'étoiles, précédée de deux maîtres des
cérémonies, du porte-étendard, delà colonne d'harmonie, du porte-glaive,
d'un maître des cérémonies portant sur un coussin les trois maillets de l'a-
telier,Troisbouquets cl trois paires de gants blancs, el, suivie de deux ex-
perts, l'épée nue à la main, se transporte dans les pas perdus. Là, le chef de
la députalion complimente les commissaires installateurs, remet entre leurs
mains les maillets, les gants elles bouquets, elles conduit ensuite à la porte
de la loge. Le vénérable les y reçoit, accompagné de ses deux surveillants;
il les complimente de nouveau, et se dirige avec eux vers l'orient, à travers
FRANC-MAÇONNERIE. '59
une double haie de frères, qui, l'épée à la main, forment la voûte d'acier
sur le passage du cortège. Arrivé au trône, le président
des commissaires
y prend place; il remet les maillets des surveillants aux deux autres com-
missaires, et il ouvre les travaux, de la Grande-Loge. Le vénérable el les sur-
veillants de l'atelier siègent à la droite des installateurs.
Aussitôt que les travaux sont ouverts, le président invite le secrétaire à
donner lecture des pouvoirs de la commission [Link] el des lettres de
constitution accordées à la loge, et il en ordonne la transcription au. livre
d'or, il remet à l'orateur les statuts généraux, et se fait donner acte de cette
remise. Il réclame la lecture du tableau de tous les membres de l'atelier;
en requiert une expédition en forme; fait faire l'appel de tous les frères
présents, les visiteurs exceptés, et leiir fait successivement prêter à tous
serment de fidélité à la Grande-Loge constituante.
Toutes ces formalités accomplies, il adresse à la loge un discours dans
lequel il lui retrace les principales obligations qu'impose la franc-maçon-
nerie ; lui. en expose l'esprit el les avantages," et l'engage à s'y conformer
avec une religieuse ponctualité. Puis, tous les frères debout cl à l'ordre el-
le glaive en main, il proclame en ces tenues l'installation de la loge : « Au
nom de la Grande-Loge de nous, les commissaires chargés de ses pou-
,
voirs, installons à perpétuité, à l'orient de la loge de Saint-Jean, sous
,
le titre distinclif de... La loge esl installée. »
Alors est allumé le candélabre à. sept branches ; on verse des parfums dans
trois cassolettes placées devant les installa leurs ; tous les officiers se déoorent.
de leurs insignes; cl l'harmonie se fait en tendre. Immédiatement après, les
installateurs ferment les travaux delà Grande-Loge, et remettent les mail-
lets de l'atelier au vénérable et aux surveillants, qui reprennentleurs places.
Le vénérable, en possession de son maillet, adresse aux commissaires les
remercîments de la loge, et fait applaudir par une triple batterie. Il annonce
ensuite que les travaux qui avaient élé suspendus reprennent force el vi-
gueur; et il prononce un discours conforme à la circonstance. Quand il a
cessé de parler, l'harmonie se fait entendre de nouveau, et la fêle est ter-
minée par un banquet fraternel.
On a vu que, chaque année, les loges renouvellent leurs officiers. Les of-
ficiers maintenus dans leurs fonctions et les nouveauxofficiers sont installés
solennellementà la fêle de l'ordre. Si le vénérable en exercice est réélu,
c'esl le premier surveillant qui l'installe. Si un nouveau vénérable est nom-
mé, il est installé par son prédécesseur.-
Le frère qui doit installer le vénérable ouvre les travaux, et fait déposer
sur son autel, par les officiers, les insignes qui servent à les faire reconnaî-
tre. On annonce alors que le vénérable est dans le parvis, et qu'il demande
30- PREMIÈRE PARTIE.
à être introduit. Les portes lui sont immédiatement ouvertes, et il est conduit
à l'orient sous la voûle d'acier et maillets battants. Le frère qui lienllemail-
lel lui adresse quelques paroles de félici talion, et lui fait prêter le serment
de se conformer aux règlements généraux de la franc-maçonnerie el à ceux
de la loge; de diriger les travaux et de gouverner l'atelier sans faiblesse,
mais aussi sans rudesse ; et dene jamais oublier qu'il n'est que le premier en-
tre ses égaux. Ce serment, prêté, il proclame le vénérable, fait applaudir
à sa nomination; lui passe au cou le cordon de son office, lui donne le bai-
ser fraternel, et lui remet le maillet de direction.
Ainsi installé, le vénérable répond aux. félicilalions et aux applaudisse-
ments de la loge, et procède à l'installation des autres officiers. Il fait suc-
cessivement remplacer chacun d'eux par un des membres sans fonctions;
l'appelle à l'autel; lui l'ait prêter le serment de bien gère)1 l'emploi, qui lui.
a été confié par la loge; lui donne quelques instructions à ce sujet; le pro-
clame en sa qualité ; le décore du cordon de son office ; l'embrasse, cl le fait
conduire par un maître des cérémonies à la place qu'il doit occuper.
On accomplit encore dans les loges deux autres cérémonies importantes :
ce sont les adoptions de louveteaux el les pompes funèbres des frères dé-
cédés.
Un louveteaucsl un fils de maçon. Ce nom, qu'on dénature générale-
ment, dont on l'ail tour à tour lofton, lowelon, lovelon, loveson, parce qu'on
en aperdul'étymologie, est. d'origine fort ancienne. Les initiés aux mys-
tères d'Isis portaient, môme en public, un masque en forme de tête de chacal
ou de loup doré; aussi disait-on d'un isiade : « c'est un chacal » ou « c'esl.
un loup. » Le fils d'un initié était, qualifié de jeune loup, delouvelea.u. Ma-
crobe nous apprend à ce sujet que les anciens avaient aperçu un rapport en-
tre le loup et le soleil, que l'initié représentait dans le cérémonial de sa ré-
ception. « En effet, disaient-ils, à l'approche du loup, les troupeaux fuient
et disparaissent : de même les constellations, qui sont des troupeaux d'é-
toiles, disparaissent devant la lumière du soleil. » C'[Link] une semblable
raison que les compagnons du devoir dits les enfants de Salomon et les com-
pagnons étrangers se donnent aussi la qualification de loups.
Il est d'usage, dans beaucoup de loges, que, lorsque la femme d'un maçon
est sur le point d'accoucher, l'hospitalier, s'il est médecin, ou, s'il ne l'est
pas, un frère de celle profession, se transporte près d'elle, s'informe de sa
santé au nom de l'atelier, et lui offre les secours de son art, et même des
secours pécuniaires, s'il pense qu'elle puisse en avoir besoin. Neuf jours
après la délivrance, le vénérable et les surveillants vont la visiter, ella félici-
tent, de cet heureux événement.
Si le nouveau-né est un garçon, la loge est spécialement convoquée pour
FRANC-MAÇONNERIE. A\

procéder à son adoption. On pare le temple de feuillage et de fleurs ; on dis-


pose des cassolettes pour y brûler de l'encens.
Le louveteau et sa nourrice
son) amenés, avant l'ouverture des travaux, dans une pièce voisine de l'ate-
lier. Les travaux s'ouvrent. Les surveillants, parrains-nés du louveteau, se
rendent près de lui, à la tête d'une députalion de cinq frères.
Arrivé près du louveteau, le chef de la députalion, dans une allocution
qu'il adresse à la nourrice, lui recommande, non-seulement de veiller sur
la précieuse santé de l'enfant dont la garde lui est confiée, mais encore de
cultiver sa jeune intelligence et de ne lui tenir jamais que des discours vrais
et sensés (1). Le louveteau est alors séparé de sa nourrice, placé par son père
sur un coussin, et introduit dans la loge par la députalion. Le cortège s'a-
vance sous une voûte de feuillage jusqu'au pied de l'orient, où il s'arrête.
ici, mes frères ? dit le vénérable aux deux parrains.
— Qu'amenez-vous
Le fils d'un de nos frères, répond le premier surveillant, que la loge a

désiré adopter.
Quels sonl ses noms, el quel nom maçonnique lui donnez-vous?

Le parrain répond. 11 ajoute au nom de famille et aux prénoms de l'en-
fant un nom caractéristique, tel que Véracité, Dévoûmenl, Bienfaisance,
ou tout autre de même nature.
Alors le vénérable descend les marches de l'orient, s'approche du louve-
teau, et, les mains étendues au-dessus de sa tête, adresse au ciel une prière
pour que cet enfant, se rende digne un jour de l'amour et des soins que l'a-
telier va lui vouer. Ensuite il répand de l'encens dans les cassolettes ; il pro-
nonce le serment d'apprenti,que les parrains répètent au nom du louveteau ;
il ceint celui-ci du tablier blanc, le constitue, le proclame enfant adoptif de
la loge, et fait applaudir à celte adoption.
Ce cérémonial accompli, il remonte au trône, fait placer les surveillants
avec le louveteau en tête de la colonne du nord, et, leur retrace, dans un dis-
cours, les obligations auxquelles les astreint leur litre de parrains. Après la
réponse des surveillants, le cortège qui a introduit le louveteau dans la loge
se reforme, le reconduit clans la pièce où il l'a pris, etle rend à sa nourrice.
L'adoption d'un louveteau engage tous les membres de la loge, qui doi-
vent veiller à son éducation , et, plus tard, lui faciliter, s'il est nécessaire,
les moyens de s'établir. On dresse un procès-verbal circonstancié de la cé-
rémonie, qui est signé par tous les membres de la loge et est remis au père
du louveteau. Cette pièce dispense celui-ci de subir les épreuves, lorsqu'il a
l'âge requis pour pouvoir participer aux travaux de la maçonnerie. On se
borne alors à lui faire renouveler son serment.

(1) Foyes planche n° 4.


32 PREMIÈRE PARTIE.

ELI France, les rituels des pompes funèbres maçonniques sont très mul-
tipliés ;cliaque loge se croit même en droit de régler ce cérémonial selon son
caprice. Il n'en est pas de même à l'étranger. Yoici, par exemple, comme
procèdent invariablementles loges anglaises et américaines.
On ne rend, dans ces deux pays, les derniers honneurs qu'aux francs-
maçons pourvus du grade de maître. Informé du décès et du jour où doivent
avoir lieu les obsèques, le vénérable de la loge à laquelle appartenait le dé-
funt adresse à tous les membres de l'atelier, et aux vénérables des loges exi-
stant dans la même ville et dans le voisinage, l'invita lion d'assister à la céré-
monie. En Ecosse et en Amérique, les frères s'y rendent munis de leurs
tabliers, de leurs cordons d'offices et de leurs bannières; en Angleterre, il
faut qu'ils soient autorisés par la Grande-Loge à porter ces insignes en pu-
blic. Réunis à la maison mortuaire, les frères s'y décorent, s'il y a lieu, de
leurs ornements et se rangent en ordre. Les plus jeunes frères et les loges le
plus récemment constituées se placent aux premiers rangs. Chaque loge
forme une division séparée el marche dans l'ordre ci-après : un tuileur,
l'épée nue; les stewards, avec leurs baguettes blanches; les frères non offi-
ciers, deux à deux; le secrétaire el le trésorier, avec les marques de leurs
offices; les deux surveillants se tenant par la main; l'ex-vénérableelle véné-
rable en exercice. A la suite de toutes lesloges invitées, s'avance la loge dont
le frère décédé faisait [Link] lesmembresporlenlalamaindes fleurs ou
des [Link] tuileur est en tête ; aprèslui .viennent les stewards, les frères
de l'harmonie, avec leurs tambours drapés et leurs trompettes garnies de
sourdines ; les membres de la loge sans fonctions ; le secrétaire ; le trésorier ;
les surveillants; Tex-vénérable ; le plus ancien membre de la loge, portant,
sur un coussin voiléde deuil, la Bible elles statuts généraux; le vénérable en
exercice ; un choeur de chanteurs ; le chapelain ; le cercueil, sur lequel sont
posés le tablier et le cordon du défunt, el deux épées en croix; à droite et à
gauche, quatre frères tenant chacun un des coins du drap mortuaire; et,
derrière, les parents du mort. La marche du cortège est fermée par deux
stewards elun luile\ir.
Arrivés à la porte du cimetière, les membres de la loge du défunt s'arrê-
tent jusqu'à ce que les frères invités soient parvenus près delà fosse, et aient
formé à l'en tour un grand cercle pour les recevoir. Alors ils s'avancent vers
la tombe; le chapelain el les officiers prennent place en tête; le choeur et
l'harmonie des deux côtés, et les parents au pied. Le chapelain récite une
prière ; on chante une hymne funèbre, et lous les assistants adressent un
triple adieu à la dépouille inanimée de leur frère. Ensuite le cortège se re-
forme et retourne à la maison mortuaire, où les frères se séparent.
A quelque temps de là, le vénérable convoque la loge pour rendre au dé-
FRANC-MAÇONNERIE. 43
funtles derniers honneurs maçonniques. Les murs sont tendus de noir;
neuf lampes, dans lesquelles brûle de l'esprit de vin, sont distribuées dans
l'enceinte; au centre, on a dressé un cénotaphe. Les travaux s'ouvrent au
grade de maître ; une cantate funèbre est exécutée; puis le vénérable fait
entendre une percussion sourde, et s'exprime ainsi :

Quel homme vivant ne verra pas la mort? L'homme marche séduit par
de vaines apparences. 11 accumule des richesses, et ne peut dire qui en
jouira. En mourant, il n'emporterien ; sa gloire ne le suivra pas au tombeau.
Il est arrivé nu sur la terre; il la quitte dans l'état de nudité. Le Seigneur
lui avait accordé la vie ; il la lui a retirée. Que le Seigneur soit béni!
Quand le vénérable a cessé de parler, la colonne d'harmonie exécute un
morceau funèbre. Les frères font le tour du cénotaphe, el jettent en passant
des immortelles dans une corbeille placée au pied du monument. Cette cé-
rémonie achevée, le vénérable se saisit du rouleau mystique, qui, de même
que Je phallus desanciens, don lil se rapproche parla forme, est un emblème
de la vie, et fait ouvrir le cercueil.
— Que je meure, dit-il, de la mort du juste, et que mon dernier moment
soit semblable au sien 1
Il place le rouleau dans la tombe, et ajoute :
—Père tout-puissant, nous remettons entre tes mains l'âme denotre frère
bien-aimé.
Tous les assistants frappent silencieusement trois coups avec la paume de
leur main droite sur leur avant-bras gauche.
—Que la volonté de Dieu soit accomplie ! dit un d'entre [Link] soit-il.
Ensuite le vénérable fait, une prière, ferme le cercueil et retourne à l'au-
tel. Chacun prend place. Un des membres de la loge prononce l'oraison fu-
nèbre du défunt; le vénérable recommande aux assistants de s'aimer el de
vivre en paix pendant leur rapide-passage sur la terre, et tous forment la
chavire d'union et se donnent le baiser fraternel.
Telles sont, sauf de légères variantes, les différentes cérémonies qui se
pratiquent généralement dans les loges. Les apprentis ont la faculté d'as-
sister à toules, même h la dernière, bien que les travaux y soient ouverts et
fermés au grade de maître; on prend seulement la précaution de ne les ad-
mettre qu'après l'ouverture des travaux, et on leur fait couvrir le temple,
c'esl-à-dire qu'on les congédie au moment où on va les fermer.
On ne fient ordinairement au grade de compagnon que lorsqu'il y a ré-
ception, ou, selon l'expression des Anglais, ceremony ofpassing. Car, chez
nos voisins et en Amérique, chacune des trois initiations est désignée par
un terme particulier : on y est made, fait apprenti; yassed, passé compa-
gnon; raised, élevé à la maîtrise.
33 PREMIÈRE PARTIE.

Les travaux de compagnon s'ouvrent à peu près dans les mêmes termes
que ceux du grade d'apprenti. Pour y avoir droit de séance, il faut être au
moins pourvu du compagnonnage. Les travaux ouverts, on lit le procès-
verbal de la dernière tenue, et l'on introduit les frères visiteurs.
Avant d'amener le candidat, on déploie sur le sol de la loge un tableau
peint sur loile et chargé de divers emblèmes. Une fenêtre et une porte sont
figurées à l'orient, à l'occident et au midi. Sept marches conduisent à la
porte de l'occident, qui est flanquée des colonnes i el B. Au-delà de cette
porte, s'étend un pavé en forme d'échiquier,blanc et noir. Un peu plus loin,
on voit une équerre dont les deux extrémités sont tournées vers l'[Link] y
a, à droite de l'équerre, un maillet ; à la gauche, une planche où sont tracées
des figures géométriques. Au-dessus de l'équerre, sont représentés le portail
d'un temple, le niveau, la ligne d'aplomb, une pierre dont la base est cubi-
que elle sommet pyramidal, un globe céleste, une règle graduée de vingt-
quatre divisions, une pierre brute, une truelle, une étoile flamboyante, un
compas ouvert, les pointes dirigées vers le bas, le soleil et la lune. Trois
flambeaux sont placés à l'orient, à l'occident et au midi ; el la houpe dentelée
entoure le tableau.
Le candidat, les yeux découverts el tenant à la main une règle dont il
appuie une extrémité sur son épaule gauche, esl amené à la porte de la loge
par le maître des cérémonies, qui l'y fait frapper en apprenti.
— Voyez qui frappe, dit le vénérable.
— C'est, répond le maître des cérémonies, un apprenti qui demande à
passer de la perpendiculaire au niveau.
Alors l'entrée de la loge esl donnée au récipiendaire. Arrivé entre les
deux colonnes, il s'arrête, elle vénérable demande au second surveillant si
le candidat qui sollicite une augmentation de salaire a fini son temps, el
si les frères de sa colonne sonl contents de son travail. Sur la réponse affir-
mative du surveillant, le vénérable adresse au récipiendaire une série de
questions pour s'assurer qu'il a bien saisi les emblèmes du premier grade ;
ensuite il ordonne au maître des cérémonies de lui faire faire les cinq voyages
mystérieux.
Le maître des cérémonies prend le récipiendaire par la main droite el lui
fait faire cinq fois le tour de la loge. Pendant, le premier voyage, ou le pre-
mier tour, le récipiendaire a dans la main gauche un maillet et un ciseau ;
dans le second, une règle elun compas; dans le troisième, il tien tune règle
dans la main gauche, et il appuie sur son épaule gauche l'extrémité d'une
pince de fer; il porte, dans le quatrième voyage, une équerre et une règle;
el, dans le cinquième, il a les mains libres. A la fin de chaque voyage, il
s'arrête à l'occident, elle vénérable lui explique l'emploi matériel des outils
FRANC-MAÇONNERIE. 35
qu'on a mis entre ses mains, et lui en fait connaître la destination morale :
le compagnon élève au Grand Architecte de l'univers un temple dont il est
lui-même la matière et l'artisan ; les outils symboliques doivent lui servir à
faire disparaîtreles défectuosités des matériaux, et à leur donner des formes
régulières et symétriques, afin que l'édifice soit harmonieux dans toutes ses
parties, el atteigne, autant que possible, à la perfection.
Les cinq voyages terminés, le vénérable ordonne au récipiendairede faire
son dernier travail d'apprenti. A cet effet, le récipiendaire saisit un
maillet,
et en frappe trois coups sur la pierre brute qui se trouve peinte dans le ta-
bleau déployé sur le planche.]'.
Le vénérable appelle ensuite son attention sur l'étoile flamboyante qui
figure aussi dans le tableau, el il lui dit :
étoile mystérieuse, et ne la perdez jamais
— Considérez, mon frère, cette
de vue; elle est l'emblème du génie qui élève aux grandes choses; et, avec
plus de raison encore, elle esl le symbole de ce feu sacré, de celle portion de
lumière divine dont le Grand Architecte de l'univers a formé nos âmes, et aux
rayons de laquelle nous pouvons distinguer, connaître et pratiquer la vé-
rité el la justice. La lettre G que vous voyez au centre vous offre deux grandes
et sublimes idées. C'est le monogrammed'un des noms du Très-Haut ; c'est
aussi l'initiale du mot géométrie. La géométrie a pour base essentielle l'ap-
plication des propriétés des nombres aux dimensions des corps, et surtout au
triangle, auquel se rapportent presque toutes leurs figures, et qui présente
à l'esprit les emblèmesles plus sublimes.
Après cette allocution le candidat esl conduit à l'autel, où il prête son
,
obligation. 11 est ensuite constitué, initié et proclamé en sa nouvelle qualité
par le vénérable ; et la loge applaudit à sa réception. Lorsque toutes ces for-
malités sont remplies, le maître des cérémonies le fait asseoir en tête de la
colonne du midi, el l'orateur lui adresse un discours, clans lequel il lui ex-
plique particulièrement le sens des symboles qui sont tracés sur le tableau •
déployé au milieu de la, loge, el dont nous avons donné plus haut la descrip-
tion détaillée.
Le nouveau compagnon apprend alors que ce tracing board, comme l'ap-
pellent les Anglais, représente, dans son ensemble, le temple de Salomon,
donllenomhébreu (schelomoh) signifie pacifique. Lu première des deux co-
lonnes qui en ornentl'entrées'appelle B..., c'est-à-direforcera seconde .1...,
ou stabilité. L'uncestblanchoell'aulrcnoire,parallusionaux deuxprincipes
de création et de destruction, dévie et de mort, de lumières et de ténèbres,
dont le jeu alternatif entrelient l'équilibre universel. Les sept degrés par les-
quels on arrive à la première porte, celledel'occident, indiquentles épreuves
successivespar lesquelles l'initié doit passer pour atteindre à celte perfection
36 PREMIÈRE PARTIE.

qui ouvre l'accès du saint des saints. L'échiquier formé de cases blanches et
noires, ou le pavé mosaïque, désigne la double force qui, tour à tour, attire
l'homme vers l'esprit et vers la matière, vers la vertu et vers le vice, rend
ses épreuves d'autant plus pénibles, et retarde l'instant de l'éternelle béati-
tude à laquelle il est appelé. Le compas, qui occupe le haut du tableau, el
Yéquerre, qui se voit aubas, présentent la même pensée sous des emblèmes
différents. Le compas est le ciel, où l'initié doit tendre constamment; l'é-
querre, la terre, où ses passions le retiennent. On dit que le vrai maçon se
trouve entre Véquerre et le compas, pour exprimer cette idée : qu'il est dé-
taché des affections matérielles, el qu'il est en voie de retour vers sa céleste
origine. L'étoile flamboyante estle divin fanal qui le guide dans les ténèbres
morales, comme l'étoile polaire dirige la marche du navigateur au milieu de
la nuit. Les trois portes el les (rois fenêtres qu'on voit à l'orient, à l'occident
et au midi figurent les trois points du firmament où se montre le soleil et par
lesquels sa lumière éclaire le temple. Les trois candélabres retracent « les
trois grandes lumières de la maçonnerie : le soleil, la luneelleMaîlredela
Loge. » Le globe céleste marque les limites du temple. Le portail désigne
l'entrée de la chambre du milieu, c'est-à-dire la ligne qui sépare le temps
qui finit el le temps qui commcnce,lamorl el la [Link] ténèbres ellalumière.
Lu pierre brute eslle symbole de l'unie du maçon avant que le travail moral
qui lui est imposé en ait fait disparaître les défectuosités. La pierre dont la
base est cubique elle sommet pyramidal, ou la pierre cubique-àpointe, est
l'emblème de l'âme perfectionnée, qui aspire à remonter vers sa source.
C'est l'attribut spécial du compagnon. Les outils de maçonnerie qui sont
distribués dans le labeau rappellent, en général, au maçon la sainteté du
travail. En particulier, chacun de ces outils renferme un précepte. Le com-
pas prescrit au maçon d'élever autour de lui un rempart contre l'invasion
du vice el de l'erreur; le niveau, de se défendre des séductions de l'orgueil;
le maillet, de tendre sans cesse à se perfectionner ; Yéquerre ella ligne d'a-
plomb, d'être équitable et droit; la truelle, d'être indulgent pour ses'frères
et de dissimuler leurs défauts ; la planche à tracer, de ne jamais s'écarter
du plan que le Maître lui a donné à suivre ; enfin la règle de vingt-quatre
pouces, de consacrer tous ses instants à l'accomplissement de l'oeuvre qu'il
a entreprise. La houpe dentelée, ouïe cordon formant des noeuds en lacs
d'amour, qui entourele tableau, dit au maçon que la société dont il fait partie
enveloppe la terre, et que la dislance, loin de relâcher les liens qui en unis-
sent les membres l'un à l'autre, doit, au contraire, les resserrer davantage.
Lorsque l'orateur a terminé son discours, on procède à l'exécution des
travaux à l'ordre du jour; ensuite la loge est fermée de la même manière à
peu près qu'elle a été ouverte.
FRANC-MAÇÔNNERIÉ. 37
Au grade d'apprenti et au grade de compagnon, la décoration du temple
n'offre aucune différence; au grade de maître, l'aspect en est complètement
changé. La tenture est noire; des têtes de mort, des squelettes, des os en
sautoir, [Link] peints ou brodés en blanc. Une seule bougie, de cire jaune,
placée à l'orient, éclaire la loge, qu'on appelle alors la chambre du milieu.
Le vénérable, à qui l'on donne le titre de très respectable, a, sur son autel,
outre l'épée flamboyante, la Bible, l'équerre elle compas, et son maillet de
direction, qui est garni de bourre aux deux extrémités, une lanterne sourde
formée d'une tête de mort, de laquelle la lumière s'échappe seulement par
les ouvertures des yeux et delà bouche. Au lieu de maillet, les surveillants
tiennent à la main un rouleau de gros papier, de neuf pouces de circonfé-
rence elcle dix-huit pouces de long. Le premier surveillant a, de plus, sur
son autel, une équerre ; le second surveillant a, sur le sien, une règle de
vingt-quatre pouces. Au milieu de la loge, est un matelas recouvert d'un
drap mortuaire. A la tète de cette espèce de tombe, on place une équerre;
aux pieds, vers l'orient, un compas ouvert; au-dessus, une branche d'acacia.
Tons les assistants ont la tête couverte,el portent, indépendamment de leur
tablier et de leur cordon d'office, un large ruban bleu moiré, sur lequel
sont brodés le soleil, la lune et sept étoiles, et auquel pendenl une équerre
el un compas entrelacés. Ce ruban leur descend de l'épaule gauche à la
hanche droite.
On procède aux travaux de ce grade de la même façon qu'on le fait dans
les deux précédents. Il n'y a de changé que le formulaire de la réception.
Le candidat esl amené à la porte de la chambre du milieu, dans les loges
dites écossaises, par le maître des cérémonies ; dans les loges françaises, par
l'expert; dans les loges anglaises et américaines, parle premier diacre, ou
senior deacon. Il a les pieds décharjssés, le bras et le sein gauche nus, une
équerre attachée au bras droit. Une corde, dont son conducteur tient une
extrémité, lui fait trois fois le tour de la ceinture, et on l'a dépouillé de tous
les mélaux qu'il pouvait avoir sur lui. Le maître des cérémonies le fait frap-
per en compagnon. A ce bruit, l'assemblée s'émeut.
— Très respectable, dit le premier surveillant d'une voix altérée, un com-
pagnon vient de frapper à [Link].
— Voyez, répond le très respectable, comment il a pu y parvenir ; et sa-
chez quel est et ce que veut ce compagnon.
Le surveillant s'en informe, et il dit :
-^ C'est le maître des cérémonies qui présente à la loge un compagnon
qui a fait son temps, et qui sollicite son admission à la-maîtrise.
Pourquoi, dit le très respectable, le maître des cérémonies vient-il
troubler notre douleur? N'aurait-il pas dû, au contraire, dans un pareil mo-
38 PREMIÈRE PARTIE.

ment, éloigner toute personne suspecte, et particulièrementun compagnon?


Qui sait cependant si le compagnon qu'il amène n'est pas un des misérables
qui causent notre deuil, et si le ciel lui-même ne le livre- pas à notre juste
vengeance 1 Frère expert, armez-vous et emparez-vous de ce compagnon;
visitez avec soin toute sa personne; examinez surtout ses mains; assurez-
vous enfin s'il n'existe sur lui aucune trace de sa complicité dans le crime
affreux qui a été commis.
L'expert se porte vivement près du candidat, le visite el lui arrache son
tablier. Il rentre ensuite dans la loge, à la porte de laquelle il laisse le can-
didat sous la garde de quatre frères armés.
— Ti'ès respectable, dit l'expert, je viens d'exécuter vos ordres. Je n'ai
rien trouvé sur le compagnon qui indique qu'il ait commis un meurtre. Ses
vêlements sont blancs, ses mains sont pures, et ce tablier, que je vous ap-
porte, est sans tache.
— Vénérables frères, dit le très respectable, veuille le Grand Architecte
que le pressentiment qui m'agite ne soi l pas fondé, et que ce compagnonne
soit pas un de ceux que doit poursuivre notre vengeance! Ne pensez-vous
pas néanmoins qu'il convient de l'interroger? Ses réponses nous appren-
dront sans doute ce que nous devons penser de lui.
Tous les frères font le signe d'assentiment.
— Frère expert, reprend le 1res respectable, demandez à ce compagnon
comment il a osé espérer èlre introduit parmi nous.
— En donnanlle mol de passe, répond le récipiendaire.
Le mol de passe! s'écrie le vénérable. Comment peut-il le connaître?

Ce ne peut êlre que par suite de son crime Vénérable frère premier sur-
veillant, transportez-vousprès de lui, et l'examinez avec un soin scrupuleux.
Le premier surveillai) l sort de la loge, examine en détail les vêlements du
récipiendaire, lui visite ensuite la main droite, et s'écrie :
— Grands dieux 1 qu'ai-je vul
Puis il le saisit au collet, et lui dit d'une voix menaçante :
— Parle, malheureux 1 Comment donneras-tu le mol dépasse? Qui a pu
le le communiquer?
— Je ne le connais pas, répond le récipiendaire. Ce sera mon conducteur
qui le donnera pour moi.
Celte réponse est transmise au très respectable, qui dit :
— Faites-vous-le donner, vénérable frère premier surveillant.
Le maître des cérémonies prononce ce mot à l'oreille du premier surveil-
lant, qui dit ensuite ;
— Le mot de passe est juste, très respectable.
On introduit alors le récipiendaireen le faisant marcher à reculons, et on
FRANC-MAÇONNERIE. 39
le. conduit ainsi au bas du simulacre de tombe qui est placé au milieu de la
]o<Te. Le dernier maître reçu s'y est étendu, couvert du drap
mortuaire des
pieds à la ceinture, et tenant à la main une branche d'acacia. Arrivé là, le
récipiendaire se tourne du côté de l'orient.
Compagnon, lui dit le très respectable il faut que vous soyez bien
— ,
imprudent ou que vous ayez bien le
peu sentiment des convenances, pour
vous présenter ici dans un moment où nous déplorons la perle de notre res-
pectable maître Hiram-Abi, traîtreusementmis à mort par trois compagnons,
cl lorsque lous les frères de voire grade nous sont suspects à si juste litre!
Parlez : avcz-vous trempé dans cet horrible attentat'? Eles-vous du nombre
des infâmes qui l'ont commis? Voyez leur ouvrage!
Ou monlreau récipiendaire le corps qui est dans le cercueil.
— Non, répond-il.
— Alors faites voyager ce compagnon,
dille très respectable.
Le maître des cérémonies prend le récipiendaire par la main droite el lui
fait faire le tour delà loge. Quatre frères armés l'accompagnent., et un expert
le suit, tenant un bout, de la corde qui lui entoure la ceinture. Arrivé près
du très respectable, le récipiendaire lui frappe trois coups sur l'épaule.
— Qui va là? dit le très respectable.
— C'est, répond le maître des cérémonies, un compagnon qui a fait sou
temps el qui demande à passer dans la chambre du milieu.
— Comment espère-t-il y parvenir?
— Par le mol de passe.
— Comment le donnera-l-il, s'il ne le sait pas?
— Je le donnerai pour lui.
Le maître des cérémonies s'approche du 1res respectable, el lui donne ce
mot à l'oreille.
— Passe, T ,
dit le 1res respectable.
Ce cérémonial accompli, le récipiendaire esl conduit à l'occident, d'où ou
le l'ait revenir à l'orient par la marche mystérieuse du grade de maître. Par-
venu à l'autel, il s'agenouille ; on lui pose les deux pointes d'un compas ou-
vert sur le sein ; et, la main étendue sur la Bible, il prononce son obligation.
— Levez-vous, frère J ,
lui dit ensuite le très respectable. Vous allez
représenter notre respectable maître Hiram-Abi, qui fut cruellement assas-
siné lors de l'achèvement du temple de Salomon, ainsi que je vous le racon-
terai tout à l'heure.
En ce moment, le très respectable descend de son trône; se place, au bas
des marches de l'orient, vis-à-vis du récipiendaire; et le reste des assistants
se groupe autour du cercueil, d'où, quelques instants auparavant, s'est fur-
tivement retiré le frère qui s'y était couché.
7
50 PREMIÈRE PARTIE.
Tout étant ainsi disposé, le très respectable parle au récipiendaire dans
les termes suivants :
Salomou par Hiram,
— Hiram-Abi, célèbrearchitecte, avait été envoyé à
roi de Tyr, pour diriger les Iravaux de construction du temple de Jérusalem.
Le nombre des ouvriers était immense. Hiram-Abi les distribua en trois
classes, qui recevaient chacune un salaire proportionné au degré d'habileté
qui les distinguait. Ces trois classes étaient celles d'apprenti, de compagnon
et de maître. Les apprentis, les compagnonsel les maîtres avaient leurs mys-
tères particuliers, et se reconnaissaiententre eux àl'aide de mois, désignes
et d'attouchements qui leur étaient propres. Les apprentis touchaient leur
salaire à la colonne B; les compagnons, à la colonne J ; les maîtres, dans la
chambre du milieu ; el le salaire n'était délivré par les payeurs du temple à
l'ouvrier qui se présentait pour le recevoir, que lorsqu'il avait été scrupuleu-
sement tuile clans son grade. Trois compagnons, voyant que la construction
du temple approchait de sa lin, el qu'ils n'avaient encore pu obtenir les mots
de maître, résolurent de les arracher par la force au respectable Hiram, afin
de passer pour maîtres dans d'autres pays, el de s'en faire adjuger la paie.
Ces trois misérables, appelés Jubclas, Jubelos el Jubelum, savaient qu'Hi-
ram allait tous les jours à midi faire sa prière dans le temple, pendant que
les ouvriers se reposaient. Ils l'épièrent, et, dès qu'ils le virent dans le tem-
ple, ils s'embusquèrent à chacune des portes : Jubelas à celle du midi, Ju-
belos à celle de l'occident, el Jubelum à celle de l'orient. Là, ils attendirent
qu'il se présentât pour [Link] se dirigea d'abord vers la porte du midi.
11 y trouva Jubelas, qui lui demanda le mol de maître, et qui, sur son refus
de le lui donner avant qu'il eùl fini son temps, lui asséna, en travers de la
gorge, un coup violent d'une règle de vingt-quatre pouces dont, il était armé.
En cet endroit de son récit, le très respectable s'arrête, elle récipiendaire
est conduit par le maître des cérémonies près du second surveillant.
— Donnez-moi le mot de maître, dit le second surveillant.
— Non, répond le récipiendaire.
Celle demande cl ce refus se répètent trois fois. A la dernière, le second
surveillant frappe le récipiendaire à la gorge d'un coup dérègle.
—Hiram-Abi,reprend le très respectable, s'enfuit à la porte de l'occident.
Il trouva là Jubelos, qui, ne pouvant, pas plus que Jubelas, obtenir de lui le
mot de maître, lui porta au coeur un coup furieux avec une équerre de fer.
Ici, le très respectable s'interrompt de nouveau. Le récipiendaire est con-
duit près du premier surveillant, qui lui demande le mot de maître à trois
reprises, et qui, se le voyant chaque fois refuser, le frappe au coeur d'un
coup d'équerre. Cela fait, le récipiendaire est ramené devant le très respec-
table, qui continue son récit en ces termes :
FRANC-MAÇONNERIE. 51

Ébranlé du coup, Hiram-Abi recueillit ce qu'il lui restait de forces, et


— lui de-
tenta de se sauver par la porte de l'orient. Il y trouva Jubelum, qui.
manda comme ses deux complices, le mot de maître, et qui, n'obtenant
,
plus de succès, lui déchargea sur le front un si terrible coup de maillet,
pas
qu'il l'élendil mort à ses pieds.
En achevant, ces mots, le très respectable frappe vivement le récipiendaire
au front avec son
maillet, et deux frères, placés à ses côtés, l'entraînent en
arrière, et le couchent sur le dos dans le simulacre de tombe qui se trouve
en ce moment derrière lui (1 ).
On le couvre ensuite du drap mortuaire et
,
l'on met près de lui la branche d'acacia.
—Les trois assassins s'élant rejoints , poursuit le très respectable, se de-
mandèrent réciproquement la parole de maître. Voyant qu'ils n'avaient pu
l'arracher à Hiram, el, désespérés de n'avoir tiré aucun profit de leur crime,
ils ne songèrent plus qu'à en faire disparaître les traces. A cet effet, ils enle-
vèrent le corps et le cachèrent sousdes décombres. La nuit venue, ils le por-
tèrent hors de Jérusalem , et. allèrent l'enterrer au loin sur une montagne.
Le respectable maître Hiram-Abi ne paraissant; plus aux travaux comme à
l'ordinaire, Salomon ordonna à neuf maîtres de se livrer à sa recherche. Ces
frères suivirent successivement différentes directions, et, le deuxièmejour,
ils arrivèrent au sommet du Liban. Là, un d'eux accablé de fatigue, se re-
,
posa sur un tertre, el s'aperçut que la terre qui formait ce tertre avait été
remuée récemment. Aussitôt il appela ses compagnons et leur fil part de sa
remarque. Tous se mirent en devoir de fouiller la terre en cet. endroit, el
ils ne tardèrent pas à découvrirle corps d'Hiram-Abi : ils virent avec douleur
que ce respectable maître avait été assassiné. N'osant, par respect, pousser
leur recherche plus loin, ils recouvrirent la fosse; et, pour en reconnaître la
place, ils coupèrent une branche d'acacia, qu'ils piaulèrent dessus. Alors, ils
se retirèrent vers Salomon, à qui ils firent leur rapport... Mes frères, pour-
suit le très respectable, imitons ces anciens maîtres. Vénérables frères pre-
mier et second surveillants, partez chacun à la tête de voire colonne, et li-
vrez-vous à la recherche du respectable maître Hiram-Abi.
Les surveillants font le tour de la loge en sens inverse, en se dirigeant,
l'un, par le nord, l'autre, parle midi. Le premier s'arrête près du récipien-
daire, soulève le drap qui le couvre, lui met dans la main droite la branche
d'acacia ; et se tournant ensuite vers le 1res respectable, il lui dit :
— J'ai trouvé une fosse nouvellement fouillée, où gît un cadavre, que je
suppose être celui de notre respectable maître Hiram-Abi. J'ai planté sur la
place une branche d'acacia, afin de la reconnaître plus aisément.

(1) Voyez planche n° 5.


52 PREMIÈRE PARTIE.

— A cette triste nouvelle, reprend le très respectable, Salomon se sentit


pénétré de la plus profonde douleur. Il jugea que la dépouille mortelle ren-
fermée dans la fosse ne pouvait être, en effet, que celle de son grand archi-
tecte Hiram-Abi. I! ordonna aux neuf maîtres d'aller faire l'exhumation du
corps, et de le rapporter à Jérusalem. Il leur recommanda particulièrement
de chercher sur lui la parole de maître; observant que, s'ils ne l'y trouvaient
pas, ils devaient en conclure qu'elle était perdue. Dans ce cas, il leur enjoi-
gnit de se bien rappeler le geste qu'ils feraient et le mot qu'ils proféreraient,
à l'aspect du cadavre, afin que ce signe et ce mot fussent désormais substitués
au signe et à la parole perdus. Les neuf maîtres se revêtirent de tabliers et de
gants blancs ; et, arrivés sur le mont. Liban, ils firent la levée du corps... Mes
frères, ajoute le très respectable, imitons encore en cela nos anciens maîtres,
et essayons ensemble d'enlever les restes de notre infortuné maître Hiram.
Le très respectable fait le tour du cercueil, à la tête de tous les frères. Ar-
rivé à la droite du récipiendaire, il s'arrête, et lui ôle des mains la branche
d'acacia.
—Nous voici parvenus, dit-il, à l'endroit qui renferme le corps de notre
respectable maître : celle branche d'acacia en esl le sinistre indice. Véné-
rables frères, exhumons sa dépouille mortelle.
Le très respectable soulève le drap mortuaire el découvre le récipiendaire
entièrement. Ensuite il fait le signe et prononce le mol de maître, el il ac-
complit le reste du cérémonial consacré.
Lorsque le nouveau maître a renouvelé son serment, qu'il a été constitué,
initié, proclamé el reconnu, on le fait asseoir à l'orient, à la droite du très
respectable, el l'orateur lui adresse un discours dont voici la substance :
« Vénérable frère, le très respectable vient, de vous dévoiler les plus se-
crets mystères de la franc-maçonnerie. C'est à moi maintenant à vous en
expliquer l'allégorie générale.
« Notre institution, mon frère, remonte aux temps les plus reculés. Elle
a subi dans ses formes extérieures l'influence des siècles; mais son esprit
esl constamment resté le même.
« Les Indiens, les Egyptiens, les Syriens, les Grecs, les Romains , vous
le savez, avaient des mystères. Les temples où l'on y était initié offraient,
dans leur ensemble, Y image symbolique de l'univers. Le plus souvent, la
voûte de ces temples, étoilée comme le firmament, était soutenue par douze
colonnes qui figuraientles douze mois de l'année. La plate-bande qui cou-
ronnait les colonnes s'appelait zoophore ou zodiaque, et un des douze signes
célesles y répondait à chacune des colonnes. Quelquefois aussi, la lyre d'A-
pollon, emblème- de cette mélodie que, selon les anciens initiés, produit le
mouvement des corps célestes, mais que nos organes trop imparfaits ne peu-
FRANC-MAÇONNERIE, 55
veut saisir, y tenait la place des signes du zodiaque. Le corps de cette lyre
était formé par le crâne et par les deux cornes du boeuf, animal qui, pour
avoir été employé à sillonner la terre, était devenu le symbole de l'astre qui
la féconde ; les cordes, au nombre de sept, faisaient allusion aux sept pla-
nètes alors connues.
« On retrouve les mêmes types
symboliquesdans les temples des Gaulois
et des Scandinaves. UEdda rapporte qu'un roi de Suède, appelé Gilfe (1),
introduit dans le palais d'Asgard, c'est-à-dire dans le séjour des Dieux, vit
le toit de ce palais élevé à perle de vue et couvert de boucliers dorés ou
d'étoiles. Il avait rencontré sur le seuil un homme qui s'exerçait, à lancer en
l'air sept fleurets à la fois. Dans le langage hiéroglyphique des initiés, les
épées et les poignards se prennent pour les rayons des astres : ces fleurets se
rapportaient, donc [Link] système planétaire, elle palais d'Asgard
offrait conséquemmenl une représentation de l'univers.
« L'antre de Milhra, ou du dieu-soleil, élailun autre emblème du monde.
Les initiés de la Perse consacraient les antres au culte de ce dieu. Us les par-
tageaient en divisions géométriques, et ils y figuraient, en petit l'ordre ella
disposition de l'univers. C'est à leur exemple que l'usage s'était établi de
célébrer les mystères dans les antres; el; cela explique pourquoi Pythagore
et Platon appelaient le monde un antre, une caverne. Dans le cérémonial
delà réception, les milhiïadcs montaient une échelle le long de laquelle
il y avait sept portes. Chaque porte figurait une des planètes, à travers les-
quelles, selon la doctrine de tous les initiés, passaient, successivement les
Ames, qui s'y purifiaient et parvenaient enfin au firmament, séjour de la
lumière incréée, dont elles s'étaient, détachées originairement pour venir
habiter la terre el s'y unir aux corps.
« La franc-maçonnerie,mon frère, a des symboles analogues. Je ne vous
parlerai pas de, celle étymologie qui fait dériver le mol de loge du sanscrit
loca ou loga, qui signifie momie, bien qu'en considérant l'affinité qui existe
entre le sanscrit el leslanguesgrecqucetlaline,dont les idiomes modernes

(1) Ce nom vient du tudesque wolf, et signifie loup, ou initié. Cette substitution du
g au «i est commune dans les langues du Nord. Ainsi, le mot anglais wages est notre
mot français gages; le nom de la province anglaise Walcs s'écrit Galles en français.
Il n'est pas rare non plus qu'il y ait substitution de voyelles clans les mots qui passent
d'une langue à une autre. Les voyelles se transforment également, dans une même
langue, avec le temps : en français, par exemple, la diphtongue oi, qui se prononce
aujourd'hui ô, s'est successivement prononcée oa el oc. On sait, d'un autre côté, que
les points ont été ajoutés l'écriture hébraïque dans le Lut de fixer la valeur des
a
voyelles, qui, auparavant, variait à l'infini. Les philologues admettront notre étymo-
logie sans démonstration.
h& PREMIÈRE PARTIE.

sont formés, une telle étymologie ne dût pas paraître forcée (1 ). Je vous ferai
seulement, remarquer que, d'aprèsle catéchisme del'apprenti, les dimensions
de la loge- sont celles à[Link] ; que salongueur est de l'orient à l'occident,
sa largeur du midi au septentrion, sa profondeur de la surface de la terre au
centre, sa hauteur d'innombrables coudées ; que lespiliers qui lasoutiennent
sont la Sagesse, la Force et la Beauté, attributs principaux de la création ;
enfin qu'il faut monter sept degrés pour parvenir à la porte de la loge, et
que ces sept degrés rappellent l'échelle emblématique de Mithra.
« Dans tous les mystères anciens, comme dans!'initiation maçonnique, le
cérémonial de la réception figurai-Iles révolutions des corps célestes el leur
action fécondante sur la terre. Ce cérémonial faisait également allusion
aux diverses purifications de l'âme pendant son passage à travers les planè-
tes, où elle revêtait des corps plus purs à mesure qu'elle se rapprochait de sa
source, la lumière incréée. Les prêtres, qui présidaient à l'initiation, lui
attribuaient la vertu de dispenser l'âme de l'initié des diverses migrations
planétaires; cette âme, à la mort de l'adepte, passait directement dans le
séjour de l'éternelle béatitude.
« Par une conséquence toute naturelle de ces prémisses emblématiques,
les officiels, qui présidaient aux initiations de l'antiquité, et notamment à
celle d'Eleusis, représentaient; les grands agents de la création. L'hiéro-
phante, que l'on peut comparer au vénérable de la loge, figurait le Dêmi-
Ourgos, le Grand Architecte, le Charpentier du monde. La dad ou que, se-
cond ministre, le même que notre premier surveillant, représentaitle soleil ;
il en portait l'image sur la poitrine. L'épibome, ou notre second surveillant,
représentait lalune ; il était décoré du croissant de celle planète. Enfin le cé-
ryce, ou héraut sacré, l'orateur de l'initiation maçonnique, symbolisait la
parole, c'est-à-dire la vie, dans la langue mystique. On trouve les mêmes
ministres, m oins le dernier, dans l'initiation Scandinave. Gilfe ayant, comme
vous l'avez vu, pénétré dans le palais d'Asgard, « aperçut, àilYEdda, trois
« trônes élevés l'un au-dessus de l'autre, et, sur chaque trône, un homme

(1) Le nom de lucus, que les Romainsdonnaientàleursboissacrés,dérive également


du sanscrit loca. Les bois sacrés, en effet, étaient un emblème du inonde. 11 est facile
de voir que les premiers architectes chrétiens, animés du même esprit symbolique,
ont voulu imiter, dans la construction intérieure des églises, les sombres allées d'une
forêt. Quant à la forme d'un carre long que l'on donne à la loge, c'est celle que les
anciens géographes attribuaient au monde, avant que Plolémée eût rectifié cette er-
reur dans son système cosmographique.
On tire aussi l'étymologie du nom do maçon du mot indien mas er, templier,fai-
seur de temples; formé àe inaz, temple, et de la finale er, qui indique la caste, la
profession.
FRANC-MAÇONNERIE. 55
assis. Il demandalequel des troisétait le roi (1 ). Sou conducteur répondit :
«
cc __
Celui que vous voyez assis sur le premier trône est le roi ; il se nomme
Har, c'esl-à-dire sublime ; le second Jafnhar, l'égal du sublime ; mais celui
«
qui est le plus élevé s'appelle Trédie, ou le nombre trois. » Les chrétiens
«
ont conservé, de leurs mystères primitifs, une hiérarchie symbolique du
même genre : le pape, du grecpappas, père, créateur ; l'évoque , A'épis-
kopos, surveillant; et l'archevêque, aarchêépiskopos, premier surveillant.
Vous devez vous rappeler, mon frère, que les catéchismesmaçonniques sont
fort explicites en ce qui. louche le rôle emblématique des trois premiers of-
ficiers de la loge; ils disent, en effet, qu'au moment où l'apprenti reçoit
l'initiation, il aperçoit « trois sublimes lumières de la maçonnerie : le soleil,
la lune el le maître de la loge. »
« Indépendamment de la hiérarchie des fonctions, les anciens initiés
avaient une hiérarchie de grades. Ainsi, les isiades passaient par Irois de-
grés d'initiation : les mystères d'Isis, ceux de Sérapis el ceux d'Osiris. Après
le temps d'épreuves, les initiés d'Eleusis devenaient mysles, puis époptes.
Les Pylhagqriens avaient; trois grades : auditeur, disciple, physicien; les
premiers chrétiens, trois grades aussi: auditeur, compétent, fidèle; les
manichéens, trois grades également : auditeur, élu, maître. Les seuls mi-
thriades en avaient sept: soldat, lion, corbeau, perse, bromius, hélios et
père. A l'exemple de toutes les initiations, la franc-maçonnerie a trois gra-
des, ceux d'apprenti, de compagnon et de maître.
« Comme de nos jours, le cérémonial mystique s'accomplissait secrète-
ment clans les anciens mystères; el. l'on n'élail admis à en être témoin qu'a-
près avoir subi de longues et pénibles épreuves, et s'être engagé, par un
serment solennel, à n'en divulguer atix profanes ni les détails ni la signifi-
cation. Macrobenous explique les motifs de celle réserve : « La nature, dit-
« il, craint d'être exposée nue à tous les regards. Non-seulement elle aime
.
« à se travestir pour échapper aux yeux grossiers du vulgaire, mais encore
« elle exige des sages un culte emblématique. Voilà pourquoi les initiés
« eux-mêmes n'arrivent à la connaissance des mystères que par les voies
« détournées de l'allégorie. »
« Le parallèle auquel je viens de me livrer, mon frère, était indispensa-
ble pour que vous pussiez aisément comprendre et admettre ce qu'il me
reste à vous dire.

(1) Dans le langage figuré des initiés anciens, on désignait te soleil sous le nom de
roi, parce qu'on le considérait comme le chef et le directeur du système planétaire.
La lune était l'épouse, la soeur, l'égale du soleil. On attribuait soleil
au une influence
directe sur les animaux et sur les minéraux à la lune, une pareille influence sur la
;
végétation.
,
56 PREMIÈRE PARTIE.

« Bien que, d'après nos traditions, Salomon soit le fondateur de la franc-


maçonnerie, le personnage qui joue le principal rôle dans la légende est
Hiram, l'architecte du temple de Jérusalem. Hiram, lemêmequ'Osiris, que
Milhra, que Bacchus, que Balder, que tous les dieux célébrés clans les mys-
tères anciens, est une des mille personnifications du soleil. Hiram signifie
en hébreu : vie élevée ; ce qui désigne bien la position du soleil par rapport
à la terre. Selon l'historien Josèphe, Hiram était fils d'un Tyrien nommé
Ur, c'est-à-dire feu. On l'appelle aussi Hiram-Abi, Hiram père, comme les
Latins disaient : Jovispalcr, Jupinpère; Liber paler, Bacchus père. Mais
alors il existe, entre Hiram et Hiram-Abi, la même différence que chez les
Égyptiens, par exemple, entre Horus et Osiris. Celui-ci est le soleil qui
s'éteint au solstice d'hiver; celui-là, le soleil qui renaît à la môme époque.
« Hiram esl représenté comme le chef des constructeurs du temple de
Salomon. Celle allégorie maçonnique se retrouve dans les fables du paga-
nisme, et jusque dans la Bible. Dans les premières, on voit Apollon, ou le
soleil, travailler comme maçon à la construction des murs de Troie, et Cad-
mus, qui est aussi le soleil, bâtir Thèbes aux sept portes, qui avaient les
noms des sept planètes. L'Edda des Scandinaves parle d'un architecte qui
propose aux dieux de leur construire une ville, el leur demande pour salaire
le soleil et la lune. Dans la Bible, on lit, au livre des Proverbes, ces paroles
significatives : « La souveraine sagesse a bâti sa maison; elle a taillé ses
sept colonnes. »'Vous remarquerez en outre qu'on saupoudrait déplâtre le
récipiendiaire dans certaines initiations anciennes (1).
« Pendant le cérémonial qui s'est accompli, mon frère, à voire triple ré-
ception nous avons figuré la révolution annuelle du soleil, et vous avez re-
,
présenté cet astre. Le môme rile était en usage dans les anciennesinitiations.
« Le mythe des trois grades maçonniques embrasse les principales divi-
sions de la course annuelle du soleil. Le premier grade se rattache au temps
qui s'écoule entre le solstice d'hiver etl'équinoxe du printemps; le second,
au temps compris entre l'ôquinoque du printemps etl'équinoxe d'automne ,
et le troisième, au temps qui suit, jusqu'au solstice d'hiver.
« Aspirant, vous avez d'abord été placé dans un lieu de ténèbres et en-
(1) Les noms d'architectes que nous a transmis l'antiquité : Chemmis, Dorus,
Salyrus, Pilhéo, Briassis, Trophonius, Àgamèdc, Dédale, Deucalion Thésée, Calli-
,
maque, etc., sont autant de noms du soleil et de la lune. La construction du temple
d'Apollon à Delphes esl attribuée à Agamède et à son frère Trophonius. Plularque dit
que, lorsque le temple fut achevé, les deux frères demandèrent au dieu leur récom-
pense. Apollon leur ordonna d'attendre huit jours, el de faire bonne chère jusque-
là. Ce terme arrivé, on les trouva niorls. Le dieu Scandinave Tlior tue également les
deux architectes qui demandaient, à titre de salaire, le soleil el, la lune pour bâtir
une ville aux immortels.
FRANC-MAÇONNERIE. 57
[Link] images de la destruction; vous en êtes sorti les yeux couverts d'un
bandeau, el à moitié nu. Toutes ces circonstances faisaient allusion au soleil
d'hiver sans lumière, sans chaleur et sans force ; àla nature triste et dépouil-
lée de ses ornements accoutumés. Vous étiez alors l'Horus des Egyptiens,
l'iacchus des Athéniens, le Casmilus de Samolhrace; eu un mot, le soleil
renaissant. On vous a introduit dans le temple ; vous y avez fait trois voya-
au milieu du bruit., des secousses réitérées qu'éprouvait le sol sur le-
ges,
quel vous marchiez; vous avez été purifié par l'eau, par le feu; vos yeux se
sont ouverts à la lumière. Ne reconnaissez-vous point là les vicissitudes des
trois mois de l'année que traverse le soleil au commencement de sa révolu-
tion les ouragans, les pluies, et enfin le printemps qui rend, la paix, la vie et
,
la clarté à la nature? Le frère terrible qui vous accompagnait el vous sou-
mettait aux épreuves, c'est Typhon, le méchant frère d'Osiris, le mauvais
principe, qui lutte constamment contre la lumière et sa chaleur vivifiante.
« La réception au.
gracie de compagnon offre une continuation de la même
allégorie. Là, vous n'étiez plus cet apprenti qui dégrossit la pierre brute, ou
le soleil qui jette des semences de fécondité dans une terre nue el sans grâce ;
vous étiez l'ouvrier habile qui donne à la matière des formes élégantes et
symétriques. Vous avez accompli cinq voyages, puis un sixième, el alors ou
vous a communiqué une parole qui signifie épi, pour vous rappeler l'action
fécondante du soleil pendant les six mois qui s.'écoulent entre les deux
équinoxes.
« Au grade de maître, où vous venez d'èlrc reçu, la scène se rembrunit,
et, en effet, à l'époque où l'on est arrivé, le soleil commence à redescendre
vers l'hémisphère inférieur. La légende que l'on vous a racontée rapporte
que, le temple étant presque achevé, c'est-à-dire que le soleil étant parvenu
aux trois quarts de sa course annuelle, trois mauvais compagnons, les trois
mois d'automne, conspirèrent; contre les jours d'Hiram-Abi. Pour consom-
merleurallentat, ils s'aposlent aux trois portes du temple, situées au midi,
à l'occident et à l'orient, les trois points du ciel où paraît le soleil ; et, au mo-
ment, où Hiram, ayant achevé sa prière, se présente pour sortir à la porledu
midi, un des trois compagnons lui demande la parole sacrée, qu'Hiram est
alors dans l'impuissance de donner. La parole, je vous l'ai dit, c'est la vie :
la présence du soleil dans sa force provoque, en effet, les acclamations, les
chants de tout ce qui respire; son absence rend tout muet. Hiram ayaut
refusé de donner la parole, est aussitôtfrappé à la gorge d'un coup de règle
de vingt-quatre pouces. Ce nombre est celui des heures de la révolution
diurne du soleil. C'est l'accomplissement de cette division du temps, celle
du jour en vingt-quatre heures, qui porte le premier coup à l'existence du
soleil. Hiram s'imagine pouvoir fuir
par la porte de l'occident; mais, là ,
58 PREMIÈRE PARTIE.

il recontre le second compagnon qui, sur son refus de lui donner la pa-
,
role, le frappe au coeur d'une équerre de fer. Si vous divisez en quatre par-
lies, le cercle du zodiaque, et que, de deux points de section les plus rappro-
chés, vous liriez deux lignes droites convergentes vers le centre, vous aurez
une équerre , c'est-à-dire un angle ouvert à 90 degrés. Le second coup porté
au maître fait donc allusion au préjudice que porte au soleil la seconde dis-
tribution du temps, celle de l'année en quatre saisons. Enfin, Hiram-Abi,
espérant pouvoir fuir par la porte de l'orient, s'y présente. Il y trouve le
troisième compagnon, qui, après lui avoir, lui aussi, demandé vainement la
parole, le frappe au front d'un coup mortel avec un maillet. La forme cylin-
drique du maillet figure l'accomplissement lotal du cercle de l'année.
« Lescirconstancesquisuiventsorlent de ce principal thème, bien qu'elles
aient toujours rapport à la mort fictive du soleil.
« A peine les compagnons ont-ils consommé le meurtre d'Hiram, que déjà
ils éprouvent des remords et des crain les, et qu'ils songent à faire disparaître
les traces de leur crime. D'abord ils cachent le cadavre sous des décombres,
image des frimais et du désordre qu'amène l'hiver; puis ils vont l'enterrer
sur le mont Liban. Il est à remarquer que celle montagne joue un rôle im-
portant dans la légende cVAdonisou Adonaï, donlles mystères, établis chez
lesTyriens, s'étaient introduits parmi les juifs, qui avaient donné au dieu
le nom de Thammuz. C'est sur le mont Liban qu'Adonis avait été mis à
mort par un sanglier, emblème de l'hiver, comme le fait, voir Macrobè; et
c'est là qu'il avait été retrouvé par Vénus en pleurs.
« Hiram ue reparaissant, plus , Salomon envoie à sa recherche neuf maî-
tres, figure des neuf bons mois de l'année. Arrivés sur le mont Liban , ils
découvrent le corps inanimé d'Hiram, cpie les trois mauvais compagnons y
avaient enseveli. Ils plantent sur la fosse, qu'ils ont recouverte, une branche
d'acacia, arbre que les ancieus Arabes avaient, sous le nom A'huzza, consacré
au soleil. C'est le rameau demyrle de l'initiation grecque ; le rameau d'or de
Virgile le gui des Gaulois el des Scandinaves l'aubépine des chrétiens.
, ,
Enfin, après que le cadavre du maître a été exhumé,la parole sacrée est chan-
gée; car c'est un autre soleil qui va naître.
« Telle esl en substance, mon frère, celte allégorie de la maîtrise, dont
les traits fondamentaux se retrouvent dans les fables cl'Osisis, d'Adonis, de
Bacchus, de Balder et de tous les autres dieux célébrés dans les mystères de
l'antiquité. Dans toutes, c'est un homme vertueux qu'on assassine dont on
,
veut cacher la mort ; ce sont des recherches; c'est une sépulture sur laquelle
s'élève une plante : c'est, en un mot, la même pensée.
« Dans votre réception au gracie de maître, nous avons mis en action
l'histoire d'Hiram-Abi. Vous êtes entré à reculons dans la loge, pour figurer
FRANC-MAÇONNERIE. 59
la marche rétrograde du soleil d'hiver. On vous a successivement conduit au
midi, à l'occident, à l'orient, où, à l'imitation d'Hiram-Abi, vous avez reçu
tour à tour les trois coups mortels. En recevant le dernier, votre cadavrefictif
a été renversé dans une fosse-, sur
laquelle on a planté une branche d'aca-
cia. Bien que les anciens initiés aient élé fort sobres d'explications sur le
cérémonial des mystères, nous trouvons toutefois dans les écrits qu'ils nous
ont laissés des traces d'une cérémonie analogue. C'est ainsi que, d'après
Lucien, il y avait dans l'initiation d'Adonis un moment où le récipiendaire
à
se couchait terre.
A Chio et à Ténédos notamment, clans les mystères de
Dionysius ou Bacchus (le soleil), les initiés, suivant Porphyre, commémo-
raient la fable de Bacchus mis à mort par les Titans; et « le dieu était re-
« présenté par un
homme qu'on immolait. » Lampride, clans sa Vie de
l'empereur Commode, nous apprend que ce prince, assistant aux mystères
de Mithra, immola un homme de sa propre main ; mais l'écrivain a soin
d'insinuer que ce n'était là qu'un simple simulacre , sans effusion de sang.
Lorsque vous avez été placé, dans la fosse, les deux surveillants, suivis des
frères auxquels ils commandent, ont fait autour du cercueil, en commémo-
ration de la recherche du corps d'Hiram, deux tours en sens opposés, l'un
d'orient, eii occident, l'autre d'occident en orient. D'après Celse, cité par
Origène, les milhriades accomplissaient dans leurs mystères une procession
du même genre, « pour représenter le double mouvement des étoiles fixes
« el des planètes. » Ce cérémonial achevé, on a simulé sur votre personne
l'exhumation d'un cadavre, ainsi que cela eut lieu, suivant les légendes sa-
crées, pour les corps d'Hiram d'Osiris et des autres dieux. Enfin, on vous
,
afailexéculerune marche qui rappelle celle du soleil dans l'écliptique, où il
passe alternativementde l'un à l'autre côté de la ligne équiuoxiale, indiquée
dans celle loge par le tombeau d'Hiram-Abi.
« Les ornements dont vous êtes décoré rentrent clans l'allégorie solaire,
comme les attires circonstances de votre réception. Votre tablier,par sa forme
semi-circulaire, figure l'hémisphère inférieur. Le cordon que vous portez
de l'épaule gauche à la hanche droite esl la bande zodiacale ; la couleur en
est bleue, parce que, de même que les anciens initiés les francs-maçons
,
affectent celle couleur aux signes inférieurs du zodiaque. Le bijou suspendu
au bas de votre cordon se compose d'un compas sur une équerre. Le compas
esl l'emblème du soleil; la tête figure le disque de cet astre; les branches en
représentent les rayons. L'équerre fait allusion à cette portion delacireon-
lérence de la terre que le soleil éclaire de son zénith.
« Dans toutes les cérémonies qui s'accomplissent en loge, vous reconnaî-
trez constamment la .même pensée. Ainsi, notre association s'est mise
sous
l'invocation de saint Jean, c'est-à-dire de Janus, le soleil des solstices. Aussi
60 PREMIÈRE PARTIE.

est-ce à ces deux époques de l'année que nous célébrons la fêle de notre pa-
tron, avec un cérémonial tout astronomique. La table à laquelle nous pre-
nons place a laformed'un fer-à-cheval,et représente figurativemenlla moitié
du cercle du zodiaque. Dans les travaux de table, nous portons sept santés ;
ce nombre est celui des planètes, auxquelles les anciens initiés offraient aussi
sept libations.
« Il y a encore dans la franc-maçonnerie un autre point de similitude
avec les doctrines des initiations de l'antiquité; c'est l'emploi des nombres
mystiques, mais restreint aux impairs, comme les plus parfaits: Numéro
Deus impare gaudel. Pour ne pas prolonger davantage cette explication
,
déjà trop étendue, je ne vous déroulerai pas ici la théorie complète de ce
genre de symboles ; vous la trouverez dans les Vers dorés , dans Macrobe,
dans Aulu Celle, et, plus près de nous, dans Ticho-Brahé. Il vous suffira de
savoir quant à présent que les âges emblématiques des (rois gracies qui vous
ont été successivement donnés se rattachent à celte théorie: l'apprenti a
trois ans, nombre de la génération, qui comprend les trois termes : agent,
patient et produit ; le compagnon à cinq ans, nombre delà vie active, carac-
térisée clans l'homme par les cinq sens ; le maître a sept ans, nombre de la
perfection, par allusion aux sept planètes primitivement connues, qui com-
plétaient le système astronomique; par allusion aussi aux purifications que
les âmes subissaient en traversant les sept mondes, et qui lcsrendaicnl aptes
à être admises dans le séjour lumineux, siège et foyer de l'âme universelle.
«Là s'arrête, mon frère, la véritable franc-maçonnerie héritage pré-
,
cieux que nous a légué la vénérable antiquité. Au delà vous ne trouverez
,
que vanité, déraison el mensonge. Les hauts grades prétendus no sont que
d'inutiles réduplications de la maîtrise ou que des compositions dans les-
,
quelles le ridicule le dispute à l'absurde. Les doctrines les plus décriées en
forment généralement la base ; on y enseigne, sous le voile d'indigestes allé-
gories, la théosophie, la magie l'art de faire de l'or; en un mot, toutes les
,
sciences occultes, etqui sont, en effet;, si bien cachées que ceux-là même qui
les professent ne pourraient les définir. Voilà pour les grades cru'on appelle
philosophiques. Quant; aux grades historiques, vous ne sauriez croire ce
qu'ils renferment d'assertions fausses et contradictoires et de honteux ana-
chronismes; Certes, s'ils révèlent quelque chose c'est, à coup sûr, l'igno-
,
rance de leurs auteurs. Je ne vous décrirai pas le cérémonial qui en accom-
pagne l'initiation : si ceux de nos frères qui ont eu la vaniteuse faiblesse
d'en ambitionner les rubans el les croix osaient se rappeler les formalités
auxquelles il leur a fallu se plier lors de leur réception,ils rougiraient de ce
qu'elles offrent dedégradantpour la dignité et pour l'intelligence humaines.
Aussi faut-il attribuer la création delà majorité de ces grades aux secrels
" FRANC-MAÇONNERIE. 61

ennemis delà franc-maçonnerie. Le rose-croix, entre autres, est l'oeuvre de


société des jésuites, au temps où elle eut accès clans les loges. Le kadosch-
la
lemplier et presque'tous les grades chevaleresques ont été imaginés pour
servir des intérêts politiques en opposition flagrante avec les doctrines fon-
damentales de notre institution. Les grades hermétiques ont eu pour motif
mercantilisme éhonté; et les indignes maçons qui les ont inventés y mil
un
trouvé en réalité cet art de faire de l'or dont ils promettaient vainement le
secret à leurs adeptes.
« Déjà, mon frère,
je vous ai prémuni contre ces déplorables innovations,
lors do votre initiation au grade, d'apprenti. J'insisterai aujourd'hui sur ce
point avec plus de force encore, parce que vous devez mieux comprendre,
d'après ce que vous a dévoilé notre digne vénérable, el d'après ce que je
viens de vous apprendre, combien est pressante la nécessité de débarrasser
la franc-maçonnerie de superfélalions qui la défigurent et la déshonorent,
cl qui entravent sa marche, au grand, préjudice du progrès
social. A l'oeuvre
donc, mon frère, si, comme je n'en cloute pas, l'intelligence que vous avez
[Link] l'institution maçonnique vous a pénétré de l'enthousiasmedubieu,
de l'amour ardent de l'humanité, de ce saint dévoûment qui fait entre-
prendre el réaliser les grandes choses! A l'oeuvre ! ralliez-vous au faisceau de
reux de vos frères qui. veulent ramener la franco-maçonnerie à sa simplicité,
à sa pureté primitives, pour la rendre plus capable d'accomplir en entier et
dails un temps plus prochain la sublime mission qu'elle s'est donnée (1). »
Ce discours achevé, le sac des propositions et le tronc de bienfaisance
circulent. On ferme ensuite les travaux de la même manière et dans les
mêmes termes qu'aux deux grades précédents.
Le tableau que nous venons de tracer offre une image fidèle de la franc-
(1) Entre autres critiques qu'on a faites de ce livre, on a dit que nous présentions
à tort, comme oxtrails des cahiers-rituels émanés de l'aulorilé maçonnique, les dis-
cours que nous avons mis dans la bouche do l'orateur, en décrivant la réception aux
Irois grades. Nous ne pensons pas que les termes que nous avons employésjustifient
un semblable reproche. Quoi qu'il en soil, nous n'avions pas l'intention qu'on nous-
attribue, cl, pour rendre hommage à la vérité, nous déclarerons bien volontiers que
nous sommes l'auteur de ces discours. Mais nous ajouterons, parce que cela est vrai
aussi, que, bien que l'interprétation que nous avons donnée des mythes cl des symboles
maçonniques ne se trouve pas rapportée textuellement dans les cahiers-rituels, elle
n'en esl pas moins exacte ; que plusieurs passages de ces cahiers l'indiquent formel-
lement; qu'elle est traditionnelle parmi les maçons, et qu'elle esl énoncée avec plus
ou moins de développements dans plusieurs ouvrages déjà anciens, tels que The
npiritof Masonry, de AV. Ilutchinson; The origin of Masonry, de Thomas Payvie ;
An [Link] of Frcemasonry, de Richard Carlilc; la Franc-Maçonnerie rendue à sa
véritable origine, d'Alexandre Lenoir; le Dictionnaire maçonnique, du frère Qnantin;
le Cours interprétatif des initiations anciennes et-modernes, du frère Bagou, etc.
Nous n'avons fait que l'étayer de preuves historiques. Au reste, ce ne sont là que des
vestiges d'une doctrine qui date des temps les plus reculés, mais qui n'est plus, comme
on doit bien le penser, la doctrine actuelle de la société maçonnique.
62 PREMIÈRE PARTIE. -^FRANC-MAÇONNERIE.

maçonnerie; nous n'avons rien omis d'essentiel. Chaque pays, chaque rite,
chaque loge même, apportent bien, il est vrai, des modifications dans le cé-
rémonial et dans le formulaire des travaux maçonniques; mais ces modi-
fications, dont nous avons d'ailleurs signalé les plus notables, sont au fond
assez insignifiantes, el l'esprit de l'institution n'en est en aucune façon al-
téré. La différence la plus importante porte sur les mois de reconnaissance.
Les créateurs du rite français ont cru pouvoir sans inconvénient en inter-
vertir l'ordre, affecter, par exemple, lemot sacre de compagnon à l'apprenti,
el substituer au mot de passe de maître, dont ils ont fait celui du premier
grade, un terme qui ne présente aucune signification. Il résulte de là que les
maçons reçus en France éprouvent de graves difficultés à se faire reconnaî-
tre en leur qualité dans les pays étrangers. Nous pensons que les frères nous
sauront gré de les mettre à même d'éviter cet écuei.l, à l'aide du carré mys-
tique ci-après, qui renferme les mots sacrés et dépasse du rite des anciens
maçons libres el acceptés d'Angleterre, le plus universellement pratiqué.
11 leur sera facile de lire ce tableau, dont nous nous dispensons, ils savent

bien pourquoi, de leur donner ici la clé.

!!!—1-11 — 11-1
Nous terminerons celle introduction à l'histoire de la franc-maçonnerie
par un appendice où nous avons réuni tous les renseignements qui n'ont
pu trouver place dans notre travail, et qui, nous ne craignons pas de le
dire, en formeront le tout le plus substantiel el le plus complet qui ait en-
core été publié, sur la matière.
APPENDICE.

A.—STATISTIQUE UNIVERSELLE DE LA FRANC-MAÇONNERIE.

I. — GÉOGRAPHIE MAÇONNIQUE.

Etats, îles el continents où la franc-maconneric esl ouvertement pratiquée.

Eunoi'K. Angleterre, Anhalt-Bernbourg, Anhalt-Dessau, liavière, Belgique, Brème,


Brunswick, Danemurck , Ecosse, Espagne, France, Fraiicforl-sur-Mein, Guernesey
(île de), Hambourg, Hanovre, Hesse-DarmsUidt, Hollande, llolslcin-Oldenbourg, îles
Ioniennes, Irlande, Jersey (ile de), Lubeck, Luxembourg, Malte (ile de), Mecklein-
bourg-Selrwérin, Mecklembourg-Slrélitz,Norwége , Oldenbourg ( grand-duché d' ),
Posen (duché de), Prusse, Reuss (priiicipaulé de), Saxe, Saxe-Cobourg, Saxe-Gotha,
Saxe-llildburghauscn, Saxe-Meiiiingon, Saxc-YVeiniar, SohwaiT/.enberg-BudoIsUidl,
Suède, Suisse.
ASIE. CeyUui (île de), Cliine (Canton), Hindouslau: (Allahabad, Béjapour, Bengale,
Camille, Couciui, Guzuratc), Pondiehéry, Prince de Galles (ile du).
OCÉANIE. AUSTOALHÏ. Nouvelle Galles du Sud. MALAISIE. Java (île de), Sumatra (île
de), PoiANÉsiiî. Marquises(iles).
AFRIQUE. Algérie, Bourbon (île), Canaries (îles), Cap de Bonne-Espérance, Guinée,
Maurice (île), Sainte-Hélène (île), Sénéganibie.
AMÉRIQUE. ANTILLES (Grandes). Cuba, Haïti, Jamaïque, Porto-Bico. Aî[Link] (Pe-
tites). Auligoa, Barbade, Bermude, Curaçao, Dominique, Grenade, Guadeloupe, Mar-
tinique, Providence, Saint-Barthélémy, Saint-Christophe, Sainte-Croix, Saint-Eus-
tache, Saint-Martin, Sainl-Thomas, Saint-Vincent, Trinité (la). CONTINENT. Brésil,
Brunswick (Nouveau), Calédonie (Nouvelle), Canada, Colombie (république de),
Ecosse (Nouvelle), Élals-Unis : (Alabama, Arkansas, Carolinos du Nord et du Sud,
Colombie (district de), Connecticut, Delaware, Florides, Géorgie, Illinois, Indiana,
lova (lerriloire d'), Kentucky, Louisiane, Maine, Marylaud,Massachusselts, Michigan,
Mississipi, Missouri, New-lïampshiro, New Jersey, New-York, Ohio, Pensylvanie,
Rhode-Island, Tennesee, "Verniont, Virginie), Guatimala (république de), Guianes an-
glaise, française et hollandaise, Labrador, Mexique, Pérou, Bio de la Plata, Terre-
Neuve, Texas, 'Vénézuala (république de).

H. DES GRADES DONT SE COMPOSENT LES SYSTÈMES


— NOMENCLATURE
OU RITES MAÇONNIQUES LE PLUS GÉNÉRALEMENT PRATIQUÉS.

1UTE ANCIEN RÉFORMÉ. Ce rite, pratiqué en Belgique et en Hollande, est, à quel-


ques légères modifications près, le rite moderne ou français.
H1TE DES. ANCIENS MAÇONS LIBRES ET ACCEPTÉS D'ANGLETERRE. Maçonnerie
de Saint-Jean. 1. Apprenti. 2. Compagnon. 3. Maître.
— Maçonnerie de Royale-
64 PREMIÈRE PARTIE.

Arche. 4. Maître de marque, 5. Maître passé, (i. Très excellent maçon. 7. Royale-
Arche.
(Ce rite est pratiqué en Angleterre, dans toutes les possessions britanniques, dans
presque toute l'Amérique, et dans une partie de l'Allemagne el de la Suisse; c'est-à-
dire par les quatre cinquièmes des francs-maçons qui couvrentle globe. Le rite fran-
çais esl, de tous les autres rites, celui qui s'en éloigne le plus. Indépendamment des
grades que nous venons de voir, les Anglais ont aussi des grades appelés chevaleries,
que les grandes-loges ne reconnaissent pas, niais dont elles n'interdisent pas la pra-
tique; tels sont le grand-prêtre, les chevaliers de la Croix-Bouge, du Temple, deMalle,
du Saint-Sépulcre, de l'Ordre teutonique, de Calalrava, d'Alcantara, de la Rédemp-
tion, du Christ, de la Mère du Christ, de Saint-Lazare, de l'Étoile,.du Zodiaque, de
l'Annonciation de la Vierge, de Saint-Michel, de Saint-Etienne et du Saint-Esprit.
Dans l'Amérique du Nord, la maçonnerie est divisée, 1° eu maçonnerie ?;ic»n<el!e ou
instrumentale, comprenant les trois grades symboliques (apprenti, compagnon et mai-.
Ire), ou thé probalionary degress of craft-masonry (les degrés d'épreuve de la franc-
inaçonnerie), gouvernée par les Grandes-Loges; 2° en maçonnerie scientifique, ren-
fermant les degrés du système de Royale-Arche, gouvernée par les Grands Chapitres;
3° en maçonnerie philosophique ou lemplière, composée des grades suivants : cheva-
liers de la Croix-Rouge, du Temple et de Malte, de la Marque chrétienne et. Carde du
Conclave, du Saint-Sépulcre, et du saint cl trois fois illustre ordre de la Croix, gou-
vernée par les Grands campements. Ces trois espèces de corps maçonniques sont dis-
tincts et séparés, cl l'un n'a pas le droit de s'immiscer dans l'administration de
l'autre. Chaque Etat de l'Union a sa grande-loge, son grand chapitre et son grand
campement. Tous les grands chapitres ont pour centre le Grand chapitre général, et
tous les grands campements dépendent du Grand conclave, qui, l'un et l'autre, licn-
ncnl tour à tour leurs assemblées dans une des grandes villes de la république.
KlTE OU MAÇONNERIE ÉCLECTIQUE. 1. Apprenti. 2. Compagnon. 3. Maître.
(Les membres de ce régime, qui esl. celui de la Grande-Loge de [Link],
cl qui se rapproche beaucoup de la maçonnerie anglaise, rejellenrtous les hauts gra-
des; mais ils ont formé dos bibliothèques où se trouvent réunis les cahiers de tous les
degrés supérieurs de tous les rites, el les frères de leur communion ont la faculté de
les consulter.)
RITE ÉCOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTÉ. Grades symboliques. — lrc CLASSE. 1. Ap-
prenti. 2. Compagnon. 3. Maître. — 2e CLASSE, 4. Maître secret. 5. Maître parfait.
6. Secrétaire intime. 7. Prévôt cl juge. 8. Intendant dos bâtiments. •—3" CLASSE.
9'. Maître élu des [Link]ître élu desquinze. 11. Sublime chevalier élu.—¥ CLASSE.
12. Grand-maître architecte. 13. Royale-Arche. 14. Grand écossais de la voùtc sacrée.
de Jacques VI. •— 3e CLASSE. 1S. Chevalier d'Orient. 16. Prince de Jérusalem. 17. Che-
valier d'Orionlcl d'Occident. 18. Souverain prince Rose-Croix. — Grades philosophi-
ques. — (Ie CLASSE. 19. Graud-ponlifcou sublime écossais. 20.Vénérable grand-niaîlre
de toutes les loges. 21. Noachitc ou chevalier prussien. 22i Royal-Hache ou prince du
Liban. 23. Chef du Tabernacle. 24. Prince du Tabernacle. 25. Chevalier du Serpent
d'airain. 26. Prince de Merci. 27. Souverain commandeur du Temple. —7° CLASSE.
28. Chevalier du Soleil. 29. Grand écossais de Sainl-André d'Ecosse. 30. Grand élu
chevalier Kadosch. — Grades administratifs. — 31. Grand-inspecleur-hiquisilcur-
commandeur. 32. Souverain prince du royal-secrcl. 33. Souverain grand-inspecteur-
général.
RITE ÉCOSSAIS PHILOSOPHIQUE. 1. 2. 3. Chevalier de l'Aigle noir, on Rose-Croix
(divisé en trois parties). 4. Chevalier du Soleil. 5. Chevalier du Phénix. 6. Sublime
philosophe. 7. Chevalier de l'Iris. 8. Vrai maçon. 9. Chevalier des Argonautes. 10. Che-
valier de la Toison-d'Or. 11. Grand-inspecteur parfait initié. 12. Grand-inspecteur
grand écossais. 13. Sublime maître de l'anneau lumineux.
(Les trois grades symboliques suivant le rite écossais ancien accepté forment la base
du rite écossais philosophique, et restent néanmoins en dehors de ce système. Cesont
ces trois grades qui le rattachent à la maçonnerie universelle. La même chose a lieu
dans l'Ordre du Temple. Les 11 °, 12» et 13° grades n'en forment à proprement parler
qu'un seul, divisé en trois classes. Les frères qui en sont pourvus composentle corps
FRANC-MAÇONNERIE. 65
administrrtif du régime. Le rite écossais philosophique est à peu près le même que le
rite hermétique de Montpellier.)
RITE ÉCOSSAIS l'RiMiTiF. 1. Apprenti. 2. Compagnon. 3. Maître.
4. Maître parlait.
S. Maître irlandais. 6. Élu des neuf. 7. Élu de l'inconnu. 8. Élu des quinze. 9. Maître
illustre. 10. Élu parfait. 11. Petit architecte. 12. Grand architecte. 13. Sublime ar-
chitecte. 14. Maître en la parlai te architecture. 15. Royale-Arche. 16. Chevalier prus-
sien. 1.7. Chevalier d'Orient. 18. Prince de Jérusalem. 19. Vénérable des loges.
20. Chevalier d'Occident. 21. Chevalier de la Palestine. 22. Souverain prince Rosc-
Croix.23. Sublime écossais. 24. Chevalier du Soleil. 25. Grand écossais deSaint-André.
26. Maçon du secret. 27. Chevalier de l'Aigle noir. 28. Chevalier Kadosch. 29. Grand
élu de la vérité. 30. Novice de l'intérieur. 31. Chevalierde l'intérieur. 32. Préfet de l'in-
térieur. 33. Commandeur de l'intérieur.
(Ce rite est principalement pratiqué en Belgique. U a son siège à Namur, dans la
loge de la lionne-Amitié.)
RITE ou SYSTÈME ME EESSLER, ou delà Grande-Loge Royale-York à l'Amitié de
Berlin. 1. Apprenti. 2. Compagnon. 3. Maître. 4. Le saint des saints. 5. La justifica-
tion, (i. La célébration. 7. La vraie lumière. 8. La patrie. 9. La perfection. (Ces grades
sont puisés dans les rituels des rose-croix d'or, dans ceux de la Stricte Observance, du
Chapitre illuminé de Suède, et de l'ancien Chapitre de Clcrniont, à Paris. Abandonné
en 1800, par la Grande-Loge Royale-York à l'Amitié, qui ne conserva que les trois
grades de la Maçonnerie primitive, tels que les confèrent, les loges de la constitution
d'Angleterre, le rite de Fessier n'est plus pratiqué aujourd'hui que par un petit nom-
bre d'ateliers de la Prusse.)
RITE FRANÇAIS ou MODERNE. Grades bleus ou symboliques. — 1. Apprenti. 2.
Compagnon. 3. Maître. — Hauts grades. —-4. Elu. 5. Ecossais, (i. Chevalier d'Orient.
7. Rose-Croix.
RITE DE LA GRANDIS-LOGE AUX TROIS GLOBES, à Berlin. 1. Apprenti. 2. Com-
pagnon. 3. Maître (gouvernés par la Grande-Loge). 4 à 10. Grades supérieurs (sous
l'administration du Suprême Orient intérieur, dont les membres sont élus par la
Grande-Loge).
RJTE HAÏTIEN. Il se compose des trois grades du rite des anciens maçons libres el
acceptés d'Angleterre, des grades du régime de Royale-Arche cl do ceux des Cheva-
liers américains, avec de légères modifications.
niTE D'IIÉRÉDOM ou DE l'EUVECTiON. 1. Apprenti. 2. Compagnon. S. Maître, i.
Maître secret. 5. Maître parfait,, (i. Secrétaire intime. 7. Intendant des bâtiments. 8.
Prévôt cl. juge, 9. Élu des neuf. 10. Élu dos quinze. 11. Élu illustre, chef des douze
tribus. 12. Grand-maître architecte. 13. Royale-Arche. 1.4. Grand élu ancien maître
parlait.. 15. Chevalier de l'Épéo. 16. Prince de Jérusalem. 17. Chevalier d'Orient el
d'Occidcnl. 18. Chevalier Rose-Croix. 19. Grand-Pontife. 20. Grand-palriarche. 21.
Grand-maître de la clef delà maçonnerie. 22. Prince du Liban. 23. Souverain prince
adepte, chef du grand consistoire. 24. Illustre chevalier, commandeur de l'Aigle blanc
et noir. [Link]ès-illustre souverain prince de lamaçonnerie, grand chevalier, sublime
commandeur de royal secret.
RITE DE MiSRAïM. — lrc SÉRIE. 1rc CLASSE. 1. Apprenti. 2. Compagnon. 3. Maî-

tre. — 2e CLASSE. 4. Maître secret. 5. Maître parfait. 6. Maître par curiosité. 7. Maître
eu Israël. 8. Maître anglais. —S CLASSE. 9. Élu des neuf. 10. Élu del'Jnconnu. 11. Élu
11
des quinze. 12. Élu parfait. 1.3. Élu illustre. 4° CLASSE. 14. Écossais trinilaire. 15.

Ecossais compagnon. 16. Écossais maître. 1.7. Écossais panissièro (parisien). 18. Maître
écossais. 19. Élu desIII (inconnus). 20. Écossais delà voûte sacrée de Jacques VI.21.
Ecossais de Saint-André. 5e CLASSE. 22. Petit architecte. 23. Grand Architecte. 24.
Architecture. 25. Apprenti—parlait architecte. 26. Compagnon parlail architecte. 27.
Maître parfait architecte. 28. Parlait architecte. 29. Sublime écossais. 30. Sublime écos-
sais d'iiérédom. — 6° CLASSE. 31. Royal-Arche. 32. Grande-Hache.33. Sublime Cheva-
lier du Choix, chef de la l 10 série. 2° SÉRIE. —7e
CLASSE. 34. Chevalier du sublime
Choix. 35. Chevalier prussien. 36. Chevalier du Temple. 37. Chevalier do l'Aigle. 38.
Chevalier de 1? Aiglenoir. 39. Chevalier de l'Aigle 40. Chevalier d'Orient blanc.
•>1. Chevalier d'Orient.
rouge.
— 8e CLASSE. 42. Commandeur d'Orient. 43. Grand-comman-
9
66 PREMIÈRE PARTIE.
deur.d'Orient. 44. Architecte des souverains commandeurs du Temple. 45. Prince de
Jérusalem. — 9e CLASSE. 46. Souverain prince Rose-Croix de Kilwinning et d'iiérédom.
47. Chevalier d'Occident. 48. Sublime philosophe. 49. Chaos 1er, discret. 50. Chaos 2U,
sage. 51. Chevalier du Soleil.— 10° CLASSE. 52. Suprême commandeurdes astres. 53.
Philosophe sublime. Clavi-maçonncrie : 5'(. 1er grade, mineur. 55. 2° grade, laveur.
56. 3e grade, souffleur. 57. 4e grade, fondeur. 58. Vrai maçon adepte. 59. Élu souve-
rain. 60. Souverain des Souverains. 61. Maître des loges. 62. Très haut et très puis-
sant. 63. Chevalier de la Palestine. 64. Chevalier de l'Aigle blanc. 65. Grand élu
chevalier Kadosch. 66. Grand-inquisileur-commandeur. — 3eSÉRIE. — 11 "CLASSE.67.
Chevalier bienfaisant. 68. Chevalier de l'Arc-en-ciel. 69. Chevalier du B. ou de la
Hhanuka, dit Hynaroth. 70. Très-sage Israélite prince.— 12e CLASSE. 71. Souverain
prince Talmudim. 72. Souverain princeZakdim. 73. Graud-1 laram. — 13e CLASSE. 74.
Souverain grand-prince Haram. 75. Souverain prince Hasidim. — 14e CLASSE. [Link]-
verain grand-prince Hasidiin. 77. Grand-inspecleur-intendan1.,régularisateur général
-
de l'ordre. — 4" SÉRIE. — 15° CLASSE. 78. 79. 80. 81. 16° CLASSE. [Link]. 86
(grades voilés). 17e CLASSE. 87. Souverains grands-princes, grands-maîtres consti-
tuants, représentants légitimes de l'ordre pour la lrc série. 88. Souverains grauds-
princes, grands-maîtres constituants, représentants légitimes de l'ordre pour la 2°
série. 89. Souverains grands-princes, etc., pour la 3e série. 90. Souverains grands-
maîtres absolus, puissance suprême de l'ordre.
RITE OU RÉGIME RECTIFIÉ. 1. Apprenti. 2. Compagnon. 3. Maître. 4. Maître écos-
sais, o. Chevalier de la Cité sainle ou de la Bienfaisance.
(C'est, le rite de la Stricte Observance révisé au couvent de Wilhelnisbad, et débar-
rassé de ses grades templiers. Le 5U grade est voilé. 11 est divisé en trois sections:
novice, proies et chevalier.)
RITE ou SYSTÈME 1)1! SCHROEDER. 1. Apprenti. 2. Compagnon. 3. Maître, cl plu-
sieurs hauts grades qui ont pour base la magie, la théosophio et l'alchimie.
(Ce rite est on vigueur seulement dans deux des loges delà constitution de la Grande-
Loge do Hambourg.)
RITE SUÉDOIS. A. 1. Apprenti. 2. Compagnon. 3. Maître. B. 4. Apprenti et compa-
gnon de Saint-André. 5. Maître de Sainl-André. (i. Frère Sluarl. C. 7. Frère favori de
Salomon. 8. Frère favori de Saint-Jean, on du Cordon blanc. 9. Frère favori de Sainl-
André, ou du Cordon violet. D. Frère de la Croix-Rouge. —lr0 CLASSE. 10. Membre
du chapitre non dignitaire. — 2e CLASSE. 11. Grand dignitaire du chapitre. —3n
CLASSE. 12. Le maître régnant (le roi de Suède); il a pour titre : Salomonis sanclip-
calus, illuminatns, magnus Jehovah.-—Nota. Le cinquième grade donne la noblesse
civile.
RITE ou SYSTÈME DE SVEOENRORG. 1. 2. 3. Apprenti, Compagnon, Maîtrethéoso-
phes. 4. Théosophe illuminé. 5. Frère bien. 6. Frère rouge.
RITE OU ORDRE DU TEMPLE. Maison d'initiation. 1. Initié (c'est l'apprenti ma-
çon). 2. Initié de l'intérieur (c'est le compagnon maçon). 3. Adepte (c'est le Maître ma-
çon). 4. Adeplc d'Orient (Elu des quinze du rite écossais). 5. Grand-adepte de l'Aigle
noir de Saint-Jean (c'est l'Elu des neuf). Maisonde poslulance. 6. Poslulantde l'ordre,
adepte parlait, du pélican (c'est le Rose-Croix). Convenl. 7. Écuyer. 8. Chevalier ou
Lévile de la garde intérieure (le premier de ces doux grades n'est qu'une préparation
pour arriver au second ; ils n'en forment., à proprement parler, qu'un seul : le Ka-
dosch philosophique.)
RITE ou SYSTÈME DE ziNNENDORF. A. Maçonnerie bleue, ou grades de Saint-Jeau.
1. Apprenti. 2. Compagnon. 3. Maître. B. Maçonnerie rouge, 4. Apprenti écossais. 8.
Maître écossais. C. Chapitre. 6. Favori de Saint-Jean. 7. Frère élu.
(Ce rite est celui de la Grande-Loge nationale d'Allemagne, à Berlin.)
FRANC-MAÇONNERIE. 67

III. — TABLEAU DE TOUTES LES LOGES EXISTANT SUR LE GLOBE.

INDEXEES ABRÉVIATIONS.—r. a., vite îles anciens maçons libres cl acceptéd'Angleterre; m. éc, maçonnerie
éclectique ;r. a. réf., rite ancien réformé ; r. fr., rite français ; r. é. a. a. rite écossais ancien et accepté ; r.
i-ecl., régime rectifié ; r. phil., rite écossais philosophique; r. d'IIér., rite d'Iïérédom ; r. Misr., rite de Mis-
raïrn ; ï. h., rite d'Haïti ; r. de Sclir., rite de Schroeder ; r. 3 gl., rite de la G.-L. aux 3 globes ; r. Zillll.,
rite de Zinnendorf; r. suéd., rite suédois; G.-L., Grande-Loge; G.-O., Grand-Orienl ; Sup. Cons., su-
prême conseil du 33e degré du rite écossais ancien et accepté; Puiss.'Sup., puissance suprême du 90e de-
gré du rite de Misraïm ; G. ch., Grand chapitre ; U.-A., Royale-Arche; IV-G., !\ose-Croix; G. consisl. 32e,
Grand consistoire du 32e degré du rite écossais ancien et accepté.

a RITES CORPS MAÇONNIQUES ÉTATS VILLF.S GRANDS CHAPITRES g '£ |


^ S. qu'elles qui les on sont établis où des hauts grades ^g &>
c
°^ -g suivent.
. ont constituées. ces corps. ils siègent, qui s'y rattachent.
» -=
$ -°
H*3 «
S
£ -°
p --
w ^_ _ ^^_^
039 r. a. G.-L. unie d'Angleterre. ANGLETERRE. Londres. G. cil. de U.-A. 1842
(i m. éc. G.-L. au Soleil BAVIÈRE. Bayrculh. 1S44
27 r. a. réf. G.-O. belge. BELGIQUE. Bruxelles. G. ch. de H.-C. —Sup.
cons. 33' (1). 1842
15 r. fr. G.-O. du Drésil (2). BRÉSIL. Rio-Janciro. Su]), cons. 33v
11 r. a. G.-L. nallr de Danemark. DANEMARCK. Copenhague. 1844
330 r. a. G.-L. de Saint-Jean. KGOSSi;] Edimbourg. G.-L. de Tlérédom de
Kilviiiiiing (3). 1840
44 G.-L. d'Alabama. ÉTATS-UNIS. Tuscaloosa. G. ch. do B..-A. 1844
r. a.
10 r. a. G.-L. d'Arkansas. Id. Liltle-Rock. Id. 18/|3
•'|2 r. a. G.-L. de CarolineNord. Id. Ralcigh. Id. 1841
•là r. a. G.-L. de Caroline Sud. Id. Charlestown. G. ch. doit.-A. — Sup.
cons. 33'. (inactir) 1832
ï>
r. a. G.-L. du dist. Colombie. ]d. Washington. G. ch. de H.-A. 1S2C
3a r. a. G.-L. de Conneclicul. Id. Now-Hcavcn. Id. 1S4'1
3 r. a. G.-L. de Delawaro. Id. Douvres. "* 1841
10 r. a. G.-L. des Florides. Id. Tallahassce. 1841
10 r. a. G.-L. de Géorgie. Id. Milledgcville. Id. 1S41
5' r. a. G.-L. de Kentiicky. Id. Louisvillc. Id. 1841
"Vandalia. lg2G
S r. a. G.-L. d'Illinois. Id.
17 r. a. G.-L. d'Indiana. Id. Indianopolis. Id. 1841
.' r. a. \
21 î r. é.n.a. G.-L. de la Louisiane. Id. «"'Orléans. Sup. cons. du 33e. 1844
\ r- fr.
j
56 r. a. G.-L. du Maine. Id. Augusta. G. ch. do R.-A. 1841
25 r. a. G.-L. de Mary] and. Id. Baltimore. G. ch. de R.-A. —G.
consist. 32'. 1841
23 r. a. G.-[Link] Massaclmssetts. Id. Boston. G. ch. de R.-A. 1S41
34 r. a. G.-L. de Mississipi. Id. Natchez. Id. 1841
33 r. a. G.-L. de Missouri. Id. Saint-Louis. Id. 1844
24 r. a. G.-L. de New-IIampshhc. Id. Concord. Id. 1841
a r. a. G.-L. de New-Jersey. Id. Trenlon. Id. 1841
33 r. a. G.-L. de New-York. Id. New-York. G. ch. de R.-A. — S. C.
du33« (innclir) 1843
58 r. a. G.-L. de l'Ohio. Id. Lancastre. G. [Link] R.-A. 1843
68 PREMIERE PARTIE.

40 r. a, G.-L. de Pensylvanic. ÉTATS-UNIS. Philadelphie. G. ch. de R.-A. — G.


consist. 32'. 1S41
1S r. a. G.-L. de Rhode-Island. Id. Providence. Id. 1 S41
30 r. a. G.-L. do Tenncsce. Id. Nashvillc. G. [Link] R.-A. 1S41
3ft r. a. G.-L. de Yermont. Id. Montpellier. Id. Wrl
03 r. a. G.-L. do Virginie. 1(1. IVichmond. Id. 1841
( ''• f''' I
l r. é. a. a, l
27S< r. rect. \ G.-O. de France, ' FRANCE. Paris. G. consistoire des rites. 1S44
/ I
r. phil.
Y r. d'IIér.
j
35 r. é. a. a. Sup, cons. de France. !" '«' 1S44
W- l'1- 1844
4 r. mis. Puiss. supr.
13 m. éc. G.-L. de l'Union éclectique. FRANCFORT-S.-Francfort. 1S.',4
9/|l ,' S G.-O. d'Haïti. HAÏTI. Porl-an-Prin- G. conclave. —Sup.
( r. é. a. a. ) 33'd.
cfi. cons. a S/iO
10 ! '• j.G.-L. do Hambourg.
i1,
HAMBOURG. Hambourg. 1SV,
\ [Link] Schr. J
10 r. a. j G.-L. de Hanovre. HANOVRE. Hanovre. wl'l
r î.[Link].. j G.-L. de Hollande.
HOLLANDE. La Uave. G. ch. de R.-C. is.',/,
\ r. é.
1
a.a. '
) l
/G. ch. R.-A. — Sup. \
\ 33' d. f
; cons. ; iSffi
373 r. a. G.-L. d'Irlande. IRLANDE. Dublin, j r-^.- ùc ï1-1*"51- ll<;
Kilwimmig.

'
1 J

20! "• [G.-O. du Mexique (4). MEXIQUE. -Mexico. G. [Link] R.-A.


I r. é. a. a. )
105 r.3gl. G.-L. aux 3 globes. PRUSSE. Berlin. Sup.-Orienlinlérienr. 1844
30 r. a. G.-[Link]-ïork à l'Amitié. Ici. Id. 1S44
50 r. Zinn. G.-L. naf' d'Allemagne. Id. Id. G. ch. des frères élns. 1844
11 r. a. G.-L. de Saxe. SAXE. Dresde. 1844
17 r. suéd. G.-L. de; Suéde. SUÈDE. Stockholm. G. ch. des frères de la 1844
croix rouge.
12 r. a. G.-L. Suisse. 'SUISSE. Berne. 1844
0 r. roc. Directoire Suisse. ]d. Zurich. 1844
14 r. a. G.-L. du Texas. TEXAS. Auslin. G. ch. de R.-A. 1842
i!> r.c.a.a. Sup. Cons. du 33'degré. VENEZUELA. Caracas. I I844
2,9%

A ces 2,990» loges, il faut ajouter : '


.
lîi loges isolées en [Link].
21 autres loges, en Amérique et dons l'Inde, qni ne dépendent non plus d'aucune autorité ; et enfin environ
40 loges que les grands-orients ni: font pas figurer sur leurs tableaux, parce qu'elles sont établies dans des pavs où
.
la maçonnerie est prohibée. Le nombre total des loges existantes s'élève donc à 3 072
3,072

(1) Ce .sup. cons. est indépendant du G.-O. belge.


(2) Le nombre des loges de ce G.-O. n'est qu'approximatif.
(3) Celte Grande-Loge est tout à fait indépendante de la Grande-Loge d'Ecosse. Elle professe le rite appelé ordre
royal de Hérédom de Kihvinning, qui est un grade de rose-croix divisé en plusieurs points.. Celle grande-loge a son
siège à Edimbourg. '
(4) Le nombre des loges de ce G.-O. est approximatif. Beaucoup sont en sommeil.
FRANC-MAÇONNERIE. 69
IV. — TABLEAU Î>ES PRINCIPALES FONDATIONS MAÇONNIQUES.

[Link] des écoles, fondé à Berlin, en 1810, par la Grande-Loge natio-


nale d'Allemagne, pour l'entretien des lils et des veuves de francs-maç[Link] établis-
sement s'enrichit Ions lesansdu produit des dons que ne cessent de-lui l'aire les maçons
[Link] élèves qu'il a Tonnés suivent, pour la plupart, des

carrières libérales. —* Hospice en faveur des pauvres et des orphelins, à Prague. —


Maison de secourspour les femmes en couches, à Sclileswig. — Biblialhèquespubliques,
à Berlin, à Presbourg, à Stettin, a Hosenbourg. — Séminaire normal pour ïéducation
primaire, àMehiingen. — Ecoles publiques et gratuites, pour les enfants indigents des
deux sexe, à Dresde. — Institution élémentaire du frère Liederskvon, àErlangen. —
Établissement au profil des veuves, Caisse de secours maçonnique, Ecoles du dimanche,
Bibliothèquedes loges, à Rosloek. —Ecole dominicale des francs-maçons, pour l'édu-
cation des enfants pauvres de francs-maçons, à Leipzig. — Caisse de secours pour les
veuves demaçons, Comité pour l'enterrement des frères-décèdes dans l'indigence, fon-
dés par la loge Apollon de lit même ville. — Ecole primaire et école industrielle gra-
tuites, établies par la loge la Véritable- Union, iiSchweidnil'/,. — Institution de secours
pour les veuves et les enfants orphelins de francs-maçons, à Géra, l'ondée par la loge
Archimède àl'Union éternelle. — Institution du même genre à Goettingtte, créée par
les loges Augustu au cercle d'or, de cette ville, le Temple de l'Amitié, d'Heiligenstadt,
et l'ylhagore, aux trois rivières, do Jhuiden. — Autre, à Guslrow, fondé par la logo
Phèbus-Apollon,qui, en outre, a ouvert des écoles pour l'instruction et l'entretien des
cillants pauvres de la ville, lils de maçons et de profanes. — Ecole du dimanche, pour
l'instruction des jeunes ouvriers; Caisse de pensions pour les veuves cl les enfants de
maçons; Distribution gratuite devétemenlsel de livres aux enfants pauvres, instituées
par lit loge, aux Trois-iiJontagnes, à Krcyberg. — Caisse de secours pour les veuves cl
les enfants de maçons,établie à alarieinvonler, par la loge à la Harpe d'or. — Institu-
tion de bienfaisance de la logo Sainl-Iean-t'Evangéliste, à Barmstadt. — Institution
en faveur des veuves de maçons, créée en 1842 par la loge Isis, à Lauban.
ANGLETEHUE. Comité de bienfaisance. Ce comité a pour objet, d'assister les francs-
maçons dans la détresse. *— Ecole royale îles francs-maçons. Elle a pour but l'entretien
et. l'éducation des filles et. orphelines de francs-maçons. — Institution maçonnique.
Elle pourvoit à l'habillement, ;t l'éducation cl. a l'apprentissage des fils orphelins iu-
iligonls de francs-maçons. Ces trois établissements, placés sous le patronage du sou-
verain, disposent de sommes considérables, cl étendent le bienfait de. leur destination à
un grand nombre de personnes.— Asile pour les maçons âgés et in firmes, Fonds royal
maçonnique de bienfaisance, institutions qui adoptent dos maçons indigents et leur
assurent des pensions dont la moindre est dc.250 fr., el. la plus élevée de 1,200 fr.
par année.
ECOSSE. Infirmerie royale d'Edimbourg, construite en 1738; — Bourse d'Edim-
bourg, bâtie en 1755. Ces deux établissements sont dus en grande partie aux sou-
scriptions dos loges maçonniques de celle capitale.
ÉTATS-UNIS ]/AMÉRIQUE. Banque maçonnique de l'Elut de New-York, h New-York,
destinée à aider les francs-maçons qui ont besoin d'argent pour soutenir leur com-
merce. C'est une sorte do société de secours mutuels. — Ecole pour l'instruction des
fils de maçons indigents, fondée par la Grande-Logo du Missouri. — Séminaire d'in-
struction pour les enfants orphelins de francs-maçons, fondé en août 1842par laG.-L.
du Kentucky. — Ecole des enfants de francs-maçons, oiworle au Bing Spring par la
G.-L. doTennesco en octobre 1842. — Asile pour les enfants orphelins de francs-ma-
çons, créé le 8 novembre 1842 par la G.-L. de Géorgie.
FUANCE. Maisoncentrale de secours, fondée à Paris par le Grand-Orient de France,
le 21 mars 1840. Cette maison, dans laquelle les secours sont donnés do préférence en
nature, est destinée à recevoir les maçons malheureux, pendant un temps déterminé,
cl à leur procurer du iravail. L'idée première de cette institution appartient à la
loge de Paris la Clémente-Amilié. —Association des maeons écossais. Le Suprême Con-
seil de Franco a présidé,le27 décembre 1842, à la formation d'une société civile entre
tous les maçons, dont l'initiative appartient au baron Taylor, déjà fondateur de la so-
ciété des artistes dramatiques. Le but de l'association des maçons écossais est de créer
et de constituer un capital dont, les intérêts seront employés à soulager des maçons
malheureux, et de préférence des membres de l'association. Chaque associé souscrit
une cotisation annuelle do six francs. — Société de patronage pour les enfants pau-
vres de la ville de Lyon. Fondée en 1841 par neuf loges de cette ville : l'Asile du
sage, les Chevaliers du Temple, la Candeur, les enfants d'IIiram, l'Equcrre el le Com-
70 PREMIER G PARTIE.
pas, le parfait Silence, la sincère Amitié, Simplicité constance, Union cl confiance,
sur la proposition du frère César Bei'lholon. Cet établissement veille au développe-
ment intellectuel et moral des enfants pauvres, pourvoit à leur bien-être matériel,
les place en apprentissage et leur fournit, suivant leur sexe, les instruments du mé-
tier qu'ils ont appris, ou une petite dot pour faciliter leur établissement. La loge
de Jeanne d'Are, à Orléans, a récemment jeté les bases d'un asile pour — les maçons
voyageurs, qui seront logés et nourris jusqu'à ce que de nouveaux arrivants viennent
les remplacer.
HAMBOURG. Etablissements de bienfaisance pour le soulagement des pauvres non
maçons, les loges distribuant directement leurs secours aux frères dans le besoin.
HOLLANDE. Institut des aveugles, fondé en UOS, à Amsterdam, du produit d'une
souscription des loges bol landaises. Les élèves sont admis à celte école, ou gratuitement,
s'ils sont pauvres, ou en payant pension, s'ils en ont le. moyen. Oit leur enseigne la lec-
ture, la grammaire, l'arithmétique, la géographie, l'histoire, la morale, la religion.
La musique vocale et instrumentale, et divers métiers, tels que ceux de compositeurs
d'imprimerie, de vanniers, d'empailleurs, etc.. pour les garçons; de lin gères, de trico-
teuses, etc., pour les filles, entrent également dans les objets de renseignement.. L'ad-
ministration de cet institut se compose de six membres, dont trois doivent être maçons.
Ce bienfait n'est pas le seul que les malheureux ont reçu de la maçonnerie hollan-
daise. On compte que. dans le cours de moins de 50 années, les loges de ce pays ont dis-
tribué des secours qui s'élèvent à plus de 75,000 ducats (environ 900 000 francs).
Beaucoup de loges oui fondé des bibliothèquesconsidérables, qui se composent de
livres sur les sciences, sur l'histoire [Link] la franc-maçonnerie, et sont ouvertes à tous
les maçons régnicoles ou étrangers qui se présentent.
IRLANDE. Ecoles des filles orphelines de francs-maçons, à Dublin. Les élèves y sont
logées, nourries, habillées cl instruites. — Orphuii institution, institution en_ faveur
des orphelins, fondée à Limorick par la loge l'Union, n° 13.
— Orphan institution,
établie à Cork par les loges de celle ville.
SUÈDE. Maison de secours pour les jeunes orphelins, fondée ii Stockholm, en 1755,
du produit de collectes spéciales, faites dans les loges suédoises. Celle institution est
l'on riche. Elle a été dotée, en 1767, par le frère Bohani, d'une somme do 130,000 fr.;
en 1778, d'une renie annuelle de 20,000 francs, par la reine de Suède, etc.
V. — LISTE DES TIÏMPLES MAÇONNIQUES LES PLUS REMARQUABLES.
ALTENBOURG (Haute-Saxe). Le local do la loge Archimède aux trois planches à tra-
cer, un des plus beaux de l'Allemagne. Une médaille a été frappée h l'occasion de son
inauguration.
BALTIMORE (Etals-Unis). Temple maçonnique pour les assemblées de toutes les
loges de cette ville. Ccl édifice a coûté à la société 40,000 dollars (212,000 francs).
BlUDGETOWN (île de la Barbade). Temple des loges unies, inauguré le 19 jan-
vier 1843.
BRUNSWICK. Local de la loge Charles à la colonne couronnée.
BRUXELLES. Temple {\e)a]og(ï<icsAinisphilanlhropes,un des plus beaux, des plus
vastes et des plus complets que l'on connaisse. Il est particulièrement destiné à con-
férer les différents grades du rile écossais ancien cl accepté, auquel appartient la loge.
CAP DE liONNH-iïsi'ÉltANCE. La loge hollandaise, la lionne-Espérance, établie dans
cette localité, a l'ait construire, en 18U3, un magnifique temple, dont la dépense s'éleva
au delà d'une tonne d'or.
DAUMSTADÏ. Temple de la loge Saint-Jean- Vcvangélislc à la Concorde, construit
en 1817. Le grand duc do liesse lit don du terrain, de tout le bois de charpente néces-
saire, et d'une somme considérable, prise sur sa cassette et sur les fonds de l'État,
destinée h couvrir les attires frais de construction. Le grand duc posa lui-même la pre-
mière pierre de l'édifice, à la tète des frères, le M juin. C'esl le premier exemple d'une
procession publique de francs-maçonsdans cette partie de l'Allemagne.
EDIMBOURG. Local delà Grande-Loge de Saint-Jean, dans Niddry-Streel. Cet édifice
étaitautrefois une sallodeslinêeàdoiiner desconcerts, elqu'on appelait salle de Sainte-
Cécile. La Grande-Loge en fit l'acquisition et la fit approprier aux travaux maçonni-
ques. Les loges de sou ressort l'y aidèrent puissamment par leurs souscriptions. La
seu le loge de la Chapelle de Marie versa une somme de 1,000 livressterling(25,000 fr.).
— La loge de la Chapelle de Marie est également propriétaire de la salle où elle tient
ses séances, dans High-Street, à Edimbourg.
EISLEBEN. Temple de la loge à l'Arbre fleuri, inauguré le 8 juin 1843,
[Link] des loges de cette ville a fait construire à ses frais
un local pour ses séances. La plupart de ces locaux ont coûté des sommes considéra-
FRANC-MAÇONNERIE. 71
-

blés. Des salles spéciales y sont consacrées à des cercles, fréquentés tous les soirs pâl-
ies membres de la loge el par les maçons des autres ateliers de la ville, qui se visitent
réciproquement. On y trouve des bibliothèques, des salons de lecture, et même des
restaurants.
FUEIBERG (Saxe). Temple de la loge aux Trois Montagnes.
GLOGAU (Basse-Silésie). Temple de la loge à la loyale Réunion.
GOTii A. Temple de la loge Ernest au Compas. Construction très élégante el
trèsjolie.
GitONlNGUE. Local de l'Union maçonnique, inauguré le 0 octobre'1825.
MALLE (pays de Magdebourg). Temple de la loge aux Trois Epèes.
KAOUNPOUit (Inde). Masonic hall construit eu 1S57 aux frais des loges de la ville.
JLANCASTRE (Ohio, États-Unis). Temple de la Grande-Loge, en construction en 1843.
LFil'ztG. Bâtiments de l'Ecole dominicale des francs-maçons.
LONDRES. Freemasons'hall. Ce magnifique édifice, dont la construction a coulé plus
de 750,000 francs à la maçonnerie anglaise, l'ut élevé en 1775. La'longueur du bâti-
ment est de 02 pieds, sa largeur de-43, et sa hauteur de plus de 60. La décoration de
la salle des séances en est d'une richesse inouïe La voûte est ornée d'un soleil en or
bruni, entouré des douze signes du zodiaque. L'orgue, qui est placé dans la partie
orientale, a coûté 25,000 francs. La propriété vaut aujourd'hui plus d'un million
cinq cent mille francs. La Grande-Loge seule se réunit dans ce local. Beaucoup des
loges de Londres, des comtés et des possessionsd'outre-mer, ont l'ait aussi construire,
à leurs frais, dévastes édifices pour la tenue de leurs assemblées.
MARSEILLE. La plupart des loges de cette ville sont propriétaires du local dans
lequel elles tiennent leurs séances. Le temple de la loge des Ecossais est un des plus
vastes et des plus richement ornés que l'on connaisse. La loge, proprement dite, a de
quatre-vingts à cent pieds de profondeur.
NiiW-YOHK. Frcemasons'hall. La première pierre de ce beau monument fut posée
le 23 juin 1826. L'édifice est dans le style gothique pur et construit en pierres grani-
tiques. La façade est de 50 pieds; la profondeur de 125 pieds; la< hauteur de 70 pieda,
sans compter les tourelles qui en ont plus de. (0. Parmi les singularités que présente
cette construction, il faut citer la porte du milieu, qui est de chêne massif, d'un seul
morceau et de 4 pieds d'épaisseur.
NOitniiAUSEN (Thuringc). Temple de la loge YInnoccncc couronnée. C'est un édifice
de construction toute récente.
VAltls. Temple maçonnique, rue de la Douane, nos '12 cl 10. Celemple, destiné aux
séances du Grand-Orient de France et des loges do son ressort établies dans la ca-
pitale, n'a rien de remarquable à l'extérieur; mais l'intérieur est vaste, convenable-
ment distribué cl décoré avec autant de goût que de richesse. Une médaille a consa-
cré le souvenir de l'inauguration de ce temple, opérée, le 24 juin 1843. (Voir la
gravure de celte médaille dans notre Almanuch pittoresque de ta Franc-Maçonnerie,
pour 5S44). Les autres locaux do Paris sont exploités par des entrepreneurs qui les
louent aux loges à tant la séance.
l'HlLADELPtllE (Etats-Unis). Temple maçonnique dans le style d'architecture go-
thique. Cet édifice a été élevé par souscription, cl a coûté des sommes énormes. C'est
le plus beau monument do Philadelphie. La Grande-Loge cl. toutes les loges du res-
sort établies dans la ville et aux environs, les chapitres de Boyalc-Arche, el les cam-
pements de chevaliers du Temple el de chevaliers do Malle, y tiennent leurs assem-
blées à tour de rôle. Il fut bâti, en 1819, sur l'emplacement, d'un autre masonic hall
qui avait été détruit par le, l'eu. Les commissaires chargés de recueillir les souscrip-
tions se présentèrent chez, le fameux Stéphcn Gérard, si connu par sou-immense for-
tune. Il s'inscrivit pour 500 dollars (2,675 francs). Surpris qu'un homme qui, depuis
longtemps, avait cessé de fréquenter les loges, fit néanmoins un don si magnifique,
les collecteurs se confondirenten remercîments au nom de la maçonnerie. « ,1'ai donc
souscrit pour une bien forte somme! » dit Stéplien Gérard. Il reprit la liste, et ajouta
un zéro au chiffre qu'il y avait inscrit; ce qui portail sa souscription à 5,000 dollars,
ou 26,750 francs. Il en versa immédiatement le montant entre les mains des commis-
saires, en leur disant : « Ceci est plus digne de Stéphcn Gérard, el justifiera un peu
mieux vos remercîments. » Dans beaucoup d'autres villes des États-Unis, les loges
ont fait construire, à leurs frais, de beaux et vastes locaux maçonniques. Mais, soit
caprice, soit que la construction de ces locaux manque des commodités nécessaires,
les frères préfèrent généralements'assemblerà l'étage le plus élevé de quelque maison
particulière.
POUT-AU-PRINCE. Temple de l'Etoile d'Haïti, dont la première pierre fut posée
solennellement, le 23 janvier 1832, par le grand-maître du Grand-Orient d'Haïti, le
général liiginac, et par une nombreuse afiluence de maçons décorés de leurs insignes.
72 PREMIERE PARTIE.
l'OSEN. Temple maçonnique, construit en 1817, pour les assemblées delà loge Pt'(t«<
««a; trois colonnes Sarmales, el des autres loges de celte ville. La première pierre en
fut posée, avec un grand appareil maçonnique, le 5 mai, par tous les frères réunis.
ROTTERDAM. Temple de la loge de VUnion, construit en 1805.
' SPALDING (Angleterre) Masonic hall. Cet édifice, d'une construction élégante, vient,
d'être rebâti, après avoir été détruit deux fois par le l'eu. L'intérieur est orné de belles
peintures hiéroglyphiques.
YALFNCiENNES. Temple de la loge la Parfaite Union el Saint-Jean du désert réu-
nis. Cet édifice, de construction récente, est de style égyptien ctd'une grande étendue.
13. CALENDRIER MAÇONNIQUE.

Ce qu'il y a de moins uniforme dans la franc-maçonnerie, c'est le calendrier.
Le maçons delà constitution delà Grande-Loge d'Angleterre emploient exclusivc-
înenlsl'èro chrétienne dans leurs actes imprimés.
Les Anglais, les Ecossais, les Irlandais, les Américains, les Français, les Belges, les
Hollandais, cl, en partie, les Allemands, ont une ère commune, celle de la lumière,
qui, en 1844, comprend 5844 années.
Dans le rite de Misraïm, on a ajouté quatre ans à ce cbill're, depuis 1824, el l'on
date de 5848. C'est l'âge attribué au monde pur la chronologie de l'évèqucUssérius.
Le Suprême Conseil du 33° degré de Charlestown et celui de Dublin oui également
adopté celle ère maçonnique.
Indépendamment de l'ère de la lumière, ou des 5844 années, les frères du rile
écossais ancien accepté ont encore l'ère de la restauration, qui embrasse une période
de 5604 ans. C'est l'ère judaïque. Les Chevaliers rfw soleil, 28" degré de ce rile, rejet-
tent toute espèce d'ère et comptent, leurs années par sept zéros : 000,0000.
Les maçons d'Angleterre, d'Ecosse, d'Irlande cl. d'Amérique commencent l'année de
la lumière avec l'année chrétienne, Je l,r janvier. Ainsi, le 1or janvier anno lucis
5844, répond, parmi eux, au l'-r janvier anno domini iH'ii.
Les frères du rite français placent le commencement de l'année maçonnique au
1er mars, invariablement. Ce mois prend le nom de Tordre numéral qu'il occupe, et
s'appelle conséquemmenf le premier mois. Avril se nomme le deuxième mois, cl ainsi
des antres.
Dans le ri le écossais ancien et accepté, on suif le calendrier hébraïque, et l'on donne
aux mois le nom de lunes, parce qu'effectivement ce sont, des mois lunaires, qui com-
mencent avec la nouvelle lune. Yoici, comme exemple do celle manière de supputer
le temps, les jours d'où partent les lunes de 5844.

.lOUl'.S KOaiBBIi HAIES JOUltS KOM1IHE DATES


0c la néomenie Oc jours corrcspondanlcs tic la néomenie tic jours coiTesjwnidanlcs
(nouvelle lune) dccliaque dans (nouvelle, lune) dccliaque dans
ilesmois mois nia- le calendrier j des mois mois ma- lecalcmlricr
niarouniques. eoiiniquc grégorien. maçonniques, çonnique grégorien.

NISSAN 58Vi. S0 21 mars 184?|. ClIKSVAK. 29 iA octobre.


JIA1;. 29 20 avril. [Link]. 29 12 novembre.
SI VAN. 30 19 mai. TlIKIllïT. 29 11 décembre.
TilAMUZ. 29 18 juin. SCIIIÏVAT. 30 9jiinvicrl8/|5.
Alt. 30 17 juillet. AltAlt. 30 .
8 février.
|
ï'.[Link],.
TISI',1.
29
30
10 août.
1/i seplenibre. | YÉATJAR. .29 10 mars.

La société maçonnique a des fêtes spéciales. Les frères des trois premiers grades
célèbrent la Saint-Jean-Baptiste, le 24 juin, et la Saint-Jean Vévangélisle, le 27
décembre. Par exception, la Grande-Loge d'Angleterre solennise la Saint-Georges,
le 23 avril, et la Grande-Loge d'Ecosse, la Sainl-André,.\a 50 novembre. La plupart
des membres des [Link] rite dit écossais ancien et accepté célèbrent aussi
des fêtes particulières : les Chevaliers d'Orient, 15e degré, le 23 mars et le 22 sep-
tembre; les Princes de Jérusalem, 16° degré, le 23 mars et le 20 décembre; les
Chevaliers Rose-Croix, 18e degré, le jeudi-saint; les grands Ecossais de Saint-
André, 29° grade, le 50 novembre, jour de Saint-André; enfin, les grands Inspec-
teurs-généraux, 33e degré, le 1er octobre, et le 27 décembre, jour de Saint-Jean
t'évangéliste.
FRANC-MAÇONNERIE. 75

C. — ALPHABET MAÇONNIQUE.

1. SYSTÈME FBASOK.

Ces deux alphabets sont des modificationsde l'alphabet primitif, qui, lui-même,
avait ses variantes. Ou voit, eu cll'ef, par do vieux documents français, que la pre-
mière ligure du type ii° 1, c'est-à-dire celle qui est formée de deux ligues perpendi-
culaires et de deux horizontales, servait seule de base dans l'origine à tout l'alphabet,
et que les signes qui en étaient tirés ne répondaientpus aux mémos lettres de l'alpha-
bel vulgaire que les signes actuels. Un document publié il y a quelques années,
en Hollande, eu caractères maçonniques, diil'cre également, quant à la valeur des
signes, de l'alphabet moderne.
Voici les types de ces doux alphabets anciens. On en formera facilement la décom-
position. On remarquera que, dans les cases où il se trouve deux lettres, la première
se forme seulement des ligues de la portion de la figure qui lui est propre; el la se-
conde, de la même portion de figure avec un point au centre. Lorsque la case contient
trois lettres, la dernièrese forme en mettant deux points au centre.

ANCIEN TYPE FRANÇAIS. ANCIEN TYPE HOLLANDAIS.

10
1Û PREMIERE PARTIE.

D. — ABRÉVIATIONS MAÇONNIQUES.

Le signe abréviatif des maçons se compose de trois points disposés en triangle (.'.).
On le placée la suite de l'initiale des mots que l'on veut abréger. Exemple: F.-., frère;
0.'., orient; G.'. A.'., grand architecte.
Ce n'est guère qu'en France et dans les pays où l'on parle français, tels que la Bel-
gique, la Suisse française, la république d'Haïti, la Louisiane, etc., (pie ce genre
d'abréviations est en usage. Les Anglais, les Ecossais, les Irlandais, les Allemands,
les Américains, abrègent avec un seul point; et encore n'est-ce que par exception,
car habituellement ils écrivent les mots eu toutes lettres.
E. —PROTOCOLES MAÇONNIQUES.
Les procès-verbaux des tenues de loges débutent dans les tenues suivants :
l'uT-. (A la gloire du Grand-architecte de l'uni-
« A.-. L.'. G.-.]).-.G.'. A.-. D.-.
vers). Au nom el. sous les auspices do (ici le nom de l'autorité maçonniquede laquelle
dépend la loge).
« Les membres de la K.\ zz.(respectable; loge) de Saint-Jean, régulièrementconsti-
tuée sous le titre dislinclif de sont réunis dans un lieu très fort cl très cou-
, se
vert, oit régnent la paix, la concorde et la charité, à l'O.'. (l'orient) de le 1er jour
du 1" mois de l'an de la V.-. L.-. (vraie lumière) 5S44 (llr mars 18'i4.)
« Le maillet de direction est tenu, à l'O.'. (l'orient), par le F.- Vén.-. (vénéra-
ble) titulaire; les FF.' et premier el second Surv.'. (surveillants) siègent ii
-,

,
l'Oec. (l'occident), en tète de leurs colonnes; le F.' occupe le banc de l'Oral.'.
(orateur); cl le F.' Sec..', (secrétaire), lient le crayon et burine la planche des
,
travaux.
«
midi plein, les Trav.-. (travaux) sont, ouverts au Giv. (grade) d'App.'. (d'ap-
A
prenti), etc. »
Les planches de convocation portent en tète les formules sacramentelles: « A.'.
L.'. G.'. D.'. G.-. A.'. I).'. Fi!.'., An nom et sous les auspices, elc, .... A l'O.".
de.... etc. S.'. S.-. S.', (trois l'ois salut). » cl se lorniiiienl ainsi : « J.\ L.'. F.'. D.'. V.".
S.'.P.-.L.'.N.'.M.'. Q.'. V.'. S.'. G.-. F.-. A.'. T.'. L.'. il.'. Q.-. Y.-. S.'. D.'. (j'ai
la faveur de vous saluer par les nombres mystérieux qui vous sont connus el avec
tous les honneurs qui vous sont dus). » On ajoute aussi quelquefois: « iSV. O.'.IV.
V.'. O.'.W.'. (n'oublie/, pas vos ornements maçonniques). »
F. EXPLICATION DES GRAVURES DE L'INTRODUCTION.

1. FRONTISPICE. Le dessin représente Feutrée du sanctuaire de l'initiation. A droite,


l'initié ancien, ou l'isiade, avec sa tète de chacal ; à gauche, l'initié moderne, ou le
franc-maçon, décoré de son cordon cl de son tablier, écartent de la main le voile qui
en cachait l'intérieur.
On aperçoit dans le fond, au milieu de l'obscurité, trois scènes tragiques empruntées
aux légendes mystérieuses des Egyptiens, des Scandinaves et des francs-maçons.
Le premier groupe, à droite, rappelle le meurtre d'Osiris, c'est-à-diredu bon prin-
cipe ou du soleil, suivant la mythologie égyptienne. Typhon, son frère, le mauvais
principe, ou les ténèbres, qui conspirait contre ses jours, l'avait convié à un festin,
auquel assistaient aussi ses complices. Sur la fin du repas, Typhon montra aux invités
un coffre d'un travail extptis, et il offrit de le donner à celui d'entre eux qui, s'élanl
couché dans l'intérieur, en remplirait, exactement la'capacité. Lorsque vint le tour
d'Osiris, il s'y plaça sans défiance ; mais, à peine s'y fut-il étendu, que les conjurés
fermèrent brusquementle coffre et l'y étouffèrent; ensuite ils allèrent le jeter dans le
Nil. C'esl ce même coffre, appelé tabernacle d'Isis, que les prêtres égyptiens portaient
en grande pompe dans certaines cérémonies publiques. Quelques-uns y voient l'ori-
gine du tabernacle des juifs et de celui des catholiques. De là viendrait aussi la, cham-
bre du milieu, des maçons.
FRANC-MAÇONNERIE. 75
Le Toupe de gauche représente le meurtre de Ralder-Ie-Bon, que les
initiés Scan-
1.1 lui sem-
dinaves considéraient comme le soleil. Ce dieu avait lait un songe effrayant.
blait que sa vie était en péril. Les autres dieux du Yalhalla, auxquels il communiqua
craintes, firent tout ce qui dépendait d'eux pour les rendre vaines. A cet effet, ils
ses
firent jurer par les animaux, les végétaux et les minéraux qu'ils ne feraient aucun
mal à Balder, et ils n'exceptèrent de ce serment qu'une plante parasite, le gui de
chêne, qu'à raison de sa grande faiblesse ils jugeaient tout à l'ait inoffensive. Par ce
d'eux se faisait un
moyen, Balder élaildevenu invulnérable à leurs yeux ; el chacun
amusement de lui envoyer des traits, des pierres el toute autre espèce de projec-
tiles, qui l'atteignaient sans le blesser. liodor l'aveugle ( le Destin) était le seul qui ne
se mêlât pointa ce divertissement, son
infirmité y mettant obstacle. Locke (le mauvais
principe) lui offrit de diriger son bras, afin qu'il jetât, lui aussi, quelque chose à Bai-
ller. Hoder accepta. Locke lui mit dans les mains le rameau que les dieux avaient.mé-
prisé ; cl, avec son aide, Hoder lança le gui fatal ti Barder, qui en fut percé de pari
en part, et expira aussitôt. On voit par ce
récit pourquoi les druides gaulois et les
droites Scandinaves se livraient tous les ans, vers le solstice d'hiver, à la recherche du
oui, cl pourquoi ils le coupaient en grande cérémonie avec une serpette d'or, dont
ja l'orme recourbée rappelait, cette portion du cercle, du zodiaque pendant laquelle le
meurtre de lîalder, dont ils feignaient ainsi de vouloir empêcher le retour, s'était
autrefois accompli.
L'assassinat du respectable lliram-Abi, dont ou a pu voiries détails dans la descrip-
tion delà maîtrise (page 50), fait le sujet du groupe du milieu.
Ces trois fables, prises au hasard parmi les anciennes légendes mystérieuses, qui,
toutes, s'accordent par le fond, ont. trait il la mort fictive du soleil, à l'époque du sol-
stice, d'hiver. Les trois signes du zodiaque qu'on voit figurés au-dessus indiquent
les trois mois de l'année pendant lesquels cet astre décline et s'éteint, la période peu- *>-
liant, laquelle se déroule le drame mystique du meurlre d'Osiris, de Balder, d'Hiram,
cl de Ions les autres dieux célébrés dans les mystères.
Les sept marches du portail sont, comme l'échelle do Mifhra el l'échelle de Jacob,
les sept planètes [Link],qui jouent un rèle si important dans toutes
les initiations, et auxquelles se rattache la doctrine de, la purification graduelle des
àmes. (Voyez pages 45, 53 cl 54.)
Les deux colonnes qui supportent le IVo!il,oir4igureiil les deux phallus, générateurs,
l'un de la lumière, délit vie et du bien, l'uutEe, des ténèbres, de la mort et du mal,
qui entretiennent l'équilibre du inonde. Lesjiommes de grenade qui les surmontent
sont l'emblème du ctèis, ou de l'organe fémiïïiii, qui reçoit et féconde le germe bon
ou mauvais qu'y dépose l'un des deux principes. L'ensemble de chaque colonne el. do
son chapiteau représente, sous l'orme d'hiéroglyphe, à l'exemple du lingam des In-
diens, la nature active cl. passive.
A un autre point de vue, les colonnes offrent l'image emblématique des deux solsti- .
ces, cette double barrière de la course annuelle ô\\ soleil. Elles rappellent, les deux
colonnes d'Hercule, une des nombreuses personnifications de l'astre du jour, dont le
passage, à travers les douze signes du zodiaque est, symbolisé par les douze travaux
qu'on attribue à ce dieu (1).
On sait que, d'après les initiés de l'Egypte, Pylhagore prétendait que les corps cé-
lestes sont placés à distances musicales, et que, dans leur rotation rapide, ils pro-

(1) La Bible parle de deux colonnes, l'une de feu, qui, pendant la iniil, éclairait la marche des Israélites
dans le désert l'autre de nuées, (jui les garantissait pendant le jour do la clvalonr du soleil. Manéllion, cité
,
par l'.usèbe, mentionne deux colonnes gravées par 'l'haut, le premier Hermès, en caractères de la langue
sacrée des prêtres égyptiens. Selon Pline, il élail d'usage de toute antiquité d'élever des colonnes isolées,
qui rappelaient la locondance solaire. La pliiparl étaient surmontées de pommes de pin et de pommes
de grenade, comme celles qui ornaient le pqrelie dn temple de Jérusalem, el celui du temple d'Hercule
et dAslarlé, à Tyr, et qu'on retrouve dans les temples maçonniques. Quelques-unes étaient surmontées
(le glnnes; telle élail celle qu'an rapport d'Appion le grammairien, Aloïso avait tait ériger. Les colonnes
< u Mexique (pii existaient
, encor-c à l'époque de la découverte de ce pays, les colonnes de Ncmrotl et celle
que, suivant Hérodote, on voyait sur le lac Mo>ïis, p'of raient au sommet la ligure du soleil cl celle de la
lune.
76 PREMIÈRE PARTIE. — FRANC-MAÇONNERIE.
duisenl une mélodie ravissante que la matérialité de nos organes ne nous permet pas
d'entendre, mais qui devient le partage do l'âme épurée par son passage successif à
travers les planètes. C'est à cette doctrine de l'harmonie des sphères que l'ont allusion
la flûte à sept tuyaux, la lyre à sept cordes et le triangle qu'on voit sur la plate-bande,
qui couronne les colonnes du portail. Les chrétiens ont aussi adopté cette doctrine, et
c'est ainsi qu'il faut entendre ce qu'ils disent delà musique céleste qui réjouit les âmes
des bienheureux durant l'éternité.
Le fronton semi-circulaire représente le ciel étoile, et, plus particulièrement, les
signes supérieurs du zodiaque, ceux dans lesquels le soleil est doué de toute sa puis-
sance fécondante. On y voit la figure, du Christ, telle qu'elle est sculptée, dans une
posture bien connue des maçons, au latte du portail de droite, de la vieille église de
Saint-Denis. D'un coté est la vigne, attribut de Dionysius, ou Bacchus ; du coté op-
posé, la gerbe de blé, attribut de Cérès. Ces emblèmes l'ont allusion à ces paroles du
Christ : a Mangez, ceci est mon corps; buvez, ceci est mou sang. » La tète rayonnante
du Sauveur, que les Indiens appellent Crichna, les Japonais Jésos, et les chrétiens
Jésus, est posée sur le rebord circulaire du fronton, comme le disque du soleil sur la
bande zodiacale. Ceci n'a pas besoin d'explication.
Sur les marches du portail, sont assises, à droite, Vénus, la veuve d'Adonis, ou le
soleil; à gauche, Isis, la veuve d'Osiris, ou l'astre du jour. La première a, près d'elle,
l'Amour; la seconde a, sur ses genoux, llorus. Ces enfants sont l'un et l'autre la li-
gure du soleil renaissant à l'époque du solstice d'hiver, comme Vénus cl Isis sont la
personnification delà nature, en deuil du soleil qui vient de périr. Ou remarquera
que Vénus est représentée dans une posture tonte maçonnique. C'csl ainsi que la dé-
peint Macrobe, dans sa légende de la mort d'Adonis.
Sur le devant du tableau, on voit, réunis sur un même tronc, le rameau d'acacia de
l'initiation maçonnique, la branche de chêne de l'initiation gauloise et Scandinave, cl.
la branche do figuier de l'initiation syrienne, pour montrer que tous les mystères ont.
une source unique cl reposent sur une hase commune.
II. Ritciii'TiON ni; i.'.u'[Link]. Le moment choisi est celui où le vénérable, placé à l'o-.
rient, sous le dais mystique, donne la lumière au récipiendaire. Le néophyte occupe
le centre du dessin. Derrière lui, est le maître des cérémonies, qui lui dénoue son
bandeau; à sa gauche, un frère qui souille dans la lampe à lycopode; autour do lui,
le reste des assistants, rangés en cercle, qui lui présentent la pointe; de leurs épéos.
(Voyez page 17.) Il faut se rappeler (pic le récipiendaire représente le soleil. Lesépées,
dont les pointes sont circulairemeut dirigées vers lui, figurent les rayons de [Link].
Dans l'initiation aux mystères d'isis, on parait le front du néophyte d'une couronne
de palmier dont, les fouilles, en s'écartant, simulaient aussi des rayons. Le palmier,
élail consacré au soleil par les Egyptiens, qui prétendaient que cetarbre était doué de
trois cent soixante-cinq propriétés, nombre égal à celui des révolutions diurnes que le
soleil opère dans le cours do l'année.
III. BANQUET. Le dessin représente la loge de table, an moment où les frères portent
une santé. Sous le dais, dans le lond, adroite, est le vénérable delà loge; les deux
surveillants occupent les extrémités de la table en fer-à-choval, autour de laquelle les
frères sont rangés. (Voyez page 32.)
IV. ADOPTION n'ux [Link]. La scène se passe dans les pas perdus de la loge. A
droite, est la nourrice tenant, le louveteau sur ses genoux. Elle manifeste del'élomie-
ment et de la crainte à la vue des frères qui se présentent décorés de leurs insignes
et l'épée à la main, et elle semble vouloir défendre contre eux le précieux dépôt qui
lui a été remis. (Voyez page-IL)
V. RÉCEPTION D'UN MAÎTHE. Le personnage que l'on renverse et que l'on va coucher
sur [Link] mortuaire étendu sur le sol de la loge est le récipiendaire, que le très res-
pectable (le président) vieil f de frapper au front d'un coup de maillet. (Voyez page 51.)
CHAPITRE PREMIER.

OllKtlNt: D'"-
Luseigncment secret des sciences el des arls en Kgyptc. —Corporation
I,A FltANC-aïAÇONMUUK:
d'architectes sacrés de ce pays. —Les ouvriers dionysiensde la Grèce, de la Syrie, delà Perse cl de l'Inde.
Les nuirons juifs et lyriens. — Le lomple de Salomon. — Les Kliasidéens el les Kssénicns. — Parlicnlarilé
remarquable. — Les collèges d'arcliilecles romains. —Les corpora lions franchesd'ouvriers constructeursdu
moyeu àse. on Italie, en Allemagne, ele. — Les frères pontifes. — Les templiers. — Lasociélé de la truelle
à Florence. — Kxlinclion des associations de maçons sur le continent. — Les compagnons du devoir. —
Les confréries maçonniques en Angleterre. — Leurs slaluls sous Atlielslan el sous Kdouard 111. — Poème
maçonnique anglo-saxon. — î'.dil du parlement contre, les maçons, pendant la minorité d'Henri VI. —
La reine Llisabetli. — La confrérie maçonnique en Kcosso. — Klat de la société dans la Grande-Bretagne,
au xvir siècle.—Importante décision de la loge de
Saint-Paul a Londres, eu 1703.—Dernière transfor-
mation de la société maçonnique.

Ce fut la coutume générale des peuples de l'antiquité d'enseigner secrè-


lemenl. les sciences, les arls et les métiers. Chez les Égyptiens, par exem-
ple, les prêtres formaient des classes séparées, qui toutes se livraient à l'en-
seignement d'vmo'[Link] spéciale des connaissances humaines. Chaque
classe faisait passer ses élèves par une série déterminée d'études propres à
la science qu'elle professait et les soumettait en outre, pour chaque degré
du noviciat, à des épreuves qui avaient pour but de s'assurer de leur voca-
tion el qui ajoutaient encore au mystère dont l'instruction était déjà cou-
verte pom'le public. Les autres casles procédaient de la môme façon dans
renseignement des arts et des métiers qui étaient de leur domaine.
Les Perses, les Chaldéens, les Syriens, les Grecs, les Romains, les Gau-
lois, adoptèrent celte méthode, dont on retrouve des (races chez les nations
modernes jusqu'à la fin du xvn° siècle. Encore, aujourd'hui, les Anglais
emploient traditionnellementle mot nii/sfer;/, mystère, comme synonyme
de métier.
Comme toutes les autres sciences, l'architecture était enseignée dans le
secret parmi les Égyptiens. Il y avait, outre l'architecture civile, une ar-
chitecture sacrée, qui puisait ses types emblématiques dans le spectacle que
la nature offre à nos yeux. Les jeunes gens dé foule caste qui étaient in-
y
struits étaient en môme temps initiés dans les mystères de la religion et for-
maient, en dehors du sacerdoce, une corporation distincte, qui, sur les des-
sins tracés par les prêtres, édifiait les temples et les autres monuments con-
sacrés au culte des dieux (l). Les membres de cette corporation jouissaient.

Il parait qu'il en était origumirementde mémo dans l'Inde, où les Égyptiens pui-
(1)
seront leurs institutions religieuseset civiles. Quoique, depuis longtemps, la tradition
78 PREMIÈRE PARTIE.
d'une grande estime et tenaient un rang élevé dans la société. On voit en-
core, dans les ruines de la ville de Syène, en Egypte, une suite de tombeaux
creusés pour recevoir des corps embaumés ; fous remontent aux premiers
pharaons de la dix-huitième dynastie, et. font partie de la crypte royale:
quelques-uns appartiennent à des chefs de travaux [Link] des car-
rières de Silsilis.
Les Egyptiens portèrent dans la Grèce leurs mystères et les institutions
qui en dépendaient:. Chez les Grecs, au rapport, de Plutarque, Osiris prit
le nom de Bacchus; Isis, celui de Cérès; et la pamilia égyptienne devint la
diouysia grecque. Il ne faut pas dès lors s'étonner que l'organisation des
architectes sacrés fût semblable dans les deux pays.
Les prêtres de Dionysius, ou Bacchus, sont les premiers qui élevèrent
les théâtres et qui instituèrent les représentations dramatiques, lesquelles,
dans le principe, étaient étroitement liées au cttllc du. dieu. Les architectes
chargés de la construction de ces édifices tenaient au sacerdoce par l'initia-
tion; on. les appelait ouvriers dionijsiens, o\i dionysiasles.
Mille ans environ avant noire ère, les mystères do Bacchus furent établis
dans l'Asie mineure par une colonie de Grecs. Là, les ouvriers dionysiens
perfectionnèrent leur art et le portèrent à ce degré de sublimité dont témoi-
gnent les ruines encore existantes des monuments qu'ils y élevèrent. Ils
avaient le privilège exclusif de construire les temples, les théâtres et les au-
tres édifices publics dans toute, la contrée. Us y devinrent très nombreux,
et on les retrouve, sous la même dénomination, dans la Syrie, dans la
Perse et dans l'Inde.
Leur organisation à Téos, que les rois dePcrgame leur assignèrent pour
demeure,environ trois cents ans avant Jésus-Christ, offre une ressemblance
frappante avec celle des francs-maçons à la fin du xvn,! siècle. Ils avaient
une initiation particulière , des mots et des signes de reconnaissance.
Us étaient divisés en communautés séparées, comme des loges, qu'on
appelait collèges, synodes, sociétés, el qui étaient distinguées par des titres
spéciaux, tels que communauté d'A llalus (-/.oivov -uôv At-almon), communauté
des compagnons d'Eschine (xoivovr/j; ILywou [Link] Chacune de ces tri-
bus était, sous la direction d'un maître et do présidents, ou surveillants,
qu'elle élisait annuellement. Dans leurs cérémonies secrètes, les frères se
servaient symboliquement des outils de leur profession. Ils avaient, à cer-
taines époques, des banquets et des assemblées générales dans lesquels ils

do leurs anciens rapports avec le sacerdoce se soit perdue, cependant, de nos jours
encore, les maçons et les charpentiers hindous sont, pris dans toutes les castes de la
nation, et se décorent sans opposition du cordon sacre des brahmes;
FlUNC-ftlAÇONNERIE. 79
décernaient des prix aux ouvriers les plus habiles. Les plus riches d'entre
malades. A ceux
eux devaient secours el assistance aux indigents et aux
qui avaient bien mérité de la confraternité, on élevait des monuments
funéraires, comme on en voit encore des vestiges dans les cimetières de
Siverbissar et ci'Eraki. Des personnes étrangères à l'art de bâtir étaient
souvent agrégées en qualité de patrons ou de membres d'honneur, et, d'a-
près une inscription tumulaire rapportée par Chandler, il est très probable
qti'Allalus H, roi dePergame, appartenait, à ce litre, à la société.
Dans la mère-patrie, les dionysiasles étaient organisés de la même ma-
nière; les lois de Solon leur concèdent des privilèges particuliers (1).
On a vu que cette corporation était: principalement répandue en Egypte
et en Syrie. Elle devait avoir aussi des établissements clans la Phénicie,
pays limitrophe, à celte époque où tous les peuples se copiaient. Si elle était
primitivement inconnue en Judée, ce qui n'est pas probable, puisque, selon
la Bible, les Juifs, d'origine égyptienne, comme les Phéniciens, avaient l'ail
en Egypte le métier de maçon, elle dut y être introduite lors de la construc-
tion du temple de Salomon. Seulement elle eut un nom différent dans ce
pays, les mystères judaïques se rattachant à un autre dieu que Bacchus,
Les maçons juifs étaient bien certainement liés à une organisation qui
s'étendait hors de la Judée. La Bible les montre se confondant avec les ma-
çons lyriens, malgré la répugnance ordinaire des Israélites pour les étran-
gers; et la tradition maçonnique, qu'il ne faut pas dédaigner, porte que les
ouvriers qui contribuèrent à l'édification du temple se reconnaissaient en-
tre eux au moyen de mots et de signes secrets, semblables à ceux qui étaient
employés par les maçons des autres contrées. Il y avait, au surplus, entre
les Juifs et les Tyriens, conformité de génie allégorique, notamment, en ce
qui touchait l'architecture sacrée. Suivant Josèphe, le temple de Jérusa-
lem (2) fut construit sur le même plan, dans le même esprit et par le même
architecte que le temple d'Hercule et d'Aslarté, à Tyr. « Les proportions
elles mesures du tabernacle, dit cet auteur, démontrent que c'était une
imitation du système du MONDE. » Par les développent en 1 s de celle asser-
tion, on voit que, par exemple, les douze pains de proposition que renfer-
mait le tabernacle faisaient allusion aux. douze mois de l'année ; les soixan le-
dix pièces du chandelier, aux décans ou aux soixante-dix divisions des
constellations; les sept lampes du chandelier, aux sept planètes, etc. Et
ce n'était pas là une opinion émise par Josèphepour faire sa cour aux Ro-

(1) Voyez, pour ce qui concerne les dionysiasles, Strab., 1. iv; Aulu-Gelle, 1. vui;
Anliq. asiatiq. deChisclrall ; Anliq. ioniennes, delà société desDilellanti ; Voyages de
Chandler; ltobison, Proofs of a conspiracy ; Lawrie, Hislory of masonry, etc.
(2) Voyez planche u.» 6.
80 PREMIÈRE PARTIE.

mains, dont les temples offraient la même signification symbolique, puis-


qu'on lit dans les Proverbes de Salomon ce passage caractéristique déjà
cité ailleurs, et qui s'accorde parfaitement avec ce qu'avance l'historien
juif : « La souveraine sagesse a bâti sa maison; elle a taillé ses sept co-
lonnes. » El, à ce propos, si l'on se rappelle les explications que renferme
le discours de l'orateur de la loge de maître, on remarquera que c'est dans
le même sens que les francs-maçons, qui se prétendent issus des construc-
teurs juifs et tyriens, interprètent les emblèmes de leur temple.
Au reste, il existait fort anciemicmenlen Judée une association religieuse
dont; on faisait remonter l'origine à l'époque de la construction du temple
de Salomon, et dont les membres étaient appelés khasidéens ouhhasid.éens.
« Scaliger, dit Basnage, fait des khasidéens une confrérie de dévots, ou
bien un ordre de chevaliers du temple de Jérusalem, parce qu'ils s'étaient,
associés particulièrement pour entretenir ce bâtiment et pour en orner les
portiques. » On s'accorde à reconnaître que c'est du sein de cette société
qu'est sortie la célèbre secte des esséniens, dont les juifs et les pères de
l'Eglise chrétienne ont parlé avec une égale vénération, et aux mystères de
laquelle Ettsèbe prétend que Jésus fut initié.
Les esséniens formaient des communautés séparées, qui étaient unies en-
tre elles par le lien de la fraternité. Les biens de toutes étaient la propriété
de chacune, et tous les membres indistinctement pouvaient en user pour
leurs besoins personnels. Les esséniens se livraient à l'exercice des profes-
sions mécaniques; ils construisaient, eux-mêmes leurs habitations; cl. il est
probable qu'ils ne restreignaient pas à cet usage privé l'emploi de leurs
connaissances architecturales. Ils avaient des mystères et une initiation;
les aspirants étaient soumis à trois années d'épreuves, et, après leur récep-
lion, ils étaient décorés d'un tablier blanc. Philon d'Alexandrie, qui
donne des détails sur les esséniens de l'Egypte, ou thérapeutes, dit no-
tamment que, lorsqu'ils étaient, assemblés el qu'ils écoulaient les instruc-
tions de leurs chefs, ils portaient « la main droite sur la poitrine, wipeu
au-dessous du menton, et la y anche plus bas, le long du côté. » Cette par-
ticularité est précieuse à relever. Le signe qu'elle indique sera facilement
reconnu par les francs-maçons. Il concorde également avec la pose attri-
buée par Macrobe à Vénus en pleurs, après la mort d'Adonis, dont les
mystères, tout phéniciens, étaient célébrés à Tyr, ville d'où avait été envoyé
Hiram, l'architecte du temple de Salomon. îse se pourrait-il pas que Phi-
lon, qui écrivait: en Egypte, où les dionysiasles étaient établis, n'eût cité
celle circonstance, qui, sans cela n'offrirait qu'une indication puérile, que
pour donner à entendre à cette association que les esséniens étaient en
communauté de mystères avec elle? Basnage dit, en effet, que les esséniens
FRANC-MAÇONNERIE. 81
professaient plusieurs mystères des Egyptiens; et l'on a vu que ces mys-
tères étaient, au fond, lés mêmes que ceux des dionysiasles (1).
11 serait difficile de ne pas inférer des rapprochements qui précèdent que

les maçons juifs et les dionysiasles formaient une seule el. même association
sous desnoms différents. Cependant ce ne serait là, il faut le reconnaître,
mi'une simple conjecture, à laquelle manquerait, toujours la sanction des
laits positifs. On ne trouve, en effet, dans les auteurs aucun texte précis
qui vienne l'appuyer formellement; el ce point historique important est
njndanmé à rester à jamais entouré d'incertitude et de doute.
11 n'en est pas ainsi des rapports qui ont existé entre les dionysiasles et les

corporations d'architectesromains. Cesrapporlssonlliisloriqtienient établis;


ils sont incontestables. Vers l'an 712i avant notre ère, JSnina institua à Rome
des collèges d'artisans {collegia arli/icum), en lôle desquels étaient les col-
lèges d'architectes [collegia fabrorum). On désignait aussi ces agrégations
sons les noms de sociétés, de fraternités [sodalilaies, fralcrnitales). Leurs
membres primitifs élaienl des Grecs, que î>uma avait lait venir tout exprès,
de l'Altique pour les organiser. De la même époque datait, à Borne, l'éta-
,
blissement des libérales, ou fêtes de Bacchus.
La huitième des douze labiés, tirées, comme on sait, de la législation de
Selon, confient des dispositions générales applicables aux collèges romains.
Ces associations avaient le droit de se faire des statuts particuliers el. de
conclure des contrais, pourvu que les mis et les autres ne fussent pas en
opposition avec les lois de l'Etal. Elles avaient une juridiction et des juges
distincts. Les collèges d'archileclcs étaient de ceux qui jouissaient do l'im-
munité des coïilribulions; et celle franchise, qui fui. continuée aux corpo-
rations d'artistes constriicleurs durant le moyeu âge, est l'origine delà qua-
lification de maçons libres ou de francs-maçons donnée à leurs membres.
.
Les collèges romains existaient à la fois comme sociétés civiles et comme
institutions religieuses, el leurs rapports envers l'Etat elle sacerdoce étaient
déterminés avec précision parla loi. Ils tenaient leurs assemblées àhtiis-

(1) Il est remarquable que le signe que nous venons de décrire est considéré connue
sacré par les prêtres du lamaïsme, religion dérivée do celle de l'Inde, de mémo que
la croyance des Egyptiens. Au Tibet, suivant Samuel ïuriicr, les dépouilles des lamas,
ou prêtres du premier ordre, qui se. sont incarnés dans de nouveaux corps, sont, pieu-
sement conservées. Entre antres postures qu'on l'ail prendre à leur cadavre, on lui
place lamain gauche sur lapoitrinc, les quatre doigts allongés et réunis, le pouce séparé,
de manière à former -une équerre.
^'oyez, it l'appui de ce que nous disons sur les maçons juifs, sur les esséniens, cic,
i ; Rois, î -, Chron., il; .Tosèphe, Anliq. jud., c. vu el vin ; Pltilon, De
I» Bible, Exod.
vila conlemplaliva; Hérodote, i ; «iacroho, Comment, sur le songe de Scipion; Bas-
nage, Histoire des Juifs, livre des Caraïtes; Eusobc, Préparai, évangél., etc.
11
82' PREMIÈRE PARTIE.
clos, et ils en excluaientles profanes. Les macerioe, masures, ou loges, dans
lesquellesilsse réunissaient, étaient ordinairement situées dans le voisinage
des temples des divinités qu'ils vénéraient le plus, et dont les prêtres les em-
ployaient, soit comme conslrucleurs, soif comme fournisseurs des ustensiles
sacrés. Dans ces assemblées, où les décisions étaient prises à la majorité des
voix, les frères se concertaient sur la distribution et sur l'exécution du tra-
vail, el ils initiaient les nouveauxinembres dans les secrets delevirarf eldans
leurs mystères particuliers, dont un. des (rails caractériques était remploi,
symbolique, des outils de leurs professions. Les frères étaient divisés en trois
classes : apprentis, compagnons et maîtres; ils s'engageaient par serment à
se prêter réciproquement secours et assistance ; ils se reconnaissaient entre
eux à certains signes secrets ; et des diplômes, qui. leur étaient délivrés, les
aidaient encore à établir leur qualité. Leurs présidents élus pour cinq ans,
,
se nommaient magislri, maîtres. Ils avaient des anciens {seniores}: des
surveillants; des censeurs; des trésoriers, qui percevaient les cotisations
mensuelles exigées de chacun d'eux; des gardes du sceau; des [Link];
des secrétaires; des médecins particuliers, et des frères servants. Ils avaient
la faculté d'admettre, comme membres d'honneur el même comme dames
d'honneur {matrones), des personnes qui n'appartenaient pas à leurs pro-
fessions ; mais, parce que. celle autorisation ouvrait souvent, la voie à des
conciliabules religieux, ou politiques défendus, les empereurs la révoquèrent
quelquefois, [Link] y eut des lois qui. fixèrent, au moins à l'égard de quelques
collèges, le nombre des membres dont ils pouvaient se composer.
[Link], les collèges devinrent le théâtre de toutes les initiations
étrangères, s'ouvrirent à toutes les doctrines secrètes; el. il faut croire que
c'est par celte voie cpie nous ont été transmis les mystères hébraïques, que
les francs-maçons professent encore aujourd'hui. En effet, ont voit, dès le
règne de Jules César, les Juifs autorisés à tenir leurs synagogues à Home
et dans plusieurs villes de l'empire, et, au temps d'Auguste beaucoup de.
,
chevaliers romains judaïser el observer publiquement le sabbat. Dans la
suite, le christianisme fit pareillement invasion dans les collèges, après
avoir vainement tenté d'obtenir pour ses sectateurs nominalement les droits
elles privilèges de corporation.
Les collèges d'artisans el principalement ceux qui professaient les mé-
,
tiers nécessaires à l'architecture religieuse civile navale et hydraulique,
, ,
se répandirent, de Borne, dans les cités municipales et dans les provinces.
Quand il s'agissait de bâtir une ville, de construire un temple une église
, ,
un palais, ces corporations étaient convoquées des points les plus éloignés
par l'empereur pour qu elles s'occupassent en commun de ces travaux.
Indépendamment des collèges d'architectes établis à poste fixe dans les
FRANC-MAÇONNERIE. ' 85
villes, il y avait encore, à la suite des légions, de petites corporations ar-
cbitectoniques dont la mission était de tracer le plan de foutes les construc-
tions militaires, telles que camps retranchés, roules stratégiques, ponts,
arcs de triomphe, trophées, etc., et qui dirigeaient les soldats dans l'exécu-
tion matérielle de ces ouvrages. Toutes ces corporations civiles et militaires,
composées en majorité d'artistes habiles et de savants, conlribuèrenlà répau-
drôles moeurs, la littérature elles arts des Romains, partout où cette nation
porta ses armes victorieuses (1).
Les collèges subsistèrent jusqu'à la chu le de l'empire dans toute leur vi-
gueur. L'invasion des Barbares les réduisit à un petit nombre; el. ils conti-
nuèrent de décliner tant que ces hommesignorants et féroces conservèrent,
le cul le de leurs dieux. Mais, lorsqu'ils se convertirentau christianisme, les
corporations fleuriront, de nouveau. Les prêtres, qui s'y firent admettre
comme membres d'honneur el comme patrons, leur imprimèrent uueulile
impulsion et les employ èren I: acti venien l à bâtir des églises el des monastères.
Sousla domination lombarde, elles brillent d'un grand éclat en Italie. Elles
apparaissent à celte époque sons les noms de corporations franches el; de
confréries. Les plus célèbres étaient celles de Cônie; etl'oii voit, dans Mu-
ratori, qu'elles avaient acquis sur ce point une telle supériorité que le titre
de magislri comxicini, maîtres de Côme, était devenu le nom générique de
lotis les membres des corporations d'architectes. Leur organisation primitive
s'était maintenuejusqu'alors. Elles avaient toujours leur enseignement se-
cret et leurs mystères, qu'elles appelaient cabale ; elles avaient leurs juridic-
lionsel leurs juges particuliers; leurs immunités et leurs franchises.
Bientôt leur nombre se multiplia à l'infini, et la Lonibardie, qu'elles
avaient couverte d'édifices religieux, ne suffit plus à les occuper lotiles.
Quelques-unes d'entre elles se réunirent alors el se constituèrent en une
seule grande association ou confrérie, dans le but. d'aller exercer leur indus-
trie au delà des Alpes, dans tous les pays où le christianisme, récemment
établi, manquait encore d'églises et de monastères. Les papes secondèrent
ce dessein : il. leur convenait d'aider à la propagation de la foi par le majes-
tueux spectacle des vastes basiliques et par fout le prestige des arts, dont ils
entouraient, le culte. Ils conférèrent donc à la nouvelle corporation et, à celles
qui se formèrent dans la suite avec le même objet un monopole qui embras-
sailla chrétienté tout entière, et qu'ils appuyèrent de toutes les garanties et

(1) On peut consulter, au sujet de ces associations, le corps du droit romain ; Cicé-
'•on, 1. II, Epiât, ad Quint, frai.; do Bugny, Pollion; Scbcell, Archiv. hisl., t. i ; G.
[Link] (Mossdorf), Encyclopoedic der freimaurerei do Ilammer, Aperçu de l'étal
;
actuel de lamaçonnerie; Krause, Les trois plus anciens documents; de. 'Wicbcldng, Mé-
moire surl'étal de l'architecture au moyen âge, lu à l'Institul de France, en 1824, etc.
82Î PREMIÈRE PARTIE.
de toute l'inviolabilité que leur suprématie spirituelle leur permettait de lui
imprimer. Les diplômes qu'ils délivrèrent à cet effet aux corporations leur
accordaient protection el privilège exclusif de construire tous les édifices
religieux; ils leur concédaient. « [Link] relever direclomeiit et uniquement
des papes, •>> el Jes affranchissaient « de l ou les les lois et slaluls locaux, édils
royaux, règlementsmunicipaux concernant, soil les corvées, soil foute autre
imposition obligatoire pour les habitants du pays. » Les membres des cor-
porations eurent le privilège « de fixer eux-mêmes le laux de leurs salaires,
et de régler exclusivement, dans leurs chapitres généraux , lotit ce qui ap-
partenait à leur gouvernement intérieur. » Défense fut faite « à tout artiste *
qui n'était pas admis dans la société d'établir aucune concurrence à son pré-
judice, el, à lotit souverain de soulenir ses sujets dans une lelle rébellion
,
conlre l'Eglise. » El il fut expressément, enjoint à lotis « de respecter ces
lettres de créances, et d'obéir à ces ordres, sous peine d'excommunication.-»
Les pontifes sanctionnaient des procédés aussi absolus par «. l'exemple d'IIi-
ram, roi de Tyr, lorsqu'il envoya des architectes au roi Salomon pour édifier
le temple de Jérusalem. »
El. [Link] est digne de remarque que la plus grande partie des mem-
bres de ces corporationsétaient de communions opposées aux papes, comme
on en voit la preuve sur les constructions elles-mêmes, à certaines marques
qu'y niellaient les maçons, et donl le docteur Krause a donné une ample
collection.
Composéesd'abord exclusivcmeu l d'Italiens, les associations maçonniques
ne lardèrent pas à admettre dans leurs rangs des artisles de lotis les pays où
elles élevaient des [Link]. C'est ainsi qu'il y entra successivement des
Grecs, des Espagnols, des Portugais, des Français, dos Belges, des Anglais,
des Allemands. D'un autre côté, des prêtres et des membres des ordres mo-
nastiques el des ordres militaires s'y firent également recevoir en grand
nombre, et coopérèrent à leurs travaux comme architectes el mémo comme
simples ouvriers. Quelques-uns des derniers s'en détachèrent dans la suite,
et formèrent des sociétés séparées avec le but spécial de construire des pools
el des chaussées, et de défendre les voyageurs contre les agressions des mal-
faiteurs qui infestaient les chemins.
De ce nombre éAn'ienllcs frères pontifes, qui s'occupaient particulière-
ment de ce qui concernait les ponts. On les voit établis à Avignon, dès 1178.
Ce sont eux qui bâtirent le pont de celle ville, et presque tous les ponls de
la Provence de l'Auvergne, de la Lorraine-et du Lyonnais. Ils formaient
,
une communauté religieuse; mais ils admettaient des séculiers dans leurs
rangs. C'est ce qui résulte d'un acte de l'an 1*569, dans lequel la qualité de
marchands est donnée à des personnes qui appartenaient à l'ordre des
ERANC-MAÇONNERliC. 85
pontifes. On retrouve cet ordre à Lucques, en Italie, où il existait encore
en 1590. Le chef avait le litre de m agis 1er , maître. Jean de Médicis était
maître de l'ordre en 1562.
Les templiers s'adonnaient dans le même temps à l'établissement et à la
réparation des roules à la construction des pouls el des hospices. Une des
,
routes d'Espagne qui pari des Pyrénées, passe par Ronceveaux et aboutit à
la Basse-Navarre a conservé le nom de chemin, des templiers. Elle était,
,
l'oeuvre de ces chevaliers qui, en ou Ire , protégeaient les voyageurs dans
,
toute l'élendue de son parcours. Les lempliers s'étaient donné la lâche
d'entretenir les trois roules romaines qui existaient au delà des Pyrénées.
On leur attribue également la bâtisse delà plupart des ponts, des hospices
el des hôpitaux érigés depuis le Houssillon jusqu'à Sainl.-Jaeques-ue-Com-
postelle, dans les provinces de Catalogne, d'Aragon, de Navarre, de Btirgos.
de Palencia, de Léon, d'Aslorga et de Calice (1).
11 paraît que, déjà vers la lin du x\"' siècle des personnes admises en
,
qualité de membres d'honneur el de patrons dans les confréries maçon-
niques avaient formé, en dehors de ces corporations, des sociétés particu-
lières, qui, laissant de côté l'objet malériel de l'association, ne s'attachaient
qu'-à son objet mystique. On voit, en effet, à Florence, en 1512, une
Compagnie de la truelle, composée de savants et de personnages marquants
dans l'ordre civil, dont les symboles étaient la lruelle, le înarleau, l'équerro,
el dont le patron était celui des maçons d'Ecosse saint André. Dans la
,
même ville, avait été fondée, en ls,80 une attire société sous le litre tl'yl-
,
cadénvieplatonique. La. salle où celle-ci tenait ses séances existe encore;
les sculptures dont elle est ornée présentent des allribuls et des emblèmes
maçonniques.
Quoi qu'il enfiîU nous retrouvons les corporations d'ouvriers conslrue-"
leurs dans lotîtes les contrées de l'Europe. Elles élèvent au xm" et au xtvl!
siècles les cathédrales de Cologne el de. Meisscn ; vers 1 ÂûQ, celle de Yalen-
cieunes. Ce sont elles qui bâtissent, après 1585, le fameux couvent de Ba-
fhalha, en Portugal, el le monastère du Monl-Cassin en Italie. Les plus
,
vastes monuments de la France, de l'Angleterre el de l'Ecosse, sont leur ou-
vrage. Sur toutes leurs constructions, elles ont imprimé leur marque sym-

(1) Guerrierde Dumast, dans les noies do sou poème de la Maçonnerie, croit trouver
la preuve de rapports entre les templiers el, les maçons dans colle circonstance qu'en
Italie, de vieilles églises qui avaient appartenu aux chevaliers conservent par tradi-
tion le nom d'églises delta massons ou délia maccione. Mais celle preuve, qui, du
reste, serait surabondante, est, en définitive, de peu de valeur, puisque massone et
maccione, ou mieux maggioue, signifient maison, et qu'on appelait ainsi tous les éta-
blissements des templiers.
86 PREMIÈRE PARTIE. j

bolique. Ainsi, dans le dôme de Wur/.bourg, devant la porte de la chambre


des morts, on voit, d'un côté, sur le chapiteau d'une colonne, l'inscription
mystérieuse .lachin, [Link] Tau Ire côté, le mot liooz sur le fût de la colonne.
Ainsi encore, la figure du Christ qui occupe le faîte du portail de droite de
l'église de Saint-Denis a la main placée dans une position bien connue des
francs-maçons actuels (]).
Partout où les corporations se présentaient, elles avaient, à leur tête un
chef qui gouvernait la troupe, et, sur dix. hommes en nommait un, qui,
,
sous le nom de mai Ire, dirigeait les neuf autres. Elles élevaient d'abord des
constructions temporaires autour du lieu où elles devaient bâtir. Ensuite,
elles organisaienl régulièrement les servi ces el se niellai eu là l'oeuvre. Quand
le besoin s'en faisait sentir elles envoyaient recru 1er des aides dans les
,
autres associations. Aux pauvres, elles demandaient des corvées; aux. riches,
des matériaux et des moyens de transport, qui leur étaient accordés par
esprit de religion. Quand leurs travaux étaient terminés, elles levaient leur
camp , et elles allaient chercher fortune ailleurs.
L'abbé Grandidier nous a conservé, d'après un vieux registre delà tribu
des maçons de Strasbourg, de précieux renseignementssur l'association qui
érigea la cathédrale de celte ville. Cet édifice, commencé en 1277 sous la
,
direction d'Hervin de Sleinbacli ne fut terminé qu'en L459. Les maçons
,
qui relevèrent étaient composés de maîtres, de compagnons et d'apprentis.
Le lieu où ils s'assemblaient, s'appelait imite maisonnette, loge. C'est l'é-
,
quivalent, du latin maceria. Us employaient eiiiblématiqueiriciit les ou-
tils de leur profession ; ils les portaient, comme insignes. Us avaient pour
principaux allribuls l'équerre, le compas elle niveau. Ils se reconnaissaient
à des mots cl à des signes particuliers, qu'ils nommaient das-worlz-eichen
,
signe des mots; el dergruss, salut. Les apprentis les compagnons el les
,
maîtres étaient reçus avec des cérémonies auxquelles présidait le secret. Us
admettaient, comme affiliés libres, des personnes qui n'appartenaient pas

au méfier de maçon ; c'est ce, qu'on voi f par ce signe bien connu :

qui servait, de marque à Jean Grieninger, éditeur de Strasbourg en 1525,


,
époque à laquelle la corporation était encore en pleine vigueur dans celte
ville.
La confrérie de Strasbourg élail devenue célèbre eu Allemagne. Toutes
les autres s'accordèrent, à reconnaître sa supériorité el elle reçut en consé-
,
quence le litre de haupl Mille grande loge. Les imllen qui s'étaient
, ou

(1) Voyez le frontispice.


FRANC-MAÇONNERIE. 87
ainsi ralliées à elle étaient celles de Souabe, de Messe, de Bavière, de Fran-
conie de Saxe , de Tlmringe el des pays situés le long delà Moselle. Les
,
maîtres de. ces hiilten s'assemblèrent à Ratisbonne, en 'H59, et y dressè-
rent, le 25 avril, l'acte de confraternité qui établissait grand-maître unique
el perpétuel delà confrérie générale des maçons libres
de l'Allemagne h
chef de la cathédrale de Strasbourg. L'empereur Maximilien confirma cet
établissement par diplôme donné en cette ville en 1498. Charles-Quint,
Ferdinand et leurs successeurs le renouvelèrent.. Une autre grande loge qui
existait à Vienne, el dont relevaient les loges de la Hongrie et de la Styrie ;
la Grande-Loge de Zurich, qui avait, dans son ressort toutes les Mi-I-
le D. delà Suisse; avaient recours à la confrérie de Strasbourg clans les cas
graves et douteux. Elle avait une juridiction indépendante et. souveraine,
et jugeait sans appel toutes les causes qui lui étaient, portées, selon les
règles et les statuts delà société. Ces statuts furent renouvelés et imprimés
en 1565(1).
ileldniann et Tillier ont recueilli de curieux détails sur l'histoire delà
corporation maçonnique en Suisse, dans la môme période. Ils nous la mon-
trent commençant en l/iSI la [Link] de la cathédrale de Berne sous
la [Link] Malhias Heinz, de Strasbourg, et la continuant, successive-
ment sous Malhias OEsinger , architecte du dôme d'Ulni, et sous le fils de
celui-ci, Vincent OEsinger. Berne élail. alors le siège delà Grande-Loge
helvétique. Après l'achèvement de la cathédrale de cette ville en 1 502 la
, ,
Grande-Loge fut transférée à Zurich. lin 1522. la confraternité s'élanl
mêlée d'affaires étrangères à l'art de bâtir, son grand-maï Ire Sleplian
,
Rùlzislorler, de Zurich, fut cité, pour ce fait, devant la diète ; el, comme il
ne comparut pas pour se défendre, la confrérie fut supprimée sur toute l'é-
tendue de la confédération helvétique.
Les documents sont presque nuls en ce qui louche les corporations d'ar-
ohileclos en France. Cependant on trouve sur la plupart des églises de ce
pays de nombreuses traces de leur existence, et l'histoire d'Angleterre con-
state qu'à diverses reprises, antérieurement au xi" siècle, plusieurs d'entre
elles [Link] appelées clans ce pays pour coopérera la construction d'églises,
de châteaux et, de fortifications qu'on y élevait. D'après Mossclorf, les con-
fréries ardiilecloniques auraient été fort, multipliées en France et s'y se-
raient perpétuées jusqu'au xvi" siècle. A cette époque, el [Link] suite de leur
dissolution, la juridiction de la Grande-Loge de Strasbourg, dont elles

Vimprimé a pour titre : Statuts et, -règlements de la confraternité des tailleurs


(1)
de pierre, renouvelés à la conférence de ta Grande-Loge de Strasbourg, à la Sainl-
Michel, anno MDLXIH. Une première révision des statuts avait eu lieu de 1439 à
UfiS.
88 PREMIÈRE PARTIE.

dépendaient dans les derniers lemps, se serait considérablement res-


treinte et elle aurait môme cessé entièrement en Allemagne en 1707. En
,
elïef, par une loi du 16 mars de celle année , la diète de l'empire abrogea
cette juridiction , ainsi que celles qu'exerçaient la Grande-Loge de
Vienne, et la Grande-Loge de Magdebourg, qui s'était établie plus récem-
ment, et elle ordonna que les cou lesta lions qui pourraient s'élever entre
les constructeurs seraient à l'avenir soumises à la décision des tribunaux
civils.
Au reste, les grandes confréries, pour qui ces Iribunaux avaient été insti-
tués n'existaient, plus depuis longtemps et les juridictions de Strasbourg,
, .
de Vienne el de Magdebourg, n'avaientplus à juger que les contestations
qui surgissaient entre les particuliers el les entrepreneursprivés, pour fait
de mal-façons et autres causes analogues. En ébranlant jusque sur ses ba-
ses la puissance papale, la réforme de Luther avait aussi porté un coup
mortel aux associations maçonniques. Le doute avait pénétré dans tous les
esprits, el. l'on n'entreprenait plus la construction de ces vastes églises qui
voulaient de la ferveur religieuse el de coûteux sacrifices. Les corporations
étaient donc devenues sans objet, el elles s'éloieiildissovites. Leurs membres
les plus riches s'étaient- faits entrepreneurs debàlimenls. el avaient pris les
.
autres à leur solde , en qualité d'ouvriers. Dès ce moment, s'élai.t établie
.
parmi ceux-ci, une institution (le compagnonnage), qui, de lemps immé-
morial, existait dans les autres corps de métiers, cl môme parmi les ou-
vriers du bâtiment, qui s'étaient, tenus en dehors des grandes associations
privilégiées, et s'étaient exclusivement occupés de constructions civiles (I).
Ces dernières sociétés s'étaient formées des débris des collèges romains.
Les vices du régime féodal les avaient forcées de modifier en plusieurs
points leur organisation primitive; mais elles avaient conservé àpeu près
,
intactes les anciennes cérémonies mystérieuses.
,
Nous avons dit que foules les initiations, lotîtes les doctrines secrètes
avaient trouvé accès dans les collèges romains. C'est de là qu'est venue la
diversilédes mystères du compagnonnage. L'initiât ion des premierschrélieus
s'était conservée, récemment encore, dans les corps de métiers étrangers à
la bâtisse : le récipiendaire représentait Jésus; et on le faisait passer par
lotîtes les phases de la passion de l'Homme-Dieu. Parmi les ouvriers du
bâtiment, restés en dehors des associations privilégiées, et qui se donnent

(1) Les membres du compagnonnageipii dérivait des associations de constructeurs


privilégiées par les papes sont désignés, dans de vieux règlements municipaux de l'Ai

lomtuine, sons le nom de schrifl-mtiwers (maçons de l'écrit-oit du diplôme); les au-


tres v sont appelés, par opposition, irrtrf-iiiimrers (maçons du mol).
FRANC-MAÇONNERIE. 89
les noms de compagnons passants et de loups-garoux, les mystères se for-
ment d'un mélange de judaïsme et de christianisme ; il y est question de la
mort tragique de maître Jacques , un des constructeurs du temple de Salo-
F instigation d'un sixième,
mon , assassiné pur cinq mauvais compagnons à
appelé père Soubise. Dans le compagnonnage issu des associations privilé-
giées el. dont les membres prennent les titres de compagnons étrangers et de
lou-ps, les mystères sont exclusivement judaïques, et, comme dans les loges
de francs-maçons, on y commémore le meurtre allégorique du respectable
maître Iliram. De l'aveu môme des autres compagnonnages, celui-ci est
le plus ancien de tous. Il est présumable que les sanglants conflits qui
s'élèvent journellement entre les divers ordres de compagnons ont pour
cause originelle une rivalité de secte et la jalousie
bien naturelle que de-
vaient inspirer aux uns les privilèges dont les autres jouissaient à leur dé-
triment (1).
Sous la domination des Romains, l'île de Bretagne possédait un grand
nombre de collèges d'architectes, les uns établis dans les villes, les autres
attachés aux légions. Ces collèges cessèrent, d'exister pour la plupart à l'é-
poque des guerres des Pietés , des Scols et clés Saxons. Ceux-ci, ayant
triomphé de leurs ennemis el affermi leur autorité , s'attachèrent à relever
les monuments qui avaient été détruits et à reconstituer les collèges. A cet
effet, ils appelèrent, en Angleterre plusieurs des corporations d'architectes
que renfermaient, la France, l'Italie, l'Espagne et l'Empire d'Orient, (2).

(1) Voir, sur les corporations du continentdans le moyen-âge, sur les pontifes, etc.,
Ilope, Jtisl. de ïarchit. ; de Ilanimer, Aperçu de Vêlai actuel de la, maçonn.; SclioslJ,
Archiv. hisl., t. 1e1'; Kratise, Les trois plus anciens documents; de Wiebeking, Mém.
sur l'élal de Tarchilccl.; C. Lenning (Mossdorf), Encyclopoedie der freimaurerci ;
(jrandidier, lettre à la suite do l'Essai sur les illuminés, du marquis de Lucbét ; Ar-
ckcologia, Londres, 1789, t. XX; Fiscinus, Theologiaplalonica; Grégoire, Recherches
sur les frères pontifes ; Guerrier de Dumasl, la Maçonnerie, poème, aux notes; Du-
laurc, Hisl. de Paris, t. Vil] ; lloldmann, les Trois plus anciens monuments de la con-
fraternité maçonnique allemande; Tillicr, Histoire de l'Étal confédéré de Berne; lio-
bison, Proofs of a conspiracy ; Brulliol, Biclionn. des monogrammes, Munich, 1817;
l'hory, Histoire de la fondation du Grand-Orient de France; Lawrie, Hislory of
freemasonry; Preston, Illustrations of masonry; Perdiguier, le Livre du compa-
gnonnage, etc.
(2) Il y avait encore dans ce temps-là, notamment
en Syrie el en Perse, une multi-
tude d'agrégations de constructeurs qui descendaient probablement des anciens dio-
nysiasles. On voit effectivement Tamerlan tirer de ces pays les ouvriers qui bâtiront ses
magnifiques palais [Link]èrement celui de Samarcande, le plus vaste et le plus
somptueux de tous. Les Maures d'Espagne durent également la construction des beaux
monuments qu'ils ont laissés au concours des sociétés architectoniques syriennes et
12
90 PREMIÈRE PARTIE.
Mais les invasious sans cesse renouvelées des Danois et les ravages que com-
mettaient ces barbares s'opposèrent au succès de leurs tentatives. Les con-
structions commencées furent abandonnées, elles architectes étrangers se
retirèrent du pays.
Un document du règne d'Edouard III fournil de précieux renseignements
sur l'histoire des sociétés maçonniques en Angleterre, au xc siècle. On y lit
qu'Alhelslan, pelil-fils d'Àlfred-le-Grand niellant à profil, les loisirs de la
,
paix, fit bâtir plusieurs grands édifices el accorda une protection spéciale à
la confrérie des maçons. 11 appela en Angleterre plusieurs membres des cor-
porations de France, elles institua surveillants des travaux de construction.
Il les chargea en outre de recueillir les statuts, règlements cl obligations qui
gouvernaient les collèges romains el étaient resté[Link] vigueur parmi les asso-
ciations maçonniques du continent, à l'effet d'en former un corps de lois
pour les maçons de l'Angleterre. Cet iniporlaul travail eut. lieu dans une
assemblée générale de la confraternité qui se tint à York ou mois de juin
926, et que présida, en qualité de grand-maître, Edwin, le plus jeune des
lils du. roi, précédemment initié dans la maçonnerie.
A partir de ce moment, la confrérie eut en Angleterre sous le nom de
,
Grande-Loge, un gouvernement régulier, dontle chef-lieu fui établi à York,
cl qui, clans ses réunions annuelles, statuail sur tout ce qui inléressail
la société. Le nombre des maçons s'accrut, les loges se. mulliplièrent (I), el,
le pays s'enrichit d'une foule d'églises, de monastères el d'autres vastes
édifices.
Sous les règnes qui suivirent celui. d'Alhelstan, la confraternité fut égale-
ment encouragée el soutenue. Des personnages du plus haut rang, des pré-
lats, des princes, el même des rois, s'y firent agréger, et la plupart d'entre
eux figurent dans la liste des grands-maîtres. On voit, en 1.155, les loges
administrées par l'ordre du Temple, qui en conserva la direction jusqu'en
l'année 1199. Trois siècles plus tard, c'est l'ordre de Malle qui se place à la
tête de la confrérie, el. qui lui rend l'éclat qu'elle avait perdu pendant les'
sanglants démêlés des maisons d'York el de Lancaslre. En 1^92, elle se
soustrait au patronage de ces chevaliers, et élit pour grand-maîtreJohn lslip,
abbé de Westminster. Dès lors, et jusque dans les derniers temps, elle est

persanes. L'église du Temple, dans Fleet-Slroot, à. Londres, fut construite au xn"


siècle par une confrérie architectonique chrétienne, qui était venue de la Terre-
Sainte peu de lemps auparavant.
(1) Les différentes loges de Londres se formèrenten compagnie, ou corporation lo-
cale,;: au commencement du xve siècle; et elles furent classées, à ce titre, sous le
ii° 30 des associations de la même nature existantà Londres. En 1417, cette compagnie
ïeçui_des armoiries du roi d'armes Hankstow.
FRANC-MAÇONNERIE. 91

à tour gouvernée par des lords, des évoques el des architectes fameux,
tour
tels qu'Inigo Jones et Christophe Wren.
Les statuts du règne d'Alhelstan furent soumis à une révision sous
Edouard III, en l'an 1550, comme on en trouve la preuve dansun monu-
ment de cette époque , sorte d'annexé aux statuts révisés, où déjà l'on voit
les qualifications elles formes que relaient plus explicitement les do-
percer
cuments postérieurs (1). Le texte des statuts auxquels se réfère cette pièce
paraît avoir été détruit avec d'attirés manuscrits, en 1720, par des motifs qui
n'ont jamais été bien connus. Mais celle perle est: réparée jusqu'à certain
point par la découverte récente.d'un poème anglo-saxon du xtv'' siècle sur
les règlements à l'usage de la congrégation des maçons anglais. Selon toute
apparence, l'auteur de ce poème y a mis en vers les statuts de 1550, afin de
les fixer plus aisément, dans la mémoire des ouvriers auxquels ils étaient
destinés. Ce qu'on y lit, de l'organisation de la confraternité des maçons, des
rèsjes auxquelles elle était soumise à celle époque reculée a un rapport
frappant avec ce que disenfles Constitutions imprimées en 1725, par ordre
de la Grande-Loge de Londres (2).
La société des maçons ne fut pas toujours protégée en Angleterre, comme
elle l'avait été sous Afhelslan et sous Edouard 111. Soil quel'esprit indépen-

('1) Voici notamment ce qu'on lit, en tète de cette pièce : « Sous le règne glorieux
d'Edouard lli, les loges étant nombreuses et fréquentes, le grand-maitre avec ses sttr-
veillants, et du consentement des lords du royaume, arrête et ordonne qu'a l'avenir
au faire (ma-king), ou à l'admission d'un frère, la constitution et les vieilles instruc-
.

tions [the unciunl charges) lui seront lues par le mait-rc on par les surveillants de la
loge, etc.
(2) Le poème dont nous parlons a été publié en ]S<Ï0, par il. James Orcbard Ilalli-
well, membre des sociétés des antiquaires de Londres, de Paris, d'Edimbourg, de
Copenhague, d'Oxford, etc., sous ce titre : The early History of freemasonry in En-
gland (la plus ancienne histoire, ou le plus ancien monument historique de la-franc-
maçonnerie en Angleterre).
Le manuscrit, est tracé sur vélin, dans le format in-12; il l'ait partie de l'ancienne
bibliothèque royale du M usée britannique, el, est coté : Bïb. reg. 17. A. I. ff. 52. Il
appartenait dans l'origine a Charles Theycr, collecteur fameux du xvnc siècle, et il
porte le n" 146 de sa collection, qui est rapportée dans le catalogus manuscriptorum
Angliai, de Bernard, p. 200, col. 2. '
Ce poème, composé de 794 vers, qui s'accouplent deux par deux, en rimes plates,
prouve que les mystères de la confraternité étaient, pratiqués en Angleterre au xtve siè-
cle; et il paraît parle vers 143 que l'autour, qui était probablementun prêtre, avait eu
connaissance de divers documents relatifs à l'histoire de la société.
Dans ses notes sur ce poème, M. Hallivvell cite un acte de 1506, dans lequel la qualité
de francs-maçons (freemasons) est donnée à deux
personnes, John rlylmer et William
Vertue, qu'on engage pour réparer la toiture du collège royal de Notre-Dame et Saint-
George dans te château do Windsor.
92 PREMIÈRE PARTIE.
danl qu'elle, manifestait portât ombrage au gouvernement, soit que le clergé
s'inquiétât de l'indifférence qu'elle affectait en matières d'hérésies, étant
elle-même composée do membres de toutes les communions chrétiennes;
soit qu'effectivement, à la suite de quelqu'une de ses assemblées, elle se fût
rendue coupable, comme on l'en accusait., d'actes d'insubordination et de
rébellion, un édit lui porté contre elle, en 1^25, par le parlement, àl'insli-
galion de l'évoque de Winchester, tuteur de Henri VI, alors mineur. Ce
bill interdisait les chapitres el congrégations des maçons, et punissait, les
contrevenants parla prison et par une amende ou rançon , suivant le bon
plaisir du roi (1).
Il ne paraît pas cependant que cette loi ait jamais été mise à exécution.
On voit, en effet, dans le registre latin de William Mollart, prieur de Can-
torbéry (2), qu'en l'année 1:329, le roi Henri élan (encore mineur, une loge
fut. tenue à Canlorbéry, sous le patronage de l'archevêqueHenry Chicheley,
à laquelle assistaient Thomas Stapyllon, maître (vénérable); John ilorris,
eus Los de la lodyv latliomorum, ou surveillant de la loge des maçons; et
quinze compagnons et trois apprentis dont les noms sont, rapportés.
Le 27 décembre 1.561, la confraternité tenait son assemblée annuelle à
York, sous la présidence de Thomas Sackville, grand-maître, lorsqu'au mi-
lieu des délibérations, on apprit que la reine Elisabeth, trompée sur l'objet
de la réunion, envoyait des hommes d'armes pour la dissoudre. Le grand-
maître et ses surveillants se porterai l aussi tôt à la rencon Lrc du détachement,
et parvinrent à décider les officiers qui le commandaient à suspendre l'exé-
cution de leurs ordres, jusqu'à ce qu'ils eussent vérifié par eux-mêmes si.
l'assemblée était aussi criminelle que la reine le supposait(5). introduits,

(I) On a prétendu que, plus lard, en li54, Henri se lit recevoir maçon, el qu'il ré-
voqua cet édit. Pour prouver l'initiation de Henri, on s'est.étayé d'une sorte d'interro-
gatoire que ce prince fait subir à un maçon, touchant les secrets et les principes de la
confrérie. Ce serait, dit-on, John Locke qui, en 16!)6, aurait découvert dans la biblio-
thèque bodléenne le manuscrit où cet interrogatoire est consigné. John Leyland, fa-
meux antiquaire, l'aurait tracé, d'après une pièce écrite de la propre main de Henri VI,
sur l'ordre que lui en aurait donné le roi Henri Vil F. Mais, il faut le dire, celle pièce,
qui, lut-elle vraie, ne ferait qu'établir surabondamment l'ancienneté de la société
maçonnique, ne présente d'ailleurs aucun caractère d'authenticité. Elle fut publiée
pour la première fois en Allemagne vers le milieu du siècle passé, el ce n'est que
dépuis 1772 qu'elle figure dans les OEuvres de Lokc. Au reste, M. Orehard Halliwell
l'a vainement cherchée sur les rayons et même dans les catalogues de la bibliothèque
bodléenne.
(2> Ce registre a pour titre : Liberaiio yencralis Domine Guliclmi, jirioris ecclesioe
Clmsli Canluariensis, enja Festmn Nalalis Domini 1-529. Le passage cilé occupe la
page 88.
(3) Voyez planche n°7.
FRANC-MAÇONNERIE. 95
effet, dans la loge, ils y furent, de leur consentement, soumis aux épreuves
en
délibé-
et initiés aux mystères delà maçonnerie. Ils assistèrent ensuite aux
rations de la Grande-Loge , qui avaient élé reprises après leur réception.
Parfaitement édifiés alors sur ce qui se passait dans ces réunions, ils se hâ-
tèrent d'en aller instruire la reine ; et leur enthousiasme s'exprimaen termes
si favorables et si chaleureux que non-seulement
Elisabeth renonça à persé-
cuter les maçons, mais encore qu'elle les prit dès ce moment sous sa pro-
tection spéciale. On voit effectivement que, l'année suivante, cinquième du
règne de cette princesse, elle rendit un statut qui abrogeait implicitement
3'éditde1425.
La confraternité des maçons était organisée en Ecosse de la infime ma-
nière qu'en Allemagne el en Angleterre. On la voit, dès 1150, former un
établissement: dans le village de Kilwinning, et, peu après, sur divers autres
points du pays. La loge la Chapelle, de Marie, à Edimbourg, possède un
vieux registre où sont relatés, à partir de 1598, les élections de ses maîtres,
de ses surveillants el de ses autres officiers. Dans les premières années du
xvu siècle, les frères avaient le droit d'élire leur grand-maître, à la charge
néanmoins de le choisir parmi les nobles ou les prêtres, et de soumettre celle
élection à la sanction royale. Le grand-maîlre élu était autorisé à lever un
impôt de quatre livres, monnaie d'Ecosse, sur chaque maçon, el apercevoir
un droit pour la réception des nouveaux membres. Le grand-maître avait
une juridiction qui s'étendait sur tous les frères ; il nommait, dans les com-
tés, des substituts, qui jugeaient en son nom les causes de peu d'importance.
,

En 1457, Jacques II relira aux maçons l'élection du grand-maître. Il con-


féra celte charge à "William Saint-Clair, baron dePiosslyn, el à ses héritiers
en ligne directe. Vers 1650, les maçons d'Ecosse confirmèrent l'hérédité de
la grande-maîtrise dans la famille des Rosslyn, par deux actes successifs,
rapportés dans le manuscrit delïay, qui se trouve dans la bibliothèque des
avocats, à Edimbourg. En Ecosse, la confrérie ne brilla pas d'un éclat aussi
vif qu'en Angleterre ; mais elle y éleva un grand nombre d'églises et de mo-
nastères, dont les ruines, encore debout, témoignent de sa haute habileté en
architecture.'
Au commencementdu xvnc siècle, on retrouve, dans la Grande-Bretagne,
la société maçonnique avec sou caractère el son objet primitifs. Elle se
com-
posait, alors comme antérieurement, d'ouvriers constructeurs,liésentre eux
par mi mystère, et entreprenant en commun l'érection des édifices publics.
kes membres avaient un pouvoir discrétionnaire pour se former en loges
dans le voisinage de tout édifice en voie de construction, avec l'approbation
du maître de l'oeuvre, pour travailler à quelque degré et
en quelque nombre
que ce fût, et aussi souvent qu'ils le jugeaient convenable. On n'avait pas
94 PREMIÈRE PARTIE.

encore eu l'idée d'investir des vénérables et des surveillants de loges, assem-


blés en grande-loge, elle grand-maître lui-même, du droit de délivrer des
patentes constitutionnelles à des agrégations spéciales de frères, qui les
autorisassent à se réunir en certains lieux et à des conditions déterminées ;
aucune autre restriction ne gênait la liberté de la confrérie. Les frères n'é-
taient soumis individuellement qu'à l'exécution de règlements délibérés,
sur des objets d'intérêt commun ou de discipline intérieure, par la confra-
ternité réunie en assemblée générale, une ou deux fois par an, el l'autorité
du grand-maître ne s'étendait jamais au delà des portes de la salle d'assem-
blée. Chaque loge était sous la direction d'un maître, ou vénérable, choisi
pour la circonstance, et dont le pouvoir cessait avec la séance dans laquelle
on le lui avait conféré. Quand une loge était, établie dans un lieu cl pour un
temps déterminé, une attestation des frères présents, inscrite dans le re-
gistre des travaux, était, à leurs yeux, une preuve suffisante de la régulière
constitution de râtelier.
Bien que tous les membres de l'association fussent maçons de pratique
[operalivemasons), ils initiaient pourtant à leurs mystères îles 'hommes de
diverses professions, dont la communauté pouvait attendre quelque utilité
ou quelque relief. C'est ainsi, par exemple, qu'en 1641, la loge la Chapelle
de Marie, d'Edimbourg, initia Robert Moray, quartier-maître général de.
l'armée d'Ecosse et que le savant antiquaire Elie Ashniole el le colonel
,
Mainwaring, de Kerlhingham furent admis dans la société, en 1646, à
,
"Waringlon, dans le comté de Laneaslre. C'est ainsi encore que, le 11 mars
1682, le chevalier "William Wilson el. d'autres personnes de. distinction
furent reçus à Londres par la Compagnie des maçons, et assistèrent
au banquel qui termina la séance. Le litre de maçon que recevaient les
personnes étrangères au métier était, tout honorifique, el ne leur donnoit au-
cun droit aux privilèges dont, jouissaient les véritables ouvriers. On les dé-
signait particulièrement sous le nom d'accepted masons,. de maçons accep-
tés, agrégés.
Les troubles qui désolèrent l'Angleterre à la fin du règne de Charles I01'
el pendant les temps qui suivirent firent un tort, considérable à la confra-
ternité. Les accepledmasomqui appartenaient au parti royaliste essayèrent
de pousser la confrérie à se mêler d'intrigues politiques et à contribuer à la
restauration delà monarchiedesSluarls. Mais, bien que Charles II, qui avait
été reçu maçon dans son exil, ait, en remontant sur le trône, accordé une
protection spéciale à la société, rien ne prouve cependant qu'il en eût reçu
un aide bien efficace pour ressaisirle pouvoir souverain. Il est plutôt probable
que les menées de ses partisans éloignèrent des assemblées les maçons pai-
sibles el sensés ; car, à partir de ce moment el malgré le zèle que déploya
FUANC-MAÇONNEIUE. 95
le grand-maître Christophe Wren pendant de longues années, le nombre
des loges alla toujours eu diminuant, et le peu qui restèrent étaient pres-
que désertes en 1705.
En cette année, la loge de Saini-Paul, à Londres (aujourd'hui VAnti-
quité, 11" 2), prit, une décision qui changea entiè[Link] face de la confré-
rie; elle arrêta : « Les privilèges de la maçonnerie ne seront, plus désormais
le partage exclusif des maçons constructeurs ; des hommesdedifférentes pro-
fessions seront appelés à en jouir, pourvu qu'ils soient régulièrement approu-
vés et initiés dans l'ordre (1). » Cette innovation, qui peut-être n'avait pour
but que d'augmenter le nombre toujours décroissant,des membres de la con-
fraternité, pour aider plus tard à lui rendre son importance et son activité
premières, eut des conséquences que ses auteurs étaient loin de prévoir. Il
y avait dans les doctrines de la maçonnerie un principe civilisateur qui ne
demandait qu'à se développer; el lorsque les entraves qui le contenaient el
l'étouiïaienl dans les bornes étroites d'une association mécanique eurent élé
brisées, il s'abandonna à toute sa puissance d'expansion, pénétra en un
instant clans les entrailles du corps social, el l'anima d'une vie nouvelle.
C'est donc de celle décision de la loge de Saint-Paul qu'il faut dater l'ère
de la franc-maçonnerie moderne, ou plulôl de la phase actuelle de la franc-
maçonnerie; car nous croyons avoir prouvé que celle société remonte aux
premiers Ages du monde; qu'elle est aujourd'hui ce qu'elle était autrefois,
et qu'elle n'a fait que renonce]' à l'objet, matériel de son institution : la con-
struction des édifices religieux et d'utilité générale.

(1 ) Tho privilèges of masonry schall no longer be restricted lo operative nuisons,


bat extend lo înen of varions professions, providod they arcregularly approved and
uiitiated inlo the order. (Preslon, Illustrations of masonry.)
Voir, pour ce qui est relatif a l'histoire de la maçonnerie en Angleterre et en Ecosse,
Anderson, ihe Constitutions o['the ancicnl and honourablc fralcrnily, clc; Lawric,
Hislory of freemasonry; Smith, the Use and abuse of freemasonry; Dernioll, the
Aliïman 7teon-;Presloi], Illustrations of masonry; [Link], Ihe new frcemason's Mo-
nilor; Elias Ashmole's Diary; .1. Orchard Halliwell, The early Hislory, etc. : Coke,
Insiiiuies, III ; Tliory Acla lalomorum, I ; the freemasons Guide; Robison, Proofs of
,
a conspiracy,etc.
CHAPITRE II.

HKOtlGANISATION DE LA FIUKC-MAÇ[Link] LIS THOIS HOYAUMns DF.'l.A GMKDli-IVmiTAGNE: HITcls de la


décision de la loge de Sainl-Pual,retardés par les événements politiques. — Situation de la société maçon-
nique. — Assemblée des quatre loges de Londres, en 1717.— Formation de la Grande-Loged'Angleterre.
— Nominalion d'un grand-maître. — Dispositions organiques importantes. — Anciens documents delà
suciétc colligés. — Destruction d'une partie de ces documents.— Introduction d'un nouveau modo d'élec-
tion du grand-maître. — Installation du grand-maître due de Alontagu. — Procession maçonnique.—Im-
pression des constitutions de la confrérie.—L'ancienneGrande-Loge d'Vork.— KUc prend le titre de Grande-
Loge de TOUTr. l'Angleterre. — Juridictionsdes deux grandes-logestracées à l'amiable. — lileclion illégale du
duc de. Wliarlon comme grand-maître.—-Leduc de Jlontagu se démet en sa faveur de la grande-maîtrise.—
Progrès extraordinaires de la société;. — Création de l'olïice de grand-secrétaire. — Klablissemonl du Com-
initlee ot cliarily. — Détails sur celte institution. •— Anecdotes. — l'.éunion des loges de Galles à la Grande-
Loge. — Création de l'olïice de grand-maîtreprovincial. — Formation de la loge des stewards.— Suspen-
sion des processionspubliques. — Caricature qui motive cette décision. — Initiation du duc de Lorraine,
depuis empereur d'Allemagne, el du prince de Galles, père de Georges LU.—Inslilution de la Grande-
Loge d'Irlande. — Klablissemenl île la Grande-Loged'Kcosse.— llésignalion de l'olïice de grand-iunilre
hérédilaire par AV. [Link] de Hosslvu.— l'ileclion de ce frère aux fondions de grand—maîlre. — La
iMère-Loge de Kilwinnnig. — lionnes (envies de la [Link] d'Kcosse.— Llle pose processiomicllcmenl
la première pierre de l'hospice royal d'I'dimbourg.

Les discussions politiques el les querelles religieuses qui troublèrent,


la lin du règne de la reine Anne, l'accession de Georges de Brunswick,
électeur de Hanovre, au trône d'Angleterre, et les révoltes qui éclatè-
rent bientôt après en faveur de François-Edouard Stuart, connu sous le nom
de Prétendant, ne permirent pas que la décision de la loge de Saml-Paul
eût d'abord les résultats qu'on s'en était promis. Loin de là, beaucoup de
loges cessèrent de se réunir, elles assemblées et les fêles annuelles furent,
généralement négligées. Ce qui rendait encore plus fâcheuse cette situation
de la maçonnerie, c'est que, depuis 1702, que Christophe Wren, accablé
d'ans el d'infirmités, avait été obligé de résigner sa charge de grand-maître,
la confrérie était sans chef et tout à fait abandonnée à elle-même.
Les choses étaient en cet état, lorsque les maçons de Londres el des envi-
rons résolurent de faire une nouvelle tentative pour rendre quelque vigueur
à leur institution chancelante. Les seules loges qui existassent alors dans le
sud de l'Angleterre étaient celles qui se réunissaient dans les tavernes ayant
pour enseignes l'Oie et le Gril, dons Saint-Paul's Church-yard; la Cou-
ronne, dans. Parker's lane; le Pommier, dans Charles-slreet, Covenl-Gar-
den ; le Gobelet el les Raisins, dansChannel-Row,Westminster. Ces quatre
FRANC-MAÇONNERIE. 97
lo^es, auxquelles se joignirent quelques maçons isolés, s'assemblèrent à la
taverne du Pommier, au mois de février 1717. Leur
premier soin fut de se
constituer Grande-Logepro lemporc; et, après avoir décidé que les com-
munications de quartier, ou tenues trimestrielles, et les fêles annuelles de
saint Jean reprendraient à l'avenir leur cours régulier , elles s'ajournèrent
les opé-
au 2^ juin suivant pour élire un grand-maîlre et pour continuer
rations commencées.
La réunion eut lieu à la lavernedel'Oie el le Gril, dans le local delà loge
de Saint-Paul, la plus ancienne des quatre. Les travaux ayant été ouverts
sous la présidence du doyen d'âge, on dressa une liste de candidats pour
l'office de grand-maîlre; les noms des concurrents furent successivement
appelés; et les frères, à la grande majorité des mains, fixèrent leur choix
sur Anloine Sayer, qui fut immédiatement installé dans sa dignité par le
maiIre en chaire, el félicité par l'assemblée, « qui lui vendit hommage. »
Le grand-maître, ayant préalablement désigné ses surveillants, ouvrit la
délibération sur les divers objets à l'ordre du jour. On décida que le droit
de se former en loge, qui jusque alors avait été sans limites, n'appartiendrail
plus désormais qu'aux réuuions de maçons qui en obtiendraient la confir-
mation delà Grande-Loge, elauxquellesilseraildélivré en conséquence une
païen le constitutionnelle ; qu'en outre , les nouvelles loges ne pourraient
conférer que le grade d'apprenti, la Grande-Loge se réservant, expressément
la collation de ceux de compagnon el de maître (1); que toulcs les loges
conslituées se feraient représenter dans les assemblées de communication
de quartier parleur vénérable el par leurs surveillants; enfin qu' elles Irans-
mellraienl annuellement à la Grande-Loge le rapport de leurs travaux ac-
complis, et, la copie littérale des règlements qu'elles entendraient adopter
pour leur gouvernement intérieur. On exprima le voeu que, des vieux sta-
tuts et des usages traditionnels de la confrérie, il fût formé un corps de lois
générales qui servît de règle et de modèle aux loges et dont les lois parti-
culières de celle-ci ne dussent jamais s'écarter. L'assemblée accueillit ce
voeu avec empressement; mais elle ne prit aucune mesure pour en opérer la
réalisation immédiate.
L'expérience fit voir combien étaient sages les dispositions arrêtées dans
celte réunion. Quoi qu'il en soit, la société ne fitque peu de progrès sous l'ad-
ministration du frère Sayer : lesloges existantes ne s'accrurent qued'un petit
nombre de membres, el deux nouvelles loges seulement furent constituées.
Le frère Georges Payne, qui succéda en 1718 à ce grand-maître, déploya

(1) On ignore l'époque à laquelle la Grande-Loge


renonça à ce monopole. En 1760,
.^.Jssloges inférieures conféraient les trois grades.
98 l'HIÏMlÈllli l'AUTIK.
beaucoup de zèle et. d'activité. C'est à ses soins que la confrérie dut la dé-
couverte el la mise eu ordre d'un grand nombre de manuscrits, la plupart
anglo-saxons, relatifs au gouvernement, à l'histoire el aux anciens usages
de la maçonnerie.
Un Français, le docteur Désaguliers, fut élu grand-maître en 1719. L'an-
née suivante, le frère Payne fui. réélu, et, sous son habile direction, les
affaires de la société prospérèrent au delà de, toute espérance. Cependant,
en celle année 1720, on lit une perle irréparable : la plupart des manuscrits
recueillis par le grand-maîlre deux ans auparavant furent livrés aux flam-
mes « par quelques frères scrupuleux, alarmés, dit Preslon, de la publicité
qu'il était question de donner à ces documents. »
Jusque-là, les grands-maîtres avaient été nommés à la majorité des suf-
frages, sur une liste, de candidats dressée séance tenante. 11 fui dérogea
ce mode d'élection en 1721. Dans l'assemblée de communication de quar-
tier tenue au mois de mars de celle année, on arrêta que le grand-maîlre
occupant la chaire aurait la faculté de désigner son successeur; que seule-
ment ce choix sérail soumis à la sanction des frères, el que, chaque année,
celle sanction serait réclamée d'eux, soit pour remplacer le nouveau grand-
maître, soit pour le continuer dans ses fonctions. En vertu de celle dé-
cision, le frère Payne proposa pour son successeur le duc de Monlagu. Ce
personnage occupait un poste éminenl dans l'Etal; il était vénérable d'une
des loges de Londres, el il avait toujours montré la plus vive sollicitude pour
tout ce qui intéressait, l'honneur el la prospérité de la confrérie : aussi lul-il
accepté avec autant d'empressement que de joie par la Grande-Loge,qui vit
dans sa nomination le gage de nouveaux succès pour la maçonnerie.
Le 2^ juin suivant, le grand-maître Payne, ses surveillants el les grands-
officiers de la Grande-Loge, les vénérables el. les surveillants de douze loges
du ressort s'assemblèrent à la taverne des Armes de la Heine, dans Saint-
Paul's Church-yard, où la vieille loge de Saint-Paul tenait alors ses
séances. Là, sur la proposition du duc de Monlagu, la Grande-Loge initia
plusieurs personnes de distinction notamment le lord Slanhope, depuis
,
comte de Cbeslerfield. Les frères, décorés de leurs tabliers, et bannières
déployées, se rendirent, processionnellement, à travers les rues, à la salle
des Papetiers, dans Ludgale-street, où ils furent reçus avec de grandes
démonstrations de joie par cent cinquante maçons qui les y attendaient.
Le duc de Monlagu y l'ut solennellement installé par son prédécesseur,
et l'assemblée entendit la lecture du projet d'histoire et de statuts de la so-
ciété, que le frère Payne avait rédigé sur les anciens manuscrits recueillis
en 1718.
Postérieurement, ce projet fut soumis à l'examen de deux commissions
FRANC-MAÇONNERIE. 99
successives. Sur le rapport de la dernière, le ministre anglican James An-
derson et le docteur Désaguliers furent chargés de réviser et de refondre
entièrement l'oeuvre du grand-maître Payne et d'en présenter une nouvelle
rédaction. Le 25 mars 1722, la Grande-Loge prit connaissance du travail
de ces frères, l'approuva et en ordonna l'impression immédiate. Cependant
il ne parut que l'année suivante, sous le titre de : Constitutions de l'an-
cienne et honorable confraternité des maçons libres et acceptés. À partir de
moment, l'organisation de la maçonnerie fut assise sur des bases solides,
ce
et sa prospérité alla toujours en augmentant.
Pendant que ces événements se passaient à Londres, l'ancienne Grande-
Loge d'York ne restait pas inaclive. On voit, par les livres qu'elle a publiés,
qu'à celte époque ses assemblées annuelles avaient lieu régulièrement
comme par le passé. 11 en était de même des loges de son ressort, dans les-
quelles beaucoup de personnes de haut, rang s'étaient successivement fait
inilier. En 1705, elle avait pour grand-maître sir Georges Tempest. Elle
lui donna plus lard pour successeurs le frère Robert Benson, lord-maire
d'York; sir Waller Hawkesworth, baronel, etc.
11 ne paraît pas que rétablissement d'une grande-loge à Londres, sous

la dénominationusurpée de Grande-Loged'Angleterre, ail, dans le principe,


rencontré de l'opposition de la part de la Grande-Loge d'York. Au contraire,
les deux autorités tracèrent d'un commun accord les limites de leurs juridic-
tions respectives; et, bien que la Grande-Loge d'York eût voulu constater
sa légitimité cl son droit de suprématie, en prenant le litre de Grande-Loge
de TOUTE V Anylelerre, cependant les maçons du sud el du nord ne laissaient
pas pour cela d'entretenir les uns avec les autres des relations suivies el tou-
tes fraternelles. Ce n'est que longtemps après, comme on le verra, que des
divisions éclatèrent entre les deux corps, et, que les frères qui s'étaient ran-
gés sous leurs bannières cessèrent tout, à fait, de communiquer, el se lan-
cèrent, de pari et d'autre, les foudres de l'anathème.
Eu 1722, la Grande-Loge de Londres maintint le duc de Monlagu dans la
grande-maîtrise. Cette nomination fut vue avec déplaisir par le duc de
Wharton, qui s'élail flatté de l'espérance de lui succéderdans son office. Le
2^5 juin, il convoqua
une grande assemblée, pour laquelle il avait fait pré-
parer un somptueux banquet. Vers la fin du repas, el lorsque toutes les têtes
étaient échaufféespar les vapeurs des vins, qu'on avait servis avec profusion,
les partisans de l'amphitryon, prenant tour-à-tour la parole, attaquèrent vi-
vementla réélection du duc de Monlagu, qu'ils signalèrent comme un acte
impolitique, de nature à décourager des frères dont le zèle el le crédit pou-
vaient être employés à l'avantage de la maçonnerie. Ils firent valoir tous les
titres qui auraient dû déterminer la Grande-Loge à décerner la grande-maî-
100 PREMIÈRE PARTIE.
trise au duc de Wharton, et. ils proposèrent, à l'assemblée, dont les membres
delà diète maçonnique, disaient-ils, n'étaient, après tout, que les délégués,
d'annuler l'élection du duc de Monlagu cl d'élire en sa place le duc de
Wharton. Il était difficile de résister à la puissance des arguments divers
mis en usage dans celte occasion pour porter la conviction dans les esprits:
aussi obtinrent-ils un triomphe complet. Les amis du duc de Wharton l'élu-
rent grand-maître par acclamation, et leur vole fut ratifié avec en thousiasme
par tous les frères présents.
Ces procédés ayant été déclarés irréguliers et inconstitutionnels par la
Grande-Loge, il se forma dès lors deux partis fort animés l'un contre l'autre
el soutenant leur cause avec une extrême chaleur. Il serait inévitablement
résulté de là des divisions fatales à la maçonnerie, si le duc de Monlagu n'a-
vait conjuré le péril par un acte de prudence el d'abnégation personnelle
qui lui concilia l'estime el l'affection de tous. Dès qu'il eut connaissance de
ce qui s'était passé, il convoqua ex traordinairemcnt la Grande-Loge; et,
dans celle assemblée, exagérant à dessein les forces de l'opposition qui s'é-
tait, formée contre lui, il supplia les frères de permettre que, pour rétablir
la bonne harmonie si malheureusement troublée, il se démît de ses fonctions
en faveur de son concurrent, qui lui paraissait réunifia majorité des suf-
frages. Leduc de Wharton, qui était présent à la séance, éprouva quelque
confusion de ce procédé si plein de noblesse et de véritable esprit maçon-
nique. Il confessa spontanément ses loris, renonça aulilre qui lui avait été
indûment décerné, el n'accepta finalement la grande-maîtrise, sur les in-
stances réitérées du duc de Monlagu, qu'en protestant qu'il en remplirait
les devoirs avec assez de zèle el do dévoûment pour qu'on pût oublier plus
tard par quelle voie il y était parvenu. En effet, son administration eut les
résultats les plus avantageux pour la société. Le nombre des loges s'accrut
considérablement à Londres, dans les comtés et au dehors, el la Grande-
Loge se vil obligée de créer l'office de grand-secrétaire, afin de pourvoir
aux besoins multipliés de la correspondance.
Au duc de Buccleugh, qui succéda à ce grand-maîlre,en 1725,eslduela
première idée du Commillee ofcharity, institution qui a pour objet de se-
courir les frères dans la détresse. Le duc de Richmond, élu en 1724, posa les
bases de cet établissement, el lord Paislcy, comte d'Abercom, vint, l'année
suivante, mettre la clernièremainàl'oeuvrede ses prédé[Link],
le comité dispose de sommes considérables. Ses fonds s'alimentent par des
dons volontaires et par une contribution annuelle de 4 shillings (5 fr.) sur
chaque maçon du district de Londres, el de 2 shillings (2fr. 5Q cent.) sur
chaque membre des loges des comtés, des régiments et de l'extérieur. Parmi
les dons volonlaires recueillis par le comité, on cite particulièrement celui
FRANC-MAÇONNERIE. 101

de 1,000 livres sterling (25,000 fr.), fait en 1819 par le frère William Pres-
lon, auteur des Illustrations of'masonry, ouvrage historique auquel nous
avons fait de nombreux emprunts. Le Commitlee of
charily distribue d'a-
bondants secours aux frères indigents. Les moindres sommes qu'il leur
donne s'élèvent à 5 livres sterling (125 fr.). En 1825, il s'inscrivit pour
150 livres sterling (1,250 fr.) en faveur de la veuve du voyageur Belzoni,

pour laquelle une souscription publique avait élé ouverte. Antérieurement,


il avait prêté 1,000 livres sterling (25,000 fr.) à un frère White, coutelier à
Londres, dont les magasins avaient élé détruits par le feu; et lorsque, dans
la suite, le débiteur, fidèle à sa promesse, élai.l venu rapporter la somme
qu'on lui avait prêtée, le comité l'avait prié d'accepter cet argent el d'en
constituer une dot à sa fille.
En 1726, des loges qui existaient de temps immémorialdans la province
de Galles, et dont les membres étaient connus sous le nom de brelhren of
Wales (frères de Galles), demandèrent; à se ranger sous la bannière de la
Grande-Loge de Londres. Leur offre fut. acceptée; et, à cette occasion, on
institua l'office de grand-maîlre provincial. Les frères investis de celle
charge, qui subsiste encore aujourd'hui, sont les représentants immédiats
du grand-maître dans le district sur lequel s'étend leur autorité. Ils jugent
les différends qui s'élèvent entre les loges cl les frères individuellement. Us
convoquent el président la Grande-Loge provinciale, corps qui, à l'inslar
de la Grande-Loge nationale, se forme des vénérables et des surveillants,
ou des proxies, ou fondés de pouvoirs, de toutes les loges du ressort. Les
arrêtés des grandes-loges provinciales ne sont exécutoires que lorsqu'ils
ont reçu la sanction de la grande-loge supérieure, à moins qu'il ne s'a-
gisse de matières urgentes ou d'objets d'iiilérôl; purement local. En 1757,
la rapide extension qu'avait prise la société rendit nécessaire la création de
l'office de député grand-maîlre provincial, pour soulager les titulaires d'une
partie du poids de l'administration des loges soumises à leur juridiction.
Par l'effet de celle prospérité toujours croissante de la société, les assem-
blées de communication de quartier et celles des fêles annuelles delà Grande-
Loge avaient fini par devenir très nombreuses, el il s'était particulièrement
introduit, une grande confusion clans le service des banquets. En 1728, on
fit revivre l'ancien usage dénommer des commissaires pour s'occuper spé-
cialement des détails des fêtes, el celle mesure ayant produit les meilleurs
résultats, la Grande-Loge arrêta, en 1755, qu'il serait formé, de ces com-
missaires, un comité permanentqui recevrait le nom de loge des stewards.
Peu de temps après, cette loge prit à sa charge, moyennant un abonne-
ment, la fourniture des divers objets de consommation et le paiement des
gages des cuisiniers, des sommeliers et des autres officiers de bouche.
102 PREMIÈRE PARTIE.

Les fêtes de l'ordre étaient ordinairement accompagnées de processions


solennelles. Dans ces occasions, les frères parcouraient les rues, décorés de
leurs tabliers, de leurs cordons el de leurs autres insignes; leurs bannières,
les deux colonnes J et B, l'épée flamboyante, les tableaux emblématiques,
en un mol, tous les objets mystérieux renfermés jusque-là dans le secret
des loges, étaient portés en grande pompe el exposés à la vue des profanes,
et des bandes de musiciens et de chanteurs se faisaient alternativement en-
tendre pendant toute la durée de la marche du cortège, sur le passage du-
quel accourait de toutes parts s'entasser la foule des curieux.
L'abbé Prévôt nous a conservé, dans son journal le Po%tr el contre, la
description détaillée d'une de ces processions. « Le 9 mai 1757, dit-il,
jour fixé pour l'installation du comte de Darnley, en qualité de nouveau
grand-maître de la société des francs-maçons, tous les grands officiers de
celle confrérie, revêtus des colliers de leurs différents emplois, se rendi-
rent vers dix heures du matin chez ce seigneur, et le complimentèrent sur
le choix qu'on avait l'ail de lui pour exercer la charge de grand-maîlre. Le
comte de Darnley fit servir un déjeuner magnifique. A midi, l'on partit de
son hôtel, dans Pall-Mall, pour aller dîner à la salle de la compagnie des
marchands poissonniers, près du pont de Londres. La marche se fil. dans
l'ordre suivant : 1. Six carrosses occupés par les douze frères intendants de
la fêle (stewards), revêtus de leurs colliers et tabliers, et tenant leurs ba-
guettes blanches à la main. Us étaient deux dans chaque carrosse. 2. Les
mai 1res des différentes loges de la société, qui étaient au nombre de cent,
revêtus de leurs colliers distinclifs, et. occupant cinquante carrosses, dans
chacun desquels ils élaieiildeux. 5. Les surveillants elles principaux mem-
bres des autres loges, aussi deux à deux dans divers carrosses. ï\.Un tim-
balier, quatre trompettes et huit cors de chasse, montés sur des chevaux
blancs. 5. Le comte de Loudon, grand-maître sortant d'exercice, revêtu
du grand collier de la confrérie, el. le comte de Darnley, nouveau grand-
maître, qui avait seulement son tablier, étaient placés dans un superbe
carrosse tiré par six chevaux gris-pommelé dont les harnais étaient de ve-
lours cramoisi et. d'or. 6. Des hérauts d'armes précédaient le carrosse et por-
taient les marques de la grande-maîlrise. Plusieurs huissiers marchaient
aux portières. 7. Le carrosse était suivi des domestiques de ces deux sei-
gneurs, en livrées neuves magnifiques, et, en tôle du cortège, marchait à
cheval le grand-tuileur, une épée flamboyante à la main. Arrivés à la salle
des marchands de poisson, les frères furent reçus dans la première cour
par plusieurs membres de la société avec de grandes acclamations de joie.
Lorsque tout le monde fut rassemblé dans la salle, on y entendit le rapport
des loges établies en pays étrangers. On ordonna la distribution de plu-
FRANC-MAÇONNERIE. 105
sieurs libéralités pour les frères qui pouvaient être dans le besoin. Toute
la compagnie se mit ensuite à table, au son des cloches delà paroisse voi-
sine el d'une excellente symphonie. Le repas fut servi sur vingt tables oc-
cupées par quatre cent cinquante personnes. »
Les premières fois, ces manifestations imposèrent à la masse du public;
mais leur retour fréquent dissipa graduellement le prestige qui les avait d'a-
bord entourées : Y humour britannique se donna carrière aux dépens de la
confrérie par des quolibets et des rires auxquels succéda le grognement
redoutable particulier au peuple anglais dans ses mauvais moments. Les
frères firent au commencement bonne contenance; mais bientôt la divi-
sion se mit dans leurs rangs. Les plus zélés voulaient qu'on tînt tête à
l'orage; les plus prudents étaient d'avis qu'on ne s'y exposât pas. Quel-
ques-uns des derniers, pensant obtenir plus promptemenlpar ce moyen
une décision conforme à leurs vues , firent, cause commune avec-les rail-
leurs et organisèrent à grands frais des processions grotesques, dont ils
amusèrent les oisifs delà ville. Cet argument était peu maçonnique sans
doute; el. il faut croire qu'il eût irrité plutôt que convaincu les zélés; mais
on publia en 1742 une caricature qui eut un succès si général à son ap-
parition el qui attira [Link] brocards sur les processionnisles, qu'il fallut
bien, bon gré, mal gré, qu'ils se considérassent comme battus. Toutefois,
ils se retirèrent avec les honneurs de la guerre. Ce-n'est, en effet, que
trois ans plus lard, en 1745, que, désespérant de vaincre, ils posèrent
fièrement les armes, à la suile d'une transaction portant, que « les proces-
sions seraient maintenues en principe; mais qu'il faudrait, pour qu'elles
eussent lieu à l'avenir, une autorisation spéciale de la Grande-Loge en as-
semblée de communications de quartier. » Nous avons pensé qu'on verrait
avec plaisir une reproduction de la caricature qui eut la gloire de triom-
pher d'une si héroïque résistance (1 ).
Ces puérils débats, il faut en convenir n'étaient pas de nature à relever
,
la maçonnerie dans l'esprit des profanes, qui ne les ignoraient pas et qui
s'en amusaient. Cependant, comme la société répandait d'abondantes au-
mônes et que, dans toutes les occasions, les maçons se donnaient récipro-
,
quement des preuves non équivoques d'affection et de dévoûment, ou ne
l'environnait pas moins pour cela d'estime et de considération, et chaque

(1) Voir planche n° 8.


— L'original a pour litre : A geomelrical vieil) of the grand
Procession oflhe scald misérable masons, etc. (Vue géométrique de la grande Proces-
sion des misérables pouilleux do maçons, etc.)Le seul exemplaire, petU-èlro, qui existe
aujourd'hui de ceLte estampe se trouve dans la collection du frère Morison de Greeii-
lield, qui a bien voulu nous autoriser à la reproduire.
104 PREMIÈRE PARTIE. I

jour d'illustres candidats briguaient l'honneur d'être admis dans ses rangs. j
Au nombre des acquisitions remarquables qu'elle fil dans ces premiers
temps, il faut citer celle de François, duc de Lorraine, grand-duc de Tos-
cane, qui depuis fut. empereur d'Allemagne. En 1751 , sur une délégation
du grand-maîlre, lord Lovel, une loge se tint à La Haye, sous la présidence j
de Philippe Stanhope comte de Cliesterfield alors ambassadeur en Hol-
, ,
lande. François y fut initié au grade d'apprenti, en présence d'une nom-
breuse cl brillante assemblée. Dans la môme année, ce prince ayant eu
occasion de faire un voyage en Angleterre, il y reçut les grades de compa-
gnon et de maître, dans une loge convoquée exlraordinairement pour cet
objet à lioughlon-Hall, comté de Norfolk, résidence de sir Robert Walpole.
Le prince Frédéric de Galles, père du roi Georges III, fut également iui-
lié quelques années après. La loge où il reçut la lumière maçonnique se tint
en 1757, au palais deKew, sous la présidence du docteur Désaguliers, que
nous avons vu grand-maître en 1719, et qui, depuis lors, avait puissam-
ment contribué à l'organisation et aux progrès de la confrérie.
Cependant l'activité déployée par les loges anglaises et l'éclat qui entou-
rait leurs travaux slimulèrenlle zèle des maçons d'Irlande el d'Ecosse, qui
e s'assemblaienI auparavant qu'à des époques irrégulières et. éloignées. Les
temples se rouvrirent de toutes parts dans ces deux royaumes el les récep-
,
tions de nouveaux membres se multiplièrent à l'infini.
En 1729, les loges de Dublin tinrent une grande assemblée dans laquelle
elles fondèrent une grande-loge indépendante pour l'Irlande, et appelè-
rent à la grande-maîtrise le lord vicomte de Kinsgton.
La Grande-Loge d'Ecosse se forma en 1756. On sait que, dans ce pays,la
grande-maîlrise de l'ordre était héréditaire dans la famille des Saint-Clair
deRosslyn depuis 1457. Le dernier rejelon de celle famille, William Saint-
Clair de Rosslyn, qui n'avait point d'héritier direct et désespérait d'en avoir,
craignit qu'à sa mort la charge dont il était investi ne vînt à demeurer va-
cante et que la société n'en souffrît dans sa prospérité. Il manifesta à quel-
ques frères, maîtres et surveillants des quatre plus anciennes loges d'E-
dimbourg et des environs, l'intention bien arrêtée où il était de résigner
la gnui de-maîtrise en Ire les mains de la confrérie, qui pourvoirait à son
remplacement suivant le mode adopté par les maçons d'Angleterre et d'Ir-
lande, c'est-à-dire par voie d'élection. Eu conséquence de cette résolution,
une circulaire, adressée le 11 juillet à toutes les loges de l'Ecosse, les convo-
qua pour le 50 novembre suivant à Edimbourg, à l'effet d'organiser la
maçonnerie sur de nouvelles bases.
Trente-deux loges répondirent à cet appel. Leurs proxies s'assemblèrent,
le 50 novembre 1756 jour de Saint-André, dans le local cle la loge la Cha-
,
FRANC-MAÇONNERIE. 105
pelle d-e Marie, à Edimbourg. La Grande-Loged'Ecosse fut d'abord établie,
constituée el proclamée dans la forme ordinaire. Ensuite il fut fait lecture
de l'acte de renonciation de William Saint-Clair de Rosslyn à la charge de
grand-maîlre héréditaire d'Ecosse; et le premier usage que fit la Grande-
Loge du pouvoir qui lui était remis fut d'appeler, par un suffrage unanime,
le donateur aux fondions de grand-maître national.
La Grande-Loge décida qu'à partir de ce moment, toutes les loges du
-
royaume devraient se pourvoir, sous peine d'irrégularité, de lettres de con-
stitution délivrées par elle et revêtues du sceau de l'ordre. La plupart des
ateliers se soumirent à cette décision. 11 n'y-eut guère que la Mère-Loge
delîilwinning qui s'y refusa el voulut conserver sa suprématie et son indé-
pendance. Longtemps encore après rétablissement de la Grande-Loge, elle
délivra des constitutions déloges, comme elle l'avait fait, antérieurement.
Celle rivalité donna lieu à de vives disputes, qui troublèrent, souvent de
la manière la plus grave, la paix delà confraternité, el qui ne cessèrent
qu'en 1807, époque à laquelle la Mère-Loge de Kilwinning consentit enfin
à reconnaître l'autorité de la Grande-Loge d'Ecosse, else rangea sous sa
bannière avec foules les loges qui relevaient d'elle. Elle fut placée, sans nu-
méro en fêle de la liste des loges de l'Ecosse, et son vénérable fut institué
,
grand-maîlre provincial de l'Ayrshire.
L'établissement de la Grande-Loge d'Ecosse imprima un nouvel élan àla
société dans ce, royaume. Le nombre, des loges s'accrut considérablement.
En 1759 toutes furent divisées en districts, el des grands-maîtres provin-
,
ciaux furent nommés pour les administrer.
Une des premières mesures que prit la Grande-Loge fut. de constituer son
comité de bienfaisance à l'instar de celui de la Grande-Loge d'Angleterre.
Elle engagea chacun de ses membres à contribuer par un don volontaire à la
formation du fonds de secours cl: elle arrêta qu'à l'avenir tout frère qui se-
,
rait admis dans l'ordre verserait préalablement une somme pour le même
objet. Elle ne laissait d'ailleurs échapper aucune occasion d'accomplir de
lionnes oeuvres en faveur, soil des membres delà confrérie, soit des per-
sonnes qui lui élaient étrangères. Lorsqu'on 1757, des habitants d'Edim-
bourg résolurent d'élever à leurs frais un hospice pour les malades pauvres,
la Grande-Loge d'Ecosse s'associa à cet acte de charité,
en soldant de ses
propres fonds une partie des maçons employés à la construction de l'édifice.
La seule condition qu'elle mit à ce concours fut qu'on réserverait une
chambre de l'hospice pour y recevoir les frères malades
que le grand-
maîlre recommanderait particulièrement. Plus lard, en 1740, la Grande-
Loge arrêta qu'elle pourvoirait, à
ses frais, à l'éducation professionnelle
d un certain nombre de fils de
maçons indigents.
1-4
106 PREMIÈRE PARTIE. —FRANC-MAÇONNERIE.
La Grande-Loge eut occasion à celle époque de faire revivre un ancien
usage de la société. Le 2 août 1758, sur la demande de Georges Dvummond,
un dessurveillanlsde l'Hospice royal, elle se transporta processionnellement.
avec l'assistance des loges d'Edimbourg et des villes voisines, sur le lieu, où
devait êlre construit cet hospice, pour en poser la première pierre. Le cor-
tège était formé de la manière que nous avons décrite dans noire introduc-
tion, en parlant de cette sorte de solennités. Autour du grand-maître, se
groupait ce que la maçonnerie comptait de membres les plus illustres, et ce
que la ville renfermait de personnages cniinenls. 11 était accompagné du
lordprévôl, des conseillers d'Etat, des magistrats civils des assesseurs de
,
la cour de justice, du président et des membres du collège des médecins,
du barreau loul. entier. Les pasteurs des différentes paroisses d'Edimbourg
s'étaient également associés à la cérémonie. Los formalités ordinaires ayant
élé remplies, les [Link], el les applaudissements clles/wssa
se firent entendre à trois reprises différentes. Le cortège se reforma en-
suite et se rendit à la Grande-Loge, où les assistants se séparèrent. La
même cérémonie se renouvela deux ans après, pour la pose de la première
pierre de l'aile occidentale de l'hospice.
Ainsi se compléta l'organisation de la franc-maçonnerie dans les trois
royaumes de la Grande-Bretagne. Non-seulement la société y était puissante
et considérée, à raison de la qualité el du crédit de, ses chefs el de la majo-
rité de ses membres, à raison aussi des actes de charité qu'elle multipliait,
autour d'elle, mais encore elle y avait une existence reconnue, et les auto-
rités publiques ne dédaignaient pas, à l'occasion, de lui prêter leur con-
cours officiel. Nous allons montrer maintenant avec quelle rapidité elle se
propagea dans le reste du monde
CHAPITRE III.

PROPAGATION DE LA MAÇONNERIE HORS DES ILES BRITAKMQpES. Fronce : Los premières loges. — Leur orga-
nisation. — Graves alms. — Heureuse influence. —Les Juifs exclus de l'initiation. — Les Jésuites.—Ballet
comique qu'ils foui représenter.— Maçonnerie îles reminesi-lcs félieitaires, les clievaliers de l'ancre, les
fendeurs, le rite d'adoption, l'ordre de la persévérance, les nymphes de la rose, les pliiloclioréiles,les
dames du MonUTliabor.— Premiers grands-maîtres des loges françaises. -— Anarchie dans la maçonnerie.
Fondation de la Grande-Loge de France. —Allemagne : Introduction de la franc-maçonnerie.— La
Granse-Loge de Saxe. — Prédéric-le-Grand. — Le prince de Bayreulli. — Les Grandes-Loges aux Trois-
Globrs et l'ovale-York à l'Amilié. —Belgique. — Hollande : ÎJocumenls prélendus de 15X0 cl de 1637. —
Klalilisscnicnl d'une grande-loge nationale. — Ivspagne. —Porlugal. —[Link]: Les logessonsl'impératrice
Anne. — Catherine 11 protège la sociélé. — Progrès de la maçonnerie dans cet empire. — Flic y prend
—Bohême.— Turquie.
une tendance politique. — Italie. — Suisse. — Suède. — Danemark. — Pologne.
Askéiy-Khan. — Zadé-Mccrza- — llindouslali : Le prince Omdil-ul-Onn-a Bahauder.— Afrique.
— Perse :
— Océanic. —
Amérique : Canada. — Klals-Unis : Warrcn. — Lafayclle. — Solennités maçonniques. —
Franklin. —Washington. — Dissensions à ^ev-Vork. —Inauguration du canal de l'[Link]é. —Vêle maçon-
nique a la mémoire d'Aclams et de JelVerson. — Haïti. — Brésil : Don Pedro. •— Schisme. •— Venezuela.
— Mexique : Les Lscoccses et les Yorkinos. •— Le minisirePoinsell. —• Texas.

A. en croire quelques historiens anglais et allemands, entre autres Ro-


bison et le conseiller aulique Bode, la franc-maçonnerie aurait été intro-
duite en France par les Irlandais de la suite du roi lacques, après la révolu-
lion d'Angleterre de. 1688; la première loge aurait été établie au château
de Saint-Germain; et, de là, l'association maçonnique se serait propagée
dans le reste du royaume, en Allemagne et en Italie.
Nous ne savons de quels documents s'étaie l'opinion de ces écrivains;
cependant elle ne nous paraît pas dénuée de vraisemblance. On a vu que,
dès 16^8, le parti, royaliste, en Angleterre, avait essayé de se servir du
mystère qui entourait [Link]ées des maçons pour se réunir avec sécu-
rité et pour se concerter sur les moyens de soutenir et, plus tard, de res-
taurer la monarchie des Sluarls. Rien n'empêcherait donc que, réfugiés en
France, les adhérents de celle famille y eussent, dans le môme but, établi,
des loges, et qu'ils eussent entretenu, sous le voile de la maçonnerie des
,
relationspolitiques avec ceux de leurs amis qui étaient restés en Angleterre.
Quoi qu'il en soit, il est certain que les partisans de François-Edouard.
Sluart, fils de Jacques II, prirent une part; très active à l'organisation de la
maçonnerie en France, espérant en tirer parti pour la réussite de leurs des-
seins. Un des agents les plus ardents de celte pensée était le lord Dervent-
Waler, qui fut grand-maîlre des loges françaises, el qui, depuis, en 17^6,
108 PREMIÈRE PARTIE.
périt à Londres sur l'échafaud, victime de son attachement au prétendant.
Toutefois il es) à remarquer que les menées contre-révolutionnaires des
réfugiés anglais n'obtinrent que des résultais insignifiants dans nos loges.
La composition de l'associalion maçonnique, où sont admis indifféremment
des hommes de toutes les croyances religieuses et. de toutes les opinions
politiques, élaitpeu propre, en effet, à aider les entreprises d'un parti. Les
réfugiés ne tardèrent pas à le. reconnaître; et, dès lors, ils s'attachèrent à
modifier la constitution de la société. C'est ainsi que, sous prétexte ùeYépu-
rer, mais, en réalité, pour y recruter des adhérents, et pour d'autres motifs
encore, que nous exposerons plus loin, ils y in (roduisireiit les liants grades.
La première loge dont rétablissement en France soit historiquement
prouvé est celle que la Grande-Loge de Londres institua à Dunkerque en
1721, sous le, litre de l'Amitié el la Fraternité (1). La deuxième, donlle
nom n'est pas parvenu jusqu'à nous, fut fondée à Paris en 1725 par lord
Dervent-Water, le chevalier Maskeline, le frère d'iléguerly, et quelques
autres personnes de la suite du prétendant; elle se réunissait chez Hure,
Irai leur anglais, rue des Boucheries, faubourg Sainl-Germain. Un frère
Gousland, lapidaire, de la même nation, créa une nouvelle loge à Paris,
vers celle époque. Il s'y en élablit une troisième en 1726, sous le nom de
Sainl-l'lwmas. La Grande-Loge d'Angleterre en constitua deux aulres en
1729 : l'une avait pour litre : An Louis d'argent, et un frère Lebrelon en
était le vénérable (2); la seconde avait pour dénomination : A Sainte-Mar-
guerite. On n'a sur celle-ci d'autres renseignements que son titre, rapporté
dans un registre de l'an 1765. Enfin une dernière loge se forma à Paris
,
en 1752, chez Landelle, traiteur, rue de Ikissy ; elle reçut d'abord le nom
de la rue où elle était située; plus tard, on l'appela loge d'Aumonl, parce
que le duc d'Aumont y avait élé initié.
A celle période, d'autres loges étaient instituées dans les provinces. Tel-
les étaient Y Anglaise, de Bordeaux, qui date de 1752 ; la Parfaite-Union,
de Yalenciennes, constituée en 1755. Ces deux ateliers existent encore.
Toutes les loges qui s'établirent ensuite à Paris et dans le reste de la
France durentleur institution aux sociétés dont nous venons de parler. La
plupart s'attribuaient les pouvoirs des grandes-loges el délivraient des let-
tres constitutives à de nouveaux ateliers (5). Les Irlandais elles aulres réfu-

(1) Cette logo figure sur les tableaux du Grand-Orient, de France comme constituée
en 17B6; c'est la date de sa reconstitution par la Grande-Loge de France.
(2) Celle-ci était seule portée en 1732 sur la liste des loges de la constitution an-
glaise; elle y avait le n° 90.
(3) C'est ainsi c\»o. l'Anglaise, de Bordeaux, constitua l'Heureuse rencontre, àlîrcsl,
en 174S ; une seconde loge dans la même ville, en 1746 ; une loge à Limoges, eu 1751 ;
FRANC-MAÇONNERIE. 109
giés augmentèrent encore ce désordre en concédant au premier venu l'auto-
risation de tenir loge. A celle époque les constitutions étaient personnelles
frères qui les avaient obtenues, elles fonctions de vénérable étaient à
aux
vie. Tout, maçon d'une condition libre était apte à être constitué vénérable
inamovible, pourvu qu'il eût le grade de maître el qu'il eût élé surveillant
d'une loge. Les patentes constitutionnelles étaient à son nom; il en était
propriétaire. Il avait le droit dénommer ses deux surveillants. Le reste des
officiers élail proposé par ces trois fonctionnaires, qui dressaient en com-
mun une liste double de candidats. Les frères votaient au scrutin de boules
sur chaque office. Il y avait, à cet effet, deux boîtes, sur chacune desquelles
était inscrit le nom d'un des deux candidats; el celui des concurrents qui
obtenait le plus de suffrages était investi de la charge pour laquelle on avait
voté. 11 y avait, il est vrai, des loges qui choisissaient et renouvelaient ,.
annuellement tous leurs officiers ; mais elles étaient en très petit nombre, ^1^
le pouvoir dont elles usaient formait une véritable exception.
Chaque vénérable de loge gouvernait les frères d'une manière absolue
et ne dépendait que de lui seul : aussi, dans ces premiers temps, le désordre
élail-il grand dans la maçonnerie française. C'est ce qu'on voit par le tableau
suivant, qu'en trace un auteur contemporain, dans l'écrit intitulé : La,
franc-maçonne. « Les profanes, dit cet auteur, se scandalisent avec raison
de noire peu de délicatesse dans le choix des sujets, du trafic honteux des
initiations, de la somptuosité de nos repas. La plupart des frères ne savent
presque rien de noire arl, parce qu'on néglige leur instruction. 'Le nombre
des vénérables n'est pas en proportion avec celui des maçons. Tel vénérable
compte cinq cents maçons et plus dans sa loge : comment lui serait-il possi-
ble de les assembler lous à la fois? il faut que les neuf dixièmes attendent
leur tour, qui vient à peine une l'ois par semestre. L'administration des fonds
n'est ni ordonnée ni justifiée ; la recette cl la dépense se font sans contrôle-,
sans reddition de compte ; elles passent par des mains prodigues ou infidèles.
De là, que de profusions! que de déprédations! que de maçons pauvres
abandonnés à leur indigence, faute de fonds pour les secourir1 »
Telle élail alors, en effet, la situation de la maçonnerie. Bien qu'elle fût
de nature à décourager les frères qui apportaient dans les loges des senti-
ments en harmonie avec l'esprit de l'institution, cependant leur zèle n'en
élail point refroidi, et ils s'appliquaient, le plus souvent avec succès, à lui
faire atteindre son utile destination. Au seuil des loges, venaien t expirer les

une autre à Pons, eu 1754; une cinquième à Cayenne, en 1755 ; enfin VAmitié, a. Péri-
gueux, en 1765. Beaucoup d'ateliers, dans les provinces, reçurent leur institution de
la Parfaite-Union, do la Rochelle; d'une loge-mere qui existait à Lyon en 1760, etc.
110 PREMIÈRE PARTIE,
rivalités et les haines, celles principalement qui avaient leur source dans les
divergences d'opinions et d'intérêts. Les loges étaient.l'asile de la concorde,
de l'amitié, delà tolérance. Néanmoins, dans ces premiers temps, les mem-
bres des diverses communions chrétiennes étaient seuls admis à participer
à nos mystères; et, bien que la masse des frères fût d'avis que les autres
croyances religieuses dussent, également y avoir accès, les juifs en étaient
exclus, aux termes des règlements de 1755, qui étaient formels à cet égard.
Cette anomalie, quia cessé d'exister en France depuis de longues années,
subsiste malheureusement, encore dansla plupart des loges de l'Allemagne.
Les formes de la 'maçonnerie différaient peu alors de ce qu'elles sont au-
jourd'hui. Les loges se réunissaient, généralement, comme en Angleterre,
dans une. salle particulière de quelque auberge, dont l'enseigne leur servait
de litre distinclif. Celte salle n'était ornée d'aucune décoration spéciale : on
eût. craint de fournir à la police, qui pouvait, d'un moment à l'autre, venir
faire perquisition, la preuve de l'objet pour lequel on était assemblé. C'est
pour cela qu'habituellement le tableau emblématique du grade auquel se
tenaient, les travaux était tracé avec de la craie sur le plancher et effacé après
la séance à l'aide d'une éponge mouillée (1).
Quelque soin qu'apportassent, les maçons à tenir leurs cérémonies secrè-
tes, il en avait cependant transpiré quelque chose dans le public. Des faux-
frères s'étaient fait initier dans le but délivrer aux profanes la connaissance
des mystères. Les jésuites surtout, qui avaient, eu accès dans les loges et
,
qui s'étaient convaincus qu'il leur serait impossible d'assouplir la société à
leurs vues, étaient des plus ardents à celte oeuvre de vulgarisation. Us firent
imprimer, sous divers pseudonymes, des écrits où était soulevée la plus
grande partie du voile qui couvrait l'initiation. Ils allèrent plus loin encore,
ils s'efforcèrent de la frapper de ridicule. Ceux du collège Dubois, à Caen,
à la suite d'une représentation de Rhadamisle el Zénobie, donnée par leurs
écoliers, le 2 août 17^51, firent exécuter un ballet comique, dans lequel était,
figuré le cérémonial qui s'accomplit à la réception d'un maçon. La pièce
commençait par une leçon que donnait un maître à danser à un élégant de
l'époque. Survenaient unbourguemeslrehollandaiselsafille, qui entraient
par une marche burlesque, et allaient s'asseoir au fond du théâtre. Un Es-
pagnol paraissait, alors, suivi de son valet, et faisait au maître à danser et à
son élève, qui fous deux étaientinitiés, des signes maçonniques qu'ils lui.
rendaient. Ces trois personnages se jetaient ensuite dans les bras l'un de
l'autre et se donnaient le baiser fraternel dans la forme usitée. Ce spectacle

(1) Nous avons fait reproduire une gravure du temps, pour donner une idée exacte
de l'intérieur d'une loge à cette période. Voir planche n° 9.
FRANC-MAÇONNERIE. 111

excitait la curiosité du Hollandais; il quittait sa place et venait observer les


o-esles que faisaient les frères. Ceux-ci, le prenant pour un
des leurs, lui
faisaient également les signes, qu'il répétait d'une façon grotesque et de
manière à laisser voir qu'ils ne lui étaient pas familiers. On lui proposait de
se faire initier; il y consentait avec empressement.
En conséquence l'Espa-
cnol ordonnait à son valet de tout préparer pour la réception, et le Hollan-
dais faisait retirer sa fille, qui courait se placer à une fenêtre, pourvoir de
là tout ce qui allait se passer. Bientôt avait lieu la réception, exactement
comme elle se pratique en loge. Lorsqu'elle était achevée, el que tous les
objets qui y avaient servi avaient été enlevés, le Hollandais rappelait sa fille,
qui, à la stupéfaction générale, entrait en scène en imitant les signes et le
cérémonial dont elle avait élé témoin. Les frères manifestaient le plus vif
déplaisir de voir leurs secrets ainsi parvenus à la connaissance d'une femme ;
mais ils ne lardaient pas à en prendre philosophiquementleur parti. L'Es-
pagnol demandait en mariage la fille du bourgueniestre; et, le consentement
accordé, les deux futurs époux dansaient un pas comique auquel ils mêlaient
les signes des francs-maçons. On verra plus tard les jésuites employer des
moyens plus énergiques pour anéantir la société.
Vers 1750, fui instituée la franc-maçonneriedes femmes. On ignore quel
en fut l'inventeur ; mais elle fit sa première apparition en France, el c'est
bien évidemment un produit de l'esprit français. Les formes de celle ma-
çonnerie n'ont toutefois élé fixées définitivement qu'après 1760, et elle ne
lut reconnue el sanctionnée par le corps administratif de la maçonnerie
qu'en l'année 1774. Elle affecla d'abord divers noms et divers rituels qui
,
ne son l pas parvenus jusqu'à nous. En 1745 , elle avait des emblèmes el, un
vocabulaire nautiques ; et les soeurs faisaient le voyage fictif de l'île de la
Félicité sous la voile des frères alpilolces par eux. Celait alors l'ordre des
Félicilaires, qui comprenait les grades de mousse, de patron, de chef-d'esca-
dre el de vice-amiral,et avait pour amiral, c'est-à-dire pour grand-maîlre,
le irèredeChambonnet, qui enétaitl'auleur. Onfaisail jurer au récipiendaire
de garder le secret
sur le cérémonial qui accompagnait l'initiation. Si c'é-
tait un homme, il faisait serment « de ne jamais entreprendre le mouillage
dans aucun port où déjà
se trouverait à l'ancre un des vaisseaux de l'or-
dre. » Si c'était une femme, elle prometlait de
« ne point recevoir de vais-
seau étranger dans son port, tant qu'un, vaisseau de l'ordre y serait à l'an-
cre. » Elle prêtait serment assise à la place du chef-d'escadre, ou président,
qui, durant cette formalité, se mettait à ses genoux. Une scission de cet or-
dre donna naissance,
en 1745, à l'ordre des chevaliers et des chevalières
de l'Ancre, qui n'était qu'une épuration du premier et qui
en avait con-
servé les formules. Deux ans plus tard, en 1747, le chevalier Beauchaine,
112 PREMIÈRE PARTIE.

le plus fameux et le plus zélé des vénérables inamovibles de Paris, le même


qui avait établi sa loge dans un cabaret de la rue Sainl-Viclor, à l'enseigne
du Soleil d'or, qui. y. couchait et y donnait pour six francs, dans une seule
séance, lous les grades de la maçonnerie, institua Y ordre des Fondeurs,
donllescérémoniesélaienl calquées surcellesdela colerie des charbonniers,
une des nombreuses branches des compagnons du devoir. La loge avait le
nom de chantier; elle était censée représenter une forêt. Le président s'ap-
pelaitjocrc-maif-re; les frères elles soeurs prenaient le titre da cousins et de
cousines, el le récipiendaire était qualifié de briquet. Ces réunions eurent
une vogue extraordinaire. Elles avaient lie