Cahiers d’études africaines
192 | 2008
Varia
Ethnicité et territorialité
Deux modes du vécu identitaire chez les Teke du Congo-Brazzaville
Jean-Pierre MISSIé
Édition électronique
URL : [Link]
DOI : 10.4000/etudesafricaines.15544
ISSN : 1777-5353
Éditeur
Éditions de l’EHESS
Édition imprimée
Date de publication : 9 décembre 2008
Pagination : 835-864
ISSN : 0008-0055
Référence électronique
Jean-Pierre MISSIé, « Ethnicité et territorialité », Cahiers d’études africaines [En ligne], 192 | 2008, mis en
ligne le 01 janvier 2010, consulté le 30 avril 2019. URL : [Link]
etudesafricaines/15544 ; DOI : 10.4000/etudesafricaines.15544
© Cahiers d’Études africaines
Cet article est disponible en ligne à l’adresse :
http:/ / [Link]/ [Link]?ID_ REVUE=CEA&ID_ NUMPUBLIE=CEA_ 192&ID_ ARTICLE=CEA_ 192_ 0 835
Et hnicit é et t errit orialit é. Deux modes du vécu ident it aire chez les Teke du
Congo-Brazzaville
par Jean-Pierre MISSIÉ
| Edit ions de l’ EHESS | Cahi er s d’ ét udes af r i cai nes
2008/ 4 - n° 192
ISSN 0008-0055 | ISBN 9782713221859 | pages 835 à 864
Pour cit er cet art icle :
— Missié J. -P. , Et hnicit é et t errit orialit é. Deux modes du vécu ident it aire chez les Teke du Congo-Brazzaville, Cahi er s
d’ ét udes af r i cai nes 2008/ 4, n° 192, p. 835-864.
Distribution électronique Cairn pour Editions de l’EHESS .
© Editions de l’EHESS . Tous droits réservés pour tous pays.
La reproduction ou représentation de cet article, notamment par photocopie, n'est autorisée que dans les limites des
conditions générales d'utilisation du site ou, le cas échéant, des conditions générales de la licence souscrite par votre
établissement. Toute autre reproduction ou représentation, en tout ou partie, sous quelque forme et de quelque manière
que ce soit, est interdite sauf accord préalable et écrit de l'éditeur, en dehors des cas prévus par la législation en vigueur
en France. Il est précisé que son stockage dans une base de données est également interdit.
Jean-Pierre Missié
Ethnicité et territorialité
Deux modes du vécu identitaire
chez les Teke du Congo-Brazzaville
La question de l’ethnicité constitue l’un des thèmes les plus prolifiques
de la littérature historique, politique et sociologique africaniste de ces qua-
rante ou cinquante dernières années. Elle n’est pas épuisée pour autant et
mériterait d’être regardée avec circonspection. Dans le contexte étatique,
la dénomination ou l’évocation ethnique ne saurait être le seul critère de
mobilisation identitaire. L’organisation administrative territoriale qui intro-
duit d’autres référents identitaires représente un défi à la seule référence
ethnique, surtout lorsque ceux-ci sont instrumentalisés par les entrepreneurs
politiques. En clair, l’identité régionale (ou départementale) — une identité
politique — semble être plus pertinente, plus mobilisatrice que l’identité
ethnique au sens strict.
Lorsqu’on parle de conflits en Afrique, on pense le plus souvent aux
antagonismes interethniques. Or, l’observation minutieuse des affrontements
qui se sont déroulés au Congo tant dans ses limites issues du partage colo-
nial (Wagret 1963 ; Bernault 1996) qu’entre ce pays et ses voisins révèle
que les membres d’une même ethnie se sont violemment opposés : déjà en
1962, pour un but refusé au cours d’un match de football opposant l’équipe
nationale du Gabon à celle du Congo, les Teke, Punu, Vili, Kota, Nzabi et
autres Fang du Gabon avaient expulsé manu militari les Teke, Punu, Vili,
Kota, Nzabi et autres Fang du Congo. À l’inverse, et dans un esprit de
vengeance, les Gabonais du Congo, toutes ethnies confondues, et dans la
foulée les immigrés dahoméens (actuels béninois) avaient été chassés de
Dolisie, Pointe-noire et Brazzaville (Ollandet 2007). Deux ans plus tard, à
la suite d’une brouille entre le Congo-Léopoldville et la République du
Congo, Moïse Tshombé, Premier ministre du Congo-Léopoldville, expulsa
ceux de Brazzaville. On les installa dans un nouveau quartier que l’on
dénomma Tala Ngaï (Regarde-moi) — quartier devenu depuis le sixième
arrondissement de Brazzaville — et à Kombé dans la banlieue sud de Braz-
zaville (Missié 2007b : 72). De même, en 1993-1994, les Kongo-lari (Sundi,
Hângala, Kongo, Lari, Manyanga...) et les Teke du Pool avaient guerroyé
les Kongo lato sensu (Sundi, Bembe, Kugni, Dondo, Kamba, Minkenge...)
Cahiers d’Études africaines, XLVIII (4), 192, 2008, pp. 835-863.
836 JEAN-PIERRE MISSIÉ
et les Teke des « Pays du Niari »1. Récemment encore (1997 et 1998-1999),
les jeunes « Teke du Nord »2 (départements de la Cuvette-ouest et des Pla-
teaux) et Obamba, sympathisants ou non des partis du FDU3, ont massivement
intégré la milice ethnopartisane « cobra » du président Sassou Nguesso. Celle-
ci s’est affrontée aux jeunes teke, Ambamba4 et autres groupes ethniques
des départements du Niari, de la Bouenza et de la Lekoumou (désignés par
l’acronyme NiBoLek) membres des milices « cocoyes » et « mambas » du
président Lissouba. Ces miliciens « nibolek » ont d’ailleurs bénéficié vers
la fin du soutien de leurs « frères » du sud : les miliciens « ninjas » du lari-
teke Bernard Kolélas.
Toutes ces péripéties ont lieu, encore une fois, dans l’espace issu du
partage colonial. Car aujourd’hui, réalité juridique, le Congo devient une
réalité sociologique en ce que les Oubanguiens, les Kongo et les Teke (qui
se désignent d’ailleurs par Ngââ ntsiéè, que l’on peut traduire par autoch-
tone, propriétaire du sol) se sentent et se disent tous citoyens congolais,
même si les frontaliers sont souvent considérés comme moins congolais que
les « autres ».
Dès lors, étant donné que les ethnies ont été dispersées du nord au sud
et de l’est à l’ouest à travers plusieurs régions administratives5, comment
fonctionne le phénomène de l’ethnicité au Congo ?
Cette question se justifie par le fait que les conflits qui se déroulent au
Congo s’expriment ou s’extériorisent souvent en termes de conflits Nord/
Sud ou Mbochi/Kongo (1959 et 1997) ou en Pool/« Pays du Niari » (1993-
1994), selon la logique de la variation cyclique du schéma oppositionnel
(tantôt binaire, tantôt ternaire) qui émaille l’histoire politique du Congo.
Au-delà de cette imbrication ethnie/département, dans quelle mesure le
département est-il une réalité sociologique ?
1. Le terme « Pays du Niari » désigne l’espace drainé par le fleuve Niari. Mais
dans la pratique l’on exclut les districts et autres localités du Pool riveraines
dudit fleuve pour ne retenir que les départements de la Bouenza, du Niari et
même de la Lekoumou.
2. Dans l’imaginaire des Congolais, le Nord commence à partir des quartiers nord de
Brazzaville, notamment Tala Ngaï jusqu’aux confins de la Sangha et la Likouala
(frontières du Cameroun et de la RCA).
3. FDU : Front démocratique uni. Groupement des partis affiliés au PCT de Sassou
Nguesso.
4. Dans la Lekoumou, les Ambamba (pluriel de Ombamba) sont confondus aux
Kota, c’est-à-dire aux Woumvou, Ndasa, Mbangwè... Voir à ce propos Marcel
IPARI (2006 : 27). Un autre auteur avance que : « Les Ambedés qui officiellement
sont connus sous le nom d’Obambas, portent de nombreux noms différents sui-
vant la région qu’ils habitent. Mbetis dans la région d’Abolo, leur pays d’origine,
les Oumbetés de De Brazza, Embiri, Asimbende, à France-ville, Lastourville,
Zanaga, Sibiti, Mossendjo. Dans ces dernières régions on les appelle à tort Bako-
tas, sans doute parce qu’ils sont arrivés dans ces pays en compagnie de tribus
de race kota, les Mindassas et les Bangomos (1954). »
5. Les Teke sont désormais originaires du Niari, de la Bouenza, de la Lekoumou,
des Plateaux et de la Cuvette-ouest. Brazzaville est selon la loi, un département.
Ce terme remplace désormais celui de région.
LES TEKE DU CONGO-BRAZZAVILLE 837
Notre hypothèse est que l’histoire de la territorialisation du Congo qui
oscille entre les retraits et les ajouts, les transferts ou la dispersion des
ethnies explique les regroupements actuels. En d’autres termes, le degré du
sentiment d’appartenance départementale reste fonction de la durée de la
cohabitation, donc de l’histoire et de la culture communes, et de la posses-
sion de ce bien commun : le territoire. Cette proximité nous paraît plus
pertinente que l’appartenance à une même ethnie dont les variantes ont été
dispersées, éloignées, chacune ayant évolué dans la cohabitation avec d’autres
groupes, avec lesquels elle développe également le sentiment d’appartenance
départementale. Et la stratégie des leaders politiques dans la lutte pour la
conquête ou la conservation du pouvoir contribue à dessiner, à fixer et à
consolider les contours et donc, le cadre objectif dans lequel ils construisent
un sentiment d’appartenance (l’identité subjective) qui est une identité
politique.
Définir l’ethnicité à partir de l’ethnie est donc déroutant. Le départe-
ment, espace regroupant un ensemble de plusieurs fragments ethniques des-
cendant des chefferies et royaumes anciens, demeure une réalité plus vivante,
un référent identitaire plus pertinent que l’identité ethnique au sens strict.
Il convient de rechercher les facteurs historiques et sociopolitiques de pro-
duction et de reproduction de telles identités.
La perspective la mieux indiquée pour vérifier cette hypothèse est la
sociologie historique. Elle appelle le recours à la documentation de l’admi-
nistration coloniale et postcoloniale, à l’histoire et à la sociologie politiques
du Congo-Brazzaville. Le tout complété par l’observation quotidienne. Plu-
tôt que de recenser tous les inextricables cas de concurrence identitaire à
laquelle sont confrontées la plupart des ethnies, c’est dans la dialectique de
l’identité teke, prise dans le jeu de la partition territoriale de son espace
social et culturel (Gabon, Congo, RDC) et de son exclusion du champ poli-
tique comme possesseur de la terre, que nous comptons construire histori-
quement cet antagonisme entre les deux modes du vécu identitaire (ethnicité
et territorialité). Il convient avant tout de donner quelques indications sur
l’approche théorique additionnelle convoquée et de faire ensuite l’historique
de la construction de l’identité teke. Ce qui nous permettra d’examiner le
processus de leur exclusion politique. L’analyse de quelques facteurs de
blocage de l’émergence durable de l’identité teke transrégionale constituera
le dernier chapitre de notre étude.
Approche théorique
Identité ethnique, identité régionale et sentiment d’appartenance
L’appartenance simultanée à plusieurs groupes ou collectivités reste l’apa-
nage de tout individu. Du fait de cette multiplicité, celui-ci participe donc
à des identités collectives (de classe, de sexe, confessionnelle, ethnique,
838 JEAN-PIERRE MISSIÉ
régionale, nationale...) qui se chevauchent. Louis-Jean Calvet (2001) parle
d’« enchâssement des identités » pour désigner ces échelles de références
identitaires : l’ethnie (identifiable par la langue), la nationalité (devant un
étranger). René Otayek (s.d.) évoque plutôt l’idée d’une identité plurielle
qui « rend compte d’une multiplicité de répertoires — affectif, utilitariste,
manipulatoire, etc. ».
Mais, au-delà de leur multiplicité, les appartenances groupales ne susci-
tent pas toutes et au même moment « chez les membres le même degré
d’adhésion ou le même sentiment d’appartenance » (Javeau 2003 : 2). Tantôt
elles sont manifestes, tantôt elles se trouvent en état de latence. Il y a des
conditions, des facteurs de production ou de cristallisation de tel ou tel type
de référence identitaire. De façon générale l’on peut considérer que l’identité
collective comporte un aspect objectif (le territoire, la langue, ou autres
traits distinctifs qui existent indépendamment de l’individu, c’est-à-dire des
supports identitaires) et un aspect subjectif, c’est-à-dire la représentation
par le groupe de cette existence objective, le sentiment d’appartenance. Mais
la conscience d’une appartenance collective, en d’autres termes l’identité
collective ne peut émerger du jour au lendemain. Elle se forge dans le temps.
C’est un processus.
Dans cette optique l’on peut relever avec Delpeuch (1996), l’importance
dans la construction identitaire de deux dimensions étroitement imbriquées
que sont le temps et l’espace. Cette construction est d’autant plus facilitée
que les individus communiquent dans la même langue, soit-elle véhiculaire.
Par ailleurs, les différentes modifications subies par la région (partage
colonial, divisions administratives) peuvent faire que des entités ethniques
soient scindées, ajoutées à d’autres. Une période de cohabitation est alors
nécessaire pour que les nouveaux voisins collaborent, développent des inté-
rêts communs liés à ce « nouveau territoire » et donc, réécrivent une nouvelle
histoire, produisent une nouvelle culture, se sentent appartenir à une même
communauté partageant le même terroir. Et certainement la même langue.
Mais, il peut arriver aussi que dans le cas d’un éloignement durable du
territoire d’origine la communauté ait tendance à se désagréger et à perdre
l’« esprit communautaire », le sentiment d’appartenance à la même collecti-
vité que celle restée dans l’ancien territoire. Même lorsque ce sentiment
existe, il demeure vague, faute d’appui matériel, d’espace de référence. Car
les agents sociaux s’identifient plus facilement à ceux qui leur sont proches
géographiquement, ceux qu’ils côtoient depuis des décennies ou des siècles
qu’à ceux qu’ils ne croisent plus que rarement ou plus du tout.
Ainsi, bien que l’on garde le souvenir vague d’une appartenance à une
grande communauté ethnolinguistique du temps où le clan ne connaissait pas
de frontière (Pourtier 2006), il peut se développer une altérité du genre Teke
du nord/Teke du sud ; Teke-tsayi/Tegue ; Teke de Kinshasa/Teke de France-
ville, etc. Dans ce cas, le sous-groupe déterritorialisé n’a souvent comme seul
moyen pour survivre que « de se constituer un nouveau territoire [un terri-
toire-sanctuaire], si infime soit-il, et s’il ne le peut, de s’en recréer un, ailleurs,
dans le rêve et dans le mythe » (Garnier 2004 : 6).
LES TEKE DU CONGO-BRAZZAVILLE 839
Stratégies de production et de pérennisation du sentiment
d’appartenance
Les stratégies de construction, de consolidation et de reproduction identi-
taires convoquent essentiellement l’histoire, la politique et l’imaginaire.
En effet, le pouvoir postcolonial entérinant l’œuvre coloniale s’est inscrit
dans une logique de fusion identitaire : anciens descendants des chefferies
des « gens d’eau » (les Oubanguiens), sujets des résidus des royaumes de
Makoko et de Koongo avec ses vassaux de Loango-Kakongo-Ngoyo sont
obligés de partager le même espace national (et la même langue : le fran-
çais). Ce travail d’imposition identitaire et de catégorisation ethnique à tra-
vers les cantons et les terres avait fini par figer des identités naguère fluides
(Otayek s.d.). Depuis, elles « naviguent » au gré des recompositions admi-
nistratives territoriales. Et c’est à travers leurs discours et stratégies électo-
rales que les acteurs politiques mobilisent des populations d’une aire constituée
de différents départements qu’ils coalisent dans des camps politiques.
Ainsi, outre le temps, l’espace et la langue, l’on peut citer également
le rôle de l’homme. Si la territorialité est le sentiment d’appartenance à un
territoire avec les attitudes et comportements qui lui sont liés, l’ethnicité
est le sentiment, mieux, la conscience d’appartenir à une ethnie (c’est-à-
dire un groupe dont les membres partagent la même langue et croient avoir
par ce fait la même origine) et les représentations, donc les attitudes et
comportements qui les différencient des « Autres ». Le problème est que
ces deux types de sentiment sont souvent mobilisés, instrumentalisés généra-
lement dans le cadre de la lutte pour le pouvoir. Autrement dit, la solidarité
que suscite le sentiment d’appartenance limité à un territoire (le départe-
ment) est étendue à une aire plus large. Or, ici nous nous intéressons au
département en tant que territoire partagé par une pluralité d’ethnies, donc
support identitaire de plusieurs groupes. En clair, les acteurs produisent des
imaginaires à travers lesquels ils compartimentent le territoire national en
mettant ensemble plusieurs départements. De sorte qu’ils se servent de sup-
ports existants pour suggérer, mettre en exergue, imposer par une violence
symbolique une identité naguère latente : zone nord/zone sud ; Pool ;
« Grand Niari » voire « Nibolek » ou « Niboland », « Gens d’eau ». C’est
une ethnicité politique (Bernault 1996 : 362) ou alors une territorialité
politique.
Construction, déconstruction et reconstruction des identités teke
Le groupe teke très présent dans plusieurs départements n’a encore pu s’im-
poser comme force politique car les départements et coalitions départemen-
tales constituent les référents principaux. C’est ce que nous enseigne l’histoire
de ce groupe.
840 JEAN-PIERRE MISSIÉ
Période précoloniale : le royaume de Tio
et l’invasion nsuundikoongo
Venus du Nord-Ouest, les Teke auraient occupé les plateaux sur lesquels
ils fondèrent leur royaume dès le VIIe siècle alors que le royaume voisin du
Kongo ne fut fondé qu’au XIIe siècle. Le royaume teke s’étendait de l’actuel
Gabon à l’actuelle RDC (OIF). Jusqu’à ce jour les Teke se retrouvent au
centre-sud du Congo, à l’est notamment à la frontière du Gabon et à l’ouest,
c’est-à-dire de l’autre côté du fleuve Congo, notamment entre le Kasaï, au
nord, et l’Inkissi et le Kwango au sud (Ngoïe-Ngalla 2007 : 17). Rangés
par Guthrie dans le groupe B, ils se partagent cet espace avec leurs sous-
groupes, y compris leurs cousins les Eshira-ndumu classés B40, B50, B60
(Bapunu, Bandzebi, Batsengui, Bawumvu). Comme le montre Ngoïe-Ngalla,
leur dispersion territoriale est en partie liée à trois types de facteurs : le
facteur démographique, l’intervention des armes à feu et ce qu’il désigne
par facteur psycho-affectif. Qu’est-ce à dire ?
Le territoire teke s’arrêtait aux temps anciens, à la porte de Boko, au
sud de la Foulakari, ainsi qu’en témoignent les toponymes et les hydronymes
(ibid. : 35). L’on trouve encore vers Kindamba-Ngouéri (dans le Pool) des
noms de forêts ou de rivières à consonance teke : Nga bampani ; Bwa bum-
pouo ; Nga bankala ; Manien, Nsiè ni biri.
Les hommes de ntotila s’installèrent progressivement dans la région du
territoire teke comprise entre les terres des Fumu — du reste très vastes,
très fertiles et peu peuplées (ibid. : 35)6 — et Brazzaville. Cette ruée des
lignages et villages koongo venant des terres ingrates vers les terres teke
et eshira-ndumu (ibid. : 60), ruée consécutive à la traite des esclaves, les mit
progressivement en position de dominateurs des aborigènes (ibid.). Devenus
nombreux surtout à partir des XVIIIe et XIXe siècles (ibid. : 37), ils réussirent
à phagocyter les « Ngâ ntsièe » (« propriétaires du sol ») par l’infiltration
et par la mise en gage. « Les Tékés [...] furent expropriés, absorbés, puis
repoussés de plus en plus vers le Nord » (Kinata 2001 : 8). Ils nourrissaient
alors un complexe d’infériorité au point de cacher leur identité. D’ailleurs,
le processus de fusion des Fumu (Teke), des Koongo et des Suundi dans
la région de Brazzaville aboutit vers la fin du XIXe siècle à la naissance
du sous-groupe koongo appelé lari, ou laadi (Ngoïe-Ngalla 2007 : 37 ;
Gaulme 2000).
« Au XIXe siècle ce royaume était alors réduit à son noyau central, le
Tyo Kingdom » (Ollandet 2007 : 45). Les Tio, les Anzicana ou Anzico (en
teke Andzindziu ou Nzikou) sont les ancêtres des Teke (ou Bateke), sujets
du roi Makoko (Gaulme 2000 ; Ollandet 2007). D’autres Tio, les Teke-Tsayi
vivent avec les Lali, « dans la forêt, où les remous de la traite au XIXe siècle
amenèrent de nombreux fragments de peuples venus du nord, de l’actuel
6. C’est le droit d’acheter des hommes, droit accordé aux Portugais par Afonso Ier
après la bataille d’Ambuila en 1665, qui entraîna une poussée générale des popula-
tions de l’intérieur, attirées par une côte où se concentrait la richesse (GAULME 2000).
LES TEKE DU CONGO-BRAZZAVILLE 841
Gabon » (Dupré 1990 : 1). Partis des « plateaux batéké », peut-être au début
du XVIe siècle, ces Teke-Tsayi se lancèrent dans l’exploitation des gisements
de fer situés au nord-est de Komono (mines de Zanaga). Cette activité autour
du mont Lékoumou, vers Mbinda ouvrit la route aux migrations des peuples
du Nord : les Duma (Nzabi), les Akele (Ngomo et Wumbu), les Kota (Ndasa),
puis les Obamba (Dupré 1990).
Pour Elikia M’Bokolo (1992) le Royaume tio serait vraisemblablement
issu de l’agrégation des petites unités territoriales et politiques au profit de
l’une d’elles et d’un « grand homme », le roi, appelé Makoko. Unités territo-
riales qui seraient, selon Ndaywel è Nziem (1998), les ruines d’un très
ancien royaume appelé N’guunu, du nom de l’ancêtre mythique qui aurait
engendré les groupes aujourd’hui dispersés dans l’actuel sud du Congo et
ceux venant du royaume koongo. N’guunu serait situé sur le Pool Malebo.
L’agrégation de ces unités pour former le nouveau royaume du Makoko
aurait eu lieu vers le XVIe siècle (Ndaywel è Nziem 1998 ; M’Bokolo 1992 ;
Ayimpam 2006). Makoko résidait à Mbé, sur la rive septentrionale, mais
avait des représentants ou des chefs de terre (N’ga ntsii ou N’ga ntsie) tel
que le chef teke Ngobila (nom donné à l’actuel beach de Kinshasa), et autres
dignitaires installés sur la rive méridionale et occupant des terres appartenant
aux Bahumbu. Le fief de Ngobila se serait situé au XVIIe siècle approximati-
vement à l’emplacement du village de Ntsasa ou Nshasa, nom auquel les
Koongo auraient ajouté le préfixe Ki (Kinshasa) au XIXe siècle. Des villages
teke ou humbu subsistent encore sous forme de quartiers de Kinshasa. C’est
le cas de Kintambo (Ntamo), Kingabwa (Ngabwa) (Ayimpam 2006).
C’est le chef Ngaliema, du village proche de Kintambo, qui céda le
territoire au Roi Léopold. D’où son nom actuel de Mont Ngaliema (ibid.).
Sur la rive septentrionale, c’est-à-dire du côté de l’actuelle République
du Congo, il y avait deux grands villages dont l’activité commerciale était
importante (ibid.) : Mfwa (nom par lequel les Teke continuent de désigner
Brazzaville) et M’Pila, le quartier industriel de Brazzaville.
L’opposition viscérale des Teke aux corvées imposées par l’administra-
tion coloniale belge fut à l’origine des démêlés qui les obligèrent à organiser
un exode massif vers l’autre rive. C’est en 1891 que le chef Ntsuvila de
Kinshasa, le chef Bankwa de Ndolo ainsi que leurs sujets abandonnèrent
les villages teke de Kintambo, de Kinshasa, et de Ndolo et demandèrent asile
en s’engageant à respecter l’autorité française. Ils traversèrent le fleuve pour
se réfugier sur la rive septentrionale. On leur accorda une terre à M’pila où
ils reconstruisirent un village. Le chef Ngaliema de Kintambo traversa aussi le
fleuve pour se réfugier sur l’autre rive quelques temps après (Ayimpam 2006).
La ruée des Teke vers le Nord
Les notables teke et eshira-ndumu vendirent des hommes non seulement
aux Koongo mais aussi aux Bubangi (Ngoïe-Ngalla 2007 : 48). Ainsi, les
Teke (Bangangoulou, Tegue) subirent du côté de la frontière nord-est
842 JEAN-PIERRE MISSIÉ
(l’Alima) la pression des Bubangi, les « gens d’eau ». Ils perdirent ainsi
une grande partie de leur territoire : le confluent de l’Alima au profit des
Moï, et la boucle de l’Alima. Les Tegue furent obligés de reculer plus au
Nord (ibid. : 39-41).
Sur le flanc nord de l’aire culturelle teke le brassage a débouché sur
des affinités entre Bangangoulou Tegue et Mbosi ; « Ces terres passées aux
Mbosi, aux Moï, aux Kuyu et aux Makwa, peut-être depuis plus d’un demi
millénaire au moins portent en effet une profonde empreinte de la culture
de leurs aborigènes bangangoulou et tegue obligés de reculer devant des
voisins qui compensent leur petit nombre par une singulière audace » (ibid. :
70). Ngoïe-Ngalla recense d’ailleurs quelques anthroponymes communs ayant
des significations identiques entre les Bangangoulou et les Mbosi : « Les
Elion, Ebata, Ngankwe, Ossibi, Ondon, Etou, Ngantsio, Ondial, Ompango,
Mban des Bangangoulou sont repris par les Mbosi chez qui ils deviennent
Elenga, Ibara ou Ibata, et Ebara, Ngakosso, Ossébi, Ondongo, Itoua, Ngatseke,
Mondele, Mompango, Mbama » (ibid. : 71).
À l’arrivée du colonisateur français, ces expansions ethniques furent
gelées (Gaulme 2000). Ainsi, au cours du XIXe siècle sur le fleuve Congo
et son affluent, l’Oubangui, les Bubangui, puis les Mboshi se trouvèrent en
position de dominateurs sur les Teke. Du côté du Congo belge, ce sont les
Ngbandi qui prirent le dessus (ibid.).
L’atlas linguistique de l’Afrique centrale inventorie aujourd’hui une
quinzaine de dialectes teke mutuellement intercompréhensibles (Cerdotola
1987 : 30) : ibali (sur la rive droite du fleuve Congo), ifuumu (Brazzaville
nord), iwuumu (nord-ouest de Brazzaville, Pool), ilaali (Bouenza), iyaa
(situé entre le Kibembé et le Ilaali, Lékoumou), etsyee, gecaayi ou tsaayi
(district de Bambama. En fait on les trouve à Mossendjo), ityoo (Kingoué
et Kindamba), iboô (Boma, Plateaux), inzinzyu (ou nzikou de Djambala),
kiküwä (koukouya de Lékana, Plateaux), engungwel (ngangoulou de Gam-
boma, Plateaux), keteye (Teke-Kaki et Njinjini), keteye, ngu ngwoni (Braz-
zaville sud), nci ncege (Baboma ou Mbô, Djambala sur l’axe Abala-
Djambala), tee (Boundji, Ewo et Okoyo, Abala). Ces derniers sont les Teke-
Alima (de part et d’autre de l’Alima) (Cerdotola/ACCT 1987 : 30-35).
Or, les terres teke du Pool constituent désormais le support identitaire
des Kongo-lari qui ne manquent pas d’occasion pour marquer leur attache-
ment. Même s’il semble que la déchirure causée par la perte du terroir
ancestral soit mal vécue. C’est ce qui explique l’évocation constante par
des Kongo des deux Congo et de l’Angola de Kongo-dia ntotila, terre d’ori-
gine, mais désormais mythique. Discours massivement exploité par des
mouvements politico-religieux comme le Bundu dia Kongo (BDK) et autres
« ngounzisme ». BDK qui a défrayé la chronique en janvier, février et mars
20087.
7. Courant le premier trimestre 2008, Radio France internationale et les radios de
la RDC ont fait un large écho des mouvements antichrétiens des adeptes du BDK.
LES TEKE DU CONGO-BRAZZAVILLE 843
Toutefois, fortes de cette cohabitation séculaire, les ethnies du Pool (sauf
les Teke de Ngabé) nourrissent un sentiment puissant d’appartenance commu-
nautaire. Sentiment que favorise l’usage de la langue véhiculaire du Pool :
le lari, langue de communication dans les quartiers de Bacongo et Makélékélé.
Les Teke du Niari, de la Bouendza et de la Lekoumou ont comme langue
véhiculaire le kituba. Et ceux de la partie septentrionale parlent lingala. Ce
qui veut dire que tous les sous-groupes teke se sont forgé chacun une iden-
tité selon le nouveau territoire occupé.
La dialectique territorialité-ethnicité à l’époque coloniale :
la question du Haut-Ogooué
La colonisation a effectivement fixé les contours du Congo après plusieurs
remodelages (Gaulme 2000). Mais après la conférence de Berlin en 1885
qui reconnut les droits de la France sur la rive droite du fleuve Congo, et
avant la création de l’AEF le 15 janvier 1910 (Bambi 1980), les deux terri-
toires du Gabon et du Congo n’en formaient qu’un seul, le « Gabon-Congo »
ou Congo français (Rabut 1989) et se retrouvaient sous l’autorité de l’explo-
rateur Pierre Savorgnan De Brazza alors commissaire général. Puis, la colo-
nie gabonaise fut confiée à Ballay. Ces deux hommes se détestaient et à
travers eux, les colonats respectifs, pour des questions d’intérêt. D’abord
parce qu’en 1904, le centre de décision de l’espace Gabon/Congo se déplaça
à Brazzaville, et que plus tard le tracé du chemin de fer retenu par Victor
Augagneur fut celui du fleuve Congo à l’océan Atlantique. C’est le Gabon
qui fournit d’ailleurs le gros de la main-d’œuvre des travaux dudit chemin
de fer (Ollandet 2007 : 35). Il faut y ajouter « la violence de la campagne
militaire, déclenchée depuis Brazzaville par le gouvernement gaulliste contre
la colonie vichyste, d’octobre à novembre 1940 [...] » (Bernault 1996 : 117).
Toute l’histoire de la territorialisation semble matérialiser les conflits
ou les animosités entre les deux colonats. À partir de 1920, des réorganisa-
tions administratives importantes firent basculer des villages et des régions
entières tantôt dans une colonie, le Gabon, tantôt dans l’autre, le Moyen-
Congo (Ollandet 2007 : 34). Ainsi, les Africains de cette contrée connurent
une instabilité identitaire.
Comme la plupart des associations telles que l’Abako (Association des Bakongo),
ce mouvement « mystico-politico-religieux » revendique non seulement le retour
aux religiosités locales, mais également la réhabilitation du « Congo central »,
c’est-à-dire regrouper sur les terres ancestrales tous les descendants de l’ancien
royaume du Kongo : les Kongo des deux Congos et de l’Angola. Sous l’instiga-
tion de leur leader, le député non moins intellectuel baptisé Ne Muanda Nsemi,
les adeptes du BDK avaient organisé dans le Bas-Congo (RDC) des assassinats
de tous ceux qui osaient afficher leur allégeance aux religions venues d’ailleurs,
notamment le protestantisme et le catholicisme.
844 JEAN-PIERRE MISSIÉ
CIRCONSCRIPTIONS ADMINISTRATIVES DU CONGO DE 1913 ET 1920
Source : Gilles Sautter (1966 : 180).
C’est en 1921 que la circonscription Haute-Alima (avec Franceville
comme chef-lieu) fut rattachée au Moyen-Congo en remplacement du Haut-
Ogooué qui faisait partie du Gabon à la suite des premières réformes qui
avaient donné naissance à l’AEF (ibid).
Ici les Teke sont présents dans les circonscriptions administratives de
Louéssé, Bouendza, Batétés, Djoué, Bacongo, Pool en 1913, la Louéssé, la
Bouendza, Batéké-Alima, et le Pool en 1920.
Dans les circonscriptions administratives de 1921, les Teke se retrouvent
dans la Bouendza-Louéssé, l’Alima-Léfini et le Pool et, en 1933, on les
trouve dans la Bouendza-Louéssé, le Haut-Ogooué, l’Alima-Léfini, le Bas-
Congo et la subdivision autonome de Brazzaville.
LES TEKE DU CONGO-BRAZZAVILLE 845
CIRCONSCRIPTIONS ADMINISTRATIVES DU CONGO DE 1921 ET 1933
Source : Gilles Sautter (1966 : 181).
Après la prise du pouvoir à Brazzaville par les gaullistes, qui du reste
avaient entraîné les Gabonais dans la résistance pendant la Seconde Guerre
mondiale, et les péripéties électorales de 1945, les animosités entre les colons
français, entre Brazzaville et Libreville allaient avoir des répercussions.
846 JEAN-PIERRE MISSIÉ
En effet, les premiers hommes politiques africains des deux colonies
allaient s’opposer lors des élections de 1946. Jean-Félix Tchicaya bénéficia
du déséquilibre démographique entre les deux colonies pour être élu au
deuxième collège (réservé aux Africains) comme représentant de la circons-
cription du Congo et du Gabon. Mais le candidat malheureux, le Gabonais
Hilaire Aubame, alors président du conseil municipal du quartier Poto-poto
à Brazzaville, contesta ces résultats. Les Gabonais décidèrent alors d’auto-
rité de scinder la circonscription en deux pour séparer les deux colonies
(Ollandet 2007 : 38-39).
Le gouverneur général de l’AEF cautionna en quelque sorte cette scission
car pour donner satisfaction au recours introduit par les Gabonais sans trop
s’éloigner des textes en vigueur, il proposa à la métropole un rééquilibrage
de la population entre les deux colonies. Cela se traduisit par le retrait de
Franceville et sa région du Moyen-Congo pour les rattacher à nouveau au
Gabon. C’est le sens de l’arrêté du 16 octobre 1946, créant la circonscription
du Haut-Ogooué et rattachée au Gabon (ibid : 39-40). Donc, le Haut-Ogooué
au sud-est a été congolais de 1925 à 1946 (Gaulme 2000 ; Ollandet 2007 :
37). Le rattachement de cette région au Gabon peut être interprété comme
étant la vengeance des milieux d’affaires de Libreville sur ceux de Brazza-
ville (Ollandet 2007 : 41).
Une fois de plus, les populations allaient être séparées. Ce qui était
ressenti par les Teke, notamment les chefs coutumiers de la région comme
un déchirement douloureux (ibid : 45). Le Haut-Ogooué (avec Franceville,
Okondja) et l’Alima Léfini (Ossélé, Gamboma, Djambala) étaient des ter-
roirs teke. D’ailleurs, les populations du Moyen-Congo, les Teke principale-
ment qui revendiquaient le rejet de cette mesure arguaient des « liens de
civilisation qui les unissaient aux autres peuples du bassin congolais »
(ibid. : 43) ou pour les Gabonais, « [...] leur histoire et leurs liens ethniques
qui les rattachaient davantage aux groupes congolais » (ibid. : 44). C’est à
partir de 1950 que l’on commença à parler de « régions administratives et
de districts » et que le Moyen-Congo prit sa forme rétrécie actuelle (sans
Franceville, Berberati, Carnot) (Sautter 1966 : 182).
Jusqu’en 1957, par exemple au grand conseil de l’AEF, et même après
l’Indépendance de 1960, cette zone n’a cessé d’être revendiquée.
C’est ainsi que pour dissiper les malentendus entre ces deux anciennes
colonies désormais indépendantes sous la forme de la dernière division de
1947, il fut organisé un match de football, mais qui aboutit à « des pogroms
urbains réciproques » (Bernault 1996 : 357). Après un premier tour joué à
Libreville et remporté par le Gabon au score de deux buts à un, un match
retour se joua au stade Éboué de Brazzaville. Le Congo gagna par trois
buts à zéro ; mais le troisième but fut refusé car l’arbitre était accusé d’im-
partialité. Les autorités de Brazzaville réussirent à contrôler la colère des
jeunes Congolais. Mais, dès leur retour au Gabon, les joueurs firent circuler
des rumeurs qui amplifièrent ces légères altercations. La réaction la plus
mémorable au-delà de la grande campagne de xénophobie et des attaques
LES TEKE DU CONGO-BRAZZAVILLE 847
CARTES DU CONGO DE 1934 ET 1950
Source : Gilles Sautter (1966 : 182).
contre des ressortissants congolais, s’est manifestée le 21 septembre 1962,
par l’expulsion des villages et villes du Gabon de 600 personnes préalable-
ment parquées dans les entrepôts des deux ports. Portant au cou un morceau
de planche ayant un numéro matricule, elles furent éconduites à Pointe-
noire à bord d’un bateau français (Ollandet 2007 : 52). À leur arrivée, ces
« martyrs du Gabon » suscitèrent l’indignation de la population congolaise
qui décida spontanément de se venger sur les Gabonais présents au Congo,
confondant même les Dahoméens (actuels Béninois) et les Togolais, le
thème de mobilisation étant la question de la région usurpée : Franceville
(ibid : 53).
Toutes ces péripéties qui consacrent une imprégnation progressive des
consciences et de l’espace (Bernault 1996 : 357) ont fait oublier pour un
848 JEAN-PIERRE MISSIÉ
temps l’autre division administrative territoriale qui a contribué à séparer
une fois de plus les ethnies. Et ce nouveau cadre semble servir de support
identitaire spécifique. C’est ici que l’on peut observer le rôle des entrepre-
neurs politiques dans une construction identitaire minimisant l’identité teke
et amplifiant en revanche la référence au département ou à la coalition de
certains départements. L’on distingue alors les Teke du Nord, c’est-à-dire
concrètement les Teke du Centre (le département des Plateaux) et ceux de
la Cuvette-ouest (les anciens Teke-Alima) d’une part, des Teke du Sud
essentiellement concentrés dans les départements du Niari, de la Bouendza
et de la Lekoumou reconnus sous l’acronyme NiBoLek (forgé en 1991 par
les acteurs politiques de l’Upads, parti du professeur Pascal Lissouba).
En 1934, le Niari et le Haut-Ogooué gabonais formaient le Niari-
Ogooué. Il avait comme chef-lieu Dolisie, et les chefs-lieux de subdivisions
étaient alors les terroirs teke, kota ou obaamba (Franceville, Zanaga,
Mossendjo, Sibiti) et Kougni (Ntima).
La territorialité : une construction des entrepreneurs politiques
L’histoire précoloniale et coloniale en ce qu’elle révèle les dispersions des
entités ethnoculturelles et leurs regroupements dans des espaces étatiques,
puis celle de la territorialisation postcoloniale du Congo rendent compte
d’une construction identitaire spécifique. Cela veut dire que non seulement
la proximité géographique, la cohabitation et la participation à des activités
communes ont généré « une parenté linguistique que l’histoire même récente
à laquelle les uns et les autres se réfèrent, confèrent une identité ethno-
géographique » (Missié 1986 : 211), mais aussi et pour des besoins électoraux,
que des acteurs politiques se forgent des bastions ethniquement hétéroclites.
Ils s’activent à susciter chez les ressortissants de ces entités géographiques
un sentiment d’appartenance à une même aire imaginée comme une même
communauté géo-linguistique, culturelle, ou en mobilisant une hypothétique
histoire commune. Or, comme le montre si bien Fabrice Weissman (1993 :
91) « Bien qu’ils soient caractérisés par une forte hétérogénéité ethnique,
les bastions électoraux n’en ont pas moins développé une conscience identi-
taire ». Donc c’est aussi par le jeu politique de consolidation de la conscience
identitaire départementale que nous pourrons examiner la concurrence entre
les deux modes de vécu identitaire (ethnicité et territorialité) chez les Teke.
Le conflit fondateur de la division Nord/Sud
D’abord, il convient de retenir que l’histoire de la lutte politique depuis
l’instauration après 1945 de l’élection comme mode de désignation des auto-
rités met en scène les stratégies de mobilisation génératrices des identités
transethniques mais limitées. C’est-à-dire qu’en fait d’ethnies, il s’agit plutôt
LES TEKE DU CONGO-BRAZZAVILLE 849
de coalitions hétéroclites d’ethnies fédérées dans un ou plusieurs départe-
ments. Ces coalitions (Nord, Grand Niari, Pool, etc.) forment des bastions
ayant développé une conscience identitaire.
C’est la leçon que l’on peut tirer des différentes échéances de 1951 à
1959 et qui révèlent que par stratégie électorale les leaders politiques se
fondaient sur l’ethnie (Wagret 1963 ; Bernault 1996).
En effet, les Kongo-lari votaient pour un absent, André Grenard Matswa,
leader de l’Amicale des Africains, pourtant mort depuis 1942, mais qu’on
croyait comme encore en vie. On disait alors qu’ils votaient pour les os
(bihissi). En 1952 par exemple, le vote abstentionniste des partisans de
Matswa s’éleva à 36,5 %.
Cette élection révèla une première bipolarisation entre le PPC des Vilis
Jean-Félix Tchicaya et Stéphane Tchitchelle d’un côté, et la SFIO du Mbosi
Jacques Opangault de l’autre. Les Teke des Plateaux et les ethnies des
régions du Nord votaient pour le candidat de la SFIO/MSA, Jacques Opangault.
Ce, malgré les tentatives de séduction par la section congolaise du RPF — ou
l’UDDIA plus tard — qui s’appuyaient sur le Roi, ignorant que celui-ci ne
pouvait influencer les électeurs teke.
L’on peut ensuite observer que dès l’arrivée du Kongo-lari, l’abbé
Fulbert Youlou sur la scène politique en 1956, il y eut un report de voix
des électeurs de Matswa, vers l’UDDIA8, son parti. L’UDDIA obtint ainsi le
même score que lors du vote abstentionniste de 1951 : 27,5 %/27,6 %.
En 1956 c’est l’alliance PPC-MSA qui gagna 23 sièges contre 22 pour
l’UDDIA. Cette alliance s’élargit plus tard jusque dans une partie du Niari,
notamment en zone kougni (axe Loudima-Makabana) à travers le GPES de
Simon Pierre Kikhounga Ngot. En revanche, l’axe route du Gabon repré-
senté par Victor Sathoud d’ethnie lumbu soutenait l’UDDIA. « Ce n’est
qu’après que l’Abbé eut pris le pouvoir en novembre 1958, lorsque les
bénéfices du soutien à l’UDDIA devinrent évidents, que les Plateaux (et les
Batéké de Brazzaville) basculèrent vraiment dans l’escarcelle du parti »
(Bernault 1996 : 277).
La deuxième bipolarisation est consacrée par les élections législatives
de 1959, élections qui interviennent après une guerre civile. Celle-ci met
aux prises d’un côté le MSA qui regroupe essentiellement les originaires du
Nord Congo (sauf la Sangha) et une partie du Niari et du Kouilou du fait
de l’alliance d’Opangault avec le leader du GPES ; de l’autre l’UDDIA regrou-
pant en majorité les originaires du Pool et accessoirement de la Sangha et
du Kouilou.
Sur le plan imaginaire, la guerre de février 1959, transformée sur le
terrain en conflit Nord/Sud ou dans l’amalgame mbosi/kongo, a effective-
ment divisé ce pays en deux (Wagret 1963 ; Bernault 1996). La configura-
tion de Brazzaville en quartiers des Kongo/quartiers des Mbosi en est une
illustration.
8. UDDIA : Union pour la défense des intérêts des Africains ; RPF : Rassemblement
du peuple français.
850 JEAN-PIERRE MISSIÉ
Si le Sud correspond à peu près à l’ancienne « circonscription », dénom-
mée selon un décret de 1931 Bas-Congo (Kouilou, Brazzaville, Mayama,
Mouyondzi, Madingou, Mindouli, Boko), en réalité il y a une autre subdivi-
sion imaginaire : Pool ; « Grand Niari » et Kouilou (Missié 1986 : 313). Et
le Nord pour les agents sociaux commence des quartiers nord de Brazzaville
jusqu’à la frontière du Congo avec les Républiques centrafricaine et camerou-
naise. Ces bastions semblent avoir plus d’impact que l’appartenance ethnique.
Après les affrontements de 1959, et en prévision des élections législa-
tives du 14 juin de la même année, l’abbé Fulbert Youlou procède à un
découpage des circonscriptions électorales qui noient les électeurs bacou-
gnis, fidèles à Kikhounga Ngot, dans une grande circonscription Kouilou,
Kouilou-Niari, Niari-Bouendza (16 députés). De même, les électeurs de
l’Alima Lefini et, plus particulièrement, ceux du district d’Abala tradition-
nellement favorables au leader du MSA, Jacques Opangault, sont rattachés
à une immense circonscription Pool, Djoué, Alima Lefini (25 députés) plutôt
proches de l’UDDIA et donc, de l’électorat Bas-Congo (Wagret 1963 : 90).
Mais il faut dire que la consigne de vote donnée en 1961 par Opangault
par souci de réconciliation était suivie tant par les Mboshi que par ses élec-
teurs teke et gangoulou. Ils votèrent à l’unanimité pour Fulbert Youlou
(ibid : 106-107).
Pendant près de trois décennies, l’imaginaire des acteurs sociaux était
travaillé par cette division de 1959. Ils tendaient à orienter leur comporte-
ment en fonction de ce schéma, du reste réactivé par les guerres de 1997-
2001, et par le mode de gestion bureaucratico-ethnolignagère du pouvoir
par les régimes successifs tant monolithiques que prétendument démocra-
tiques. Dès lors, tout acte politique, toute nomination n’étaient perçus que
sous cet angle Nord/Sud. Ce sont ces identités construites, consolidées dans
l’ombre qui vont émerger à la faveur du processus de démocratisation,
notamment à la conférence nationale de 1991.
L’invention du « Grand Niari » ou « Nibolek »
En ce qui concerne la construction de l’identité « Grand Niari », il faut
remonter à la création en mai 1934 par Albert Dolisie de la ville qui porte
son nom, ville qui devient, « la capitale informelle » du « Grand Niari », le
point de rencontre des populations des « pays du Niari ». Regroupant des
ethnies diverses en raison de l’ouverture favorisée par les travaux du chemin
de fer (1921-1934 et 1961), cette ville a subi de plein fouet la pénétration
marchande, l’imposition du salariat et l’émergence des premières luttes
sociales. Tous ces faits ont été porteurs d’un sentiment d’appartenance ayant
valeur de transcender les origines socio-ethniques. Mais les passions poli-
tiques de l’ère coloniale (1956-1960), notamment la guerre de 1959 ont
réajusté ces sentiments, chaque acteur ayant été amené à se recroqueviller
dans sa communauté restreinte (Rey 1971).
LES TEKE DU CONGO-BRAZZAVILLE 851
L’évolution cartographique montre que les populations des trois régions
du Niari, de la Bouenza et de la Lekoumou, ont cohabité dans le cadre des
circonscriptions, des départements ou des régions administratives. Certes,
en 1946, le Niari avait voté PPC. Mais en 1957, le Niari était divisé entre
trois factions : le PPC représenté par Pierre Goura (30 %), le GPES de Kikhounga
N’got (50 %) et l’UDDIA (20 %). Il n’y avait donc pas d’unanimité même
au sein d’un lignage (Bernault 1996 : 272-273). Pourtant ces identités cir-
constancielles n’ont pu effacer la solidarité née de la cohabitation durable
de ces groupes.
Donc, même s’il existe désormais (depuis 1967) trois régions à savoir,
le Niari, la Bouenza et la Lékoumou, la mémoire collective des générations
des années de la colonisation remet constamment à l’ordre du jour la solida-
rité, la parenté fictive, fruit de la cohabitation des ethnies du Niari-Ogooué
de 1934, puis du Niari de 1947-1950 et, à partir de 1964, des ressortissants
de la Letili (Zanaga, Bambama), de la Nyanga-Louéssé (Mossendjo, Dive-
nié, Mayoko), du Niari (Dolisie, Loudima, Kimongo, Kibangou), de la
Bouenza-Louéssé (Sibiti, Komono) et du Niari-Bouenza (Madingou, Jacob,
Mouyondzi, Boko-Songho). Hormis quelque parenté linguistique des sous-
groupes teke (Tsayi, Yaka, Lali), kota (Ndassa woumvou) et nzabi-mbédé
(Tsangui) d’une part, et des sous-groupes kongo (Kugni, Bembé, Minkengué,
Sundi, Ladi, Dondo, Kamba...) et echira-ndumu (Lumbu, Punu, Bwissi,
Ndzabi) d’autre part, la différence entre ces groupes teke, kongo, nzabi-
mbédé et kota s’est émoussée, édulcorée, mise en veilleuse par l’usage d’une
langue véhiculaire : le munu ku tuba (je dis) ou kituba selon les linguistes.
Les villes de Nkayi, Dolisie et Mossendjo constituent ainsi des métropoles.
Lieux de rencontre entre ces communautés, ces villes sont des lieux de
construction identitaire des « kitubophones », tout comme Brazzaville nord
et les localités du Nord Congo constituent des lieux de construction de
l’identité des « Gens d’eau » : les Ngala.
Même si le terme « nibolek » n’apparaît qu’à la fin de la Conférence
nationale (Weissman 1993 : 94) sous instigation des acteurs politiques
regroupés autour de Pascal Lissouba, son existence latente en tant que
concept géographique et économique date de l’époque coloniale. En effet,
le colonisateur français avait un vaste projet de développement agricole sur
la riche vallée du Niari, c’est-à-dire toute cette zone traversée par le fleuve
du même nom (ibid.). Lissouba en sa qualité de directeur des services agri-
coles dès la fin de ses études (docteur ingénieur) en 1961 et de chef du
gouvernement en 1963-1966, avait remis à jour la valorisation agricole de
ces régions (ibid.). Selon Weissman, les populations de cet espace « [...]
prennent conscience de la communauté d’intérêts qui les lie et voient dans
l’ingénieur agronome l’homme providentiel capable d’assurer leur promo-
tion. De là naît le mythe “Lissouba” » (ibid.).
Pour Hugues Bertrand (1975 : 57),
« [...] le premier ministre, Pascal Lissouba, [...] s’efforce de travailler dans une
optique nationale plutôt que régionale (ou tribale), techniciste plutôt que “clienté-
liste”. Ce faisant, s’il élargit son horizon politique, il se retire l’habituel tremplin
852 JEAN-PIERRE MISSIÉ
de sécurité (ethnique) que se ménagent la plupart des hommes politiques locaux :
il inquiète, fait peur, et le président n’aura pas trop de mal à faire le vide autour
de lui, à obtenir sa démission. »
Il aurait été accueilli par des acteurs politiques du « Grand Niari ». Ces
derniers, qui tissaient alors dans l’ombre la toile identitaire trirégionale,
étaient souvent des coupables désignés lors des coups d’État. « Un autre
Lissouba en naîtra, très “régionaliste” et représentant pour les initiés, de ce
qu’on appellera le bloc du “Grand Niari” » (ibid.).
Si bien que lorsque se présente l’opportunité démocratique, ils n’ont pas
de peine à mobiliser sur la base de cette appartenance en état latent et à
transformer cette conscience identitaire en identité politique.
Le cas de la Cuvette-ouest
L’identité nordiste est, quant à elle, le résultat de la politique clientéliste
de Ngouabi (Ossébi 1982 : 12).
« C’est pour se substituer à l’emprise sudiste du pouvoir qu’à partir du coup d’État
de Marien Ngouabi en 1968, les régions du nord ont commencé à se fédérer sous
l’étiquette générique de Mbochi [...]. D’emblée, cet ensemble s’est structuré sur une
base essentiellement clientéliste, son unité ne résidant que dans la communauté
d’intérêts à inverser les flux redistributifs de la machine étatique » (Weissman
1993 : 97).
C’est ce qui pourrait justifier le découpage électoral de 2002 : les Pla-
teaux qui, en 1992, comptaient six circonscriptions, passent en 2002 à treize.
Au total, le Nord qui représente le tiers de la population du Congo, réputée
favorable au président Sassou Nguesso, originaire d’Oyo (Cuvette), gagne
15 circonscriptions supplémentaires (Missié 2007a : 8-9).
Le Nord est donc imaginé comme le fief du pouvoir, bien que la partie
ouest se trouve tellement enclavée que les populations préfèrent se tourner
du côté du Gabon pour leur subsistance. C’est ce prétexte que les ressortis-
sants de cette partie ouest de la Cuvette avaient d’ailleurs utilisé pour reven-
diquer la scission, à la faveur de l’ouverture démocratique. En effet, dans
l’effervescence démocratique de la fin des années 1980, les cadres de cette
zone s’étaient fait les porte-parole des populations kota, mbéti et tegue. Au
moment où les conférenciers dénonçaient les dérives ethnorégionalistes du
PCT (nordisation et cuvettisation du pouvoir), ils en profitèrent pour se déso-
lidariser des défenseurs du « pouvoir du Nord ». Ils écrivirent au président
de la République, Sassou Nguesso, originaire de la partie est, beaucoup
moins défavorisée en termes d’occupation de postes-clés et d’infrastructures.
Leur argument était que la partie ouest n’avait jamais bénéficié des avan-
tages du « pouvoir du Nord », qu’ils manquaient de voies reliant les localités
de la partie ouest à la partie est, qu’ils se sentaient culturellement différents
LES TEKE DU CONGO-BRAZZAVILLE 853
des Mbochi et qu’ils recevaient des « coups » injustement. Le président les
fit venir et les pria — dans un contexte où il était sur la défensive à cause
de la dissidence de la plupart de ses courtisans — de privilégier la solidarité
régionale (la grande Cuvette et le Nord). Mais ils refusèrent. Ils consultèrent
Monseigneur Nkombo, président du Conseil supérieur de la République,
Parlement de transition et André Milongo, Premier ministre du gouverne-
ment de transition. Ceux-ci acceptèrent le principe de la création d’une
dixième région. Le régime Lissouba, qui vint après la Transition, trouva là
une aubaine pour montrer sa « générosité » en promulguant la loi portant
création de la région de la Cuvette-ouest. Depuis lors, et pour des raisons
électoralistes, toutes les tendances politiques s’activent à susciter la sympa-
thie de ces cadres tegue, ngare kota et mbeti.
Exclusion du champ politique des Teke possesseurs de la terre
Pendant les trois décennies de pouvoir monolithique, si les acteurs kongo-
lari, vili et mbochi avaient développé chacun une conscience identitaire liée
à l’espace géographique — ce qui leur permettait de revendiquer dans l’in-
formel une place sur l’échiquier politico-administratif — les Teke, quant à
eux, pourtant plus nombreux et représentés dans plusieurs départements,
n’avaient pu insuffler cette conscience identitaire teke transrégionale. Il est
vrai que les Plateaux ont eu en juillet 1959 comme ministre de l’Enseigne-
ment (régime youlou), Prosper Gandzion, que dans ce même gouvernement
il y avait Pierre Goura un Yaka de Sibiti (Lekoumou) et que David Charles
Ganao (d’ethnie nzikou) a plusieurs fois assumé les fonctions de ministre
des Affaires étrangères. Le maire de Brazzaville, Lambert Galibali (teke
des Plateaux) a réalisé de grandes œuvres telles que le « Boulevard des
Armées ». Mais, leur présence au sein des instances dirigeantes n’a jamais
pu promouvoir une conscience identitaire teke transrégionale. Bien au
contraire, chaque sous-groupe s’est plutôt inscrit dans le cadre territorial tel
qu’instrumentalisé pendant les périodes électorales des années 1950-1961.
Les possesseurs de la terre ont donc souvent été exclus du pouvoir. De 1960
à ce jour, seuls des membres de trois groupes suscités se partagent le pou-
voir. Il n’y a jamais eu de président, de vice-président ou de Premier
ministre teke, sauf les éclipses de David Charles Ganao (1996-1997) et de
Maurice Stéphane Bongho Nouara (trois mois) qui était à la fois de la San-
gha et de la Cuvette-ouest. Certes, le bureau politique du MNR de 1964 avait
comme commissaire aux comptes l’un de ceux-là même qui ont fait partir
Youlou, Gabriel Obongui, d’ethnie gangoulou (Missié 1986 : 274-321). En
1972, Charles Ngouoto, un Teke de Zanaga (Lekoumou) était chargé de
l’organisation au bureau politique. Ses « compatriotes » (de Zanaga) lui
reprochent de les avoir oubliés, c’est-à-dire, de n’avoir pas mené une poli-
tique clientéliste. Le général Raymond Damase Ngolo, membre du CMP et
854 JEAN-PIERRE MISSIÉ
plusieurs fois ministre n’est reconnu qu’à Abala et à Ngabé. En 1997-2002
le ministre des Finances, Mathias Dzon, aurait privilégié les sympathisants
de son parti-ethnie, les Gangoulou. Il n’a, de ce fait, pas attiré d’autres Teke.
Certes, la « tékénité » existe en état latent. C’est-à-dire que tout en
sachant qu’il existe d’autres sous-groupes teke, chacun se dit teke pur.
Lors du procès radiotélévisé de janvier et février 1978 sur l’assassinat
du président Marien Ngouabi, le ministère public, Maître Jacques Okoko,
d’ethnie kouyou (région de la Cuvette) s’exclama devant Tara Nganzion,
un prévenu identifiable par ses tatouages comme Teke des Plateaux : « Même
les Batékés veulent prendre le pouvoir ! »
Cette extériorisation des représentations négatives, cet aveu public de
rejet suscita une indignation, une prise de conscience réactive et comme un
désir de relever le défi. C’est ainsi que sous l’initiative des cadres teke des
Plateaux comme Florent Ntsiba, ancien membre du Comité militaire du Parti
(1977-1979), il aurait été créé au début des années 1980 dans la clandesti-
nité, en raison du contexte monolithique, un « Front de libération des Batékés
et des Bangangoulou » (Frolibaba). Très ancré dans les Plateaux, le Froli-
baba se voulait être un rassemblement de tous les sous-groupes teke du
Congo. En fait il s’agissait de construire une ethnicité politique afin de
montrer qu’eux aussi pouvaient « commander », en réalité c’était la volonté
des acteurs politiques et autres cadres teke soucieux d’accéder et de perdurer
dans des positions de pouvoir. Le président Bongo du Gabon aurait même
été mis à contribution, mais aurait joué double-jeu.
C’est dans cette optique que lors de son passage au ministère des Postes
et Télécommunications, Florent Ntsiba aurait privilégié dans les recrute-
ments et les nominations aussi bien les Teke des Plateaux que ceux de la
Lékoumou. Démis de ses fonctions et suspendu du comité central du PCT
en 1983, officiellement pour « inconséquence idéologique » (pratiques féti-
chistes), il vit ce projet s’évanouir. Et la conscience identitaire teke transré-
gionale ne put émerger comme identité politique.
Le projet de Florent Ntsiba fut d’une certaine manière repris par Charles
David Ganao d’ethnie teke (nziku). En septembre 1991, dans son discours
inaugural tenu à l’Hôtel de ville de Brazzaville, ce fondateur de l’Union
de forces démocratiques (UFD) fit un clin d’œil à l’ensemble des Teke dis-
persés intra-muros :
« Avant de terminer, je voudrais avoir un mot particulier pour ce peuple Teke,
peuple pétri de culture, étrangère sur ses propres terres [...] » (Missié 2003 : 229).
Il semblait ainsi inviter les Teke à revendiquer leurs droits d’antériorité
ou leur autochtonité et donc l’autorité due aux propriétaires du sol. La maté-
rialisation de ce projet se lit à travers la composition du bureau fédéral de
son parti. On n’y trouvait que des Teke : des Plateaux, du Pool, de la
Bouenza et de la Lékoumou (ibid.).
LES TEKE DU CONGO-BRAZZAVILLE 855
Dans la même période (1991-1992), Maître Jean-Martin Mbemba, Teke-
fumu, créait avec quelques autres Teke comme Aba Gandzion (Teke de la
lignée royale) et Joseph Ouabari (Gangoulou), l’Union pour le progrès (UP).
Mais tout cela n’a pas suffi à susciter l’émergence d’une conscience
identitaire teke transrégionale. D’autant plus que ceux des « Pays du Niari »,
les « Nibolek », regroupés au sein du parti de Lissouba (d’ethnie minoritaire
nzebi), avec comme logo trois palmiers qu’on pouvait facilement assimiler
aux trois régions se disaient : « C’est notre tour ! » Car ils s’identifiaient au
pouvoir, se l’appropriaient psychologiquement, jouissaient par procuration
comme le faisaient bien avant eux les Kongo-lari (1958-1968), puis les res-
sortissants de la partie septentrionale désignés par Mbochi, « Norvégiens »
ou « Nordistes » (1968-1991).
Ainsi, en plus du fief « nibolek », la « Mouvance présidentielle » (sous
Lissouba) cherchait à élargir sa base électorale en créant le concept de
tékéité ou tékénité9.
« L’aire culturelle Batéké englobe aujourd’hui d’autres groupes ethniques peu à peu
assimilés au peuple Batéké dont ils ont adopté la civilisation. Ainsi en est-il des
Obamba venus du Nord (Kelle Okondja dans le Haut Ogooué gabonais) jusqu’à
Franceville, des Bakanighi, des Bandjibi et des Ndumu (Franceville) qui tous font
partie aujourd’hui de l’aire culturelle Batéké » (Cabrol s.d. : 33).
Dans les « Pays du Niari » (Mossendjo, Sibiti, Komono, Zanaga, Bam-
bama et Mayéyé), les Teke et les Kota et même les Ndzabi ont effectivement
développé, du fait de la longue période de cohabitation, une parenté linguis-
tique et un sentiment d’appartenance collective : la « tékéité ». C’est cette
tendance que les « Mouvanciers » voulurent étendre jusqu’aux confins de
la Cuvette-ouest (Ewo, Okoyo, Lékéti) où cohabitent les mêmes groupes
(kota, mbéti, tegue...).
Le parti MARS de Jean Itadi — un Ndasa (Kota) de la Lékoumou —
était perçu comme un regroupement des Kota des « Pays du Niari » et de
la Cuvette-ouest. Mais pour n’avoir pas été gratifié, son unique député, Léon
Alfred Opimpat de Mbomo (Cuvette-ouest) passa dans le camp du PCT,
c’est-à-dire le parti du Nord. En revanche, le philosophe Grégoire Lefouoba
d’ethnie mbeti s’appuya certainement sur la « tékéité » comme argument
pour quitter le camp de Sassou. Ainsi, il put rester longtemps ministre
sous Lissouba.
Toutefois, malgré la multiplication des rencontres teke, la nomination
de Charles David Ganao au poste de Premier ministre, l’organisation des
danses folkloriques des sous-groupes teke à Brazzaville, la présence des
9. La tékéité ou tékénité est le terme inventé par les partisans du régime Lissouba.
Il postule la parenté des groupes nzabi-mbede et kota avec le groupe teke. Ce
qui sous-entend le devoir, l’obligation ethnolignagère de soutenir le « parent »
Lissouba. Une hégémonie teke-nibolek devrait alors remplacer l’hégémonie
Mbochi-Kouyou (1968-1991).
856 JEAN-PIERRE MISSIÉ
dignitaires teke des Plateaux aux obsèques d’un grand chef teke de Komono
en 1995, la guerre de 1997 a pu arrêter la « tékéisation » ou le processus
d’invention par les acteurs politiques d’une identité politique sur la base de
l’existence objective d’un ensemble de sous-groupes qui croient avoir la
même origine. Cela, parce que les Teke du Pool ont souvent bénéficié des
avantages psychologiques ou matériels du pouvoir : Youlou (1958-1963),
Massamba Debat (1963-1968). Ils n’ont donc pas grand intérêt à se désolida-
riser des Kongo-lari. Or, le caractère quasi éphémère du pouvoir Lissouba,
qui fut du reste perturbé par des intermèdes guerriers, arrêta ce processus.
La redistribution bureaucratico-ethnolignagère qui aurait pu générer et/ou
soutenir une conscience identitaire teke transrégionale ne put se faire dans
la durée. Même les nouvelles tentatives de « tékéisation » que l’on peut lire
à travers les rencontres (fin 2008) de l’Association civilisation-culture et
identité teke (Cité) animée par l’ancien représentant du Congo à l’OUA, Pas-
cal Gayama entouré des cadres tel que le professeur Yala, semblent ne pas
intéresser les Teke-nibolek et Fumu.
Ainsi, bien que se disant tous Teke, ce qui prédomine encore en chacun
d’eux c’est l’identité liée au territoire. Il y a des Teke du Nord/Teke du
Sud ; Tegue/Teke-tsayi, etc. Bien d’autres facteurs pourraient rendre raison
de cet échec.
Quelques facteurs de blocage de l’identité teke transrégionale :
inexistence des voies de communication
L’un des facteurs de la production du sentiment d’appartenance est l’exis-
tence des voies de communication entre certaines régions. Dans ce cas, les
groupes ont tendance à réécrire une nouvelle histoire, à produire une nou-
velle culture teintée d’emprunts auprès du ou des groupes voisins. Zanaga
dans la Lékoumou et Kébara dans les Plateaux, toutes deux peuplées des
mêmes communautés teke, ne sont séparées que de soixante-dix kilomètres.
Mais elles ne se fréquentent plus par manque de route. D’un côté comme
de l’autre, l’on trouve des noms tels que Mbani, Ntsiba, Mbouni, Likibi,
des noms de jumeaux (Ngambou ou Mbou et Ngampika ou Mpika voire Pi
ou Ngambio et Ngampio). Le nom Foutika dans la Lekoumou devient Fou-
rika dans le Pool puis Mfourga dans les Plateaux. Miété dans la Lekoumou
devient Miéré dans les Plateaux. Bien qu’ils se disent tous Ngâa ntsièe,
leur culture n’est plus tout à fait la même. À Lékana et Djambala, l’on a
coutume de faire des balafres. À Zanaga et Komono, les tatouages sont
plus discrets. À Ngabé, les griots s’expriment par des paroles chantées. Ils
invoquent le « Nkué Mbali ». Dans la Lékoumou, c’est le likembé, une
musique de fête. L’on invoque les « Nkita ». Par conséquent les Teke des
Plateaux ont appris à regarder du côté du Nord, surtout que toutes les mobili-
sations politico-ethno-régionales de la période 1945-1961 ont favorisé la
référence à la nouvelle identité ethnodépartementale. Il est plus facile au
LES TEKE DU CONGO-BRAZZAVILLE 857
Teke de Kebara ou Lekana de se rendre à Brazzaville (environ 400 km) ou
à Owando (Cuvette) que d’aller à Zanaga ou de façon générale dans la
Lékoumou. La rivière Loulali (selon les Kongo-lari) ou Lelali (en teke-
yaka) sépare le district de Kimba, notamment le village « Douze manières »
(Pool), du district de Zanaga (village moukolo). Les Teke de la Lékoumou
regardent désormais du côté du Niari et de la Bouenza. Ils se sentent Teke
certes, mais aussi « Nibolek ». Et leurs parlers respectifs ont été influencés
par les dialectes des groupes avec lesquels ils cohabitent. Ce qui renforce
encore la différence entre ces sous-groupes qui formaient pourtant un seul
groupe. Toutefois, les Teke de Ngabé se sentent plus proches des Teke des
Plateaux que des Kongo-lari avec qui ils forment le Pool depuis 1920. Ceci
s’explique par le fait que Brazzaville (avec sa configuration Nord/Sud, foyer
des conflits interrégionaux) constituant une zone tampon entre les deux
zones, et terre des Mfumu (ou Amfum) « larisés », ces groupes se sentent
différents. L’un utilise le lari et l’autre le lingala. Aussi, les jeunes teke de
Ngabé (Pool nord), des Plateaux et de la Cuvette ouest (des « lingalo-
phones ») se laissaient-ils facilement enrôler au nom de l’identité nordiste
dans les milices « cobras » de Sassou Nguesso. A contrario, les jeunes Teke
« kitubophones » formaient le gros des miliciens « zoulous », « mambas »
et « cocoyes » des « Pays du Niari », fief de Lissouba. Quant aux jeunes
Teke des « pays de Mpangala » (Pool sud), ils adhéraient plutôt à la milice
« ninja » de Bernard Kolelas et du « Pasteur Ntoumi ».
Notre objectif était d’analyser les méandres de l’identité, notamment à
travers le rapport concurrentiel entre le sentiment d’appartenance à une
communauté sociolinguistique (l’ethnie) et l’identité qui naît de l’occupation
territoriale d’une aire géographique. En partant de l’hypothèse de l’impor-
tance de la dimension spatiotemporelle et du rôle des leaders dans la
construction identitaire, nous nous sommes basé sur l’histoire des Teke, ces
anciens sujets du roi Makoko aujourd’hui dispersés à travers trois États, et
à l’intérieur de ces États des départements. Nous avons montré qu’hier
(1934-1945), les Dolisiens et les Francevillois faisaient partie du même
département : le Niari-Ogooué. La cession de Franceville au Gabon à l’époque
où Félix Tchicaya siégeait au Palais Bourbon est consommée. Bien que les
frontaliers continuent d’entretenir quelques rapports, de façon générale, les
uns et les autres, les Congolais et les Gabonais, et même les ex-Zaïrois se
réfèrent désormais à leur nouvelle identité territoriale (et la revendiquent fort).
L’on peut donc retenir que la proximité géographique, l’histoire (enfance
ou adolescence, cursus scolaire, activités diverses) écrite et vécue dans un
espace donné auquel on est attaché (le terroir), l’utilisation d’une langue
commune restent déterminantes. Lorsque cette histoire est intériorisée, son
858 JEAN-PIERRE MISSIÉ
évocation suscite nostalgie, renforce ou renouvelle le sentiment d’apparte-
nance. La cohabitation des Teke, Nzabi, Punu, Kuni, Bembe dans une ville
comme Dolisie où ils ont partagé la même misère, la même exclusion et/
ou persécution politique, puis l’illusion d’être le groupe au pouvoir, a généré
et entretenu un sentiment d’appartenance territoriale plus fort que l’existence
objective des Teke au sens large (du Nord et du Sud). De même, les Teke
du Pool ayant partagé la même histoire politico-culturelle avec les Kongo-
lari ont développé avec eux une conscience identitaire. Les Tegue, les Kota
et les Mbeti de la Cuvette-ouest oscillent entre leur identité nordiste cons-
truite sous le régime dit du « Pouvoir du Nord » et leur identité départemen-
tale nouvelle.
C’est donc dire le rôle des entrepreneurs politiques dans la création des
espaces politiques transrégionaux à valeur fédérative, espaces à partir des-
quels ils négocient dans les transactions politiques.
Chaque Teke a certainement conscience de sa « tékéité ». Mais, les
mobilisations et les conflits politiques des années 1950, prorogés par les
acteurs de la postcolonie, l’inexistence des voies de communication ayant
favorisé la distance entre ces sous-groupes qui avaient des contacts dans
les temps anciens n’ont fait voir à chacun que son côté « nordiste » ou
« sudiste » ou mbochi/kongo. Cette ethnicité politique revêt un caractère
durable qui irradie dans toute la société lorsqu’elle soutient une politique
clientéliste, qui renforce en chacun la conviction que son devenir ou son
avenir (s’agisse-t-il d’une jouissance par procuration) ne peut venir que de
ses coreligionnaires au pouvoir. Or, les Teke, tous sous-groupes confondus,
n’ont pu construire une base politique, même si le projet de promotion de
l’identité teke transrégionale (« tékéité ») qui se voulait culturel cachait en
réalité des ambitions d’érection d’une ethnicité politique visant le contrôle
pérenne de l’appareil d’État.
Ainsi, que ce soit les ressortissants du Pool dont l’unité des membres
s’est renforcée pendant les luttes anticoloniales et sous les deux premiers
régimes ; que ce soit les « Nibolek » vivant à l’ombre de Lissouba, la
construction de l’identité territoriale en tant qu’ethnicité (ou territorialité)
politique s’appuie sur la communauté d’intérêts. Celle-ci commande la lutte
pour le pouvoir en tant que moyen de captation et de contrôle des avantages
symboliques et matériels. C’est dans ce sens que les leaders sont perçus
comme les représentants et/ou les défenseurs d’une aire donnée. Chaque
figure ethnorégionale qui émerge apparaît dès lors comme le « sauveur »
de ses « compatriotes », le canal par lequel viendrait la survie, le bien-être
ou le développement de ceux qui se positionnent comme étant les siens, en
réalité sa base politique.
Dans la vie quotidienne, il est certes difficile d’observer la segmentation
de la société. Il n’empêche que, selon les imaginaires locaux, le Kouilou
s’identifiait à Tchicaya-Tchitchelle puis à Tysthère Tchicaya. Et les Mbochi-
Kouyou se regroupant autour de Marien Ngouabi grâce à sa politique clien-
téliste n’ont pu voir en Yhombi Opango (1977-1979), président d’un comité
LES TEKE DU CONGO-BRAZZAVILLE 859
militaire du parti à 90 % composé de ressortissants du Nord, le « fidèle
continuateur de l’œuvre de l’immortel Marien Ngouabi » (sic) en raison
du contexte d’austérité, mais surtout des luttes internes (ligne droitière et
liquidationniste et l’aile révolutionnaire) (Bazenguissa-Ganga 1997). Depuis
1979, Sassou Nguesso semble présenter, malgré la parenthèse « upadésienne »,
plus de garantie dans ce que l’on appelait la politique de « Ledza, lenua,
leyiba mbongo, le tonga nda » (« Mangeons, buvons, dilapidons les deniers
publics, construisons des maisons »), version congolaise du néopatrimonia-
lisme. Et l’ethnicité semble ainsi avoir de beaux jours.
Département de sociologie, Faculté des Lettres et des Sciences humaines,
Université Marien Ngouabi.
BIBLIOGRAPHIE
ADAM (Mgr)
1954 « Grammaire composée Mbede Nduma Duma », in Mémoires de l’Institut
d’études centrafricaines, 6, Brazzaville, Institut d’études centrafricaines.
AYIMPAM, S.
2006 « Vie matérielle, échanges et capitalisme sur la rive méridionale du Pool du
fleuve Congo (1815-1930) », in Recherches en anthropologie et en histoire
de l’Afrique, RAHIA, 18, Aix-en-Provence, CEMAf-MMSH.
BAMBI, J.-G.
1980 Chronologie des principaux faits et événements au Congo, 1482-1979, t. 1,
Brazzaville, CCIZ.
BAZENGUISSA-GANGA, R.
1997 Les voies du politique au Congo. Essai de sociologie historique, Paris,
Karthala.
BERNAULT, F.
1996 Démocraties ambiguës en Afrique centrale : Congo-Brazzaville, Gabon,
1940-1965, Paris, Karthala.
BERTRAND, H.
1975 Le Congo, formation sociale et mode de développement économique. Cri-
tiques de l’économie politique, Paris, François Maspero.
CABROL, C.
s.d. La civilisation des peuples Batéké, Libreville, Multipress-Gabon.
860 JEAN-PIERRE MISSIÉ
CALVET, L.-J.
2001 « Trois espaces linguistiques face aux défis de la mondialisation », Identité et
multiculturalisme. Identité et plurilinguisme, table ronde, Paris, 20-21 mars.
<[Link]
CERDOTOLA/ACCT
1987 Atlas linguistique de l’Afrique centrale. Situation linguistique de l’Afrique
centrale. Inventaire préliminaire : le Congo, Paris-Brazzaville.
DELPEUCH, T.
1996 « À propos de... », Droit et société, 34 : 677-694.
DUPRÉ, M.-C.
1990 « Masques de danse ou cartes géopolitiques ? L’invention de kidumu chez
les Téké Tsayi au XIXe siècle (République populaire du Congo) », Cahiers
des Sciences humaines, 26 (3) : 447-471.
GARNIER, E.
2004 « La reterritorialisation de la population française d’Algérie ou comment
conserver un particularisme culturel et identitaire », in Espaces et sociétés
aujourd’hui (la géographie sociale dans les sciences sociales et dans l’ac-
tion), Colloque UMR ESO, « Espaces Géographiques et Sociétés », Rennes,
21 et 22 octobre,
<[Link]
10_2004/[Link]>.
GAULME, F.
2000 « Congo-brazzaville, la guerre civile et ses conséquences sur le Gabon »,
UNHCR, Centre for Documentation and Research, WRITENET, Paper no 20/
1999, January,
<[Link]
IPARI, M.
2006 « La longue marche des Ambamba de la Lekoumou (XIXe siècle) », Les
Cahiers de l’IGRAC, 1 : 27-35.
JAVEAU, C.
2003 « Communautés et identités », Bulletin du Centre culturel Arabe, Bruxelles.
KINATA, C.
2001 Les ethnochefferies dans le Bas-Congo français : collaboration et résistance,
1896-1960, Paris, L’Harmattan.
M’BOKOLO, E.
1992 Afrique noire : histoire et civilisations, vol. 2, XIXe et XXe siècles, Paris,
Hatier.
LES TEKE DU CONGO-BRAZZAVILLE 861
MISSIÉ, J.-P.
1986 Contribution à l’étude des systèmes bureaucratico-lignagers en Afrique. Le
cas du Congo. La gestion des cadres dans les entreprises d’État, Thèse de
Doctorat (Nouveau régime), Nancy, Université de Nancy II.
2003 « Construction identitaire et violence politique au Congo-Brazzaville : le rôle
des leaders », Annales de l’Université de Lomé, Série Lettres, XXIII (1),
juin, Presses de l’UB : 221-241.
2007a « Les élections en Afrique centrale : une démocratie en trompe-l’œil », Annales
de l’Université de Lomé, XXVII (1), juin, Presses de l’UL : 57-69.
2007b « L’étranger au Congo : une xénophobie sélective », Annales de l’Université
de Lomé, Série Lettres, XXVII (2), décembre, Presses de l’UL : 67-75.
NDAYWEL È NZIEM, I.
1998 Histoire générale du Congo : de l’héritage ancien à la République, Paris-
Bruxelles, Deboeck-Duculot.
NGOÏE-NGALLA, D.
2007 Les limites géographiques des grandes aires ethniques du Congo précolonial.
Mbosi, Eshira-ndumu-Teke, Kongo, Paris, Éditions Bajag-Meri.
OIF(ORGANISATION INTERNATIONALE DE LA FRANCOPHONIE)
2005 Afrique centrale Congo-Éléments historiques, 20-05.
<[Link]
OLLANDET, J.
2007 Tchicaya Opangault Youlou : vie politique au Congo-Brazzaville, 1945-1964,
Brazzaville (Congo), La Savane.
OSSÉBI, H.
1982 Affirmation ethnique et discours idéologique au Congo. Essai d’interpréta-
tion, Thèse de 3e cycle, Paris, Université Paris V.
OTAYEK, R.
s.d. L’Afrique au prisme de l’ethnicité : perception française et actualité du
débat, CNRS, Centre d’étude d’Afrique noire, Bordeaux, Institut d’études
politiques de Bordeaux.
<[Link]
PERROT, C.-H.
2001 « Recension », Congo-Brazzaville. Le retour des ethnies. La violence identi-
taire, D. NGORE-NGALLA, Cahiers d’Études africaines, XLI (1), 161 : 221-223.
<[Link]
POURTIER, R.
2006 « Recension », Colonial Rule and Crisis in Equatorial Africa: Southern
Gabon, ca. 1850-1940, C.J. GRAY, Cahiers d’Études africaines, XLVI (1),
181 : 205-209. <[Link]
862 JEAN-PIERRE MISSIÉ
RABUT, E. (dir.)
1989 Brazza, Commissaire Général : Le Congo français, 1886-97, Paris, Éditions
de l’École des hautes études en sciences sociales.
REY, P. P.
1971 Colonialisme, néo-colonialisme et transition au capitalisme. Exemple de la
« Comilog » au Congo-Brazzaville, Paris, Maspero.
SAUTTER, G.
1966 De l’Atlantique au fleuve Congo. Une géographie du sous-peuplement, Paris,
Éditions Mouton.
WAGRET, J. M.
1963 Histoire et sociologie politiques de la République du Congo (Brazzaville),
Paris, Librairie générale de droit et de jurisprudence.
WEISSMAN, F.
1993 Élection présidentielle de 1992 au Congo : entreprise politique et mobilisa-
tion électorale, Bordeaux, Institut d’études politiques de Bordeaux, Univer-
sité de Bordeaux 1.
Décrets et Arrêtés publiés au Journal Officiel
Journal Officiel de l’AEF :
— Arrêté du 30 avril 1931, fixant les limites des subdivisions de la circonscription
du Bas-Congo (Kouilou, Brazzaville, Mayama, Mouyondzi, Madingou, Min-
douli, Boko).
— Arrêté du 15 novembre 1934, subdivisant le territoire du Moyen-Congo en cinq
(5) départements.
— Arrêté no 0079/AP du 7 janvier 1957 portant création de la Région du Niari-
Bouenza.
Journal Officiel de la République du Congo :
— Décret 59/In/AG du 1er avril 1959 portant réorganisation des districts de Divénié,
Dolisie, Kibangou et Loudima et création des Régions du Niari, de la Bouenza-
Louéssé et la Nyanga-Louéssé.
— Décret no 61-38 du 16 février 1961 portant création des Préfectures de l’Alima,
de la Léfini et de la Likouala-Mossaka.
— Décret no 62-396, du 7 décembre 1962 portant modification des limites des
Préfectures de l’Alima et de la Lefini et créant la Préfecture de la Nkeni, JORC,
p. 926.
— Décret no 63-45 du 12 février 1963, p. 253.
— Décret no 63-55 du 19 février 1963, p. 280.
— Décret no 67-243 du 25 août 1967 fixant l’organisation administrative territoriale
de la République du Congo.
— Loi no 02/95 du 18 février 1995 portant création de la Région de la Cuvette-
ouest.
LES TEKE DU CONGO-BRAZZAVILLE 863
R ÉSUMÉ
L’objectif de cette étude est d’analyser les méandres de l’identité, notamment à travers
le rapport concurrentiel entre le sentiment d’appartenance à une communauté socio-
linguistique (l’ethnie) et l’identité qui naît de l’occupation territoriale d’une aire géo-
graphique, que celle-ci soit une entité étatique ou relève, au sein d’un État, du
découpage en régions ou départements. Nous montrons que la longue cohabitation
de groupes différents dans un même espace génère un sentiment d’appartenance plus
fort que l’identité ethnique au sens strict. Mais cette territorialité est surtout l’œuvre
des entrepreneurs politiques qui instrumentalisent ces appartenances objectives, et
s’activent aussi à mobiliser des espaces plus larges regroupant plusieurs régions
qu’ils soutiennent à partir d’une politique clientéliste. Il s’agit donc d’une ethnicité
politique.
A BSTRACT
Ethnicity and Territoriality: Two Types of Lived Identities amongst the Teke in Congo-
Brazzaville. — This studies aims to analyse the complexities of identity, especially
through the conflicting relationship between the sense of belonging to a sociolingu-
istic community (ethnic group) and the identity which stems from the territorial
occupancy of a geographical area—whether this area be a state or the result of a
breakdown into administrative regions or départments within a state. We show that
the long cohabitation of different groups within one space generates a stronger sense
of belonging than ethnic identity stricto sensu. But this territoriality is above all the
work of political actors who exploit these objective belongings and endeavour to
mobilize wider spaces made up of several regions which they support on the basis
of a clientelist policy. One can therefore talk of political ethnicity.
Mots-clés/Keywords : Congo-Brazzaville, Teke, département, ethnicité, identité poli-
tique, territorialité/Congo-Brazzaville, Teke, département, ethnicity, political identity,
territoriality.