Anesthésie Du Nourrisson Et de L'enfant: V. Guellec, G. Orliaguet
Anesthésie Du Nourrisson Et de L'enfant: V. Guellec, G. Orliaguet
La mortalité liée à l’anesthésie a considérablement diminué au cours des 30 dernières années aussi bien
chez l’enfant que chez l’adulte, avec une réduction d’un facteur 10 rien qu’au cours des 10 dernières
années. Cette amélioration tient à de nombreux facteurs, dont des facteurs humains, matériels
(amélioration de l’équipement et du monitorage), pharmacologiques (par exemple : remplacement de
l’halothane par le sévoflurane) et organisationnels (mise en place des schémas régionaux d’organisation
des soins [SROS] de troisième génération pour la chirurgie de l’enfant et de l’adolescent). Cependant, la
morbidité liée à l’anesthésie reste encore trop élevée et s’observe essentiellement chez les enfants les plus
jeunes (moins de 3 ans et surtout nourrisson de moins de 1 an). Des travaux sur la morbimortalité ont
permis de mieux connaître les facteurs de risque propres à l’enfant et de définir des stratégies adaptées
pour les prévenir. Aux efforts consacrés à améliorer la sécurité périopératoire des patients font désormais
suite des efforts visant à améliorer le confort des enfants. Parmi les principaux axes de travail sur ce thème
on retrouve la prévention et le traitement de la douleur et des vomissements postopératoires.
L’amélioration de l’ensemble du processus de prise en charge des enfants passe notamment par une
stricte adhésion aux recommandations des sociétés savantes (Société française d’Anesthésie-
Réanimation [SFAR] et Association des anesthésistes-réanimateurs d’expression française [ADARPEF]),
concomitamment à la mise en œuvre d’une évaluation des pratiques professionnelles, pour lesquelles
le Collège français des anesthésistes-réanimateurs (CFAR) propose de nombreux référentiels.
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Plan ■ Introduction
¶ Introduction 1 Selon les résultats de l’enquête « 3 jours d’anesthésie en
France » de 1996, environ 12 % des anesthésies sont réalisées
¶ Cadre réglementaire 1 chez des patients de moins de 15 ans, de sorte qu’une anesthé-
Aspect organisationnel 1 sie sur six (en chirurgie) concerne un enfant, soit environ
Personnel nécessaire 2 1,3 millions d’anesthésies pédiatriques par an en France [1]. La
Matériel et monitorage 2 part des anesthésies pour la chirurgie est particulièrement élevée
Recueil du consentement 3 entre 1 et 14 ans (85 % chez les moins de 1 an, 95 % entre 1 et
¶ Préparation préopératoire 3 4 ans et 96 % entre 5 et 14 ans) [2]. L’anesthésie en oto-rhino-
Consultation d’anesthésie 3 laryngologie (ORL) représente la majorité des actes réalisés chez
Visite préanesthésique 5 l’enfant âgé de 1 à 4 ans (64 %), mais est moins fréquente dans
Jeûne préopératoire 5
les autres tranches d’âge (25 % des actes réalisés chez les moins
de 1 an, 28 % de 5 à 14 ans) [1], faisant de cette chirurgie une
Prémédication 7
grande « consommatrice » d’anesthésie pédiatrique. L’anesthésie
¶ Conduite de l’anesthésie 9 pédiatrique constitue donc une proportion importante des actes
Modes d’induction 9 d’anesthésie en France ; son exercice nécessite une connaissance
Gestion des voies aériennes 13 du contexte réglementaire, mais aussi et surtout des différentes
Prévention de l’hypothermie 16 étapes qui vont conduire le patient de la consultation d’anes-
Maintien de l’équilibre hydroélectrolytique 17 thésie à la salle de surveillance postinterventionnelle (SSPI) puis
Entretien de l’anesthésie 19 à son retour à domicile le plus souvent.
¶ Prise en charge postopératoire 20
Douleur postopératoire 20
Nausées et vomissements postopératoires 23
■ Cadre réglementaire
¶ Conclusion 25 Aspect organisationnel
Le décret 94-1050 du 5 décembre 1994, dit décret sur la
sécurité en anesthésie, définit les modalités de prise en charge
Anesthésie-Réanimation 1
36-640-A-20 ¶ Anesthésie du nourrisson et de l’enfant
des patients adultes et enfants [3] . Les schémas régionaux nourrisson, certains continuent de préférer recourir au circuit
d’organisation des soins (SROS) sont venus compléter les auxiliaire pour l’induction inhalatoire. On peut alors utiliser soit
recommandations organisationnelles. Le SROS de troisième une valve avec réinhalation (ex. : valve de David®) soit sans
génération [4] distingue dans le réseau interétablissement de réinhalation (ex. : valve de Ruben® ou d’Ambu®). Pour l’entre-
chirurgie et d’anesthésie pédiatrique trois niveaux de centres : tien de l’anesthésie, le circuit principal du respirateur est
• les centres de proximité, qui ne peuvent pas prendre en largement utilisé, permettant un bas débit de gaz frais, mais il
charge d’enfants de moins de 1 an sous anesthésie générale est possible d’utiliser le circuit auxiliaire avec d’autres valves
(AG). Leur champ d’action s’adresse donc aux enfants de plus comme la valve de Digby-Leigh® sans réinhalation. Les sondes
de 3 ans pour une chirurgie programmée ou non. La chirur- d’intubation standard de toutes tailles doivent être disponibles
gie programmée ambulatoire est possible pour les enfants de ainsi que des sondes armées ou préformées. Des masques
1 à 3 ans si la pratique pédiatrique est régulière. La chirurgie laryngés doivent être disponibles en taille 1 à 5, avec des demi-
urgente simple est réalisable si des compétences chirurgicale tailles pour les plus petits. Tous les respirateurs d’anesthésie ne
et anesthésique sont mobilisables 24/24 heures et s’il existe sont pas adaptés à la pratique de l’anesthésie pédiatrique. Un
un service de pédiatrie ; respirateur fiable pour l’anesthésie pédiatrique doit être capable
• les centres référents spécialisés, qui sont habilités à réaliser les de délivrer un volume courant adapté au gabarit de l’enfant
actes chirurgicaux à tous les âges, sauf si une réanimation (volumes courants de 20 ml) et des fréquences ventilatoires
pédiatrique spécialisée ou plusieurs spécialistes à vocation élevées (jusqu’à 80 c min–1). De plus, il doit pouvoir exercer une
pédiatrique sont nécessaires. Ces centres impliquent une pression positive en fin d’expiration (PEP) et permettre un
équipe chirurgicale exclusivement pédiatrique et une équipe réglage précis du rapport inspiration/expiration. Les modes
d’anesthésie à compétence pédiatrique, avec une continuité ventilatoires proposés doivent au minimum permettre la
des soins, ainsi que des secteurs de soins exclusivement ventilation en volume contrôlé et en pression contrôlée. Le
pédiatriques et des plateaux techniques (radiologie, imagerie, mode ventilatoire en aide inspiratoire, proposé sur les respira-
etc.) adaptés ; teurs et stations d’anesthésie les plus récents, n’est pas indis-
• les centres référents spécialisés à vocation régionale : ils pensable mais présente de nombreux avantages. C’est un mode
prennent en charge les patients atteints de pathologies ventilatoire spontané, en pression, partiel et synchronisé, qui ne
chirurgicales pédiatriques très spécifiques ou nécessitant une s’applique que chez les patients présentant une activité respira-
réanimation pédiatrique spécialisée ou plusieurs spécialistes toire spontanée. L’aide inspiratoire permet d’éviter l’augmenta-
de l’enfant. Une continuité des soins chirurgicaux et anesthé- tion de travail respiratoire (WOB) chez l’enfant laissé en
siques est assurée. ventilation spontanée sous AG [7]. Une aide inspiratoire de
Quel que soit le niveau du centre défini par les SROS, la 10 cmH2O permet d’améliorer les échanges gazeux et diminue
structure d’accueil des enfants pour la chirurgie devrait idéale- le WOB d’enfants âgés de 1 à 7 ans sous AG, comparativement
ment être composée d’un bloc opératoire et d’une SSPI stricte- à la ventilation spontanée (VS)-PEP [7]. Des travaux récents
ment pédiatriques [5] . À défaut, si l’activité pédiatrique se suggèrent la faisabilité technique et l’intérêt de l’aide inspira-
déroule au sein d’un bloc opératoire polyvalent, il est souhaita- toire pour l’induction chez l’enfant [8].
ble de sectoriser une partie de celui-ci et de la SSPI pour Les tuyaux du circuit respiratoire doivent être adaptés en
permettre une prise en charge spécifique des enfants. longueur, diamètre et en compliance afin de limiter le volume
gazeux compressible. La correction automatique de compliance
Personnel nécessaire proposée sur les respirateurs récents permet de ne recourir
habituellement qu’à deux tailles de tuyaux (< 20-25 kg et >
Le personnel nécessaire à la pratique de l’anesthésie pédiatri-
20-25 kg). Un bas débit de gaz frais (≤ 1 l min–1) peut être
que a été précisé dans un document publié sous l’égide de la
utilisé chez les enfants de plus de 5 kg à condition que le
Société française d’Anesthésie-Réanimation (SFAR) et de l’Asso-
respirateur dispose d’un débitmètre de précision, et en gardant
ciation des anesthésistes-réanimateurs d’expression française
à l’esprit que la capnographie peut se révéler imprécise en cas
(ADARPEF) [6]. Il y est indiqué que pour l’enfant âgé de 1 mois
de fréquence ventilatoire élevée (> 30 c min–1).
à 10 ans, la composition de l’équipe est laissée à l’appréciation
de l’anesthésiste-réanimateur qui, selon le contexte, peut se faire Pour l’abord veineux périphérique, on doit disposer de
assister à toutes les phases de l’anesthésie (en particulier à cathéters courts de toutes les tailles (du 26 au 14 Gauge), les
l’induction et à l’extubation, mais aussi pendant le déroulement plus couramment utilisés étant les 24 et 22 G. Dans les sets
de l’anesthésie) par du personnel infirmier. Au-delà de 10 ans, d’urgence doivent figurer également des cathéters centraux et
l’équipe est identique à l’adulte. du matériel d’abord intraosseux. Pour des débits de perfusion
inférieurs à 100 ml h–1, un dispositif de contrôle du débit de
perfusion est indispensable. Il faut privilégier les pompes et les
Matériel et monitorage seringues électriques à débit réglable, à défaut il est possible de
Lorsque le plateau technique opératoire n’est pas un centre recourir à des systèmes de type Metriset mais qui ne sont pas
exclusivement pédiatrique, il faut des chariots dédiés contenant d’une grande précision.
un matériel adapté à tous les âges et poids d’enfant, notamment En ce qui concerne la surveillance et le monitorage des
pour l’abord veineux et le contrôle des voies aériennes [6] . patients anesthésiés, deux recommandations abordent ces
Chaque bloc pédiatrique doit disposer d’un défibrillateur. S’il sujets [6, 9]. Le monitorage peranesthésique des fonctions vitales
s’agit d’un défibrillateur adulte, il doit être muni de palettes est identique à celui de l’adulte, en dehors du matériel spécifi-
pédiatriques et pour lequel diverses intensités peuvent être que suivant : électrodes d’électrocardiogramme (ECG) pédiatri-
réglées. Pour le matériel destiné aux voies aériennes, le panel de ques, brassards pour mesure non invasive de la pression
toutes les tailles doit être disponible pour les masques faciaux, artérielle entourant la circonférence des deux tiers du bras,
canules oropharyngées, sondes d’intubation, lames de laryngos- capteurs de SpO 2 de taille adaptée réutilisables ou à usage
cope et ballons. Bien qu’il augmente l’espace mort, il faut unique. La surveillance de la capnographie est possible et
disposer un filtre antimicrobien, de taille adaptée, entre l’enfant interprétable normalement chez l’enfant. À haute fréquence
et le circuit respiratoire. Le ballon doit être choisi en fonction ventilatoire, la capnographie sous-estime en général la valeur du
du volume courant de l’enfant pour éviter toute hyperpression, CO2 expiré. Il faut soit se munir d’un capnographe non aspiratif
en sachant que la pression du ballon est proportionnelle au (ou main stream, la cellule est placée dans le flux des gaz
carré de son rayon (ballons de 250 à 1 500 ml). Le manche de respiratoires) adapté au patient de moins de 20 kg, soit brancher
laryngoscope doit pouvoir s’adapter à une lame droite (Miller 0, le capnographe aspiratif en position la plus distale possible et
1 et 2) ou courbe (Macintosh 1, 2 et 3). Le plateau d’intubation régler un débit aspiratif élevé (> 150 ml min–1) permettant une
doit comporter deux pinces de Magill (adulte, enfant), ainsi analyse rapide du prélèvement. Le réchauffement d’un patient,
qu’un jeu de mandrins atraumatiques et de mandrins d’Esch- très répandu en anesthésie pédiatrique, implique une sur-
mann. Les valves utilisées en pédiatrie sont les mêmes que chez veillance thermique de préférence continue à l’aide d’une sonde
l’adulte et doivent être munies d’un détrompeur. Chez le thermique rectale ou œsophagienne.
2 Anesthésie-Réanimation
Anesthésie du nourrisson et de l’enfant ¶ 36-640-A-20
Anesthésie-Réanimation 3
36-640-A-20 ¶ Anesthésie du nourrisson et de l’enfant
des investigations si : il n’est pas connu, est d’allure organique, développée dans la prise en charge de l’amygdalectomie. Les
ne disparaît pas en position debout. En effet, les souffles modalités de maîtrise des voies aériennes, d’induction et
orthostatiques sont fréquents chez l’enfant (jusqu’à 50 % des d’entretien de l’anesthésie qui en découlent doivent être
cas). En cas d’anomalie des paramètres de base, la palpation des envisagées en fonction des besoins chirurgicaux et de l’état
pouls et la prise de pression artérielle doivent être pratiquées respiratoire de l’enfant. En urgence, l’évaluation est identique
aux quatre membres. La recherche d’une cyanose des extrémités avec en sus les particularités de l’estomac plein et la recherche
et la mesure de la saturation artérielle en oxygène viennent d’un éventuel traumatisme maxillofacial et/ou cervical, dont il
compléter l’examen cardiorespiratoire. faudrait tenir compte.
L’examen des VAS recherche une hypertrophie amygdalienne, Les critères d’ID et de ventilation difficile doivent être
des mobilités et des vacuités dentaires, la présence d’appareils recherchés bien qu’ils ne soient pas aussi bien codifiés que chez
dentaires et leur caractère amovible ou non. L’élément le plus l’adulte. L’ouverture buccale, la mobilité rachidienne, la distance
important à déterminer est la perméabilité des VAS de l’enfant. thyromentale mais surtout des critères de dysmorphie craniofa-
L’obstruction des VAS peut être aiguë ou chronique. L’obstruc- ciale doivent être soigneusement recherchés [16]. Les syndromes
tion aiguë par infection des VAS (d’origine virale 90 % des cas) susceptibles d’exposer à une ID sont listés dans le Tableau 3.
est une affection extrêmement fréquente chez l’enfant. Ce L’évolution au cours de la croissance de certains syndromes
rhume peut être associé à une atteinte plus distale de l’arbre peut aggraver les conditions d’intubation (par exemple :
respiratoire. Le risque de complications respiratoires est majoré syndrome de Goldenhar), ou au contraire les améliorer (par
lors d’une infection des VAS (IVAS). Bien que ces complications exemple : syndrome de Pierre-Robin). La principale différence
aient une évolution favorable dans la grande majorité des cas, vis-à-vis de l’adulte est que l’ID est exceptionnellement impré-
la difficulté est de sélectionner ou de récuser les patients selon visible chez l’enfant. La principale inquiétude est évidemment
certains critères. Dans la littérature, les décès survenus en la situation de ventilation difficile, voire impossible, car elle
contexte IVAS ne sont pas imputables à cette seule infection compromet l’oxygénation du patient et est encore plus drama-
mais à une comorbidité associée ou à un défaut de prise en tique chez l’enfant du fait de ses faibles réserves en oxygène.
charge. A contrario, la morbidité attribuée aux IVAS n’est pas un Ces situations délicates doivent donc être anticipées et
événement négligeable. Les complications respiratoires décrites nous proposons quelques algorithmes de prise en charge en
sont essentiellement le laryngospasme, le bronchospasme et la fonction des différents problèmes de ventilation et/ou d’ID
désaturation artérielle en oxygène [12]. Elles surviennent 2 à (Fig. 1 à 3) [17].
7 fois plus souvent chez les enfants atteints d’IVAS que chez les À l’issue de la consultation d’anesthésie, il est possible de
enfants sains [13] . La physiopathologie de l’IVAS implique déterminer un niveau de risque en rapport avec l’état médical
surtout une hyperréactivité bronchique (HRB) qui persiste 6 à de l’enfant, qui est résumé à travers le score de la Société
8 semaines, donc après la guérison clinique. L’HRB est un américaine d’anesthésiologie, appelé score ASA. Ce score ne
facteur de sensibilisation des voies aériennes qui vont être prend pas en compte la lourdeur de l’acte interventionnel, qui
irritées par le matériel de ventilation et/ou les gaz anesthésiques. influence bien évidemment le niveau de risque.
Une radiographie thoracique n’est pas systématique mais peut Le contrat passé avec le patient et surtout ses parents, les
être indiquée en cas de toux ou de suspicion de foyer pulmo- modalités d’hospitalisation, les règles de jeûne, les techniques
naire. Une rhinorrhée et/ou une toux irritative peuvent être les d’anesthésie et d’analgésie proposées, la probabilité d’une
premiers symptômes d’une infection plus sévère en cours de transfusion doivent être consignés dans le dossier.
constitution, avec un risque accru de morbimortalité. Une étude C’est également déjà l’occasion d’évoquer des mesures de
portant sur 2 051 enfants a retrouvé comme critères prédictifs prévention. En effet, dans la population pédiatrique, il faut
de complications respiratoires : le fait que les parents qualifient prévenir l’allergie au latex en priorité puisque c’est un des
leur enfant d’« enrhumé », le ronflement, le tabagisme passif, premiers allergènes responsables de réactions d’anaphylaxie
une toux productive, une congestion nasale [14]. Paradoxalement (80 % des cas). L’éviction du latex est impérative pour les
dans cette étude, des antécédents d’IVAS dans les 6 semaines enfants souffrant d’une pathologie chronique et qui sont
précédant l’intervention ne majoraient pas le risque de compli- éligibles à des chirurgies itératives. Dans l’absolu, le latex devrait
cations. Dans une autre série plus large (15 193 enfants), l’IVAS être totalement exclu des blocs pédiatriques étant donné la
récente ne ressort pas non plus comme facteur de risque ; les probabilité d’exposition à une chirurgie pour un être humain en
facteurs retrouvés étant l’âge inférieur à 1 an, l’inexpérience de début de vie. Classiquement, les enfants les plus exposés à
l’anesthésiste et une IVAS en cours [15]. En pratique, la question l’allergie au latex sont ceux atteints de myéloméningocèle et
principale est de savoir s’il faut récuser ou non l’enfant. Les d’anomalies urologiques congénitales. L’attention doit égale-
enquêtes de pratique montrent une forte variabilité entre les ment être portée sur la recherche d’un terrain atopique, d’un
anesthésistes, en particulier en fonction de leur expérience. asthme ou d’une allergie alimentaire aux fruits exotiques
D’après une étude américaine, les praticiens les plus expérimen- (banane, kiwi, avocat, etc.).
tés sont les plus enclins à récuser les patients en cas d’IVAS. Les
critères de report sont la fièvre, une toux productive et une Examens complémentaires
auscultation pulmonaire anormale (râles bronchiques ou La tendance ces dernières années est d’éviter de réaliser des
sibilants). Le délai de report de l’intervention est alors d’environ examens complémentaires systématiques pour privilégier la
3 semaines. L’enfant qui présente simplement un encombre- réalisation d’examens complémentaires uniquement s’ils sont
ment nasal doit être évalué en fonction de son état basal et de justifiés par les données de l’interrogatoire et/ou de l’examen
la chirurgie. En effet, il est souvent vain de reporter l’interven- clinique. Les recommandations de l’Agence nationale pour le
tion d’un enfant enrhumé chronique et programmé pour une développement et l’évaluation médicale (ANDEM) de 1992 au
chirurgie ORL (paracentèse, aérateurs transtympaniques, amyg- sujet de la prescription des examens préopératoires ont été
dalectomie, adénoïdectomie) car l’amélioration attendue viendra réactualisées par l’Agence nationale d’analyse et d’évaluation des
justement de la chirurgie. Dans les autres cas moins caricatu- soins (ANAES) en 1998 [18]. Ces recommandations s’appliquent
raux, c’est le rapport bénéfice/risque qui oriente la décision de aux enfants comme aux adultes, à l’exclusion de la chirurgie
maintien ou de report de l’intervention. cardiaque, de la chirurgie intracrânienne, de la chirurgie
Les modalités d’induction et d’entretien de l’AG chez l’enfant pulmonaire, de la chirurgie urgente, des patients classés ASA III
enrhumé ne sont pas consensuelles. L’administration de ou IV et des enfants âgés de moins de 3 ans.
sévoflurane a un intérêt pour son effet bronchodilatateur, mais
l’induction inhalatoire est ralentie par l’obstruction des VAS. Explorations cardiorespiratoires
Lorsqu’une anesthésie locorégionale (ALR) est possible, elle est Depuis plusieurs décennies déjà, suite à une recommandation
une excellente alternative à l’AG. En cas d’obstruction chroni- de la Société américaine de pédiatrie, la radiographie thoracique
que, la difficulté est de déterminer le bon moment pour n’est plus recommandée en routine pédiatrique. Elle peut être
l’intervention chirurgicale en sachant que les conditions indiquée en cas de toux ou de suspicion de foyer pulmonaire.
respiratoires ne seront jamais parfaites. Cette problématique est L’ECG n’est pas non plus justifié en dehors d’une pathologie
4 Anesthésie-Réanimation
Anesthésie du nourrisson et de l’enfant ¶ 36-640-A-20
Anesthésie-Réanimation 5
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> 30 kg Réveil
Fastrach® Abord trachéal si
réveil impossible
Intubation ±
fibroscope
Figure 1. Arbre décisionnel. Algorithme de prise en charge de l’intubation difficile prévue (d’après [17]). VS : ventilation spontanée.
Appel à l’aide
Ventilation au
+ chariot d’urgence
masque facial
+ maintien de l’anesthésie
Efficace Inefficace
Intubation Ventilation
Masque laryngé/Fastrach®
Efficace Inefficace
Algorithme de Algorithme de
l’intubation l’oxygénation
Figure 2. Arbre décisionnel. Algorithme de prise en charge de l’intubation difficile non prévue (d’après [17]).
L’absence d’apparition de symptômes dans les 2 heures suivant plus d’actualité. Actuellement, la majorité des auteurs recom-
l’inhalation indique habituellement que l’évolution se fera sans mande un jeûne court pour les liquides clairs (par exemple : eau
séquelle. Chez l’enfant, la régurgitation et le reflux gastro- sucrée, jus de pomme mais pas jus d’orange), qui peuvent être
œsophagien (RGO) sont fréquents dans les 6 premiers mois de absorbés jusqu’à 2 heures avant la chirurgie chez les enfants de
la vie en raison de l’hypotonie du sphincter inférieur de tout âge en bonne santé [21]. En revanche, les durées de jeûne
l’œsophage (SIO). Le RGO disparaît en général vers l’âge de restent plus longues pour le lait et les solides, comme le rappelle
18 mois. L’AG peut majorer le RGO de l’enfant par augmenta- le Tableau 4.
tion de la pression intragastrique (insufflation gastrique due à la La tolérance métabolique en contexte de jeûne est générale-
ventilation au masque facial en contexte d’obstruction des voies ment bonne. L’hypoglycémie vraie (glycémie inférieure à
aériennes). Néanmoins, le RGO ne semble pas ralentir la 2,2 mmol l –1 ou 0,4 g l –1 associée à une symptomatologie
vidange gastrique des liquides et sa sévérité n’est pas corrélée au clinique) est rare et n’est pas liée à la durée du jeûne préopéra-
risque d’inhalation chez l’enfant. toire ni à l’âge de l’enfant. Effectivement, il n’y a pas de
Les recommandations en matière de jeûne ont évolué récem- corrélation entre la durée du jeûne, la glycémie, l’âge et le poids
ment et la règle du « rien par la bouche après minuit » n’est de l’enfant. Si l’incidence des hypoglycémies liées au jeûne est
6 Anesthésie-Réanimation
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Oxygénation
Ventilation au masque
inefficace - échec de l'intubation
Échec
Intubation Réveil
Contre-indication
Oxygène transtrachéal
(Manujet® ) déconseillé
chez le nourrisson
Succès Échec
Intubation Échec
Réveil Cricotomie ou
trachéotomie
Figure 3. Arbre décisionnel. Algorithme de prise en charge de l’oxygénation en cas d’intubation et ventilation au masque difficile (d’après [17]).
Anesthésie-Réanimation 7
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Plusieurs stratégies sont disponibles pour parvenir à l’anxiolyse de l’AG par induction inhalatoire, l’hydroxyzine procure une
du patient : des moyens pharmacologiques et non pharma- meilleure acceptation du masque facial par les enfants (1 à
cologiques. 9 ans) qu’un placebo [31]. Elle est disponible en sirop, pour
l’enfant à partir de 3 ans et en comprimés à 25 mg. Étant
Anxiolyse pharmacologique donné son délai d’action (pic plasmatique environ 120 minutes
Chez l’enfant, il faut porter une attention particulière au goût après une prise orale), elle est plus contraignante dans son
et à l’odeur des médicaments pour que l’observance et la administration que le midazolam.
tolérance soient bonnes. L’administration forcée d’un anxioly-
tique peut engendrer des effets inverses à ceux recherchés [23].
Anxiolyse non pharmacologique
Après avoir été prescrite de façon universelle, l’intérêt de La qualité et la nature de l’information préopératoire délivrée
l’anxiolyse médicamenteuse systématique est actuellement à l’enfant et à ses parents sont fondamentales car elles peuvent
remise en question [23]. Quoi qu’il en soit, dans la majorité des influencer le niveau d’anxiété préopératoire des parents et donc
institutions, celle-ci reste largement prescrite, justifiant une de l’enfant [32]. Lorsque le patient est un mineur, l’information
présentation des principales molécules utilisées. est évidemment due en premier lieu aux titulaires de l’autorité
Le midazolam est un médicament intéressant en pédiatrie parentale. Cependant, la loi et la jurisprudence portent
puisqu’il a l’autorisation de mise sur le marché (AMM) à tous aujourd’hui une attention toute particulière à l’avis de l’enfant
les âges et que les modes d’administration sont très variés. En pour les décisions concernant sa santé et son intégrité corpo-
effet, la forme intraveineuse peut être administrée par voie : relle. La Convention internationale des droits de l’enfant,
orale (0,3-0,5 mg kg –1 ), rectale (0,5 mg kg –1 ), nasale adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le
(0,3 mg kg –1 ) et sublinguale (0,3 mg kg –1 ). Le midazolam 20 novembre 1989, entrée en vigueur en France le 6 septembre
procure une sédation et une anxiolyse de qualité avec un délai 1990, a posé clairement le principe que l’enfant est une
d’action relativement rapide (entre 5 et 15 minutes) chez plus personne, douée d’un certain discernement et dont le point de
de trois quarts des enfants, quelle que soit la voie d’administra- vue doit être pris en compte. En droit français, il est prévu que
tion [24] . La voie la plus appréciée des enfants et la plus l’avis du mineur doit être recueilli, dès lors que ce dernier est
répandue est la voie orale. Beaucoup utilisée aussi, la voie en mesure de l’exprimer, avant tout traitement important.
rectale offre une biodisponibilité aléatoire selon le site d’absorp- D’ailleurs, la loi de mars 2002 rappelle que « Les intéressés ont
tion du médicament au niveau du rectum, via soit le réseau le droit de recevoir eux-mêmes une information et de participer
veineux mésentérique (partie haute du rectum), soit le réseau à la prise de décision les concernant, d’une manière adaptée [...]
hémorroïdaire (partie basse du rectum). Dans ce deuxième cas, à leur degré de maturité s’agissant des mineurs [...] ». Il ne s’agit
un premier passage hépatique modifie la pharmacodynamie du ici que d’un avis et non d’un accord, mais il requiert une
midazolam. La voie nasale est peu appréciée des enfants en information préalable. Même si prévaut in fine la décision du
raison de la douleur qu’elle provoque. Celle-ci est liée à (ou des) titulaire(s) de l’autorité parentale, cet avis du mineur
l’administration d’une solution à pH acide (2,8 à 3,6) sur une est une forme atténuée d’application du principe selon lequel
muqueuse. Par ailleurs, des réactions paradoxales au midazolam aucun acte ou traitement médical ne peut être effectué sur une
ont déjà été observées, mais sont assez rares et surviennent personne sans que celle-ci en ait été précisément informée au
surtout pour des doses élevées. Le midazolam doit être prescrit préalable et ait donné son consentement libre et éclairé.
avec précaution chez les enfants présentant une obstruction des Sur le même sujet, le Conseil national de l’ordre des méde-
VAS. cins a précisé que : « le médecin doit informer l’enfant et, dans
Les relations entre la prémédication médicamenteuse et les la mesure du possible, recueillir son consentement. Cette
troubles de comportement postopératoires sont débattues et les information est d’autant plus importante chez les adolescents
données sont contradictoires [23]. L’explication pourrait résider qu’ils sont capables de participer au colloque malade-médecin.
dans l’effet amnésiant du midazolam qui inhibe la mémoire C’est en particulier le cas des mineurs proches de la majorité
explicite tout en respectant la mémoire implicite [25]. De ce fait, (âgés de plus de quinze ans) ». « Lorsqu’il s’agit d’un grand
le midazolam pourrait ne pas empêcher la mémorisation enfant, le médecin doit s’efforcer d’obtenir son adhésion
d’événements désagréables, alors intégrés dans un contexte personnelle. »
spatiotemporel particulier, à l’origine de troubles du comporte- Si l’information est nécessairement orale, elle peut utilement
ment tels que des cauchemars. être complétée par un document écrit, qui n’a pas vocation à
La kétamine utilisée seule en prémédication ne semble recevoir la signature des parents. Des informations écrites
produire une bonne sédation qu’à forte dose (10 mg kg–1 en concernant l’anesthésie, l’analgésie et la transfusion peuvent
intrarectal) et est alors pourvoyeuse d’effets indésirables. C’est venir compléter avantageusement l’information orale. Les
pourquoi il est préférable de la coadministrer avec le midazolam modèles rédactionnels de la SFAR concernant l’information aux
à une dose plus faible de 3 mg kg–1 par voie orale [26, 27]. Cette patients avant l’anesthésie, la transfusion sanguine et la douleur
association permet une sédation plus rapide et plus efficace que postinterventionnelle peuvent être consultés sur le site Internet
le midazolam seul, sans retarder le réveil [28]. Elle peut avoir un de la SFAR. La SFAR et l’ADARPEF ont travaillé à la rédaction
intérêt chez les enfants extrêmement anxieux ou non coopé- commune d’une feuille d’information spécifique à l’anesthésie
rants (syndromes autistiques ou d’hyperactivité). Les enfants pédiatrique, disponible sur le site web de ces deux sociétés
hyperactifs traités par Ritaline® doivent poursuivre ce traitement savantes [33]. Des travaux ont d’ailleurs mis en exergue l’intérêt
en dépit des médicaments anxiolytiques prescrits en de ce type de document destiné aux parents [34]. Dans une
prémédication. étude, réalisée sous forme d’audit avant/après, les auteurs ont
La clonidine à la dose de 4 µg kg–1 par voie orale doit être montré que l’utilisation d’une feuille d’information améliorait
administrée longtemps à l’avance (environ 90 minutes) pour significativement la satisfaction des parents quant à leur attente
être efficace [29]. Elle procure une bonne sédation, diminue d’information, en particulier sur le déroulement de l’anesthé-
l’agitation lors de l’induction inhalatoire au sévoflurane et ne sie [34]. La qualité de l’information contribue indéniablement à
semble pas prolonger la durée du réveil anesthésique [29] et la qualité de la préparation psychologique préopératoire des
engendre moins de dépression des fonctions supérieures que les parents, et donc de l’enfant. Des programmes de préparation
benzodiazépines. C’est une bonne alternative au midazolam préopératoire ont ainsi été développés, mais des résultats
pour les enfants à haut risque d’obstruction des VAS et pour controversés ont été obtenus [32, 35] . Enfin, la plupart des
ceux qui présentent des troubles psychomoteurs. Certains travaux sur ce sujet ont été réalisés aux États-Unis, où la
considèrent que la clonidine pourrait être la meilleure option demande d’information est habituellement exhaustive. Il n’est
pour prémédiquer les enfants, mais elle est assez peu utilisée pas certain que l’ensemble de ces résultats puisse être extrapolé
dans cette indication en France [30]. aux parents français.
L’hydroxyzine est largement prescrite pour ses propriétés La présence des parents à l’induction, de pratique courante
antihistaminiques H 1 , mais possède également des effets dans certains pays anglo-saxons, est exceptionnelle en France.
anxiolytiques, recherchés en prémédication. En prémédication La littérature ne plaide pas pour la présence des parents à
8 Anesthésie-Réanimation
Anesthésie du nourrisson et de l’enfant ¶ 36-640-A-20
Anesthésie-Réanimation 9
36-640-A-20 ¶ Anesthésie du nourrisson et de l’enfant
Induction à la capacité vitale Mise en place d’un abord veineux sous sévoflurane
Il faut théoriquement saturer au préalable le circuit anesthé- Un des moments clés de l’induction inhalatoire est la pose de
sique avec l’halogéné, puis l’enfant doit vider au maximum sa la voie veineuse périphérique (VVP). Ce geste doit être réalisé au
capacité pulmonaire totale avant d’inspirer profondément pour moment opportun car une ponction veineuse réalisée à un
absorber le mélange de gaz anesthésiques, puis il doit réaliser stade trop précoce de l’induction peut provoquer une compli-
une apnée. L’augmentation très rapide de la concentration cation, en particulier un laryngospasme. Dans ce cas, non
alvéolaire provoque une perte de conscience très rapide mais seulement l’accès vasculaire est absent mais en plus le contrôle
légère. Chez des enfants âgés de plus de 5 ans, soumis à une des voies aériennes est compromis, ce qui représente une
concentration de 7 % de sévoflurane avec 50 % de N2O, cette situation très inconfortable. Lors de l’induction inhalatoire par
. technique permet de réduire le délai de perte de réflexe ciliaire sévoflurane à 8 % en Fi N2O 66 %, chez des enfants âgés de
1 an à 18 ans, la survenue de complications a été étudiée
et obtient auprès des patients une satisfaction significativement
lorsque la VVP était posée 30 secondes après le début de
meilleure que l’induction classique [44]. Elle est cependant plus
l’induction versus 120 secondes [50]. Ce sont les enfants les plus
difficile à pratiquer en routine car elle requiert une bonne
âgés qui ont présenté le plus de complications respiratoires (âge
compréhension et une participation très active de l’enfant ; elle
moyen : 9,4 ± 4,4 ans versus 6,1 ± 3,6 ans). En pratique, on
.
est donc réservée aux enfants coopérants, habituellement d’âge décide de perfuser un enfant qui ne réagit pas aux stimulations
scolaire. douces (non nociceptives) et qui a perdu son réflexe ciliaire,
Induction par la technique en volume courant après un délai d’environ 2 minutes afin d’éviter les complica-
tions de type laryngospasme.
Elle peut commencer par l’inhalation d’un mélange N2O/O2
à 60 % pendant 1 à 2 minutes, bien que certains préfèrent Intubation trachéale sous sévoflurane
induire en O2 pur. Le sévoflurane est ensuite introduit à une Après la pose de VVP, un autre moment décisif de l’induction
concentration inspirée de 2 %, puis celle-ci est augmentée de inhalatoire est l’intubation. En anesthésie balancée, l’intubation
2 % toutes les 3 à 5 respirations jusqu’à une concentration est précédée de l’administration d’un morphinique, voire d’un
inspirée de 6 %. Dès la perte de conscience obtenue, il faut myorelaxant car l’intubation sous sévoflurane seul n’est pas
diminuer la concentration de sévoflurane et mettre en place une toujours satisfaisante. Certains approfondissent l’anesthésie par
voie veineuse. une injection de propofol à petites doses (2 mg kg–1). La place
Lors de l’induction, certains enfants préfèrent rester dans les des curares est développée ultérieurement dans l’exposé.
bras de l’infirmière, d’autres refusent énergiquement de s’allon- L’intubation est habituellement réalisable lorsque les pupilles
ger ; dans ce cas l’induction en position assise est mieux sont centrées. En général, l’intubation devient possible chez
acceptée. Il est important de gagner la confiance de l’enfant, de 50 % des patients après 214 secondes d’induction sous 5 % de
solliciter sa coopération et de garder un contact verbal pour le sévoflurane en O2 pur, et chez 95 % des patients après
. distraire jusqu’à la perte de conscience. Des histoires peuvent 255 secondes d’induction. Ces délais ne sont pas modifiés par
être racontées, faisant référence à ses jeux et émissions de l’adjonction de N2O et sont comparables quels que soient les
télévisions favoris. modes d’administration du sévoflurane (induction rapide à forte
concentration d’emblée 8 % ou induction progressive par paliers
Effets épileptiformes du sévoflurane croissants de sévoflurane : 337 secondes versus 320 secon-
des) [43]. Chez des petits enfants (1 à 4 ans), anesthésiés par 8 %
L’induction inhalatoire à forte concentration (sévoflurane à de sévoflurane sans myorelaxant, le délai moyen pour obtenir
8 %) peut engendrer des manifestations épileptiformes [45]. La un taux de succès d’intubation de 95 % était de 189 secondes
physiopathologie n’est pas totalement élucidée, mais des et chez les enfants plus grands (4 à 8 ans) de 260 secondes [51].
facteurs favorisants sont identifiés : une concentration élevée de Des délais plus courts (< 3 minutes) s’accompagnaient d’un taux
sévoflurane, une exposition prolongée à des fractions alvéolaires d’échec d’intubation élevé. À la 260e seconde, au moment de
au-dessus de 1,5 MAC et une hypocapnie. Il semble exister l’intubation, les concentrations télé-expiratoires moyennes de
également des facteurs protecteurs, notamment les benzodiazé- sévoflurane étaient de 6,9 %, chiffre voisin de celui retrouvé par
pines et le N 2 O. Dans l’état actuel des connaissances, des une étude française (fraction expirée de sévoflurane administré
séquelles de ces manifestations épileptiformes ne sont pas à seul à l’induction : 6,5 %) [52].
craindre. De plus, le sévoflurane n’est pas contre-indiqué chez
l’enfant épileptique, mais il faut prendre des précautions pour Contre-indications à l’induction inhalatoire
limiter le risque. Ainsi, il faut réaliser une induction progressive Tous les halogénés, y compris le sévoflurane, sont formelle-
par paliers, éviter des concentrations trop élevées de sévoflurane ment contre-indiqués chez les patients à risque d’hyperthermie
(Fi sévoflurane ≤ 6 %), maintenir une normocapnie en évitant maligne.
d’hyperventiler le patient, limiter la durée d’exposition à une L’estomac plein représente une contre-indication classique à
fraction expirée supérieure à 1,5 MAC. Pour ce dernier point, on l’induction inhalatoire, en raison du risque d’inhalation
peut s’aider de l’administration de N2O, voire d’agents intravei- gastrique. On opte alors pour une induction en séquence rapide,
neux : hypnotiques pour approfondir l’anesthésie et myore- selon une technique identique à celle réalisée chez l’adulte.
laxants pour faciliter les conditions d’intubation. L’hypertension intracrânienne (HIC) est également une
contre-indication habituelle de l’induction inhalatoire en raison
Effets cardiovasculaires du sévoflurane des effets vasodilatateurs cérébraux des agents inhalés, pouvant
Contrairement à son prédécesseur l’halothane, le sévoflurane majorer cette HIC. Cette contre-indication n’est que relative,
est très bien toléré sur le plan hémodynamique, même à fortes l’hyperventilation modérée permettant de contrebalancer l’effet
concentrations. En effet, une étude a utilisé jusqu’à 12 % de vasodilatateur cérébral. D’autre part, des tentatives itératives
fraction inspirée de sévoflurane avec deux évaporateurs sans d’obtention d’un abord veineux chez un enfant éveillé peuvent
augmentation des complications hémodynamiques par rapport elles-mêmes générer une poussée d’HIC en raison des pleurs et
à une concentration de 8 % [46]. Les troubles du rythme causés de l’agitation de l’enfant, qui tolère habituellement assez mal
par le sévoflurane sont rares, quoique quelques cas de torsades ces ponctions multiples.
de pointes aient été rapportés ainsi que des bradycardies
profondes, voire des arrêts cardiaques survenant à des concen- Induction intraveineuse
trations de 8 % [47]. Contrairement à beaucoup d’agents anes- La majorité des médicaments de l’induction intraveineuse n’a
thésiques, notamment le desflurane, le sévoflurane n’allongerait pas de forme galénique pédiatrique et il faut le plus souvent
pas l’intervalle QT [48]. L’induction au sévoflurane à 7 % en procéder à des dilutions pour leur utilisation. Ces manipulations
oxygène pur est bien tolérée hémodynamiquement, y compris sont source d’erreurs et de contamination bactérienne, inconvé-
chez les enfants cardiopathes [49]. nients souvent négligés par rapport à l’inconvénient principal
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Anesthésie du nourrisson et de l’enfant ¶ 36-640-A-20
clairance plasmatique plus rapide, d’où une nécessaire adapta- même que la ventilation minute (220 ml min–1 kg–1 versus
tion posologique en fonction de l’âge : 100 ml min –1 kg –1 ), avec un rapport VA/CRF de 5 chez le
• nourrisson : 2 mg kg–1 ; nouveau-né versus 1,5 chez l’adulte. Tout ceci pour faire face à
• enfant : 1,5 mg kg–1 ; une consommation d’oxygène du nourrisson (VO2) élevée, qui
• adolescent : 1 mg kg–1. est proportionnellement trois fois plus importante que celle de
l’adulte. Tous ces éléments, en particulier l’existence de réserves
Indications de l’induction intraveineuse chez l’enfant en oxygène réduites et une VO2 élevée, expliquent la fréquence
D’une façon générale, l’induction intraveineuse est habituel- et la rapidité de survenue des épisodes d’hypoxie chez l’enfant.
lement retenue chez l’enfant de plus de 7 ans car c’est la
modalité préférée par l’enfant de cet âge. Même au-delà de cet Préoxygénation
âge, il peut arriver que l’enfant préfère l’induction inhalatoire, La préoxygénation joue un rôle important pour limiter les
surtout en raison de la peur des piqûres ; il faut alors respecter épisodes de désaturation. Chez l’enfant, le délai pour atteindre
son souhait. En revanche, l’induction intraveineuse est obliga- une FeO2 à 90 % se situe entre 80 et 90 secondes en FiO2 à
toire dans les situations d’estomac plein, les pathologies à risque 100 %. En fait, ce délai est d’autant plus court que l’enfant est
d’hyperthermie maligne et les pathologies à haut risque hémo- jeune : 36 secondes entre 6 et 12 mois, entre 40 et 50 secondes
dynamique ou à défaillance de l’échangeur pulmonaire. Elle est de 1 à 5 ans, et de l’ordre de 70 secondes après 5 ans [74]. Après
conseillée ou à discuter en présence d’une anomalie des VAS : une préoxygénation de 2 minutes en FiO2 100 %, la durée
intubation prévue difficile, a fortiori en cas de ventilation d’apnées avant désaturation à 90 % est de : 96 secondes chez les
prévue difficile, obstruction des voies aériennes surtout en cas moins de 6 mois, 160 secondes chez les 2 à 5 ans, 382 secondes
de syndrome d’apnées du sommeil, IVAS, asthme et épilepsie. chez les 11-18 ans [75]. Chez les moins de 6 mois, des délais
En outre, elle permet de réduire : la pollution des blocs opéra- encore plus courts, de l’ordre de 70-90 secondes ont été
toires, l’incidence des nausées-vomissements postopératoires rapportés [76]. L’allongement de la préoxygénation à 3 minutes
(NVPO) et l’agitation au réveil, comparativement à une induc- n’apporte aucun bénéfice supplémentaire ; la technique de
tion avec des gaz halogénés. référence restant une préoxygénation à « volume courant » en
FiO2 100 % pendant 2 minutes [77]. Si l’utilité de la préoxygé-
Gestion des voies aériennes nation ne fait pas l’objet de controverse, sa réalisation pratique
en revanche semble peu fréquente comme en témoigne une
La stratégie de contrôle des voies aériennes doit tenir compte enquête anglaise réalisée auprès d’anesthésistes pédiatriques [78].
du terrain (âge de l’enfant, pathologie sous-jacente, critères d’ID,
enfant enrhumé, etc.) et de la chirurgie (nature, durée, position Effets des agents anesthésiques
opératoire). Chez l’enfant, des contraintes liées aux particulari- sur la perméabilité des VAS chez l’enfant
tés anatomophysiologiques sont également à prendre en compte
L’obstruction des voies aériennes associée à l’AG est généra-
car elles peuvent influencer le choix de la technique.
lement attribuée à une bascule postérieure de la langue consé-
cutive à la réduction d’activité des muscles dilatateurs du
Particularités anatomophysiologiques influençant pharynx, en particulier du génioglosse [79]. Le maintien de la
le contrôle des voies aériennes perméabilité des voies aériennes, repose sur un équilibre délicat
L’anatomie des voies aériennes de l’enfant diffère de celle de entre le tonus de base et l’activité rythmée par le cycle respira-
l’adulte [73]. Le larynx présente chez l’enfant plusieurs particu- toire des muscles pharyngolaryngés. Cet équilibre délicat est
larités. Sa taille est d’environ un tiers de celle de l’adulte. La perturbé par la plupart des hypnotiques, à l’exception de la
partie la plus étroite du larynx se situe au niveau du cartilage kétamine, qui agissent sur les muscles laryngés en réduisant leur
cricoïde qui forme un anneau inextensible. Il est de forme tonus, induisant ainsi un affaissement des structures. Les sites
ovalaire, à grand axe antéropostérieur conférant au larynx sa d’obstruction sont le nasopharynx, l’épiglotte et à un moindre
forme générale conique, contrairement au larynx de l’adulte qui degré la base de langue. Cet effet dose-dépendant, débute pour
est cylindrique. Il existe également une angulation de la région de faibles doses d’anesthésiques avec l’apparition d’une respira-
sous-glottique par rapport à l’axe pharyngé de la base de la tion paradoxale et survient avec une sensibilité accrue chez les
langue qui contribue aux difficultés d’intubation chez l’enfant. enfants atteints de syndrome d’apnées du sommeil [80]. Une
De plus, le plan d’insertion des cordes vocales est oblique en diminution dose-dépendante de la perméabilité des voies
haut et en avant, rendant difficile l’intubation à l’aveugle. Le aériennes a été rapportée avec le propofol dans une étude en
passage de la sonde trachéale de section ronde, à travers les imagerie par résonance magnétique (IRM), chez l’enfant âgé de
cordes vocales, ne garantit pas le franchissement de la région 2 à 6 ans [81] . L’étude en vidéo-endoscopie montrait une
sous-glottique chez l’enfant. L’épiglotte de l’enfant est plus réduction de taille des VAS au niveau du palais mou et de
volumineuse et plus longue que celle de l’adulte. La langue est l’épiglotte. Ce collapsus était en rapport avec un effet prédomi-
également plus volumineuse occupant une place importante nant sur la diminution de l’activité phasique des muscles
dans la cavité buccale. pharyngolaryngés [81].
La physiologie respiratoire de l’enfant présente également des
Manœuvres visant à lutter contre l’obstruction
particularités d’autant plus marquées que l’enfant est jeune. Elle
se caractérise notamment par une compliance thoracique élevée
des VAS
du fait d’une plus grande déformabilité de la paroi thoracique Les manœuvres permettant de lever l’obstruction des VAS
alors que la compliance pulmonaire est basse. Pour compenser, induite par l’anesthésie sont largement utilisées. Elles reposent
le nourrisson doit fournir un travail respiratoire plus élevé. La sur l’élévation du menton (chin lift) et la luxation antérieure de
fréquence respiratoire est élevée chez le nouveau-né, de l’ordre la mandibule (jaw thrust). Elles sont comparables dans leur
de 30 à 40 c min–1 et diminue progressivement avec l’âge, pour efficacité [82] et sont d’autant plus efficaces qu’une PEP est
atteindre 12 à 16 c min–1 chez l’adulte. Elle est établie de sorte appliquée [83] . Le recours à une canule oropharyngée peut
à maintenir la capacité résiduelle fonctionnelle (CRF) pour un également aider à récupérer une perméabilité des voies aérien-
travail respiratoire minimal. Le volume de fermeture, c’est-à- nes, notamment en cas de bascule postérieure de la langue, tout
dire le volume pulmonaire pour lequel les voies aériennes en autorisant une réduction des pressions d’insufflation [84].
périphériques commencent à se collaber, est plus bas chez le L’introduction de la canule doit se faire à une profondeur
nourrisson. La fermeture des voies aériennes entraîne des d’anesthésie suffisante pour éviter la toux ou la fermeture
atélectasies, participant à la survenue plus fréquente d’hypoxie réflexe des cordes vocales. L’utilisation d’une canule oropharyn-
que chez l’enfant plus âgé. La CRF, reflet des réserves en gée, chez un enfant en ventilation spontanée, permet de réduire
oxygène, est plus basse chez l’enfant que chez l’adulte. A le travail respiratoire et la PEP nécessaire au maintien d’une
contrario, la ventilation alvéolaire (VA) rapportée au poids est ventilation adéquate, ainsi que la pression d’insufflation en
deux fois plus élevée chez le nouveau-né que chez l’adulte, de ventilation manuelle, minimisant les risques d’insufflation
Anesthésie-Réanimation 13
36-640-A-20 ¶ Anesthésie du nourrisson et de l’enfant
Tableau 8.
Diamètre externe (DE) mesuré de sondes d’intubation trachéales pédiatriques en fonction du diamètre interne (DI) et selon le fabricant.
DI Marque de la sonde 2,5 3,0 3,5 4,0 4,5 5,0 5,5
DE (mm) Sheridan tracheal tube cuffed, Murphy ND 4,2 4,9 5,5 6,2 6,8 7,5
Sheridan tracheal tube cuffed, Magill ND 4,3 ND 5,5 ND 6,9 ND
Mallinckrodt TT High-Contour, Murphy ND 4,4 4,9 5,7 6,3 7,0 7,6
Mallinckrodt TT High-Contour, Murphy P-Serie ND 4,3 5,0 5,7 6,4 6,7 7,7
Mallinckrodt TT Lo-Contour, Magill ND 4,5 4,9 5,7 6,2 6,9 7,5
Mallinckrodt TT Lo-Contour, Murphy ND 4,4 5,0 5,6 6,2 7,0 7,5
Mallinckrodt TT Hi-Lo, Murphy ND ND ND ND ND 6,9 7,5
Mallinckrodt TT Safety Flex ND 5,2 5,5 6,2 6,7 7,2 7,9
Portex TT- Profile Soft Seal Cuff, Murphy ND Nd ND ND ND 7,0 7,6
Rüsch Ruschelit Super Safety Clear, Magill 4,0 5,1 5,3 5,9 6,2 6,7 7,2
Rüsch Ruschelit Super Safety Clear, Murphy ND ND ND ND ND 6,7 7,3
ND : non disponible (sonde non produite par le fabricant).
gastrique [85]. Le recours à ces canules est encore plus utile en premier élément est rarement utilisé seul, à l’exception d’inter-
cas d’hypertrophie amygdalienne, car une obstruction des VAS ventions extrêmement courtes avec maintien de la ventilation
survient dans 30 % à 80 % des cas à la disparition du réflexe spontanée. Dans tous les autres cas, il est relayé par un autre
ciliaire. dispositif de contrôle des voies aériennes [89].
14 Anesthésie-Réanimation
Anesthésie du nourrisson et de l’enfant ¶ 36-640-A-20
intra-abdominale élevée, position du patient) garantit un faible cricoïde (BURP : backward upward right ward pressure) et la
risque de régurgitations. Pour le retrait du ML, il est préconisé position de Jackson modifiée. Dans le cas d’une ID prévue, la
que l’enfant soit encore endormi plutôt que réveillé ; la surve- fibroscopie a une place de choix. Difficilement réalisable chez
nue de laryngospasme et de désaturation semblant en effet un enfant vigile, elle est pratiquée sous sédation avec maintien
moins fréquente [89]. Le risque de transmission d’agents non de la ventilation spontanée, sous sévoflurane [16] . C’est la
conventionnels a entraîné le développement des ML à usage méthode de référence et elle peut être couplée à une anesthésie
unique, dont l’efficacité est équivalente à celle des ML réutili- locale (lidocaïne jusqu’à une dose maximale de 3 mg kg–1).
sables. Le ML existe également en version pédiatrique avec un Contrairement à une induction par inhalation classique, la mise
canal pour vidange gastrique (type ProSeal®), mais il n’est pas en place d’une voie veineuse avant l’induction est conseillée [16].
une alternative à l’intubation trachéale en cas d’estomac plein, L’objectif principal étant de maintenir une oxygénation satisfai-
sauf en cas d’intubation impossible [92]. Le ML pour intubation sante, les algorithmes décisionnels doivent prendre en compte
toutes les situations difficiles et le type de patient. C’est
(LMA type Fastrach®) existe en trois tailles (3, 4, 5) et seule la
pourquoi, en cas d’échec d’intubation, la ventilation au masque
taille 3 est utilisable chez l’enfant de 30 kg ou plus. Enfin, un
facial figure en première position, même en contexte d’estomac
nouveau modèle de ML, l’I-gel®, a été récemment mis sur le
plein. Vient ensuite le mandrin d’Eschmann, disponible en
marché en tailles pédiatriques. Il est composé d’un élastomère plusieurs tailles jusqu’au modèle acceptant une sonde trachéale
thermoplastique et d’un bourrelet mou, fabriqué dans un de 3 mm de diamètre interne. En cas d’intubation impossible
composant semblable à du gel, prévu pour s’adapter à l’anato- mais avec une oxygénation maintenue par la ventilation
mie de l’hypopharynx. Comme le LMA ProSeal®, il possède un manuelle au masque facial, un dispositif supraglottique doit être
canal pour passer une sonde gastrique. Les premières évalua- envisagé. Le ML pour intubation (MLI type Fastrach ® ) est
tions sont encourageantes, retrouvant une grande facilité utilisable chez des enfants de plus de 30 kg ; en dessous de ce
d’insertion, l’absence d’insufflation gastrique, un succès d’inser- poids, un ML classique est utilisé. Des techniques d’oxygénation
tion de la sonde gastrique dans 100 % des cas, peu de compli- de sauvetage en cas de ventilation impossible sont également
cations après ablation [93] . Les évaluations méritent d’être disponibles pour la pédiatrie. Le Manujet® est fourni avec trois
poursuivies, mais on note déjà des caractéristiques comparables canules de Ravussin de tailles différentes pour un abord
au ML et une absence de risque de distension excessive du transtrachéal de secours. Plusieurs fabricants ont développé des
ballonnet ou de diffusion du N2O à l’intérieur de ce dernier. sets de cricothyrotomie pour usage pédiatrique. Il ne faut retenir
que ceux dont la pose utilise une méthode de Seldinger. Bien
Intubation difficile chez l’enfant que la conférence d’experts ne conseille pas l’oxygénation
transtrachéale ni la cricothyrotomie chez le très jeune enfant,
Définition et épidémiologie ces techniques peuvent être la seule alternative en cas de
La conférence d’experts de 2006 définit l’ID, chez l’adulte et ventilation impossible et d’inaccessibilité à une trachéotomie
l’enfant, comme une intubation qui nécessite plus de deux chirurgicale en urgence. Il doit exister dans tout service
laryngoscopies et/ou la mise en œuvre d’une technique alterna- d’anesthésie pédiatrique des algorithmes de prise en charge de
tive après optimisation de la position de la tête, avec ou sans l’ID, prévue et non prévue ; ils doivent être connus de tous
(Fig. 1 à 3). Il faut regrouper l’ensemble du matériel nécessaire
manipulation laryngée externe [16]. L’incidence de l’ID chez
à la prise en charge de l’ID dans un chariot (disponible H24 et
l’enfant n’est pas chiffrée dans la littérature. Elle est très variable
365 jours/an) dont les différents composants auront idéalement
d’un centre hospitalier à un autre en fonction du recrutement
fait l’objet d’un consensus local. Il est souhaitable de prévoir
des patients. Un travail publié sous forme de résumé, réalisé sur régulièrement des séances d’entraînement avec le matériel
1 000 enfants consécutifs de moins de 12 ans, retrouve une retenu, au cours desquelles chacun peut se familiariser avec le
fréquence d’ID de 7,2 % et une intubation considérée matériel qui n’est pas d’usage courant (par exemple : kit de
impossible [94]. cricothyrotomie).Toute ID implique une extubation à risque.
Dépistage Extubation
L’ID de l’enfant est dans la très grande majorité des cas L’extubation est une phase critique du réveil et un échec
prévisible. Les critères prédictifs d’ID identifiés chez l’adulte ne d’extubation est toujours possible [95]. Chez l’adulte, les échecs
sont pas facilement transposables à l’enfant, en particulier la d’extubation s’associent à une morbimortalité non négligeable
classification de Mallampati. Néanmoins, d’autres critères dont l’incidence demeure stable alors que les stratégies de prise
comme l’ouverture de bouche ou les dysmorphies faciales sont en charge de l’ID ont conduit à une réduction de la morbidité
soit évidents, soit à rechercher systématiquement lors de la liée à l’intubation. Chez l’enfant, il est également paradoxal de
consultation d’anesthésie. Les critères retenus pour l’enfant par constater que peu de données sont disponibles sur ce sujet,
la conférence d’experts sont : une dysmorphie faciale, une alors même que la majorité des arrêts cardiaques d’origine
distance thyromentonnière inférieure à 15 mm chez le respiratoire surviennent justement en postopératoire [42]. Ceci
nouveau-né, 25 mm chez le nourrisson, 35 mm chez l’enfant de témoigne du décalage actuel entre la prise de conscience du
moins de 10 ans, une ouverture de bouche inférieure à trois risque liée à l’ID et le risque encore sous-estimé lié à l’extuba-
travers de doigt et un ronflement nocturne. Un travail récent tion. Ce constat incite à mettre en place une stratégie pour
confirme l’intérêt pour prédire l’ID de l’ouverture de bouche de sécuriser l’extubation et éviter la réintubation.
moins de trois travers de doigt de l’enfant (× 3,9 le risque d’ID), La première étape est la connaissance des principales causes
et des distances thyromentonnière et sternomentonnière [94]. des échecs d’extubation. Chez l’enfant, l’extubation est consi-
dérée à risque après une ID, des tentatives répétées d’intubation,
Par ailleurs, un certain nombre de pathologies sont réputées à
après chirurgie endobuccale, chez l’enfant de moins de 6 mois
risque d’ID et incluent notamment : les dysmorphies craniofa-
ou présentant une hyperréactivité des voies aériennes (IVAS,
ciales (fentes labio-maxillo-palatines, syndromes avec hypoplasie
asthme, tabagisme passif). Du fait de la taille des structures
mandibulaire, craniosténoses avec atteinte faciale), les maladies
impliquées, l’œdème laryngé est à l’origine d’une obstruction
de surcharge (mucopolysaccharidoses), les maladies inflamma- des voies aériennes d’autant plus importante que l’enfant est
toires avec atteinte rhumatologique (arthrite chronique juvé- jeune. Il est souhaitable de pratiquer une aspiration buccale et
nile), les malformations vasculaires, les tumeurs cervicofaciales trachéale avant le réveil complet de l’enfant. La seconde étape
et les rétractions cutanéomuqueuses (brûlures, épidermolyse consiste à recueillir les critères habituels d’extubation. En
bulleuse). pédiatrie, il est recommandé d’extuber un enfant ayant présenté
Prise en charge une ID uniquement en cas de réveil complet, volontiers déter-
miné par l’ouverture des yeux et de la bouche, et après s’être
Les techniques les plus simples pour l’aide à l’intubation sont assuré de l’absence d’une éventuelle curarisation résiduelle (T4/
les manœuvres externes telles que la pression sur le cartilage T1 ≥ 0,9 au train de quatre). Une période de ventilation
Anesthésie-Réanimation 15
36-640-A-20 ¶ Anesthésie du nourrisson et de l’enfant
Échec
SpO2 > 90 %
Jet manuel sur GEC
Cricotomie ou trachéotomie SpO2 < 90 %
spontanée de 2-3 minutes en oxygène pur doit être respectée, Prévention de l’hypothermie
avant de tenter d’extuber l’enfant [96]. Ensuite, la manœuvre
peut se dérouler en trois temps : Elle doit débuter dès l’induction anesthésique et se poursuivre
• insufflation pulmonaire soutenue jusqu’à capacité pulmonaire pendant toute l’intervention puis en SSPI. L’exposition à l’air du
presque complète ; bloc opératoire durant l’induction et la préparation chirurgicale
• dégonflage lent du ballonnet de la sonde avec une seringue ; est la principale cause de perte de chaleur. La température de la
• et retrait de la sonde en fin d’inspiration et en pression salle d’opération ne doit pas être inférieure à 22 °C. Initialement
positive. supérieure ou égale à 25-26 °C lors de l’induction, elle sera
Enfin, extuber un enfant à risque d’extubation difficile ensuite diminuée, une fois l’enfant recouvert. Les lampes
implique de se préparer à gérer l’échec d’extubation. L’extuba- chauffantes infrarouges, d’une grande utilité lors de la phase
tion doit donc être réalisée dans des conditions de sécurité d’induction et en salle de réveil, sont d’un usage limité pendant
identiques à celles de l’ID (aide compétente, matériel d’anesthé- l’intervention. Un bonnet de coton est un moyen simple de
sie et d’intubation identique). Dans les situations à haut risque, limiter la déperdition thermique chez le nourrisson, dont la tête
l’extubation sur un guide échangeur creux, dont il existe des représente 20 % de la surface corporelle versus seulement 9 %
modèles pédiatriques, ou sur fibroscope est possible et parfois chez l’adulte.
même souhaitable pour effectuer un bilan lésionnel. De plus, le Les convecteurs d’air chaud sont les moyens les plus efficaces
recours à un traitement anti-œdémateux préventif est proposé, de lutte contre l’hypothermie peropératoire. L’air, filtré et
de même que la présence d’un ORL pour réaliser si nécessaire chauffé, est pulsé dans une couverture percée d’orifices, placée
un abord trachéal de sauvetage. L’adrénaline nébulisée est au contact ou à proximité de l’enfant et adaptée à sa taille.
efficace pour traiter l’œdème postextubation chez l’enfant [97]. L’efficacité de ces systèmes est excellente si un tiers au moins
L’administration d’aérosol d’adrénaline (1 mg dans 5 ml de de la surface cutanée peut être couvert par la couverture
sérum salé isotonique si < 5 kg, 2 mg au-dessus) peut être chauffante. On dispose actuellement de couvertures mais aussi
proposée immédiatement après l’extubation en cas de laryngos- de matelas, sur lesquels on peut installer l’enfant, qui bénéficie
copies multiples, de stridor ou de tirage d’apparition secondaire. alors du réchauffement dès le début de l’induction. Le réchauf-
En revanche, l’efficacité de la corticothérapie est plus discutée. fement et l’humidification des gaz inhalés est également utile,
Néanmoins, chez l’enfant l’administration de corticoïdes peut et serait plus efficace chez l’enfant que chez l’adulte, en raison
être proposée en cas d’intubation après laryngoscopies multi- de l’importance de sa ventilation minute. La ventilation
ples, dès que l’intubation a été réussie (méthylprednisolone mécanique en bas débit de gaz frais, autorisée désormais en
1 mg kg–1 ou dexaméthasone 0,2 mg kg–1). Une méta-analyse pédiatrie, participe également activement au réchauffement des
confirme d’ailleurs la réduction d’incidence du stridor postex- patients.
tubation en pédiatrie avec une possible réduction du taux de Les échangeurs de chaleur et d’humidité (nez artificiels) ont
réintubation avec la corticothérapie [98]. Au total, cette phase quasiment totalement remplacé les humidificateurs chauffants
critique doit s’accompagner d’une évaluation et d’un algorithme au bloc opératoire. Ils ont l’avantage d’éviter les aléas d’une
décisionnel (Fig. 4). humidification excessive (condensation d’eau, « noyade ») et le
16 Anesthésie-Réanimation
Anesthésie du nourrisson et de l’enfant ¶ 36-640-A-20
Tableau 9. (< 125 mmol l–1) peuvent être graves : constitution d’un œdème
Règle des « 4-2-1 » permettant de calculer les apports hydriques chez cérébral, développement d’une HIC, apparition d’une
l’enfant. encéphalopathie avec zones d’ischémie, convulsions et à
Poids l’enfant Débit de perfusion
l’extrême mort encéphalique [100].
La nature du soluté de perfusion influence directement les
De 3 à 10 kg 4 ml kg-1 h-1 variations de la natrémie. Selon une méta-analyse, les solutés
De 10 à 20 kg 40 ml + 2 ml kg-1 h-1 hypotoniques entraînent invariablement une hyponatrémie
Au-dessus de 20 kg 60 ml + 1 ml kg-1 h-1 (variation moyenne de la natrémie entre 2,3 et 12 mmol l–1)
Pour la période postopératoire, la tendance actuelle est de perfuser 60 % à 80 % des comparativement aux solutés isotoniques [101].
apports calculés selon cette règle. Exemple : pour un enfant de 8 kg : 8 x 4 Pour guider le choix du soluté de perfusion, il est essentiel de
= 32 ml h-1 ; pour un enfant de 15 kg : 40 + 5 x 2 = 50 ml h-1 ; pour un enfant de considérer la tonicité et la teneur en glucose du soluté.
23 kg : 60 + 3 x 1 = 63 ml h-1.
Tonicité du soluté de perfusion. Théoriquement, il faudrait
utiliser deux types de solutés : des solutés modérément hypoto-
risque de brûlure des voies respiratoires. La résistance supplé- niques pour assurer les apports hydriques de base (ex : soluté
mentaire est négligeable et l’augmentation de l’espace mort est glucosé à 5 % salé à 2 g l–1) et des solutés moins hypotoniques,
faible si l’on choisit une taille appropriée à l’âge de l’enfant. comme le Ringer lactate ou le chlorure de sodium à 9 ‰, pour
Enfin, les solutés de perfusion et les produits sanguins labiles compenser les pertes peropératoires et compenser le jeûne. On
(PSL) doivent être réchauffés à la température du corps avant serait donc amené à utiliser ces deux types de soluté à des
leur administration. Des dispositifs de réchauffement des solutés débits différents en peropératoire. Dans un souci de simplifica-
perfusés sont utiles pour atteindre cet objectif. En cas de tion, on peut opter pour un soluté unique, comme le Ringer
transfusion massive, des réchauffeurs de transfusion sont lactate, qui peut être faiblement glucosé, à 1 % ou 2,5 % [102].
indispensables. Ils sont le plus souvent couplés au dispositif En postopératoire, la tendance actuelle est de ne retenir que des
d’accélération de perfusion-transfusion, mais peu sont adaptés à solutés isotoniques, en raison du risque élevé d’hyponatré-
l’enfant (débit de perfusion minimal trop élevé, volume de la mie [100, 103].
tubulure trop important comparativement au volume sanguin Par ailleurs, les apports de base doivent couvrir les besoins en
des petits nourrissons, etc.). électrolytes, qui sont de l’ordre de :
• 2-4 mmol kg–1 j–1 pour le sodium et le chlore ;
Maintien de l’équilibre hydroélectrolytique • 2-3 mmol kg–1 j–1 pour le potassium ;
• 1 mmol kg–1 j–1 pour le calcium.
L’équilibre hydroélectrolytique est perturbé par le jeûne et les Contenu en glucose du soluté de perfusion. L’administra-
pertes liées à la chirurgie. Les apports hydroélectrolytiques ont tion de glucose reste un sujet controversé en anesthésie pédia-
pour but de maintenir, voire de restaurer cet équilibre en trique. Théoriquement, le glucose est administré en
période périopératoire. peropératoire pour prévenir l’hypoglycémie, dont les signes
seraient masqués par l’AG. Bien que ce risque soit très faible
Besoins hydroélectrolytiques de base chez les enfants sains, une enquête de pratique a montré qu’une
Débit de perfusion large proportion d’anesthésistes pédiatriques français et anglais
administraient des concentrations élevées en glucose aux
La majorité des protocoles utilisés reposent sur la double enfants [104]. Cependant, le risque d’hypoglycémie, justifiant les
compensation des besoins de base (ou d’entretien) et de apports glucosés, doit être mis en balance avec le fait que la
remplacement (jeûne préopératoire et pertes peropératoires). Des majorité des enfants vont spontanément développer une
règles de calcul ont été énoncées pour guider les apports hyperglycémie peropératoire, du fait de la sécrétion des hormo-
hydriques chez l’enfant [99]. Les besoins hydriques de base sont nes du stress en peropératoire ; cette hyperglycémie est majorée
déterminés via l’évaluation de la dépense calorique de l’enfant, en cas d’apports glucidiques. D’autre part, l’hyperglycémie peut
en s’appuyant sur le fait qu’il faut 1 ml d’eau pour produire aggraver d’éventuelles lésions cérébrales ischémiques survenant
1 kilocalorie. Ceci conduit à la classique « règle des 4-2-1 » en peropératoire. Ce phénomène a d’ailleurs déjà été invoqué
(Tableau 9). Cette règle est applicable aux enfants sains, en pour expliquer l’apparition de lésions neurologiques postopéra-
situation stable c’est-à-dire normalement hydratés, normovolé- toires sévères chez un enfant ayant uniquement présenté des
miques et normothermiques, à l’exception des nouveau-nés. convulsions associées à une hyperglycémie [105]. Enfin, l’évolu-
Cette stabilité n’est pas toujours parfaite en périopératoire et il tion des règles de jeûne, avec des durées de jeûne qui se sont
convient de moduler cette règle des 4-2-1 en fonction du raccourcies et la possibilité de boissons sucrées jusqu’à 2 heures
contexte clinique. avant l’intervention, participe à la réduction du risque d’hypo-
La période postopératoire s’associe à une augmentation de la glycémie [106]. Au total, hormis certains enfants qui présentent
sécrétion d’hormone antidiurétique (ADH), qui réduit la un risque réel d’hypoglycémie (enfants diabétiques ou cardio-
capacité du rein à excréter l’eau libre. Plusieurs facteurs favori- pathes sous bêtabloquant, chirurgie lourde et prolongée) et
sant la sécrétion d’ADH ont ainsi été identifiés : l’hypovolémie, justifient d’un soluté glucosé plus concentré (G 5 %), les autres
la contraction du secteur du volume extracellulaire, la douleur, peuvent bénéficier d’un soluté faiblement concentré en glucose
les médicaments surtout les opiacés, des stimuli au niveau du (ex : Ringer lactate à 1 %, 2 % ou 2,5 %). Cette pratique limite
système nerveux central et des stimuli au niveau pulmo- les risques d’hypo- et d’hyperglycémie peropératoire chez
naire [100] . Les réflexions en cours, prenant en compte ce l’enfant et est largement recommandée actuellement [102]. Les
contexte de sécrétion d’ADH, tendent à réduire, de l’ordre de enfants en nutrition parentérale totale sont à risque particuliè-
40 %, le débit horaire des apports liquidiens postopératoires rement élevé de dysglycémie peropératoire ; ils justifient d’une
chez l’enfant [100]. De plus, par mesure de sécurité, les poches de surveillance régulière de la glycémie et d’une adaptation précise
perfusion utilisées doivent être d’un volume adapté à l’enfant et des apports glucosés.
administrées sous contrôle systématique du débit de perfusion
(pompe de perfusion ou seringue électrique). Pour les nourris-
Gestion de l’hémorragie peropératoire
sons, il faut privilégier les poches de 250 ml pour limiter le
risque d’hémodilution, au cas où la poche serait perfusée par L’arrêt cardiaque périopératoire de l’enfant est secondaire à
inadvertance en totalité. une hypovolémie dans 15 % des cas dont la cause est le plus
souvent hémorragique en contexte chirurgical [42] . L’arrêt
Choix du soluté de perfusion cardiaque périopératoire de l’enfant par choc hémorragique est
Le choix du soluté de perfusion est très important car une dû principalement : à une sous-estimation du saignement (48 %
inadéquation entre les apports hydriques et les besoins, aussi des cas), à un abord veineux périphérique inadapté (22 %), à un
bien en quantité qu’en qualité, peut conduire à une hyponatré- défaut de monitorage invasif de la pression artérielle (17 % des
mie [100] . Les conséquences d’une hyponatrémie profonde cas), à une sous-estimation d’une hypovolémie ou d’une anémie
Anesthésie-Réanimation 17
36-640-A-20 ¶ Anesthésie du nourrisson et de l’enfant
18 Anesthésie-Réanimation
Anesthésie du nourrisson et de l’enfant ¶ 36-640-A-20
Choix du soluté de remplissage fortement substitués. Cependant, quelques effets sur l’hémostase
Le RV de l’enfant en peropératoire est guidé par des données primaire ont été observés récemment dans des études adultes
de la littérature extrapolées très souvent d’études réalisées chez mais aussi pédiatriques [129]. Il faut cependant noter que ces
l’adulte ou chez l’enfant de réanimation. effets ont été observés in vitro (thromboélastogramme) et qu’il
Les patients qui saignent ont un déficit liquidien qu’il faut n’y a pas d’étude clinique rapportant de majoration du saigne-
compenser par un RV. En revanche, il existe un vaste débat sur ment ou des besoins transfusionnels.
la nature du soluté à administrer : cristalloïdes ou colloïdes ? En Starter transfusionnel
fait, un apport en cristalloïdes et en colloïdes est essentiel ; la
question est de savoir par quel type de soluté il vaut mieux Après remplissage et hémodilution, le « starter transfusion-
commencer. Si l’on considère uniquement les études chez nel » (seuil d’hémoglobine déclenchant une transfusion) reste
l’enfant, il faut reconnaître la pauvreté de la littérature sur le inconnu chez l’enfant. Lacroix et al., comparant une stratégie
sujet du RV. Les résultats des méta-analyses des études adultes libérale de transfusion (starter transfusionnel à 9,5 g dl–1) et une
s’appliquent peu ou pas à l’enfant, dans la mesure où le nombre plus restrictive (starter transfusionnel à 7 g dl –1 ) chez des
d’études pédiatriques incluses était très faible. Ainsi, la méta- enfants stables de réanimation, ont montré que l’apparition ou
analyse Cochrane qui a conclu à une surmortalité de l’albumine l’aggravation de défaillances multiviscérales étaient identiques
comprenait seulement deux études effectuées sur des prématu- dans les deux groupes, ainsi que le taux de décès à 28 jours [130].
rés, dont une seule dans le cadre de l’hypovolémie [122]. La En revanche, les patients du groupe transfusion restrictive
méta-analyse de Wilkes et Navickis [123], qui a conclu à l’absence recevaient 44 % de produits sanguins en moins et 54 % d’entre
de surmortalité avec l’albumine, avait inclus quant à elle six eux ne recevaient pas de transfusion contre 2 % dans l’autre
études réalisées chez des nouveau-nés à terme ou prématurés. groupe (p < 0,001). Chez des enfants présentant des pathologies
Plusieurs travaux pédiatriques ont mis en évidence un intérêt sévères mais stabilisées, le maintien d’un seuil d’hémoglobine
pour les colloïdes comparativement aux cristalloïdes. Une étude était donc possible sans pour autant augmenter les complica-
a observé que les enfants avaient une balance hydrique négative tions. Comme chez l’adulte, il faut tenir compte du terrain, de
et moins de prise de poids en postopératoire avec les colloï- la tolérance clinique, de l’importance et de la brutalité de la
des [124]. Une autre étude, comparant le RV par Ringer lactate, perte sanguine. Le maintien d’un taux d’hémoglobine de
NaCl 9 ‰, gélatine ou dextran 70 chez des enfants en état de 8-9 g dl–1 chez l’enfant de mois de 6 mois et de 7 g dl–1 chez
choc a trouvé que les patients du groupe cristalloïde avaient les enfants de 6-12 mois semble licite. En revanche, il est
nécessité plus de remplissage complémentaire pour un effet impératif d’éviter l’association d’une anémie et d’une hypoten-
hémodynamique final moindre [125]. Ce résultat va dans le sens sion artérielle.
de celui d’une étude plus récente, dans laquelle les auteurs ont Quelle place pour les vasoconstricteurs ?
observé une meilleure efficacité hémodynamique avec un
Bien que les vasoconstricteurs ne représentent en aucun cas
hydroxy-éthyl-amidon (HEA) qu’avec du Ringer lactate, chez des
à eux seuls le traitement du choc hypovolémique, dans certai-
enfants opérés d’une chirurgie urologique ayant duré plus de
nes circonstances, il peut être très utile de les associer au RV
2 heures [126]. Liet et al. ont comparé l’efficacité des colloïdes
pour maintenir transitoirement une PA qui s’est effondrée et
(HEA et albumine à 5 %) et des cristalloïdes (NaCl 9 ‰) en
pour limiter l’hémodilution liée au remplissage. Les vasopres-
néonatalogie [127]. Les résultats ne retrouvent pas de différence
seurs les plus souvent utilisés dans ce contexte sont la dopa-
d’efficacité entre les solutés, malgré une tendance pour une
mine, la noradrénaline et l’adrénaline.
normalisation de la PA chez une plus grande proportion de
nouveau-nés recevant des colloïdes (86 % avec l’albumine, 71 % Réflexion sur la limitation de l’hémodilution
avec les HEA et 57 % avec le NaCl 9 ‰).
Récemment, une réflexion visant à limiter les volumes des
Que faut-il conclure de tout ceci ? Les données actuelles ne
solutés perfusés dans le choc hémorragique a commencé à voir
permettent pas de retenir un avantage décisif en faveur des
le jour, suite notamment à des travaux réalisés sur des soldats
cristalloïdes ou des colloïdes. En l’absence de consensus sur le
blessés en Irak [131]. Le concept est celui de damage control
choix du soluté à utiliser en première intention, les partisans
resuscitation [131]. L’objectif est de réduire l’hémodilution à
des cristalloïdes choisiront le NaCl 9 ‰ ou le Ringer lactate,
l’origine de la cascade « hémorragie – remplissage – hémodilu-
pour les autres le choix se portera sur les colloïdes. Cependant,
tion – coagulopathie – aggravation de l’hémorragie », dont
les utilisateurs de colloïdes ne s’entendent pas sur le meilleur
l’évolution peut se faire vers la triade létale associant « hypo-
colloïde à utiliser ; chaque type de colloïde ayant des avantages
thermie – acidose – coagulopathie ». Dans cette stratégie de
et des inconvénients. Une revue de la littérature a comparé
prise en charge, les cristalloïdes sont réduits au rôle de soluté
l’utilisation des différents colloïdes entre eux chez les patients
vecteur des médicaments ou de garde-veine, le plasma frais
hypovolémiques [128] . Aucune preuve de supériorité d’un
congelé (PFC) est utilisé quasiment comme un soluté de
colloïde sur les autres, en termes d’efficacité ou de sécurité, n’a
remplissage avec un rapport PFC/concentré de globules rouges
été retrouvée. De nouveau, peu de données pédiatriques ont été
(CGR) variant de 1/2 à 1/1, et le recours au vasoconstricteur est
incluses dans cette revue (3 études, 95 patients), rendant
précoce. Peu de données sont disponibles, en dehors de la
difficile l’extrapolation des résultats à la population pédiatrique.
chirurgie de guerre ou du polytraumatisme adulte ; aucune
En l’absence de collapsus cardiovasculaire, l’utilisation de
étude chez l’enfant n’est actuellement publiée. Il est trop tôt
cristalloïdes en première intention semble donc licite chez
pour extrapoler cette attitude à l’enfant, mais compte tenu des
l’enfant ; l’utilisation d’un colloïde de synthèse étant indiquée
résultats encourageants observés sur la mortalité chez l’adulte,
dans un second temps. En cas de collapsus, on débute par un
des travaux sont nécessaires chez l’enfant pour explorer cette
colloïde pour corriger rapidement la PA. On utilise de préférence
piste.
un HEA de faible poids moléculaire (< 200 kDa) avec un faible
taux de substitution (0,5-0,6). Le volume d’HEA administré
n’excède pas 33 ml kg–1 le premier jour. Le respect des contre-
Entretien de l’anesthésie
indications (anomalies de l’hémostase, sepsis, période néonatale, La phase d’entretien de l’anesthésie doit assurer un niveau
etc.) est primordial. En cas d’allergie ou de contre-indication, d’anesthésie suffisant pour permettre de bonnes conditions
l’albumine reste une alternative aux colloïdes de synthèse. opératoires tout en garantissant au patient une stabilité cardio-
Enfin, un intérêt croissant est apparu pour les effets des respiratoire, une analgésie de qualité et une profondeur d’anes-
solutés de RV sur l’hémostase. Alors que l’albumine et les thésie mettant à l’abri des phénomènes de mémorisation qui
gélatines semblent dépourvues d’effets propres sur l’hémostase, semblent plus fréquents chez l’enfant que chez l’adulte, pou-
les HEA ont été accusés d’entraîner des anomalies de l’hémos- vant atteindre 0,5 % à 1 % [132]. De nombreuses techniques et
tase primaire, en particulier un syndrome de von Willebrand de nombreux agents peuvent être utilisés pour assurer la perte
induit et des anomalies des fonctions plaquettaires. Ces anoma- de conscience, l’analgésie et l’immobilité. Une anesthésie
lies semblent proportionnelles à la dose administrée et sont balancée associant un agent inhalé (sévoflurane et desflurane
surtout attribuées aux HEA de haut poids moléculaire et surtout) et des morphiniques, éventuellement complétée par un
Anesthésie-Réanimation 19
36-640-A-20 ¶ Anesthésie du nourrisson et de l’enfant
20 Anesthésie-Réanimation
Anesthésie du nourrisson et de l’enfant ¶ 36-640-A-20
NFCS
AMIEL-TISON
OPS-FLACC
Hétéroévaluation CHEOPS
DEGR
Anesthésie-Réanimation 21
36-640-A-20 ¶ Anesthésie du nourrisson et de l’enfant
Cela confère à la nalbuphine une relative sécurité thérapeuti- Chez les enfants plus grands, il est possible de réaliser une ALR
que, d’où une très large utilisation (même hors AMM). Les doses sans AG associée. En termes de rapport bénéfice/risque, il faut
recommandées sont de 0,2 mg kg–1, à renouveler toutes les 4 à réaliser un bloc périphérique plutôt qu’un bloc central. En cas de
6 heures, ou une dose initiale de 0,2 mg kg–1 suivie d’une chirurgie lourde, viscérale ou ostéo-articulaire, il est possible
perfusion continue de 50 µg kg–1 h–1. Si la voie veineuse n’est d’assurer une analgésie postopératoire de qualité au moyen d’un
pas disponible, une administration intrarectale (0,4 mg kg–1) est bloc périphérique continu.
possible, mais le délai d’action est variable du fait d’une Les anesthésiques locaux (AL) habituellement utilisés pour
résorption variable. L’injection intramusculaire ou sous-cutanée l’ALR pédiatrique sont les AL du groupe des aminoamides. Les
est également théoriquement possible. nouveaux AL d’action longue, ropivacaïne et lévobupivacaïne
Codéine. La codéine est un agoniste pur des récepteurs µ, sont moins toxiques pour le cœur et provoquent une analgésie
10 fois moins puissant que la morphine. Pour être active, elle d’intensité et de durée équivalentes à celle de la bupivacaïne
est métabolisée en morphine au niveau du cytochrome P450 racémique, dont il faut probablement réserver l’usage à la
(CYP2D6). Du fait de ce métabolisme premier, son délai d’action rachianesthésie [142] . La ropivacaïne et la lévobupivacaïne
est relativement long (60 minutes). Par ailleurs, cette voie de provoquent un bloc moteur moins intense que celui de la
biotransformation n’est pas complètement fonctionnelle chez le bupivacaïne racémique lors des anesthésies caudales et péridu-
nourrisson de moins de 6 mois. Tout comme la morphine, la rales lombaires [142]. Chez l’enfant de moins de 1 an, le risque
codéine connaît de grandes variabilités interindividuelles du fait de toxicité systémique est renforcé par des concentrations
du polymorphisme génétique du CYP2D6 et une surveillance plasmatiques libres d’AL élevées en relation avec un taux
attentive de l’efficacité et des effets secondaires est nécessaire. La constamment faible de protéines plasmatiques, en particulier
codéine a l’AMM chez l’enfant à partir de 1 an. La dose initiale pour les alphaglycoprotéines acides. Ce risque est encore plus
est de 0,5 mg kg–1 toutes les 6 heures et les doses peuvent être grand avant l’âge de 6 mois en raison de l’immaturité hépati-
augmentées jusqu’à 6 mg kg–1 j–1. Elle existe sous forme de que, surtout en cas de réinjections ou d’administration conti-
sirop (Codenfan®). Elle est souvent associée à du paracétamol nue. Il faut réduire les doses d’AL chez l’enfant de moins de
(Codoliprane®, Efferalgan Codéine®, Dafalgan Codéine®). 2 ans en raison d’une fréquence cardiaque de base élevée qui
Tramadol. C’est également un agoniste µ, mais il agit aussi augmente la vulnérabilité à la toxicité cardiaque des AL. Chez
par inhibition de la recapture de la sérotonine et de la noradré- le nourrisson, il faut utiliser des AL moins concentrés que chez
naline. L’AMM autorise une prescription à partir de 3 ans. l’adulte et un volume d’AL rapporté au poids d’autant plus
Cependant, comme la codéine, il est métabolisé par le important que l’enfant est jeune. En anesthésie périmédullaire,
CYP2D6 et, du fait du polymorphisme génétique du CYP2D6, le volume d’AL injecté doit être adapté au niveau métamérique
son efficacité antalgique est variable d’un individu à l’autre. Les à atteindre.
doses recommandées sont de 1 à 2 mg kg–1 3 à 4 fois par jour. Les doses recommandées des AL en fonction des localisations
Il existe une galénique adaptée à l’enfant sous forme de sirop
des blocs sont résumées dans le Tableau 13. En l’absence de
(Topalgic® sirop). Le délai d’action est de 15 à 30 minutes et
données pharmacologiques suffisantes sur l’administration
l’efficacité est suffisante pour les douleurs modérées. Les autres
continue de lévobupivacacaïne en pédiatrie, il faut probable-
voies d’administration (intraveineuse ou rectale) sont également
ment l’utiliser aux concentrations et aux doses retenues pour la
possibles et bien tolérées.
ropivacaïne. La posologie des médicaments adjuvants des AL
Néfopam figure également dans le Tableau 13. Il est possible de diminuer
le risque toxique des AL d’action courte en utilisant des
Le néfopam n’a pas l’AMM pour les enfants de moins de
solutions adrénalinées à la concentration maximale de
15 ans. Sa place en pédiatrie n’est pas encore bien définie par
5 µg ml–1 (1/200 000e) afin de diminuer leur résorption systé-
manque d’études pédiatriques.
mique. Cependant, ces solutions adrénalinées ne doivent pas
Kétamine être injectées dans les régions à vascularisation artérielle
terminale et peuvent avoir des effets hémodynamiques (chute
Chez l’adulte, en plus de l’action antalgique propre de la
de la pression artérielle moyenne et des résistances vasculaires
kétamine, il a été démontré une réduction de l’hyperalgésie
périphériques, augmentation du débit cardiaque). Les techni-
induite par le traumatisme chirurgical et par l’utilisation
peropératoire de fortes doses d’opiacés. Cependant, chez ques d’ALR utilisées chez l’enfant sont pour la plupart similaires
l’enfant, les rares études concernant l’efficacité de la kétamine à celles de l’adulte même si certaines, comme l’anesthésie
pour la prévention de l’hyperalgésie sont contradictoires [139]. caudale, lui sont spécifiques. La perte de résistance selon la
Les doses adultes à visée « antihyperalgésie » recommandées localisation est réalisée de différentes façons :
sont de l’ordre de 0,25 à 0,5 mg kg–1 h–1 après une dose de • pour l’anesthésie caudale, c’est uniquement la perte de
charge peropératoire de 0,15 à 0,5 mg kg–1. résistance due au franchissement de la membrane sacrococ-
Par ailleurs, il est maintenant clairement démontré que la cygienne qui doit permettre la localisation ;
kétamine a un effet proapoptotique, qui a bien été mis en • pour l’anesthésie péridurale, un mandrin liquide, mixte ou
évidence sur des modèles animaux pour des doses comparables gazeux est utilisé :
à celles utilisées en pratique clinique [140] . Si ces données C mandrin liquide ou mixte (volume < 5 ml) chez l’adoles-
expérimentales se confirmaient chez l’homme, l’utilisation cent et le grand enfant,
pédiatrique de la kétamine risquerait d’être remise en question. C mandrin gazeux possible chez le nouveau-né et le nourris-
Cependant, pour le moment aucun déficit n’a été mis en son, à la condition impérative de limiter le volume de gaz
évidence chez l’enfant suite à l’utilisation périanesthésique à 1 ml et de ne pas multiplier les tentatives en cas d’échec ;
ponctuelle de kétamine [141]. Chez le petit enfant, du fait de • pour les blocs de diffusion, on utilise une aiguille à biseau
l’immaturité hépatique, la demi-vie d’élimination est allongée. court sans mandrin.
Le repérage des nerfs en neurostimulation est identique à ce
Analgésie locorégionale qui est pratiqué chez l’adulte, y compris chez l’enfant anesthé-
La récente recommandation formalisée d’experts (RFE) sur sié [142]. En termes de sécurité et de succès du bloc, il ne faut pas
l’ALR pédiatrique publiée en 2010 actualise surtout la pratique de rechercher de réponse pour une intensité de stimulation infé-
l’ALR chez le nouveau-né, le nourrisson et le petit enfant [142]. rieure à 0,5 mA. La stimulation transcutanée aide à la localisation
Chez les grands enfants et les adolescents, il faut se rapprocher des nerfs mixtes mais ne remplace en aucun cas le stimulateur de
des recommandations faites pour l’adulte. Les techniques d’infil- nerfs. Il faut probablement pratiquer l’ALR chez l’enfant en
tration de la cicatrice, probablement aussi intéressantes chez s’aidant d’un échographe [142]. C’est ce qu’ont conclu les experts
l’enfant que chez l’adulte, n’ont pas été envisagées dans cette qui viennent d’actualiser les recommandations sur l’ALR en
RFE, essentiellement en raison d’une littérature embryonnaire. En pédiatrie. Il est cependant probable que cette technique deviendra
pédiatrie, l’ALR est le plus souvent utilisée à visée analgésique et à terme le gold standard pour l’ALR chez l’enfant. En effet,
vient donc en complément de l’AG plutôt qu’en alternative [133]. l’échoguidage des nerfs permet de diminuer le délai d’installation
22 Anesthésie-Réanimation
Anesthésie du nourrisson et de l’enfant ¶ 36-640-A-20
Tableau 13.
Posologie recommandée des anesthésiques locaux et adjuvants en pédiatrie.
Agents Voies d’administration
Rachianesthésie Caudale Péridurale Blocs périphériques
Ropivacaïne - < 2 mg kg-1 < 1,7 mg kg-1 < 0,5 ml kg-1
2 mg/ml < 0,2 mg kg-1 h-1 < 1 mois
< 0,3 mg kg-1 h-1 < 6 mois
< 0,4 mg kg-1 h-1 > 6 mois
du bloc moteur, d’augmenter la durée du bloc sensitif, de dépasser 10 ml kg–1 . En l’absence d’étude démontrant une
diminuer la quantité d’AL injectée et d’améliorer le taux de relation entre neurotoxicité locale des AL et stade de myélini-
succès [142]. Chez l’enfant, il faut privilégier les sondes linéaires sation en fonction de l’âge, aucune précaution liée à ce facteur
d’échographie délivrant des fréquences de 8 à 14 MHz. n’est recommandée.
Le matériel à utiliser pour la pratique de l’ALR chez l’enfant Une coagulopathie congénitale ou acquise accroît le risque
est identique au matériel de l’adulte pour : les neurostimula- hémorragique lors de l’ALR. C’est une contre-indication absolue
teurs, les échographes et certains consommables (aiguilles, aux blocs périnerveux profonds, aux blocs périmédullaires et
seringues, pompes électriques, filtres, etc.) [142]. Les aiguilles à aux blocs intéressant un territoire à vascularisation terminale.
utiliser pour diminuer le risque de lésion nerveuse sont des
aiguilles sans biseau ou à biseau le plus court possible [142]. Les Stratégie de prise en charge
cathéters à utiliser chez le petit enfant sont préférentiellement
en polyamide ou en polyéthylène, sans mandrin, gradués au La prise en charge de la DPO doit s’envisager dès la consul-
moins en centimètres et à orifice d’injection unique et terminal. tation d’anesthésie, en favorisant l’association ALR-AG dès que
Il ne faut pas introduire une longueur de cathéter de plus de 1,5 possible. En l’absence de contre-indication à l’ALR, la technique
à 3 cm pour un bloc nerveux périphérique et ne pas mettre en retenue doit être expliquée à l’enfant et à la famille en mettant
place de cathéter thoracique par voie caudale. Il ne faut en balance le bénéfice attendu et les risques potentiels. Le relais
probablement pas procéder à l’opacification radiologique de analgésique à la levée de l’ALR doit également être envisagé
tous les cathéters d’ALR pour vérifier leur position, mais vérifier précocement. Des algorithmes de prise en charge doivent être
les cathéters dont un trajet aberrant pourrait avoir des consé- établis au sein de chaque service en fonction des types de
quences graves (exemples : cathéters interscaléniques, para- chirurgies habituellement réalisés. Les seuils de douleur impo-
vertébraux lombaires ou thoraciques). Les perfuseurs élastomé- sant un traitement varient d’un enfant à l’autre, mais en règle
riques sont utilisables pour les ALR périphériques continues, générale, pour des douleurs cotées sur une échelle entre 0 et
améliorant le confort et l’autonomie de l’enfant et permettant 100, on peut proposer :
les traitements à domicile [142]. Pour éviter une erreur d’injec- • de 10 à 30, douleur d’intensité faible : médicament antalgique
tion, il faut : séparer les seringues qui contiennent la solution de niveau 1 ;
d’AL et celles destinées aux injections systémiques ; identifier • entre 30 et 50, douleur d’intensité modérée : médicament
clairement le circuit de perfusion intraveineux et le circuit antalgique de niveau 1 ou 2 ;
d’ALR continue (étiquettes, couleur de connexion, etc.). L’utili- • entre 50 et 70, douleur intense : médicament antalgique de
sation d’un chariot de matériel d’anesthésie spécifique à l’ALR niveau 2 ou 3 ;
est recommandée. • supérieure à 70, douleur très intense : médicament antalgique
Les moyens de prévention des complications de l’ALR en de niveau 3.
pédiatrie sont identiques à ceux de l’adulte [142]. Deux tests, sans Par ailleurs, une association d’antalgiques permet souvent un
garantie de valeur absolue, n’ont de valeur que s’ils sont meilleur soulagement de la douleur, ainsi qu’une épargne
positifs : le test d’aspiration et la dose test adrénalinée. Le test morphinique.
d’aspiration doit être réalisé avant chaque injection d’AL qui se
fait de manière lente, fractionnée et entrecoupée. La dose test Nausées et vomissements postopératoires
adrénalinée est probablement plus utile chez l’enfant anesthésié
ou non communicant que chez l’adulte et ceci même quand les Les NVPO, bien que considérés comme une complication
AL utilisés sont de moindre toxicité (ropivacaïne et lévobupiva- banale, sont la source d’un important inconfort et représentent
caïne). Il faut administrer une émulsion lipidique en cas de le symptôme postopératoire dont les patients souhaitent le plus
manifestation toxique systémique cardiaque ou neurologique ne être débarrassés. Ils sont également à l’origine d’un surcoût car
répondant pas rapidement aux manœuvres de réanimation ils représentent la première cause d’hospitalisation imprévue en
habituelles, sans que ce traitement retarde les manœuvres de chirurgie ambulatoire [143] . En pédiatrie, ce problème est
réanimation cardiopulmonaires habituelles ou se substitue à d’autant plus crucial que l’incidence globale des NVPO est plus
elles. La solution à utiliser est l’Intralipide® 20 % en bolus de élevée que chez l’adulte et que les facteurs de risque diffèrent,
1,5 ml kg –1 puis en perfusion à la vitesse de 0,5 à ne permettant pas une transposition des stratégies thérapeuti-
1 ml kg –1 min –1 en fonction de la réponse clinique, sans ques de l’adulte à l’enfant.
Anesthésie-Réanimation 23
36-640-A-20 ¶ Anesthésie du nourrisson et de l’enfant
Niveau de risque
Facteurs de risque spécifiques de l'enfant :
0 FDR : 9 %
- chirurgie > 30 min
1 FDR : 10 %
- âge > 3 ans Rapport coût/bénéfice
2 FDR : 30 %
- chirurgie du strabisme
3 FDR : 55 %
- antécédent de NVPO
4 FDR : 70 %
Risque du patient
Risque élevé
Risque modéré
Prophylaxie antiémétique par association de 2 ou 3
Prophylaxie antiémétique
thérapeutiques et approche multimodale
Figure 6. Arbre décisionnel. Algorithme de prise en charge des vomissements postopératoires chez l’enfant. NVPO : nausées et vomissements postopé-
ratoires ; FDR : facteur de risque.
Incidence probabilité est grande que les enfants soient vierges de toute
chirurgie. La notion de « mal des transports » est en revanche
Les NVPO restent la complication postopératoire la plus
facilement retrouvée à l’interrogatoire des parents.
fréquente chez l’enfant, représentant plus de 75 % des événe-
Enfin, le recours à l’ALR est moins fréquent chez l’enfant que
ments postopératoires dans certaines séries [144]. L’incidence
globale des NVPO, bien que plus élevée que chez l’adulte, n’est chez l’adulte. Ainsi, la proportion d’enfants recevant un
pas très bien définie. Peu d’études se sont en effet intéressées au morphinique peropératoire étant très élevée, ce facteur de risque
problème. Par ailleurs, les jeunes enfants (en général < 6 ans) perd également de son pouvoir discriminant. De nombreux
sont incapables de se plaindre de nausées ou de l’intensité des autres paramètres ont été incriminés (par exemple : absence de
symptômes ressentis. C’est pourquoi, l’incidence globale des prémédication, protoxyde d’azote ou halogénés en peropéra-
NVPO est très vraisemblablement sous-estimée. Une récente toire, morphiniques postopératoires, etc.), mais aucune étude
conférence d’expert sur le sujet fait état d’une incidence globale n’a montré qu’il s’agissait de facteurs de risque indépendants de
des VPO seuls estimée à 30 % dans la population pédiatrique VPO chez l’enfant [11]. Une seule étude, portant sur
« tout venant » [11]. L’incidence varie selon les types de chirurgie 1 257 enfants de 0 à 14 ans, a recherché les facteurs de risque
considérés. Les interventions chirurgicales à risque élevé de indépendants de VPO chez l’enfant et les a intégrés dans un
NVPO chez l’enfant sont surtout la chirurgie ORL (en particulier score de risque pédiatrique (POVOC) [145]. Cette étude, réalisée
l’amygdalectomie et la chirurgie de l’oreille moyenne) et la dans quatre centres hospitaliers allemands, est la seule étude
chirurgie du strabisme. En l’absence de toute prophylaxie, une spécifiquement pédiatrique sur le sujet. Les facteurs indépen-
incidence de plus de 80 % est retrouvée dans ces populations. dants retrouvés étaient : une durée de chirurgie supérieure à
De même, l’incidence des VPO varie avec l’âge des enfants. Les 30 minutes, une chirurgie du strabisme, des antécédents
jeunes enfants sont moins sujets aux VPO que ceux d’âge personnels ou familiaux de VPO et un âge supérieur
scolaire. à 3 ans [145] . Comme pour le score d’Apfel, il existe une
corrélation entre l’existence de 0, 1, 2, 3 ou 4 facteurs de risque
Facteurs et scores de risque et l’incidence des VPO (respectivement 9 %, 10 %, 30 %, 55 %
La prise en charge prophylactique des VPO repose sur la et 70 %). Néanmoins, cette étude comporte des limites impor-
détermination de facteurs de risque, regroupés dans des scores de tantes et des travaux complémentaires sont nécessaires. On peut
risque pour orienter la stratégie thérapeutique. Les scores adultes malgré tout définir des enfants à faible risque (0 ou 1 facteur de
ne peuvent être simplement transposés à la population pédiatri- risque) pour qui le risque de VPO est inférieur à la population
que [145]. Avant la puberté, il n’existe pas de différence d’inci- pédiatrique tout venant, les enfants à risque moyen (2 facteurs
dence des VPO entre garçons et filles. Le statut non fumeur est de risque) dont le risque correspond à l’incidence globale des
quasiment constant chez l’enfant, ce paramètre n’est donc pas VPO en pédiatrie et enfin les enfants à risque élevé (3 ou
discriminant dans la population pédiatrique, même si le taba- 4 facteurs de risque). Cette distinction du niveau de risque
gisme passif pourrait jouer un rôle. Par ailleurs, quand permet une intégration plus simple des patients dans des
on s’intéresse à la population pédiatrique, la notion de VPO algorithmes de prise en charge, surtout en vue de la mise en
lors d’interventions précédentes est souvent caduque, car la place de stratégies prophylactiques (Fig. 6).
24 Anesthésie-Réanimation
Anesthésie du nourrisson et de l’enfant ¶ 36-640-A-20
Tableau 14.
Posologies des antiémétiques chez l’enfant (d’après [11]).
Molécule Posologie (IV) Moment d’injection Âge minimal préconisé Type de chirurgie
Dropéridol 20-50 µg kg-1 Induction et fin de chirurgie 1 an Strabisme, ORL
Sans dépasser 1,25 mg
Ondansétron 50-100 µg kg-1 Induction 1 mois ORL, strabisme, orchidopexie, hernie, pénis,
Sans dépasser 4 mg orthopédique
Butyrophénones
La seule molécule de cette classe utilisée pour la prophylaxie
des VPO est le dropéridol. Comme l’ondansétron et la dexamé-
■ Conclusion
thasone, son efficacité dans la prévention et le traitement des L’anesthésie pédiatrique représente une proportion régulière-
VPO a largement été établie chez l’adulte et l’enfant. L’effet ment croissante des actes d’anesthésies réalisés en France [1, 2]. Le
antiémétisant semble dose-dépendant. Cependant, de fortes plus souvent, il va s’agir d’enfants en relativement bonne santé
doses de dropéridol sont associées à des effets secondaires (ASA 1 et 2), opérés d’actes ORL (amygdalectomie et adénoïdec-
marqués, essentiellement à type de sédation. Les autres effets tomie) [1, 2], et qui ne devraient poser aucun problème, hormis
secondaires décrits sont un allongement de l’espace QT, égale- peut-être ceux de l’enfant enrhumé. Cependant, il faut garder à
ment dose-dépendant, et des dyskinésies extrapyramidales l’esprit que malgré d’importants progrès en termes de réduction
survenant même à faibles doses et essentiellement décrites chez de mortalité, il persiste une morbimortalité non négligeable, qui
l’enfant [148]. concerne surtout l’enfant de moins de 3 ans, et tout particulière-
ment le nourrisson de moins de 1 an. Pour réduire ces risques
Benzamides
chez les jeunes enfants, il faut que l’anesthésiste soit expérimenté
Le métoclopramide a une efficacité controversée et son en anesthésie pédiatrique. Enfin, il n’est plus possible de se
utilisation pour la prévention des VPO chez l’enfant est actuel- « contenter » d’assurer la sécurité des enfants qui nous sont
lement réduite. Les doses retrouvées varient de 0,15 à confiés, il faut désormais également tout faire pour améliorer le
0,5 mg kg–1 [143]. confort de leur prise en charge périopératoire.
Anesthésie-Réanimation 25
36-640-A-20 ¶ Anesthésie du nourrisson et de l’enfant
“ Points essentiels
[9]
chez l’enfant: le point sur les nouvelles modalités. Ann Fr Anesth
Reanim 2006;25:413-6.
Otteni JC, Benichou A, Bricard H, Caramella JP, Clergue F, Desmonts
Les critères de report d’une intervention sont : fièvre, toux JM, et al. Recommandations de la SFAR. Recommandations concer-
nant la surveillance des patients en cours d’anesthésie (2e édition - Juin
productive, auscultation pulmonaire anormale (râles 1989-Janvier 1994). http://www.sfar.org/article/11/recommandations-
bronchiques ou sibilants). Le délai de report doit être de concernant-la-surveillance-des-patients-en-cours-d-anesthesie).
plus de 2 semaines. [10] Ministère des Affaires Sociales. Circulaire n 83.24 du 1.08.1983 rela-
La préparation à l’intervention doit toujours inclure une tive à l’hospitalisation des enfants.
prise en charge psychologique de l’enfant et des parents, [11] Bourdaud N, Xavier L, Bientz J. Prise en charge des NVPO. Particu-
dans laquelle l’information joue un rôle majeur, et peut larités en chirurgie pédiatrique. Conférence d’experts de la SFAR,
inclure une prémédication pharmacologique. Paris, 2007. http://www.sfar.org/article/197/prise-en-charge-des-
nausees-et-vomissements-postoperatoires-ce-2007.
L’induction inhalatoire peut faire appel à la technique [12] von Ungern-Sternberg BS, Boda K, Chambers NA, Rebmann C,
d’induction à la capacité vitale si l’enfant est suffisamment Johnson C, Sly PD, et al. Risk assessment for respiratory complications
coopérant. in paediatric anaesthesia: a prospective cohort study. Lancet 2010;376:
Pour éviter les effets épileptiformes du sévoflurane il faut : 773-83.
réaliser une induction progressive par paliers, éviter des [13] Schreiner MS, O’Hara I, Markakis DA, Politis GD. Do children who
concentrations trop élevées de sévoflurane (Fi sévoflurane experience laryngospasm have an increased risk of upper respiratory
tract infection? Anesthesiology 1996;85:475-80.
< 6 %), limiter la durée d’exposition à une fraction expirée
[14] Rolf N, Cote CJ. Frequency and severity of desaturation events during
au-dessus de 1,5 MAC, éviter d’hyperventiler le patient. general anesthesia in children with and without upper respiratory infec-
Chez l’enfant, la préoxygénation est réalisée par une tions. J Clin Anesth 1992;4:200-3.
technique à « volume courant » en FiO2 100 %, d’une [15] Olsson GL. Bronchospasm during anaesthesia. A computer-aided inci-
durée maximale de 2 minutes. dence study of 136,929 patients. Acta Anaesthesiol Scand 1987;31:
Lors de l’induction inhalatoire, il est possible de perfuser 244-52.
[16] Société française d’anesthésie et de réanimation, Société de réanima-
l’enfant 2 minutes environ après la perte du réflexe ciliaire.
tion de langue française, Club d’anesthésie en ORL, Club d’anesthésie
Si l’enfant est intubé, le recours aux sondes trachéales à en obstétrique, Association des Anesthésistes-Réanimateurs
ballonnet est souhaitable, sous réserve : d’utiliser des Pédiatriques d’Expression Française, Samu de France, et al. Intubation
sondes pourvues de ballonnets dits « haut volume et basse difficile. Conférence d’experts. Texte Court. Paris, 2006. http:
pression », de monitorer la pression du ballonnet pou la //www.sfar.org/_docs/articles/149-cexp_intubationdiff-2.pdf.
maintenir en dessous de 20-25 cmH2O, de maintenir une [17] Langeron O, Bourgain JL, Laccoureye O, Legras A, Orliaguet G. Stra-
pression de fuite autour de 20-25 cmH2O. tégies et algorithmes de prise en charge d’une difficulté de contrôle des
voies aériennes: question 5. Ann Fr Anesth Reanim 2008;27:41-5.
Les apports hydroélectrolytiques périopératoires reposent [18] ANAES. Les examens préopératoires systématiques. Recommanda-
habituellement sur un soluté salé équilibré, éven- tions et Références médicales. Paris. 1998.
tuellement faiblement glucosé (1 % ou 2 %), perfusé selon [19] Brady M, Kinn S, Ness V, O’Rourke K, Randhawa N, Stuart P.
un débit calculé d’après la « règle des 4-2-1 » en Preoperative fasting for preventing perioperative complications in
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En plus de représenter l’étape de sécurité obligatoire, le [20] Flick RP, Schears GJ, Warner MA. Aspiration in pediatric anesthesia: is
there a higher incidence compared with adults? Curr Opin Anaesthesiol
séjour en salle de réveil doit permettre d’assurer une prise
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en charge efficace de la douleur (DPO) et des nausées et [21] Ferrari LR, Rooney FM, Rockoff MA. Preoperative fasting practices in
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prise en charge doivent être disponibles et connus de [22] Kain ZN, Wang SM, Mayes LC, Caramico LA, Hofstadter MB.
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Toute référence à cet article doit porter la mention : Guellec V., Orliaguet G. Anesthésie du nourrisson et de l’enfant. EMC (Elsevier Masson SAS, Paris),
Anesthésie-Réanimation, 36-640-A-20, 2011.
Anesthésie-Réanimation 29
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