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Monitorage respiratoire en anesthésie

Le monitorage respiratoire est nécessaire pendant l'anesthésie car les agents anesthésiques dépriment la ventilation. Il faut assurer une suppléance et la surveiller à l'aide d'oxymétrie de pouls, de capnographie, des paramètres ventilatoires, des concentrations des gaz anesthésiques et les alarmes. Le monitorage n'exclut pas la surveillance clinique du patient.

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Monitorage respiratoire en anesthésie

Le monitorage respiratoire est nécessaire pendant l'anesthésie car les agents anesthésiques dépriment la ventilation. Il faut assurer une suppléance et la surveiller à l'aide d'oxymétrie de pouls, de capnographie, des paramètres ventilatoires, des concentrations des gaz anesthésiques et les alarmes. Le monitorage n'exclut pas la surveillance clinique du patient.

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Le monitorage respiratoire per opératoire chez l’adulte.

Ze Minkande J et al
__________________________________________________________________________________
Revue générale / Review
Le Monitorage Respiratoire Per opératoire Chez l’Adulte

Ze Minkande J 1,3, Bob’Oyono JM2 ,3, Afane Ela A 2,3, Bengono R3, Metogo Mbengono3 , Metogo Ntsama JA3, Binam F3 ,4,
Sosso MA5.

1
Hôpital Gynéco-obstétrique et Pédiatrique de Yaoundé.
2
Hôpital Central de Yaoundé.
3
Faculté de Médecine et des Sciences Biomédicales de l’Université de Yaoundé I.
4
Hôpital Général de Yaoundé
5
Université de Yaoundé I
Corresponding author: Ze Minkande J, Hôpital Gynéco-obstétrique et Pédiatrique de Yaoundé
Email : minkandeze@[Link]
Email:

Abstract
Monitoring, the respiratory system is necessary during anesthesia, due to the depressif effects of anesthesics drugs. And
alternative mechanism and its follow up must thus be assured. A mechanical monitoring dosen’texclude the presence of qualified
anesthetist in the surgical hall to follow up the patients clinically. The mechanical monitoring is based on a pulse oxymetry, CO2
analysis (capnography), ventilator parameters, anaesthetic gaz concentration and the adjustment of alarms.

KEY WORDS:
Monitoring, respiratory system, peroperatory period.

Résumé:
Le monitorage respiratoire est nécessaire au cours de l’anesthésie car les agents anesthésiques dépriment la ventilation. Il donc
faut assurer une suppléance et la surveiller. Le monitorage n’exclut pas la surveillance clinique du patient par un personnel
anesthésique présent attentif en salle d’opération. Il est basé sur l’oxymétrie de pouls, la capnographie, les paramètres
ventilatoires, les concentrations des gaz anesthésiques et les alarmes.

MOTS CLÉS
Monitorage, période peropératoire, fonction respiratoire.

INTRODUCTION
paramètres qui rendent compte de la physiologie
L’anesthésie est un phénomène complexe qui présente respiratoire. Au cours de l’anesthésie il porte à la fois
les différents effets pharmacologiques des agents sur les paramètres qui sont fonction de la machine
utilisés tels que : sommeil et amnésie pour les d’anesthésie et sur les paramètres qui rendent compte
hypnotiques, analgésie pour les morphiniques et de l’état du patient (saturation artérielle en oxygène,
anesthésiques locaux, relâchement musculaire pour les concentration télé-expiratoire en CO2).
curares. Cependant à côté de ces effets
pharmacologiques recherchés existent des effets I. GENERALITES
secondaires qui génèrent dès les premières secondes de Le terme monitorage, traduction du mot anglais
l’induction des troubles de l’homéostasie. Le patient « monitoring » est utilisé pour désigner la surveillance
perd alors son autonomie à des fins thérapeutiques, et instrumentale. Il s’agit de l’ensemble des techniques
doit être pris en charge par l’anesthésiste. A ce niveau utilisées en anesthésie réanimation consistant à
intervient la notion de monitorage peropératoire. Le surveiller d’une manière continue ou répétée différents
monitorage est défini par la surveillance automatisée, paramètres physiologiques ou biologiques au moyen
continue ou non, d’un paramètre mesuré ou calculé. En d’appareils automatiques. Il peut être invasif ou non.
dépit d’une surveillance clinique bien faite, des Trois fonctions sont habituellement liées au
accidents d’anesthésie surviennent, dont 70% relèvent monitorage : l’automatisation, l’alarme et la
d’un facteur humain. Le but du monitorage est de mémorisation [3, 4]. Ainsi un matériel de monitorage
donner des informations sur la situation clinique du doit :
patient, afin d’en améliorer la prise en charge [1]. La - permettre la surveillance continue d’un paramètre, s’il
réduction des complications per opératoires des deux est discontinu, sa mesure doit être effectuée de façon
dernières décennies est probablement liée à la automatique
définition d’un monitorage péri opératoire minimal [2].
Le monitorage respiratoire concerne l’ensemble des

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Le monitorage respiratoire per opératoire chez l’adulte. Ze Minkande J et al
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- être muni d’alarmes visuelles et/ou sonores haute ou d’obstruction, alarme d’arrêt de ventilateur.
déclenchées dès que les valeurs mesurées sortent d’une Une alarme de débranchement ou de fuite est
fourchette préalablement établie indispensable et obtenue par 2 des 3 moniteurs
- associer la mémorisation des paramètres surveillés au suivants : le manomètre (absence de franchissement
monitorage. d’un seuil de pression minimale), le volumètre
1.1 Aspects réglementaires : La mise en œuvre du (absence d’expiration d’un volume minute minimal),
monitorage peropératoire fait partie intégrante de l’acte ou le capnographe (absence de gaz carbonique expiré).
médical d’anesthésie qui engage la responsabilité du Les recommandations de la Société d’anesthésie
médecin. En France la pratique de l’anesthésie réanimation d’Afrique noire francophone (SARANF)
réanimation s’inscrit dans le cadre général de la santé concernant l’équipement minimum d’un site opératoire
publique, régit par le décret du 26 mars 1992 et de la datent de 2003 à Ndjaména [6]. Pour ce qui est du
loi du 4mars 2002, relative aux droits du malade et à la monitorage, l’équipement minimum comporte un
qualité du système de santé. Les indications précises oxymètre de pouls (indispensable); un cardioscope; un
concernant le monitorage sont données dans le décret appareil à pression artériel et le Stéthoscope (à avoir).
n° 94-1050 du 5 décembre 1994 [5]. Les articles D Le matériel de monitorage est décrit dans le tableau II
712-43 à D 712-48 décrivent les obligations minimales ci-dessous.
de monitorage peropératoire (tableau I) [5].
L’anesthésie étant réalisée « sur la base d’un protocole Tableau II : Matériel et catégorie de formation sanitaire [6]
établi et mis en œuvre sous la responsabilité du Matériel Formation 1ère Hôpitaux
médecin anesthésiste. La loi au Cameroun ne s’est pas sanitaire de référence de
encore prononcée sur le monitorage obligatoire en base référence
nationale
période peropératoire.
Assistance Libération des Idem + Idem +
respiratoire voies aériennes respirateur respirateur
Tableau I : Monitorage du patient anesthésié [2]
Administration d’anesthésie Toute
Paramètres Equipement d’oxygène et de catégorie
Contrôle continu de : transport
 Rythme  Electrocardioscope Monitorage Stéthoscope Idem Toute
cardiaque  Oxymètre de pouls Scope catégorie
 Saturation du  Débitmètre à O2 Oxymètre de
sang en O2  Analyseur d’O2 pouls
 Débit en O2 du
mélange inhalé Cependant ces recommandations ne sont pas toujours
 Fraction
effectives, ainsi l’étude de Ze Minkandé et al a révélé
inspiré en
oxygène que dans 48 formations sanitaires représentant 6 des
Surveillance de : 10 régions du Cameroun, la pression artérielle était le
 Pression  Sphygmomanomètre paramètre le plus monitoré (100%), suivie du pouls
artérielle non ou brassard (83,33%), de la diurèse (72,20%) et du saignement
invasive ou automatisé (68,71%) [7]. En France le respect des
 Pression  Transducteur de recommandations de la Sfar [8,9] s’est accompagné
artérielle pression et scope d’une série de 244000 anesthésies sans aucun accident
invasive mortel ou coma, chez des sujets ASA 1 et 2 [10].
Contrôle continu (si
intubation trachéale) de :  Spiromètre ou II. PARAMÈTRES RESPIRATOIRES MONITORÉS AU
 Débits débitmètre
COURS DE L’ANESTHÉSIE
ventilatoires  Manomètre
 Pressions  Capnomètre
ventilatoires L’enquête épidémiologique sur les anesthésies des
 Concentration années 80 a montré la place importante des
de CO2 expiré complications respiratoires dans la morbidité
anesthésique [11]. Les plaintes pour complications
1.2 Les recommandations des sociétés savantes : Les respiratoires représentaient près d’un tiers des 1541
recommandations de la Société française d’anesthésie dossiers ayant conduit à une plainte et analysées par
et de réanimation (Sfar) soulignent également que la l’ASA [12]. Cependant, il ne faut jamais oublier de
présence d’un médecin anesthésiste réanimateur est vérifier l’état clinique du patient (rechercher par
obligatoire pour assurer la surveillance du patient. Par exemple une marbrure ou une cyanose). Ainsi pendant
ailleurs lorsqu’un monitorage expose à un risque l’anesthésie la surveillance des échanges gazeux repose
spécifique une information doit être donnée comme sur le monitorage deux paramètres : la saturation
pour tout acte médical. Pour ce qui est de l’appareil artérielle en oxygène et la concentration télé-
d’anesthésie, les recommandations de la Sfar indiquent expiratoire en CO2.
les éléments de monitorage indispensables :
manomètre, volumètre, analyseur d’O2, capnographe,
analyseur de vapeurs anesthésiques, alarme de pression

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2.1. Monitorage des paramètres d’oxygénation [3, 13, Corrélations SaO2, SPO2 et PaO2: La SaO2 est un
14, 15]. meilleur reflet du contenu artériel total en O2 (CaO2)
que la PaO2. En effet connaissant la SaO2 et le contenu
L’Oxymétrie de pouls en hémoglobine (en ignorant la quantité négligeable de
Il s’agit du monitorage non invasif de la saturation en l’oxygène dissout), on peut apprécier
O2 artériolaire (SaO2), obligatoire en période approximativement la CaO2 (tableau IV). La PaO2 ne
opératoire et en SSPI [3]. L’appareil utilisé est permet d’apprécier correctement la CaO2 que lorsque
l’oxymètre de pouls qui mesure la fraction oxygénée de sont connus la courbe de dissociation de
l'hémoglobine, par oxymétrie de transmission couplée à l’hémoglobine, la qualité de l’hémoglobine et le
une photo-pléthysmographie : contenu en hémoglobine. Si les hypoxémies sont
 La pléthysmographie utilise les variations des facilement détectables, les hyperoxies ne peuvent être
ondes lumineuses pour reproduire les ondes quantifiées par la SpO2 dès lors que la PaO2 dépasse
pulsatiles artérielles. 100mmHg [18].
 La spectrophotométrie mesure l’absorption
des lumières à travers les substances. Tableau III : Principaux mécanismes et étiologies perturbant le
monitorage de la SpO2
Positionnement : On peut le positionner sur le doigt,
l’oreille ou le nez. Cependant le signal au doigt est Anomalies Mécanismes Causes possibles
SpO2 non Onde de pouls Hypotension artérielle,
généralement meilleur que sur le lobe de l’oreille
mesurée ou insuffisante hypothermie,
(figure 1), surtout en cas de désaturation erronée Ou irrégulière vasoconstriction,
(qualité du arythmie, compression
signal) du membre, CEC
continue, déplacement
du capteur,
Thrombose artérielle,
choc Cathéter artériel,
froid, collapsus,
brassard PA, capteur
trop serré
SpO2 erronée Artéfacts de Mouvements ou
mesure frissons, Interférences
électriques
Sous- Augmentation Position déclive du
estimation de la de la pression membre,
Figure 1 : Oxymètre de pouls et positionnement au doit SaO2 veineuse hyperpression
digitale thoracique
a) Intérêt de ce monitorage: L’oxymétrie de pouls Compression du
permet d’obtenir plusieurs paramètres à la fois : la membre
saturation en oxygène du sang artériel, la courbe de SpO2 erronée Signal Anémie extrême
insuffisant (Ht<10%)
pléthysmographie et la fréquence du pouls. Il permet Absorption par Méthémoglobinémie
Sous-
par ailleurs la détection précoce de désaturations estimation si hémoglobine
artérielles en période périopératoire et en réanimation, SaO2>85% ou anormale
donc diminution de la fréquence, de la profondeur et de Surestimation
la durée des hypoxémies ; diminution des prélèvements si SaO2<85%
artériels pour gaz du sang (et par conséquent Surestimation Absorption carboxyhémoglobine
diminution de la morbidité et du coût). L’oxymètre de de la SaO2 modifiée
pouls s’avère aussi intéressant au cours du transport du SpO2 erronée Colorants Bleu de méthylène,
patient de la salle d’opération à la salle de surveillance intraveineux vert d’indocyanine,
rouge indigo
post-interventionnelle [16, 17]. Ce moniteur peut aussi SpO2 absente Modification Vernis à ongle ou
être utilisé comme une aide au réglage de la ventilation ou erronée de l’absorption ongles synthétiques,
mécanique, permettant de suivre rapidement henné, onychomycose
l’efficacité sur l’oxygénation d’un changement de SpO2 ne Manque de Hypoxémie sévère
réglage du ventilateur. reflétant pas la précision (SaO2<80%)
b) Limites: Ces limites doivent être connues de tout SaO2
utilisateur (tableau III).
Les mouvements entraînent une fausse pulsatilité, mal
interprétée par l’algorithme. Les Néons et scialytiques Tableau IV : Corrélations entre SpO2(%) et PaO2 (mmHg)
ont une pulsatilité propre pouvant interférer avec la SpO2 (%) PaO2 (mmHg)
mesure. L’arythmie entraîne une pulsatilité irrégulière 99 ou 100 95 à 650
gênant le moyennage. Les colorants (vernis à ongle, 95 ≈80
vert d’indocyanine ou de bleu de méthylène) donnent 90 ≈60
70 ≈40
une mesure moins fiable du fait d’une plus grande
50 ≈25
absorption du signal. L’ictère n’altère pas le signal.

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Ces valeurs dépendent de : température ; pH ; 2,3- cutanée. Le monitorage de la PtcO2 est la mesure de la
DPG ; PaCO2 pression tissulaire en O2 qui par des artifices
La pigmentation de la peau peut induire une techniques permet d’obtenir une valeur proche de la
surestimation de la SPO2 variable selon les appareils, valeur artérielle. Le principe utilisé est la mesure de la
qui augmente avec la pigmentation et l’hypoxémie pression partielle de l’O2 diffusé à travers la peau par
(max entre 2 et 4%). une électrode (électrode polarographique de Clark)
La carboxyhémoglobine (COHb) est prise en compte collée sur la peau. Ce territoire cutané doit être chauffé
par l’appareil comme de l’oxyhémoglobine, donc (≈ 43-45°C). La PtcO2 est influencée par le débit
surestimation de la SaO2 réelle. Pour ce qui est de la cutané (une diminution importante du débit cardiaque
methémoglobine (metHb), plus sa concentration est entraine une diminution de PtcO2). Cette technique
élevée, plus la SPO2 tend vers 85%, quelle que soit la garde une place mineure en raison d’une modification
SaO2 réelle. des valeurs par les gaz et les vapeurs anesthésiques,
En pratique, il faut maintenir une SPO2 ≥ 94% pour ainsi que les contraintes techniques (calibration toutes
assurer une SaO2 réelle ≥90% et une PaO2≥60mmHg les 12 à 24 heures, temps de chauffage 15 à 20
Enfin l’oxymétrie de pouls n’est pas adaptée pour minutes) [19, 20].
reconnaitre sans délai et de façon fiable un défaut ou
une absence de ventilation d’un patient, car il faut La capnomètrie [3, 13, 14,15, 21, 22,23]
plusieurs minutes, en fonction du degré d’oxygénation La capnographie permet de mesurer le contenu en CO2
préalable, pour qu’une hypoxie se manifeste. du mélange gazeux pendant tout le cycle respiratoire.
c) Incidents possibles : Monitorage de la PetCO2 : La mesure continue de la
-Hypoxémie non détectées par la SPO2 en raison d’un concentration en CO2 dans le gaz du circuit
signal faussé par l’agitation (enfants) : associer respiratoire se fait le plus souvent sur un échantillon
systématiquement dans ce cas un autre monitorage. de gaz aspiré en continu par le capnomètre. Le débit
-Les troubles locaux de la perfusion liés à l’utilisation d’aspiration (50-200ml/min) doit être pris en compte en
d’une pince capteur adulte chez l’enfant (à éviter) pédiatrie ou en cas de faible débit de gaz. La
-Risque de surchauffe du capteur lié à l’utilisation d’un surveillance de la PetCO2 est obligatoire lorsque le
moniteur de marque différente (malgré une connexion patient est intubé (décret 94-1050 du 5déc 1994 en
compatible) France). Pour une interprétation correcte de la
-Désaturation passant inaperçue en raison de fausses capnométrie il faut disposer d’un système de mesure du
alarmes à répétition. CO2 expiré permettant l’affichage permanent de la
courbe. La valeur peut être exprimée en mmHg ou en
Analyse de d’oxygène dans les gaz inspirés [19,20] % de CO2 dans les gaz expirés. Le capnogramme est la
a) La FiO2 : la mesure de la fraction inspirée en courbe de la concentration du CO2 mesurée au niveau
oxygène permet de vérifier que le de l'air expiré (PeCO2).
gaz inspiré par le patient contient une concentration Intérêt et limites : Les informations fournies par le
suffisante en oxygène. Il s’agit donc plus d’une capnomètre nécessitent une interprétation en fonction
surveillance du circuit et du ventilateur que d’une des données cliniques.
surveillance de l’oxygénation du patient [3]. Les -L’absence de CO2 dans le gaz expiré permet la
moniteurs de FiO2 permettent donc d’assurer que le détection précoce de l’intubation œsophagienne. Celle–
mélange de gaz inhalé par le patient n’est pas un ci peut être prise en défaut en cas de bronchospasme
mélange hypoxique. sévère, d’arrêt cardiaque ou de fuite dans le circuit. A
b) L’analyse de la fraction en O2 enfin contrario, un capnogramme transitoire peut être
d’expiration (FeO2) : La FeO2 est un témoin observé après intubation œsophagienne, l’estomac
fiable de la qualité de pré oxygénation, mais elle ne pouvant contenir du CO2.
donne pas d’information directe sur la quantité des - La présence du CO2 dans le gaz inspiré est le témoin
réserves d’oxygène. Ce monitorage n’est pas d’une réhinalation (chaux sodée saturée, faible débit de
obligatoire et n’est possible de manière fiable qu’avec gaz frais ou valve défectueuse)
certains capteurs rapides (paramagnétiques). Lorsque la - La concentration en CO2 en fin d’expiration
FeO2 est ≥ 90%, la quasi-totalité de l’air alvéolaire a (PetCO2) est un reflet, habituellement fidèle de la
été remplacée par de l’oxygène. PaCO2, avec un gradient compris entre 3 et 5mmHg.
Limites du monitorage de la FeO2 : L’élévation rapide Cependant ce gradient n’est pas toujours prévisible
de la FeO2 au cours de l’inhalation d’oxygène chez (affections broncho-pulmonaires préexistantes) et peut
l’enfant, la femme enceinte ou chez le patient obèse ou varier en fonction de la situation clinique chez un
ayant une maladie respiratoire restrictive traduit en même malade (modifications hémodynamiques,
général des réserves faibles, alors que chez chirurgie thoracique, embolie). La PetCO2 ne peut
l’emphysémateux, l’élévation de la FeO2 est plus lente. donc pas remplacer la mesure directe de la PaCO2 dans
c) Monitorage de l’oxygène par voie ces circonstances ou lorsque la PaCO2 doit être ajustée
transcutanée (Ptc O2) : précisément (neurochirurgie).
Les mesures de la PtcO2 reposent sur la notion que Les variations de la capnométrie et du capnogramme
l’oxygène et le gaz carbonique, comme les autres gaz doivent toujours être interprétées conjointement et
présents dans l’organisme, diffusent à travers la surface rapidement, car elles peuvent traduire : une variation de

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la ventilation alvéolaire, une modification du débit -Augmentation brutale de l’EtCO2 : augmentation du
cardiaque (ETCO2 diminue quand le débit cardiaque débit cardiaque, hyperthermie maligne.
augmente), une modification de la production du CO2
(ETCO2 diminue quand la profondeur d’anesthésie 2.2) Paramètres ventilatoires [19, 20, 21, 22] :
augmente), notamment en cas de variation de
température, une résorption de CO2 en coeliochirurgie, Mesure des pressions et volumes
un phénomène embolique pulmonaire (ETCO2 La surveillance des pressions dans les voiesaériennes
diminue car le gradient alvéolo-capillaire augmente et permet d’apprécier les forces s’opposant au débit
la perfusion tissulaire diminue) gazeux délivré par le ventilateur. Il peut s’agir au
- La forme du capnogramme est aussi importante à niveau du patient, de forces de distension de
considérer : Il a normalement une forme rectangulaire l’ensemble poumon-cage thoracique ou de forces
(figure 2) à laquelle on décrit 5 phases principales imputables à la résistance des voies aériennes.
(après la brève phase initiale E1, inapparente, Néanmoins la pression est mesurée au niveau du circuit
correspondant à l'expiration de l'espace mort du ventilateur, l’augmentation des pressions peut être
anatomique) : secondaire à une augmentation des résistances située
dans le circuit du respirateur. Deux types d’alarme
peuvent être déclenchés :
-L’alarme de haute pression qui est déclenchée lorsque
la pression d’insufflation atteint une valeur limite
réglée. Cette alarme indique l’existence d’une gène à
l’insufflation du volume courant située soit dans le
circuit du ventilateur, soit dans les voies aériennes du
patient.
-L’alarme basse est en principe une alarme destinée à
indiquer un débranchement du ventilateur ou du
circuit. Une fois le circuit et la ventilation branchés sur
la sonde trachéale, le niveau de cette alarme est
habituellement fixé à 5 cmH2O au dessous de la
Figure 2 : capnogramme normal
pression crête atteinte.

 E2 : pente ascendante, presque verticale (air mixé), Monitorage de la spirométrie [19, 20].
 Angle Q : proche de 90°, habituellement bien Il s’agit de monitorer l’ensemble des techniques
marqué, spirométriques munies d’alarmes. En pratique, la
 E3 : plateau expiratoire presque horizontal (air spirométrie apporte réellement une surveillance fiable
alvéolaire), de la ventilation. Elle peut cependant être prise en
 R : pic télé-expiratoire (PetCO2) proche de la défaut lors d’une intubation œsophagienne, elle peut
PACO2 et de la PaCO2, également être utilisée sur un circuit filtre utilisant un
 I1 : pente descendante verticale (début de faible débit de gaz frais, et que survient une
l'inspiration suivante)
déconnexion.

Remarques sur le capnogramme normal : la ligne de - Trapping gazeux


base doit revenir à zéro (si non réinhalation) ; le
plateau QR doit être légèrement ascendant ; l’EtCO2 Le trapping gazeux en fin d’expiration est lié à une
est déterminé par 3 paramètres (la production réduction du flux expiratoire, observé dans le
métabolique de CO2, son transport vers les poumons bronchospasme ou les pathologies bronchiques
(débit cardiaque), et son élimination par la ventilation chroniques (emphysème+++). Sa détection est
Les capnogrammes pathologiques : importante surtout dans les situations de ventilation
-L’absence du plateau enfin d’expiration, remplacée unipulmonaire, parce qu’il s’accompagne d’une
par une pente expiratoire prolongée témoigne d’une pression positive enfin d’expiration (auto-PEP ou PEP
inhomogénéité des constances de temps de vidange intrinsèque) et peut avoir un retentissement
pulmonaire observée dans la BPCO et le hémodynamique majeur, lié à la gène au retour veineux
bronchospasme. Dans ce cas l’expiration en cours est et à l’interaction entre ventricules. Cette PEP n’est pas
interrompue par l’insufflation suivante, et la PetCO2 détectée par le monitorage habituel de la pression dans
sous-estime la PaCO2. les voies aériennes supérieures, mais elle est détectée
- Diminution progressive ou rapide de l’EtCO2 : de manière indirecte par un débit expiratoire non nul
hypoventilation (fuite du circuit, débit de (et anormal) en fin de l’expiration sur un monitorage de
gaz frais insuffisant), baisse du VA/Q par embolie la courbe débit-volume.
pulmonaire ou par baisse du débit cardiaque - Analyse de la concentration des gaz
(hypovolémie, pneumothorax compressif, clampage anesthésiques :
cave), baisse du métabolisme (approfondissement de
l’anesthésie, hypothermie) Le monitorage des gaz anesthésiques (fraction inspirée
et expirée) permet d’évaluer la quantité délivrée et la

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profondeur de l’anesthésie. La fraction télé-expiratoire Toutes ces alarmes sont monitorées pendant la période
en gaz halogéné est le reflet de la concentration peropératoire pour détecter à tant les complications et
artérielle et permet une estimation de la concentration assurer une prise en charge rapide et adéquate.
au site-effet. La concentration inspiratoire dépend de la
quantité de gaz délivré dans le circuit et de la CONCLUSION:
réinhalation. Plus le débit de gaz frais est élevé et plus Le monitorage ne remplace pas la surveillance clinique
la concentration de gaz halogéné dans le circuit est du patient au bloc opératoire. Le rôle du monitorage est
proche de la concentration dans les gaz frais. de donner les informations sur la situation clinique du
patient, afin d’en améliorer la prise en charge. Les
2.3) Monitorage des paramètres de mécanique sociétés savantes ont défini les recommandations sur le
ventilatoire monitorage minimum respiratoire et hémodynamique
(Sfar, SARANF). L’étendue et la complexité du
Paramètres monitorés monitorage résultent de l’analyse de la situation
Au cours de l’anesthésie générale, et après l’intubation clinique du patient, de l’acte opératoire prévu et de
endotrachéale, le patient est connecté au respirateur l’environnement dans lequel il prend place.
d’anesthésie dans le but d’assurer une hématose L’anesthésiste doit avoir une bonne connaissance du
optimale. Dès la connexion du patient au respirateur, paramètre physiologique mesuré par l’appareil, des
les paramètres suivants sont réglés : volume courant (6- limites de la mesure et des complications éventuelles.
8ml/Kg), fréquence respiratoire, pression expiratoire La saturation en oxygène, la pression expirée en CO2,
(le plus souvent à 0 mmHg pour la ventilation en les paramètres ventilatoires, les concentrations des gaz
anesthésie, parfois faible niveau de pression expiratoire anesthésiques et les alarmes sont les principaux
positive), fraction inspirée en oxygène(FiO2) dans les éléments à surveiller en période peropératoire sur le
gaz frais et mélanges gazeux (O2-air ; O2-N2O), plan respiratoire
rapport I/E (1/2). On doit aussi régler également
l’évaporateur des agents anesthésiques inhalés. En fin REFERENCES
les alarmes du respirateur sont réglées (à des seuils en
rapport avec le patient et sa physiologie)et on se 1. Pili-floury S, Devaux B, Samain E. Le monitorage au bloc
opératoire. Les essentiels 2005. 47e Congrès national
rassure qu’elles sont audibles. La plupart des machines
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supéruer de PETCO2 que l’on va accepter chez le ed (paris) 36385 A 10 10- 1990.
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patient ainsi que l’alarme inférieur (utile pour le
Kamran Sami. Anesthésie réanimation chirurgicale. Paris 3ème
diagnostic de déconnexion du patient) édition Médecine Sciences Flammarion 2003:196-210.
- Alarme de FiO2 : Il faut assurer au patient un 5. Ministère des affaires sociales de la santé et de la ville.
mélange non hypoxique (attention particulière lors Décret n° 94-1050 du 5 décembre 1994 relatif aux conditions
techniques de fonctionnement des établissements de santé
des modes ventilatiores à bas débits)
publique. Journal Officiel de la République Française du 8
- Alarmes de spirométrie : le respirateur est réglé en décembre 1994.
ventilation contrôlée en lui donnant une consigne de 6. Société des anesthésistes –réanimateurs d’Afrique noire
volume courant et de fréquence. L’alarme existe sur francophone. Recommandations concernant l’équipement
minimum d’un site d’anesthésie et la formation du personnel.
la mesure des gaz expirés en une minute. Il existe une
Congrès d’anesthésie réanimation de la SARANF, Ndjamena
borne haute (aide au diagnostic de décurarisation et 2003.
un passage en ventilation spontanée) et une borne 7. Ze Minkandé J, Mboudou E T, Chiabi A, Bengondo C,
inférieure (aide au diagnostic de déconnexion). Yonzo F, Noah L, Binam F, Chobli. Monitorage
peropératoire en anesthésie générale chez l’adulte au
- Alarme de pression : Il faut régler le seuil d’alarme
Cameroun. Clinics in Mother and Child Health 2007 ; Vol 4
inférieure (aide au diagnostic de débranchement ou (2) : 797-801.
de fuite dans le circuit) et l’alarme supérieure (utile 8. Eichhorn JH, Prevention of intraoperative anesthesia
pour le diagnostic d’obstruction des voies aériennes accidents and related severe injury through safety
monitoring. Anesthesiology 1989; 70:572-7.
ou de plicature du circuit de ventilation
9. Recommandations concernant la surveillance des patients en
- Alarme d’agents anesthésiques inhalés : On règle un cours d’anesthésie, SFAR, septembre 1989.
seuil haut qui prévient le surdosage en agents 10. Recommandations concernant la surveillance et les soins
anesthésiques inhalés (cuve laissée ouverte par postanesthésiques, SFAR. Septembre 1990.
11. Hatton F, Tiret L, Maujol L, et al. INSERM. Enquête
inadvertance). On règle aussi le seuil bas qui permet
épidémiologique sur les anesthésies. Premiers résultats. Ann
de détecter le bas niveau de remplissage en agent Fr Anesth Réanim 1983 ; 2 :331-86.
anesthésique inhalé (une des causes de mémorisation 12. Caplan RA, Posner KL, Ward RJ, et al. Adverse respiratory
peropératoire). events in anesthesia; a closed claims analysis.
Anesthesiology 1990; 72: 828-33.
13. Billard V. Monitorage de la profondeur de l’anesthésie. 53e
congrès national d’anesthésie et de réanimation. Infirmiers,

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