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Fonctions exponentielles et logarithmiques

Ce document décrit les fonctions exponentielle et logarithme. Il présente notamment la méthode d'Euler pour résoudre une équation différentielle, puis étudie la convergence d'une suite de fonctions vers la fonction exponentielle.

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Fonctions exponentielle et logarithme

Jean-Etienne Rombaldi1

3 janvier 2006

1 Professeur agrégé à l'Université d'Aix-Marseille III


2
Table des matières

1 Fonctions exponentielle et logarithme 5


1.1 La méthode d'Euler pour
³³ l'équation y =y .
0
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
x ´n ´
1.2 La suite de fonctions 1 + . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
n n≥1
1.3 Propriétés de la fonction exponentielle réelle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
1.4 Extension aux espacesµde Banach
¶ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
Pn xk
1.5 La suite de fonctions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
k=0 k! n∈N
1.6 Une dénition du logarithme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13

3
4
1
Fonctions exponentielle et logarithme

1.1 La méthode d'Euler pour l'équation y 0 = y


La méthode d'Euler est basée sur le théorème des accroissements nis qui permet d'écrire,
pour une fonction f de classe C 1 dans un voisinage du point x :
f (x + h) = f (x) + hf 0 (x + θh) w f (x) + hf 0 (x) ,
où h est réel non nul destiné à tendre vers 0 et θ (qui dépend de x et h) est dans ]0, 1[ .
D'un point de vue géométrique, on remplace au voisinage de x le graphe de f par sa tangente
en x.
On s'intéresse ici au problème de Cauchy qui consiste à déterminer une fonctiony de classe
C de R dans R et telle que :
1
½
y (0) = 1,
(1.1)
∀x ∈ R, y 0 (x) = y (x) .
En supposant que ce problème admet une solution (ce que nous dit le théorème de Cauchy-
Lipschitz) on se xe un réel x > 0 et on va utiliser la méthode d'Euler pour obtenir une valeur
approchée de y (x) . Pour ce faire on se donne un entier n ≥ 1 auquel on associe la subdivision
de [0, x] dénie par les points :
x
xk = k (0 ≤ k ≤ n)
n
et on va dénir une suite (yk )0≤k≤n d'approximations des éléments de la suite (y (xk ))0≤k≤n .
Pour k = 0, on pose y0 = y (x0 ) = 1.
En supposant construits y0 , . . . , yk−1 pour 1 ≤ k ≤ n, on écrit que :
³ x´ x ³ x´
y (xk ) = y xk−1 + w y (xk−1 ) + y 0 (xk−1 ) = y (xk−1 ) 1 +
n n n
et avec y (xk−1 ) w yk−1 , on obtient l'approximation :
³ x´
y (xk ) w yk = yk−1 1 + .
n
La suite (yk )0≤k≤n est donc dénie par la relation de récurrence :
(
y0 = 1 ³ x´
yk = yk−1 1 + (1 ≤ k ≤ n)
n
³ x ´k
ce qui donne yk = 1 + et en particulier on a l'approximation :
n
³ x ´n
y (x) = y (xn ) w yn = 1 + .
n

5
6 Fonctions exponentielle et logarithme
³³ x ´n ´
1.2 La suite de fonctions 1+
n n≥1
Nous sommes donc amené à étudier la suite de fonctions (un )n≥1 dénie par :
³ x ´n
∀n ≥ 1, ∀x ∈ R, un (x) = 1 +
n
et nous allons montrer dans ce paragraphe que cette suite converge vers une fonctionf qui est
l'unique solution du problème (1.1) .
Pour x = 0, cette suite est stationnaire sur 1.
Le lemme suivant nous sera utile.

Lemme 1.1 Pour tout réel x, on a :


lim un (x) un (−x) = 1.
n→+∞

Démonstration. Pour tout n ≥ 1, on a :


µ ¶n n−1 µ ¶k
x2 x2 X x2
1 − un (x) un (−x) = 1 − 1 − 2 = 2 1− 2 .
n n k=0 n

x2
Pour tout n > |x| , on a 0 < 1 − ≤ 1 et :
n2
x2 x2
|1 − un (x) un (−x)| ≤ 2 n = → 0.
n n n→+∞

En notant E la fonction partie entière, on associe à tout réel x l'entier nx déni par :
½
1 pour x ≥ 0,
nx =
E (|x|) + 1 pour x < 0

et on a un (x) > 0 pour tout n ≥ nx .


Nous allons montrer dans ce qui suit que pour tout réel x, la suite (un (x))n≥1 converge vers
un réel f (x) > 0. En utilisant le lemme précédent on voit qu'il sut de montrer ce résultat
pour x > 0 ou pour x < 0.
un+1
Lemme 1.2 Pour tout entier n0 ≥ 1 et tout entier n ≥ n0 , la fonction est strictement
un
croissante sur R+ et strictement décroissante sur ]−n0 , 0] .

Démonstration. On se xe un entier n0 ≥ 1.


Pour tout n ≥ n0 et tout x ∈ ]−n0 , 0] , on a n ≥ n0 > −x et un (x) > 0, cette inégalité étant
également vériée pour x > 0 et n ≥ 1.
Pour n ≥ n0 la restriction de la fonction un à ]−n0 , +∞[ est dérivable à valeurs strictement
u0 (x) n
positives avec n = et :
un (x) n+x

u0n+1 (x) u0n (x) x


∀x ∈ ]−n0 , +∞[ , − = .
un+1 (x) un (x) (n + x) (n + 1 + x)
³³ x ´n ´
La suite de fonctions 1+ 7
n n≥1
µ ¶0
un+1 u0n+1 un − un+1 u0n
En utilisant = , on en déduit que :
un u2n
 µ ¶0

 un+1
 ∀x > 0, (x) > 0,
un µ ¶0

 un+1
 ∀x ∈ ]−n0 , 0[ , (x) < 0,
un
un+1
c'est-à-dire que pour n ≥ n0 , la fonction est strictement croissante sur R+ et strictement
un
décroissante sur ]−n0 , 0] .

Lemme 1.3 Pour tout réel x la suite (un (x))n≥nx est à valeurs strictement positives et pour
tout entier n0 ≥ 1, tout réel non nul x dans ]−n0 , +∞[ , la suite (un (x))n≥n0 est strictement
croissante.

Démonstration. Par dénition de nx , on a un (x) > 0 pour tout réel x et tout entier n ≥ nx .
Pour x non nul dans ]−n0 , +∞[ le lemme précédent nous dit que :
un+1 (x) un+1 (0)
∀n ≥ n0 , > = 1,
un (x) un (0)
c'est-à-dire que la suite (un (x))n≥n0 est strictement croissante.

Remarque 1.1 La croissance de la suite (un (x))n≥nx peut aussi se montrer directement en
utilisant l'inégalité de Bernoulli à savoir : (1 − a)n > 1 − na pour a < 1 non nul.
Pour n ≥ nx on a :
 x n+1
µ ¶n+1 ³ 1 +
x x ´n+1  n+1
un+1 (x) = 1 + = 1+  x 
n+1 n 1+
n
 n+1
³ µ ¶n+1
x ´n+1  1 + x + n  ³ x ´n+1 x
= 1+ x = 1+ 1− 2
n 1+x+n+ n n + (1 + x) n + x
n
³ µ ¶n+1
x ´n+1 x
= 1+ 1− .
n (n + 1) (n + x)
x x
Pour x < 0, on a < 0 et pour x > 0, < 1 (c'est équivalent à
(n + 1) (n + x) (n + 1) (n + x)
n2 + (1 + x) n > 0), on peut donc utiliser l'inégalité de Bernoulli pour écrire que :
µ ¶n+1
x x n
1− >1− =
(n + 1) (n + x) n+x n+x
et donc :
µ ¶n+1 ³
un+1 (x) ³ x´ x x´ n
= 1+ 1− > 1+ =1
un (x) n (n + 1) (n + x) n n+x

Théorème 1.1 Pour tout réel x, la suite (un (x))n≥1 converge vers un réel f (x) .
1
De plus on a f (0) = 1, f (x) > 0 et f (−x) = pour tout réel x.
f (x)
8 Fonctions exponentielle et logarithme

Démonstration. Pour x = 0 on a un (0) = 1 pour tout n ≥ 1 et lim un (0) = 1 = f (0) .


n→+∞
x
Pour x < 0, on a 0 < 1 + < 1 et 0 < un (x) < 1 pour tout n ≥ nx , c'est-à-dire que la suite
n
(un (x))n≥nx est bornée et comme par ailleurs elle est croissante à partir d'un certain rang n0 ,
on en déduit qu'elle est convergente. On note f (x) = lim un (x) . De la stricte croissance de
n→+∞
(un (x))n≥n0 , on déduit que f (x) > un0 (x) > 0.
Enn pour x > 0, on a :

un (x) un (−x) 1
un (x) = →
un (−x) n→+∞ f (−x)
1
(lemme 1.1), soit lim un (x) = = f (x) .
n→+∞ f (−x)

Remarque 1.2 De f (x) f (−x) = 1 pour tout réel x, on déduit que f n'est pas une fonction
polynomiale. En eet si f est polynomiale de degré n ≥ 0 (f n'est pas nulle), alors f (x) f (−x)
est polynomiale de degré 2n et constante, on a donc n = 0 et f est constante, ce qui est
incompatible avec f (x) > u1 (x) = 1 + x pour x > 0.

Remarque 1.3 Avec :


1 1
f (x) = = lim ,
f (−x) n→+∞ un (−x)
on déduit que f (x) est aussi limite de la suite (vn (x))n≥n−x dénie par :

1 ³ x ´−n
∀n ≥ n−x , vn (x) = = 1− .
un (−x) n

Pour x non nul, il existe un entier n0 tel que (un (x))n≥n0 est strictement croissante, (vn (x))n≥n0
est strictement décroissante et en conséquence :

∀n ≥ n0 , un (x) < f (x) < vn (x) .

Lemme 1.4 Pour tout x ∈ ]−1, 1[ , on a :


1
1 + x ≤ f (x) ≤ .
1−x

Démonstration. Pour n0 = 1 et x ∈ ]−1, +∞[ on a vu précédemment que la suite


(un (x))n≥1 est strictement croissante et donc u1 (x) = 1 + x ≤ f (x) .
Pour x ∈ ]−1, 1[ , −x est aussi dans ]−1, 1[ et on a u1 (−x) = 1 − x ≤ f (−x) , ce qui donne
1 1
f (x) = ≤ .
f (−x) 1−x

Lemme 1.5 La fonction f est continue en 0.

Démonstration. Du lemme précédent on déduit immédiatement que lim f (x) = 1 = e (0) ,


x→0
ce qui signie que f est continue en 0.

Lemme 1.6 Pour tout suite réelle (xn )n∈N convergente vers un réel x, on a lim un (xn ) =
n→+∞
f (x) .
³³ x ´n ´
La suite de fonctions 1+ 9
n n≥1

Démonstration. On a, pour tout n ∈ N :


un (xn ) un (−x)
un (xn ) =
un (−x)
avec : ³³ xn ´ ³ x ´´n ³ εn ´n
un (xn ) un (−x) = 1 + 1− = 1+ = un (εn )
n n n
où :
xxn
ε n = xn − x − → 0.
n n→+∞
Pour n assez grand, on a εn ∈ ]−1, +∞[ de sorte que la suite (um (εn ))m≥1 est croissante et
donc :
u1 (εn ) = 1 + εn ≤ un (εn ) ≤ f (εn )
avec lim u1 (εn ) = 1 et lim f (εn ) = 1 (continuité de f en 0), ce qui implique lim un (xn ) =
n→+∞ n→+∞ n→+∞
1.
1
On a donc en dénitive lim un (xn ) un (−x) = 1 et lim un (xn ) = = f (x) .
n→+∞ n→+∞ f (−x)

Théorème 1.2 Pour tous x, y dans R on a f (x + y) = f (x) f (y) .

Démonstration. Pour x, y dans R et n ≥ 1, on a :


³³ x´ ³ y ´´n ³ zn ´n
un (x) un (y) = 1+ 1+ = 1+ = un (zn )
n n n
xy
avec zn = x + y + → x + y. On déduit alors du lemme précédent que :
n n→+∞

f (x) f (y) = lim un (x) un (y) = lim un (zn ) = f (x + y) .


n→+∞ n→+∞

Corollaire 1.1 La fonction f est continue sur R.

Démonstration. Pour x, y dans R on a :


f (y) − f (x) = f (x + y − x) − f (x) = f (x) (f (y − x) − 1) → 0
y→x

en utilisant la continuité en 0 de f.

Remarque 1.4 La continuité de f peut aussi se montrer en utilisant le fait que f est convexe.
En eet pour tout n0 ≥ 1 et tout n ≥ n0 la fonction un est convexe sur ]−n0 , +∞[ (sa dérivée
seconde est positive sur cet intervalle), donc f = lim un est aussi convexe sur cet intervalle.
n→+∞
Comme n0 est quelconque, la fonction f est convexe sur R. Sachant qu'une fonction convexe
sur un intervalle est continue sur l'intérieur, on déduit que f est continue sur R.

En utilisant le lemme de Dini, on peut montrer que la suite (un )n≥1 converge uniformément
vers f sur tout intervalle compact [a, b] .

Théorème 1.3 Si I = [a, b] est un intervalle réel compact, alors la suite (un )n≥1 converge
uniformément vers f sur I.
10 Fonctions exponentielle et logarithme

Démonstration. On peut trouver un entier n0 tel que I = [a, b] ⊂ ]−n0 , +∞[ et pour tout x
dans I la suite (un (x))n≥n0 est croissante. En se restreignant à I, on a donc une suite croissante
(un )n≥n0 de fonctions continues sur I qui converge simplement sur I vers une fonction continue
f, le théorème de Dini nous dit alors que la convergence est uniforme sur I.

Remarque 1.5 Sachant qu'une limite uniforme sur R d'une suite de fonctions polynomiales
est nécessairement polynomiale (exercice classique), on en déduit que la suite (un )n≥1 ne peut
converger uniformément sur R vers f puisque cette dernière n'est pas polynomiale.

Théorème 1.4 La fonction f est l'unique solution sur R du problème de Cauchy y 0 = y avec
la condition initiale y (0) = 1.

Démonstration. Avec le lemme 1.4 on a pour tout x ∈ ]−1, 1[ :


f (x) − 1 1
1≤ ≤
x 1−x
f (x) − 1
et donc lim = 1, ce qui signie que f est dérivable en 0 de dérivée égale à 1. Puis
x→0 x
avec :
f (x + h) − f (x) f (h) − 1
= f (x)
h h
f (x + h) − f (x)
pour tout x ∈ R et tout h ∈ R∗ , on déduit que lim = f (x) , ce qui signie
h→0 h
que f est dérivable en x avec f 0 (x) = f (x) . Comme f (0) = 1, la fonction f est bien solution
du problème de Cauchy.
Si y est une autre solution, la fonction z dénie sur R par z (x) = y (x) f (−x) est telle que
1
z 0 = 0 avec z (0) = 0, c'est donc la fonction nulle et nécessairement y (x) = = f (x)
f (−x)
pour tout réel x.
De ce résultat on déduit que la fonction f est indéniment dérivable sur R avec f (n) = f
pour tout entier naturel n.
De l'équation fonctionnelle vériée par la fonction f, on déduit facilement par récurrence
que, pour tout réel non nul a, on a f (n · a) = (f (a))n pour tout entier naturel n, puis avec
1 p
f (−x) = , on déduit que cette relation est valable pour tout entier relatifn. Si r = est un
f (x) µ ¶ µ µ ¶¶p µ ¶ µ µq ¶¶q
1 1 1 1
entier relatif, on a alors f (r) = f p = f et avec f (1) = f q = f ,
µ ¶ q q q q
1 1 p
on déduit que f = (f (1)) q et f (r) = (f (1)) q = (f (1))r .
q
En notant e = f (1) , on a donc f (r) = er pour tout rationnel r, ce qui nous conduit à noter
f (x) = ex pour tout réel x et la fonction ainsi dénie est appelée fonction exponentielle réelle.
On la note aussi f (x) = exp (x) .

1.3 Propriétés de la fonction exponentielle réelle


On sait déjà que la fonction exp est de classe C ∞ sur R, à valeurs strictement positives et
solution de l'équation fonctionnelle f (x + y) = f (x) f (y) .
De exp0 (x) = exp (x) > 0 pour tout réel x, on déduit que exp est strictement croissante sur
R et pour tout x > 0, on a ex > e0 = 1.
Extension aux espaces de Banach 11

De exp00 (x) = exp (x) > 0 pour tout réel x, on déduit que exp est convexe.
Avec exp (x) > u1 (x) = 1 + x pour x > 0, on déduit que lim exp (x) = +∞ et avec
x→+∞
1
exp (−x) = , on déduit que lim exp (x) = 0.
exp (x) x→−∞
La fonction exp réalise donc un homéomorphisme de R sur ]0, +∞[ . Son inverse est appelé
fonction logarithme et noté ln .
1
Cette fonction ln est dérivable sur ]0, +∞[ de dérivée égale à (dérivation de la fonction
t
1
réciproque). La fonction ln est donc la primitive sur ]0, +∞[ de la fonction nulle en 1.
t
Avec : µ ¶n µ ¶
exp (x) un+1 (x) 1 1 x
n
> n
= + 1+
x x x n+1 n+1
exp (x)
pour x > 0 et n ≥ 1, on déduit que lim = +∞.
x→+∞ xn

1.4 Extension aux espaces de Banach


La dénition précédente de la fonction exponentielle peut être étendue aux algèbres de
Banach.
On rappelle que si E est une algèbre unitaire sur R, on dit que c'est une algèbre de Banach
si elle est munie d'une norme multiplicative x 7→ kxk (c'est-à-dire que k·k est une norme sur
E et kxyk ≤ kxk kxk pour tous x, y dans E ) telle que k1k = 1 (où 1 est le neutre pour la
multiplication) et si (E, k·k) est un espace de Banach. On peut considérer par exemple (C, |·|)
qui est une algèbre de Banach commutative ou (Mn (C) , k·k) muni d'une quelconque norme
multiplicative. Cette dernière algèbre n'est pas commutative. µ ¶n
1
Pour tout z dans E et tout n dans N , on note un (z) = 1 + z .

n
Pour z ∈ E et m > n, on a :
° °
°X n µ ¶ Xm °
° k 1 k 1 k k 1 k°
kum (z) − un (z)k = ° Cm − C n k z − C m k z °
° m k n m °
k=0 k=n+1
X n ¯ ¯
Xm
¯ k 1 ¯
k 1 ¯ k 1
≤ ¯ k
kzkk
¯Cm mk − Cn nk ¯ kzk + Cm
m k
k=0 k=n+1

(comme z et 1 commutent, on peut utiliser la formule du binôme). Pour k compris entre 2 et


n, on a :
µ ¶ µ ¶
k 1 m (m − 1) . . . (m − (k − 1)) 1 1 k−1
Cm k = = 1− ··· 1 −
m k!mk k! m m
µ ¶ µ ¶
1 1 k−1 1
≥ 1− ··· 1 − = Cnk k ,
k! n n n

et pour k = 0 ou 1, ces deux quantités valent 1. On a donc :


n µ
X ¶ m
X
1 1 1
kum (z) − un (z)k ≤ k
Cm k
− Cnk k kzkk + k
Cm kzkk
k=0
m n k=n+1
mk
≤ um (kzk) − un (kzk)
12 Fonctions exponentielle et logarithme

et il en résulte que la suite (un (z))n≥1 est de Cauchy dans (E, k·k) . Cet espace étant complet,
la suite y est convergente. On note ez sa limite dans E.
Faisant tendre m vers l'inni dans l'inégalité précédente, on a :

∀n ≥ 1, kez − un (z)k ≤ ekzk − un (kzk)


et on en déduit que la convergence est uniforme sur tout compact de E.
Si (zn )n∈N est une suite d'éléments de E qui converge vers z, on en déduit que la suite
(un (zn ))n∈N converge vers ez .
En écrivant que :
µ ¶n µ ¶
1 2 1 2
un (z) un (−z) = 1 − 2 z = un − z
n n
(les polynômes en z commutent dans E ), on en déduit par passage à la limite que ez e−z = 1,
c'est-à-dire que pour tout z ∈ E, ez est inversible d'inverse e−z .
Pour z, z 0 dans E, qui commutent dans E, on a :
µµ ¶µ ¶¶n µ ¶n
0 1 1 0 1
un (z) un (z ) = 1+ z 1+ z = 1 + zn = un (zn )
n n n
1 0
avec zn = z + z 0 + zz → z + z 0 . Il en résulte que :
n n→+∞
0 0
ez ez = lim un (z) un (z 0 ) = lim un (zn ) = ez+z .
n→+∞ n→+∞

Ceµrésultat
¶ est fauxµsi z et z ¶ne commutent pas comme le montre l'exemple des matrices
0

1 1 1 −1
A= et B = dans M2 (R) (voir [7], exercice 7.1.).
0 0 0 0

n xk
µ ¶
P
1.5 La suite de fonctions
k=0 k! n∈N
Si y est solution du problème (1.1) , elle est alors de classe C ∞ sur R avec y (n) (0) = 1 pour
tout n ∈ N. Pour tout réel non nul x, la formule de Taylor à l'ordre n nous donne alors :
n
X X xk n
xk xn+1 (n+1) xn+1
y (x) = + y (θx) = + y (θx)
k=0
k! (n + 1)! k=0
k! (n + 1)!

xn+1 P xn
+∞
avec θ ∈ ]0, 1[ . Avec lim = 0, on en déduit alors que y (x) = , c'est-à-dire que
n→+∞ (n + 1)! n=0 n!
y est limite de la suite de fonctions (wn )n∈N dénie par :
n
X xk
∀x ∈ R, wn (x) = .
k=0
k!
³³ x ´n ´
Le lien entre cette suite et la suite 1+ peut être précisé comme suit.
n n≥1

Lemme 1.7 Pour tous x > 0 et n, p dans N∗ on a :


un (x) ≤ wn (x) ≤ un+p (x) .
Une dénition du logarithme 13
µ ¶
Cnk Q
1 k−1 j 1
Démonstration. Avec Cnk = 0 et k = 1− ≤ pour 1 ≤ k ≤ n, on déduit
n k! j=0 n k!
Q
1 k−1 1
que un (x) ≤ wn (x) et avec Cn+p0
= 1, Cn+p k
= (n + p − j) > pour 1 ≤ k ≤ n, on
k! j=0 k!
déduit que wn (x) ≤ un+p (x) .
En particulier, pour p = n2 , on a :
³ x ´ n2 ³ x ´n ³x´
un+n2 (x) < 1 + 2 1 + 2 = un2 (x) un
n n n
³x´ ³x´
et de un (x) ≤ wn (x) ≤ un (x) un
2 , on déduit que lim wn (x) = e (on a lim un
x
=
n n→+∞ n→+∞ n
P x
+∞ n
e0 = 1), c'est-à-dire que ex = pour tout réel x > 0, ce résultat étant encore vrai pour
n=0 n!
x = 0.
Si on se place maintenant sur une algèbre de Banach E, on a pour tout z ∈ E et n ∈ N :
° ¶ °
°X n µ k ° X n µ ¶
° 1 Cn k° 1 Cnk
kwn (z) − un (z)k = ° − k z °≤ − k kzkk
° k! n ° k! n
k=0 k=0
≤ wn (kzk) − un (kzk) → 0
n→+∞

P
+∞ 1 n
et donc ez = z pour tout z ∈ E (ce qui montre au passage, en prenant E = R, que ce
n=0 n!
résultat est vrai pour les réel négatifs).

1.6 Une dénition du logarithme


Si on veut dénir la fonction logarithme comme réciproque
³ de l'exponentielle à partir d'une
x ´n
suite de fonctions, on part de l'équation y = un (x) = 1 + où y > 0 et n ≥ 1 sont donnés.
¡√ ¢ n
Une solution de cette équation est x = n n y − 1 .
On est donc ainsi amené à considérer la suite de fonctions (wn )n≥1 dénie par :
¡√ ¢
∀n ≥ 1, ∀x ∈ R+,∗ , wn (x) = n n x − 1 ,

la fonction n · étant la fonction réciproque sur R+,∗ de la fonction x 7→ xn . On rappelle que
cette fonction est indéniment dérivable et strictement croissante de R+,∗ sur R+,∗ .
Le résultat suivant nous sera utile.

Lemme 1.8 Pour tout réel x > 0, on a lim n x = 1.
n→+∞
r
√ 1 1
Démonstration. Avec n
1 = 1 et n
= √ , il sut de montrer le résultat pour x > 1.
x n
x
√ √ √ n+1
Dans
√ ce cas la suite ( n x)n∈N
√ ∗ est strictement décroissante (
n+1
x < n x équivaut à x < x n =
x n x encore équivalent à n x > 1) et minorée par 1, √ elle converge donc vers un réel ` ≥ 1. Si
` > 1, pour λ ∈ ]1, `[ il existe un entier n0 tel que n x > λ pour tout n ≥ n0 , ce qui entraîne
x > λn pour tout n ≥ n0 qui est incompatible avec lim λn = +∞.
n→+∞

Théorème 1.5 Pour tout réel x > 0 la suite (wn (x))n∈N∗ converge vers un réel ` (x) tel que
` (1) = 0, ` (x) > 0 pour x > 0 et ` (x) < 0 pour x ∈ ]0, 1[ .
14 Fonctions exponentielle et logarithme

Démonstration. Pour x = 1, la suite est stationnaire sur 0.


En notant αn (x) = wn (x) − wn+1 (x) , on dénit une fonction indéniment dérivable sur
R avec :
+,∗
1 n
³ 1
´
1 −1 − n+1
0 −1
∀x > 0, αn (x) = x n −x n+1 =x x n(n+1) −1 .
La fonction αn est donc strictement décroissante sur ]0, 1[ , strictement croissante sur ]1, ∞[
avec αn (1) = 0, il en résulte que αn (x) > 0 pour tout x ∈ R+,∗ \ {1} .
La suite (wn (x))n∈N∗ est donc strictement décroissante minorée par 0 pour tout x > 1, elle
converge donc vers un réel ` (x) ≥ 0.
1
Si x ∈ ]0, 1[ , il s'écrit x = avec y > 1 et :
y
µ ¶
1 wn (y)
wn (x) = n √ n y
− 1 = − √
n y
→ ` (x) = −` (y) ≤ 0.
n→+∞

Pour x ∈ ]0, 1[ la suite (wn (x))n∈N∗ étant strictement décroissante


µ ¶ à valeurs strictement
1
négatives on a ` (x) < w1 (x) < 0. Il en résulte que ` (x) = −` > 0 pour x > 1.
x
On dénit donc une fonction ` sur R+,∗ avec :
¡√ ¢
∀x > 0, ` (x) = lim n n x − 1 .
n→+∞

Théorème 1.6 La fonction ` est solution sur R+,∗ de l'équation fonctionnelle ` (xy) = ` (x) +
` (y) .

Démonstration. Pour x, y dans R+,∗ et n ≥ 1, on a :


√ ¡√ ¢√ √
wn (xy) = n ( n xy − 1) = n n x − 1 n y + n ( n y − 1)

= wn (x) n y + wn (y)

et en passant à la limite on aµle ¶


résultat.
1
On retrouve ` (1) = 0 et ` = −` (x) .
x

Corollaire 1.2 Pour tout réel x > 0 et tout nombre rationnel r, on a ` (xr ) = r` (x) .
Démonstration. Avec l'équation fonctionnelle, on montre facilement par récurrence que :
∀p ∈ N, ` (xp ) = p` (x) .
³³ 1 ´p ´ ³ 1´ 1
En écrivant, pour tout p ≥ 1, que ` (x) = ` x p , on déduit que ` x p = ` (x) et il en
p
p
résulte que pour tout rationnel positif r = , avec p ∈ N et q ∈ N \ {0} , on a :
q
³³ 1 ´p ´ ³ 1´ p
` (xr ) = ` x q = p` x q = ` (x) = r` (x) .
q
µ ¶
1
Enn avec ` = −` (x) , on déduit que le résultat précédent est encore valable pour tout
x
rationnel négatif.

Lemme 1.9 La fonction ` est strictement croissante sur R+,∗ .


Une dénition du logarithme 15

Démonstration. La croissance de ` résulte immédiatement de celle des wn .


On peut aussi écrire pour 0 < x < y que :
µ ¶
1
0<` y = ` (y) − ` (x) ,
x
ce qui donne la stricte croissance.

Lemme 1.10 La fonction ` est continue en 1.


³ ´
1 ³ 1´
Démonstration. Avec 0 < ` 2 n
1
= ` (2) , on déduit que lim ` 2 n = 0 et avec
³ 1´ 1 ³ 1´ n n→+∞

` 2− n = − ` (2) < 0 que lim ` 2− n = 0. Pour tout réel ε > 0 on peut donc trouver un
n ³ n→+∞ ´ ³ 1´
1
entier n0 tel que −ε < ` 2 −n
< ` 2 n < ε pour tout n ≥ n0 . Pour tout x dans le voisinage
i 1 1
h

ouvert de 1, Iε = 2 n0 , 2 n0 , on a du fait de la croissance de ` :
³ 1´ ³ 1´

−ε < ` 2 n0 < ` (x) < ` 2 n0 < ε.

On a donc ainsi montré que ` est continue en 1 (on a ` (1) = 0).

Théorème 1.7 La fonction ` est continue sur R+,∗ .


Démonstration. Résulte de :
µ ¶
x
` (x) − ` (x0 ) = ` − ` (1) .
x0

Théorème 1.8 La fonction ` est concave sur R+,∗ .


Démonstration. Résulte de la concavité des wn .
On retrouve ainsi la continuité de `.
On peut en fait montrer très simplement, sans les considérations précédentes (excepté le
lemme 1.8), que la suite (wn (x))n∈N∗ converge uniformément sur tout compact de R+,∗ vers
1
une fonction dérivable de dérivée égale à .
x
Théorème 1.9 La suite (wn (x))n∈N∗ converge sur R+,∗ vers la primitive nulle en 1 de la
1
fonction x 7→ .
x
Démonstration. Chaque fonction wn est dérivable et pour tout x > 0, on a lim wn0 (x) =
√ · ¸ n→+∞
n
x 1 1
lim = . De plus pour tout R > 1 et tout x ∈ , R , on a :
n→+∞ x x R
¯ ¯ ³√ ´
¯ 0 ¯ ¯√ ¯
1
¯wn (x) − ¯ = 1 ¯ n x − 1¯ ≤ R n R − 1
¯ x¯ x
³√ ´
avec lim n
R − 1 = 0, ce qui signie que la suite (wn0 (x))n∈N∗ converge uniformément vers
n→+∞
· ¸
1 1
sur , R . Comme de plus la suite (wn (1))n∈N∗ est convergente, on en déduit que la suite
x R
16 Fonctions exponentielle et logarithme
· ¸
1
(wn (x))n∈N∗ converge uniformément sur , R vers une fonction dérivable ` de dérivée égale à
Z x R· ¸
1 dt 1
. On a donc ` (x) = pour tout x ∈ , R . Ce résultat étant valable pour tout R > 1,
x 1 t R
il est vrai sur R+,∗ .
On retrouve donc ainsi la dénition classique du logarithme et ses propriétés usuelles s'en
déduisent.
Bibliographie

[1] H. Alzer. A proof of the arithmetic mean-geometric mean inequality. American Mathema-
tical Monthly. (1996).
[2] M. H. Dehon. Une construction élémentaire de l'exponentielle complexe. Sur le site
http ://[Link].
[3] G. H. Hardy. A course of pure Mathematics. Cambridge University Press (1952).
[4] Hardy, Littlewood, Polya. Inequalities. Cambridge Mathematical Library. (1999).
[5] W. J. Kaczor, M. T. Nowak. Problems in mathematical analysis I. American Mathe-
matical Society (2001).
[6] D. J. Mercier. Site Mégamaths : http ://[Link]/megamaths, rubrique Annales,
sous-rubrique Capes externe (épreuve 1, 2004) et rubrique Oral 1.
[7] J. E. Rombaldi  Analyse matricielle. EDP Sciences (2000).

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